L'Âge d'Or du 5 Mars 1930
Autres actions
| L'Âge d'Or du 5 Mars 1930 | |
|---|---|
| Revue | Consolation |
| Date | 1930 |
| Année | 1930 |
| Éditeur | Watch Tower Bible and Tract Society |
Ce numéro est dominé par une longue enquête sur les pratiques du Dr. Albert Abrams et de ses « Réactions Électroniques », que l'auteur Roy D. Goodrich assimile à une forme de spiritisme camouflé en diagnostic médical. La mise en cause de ces thérapies pseudo-scientifiques s'inscrit dans la ligne éditoriale alors constante de L'Âge d'Or, qui associe charlatanisme médical et influences occultes pour mieux les disqualifier aux yeux des lecteurs.
Le numéro consacre par ailleurs une place notable aux attaques contre la Science Chrétienne, avec plusieurs articles distincts dénonçant à la fois ses méthodes d'intimidation envers les éditeurs et ses contradictions doctrinales internes. C'est le juge Joseph Rutherford lui-même qui intervient, dans une allocution radiophonique sur WBBR, pour exposer la justification théologique du mal et la souveraineté de Jéhovah face aux agissements de Satan.
Contenu
Oui-ja, petits et grands
Ce numéro de L'Âge d'Or consacre un long article à la critique des planchettes Ouija et, par extension, des théories dites des « Réactions Électroniques d'Abrams » (E.R.A.), présentées comme une forme de spiritisme déguisé. L'auteur, Roy D. Goodrich, affirme que le « Diagnostic Machine » du Dr. Albert Abrams n'est rien d'autre qu'une planchette Ouija sophistiquée, nécessitant l'intervention d'un médium pour fonctionner. Il décrit en détail les mécanismes supposés de cette machine, soulignant l'absence de preuves scientifiques pour étayer les prétentions de l'E.R.A. et dénonçant l'influence des esprits démoniaques dans son utilisation. L'article met en lumière les contradictions internes de la théorie d'Abrams, notamment l'absence de fondement scientifique pour expliquer les « vibrations électroniques » censées diagnostiquer les maladies. Goodrich cite également des témoignages de patients et des observations personnelles pour illustrer son propos, concluant que l'E.R.A. relève du charlatanisme et du spiritisme, en opposition directe avec les enseignements bibliques [1].
Jésus Marie Ann
Dans cette rubrique, l'auteur critique les croyances catholiques concernant Sainte Anne, présentée comme la mère de la Vierge Marie et, par extension, la « grand-mère de Dieu ». L'article souligne l'évolution des dogmes catholiques, passant de l'Immaculée Conception de Jésus à celle de Marie, puis à celle de Sainte Anne. Il dénonce également les pratiques superstitieuses associées à Sainte Anne, comme l'utilisation d'une « huile de Sainte Anne » bénie pour des usages miraculeux. L'auteur ironise sur ces croyances, les qualifiant de dénuées de fondement biblique et de contraires à la raison [2].
Questions et réponses bibliques
Cette section répond à deux questions bibliques posées par les lecteurs. La première concerne la place de Jean le Baptiste dans le Royaume de Dieu, expliquant que bien qu'il fût un grand prophète, il ne fera pas partie du Royaume céleste, mais sera ressuscité comme prince sur la Terre. La seconde question aborde la signification de la mort de Jésus pour ceux qui sont morts avant lui, affirmant que sa mort offre une résurrection à tous, y compris aux non-chrétiens et aux païens, conformément aux promesses bibliques [3].
Pourquoi le mal est-il permis ?
Dans cette conférence radiophonique diffusée sur WBBR, le juge Rutherford explique pourquoi Dieu permet le mal. Il affirme que Satan, en tant qu'adversaire de Dieu, a mis en doute la parole et le nom de Jéhovah en incitant l'homme à pécher. Rutherford souligne que Dieu a permis cette situation pour démontrer Sa suprématie, Sa justice, Sa sagesse et Son amour, tout en préparant la restauration de l'humanité par le biais du Royaume de Christ. Il insiste sur le fait que cette permission temporaire du mal aboutira à la destruction de Satan et à la justification du nom de Jéhovah [4].
Le type de bandit du Wisconsin
Cet article dénonce les pratiques abusives d'une compagnie privée d'électricité dans le nord du Wisconsin, qui impose des tarifs exorbitants aux petits consommateurs et aux agriculteurs, tout en offrant des tarifs préférentiels aux grandes industries. L'auteur compare ces pratiques à du « banditisme légalisé » et critique l'exploitation des consommateurs par les monopoles privés, soulignant l'injustice de ces disparités tarifaires [5].
De Dan à Beersheba
Cette rubrique rassemble plusieurs brèves nouvelles internationales et nationales. Parmi les sujets abordés : - La situation économique difficile en Allemagne, avec deux millions de chômeurs en raison des consolidations industrielles et de l'automatisation [6]. - La construction d'une usine de tracteurs à Stalingrad, en URSS, achevée en avance, avec des travailleurs russes décrits comme « excellents » [7]. - Les découvertes chimiques récentes, comme la fabrication de soie à partir de fibres d'ananas ou de gaz à partir de tiges de maïs [8]. - La famine des enfants à Porto Rico, attribuée à l'exploitation par des propriétaires terriens absents [9]. - La militarisation mondiale, avec des exemples de contrebande d'armes vers la Chine et la Yougoslavie [10]. - Les conditions de travail en Russie, où les salaires hebdomadaires sont élevés et les journées de travail courtes [11].
Les scientistes chrétiens cherchent à supprimer la vérité
Cette section critique les tentatives des scientistes chrétiens de supprimer la liberté d'expression, notamment en protestant contre une conférence radiophonique de R.H. Barber qui les avait qualifiés d'« anges du diable ». L'article reproduit une correspondance entre Barber et un représentant des scientistes chrétiens, Ralph B. Textor, qui exigeait la cessation de telles critiques. Barber répond en défendant le droit à la libre discussion des doctrines religieuses, conformément à la Constitution américaine et aux enseignements bibliques. Il souligne également les contradictions doctrinales des scientistes chrétiens, comme leur négation de la réalité de la maladie et de la personnalité de Dieu [12].
Scribner contre la Science Chrétienne
L'article relate un conflit entre l'éditeur Scribner's et l'Église de la Science Chrétienne, cette dernière ayant tenté d'interdire la vente d'un livre critique envers Mary Baker Eddy. Il dénonce les méthodes d'intimidation utilisées par les scientistes chrétiens pour empêcher la diffusion d'ouvrages jugés « offensants », ainsi que leur prétention à représenter 10 millions de membres, alors que le recensement officiel n'en comptait que 202 098 en 1926. L'auteur critique également leur refus de soumettre leurs croyances à un débat public et leur utilisation de la censure pour étouffer les critiques [13].
Le service d'espionnage de la Science Chrétienne
Cette rubrique dénonce le « Christian Science Committee on Publication », présenté comme un service d'espionnage et d'intimidation visant à supprimer toute critique envers la Science Chrétienne. L'auteur décrit comment ce comité exerce des pressions sur les éditeurs et les libraires pour empêcher la diffusion d'ouvrages critiques, tout en utilisant des méthodes similaires à celles des régimes totalitaires. Il souligne également les contradictions internes de la Science Chrétienne, notamment son rejet de la réalité de la maladie tout en recourant à des traitements médicaux conventionnels [14].
Laissons les médecins être justes
Dans cet article, l'auteur critique les pratiques de la médecine conventionnelle, notamment son rejet systématique des autres méthodes de guérison, comme la naturopathie ou l'ostéopathie. Il souligne que chaque système de guérison possède des éléments de vérité, mais que la médecine allopathique refuse de reconnaître ses propres limites. L'article dénonce également l'influence des trusts médicaux, comme l'American Medical Association, qui utilisent leur pouvoir pour discréditer les autres approches thérapeutiques. L'auteur plaide pour une approche plus ouverte et équitable envers les différentes philosophies de guérison [15].
La question de la levure
Le Dr. W.E. Reynolds critique les recommandations médicales en faveur de la consommation de levure, présentée comme une source de vitamines. Il dénonce cette théorie comme une invention de la médecine conventionnelle, soulignant que les vitamines n'ont jamais été isolées chimiquement et que la levure, en tant que champignon, produit de l'alcool et des gaz lors de sa fermentation, ce qui peut être nocif pour la santé. L'auteur met en garde contre les effets à long terme de la consommation de levure, notamment la distension des intestins et les risques de maladies chroniques [16].
Adieu à tout cela
Cet article, signé A.J. West, présente un extrait du livre de Robert Graves, Good-Bye to All That, qui décrit les horreurs de la Première Guerre mondiale. Graves dénonce les méthodes employées par les belligérants, notamment les exécutions pour « lâcheté » et l'utilisation de la propagande pour justifier la guerre. L'auteur de l'article souligne que ces récits devraient renforcer le désir de paix et de justice parmi les lecteurs, conformément aux enseignements bibliques sur la fin des guerres [17].
Ce que la cuisine peut faire en trois semaines
Dans cette rubrique, une lectrice, Mme A.L. Brown, raconte comment elle a convaincu une femme dont le mari souffrait d'empoisonnement à l'aluminium de remplacer ses ustensiles de cuisine en aluminium. Après trois semaines d'utilisation d'autres matériaux, l'état de santé du mari s'est amélioré de manière significative. L'auteure attribue cette guérison à la lecture des articles de L'Âge d'Or sur les dangers de l'aluminium [18].
Quillen conseille la résistance passive
Robert Quillen, dans un article reproduit ici, critique les mécanismes de la guerre et les « hommes d'État » qui la déclenchent. Il souligne l'interdépendance des travailleurs à travers le monde et leur hostilité commune envers la guerre. Quillen propose la résistance passive comme moyen de mettre fin aux conflits, affirmant que si les hommes refusaient de se battre, les dirigeants ne pourraient plus déclencher de guerres. Il compare cette situation à un combat de coqs, où les animaux refuseraient de se battre [19].
Analyse
Croyances
La conférence radiophonique de Rutherford diffusée sur WBBR et reproduite dans ce numéro développe une théodicée dont le fondement scripturaire est le récit de la chute d'Adam, relu comme un défi lancé à la souveraineté de Jéhovah par Satan.[20] Cette lecture, selon laquelle Dieu permet le mal non par impuissance mais pour valider publiquement sa suprématie contre une accusation satanique, est une constante de la doctrine watchtowerienne depuis les années 1920 et distingue la théologie de l'organisation des théodicées classiques du christianisme, qui abordent davantage le problème du mal par la notion de libre arbitre que par celle de vindication du nom divin. Dans ce numéro, Rutherford insiste sur le fait que la permission temporaire du mal aboutira à « la destruction de Satan » et à la restauration de l'humanité par le Royaume de Christ,[21] ce qui place l'eschatologie au cœur de la réponse doctrinale au problème du mal, conformément à l'orientation générale de la prédication de l'époque.
La section consacrée à Jean le Baptiste et à la portée universelle de la mort de Jésus illustre la distinction doctrinale alors fermement tenue entre résurrection céleste et résurrection terrestre.[22] La publication y affirme que Jean le Baptiste, bien que grand prophète, ne fera pas partie du Royaume céleste mais sera ressuscité comme prince sur la Terre, en s'appuyant sur les paroles de Matthieu 11:11. Cette hiérarchie entre une classe céleste limitée et une classe terrestre bénéficiant également du rachat est cohérente avec la doctrine des deux espoirs développée par l'organisation à cette époque, doctrine qui appuie la résurrection terrestre sur Jean 5:28-29 et Actes 24:15. L'affirmation complémentaire selon laquelle la mort de Jésus offre une résurrection aux non-chrétiens et aux païens élargit la portée sotériologique du rachat bien au-delà des seuls croyants, ce qui contraste avec les positions calvinistes ou luthériennes de la même époque.[23]
L'article consacré aux « Réactions Électroniques d'Abrams » (E.R.A.) manifeste la conviction doctrinale que toute technique médicale s'appuyant sur un intermédiaire « sensible » relève du spiritisme.[24] Roy D. Goodrich y soutient que le « Diagnostic Machine » d'Abrams ne fonctionne que par l'entremise d'un médium, ce qui l'assimile à une planchette Ouija et donc à une forme d'intervention démoniaque. Cette grille d'interprétation qui range dans la catégorie du spiritisme tout phénomène inexpliqué par la science conventionnelle est récurrente dans la revue depuis la fin des années 1910, période où Clayton J. Woodworth, rédacteur en chef du périodique, avait fait du combat contre le spiritisme un axe éditorial majeur.[25] Il est notable que la publication cible ici une pratique médicale marginale tout en défendant dans le même numéro d'autres approches alternatives comme la naturopathie ou l'ostéopathie, révélant une ligne de partage fondée non sur le consensus scientifique mais sur la présence ou l'absence supposée d'une influence occulte.[26]
La critique des croyances catholiques relatives à sainte Anne s'inscrit dans une polémique antireligieuse systématique caractéristique de la revue à cette époque. La publication dénonce l'évolution des dogmes marials comme un processus d'invention humaine sans fondement biblique, arguant que l'extension de l'Immaculée Conception de Marie à sa propre mère constitue une dérive théologique susceptible de se prolonger indéfiniment.[27] Cette critique formelle de la tradition catholique rejoint la position scripturaire fondamentale de l'organisation, qui rejette tout enseignement non explicitement attesté dans la Bible et qui, depuis les discours publics de Rutherford au début des années 1920, traite l'Église catholique romaine comme un système organisé d'erreur doctrinale.[28]
Organisation et histoire
Le numéro du 5 mars 1930 de L'Âge d'Or porte la marque éditoriale de Clayton J. Woodworth, rédacteur en chef du périodique depuis sa fondation en 1919, dont l'orientation personnelle en matière de médecine alternative explique directement la présence dans ce numéro d'articles critiques à l'égard de la médecine conventionnelle, des planchettes Ouija, et de la levure comme supposé remède vitaminique.[29] L'article de Roy D. Goodrich sur les « Réactions Électroniques d'Abrams » s'inscrit dans une posture propre à la ligne éditoriale du journal sous Woodworth : la critique des appareils médicaux présentés comme frauduleux ou spiritistes, tout en promouvant parallèlement d'autres théories médicales non conventionnelles.[30]
La critique des ustensiles en aluminium, illustrée dans ce numéro par le témoignage d'une lectrice rapportant la guérison de son mari après abandon de cet alliage, constitue l'une des campagnes récurrentes menées par L'Âge d'Or à cette période, campagne directement attribuée à l'influence personnelle de Woodworth sur la ligne rédactionnelle du périodique.[31]
Le numéro publie une conférence radiophonique de Joseph F. Rutherford diffusée sur la station WBBR, dont le réseau de diffusion en 1930 s'étendait sur plusieurs dizaines de stations à travers les États-Unis.[32] Cette présence radiophonique constitue, à la date de publication de ce numéro, l'un des principaux vecteurs de diffusion du message de l'organisation aux États-Unis, le périodique servant de support écrit complémentaire à l'activité radiophonique de Rutherford.
En mars 1930, les membres du mouvement se désignent encore sous le terme d'« étudiants de la Bible », appellation collective qui prévaut depuis les origines du mouvement russellite et qui continue d'être utilisée dans ce numéro pour identifier les fidèles.[33] L'identité collective du mouvement reste donc, à la date exacte de ce numéro, celle des étudiants de la Bible, telle qu'elle se manifeste notamment dans la mention de Goodrich comme appartenant à ce groupe.
Illustrations du numéro
Références
- ↑ L'Âge d'Or du 5 Mars 1930, pp. 355-361.
- ↑ L'Âge d'Or du 5 Mars 1930, p. 375.
- ↑ L'Âge d'Or du 5 Mars 1930, pp. 376-377.
- ↑ L'Âge d'Or du 5 Mars 1930, pp. 378-380.
- ↑ L'Âge d'Or du 5 Mars 1930, p. 362.
- ↑ L'Âge d'Or du 5 Mars 1930, p. 363.
- ↑ L'Âge d'Or du 5 Mars 1930, p. 363.
- ↑ L'Âge d'Or du 5 Mars 1930, p. 363.
- ↑ L'Âge d'Or du 5 Mars 1930, p. 366.
- ↑ L'Âge d'Or du 5 Mars 1930, p. 366.
- ↑ L'Âge d'Or du 5 Mars 1930, p. 365.
- ↑ L'Âge d'Or du 5 Mars 1930, pp. 371-373.
- ↑ L'Âge d'Or du 5 Mars 1930, p. 373.
- ↑ L'Âge d'Or du 5 Mars 1930, p. 374.
- ↑ L'Âge d'Or du 5 Mars 1930, pp. 374-375.
- ↑ L'Âge d'Or du 5 Mars 1930, p. 375.
- ↑ L'Âge d'Or du 5 Mars 1930, p. 369.
- ↑ L'Âge d'Or du 5 Mars 1930, p. 370.
- ↑ L'Âge d'Or du 5 Mars 1930, p. 370.
- ↑ L'Âge d'Or du 5 Mars 1930, pp. 378-380.
- ↑ L'Âge d'Or du 5 Mars 1930, p. 378.
- ↑ L'Âge d'Or du 5 Mars 1930, pp. 376-377.
- ↑ L'Âge d'Or du 5 Mars 1930, p. 377.
- ↑ L'Âge d'Or du 5 Mars 1930, pp. 355-361.
- ↑ AJWRB, « Quack Medicine », consulté en 2024.
- ↑ L'Âge d'Or du 5 Mars 1930, pp. 374-375.
- ↑ L'Âge d'Or du 5 Mars 1930, p. 375.
- ↑ L'Âge d'Or du 5 Mars 1930, p. 375.
- ↑ AJWRB.org, « Quack Medicine », consulté en 2024.
- ↑ L'Âge d'Or du 5 Mars 1930, pp. 355–361.
- ↑ L'Âge d'Or du 5 Mars 1930, p. 370.
- ↑ L'Âge d'Or du 5 Mars 1930, pp. 378–380.
- ↑ L'Âge d'Or du 5 Mars 1930, p. 355.