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Crise de succession de 1917

De Tj-encyclopédie
Crise de succession de 1917

Un différend d'envergure se développa en 1917 au sein de la direction de la Société Watch Tower après la mort du président Charles Taze Russell et l'élection contestée de son conseiller juridique, Joseph Franklin Rutherford, comme successeur. Cette élection, tenue le 6 janvier 1917, se déroula sans qu'aucune autre candidature ne soit admise après la sienne et sans respecter la règle du scrutin secret pourtant imposée par la charte de la Société ; les actions de vote détenues par cinq fiduciaires désignées par Russell dans son testament furent par ailleurs neutralisées sur la base d'un avis juridique obtenu par Rutherford lui-même. Quatre des sept administrateurs de la Société — Robert H. Hirsh, Alfred I. Ritchie, Isaac F. Hoskins et James D. Wright — contestèrent la légitimité de sa gestion, l'accusant d'exercer un pouvoir autocratique en violation de la charte et des dernières volontés de Russell. En réponse, Rutherford fit valoir un second avis juridique selon lequel ces quatre administrateurs n'occupaient pas légalement leur poste, et les remplaça unilatéralement par quatre hommes de son choix[1]. Les administrateurs évincés contestèrent cette manœuvre et obtinrent par la suite douze avis juridiques indépendants concluant au caractère illégal des actions de Rutherford. Chaque camp publia des périodiques cherchant à rallier les Étudiants de la Bible à sa cause. Un référendum non contraignant, organisé par Rutherford lui-même fin 1917 selon des modalités qu'il maîtrisait, lui donna un soutien massif, et un vote confirma son maintien à la présidence en janvier 1918. La crise divisa durablement la communauté des Étudiants de la Bible : environ un septième des adeptes quittèrent la Watch Tower dès 1919, une proportion qui aurait atteint 75 % des Étudiants de la Bible d'origine en 1928[2].

Novembre 1916 – Janvier 1917 : la succession

Les prémices : la mort de Russell

Au moment de la mort de Russell, le conseil d'administration de la Watch Tower se composait d'Alfred I. Ritchie (vice-président), William E. Van Amburgh (secrétaire-trésorier), H. Clay Rockwell, J. Dennis Wright, Isaac F. Hoskins et Joseph F. Rutherford[3].

Dès le 1er novembre 1916, jour où la nouvelle de la mort de Russell parvient au Béthel, Macmillan, qui ne siège pourtant pas au conseil, convoque lui-même une réunion des administrateurs et empêche physiquement le vice-président Ritchie de prendre la présidence de séance, déclarant que ce siège est « réservé pour le Juge » — surnom de Rutherford — et impose que Van Amburgh dirige la réunion et prenne la direction des affaires[4].

Le lendemain, 2 novembre, Rutherford arrive au Béthel de Brooklyn, où il a été rappelé en urgence alors qu'il se trouvait à Cleveland (Ohio) ; Paul S. L. Johnson y arrive le même jour[5]. Lors d'une réunion du conseil tenue ce même jour, à laquelle participe Rutherford, le conseil élit Andrew N. Pierson pour combler le poste laissé vacant par la mort de Russell, de préférence à Menta Sturgeon, pourtant considéré comme un candidat plus naturel[6].

Le 3 novembre, Paul S. L. Johnson fait part à Rutherford de sa conclusion selon laquelle Russell, n'ayant pas distribué la « pièce » de la parabole de Matthieu 20:1-16[7], ne pouvait être l'« esclave » de la parabole et devait donc avoir un successeur[8].

Le testament de Russell, lu le même jour, révèle qu'il n'avait pas prévu de successeur unique à la présidence, mais un comité éditorial autonome de cinq membres, avec mise en garde explicite contre tout esprit de domination en son sein. Rutherford ne figurait que sur la liste des cinq membres suppléants, et non parmi les titulaires[9].

Le 5 novembre, lors de la cérémonie funéraire tenue au Temple de New York, H. Clay Rockwell propose à Johnson de démissionner de son propre siège au conseil afin de l'y faire élire et de le rendre ainsi éligible à la présidence ; Johnson décline et se prononce en faveur de Rutherford, faisant même voter par avance ses parts sociales pour lui[10]. Le lendemain, lors des funérailles à Pittsburgh, Macmillan aurait déclaré à l'administrateur Isaac Hoskins, à proximité du cercueil de Russell, que lui et plusieurs de ses collègues devraient démissionner sous peine d'être évincés[11].

Le Comité exécutif provisoire

Le 7 novembre 1916, le conseil d'administration constitue un Comité exécutif de trois membres pour gérer les affaires courantes de la Société : le vice-président Ritchie en tant que président, Van Amburgh comme secrétaire-trésorier, et Rutherford comme administrateur[12]. Le même jour, le conseil nomme également Macmillan « représentant du Comité exécutif », chargé d'exécuter les tâches que ce dernier lui confierait et de lui en rendre compte[13]. Selon Persson, l'affirmation ultérieure de Macmillan, en 1966, selon laquelle Rutherford aurait été fait président du comité, contredit ce procès-verbal[14]. Ces minutes du 7 novembre 1916 sont d'ailleurs reproduites intégralement dans le document interne de la Société lui-même, qui détaille la répartition des responsabilités décidées par Russell peu avant sa mort et maintenues par Rutherford après son élection[15].

Face au constat que Rutherford agissait de plus en plus seul au sein du comité, sans en informer les deux autres membres — Van Amburgh affirmera n'avoir vu les premiers manuscrits du septième volume qu'en mai 1917, alors que Rutherford en disposait déjà en décembre 1916[16] — le conseil adopte, le 13 décembre 1916, une motion des administrateurs Hoskins et Wright obligeant le Comité exécutif à rendre compte au conseil de toute question que celui-ci demanderait à examiner[17].

L'annulation des actions de vote de Russell

En janvier 1907, Russell détenait personnellement 35 577 des 62 044 actions de vote alors existantes[18]. Environ dix ans avant sa mort, il fit don à la Société de 45 000 de ces actions, à des conditions précises : ce bloc devait être voté par cinq sœurs qu'il désigna comme fiduciaires, chargées de veiller, par leur vote, au respect de l'esprit de la charte et du testament après sa disparition. Rapportées aux quelque 150 000 parts votantes représentées lors de l'élection du 6 janvier 1917[19], ces 45 000 actions constituaient à elles seules près de 30 % du corps électoral.

Peu après la mort de Russell, Rutherford obtient d'un cabinet d'avocats local un avis juridique selon lequel cette disposition testamentaire était invalide : les actions ne pouvaient, selon cet avis, être transférées par testament, et le conseil d'administration aurait décidé à l'unanimité de les écarter du vote pour éviter toute manipulation par des opposants[20]. Cet avis fut lu aux cinq fiduciaires, qui acceptèrent de ne pas exercer leur droit de vote lors de l'élection du 6 janvier 1917[21]. Cette décision ne fut jamais portée devant un tribunal ; elle priva ainsi l'élection présidentielle d'un bloc de voix considérable, dont l'absence a pu peser sur son issue[22].

Ni Light After Darkness ni Facts for Shareholders ne confirment cependant les deux détails avancés par Rutherford — l'avis sur l'impossibilité juridique du transfert et l'unanimité du conseil pour écarter les actions du vote. Les quatre administrateurs dissidents contestent d'ailleurs la légitimité même de la démarche : selon eux, la donation des 45 000 actions ayant été effectuée et acceptée dix ans avant la mort de Russell, celle-ci ne pouvait annuler un droit de vote déjà établi du vivant du fondateur[23].

Ritchie ou Rutherford ?

Rien n'indiquait, au moment de la mort de Russell, que Rutherford s'imposerait comme son successeur naturel. Le Brooklyn Daily Eagle du 26 novembre 1916 donnait le vice-président Ritchie comme favori pour la présidence, Macmillan lui-même déclarant publiquement à cette occasion qu'il existait un net courant favorable à Ritchie, tout en doutant que Rutherford, installé en Californie, souhaite occuper le poste[24]. Des décennies plus tard, lors du procès Moyle, Van Amburgh confirma que Ritchie était alors le seul nom sérieusement évoqué pour la présidence[25].

Ritchie occupait la vice-présidence depuis 1911 et s'était vu confier par Russell les responsabilités les plus importantes au Béthel lors du dernier départ de celui-ci en octobre 1916, notamment la gestion du courrier et des télégrammes qui lui étaient destinés[26]. Rutherford, de son côté, s'était installé en Californie dès l'été 1915 pour raisons de santé de son épouse, empruntant à cette occasion 1 000 dollars à la Société pour y établir un cabinet d'avocat, avant de redevenir plus présent au Béthel à partir d'août 1916[27].

Les statuts de la Watch Tower Society

Rédaction par Rutherford

Les statuts (by-laws) de la Watch Tower Bible and Tract Society, rédigés par Russell lui-même, prévoyaient que la Société soit gérée par un conseil d'administration de sept membres, seul habilité à adopter règlements et statuts et à faire « tout ce qui serait utile au bon gouvernement et au soutien » de la Société[28]. L'article 7 de la charte était sans ambiguïté sur ce point : ce pouvoir appartenait exclusivement au conseil, la charte ne mentionnant à aucun moment les actionnaires comme organe compétent en la matière[29]. Le vote des statuts par l'assemblée des actionnaires, prévu pour le 6 janvier 1917, était donc dépourvu de toute base légale : seule leur ratification ultérieure par le conseil pouvait leur donner force.

Rutherford élabora ses propres projets de statuts avant cette assemblée. Les nouveaux statuts, dont le texte intégral ne sera rendu public par la Watch Tower qu'en 1943, à l'occasion du procès Moyle contre Franz[30], opéraient un renversement de l'équilibre institutionnel fixé par Russell. La section II crée un comité consultatif de trois membres, nommé et révocable par le seul président, distinct du conseil d'administration ; la section III établit que le président sera désormais, de manière permanente, « l'officier exécutif et le manager général » de la Société, chargé de la gestion de ses affaires tant en Amérique qu'à l'étranger, avec pour seule obligation de consulter ce comité consultatif et de faire rapport au conseil des directeurs sur demande de ce dernier[31]. Le conseil des sept administrateurs, seul organe de gestion prévu par les statuts originels de Russell, se retrouve ainsi réduit à un rôle de simple destinataire d'informations.

L'assemblée du 6 janvier 1917

L'assemblée annuelle des actionnaires se tient à Carnegie Hall, à Pittsburgh, le samedi 6 janvier 1917. Le vice-président Ritchie ouvre la séance à 10h30 et nomme un comité des résolutions et des statuts composé d'Ingram I. Margeson (Boston), A. W. Ostrander (Cleveland) et R. H. Bricker (Pittsburgh), avant d'ajourner la séance jusqu'à 16 heures[32]. Selon le témoignage de Margeson, rapporté par Johnson, Van Amburgh remit alors au comité le texte des statuts rédigé par Rutherford, suggérant qu'il pourrait être recommandé tel quel aux actionnaires. Le comité, estimant que ce texte ferait de la Société « l'affaire d'un seul homme », le révisa pour que le conseil d'administration ne soit pas ignoré[33].

La séance ne reprend en réalité que vers 17 heures. Lorsque le comité, après en avoir délibéré tout l'après-midi, s'apprête à présenter sa version révisée, Rutherford, soupçonnant qu'elle avait été modifiée, le retient une heure durant les coulisses et exige que les statuts soient rétablis tels qu'il les avait initialement rédigés, sous peine de provoquer un affrontement devant l'assemblée ; le comité finit par céder et rapporte les statuts dans leur version d'origine[34]. Rutherford reconnut être intervenu, affirmant toutefois n'avoir discuté qu'une partie des statuts avec le comité — la seule véritable divergence portant, selon lui, sur le mode de désignation du comité consultatif : son propre projet prévoyait que le président le choisisse lui-même, tandis que le comité de révision souhaitait que ce soit le conseil qui le désigne ; sa version fut retenue[35]. Persson relève que l'une des sections ainsi votées fut « légèrement amendée » plus tard dans l'année par le nouveau conseil de Rutherford, sans que les actionnaires n'aient leur mot à dire — preuve, selon lui, qu'ils n'avaient servi que de chambre d'enregistrement à une décision déjà arrêtée[36].

Les élections du 6 janvier 1917

L'élection présidentielle

L'élection des dirigeants a lieu la même après-midi, vers 17 heures, sous la présidence de Macmillan, avec environ 150 000 parts votantes représentées, en personne ou par procuration[37]. En pratique, seuls Ritchie et Rutherford faisaient figure de candidats crédibles à la présidence.

Selon le rapport officiel, Pierson prend la parole en tant que porteur de procurations pour annoncer qu'il a reçu instruction de voter pour Rutherford et propose sa candidature, aussitôt appuyée par plusieurs délégués ; la présidence de séance clôt alors immédiatement les nominations et propose de suspendre la règle du scrutin pour faire porter l'ensemble des voix de la convention sur Rutherford par le secrétaire, qui est alors déclaré élu à l'unanimité[38]. Cette procédure comportait deux irrégularités majeures : aucune autre candidature n'a pu être présentée, les nominations ayant été closes immédiatement après celle de Rutherford[39], et la charte de la Société imposait explicitement une élection au scrutin secret, exigence directement enfreinte par la suspension de la règle de vote[40].

Le Brooklyn Daily Eagle du 31 juillet 1917 résume ainsi la situation : le courant dominant s'était formé sous la direction de Macmillan, dont on découvrit plus tard qu'il œuvrait secrètement pour Rutherford, alors qu'on s'attendait généralement à ce que Ritchie succède à Russell[41]. Raymond G. Jolly, futur dirigeant du Laymen's Home Missionary Movement, présent à l'assemblée, affirme que les votes par procuration n'ont jamais été comptés[42].

De retour d'Angleterre, Paul Johnson affirme avoir appris que Rutherford, Van Amburgh et Macmillan s'étaient concertés avant l'élection pour préparer chaque détail de l'assemblée du 6 janvier, et qu'une biographie de Rutherford avait été transmise à la presse une semaine avant l'élection, annonçant déjà son élection par acclamation[43]. Cette anticipation se vérifie dans plusieurs journaux qui, ayant reçu ce compte rendu à l'avance, publièrent par erreur la réélection de Ritchie au poste de vice-président — poste dont il fut en réalité écarté lors du vote effectif[44].

L'élection des autres dirigeants

Pour la vice-présidence, Pierson et Ritchie sont tous deux proposés ; le dépouillement donne l'avantage à Pierson, dont l'élection est ensuite rendue unanime[45]. Ce résultat surprend : Pierson n'avait rejoint le conseil que deux mois plus tôt, coopté après la mort de Russell, et résidait dans le Connecticut, loin du siège de Brooklyn, où sa florissante entreprise horticole limitait par ailleurs sa disponibilité ; Ritchie, lui, occupait la vice-présidence en exercice depuis 1911 et s'était vu confier par Russell lui-même les responsabilités les plus importantes lors de son dernier départ, en octobre 1916. Ce contraste suggère que certains détenteurs de procurations importantes cherchaient délibérément à écarter Ritchie, même de ce poste subalterne, au profit d'un vice-président qui, par son éloignement, ne pourrait guère interférer avec la gestion de Rutherford[46]. Van Amburgh est réélu secrétaire-trésorier sans opposition[47].

La Peoples Pulpit Association

Rutherford, déjà élu président de la Watch Tower Society le 6 janvier à Pittsburgh, fut élu président de la Peoples Pulpit Association — société new-yorkaise auxiliaire à la Watch Tower Society, créée en 1909[48] — le mercredi 10 janvier 1917 à Brooklyn, quatre jours après la date normalement prévue par la charte de l'association. Aucun rapport de cette assemblée n'a jamais été publié par la Watch Tower ; son déroulement n'est connu que par une copie de procuration imprimée pour l'occasion[49].

Avant l'assemblée, le conseil se composait de Russell, Rockwell, Van Amburgh, Robison, Hirsh, Hoskins et Brenneisen ; à la mort de Russell, Robison — et probablement Brenneisen — avaient déjà quitté leurs fonctions. Macmillan devint vice-président, Hudgings secrétaire et Van Amburgh trésorier ; le nouveau conseil se composait ainsi de Rutherford, Macmillan, Hudgings, Van Amburgh, Rockwell, Hoskins et Hirsh, ces deux derniers étant réélus administrateurs pour un mandat plein d'un an — Hirsh comptant alors parmi les partisans de Rutherford[50]. Rockwell démissionna peu après, comme il le fit également du conseil de la Watch Tower Society et du Comité éditorial[51].

L'adoption formelle des statuts par le conseil (19 janvier)

Les statuts votés par les actionnaires le 6 janvier ne devenaient effectifs qu'après ratification par le conseil d'administration de la Watch Tower Society lui-même, la charte de la Société réservant ce pouvoir au seul conseil. Cette réunion eut lieu le 19 janvier 1917, en présence de Rutherford, Van Amburgh, Pierson, Ritchie et Wright ; Hoskins, malade, était absent, et Rockwell venait d'être écarté du Béthel[52]. Les statuts furent adoptés à l'unanimité[53]. Ritchie et Wright expliquèrent plus tard ne pas avoir anticipé, à l'époque, l'usage que Rutherford ferait des pouvoirs ainsi accordés[54].

Bien que rassuré par cette adoption, Rutherford attendit plus d'un mois avant d'annoncer publiquement, dans The Watch Tower du 15 mars 1917, que le Comité exécutif institué après la mort de Russell avait cessé d'exister du fait de son élection, la fonction exécutive revenant désormais exclusivement au président[55]. Selon Persson, cette présentation était trompeuse : la charte de la Société ne faisait nulle mention d'un pouvoir exécutif attaché de droit à la présidence, et Russell n'avait exercé ce rôle que de fait, non en vertu de sa fonction[56].

Février – Juillet 1917 : la contestation

L'affaire Johnson en Angleterre

Le déplacement de Johnson en Angleterre trouve son origine dans une lettre adressée à Russell par Jesse Hemery, l'un des trois responsables du bureau de Londres, le 16 septembre 1916, signalant un mouvement qu'il percevait comme un manque de loyauté au sein de la congrégation du Temple londonien[57]. Johnson comptait alors parmi les proches collaborateurs de confiance de Russell ; Rutherford lui-même, bien qu'en plein conflit avec lui à l'été 1917, le qualifiait encore de « frère le plus capable de tout le pays »[58]. Selon A. O. Hudson, Rutherford, alors accaparé par sa propre succession à la présidence aux États-Unis, aurait envoyé Johnson en partie pour évaluer l'état d'esprit des frères britanniques à l'égard de cette succession[59].

En janvier 1917[60], le pèlerin du Béthel Paul Samuel Leo Johnson fut envoyé en Angleterre avec l'ordre d'inspecter la gestion et les finances de la filiale de Londres[61]. Avant son départ, Rutherford lui fit dicter deux documents distincts : une simple lettre d'appointement, destinée uniquement à obtenir un passeport, et des accréditations bien plus larges, signées les 10-11 novembre, lui conférant des pouvoirs étendus d'examen et de rapport sur l'ensemble des filiales de la Société. Rutherford affirma par la suite que ces accréditations n'avaient été émises que pour obtenir un passeport — une version que Johnson contestera lui-même, le passeport ayant déjà été accordé avant même leur rédaction[62]. Se présentant aux trois directeurs londoniens comme un « ministre plénipotentiaire », il leur fit savoir qu'aucune discussion n'était permise et qu'il leur appartenait d'exécuter ses instructions[63].

Il révoqua deux directeurs de la filiale, Shearn et Crawford[64], saisit les fonds et tenta de réorganiser la structure. Le document interne rédigé par Rutherford, présentant le conflit comme une lutte spirituelle contre des forces malveillantes[65], précise que Johnson aurait rapidement outrepassé ses instructions initiales — limitées à la prédication et à l'enquête — en tentant de prendre le contrôle du bureau de Londres, accusant les responsables locaux de désobéissance et engageant une action en justice contre ses propres collègues[66]. Selon le même document, Johnson et ses partisans seraient allés jusqu'à forcer la porte de la chambre du responsable local Ernest C. Henninges dans la nuit pour lui subtiliser les clés du coffre de la Société, dont le contenu aurait été emporté[67].

Lors de la convention nationale de Manchester (30 décembre 1916 – 1er janvier 1917), Johnson exigea l'annulation du programme prévu et l'attribution d'une part importante des discours, ce que les organisateurs concédèrent sous vive protestation[68]. De retour à Londres pour l'élection annuelle des anciens du Temple, il s'imposa à la présidence de la séance — bien qu'il s'agisse d'une affaire interne à la congrégation sans lien avec la Société — et déclara publiquement que Crawford n'était « plus un enfant de Dieu ». Crawford se leva alors calmement, rassembla ses livres et déclara « c'en est assez pour moi » avant de quitter la salle[69].

Le 24 février 1917, alors que Rutherford se trouvait en Californie, Johnson lui adressa un télégramme se présentant explicitement comme le « steward » de la parabole de Matthieu 20:8[70], revendiquant des pouvoirs comparables à ceux de Russell et lui proposant de devenir son bras droit[71][72]. Un échange resté célèbre parmi les Étudiants de la Bible britanniques illustre ce système d'interprétation biblique : l'un des anciens, Duncan Cronk, demanda à Johnson s'il se prenait pour Néhémie, si Shearn était Tobiah et Crawford Sanballat, et s'il comptait les pendre dans le Temple ; Johnson répondit par l'affirmative, ajoutant que le Seigneur ne lui avait pas encore révélé qui était Cronk — lequel inclina alors la tête pour révéler son crâne tondu, non sans humour[73].

Convaincu que Johnson était fou et souffrait de délires religieux, Rutherford répondit le même jour par deux câbles : le premier ordonnant la réintégration immédiate de Shearn et Crawford, le second qualifiant déjà Johnson de « dément » et dépourvu de tout pouvoir[74]. Jesse Hemery, qui avait jusque-là pleinement soutenu les décisions de Johnson, changea alors immédiatement de position et nia avoir jamais partagé ses vues[75]. Le 28 février, Rutherford ordonna le rappel de Johnson à New York ; celui-ci refusa d'abord d'obtempérer, avant de se raviser début mars et de rester temporairement en retrait[76].

Le 6 mars cependant, après ce qu'il décrit lui-même comme une intense lutte intérieure, Johnson conclut que Rutherford n'avait pas le droit de le rappeler sans l'aval du conseil d'administration au complet, et reprit l'ensemble de ses fonctions, provoquant la suspension du directeur londonien Hemery le 12 mars[77]. Il écrivit au Conseil le 7 mars afin de réclamer que Rutherford n'obtienne pas la toute-puissance au niveau exécutif, mais ce dernier intercepta la lettre. Trois jours plus tard, il écrivit à Ritchie pour lui indiquer que les élections de Rutherford, Van Amburgh et Pierson avaient été entachées d'un vice de forme[78]. Une commission d'enquête britannique de cinq frères, dont plusieurs avaient déjà été consultés informellement par Johnson avant leur nomination, se réunit début mars à Londres ; il refusa d'y témoigner, la jugeant sans autorité sur un représentant spécial de la Société[79].

Johnson fit autoriser, le 14 mars 1917, une action en justice contre Hemery, Shearn, Crawford et la banque londonienne, convaincu qu'un projet de réorganisation financière datant du 22 janvier 1917 visait à soustraire des fonds au contrôle de la Société. L'affaire, d'abord fixée au 23 mars, fut reportée à plusieurs reprises avant qu'un juge ne statue le 7 mai 1917 que Johnson n'avait pas autorité pour intenter cette action, ses accréditations n'ayant pas été dûment notariées[80].

Selon le récit publié par le directeur londonien de la filiale, dans la nuit du 21 au 22 mars, alors que la tension montait entre Johnson et ses opposants à la suite du blocage bancaire et de la suspension de Hemery, des partisans de ce dernier auraient barricadé Johnson dans sa chambre pour l'empêcher de sortir avec ses documents avant l'audience prévue le 23 mars ; cherchant à s'en échapper, il serait descendu d'un balcon du bureau de Londres au petit matin, aperçu par des laitiers en pleine tournée alors qu'il portait chapeau haut-de-forme et redingote — un récit qu'il conteste, précisant que son manteau recouvrait entièrement sa tenue et que Hemery, qui n'avait pas lui-même assisté à la scène, en donnait une version inexacte[81]. Après son départ, Jesse Hemery aurait fouillé ses affaires personnelles et conservé une partie de son courrier privé, dont certains éléments furent transmis à Rutherford[82].

Rutherford n'informa le conseil d'administration de l'ensemble de la situation britannique que le 29 mars 1917, une fois le retour de Johnson en Amérique déjà décidé, le privant ainsi de toute possibilité d'intervenir dans la gestion de la crise[83]. Johnson revint au Béthel de Brooklyn le 9 avril, après s'être excusé auprès de la famille pour ses excès à Londres[84].

Rutherford accusa publiquement Johnson, le 27 juillet devant la famille du Béthel, d'avoir « volé 1 500 dollars » à la Société. Johnson expliqua que cette somme correspondait aux liquidités de la filiale londonienne, placées en lieu sûr après que la banque eut cessé, début mars, d'honorer les signataires habituels de la Société ; sur avis de son avocat, il avait fait déposer cet argent dans un coffre afin de le protéger. La quasi-totalité en fut restituée, seuls environ 200 dollars ayant été retenus par un avocat en garantie des frais de justice liés à ce procès[85].

Les griefs contre Rutherford

Le testament ignoré

Les quatre administrateurs reprochaient également à Rutherford plusieurs entorses au testament de Russell, distinctes de l'annulation des actions de vote. F. H. Robison, nommé éditeur par ce testament, fut empêché de siéger au Comité éditorial pendant près d'un an après la mort de Russell, sur la base d'accusations que les quatre administrateurs qualifièrent plus tard de « montées de toutes pièces » par Rutherford et Van Amburgh — bien que son nom ait continué de figurer comme éditeur dans chaque numéro de The Watch Tower durant cette période[86].

De même, alors que H. Clay Rockwell, également désigné éditeur par le testament, avait démissionné dès le début de l'année, son nom resta lui aussi affiché comme éditeur pendant plusieurs mois. Rutherford choisit finalement de faire élire Menta Sturgeon, qui ne figurait pourtant pas sur la liste des suppléants prévue par Russell — reconnaissant lui-même avoir, ce faisant, « négligé le testament de Frère Russell »[87].

La querelle de l'Angelophone

Une dispute distincte porta sur l'Angelophone, un ensemble de disques phonographiques d'hymnes introduit par Russell en 1916. Dès le lendemain de la mort de Russell, Macmillan décida unilatéralement d'annuler les contrats liés à ce projet, jugé par lui comme une menace financière pour la Société[88]. Les administrateurs estimaient que le projet avait été mal géré et que cette gestion défaillante avait inutilement suscité des centaines de lettres de plainte de la part des fidèles ; ils accusaient Rutherford, Van Amburgh et Macmillan d'avoir sciemment cherché à faire échouer l'Angelophone[89].

Ritchie, particulièrement affecté par cette affaire à laquelle Russell tenait beaucoup, consulta l'avocat Francis McGee début février 1917, après une réunion du conseil consacrée à l'Angelophone tenue le 3 février[90].

Macmillan, pomme de discorde

Le rôle de Macmillan comme représentant du Comité exécutif, nommé par vote unanime du conseil le 7 novembre 1916, devint une source de friction majeure. Les quatre administrateurs lui reprochaient d'avoir exercé, en l'absence de Rutherford, des pouvoirs autocratiques dont la parole faisait alors autorité finale sur toute question, et d'avoir traité le conseil « avec mépris et ridicule » lors de ses déplacements à travers le pays[91]. L'avocat McGee, consulté par l'un des administrateurs, estima que Macmillan ne possédait « pas suffisamment d'équilibre mental et de jugement intellectuel sain » pour un poste aussi difficile et responsable[92].

Cette tension culmina le 5 juillet 1917, lorsque Macmillan, en l'absence de Rutherford, fit appel à un policier pour expulser les administrateurs du Tabernacle, où se trouvait le bureau de la Société[93]. Rutherford, de son côté, continuait de qualifier Macmillan de « fidèle et loyal » et refusait de faire droit à la demande des administrateurs de le démettre de ses fonctions.

La genèse du septième volume

Le septième et dernier volume prévu des Studies in the Scriptures, consacré aux livres bibliques de l'Ézéchiel et de l'Apocalypse[94][95], était attendu depuis plusieurs années, le précédent volume de la série datant de 1904[96]. Encore en 1916, Russell expliquait ne pas se sentir en mesure de l'écrire, faute de comprendre certains passages de l'Apocalypse, refusant de s'en tenir à de simples suppositions[97]. Lors de son dernier voyage en octobre, alors que ses forces déclinaient, il aurait répondu à son compagnon de route Menta Sturgeon, qui l'interrogeait sur ce volume, que quelqu'un d'autre pourrait l'écrire à sa place[98].

Le 6 décembre 1916, Gertrude W. Seibert, proche de Russell, propose par lettre au Comité exécutif que Clayton Woodworth et George Fisher rédigent l'ouvrage — le premier traitant de l'Apocalypse, le second de l'Ézéchiel —, elle-même suggérant le titre The Finished Mystery[99].

Rutherford fut seul chargé de recevoir le manuscrit à mesure qu'il lui parvenait des deux auteurs. Il commença sa lecture lors d'un déplacement en Californie le 8 février 1917 et l'acheva, à l'exception des derniers chapitres consacrés à l'Ézéchiel, le 21 mars, sans en discuter alors avec personne d'autre au sein de la Société[100]. Les quatre administrateurs dissidents confirmeront que le volume fut préparé à leur insu et à celui du Comité éditorial[101].

En mai 1917, Rutherford montre le manuscrit à Van Amburgh, qui n'en lit que des parties mais recommande néanmoins la publication. Le 6 juin, il le présente à Macmillan, qui décline la lecture complète mais accepte de lire la préface ; sur cette seule base, et sur l'assurance de Rutherford que le texte était de première qualité, Macmillan approuve la publication sans l'avoir lue. Le contrat d'impression est signé ce même jour[102]. Rutherford affirma également avoir consulté Robert J. Martin et William Hudgings, mais Martin nia sous serment en avoir été informé avant le 11 juillet 1917 — plus d'un mois après la signature du contrat, ce qui exclut que son avis ait pu peser sur la décision de publier[103]. Sur les personnes ainsi consultées, seul Van Amburgh siégeait au conseil d'administration de la Société ; le vice-président Pierson, pourtant favorable à Rutherford, ne fut pas davantage consulté, de l'aveu même de ce dernier[104].

Rutherford justifia plus tard cette précipitation en expliquant qu'il s'apprêtait à soumettre les épreuves d'imprimerie aux administrateurs au moment même où le conflit éclata, mais qu'ayant constaté leur vive opposition, il craignit que la publication ne soit longuement retardée s'il attendait leur lecture et leurs objections[105]. Il reconnut par la suite avoir considéré qu'il était de son « devoir sacré » de veiller à cette publication[106] — une décision qui, en écartant totalement le conseil d'administration de ce choix, contrevenait à la charte de la Société, dont le second paragraphe réservait explicitement au conseil la décision de publier tracts, brochures et autres documents religieux[107].

Le conflit sur les statuts (juin-juillet 1917)

À l'automne 1917, Rutherford affirma que ses propres opposants reconnaissaient que tout se déroulait sans accroc à la Société jusqu'à ce que l'affaire Johnson, en juin 1917, ne vienne tout déclencher[108]. Cette présentation est contredite par les administrateurs dissidents eux-mêmes : dans leur publication de septembre 1917, ils affirment que des doutes sur la sagesse d'avoir accordé à Rutherford un pouvoir aussi étendu étaient apparus dès les premières semaines suivant l'adoption des statuts de janvier, bien avant que l'affaire Johnson ne survienne[109].

Rutherford maintenait que Russell, en tant que président, avait toujours agi en gestionnaire de la Société, et que le vote du 6 janvier prouvait la volonté des actionnaires de voir ce processus se poursuivre sous son successeur[110]. Il défendait une logique d'efficacité, déclarant que le travail de la Société « exig[eait] singulièrement la direction d'un seul esprit »[111]. L'avocat et Étudiant de la Bible Francis McGee, alors assistant du procureur général du New Jersey, répondit : « C'est alors le nœud du problème. Il dit qu'il est un seul esprit »[112].

En juin, quatre membres du conseil — Robert H. Hirsh, Alfred I. Ritchie, Isaac F. Hoskins et James D. Wright — décidèrent qu'ils avaient commis une erreur en approuvant les pouvoirs de direction accordés à Rutherford[113], l'accusant de comportement autocratique, de refuser l'accès aux livres de la Société et de nier à Johnson toute audition équitable[114]. Van Amburgh tenait par ailleurs les comptes et les livres de la Société secrets vis-à-vis de l'ensemble des administrateurs, à l'exception de Rutherford ; le vice-président Pierson lui-même se serait vu répondre qu'il ne pourrait consulter les documents financiers qu'à la condition de démissionner de ses fonctions[115].

Lors d'une réunion du Conseil le 20 juin, Hirsh présenta une résolution visant à annuler les nouveaux statuts et à récupérer les pouvoirs de direction du président[116], mais le vote fut reporté d'un mois après de vives objections de Rutherford[117]. Une semaine plus tard, les quatre administrateurs demandèrent une réunion immédiate du Conseil pour obtenir des informations sur les finances de la Société. Rutherford refusa, affirmant par la suite avoir alors détecté une conspiration entre Johnson et les quatre directeurs visant à s'emparer du contrôle de la Société[118].

La destitution des quatre administrateurs (juillet 1917)

Rutherford obtint un avis juridique, rédigé par l'avocat H. M. McCaughey et reproduit dans le document interne de la Société, estimant que tous les administrateurs étaient légalement tenus d'être réélus chaque année, et qu'une clause de la charte prévoyant leur élection à vie était contraire à la loi de Pennsylvanie[119]. Selon cet avis, seuls trois hommes — Rutherford, Van Amburgh et Pierson — avaient été validement élus le 6 janvier ; les quatre autres, en poste depuis 1904 et jamais réélus, n'auraient donc eu aucun statut juridique. Même Hirsh, nommé le 29 mars 1917 après la démission de Rockwell, aurait été dépourvu de statut légal, sa nomination ayant eu lieu à New York plutôt qu'à Allegheny comme la loi l'exigeait, ce qui rendait selon cet avis son élection « absolument et indiscutablement illégale et nulle »[120]. Rutherford affirma avoir eu connaissance de ces faits dès 1909 et les avoir communiqués à Russell à plusieurs reprises[121].

Le 12 juillet, Rutherford se rendit à Pittsburgh et, se prévalant de la charte, combla les quatre postes qu'il jugeait vacants, en nommant Alexander Hugh Macmillan, George H. Fisher, de Scranton, Walter E. Spill, d'Allegheny, et George H. Baer, également de Scranton — les trois derniers résidant en Pennsylvanie afin de satisfaire à l'exigence légale de résidence invoquée par l'avis juridique[122]. Certains membres du conseil initial, dont Hirsh, Hoskins, Ritchie et Wright, refusèrent de participer à la réunion du 5 juillet convoquée pour entériner ces nominations, invoquant un manque de préparation[123]. Le 17 juillet, le nouveau Conseil adopta une résolution exprimant son « approbation chaleureuse » des actions de Rutherford, présenté comme « l'homme que le Seigneur a choisi »[124]. Le même jour, la publication soudaine du septième volume des Études dans les Écritures, sans le consentement des directeurs évincés, amplifia les tensions[125]. Le 27 juillet, Rutherford exigea le départ de Johnson et des quatre administrateurs, provoquant une altercation physique au cours de laquelle il agressa Johnson[126]. Le 31 juillet, une réunion de la Peoples Pulpit Association, filiale new-yorkaise de la Société, fut convoquée pour expulser Hirsh et Hoskins ; vingt-trois voix se prononcèrent en faveur de leur destitution, contre cinq oppositions dont une par procuration[127].

Août 1917 – Janvier 1918 : la reconquête

Propagande pour conquérir les fidèles

Voir aussi Avis juridiques sur les actions de Rutherford en 1917

Fichier:Watchtowerschism1917.jpg

Le 1er août, la Société Watch Tower publia une revue de 24 pages, Harvest Siftings Part 1, sous-titrée « Le Diable tente à nouveau de perturber la Société », dans laquelle Rutherford exposait sa version des événements et justifiait la nomination des nouveaux administrateurs, présentant en particulier ses opposants comme les instigateurs d'une conspiration alliée à Paul S. L. Johnson[128].

Un mois plus tard, les quatre administrateurs évincés publièrent une réfutation autofinancée, Light After Darkness, contenant une lettre de Pierson datée du 26 juillet, dans laquelle le vice-président déclarait en avoir fini avec l'ancien conseil. Bien qu'il estimât que les deux camps comportaient « une mesure de torts », Pierson jugeait que Rutherford avait eu tort de nommer de nouveaux administrateurs[129]. La publication contestait la légalité de leur expulsion, affirmant que la clause pennsylvanienne interdisant les nominations à vie n'était que récente et non rétroactive[130], et que l'élection de Rutherford, Van Amburgh et Pierson comme officiers était nulle puisqu'aucun d'eux n'était administrateur en janvier. Plusieurs avocats consultés auraient conclu que les actions de Rutherford étaient « totalement illégales »[131].

Rutherford répondit un mois plus tard dans Harvest Siftings - Partie 2, affirmant que Light After Darkness contenait « pas moins de cent accusations mensongères et déclarations trompeuses », un chiffre qu'il jugeait très exagéré[132]. Il y publia notamment un affidavit de Mrs. J. B. Walbach et Miss Mary B. Walbach affirmant avoir entendu Hirsh critiquer le testament de Russell dès deux jours après sa mort, le jugeant obsolète et devant être annulé[133].

La publication affirmait également que Rutherford avait exigé de tous les travailleurs du Béthel qu'ils signent une pétition le soutenant, sous peine de licenciement[134]. Près de 35 membres de la famille du Béthel auraient été contraints de partir pour n'avoir pas soutenu Rutherford pendant son « règne de la terreur »[135]. Rutherford, de son côté, expliqua dans Harvest Siftings, Part II que ces départs étaient dus au fait que Bethel devait rester un lieu de travail consacré, incompatible avec un climat de discorde et de préparation de poursuites judiciaires[136]. Malgré les tentatives de conciliation de Pierson[137], les anciens administrateurs quittèrent le siège de Brooklyn le 8 août[138].

Les publications des deux camps continuèrent tout au long de 1917 à s'accuser mutuellement de déformation grossière des faits[139]. La controverse brisa l'harmonie du mouvement des Étudiants de la Bible, divisant de nombreuses congrégations en groupes opposés[140].

Campagne et réélection

Les quatre administrateurs évincés firent une ultime tentative pour détrôner Rutherford, faisant valoir que, s'il disposait du soutien des actionnaires les plus puissants, il lui manquait celui du mouvement des Étudiants de la Bible en général. Ils appelèrent donc à un vote démocratique de l'ensemble des fidèles[141]. Rutherford écrivit en octobre : « Je ne cherche pas l'élection au poste de président, et je ne suis pas candidat à la réélection. Le Seigneur est en mesure d'assister à sa propre entreprise »[142]. Le 21 novembre 1917 — et non 1918, comme certaines sources le rapportent par erreur — il organisa un référendum de tous les Étudiants de la Bible et abonnés à La Tour de Garde, un mois avant le congrès annuel de Pittsburgh. Bien que non contraignants, les votes furent comptés dans 813 congrégations des États-Unis[143], donnant à Rutherford la présidence avec 95 % des voix ; ses partisans (Van Amburgh, Fisher, Bohnet, Macmillan, Spill) arrivaient juste après, tandis que ceux du camp adverse étaient très loin derrière[144]. Voici l'ensemble des résultats :

Personne Nombre
de voix comme...[145]
directeur président vice-prés. secr.-trés.
J.F. Rutherford 10 990 10 869 14 3
W.E. Van Amburgh 10 909 14 418 10 700
G.H. Fisher 10 333 4 395 30
J.A. Bohnet 10 323 1 126 4
A.H. Macmillan 10 204 2 1 856 102
W.E. Spill 9 880 183 1
A.N. Pierson 8 888 49 5 722 13
C.J. Woodworth 1 776 28 328 2
M. Sturgeon 680 376 73 36
A.I. Ritchie 543 10 223 21
R.H. Hirsch 469 1 2 25
I.F. Hoskins 459 3
J.D. Wright 444 2 4 5
H.C. Rockwell 342 1 13 209
R.J. Martin 293 17 73 7
W.F. Hudgings 181 30 14
A.E. Burgess 143 9 11
P.S.L. Johnson 126 20 25 19
E.W. Brenneisen 100 1 4 3
89 autres avec moins de 100 votes 1 036 26 182 94
TOTAL 78 119 11 421 9 680 11 302

Dans le même temps, les Tour de Garde du 1er décembre 1917 et 1er janvier 1918 contenaient des lettres de Gertrude Woodcock Seibert et de A.E. Burgess soutenant Rutherford, Burgess se repentant d'ailleurs d'avoir un temps prêté attention au camp adverse[146].

Le 5 janvier 1918, les directeurs élirent à l'assemblée annuelle Rutherford comme président et Anderson comme vice-président, bien que ce dernier ne se soit pas présenté[147]. Une résolution fit rapidement démissionner Hirsh du Comité éditorial[148], et La Tour de Garde de mars demanda aux fidèles des congrégations ayant majoritairement soutenu les opposants de les quitter[149]. La croissance du groupe s'en ressentit : à la mi-1919, environ un Étudiant de la Bible sur sept avait quitté l'organisation plutôt que d'accepter sa direction, selon la Watch Tower elle-même[150]. La fréquentation du Mémorial, qui reflète le nombre de personnes associées au mouvement, passa de 21 274 en 1917 à 17 961 en 1919, soit une perte d'environ 4 000 personnes sur cette période[151], et 75 % des Étudiants de la Bible d'origine avaient quitté la Watch Tower d'ici 1928, entraînant la formation de divers groupes issus des Étudiants de la Bible : le Mouvement missionnaire intérieur laïque, l'Institut Biblique Pastoral, les Watchers of the Morning, puis les Standfasters, etc.[152] Dans Les Témoins de Jéhovah dans les desseins divins, la Watch Tower affirme que seuls 3 313 membres quittèrent le mouvement entre 1917 et 1919, chiffre que l'historien Bernard Blandre juge « inférieur à la réalité », car il ne tient pas compte du fait que de nouveaux arrivants ont compensé d'autres départs. En s'appuyant sur une évaluation de Clayton Woodworth, Blandre estime qu'en 1921, la moitié des Étudiants de la Bible avait déjà rompu avec la Watch Tower, et conclut : « L'équipe qui avait pris le contrôle de la Société ne représenta vite qu'une minorité, alors que la plupart des disciples de Russell ne devinrent jamais des Témoins de Jéhovah »[153].

Une Tour de Garde ultérieure décrivit le résultat de la contestation de 1917 comme la suppression d'« une catégorie d'insoumis qui s'est rebellée contre les voies du Seigneur », juste avant la supposée inspection du Christ et l'approbation de la « classe de l'esclave fidèle et avisé »[154][155].

Personne Nombre
de voix[156]
J.F Rutherford 194 106
A.H. Macmillan 161 871
W.E. Van Amburgh 160 215
W.E. Spill 118 259
J.A. Bohnet 113 422
C.H. Anderson 107 175
G.H. Fisher 83 260
A.N. Pierson 57 721
M. Sturgeon 27 261
R.H. Hirsh 23 198
I. F. Hoskins 22 660
A.I. Ritchie 22 631
J.D. Wright 22 623
H.C. Rockwell 18 178
P.S.L. Johnson 6 469
W.J. Hollister 3 931

Voir aussi

Ressources sur le sujet

  • Blandre, Bernard (1988) (français), « Aux origines des étudiants de la Bible et des Témoins de Jéhovah - Attentes et débats 1873-1919 », Mouvements religieux, Sarreguemines : Association d'étude et d'information sur les mouvements religieux, p. 28-34
  • Chryssides, George D. (2007) (anglais), Historical Dictionary of Jehovah's Witnesses, Scarecrow Press
  • Haugland, Jan (2000) (anglais), The Successor Problem: A Focused Biography of Joseph Rutherford, 2nd Leader for the Jehovah's Witnesses, 1916-1942, mémoire de maîtrise, Université de Bergen
  • Hudson, A. O. (1989) (anglais), Bible Students in Britain: The Story of a Hundred Years, Bible Fellowship Union
  • Johnson, Paul S.L. (1er novembre 1917) (anglais), Harvest Siftings Reviewed (novembre 1917)
  • Persson, Rud (2022) (anglais), Rutherford's Coup: The Watch Tower Succession Crisis of 1917 and Its Aftermath, Hart Publishers
  • Pierson Andrew N. et autres (1er septembre 1917) (anglais), Light After Darkness (1917)
  • Penton, James M. (1997, 2è éd.) (anglais), Apocalypse Delayed: The Story of Jehovah's Witnesses, University of Toronto Press (ISBN 0-8020-7973-3)
  • Rogerson, Alan (1969) (anglais), Millions Now Living Will Never Die, Constable : London
  • Rutherford, Joseph F. (1er août 1917) (anglais), Harvest Siftings Part 1 (1917), Watch Tower Bible & Tract Society
  • Rutherford, Joseph F. (1er octobre 1917) (anglais), Harvest Siftings - Partie 2 (1917), Watch Tower Bible & Tract Society
  • Watch Tower Bible & Tract Society (1959) (anglais), Les Témoins de Jéhovah dans les desseins divins, Watch Tower Bible & Tract Society
  • Watch Tower Bible & Tract Society (1975) (anglais), Annuaire des Témoins de Jéhovah, Watch Tower Bible & Tract Society
  • Watch Tower Bible & Tract Society (1993) (anglais), Les Témoins de Jéhovah: Prédicateurs du Royaume de Dieu, Watch Tower Bible & Tract Society
  • Wills, Tony (2006, 2è éd.) (anglais), A People for His Name: A History of Jehovah's Witnesses and an Evaluation, Lulu Enterprises (ISBN 978-1-4303-0100-4)

Références

  1. Penton, 1997, p. 50
  2. Rogerson, 1969, p. 39
  3. Rutherford et al vs. The United States, 1918, transcription du procès, p. 662.
  4. Rud Persson, Rutherford's Coup: The Watch Tower Succession Crisis of 1917 and Its Aftermath, Hart Publishers, 2022, chap. 1, citant un enregistrement audio de Cora Sundbom.
  5. Rutherford et al vs. The United States, 1918, transcription du procès, p. 973, 682.
  6. The Watch Tower, 15 décembre 1916, p. 391.
  7. Matthieu 20:1-16
  8. Rud Persson, Rutherford's Coup: The Watch Tower Succession Crisis of 1917 and Its Aftermath, Hart Publishers, 2022, chap. 1, citant Paul S. L. Johnson, Epiphany Studies in the Scriptures, vol. 10.
  9. The Watch Tower, 1er décembre 1916, p. 358-359, 379.
  10. Rud Persson, Rutherford's Coup: The Watch Tower Succession Crisis of 1917 and Its Aftermath, Hart Publishers, 2022, chap. 1, citant une lettre de H. Clay Rockwell à Paul S. L. Johnson du 4 septembre 1917.
  11. Light After Darkness, p. 9
  12. The Watch Tower, 15 décembre 1916, p. 391 ; Paul S. L. Johnson, Harvest Siftings Reviewed, 1er novembre 1917, p. 2.
  13. The Watch Tower, 15 décembre 1916, p. 391.
  14. The Watchtower, 15 août 1966, p. 506.
  15. Harvest Siftings Part 1, p. 11
  16. Rutherford et al vs. The United States, 1918, transcription du procès, p. 682.
  17. Rud Persson, Rutherford's Coup: The Watch Tower Succession Crisis of 1917 and Its Aftermath, Hart Publishers, 2022, chap. 2, citant les minutes du conseil d'administration du 13 décembre 1916.
  18. Russell Divorce Appeal Trial, 1907, p. 39 ; The Watch Tower, 1er novembre 1917, p. 328.
  19. The Watch Tower, 15 janvier 1917, p. 22.
  20. Harvest Siftings Part 1, p. 19
  21. Light After Darkness, p. 11
  22. Rud Persson, Rutherford's Coup: The Watch Tower Succession Crisis of 1917 and Its Aftermath, Hart Publishers, 2022, chap. 2.
  23. Light After Darkness, p. 11
  24. The Brooklyn Daily Eagle, 26 novembre 1916, p. 10.
  25. Moyle vs. Franz et al, 1943, transcription du procès, p. 1542.
  26. Rud Persson, Rutherford's Coup: The Watch Tower Succession Crisis of 1917 and Its Aftermath, Hart Publishers, 2022, chap. 2, citant les minutes de la Société du 7 novembre 1916.
  27. Moyle vs. Franz et al, 1943, transcription du procès, p. 1567.
  28. The Watch Tower, 1er décembre 1916, p. 374.
  29. Rud Persson, Rutherford's Coup: The Watch Tower Succession Crisis of 1917 and Its Aftermath, Hart Publishers, 2022, chap. 3, citant l'article 7 de la charte de la Watch Tower Bible and Tract Society.
  30. By Laws de 1917, sur tj-encyclopedie.org.
  31. By Laws de 1917, sur tj-encyclopedie.org.
  32. The Watch Tower, 15 janvier 1917, p. 22.
  33. Rud Persson, Rutherford's Coup: The Watch Tower Succession Crisis of 1917 and Its Aftermath, Hart Publishers, 2022, chap. 3, citant le témoignage de I. I. Margeson rapporté par Paul S. L. Johnson.
  34. Light After Darkness, p. 5
  35. Harvest Siftings - Partie 2, p. 26
  36. Rud Persson, Rutherford's Coup: The Watch Tower Succession Crisis of 1917 and Its Aftermath, Hart Publishers, 2022, chap. 3.
  37. The Watch Tower, 15 janvier 1917, p. 22.
  38. The Watch Tower, 15 janvier 1917, p. 22.
  39. Wills, 2007, p. 115
  40. Facts For Shareholders, p. 11
  41. The Brooklyn Daily Eagle, 31 juillet 1917, p. 3.
  42. Rud Persson, Rutherford's Coup: The Watch Tower Succession Crisis of 1917 and Its Aftermath, Hart Publishers, 2022, chap. 3, citant une lettre de R. G. Jolly à Rud Persson du 15 novembre 1973.
  43. Facts For Shareholders, p. 2
  44. The Cincinnati Weekly Inquirer, 10 janvier 1917 ; The Syracuse Herald, 7 janvier 1917 ; Buffalo Evening News, 8 janvier 1917 ; The Brooklyn Daily Eagle, 7 janvier 1917.
  45. The Watch Tower, 15 janvier 1917, p. 22.
  46. Facts For Shareholders, p. 11
  47. The Watch Tower, 15 janvier 1917, p. 22.
  48. George D. Chryssides, Historical Dictionary of Jehovah's Witnesses, Scarecrow Press, 2007, entrée « Peoples Pulpit Association », p. 108.
  49. Rud Persson, Rutherford's Coup: The Watch Tower Succession Crisis of 1917 and Its Aftermath, Hart Publishers, 2022, chap. 4.
  50. Rud Persson, Rutherford's Coup: The Watch Tower Succession Crisis of 1917 and Its Aftermath, Hart Publishers, 2022, chap. 4, citant The Watch Tower, 1er novembre 1917, p. 327.
  51. Harvest Siftings Part 1, p. 12
  52. Light After Darkness, p. 4
  53. Harvest Siftings Part 1, p. 12
  54. Light After Darkness, p. 4
  55. Rud Persson, Rutherford's Coup: The Watch Tower Succession Crisis of 1917 and Its Aftermath, Hart Publishers, 2022, chap. 4, citant The Watch Tower, 15 mars 1917, p. 82.
  56. Rud Persson, Rutherford's Coup: The Watch Tower Succession Crisis of 1917 and Its Aftermath, Hart Publishers, 2022, chap. 4.
  57. Rud Persson, Rutherford's Coup: The Watch Tower Succession Crisis of 1917 and Its Aftermath, Hart Publishers, 2022, chap. 6, citant une lettre de Jesse Hemery à Charles Taze Russell du 16 septembre 1916.
  58. Harvest Siftings Part 1, p. 2
  59. A. O. Hudson, Bible Students in Britain: The Story of a Hundred Years, Bible Fellowship Union, 1989, p. 83.
  60. Harvest Siftings - Partie 2, p. 25
  61. Harvest Siftings Reviewed, p. 2
  62. Harvest Siftings Reviewed, p. 2
  63. A. O. Hudson, Bible Students in Britain: The Story of a Hundred Years, Bible Fellowship Union, 1989, p. 83.
  64. Blandre, 1988, p. 29
  65. Harvest Siftings Part 1, p. 1
  66. Harvest Siftings Part 1, p. 5
  67. Harvest Siftings Part 1, p. 6
  68. A. O. Hudson, Bible Students in Britain: The Story of a Hundred Years, Bible Fellowship Union, 1989, p. 85.
  69. A. O. Hudson, Bible Students in Britain: The Story of a Hundred Years, Bible Fellowship Union, 1989, p. 85.
  70. Matthieu 20:8
  71. Harvest Siftings Part 1, p. 3
  72. Jan Haugland, « The Successor Problem: A Focused Biography of Joseph Rutherford, 2nd Leader for the Jehovah's Witnesses, 1916-1942 », mémoire de maîtrise, Université de Bergen, 2000.
  73. A. O. Hudson, Bible Students in Britain: The Story of a Hundred Years, Bible Fellowship Union, 1989, p. 86.
  74. Rud Persson, Rutherford's Coup: The Watch Tower Succession Crisis of 1917 and Its Aftermath, Hart Publishers, 2022, chap. 6.
  75. Harvest Siftings Reviewed, p. 3
  76. Rogerson, 1969, p. 35-36
  77. Harvest Siftings Reviewed, p. 10
  78. Blandre, 1988, p. 29
  79. Harvest Siftings Reviewed, p. 7
  80. Harvest Siftings Reviewed, p. 13
  81. Harvest Siftings Reviewed, p. 12
  82. Harvest Siftings Reviewed, p. 12
  83. Rud Persson, Rutherford's Coup: The Watch Tower Succession Crisis of 1917 and Its Aftermath, Hart Publishers, 2022, chap. 6.
  84. Light After Darkness, p. 15
  85. Harvest Siftings Reviewed, p. 12
  86. Rud Persson, Rutherford's Coup: The Watch Tower Succession Crisis of 1917 and Its Aftermath, Hart Publishers, 2022, chap. 7, citant Facts for Shareholders, p. 13.
  87. Rud Persson, Rutherford's Coup: The Watch Tower Succession Crisis of 1917 and Its Aftermath, Hart Publishers, 2022, chap. 7, citant Harvest Siftings, p. 19.
  88. Facts for Shareholders, p. 8.
  89. Facts for Shareholders, p. 8.
  90. Harvest Siftings, p. 12.
  91. Rud Persson, Rutherford's Coup: The Watch Tower Succession Crisis of 1917 and Its Aftermath, Hart Publishers, 2022, chap. 7, citant Light After Darkness, p. 4.
  92. Rud Persson, Rutherford's Coup: The Watch Tower Succession Crisis of 1917 and Its Aftermath, Hart Publishers, 2022, chap. 7.
  93. Rud Persson, Rutherford's Coup: The Watch Tower Succession Crisis of 1917 and Its Aftermath, Hart Publishers, 2022, chap. 7, citant Harvest Siftings, p. 13, et Light After Darkness, p. 6.
  94. Ézéchiel
  95. Apocalypse
  96. Rud Persson, Rutherford's Coup: The Watch Tower Succession Crisis of 1917 and Its Aftermath, Hart Publishers, 2022, chap. 2, section « Preparing for the Seventh Volume ».
  97. Rud Persson, Rutherford's Coup: The Watch Tower Succession Crisis of 1917 and Its Aftermath, Hart Publishers, 2022, chap. 2, citant une réunion de questions-réponses de 1916.
  98. Rud Persson, Rutherford's Coup: The Watch Tower Succession Crisis of 1917 and Its Aftermath, Hart Publishers, 2022, chap. 2, citant le témoignage de Menta Sturgeon.
  99. Rud Persson, Rutherford's Coup: The Watch Tower Succession Crisis of 1917 and Its Aftermath, Hart Publishers, 2022, chap. 2, citant une lettre de Gertrude W. Seibert du 6 décembre 1916.
  100. Rud Persson, Rutherford's Coup: The Watch Tower Succession Crisis of 1917 and Its Aftermath, Hart Publishers, 2022, chap. 5, citant le témoignage de Rutherford lors d'un procès.
  101. Light After Darkness, p. 11
  102. Rud Persson, Rutherford's Coup: The Watch Tower Succession Crisis of 1917 and Its Aftermath, Hart Publishers, 2022, chap. 5.
  103. Rud Persson, Rutherford's Coup: The Watch Tower Succession Crisis of 1917 and Its Aftermath, Hart Publishers, 2022, chap. 5, citant un témoignage sous serment de Robert J. Martin.
  104. Rud Persson, Rutherford's Coup: The Watch Tower Succession Crisis of 1917 and Its Aftermath, Hart Publishers, 2022, chap. 5.
  105. Rud Persson, Rutherford's Coup: The Watch Tower Succession Crisis of 1917 and Its Aftermath, Hart Publishers, 2022, chap. 5, citant une déclaration de Rutherford de juillet 1917.
  106. Rud Persson, Rutherford's Coup: The Watch Tower Succession Crisis of 1917 and Its Aftermath, Hart Publishers, 2022, chap. 5.
  107. The Watch Tower, 1er décembre 1916, p. 374.
  108. Rud Persson, Rutherford's Coup: The Watch Tower Succession Crisis of 1917 and Its Aftermath, Hart Publishers, 2022, chap. 5.
  109. Light After Darkness, p. 4
  110. Harvest Siftings - Partie 2, p. 25
  111. Harvest Siftings Part 1, p. 10
  112. Light After Darkness, p. 19
  113. Light After Darkness, p. 4
  114. Light After Darkness, p. 4
  115. Jan Haugland, « The Successor Problem: A Focused Biography of Joseph Rutherford, 2nd Leader for the Jehovah's Witnesses, 1916-1942 », mémoire de maîtrise, Université de Bergen, 2000.
  116. Harvest Siftings Part 1, p. 12
  117. Light After Darkness, p. 6
  118. Harvest Siftings Part 1, p. 22-23
  119. Harvest Siftings Part 1, p. 15
  120. Harvest Siftings Part 1, p. 15
  121. Harvest Siftings Part 1, p. 15
  122. Harvest Siftings Part 1, p. 16
  123. Harvest Siftings Part 1, p. 16
  124. Harvest Siftings Part 1, p. 17
  125. Blandre, 1988, p. 30
  126. Blandre, 1988, p. 30
  127. Harvest Siftings - Partie 2, p. 26
  128. Harvest Siftings Part 1, p. 24
  129. Light After Darkness, p. 8
  130. Light After Darkness, p. 7
  131. Lettre du cabinet Davies, Auerbach & Cornell, p. 2
  132. Harvest Siftings - Partie 2, p. 25
  133. Harvest Siftings - Partie 2, p. 26
  134. Light After Darkness, p. 9
  135. Light After Darkness, p. 15
  136. Harvest Siftings - Partie 2, p. 30
  137. Harvest Siftings - Partie 2, p. 29
  138. Watch Tower Bible & Tract Society, 1993, p. 68
  139. Light After Darkness, p. 1
  140. Watch Tower Bible & Tract Society, 1993, p. 68
  141. Rogerson, 1969, p. 38
  142. Harvest Siftings - Partie 2, p. 32
  143. Blandre, 1988, p. 30
  144. Rogerson, 1969, p. 38
  145. Rogerson, 1969, p. 38
  146. Blandre, 1988, p. 30
  147. Blandre, 1988, p. 31, 34
  148. Rogerson, 1969, p. 39
  149. Blandre, 1988, p. 31, 34
  150. Watch Tower Bible & Tract Society, 1975, p. 93-94
  151. Jan Haugland, « The Successor Problem: A Focused Biography of Joseph Rutherford, 2nd Leader for the Jehovah's Witnesses, 1916-1942 », mémoire de maîtrise, Université de Bergen, 2000, citant Jehovah's Witnesses — Proclaimers of God's Kingdom, 1993, p. 73.
  152. Rogerson, 1969, p. 39
  153. Blandre, Bernard (1987), Les Témoins de Jéhovah, un siècle d'histoire, Paris : Desclée de Brouwer, p. 56-57 (ISBN 978-2-2200-2640-4).
  154. « Esther and Mordecai », La Tour de Garde (angl.), 1er juin 1931, p. 169.
  155. « The Faithful Slave Passes the Test! », La Tour de Garde (angl.), 1er mars 2004, p. 13-18.
  156. Rogerson, 1969, p. 39