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L'Âge d'Or du 23 Juillet 1930

De Tj-encyclopédie
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L'Âge d'Or du 23 Juillet 1930
Revue Consolation
Date 1930
Année 1930
Éditeur Watch Tower Bible and Tract Society

Ce numéro place au premier plan une enquête circonstanciée sur Andrew Mellon, secrétaire au Trésor des États-Unis, accusé d'avoir utilisé sa position à la tête de l'Aluminum Company of America pour étouffer des recherches scientifiques mettant en cause la toxicité des ustensiles de cuisine en aluminium. L'affaire est présentée comme une démonstration emblématique de la collusion entre les grandes fortunes industrielles et les institutions gouvernementales au détriment de la santé publique.

La dénonciation de cette collusion est prolongée par le témoignage sous serment du Dr. Charles T. Betts, qui détaille les pressions exercées sur lui pour l'empêcher de publier ses travaux depuis 1913. L'ensemble forme un dossier à charge cohérent, où L'Âge d'Or se pose en contre-pouvoir face à une presse jugée complice des intérêts industriels.

Contenu

Cette section présente le contenu intégral du numéro de L'Âge d'Or du 23 juillet 1930, en suivant l'ordre exact des articles et rubriques tels qu'ils apparaissent dans le périodique.

Andrew Mellon contrôle-t-il le système solaire ?

La publication consacre son article principal à une enquête sur l'influence supposée d'Andrew Mellon, alors secrétaire au Trésor des États-Unis, sur la santé publique et l'industrie de l'aluminium. Elle affirme que Mellon, en tant que dirigeant de l'Aluminum Company of America (Alcoa), aurait exercé une pression pour minimiser les dangers liés à l'utilisation d'ustensiles de cuisine en aluminium. Selon L'Âge d'Or, des études scientifiques menées dans plusieurs universités américaines, notamment à l'Université du Michigan, auraient démontré les effets toxiques des composés d'aluminium, mais ces résultats auraient été étouffés sous l'influence de Mellon et des autorités fédérales[1].

La revue retrace une chronologie des événements liés à cette controverse, citant des cas de maladies et d'empoisonnements attribués à l'aluminium, ainsi que les réactions des autorités sanitaires et des médias. Elle souligne que des rapports scientifiques, comme celui d'Edward M. Averill pour la Federal Trade Commission, auraient été classés confidentiels et interdits de publication, bien que certaines copies aient circulé. L'Âge d'Or accuse également les journaux et les magazines de l'époque d'avoir censuré ou minimisé ces informations sous la pression des intérêts industriels[2].

L'article se conclut par une dénonciation de l'influence des grands financiers sur les institutions gouvernementales, affirmant que la liberté de la presse est menacée lorsque des intérêts privés cherchent à contrôler l'information. La publication se présente comme un défenseur de la vérité, indépendant des pouvoirs politiques et économiques, et déterminé à informer le public malgré les pressions[3].

« La vérité étouffée par l'influence gouvernementale »

Cet article, rédigé par le Dr. Charles T. Betts, approfondit la question des dangers de l'aluminium en présentant des témoignages et des documents scientifiques. Le Dr. Betts affirme que ses propres recherches sur les effets toxiques de l'aluminium, menées depuis 1913, auraient été entravées par des interventions des autorités fédérales, notamment du département du revenu interne. Il cite des exemples de scientifiques ayant subi des pressions pour ne pas publier leurs résultats, et accuse les universités et les institutions médicales de collaborer avec les intérêts industriels pour étouffer la vérité[4].

Le Dr. Betts relate également les difficultés qu'il a rencontrées pour publier ses travaux, notamment un livre intitulé Aluminum Poisoning. Il affirme avoir été menacé par la Federal Trade Commission pour avoir cité des extraits d'un rapport confidentiel d'Edward M. Averill, et décrit les pressions exercées sur lui pour qu'il cesse ses recherches. Il conclut en réitérant que les composés d'aluminium sont dangereux pour la santé et que les autorités sanitaires et gouvernementales ont failli à leur devoir d'informer le public[5].

Un affidavit du Dr. Betts, daté du 2 juin 1930, est publié en fin d'article, attestant de la véracité de ses déclarations. Cet affidavit est présenté comme une preuve supplémentaire de la volonté des autorités de dissimuler les dangers de l'aluminium[6].

Agriculture et économie domestique

Cette rubrique contient plusieurs brèves informations liées à l'agriculture et à l'élevage.

Un article intitulé « Oranges en Palestine » rapporte qu'un agriculteur ayant visité la Californie affirme que les orangeraies de Palestine produisent presque deux fois plus de fruits par unité de surface que celles de Californie. Il souligne que le nombre d'arbres par hectare est plus élevé et que les arbres commencent à produire plus tôt[7].

Une autre brève, « Le sperme de baleine au large de Vancouver », mentionne qu'un journal de Vancouver a publié une photographie de la tête d'un cachalot capturée au large de la Colombie-Britannique, soulignant la taille impressionnante de l'animal[8].

Science et invention

Cette section présente des nouvelles scientifiques et technologiques.

Un article intitulé « Méthodes spectroscopiques » révèle que des scientifiques ont découvert, dans la haute atmosphère du soleil, des vents chauds soufflant à une vitesse de 240 miles par heure. Ces courants solaires réguliers sont décrits comme distincts des éruptions occasionnelles qui projettent des matières à des vitesses bien supérieures[9].

Une autre brève, « Constantinople n'existe plus », annonce que la ville autrefois connue sous ce nom a été officiellement rebaptisée Istanbul, marquant la fin d'une appellation utilisée depuis l'époque de l'empereur Constantin[10].

Questions sociales et éducatives

Cette rubrique aborde divers sujets sociaux et éducatifs.

Un article intitulé « 85 000 soldats toujours portés disparus » indique que, douze ans après la fin de la Première Guerre mondiale, 85 000 soldats sont toujours portés disparus. Il est suggéré que certains d'entre eux pourraient être vivants, ayant refait leur vie sous de nouvelles identités pour éviter des accusations de désertion ou des problèmes familiaux[11].

Une autre brève, « 17 500 suicides par an », mentionne le nombre élevé de suicides enregistrés annuellement, sans préciser le pays concerné[12].

Finance, commerce et transport

Cette section traite de sujets économiques et commerciaux.

Un article intitulé « L'assurance vendue par des machines » décrit un système allemand permettant d'acheter une assurance en insérant une pièce de monnaie dans une machine, qui imprime alors une police d'assurance sur une carte, accompagnée d'une empreinte digitale de l'acheteur[13].

Une autre brève, « Maizolith, un nouveau matériau », présente un matériau innovant fabriqué à partir de rafles et de tiges de maïs, traité avec de la soude caustique et séché à haute température. Ce matériau, semblable à de la pierre, est présenté comme utile pour la fabrication d'engrenages silencieux, de poignées de porte et d'autres articles similaires[14].

Foyer et santé

Cette rubrique aborde des questions liées à la santé et au bien-être.

Un article intitulé « Massacre des innocents » relate un incident survenu dans un foyer pour nourrissons à Lübeck, en Allemagne, où huit bébés sont morts et vingt-quatre autres sont tombés gravement malades après avoir été inoculés avec des germes de tuberculose provenant de vaches. L'article critique vivement cette pratique, qualifiée de « méthode couramment utilisée », et souligne l'urgence d'y mettre fin[15].

Une autre brève, « La santé au Danemark pendant la guerre », indique que le taux de mortalité au Danemark a été plus faible pendant la Première Guerre mondiale que lors de toute autre période de son histoire. L'article attribue cette amélioration à la pénurie alimentaire, qui aurait contraint la population à réduire la consommation de porcs, améliorant ainsi la disponibilité des denrées pour les humains[16].

Politique intérieure et étrangère

Cette section traite de sujets politiques.

Un article intitulé « L'influence étrangère » évoque brièvement les tensions politiques en Inde, où une grande partie de la population s'oppose à la domination britannique. L'article mentionne les divisions internes parmi les Indiens, notamment entre hindous et musulmans, ainsi que les actions de désobéissance civile menées sous la direction de Gandhi, comme la fabrication illégale de sel[17].

Une autre brève, « Application de la prohibition », décrit une entreprise californienne, la California Vineyards Company, qui envoie des publicités depuis New York pour vendre des vins, en garantissant la livraison des produits grâce à un dépôt de caution de 10 000 dollars. L'article souligne l'ironie de cette situation, où une entreprise contourne ouvertement la loi sur la prohibition[18].

« Quand le monde devint fou »

Cet article, rédigé par Daniel E. Morgan, est une suite d'un récit autobiographique sur les expériences de l'auteur pendant la Première Guerre mondiale. Il décrit les conditions de vie des soldats dans les tranchées, les combats et les souffrances endurées. L'auteur évoque la déshumanisation des soldats, transformés en « rouages d'une machine impitoyable », et critique l'incompétence et la lâcheté de certains officiers[19].

Le récit détaille les pertes humaines massives, les blessures horribles et la peur constante des soldats. Il décrit également les stratégies militaires, comme les barrages d'artillerie, et les conditions extrêmes auxquelles les soldats étaient confrontés, notamment la faim, la soif et les maladies. L'auteur souligne l'absurdité de la guerre et l'inutilité des sacrifices consentis[20].

L'article se termine sur une note de désespoir, décrivant les soldats comme des « bêtes » vivant dans la boue et les déchets humains, accrochés à la vie par un fil. Il évoque également les conséquences psychologiques de la guerre, notamment la perte de foi en l'humanité et en les idéaux pour lesquels les soldats étaient censés se battre[21].

« Sel et feux de joie »

Cet article, rédigé par F. E. Skinner depuis l'Inde, décrit le mouvement de désobéissance civile mené par Gandhi contre la domination britannique. L'auteur explique que les Indiens, en majorité opposés à la domination étrangère, sont divisés sur les méthodes à employer pour obtenir leur indépendance. Gandhi et ses partisans prônent des actions symboliques, comme la fabrication illégale de sel et la destruction par le feu de vêtements fabriqués à partir de tissus importés[22].

L'article souligne les difficultés économiques et sociales auxquelles est confrontée la population indienne, notamment la pauvreté extrême des paysans et l'oppression religieuse exercée par les castes supérieures. Il critique également les divisions internes parmi les Indiens, notamment entre hindous et musulmans, qui affaiblissent le mouvement pour l'indépendance. L'auteur conclut en affirmant que seule l'instauration du royaume de Dieu, dirigé par le Christ, pourra apporter une solution durable aux problèmes de l'Inde[23].

La propriété municipale paie

Cet article relate un exemple de gestion municipale réussie à Beloit, dans le Kansas, où les profits nets des services municipaux d'éclairage et d'eau ont atteint plus de 255 000 dollars au cours des deux dernières années. L'auteur souligne que ces profits ont été directement reversés à la population, sans être détournés par des politiciens ou des intérêts privés. Il présente ce modèle comme une alternative efficace à la gestion privée des services publics[24].

« Une source d'eau jaillissante »

Dans cette lettre adressée à la rédaction de L'Âge d'Or, E. McKinney, un lecteur de l'Ohio, exprime son soutien aux émissions radiophoniques de Joseph Franklin Rutherford, alors président de la Watch Tower Bible and Tract Society. Il décrit la manière dont il a découvert ces émissions lors d'un séjour dans une mine d'or en Ontario, où un groupe de mineurs, initialement hostiles aux discours religieux, a finalement été captivé par le message de Rutherford. McKinney compare cette expérience à une « source d'eau fraîche jaillissant de la terre » et affirme que ces émissions répondent à un besoin spirituel profond[25].

Questions

Cette section présente les réponses de Joseph Franklin Rutherford à des questions posées par les auditeurs de ses émissions radiophoniques. Les questions abordent principalement des sujets liés à la prohibition, à la politique et à la doctrine religieuse des étudiants de la Bible.

Rutherford affirme que la prohibition est une question politique et non religieuse, et qu'il n'a pas l'intention d'influencer le débat sur ce sujet. Il souligne que Dieu n'a pas autorisé les organisations humaines, comme la Ligue Anti-Saloon, à interdire la fabrication, la possession ou l'usage modéré du vin. Il critique également les églises et les clergymen qui prétendent agir au nom de Dieu tout en soutenant des lois et des politiques contraires à Sa parole[26].

Rutherford répond également à une question sur ce qui constitue une nation chrétienne, affirmant qu'aucune nation sur terre ne peut prétendre à ce titre, car seule l'instauration du royaume de Dieu apportera la justice et la paix. Il encourage les chrétiens à se concentrer sur la diffusion de la vérité biblique plutôt que sur les tentatives humaines de réformer la société[27].

Enfin, il aborde la question de la responsabilité de Dieu dans l'adoption du dix-huitième amendement (prohibition) en 1919, année où les étudiants de la Bible croyaient que le Christ avait commencé son règne. Rutherford explique que le Christ n'est pas encore intervenu directement dans les affaires humaines, mais qu'il le fera lors de la bataille d'Armageddon, après que le message du royaume de Dieu ait été proclamé à toutes les nations[28].

Regards soviétiques en Belgique

Cet article dénonce les pratiques commerciales de l'Union soviétique, qui vend des allumettes en Belgique à un prix inférieur à leur coût de production dans ce pays. Il accuse également l'URSS de vendre des textiles en Grande-Bretagne à des prix inférieurs à ceux pratiqués localement. L'auteur critique ces pratiques, qu'il considère comme une forme de dumping économique visant à déstabiliser les marchés occidentaux[29].

La solitude d'un banquier

Cette section contient une lettre adressée à Joseph Franklin Rutherford par G. P. McCorkle, un banquier de Cucamonga, en Californie. McCorkle exprime son soutien aux étudiants de la Bible et décrit sa solitude en tant que croyant dans une communauté dominée par des sectes religieuses. Il invite Rutherford à encourager d'autres étudiants de la Bible à s'installer dans sa région, où les terres sont abordables et les conditions de vie favorables. Il propose également son aide pour faciliter leur installation[30].

L'article se termine par une citation de William Edgar Borah, sénateur des États-Unis, encourageant les citoyens à ne pas craindre d'être qualifiés de radicaux et à lutter contre les intérêts corrompus et les injustices[31].


Analyse

Croyances

La rubrique « Questions » du numéro du 23 juillet 1930 offre l'articulation doctrinale la plus dense de ce numéro. Rutherford y soutient qu'aucune nation existante ne peut être qualifiée de « chrétienne », car la justice et la paix dépendent exclusivement de l'établissement du Royaume de Dieu sous la direction du Christ.[32] Cette affirmation s'inscrit dans une thèse plus large développée par Rutherford au tournant des années 1930 : les gouvernements humains, aussi bien intentionnés qu'ils soient, ne peuvent résoudre les problèmes fondamentaux de l'humanité. Cette même logique traverse l'article « Sel et feux de joie », où le correspondant Skinner, après avoir décrit les divisions religieuses et économiques de l'Inde, conclut que seul le règne du Christ peut apporter une solution durable.[33] La convergence de ces deux textes — l'un doctrinal, l'autre de reportage — illustre comment le périodique utilisait des situations géopolitiques contemporaines pour étayer une conviction théologique préexistante plutôt que pour mener une analyse politique autonome.

Le traitement de la bataille d'Armageddon dans la rubrique « Questions » révèle une précision doctrinale notable. Rutherford y établit que le Christ n'intervient pas encore directement dans les affaires humaines, mais qu'il le fera lors d'Armageddon, une fois le message du Royaume proclamé à toutes les nations.[34] Cette formulation implique une phase transitoire entre l'intronisation céleste du Christ — rattachée à 1914 dans la chronologie prophétique de l'organisation — et son intervention terrestre future. Rutherford avait, à partir de 1925, développé la conception d'Armageddon comme une guerre universelle menée par Dieu contre les méchants, en rupture avec la vision de Russell qui y voyait un déclin anarchique de la société humaine.[35] La réponse de Rutherford en juillet 1930 confirme cette orientation : Armageddon est présenté comme un événement voulu et déclenché par Dieu, conditionné à l'achèvement d'une tâche de proclamation — ce qui confère à l'activité évangélique des lecteurs une portée eschatologique directe.

La position de Rutherford sur la prohibition constitue l'angle doctrinal le plus original de ce numéro. En répondant à la question de la responsabilité divine dans l'adoption du dix-huitième amendement, Rutherford soutient explicitement que Dieu n'a pas autorisé les organisations humaines — en particulier la Ligue Anti-Saloon — à interdire la fabrication, la possession ou l'usage modéré du vin.[36] Cette position est cohérente avec la brochure La Prohibition et la Société des Nations, publiée par Rutherford en 1930, dans laquelle il développait la même thèse exégétique : la Bible n'interdit nulle part la consommation modérée de vin fermenté, et la Ligue Anti-Saloon ne peut se prévaloir d'une autorisation divine.[37] Ce double appui — une brochure et une rubrique de questions-réponses radiophonique publiées dans la même période — montre que la critique de la prohibition n'était pas un propos marginal mais une ligne doctrinale coordonnée et répétée sur plusieurs supports. En rattachant la question de la prohibition à celle de la légitimité religieuse des institutions humaines, Rutherford transforme un débat de politique intérieure américaine en illustration de sa thèse centrale : les organisations se réclamant de Dieu sans y être autorisées par les Écritures sont des obstacles à la vérité, et non ses vecteurs.

Organisation et histoire

Ce numéro du 23 juillet 1930 documente l'utilisation intensive de la radiodiffusion par Joseph Franklin Rutherford, alors président de la Watch Tower Bible and Tract Society, comme principal vecteur institutionnel de diffusion du message de l'organisation. La lettre publiée par le lecteur E. McKinney, décrivant l'impact des émissions de Rutherford sur des mineurs de l'Ontario initialement réfractaires, illustre concrètement la portée géographique et sociale que l'organisation cherchait à atteindre par ce moyen.[38] Cette stratégie radiophonique s'inscrit dans un déploiement institutionnel documenté : la station WBBR, propriété de l'organisation, avait lancé ses émissions dès le 24 février 1924, et Rutherford avait déjà adressé en juillet 1927 un réseau de cinquante-trois stations depuis Toronto, ce qui constituait alors la plus grande chaîne radio jamais constituée à cette fin.[39] La section « Questions » publiée dans ce numéro, qui reproduit des réponses de Rutherford aux auditeurs de ses émissions, confirme que le périodique fonctionnait en complémentarité directe avec ces diffusions radiophoniques, servant à prolonger et à fixer par écrit les positions exprimées à l'antenne.[40]

La prise de position de Rutherford sur la prohibition dans la section « Questions » de ce numéro s'inscrit dans un cadre institutionnel précis : la Watch Tower Bible and Tract Society publiait au même moment, en 1930, une brochure distincte intitulée La Prohibition et la Société des Nations, dans laquelle Rutherford développait une argumentation exégétique visant à démontrer que la prohibition n'était pas d'origine divine et que la Ligue Anti-Saloon — fondée en 1893 à Oberlin (Ohio) et principal artisan du 18e amendement — était un instrument politique étranger à la volonté de Dieu.[41] Dans ce numéro, Rutherford affirme explicitement que la prohibition est une question politique et non religieuse, et que Dieu n'a pas autorisé des organisations comme la Ligue Anti-Saloon à légiférer sur la fabrication ou la consommation modérée de vin.[42] Cette distinction entre autorité divine et lobbying religieux organisé constitue un marqueur institutionnel récurrent dans les publications de l'organisation à cette époque, qui cherche à différencier sa doctrine de celle des Églises protestantes engagées dans la réforme sociale américaine.

L'article principal de ce numéro, consacré à l'influence supposée d'Andrew Mellon et aux dangers de l'aluminium, ainsi que l'article du Dr. Charles Truax Betts sur la vérité étouffée par les autorités gouvernementales, participent d'une posture éditoriale que L'Âge d'Or affirme explicitement dans ses pages : celle d'un organe indépendant des pouvoirs politiques et économiques, déterminé à informer le public en dehors des contraintes exercées par les intérêts industriels et les institutions gouvernementales.[43] Cette revendication d'indépendance éditoriale est cohérente avec la posture générale de l'organisation rutherfordienne, qui se représentait comme le seul media capable de contourner les silences imposés par le « christianisme organisé » et les grandes puissances financières, une position que Rutherford développait simultanément dans ses allocutions radiophoniques et ses brochures.[44]

Science et médecine

Le numéro du 23 juillet 1930 de L'Âge d'Or accorde une place centrale aux questions scientifiques et médicales, principalement sous la forme d'une longue enquête à charge sur les dangers supposés de l'aluminium, complétée par plusieurs brèves touchant à la médecine expérimentale, à l'hygiène alimentaire et à l'astronomie.

Le thème dominant, qui occupe plusieurs pages de l'édition, est la dénonciation des ustensiles de cuisine en aluminium. La publication affirme que des études menées dans plusieurs universités américaines, dont l'Université du Michigan, auraient établi la toxicité des composés d'aluminium ingérés par la cuisson, mais que ces résultats auraient été dissimulés sous la pression conjointe d'Andrew Mellon, alors secrétaire au Trésor et dirigeant de l'Aluminum Company of America (Alcoa), et des autorités fédérales.[45] Cette campagne anti-aluminium s'inscrit dans une tradition rédactionnelle bien documentée du périodique : selon l'historien James Penton, les lecteurs de L'Âge d'Or avaient pris l'habitude d'attribuer systématiquement leurs malaises à l'aluminium des batteries de cuisine plutôt qu'aux aliments eux-mêmes,[46] et selon un ouvrage spécialisé de 2009, la revue aurait publié plus de 130 articles sur ce sujet entre 1925 et 1969.[47]

Dans ce même numéro, le Dr Charles Truax Betts, dentiste de Toledo (Ohio) et principal artisan de la croisade anti-aluminium dans les colonnes du périodique, signe un article intitulé « La vérité étouffée par l'influence gouvernementale » dans lequel il relate avoir conduit des recherches sur la toxicité de l'aluminium depuis 1913. Il affirme que ses travaux, y compris un ouvrage intitulé Aluminum Poisoning, ont subi des pressions des autorités fédérales pour demeurer inédits, et il dépose un affidavit daté du 2 juin 1930 pour attester de la véracité de ses déclarations.[48] Le professeur Jerry Bergman, ayant analysé l'ensemble de ces contributions au fil des années, a conclu que « ces articles et histoires ont été manifestement écrits par des gens qui étaient extrêmement naïfs et avaient peu ou aucune formation en médecine et en sciences ».[49]

Sur le terrain de la médecine expérimentale, le numéro consacre une brève à un incident survenu à Lübeck, en Allemagne, qualifié de « Massacre des innocents »: huit nourrissons y sont morts et vingt-quatre autres sont tombés gravement malades après avoir reçu des inoculations de germes tuberculeux d'origine bovine dans un foyer pour bébés. La revue critique vivement cette pratique qu'elle décrit comme une méthode courante, et en réclame l'abolition.[50] Cet épisode correspond au désastre de Lübeck, survenu entre 1929 et 1930, au cours duquel 251 nourrissons reçurent oralement trois doses du vaccin BCG contre la tuberculose, accidentellement contaminé par Mycobacterium tuberculosis virulent ; 72 d'entre eux moururent et 173 développèrent des signes cliniques de la maladie. Une enquête ultérieure de l'Institut Robert Koch devait établir que la contamination du lot vaccinal, et non le vaccin BCG lui-même, était responsable du drame.[51] La présentation que fait L'Âge d'Or de cet événement reste elliptique et orientée vers une critique de la vaccination en général, sans distinguer la contamination accidentelle du principe vaccinal.

Une observation d'ordre épidémiologique complète ces développements médicaux. La publication note, dans sa rubrique « Foyer et santé », que le taux de mortalité au Danemark a été plus faible durant la Première Guerre mondiale que lors de toute autre période de l'histoire du pays, et attribue ce résultat à la pénurie alimentaire qui aurait contraint la population à réduire sa consommation de viande de porc, libérant ainsi des denrées pour les humains et améliorant leur état nutritionnel.[52] Cette observation, qui reflète des débats hygiénistes réels de l'entre-deux-guerres, est présentée sans appareil de référence scientifique mais traduit l'intérêt du périodique pour les corrélations entre régime alimentaire et santé publique.

Enfin, dans la rubrique « Science et invention », la revue mentionne une découverte réalisée grâce à des méthodes spectroscopiques : des scientifiques auraient détecté, dans la haute atmosphère du soleil, des courants d'air chaud se déplaçant à une vitesse de 240 miles à l'heure, distincts des éruptions solaires occasionnelles projetant des matières à des vitesses bien supérieures.[53] Cette brève témoigne de l'intérêt du périodique pour la vulgarisation scientifique, même si elle n'est pas développée au-delà d'une mention succincte.


Illustrations du numéro

Références

  1. L'Âge d'Or du 23 Juillet 1930, p. 675-677.
  2. Ibid., p. 678-680.
  3. Ibid., p. 679-680.
  4. Ibid., p. 680-682.
  5. Ibid., p. 682-684.
  6. Ibid., p. 684.
  7. Ibid., p. 685.
  8. Ibid., p. 685.
  9. Ibid., p. 685.
  10. Ibid., p. 685.
  11. Ibid., p. 685.
  12. Ibid., p. 686.
  13. Ibid., p. 685.
  14. Ibid., p. 688.
  15. Ibid., p. 685.
  16. Ibid., p. 686.
  17. Ibid., p. 688.
  18. Ibid., p. 688.
  19. Ibid., p. 690-693.
  20. Ibid., p. 691-692.
  21. Ibid., p. 693.
  22. Ibid., p. 694.
  23. Ibid., p. 695.
  24. Ibid., p. 695.
  25. Ibid., p. 696.
  26. Ibid., p. 697-699.
  27. Ibid., p. 700.
  28. Ibid., p. 700-701.
  29. Ibid., p. 702.
  30. Ibid., p. 702.
  31. Ibid., p. 702.
  32. L'Âge d'Or du 23 Juillet 1930, p. 700.
  33. L'Âge d'Or du 23 Juillet 1930, p. 695.
  34. L'Âge d'Or du 23 Juillet 1930, p. 700-701.
  35. History of Jehovah's Witnesses, Wikipedia (en anglais).
  36. L'Âge d'Or du 23 Juillet 1930, p. 697-699.
  37. Voir la page wiki La prohibition et la Société des Nations: nées de Dieu ou du Diable? Ce qu'en dit la Bible.
  38. L'Âge d'Or du 23 Juillet 1930, p. 696.
  39. History of WBBR, watchtowerdocuments.org, consulté en 2024.
  40. L'Âge d'Or du 23 Juillet 1930, p. 697-701.
  41. Anti-Saloon League, Wikipedia, consulté en 2024.
  42. L'Âge d'Or du 23 Juillet 1930, p. 697-699.
  43. L'Âge d'Or du 23 Juillet 1930, p. 679-680.
  44. L'Âge d'Or du 23 Juillet 1930, p. 680-684.
  45. L'Âge d'Or du 23 Juillet 1930, p. 675-677.
  46. Penton, James M. (1997, 2è éd.), Apocalypse Delayed: The Story of Jehovah's Witnesses, Toronto: University of Toronto Press, p. 66.
  47. Freeze, R. Allan ; Lehr, Jay H. (2009), The Fluoride Wars, Wiley-Blackwell, p. 132.
  48. L'Âge d'Or du 23 Juillet 1930, p. 680-684.
  49. Bergman, Jerry, cité dans l'article Aluminium de cette encyclopédie.
  50. L'Âge d'Or du 23 Juillet 1930, p. 685.
  51. Wikipedia, article « Lübeck disaster » (en ligne).
  52. L'Âge d'Or du 23 Juillet 1930, p. 686.
  53. L'Âge d'Or du 23 Juillet 1930, p. 685.