Informant de mars 1940
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| Informant de mars 1940 | |
|---|---|
| Revue | Informant |
| Date | 1940 |
| Année | 1940 |
| Éditeur | Watch Tower Bible and Tract Society |
La mobilisation mondiale de l'organisation autour de la campagne du « Siège de bataille » constitue le fil directeur de ce numéro : un objectif de 100 000 proclamateurs actifs dans le monde est fixé pour la fin du printemps 1940, adossé à la distribution de dix millions d'exemplaires de la brochure Réfugiés et à une campagne d'abonnements à La Tour de Garde s'étendant d'avril à juin.[1]
Le développement des circuits réguliers de distribution des magazines occupe une place centrale, avec des instructions détaillées sur l'organisation territoriale, les techniques de présence aux carrefours et les outils matériels mis à disposition des proclamateurs — jusqu'aux sacs à magazines imprimés en deux couleurs.[2] L'ensemble de ces directives s'inscrit dans un effort de rationalisation du service de terrain, où chaque proclamateur irrégulier est nommément compté dans le déficit statistique à combler.[3]
Analyse
Croyances
La Théocratie, cadre légitimant de l'activité
La campagne de printemps 1940 est justifiée par un motif théologique unique, énoncé dès son annonce : la « vindication du nom de Jéhovah » par l'intermédiaire de son gouvernement théocratique.[4] Cette finalité n'est pas propre à ce numéro — elle structure la pensée de Rutherford depuis la trilogie Vindication de 1931-1932 et l'insistance sur la restauration du nom divin —, mais son emploi ici est remarquable par sa fonction : elle sert à fonder une opération de diffusion chiffrée, c'est-à-dire qu'une controverse cosmique sur la souveraineté divine devient le motif immédiat d'un quota de brochures. Le même argument est confié au conducteur du Mémorial, autorisé à rappeler à l'assemblée le privilège des oints et de leurs compagnons dans cette vindication avant d'enchaîner sur l'invitation à participer à la période de témoignage.[5]
La traduction institutionnelle de cette finalité est la Théocratie, notion que la Société définit alors comme « forme de gouvernement par Dieu », mot absent du texte biblique mais appliqué au gouvernement de l'Israël antique, et dont l'obéissance pleine est posée comme condition préalable à la vie éternelle.[6] Le vocabulaire de ce numéro en donne une application dense : la brochure Réfugiés doit aider les personnes de bonne volonté à se rallier au gouvernement théocratique, La Tour de Garde « explique le gouvernement théocratique » selon l'accroche imprimée sur les sacs à magazines, les fidèles sont des « proclamateurs de la Théocratie » dans l'adresse de la lettre de Rutherford du 20 janvier, et les congrégations sont qualifiées d'« unités du Gouvernement Théocratique sur terre » convoquées pour le Mémorial.[7] Le glissement est continu : un gouvernement divin auquel il faut se rallier, puis une organisation terrestre qui en est l'unité locale, la seconde héritant de l'autorité du premier. La reconnaissance formelle de ce statut avait été posée un an plus tôt, La Tour de Garde du 15 avril 1939 désignant l'organisation visible comme « canal ou instrument par lequel Jéhovah et Christ Jésus donnent instruction ».[8]
Religion dénoncée et chrétienté rejetée
L'accroche que les proclamateurs aux carrefours sont invités à lancer à voix haute — « Dénonce l'escroquerie religieuse » — n'est pas une formule d'occasion mais la reprise d'un slogan devenu emblématique du mouvement, « La religion est un piège et une escroquerie », porté sur des pancartes lors des marches d'information, y compris à l'assemblée de Manille des 21 et 22 mars 1940, quelques jours avant le lancement de cette campagne.[9] La publication elle-même invoque explicitement l'analogie : de même que le passant le plus blasé finit par prendre un exemplaire face à plusieurs proclamateurs successifs, les carrefours doivent être saturés.[10] Le port de ces pancartes était pourtant reconnu comme difficile par beaucoup, et traité comme une épreuve de loyauté.[11] Ce qui se joue ici est le durcissement de l'opposition rutherfordienne entre « religion » et christianisme véritable, formulée dès 1936 et qui reçoit en 1940 une exposition systématique dans le livre Religion.[12] Que l'objectif fixé aux études modèles soit de poser comme base doctrinale, au même rang que la relation au Créateur, « la nécessité de se détourner de la religion » montre que cette polémique n'est pas périphérique : elle est un préalable d'instruction.[13]
Cette démolition produit une catégorie de population disponible. Les membres de la chrétienté, dont l'organisation est déclarée rejetée par Dieu, sont désignés comme des « veuves » et des « orphelins » spirituels, égarés par de faux bergers et ignorant la provision divine de salut, l'argument s'appuyant sur Isaïe 61:1-3 et sur la thématique de la religion pure de Jacques 1:27.[14] Le passage est habituellement lu comme un appel à la charité envers les plus démunis ; il est ici retourné en mandat de prosélytisme, la visite due aux orphelins et aux veuves devenant la visite de rappel due aux personnes ayant accepté une publication. La conséquence logique est la figure du « réfugié », titre de la brochure qui sert d'arme principale à la campagne : une fois toute alternative religieuse disqualifiée, il ne reste qu'un abri. C'est très exactement l'argumentation que Refugees développe la même année en appliquant les villes de refuge de Nombres 35:9-12 à l'organisation théocratique, hors des limites de laquelle il n'y aurait pas de survie.
Les « réfugiés » censés affluer vers l'organisation relèvent de la catégorie des personnes de bonne volonté, assimilée depuis l'assemblée de Washington du 3 juin 1935 à la grande foule terrestre d'Apocalypse 7:9-17. La mécanique de recrutement repose ici sur une prévision quantifiée : de 73 469 proclamateurs déclarés dans le monde en octobre, l'objectif passe à 100 000 à la fin de la campagne, l'afflux attendu des réfugiés devant fournir la différence.[15] Une catégorie eschatologique est ainsi convertie en prévision de croissance d'effectifs.
Le tri eschatologique par la réception du message
Le contenu du message à porter lors des visites de rappel est un « changement complet entre la domination mauvaise et la justice », formule qui condense l'attente d'un renversement imminent des gouvernements humains au profit du gouvernement divin.[16] Ce qui distingue l'argumentation de ce numéro est la conséquence qu'elle tire de cette urgence pour le sort individuel : placer la littérature ne suffit pas, parce que beaucoup l'acceptent par bon marché ou pour apaiser leur conscience sans comprendre que ces livres contiennent une information dont dépend leur salut ou leur destruction.[17] Le raisonnement fait de l'imprimé placé l'instrument même du jugement : ce n'est plus la conduite du destinataire qui est évaluée, mais sa réponse au document déposé chez lui. Toute visite de rappel prend alors un enjeu absolu, ce qui fournit l'argument d'urgence destiné à faire accepter le nouveau quota de douze visites par mois.
Guerre spirituelle et sacralisation de l'imprimé
Les périodes de témoignage encadrant la campagne portent les noms de « Siège de bataille » en avril et d'« armée de criquets » en juin.[18] Ces désignations ne sont pas des métaphores publicitaires : sous Rutherford, les Témoins de Jéhovah sont identifiés aux criquets et aux insectes de la prophétie de Joël, interprétation appliquée à leur propre activité de prédication et que l'organisation a depuis abandonnée au profit d'une lecture historique rapportée à l'armée babylonienne.[19] Les criquets d'Apocalypse 9 étaient pareillement rapportés au reste oint tourmentant le clergé.[20] Nommer ainsi trois mois de porte-à-porte revient à faire de chaque proclamateur un combattant d'un fléau prophétique en cours d'accomplissement.
La littérature reçoit dans ce cadre le statut d'armement. La brochure Réfugiés est présentée comme la principale « arme de guerre » de la période, et La Tour de Garde comme « la publication la plus importante » remise par le Seigneur.[21] Cette qualification est cohérente avec les affirmations de la Société à la même époque : l'Annuaire de 1939 pose que le Seigneur a clairement montré employer La Tour de Garde pour communiquer avec son peuple sur la terre, et interrogé sous serment en 1940 sur l'identité du rédacteur en chef du périodique, Frederick William Franz répond « Jéhovah Dieu ».[22] La conséquence pratique est visible dans la structure même de l'offre de printemps : un dollar donne accès à l'abonnement, à un livre relié et à la brochure, c'est-à-dire que la valeur salvifique attribuée à l'imprimé justifie de mesurer la fidélité des fidèles au nombre d'exemplaires écoulés — un million de livres et douze millions de brochures.[23]
De la consécration à l'obligation de rendement
L'argument central de la lettre de Rutherford du 20 janvier, citée pour justifier l'objectif de 52 495 rapports en mars, ferme le dispositif : quiconque est consacré à Jéhovah et apprécie la Théocratie doit être proclamateur actif, l'inaction traduisant un manque d'appréciation et une défaillance aux obligations contractées.[24] La démonstration s'appuie sur un constat arithmétique — 73 156 associés aux États-Unis, dont 36 828 seulement actifs dans le service de terrain, soit moins de la moitié — qui transforme un écart statistique en déficit spirituel collectif, chaque congrégation étant invitée à mesurer sa part de responsabilité dans ce manque.[25] Un vœu religieux intérieur, la consécration, devient ainsi vérifiable par la carte-rapport mensuelle.
Ce mécanisme a été analysé par la sociologie des religions comme un trait des mouvements à forte intensité d'engagement : Bryan R. Wilson observe que les Témoins de Jéhovah imposent des tests de mérite à ceux qui souhaitent en faire partie, appliquent des procédures disciplinaires strictes et exigent un engagement absolu, et que la conversion y est portée par un prosélytisme visant à rassembler le plus grand nombre.[26][27] Les instructions de ce numéro en fournissent l'illustration matérielle : quotas de soixante heures et douze visites de rappel, plan budgétaire hebdomadaire d'un couple de proclamateurs cité en exemple, substitution immédiate d'un proclamateur zélé à tout distributeur de magazines devenu négligent, et rappel à l'ordre des pionniers qui ne rendent pas compte de leur travail à la congrégation.[28]
Le Mémorial, temps fort de campagne et opérateur de distinction
Le Mémorial de la mort du Christ, unique rite annuel du mouvement, est fixé au samedi 23 mars 1940 après 18 heures, conformément à la règle de l'observance à la date correspondant au 14 Nisan.[29][30] Son traitement dans ces instructions est doublement instrumental. D'une part, la commémoration est intégrée au dispositif de recrutement : toutes les personnes de bonne volonté du territoire doivent y être invitées, les congrégations dont les fichiers de visites de rappel sont à jour sont invitées à les notifier par carte postale, et le conducteur est autorisé à enchaîner sur les informations de service et l'appel à participer à la période de témoignage.[31] La célébration devient le point d'entrée d'une campagne de trois mois.
D'autre part, l'obligation faite à chaque congrégation d'indiquer sur sa carte-rapport de mars à la fois le nombre total d'assistants et le nombre de personnes ayant pris part aux emblèmes rend statistiquement visible une frontière doctrinale.[32] Depuis la redéfinition de la grande foule opérée en 1935, la consommation du pain et du vin est réservée aux oints, les compagnons assistant sans participer. Le double comptage transforme donc un rite en instrument de mesure de la stratification interne : il produit chaque année un chiffre qui distingue les deux classes d'espérance au sein d'une même salle, la présence des invités étant simultanément un indicateur de recrutement et le rappel visible qu'ils n'appartiennent pas à la catégorie qui consomme les emblèmes.
Organisation et histoire
Une campagne mondiale synchronisée : la militarisation du calendrier
La campagne printanière est construite comme une opération à trois temps : une « Période de témoignage du Siège de bataille » ouverte à la fin mars, prolongée jusqu'en juin par une « Période de témoignage de l'armée de criquets », l'ensemble couvrant avril, mai et juin 1940.[33] Le vocabulaire n'est pas décoratif : l'identification des criquets, blattes et chenilles de Joël 2:7-9 aux Témoins de Jéhovah eux-mêmes, présentés comme une armée que rien n'arrête, est déjà constituée doctrinalement sous Rutherford et sert depuis les années 1920 à qualifier les campagnes de dénonciation du clergé.[34] Une période de témoignage baptisée du nom d'une armée d'insectes dévorants transpose donc directement une exégèse en catégorie de gestion du calendrier : le nom de la campagne est à la fois un mot d'ordre logistique et une prophétie en acte. Cette continuité est nette avec Informant de février 1940, où le record de placements de livres reliés de janvier, obtenu malgré un hiver rigoureux, avait déjà été porté au crédit des « sauterelles » que rien n'arrête.
Le Mémorial du 23 mars 1940 fonctionne comme le verrou de ce dispositif. Fixé centralement à une date unique et annoncé par La Tour de Garde, il oblige toutes les congrégations et « unités du Gouvernement Théocratique sur terre » à se rassembler le même soir, et le conducteur y est autorisé à enchaîner sur les informations de service et l'invitation à la Période de témoignage du « Siège de bataille ».[35] L'autorisation faite aux proclamateurs d'inviter au Mémorial toute personne intéressée de leur territoire constitue à cette date une inflexion de politique.[36] Le comptage qui en découle — nombre total d'assistants et nombre de participants aux emblèmes portés au bas de la carte-rapport de mars, adressée à la Société et au serviteur de zone, les pionniers isolés devant désigner l'un d'entre eux pour effectuer la notation — transforme le rite le plus sacré du calendrier en point de mesure du réseau.[37]
Cette synchronisation ne tient que parce qu'existe un appareil transnational de production : l'usine tourne jour et nuit, week-ends compris, pour approvisionner l'Angleterre, l'Afrique du Sud, l'Australie, le Canada et les îles en brochures Réfugiés, dont le premier tirage est annoncé à dix millions d'exemplaires et les traductions en cours dans de nombreuses langues.[38] La référence explicite à l'Allemagne de 1932, où moins de 15 000 proclamateurs diffusaient 440 000 exemplaires de chaque numéro de L'Âge d'Or par circuits, est une mémoire organisationnelle d'avant l'interdiction nazie mobilisée comme étalon de performance : ce qu'un appareil détruit depuis 1933 a su faire devient la norme assignée à un appareil américain trois fois plus nombreux.[39]
Cette mobilisation se pense dans un environnement déclaré hostile : les circuits doivent être en expansion constante « malgré l'opposition prévisible », et le serviteur publicitaire est tenu de remplacer sans délai tout proclamateur-magazine devenu négligent.[40] L'anticipation n'est pas rhétorique. La diffusion de rue de La Tour de Garde et de Consolation devient précisément en 1940 une caractéristique régulière de l'activité[41], et c'est ce type de travail qui déclenche en Oklahoma des agressions par des foules de cent à plus de mille hommes.[42] Au moment où ces instructions sont publiées, l'affaire Cantwell v. Connecticut — arrestation d'un père et de ses deux fils prêchant avec livres, brochures et phonographe portatif dans un quartier catholique de New Haven — est pendante devant la Cour suprême, qui tranchera le 20 mai 1940.[43]
Le pilotage par les chiffres : quotas, objectifs et bilan cumulé
Toute l'activité religieuse de la campagne est convertie en objectifs quantifiés : 100 000 nouveaux abonnements à La Tour de Garde toutes langues confondues, un million de livres reliés, douze millions de brochures, avec pour les États-Unis une décomposition individuelle — soixante heures mensuelles de prédication et douze visites de rappel par proclamateur, un abonnement par proclamateur et par mois suffisant à dépasser 120 000 abonnements américains.[44] Le quota descend ainsi du chiffre mondial jusqu'à la semaine de l'individu sans rupture de logique.
Le socle de légitimation de ces objectifs est un bilan cumulatif : 309 484 991 livres et brochures diffusés dans le monde entre 1920 et le 30 septembre 1939, et plus de 500 000 livres reliés placés lors de la seule campagne de janvier qui vient de s'achever.[45] La mémoire chiffrée de la performance passée ne sert pas à commémorer mais à rendre indiscutable ce qui est exigé ensuite : puisque tant a été fait, ce qui est demandé est par définition réalisable. Cette comptabilité de longue durée est bien celle de la période, la Société affirmant en 1942 que près de 400 millions de livres et brochures avaient été distribués sous la présidence de Rutherford.[46]
La réorganisation de la diffusion des périodiques engagée le 1er février 1940 traduit le passage d'une logique de volume placé à une logique de contact récurrent mesurable. Un public visité quatre à six fois par an « oublie » de lire, et seule une desserte régulière par circuit peut le transformer en participant à des études modèles puis en membre de la congrégation ; l'horizon fixé est d'au moins 500 000 exemplaires par numéro pour les deux revues.[47] L'ambition s'inscrit dans une séquence : Consolation paraît sous ce titre depuis le 6 octobre 1937[48], et une campagne internationale d'abonnements de quatre mois avait porté en 1939 la liste d'abonnés de La Tour de Garde à 120 000.[49]
De la statistique globale au repérage des inactifs
Le basculement décisif du numéro tient en un calcul : sur 73 156 personnes associées à l'organisation aux États-Unis, 36 828 seulement sont actives dans le service de terrain, moins de la moitié, auxquelles s'ajoutent 16 172 proclamateurs irréguliers ; si tous s'activaient en mars, 52 495 rapports seraient enregistrés, et chaque congrégation est sommée d'analyser sa propre contribution à cet écart.[50] L'appareil statistique cesse ici de décrire pour prescrire : l'écart entre associés et déclarants devient une dette collective imputable localement, et le non-déclarant un objet de repérage.
Cette obligation trouve son fondement dans l'autorité personnelle de Rutherford. Sa lettre du 20 janvier, adressée « Aux proclamateurs de la Théocratie », est citée pour établir que quiconque est consacré à Jéhovah et apprécie la Théocratie doit être proclamateur actif, l'inaction traduisant un manque d'appréciation et une défaillance aux obligations contractées ; sa lettre de janvier fixe également le quota de trois visites de rappel hebdomadaires.[51] Le procédé est cohérent avec la centralisation opérée depuis les années 1930, où l'ordre est imposé du sommet vers la base et les responsables locaux élus remplacés par des nommés choisis centralement.[52] La sociologie a caractérisé cette configuration : James A. Beckford qualifie de « totalisante » une structure combinant direction assertive, objectifs étroits et spécifiques, contrôle des demandes concurrentes pesant sur le temps et l'énergie des membres et contrôle de la qualité des recrues.[53] Bryan R. Wilson relève de même l'imposition de « tests de mérite » aux candidats et l'exigence d'un engagement absolu.[54] Le rapport d'activité individuel ouvert par ce type de dispositif restera en vigueur jusqu'à sa suppression le 1er novembre 2023.[55]
Nul statut n'exempte de ce contrôle : les pionniers sont expressément rappelés à l'ordre parce que certains refusent ou négligent de rendre compte à la congrégation de l'avancement de leurs visites de rappel.[56] Le prédicateur à plein temps, sommet de l'échelle du dévouement, demeure comptable devant l'échelon local — la reddition de comptes prime le statut.
La chaîne hiérarchique et son infrastructure documentaire
Les fonctions de supervision sont réparties entre serviteur de congrégation, qui centralise les commandes de matériel, serviteur publicitaire, doté du pouvoir de substituer sans délai un proclamateur zélé à un proclamateur-magazine négligent, serviteur de zone, destinataire des cartes-rapport au même titre que la Société, et conducteur d'étude, dont le rapport complète le suivi des visites de rappel pour toute étude modèle d'un mois ou plus.[57] Le pouvoir de remplacement d'office confié au serviteur publicitaire donne à cette chaîne un caractère descendant explicite.
Elle ne fonctionne que par une infrastructure documentaire : fichiers de visites de rappel tenus à jour et consultés régulièrement, fiches d'abonnements expirés envoyées en nombre considérable par la Société, listes mensuelles de non-renouvellements, cartes-rapport, fiches transmises à un proclamateur disponible lorsqu'un territoire n'est pas assigné.[58] Le prospect n'existe organisationnellement que comme fiche, et sa disparition du fichier en l'absence d'intérêt manifeste est une opération administrative.
Le refus de la Société de communiquer aux congrégations les noms de ses abonnés à La Tour de Garde et Consolation révèle l'asymétrie du dispositif : le siège détient un fichier que les congrégations, qui le réclament régulièrement, doivent reconstituer par leurs propres moyens à partir des listes de l'année précédente et des noms collectés depuis.[59] La même asymétrie régit le recrutement : les candidatures au service de pionnier pour le printemps sont adressées au siège, qui place les volontaires, tandis que les serviteurs de congrégation ou de zone en visite doivent signaler à la Société les congrégations manquant de pionniers et le nombre requis.[60] Le siège collecte l'information et affecte les hommes sans redistribuer l'une ni déléguer l'autre. La pratique n'est pas neuve — la Société envoyait ses premiers pionniers spéciaux dès 1937, et trois cents d'entre eux diffusaient en 1939 un discours enregistré de quatre minutes trente plus d'un demi-million de fois.[61]
La standardisation des conduites : du placement massif au prosélytisme scripté
Placer la littérature ne suffit plus : beaucoup la reçoivent parce qu'elle est bon marché ou pour soulager leur conscience, et les visites de rappel comme les études modèles sont érigées en priorité, chaque proclamateur déjà engagé dans les visites devant viser une étude modèle hebdomadaire.[62] L'outillage est standardisé — phonographe, série d'enregistrements de conférences, livret d'accompagnement et livret d'étude modèle — et son usage à la porte avait été généralisé au congrès de Columbus, en Ohio, du 15 au 20 septembre 1937.[63] L'échelle est industrielle : plus de quatre-vingt-dix discours enregistrés sur cent cinquante disques et plus d'un million de disques mis en service[64], et plus de 40 000 phonographes en service en 1940.[65] Le message délivré est identique d'une porte à l'autre, indépendamment de l'aptitude oratoire du porteur.
La même rationalisation s'applique au comportement public : couverture des intersections fréquentées par tranches horaires, présence simultanée de plusieurs proclamateurs devant gares et terminaux, accroches verbales imposées — dont « Dénonce l'escroquerie religieuse » —, interdiction des longues discussions et de l'offre ouverte de livres et brochures, la mission au carrefour étant strictement la revue.[66] L'analogie avec les marches d'information n'est pas fortuite : le slogan « La religion est un piège et une escroquerie », porté sur pancartes lors de cortèges parfois longs de plusieurs kilomètres, est alors l'emblème public du mouvement, depuis le défilé londonien de près d'un millier de Témoins mené par N. H. Knorr et A. D. Schroeder en 1938[67] jusqu'à l'assemblée de Manille des 21 et 22 mars 1940, contemporaine de ces instructions, où les pancartes portent le même texte au recto.[68] Le port de ces pancartes est lui-même présenté comme une épreuve de loyauté, difficile pour beaucoup.[69]
L'extension du dispositif à toutes les catégories d'associés en constitue le terme logique : les enfants et les personnes physiquement incapables de pratiquer le porte-à-porte sont expressément encouragés à prendre en charge les circuits de magazines.[70] Aucune inaptitude ne vaut dispense ; à chaque condition physique correspond une affectation. La minorité d'âge n'est pas davantage un motif d'exemption, ce qui place des enfants en position de distributeurs identifiables dans l'espace public, au moment même où ce type d'activité expose à l'hostilité collective — l'American Civil Liberties Union recensera 1 488 agressions contre des Témoins dans plus de trois cents localités américaines entre mai et octobre 1940.[71]
L'économie matérielle du prosélytisme
Le dispositif comporte une face commerciale explicite. L'offre principale — un dollar pour douze mois d'abonnement, un livre relié au choix et la brochure Réfugiés — est étagée en offres de repli à 25 centimes, puis 10 centimes, jusqu'à la gratuité ou un centime pour les intéressés trop pauvres.[72] La tarification dégressive fonctionne comme une technique de vente : chaque refus déclenche une contre-proposition à prix réduit plutôt qu'un retrait.
Le proclamateur est lui-même en position d'acheteur avant d'être distributeur. Les sacs à magazines imprimés en deux couleurs sont vendus 15 centimes l'unité ou sept pour un dollar, le paiement devant accompagner la commande, aucun crédit n'étant accordé, et les commandes transitant obligatoirement par le serviteur de congrégation.[73] Le militant finance donc son propre équipement de propagande auprès de l'organisation qui lui en prescrit l'usage, et cette transaction passe par l'échelon hiérarchique local, qui en garde trace. Côté production, l'usine fonctionne en continu, week-ends compris, pour soutenir un tirage initial de dix millions de brochures.[74] L'ensemble dessine une économie intégrée — imprimerie, réseau de distribution non salarié, vente d'accessoires au distributeur lui-même — que la désignation strictement religieuse du mouvement laisse hors champ.
Contenu
La « Campagne de siège de bataille » commence : campagne mondiale
La campagne printanière mondiale est organisée autour d'une « période de témoignage » baptisée « Siège de bataille », dont le lancement coïncide avec le Mémorial de 1940, fixé au 28 mars.[75] La motivation théologique avancée est la « vindication du nom de Jéhovah » par l'intermédiaire de son gouvernement théocratique, et tous les oints ainsi que leurs compagnons sont invités à participer à cette mobilisation.[76]
La brochure Réfugiés[note 1], publiée sous la signature de Rutherford, est présentée comme la principale « arme de guerre » de cette période.[77] Son premier tirage est annoncé à dix millions d'exemplaires, avec des traductions en cours dans de nombreuses langues ; l'usine tourne jour et nuit, week-ends compris, pour approvisionner l'Angleterre, l'Afrique du Sud, l'Australie, le Canada et les îles.[78] La brochure est présentée comme un instrument destiné à dénoncer la religion et à aider les personnes de bonne volonté à se rallier au gouvernement théocratique.[79]
La campagne mondiale couvre trois mois, d'avril à juin 1940, encadrée par la « période de témoignage du Siège de bataille » en avril et la « période de témoignage de l'armée de criquets »[note 2] en juin.[80] En octobre précédent, lors de la période de témoignage « Théocratie », 73 469 proclamateurs étaient actifs dans le monde ; l'objectif annoncé est d'atteindre 100 000 proclamateurs d'ici à la fin de la campagne, les réfugiés étant censés affluer vers l'organisation et grossir les rangs des prédicateurs.[81]
L'offre spéciale
L'offre de prédication retenue pour la campagne repose sur La Tour de Garde[82], présentée comme « la publication la plus importante » remise par le Seigneur. Pour une contribution d'un dollar — montant habituel pour un abonnement seul à La Tour de Garde —, le public reçoit un abonnement de douze mois au magazine (vingt-quatre numéros), un livre relié au choix parmi Salut, Ennemis ou Richesses, et la brochure Réfugiés.[83] En cas de refus, l'offre de repli est un livre et un exemplaire de Réfugiés pour 25 centimes, puis trois brochures dont Réfugiés pour 10 centimes ; aux personnes réellement intéressées mais trop pauvres, Réfugiés est laissée gratuitement ou pour un centime.[84] L'offre de l'abonnement avec livre et brochure gratuits est valable dans toutes les langues dans lesquelles La Tour de Garde est publiée.[85]
Le quota mondial
Les objectifs chiffrés fixés pour les trois mois de campagne sont de 100 000 nouveaux abonnements à La Tour de Garde dans toutes les langues, un million de livres reliés et douze millions de brochures, principalement Réfugiés.[86] Pour les États-Unis, la réalisation du quota est jugée accessible si chaque proclamateur consacre soixante heures par mois à la prédication et effectue douze visites de rappel : un abonnement par proclamateur par mois suffirait à dépasser les 120 000 nouveaux abonnements américains à lui seul.[87]
Pourquoi pas 52 495 proclamateurs en mars ?
Un examen des statistiques américaines révèle que 73 156 personnes sont associées à l'organisation, dont seulement 36 828 sont actives dans le service de terrain — moins de cinquante pour cent des associés —, auxquelles s'ajoutent 16 172 proclamateurs irréguliers.[88] Le pic des trois derniers mois s'établit à 46 807 proclamateurs ayant prêché au moins une fois. La lettre de Rutherford du 20 janvier, adressée « Aux proclamateurs de la Théocratie », est citée pour souligner que quiconque est consacré à Jéhovah et apprécie la Théocratie doit être un proclamateur actif, et que l'inaction traduit un manque d'appréciation et une défaillance aux obligations contractées.[89] Si tous les proclamateurs réguliers et irréguliers s'activaient en mars, 52 495 rapports seraient enregistrés en un mois ; chaque congrégation est invitée à analyser sa propre contribution à ce déficit et à réduire l'écart.[90]
La campagne de la Tour de Garde accélère le développement des circuits de distribution
À compter du 1er février 1940, la diffusion élargie de La Tour de Garde et de Consolation engage les Témoins de Jéhovah et leurs compagnons dans ce qui est décrit comme « la campagne la plus ambitieuse dans laquelle ils ont jamais eu le privilège de participer ».[91] Cette distribution doit s'articuler avec la campagne mondiale de trois mois pour de nouveaux abonnements à La Tour de Garde, débutant le 23 mars.[92] Entre 1920 et le 30 septembre 1939, 309 484 991 livres et brochures ont été diffusés dans le monde ; lors de la campagne de janvier qui vient de s'achever, plus de 500 000 livres reliés seuls ont été placés.[93]
La distribution régulière est jugée nécessaire pour contraindre un public distrait à lire : même visité quatre à six fois par an, ce public « oublie » de lire les publications après le départ du proclamateur, et seule une présence régulière par circuit peut transformer un contact passif en participant à des études modèles, puis en membre à part entière de la congrégation.[94]
Un potentiel de diffusion important
L'exemple de l'Allemagne en 1932 est cité comme référence : avec un pic de moins de 15 000 proclamateurs, les frères allemands distribuaient alors 440 000 exemplaires de chaque numéro de L'Âge d'Or, essentiellement par circuits.[95] Fort de 45 200 proclamateurs (pionniers inclus) en octobre, soit plus du triple de ce chiffre, le mouvement américain est jugé capable de porter la distribution de La Tour de Garde et de Consolation à au moins 500 000 exemplaires par numéro.[96] La distribution par circuits permettrait en outre d'atteindre des résidents d'hôtels et d'appartements privés jusqu'alors inaccessibles au porte-à-porte classique ; un témoignage d'un résident d'hôtel, daté du 8 février, est reproduit : ayant découvert Consolation du 24 janvier 1940, il la qualifie de « très bonne petite revue », commande quatorze livres, souscrit un abonnement annuel à Consolation et s'engage à la prêter à des proches.[97]
Organiser des circuits réguliers
Les circuits doivent être organisés dans chaque territoire et desservis régulièrement sans exception, même si les premiers abonnés ne sont que deux ou trois.[98] Toutes les personnes faisant déjà l'objet de visites de rappel ou d'études modèles et non encore abonnées aux deux revues doivent y être intégrées. Les enfants et les personnes physiquement incapables de pratiquer le porte-à-porte sont particulièrement encouragés à prendre en charge ces circuits.[99] Si un proclamateur-magazine devient négligent ou indifférent, le serviteur publicitaire est tenu de lui substituer sans délai un proclamateur zélé ; les circuits doivent être en expansion constante malgré l'opposition prévisible.[100]
Distribution aux carrefours
La distribution aux carrefours est présentée comme « l'aspect le plus intéressant » de la distribution de magazines.[101] Chaque intersection fréquentée doit être couverte par des proclamateurs-magazines à différentes heures de la journée ; une présence simultanée de plusieurs proclamateurs devant les gares et terminaux est recommandée afin d'attirer l'attention des passants. Par analogie avec les marches d'information, même le plus blasé finit par prendre un exemplaire lorsque plusieurs proclamateurs se succèdent.[102] Les proclamateurs aux carrefours sont invités à annoncer à voix haute des accroches telles que « Dénonce l'escroquerie religieuse », « Publie des faits qu'aucune autre revue n'ose imprimer », « Sans publicité » et « La Tour de Garde explique le gouvernement théocratique ».[103] Il leur est toutefois recommandé de ne pas s'engager dans de longues discussions ni d'offrir ouvertement les livres et brochures aux carrefours : leur mission spécifique est la distribution des magazines, les autres publications n'étant présentes que pour répondre aux demandes spontanées d'information.[104]
Les sacs à magazines
La Société propose des sacs à magazines disponibles à la commande, imprimés en deux couleurs sur les deux faces.[105] Une face porte l'inscription « The Watchtower explains The Theocratic Government, 5¢ per copy » et l'autre « The Watchtower and Consolation, 5¢ per copy », permettant de mettre en avant la revue de la semaine selon le calendrier de parution.[106] Le prix est de 15 centimes l'unité, ou sept sacs pour un dollar en envoi groupé ; le paiement doit accompagner la commande, aucun crédit n'étant accordé ; les commandes transitent par le serviteur de congrégation.[107]
Le fichier des visites de rappel
La Société reçoit régulièrement des demandes de congrégations souhaitant obtenir les noms des abonnés à La Tour de Garde et Consolation dans leur territoire ; elle indique ne pas être en mesure de fournir ces informations.[108] Les congrégations sont invitées à s'appuyer sur leurs propres fichiers, constitués à partir des listes envoyées l'année précédente et des noms de visites de rappel collectés depuis lors ; les non-renouvellements d'abonnement sont communiqués chaque mois et peuvent être visités, puis retirés des fichiers en l'absence d'intérêt manifeste.[109]
Rapport de terrain des proclamateurs de congrégation
Un tableau comparatif des résultats de terrain entre l'année précédente et l'année en cours est publié pour les mois d'octobre, novembre, décembre et janvier.[110] En octobre 1939, 29 550 proclamateurs de congrégation étaient actifs avec une moyenne de 13,1 heures et 2,1 visites de rappel ; en octobre 1940, 42 436 proclamateurs ont été actifs, avec une moyenne de 19,1 heures et 2,3 visites de rappel.[111] En janvier 1940, 37 415 proclamateurs sont enregistrés avec une moyenne de 15,2 heures et 3,7 visites de rappel, contre 31 679 en janvier 1939 (14,9 heures, 2,7 visites de rappel).[112] Les données de février et mars 1940 ne sont pas encore disponibles au moment de la parution.[113]
Visites de rappel et études modèles
Le bloc d'instructions de mars est structuré autour du calendrier mensuel de prédication, qui renvoie à la fois aux visites de rappel, aux études modèles et à la prescription scripturaire de « visiter les orphelins et les veuves », tirée d'Isaïe 61:1-3.[114] Les membres de la « chrétienté », dont Dieu aurait rejeté l'organisation, sont désignés comme des « veuves » et des « orphelins » spirituels — des personnes de bonne volonté égarées par de faux bergers, ignorant la provision divine de salut. La mission des proclamateurs est présentée comme celle de les informer « du changement complet entre la domination mauvaise et la justice ».[115]
Placer la littérature dans les mains du public ne suffit pas à accomplir cette mission : beaucoup la reçoivent parce qu'ils la trouvent bon marché, ou pour soulager leur conscience, sans comprendre que les livres contiennent une information dont dépend leur salut ou leur destruction. Les visites de rappel sont donc présentées comme « l'un des meilleurs moyens d'informer les personnes quelque peu intéressées de leurs privilèges et de la nécessité du service ».[116]
Tout proclamateur peut effectuer des visites de rappel
Rutherford, dans sa lettre de janvier, fixe un nouveau quota de trois visites de rappel par semaine, soit douze par mois.[117] Aucune formation spéciale n'est requise pour ce travail : tout proclamateur engagé dans le service de porte-à-porte peut l'accomplir. Lors d'une première visite de rappel, le proclamateur est invité à emporter son phonographe et ses disques, des exemplaires de La Tour de Garde et de Consolation, un dépliant mentionnant l'adresse et les horaires des réunions de la congrégation, ainsi que les livres et brochures nécessaires.[118] Le but n'est pas de placer davantage de littérature, mais de stimuler l'intérêt pour le Royaume et d'inviter la personne à devenir à son tour un proclamateur de la Théocratie.[119]
Les études modèles
Les études modèles sont présentées comme accessibles à tout proclamateur, à condition de disposer d'un phonographe avec une série d'enregistrements de conférences, du livret d'accompagnement et du livret d'étude modèle.[120] C'est dans le cadre de l'étude modèle que sont posées les bases doctrinales indispensables : la relation de l'individu au Créateur et à sa Théocratie, ainsi que la nécessité de se détourner de la religion. Seul un faible pourcentage des proclamateurs s'est engagé dans ce travail par le passé, ce qui aurait freiné la progression du mouvement ; là où l'enthousiasme a été au rendez-vous, les intérêts du Royaume ont progressé.[121] Chaque proclamateur effectuant déjà des visites de rappel est invité à se fixer en outre l'objectif d'une étude modèle par semaine dans son territoire, en accord avec l'appel de Rutherford à consacrer davantage d'heures au service et à rassembler des groupes d'intéressés pour leur enseigner la méthode de l'étude modèle.[122]
Suivi des abonnements expirés
La Société envoie aux congrégations un nombre considérable de fiches de visite de rappel pour les abonnements expirés à La Tour de Garde et Consolation.[123] Ces fiches doivent être traitées rapidement : pour toute personne non associée à l'organisation chez qui un abonnement annuel est souscrit, six brochures à couverture colorée peuvent être laissées, ce qui peut être déclaré à la fois comme visite de rappel et comme nouvel abonnement ; un livre relié peut être substitué aux six brochures. Ces contacts sont signalés comme d'excellents candidats pour des études modèles.[124]
Coopération
Les congrégations sont tenues de maintenir leurs fichiers de visites de rappel en ordre et de les consulter régulièrement.[125] Les territoires non assignés ne doivent pas entraîner l'abandon des fiches : celles-ci doivent être transmises à un proclamateur disponible afin que les visites soient effectuées. Les congrégations dont les fichiers sont à jour peuvent notifier par carte postale les personnes intéressées de la célébration du Mémorial prévue le 23 mars.[126] Les pionniers sont expressément rappelés à l'ordre : certains refusent ou négligent de rendre compte à la congrégation de l'avancement de leur travail de visites de rappel.[127] Le Rapport du conducteur d'étude peut être utilisé en complément du Rapport de suivi des visites de rappel pour toute étude modèle d'une durée d'un mois ou plus.[128]
Le Mémorial du Roi
Le Mémorial annuel, annoncé par La Tour de Garde, est fixé au samedi 23 mars après 18 heures.[129] Toutes les congrégations et unités du Gouvernement Théocratique sur terre doivent se rassembler à cette occasion et inviter toutes les personnes de bonne volonté de leur territoire à y assister afin de les familiariser avec les provisions du Seigneur représentées par le Mémorial et la réalité qu'il préfigure.[130]
Le conducteur du Mémorial est autorisé à rappeler à l'assemblée le grand privilège dont jouissent les oints ainsi que leurs compagnons dans la vindication du nom de Jéhovah, et à communiquer les informations pratiques locales concernant le service, les réunions de service, les études de La Tour de Garde et l'invitation à participer à la Période de témoignage du « Siège de bataille » (Battle Siege).[131]
Chaque congrégation ou unité doit indiquer au bas de sa carte-rapport de mars, adressée à la Société et au serviteur de zone, le nombre total de participants et le nombre de personnes ayant pris part aux emblèmes.[132] Les pionniers assistant au Mémorial avec une congrégation ne doivent porter aucune notation sur leur propre carte-rapport ; des pionniers isolés se réunissant entre eux désignent l'un d'eux pour effectuer cette notation.[133]
Se préparer au service de pionnier pour le printemps
En réponse à l'appel lancé dans l'Informant de janvier pour davantage de pionniers au printemps, de nombreuses candidatures et demandes de renseignements ont déjà été reçues.[134] Les frères n'ayant pas encore écrit à ce sujet sont invités à le faire le plus tôt possible afin d'être convenablement placés avant le printemps. Les serviteurs de congrégation ou de zone en visite sont priés d'écrire à la Société pour signaler les congrégations ayant besoin de pionniers et d'indiquer le nombre requis.[135]
L'exemple de deux proclamateurs de congrégation est reproduit en substance : convaincus que le quota de soixante heures par mois était la volonté du Seigneur et donc réalisable malgré un emploi séculier, ils ont adopté un plan budgétaire hebdomadaire — sept heures chaque dimanche en porte-à-porte, huit heures chaque lundi soir en visites de rappel et études modèles, trois heures chaque mercredi soir en visites de rappel, et au minimum trois heures le samedi soir — soit seize heures hebdomadaires et soixante-neuf heures mensuelles.[136] Disposant de cinquante-cinq noms de personnes intéressées dans leur fichier, ils consacraient les jours de mauvaise météo à ces contacts, de sorte que le service n'était jamais une contrainte quelle que soit la saison. Ayant maintenu une moyenne supérieure à soixante heures par mois, ils ont dépassé tous les autres quotas suggérés par la Société en matière de livres, brochures, abonnements et visites de rappel, « prouvant ainsi que c'est faisable ».[137]
Tous les records de livres reliés battus
En janvier 1940, mois marqué par les hivers les plus rigoureux depuis des années, les proclamateurs de la Théocratie aux États-Unis ont distribué un total de 552 178 livres reliés, auxquels s'ajoutent 578 507 brochures.[138] Ce résultat surpasse de 261 662 livres le précédent record mensuel, établi lors de la campagne des livres Vindication en décembre, au cours de laquelle 290 516 livres avaient été distribués.[139] Certains proclamateurs individuels ont placé entre 100 et 300 livres, et plusieurs congrégations ont affiché une moyenne allant jusqu'à 45 livres par proclamateur.[140]
La météo extrême a contraint la plupart des proclamateurs à limiter leur travail de porte-à-porte à quelques heures, les forçant à reporter l'essentiel de leur activité sur les visites de rappel — et c'est précisément par ce biais que la majorité des livres ont été placés.[141] En janvier, les congrégations ont effectué 140 173 visites de rappel, soit une moyenne de 3,7 par proclamateur et par mois — un premier pas vers l'objectif de trois visites par semaine.[142] On note toutefois que seulement 40 278 proclamateurs étaient actifs en janvier, soit 4 922 de moins que le pic d'octobre (45 200) ; la raison principale en est que certains ne disposaient pas de visites de rappel à effectuer ou n'en avaient pas tiré profit.[143]
Abonnements en langues étrangères pour la campagne de La Tour de Garde
Les congrégations disposant d'un compte « copies de distribution » peuvent obtenir des exemplaires de La Tour de Garde en langues étrangères et les faire débiter sur leur compte.[144] Les langues recommandées pour les abonnements aux États-Unis — en raison des difficultés de distribution dans d'autres pays — sont l'anglais, le grec, l'italien, le polonais, le russe, le slovaque, l'espagnol et l'ukrainien, tous proposés à un abonnement annuel d'un dollar.[145] Consolation en langues étrangères est disponible pour les circuits et la distribution aux carrefours en anglais, grec, espagnol et ukrainien, à des tarifs distincts.[146]
Nouvelles publications
Parmi les nouvelles parutions signalées figurent Ennemis (Enemies) en cinyanja et yoruba, et Réfugiés (Refugees) en anglais.[147] Gouvernement et Paix (Government and Peace) est disponible en finnois, norvégien, suédois et ukrainien, et Protection paraît en ilocano.[148] Plusieurs ouvrages sont signalés en rupture de stock : La Harpe de Dieu en espagnol est épuisé ; La Harpe de Dieu en anglais, Délivrance en anglais, Réconciliation en anglais et Lumière 2 en anglais sont temporairement indisponibles.[149]
Avis à tous les proclamateurs du Royaume
Des proclamateurs ayant signalé à la Société des menaces d'arrestation lors de la distribution de Consolation et de La Tour de Garde, la Société leur répond qu'aucun fonctionnaire ni aucune personne n'a le droit, sous couvert d'une ordonnance ou d'une loi quelconque, d'y faire obstacle.[150] Deux raisons sont avancées : d'une part, ce travail est commandé par le Dieu Tout-Puissant Jéhovah et nul homme n'a autorité pour l'entraver ; d'autre part, la protection accordée par la Cour suprême des États-Unis à la distribution de livres et brochures dans l'affaire « Schneider c. Irvington, 308 U.S. 147 » s'étend également à la distribution dans les rues et de porte en porte des magazines Consolation et La Tour de Garde.[151] En cas d'arrestation, les proclamateurs sont invités à en informer la Société et à se préparer à se défendre conformément à la brochure Advice for Kingdom Proclamateurs.[152]
Réfugiés — nouvelle brochure du juge Rutherford
Réfugiés (Refugees), nouvelle brochure de Rutherford, est lancée le 23 mars avec un premier tirage de dix millions d'exemplaires.[153] La brochure s'ouvre sur une question destinée à susciter l'intérêt : « Pourquoi y a-t-il tant de gens qui fuient leur foyer, et qui cherchent en vain un lieu de sécurité ? ».[154] La couverture représente des réfugiés de toute nation, tribu et langue sur une route dont une voie mène à la destruction et l'autre à la vie. La brochure de 64 pages est présentée comme devant être placée dans chaque foyer dont les habitants s'engagent à la lire ; des millions d'exemplaires ont déjà été expédiés à l'étranger et des millions supplémentaires sont en cours d'impression pour les proclamateurs aux États-Unis.[155]
La Société prépare une dotation de brochures pour chaque congrégation, suffisante pour alimenter le premier mois de la campagne ; la capacité de production de l'imprimerie de Brooklyn ne permet pas d'imprimer l'intégralité des exemplaires nécessaires pour les trois mois de la campagne avant le 28 mars.[156] Un tarif préférentiel est accordé aux congrégations et aux pionniers jusqu'à la fin juin, après quoi la brochure reviendra à son tarif habituel pour les brochures à couverture souple.[157] Les congrégations sont invitées à anticiper leurs commandes de réapprovisionnement et à maintenir en permanence un stock suffisant de littérature — en particulier de La Tour de Garde, des livres Salvation, Enemies et Riches, ainsi que de dizaines de milliers d'exemplaires de Réfugiés.[158]
Les résultats escomptés de la campagne, désignée sous le nom de « Siège de bataille » (Battle Siege), sont présentés en termes eschatologiques : « des milliers de personnes de bonne volonté liront la vérité et quitteront la prison du Diable pour entrer dans les cités de refuge ».[159] Chaque congrégation est encouragée à atteindre un nouveau sommet en nombre de proclamateurs actifs, en comparant ses résultats avec ceux de la campagne de La Tour de Garde de l'année précédente, et à tenir des comptabilités individuelles d'heures de terrain et de visites de rappel, afin que le quota mondial serve de « grand témoignage au nom de Jéhovah ».[160]
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Illustrations du numéro
Références
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