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Le commentaire de J. Hemery publié en page 28 constitue un document de premier ordre pour l'histoire de l'exégèse prophétique du mouvement à cette période. Hemery y applique à l'Empire britannique l'image de la « bête à deux cornes semblables à celles d'un agneau » de <CiteBible>Apocalypse 13:11</CiteBible>, en l'identifiant à une puissance qui se présente sous des dehors pacifiques tout en agissant, selon la publication, comme un instrument du pouvoir satanique opposé au Royaume de Dieu.<ref>''Consolation du 20 avril 1938'', p. 28.</ref> Cette identification de l'Empire britannique à une entité prophétique précise s'inscrit dans une élaboration doctrinale progressive : la formulation de Hemery, centrée sur la seule Grande-Bretagne et son rôle géopolitique contemporain (notamment la vulnérabilité du canal de Suez face aux ambitions italiennes), diffère de la version ultérieurement codifiée par la Watch Tower, laquelle articulera cette prophétie autour d'une puissance duale anglo-américaine.<ref>[https://wol.jw.org/en/wol/d/r1/lp-e/1962888 « The Two-horned Beast »], Watchtower Online Library, consulté en 2025.</ref> En 1938, le commentaire de Hemery atteste donc d'une étape intermédiaire dans la fixation de cette doctrine, où l'accent est mis sur la seule dimension impériale britannique, mise en regard des tensions européennes immédiates, sans que la composante américaine ne soit encore pleinement intégrée à l'interprétation prophétique.<ref>''Consolation du 20 avril 1938'', p. 28.</ref> | |||
Le fil anticlérical qui traverse l'ensemble de ce numéro — des rubriques sur l'Espagne, l'Afrique et l'Irlande jusqu'au commentaire de Hemery — repose sur une construction théologique cohérente : l'alliance entre le Vatican, les régimes fascistes (Franco, Mussolini, Hitler) et certaines puissances diplomatiques occidentales est interprétée non comme un simple phénomène politique, mais comme la manifestation visible d'une opposition spirituelle au Royaume de Dieu. La publication associe explicitement le pape à la notion de « puissances supérieures » diaboliques,<ref>''Consolation du 20 avril 1938'', p. 23.</ref> et les serments d'allégeance du clergé catholique (qualifiés de sans signification) illustrent ce que la doctrine rutherfordienne présente comme la double nature — religieuse en apparence, politique en réalité — des institutions catholiques.<ref>''Consolation du 20 avril 1938'', p. 21.</ref> Cette lecture théologico-politique, appliquée simultanément à la guerre d'Espagne, à l'Éthiopie occupée et à l'Irlande, témoigne d'une vision eschatologique unifiée où les persécutions subies par les témoins de Jéhovah en Europe sont interprétées comme un signe de l'approche du jugement divin.<ref>''Consolation du 20 avril 1938'', p. 28–29.</ref> | |||
La rubrique consacrée aux démons et au spiritisme (p. 27) illustre la position doctrinale de l'organisation sur la condition des morts : le fait que des médiums puissent prétendre communiquer avec des soldats morts qui n'auraient pas conscience de leur état est réfuté non par un argument psychologique ou empirique, mais par l'affirmation que les esprits en cause sont des démons — esprits déchus liés aux événements de l'époque de Noé évoqués en <CiteBible>Genèse 6:1-4</CiteBible> — et non des âmes de défunts.<ref>''Consolation du 20 avril 1938'', p. 27.</ref> Cette position présuppose la doctrine de la mort comme état d'inconscience totale, rendant toute communication avec les morts impossible par définition, et identifie le spiritisme comme un vecteur démoniaque actif, non comme une simple superstition.<ref>''Consolation du 20 avril 1938'', p. 27.</ref> Le cas de la jeune fille hypnotisée est traité sur le même plan théologique : l'hypnotisme est assimilé au démonisme, non par analogie rhétorique, mais comme une catégorie doctrinale à part entière.<ref>''Consolation du 20 avril 1938'', p. 27.</ref> | |||
L'article sur les glandes endocrines (p. 5) mobilise les découvertes de l'endocrinologie — notamment les travaux du Dr Eugen Steinach sur les hormones sexuelles — non pour les discuter sur le plan scientifique, mais pour les intégrer dans une lecture providentialiste de la nature. La citation de <CiteBible>Psaume 104:24</CiteBible> en conclusion de l'article signale que le registre visé est celui de la louange et de la confirmation de la sagesse créatrice de Jéhovah, non celui d'une démonstration apologétique formelle.<ref>''Consolation du 20 avril 1938'', p. 5.</ref> Le recours à <CiteBible>Genèse 1:28</CiteBible> pour évoquer la procréation comme don divin « souvent abusé » prolonge cette lecture en articulant biologie et morale, un procédé récurrent dans la littérature Watch Tower de la période rutherfordienne, où la science naturelle fournit des illustrations de vérités bibliques plutôt que des arguments autonomes.<ref>''Consolation du 20 avril 1938'', p. 5.</ref> | |||
=== Organisation et histoire === | |||
L'arrêt ''Lovell c. Ville de Griffin'', rendu le 28 mars 1938 à l'unanimité (8 contre 0) par la Cour suprême des États-Unis sous la plume du juge en chef Charles Evans Hughes, constitue une victoire juridique majeure pour l'organisation des Témoins de Jéhovah.<ref>[https://en.wikipedia.org/wiki/Lovell_v._City_of_Griffin Lovell v. City of Griffin], Wikipédia.</ref> Alma Lovell, [[Témoins de Jéhovah|Témoin de Jéhovah]], avait été condamnée à cinquante jours d'emprisonnement faute d'avoir payé une amende de cinquante dollars pour avoir distribué de la littérature sans le permis municipal exigé par la ville de Griffin, en Géorgie.<ref>[https://firstamendment.mtsu.edu/article/lovell-v-city-of-griffin/ Lovell v. City of Griffin], First Amendment Encyclopedia (MTSU).</ref> Lovell avait refusé de solliciter ce permis, estimant qu'une telle démarche aurait constitué une désobéissance à ce qu'elle considérait comme un commandement divin.<ref>[https://supreme.justia.com/cases/federal/us/303/444/ Lovell v. City of Griffin, 303 U.S. 444 (1938)], Justia U.S. Supreme Court.</ref> La décision donna raison à Lovell en déclarant l'ordonnance municipale inconstitutionnelle, au motif qu'elle soumettait la liberté de la presse à une licence et à une censure préalables, en violation du Premier et du Quatorzième Amendement.<ref>[https://www.law.cornell.edu/supremecourt/text/303/444 Lovell v. Griffin], Legal Information Institute.</ref> L'affaire avait été plaidée devant la Cour au nom de la [[Watch Tower Bible and Tract Society]] par O. R. Moyle, alors avocat de Brooklyn, New York.<ref>[https://wol.jw.org/en/wol/d/r1/lp-e/1955523 Fight Carried into the Law Courts], Watchtower Online Library.</ref> | |||
Ce numéro du 20 avril 1938, paru moins de quatre semaines après le prononcé de la décision, en fait l'article d'ouverture principal du périodique.<ref>''Consolation du 20 avril 1938'', p. 3.</ref> La Watch Tower présentait cet arrêt comme rendant caduques des centaines d'ordonnances locales similaires qui avaient été utilisées pour entraver la distribution de sa littérature à travers les États-Unis.<ref>''Consolation du 20 avril 1938'', p. 4.</ref> Cette victoire s'inscrit dans un effort juridique systématique entrepris sous la direction de [[Joseph Rutherford]] à partir des années 1930 : entre 1938 et 1955, la Watch Tower Society remportera trente-six des quarante-cinq affaires de nature religieuse qu'elle portera devant la Cour suprême.<ref>[https://wol.jw.org/en/wol/d/r1/lp-e/1955523 Fight Carried into the Law Courts], Watchtower Online Library.</ref> | |||
La publication ne se borne pas à saluer la décision : elle surveille activement les réactions des autorités municipales réfractaires, nommément celles de Jersey City et du comté de Bergen (New Jersey), dont certains responsables avaient déclaré leur intention de maintenir des ordonnances désormais illégales.<ref>''Consolation du 20 avril 1938'', p. 4.</ref> Cette attitude de veille juridique permanente, relayée dans les colonnes mêmes du périodique à destination des membres, illustre la stratégie organisationnelle de la Watch Tower, qui instrumentalise chaque numéro de ''[[Consolation]]'' comme outil d'information pratique pour ses prédicateurs sur le terrain. | |||
Par ailleurs, l'illustration reproduite à la page 14 du numéro représente le département d'assemblage des équipements de bureau et de sonorisation de la filiale de Strathfield, en Australie, témoignant de l'existence à cette date d'une infrastructure productive autonome à l'échelle internationale.<ref>''Consolation du 20 avril 1938'', p. 14.</ref> Ce détail documentaire confirme que l'organisation disposait, au printemps 1938, d'ateliers régionaux capables de produire et de distribuer du matériel technique dans des pays aussi éloignés que l'Australie, indépendamment du siège de Brooklyn. | |||
=== Science et médecine === | |||
L'article consacré aux glandes et à leurs fonctions constitue l'un des exemples les plus représentatifs de l'usage téléologique que fait la revue des découvertes biologiques. La publication s'appuie sur des données endocrinologiques authentiques pour les orienter vers une conclusion théologique : les merveilles du système glandulaire sont explicitement présentées comme la preuve de la sagesse de Jéhovah, le texte se concluant par la citation de <CiteBible>Psaume 104:24</CiteBible> et par un renvoi à <CiteBible>Genèse 1:28</CiteBible>.<ref>''Consolation du 20 avril 1938'', p. 5.</ref> Cette démarche, courante dans les périodiques Watch Tower des années 1930, instrumentalise la biologie au service d'un raisonnement providentialiste : la complexité fonctionnelle des glandes endocrines n'est pas analysée pour elle-même, mais convoquée comme argument d'autorité scientifique en faveur de la création divine. Aucune distorsion factuelle n'est cependant relevée dans la description des glandes elles-mêmes, qui reflète globalement l'état de l'endocrinologie de l'époque. | |||
La corrélation entre ustensiles de cuisine en aluminium et cancer constitue en revanche un sujet à forte charge idéologique pour la revue. L'article publié sous la rubrique « La Grande-Bretagne » présente la progression des décès par cancer en Grande-Bretagne depuis 1842 comme directement liée à l'introduction des engrais chimiques rendant l'aluminium soluble pour les plantes, puis à celle des ustensiles de cuisine en aluminium à partir de 1887, en établissant une chronologie corrélative traitée comme quasi causale.<ref>''Consolation du 20 avril 1938'', p. 26.</ref> Cette démarche s'inscrit dans une campagne durable : selon l'historien James Penton, les périodiques Watch Tower ont, pendant plusieurs décennies, attribué à l'aluminium toutes sortes de maladies, des maux de tête au cancer en passant par la folie et la paralysie, sous l'influence principale du dentiste presbytérien [[Charles Truax Betts]] et de l'éditeur [[Clayton Woodworth]].<ref>Penton, James M. (1997, 2è éd.), ''Apocalypse Delayed: The Story of Jehovah's Witnesses'', Toronto: University of Toronto Press, p. 66.</ref> L'ouvrage ''Death in the Pot'' de Harold W. Keens, ici abondamment cité, s'inscrit dans ce courant antialuminium que le professeur Jerry Bergman a qualifié d'œuvre de gens {{SourceDoc|fichier=/documents/periodiques/consolation/1938/consolation-du-20-avril-1938-en-ocr.pdf|page=26|citation=extremely naive|label=« extrêmement naïfs n'ayant que peu ou pas de formation en médecine et en sciences »}}.<ref>Bergman, Jerry, cité dans Wills, Tony (2006, 2è éd.), ''A People for His Name: A History of Jehovah's Witnesses and an Evaluation'', Morisville: Lulu Enterprises, p. 110.</ref> En 1938, aucun consensus scientifique n'établissait de lien causal entre l'aluminium culinaire et le cancer ; la corrélation statistique présentée confond la simultanéité temporelle de plusieurs phénomènes — industrialisation, urbanisation, vieillissement de la population, amélioration du diagnostic — avec une causalité directe, ce qui constitue un biais méthodologique caractérisé. La revue avait un intérêt idéologique évident à présenter l'industrie moderne et ses produits comme des agents de mort dans un monde gouverné par Satan, en cohérence avec sa rhétorique plus large sur la corruption du « système des choses actuel ». | |||
L'article sur les statistiques de la variole en Grande-Bretagne et dans d'autres pays sème de manière structurée le doute sur l'efficacité de la vaccination obligatoire.<ref>''Consolation du 20 avril 1938'', p. 26.</ref> La publication juxtapose le cas de l'Australie, présentée comme peu vaccinée et faiblement touchée par la variole, avec celui de l'Inde, qualifiée de fortement vaccinée mais enregistrant des milliers de décès annuels, pour en conclure que les lois de vaccination n'ont aucun lien démontrable avec la présence ou l'absence de la maladie. Ce raisonnement omet délibérément les facteurs déterminants que sont la couverture vaccinale réelle, les conditions sanitaires et la densité de population — différences considérables entre l'Australie coloniale et l'Inde britannique de l'époque. Or les données scientifiques disponibles avant 1938 contredisaient déjà cette lecture : un rapport publié par l'All-India Institute of Hygiene and Public Health de Calcutta sur une épidémie de 1936, documenté dans la revue ''[[Nature]]'' en 1938, montrait que parmi les enfants non vaccinés exposés à la variole, 24,7 % contractaient la maladie avec un taux de mortalité de 38,5 %, tandis que dans le groupe correctement vacciné, l'incidence tombait à 0,7 % avec une mortalité nulle.<ref>''Smallpox Vaccination in an Indian Epidemic'', ''Nature'', 142, 1938, p. 507.</ref> La haute mortalité variolique observée en Inde s'expliquait non par l'inefficacité du vaccin mais par l'insuffisance dramatique de la couverture réelle — ce que la revue passe entièrement sous silence. Cette présentation sélective est cohérente avec la position anti-vaccinale que la Watch Tower défendait depuis les années 1920 sous l'influence de [[Clayton Woodworth]], et que [[Charles Truax Betts]] — principal rédacteur de la campagne anti-aluminium — portait également dans ses écrits.<ref>Chryssides, George D. (2008), ''Historical Dictionary of Jehovah's Witnesses'', Lanham: The Scarecrow Press, p. 133.</ref> | |||
Enfin, la rubrique consacrée aux démons et au spiritisme présente l'hypnose comme une manifestation empirique de l'intervention démoniaque, au même titre que les phénomènes de médiumnité. Le cas d'une jeune fille tombée en transe à la seule vue d'une photographie de son hypnotiseur est exposé comme une preuve factuelle du démonisme, et non comme un phénomène psychologique à élucider.<ref>''Consolation du 20 avril 1938'', p. 27.</ref> Or, à la date de publication, l'étude scientifique de l'hypnotisme était déjà bien établie : Clark Leonard Hull avait fondé à l'Université Yale un programme de recherche expérimentale sur l'hypnose dès les années 1920, et Ivan Pavlov avait interprété les états hypnotiques en termes d'inhibition corticale dans ses conférences de 1927 sur les réflexes conditionnés, sans invoquer aucun facteur surnaturel.<ref>[https://en.wikipedia.org/wiki/History_of_hypnosis ''History of Hypnosis''], Wikipedia (anglais), consulté en 2024.</ref> La démarche de la revue consiste à utiliser l'apparence d'un fait rapporté — un incident londonien présenté comme authentique — pour valider une affirmation doctrinale sur la réalité des esprits démoniaques, confondant délibérément un phénomène de suggestion hypnotique avec une preuve d'activité surnaturelle. | |||
=== Économie et société === | |||
La rubrique « Commerce et quelques résultats » du numéro du 20 avril 1938 comporte plusieurs affirmations à enjeu idéologique qui méritent un examen critique, dans la mesure où la revue avait un intérêt structurel à présenter le système économique capitaliste comme intrinsèquement corrompu et déclinant, conformément à sa rhétorique eschatologique de « fin du système actuel de choses ». | |||
Sur la question des prix de l'acier, la publication s'appuie sur une déclaration de l'assistant du procureur général des États-Unis pour affirmer que les hausses de prix intervenues en décembre 1936 et mars 1937 étaient trois fois supérieures à ce qui était nécessaire pour couvrir les hausses salariales, et au moins deux fois supérieures aux augmentations globales des coûts de production.<ref>''Consolation du 20 avril 1938'', p. 13.</ref> Ce chiffre est présenté sans nuance ni source citée avec précision, et sert directement à accréditer la thèse selon laquelle les « soixante familles » les plus riches du pays écrèment systématiquement la reprise économique au détriment des travailleurs. Si la réorganisation et le renforcement de la Division antitrust du ministère de la Justice en 1938, avec une augmentation de plus de 500 % de son budget et de son personnel juridique en deux ans, témoignent bien d'une préoccupation réelle du gouvernement Roosevelt pour les pratiques anticoncurrentielles dans l'industrie lourde,<ref>[https://en.wikipedia.org/wiki/History_of_United_States_antitrust_law « History of United States antitrust law »], Wikipédia (en anglais).</ref> aucune source historique ou académique consultée ne permet de retrouver ni de confirmer le chiffre précis avancé par la revue ni son attribution exacte au ministère de la Justice. Cette affirmation, non vérifiable en l'état, est néanmoins présentée par la publication comme un fait établi sur des « bases solides »,<ref>''Consolation du 20 avril 1938'', p. 13.</ref> sans que le lecteur puisse en évaluer la source ni la portée méthodologique. | |||
La section « Commerce » signale également que l'Union des consommateurs des États-Unis aurait estimé à plus de 1 500 le nombre de personnes tuées au cours des trois années précédentes par des poudres contre les maux de tête contenant de l'aminopyrine.<ref>''Consolation du 20 avril 1938'', p. 13.</ref> Si le danger réel de l'aminopyrine — un analgésique alors courant, susceptible de provoquer des agranulocytoses potentiellement mortelles — était reconnu par la communauté médicale de l'époque, aucune source académique ou historique consultée ne permet de retrouver le chiffre précis de 1 500 décès, ni d'en attribuer la paternité vérifiable à l'Union des consommateurs. La prolifération non régulée de remèdes populaires avant l'adoption du ''Food, Drug, and Cosmetic Act'' en 1938 rendait certes plausible la dénonciation de tels produits,<ref>[https://www.ncpedia.org/headache-powders « Headache Powders »], NCpedia.</ref> mais le chiffre catastrophiste retenu par la revue reste non étayé. Ce type de donnée alarmiste, présentée sans vérification ni contexte, s'inscrit dans un discours récurrent de la Watch Tower consistant à dramatiser les dangers de la « civilisation moderne » pour appuyer sa rhétorique de décadence pré-Armageddon. | |||
L'article consacré au lien causal entre ustensiles en aluminium et mortalité cancéreuse, republié dans la rubrique « La Grande-Bretagne »,<ref>''Consolation du 20 avril 1938'', p. 26.</ref> prolonge une campagne éditoriale de longue haleine dans les publications de la Watch Tower. Comme le note l'historien James Penton, ce genre d'articles eut des répercussions concrètes sur le comportement des fidèles, qui attribuaient systématiquement leurs malaises à l'aluminium plutôt qu'à d'autres causes.<ref>Penton, James M. (1997, 2e éd.), ''Apocalypse Delayed: The Story of Jehovah's Witnesses'', Toronto : University of Toronto Press, p. 66 (ISBN 0-8020-7973-3).</ref> Selon R. Allan Freeze et Jay H. Lehr, [[L'Âge d'Or]] publia plus de 130 articles s'insurgeant contre les ustensiles en aluminium entre 1925 et 1969.<ref>Freeze, R. Allan ; Lehr, Jay H. (29 avril 2009), ''The Fluoride Wars: How a Modest Public Health Measure Became America's Longest Running Political Melodrama'', Wiley-Blackwell, p. 132 (ISBN 978-0470448335).</ref> Le professeur Jerry Bergman conclut que ces articles furent manifestement rédigés par des personnes « extrêmement naïves, disposant de peu ou d'aucune formation en médecine et en sciences ».<ref>Bergman, Jerry, cité dans la page [[Aluminium]] de Tj-encyclopedie.org.</ref> La corrélation statistique présentée dans ce numéro entre l'essor des ustensiles en aluminium et la progression de la mortalité cancéreuse en Grande-Bretagne depuis 1842 est exposée comme une démonstration quasi évidente, sans aucune discussion des facteurs de confusion possibles — vieillissement de la population, amélioration du diagnostic, industrialisation générale — qui pourraient expliquer cette progression indépendamment de l'aluminium. Cette présentation illustre la manière dont la revue mobilisait des données statistiques réelles, mais sélectionnées et dépourvues de contexte, pour accréditer une thèse que la science médicale n'a jamais validée. | |||
Enfin, sur la question de la vaccination et de la variole, la publication sélectionne les exemples de l'Inde, des Philippines et du Mexique pour suggérer qu'une vaccination abondante n'empêche pas les épidémies, tandis que des pays peu vaccinés comme l'Australie sont présentés comme preuve de l'inefficacité des lois de vaccination obligatoire.<ref>''Consolation du 20 avril 1938'', p. 26.</ref> Or, des données publiées dès 1936 par l'All-India Institute of Hygiene and Public Health et relayées dans ''Nature'' en 1938 établissaient clairement que, dans une épidémie de variole survenue à Calcutta, l'incidence de la maladie était de 24,7 % parmi les non-vaccinés contre seulement 0,7 % parmi les correctement vaccinés, avec une mortalité nulle dans ce dernier groupe.<ref>[https://www.nature.com/articles/142507c0 « Smallpox Vaccination in an Indian Epidemic »], ''Nature'', 1938.</ref> La forte mortalité persistante en Inde s'expliquait non par l'inefficacité du vaccin, mais par une couverture vaccinale très insuffisante dans de nombreuses régions, comme en témoigne le fait qu'à l'indépendance en 1947, l'Inde enregistrait encore le nombre maximum de cas de variole au monde.<ref>[https://pmc.ncbi.nlm.nih.gov/articles/PMC4078488/ « A Brief History of Vaccines & Vaccination in India »], ''Indian Journal of Medical Research'', PMC.</ref> La revue, dont les publications avaient depuis 1931 assimilé la vaccination à une violation de la loi divine sur le sang,<ref>Page [[Vaccination]], Tj-encyclopedie.org.</ref> avait donc un intérêt idéologique évident à sélectionner les données les plus défavorables à la vaccination obligatoire, tout en ignorant les résultats contemporains qui en confirmaient l'efficacité. | |||
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==== {{SourceDocTitre|fichier=/documents/periodiques/consolation/1938/consolation-du-20-avril-1938-en-ocr.pdf|page=30|label=Service domestique|citation=Domestic Service}} ==== | ==== {{SourceDocTitre|fichier=/documents/periodiques/consolation/1938/consolation-du-20-avril-1938-en-ocr.pdf|page=30|label=Service domestique|citation=Domestic Service}} ==== | ||
L'article aborde la pénurie de domestiques en Grande-Bretagne, où environ 25 000 femmes au foyer n'arrivent pas à en recruter. Le service domestique n'est plus considéré comme une étape incontournable pour les jeunes filles, qui préfèrent désormais travailler dans des secteurs plus attractifs, comme les métiers légers. Les conditions de travail exigées par certains employeurs sont jugées trop contraignantes. Pour pallier cette pénurie, le nombre de domestiques étrangères a doublé l'année précédente, principalement des Autrichiennes et des Allemandes<ref>''Consolation du 20 avril 1938'', p. 30.</ref>. | L'article aborde la pénurie de domestiques en Grande-Bretagne, où environ 25 000 femmes au foyer n'arrivent pas à en recruter. Le service domestique n'est plus considéré comme une étape incontournable pour les jeunes filles, qui préfèrent désormais travailler dans des secteurs plus attractifs, comme les métiers légers. Les conditions de travail exigées par certains employeurs sont jugées trop contraignantes. Pour pallier cette pénurie, le nombre de domestiques étrangères a doublé l'année précédente, principalement des Autrichiennes et des Allemandes<ref>''Consolation du 20 avril 1938'', p. 30.</ref>. | ||
Version du 4 juillet 2026 à 08:11
Analyse
Croyances
Le commentaire de J. Hemery publié en page 28 constitue un document de premier ordre pour l'histoire de l'exégèse prophétique du mouvement à cette période. Hemery y applique à l'Empire britannique l'image de la « bête à deux cornes semblables à celles d'un agneau » de Apocalypse 13:11, en l'identifiant à une puissance qui se présente sous des dehors pacifiques tout en agissant, selon la publication, comme un instrument du pouvoir satanique opposé au Royaume de Dieu.[1] Cette identification de l'Empire britannique à une entité prophétique précise s'inscrit dans une élaboration doctrinale progressive : la formulation de Hemery, centrée sur la seule Grande-Bretagne et son rôle géopolitique contemporain (notamment la vulnérabilité du canal de Suez face aux ambitions italiennes), diffère de la version ultérieurement codifiée par la Watch Tower, laquelle articulera cette prophétie autour d'une puissance duale anglo-américaine.[2] En 1938, le commentaire de Hemery atteste donc d'une étape intermédiaire dans la fixation de cette doctrine, où l'accent est mis sur la seule dimension impériale britannique, mise en regard des tensions européennes immédiates, sans que la composante américaine ne soit encore pleinement intégrée à l'interprétation prophétique.[3]
Le fil anticlérical qui traverse l'ensemble de ce numéro — des rubriques sur l'Espagne, l'Afrique et l'Irlande jusqu'au commentaire de Hemery — repose sur une construction théologique cohérente : l'alliance entre le Vatican, les régimes fascistes (Franco, Mussolini, Hitler) et certaines puissances diplomatiques occidentales est interprétée non comme un simple phénomène politique, mais comme la manifestation visible d'une opposition spirituelle au Royaume de Dieu. La publication associe explicitement le pape à la notion de « puissances supérieures » diaboliques,[4] et les serments d'allégeance du clergé catholique (qualifiés de sans signification) illustrent ce que la doctrine rutherfordienne présente comme la double nature — religieuse en apparence, politique en réalité — des institutions catholiques.[5] Cette lecture théologico-politique, appliquée simultanément à la guerre d'Espagne, à l'Éthiopie occupée et à l'Irlande, témoigne d'une vision eschatologique unifiée où les persécutions subies par les témoins de Jéhovah en Europe sont interprétées comme un signe de l'approche du jugement divin.[6]
La rubrique consacrée aux démons et au spiritisme (p. 27) illustre la position doctrinale de l'organisation sur la condition des morts : le fait que des médiums puissent prétendre communiquer avec des soldats morts qui n'auraient pas conscience de leur état est réfuté non par un argument psychologique ou empirique, mais par l'affirmation que les esprits en cause sont des démons — esprits déchus liés aux événements de l'époque de Noé évoqués en Genèse 6:1-4 — et non des âmes de défunts.[7] Cette position présuppose la doctrine de la mort comme état d'inconscience totale, rendant toute communication avec les morts impossible par définition, et identifie le spiritisme comme un vecteur démoniaque actif, non comme une simple superstition.[8] Le cas de la jeune fille hypnotisée est traité sur le même plan théologique : l'hypnotisme est assimilé au démonisme, non par analogie rhétorique, mais comme une catégorie doctrinale à part entière.[9]
L'article sur les glandes endocrines (p. 5) mobilise les découvertes de l'endocrinologie — notamment les travaux du Dr Eugen Steinach sur les hormones sexuelles — non pour les discuter sur le plan scientifique, mais pour les intégrer dans une lecture providentialiste de la nature. La citation de Psaume 104:24 en conclusion de l'article signale que le registre visé est celui de la louange et de la confirmation de la sagesse créatrice de Jéhovah, non celui d'une démonstration apologétique formelle.[10] Le recours à Genèse 1:28 pour évoquer la procréation comme don divin « souvent abusé » prolonge cette lecture en articulant biologie et morale, un procédé récurrent dans la littérature Watch Tower de la période rutherfordienne, où la science naturelle fournit des illustrations de vérités bibliques plutôt que des arguments autonomes.[11]
Organisation et histoire
L'arrêt Lovell c. Ville de Griffin, rendu le 28 mars 1938 à l'unanimité (8 contre 0) par la Cour suprême des États-Unis sous la plume du juge en chef Charles Evans Hughes, constitue une victoire juridique majeure pour l'organisation des Témoins de Jéhovah.[12] Alma Lovell, Témoin de Jéhovah, avait été condamnée à cinquante jours d'emprisonnement faute d'avoir payé une amende de cinquante dollars pour avoir distribué de la littérature sans le permis municipal exigé par la ville de Griffin, en Géorgie.[13] Lovell avait refusé de solliciter ce permis, estimant qu'une telle démarche aurait constitué une désobéissance à ce qu'elle considérait comme un commandement divin.[14] La décision donna raison à Lovell en déclarant l'ordonnance municipale inconstitutionnelle, au motif qu'elle soumettait la liberté de la presse à une licence et à une censure préalables, en violation du Premier et du Quatorzième Amendement.[15] L'affaire avait été plaidée devant la Cour au nom de la Watch Tower Bible and Tract Society par O. R. Moyle, alors avocat de Brooklyn, New York.[16]
Ce numéro du 20 avril 1938, paru moins de quatre semaines après le prononcé de la décision, en fait l'article d'ouverture principal du périodique.[17] La Watch Tower présentait cet arrêt comme rendant caduques des centaines d'ordonnances locales similaires qui avaient été utilisées pour entraver la distribution de sa littérature à travers les États-Unis.[18] Cette victoire s'inscrit dans un effort juridique systématique entrepris sous la direction de Joseph Rutherford à partir des années 1930 : entre 1938 et 1955, la Watch Tower Society remportera trente-six des quarante-cinq affaires de nature religieuse qu'elle portera devant la Cour suprême.[19]
La publication ne se borne pas à saluer la décision : elle surveille activement les réactions des autorités municipales réfractaires, nommément celles de Jersey City et du comté de Bergen (New Jersey), dont certains responsables avaient déclaré leur intention de maintenir des ordonnances désormais illégales.[20] Cette attitude de veille juridique permanente, relayée dans les colonnes mêmes du périodique à destination des membres, illustre la stratégie organisationnelle de la Watch Tower, qui instrumentalise chaque numéro de Consolation comme outil d'information pratique pour ses prédicateurs sur le terrain.
Par ailleurs, l'illustration reproduite à la page 14 du numéro représente le département d'assemblage des équipements de bureau et de sonorisation de la filiale de Strathfield, en Australie, témoignant de l'existence à cette date d'une infrastructure productive autonome à l'échelle internationale.[21] Ce détail documentaire confirme que l'organisation disposait, au printemps 1938, d'ateliers régionaux capables de produire et de distribuer du matériel technique dans des pays aussi éloignés que l'Australie, indépendamment du siège de Brooklyn.
Science et médecine
L'article consacré aux glandes et à leurs fonctions constitue l'un des exemples les plus représentatifs de l'usage téléologique que fait la revue des découvertes biologiques. La publication s'appuie sur des données endocrinologiques authentiques pour les orienter vers une conclusion théologique : les merveilles du système glandulaire sont explicitement présentées comme la preuve de la sagesse de Jéhovah, le texte se concluant par la citation de Psaume 104:24 et par un renvoi à Genèse 1:28.[22] Cette démarche, courante dans les périodiques Watch Tower des années 1930, instrumentalise la biologie au service d'un raisonnement providentialiste : la complexité fonctionnelle des glandes endocrines n'est pas analysée pour elle-même, mais convoquée comme argument d'autorité scientifique en faveur de la création divine. Aucune distorsion factuelle n'est cependant relevée dans la description des glandes elles-mêmes, qui reflète globalement l'état de l'endocrinologie de l'époque.
La corrélation entre ustensiles de cuisine en aluminium et cancer constitue en revanche un sujet à forte charge idéologique pour la revue. L'article publié sous la rubrique « La Grande-Bretagne » présente la progression des décès par cancer en Grande-Bretagne depuis 1842 comme directement liée à l'introduction des engrais chimiques rendant l'aluminium soluble pour les plantes, puis à celle des ustensiles de cuisine en aluminium à partir de 1887, en établissant une chronologie corrélative traitée comme quasi causale.[23] Cette démarche s'inscrit dans une campagne durable : selon l'historien James Penton, les périodiques Watch Tower ont, pendant plusieurs décennies, attribué à l'aluminium toutes sortes de maladies, des maux de tête au cancer en passant par la folie et la paralysie, sous l'influence principale du dentiste presbytérien Charles Truax Betts et de l'éditeur Clayton Woodworth.[24] L'ouvrage Death in the Pot de Harold W. Keens, ici abondamment cité, s'inscrit dans ce courant antialuminium que le professeur Jerry Bergman a qualifié d'œuvre de gens « extrêmement naïfs n'ayant que peu ou pas de formation en médecine et en sciences ».[25] En 1938, aucun consensus scientifique n'établissait de lien causal entre l'aluminium culinaire et le cancer ; la corrélation statistique présentée confond la simultanéité temporelle de plusieurs phénomènes — industrialisation, urbanisation, vieillissement de la population, amélioration du diagnostic — avec une causalité directe, ce qui constitue un biais méthodologique caractérisé. La revue avait un intérêt idéologique évident à présenter l'industrie moderne et ses produits comme des agents de mort dans un monde gouverné par Satan, en cohérence avec sa rhétorique plus large sur la corruption du « système des choses actuel ».
L'article sur les statistiques de la variole en Grande-Bretagne et dans d'autres pays sème de manière structurée le doute sur l'efficacité de la vaccination obligatoire.[26] La publication juxtapose le cas de l'Australie, présentée comme peu vaccinée et faiblement touchée par la variole, avec celui de l'Inde, qualifiée de fortement vaccinée mais enregistrant des milliers de décès annuels, pour en conclure que les lois de vaccination n'ont aucun lien démontrable avec la présence ou l'absence de la maladie. Ce raisonnement omet délibérément les facteurs déterminants que sont la couverture vaccinale réelle, les conditions sanitaires et la densité de population — différences considérables entre l'Australie coloniale et l'Inde britannique de l'époque. Or les données scientifiques disponibles avant 1938 contredisaient déjà cette lecture : un rapport publié par l'All-India Institute of Hygiene and Public Health de Calcutta sur une épidémie de 1936, documenté dans la revue Nature en 1938, montrait que parmi les enfants non vaccinés exposés à la variole, 24,7 % contractaient la maladie avec un taux de mortalité de 38,5 %, tandis que dans le groupe correctement vacciné, l'incidence tombait à 0,7 % avec une mortalité nulle.[27] La haute mortalité variolique observée en Inde s'expliquait non par l'inefficacité du vaccin mais par l'insuffisance dramatique de la couverture réelle — ce que la revue passe entièrement sous silence. Cette présentation sélective est cohérente avec la position anti-vaccinale que la Watch Tower défendait depuis les années 1920 sous l'influence de Clayton Woodworth, et que Charles Truax Betts — principal rédacteur de la campagne anti-aluminium — portait également dans ses écrits.[28]
Enfin, la rubrique consacrée aux démons et au spiritisme présente l'hypnose comme une manifestation empirique de l'intervention démoniaque, au même titre que les phénomènes de médiumnité. Le cas d'une jeune fille tombée en transe à la seule vue d'une photographie de son hypnotiseur est exposé comme une preuve factuelle du démonisme, et non comme un phénomène psychologique à élucider.[29] Or, à la date de publication, l'étude scientifique de l'hypnotisme était déjà bien établie : Clark Leonard Hull avait fondé à l'Université Yale un programme de recherche expérimentale sur l'hypnose dès les années 1920, et Ivan Pavlov avait interprété les états hypnotiques en termes d'inhibition corticale dans ses conférences de 1927 sur les réflexes conditionnés, sans invoquer aucun facteur surnaturel.[30] La démarche de la revue consiste à utiliser l'apparence d'un fait rapporté — un incident londonien présenté comme authentique — pour valider une affirmation doctrinale sur la réalité des esprits démoniaques, confondant délibérément un phénomène de suggestion hypnotique avec une preuve d'activité surnaturelle.
Économie et société
La rubrique « Commerce et quelques résultats » du numéro du 20 avril 1938 comporte plusieurs affirmations à enjeu idéologique qui méritent un examen critique, dans la mesure où la revue avait un intérêt structurel à présenter le système économique capitaliste comme intrinsèquement corrompu et déclinant, conformément à sa rhétorique eschatologique de « fin du système actuel de choses ».
Sur la question des prix de l'acier, la publication s'appuie sur une déclaration de l'assistant du procureur général des États-Unis pour affirmer que les hausses de prix intervenues en décembre 1936 et mars 1937 étaient trois fois supérieures à ce qui était nécessaire pour couvrir les hausses salariales, et au moins deux fois supérieures aux augmentations globales des coûts de production.[31] Ce chiffre est présenté sans nuance ni source citée avec précision, et sert directement à accréditer la thèse selon laquelle les « soixante familles » les plus riches du pays écrèment systématiquement la reprise économique au détriment des travailleurs. Si la réorganisation et le renforcement de la Division antitrust du ministère de la Justice en 1938, avec une augmentation de plus de 500 % de son budget et de son personnel juridique en deux ans, témoignent bien d'une préoccupation réelle du gouvernement Roosevelt pour les pratiques anticoncurrentielles dans l'industrie lourde,[32] aucune source historique ou académique consultée ne permet de retrouver ni de confirmer le chiffre précis avancé par la revue ni son attribution exacte au ministère de la Justice. Cette affirmation, non vérifiable en l'état, est néanmoins présentée par la publication comme un fait établi sur des « bases solides »,[33] sans que le lecteur puisse en évaluer la source ni la portée méthodologique.
La section « Commerce » signale également que l'Union des consommateurs des États-Unis aurait estimé à plus de 1 500 le nombre de personnes tuées au cours des trois années précédentes par des poudres contre les maux de tête contenant de l'aminopyrine.[34] Si le danger réel de l'aminopyrine — un analgésique alors courant, susceptible de provoquer des agranulocytoses potentiellement mortelles — était reconnu par la communauté médicale de l'époque, aucune source académique ou historique consultée ne permet de retrouver le chiffre précis de 1 500 décès, ni d'en attribuer la paternité vérifiable à l'Union des consommateurs. La prolifération non régulée de remèdes populaires avant l'adoption du Food, Drug, and Cosmetic Act en 1938 rendait certes plausible la dénonciation de tels produits,[35] mais le chiffre catastrophiste retenu par la revue reste non étayé. Ce type de donnée alarmiste, présentée sans vérification ni contexte, s'inscrit dans un discours récurrent de la Watch Tower consistant à dramatiser les dangers de la « civilisation moderne » pour appuyer sa rhétorique de décadence pré-Armageddon.
L'article consacré au lien causal entre ustensiles en aluminium et mortalité cancéreuse, republié dans la rubrique « La Grande-Bretagne »,[36] prolonge une campagne éditoriale de longue haleine dans les publications de la Watch Tower. Comme le note l'historien James Penton, ce genre d'articles eut des répercussions concrètes sur le comportement des fidèles, qui attribuaient systématiquement leurs malaises à l'aluminium plutôt qu'à d'autres causes.[37] Selon R. Allan Freeze et Jay H. Lehr, L'Âge d'Or publia plus de 130 articles s'insurgeant contre les ustensiles en aluminium entre 1925 et 1969.[38] Le professeur Jerry Bergman conclut que ces articles furent manifestement rédigés par des personnes « extrêmement naïves, disposant de peu ou d'aucune formation en médecine et en sciences ».[39] La corrélation statistique présentée dans ce numéro entre l'essor des ustensiles en aluminium et la progression de la mortalité cancéreuse en Grande-Bretagne depuis 1842 est exposée comme une démonstration quasi évidente, sans aucune discussion des facteurs de confusion possibles — vieillissement de la population, amélioration du diagnostic, industrialisation générale — qui pourraient expliquer cette progression indépendamment de l'aluminium. Cette présentation illustre la manière dont la revue mobilisait des données statistiques réelles, mais sélectionnées et dépourvues de contexte, pour accréditer une thèse que la science médicale n'a jamais validée.
Enfin, sur la question de la vaccination et de la variole, la publication sélectionne les exemples de l'Inde, des Philippines et du Mexique pour suggérer qu'une vaccination abondante n'empêche pas les épidémies, tandis que des pays peu vaccinés comme l'Australie sont présentés comme preuve de l'inefficacité des lois de vaccination obligatoire.[40] Or, des données publiées dès 1936 par l'All-India Institute of Hygiene and Public Health et relayées dans Nature en 1938 établissaient clairement que, dans une épidémie de variole survenue à Calcutta, l'incidence de la maladie était de 24,7 % parmi les non-vaccinés contre seulement 0,7 % parmi les correctement vaccinés, avec une mortalité nulle dans ce dernier groupe.[41] La forte mortalité persistante en Inde s'expliquait non par l'inefficacité du vaccin, mais par une couverture vaccinale très insuffisante dans de nombreuses régions, comme en témoigne le fait qu'à l'indépendance en 1947, l'Inde enregistrait encore le nombre maximum de cas de variole au monde.[42] La revue, dont les publications avaient depuis 1931 assimilé la vaccination à une violation de la loi divine sur le sang,[43] avait donc un intérêt idéologique évident à sélectionner les données les plus défavorables à la vaccination obligatoire, tout en ignorant les résultats contemporains qui en confirmaient l'efficacité.
Contenu
La Cour suprême s'exprime
Ce long article analyse l'arrêt rendu par la Cour suprême des États-Unis le 28 mars 1938 dans l'affaire Alma Lovell c. Ville de Griffin (Géorgie), invalidant une ordonnance municipale qui exigeait une autorisation écrite du directeur municipal pour distribuer toute littérature dans la ville[44]. La publication souligne que cette ordonnance, conçue pour entraver la prédication des Témoins de Jéhovah, a été déclarée inconstitutionnelle car elle portait atteinte à la liberté de la presse, garantie par le Premier Amendement[45].
L'arrêt, rédigé par le juge en chef Charles Evans Hughes, affirme que la liberté de la presse ne se limite pas aux journaux et périodiques, mais inclut également les pamphlets et les tracts, considérés comme des « armes historiques dans la défense de la liberté »[46]. La Cour précise que cette liberté englobe non seulement la publication, mais aussi la circulation des écrits, et qu'aucune municipalité ne peut imposer de licence pour exercer cette activité[47]. L'ordonnance de Griffin est qualifiée de « système de licence et de censure dans sa forme la plus crue », incompatible avec les principes fondamentaux de la liberté d'expression[48].
La publication interprète cette décision comme une victoire pour les Témoins de Jéhovah, qui peuvent désormais distribuer librement des publications bibliques sans être soumis à des restrictions arbitraires. Elle souligne que des centaines d'ordonnances similaires, utilisées pour persécuter les Témoins, sont désormais caduques et que les autorités locales, et non les chrétiens, sont coupables de violations de la loi[49].
Cependant, l'article critique également l'attitude de la Cour suprême, qui a rejeté les arguments relatifs à la liberté de culte et de conscience, estimant que ces questions ne relevaient pas de sa compétence. La publication déplore que la Cour semble minimiser l'importance de ces libertés fondamentales, notamment dans des affaires antérieures impliquant des objections de conscience au salut au drapeau[50].
Enfin, l'article anticipe les réactions des autorités locales, notamment dans des villes comme Jersey City et le comté de Bergen (New Jersey), où des responsables ont déclaré leur intention de continuer à appliquer des ordonnances illégales malgré la décision de la Cour suprême. La publication prédit que ces tentatives de contourner la loi échoueront et que les Témoins de Jéhovah continueront à surveiller de près ces développements[51].
Les glandes et leurs fonctions
Cet article explore le rôle crucial des glandes dans le fonctionnement du corps humain, en s'appuyant sur les découvertes récentes de la biologie et de l'endocrinologie[52]. La publication souligne que les glandes, souvent négligées par les médecins et méconnues du grand public, jouent un rôle déterminant dans la régulation de nombreuses fonctions vitales, telles que la nutrition, la croissance, la forme et la couleur du corps, ainsi que les traits de caractère et même le son de la voix[53].
L'article mentionne les travaux du Dr. Eugen Steinach, de Vienne, qui a démontré que les hormones sexuelles gouvernent des phénomènes tels que le changement de sexe chez les animaux et le renouvellement du cycle menstruel chez une femme de quatre-vingts ans[54]. Ces découvertes sont présentées comme une confirmation de la sagesse divine, citant Genèse 1:28 pour rappeler que la procréation est un don de Dieu, bien que souvent abusé par l'humanité[55].
La publication explique que les glandes endocrines, ou glandes à sécrétion interne, libèrent des substances chimiques directement dans le sang, influençant ainsi l'ensemble de l'organisme. Ces sécrétions, décrites comme des « produits chimiques de grande puissance », peuvent provoquer des changements drastiques selon leur équilibre ou leur déséquilibre[56]. L'article énumère dix glandes principales, dont la glande pinéale, le thymus et la thyroïde, et décrit brièvement leurs fonctions.
Par exemple, la glande pinéale, située au centre du cerveau, régule le développement des glandes sexuelles et empêche une maturation prématurée chez l'enfant. Son dysfonctionnement peut entraîner des troubles mentaux et physiques, comme des malformations osseuses ou un retard mental[57]. Le thymus, quant à lui, est associé à l'enfance et son influence diminue à la puberté. Un dysfonctionnement de cette glande peut conduire à un infantilisme, caractérisé par des traits physiques et mentaux persistants de l'enfance[58].
L'article conclut en soulignant l'importance de ces découvertes pour comprendre le fonctionnement complexe du corps humain, tout en rappelant que ces merveilles sont l'œuvre de Jéhovah, cité à travers Psaume 104:24 : « Que tes œuvres sont en grand nombre, ô Jéhovah ! Tu les as toutes faites avec sagesse »[59].
Invention
Comment les inventions voient le jour
La rubrique s'ouvre sur une réflexion de Charles F. Kettering, cadre de la General Motors Corporation, qui affirme que la plupart des découvertes scientifiques et industrielles sont le fruit d'accidents ou de l'ignorance de ceux qui ne savaient pas que leurs recherches étaient impossibles. Selon lui, il est préférable de confier une tâche à deux personnes : un expert et un ignorant du problème, car c'est souvent ce dernier qui fait avancer les choses[60].
Examen microscopique des minerais
Un instrument permet désormais d'examiner les minerais avec un grossissement de 50 000 diamètres, révélant des particules d'or trop petites pour être visibles à l'œil nu. Le réglage de cet appareil s'effectue à l'aide d'un moteur électrique[61].
Verre plastique en quantités bientôt disponibles
Le Pontalite, un verre plastique incassable, sera bientôt produit en grandes quantités. Deux fois plus léger que le verre ordinaire, il peut être scié, coupé, moulé, percé et poli. Bien qu'il puisse brûler, il n'est pas inflammable au sens habituel du terme[62].
Nettoyage de la laine par congélation
Une méthode de nettoyage de la laine par congélation permet de traiter 1 500 livres de laine en une heure, à un coût inférieur à un demi-cent par livre. Ce procédé a été découvert accidentellement après qu'un morceau de glace sèche soit tombé sur une couverture en laine[63].
Localisation radio des canalisations souterraines
Un dispositif radio pesant environ dix livres permet de localiser avec précision des canalisations ou des conduits souterrains jusqu'à cinquante pieds de profondeur. Ce système permet également de détecter les vols d'eau[64].
Sifflets pour dissiper la fumée
La découverte a été faite que des sifflets stridents placés dans les cheminées dissipent la fumée, la transformant en suie. Ce phénomène pourrait avoir des applications importantes dans les fonderies et autres lieux industriels[65].
Œil électrique pour localiser les aéronefs invisibles
Un inventeur britannique a mis au point un "œil électrique" capable de détecter des aéronefs au-dessus des nuages ou des navires dans le brouillard. L'appareil, pesant 40 livres et contenu dans une boîte d'un pied carré, indique la direction et la distance d'un obstacle situé à plusieurs miles. Il est présenté comme un outil précieux pour éviter les collisions aériennes et maritimes[66].
Maisons radio pour remplacer les phares
La navigation aérienne à l'aveugle par radio a atteint un niveau de développement tel que la navigation maritime aveugle pourrait bientôt suivre. Des "maisons radio" ont déjà remplacé des phares dans certaines parties du monde, notamment à Kiel, en Allemagne[67].
Accidents purs
La publication souligne que plusieurs inventions majeures, comme la vulcanisation du caoutchouc par Goodyear ou la fabrication de la rayonne, sont le résultat d'accidents fortuits plutôt que de recherches planifiées[68].
Éponges en coton
Une nouvelle éponge fabriquée à partir de coton et de cellulose peut absorber plus de vingt fois son poids en eau. Lorsqu'elle est sèche, elle peut être utilisée comme une peau de chamois et peut être nettoyée et stérilisée[69].
Aviation
Les hydravions Boeing
Les six hydravions Boeing, pesant chacun 42 tonnes, sont destinés à la liaison entre New York et l'Angleterre. Plus grands que le bateau utilisé par Christophe Colomb pour traverser l'Atlantique, ces appareils peuvent effectuer la traversée en 22 à 28 heures, selon l'itinéraire choisi. Ils transportent 40 passagers et trois tonnes de fret. À terme, ils pourraient être pilotés automatiquement et atterrir en toute sécurité dans des conditions météorologiques empêchant toute visibilité extérieure[70].
Monopole de l'hélium par l'Oncle Sam
Les États-Unis interdisent l'exportation d'hélium, dont ils détiennent le monopole, jusqu'à ce que le gouvernement puisse prendre le contrôle des propriétés privées d'hélium au Kansas et au Colorado. Cette décision est motivée par la volonté d'éviter que l'Allemagne n'utilise plus d'hydrogène, un gaz inflammable, pour ses dirigeables, comme ce fut le cas lors de la destruction du Hindenburg à Lakehurst[71].
Les droits de l'humanité
La publication s'interroge sur le droit de quiconque, qu'il s'agisse du capital ou du travail, de mettre en danger la vie des passagers d'un avion en utilisant des pièces défectueuses ou en sabotant les systèmes de carburant. Elle cite un incident survenu à l'usine Northrop de la Douglas Aircraft Corporation, où de telles pratiques ont causé la mort de plusieurs personnes, et demande qui en est responsable et pourquoi[72].
Le vol vers Hawaï
Dix-huit bombardiers à long rayon d'action ont effectué le vol de 2 570 miles entre San Diego et Pearl Harbor, à Hawaï, en 20 heures et 12 minutes. Ce record visait probablement à démontrer la capacité des États-Unis à se déplacer rapidement dans le Pacifique en cas de besoin[73].
Un vol rapide au-dessus de l'Atlantique
Paul Codos a effectué un vol rapide entre Paris et Buenos Aires en 52 heures et 50 minutes, un temps remarquable pour un aviateur seul. À son retour, il a réalisé le trajet entre Natal, au Brésil, et Dakar, en Afrique de l'Ouest, en 11 heures et 13 minutes[74].
Un temps record au-dessus du Pacifique
Le China Clipper a parcouru les 2 460 miles entre Honolulu et Alameda, en Californie, en 14 heures et 35 minutes le 19 novembre 1937, soit une vitesse moyenne d'environ 170 miles par heure, grâce à un vent arrière favorable. Le temps habituel pour ce trajet est de 18 heures[75].
Un danger moderne omniprésent
La publication met en garde contre le danger que représentent les avions pour les habitations privées. Elle cite des cas où des avions ont traversé des toits, tuant des familles entières ainsi que les occupants de l'appareil. Un exemple est donné avec un incident survenu à Ostende, en Belgique, où cinq membres de l'ancienne famille royale allemande de Hesse ont péri[76].
A-t-il partagé ?
L'article raconte l'histoire de John Weston, un étudiant en art, qui a reçu une tarte à la citrouille préparée par sa mère dans le Minnesota. Une photo montre une hôtesse de l'air lui remettant la tarte à l'arrivée de l'avion à Newark, dans le New Jersey. La publication s'interroge sur le fait de savoir si John a partagé la tarte avec les autres passagers, comme il aurait dû le faire[77].
Survol de quatre cyclones
Des aviateurs russes volant entre Moscou et San Jacinto, en Californie, ont survolé quatre cyclones à une altitude de 16 000 pieds près du pôle Nord. Ils disposaient de provisions pour six semaines et dormaient par courtes siestes de deux heures et demie. Les pilotes estiment que des atterrissages réguliers devraient être effectués tous les 4 000 miles environ[78].
Un service de trente heures vers Berlin
Des expériences indiquent que les hydravions de la Lufthansa pourraient assurer un service entre New York et Berlin en trente heures, via Lisbonne et les Açores. Les avions britanniques effectuent déjà régulièrement la liaison entre l'Irlande et Terre-Neuve en environ 16 heures[79].
Commerce et quelques résultats
L'art délicat de l'achat
La Pan American Airways et la British Imperial Airways ont racheté tous les exemplaires de l'Official Gazette du gouvernement portugais dans laquelle était publié le contrat interdisant aux avions commerciaux américains, à l'exception de l'American Airways, d'atterrir dans les eaux portugaises pendant quinze ans. Ce contrat, considéré comme "blindé", bloque désormais l'ouverture de nouvelles routes aériennes vers l'Europe, car les compagnies concernées ne peuvent même pas obtenir une copie de la Gazette pour connaître les termes exacts du contrat[80].
Écrémer la crème
L'assistant du procureur général des États-Unis a souligné que les augmentations des prix de l'acier, entrées en vigueur en décembre 1936 et mars 1937, étaient trois fois supérieures à ce qui était nécessaire pour couvrir les hausses de salaires des travailleurs de l'acier, et au moins deux fois supérieures à ce qui était nécessaire pour couvrir les augmentations des coûts de la main-d'œuvre et des matières premières. La publication accuse les soixante familles les plus riches du pays de chercher à "écrémer la crème" de la reprise économique, en s'appuyant sur des bases solides pour cette accusation[81].
Afin que le barrage de Boulder ne se fissure pas
Pour éviter que le barrage de Boulder ne se fissure en raison des différences de température entre la face amont, exposée à l'eau d'un lac de 600 pieds de profondeur, et la face aval, soumise à la chaleur du soleil, 150 miles de tuyaux de deux pouces de diamètre ont été intégrés dans la structure. De l'eau de rivière et de l'eau réfrigérée y ont circulé jusqu'à ce qu'un équilibre thermique soit atteint[82].
Usages du caoutchouc synthétique
Le caoutchouc synthétique, fabriqué à partir de dichlorure d'éthylène et de polysulfure de sodium, est utilisé pour les tuyaux de carburant des avions de l'armée américaine et d'autres applications similaires. Bien que son coût de fabrication soit légèrement plus élevé que celui du caoutchouc naturel, il ne gonfle pas et ne se détériore pas au contact de l'essence, contrairement au caoutchouc naturel[83].
Participation à l'assassinat de leurs semblables
Le gouvernement américain a inculpé la Curtiss-Wright Export Corporation, la Curtiss Airplane and Motors Company, la Curtiss-Wright Airplane Company et quatre individus pour conspiration en vue de faire entrer clandestinement des armes et des munitions en Bolivie pendant la guerre du Gran Chaco contre le Paraguay. La publication se réjouit de voir certains de ces "assassins internationaux" enfin mis en cause, même s'ils finissent généralement par échapper à la justice[84].
Les plus grands actifs excédentaires
La Pennsylvania Railroad System est la société possédant les plus grands actifs excédentaires, avec un total de 906 228 000 dollars. Elle est suivie par la Ford Motor Company, avec 602 266 000 dollars, et la Standard Oil Company of New Jersey, avec 491 093 000 dollars[85].
Détruire la nourriture et aider le banquier
La publication dénonce le système économique qui pousse à détruire des denrées alimentaires pour maintenir les prix et permettre aux banquiers de récupérer leurs prêts. Elle explique que les banquiers, qui ne souhaitent pas devenir agriculteurs, préfèrent que des catastrophes naturelles ou politiques détruisent les récoltes plutôt que de voir les prix baisser en raison d'une surproduction. Elle cite le Actes 14:17 pour rappeler que Dieu donne la pluie et les saisons fertiles, mais que les banquiers et les politiciens préfèrent s'allier au diable pour maintenir les prix et les intérêts[86].
Cancer chez les Esquimaux
Les Caucasiens ont propagé leurs civilisations, y compris le cancer, jusqu'aux Esquimaux. Le premier cas de cancer chez ce peuple primitif a été découvert en 1937. La publication s'interroge sur la manière dont cette personne a contracté la maladie et sur l'ustensile de cuisine qu'elle aurait pu utiliser[87].
1 500 morts à cause des poudres contre les maux de tête
L'Union des consommateurs des États-Unis affirme que plus de 1 500 hommes et femmes ont été tués au cours des trois dernières années par l'utilisation de poudres contre les maux de tête contenant de l'aminopyrine[88].
Éducation
Utiliser les écoles
La publication critique la pratique consistant à renvoyer les enfants chez eux après les heures de classe, les laissant sans surveillance dans des logements insalubres, sans jouets ni livres, ou les exposant aux dangers de la rue. Elle propose que les écoles modernes soient utilisées comme des centres communautaires ouverts toute l'année, offrant des espaces de jeu, des bibliothèques, des salles de lecture, des rafraîchissements, de la musique et des divertissements radiophoniques. Les parents devraient également pouvoir y passer du temps pour rester en contact avec leurs enfants et participer aux activités scolaires. L'auteur souligne que les écoles, financées par les contribuables, devraient être le noyau d'un nouvel ordre social ou d'une nouvelle civilisation, plutôt qu'une simple excroissance de notre désordre social actuel[89].

L'article rend hommage à Gary, dans l'Indiana, où ces idées ont été mises en pratique il y a trente ans. Les écoles de Gary ont été conçues comme des centres sociaux ouverts aux enfants et à leurs parents tout au long de la journée et de l'année, y compris pendant les vacances. Ce modèle s'est répandu dans de nombreuses villes et États, et New York commence à l'adopter sous l'administration de La Guardia et Moses[90].
Une tâche plus importante à accomplir dès maintenant, Ralph
L'article propose de moderniser l'orthographe anglaise pour la rendre plus cohérente et plus facile à apprendre. Il souligne les incohérences de l'orthographe actuelle, qui rendent l'apprentissage de la langue difficile et coûteux. L'auteur suggère d'adopter le système Gustafsonien d'orthographe phonétique anglaise, basé sur l'alphabet latin adapté à la prononciation anglo-américaine moderne. Ce système permettrait aux enfants d'acquérir une meilleure maîtrise de la langue en moins de temps, réduisant ainsi les coûts de l'éducation et améliorant l'efficacité dans les affaires. L'article propose que le Congrès des États-Unis adopte ce système par une loi, avec une période de transition de dix ans pour remplacer progressivement l'orthographe actuelle[91].
Espagne
La rubrique consacrée à l'Espagne s'ouvre sur une critique acerbe de l'engagement politique du clergé catholique dans le conflit espagnol. La publication relate l'histoire de Don Antonia Sardon, présenté comme un « héros » de l'Action catholique, qui aurait déserté l'armée républicaine pour rejoindre les forces franquistes après avoir été placé en position de confiance[92]. Le texte souligne l'hypocrisie perçue dans les serments d'allégeance des membres de la hiérarchie catholique, affirmant que ces engagements « ne signifiaient rien du tout »[93]. Cette dénonciation s'inscrit dans une critique plus large des alliances entre le Vatican, l'Allemagne nazie et l'Italie fasciste, accusées de soutenir Franco pour des raisons idéologiques et stratégiques.
Un article met en lumière l'inefficacité de la non-intervention internationale dans la guerre civile espagnole, déclarée en juillet 1936. La publication ironise sur le temps nécessaire aux puissances européennes pour déployer des troupes et des fournitures militaires, évoquant un délai de huit mois pour permettre à Franco de consolider ses positions, suivi d'un report supplémentaire de deux semaines pour l'application des mesures de contrôle[94]. Ce retard est interprété comme une preuve de complicité passive avec les forces franquistes, qualifiées de « bandits »[95].
La publication dénonce également l'implication des États-Unis dans le conflit, accusant le gouvernement américain d'agir en « ennemi actif de la République espagnole » sous l'influence de pressions politiques[96]. Un réseau d'espionnage basé à New York est mentionné, ayant pour objectif d'informer les forces franquistes des expéditions d'armes en provenance du Mexique, afin de faciliter leur interception[97]. Ce réseau, dirigé par Juan Francisco de Cardenas, ancien secrétaire de l'ambassade d'Espagne à Washington, est présenté comme une preuve supplémentaire de la collusion entre les puissances occidentales et les forces réactionnaires en Espagne.
Non-intervention en Espagne
L'article critique sévèrement la politique de non-intervention adoptée par les grandes puissances européennes dans la guerre civile espagnole. La publication souligne que cette politique, officiellement neutre, a en réalité permis à l'Italie et à l'Allemagne de renforcer les forces franquistes en leur accordant plusieurs mois pour organiser leurs troupes et leurs approvisionnements[98]. L'ironie est palpable lorsque le texte compare cette lenteur à l'efficacité d'une opération de police, suggérant que les puissances européennes ont délibérément laissé à Franco le temps de « voler la banque » avant d'intervenir[99].
Ennemi de la République espagnole
Cet article accuse les États-Unis de s'être progressivement positionnés comme un ennemi de la République espagnole, à l'instar de la Grande-Bretagne. La publication impute cette hostilité à des pressions politiques exercées par des groupes d'influence, sans préciser leur nature exacte[100]. Un réseau d'espionnage opérant à New York est évoqué, ayant pour mission d'informer les forces franquistes des expéditions d'armes en provenance du Mexique. Ce réseau, dirigé par Juan Francisco de Cardenas, est présenté comme une preuve de la complicité des États-Unis avec les forces réactionnaires en Espagne[101].
Oslo et les États baltes
La rubrique consacrée à Oslo et aux États baltes s'ouvre sur un portrait critique du cardinal Joseph Ernest van Roey, archevêque de Malines en Belgique. La publication le présente comme un politicien habile, capable de manœuvrer pour affaiblir l'influence nazie en Belgique tout en renforçant celle de l'Action catholique[102]. Le texte relate comment van Roey a ordonné aux catholiques belges de voter contre Léon Degrelle, leader fasciste, et en faveur de Paul van Zeeland, perçu comme plus modéré. Bien que ce vote soit présenté comme une défaite pour le fascisme, la publication souligne qu'il est célébré comme une victoire pour l'Église catholique, illustrant ainsi la capacité de la hiérarchie à instrumentaliser la politique à son avantage[103].
Un article aborde l'évolution politique de l'Estonie, qui, après deux années d'expérience fasciste, décide de renoncer à ce régime. La publication salue l'adoption d'une nouvelle constitution abolissant l'Église d'État et garantissant la liberté d'expression pour toutes les minorités[104]. Ce changement est interprété comme une victoire pour les principes démocratiques et une condamnation des régimes autoritaires.
La Suède est évoquée à travers la construction d'un immeuble résidentiel à Göteborg, équipé de sous-sols anti-bombes capables de résister à des explosions de bombes de 1 000 livres[105]. La publication ironise sur cette initiative, la présentant comme une preuve de la « civilisation des bombes » et une illustration des craintes suscitées par les conflits en Europe. Le texte dénonce également les théologiens qui, tout en condamnant le diable dans ce monde, lui attribuent un rôle dans un autre monde, une contradiction jugée absurde[106].
Un incident naturel en Norvège est relaté, où un énorme bloc de glace s'est détaché du glacier Hardanger, provoquant une vague de 160 pieds de haut et dévastant des champs et des habitations[107]. Bien que cet événement ait causé des dégâts matériels importants, aucune victime n'est à déplorer, ce qui est présenté comme une forme de soulagement dans un contexte marqué par les catastrophes humaines.

Un politicien habile
Cet article analyse les manœuvres politiques du cardinal van Roey en Belgique, qui a ordonné aux catholiques de voter contre Léon Degrelle, leader fasciste, et en faveur de Paul van Zeeland. La publication souligne que cette décision, bien que présentée comme une défaite pour le fascisme, est célébrée comme une victoire pour l'Église catholique, illustrant la capacité de la hiérarchie à influencer les élections à son avantage[108].
L'Estonie renonce au fascisme
L'article relate le renoncement de l'Estonie au fascisme après deux années d'expérience autoritaire. La publication salue l'adoption d'une nouvelle constitution abolissant l'Église d'État et garantissant la liberté d'expression pour toutes les minorités, interprétant ce changement comme une victoire pour la démocratie[109].
La civilisation des bombes
La publication ironise sur la construction d'un immeuble résidentiel à Göteborg, en Suède, équipé de sous-sols anti-bombes. Cet exemple est présenté comme une illustration des craintes suscitées par les conflits en Europe et de la « civilisation des bombes » qui en découle[110].
Un gros bloc de glace
Un incident naturel en Norvège est relaté, où un énorme bloc de glace s'est détaché du glacier Hardanger, provoquant une vague de 160 pieds de haut et dévastant des champs et des habitations. Bien que cet événement ait causé des dégâts matériels importants, aucune victime n'est à déplorer[111].
Afrique
La rubrique consacrée à l'Afrique s'ouvre sur un article poignant décrivant la famine qui sévit en Éthiopie, où des milliers de personnes meurent de faim dans le port de Djibouti, terminus du chemin de fer français menant à Addis-Abeba[112]. La publication attribue cette crise humanitaire à l'invasion italienne, qui a empêché les populations locales de cultiver leurs terres et les a rendues réticentes à travailler pour les occupants. Ce récit s'inscrit dans une critique plus large des politiques coloniales et des conséquences dévastatrices des conflits armés sur les populations civiles.
Un article dénonce les conspirations menées par Emilio De Bono et Benito Mussolini contre l'Éthiopie, révélant que ces deux hommes avaient planifié l'invasion du pays deux ans avant le début des hostilités[113]. La publication interprète cette révélation comme une preuve supplémentaire de la nature diabolique du régime fasciste italien, accusé de servir les intérêts du Vatican et de la hiérarchie catholique. Le texte souligne que seul le diable, ou un esprit diabolique comme celui du pape, pourrait reconnaître un tel gouvernement comme une « puissance supérieure »[114].
La situation des réfugiés en Éthiopie est également abordée, avec le récit de 3 000 personnes, dont 464 déserteurs italiens, ayant fui vers le Kenya pour échapper à la guerre[115]. Ces réfugiés, arrivés dans un état de malnutrition avancée et atteints de maladies comme la variole, la dysenterie et le typhus, sont décrits comme soulagés d'avoir échappé à l'enfer éthiopien. La publication salue l'accueil bienveillant réservé par les autorités britanniques à ces populations en détresse.
Un article relate les propos du cardinal Fraechinetti, vicaire apostolique de Tripoli, qui, lors d'un congrès eucharistique, a déclaré que l'un des objectifs de cet événement était de soutenir le fascisme, la « civilisation latine » et d'étouffer le bolchevisme et la « barbarie asiatique »[116]. Cette déclaration est présentée comme une preuve supplémentaire de l'alliance entre le Vatican et les régimes autoritaires, au détriment des valeurs démocratiques et humanistes.
L'Égypte est évoquée à travers l'introduction, pour la première fois de son histoire, d'un entraînement militaire obligatoire dans ses écoles secondaires et universités[117]. Cette mesure, qui concerne à la fois les enseignants et les élèves, est interprétée comme une réponse aux tensions régionales et à la montée des périls en Europe et au Moyen-Orient.
Famine en Éthiopie
La publication décrit la famine qui sévit en Éthiopie, où des milliers de personnes meurent de faim dans le port de Djibouti. Cette crise est attribuée à l'invasion italienne, qui a empêché les populations locales de cultiver leurs terres et les a rendues réticentes à travailler pour les occupants[118].
Les conspirations de De Bono et Mussolini
Cet article dénonce les conspirations menées par Emilio De Bono et Benito Mussolini contre l'Éthiopie, révélant que ces deux hommes avaient planifié l'invasion du pays deux ans avant le début des hostilités. La publication interprète cette révélation comme une preuve de la nature diabolique du régime fasciste italien[119].
3 000 réfugiés fuient l'Éthiopie
La publication relate l'histoire de 3 000 réfugiés, dont 464 déserteurs italiens, ayant fui l'Éthiopie pour le Kenya. Ces réfugiés, arrivés dans un état de malnutrition avancée et atteints de maladies, sont décrits comme soulagés d'avoir échappé à la guerre[120].
Le vicaire apostolique de Tripoli
Un article relate les propos du cardinal Fraechinetti, vicaire apostolique de Tripoli, qui a déclaré que l'un des objectifs d'un congrès eucharistique était de soutenir le fascisme et la « civilisation latine »[121].
L'Égypte se militarise
La publication évoque l'introduction d'un entraînement militaire obligatoire dans les écoles secondaires et universités égyptiennes, une mesure interprétée comme une réponse aux tensions régionales[122].
Chine et Japon
La rubrique consacrée à la Chine et au Japon s'ouvre sur une lettre d'un correspondant coréen décrivant la situation politique et religieuse dans la péninsule. La publication relate comment la majorité des Coréens ont été naturalisés et se sont ralliés au nationalisme japonais, par crainte de représailles[123]. Le texte souligne la répression exercée contre les religions occidentales, notamment le catholicisme, le protestantisme et le bouddhisme, qui sont présentés comme « écrasés » par les autorités politiques. Les écoles missionnaires sont contraintes de cesser leurs activités, et les fidèles de différentes confessions sont décrits comme priant pour la victoire de l'armée japonaise, illustrant ainsi l'emprise du régime sur la société coréenne.
Un article aborde le boycott des produits japonais par les syndicats ouvriers aux États-Unis, en Grande-Bretagne et en France, en réaction à l'invasion de la Chine et aux massacres de civils[124]. La publication salue cette initiative, tout en soulignant l'impact économique qu'aurait un arrêt des exportations de soie sur le Japon. Les restaurants chinois aux États-Unis sont également mentionnés comme soutenant activement ce boycott.
La publication évoque une démarche diplomatique japonaise auprès du Vatican, révélant qu'un émissaire, le contre-amiral Yamamoto, a été envoyé à Rome en novembre 1937 pour solliciter le soutien du pape dans la campagne militaire en Chine[125]. Cette information est présentée comme une confirmation des prophéties bibliques, notamment celles du livre de Jérémie 27:3, publiées dans La Tour de Garde du 15 novembre 1937.
La capitale chinoise, Nankin, est brièvement évoquée comme ayant été le siège du gouvernement chinois à huit reprises, avant d'être supplantée par d'autres villes comme Canton et Pékin[126]. La publication souligne le déclin démographique et politique de Nankin au cours des siècles récents.
Un article présente le plan du général Smedley D. Butler pour résoudre le conflit sino-japonais, consistant à retirer les représentations diplomatiques américaines des deux pays pendant la durée des hostilités[127]. Butler estime que la Chine finira par vaincre le Japon en raison de sa démographie supérieure, affirmant qu'il n'existe pas assez de munitions dans le monde pour contenir le taux de natalité chinois.
Une note de Corée
La publication relate une lettre d'un correspondant coréen décrivant la répression des religions occidentales et la naturalisation forcée des Coréens sous l'occupation japonaise[128].
Le boycott des produits japonais
Un article aborde le boycott des produits japonais par les syndicats ouvriers en réaction à l'invasion de la Chine, soulignant l'impact économique potentiel de cette initiative[129].
Le Japon sollicite le soutien du Vatican
La publication évoque une démarche diplomatique japonaise auprès du Vatican pour obtenir le soutien du pape dans la campagne militaire en Chine, présentée comme une confirmation des prophéties bibliques[130].
Témoignage d'un Chinois éduqué
Un article présente le témoignage d'un Chinois éduqué décrivant son rejet des différentes confessions chrétiennes, qu'il juge incompatibles avec sa vision du monde. Ce récit illustre les tensions entre les missions religieuses et les populations locales en Asie[131].
Le plan du général Butler
La publication présente le plan du général Smedley D. Butler pour résoudre le conflit sino-japonais, consistant à retirer les représentations diplomatiques américaines des deux pays pendant la durée des hostilités[132].
Par les sentiers, les ruisseaux et les jardins (Au bord de l'étang)
La dernière rubrique de ce numéro est une histoire pour enfants intitulée « Par les sentiers, les ruisseaux et les jardins (Au bord de l'étang) », écrite sous forme de dialogue entre des enfants et une adulte nommée Jane. L'histoire met en scène Bunny, une petite fille dont le chapeau est emporté par le vent, et ses amis Buddy et Sally, qui jouent près d'un étang[133].
Le récit décrit les jeux des enfants, qui fabriquent des bateaux en papier et les font naviguer sur l'étang, observant leur course sous l'effet du vent. L'histoire prend un tour inattendu lorsque les enfants découvrent un nid de foulque, un oiseau aquatique, accroché aux roseaux de l'étang[134]. Jane explique aux enfants les particularités de cet oiseau et les invite à observer les foulques dans une partie plus large de l'étang. Cependant, elle les rappelle à l'ordre en leur indiquant qu'il est temps de rentrer à la maison, mettant ainsi fin à leur aventure.
Cette histoire, écrite dans un style simple et poétique, vise à divertir les jeunes lecteurs tout en les sensibilisant à la nature et à ses merveilles. Elle contraste avec le ton souvent polémique et politique des autres articles du numéro, offrant une pause narrative et ludique.
La Grande-Bretagne
« La mort dans la marmite »
La publication consacre un article à l'ouvrage Death in the Pot (La mort dans la marmite)[135], écrit par Harold W. Keens et publié par The C. W. Daniel Company. Ce livre de 48 pages établit un lien entre les maladies cancéreuses et l'utilisation d'ustensiles de cuisine en aluminium, ainsi que la consommation d'aliments contaminés par des produits chimiques. L'auteur souligne que les légumes sont rendus toxiques par les traitements aux pesticides, aux engrais artificiels et aux amendements du sol riches en aluminium. Il note également que l'eau drainant ces terres est affectée de manière similaire. Les examens de plantes malades révèlent des excroissances comparables au cancer chez l'homme.
L'article cite des statistiques alarmantes sur l'augmentation des décès par cancer en Grande-Bretagne, corrélées à l'utilisation croissante de l'aluminium. En 1842, lorsque les engrais chimiques ont commencé à rendre l'aluminium soluble pour les plantes, le taux de mortalité par cancer était de 173 par million d'habitants. En 1887, avec l'introduction des ustensiles de cuisine en aluminium, ce taux est passé à 615 par million. En 1927, avec une production annuelle de 883 000 livres sterling d'ustensiles en aluminium, le taux atteignait 1 376 par million, puis 1 563 en 1936. Une progression constante est observée sur près d'un siècle, avec des chiffres détaillés pour chaque période de cinq ans[136].
Décès dus à la variole
Un tableau statistique présente l'évolution des décès dus à la variole en Angleterre entre 1854 et 1935. Les chiffres montrent une diminution progressive des cas mortels, passant de 3 311 décès pour la période 1854-1863 à seulement 6 en 1934, et aucun en 1935. L'article souligne que la vaccination obligatoire n'est imposée que dans dix États américains, tandis que six autres laissent cette décision aux autorités locales. Malgré cela, les décès attribués à la variole restent extrêmement faibles, avec seulement 20 à 30 cas annuels sur environ 1,25 million de décès toutes causes confondues.
L'Australie, pays peu vacciné, est présentée comme un exemple de faible incidence de la variole, malgré sa proximité avec des régions où la maladie est endémique. À l'inverse, l'Inde, où les taux de vaccination sont dix fois supérieurs à ceux de l'Angleterre, enregistre des milliers de décès annuels dus à la variole. Des exemples similaires sont cités pour le Mexique, l'Italie et les Philippines, où des lois strictes de vaccination n'ont pas empêché des épidémies meurtrières. L'article conclut que les statistiques de mortalité ne montrent aucun lien entre les lois de vaccination et la présence ou l'absence de variole, mais que l'amélioration des conditions sanitaires et de vie semble jouer un rôle déterminant[137].
Démons et spiritisme
Les démons mentent aux Écossais
L'article dénonce les pratiques spiritistes comme une tromperie orchestrée par des démons, comparables à ceux chassés par Jésus et les apôtres. Il relate un événement survenu lors d'une convention spiritiste à Glasgow, où un médium a prétendu saluer une colonne d'esprits écossais en kilts, présentés comme des soldats morts durant la Première Guerre mondiale. Le médium a affirmé que ces esprits avaient combattu pendant des mois dans l'au-delà sans réaliser qu'ils étaient décédés, illustrant ainsi l'ignorance entretenue par ces entités démoniaques. La publication qualifie ces récits de « préposterous bunk » (absurdités grotesques) et souligne leur lien avec les esprits déchus qui ont aidé le Diable à l'époque de Noé[138].
Les dangers de l'hypnotisme
Un cas rapporté à Londres illustre les dangers de l'hypnotisme, présenté comme une forme de démonisme. Une jeune fille sourde et muette, précédemment hypnotisée pour tenter de la guérir, est tombée en transe en regardant simplement la photographie de l'hypnotiseur. Malgré les tentatives pour la réveiller, elle n'a repris conscience qu'à l'arrivée de l'hypnotiseur lui-même, qui a dû la piquer avec une aiguille et la gifler. La jeune fille a expliqué, via sa sœur, qu'en regardant la photo, un visage d'homme âgé était apparu sur le front de l'hypnotiseur. L'article établit un lien évident entre cette pratique et le démonisme, mettant en garde contre ses risques[139].
Big Ben
Une brève note technique décrit Big Ben, l'horloge emblématique de Londres. Son pendule mesure 15 pieds de long et pèse 608 livres, tandis que ses cadrans ont un diamètre de 22 pieds et 6 pouces. Les aiguilles des minutes mesurent 14 pieds de long. Big Ben est présenté comme l'horloge à sonnerie la plus grande du monde. L'article précise que son carillon est souvent entendu aux États-Unis à 19 heures, heure normale de l'Est[140].
Éden protège la papauté
L'article relate une intervention d'Anthony Eden, secrétaire aux Affaires étrangères britannique, à la Chambre des communes. Interrogé par un député travailliste sur les pays européens où le gouvernement britannique est représenté par des diplomates catholiques romains, Eden a refusé de répondre, invoquant le principe de non-discrimination religieuse abandonné en Grande-Bretagne depuis plus d'un siècle. Le député a ensuite demandé si, compte tenu de la propagande pro-Franco et anti-britannique de l'Église catholique, il était souhaitable d'avoir une telle division d'allégeance dans les capitales européennes. Eden a rejeté toute implication contre les membres du service diplomatique, soulignant son opposition à de telles insinuations[141].
Récession économique
La publication évoque les signes d'une récession économique en Grande-Bretagne, malgré les assurances optimistes des dirigeants politiques et économiques. Les compagnies ferroviaires, qui avaient annoncé des investissements massifs quelques mois plus tôt, licencient désormais des centaines d'employés en raison d'une réduction des dépenses en capital et d'une pénurie de matériaux due aux préparatifs de guerre. Les usines Ford à Dagenham ont également licencié un nombre important d'ouvriers, leur offrant deux semaines de salaire au lieu de les affecter à de nouveaux projets. Ces développements contredisent les déclarations antérieures sur la solidité de l'économie britannique[142].
Vanité masculine
Un commentaire humoristique critique la décision de la Kilt Society d'Aberdeen, en Écosse, d'exclure les femmes de ses rangs. Le motif invoqué est que les jambes des femmes, entre la cheville et le genou, seraient trop longues pour porter le kilt avec élégance. L'article ironise sur cette prétention masculine, soulignant que les jambes des femmes sont en réalité plus courtes que celles des hommes dans cette partie du corps, et que ce sont les talons hauts qui créent cette illusion. La publication qualifie cette décision de manifestation de vanité masculine[143].
Commentaire britannique
Un article signé par J. Hemery (Londres) analyse les tensions politiques en Europe, notamment les ambitions des dictateurs Adolf Hitler et Benito Mussolini. Hitler cherche à dominer les peuples d'Europe du Nord et centrale, tandis que Mussolini ambitionne de restaurer la grandeur de l'Italie et de Rome. Bien que ces deux dirigeants affichent une amitié apparente, leurs ambitions se chevauchent et leur alliance est décrite comme opportuniste, dirigée contre des ennemis communs plutôt que fondée sur une véritable estime mutuelle.
La publication rappelle que les étudiants de la Bible se tiennent en dehors des intérêts politiques terrestres, mais s'intéressent aux affaires politiques en relation avec le Royaume de Dieu, désormais établi sous l'autorité de Jésus-Christ. Les dirigeants des nations, qu'ils soient des esprits maléfiques ou des hommes au pouvoir, s'opposent violemment à cette autorité divine. Les témoins de Jéhovah, en tant que intendants du message divin, sont amenés à dénoncer les actes des politiciens, ce qui les expose à des persécutions, comme en Allemagne nazie où ils sont traités avec une brutalité extrême.
L'article souligne que l'Empire britannique, décrit comme une partie intégrante de la « bête à deux cornes » de Apocalypse 13, suscite un grand intérêt en raison de son rôle dans les affaires mondiales. Bien que présenté comme plus fort que jamais, cet empire est vulnérable en raison de son étendue géographique et de sa dépendance à des routes maritimes stratégiques, comme le canal de Suez. Les tensions actuelles en Europe, notamment les ambitions italiennes, pourraient menacer ces voies de communication vitales, ce qui explique les efforts des dirigeants britanniques pour éviter une guerre générale[144].
Prêtres et peuple en Irlande
L'article cite un livre intitulé Priests and People in Ireland (Prêtres et peuple en Irlande), écrit par J. F. McCarthy, un avocat catholique irlandais. McCarthy y dénonce l'influence croissante de l'organisation sacerdotale de l'Église catholique romaine en Irlande, qu'il décrit comme une puissance étrangère dont les intérêts ne coïncident pas avec ceux du peuple irlandais. Il critique le fait que cette organisation, composée de prêtres, moines et religieuses célibataires, exerce une emprise sur tous les aspects de la société irlandaise, des médias aux professions libérales, en passant par les fonctionnaires et les juges. Selon lui, cette influence est si forte que personne n'ose la critiquer ouvertement, par crainte de représailles.
McCarthy souligne que cette puissance sacerdotale exploite les peurs des personnes crédules, malades ou âgées, pour s'enrichir. Il condamne la politique d'intolérance religieuse et de sectarisme promue par les prêtres, qu'il associe à une forme de persécution religieuse. Bien qu'il se déclare lui-même catholique et irlandais, il affirme avoir le droit de dénoncer cette situation, qu'il juge contraire au bien commun[145].
Il reste encore un peu de loi en Irlande
Un fait divers rapporté en Irlande illustre les abus de pouvoir commis par des membres du clergé catholique. Une jeune femme, Miss Stokes, a été kidnappée par une foule organisée par un fermier, Peter McDonagh, qui agissait sur ordre du « Révérend Père » Farrell. Elle a été traînée de force devant un autre prêtre, le « Révérend Père » Munnelly, qui l'a contrainte à s'agenouiller et à promettre de ne plus revoir un homme qu'elle avait rencontré en présence de sa sœur, sans qu'aucune preuve de faute ne soit apportée. McDonagh a témoigné au tribunal qu'il n'avait rien contre la jeune femme, mais qu'il avait agi sous les ordres du prêtre, déclarant : « Vous faites généralement ce que le prêtre vous demande de faire, que ce soit juste ou non. »
Miss Stokes a obtenu 75 livres sterling de dommages et intérêts, mais les prêtres impliqués n'ont pas été inquiétés. L'article souligne que ce cas montre qu'il existe encore un certain respect pour la loi en Irlande, même si les abus cléricaux restent impunis. Il met en garde contre les conséquences d'un monde où de tels hommes prendraient le contrôle total, prédisant que les témoins de Jéhovah subiraient des persécutions, mais que ces persécuteurs seraient ensuite punis par Dieu[146].
Moisson de la guerre de la Somme, 20 ans après
Un bref article rapporte que 768 corps de soldats britanniques ont été retrouvés sur les champs de bataille français en 1937, dont 679 sur le front de la Somme. Parmi ces corps, 189 ont pu être identifiés. Pendant la même période, les équipes de recherche françaises ont retrouvé et réinhumé les corps de 231 soldats français et 483 soldats allemands. Ces chiffres illustrent l'ampleur des pertes humaines de la Première Guerre mondiale, même deux décennies après la fin du conflit[147].
Liberté de la presse
L'article dénonce les tentatives d'Adolf Hitler d'étendre son contrôle sur la presse internationale, notamment britannique, afin d'empêcher toute critique de ses actes et de la politique allemande. Hitler souhaite faire de ces critiques une question diplomatique, mais cette ambition est rejetée par les traditions britanniques. Ormsby-Gore, secrétaire aux Colonies, déclare que l'idée d'un contrôle gouvernemental de la presse est « répugnante à la tradition britannique ». Un bulletin d'information bien informé, le King-Hall Newsletter, rapporte que certains responsables allemands croient encore qu'un gouvernement britannique pourrait ou voudrait interférer avec la liberté de la presse, une idée qualifiée d'« incroyable » pour les esprits anglo-saxons[148].
Jeu d'argent en Grande-Bretagne
Un livre récemment publié, The Problem of Gambling (Le problème du jeu), estime que le chiffre d'affaires annuel des jeux d'argent en Grande-Bretagne s'élève à 350 millions de livres sterling. Environ neuf millions de personnes participent aux paris sur les matchs de football. L'esprit de jeu imprègne toutes les classes sociales : les riches perdent leur argent aux courses de chevaux, tandis que les moins aisés le perdent aux courses de lévriers, aux paris sur le football, aux machines à sous et à d'autres formes de jeu. L'article souligne que 80 % des premiers délits d'appropriation frauduleuse ou de détournement d'argent sont motivés par des pertes au jeu[149].
Représentation du Vatican en Grande-Bretagne
Pour la première fois dans l'histoire, le Vatican est représenté à la cour de Saint-James par un diplomate dont le salaire est payé par le gouvernement des États-Unis. Il s'agit de Joseph P. Kennedy, né en Irlande, marié en présence du cardinal O'Connell, et formé dans une école paroissiale. Son épouse a également été éduquée dans une école paroissiale, et trois de leurs neuf enfants sont diplômés de couvents. L'article suggère que le Vatican a réussi un coup diplomatique en insistant pour que Kennedy, proche conseiller du président Franklin D. Roosevelt, soit nommé ministre des États-Unis en Grande-Bretagne[150].
Zones noires de l'Écosse
Un livre récemment publié, Scotland at the Crossroads (L'Écosse à la croisée des chemins), révèle des situations préoccupantes en Écosse, notamment à Glasgow. En 1936, une personne sur sept de la population totale recevait une forme d'assistance publique. En mars 1937, le nombre de bénéficiaires de l'aide sociale en Écosse s'élevait à 337 915. Ces chiffres illustrent l'ampleur de la pauvreté et des difficultés économiques dans cette région[151].
Quand la guerre éclate
Une citation de David Lloyd George, ancien Premier ministre britannique, critique la manière dont les nations confient leur destin à des dirigeants médiocres en temps de guerre. Selon lui, lorsque la guerre éclate, les peuples, les médias et les dirigeants politiques glorifient ces dirigeants, leur accordant une confiance aveugle. Après le conflit, il devient évident que ces « idoles » étaient en réalité des hommes ordinaires, souvent en désaccord et généralement dans l'erreur. Lloyd George souligne l'absurdité de cette dynamique, où des « cerveaux de second ordre » décident du sort des nations[152].
Mussolini ment tout le temps
Herbert Morrison, député britannique, accuse Benito Mussolini de mentir systématiquement et de tromper le Premier ministre Neville Chamberlain. Il affirme que Mussolini utilise le mensonge comme un instrument délibéré de sa politique fasciste. Morrison exprime également sa conviction que Chamberlain éprouve une sympathie inconsciente pour les gouvernements fascistes, ce qui le rend vulnérable aux manipulations du dirigeant italien[153].
Service domestique
L'article aborde la pénurie de domestiques en Grande-Bretagne, où environ 25 000 femmes au foyer n'arrivent pas à en recruter. Le service domestique n'est plus considéré comme une étape incontournable pour les jeunes filles, qui préfèrent désormais travailler dans des secteurs plus attractifs, comme les métiers légers. Les conditions de travail exigées par certains employeurs sont jugées trop contraignantes. Pour pallier cette pénurie, le nombre de domestiques étrangères a doublé l'année précédente, principalement des Autrichiennes et des Allemandes[154].
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