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Informant de septembre 1940

De Tj-encyclopédie
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Informant de septembre 1940
Revue Informant
Date 1940
Année 1940
Éditeur Watch Tower Bible and Tract Society

Ce numéro est entièrement orienté vers la mobilisation des proclamateurs en vue de la période de témoignage baptisée « Défi », qui doit débuter le 1er octobre et s'achever avant le 5 novembre. La nouvelle brochure Conspiracy Against Democracy, rassemblant les deux discours de Rutherford prononcés à la convention théocratique de Détroit, en constitue la pièce maîtresse : des millions d'exemplaires doivent être distribués dans les foyers américains en l'espace d'un seul mois.[1]

Une décision organisationnelle marque également ce numéro : l'Informant cesse d'être diffusé en nombre aux compagnies pour être réservé au seul serviteur de compagnie et à ses assistants, dont la responsabilité est désormais de le lire et le commenter lors des réunions de service.[2]

Analyse

Croyances

Deux organisations rivales : la Théocratie contre l'organisation du Diable

L'exhortation finale de la présentation de la période de témoignage demande de faire d'octobre un mois mémorable « dans le témoignage contre l'organisation du Diable et pour la Théocratie », formule qui condense en quelques mots la structure doctrinale sur laquelle repose l'ensemble du dispositif décrit.[3] Cette partition du réel en deux organisations antagonistes n'est pas propre à ce numéro : elle est posée dès le 1er mars 1925 dans The Watch Tower, qui distingue l'organisation de Dieu de celle de Satan comme les deux seules réalités collectives possibles.[4] Son effet pratique est d'interdire toute position intermédiaire : une institution, une doctrine ou une personne ne peut être partiellement acceptable, elle relève nécessairement de l'un des deux camps.

L'application la plus tranchée de ce dualisme en 1940 est l'antithèse entre religion et christianisme. La lettre de Rutherford placée dans l'édition de l'auteur du livre Religion assigne aux proclamateurs la tâche d'aider les gens de bonne volonté à voir « que la religion est leur ennemi mortel, et que le christianisme est leur voie de salut ».[5] Le mot « religion », qui désignait auparavant un genre neutre dont le christianisme aurait été une espèce, devient à partir de la fin de 1936 le nom d'une entité hostile, distincte du christianisme et opposée à lui.[6] Le vocabulaire employé en 1939 dans le discours La religion est un piège et un racket[note 1] désigne comme « ennemi mortel » ce qui y était déjà qualifié d'« ennemi public le plus cruel et le plus séducteur », celui qui « emploie la religion pour mener le racket ».[7] La formule de septembre 1940 durcit l'énoncé en substituant à l'accusation d'escroquerie une accusation de meurtre spirituel : la religion ne trompe plus seulement, elle tue.

Le livre Religion, publié en 1940, constitue le support de librairie de cette doctrine, et la brochure Conspiracy Against Democracy — issue des deux discours de la convention de Détroit — en prolonge l'argument sur le terrain politique.[8] Le couplage systématique des deux titres dans l'offre faite au visiteur, pour une contribution unique de 25 cents, traduit matériellement l'unité doctrinale posée entre dénonciation de la religion et dénonciation d'une conspiration politique : ce sont deux visages d'une même organisation adverse.[9]

De Joël 3 à la rue : la prophétie convertie en calendrier

Le nom même de la période de témoignage d'octobre, « Défi », est justifié par Joël 3:9-11, passage où Jéhovah ordonne aux nations de proclamer la guerre, de réveiller les hommes vaillants et de forger les socs en épées, jusqu'à ce que « le faible dise : je suis un homme fort ».[10] L'appel aux armes y est traditionnellement lu comme un défi ironique adressé par Dieu aux nations rassemblées pour le jugement dans la vallée de Josaphat, aucune préparation militaire humaine ne pouvant prévaloir contre le Créateur.[11] Le déplacement opéré ici consiste à faire de la campagne de distribution elle-même l'exécution visible de ce défi : ce que le texte attribue à Jéhovah s'accomplit par des proclamateurs munis de brochures, et la provocation divine aux nations devient une tournée de porte-à-porte.[12]

Le recours à Joël comme réservoir d'images de guerre pour nommer les périodes de témoignage n'est pas une nouveauté de septembre 1940 : l'armée de sauterelles de Joël 2:7-9 avait déjà servi à identifier les proclamateurs et à baptiser la période de juin 1940, ainsi qu'il ressort de l'Informant de mars 1940 et de l'Informant de juillet 1940.[13] Le passage de Joël 2 à Joël 3 marque un glissement significatif dans l'exégèse mobilisée : la métaphore de l'invasion irrépressible cède la place à celle de la confrontation frontale et déclarée, au moment même où la vallée de Josaphat de Joël 3:12 appartient au répertoire d'interprétation d'Harmaguédon en vigueur depuis 1925.[14]

L'image de la bannière du Seigneur portée haut, associée à cette proclamation, prolonge un motif fixé de longue date dans l'enseignement du mouvement : dès août 1925, à la convention d'Indianapolis, le discours « Un appel à l'action »[note 2] citait Isaïe 62:10 et son injonction d'« élever une bannière sur les peuples » pour exhorter les assistants à lever haut la bannière de Dieu.[15] Le geste matériel de la distribution se trouve ainsi sacralisé comme acte de proclamation du nom divin, conformément à Isaïe 43:12, verset dont l'importance croît dans l'enseignement du mouvement à partir des années 1920.[16]

Cette exégèse se traduit immédiatement en contrainte chiffrée. L'exigence de placer des millions d'exemplaires avant le 5 novembre, l'écoulement de la totalité du stock en trente et un jours, la commande recommandée de cinquante brochures et cinq livres par proclamateur constituent la forme mesurable que prend la conviction du temps réduit.[17] La brièveté du délai avant Harmaguédon, présentée dans les publications de la seconde moitié des années 1930 comme une affaire de quelques mois, justifie seule un rythme qui serait autrement sans objet.[18] La logique est circulaire et efficace : parce que le temps manque, il faut distribuer davantage ; parce qu'on distribue davantage, la prophétie s'accomplit.

Ambassadeurs d'un gouvernement étranger et épreuve d'intégrité

La qualification des proclamateurs comme ambassadeurs de Jéhovah dans la terre, reprise dans l'adresse « Aux ambassadeurs théocratiques » qui ouvre l'édition de l'auteur du livre Religion, n'est pas un ornement rhétorique mais une définition de statut juridique et théologique.[19] Elle repose sur 2 Corinthiens 5:20 et sur une lecture qui fait du Royaume établi dans les cieux une puissance souveraine étrangère au monde présent : dès 1921, les étudiants de la Bible se reconnaissent ambassadeurs du royaume messianique institué à la clôture des temps des Gentils en 1914, et The Watch Tower rappelle au colporteur qu'il ne sollicite pas comme un agent de périodique mais comme « ambassadeur du Roi des rois et Seigneur des seigneurs ».[20] Rutherford applique en 1938 la même qualification à lui-même, se disant fait « ambassadeur pour porter au monde le message divin de réconciliation ».[note 3][21]

La conséquence de ce statut est un déplacement de l'allégeance hors des institutions nationales. Un ambassadeur ne doit rien aux emblèmes du pays où il réside : la position sur le salut au drapeau, exposée dès le 3 juin 1935 par Rutherford et développée dans la brochure Loyalty, découle de cette conception du représentant d'une puissance étrangère plutôt que d'un scrupule isolé.[22]

Le maintien de l'intégrité face à l'opposition, présenté comme la condition de l'exercice de cette mission, en constitue l'épreuve probatoire. Le contexte de 1940 lui donne une portée concrète : l'arrêt Minersville School District v. Gobitis du 3 juin 1940, rendu par huit voix contre une, a validé l'exclusion scolaire des enfants refusant le salut au drapeau et a été suivi d'une vague de violences collectives, à tel point que le procureur général adjoint Francis Biddle déclarait le 16 juin 1940, lors d'une émission radiophonique nationale, que les Témoins de Jéhovah avaient été à maintes reprises agressés et battus.[23] Demander en septembre 1940 de porter haut la bannière du Seigneur face à une opposition croissante revient donc à qualifier ces agressions d'épreuve de fidélité plutôt que de motif de prudence.[24]

L'architecture doctrinale se referme ici sur elle-même. Le dualisme posé au départ rend toute hostilité rencontrée prévisible, et donc confirmative : si le monde appartient à l'organisation adverse, l'hostilité du monde vérifie l'appartenance au camp opposé. Le sociologue Régis Dericquebourg a analysé cette fonction de cohésion que remplit l'ennemi extérieur dans les groupes religieux minoritaires, la persécution renforçant l'adhésion au lieu de l'éroder.[25] Bryan Wilson classait pour sa part les Témoins de Jéhovah parmi les sectes de rejet du monde, catégorie où l'opposition de la société ambiante confirme le diagnostic porté sur elle plutôt qu'elle ne l'infirme.[26] La progression du service de pionnier — 3 735 inscrits aux États-Unis à la mise sous presse, après un millier atteint en Angleterre — au moment même où se multiplient arrestations et agressions, est mobilisée dans cette logique comme indice que l'épreuve produit l'effet escompté.[27]

  1. ↑ Titre original anglais : Religion is a Snare and a Racket.
  2. ↑ Titre original anglais : A Call to Action.
  3. ↑ Texte original anglais : « The Lord has graciously made me his ambassador to bear the divine message of reconciliation to the world. »

Organisation et histoire

Une campagne éclair pilotée depuis Brooklyn

Au sortir de la convention théocratique de Détroit, tenue du 24 au 28 juillet 1940, Rutherford fait imprimer sous forme de brochure les deux discours prononcés le samedi et le dimanche, sous le titre Conspiracy Against Democracy, dont la sortie est fixée au 1er octobre.[28] Le délai est de deux mois entre la tribune et l'imprimé, et il n'a rien d'accidentel : la Société dispose depuis 1927 de sa propre installation d'imprimerie, un immeuble de huit étages construit à cet effet au 117 Adams Street à Brooklyn, ce qui la dispense entièrement de tout prestataire extérieur et de ses délais.[29] La mention selon laquelle la fabrique travaille jour et nuit pour honorer les commandes n'est donc pas une formule d'encouragement mais la description d'un outil industriel dont le rythme est directement commandé par la décision présidentielle.[30] La même capacité avait déjà permis, en juillet 1940, la parution de Judge Rutherford Uncovers Fifth Column, réponse à un questionnaire du journaliste Malcolm Logan du New York Post.[31]

Cette maîtrise du support autorise un mode de commandement inhabituel pour une organisation religieuse : le sommet fixe simultanément le contenu à diffuser, le volume à écouler et le délai pour le faire. Cinquante brochures et cinq livres Religion par proclamateur, des millions d'exemplaires à placer avant le 5 novembre, l'ensemble en trente et un jours — l'activité locale est entièrement paramétrée depuis Brooklyn, sans marge d'appréciation laissée aux compagnies.[32] Le chaînon matériel de ce dispositif est le stockiste de compagnie, invité à anticiper les besoins, relais local d'une fonction qui subsistera durablement sous l'appellation de serviteur à la littérature, chargé d'agréger les demandes individuelles dans la commande mensuelle de la congrégation et d'inventorier le stock.[33] Le bon de commande joint à chaque exemplaire de l'Informant ferme le circuit : la consigne, le quota et le formulaire d'approvisionnement arrivent ensemble, dans le même envoi.[34] Le sociologue James Beckford a décrit cette imbrication comme la marque d'une structure « totalisante », où l'uniformité exigée des pratiques locales procède moins de la persuasion que de l'organisation matérielle des tâches.[35]

Exercice fiscal, période de témoignage et échéance électorale

L'ouverture de la période « Défi » est explicitement présentée comme celle du nouvel exercice de la Société, septembre clôturant l'année écoulée.[36] Cette année de service, courant du 1er septembre au 31 août, reste à ce jour la période de référence des rapports d'activité de l'organisation.[37] Sa superposition avec le découpage en périodes de témoignage produit une temporalité propre, où le mois n'est ni un mois civil ni un mois liturgique mais une unité comptable et militante à la fois : le nom donné au mois, les quotas à atteindre et la clôture des livres relèvent d'un seul et même calendrier.

Cette temporalité interne vient à son tour se caler sur une échéance externe. La date butoir du 5 novembre pour écouler les brochures n'est pas choisie au hasard : c'est le jour de l'élection présidentielle américaine, à l'issue de laquelle Franklin D. Roosevelt obtient un troisième mandat face au républicain Wendell L. Willkie, avec 54,7 % des voix et 449 grands électeurs.[38] Une campagne portant le titre Conspiracy Against Democracy devait donc être achevée le jour même où les Américains votaient, dans un scrutin dominé par la rupture du précédent des deux mandats et par le rapport des États-Unis à la guerre européenne.[39] Le calendrier de la campagne est ainsi construit sur celui de l'adversaire désigné, la brochure venant délivrer son diagnostic sur la « démocratie » au moment précis où celle-ci s'exerce. La ligne défendue n'est cependant favorable à aucun camp : les gouvernements humains, y compris ceux réputés démocratiques, y sont tenus pour défaillants, le Royaume de Dieu étant présenté comme l'unique remède.[40]

Une tarification encadrée au centime près

Le barème imposé aux proclamateurs est détaillé jusqu'au cas particulier : vingt-cinq cents pour la brochure accompagnée du livre Religion, dix cents pour la combinaison de trois brochures — Refugees, Judge Rutherford Uncovers Fifth Column et Conspiracy Against Democracy —, gratuité lorsque la personne promet de lire sans pouvoir contribuer.[41] Rien n'est laissé à l'appréciation du visiteur, ni le montant, ni les combinaisons de titres, ni les conditions de la remise gratuite. Cette codification centralisée d'une transaction de quelques centimes tient à ce qu'elle engage la qualification juridique de l'activité : selon que la remise d'un imprimé contre monnaie est une vente ou une contribution, elle relève ou non des ordonnances municipales sur le colportage que des centaines de localités opposent alors aux Témoins de Jéhovah. La distinction n'est pas anecdotique — l'organisation continuera de la défendre devant les juridictions américaines pendant un demi-siècle, jusqu'à ce que la Cour suprême juge le 17 janvier 1990 que les ventes de littérature religieuse sont imposables, décision après laquelle les prix suggérés sont supprimés.[42] La terminologie de la contribution, en 1940, prolonge et corrige celle du colportage, désignation officielle des distributeurs de la Société jusqu'en 1931.[43] C'est d'ailleurs la distribution du livre Enemies qui a donné lieu à l'arrêt Cantwell v. Connecticut rendu en 1940, par lequel le libre exercice du culte est protégé contre l'ingérence de tous les échelons de gouvernement.[44]

Fabriquer le ministre à plein temps

Le chiffre de 3 735 proclamateurs inscrits au service de pionnier aux États-Unis au moment de la mise sous presse, rapproché du seuil de 1 000 pionniers atteint en Angleterre, constitue à lui seul une opération institutionnelle : la croissance est convertie en statistique, et la statistique en comparaison entre filiales nationales, avec l'espoir affiché que les États-Unis dépassent largement le chiffre britannique.[45] L'appellation même de pionnier est récente à cette date, les colporteurs à plein temps ayant été ainsi renommés en 1931, et le corps des pionniers spéciaux entretenus par la Société n'existe que depuis 1937.[46]

La source de ce recrutement est nommément désignée : la convention de Détroit et ses conventions annexes, où un nombre significatif d'engagements ont été souscrits, les candidatures continuant d'affluer ensuite.[47] Le procédé est éprouvé — à l'assemblée de Seattle de 1938, un discours de Rutherford entièrement consacré au service de pionnier avait décidé des assistants à s'y engager sur place.[48] L'assemblée ne fonctionne donc pas seulement comme rassemblement doctrinal mais comme dispositif d'enrôlement dans le ministère à plein temps.

Le troisième terme du dispositif est financier. Les pionniers dont la carte d'identification de convention ne portait pas le montant souhaité sont invités à le préciser sur leur rapport mensuel de septembre, en indiquant la ville de convention fréquentée, dans la limite de vingt-cinq dollars.[49] Le remboursement transite ainsi par le formulaire de rapport d'activité : l'instrument du contrôle statistique devient l'instrument du versement, si bien que la demande d'indemnité et la déclaration d'heures de prédication empruntent le même canal. Recrutés en assemblée, comptés dans des tableaux nationaux, indemnisés sur procédure plafonnée, les pionniers forment un corps de militants à plein temps dépendant de la Société — ce que Max Weber aurait rangé parmi les « virtuoses religieux », mais dont la particularité est ici d'être administrés comme un effectif.

L'ambassadeur théocratique : standardiser le membre

L'uniformisation ne porte pas seulement sur les textes diffusés mais sur les outils : chaque compagnie doit vérifier ses besoins en phonographes et s'assurer que chacun de ses membres dispose du disque « Message d'Espoir ».[50] Le parc est alors considérable, la Société ayant mis en circulation plusieurs dizaines de milliers de machines portatives et des centaines de milliers de disques depuis 1934.[51] Le phonographe accomplit pour la parole ce que la fabrique de Brooklyn accomplit pour l'écrit : le message délivré au seuil des portes est rigoureusement identique d'un membre à l'autre, l'écart individuel étant techniquement éliminé.

À cette standardisation des moyens répond une définition du membre venue également d'en haut. La lettre présidentielle « Aux ambassadeurs théocratiques », insérée dans l'édition de l'auteur de Religion, est citée comme source d'encouragement, ce qui fait de la correspondance personnelle de Rutherford un instrument de mobilisation autant qu'un marqueur de son autorité.[52] Le vocabulaire qu'elle mobilise n'est pas neuf : dès 1921, les étudiants de la Bible se reconnaissent ambassadeurs du royaume messianique, et le colporteur est présenté comme « ambassadeur du Roi des rois et Seigneur des seigneurs », Rutherford s'appliquant à lui-même cette qualification en 1938.[53] Son fondement est 2 Corinthiens 5:20, dont la lecture retenue fait des disciples des envoyés auprès de nations étrangères à Jéhovah.[54] Désigner les proclamateurs comme « ambassadeurs de Jéhovah dans la terre » n'est donc pas un ornement de style : c'est leur assigner le statut de représentants d'un gouvernement étranger, avec les conséquences que cela emporte sur l'allégeance due aux institutions nationales — point de tension maximale aux États-Unis à l'automne 1940.[55]

L'opposition annoncée comme ressort de mobilisation

Les proclamateurs sont appelés à maintenir leur intégrité face à une opposition croissante, formulation dont le contexte immédiat est parfaitement identifiable.[56] Le 3 juin 1940, la Cour suprême a validé par huit voix contre une, dans Minersville School District v. Gobitis, l'exclusion scolaire d'enfants refusant le salut au drapeau ; l'historien Shawn Francis Peters recense 236 épisodes de violence collective contre les Témoins pour la seule année 1940, reconstitués à partir de témoignages directs, d'archives de l'American Civil Liberties Union et de mémoires juridiques.[57] Peters analyse la convergence de trois facteurs : la paranoïa nationaliste liée à la guerre, la transformation de la défiance en violence physique, et un préjugé religieux explicite ; le refus du salut au drapeau et du service armé y est perçu comme une trahison, marquant les Témoins comme lâches au mieux, subversifs au service de l'Allemagne au pire.[58] Les agressions se sont concentrées à Richwood en Virginie-Occidentale et à Litchfield dans l'Illinois, avec pillage et dégradation de lieux de réunion.[59]

L'annonce d'une opposition croissante intervient donc trois mois après ces événements, et deux mois après une convention tenue dans ce climat. Le traitement qui en est fait mérite attention : l'hostilité n'est pas présentée comme un risque à réduire ni comme un obstacle à contourner, mais intégrée au discours de lancement comme la confirmation attendue de la justesse du message. Le sociologue Régis Dericquebourg a montré que cette conversion de l'hostilité extérieure en ressource interne renforce la cohésion du groupe en objectivant la frontière qui le sépare du monde.[60] La brochure lancée dans ces conditions retourne d'ailleurs l'accusation portée contre les Témoins : accusés d'agir comme agents nazis, ils désignent à leur tour dans leurs publications de juillet 1940 une « cinquième colonne » organisée selon eux par l'Action catholique.[61]

Contenu

La période de témoignage « Défi » et la nouvelle brochure

La période de témoignage baptisée « Défi »[62] ouvre le nouvel exercice fiscal de la Société ; le mois de septembre clôt quant à lui l'année écoulée. Les proclamateurs sont présentés comme les ambassadeurs de Jéhovah dans la terre, appelés à maintenir leur intégrité et à porter haut la bannière du Seigneur face à une opposition croissante. Cette poussée courageuse du message théocratique est décrite comme l'expression visible du défi prophétique de Jéhovah à l'organisation ennemie, tel qu'il est annoncé en Joël 3:9-11.[63]

À l'issue de la convention théocratique de Détroit, Rutherford fait immédiatement préparer une nouvelle brochure intitulée Conspiracy Against Democracy, qui rassemble les deux discours du samedi et du dimanche de la convention.[64] Sa distribution officielle doit débuter le 1er octobre, au début de la période de témoignage « Défi ». Elle est proposée conjointement avec le livre Religion pour une contribution de 25 cents ; en cas d'impossibilité financière du visité, une combinaison de trois brochures — Refugees, Judge Rutherford Uncovers Fifth Column et Conspiracy Against Democracy — peut être offerte pour dix cents, voire gratuitement si la personne promet de lire et ne peut rien contribuer.[65]

L'urgence de la diffusion est soulignée avec insistance : des millions d'exemplaires de cette brochure doivent être remis au public avant le 5 novembre. Il est recommandé de commander en moyenne cinquante exemplaires par proclamateur dans chaque compagnie, ainsi que cinq exemplaires du livre Religion par proclamateur, l'ensemble devant être distribué dans les trente et un jours d'octobre.[66] Un effort particulier est demandé au stockiste de chaque compagnie pour anticiper les commandes, la fabrique travaillant jour et nuit pour répondre à la demande. « Faites de la période de témoignage "Défi" un mois dont on se souviendra dans le témoignage contre l'organisation du Diable et pour la Théocratie ».[67]

La lettre personnelle de Rutherford « Aux ambassadeurs théocratiques », figurant dans l'édition de l'auteur de Religion, est citée comme source d'encouragement : « votre mission est d'aider les gens de bonne volonté à voir que la religion est leur ennemi mortel, et que le christianisme est leur voie de salut ».[68] Les proclamateurs sont invités à commander leurs exemplaires via le bon de commande joint à chaque Informant, à vérifier les besoins en phonographes et à s'assurer que chaque membre de la compagnie dispose du disque « Message d'Espoir ».[69]

Les pionniers : bientôt 4 000 inscrits

Le service de pionnier connaît une progression notable : au moment de la mise sous presse de ce numéro, 3 735 proclamateurs sont inscrits dans le service de pionnier aux États-Unis.[70] Un nombre significatif de nouveaux pionniers se sont engagés lors de la convention théocratique de Détroit et dans les conventions annexes, et d'autres candidatures continuent d'affluer. La Société indique que l'Angleterre a atteint le seuil de 1 000 pionniers inscrits et exprime l'espoir que les États-Unis dépassent largement ce chiffre.[71]

Des précisions sont apportées concernant l'indemnité de convention : les pionniers ayant transmis leur carte d'identification de convention sans y mentionner le montant souhaité sont invités à préciser cela sur leur rapport de septembre, en indiquant la ville de convention fréquentée et le montant demandé, dans la limite de 25 dollars.[72]

Nouvelle série d'enregistrements et études modèles

La nouvelle série d'enregistrements, comprenant « Religion » (discours du dimanche à Détroit) et « The End » (discours du samedi), est présentée comme « les deux plus grands enregistrements que nous ayons jamais eus à ce jour » pour leur clarté, leur force et la puissance de leur contenu.[73] La Providence divine est invoquée pour expliquer les circonstances de leur enregistrement, notamment la maladie de Rutherford et l'opposition rencontrée, qui auraient normalement dû empêcher la préparation et la prononciation de tels discours, mais qui, au contraire, en auraient renforcé l'importance dans le dessein de Jéhovah.[74]

Il est conseillé de faire entendre ces enregistrements en priorité aux signataires de la pétition adressée au gouverneur de l'Ohio et à toutes les personnes de bonne volonté figurant dans les fichiers des compagnies. Lors de la présentation initiale, chaque discours doit être joué en intégralité, sans le fragmenter en études modèles ; ces dernières peuvent se poursuivre avec la série précédente, tandis que la nouvelle série est réservée aux visites de rappel et aux réunions publiques.[75]

L'enregistrement d'introduction intitulé « Message d'Espoir » (disques P-229, P-230) est décrit comme particulièrement convaincant et adapté à la présentation sur le pas de la porte ou à l'introduction de la littérature dans les foyers. L'objectif fixé est d'atteindre au moins 60 000 études modèles par semaine à l'échelle nationale, ce qui correspond à une seule étude modèle par proclamateur en moyenne ; « c'est faisable, et si chacun prend conscience de sa responsabilité envers la Théocratie, il fera tout son possible pour atteindre ce quota ».[76]

« Conspiration contre la démocratie » — nouvelle brochure

La brochure Conspiracy Against Democracy est présentée comme une réponse à l'attente des nombreuses personnes qui avaient reçu l'invitation à la convention théocratique sans pouvoir y assister et souhaitaient lire les discours de Rutherford.[77] Elle contient le texte intégral de l'allocution publique « La Religion comme remède mondial » ainsi que le discours du samedi « Les temps et les saisons », incluant le « Message d'Espoir ». La brochure attire l'attention sur « le douloureux constat que la démocratie dans les derniers bastions de ce système de gouvernement est soumise à de violentes attaques », au motif que la proclamation du Gouvernement théocratique se poursuit avec un succès croissant dans les pays démocratiques.[78] La couverture de la brochure représente les symboles des deux grandes démocraties subsistantes — la tour de l'Independence Hall avec le drapeau américain en arrière-plan, et la tour de l'horloge du Parlement de Londres sur fond d'Union Jack.[79]

Une modification organisationnelle importante est également annoncée : à l'avenir, lInformant ne sera plus envoyé aux compagnies en nombre, mais seulement en quelques exemplaires à l'usage du serviteur de compagnie et de ses assistants lors des réunions de service. « L'Informant ne sera PAS envoyé aux individus sur demande »; pour obtenir les informations qu'il contient, il faudra s'associer aux compagnies constituées et assister aux réunions de service où lInformant sera lu et commenté. Les pionniers continueront bien entendu à le recevoir.[80]

Le mois de la « présentation sur le pas de la porte »

Le calendrier de 1940 désigne septembre comme le mois dédié à la méthode de présentation sur le pas de la porte (doorstep setup), à pratiquer avec persévérance et courage. Cette désignation s'appuie sur Joël 2:9, verset interprété comme une prophétie annonçant l'assaut des « sauterelles » allant de maison en maison.[81] Le livre Religion est cité pour son commentaire de ce passage : les serviteurs fidèles de Dieu vont de maison en maison, n'omettant aucune demeure, pas même celles de la Hiérarchie catholique romaine, pour y témoigner du Royaume ; de même, le phonographe placé devant les portes et les fenêtres « envoie le message du Royaume jusque dans les maisons, dans les oreilles de ceux qui voudraient l'entendre ».[82]

La méthode est décrite comme plus efficace que la radio, dont l'usage par les Témoins de Jéhovah n'est plus que ponctuel ; « les machines sonores sont désormais encore plus efficaces que la radio, et les résultats bien plus importants ».[83] La persistance dans l'utilisation du phonographe sur le pas de la porte est présentée comme le moyen d'augmenter le nombre d'assistants à l'écoute, de favoriser le placement de littérature, d'accroître les visites de rappel et les études modèles. L'introduction à la convention théocratique d'un nouveau modèle de phonographe vertical, spécialement conçu pour cette méthode, est citée en preuve de l'approbation divine.[84]

Rapport de septembre et rapport de juillet

Le rapport du mois de septembre doit parvenir au bureau de Brooklyn au plus tard le 1er ou 2 octobre ; les proclamateurs sont invités à remettre leurs rapports individuels à leurs serviteurs avant le dimanche 29 septembre, et les serviteurs de compagnie à expédier le rapport consolidé avant vingt-deux heures ce même soir. Les compagnies situées à l'ouest des Rocheuses sont priées d'envoyer leurs rapports par courrier aérien.[85]

Le rapport de juillet, mois de convention, fait état de 1 480 528 pièces de littérature distribuées, dont la majeure partie est attribuée à la nouvelle brochure Judge Rutherford Uncovers Fifth Column, lancée le 13 juillet.[86] Au total, 52 705 proclamateurs ont déclaré plus d'un million d'heures d'activité, en incluant les déplacements vers et depuis les conventions. Les visites de rappel sont jugées insuffisantes. L'objectif est d'atteindre 60 000 proclamateurs avant la fin de l'année.[87]

Un tableau comparatif des rapports de terrain des proclamateurs de compagnie, couvrant les mois d'octobre à juillet sur deux exercices consécutifs, illustre la progression du nombre de proclamateurs, des heures moyennes et des visites de rappel. Les données montrent une augmentation globale du nombre de proclamateurs — passant par exemple de 24 048 en octobre de l'année précédente à 44 436 pour la même période de l'année en cours — ainsi qu'une légère hausse des heures moyennes et des visites de rappel sur plusieurs mois.[88]

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Illustrations du numéro

Références


  1. ↑ Informant de septembre 1940, p. 1
  2. ↑ Informant de septembre 1940, p. 2
  3. ↑ Informant de septembre 1940, p. 1
  4. ↑ The Watch Tower, 1er mars 1925, exposé sur les deux organisations.
  5. ↑ Informant de septembre 1940, p. 1
  6. ↑ Sur la séparation opérée par Rutherford entre religion et christianisme à partir de 1936Religion is a Snare and a Racket, discours de 1939.
  7. ↑ Religion is a Snare and a Racket, discours de J. F. Rutherford, 1939.
  8. ↑ Informant de septembre 1940, p. 1
  9. ↑ Informant de septembre 1940, p. 1
  10. ↑ Joel 3:9, King James Version, consulté le 23 septembre 2026.
  11. ↑ Joel 3 Commentary: Judgment in the Valley of Decision, Enduring Word, consulté le 23 septembre 2026.
  12. ↑ Informant de septembre 1940, p. 1
  13. ↑ Informant de mars 1940, p. 1 ; Informant de juillet 1940, p. 1.
  14. ↑ Index des publications Watch Tower 1930-1985, entrée « Valley of Jehoshaphat (Joel 3:12) », consulté le 23 septembre 2026 ; Armageddon, Wikipédia en anglais, consulté le 23 septembre 2026.
  15. ↑ Advertise the King and the Kingdom! (1919-1941), Watchtower Online Library, consulté le 23 septembre 2026.
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