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Refugees (1940)

De Tj-encyclopédie
Refugees (1940)
Auteur Joseph Franklin Rutherford
Titre original Refugees (1940)
Genre Brochure
Sujet Témoins de Jéhovah
Langue Anglais
Pays États-Unis
Éditeur Watch Tower Bible and Tract Society
Parution 1940
Format Brochure

Refugees[1] est une brochure de propagande religieuse qui répond à une question précise soulevée par la crise humanitaire des années 1930 : pourquoi des millions d'êtres humains se retrouvent-ils déplacés, sans foyer ni protection, et quel refuge peut réellement leur être offert ? La réponse développée s'articule autour du rejet de toute forme de protection humaine ou religieuse — catholique en particulier — au profit de la seule Théocratie divine, présentée comme l'unique salut possible face à l'imminence d'Harmaguédon.

La brochure occupe une position doctrinale cohérente avec la pensée de Joseph Franklin Rutherford : religion, gouvernements humains et démocratie y sont condamnés sans distinction comme œuvres des démons, tandis que les personnes de bonne volonté — désignées comme « Jonadabs » ou membres de la « grande foule » — sont exhortées à rompre avec ces systèmes pour trouver refuge auprès de Jéhovah. La condition des morts, l'inexistence du purgatoire et le caractère mensonger de la doctrine de l'immortalité de l'âme constituent les piliers scripturaux de cette démonstration.

Analyse

Croyances

Le calendrier prophétique de 1914-1918-1935 comme clé de lecture

L'intronisation du Christ comme Roi en 1914, puis l'établissement de l'organisation « Sion » en 1918 trois ans et demi plus tard, sont posées comme faits chronologiques établis avant toute interprétation prophétique de la brochure.[2] Ce découpage n'est pas propre à cette publication : il constitue l'armature chronologique standard des publications de 1940, où 1914 ouvre le « jour de Jéhovah » et 1918 marque la venue du Christ au temple pour le jugement, comme l'expose La Tour de Garde du 1er novembre 1940 et comme le rappelle Conspiracy against democracy (1940) à propos de la convention de Détroit. L'apport propre de la brochure est de faire de 1918 non pas seulement la date d'un jugement, mais celle de la construction du lieu de refuge lui-même : les « villes de refuge » antitypiques n'existent selon cette lecture que depuis cette année-là, ce qui donne à l'adhésion un point de départ historique daté et assigne une fonction de survie concrète à l'organisation.[3]

La troisième date, 1935, est nommée explicitement comme celle où fut révélé que la « grande foule » d'Apocalypse 7:9-17 constitue une classe terrestre.[4] Cette formulation est notable : la même doctrine est traitée ailleurs en 1940 comme une donnée acquise qui n'a plus à être défendue, alors qu'elle est ici présentée comme une acquisition récente dont l'accueil différencié a servi de test de fidélité. La redéfinition remonte à l'assemblée de Washington du 3 juin 1935, dont l'effet fut de relocaliser sur une terre paradisiaque un groupe auparavant compris comme une classe céleste de second rang ; sur ce point l'évolution est documentée à.

De cette chronologie découle l'attente d'un Harmaguédon où toutes les formes de gouvernement humain — démocratie, communisme, nazisme, monarchie, impérialisme — sont annoncées comme vouées à disparaître sans exception.[5] L'énumération est significative : elle place sur le même plan de condamnation les régimes belligérants de 1940 et les démocraties qui les combattent, position qui explique l'accusation de sympathie pro-allemande dont les Témoins de Jéhovah firent l'objet aux États-Unis la même année. Le mécanisme trouve sa justification doctrinale dans l'attribution des « Autorités supérieures » de Romains 13:1 à Jéhovah et au Christ Jésus et non aux gouvernements civils.[6] Cette lecture, formulée dès les livraisons de la Tour de Garde des 1er et 15 juin 1929, est ici mobilisée dans un contexte inhabituel : ce n'est plus seulement pour justifier une désobéissance mais pour désigner l'exécuteur d'Harmaguédon, la destruction des nations n'étant pas l'œuvre d'une guerre entre elles mais l'acte direct des deux seules autorités reconnues. L'ensemble du dossier est retracé à.

La conséquence pratique est formulée sans ambiguïté : les Jonadabs doivent demeurer absolument neutres à l'égard des guerres entre nations.[7] Ce point mérite attention parce qu'il étend aux « personnes de bonne volonté » non ointes une exigence jusque-là surtout argumentée pour le reste. L'année 1940 est précisément celle où cette neutralité devient un enjeu judiciaire massif aux États-Unis : l'arrêt Minersville School District v. Gobitis du 3 juin 1940, rendu à huit voix contre une, valide l'exclusion scolaire des enfants refusant le salut au drapeau[8], et il est suivi d'une vague de violences collectives contre les Témoins de Jéhovah sur tout le territoire, comme le documente La Tour de Garde du 1er décembre 1940.

La religion comme invention démoniaque

La thèse la plus systématiquement répétée de la brochure n'est pas dirigée contre une confession particulière mais contre la religion comme catégorie : elle est déclarée invention du Diable, née de la promesse du Serpent en Genèse 3:4-5 selon laquelle l'homme ne mourrait pas et deviendrait semblable aux dieux.[9] Cette généalogie édénique de la religion est l'innovation rhétorique décisive de la période : elle permet de traiter toute pratique religieuse comme dérivée d'un mensonge unique et originel, plutôt que d'avoir à réfuter séparément chaque doctrine adverse. Le même raisonnement gouverne l'équation religion égale démonisme développée dans End of nazism-Its fall is certain (1940) à partir de 1 Corinthiens 10:19-21, dont la continuité est retracée à.

C'est de cette généalogie que dépend l'articulation des trois doctrines combattues sur une douzaine de pages : l'immortalité de l'âme, le purgatoire et l'enfer de tourment.[10] Leur réfutation ne procède pas par arguments indépendants mais par filiation : toutes trois sont présentées comme des développements du même « il n'y a pas de mort » édénique, de sorte que leur fausseté est démontrée par leur origine autant que par l'exégèse. L'argumentation lexicale sur sheol et hadès compris comme état d'inconscience, appuyée sur Genèse 2:7 — l'homme est une âme plutôt qu'il n'en possède une — et sur Ecclésiaste 9:5-10, vient confirmer cette filiation plus qu'elle ne la fonde.[11]

La démonstration s'accompagne d'un choix polémique daté. Le cardinal James Gibbons est cité nommément d'après The Faith of Our Fathers, ouvrage apologétique publié en 1876 et l'un des plus diffusés du catholicisme américain, dont le tirage dépassa deux millions d'exemplaires du vivant de son auteur[12] ; l'exposé catholique officiel du purgatoire est ainsi pris à sa source la plus autorisée pour le public américain.[13] De même, la conversion du journaliste Heywood Broun, mort en décembre 1939, fournit un cas nominatif contemporain de « refuge » religieux réputé illusoire.[14]

Le dispositif se complète d'une démonologie explicative : Satan et les démons constituent la puissance invisible qui rassemble les rois de la terre selon Apocalypse 16:13-16 et contrôle toutes les nations.[15] La fonction de cette proposition est causale autant que doctrinale : elle fournit une explication unique de la crise mondiale de 1940, qui cesse d'être un enchaînement de décisions politiques pour devenir le produit d'une manipulation surnaturelle. La peur, désignée comme le piège où tombent les nations d'après Proverbes 29:25, est le mécanisme psychologique par lequel cette manipulation s'exerce.[16]

Mort, rançon et résurrections hiérarchisées

Une définition technique de la mort est posée qui commande toute la seconde moitié de la brochure : mourir signifie perdre le droit à la vie plutôt que cesser d'exister, de sorte que l'humanité entière se trouve déjà « morte dans ses offenses » au sens d'Éphésiens 2:1.[17] Cette redéfinition est la condition logique sans laquelle l'interprétation de Luc 16 serait impossible : elle seule autorise à déclarer « morts » et « ensevelis » des groupes d'hommes vivants en 1940, tout en leur conservant « une mesure d'existence » qui permet de les faire dialoguer dans la parabole.[18]

Sur cette base se déploie une économie du salut qui rejette simultanément deux positions adverses. La prédestination individuelle, attribuée aux religieux, est déclarée entièrement fausse : chaque homme fixe lui-même son sort par ses choix, selon Deutéronome 30:15-19.[19] Mais la prédétermination collective est maintenue pour la classe céleste, dont le nombre est fixe et limité, tandis que la classe terrestre reste sans nombre fixe.[20] Ce compromis entre libre arbitre individuel et quota céleste clos est exactement ce qu'exige la doctrine des deux classes issue de 1935 : il faut que le nombre céleste soit plein pour que la vocation terrestre devienne l'horizon normal des nouveaux venus, et que le choix reste libre pour que la prédication conserve un sens.

La même logique gouverne la hiérarchisation des résurrections. Les fidèles antérieurs à Jésus bénéficient d'une « meilleure résurrection » selon Hébreux 11:35 et deviennent des princes terrestres d'après Ésaïe 32:1, les chrétiens engendrés de l'esprit participent à la « première résurrection » d'Apocalypse 20:4-6, les ignorants sont réveillés pour éprouver leur intégrité, et les méchants volontaires n'ont aucun espoir selon Psaumes 145:20.[21] L'affirmation que ces princes ressuscités seront sur la terre immédiatement avant Harmaguédon[22] renvoie à la doctrine des princes qui avait justifié en 1929 la construction à San Diego de la maison Beth-Sarim, présentée comme destinée à les accueillir.

L'exclusion du salut universel est formulée sans réserve : ceux qui ont délibérément résisté au Royaume ne peuvent être sauvés, et Judas et Ésaü fournissent les exemples d'irrévocabilité.[23] Cette clôture n'est pas neutre : elle vise nommément une « théorie favorite » de la classe du « mauvais serviteur », c'est-à-dire des dissidents issus de l'héritage russelliste, chez qui la perspective d'une restitution universelle occupait une place centrale.

Petit troupeau céleste et grande foule terrestre

La partition sotériologique commande l'ensemble de l'argumentaire : d'un côté le « petit troupeau » de Luc 12:32 à qui le Royaume céleste est promis, de l'autre les « autres brebis » de Jean 10:16 qui formeront la « grande foule » appelée à vivre éternellement sur la terre.[24] Ce qui distingue cette brochure des autres publications de 1940 est qu'elle s'adresse directement à la seconde classe : l'ensemble du dispositif argumentatif — villes de refuge, neutralité, obligation d'étude — vise le lecteur non oint et lui assigne une place précise dans le dénouement.

Le vocabulaire identitaire employé est celui des personnages bibliques secondaires : Jonadab d'après 2 Rois 10:15-23 et Jonathan d'après 1 Samuel 18:1-4.[25] Le choix typologique n'est pas indifférent. Jonadab monte dans le char de Jéhu sans être de la lignée royale, et Jonathan soutient David tout en restant fils de Saül : dans les deux cas il s'agit d'un allié extérieur fidèle mais non membre de l'élection. La typologie fournit ainsi une identité valorisante à une classe définie par ce qu'elle n'est pas, et le parallèle du centurion dont Jésus loue la foi en Matthieu 8:10 est explicitement mobilisé pour établir que les Jonathanites surpassent souvent en foi ceux qui se prétendent Israélites spirituels.[26]

L'intégration sociale de cette catégorie a retenu l'attention des sociologues des nouveaux mouvements religieux. James Beckford a analysé, dans son enquête sur les congrégations britanniques, comment la doctrine des deux classes règle la distribution de l'autorité au sein du mouvement : loin de créer une hiérarchie concurrente, la coexistence d'un reste à nombre décroissant et d'une masse terrestre en croissance permet de maintenir une légitimité charismatique concentrée tout en ouvrant l'adhésion à un public indéfini[27]. La brochure illustre exactement ce mécanisme : elle promet aux Jonadabs une vie terrestre éternelle tout en exigeant d'eux qu'ils s'associent aux oints dans le service et soutiennent sans réserve le Gouvernement théocratique.[28]

La typologie comme méthode de production du sens

Un principe herméneutique est posé avant toute application : les paraboles de Jésus sont des prophéties qui ne peuvent être comprises qu'au moment de leur accomplissement, et 2 Pierre 1:20 est invoqué pour exclure toute « interprétation privée ».[29] La portée de ce principe dépasse largement la question exégétique. Il produit deux effets conjoints : il disqualifie par avance toute lecture concurrente comme relevant de l'initiative individuelle, et il rend l'interprétation datable, donc révisable sans aveu d'erreur — une lecture antérieure n'était pas fausse, le moment de son accomplissement n'était pas venu. Les sociologues des mouvements millénaristes ont identifié ce type de dispositif comme un mécanisme de protection contre la désconfirmation, analogue à celui que Leon Festinger avait décrit à propos de prophéties non réalisées[30].

Étendu à l'histoire d'Israël tout entière par 1 Corinthiens 10:11, le principe autorise une typologie générale où chaque épisode vétérotestamentaire annonce une réalité contemporaine.[31] Sa forme la plus haute est la typologie patriarcale : Abraham figure Jéhovah désigné comme « le Grand Abraham », Isaac figure Christ Jésus, et Jacob figure le Christ Tête et corps.[32] Cette clé est indispensable à l'interprétation du « sein d'Abraham » de la parabole, qui devient la faveur de Jéhovah plutôt qu'un lieu d'après la mort — l'appareil typologique étant précisément ce qui permet de neutraliser un texte qui, lu littéralement, soutiendrait la conscience des morts.

La typologie des villes de refuge de Nombres 35:9-12 donne son titre à la brochure et fournit son argument d'adhésion.[33] Elle est développée la même année dans La Tour de Garde du 1er novembre 1940, où la protection est strictement liée au maintien à l'intérieur de limites organisationnelles — sur le modèle du réfugié tuable impunément hors des murs de sa ville ; l'histoire de cette application est documentée à. L'apport de la brochure est d'en tirer la qualification du réfugié lui-même : les Jonadabs sont assimilés aux meurtriers involontaires parce que des millions d'hommes ont été contraints de tuer pendant la Première Guerre mondiale sans malveillance envers leurs semblables, la culpabilité collective des nations pour effusion de sang étant établie par le pacte noachique de Genèse 9:5-6 et par Ésaïe 24:5-6.[34] Le raisonnement transforme ainsi l'expérience de la conscription en motif d'adhésion.

L'homme riche et Lazare comme chronique antitypique

La lecture de Luc 16:19-31 occupe environ la moitié de la brochure et constitue le déploiement le plus massif de la méthode typologique.[35] Chaque détail narratif reçoit une correspondance historique datée : les ulcères de Lazare deviennent la privation de nourriture spirituelle, les chiens qui les lèchent deviennent les réformateurs socialistes, le gouffre devient le jugement de séparation des boucs et des brebis, les cinq frères réunis au riche pour former six deviennent l'organisation terrestre de Satan.[36] Le texte évangélique cesse d'être un enseignement moral pour devenir la chronique cryptée des années 1918-1940 — ce qui a pour effet de faire de l'histoire récente du mouvement le contenu même de la révélation.

Le mouvement d'appropriation atteint son point le plus net avec le « marquage des fronts » d'Ézéchiel 9:4, appliqué à l'œuvre de prédication engagée depuis 1922 auprès de ceux qui « soupirent et crient » au sein des organisations religieuses.[37] La date de 1922 renvoie à la convention de Cedar Point tenue du 5 au 13 septembre, dont le mot d'ordre de proclamation publique structura l'activité de la décennie suivante ; cette convention sert de repère fondateur dans plusieurs publications de 1940 et son usage est retracé à. Ce qui est ainsi fondé scripturairement n'est pas une doctrine mais une pratique : le porte-à-porte reçoit un mandat prophétique et l'activité militante devient l'accomplissement d'une vision d'Ézéchiel.

Le commentaire de Daniel 12:2 vient corroborer l'ensemble par une opération de la même nature : le réveil de ceux qui dorment dans la poussière n'est pas la résurrection générale mais l'éveil de deux classes avant Harmaguédon, les unes à la vie éternelle, les autres à la honte.[38] L'argument négatif est décisif pour la cohérence du système : le verset ne peut désigner une résurrection générale puisque les méchants ne ressusciteront jamais d'après Psaumes 145:20.[39] C'est donc la doctrine de la non-résurrection des méchants, posée plus haut, qui contraint ici à déplacer le sens du verset vers le présent — illustration de la manière dont les propositions du système se soutiennent mutuellement.

L'exégèse comme instrument de règlement de comptes interne

L'identification du « riche » au « mauvais serviteur » de Matthieu 24:48-51 et à « l'homme du péché » de 2 Thessaloniciens 2:1-8 confère à l'ensemble de l'interprétation une fonction polémique.[40] Cette classe ne désigne pas seulement le clergé des Églises : elle vise aussi et surtout les dissidents issus du mouvement, désignés comme « anciens élus », dont l'exclusion doctrinale est ici scellée par le « gouffre » infranchissable.[41] L'opération est comparable à celle documentée dans La Tour de Garde du 15 novembre 1940, où la division entre serviteur fidèle et mauvais serviteur est datée de 1918 et repose sur le refus d'honorer un homme, en l'occurrence Russell ; l'évolution de cette lecture est retracée à.

Deux positions héritées sont explicitement répudiées. La « restitution » millénariste, pièce maîtresse du système de Russell, est présentée comme l'alibi par lequel la classe du mauvais serviteur aurait justifié son inaction, en renvoyant au règne millénaire les bénédictions destinées aux personnes de bonne volonté.[42] Et la thèse d'une « grande foule » spirituelle de second rang, qui était la position du mouvement avant 1935, est qualifiée de doctrine non scripturaire à laquelle cette classe se serait accrochée.[43] Le procédé mérite d'être relevé : une position officielle de l'organisation cinq ans plus tôt est rétrospectivement attribuée aux opposants et devient un marqueur d'infidélité, de sorte que le changement doctrinal de 1935 se trouve converti en critère de tri entre fidèles et dissidents. James Penton a décrit ce mécanisme comme caractéristique de la manière dont la direction de la période a coupé le mouvement de son héritage russelliste tout en maintenant une continuité institutionnelle proclamée[44].

Le paradoxe final de cette construction est que l'hostilité rencontrée en devient la confirmation : lorsque les témoins de Jéhovah approchent cette classe avec le message, elle les persécute et refuse d'entendre, accomplissant ainsi la parole selon laquelle ils ne seraient pas persuadés même si quelqu'un ressuscitait d'entre les morts.[45] Le dispositif argumentatif est de ce fait imperméable à la réfutation — l'adhésion confirme le message, le rejet le confirme également — trait que l'on retrouve dans le traitement de Matthieu 24:9 par End of nazism-Its fall is certain (1940) la même année.

Organisation et histoire

L'organisation comme ville de refuge antitypique

Les « villes de refuge » instituées par Moïse en Nombres 35:9-12 sont identifiées à l'organisation de Jéhovah sous Christ Jésus, seul lieu où les personnes de bonne volonté peuvent se mettre à l'abri jusqu'à ce que la colère divine soit passée à Harmaguédon.[46] Cette lecture antitypique n'est pas propre à cette brochure : dès 1934, les publications de la Société enseignent que les « Jonadabs » survivront à Harmaguédon en demeurant dans la « ville de refuge » figurative, l'affiliation à la Société Watch Tower devenant la condition matérielle de la survie.[47] L'apport propre de 1940 est de rendre l'équivalence entièrement explicite et opératoire : le refuge est daté et localisé institutionnellement, puisque l'organisation capitale appelée « Sion » est présentée comme établie en 1918, trois ans et demi après l'intronisation royale de 1914.[48] La date de 1918 avait déjà été mobilisée la même année dans La Tour de Garde du 15 novembre 1940 pour fonder la division entre « approuvés » et « méchant serviteur » ; ici, elle ne sert plus seulement à trier, mais à situer géographiquement le salut dans une structure visible.

La conséquence est un déplacement du salut : il cesse de reposer sur une relation individuelle à Dieu pour dépendre d'un rattachement vérifiable à une institution. L'injonction biblique de fuite, spatiale dans le texte mosaïque, est convertie en injonction d'affiliation — mouvement identique à celui opéré quelques semaines plus tôt sur Matthieu 24:16, où les « montagnes » vers lesquelles fuir désignaient le gouvernement théocratique.[49]

Cette relecture s'appuie sur un événement organisationnel daté que la brochure invoque directement : la révélation, en 1935, que la « grande foule » de Apocalypse 7:9-17 constitue une classe terrestre appelée à vivre éternellement sur la terre.[50] L'événement est l'assemblée de Washington tenue du 30 mai au 3 juin 1935, où Rutherford prononça un discours intitulé « La grande multitude » devant environ vingt mille assistants, demanda à ceux qui espéraient vivre éternellement sur la terre de se lever, puis déclara : « Voyez ! la grande multitude ! » ; huit cent quarante personnes furent baptisées le lendemain.[51][52] C'est cette redéfinition, déjà traitée comme acquise dans La Tour de Garde du 1er novembre 1940, qui rend le refuge accessible à des adhérents non oints : sans une classe terrestre, la « ville de refuge » n'aurait aucun occupant à protéger.

Les Jonadabs, seconde classe de membres, et le ciblage des catholiques

La doctrine du refuge produit directement un statut de membre distinct de celui des oints. Les personnes de bonne volonté sont désignées sous le nom de « Jonadabs » ou « Jonathanites », d'après 2 Rois 10:15-23 et 1 Samuel 18:1-4, et leur appartenance est définie par des conditions formalisées : fuir vers les villes de refuge antitypiques, refuser de pratiquer la religion, s'associer aux oints dans le service de proclamation et consacrer entièrement leur soutien au Gouvernement théocratique.[53] L'ampleur du renversement se mesure à la position antérieure de la Société : en 1920, Rutherford jugeait encore déraisonnable de supposer que Dieu développât une autre classe que le petit troupeau des 144 000 et la grande compagnie, toutes deux d'espérance céleste ; l'identification des Jonadabs intervient en 1932, la relocalisation terrestre de la grande foule en 1935.[54] Une catégorie née au début des années 1930 se trouve ainsi, en 1940, dotée d'un régime d'obligations aussi contraignant que celui du reste oint, sans l'espérance céleste correspondante.

Cette seconde classe appelle un recrutement de masse, et la brochure en désigne le public prioritaire. La classe figurée par Lazare est explicitement identifiée aux personnes de bonne volonté retenues dans les organisations religieuses, au premier rang desquelles la « population catholique » du système romain, et le commandement d'aller au milieu d'elles est daté de 1922.[55] La référence à 1922 renvoie à la convention de Cedar Point, tenue du 5 au 13 septembre, dont était issu le mot d'ordre de proclamation publique du Royaume ; sa mobilisation ici a une fonction nouvelle, puisqu'elle sert à revendiquer non plus un régime général d'activité mais une stratégie missionnaire ciblée sur un public confessionnel déterminé. La combativité anticatholique du mouvement était alors suffisamment notoire pour que le réseau NBC ait interdit les émissions de Rutherford en dénonçant son attaque enragée contre la religion organisée et le clergé, et pour que Stanley High écrive dans le Saturday Evening Post en 1940 que les Témoins avaient fait de la haine une religion.[56] La sociologie du recrutement des Témoins a fait du ciblage des insatisfaits au sein des confessions établies un ressort documenté de la croissance du mouvement, notamment chez James Beckford et, plus tard, chez Rodney Stark et Laurence Iannaccone.[57]

La classe du « mauvais serviteur » et la gestion des dissidents

Le même dispositif qui recrute exclut. Le « Riche » de la parabole est identifié à la classe du « mauvais serviteur », à « l'homme du péché » et au « fils de perdition », vouée à une destruction dans l'Hadès sans réveil ni résurrection possible.[58] Les griefs retenus contre cette classe sont internes et non confessionnels : elle aurait contesté la révélation de 1935 sur la grande foule terrestre en s'accrochant à la doctrine d'une classe spirituelle secondaire, et défendu le salut universel.[59] La cible est donc constituée des Étudiants de la Bible ayant refusé les innovations doctrinales de Rutherford, et le mécanisme de tri mis en place en 1918 dans La Tour de Garde du 15 novembre 1940 reçoit ici sa sanction eschatologique maximale : la destruction sans résurrection.

Cette radicalisation s'inscrit dans une séquence de conflits internes précisément datée. Le 21 juillet 1939, Olin R. Moyle, avocat de la Société, adressait à Rutherford une lettre ouverte de démission dénonçant les conditions de vie au Béthel, le traitement des travailleurs, les discriminations exercées par le président, son langage grossier et la glorification de l'alcool ; révoqué par le conseil d'administration, il fut vilipendé dans The Watchtower du 15 octobre 1939 comme un murmurateur calomniateur que Dieu avait secoué hors de l'organisation, chaque paragraphe de sa lettre étant déclaré mensonger et son acte comparé à celui de Judas Iscariote.[60] L'action en diffamation qu'il engagea contre la Société était en cours au moment de la parution de la brochure.[61] Le rapprochement, dans le texte, entre le coupable interpellé par le Seigneur et Achan interrogé par Josué en Josué 7:19 traduit cette logique : le dissident n'est pas un contradicteur mais un profanateur dont l'élimination est requise.[62] Les travaux sociologiques sur le désengagement chez les Témoins ont montré combien ce coût symbolique maximal du départ — la perte non du groupe mais de l'existence même — structure durablement le rapport du mouvement à ses anciens membres.[63]

Neutralité absolue et persécution comme autolégitimation

Vers l'extérieur, les conditions d'entrée dans le refuge imposent une rupture ouverte avec l'environnement social : refus de pratiquer la religion, prise de position sans réserve pour la Théocratie et neutralité absolue à l'égard des guerres entre nations.[64] L'exigence est formulée alors que les États-Unis ne sont pas encore belligérants, mais dans un contexte judiciaire immédiatement défavorable : le 3 juin 1940, la Cour suprême avait rendu l'arrêt Minersville School District v. Gobitis, qui validait par huit voix contre une l'obligation du salut au drapeau au nom de l'unité nationale, cinq ans après la formalisation du refus par le mouvement.[65] L'ACLU recensa 1 488 agressions contre des Témoins dans plus de trois cents localités entre mai et octobre 1940, une Salle du Royaume étant incendiée à Kennebunk, dans le Maine, moins d'une semaine après l'arrêt, et des membres de l'American Legion conduisant à Connersville, dans l'Indiana, une foule qui traîna et roua de coups des Témoins dans la rue.[66]

La dénonciation nominale des gouvernements d'Hitler, de Staline et de l'Espagne comme persécuteurs des fidèles témoins du Christ convertit cette rupture en preuve d'élection.[67] Les faits invoqués étaient considérables dans le cas allemand, où les ernste Bibelforscher furent la première confession chrétienne interdite par le régime : environ 4 200 Témoins furent placés en détention et envoyés en camps de concentration, entre deux mille et cinq mille mourant en détention, dont 250 exécutés.[68][69] La mention de l'Espagne relève d'une échelle sans commune mesure : le mouvement n'y comptait que quelques dizaines d'adhérents dans les années 1930 et 1940, interdits et contraints à la clandestinité au même titre que les autres minorités non catholiques.[70] L'alignement de trois régimes de nature et d'intensité répressives très différentes sur un même plan produit un effet de démonstration : la persécution, quelle qu'en soit l'ampleur réelle, atteste que l'organisation est bien le refuge annoncé. Le procédé prolonge celui déjà employé dans End of nazism-Its fall is certain (1940), où l'hostilité rencontrée valait confirmation du message ; la sociologie des nouveaux mouvements religieux a de longue date identifié dans ce retournement un facteur de consolidation interne, l'hostilité extérieure resserrant la frontière du groupe au lieu de l'éroder.[71]

Contenu

Réfugiés

La brochure s'ouvre sur une mise en scène narrative : un groupe d'agriculteurs réunis autour d'un poêle dans une épicerie de campagne s'interroge sur le sort des millions de personnes déplacées à travers le monde. Un chrétien, dont l'espoir repose sur le Gouvernement théocratique, répond à leurs questions en citant des faits et des textes bibliques.[72]

La situation mondiale est décrite comme sans précédent : depuis la fin de la Première Guerre mondiale en 1918, les souffrances n'ont cessé de s'accroître dans toutes les nations.[73] Des millions d'êtres humains sont présentés comme chassés de leurs foyers, errant sans but à travers la terre. Jehovah est décrit comme ayant prévu ces épreuves et comme révélant à ses serviteurs fidèles les moyens de protection, de refuge et de salut.[74] Les personnes de bonne volonté envers Dieu, désignées sous le nom de « Jonadabs » en référence à 2 Rois 10:15-23 et préfigurées par Jonathan (1 Samuel 18:1-4), ainsi que le « reste » des oints et la « grande foule » de Apocalypse 7:9-17, sont invitées à rester vigilantes pour éviter les pièges de l'ennemi.[75]

Crise mondiale

Les nations sont présentées comme confrontées à la plus grande crise de tous les temps, gouvernées par la peur et incapables d'identifier le remède à leurs maux.[76] Leurs dirigeants politiques, décrits comme marchant dans les ténèbres, sentent qu'une puissance invisible les pousse vers un grand dénouement sans en comprendre la nature. Le texte prophétique de Luc 21:25-26 est cité pour décrire cette « détresse des nations, avec perplexité ; les cœurs des hommes défaillant de peur ».[77]

La force invisible qui meut les nations vers Harmaguédon est identifiée comme le Diable et ses démons, désignés comme « le prince des démons » à partir de Apocalypse 16:13-16.[78] Toutes les nations de la terre sont présentées comme soumises à l'influence et au contrôle des démons, et la peur elle-même est décrite comme le piège qui les conduit à leur perte, selon Proverbes 29:25.[79]

Face à la mort

Toutes les nations sont annoncées comme vouées à la mort lors de la guerre universelle d'Harmaguédon, désignée comme « la bataille du grand jour du Dieu Tout-Puissant ».[80] Cette destruction n'est pas présentée comme le résultat d'une guerre entre nations, mais comme l'œuvre directe de Jéhovah Dieu et de Christ Jésus, désignés comme les « Autorités supérieures » de Romains 13:1, soutenus par tous les anges saints du ciel.[81]

Aucune forme de gouvernement humain — démocratie, communisme, nazisme, monarchie ou impérialisme — ne survivra à ce conflit.[82] Seule la Théocratie est annoncée comme survivante. La condamnation divine des nations est appuyée par Psaumes 9:17 : « Les méchants seront rejetés dans le Schéol, ainsi que toutes les nations qui oublient Dieu ».[83]

Le peuple

La condition des peuples sous l'emprise des puissances dirigeantes est décrite en termes de terreur omniprésente : mort en mer par sous-marins, torpilles, mines et hydravions ; mort sur terre par les bombardements aériens ; mort par famine résultant des blocus.[84] Des millions de personnes sont chassées de leurs foyers comme des bêtes muettes, condamnées à l'exil sans nourriture ni abri, selon Luc 21:23.[85]

Même aux États-Unis, des millions de personnes sont décrites comme dépendant d'aides sociales, dans la crainte de les perdre. L'ignorance du peuple quant aux provisions de Dieu est imputée au Diable et à ses « représentants religieux sur terre qui ont délibérément soustrait au peuple la connaissance de la Parole de Dieu », en accord avec la prophétie d'Ésaïe 60:2.[86]

En quête de refuge

Comme exemple de ceux qui cherchent en vain un refuge, le cas du journaliste américain Heywood Broun est évoqué. Le New York Times du 21 décembre 1939 est cité au sujet de ses funérailles : parmi les raisons pour lesquelles il avait souhaité se convertir au catholicisme figuraient la peur de la mort et la conviction que « cette corporation spirituelle qu'est l'Église catholique » représentait une protection collective.[87] Cette démarche est interprétée comme l'exemple typique d'un homme poussé par la peur dans le piège du système religieux catholique, conformément à la formule que « la religion est un piège », car la religion est présentée comme une invention du Diable, selon Deutéronome 7:16.[88]

La religion est déclarée n'avoir jamais constitué une protection contre la mort. La « religion chrétienne » elle-même est présentée comme le principal instrument dont le Diable s'est servi pour entraîner les hommes dans sa piège.[89] La pratique de la religion est rattachée à l'origine au désir d'échapper à la mort et de devenir aussi sage que les démons, suivant la promesse du Serpent à Adam et Ève en Genèse 3:4-5.[90] La religion n'ayant pas protégé Adam et Ève, elle n'a protégé aucun être humain depuis, et tous leurs descendants ont hérité de la mort selon Romains 5:12.[91]

La guerre civile espagnole de 1936 à 1939 est citée comme preuve concrète de l'impuissance de la religion : malgré la pratique quasi universelle du catholicisme parmi la population espagnole, aucune protection n'a été accordée aux victimes du conflit.[92] Il en va de même pour la Pologne et la Tchécoslovaquie, dont les populations catholiques n'ont pas été épargnées.[93]

Après la mort

Au-delà de l'échec de la religion face à la mort physique, le Diable est accusé d'avoir trompé les hommes en leur faisant croire que la religion constituerait une protection après la mort, notamment par les doctrines du « purgatoire » et de l'enfer.[94] Le cardinal Gibbons est cité dans son ouvrage The Faith of Our Fathers (pages 205 à 208) pour présenter la doctrine catholique officielle du purgatoire, selon laquelle les âmes qui y sont « assignées à cet état intermédiaire, communément appelé purgatoire, ne peuvent s'aider elles-mêmes, mais peuvent être aidées par les prières des fidèles sur terre ».[95]

Les paroles de Jésus adressées aux docteurs de la loi en Matthieu 15:1-9 sont citées pour opposer les commandements de Dieu aux traditions humaines : « Vous avez ainsi rendu nulle la parole de Dieu au profit de votre tradition ».[96] Le choix est posé entre suivre les enseignements traditionnels de religieux qui pratiquent la religion pour un salaire, ou obéir aux paroles de Jésus-Christ, dont Jean 17:3 définit la vie éternelle comme la connaissance du seul vrai Dieu et de son envoyé.[97]

La destinée

La doctrine de la prédestination telle qu'enseignée par certains religieux — selon laquelle Dieu aurait prédestiné chaque être humain au purgatoire, au ciel ou à l'enfer compris comme lieu de tourments éternels — est déclarée entièrement fausse.[98] Dieu est présenté comme ayant prédéterminé un nombre fixe et limité de membres de la création humaine pour une existence éternelle au ciel en tant que créatures spirituelles, tout en ayant prévu une autre catégorie — sans nombre fixe — de personnes fidèles qui vivront éternellement sur la terre.[99]

La destinée individuelle n'est pas prédéterminée : c'est chaque homme qui fixe lui-même son sort par les choix qu'il opère, en obéissant ou non aux règles établies par Dieu. Les textes de Deutéronome 30:15-19, Jean 3:36 et Jean 17:3 sont invoqués pour illustrer cette liberté fondamentale.[100] La religion est décrite comme un produit des démons destiné à détourner les hommes de Dieu, et ceux qui suivent les enseignements traditionnels des religieux sont annoncés comme voués à la destruction.[101] L'exemple de Josué exhortant les Israélites à choisir entre servir Jéhovah ou les dieux-démons en Josué 24:14 est cité comme modèle de la proposition divine adressée à tous les hommes.[102]

Le « purgatoire » et l'enfer

L'enseignement du « purgatoire » et des « tourments éternels » est présenté comme d'origine diabolique. Le Diable est identifié comme l'auteur de la doctrine selon laquelle il n'y a pas de mort, annoncée dès Genèse 3:4, d'où découle la notion d'immortalité de l'âme enseignée par les religieux.[103] La Bible est opposée à cette doctrine : l'homme est une âme et non un être qui possède une âme, selon Genèse 2:7, et l'âme qui pèche mourra, comme le déclare explicitement Ézéchiel 18:4-20.[104]

La doctrine de l'immortalité inhérente de l'âme est qualifiée de mensonge, car elle provient du Diable dont Jésus dit en Jean 8:44 qu'il est menteur et père du mensonge.[105]

Les morts

La question de la conscience après la mort reçoit une réponse fondée sur plusieurs textes scripturaux. Ecclésiaste 9:5-10 établit que les morts ne savent rien et n'ont plus aucune part à rien de ce qui se passe sous le soleil. Psaumes 6:5 et Psaumes 115:17 confirment que les morts ne louent pas Dieu.[106] Aucun texte de la Bible n'est présenté comme soutenant la doctrine de la conscience de l'homme après sa mort. Les religieux qui enseignent le contraire sont déclarés comme propageant le mensonge du Diable.[107]

L'égalité de sort entre l'homme et l'animal est soulignée par Ecclésiaste 3:19-20 : « comme l'un meurt, ainsi meurt l'autre ; ils ont tous le même souffle, et l'homme n'a aucun avantage sur la bête », en harmonie avec le jugement prononcé contre Adam en Genèse 3:19.[108]

Le tourment

La doctrine religieuse de l'enfer comme lieu de torture éternelle est déclarée en totale contradiction avec la Bible.[109] L'hébreu sheol et le grec hadès, tous deux traduits par « enfer » ou « sépulcre » en anglais, désignent selon la brochure un état de mort, d'obscurité et d'inexistence totale, où la conscience est absente.[110] Job lui-même, serviteur approuvé de Dieu, priait pour être caché dans le sépulcre jusqu'à la fin de la colère divine, selon Job 14:13 et Job 17:13.[111]

Jésus-Christ lui-même est présenté comme ayant été dans l'« enfer » — c'est-à-dire dans la tombe, le condition de mort — jusqu'à sa résurrection par Dieu, d'après la citation par Pierre de Psaumes 16:10 en Actes 2:27-32 : « son âme n'a pas été laissée dans l'enfer, et sa chair n'a pas vu la corruption ».[112] La doctrine du tourment éternel est attribuée aux démons, et il est affirmé qu'une telle pensée n'est jamais entrée dans le cœur du Dieu Tout-Puissant, comme le déclare Jérémie 7:30-31.[113]

La corde de vie

La provision de Dieu pour accorder la vie à l'humanité repose entièrement sur Christ Jésus. Tous les êtres humains naissent imparfaits par suite du péché d'Adam, qui a introduit la mort dans le monde et que tous ses descendants ont hérité, selon Romains 5:12.[114] La vie éternelle est présentée comme don gratuit de Dieu par le Christ, selon Romains 6:23, et celui qui croit en lui ne périt pas mais obtient la vie éternelle, d'après Jean 3:16.[115]

Le sang versé de Jésus constitue le prix de la rançon ou de rachat pour la race humaine, faisant du Christ le propriétaire par achat de toute l'humanité. La condition préalable est la foi et l'obéissance : « La foi en Christ Jésus et l'obéissance à ses commandements sont les conditions préalables à la réception de la vie comme don gratuit ».[116] Ceux qui croient et obéissent reçoivent la vie, tandis que ceux qui refusent de croire et d'obéir demeurent sous la condamnation et périssent pour toujours, selon Jean 3:36. La grâce s'étend à tous les hommes : « le don gratuit est venu sur tous les hommes en vue de la justification de vie », d'après Romains 5:18.[117] Ayant été pleinement obéissant à Dieu jusqu'à la mort, Jésus est devenu « l'auteur du salut éternel pour tous ceux qui lui obéissent », selon Hébreux 5:9.[118]

Résurrection

De même que Dieu a ressuscité Jésus d'entre les morts, il a promis de ressusciter ceux qui lui avaient manifesté de la bonne volonté au moment de leur mort. Depuis Abel jusqu'à la venue de Jésus, certains hommes sont restés entièrement fidèles à Dieu et bénéficieront d'une « meilleure résurrection » selon Hébreux 11:35 ; ils seront établis comme princes sur la terre et agiront comme représentants du Gouvernement théocratique, ainsi que le prophétise Ésaïe 32:1.[119] Ces hommes fidèles sont également désignés comme « princes » en Psaumes 45:16. Les chrétiens fidèles qui ont suivi les traces de Christ Jésus — apôtres et autres engendrés de l'esprit — participent à « la première résurrection » de Apocalypse 20:4-6.[120] Ceux qui sont morts sans avoir eu l'occasion de connaître le dessein de Dieu seront réveillés de la mort et auront la possibilité de prouver leur intégrité, selon Jean 5:28-29, tandis que les volontairement méchants n'ont aucun espoir de résurrection, d'après Psaumes 145:20 et Psaumes 9:17.[121]

La cohérence de l'argument repose sur la démonstration que si les morts se trouvaient conscients dans le « purgatoire » ou dans le « tourment éternel », ils ne pourraient pas être ressuscités, car la résurrection est réservée aux « morts », selon 1 Corinthiens 15:4-24.[122] Les doctrines religieuses de l'« immortalité humaine », de la conscience dans le « purgatoire » et des « tourments éternels en enfer » sont déclarées absolument fausses par les Écritures. Suivre la religion de manière délibérée après avoir connu la vérité est annoncé comme conduisant à la mort éternelle, sans aucun réveil ni résurrection possible.[123]

Un refuge pour les réfugiés

Le récit biblique concernant les Israélites et les relations de Dieu avec eux est présenté comme des types ou prophéties préfigurant des événements plus importants devant se produire lors du second avènement de Christ Jésus, selon 1 Corinthiens 10:11 et 2 Timothée 4:1.[124] Dieu avait commandé à Moïse d'établir des « villes de refuge » pour quiconque aurait tué un être humain involontairement et sans malveillance : « vous vous désignerez des villes pour qu'elles vous servent de villes de refuge, où le meurtrier qui aurait tué quelqu'un par inadvertance pourra fuir », d'après Nombres 35:9-12.[125]

Ces villes de refuge préfigurent l'organisation de Dieu sous Christ Jésus, disponible pour les êtres humains vivant sur terre lors du second avènement. L'organisation de Jéhovah constitue le lieu de refuge pour ceux qui y cherchent protection et sécurité. Les membres du « corps du Christ » (1 Corinthiens 12:12-27) sont ceux que le Seigneur trouve fidèles à son second avènement, constituant la partie de Sion sur laquelle Christ Jésus est la tête (Psaumes 2:6). Le « petit troupeau » des oints se voit adresser la promesse de Luc 12:32 : « Ne crains pas, petit troupeau, car il a plu à ton Père de vous donner le royaume ».[126]

Les « autres brebis » de Jésus, mentionnées en Jean 10:16, sont identifiées aux personnes de bonne volonté envers Dieu, symboliquement désignées comme les Jonadabs ou Jonathanites, qui, en prouvant leur fidélité sous l'épreuve, formeront la « grande foule » proclamant le nom de Dieu et du Christ selon Apocalypse 7:9-10, avec la promesse de vivre éternellement sur la terre.[127]

La preuve scripturale est donnée que Christ Jésus a été intronisé comme Roi en 1914, d'après Psaumes 2:6 et Psaumes 110:1-2. En 1918, trois ans et demi après son intronisation — correspondant aux trois ans et demi du ministère terrestre de Jésus — l'organisation capitale de Dieu appelée « Sion » est présentée comme établie. Cette organisation constitue le lieu de refuge figuré par les « villes de refuge », et les personnes de bonne volonté envers Dieu désireuses de protection lors d'Harmaguédon peuvent y trouver refuge jusqu'à ce que la colère divine soit passée.[128]

Le sens de la formule scripturale selon laquelle « le meurtrier peut y fuir, lui qui a tué quelqu'un par inadvertance » est ensuite développé. Le pacte éternel de Dieu transmis par Noé interdit de tuer des hommes ou des animaux sauf sur autorisation de la Parole du Seigneur, d'après Genèse 9:5-6.[129] Toutes les nations de la terre ont violé ce pacte en versant injustement le sang humain selon Ésaïe 24:5-6, et toutes ont persécuté les fidèles témoins du Christ — les gouvernements d'Hitler, de Staline et le gouvernement espagnol de l'époque sont cités comme exemples de cette persécution.[130] Des millions d'hommes ont été contraints de tuer au cours de la Première Guerre mondiale sans malveillance envers leurs semblables ; ceux qui, ultérieurement éclairés, manifestent de la bonne volonté envers Dieu et désirent le servir, se tournent vers le Seigneur pour y trouver protection.[131]

Ces personnes de bonne volonté, désignées dans les Écritures comme les Jonadabs, doivent fuir vers les « villes de refuge antitypiques », c'est-à-dire l'organisation de Jéhovah Dieu sous Christ Jésus ; ils doivent obéir aux commandements du Seigneur, chercher la justice et la douceur, étudier la Bible, et se consacrer entièrement au soutien du Gouvernement théocratique.[132] Ils doivent refuser de pratiquer la religion, se ranger résolument aux côtés de Dieu et de son Roi, s'associer aux oints dans le service annonçant le Gouvernement théocratique, et demeurer absolument neutres à l'égard des guerres entre nations.[133] La prophétie de Sophonie 2:1 est invoquée pour les appeler à se rassembler : « Rassemblez-vous, oui, rassemblez-vous, ô nation qui n'est pas désirée ».[134]

Ce rassemblement ou cette fuite vers la ville de refuge antitypique doit s'accomplir avant la bataille du grand jour de Dieu Tout-Puissant. La parole de Sophonie 2:2-3 est citée : « Avant que le décret s'accomplisse, avant que le jour passe comme la balle, avant que la colère ardente de l'Éternel vienne sur vous... Cherchez l'Éternel, vous tous les humbles du pays, qui avez pratiqué ses ordonnances ; cherchez la justice, cherchez la douceur : peut-être serez-vous cachés au jour de la colère de l'Éternel ».[135]

L'admonition de 2 Timothée 2:15 est citée pour exhorter les Jonadabs à s'appliquer à l'étude de la Bible, et l'appel final de Jean 17:3 est repris comme formule de salut : « C'est ici la vie éternelle, qu'ils te connaissent, toi le seul vrai Dieu, et Jésus-Christ que tu as envoyé ».[136]

La richesse matérielle et l'influence politique sont présentées comme entièrement impuissantes face à la colère divine à venir. L'organisation catholique dirigée par la Hiérarchie est décrite comme ayant acquis des richesses immenses grâce à l'argent versé par les pauvres en échange de fausses garanties de salut. La prophétie d'Ézéchiel 7:17-19 est citée pour annoncer que ni l'or ni l'argent ne pourront délivrer les iniques au jour de la colère du Seigneur.[137] La citation de Jérémie 25:34-35 prophétise le sort des bergers et des principaux du troupeau — les prêtres et les religieux — qui n'auront aucun moyen de fuir, et la référence à 1 Thessaloniciens 5:3 confirme qu'aucun d'eux n'échappera.[138]

Les nations, gouvernées par la religion, la politique et le commerce, appellent à « plus de religion » au moment de la crise, prouvant ainsi qu'elles s'opposent toutes à la Théocratie. Psaumes 9:15-17 annonce leur sort : « Les méchants seront rejetés dans le Schéol, ainsi que toutes les nations qui oublient Dieu ».[139] En contraste, une promesse de Psaumes 9:9-10 est adressée aux personnes de bonne volonté : « L'Éternel est aussi un refuge pour l'opprimé, un refuge dans les temps de détresse ».[140]

La conclusion narrative reprend le cadre du groupe de fermiers : le chrétien leur propose des ouvrages — Government, Riches et Salvation — présentés comme des aides pour comprendre les conditions éprouvantes du temps présent. Les fermiers les acceptent avec le désir d'être davantage éclairés.[141] L'un d'eux pose la question de la parabole du riche en enfer et du pauvre Lazare dans le sein d'Abraham, demandant si ce passage prouve l'existence d'un enfer où les hommes sont conscients, et si les riches y descendent par le fait même de leur richesse.[142]

Le pauvre homme réconforté

La section est introduite par une description de Jéhovah comme « le Père des miséricordes et le Dieu de tout réconfort », selon 2 Corinthiens 1:3, qui abaisse les orgueilleux et élève les obéissants, d'après Psaumes 75:7 et Malachie 3:6.[143] Christ Jésus, officier exécutif de Dieu représentativement présent dans son temple saint, juge les nations, abaisse les « boucs » ou orgueilleux et apporte réconfort aux obéissants, ses « autres brebis », selon Matthieu 25:31-46.[144]

Les paraboles de Jésus sont présentées comme des prophéties qui ne peuvent être comprises qu'au moment de leur accomplissement ou en cours d'accomplissement. La parabole du riche et de Lazare, longtemps discutée, ne peut recevoir d'interprétation correcte fondée sur l'initiative privée, selon 2 Pierre 1:20.[145] Cette prophétie est déclarée au moins partiellement accomplie au moment de la rédaction de la brochure, ce qui rend désormais possible son examen.

Les principaux personnages de la parabole reçoivent les identifications allégoriques suivantes : le « Riche » représente le « mauvais serviteur », « l'homme du péché » et « le fils de perdition », dont la destinée est la destruction dans l'Hadès ; le « pauvre Lazare » représente les personnes de bonne volonté, figurées par Jonadab, Jonathan et d'autres, qui cherchent le Seigneur et forment en définitive la « grande foule » ; le « gouffre » représente la séparation impassable résultant du jugement final de Christ Jésus, qui divise définitivement les « boucs » des « brebis » et sépare l'organisation de Satan de celle de Jéhovah ; la « maison du père » désigne l'organisation de Satan, à laquelle appartiennent les religieux et leurs soutiens ; les « cinq frères », réunis avec le riche lui-même pour former six, symbolisent l'organisation terrestre entière de Satan.[146]

Introduction à la parabole

Le contexte est établi : Jésus s'adressait à ses disciples tandis que les Pharisiens, autojustifiés et entendant le discours, se trouvaient à proximité. Les Pharisiens, liés au pacte de la loi, y étaient infidèles et avaient substitué à la loi de Dieu la pratique de la religion, rendant nulle la Parole de Dieu et détournant le peuple de Dieu, ainsi que l'exposent Matthieu 15:1-9 et Jean 8:42-44.[147]

La parole de Jésus : « Nul serviteur ne peut servir deux maîtres : car ou il haïra l'un et aimera l'autre, ou il s'attachera à l'un et méprisera l'autre. Vous ne pouvez servir Dieu et Mamon » (Luc 16:13-14) est présentée comme ayant particulièrement touché les Pharisiens, qui se savaient coupables de ce dont Jésus parlait.[148] Les Pharisiens jouissaient en comparaison du peuple ordinaire d'une position d'aisance et de confort, correspondant à la position des clercs des grandes organisations religieuses du temps présent, qui bénéficient d'aisance matérielle et d'un grand pouvoir sur le peuple.[149] Qualifiés d'« amateurs d'argent » selon les traductions de Rotherham et de l'Emphatic Diaglott, et de porteurs de « la racine de tous les maux » selon 1 Timothée 6:10, les Pharisiens sont présentés comme préfigurant une classe qui occupera une position similaire dans les derniers jours, décrite comme avide et entièrement infidèle selon 2 Timothée 3:1-2.[150]

Le mendiant

La dénomination précise du mendiant dans la parabole est relevée comme significative : « Lazare » signifie « Dieu est secours », c'est-à-dire celui qui reçoit l'aide de Dieu, en contraste frappant avec le riche qui n'en reçoit pas.[151] La pauvreté de Lazare est interprétée non comme une indigence matérielle, mais comme une pauvreté spirituelle au sens de Matthieu 5:3 : la pauvreté en esprit, propre à ceux qui reçoivent leurs bénédictions par le royaume, selon Psaumes 34:6 et Psaumes 40:17.[152]

La classe que Lazare représente est identifiée aux personnes de bonne volonté au sein des organisations religieuses, notamment la « population catholique » du système catholique romain, des personnes sincères retenues en sujétion par leurs organisations et décrites par le prophète comme « les hommes qui soupirent et crient à cause de toutes les abominations commises au milieu » des organisations religieuses (Ézéchiel 9:4).[153] Depuis 1922, les témoins de Jéhovah sont présentés comme accomplissant le commandement divin d'aller au milieu de ces populations pour leur donner l'occasion d'entendre la vérité.[154]

La condition de Lazare « couvert de plaies » correspond à l'état spirituel des personnes de bonne volonté privées de nourriture spirituelle par leurs chefs religieux, qui non seulement ont négligé de les nourrir mais ont délibérément tenu loin d'elles la vérité de la Parole de Dieu, conformément au reproche d'Ézéchiel 34:4 : « Les malades, vous ne les avez pas fortifiés ; ceux qui étaient malades, vous ne les avez pas guéris ».[155]

Les « chiens » qui viennent lécher les plaies de Lazare (Luc 16:21) sont interprétés comme les réformateurs mondains — socialistes et organisations similaires — qui ont tenté d'alléger les souffrances du peuple mais en vain, n'ayant que des projets illusoires, et qui, regardés comme des parias par les hautes sphères, ont été les seuls à s'occuper des personnes de bonne volonté jusqu'au moment fixé par Dieu.[156] La classe du « mauvais serviteur » aurait, quant à elle, justifié son inaction en déclarant que les bénédictions de la restitution seraient données à ces personnes pendant le règne millénaire, et qu'il n'y avait donc pas lieu de s'en occuper dans l'immédiat.[157]

Conditions changées

Le changement de condition annoncé par la parabole est examiné à la lumière de la doctrine jéhoviste sur la mort. La mort signifie l'absence de vie ou de droit à la vie ; par le péché, toute l'humanité se trouve dans la condition d'être « morte dans ses offenses et ses péchés » selon Éphésiens 2:1 et Romains 5:12.[158] Le dispositif divin prévu par Jean 3:16 et Romains 6:23 permet à ceux qui croient en Christ Jésus d'obtenir la vie par lui.[159]

Dans l'accomplissement prophétique, la mort du mendiant et son transport dans le sein d'Abraham (Luc 16:22) sont interprétés comme la mise sous la faveur de Jéhovah, désigné comme le « Grand Abraham » selon Romains 4:16-17.[160] Les « autres brebis » du Seigneur, aliénées de Dieu et maintenues dans l'ignorance par les religionistes, demeurent dans cet état jusqu'à la venue de Christ au temple et au début du rassemblement de ses « autres brebis » selon Jean 10:16.[161] Au temple, le Seigneur Jésus est accompagné d'anges saints selon Matthieu 25:31, et c'est par leur intermédiaire qu'il fait parvenir le message à ses serviteurs sur terre pour rassembler sa « grande foule ».[162]

En 1935, la révélation que la « grande foule » constitue une classe terrestre destinée à vivre éternellement sur la terre (Apocalypse 7:9-17) est présentée comme ayant apporté une joie immense aux personnes de bonne volonté qui l'ont entendue.[163] La classe du « mauvais serviteur » aurait au contraire vigoureusement contesté cette vérité réconfortante, s'accrochant à la doctrine non scripturaire selon laquelle la « grande foule » serait une classe spirituelle secondaire, et maintenant le peuple de bonne volonté dans l'ignorance.[164]

La mort du riche et son ensevelissement (Luc 16:22-23) signifient qu'il a cessé d'avoir tout droit à la vie. Les ecclésiastiques et la classe du « mauvais serviteur », ayant méprisé la bonté de Dieu malgré l'opportunité splendide offerte depuis l'intronisation du Seigneur Jésus, ont spirituellement péri et sont entrés dans le Shéol, tout en conservant encore une mesure d'existence.[165] Le changement de condition frappe ainsi les deux classes : la classe de Lazare s'éveille à la vie éternelle, tandis que la classe du riche s'éveille à un mépris durable, rejetée par le Seigneur.[166]

La partie de la parabole où le riche supplie Abraham d'envoyer Lazare tremper le bout de son doigt dans l'eau pour rafraîchir sa langue (Luc 16:24) est déclarée en cours d'accomplissement au moment de la rédaction. La vérité proclamée au sujet des religionistes et de la « grande foule » est comparée à un feu de tourment pour les religionistes et la classe du « mauvais serviteur », qui commencent à réaliser que le message

Le gouffre

La figure du locuteur de la parabole s'adressant au coupable à la manière dont Josué parla à Achan — qui figure cette même classe avide et perverse (Josué 7:19) — est soulignée : il l'appelle « fils ». Le Seigneur déclare ensuite : « entre nous et vous il y a un grand abîme fixé, de sorte que ceux qui voudraient passer d'ici vers vous ne le peuvent, et que de là on ne peut non plus passer vers nous » (Luc 16:26).[167]

Ce grand abîme est identifié au fossé infranchissable résultant du jugement final que Christ Jésus prononce à présent, séparant les « boucs » des « brebis » fidèles selon Matthieu 25:31-46.[168] Aux « boucs », le Seigneur dit : « Retirez-vous de moi, maudits, dans le feu éternel préparé pour le diable et ses anges » — jugement définitif après lequel la classe des « boucs » ne peut plus jamais accéder à la bénédiction du Seigneur, et les « autres brebis » ne peuvent traverser l'abîme sans perdre la vie.[169]

Jéhovah fait clairement apparaître, par la prophétie d'Ézéchiel 35:9,15, qu'avant l'exécution de son jugement final contre les méchants, ceux-ci savent que Jéhovah est le Souverain Suprême et qu'ils ont perdu toute faveur auprès de lui.[170] La classe du « mauvais serviteur » est alors figurée comme suppliant le Seigneur d'envoyer Lazare à la maison de son père pour avertir ses cinq frères, afin qu'ils ne viennent pas à leur tour en ce lieu de tourment (Luc 16:27-28). Le père de la classe du « riche » est identifié au Diable, ainsi que Jésus l'avait clairement établi en Jean 8:44, de sorte que les cinq frères du riche, avec lui-même, forment six et représentent toute la maison ou organisation de Satan.[171]

La réponse du Seigneur — « Ils ont Moïse et les prophètes ; qu'ils les écoutent » (verset 29) — signifie que ces opposants ont eu les Écritures, les paroles de Moïse, des prophètes, de Jésus et des apôtres ; au lieu de suivre la loi de Dieu, ils ont préféré la religion et pressé le peuple de pratiquer « davantage de religion », que Dieu déclare être un piège.[172]

Lorsque les témoins de Jéhovah s'approchent de cette classe avec le message de vérité, elle persécute ces témoins et refuse d'entendre les avertissements scripturaires au sujet du piège du Diable.[173] La réplique du Seigneur à la supplication d'envoyer quelqu'un de ressuscité — « S'ils n'entendent pas Moïse et les prophètes, ils ne seront pas persuadés même si quelqu'un ressuscite d'entre les morts » (Luc 16:31) — est appliquée au temps présent : même si les fidèles témoins d'autrefois revenaient brièvement de la mort pour témoigner devant les religionistes, les politiciens et les financiers, ceux-ci n'entendraient pas et n'obéiraient pas ; le jugement de Christ Jésus au temple sur les nations est final.[174]

Le grand abîme entre les « boucs » et les « brebis » ne peut jamais être modifié, parce que Dieu ne change pas. L'illustration frappante en est donnée par l'exemple divin concernant Judas et Ésaü (Matthieu 27:3-5 ; Hébreux 12:17). Pour ceux qui ont préféré la maison de Satan et se sont opposés à la Théocratie, il est écrit selon Ésaïe 26:10-11,14 : « Que la grâce soit accordée au méchant, il n'apprendra pas la justice ; ils sont morts, ils ne vivront pas ; ils sont décédés, ils ne ressusciteront pas ».[175]

L'une des théories favorites de la classe du « mauvais serviteur » — la fausse doctrine du salut universel, incluant le Diable lui-même — est déclarée entièrement réfutée par cette parabole, qui montre la fin définitive des opposants et démontre l'impossibilité de sauver qui a délibérément et volontairement résisté au royaume de Dieu.[176]

Corroboration

Toute la Parole de Dieu est présentée comme harmonieuse parce que toutes ses voies sont droites. D'autres textes scripturaires sont convoqués en corroboration de l'interprétation de la parabole du riche et de Lazare. Le douzième chapitre de Daniel, particulièrement les versets 1 et 3, est déclaré faire clairement référence au « jour de Jéhovah », qui a commencé avec l'intronisation de Christ Jésus comme Roi en 1914. Dans ce jour s'applique le verset suivant : « Plusieurs de ceux qui dorment dans la poussière de la terre se réveilleront, les uns pour la vie éternelle, et les autres pour la honte et pour la confusion perpétuelle » (Daniel 12:2).[177]

Ce verset ne peut, selon l'argumentation développée, se rapporter ni à la résurrection générale des morts pendant le règne de Christ — les méchants ne ressusciteront jamais (Psaumes 145:20) — ni à l'éveil des méchants à la fin du règne millénaire.[178] La descendance de la « grande foule » qui se tournerait vers la méchanceté serait anéantie (Ésaïe 66:24).

La prophétie de Daniel 12:2 est interprétée comme se rapportant à l'éveil de deux classes : l'une à la prise de conscience de leur condition déplorable — réalisation devant précéder Armageddon — l'autre à l'opportunité de la vie éternelle. L'expression « poussière de la terre » représente figurativement ce qui est bas, vil et sans valeur, une condition d'ignorance, d'inactivité et de ténèbres. Le début du « jour de Jéhovah » et du « jour de Christ » trouve le monde exactement dans l'état décrit par le prophète, lorsque « les ténèbres couvriront la terre, et une obscurité profonde les peuples » (Ésaïe 60:2), et c'est avec l'apparition de Christ Jésus au temple qu'une plus grande lumière est venue sur la Parole de Dieu.[179] La lumière révèle tant ce qui est juste que ce qui est faux, selon Éphésiens 5:13.[180]

Ceux qui avaient autrefois accepté de faire la volonté de Dieu mais étaient devenus négligents et donc endormis sont morts à leurs privilèges ; le message qui leur est adressé est celui d'Éphésiens 5:14-16 : « Réveille-toi, toi qui dors, et lève-toi d'entre les morts, et Christ t'éclairera ».[181] La lumière de la vérité a fait se réveiller ceux qui aiment la justice de leur condition d'endormissement dans les choses basses de la terre ; simultanément, les religionistes sont mis face à face avec la lumière qui révèle leur condition déplorable.[182]

La classe des « vierges folles » se réveille trop tard et se trouve dans une condition déplorable selon Matthieu 25:5-8,11-12. Aux chefs religieux et aux principaux de leurs troupeaux, qui ont longtemps dormi dans la poussière de la terre, le Seigneur dit selon Joël 1:5 : « Réveillez-vous, ivrognes, et pleurez ; howl, tous les buveurs de vin, à cause du vin nouveau, car il est enlevé de votre bouche ».[183] Les deux classes qui s'éveillent ainsi de la poussière de la terre sont décrites en Daniel 12:2 : la classe des « autres brebis » composant la « grande foule » s'éveille à la vie éternelle, et la classe des « boucs » s'éveille à un mépris éternel — cet éveil ayant lieu dans le jour de Jéhovah et avant Armageddon.[184]

Abraham est présenté comme ayant figuré Jéhovah Dieu ; Isaac comme un type de Christ Jésus, le Fils bien-aimé de Dieu ; Jacob comme un type du Christ, Chef et corps (Colossiens 1:18) — constituant ainsi la figure de la Théocratie.[185] La classe Jonathan, qui formera la « grande foule », voit et apprécie désormais la Théocratie et vient au royaume de Dieu depuis toutes les parties de la terre, trouvant refuge, protection, repos et réconfort sous l'organisation de Jéhovah.[186]

La foi du centurion, dont Jésus déclara selon Matthieu 8:10 n'en avoir jamais trouvé de si grande en Israël, est rapprochée de la foi et du zèle manifestés aujourd'hui par la classe Jonathan, qui, sans être des Israélites spirituels, surpassent souvent en foi ceux qui prétendent l'être.[187] Jésus ajouta : « Beaucoup viendront de l'orient et de l'occident, et s'assiéront à table avec Abraham, Isaac et Jacob, dans le royaume des cieux ; mais les fils du royaume seront jetés dans les ténèbres du dehors » (Matthieu 8:11-12).[188]

L'information est aujourd'hui portée directement au clergé et à la classe du « mauvais serviteur », qui prétendent être des Israélites selon l'esprit, pour leur annoncer que le Royaume est imminent et que tous ceux qui soutiennent la Théocratie trouveront la vie, tandis que ceux qui s'y opposent seront détruits.[189] Les « autres brebis » du Seigneur, entendant ce message, accourent de tous les horizons et de toutes les couches du peuple ordinaire ; voyant par la foi qu'Abraham figure le Grand Abraham, Jéhovah Dieu, qu'Isaac figure Christ Jésus, et que Jacob figure le Christ, Chef et corps, ils se hâtent de se placer sous la Théocratie et « s'assoient avec Abraham, Isaac et Jacob », ce qui montre qu'ils ont trouvé repos, protection, aise et réconfort.[190]

D'autres textes scripturaires montrent qu'Abraham, Isaac et Jacob ressuscités seront sur la terre immédiatement avant Armageddon, et que les personnes de bonne volonté formant la « grande foule » leur seront littéralement associées — donnant ainsi à Matthieu 8:11 un double sens.[191]

La classe du « mauvais serviteur » et du « fils de perdition », ayant choisi l'amour des richesses et du pouvoir au détriment de la fidélité, est tombée dans la tentation et le piège décrit en 1 Timothée 6:9-10. Faisant confiance à ses propres richesses pour entrer dans le Royaume, cette classe entend le Seigneur lui déclarer selon Luc 13:25-28 : « Je ne vous connais pas, d'où vous êtes ; retirez-vous de moi, vous tous, ouvriers d'iniquité », ajoutant qu'il y aura des pleurs et des grincements de dents lorsqu'ils verront Abraham, Isaac, Jacob et tous les prophètes dans le Royaume de Dieu, tandis qu'eux-mêmes en seront chassés.[192]

Simultanément, les paroles de Jésus au verset 29 s'appliquent à la classe Lazare, qui formera la « grande foule » venant de l'est, de l'ouest, du nord et du sud pour s'asseoir dans le Royaume de Dieu.[193] Ces « autres brebis » venues de tous les horizons rendent gloire à Jéhovah Dieu, comme l'exprime Apocalypse 7:15-17 : « ils sont devant le trône de Dieu et le servent jour et nuit dans son temple ; ils n'auront plus faim, ni soif ; Dieu essuiera toute larme de leurs yeux ».[194]

Les personnes honnêtes et sincères qui désirent la justice et cherchent le Seigneur trouvent désormais repos et réconfort. Le Père des miséricordes leur apporte la consolation et le privilège de le connaître, de se joindre aux autres pour porter le message du Royaume au monde en détresse ; la classe Lazare reçoit maintenant les « bonnes choses » de la main du Seigneur.[195]

Au vingt-troisième chapitre de Matthieu, le Seigneur Jésus décrit à nouveau la même classe figurée par le riche et, avec les paroles les plus sévères jamais prononcées, il la dénonce en déclarant selon Matthieu 23:31-33 : « vous témoignez vous-mêmes contre vous que vous êtes les fils de ceux qui ont tué les prophètes [...] Serpents, race de vipères ! comment vous déroberez-vous à la condamnation de la géhenne ? ».[196]

L'élément religieux, incluant la classe des « anciens élus », s'est longtemps exalté lui-même. Les pauvres en esprit, d'humilité et de douceur, ont tenté d'apprendre, mais, sous l'influence des religionistes, ont été maintenus dans l'ignorance et mis de côté ; le Seigneur leur fait désormais porter son message, accomplissant les paroles de Jésus en Matthieu 23:12 : « quiconque s'élèvera sera abaissé, et quiconque s'abaissera sera élevé ».[197]

La classe Lazare entre désormais dans son héritage. Par la foi, elle voit les grandes bénédictions que Dieu lui réserve et part avec un zèle ardent dans le service pour proclamer la Théocratie, sa joie ne cessant de croître dans la participation à la vindication du nom du Grand Abraham et dans le service de son Bien-aimé, le Roi du Gouvernement Théocratique.[198]

La brochure se conclut par une exhortation directe adressée à ceux qui sont de bonne volonté envers le Seigneur et entendent son message gracieux concernant leur salut : ils sont invités à donner leur allégeance et leur soutien entiers et sans réserve à la Théocratie, à se joindre à la proclamation des louanges de Jéhovah en déclarant son nom et son Royaume à tous ceux qu'ils peuvent atteindre, dans la conviction que « tous ceux qui veulent maintenant conserver la faveur du Très-Haut doivent donner toute leur dévotion et leur soutien à Jéhovah et à son Roi ».[199]

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Illustrations du numéro

Références

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