La Tour de Garde du 15 juin 1940
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| La Tour de Garde du 15 juin 1940 | |
|---|---|
| Revue | La Tour de Garde |
| Date | 1940 |
| Année | 1940 |
| Éditeur | Watch Tower Bible and Tract Society |
Ce numéro est dominé par une longue étude prophétique consacrée à la « chrétienté » et à ses dirigeants, présentés comme des rebelles à Jéhovah dont le châtiment est annoncé comme imminent. Le texte central, intitulé « Instruction (sixième partie) », s'appuie principalement sur la prophétie de Sophonie 3:1-4 pour identifier la « chrétienté » contemporaine à l'ancienne Jérusalem infidèle, et pour désigner nommément le pape, Hitler, Mussolini et Roosevelt comme autant de « lions rugissants » œuvrant contre le « Gouvernement Théocratique ».[1]
Le numéro s'inscrit dans une période de tensions aiguës entre les Témoins de Jéhovah et les autorités civiles et religieuses de nombreux pays : des allégations concrètes d'oppression judiciaire — notamment au New Jersey — et d'entraves à la liberté de réunion y sont formulées, présentées comme l'accomplissement direct des prophéties bibliques commentées dans l'étude.[2]
Analyse
Croyances
La sixième partie de l'étude « Instruction » repose entièrement sur une lecture antitypique de Sophonie 3:1-7, dont chaque verset est transposé sur la « chrétienté » contemporaine selon une grille interprétative où Jérusalem infidèle fonctionne comme « prototype ».[3] Cette méthode n'est pas propre à ce numéro : elle prolonge la typologie de la fornication spirituelle développée dans Enemies (1937), où « Babylone la Grande » et la « prostituée » de l'Apocalypse sont identifiées à l'Église catholique romaine.[4] Le déplacement opéré ici est de degré plutôt que de nature : en appliquant à la « chrétienté » le grief d'être « briseur d'alliance » digne de mort selon Romains 1:31-32, une culpabilité supérieure à celle des nations païennes lui est imputée, puisqu'elle prétend ouvertement être en alliance avec Dieu.[5]
L'articulation chronologique du numéro superpose trois dates successives sans jamais les discuter. La fin des « temps des Gentils » en 1914 est présentée comme le moment où Jéhovah envoie son Fils régner « au milieu de ses ennemis », ce qui suppose le calcul des 2 520 ans à partir de la destruction de Jérusalem placée en 607 av. J.-C.[6] Ce repère de 1914 comme date d'intronisation royale — et non plus seulement de « présence » — résulte du déplacement doctrinal opéré autour de 1930, qui transféra à 1914 des éléments autrefois rattachés à 1874.[7] S'y ajoute 1918, année de la venue du Roi au temple pour éprouver les consacrés, puis 1922, présentée comme le début du déversement des « sept dernières plaies » sur la « chrétienté ».[8] Ce dernier repère renvoie à la série de sept conventions annuelles tenues de 1922 à 1928, dont la première se tint à Cedar Point (Ohio) du 5 au 13 septembre 1922, et dont chacune adopta une résolution de condamnation identifiée rétrospectivement à l'une des coupes de Apocalypse 16.[9] Le mécanisme des « plaies » est donc déclaratif et non événementiel : c'est la proclamation elle-même qui constitue le fléau.
Cette équivalence entre prédication et jugement fournit la clé de l'« œuvre étrange » d'Ésaïe 28:21 mobilisée à plusieurs reprises dans le numéro, où l'activité de témoignage est qualifiée de punition et de tourment pour les dirigeants religieux.[10] L'affirmation selon laquelle le message divin « choque notre sensibilité religieuse » sert précisément à valider ce cadre : la réaction hostile devient la preuve de l'efficacité prophétique de la proclamation, selon un raisonnement circulaire déjà employé dans l'exégèse des sauterelles d'Apocalypse 9 tourmentant le clergé sans lui faire de mal physique.[11] Le même numéro rattache à cette dynamique la révélation du « nouveau nom » de témoins de Jéhovah, appuyée sur Ésaïe 43:10-12 et Ésaïe 62:1-3 — un passage dont la fonction ici est théologique et non institutionnelle : il fait de la justification du nom divin le motif final de toute l'eschatologie exposée.[12]
La seconde étude, consacrée au Psaumes 110:1-7, construit une christologie où royauté et sacerdoce se cumulent dans une même personne. L'argument tient à trois données du texte biblique exploitées successivement : Melchisédec est à la fois roi de Salem et prêtre du Dieu Très-Haut, son nom signifiant « roi de justice » et sa cité « paix » ; Abraham lui verse la dîme et reçoit sa bénédiction, ce qui établit sa supériorité sur le patriarche ; enfin Hébreux 7:3 le présente sans généalogie ni succession, « prêtre pour toujours ».[13][14] C'est ce troisième trait qui porte la charge polémique du numéro : un sacerdoce sans lignée ni successeur disqualifie par construction tout clergé fondé sur la succession et l'ordination, au moment même où le pape est décrit comme revendiquant les titres de « Melchisédec en ordre » et de « Prêtre Souverain ».[15]
Le fait qu'Abraham soit bénéficiaire et non dispensateur de la bénédiction sert par ailleurs d'appui à une doctrine distincte : l'alliance de Genèse 12:1-3 requérant qu'Abraham lui-même soit béni, sa résurrection comme « prince en toute la terre » selon Psaumes 45:16 est attendue sous la Théocratie.[16] Cette espérance des « princes » ressuscités était maintenue de manière concrète dans les années 1930, la maison de Beth-Sarim à San Diego ayant été acquise en 1929 pour accueillir les fidèles d'autrefois à leur retour.[17] Corollairement, la bénédiction abrahamique est ici lue en clé purement antitypique, sans aucune application au peuple juif historique, conformément au renversement opéré en 1932 lorsque tout rôle salvifique fut retiré à « Israël selon la chair ».[18]
La distinction sotériologique entre le « reste » oint et les « gens de bonne volonté » structure les promesses de protection du numéro, différenciées par le recours à Jérémie 35:19 et Jérémie 39:18.[19] Le choix de Jonadab comme figure typologique n'est pas fortuit : les Récabites de Jérémie 35, obéissants et préservés sans appartenir à la lignée sacerdotale, fournissent le modèle d'une classe secondaire fidèle et survivante. Cette seconde classe avait reçu son statut doctrinal définitif lors du discours de Rutherford à Washington le 3 juin 1935, où la « grande foule » d'Apocalypse 7:9 fut identifiée à une espérance terrestre distincte des 144 000.[20] Le numéro applique cette grille sans la réexposer, ce qui suppose qu'elle est acquise pour ses lecteurs cinq ans plus tard.
À l'autre extrémité du spectre, la « classe du mauvais serviteur » issue du jugement de 1918 est assimilée au « homme de péché » et au « fils de perdition » de 2 Thessaloniciens 2:3, au même titre que le clergé de la « chrétienté ».[21] Cette fusion catégorielle est significative : elle place les anciens consacrés devenus dissidents dans la même classe eschatologique que les prêtres accusés d'avoir souillé le sanctuaire, supprimant toute gradation entre opposant extérieur et opposant intérieur.[22]
L'ensemble repose enfin sur un dualisme cosmique à deux organisations seulement, celle de Jéhovah et celle de Satan, doctrine fixée depuis 1925 et ici reformulée par l'exégèse de Genèse 3:15 où la « femme » désigne l'organisation céleste enfantant le Royaume.[23] La guerre céleste d'Apocalypse 12:1-12 est présentée comme achevée et l'enchaînement de Satan selon Apocalypse 20:1-3 comme encore à venir, ce qui situe l'époque présente dans un intervalle où l'adversaire, déjà vaincu au ciel, exerce sa fureur sur la terre.[24] Dans ce cadre, l'assimilation de la religion au démonisme n'est pas une invective mais une conséquence logique : idoles, doctrines traditionnelles et salut au drapeau relèvent tous d'une même adoration adverse, d'où la déduction que placer l'État au-dessus du Dieu Tout-Puissant constitue une idolâtrie au sens d'Habacuc 2:18.[25] Ce refus du salut au drapeau, énoncé par Rutherford dès le 3 juin 1935 sur la base d'Exode 20:4-6, était d'autant plus actuel à la date de ce numéro que la Cour suprême des États-Unis venait de rendre, le 3 juin 1940, l'arrêt Minersville School District v. Gobitis validant l'exclusion scolaire des enfants refusant le salut.[26]
La condamnation de la Société des Nations comme confédération impie accomplissant Ésaïe 8:9-10 et Psaumes 2:2-3 prolonge quant à elle une position arrêtée dès l'immédiat après-guerre, lorsque la Société fut désignée comme substitut idolâtre du Royaume de Dieu, notamment dans l'acte d'accusation lu par Rutherford à Columbus en juillet 1924.[27] Ce qui est reproché n'est pas l'échec politique de l'institution mais sa prétention théologique : gouverner le monde par l'homme en défi au dessein divin de le gouverner par Christ Jésus.[28]
Organisation et histoire
L'année 1918 est présentée comme le moment où Dieu envoya le Christ Jésus à son temple pour examiner et éprouver ceux qui se prétendaient consacrés, examen dont le résultat aurait été la constitution d'une classe du « mauvais serviteur » regroupant les consacrés ayant refusé l'instruction et s'étant opposés à la proclamation du message du Royaume.[29] Ce repère n'est pas seulement doctrinal : il fournit à la direction de la Société Watch Tower une grille de lecture rétrospective des dissidences qui ont suivi la mort de Charles Taze Russell, en particulier la Crise de succession de 1917 et les scissions ultérieures, en requalifiant les opposants internes en accomplissement de Matthieu 24:48-51. Dès 1918, les polémiques internes reprochaient à Rutherford d'avoir conféré au comité de rédaction de La Tour de Garde une autorité doctrinale supérieure à celle reçue du Seigneur par Russell.[30] La catégorie du « mauvais serviteur », mobilisée ici en 1940 et rattachée au « homme de péché » de 2 Thessaloniciens 2:3, est ainsi le produit tardif de ces conflits : elle range dans un même ensemble théologique les ex-oints jugés infidèles et le clergé de la « chrétienté ».[31]
L'année 1922 est datée comme le commencement du déversement des « sept dernières plaies » sur la « chrétienté ».[32] Cette date correspond à la convention de Cedar Point, dans l'Ohio, tenue du 5 au 13 septembre 1922, première d'une série de sept conventions annuelles courant jusqu'en 1928, dont chacune adopta une résolution dénonçant un élément de la « chrétienté » ou du monde ; ces sept résolutions, diffusées à des centaines de millions d'exemplaires, furent ultérieurement identifiées par la Société aux sept coupes de la colère divine d'Apocalypse 16, réputées versées simultanément aux sonneries des sept trompettes.[33][34] Le mécanisme retenu est déclaratif — une résolution de congrès équivaut à une coupe versée —, ce qui fait de l'activité de propagande de la Société l'instrument même du jugement divin. Le rattachement, dans le même développement, de la révélation du « nouveau nom » de témoins de Jéhovah à cette séquence de persécution engagée après 1922 est en revanche anachronique : cette désignation ne fut adoptée que le 26 juillet 1931 lors de l'assemblée de Columbus, sur la base d'Ésaïe 43:10-12.[35]
La mise en cause nominale de juges du New Jersey, accusés d'emprisonner les témoins de Jéhovah et de céder à l'influence d'un « éminent catholique romain » lors des procès, s'ancre dans un contentieux judiciaire massif et documenté dans cet État.[36] Les campagnes d'arrestations pour colportage sans licence y avaient déjà produit l'arrêt Schneider v. State of New Jersey rendu par la Cour suprême des États-Unis le 22 novembre 1939, qui invalida des ordonnances municipales restreignant la distribution d'imprimés. L'année 1940 constitue le pic de ce contentieux : les pièces déposées auprès du Département de la Justice recensent plus de 335 cas de violence de foule dans 44 États au cours de cette seule année, impliquant 1 488 personnes.[37] La présentation d'une administration américaine unanimement hostile doit toutefois être nuancée : le solliciteur général Francis Biddle et Eleanor Roosevelt lancèrent publiquement des appels à la cessation de ces violences.
Les entraves matérielles décrites — refus de location de salles publiques obtenu par la hiérarchie catholique, dispersion des réunions, négation de la liberté de la presse et de culte — correspondent à des contraintes opérationnelles effectivement subies par l'organisation.[38] À Saco, dans le Maine, une foule de 1 500 à 1 700 personnes se rassembla alors que des Témoins préparaient au deuxième étage de leur Salle du Royaume la diffusion d'une conférence biblique enregistrée ; des attaques de foule sont également documentées à Litchfield (Illinois) et à Connersville (Indiana) en 1940.[39] La dénonciation de l'obligation du salut au drapeau et du « heiling » d'hommes comme mise de l'État au-dessus de Dieu intervient à un moment précis : la Cour suprême des États-Unis avait rendu le 3 juin 1940, par huit voix contre une et sous la plume du juge Frankfurter, sa décision Minersville School District v. Gobitis validant l'obligation du salut au drapeau à l'école, Rutherford ayant lui-même plaidé la cause le 25 avril 1940.[40]
L'affirmation selon laquelle certains membres du « reste » et de leurs « compagnons » auraient été récemment tués pour satisfaire l'esprit des religieux constitue une allégation factuelle datée, mobilisée comme preuve de la culpabilité sanguine du clergé.[41] La documentation indépendante disponible atteste pour 1940 plus de 1 500 victimes dans 335 attaques recensées par l'American Civil Liberties Union, comprenant passages à tabac, enduits de goudron et de plumes, pendaisons, coups de feu, mutilations et castrations, mais n'établit nommément aucun homicide de Témoin aux États-Unis à cette date.[42]
La condamnation de la Société des Nations, présentée comme une confédération politico-religieuse formée immédiatement après la Première Guerre mondiale pour dominer le monde par l'homme, reconduit une position adoptée par la Société dès 1919.[43] Elle vise en particulier la pétition de 14 450 membres du clergé américain adressée au Sénat le 16 octobre 1919 en faveur de la ratification du pacte, et prolonge l'acte d'accusation contre le clergé lu par Rutherford à l'assemblée de Columbus en juillet 1924. Vingt et un ans après, l'organisme est toujours présenté comme le marqueur de la trahison cléricale, alors même qu'il est en juin 1940 devenu inopérant : la continuité du grief l'emporte sur l'actualité de la cible.
La thèse d'un clergé protestant ayant cessé de protester contre la hiérarchie romaine et s'étant pleinement uni à elle dans une tentative de domination du monde commente un processus réel, mais en déplace la nature.[44] Les conférences d'Oxford (Vie et Action) et d'Édimbourg (Foi et Constitution) tenues en 1937 avaient adopté le principe d'un conseil unique, et une conférence réunie à Utrecht en 1938 avait établi une constitution provisoire ainsi qu'un comité provisoire du « Conseil œcuménique des Églises en voie de formation », installé à Genève.[45][46] Ce rapprochement est toutefois exclusivement protestant et orthodoxe, la hiérarchie catholique romaine y demeurant étrangère ; le rassemblement inter-protestant en cours est donc lu comme une capitulation devant Rome, lecture qui permet de fondre en un adversaire unique des acteurs que le processus réel n'associait pas.
L'établissement du Royaume est enfin expliqué par une analogie avec la naissance des États-Unis le 4 juillet 1776, le peuple ayant alors assumé par ses représentants dûment constitués le pouvoir de gouvernement avant de guerroyer plusieurs années contre l'ennemi resté en possession du pays.[47] Le recours au précédent de la Déclaration d'indépendance comme modèle explicatif d'un royaume céleste institué en 1914 mais combattant encore ses ennemis atteste l'ancrage culturel américain du discours de la Société, au moment même où celle-ci est en conflit ouvert avec les autorités judiciaires et scolaires de ce pays sur la question du salut au drapeau.
Contenu
Instruction (sixième partie)
Malheur aux rebelles
Jehovah est présenté comme continuant d'instruire son peuple afin qu'il reste courageux et fort « en lui et en la puissance de sa force ».[48] Dans un contexte décrit comme une « heure de grande détresse », les serviteurs fidèles du Dieu Tout-Puissant — désignés comme le « reste » et les « gens de bonne volonté » — sont invités à continuer de rechercher la douceur et à recevoir l'instruction de Jéhovah.[49] Il est affirmé que la méchanceté ne se prolongera plus longtemps et que Jéhovah, depuis son temple saint, fera descendre les oppresseurs religieux et totalitaires de leurs hauteurs, conformément à la prophétie d'Ésaïe : « il abaisse ceux qui habitent en haut ; la ville élevée, il la renverse jusqu'à terre, il la fait tomber jusqu'à la poussière » (Ésaïe 26:5-6).[50]
L'attention se tourne ensuite vers la « chrétienté » rebelle et infidèle, dont les habits des religieux sont présentés comme souillés du sang de nombreux innocents — parmi lesquels figurent le « reste » et ses « compagnons », dont certains auraient récemment été tués pour satisfaire l'esprit malicieux des religieux.[51] Jéhovah est décrit comme ayant répétédement averti la « chrétienté » par sa Parole et ses témoins, mais ses dirigeants persisteraient à désobéir à ses commandements, à se tourner vers les démons et à s'opposer à la « Théocratie ».[52] Les éléments religieux, politiques, commerciaux, judiciaires et militaires de la « chrétienté » sont qualifiés de « braillards, rapaces et avides », cherchant la gloire des hommes et n'offrant qu'une apparence de piété.[53] La prophétie est présentée comme montrant que Jéhovah continue d'envoyer ses témoins à travers la « chrétienté » pour y déclarer ses jugements contre les infidèles, lesquels refusent de prendre en considération le « travail de témoignage » accompli, qualifié d'« œuvre étrange » (Ésaïe 28:21).[54]
Reprenant l'analyse détaillée de la prophétie de Tsephaniah 3:1, un « malheur » est annoncé par Jéhovah contre la « chrétienté » et en particulier contre ses dirigeants : « Malheur à celle qui est souillée et impure, à la cité oppressive ! » (Sophonie 3:1).[55] Ce malheur annoncé est dirigé contre l'organisation de Satan, et particulièrement son élément religieux opérant sur terre, tandis que l'heure de Jéhovah pour l'exécution d'un juste châtiment est décrite comme approchant.[56]
La « chrétienté » est comparée à l'ancienne Jérusalem rebelle, qui prétendait servir Dieu tout en obéissant aux démons et en enfreignant ses commandements.[57] Plusieurs citations prophétiques sont convoquées à l'appui : Ézéchiel 2:3, Ézéchiel 5:5-6, Jérémie 5:23 et Jérémie 4:16-17 servent à établir le parallèle entre la rébellion de Jérusalem et celle de la « chrétienté » contemporaine.[58] Les malheurs qui frappent l'humanité du fait de Satan sont distingués des châtiments que Jéhovah inflige en guise de juste punition aux rebelles ; la parole de Jésus à Jérusalem en Matthieu 23:37-38 est citée pour illustrer ce thème.[59]
L'antitype de Jérusalem, identifié à la « chrétienté » contemporaine, est présenté comme rebelle à Dieu parce qu'elle prétend ouvertement être en alliance avec lui tout en persistant à violer ses commandements et à s'aligner sur son ennemi déclaré.[60] La « chrétienté » est ainsi qualifiée de « briseur d'alliance » méritant la mort, en référence à Romains 1:31-32.[61]
Deux classes sont distinguées au sein des frontières de la « chrétienté » : d'une part, l'élément religieux dirigeant ; d'autre part, les gens de bonne volonté envers Dieu, maintenus en sujétion par le clergé et les « principaux du troupeau ».[62] Les premiers demeurent dans les ténèbres, tandis que les seconds cherchent la lumière pour trouver la voie de l'évasion. Le Psaume 107:10-14 (Psaumes 107:10-14) est invoqué pour montrer que Dieu délivre de leurs détresses ceux dont le cœur est bienveillant, lesquels sont invités à fuir vers le « Gouvernement Théocratique » pour y trouver un lieu de sûreté.[63]
Les ultra-religieux sont qualifiés de « souillés », à l'image de l'infidèle Jérusalem, selon la prophétie de Lamentations 4:14 : « Ils ont erré comme des aveugles dans les rues, ils se sont souillés de sang, de sorte que personne ne pouvait toucher leurs vêtements ».[64] Cette description est appliquée expressément à la hiérarchie catholique romaine et aux autres membres du clergé qui auraient soutenu des guerres, notamment celles conduites par Franco et Hitler, des hommes présentés comme n'ayant aucun égard pour les droits ou la vie d'autrui.[65] Il est affirmé que toutes ces guerres impies ont été pleinement soutenues par la « Hiérarchie d'Autorité » et que, après le « massacre sans pitié et sanglant » de Franco en Espagne, celui-ci aurait été mandaté par la Hiérarchie pour offrir des sacrifices dans le temple, comme s'il avait été un prêtre désigné par Dieu.[66]
Les oppresseurs
La « chrétienté » est qualifiée de « cité oppressive », Jéhovah ayant prédit qu'elle opprimerait quiconque refuserait de se soumettre à son contrôle.[67] Il est affirmé que les chefs religieux oppriment les témoins de Jéhovah et leurs compagnons à travers toute la terre, cherchant à les priver de tous leurs droits légaux et à les empêcher de porter le message du Royaume à ceux qui désirent l'entendre, allant jusqu'à les dénoncer devant les autres facteurs gouvernants.[68] Lorsqu'un « étranger », c'est-à-dire une personne de bonne volonté figurée par Jonadab, cherche la vérité, le clergé est décrit comme le vexant, en violation de la loi divine selon Lévitique 25:14, Lévitique 25:17, Lévitique 19:34 et Ézéchiel 22:2.[69]
La « chrétienté » infidèle est présentée comme s'opposant systématiquement à l'accès à la vérité : lorsque des salles publiques sont louées par les témoins de Jéhovah pour annoncer le message de l'Évangile concernant le « Gouvernement Théocratique », la Hiérarchie catholique romaine et ses alliés exigeraient que l'usage de la salle soit refusé et que les réunions soient dispersées.[70] La liberté de la presse et la liberté de culte seraient niées aux serviteurs fidèles de Dieu, la Hiérarchie faisant appel aux éléments politiques et commerciaux des gouvernements pour y parvenir, tandis que dans les parties totalitaires de la « chrétienté » des lois rendraient criminel le fait de se réunir pour étudier la Parole de Dieu.[71]
Correction refusée
Les chefs religieux sont décrits comme « égocentristes, arrogants et méprisants », refusant toute instruction offerte par le Seigneur.[72] Lorsque les serviteurs de Jéhovah portent son message à travers la « chrétienté », les dirigeants répondraient en substance : « Nous sommes des membres du clergé ; personne ne peut nous instruire. » Ils auraient eu la Bible en leur possession, sans jamais corriger leur conduite ni transmettre fidèlement la connaissance de la vérité.[73] Jéhovah est présenté comme continuant d'avertir la « chrétienté » par les prophètes : Psaumes 94:10, Psaumes 2:10-12 et Jérémie 6:8 sont convoqués à l'appui de cet avertissement, les religieux étant décrits comme préférant s'en prendre aux créatures qui leur apportent le message de Dieu plutôt que de prêter attention aux paroles du Seigneur dans la Bible.[74]
La question est posée de savoir si les chefs religieux ont fait confiance au Seigneur Dieu : la réponse prophétique est négative, « Elle n'a pas fait confiance au Seigneur » (Sophonie 3:2).[75] Pour cette raison, la « chrétienté » serait sans droit à la protection lors d'Harmaguédon, qui ne serait promise qu'à ceux qui cherchent la justice et la douceur, faisant pleinement confiance à Jéhovah et à son Roi, figurés par Jonadab et Jonathan.[76] Des promesses de protection divine leur sont adressées par Jérémie 39:18 et Jérémie 35:19, présentées comme s'appliquant au temps présent.[77]
La « chrétienté » est décrite comme faisant entièrement confiance aux inventions humaines inspirées par le Diable — pactes de paix, associations de protection, armées et marines, concordats papaux, mensonges traditionnels, pouvoir de l'argent, assurances des dictateurs, paroles du pape ou d'autres membres de la Hiérarchie — tout en continuant à hurler devant le peuple : « Donnez-nous plus de religion. »[78] Ces opposants à la « Théocratie » sont présentés comme se fabricant des idoles et y mettant leur confiance sous l'influence des démons, en défi au Dieu Tout-Puissant, conformément à Habacuc 2:18, Proverbes 11:28 et Proverbes 28:26.[79]
Les lions rugissants
Les personnalités dominantes dans la religion, la politique et le commerce sont désignées comme des « princes » parce qu'elles gouvernent, et Jéhovah déclare à leur sujet : « Ses princes au milieu d'elle sont des lions rugissants ; ses juges sont des loups du soir ; ils ne laissent rien pour le lendemain » (Sophonie 3:3).[80] Le pape et d'autres membres de la Hiérarchie, Hitler, Goebbels, Mussolini et Roosevelt sont présentés comme rugissant à la radio pour imposer leur importance aux peuples du monde, cherchant à les soumettre par le bruit de leurs déclarations, conformément à Psaumes 104:21 et Psaumes 22:13.[81]
Les juges de la « chrétienté » sont quant à eux qualifiés de « loups du soir » qui ne laissent rien pour le lendemain, soucieux de plaire aux puissants de leur organisation, prêtant l'oreille aux grands princes religieux.[82] Il est affirmé que dans de nombreux endroits du New Jersey, des juges enverraient les témoins de Jéhovah en prison simplement parce qu'ils apportent au peuple le message de consolation de Dieu, et que lorsque ces témoins sont traduits en justice, l'influence d'un éminent catholique romain serait déterminante, la décision défavorable contre le témoin étant présentée comme une conclusion d'avance arrêtée.[83]
Les prophètes de la « chrétienté » contemporaine, en particulier ceux de la Hiérarchie catholique romaine, sont comparés aux faux prophètes d'Israël décrits en Deutéronome 13:1-5, qui prétendaient parler au nom de Dieu sans en être mandatés.[84] Jéhovah est cité déclarant à leur sujet : « Ses prophètes sont légers [bondissants] et des personnes perfides ; ses prêtres ont souillé le sanctuaire, ils ont fait violence à la loi » (Sophonie 3:4).[85] Ces « prophètes » modernes sont décrits comme cherchant la notoriété par orgueil et vanité, convoitant les premières places lors des réunions politiques et des festins, arborant des vêtements extraordinaires pour impressionner le peuple, en référence à Matthieu 23:1-11 et 2 Timothée 3:5.[86]
La Hiérarchie catholique romaine est décrite comme des « personnes perfides », affichant une façade pieuse tout en s'associant secrètement aux éléments politiques et commerciaux pour exercer des violences contre ceux qui suivent une voie juste.[87] Ce qui fut dit des faux prophètes d'Israël et de Jérusalem (Ésaïe 28:15 ; Jérémie 3:20) est présenté comme s'appliquant exactement aux conditions existant parmi le clergé de la Hiérarchie catholique romaine.[88] Ils traiteraient pareillement Dieu avec perfidie en s'appuyant sur Jérémie 5:11-13 : ils auraient menti au Seigneur, affirmant qu'aucun mal ne viendrait sur eux.[89]
Ces membres du clergé sont présentés comme s'étant entièrement détournés du Dieu Tout-Puissant et de Christ Jésus pour se tourner vers le démonisme ou la religion, prétendant représenter Dieu tout en propageant les doctrines des hommes issues des démons, se cachant derrière des escouades de force et leurs dupes ignorantes pour accomplir leur volonté, faisant arrêter les témoins de Jéhovah et incitant des juges politiques à les punir.[90]
La déclaration de Jéhovah selon laquelle « Ses prêtres ont souillé le sanctuaire » est interprétée comme s'appliquant antitypiquement à tous les membres du clergé de la « chrétienté » ainsi qu'à la classe du « mauvais serviteur », autrefois engendrés de l'esprit mais devenus infidèles, constituant ensemble le « homme de péché », le « fils de perdition » évoqué en 2 Thessaloniciens 2:3.[91] Un passage d'Ézéchiel 23:38-39 est cité pour illustrer comment ces prêtres auraient souillé le sanctuaire en prétendant servir Jéhovah directement après avoir participé à l'adoration des idoles et à la mise à mort spirituelle de ceux qui voulaient servir le Seigneur.[92]
Il est affirmé qu'ils auraient tenté de mélanger l'adoration des démons ou la religion avec ce qui constitue le vrai culte du Dieu Tout-Puissant, utilisant le nom de Dieu en vain pour tromper le peuple et l'attirer dans leurs pièges religieux.[93] Ces prêtres sont accusés d'avoir prêté allégeance aux régimes totalitaires, de travailler avec eux pour prendre le contrôle de la terre, de contraindre à l'adoration et au « heiling » d'hommes et au salut du drapeau, mettant ainsi l'État au-dessus du Dieu Tout-Puissant tout en prétendant être ses serviteurs.[94] Des militaires et des hommes politiques professionnels auraient été introduits dans leurs organisations religieuses, les guerres de conquête auraient été sanctifiées, le sang de millions d'innocents répandu, et diverses pratiques de jeux d'argent — cartes, loteries, bingo — exploitées dans leurs édifices religieux, auxquelles s'ajoute le prélèvement d'argent par le biais de la doctrine présentée comme hideuse et fausse du « purgatoire ».[95]
Actes d'avertissement
Jéhovah est présenté comme ayant été longanime envers Jérusalem et envers la « chrétienté », leur donnant à toutes deux des avertissements répétés par ses actes afin qu'elles n'aient aucune excuse de persister dans le mal, selon Sophonie 3:6 : « J'ai retranché des nations ; leurs tours sont désolées ; j'ai rendu leurs rues désertes, sans que personne n'y passe ; leurs villes sont détruites, sans homme, sans habitant ».[96]
L'avertissement donné à Jérusalem par le sort réservé aux dix tribus du royaume du Nord est développé à partir de 2 Rois 18:9-12, qui relate comment Salmanazar, roi d'Assyrie, prit Samarie et déporta Israël parce qu'il n'avait pas obéi à la voix du Seigneur son Dieu.[97] À cet avertissement s'ajoute celui de Sennachérib évoquant d'autres nations retranchées (2 Rois 18:33-35 ; Ésaïe 37:11-12), puis la destruction complète de Jérusalem en l'an 70 par l'organisation romaine, telle que Jésus l'avait prédite et annoncée aux éléments religieux.[98] Tout ce qui s'abattit sur Jérusalem comme type ou exemple destiné à ce qui s'abattra sur la « chrétienté » (1 Corinthiens 10:11) est présenté comme devant servir d'avertissement clair et précis aux dirigeants de la « chrétienté » qui prétendent connaître la Bible.[99]
Malgré ces avertissements réitérés par la Parole prophétique et par les actes divins accomplis sur le prototype de la « chrétienté », celle-ci est décrite comme marchant dans l'obscurité et le défi envers le Dieu Tout-Puissant. Jéhovah lui parle à nouveau selon Sophonie 3:7 : « Sûrement tu me craindras, tu recevras l'instruction ; ainsi sa demeure ne sera pas retranchée, pour tout ce dont je l'ai punie ».[100]
Pendant des siècles, les dirigeants de la « chrétienté » se sont présentés au peuple comme des représentants de Dieu et des prédicateurs de sa Parole ; la Hiérarchie catholique romaine aurait délibérément tenu la Bible loin du commun des fidèles, tandis que le clergé protestant, bien qu'ayant la Bible, ne prêtait guère attention à ses avertissements, jusqu'à cesser finalement de protester contre les actions impies de la Hiérarchie romaine et à s'unir pleinement à elle dans la tentative de dominer le monde en défi au Dieu Tout-Puissant.[101]
En 1918, Dieu est présenté comme ayant envoyé le Christ Jésus, son Roi, à son temple pour examiner et éprouver ceux qui se prétendaient consacrés à lui. Le résultat de ce jugement aurait été que de nombreux « consacrés » qui refusèrent l'instruction se seraient constitués en classe du « mauvais serviteur », s'opposant à la proclamation du message du Royaume et vilipendant les serviteurs fidèles de Dieu.[102] Ceux qui, au contraire, furent jugés dignes et envoyés pour servir le Seigneur, ayant été diligents à recevoir son instruction, auraient été bénis et envoyés proclamer continuellement le « Grand Gouvernement Théocratique ».[103]
En 1922, Jéhovah est décrit comme ayant commencé à déverser les « sept dernières plaies » sur la « chrétienté », dont les dirigeants, au lieu d'en prendre avertissement, seraient devenus furieux et violents envers les témoins de Jéhovah, déclarant que le message du Dieu Tout-Puissant « choque notre sensibilité religieuse ».[104]
Ces ultra-religieux auraient alors entrepris et poursuivi la persécution de ceux qui obéissent aux commandements de Dieu et annoncent la fin prochaine de l'organisation de Satan, Jéhovah ayant alors révélé à ses serviteurs fidèles leur « nouveau nom » — désormais connus comme « témoins de Jéhovah » (Ésaïe 62:1-3 ; Ésaïe 43:10-12) — pour les envoyer porter son message à travers la « chrétienté », dont les dirigeants religieux auraient continué à agir en défi envers Dieu et à persécuter ses messagers fidèles sous l'influence et le pouvoir des démons.[105]
Jéhovah est décrit comme ayant mis en contraste les infidèles avec ses serviteurs fidèles : aux premiers il est dit, selon Ésaïe 65:11-12, qu'ils seront livrés à l'épée ; aux seconds il promet, selon Ésaïe 65:13-15, nourriture, boisson et joie, tandis que les rebelles connaîtront la honte, le deuil et la malédiction, leur nom servant de malédiction à ceux que Jéhovah a choisis.[106]
Jéhovah est présenté comme ayant répété ses avertissements à la « chrétienté » pour que sa demeure ne soit pas retranchée, mais celle-ci, au lieu d'obéir à sa voix, l'aurait défié, si bien que Jéhovah poursuit son « œuvre étrange » : envoyer ses témoins proclamer la vérité du Royaume et le châtiment qui vient sur tous ceux qui s'y opposent, une proclamation qualifiée de punition et de tourment pour la « chrétienté » et particulièrement ses dirigeants.[107] Au lieu de prêter attention à l'avertissement de Dieu, les dirigeants religieux de la « chrétienté » auraient recouru à toutes sortes de violences pour empêcher la proclamation du « Gouvernement Théocratique », sans manifester aucun repentir, se donnant entièrement à la résistance du Dieu Tout-Puissant et persistant à persécuter ses serviteurs fidèles.[108]
Les chefs religieux et les « principaux de leurs troupeaux » sont qualifiés de corrompus dans toutes leurs actions dès le matin, corrompant davantage le peuple en s'unissant à des dirigeants politiques cruels qui n'ont aucun respect pour Dieu ni pour l'homme, opprimant le peuple et le privant de toute liberté, et employant tous les moyens disponibles pour empêcher le peuple d'entendre l'instruction de la Parole de Dieu.[109]
Immédiatement après la Première Guerre mondiale, ces religionistes auraient déclaré que la Société des Nations fournirait les moyens du salut et de la paix sur la terre, formant une confédération pour dominer le monde par l'homme en défi aux desseins du Dieu Tout-Puissant de le gouverner par le Christ Jésus, en violation de la prophétie d'Ésaïe 8:9-10.[110] Ce même ensemble politico-religieux aurait ensuite déclaré que l'État est au-dessus de Dieu et doit être préféré au Très-Haut, conformément à la prophétie de Psaumes 2:2-3, à laquelle Jéhovah répond par les versets Psaumes 2:10-12 leur commandant la sagesse et la crainte.[111]
Ces mêmes conspirateurs auraient encore plus ouvertement cherché à détruire les témoins fidèles de Dieu, conformément à la prophétie de Psaumes 83:3-5, qui les présente comme ayant pris de rusées résolutions contre le peuple de Dieu pour effacer le nom d'Israël.[112] La Hiérarchie catholique romaine, qualifiée de « principal rejeton visible de l'organisation de Satan opérant sur la terre », est décrite comme ayant parcouru la terre pour jouer à la politique dans le but de prendre le contrôle des nations, rejoignant les forces du fascisme et du nazisme dans une campagne pour s'opposer à la proclamation du nom de Jéhovah et du « Gouvernement Théocratique ».[113]
Le moment où la longanimilé de Jéhovah envers ses ennemis prend fin est décrit comme l'heure précédant Harmaguédon, au cours de laquelle Dieu envoie ses messagers à travers la terre et surtout à travers la « chrétienté » pour sonner son avertissement final. En réponse, de grands chefs religieux déclarent avec défi selon Ésaïe 28:15 : « Nous avons fait une alliance avec la mort, et avec le séjour des morts nous sommes en accord ; quand le fléau débordant passera, il ne nous atteindra pas, car nous avons fait du mensonge notre refuge et nous nous sommes cachés sous la fausseté ».[114] À ces paroles arrogantes, Jéhovah répond par Ésaïe 28:18 que leur alliance avec la mort sera annulée et que le fléau débordant les écrasera.[115]
Les dirigeants religieux sont présentés comme marchant main dans la main avec les éléments politiques et commerciaux de la terre, proclamant que seule cette coalition peut gouverner le monde et le rendre sûr pour l'humanité, annonçant hardiment leur parfaite sécurité, tandis que la « chrétienté » se précipite dans les ténèbres avec grand bruit et défi envers le Dieu Tout-Puissant. Le chef de la Hiérarchie et les autres religionistes, ainsi que les grands hommes politiques et commerciaux, sont présentés comme devant bientôt proclamer « Nous sommes en paix et en sûreté », avant que Jéhovah ne leur réponde — l'article se termine ici sur la mention explicite « (À suivre) ».[116]
Le prêtre à Harmaguédon
Melchisédec est présenté comme le premier prototype du vrai prêtre : roi de l'ancienne cité de Salem et souverain sacrificateur du Dieu Très-Haut en même temps, il est décrit comme une figure prophétique dont le Dieu Très-Haut lui-même attesta le caractère préfiguratif en Psaumes 110:4-5 : « Jéhovah a juré et ne se repentira pas : Tu es sacrificateur à perpétuité selon l'ordre de Melchisédec. Le Seigneur à ta droite frappera les rois au jour de sa colère ».[117] Il est à noter que parmi les titres attribués par les prélats catholiques au pape de la Cité du Vatican figureraient des formules telles que « Melchisédec en ordre », « Abraham par Patriarcat » et « Prêtre Souverain », ce pape étant présenté comme faisant face à Harmaguédon.[118]
Le souverain sacrificateur de Jéhovah Dieu est présenté comme celui qui le sert officiellement en qualité de premier officier. L'épisode d'Abraham revenant de la délivrance de Lot constitue le drame prophétique central : Abraham poursuivit les envahisseurs et recouvra son neveu Lot non par lien de sang, mais parce que Lot était un fidèle serviteur du Dieu Tout-Puissant, établissant ainsi la règle divine selon laquelle un serviteur de Dieu est justifié d'agir pour ses coreligionnaires.[119] Au retour d'Abraham, Melchisédec — dont le nom signifie « Roi de Justice » et dont la cité de Salem signifie « Paix » — lui offrit du pain et du vin, le reconforta et le bénit, selon Genèse 14:18-20.[120]
Ce drame prophétique est présenté comme ayant prédit la venue d'un Être Puissant qui remplirait la fonction de Sacrificateur du Dieu Très-Haut et administrerait des portions vivifiantes aux peuples de la terre. Jésus Christ est identifié comme l'accomplissement de cette prophétie, désigné comme le grand Souverain Sacrificateur de Dieu et son premier officier exécutif pour toujours, celui par qui la vie est donnée (Romains 6:23), et en qui réside à la fois la royauté et le sacerdoce au sein de la Théocratie de Jéhovah.[121]
La raison du contact d'Abraham avec Melchisédec est développée à partir d'Hébreux 7:1-6, cité longuement : Melchisédec bénit Abraham et reçut de lui la dîme de tout, étant « rendu semblable au Fils de Dieu, demeurant sacrificateur continuellement ».[122] L'alliance de Dieu avec Abraham — « En te bénissant je te bénirai » et « En toi seront bénies toutes les familles de la terre » (Genèse 12:1-3) — implique qu'Abraham lui-même doit recevoir une bénédiction ; le grand Sacrificateur préfiguré par Melchisédec est présenté comme celui qui accorde cette bénédiction à tous, y compris à Abraham lui-même, qui sera ressuscité des morts et établi « prince en toute la terre » sous la grande Théocratie (Psaumes 45:16), Abraham demeurant subordonné à l'alliance de Jéhovah et à son Prêtre royal selon l'ordre de Melchisédec.[123]
Lorsque Jésus était sur terre, il fut oint pour être Roi, mais il n'assumait pas encore la fonction de Souverain : il devait attendre le temps fixé de Dieu, comme il l'exprima à Ponce Pilate selon Jean 18:36-38.[124] Après sa résurrection et son élévation à la plus haute place dans les cieux, Jésus détenait le pouvoir et l'autorité pour établir immédiatement un règne juste sur la terre et agir contre le grand ennemi pour le déposséder de la domination du monde — mais le temps fixé de Dieu n'était pas encore venu, si bien que Jéhovah lui dit, selon la prophétie de David en Psaumes 110:1-2 : « Jéhovah dit à mon Seigneur : Assieds-toi à ma droite, jusqu'à ce que je fasse de tes ennemis ton marchepied. Jéhovah enverra de Sion le sceptre de ta force », accomplissement que Paul consigna en Hébreux 10:12-13.[125]
Christ Jésus, le Roi, est décrit comme se levant désormais, assumant sa puissance et son autorité et commençant son règne tandis que ses ennemis exercent encore leur pouvoir, le droit de ces derniers à l'exercer étant présenté comme expiré.[126] Ce moment marque le début de la bataille dans les cieux entre le Roi de gloire, le loyal Fils de Dieu, et ses anges d'un côté, et Satan, le vieux Dragon, fils déloyal de Dieu, et ses anges ou démons de l'autre — le combat du Dieu Tout-Puissant contre le Diable, mené par le Fils bien-aimé de Dieu, décrit comme préfiguré en Apocalypse 12:1-12.[127]
Jéhovah est présenté comme déclarant en substance : « C'est mon combat. Je vais accomplir cette œuvre pour toi et pour ceux qui te suivront volontiers. » Nul chrétien membre du « corps de Christ » n'est dit disposé à suivre le Roi Christ Jésus au combat avant le temps fixé de Dieu, car il doit être en harmonie avec la volonté de Dieu ; mais lorsque la bataille dans les cieux commence, le troisième verset du Psaume 110 trouve son accomplissement : « Ton peuple sera volontaire au jour de ta puissance, dans les beautés de la sainteté, dès le sein de l'aurore : tu as la rosée de ta jeunesse », les fidèles suivant joyeusement le Roi parce que l'heure fixée est venue, en accord avec Apocalypse 19:11 et Apocalypse 19:14.[128]
La naissance de la Nation — le Royaume — est présentée comme ayant nécessairement eu lieu au moment où Christ Jésus, le grand Roi, se leva et assuma sa puissance royale, à l'instar de la naissance de la nation américaine le 4 juillet 1776, lorsque le peuple, par ses représentants dûment constitués, assuma le pouvoir de gouvernement, puis guerroya pendant plusieurs années contre l'ennemi en possession illégitime de son pays.[129]
Melchisédec est présenté comme le type du Logos, de Jésus, du Christ Jésus, du Rédempteur, du Prophète, du Sacrificateur et du Roi — ou, en termes plus brefs, comme le type du grand Exécuteur du dessein de Jéhovah : « En tant que Roi et Souverain, il chasse l'ennemi, et en tant que Sacrificateur il administre le réconfort à ceux qui le désirent ».[130]
L'image de deux armées en action est utilisée pour illustrer le sens des versets 5 et 6 du Psaume 110 (Psaumes 110:5-6) : « Le Seigneur à ta droite frappera les rois au jour de sa colère. Il jugera parmi les nations, il remplira les lieux de cadavres ; il blessera les chefs sur de nombreux pays », Jéhovah étant présenté comme se servant de Christ Jésus comme de son grand Bras et de sa Puissance pour détruire l'organisation de Satan, au jour de la colère de Jéhovah, identifié à « la bataille du grand jour du Dieu Tout-Puissant » (Apocalypse 16:14).[131]
Jéhovah est présenté comme entreprenant l'œuvre de subjugation de l'ennemi en utilisant Christ Jésus comme son puissant Maréchal de Champ, tel que le décrit le Psaume 45:3-6 (Psaumes 45:3-6) : pleinement équipé pour la grande bataille, avec son épée sur la cuisse, revêtu de gloire et de majesté, marchant vers la victoire certaine, prenant son trône pour toujours, son sceptre étant le sien de droit.[132] Ce grand guerrier victorieux est décrit en Apocalypse 19:11-15 comme allant de l'avant pour juger et faire la guerre, en accord exact avec Psaumes 110:6 : le jugement de Dieu est sur les nations et doit se poursuivre jusqu'au conflit final, le grand temps de détresse qui mettra fin au jour de la colère de Dieu.[133]
Concernant ce grand jour de la colère de Dieu, la prophétie de Jérémie 25:31-33 est citée : « Un bruit viendra jusqu'aux extrémités de la terre ; car le Seigneur a un différend avec les nations, il plaidera avec toute chair ; il livrera les méchants à l'épée, dit le Seigneur. Ainsi dit le Seigneur des armées : Voici, le mal se répandra de nation en nation, et un grand tourbillon s'élèvera des côtes de la terre. Et les victimes du Seigneur seront ce jour-là depuis un bout de la terre jusqu'à l'autre bout ; elles ne seront pas lamentées, ni recueillies, ni enterrées : elles seront comme du fumier sur le sol. » [134]
La formule « Il frappera la tête en de nombreux pays » (Psaumes 110:6) est interprétée comme désignant Satan, la tête au-dessus des nations méchantes : Jéhovah le « blessera », le subjuguera et le liera lors du grand conflit final (Apocalypse 20:1-3), en accord avec la prophétie de Genèse 3:15 adressée à Satan concernant la « femme » de Dieu — son organisation qui donne naissance au Royaume — et sa semence, Christ Jésus.[135]
Résumé du Psaume 110
Le texte achève l'exposé sur le Psaume 110 (Psaumes 110:1-7) en en proposant une synthèse. Après l'achèvement de son grand sacrifice et son ascension, Jésus est présenté comme ayant été placé à la droite de Jéhovah, qui lui aurait ordonné de demeurer inactif contre les institutions du Diable jusqu'au temps fixé, à l'issue duquel Dieu ferait du Diable le marchepied du Roi de gloire.[136] Ce temps fixé est identifié à la fin des « temps des Gentils », en 1914 apr. J.-C., moment où Jéhovah aurait envoyé son Fils bien-aimé régner au milieu de ses ennemis.[137]
La première œuvre accomplie est présentée comme la soumission de l'ennemi : la bataille commença dans les cieux et, une fois ce combat achevé, Satan et ses démons furent chassés du ciel. Le Seigneur Jésus Christ est désormais décrit comme le grand antitypique Melchisédec — à la fois prêtre et roi — et, en tant qu'Exécuteur du dessein divin, « il marche pour détruire l'organisation de Satan et pour administrer des secours au peuple de bonne volonté ».[138] Les membres du « corps de Christ » sont présentés comme participant volontiers et avec joie à l'« œuvre étrange » de Jéhovah en qualité de témoins de Jéhovah et de proclamateurs de son gouvernement théocratique sous Christ le Roi.[139]
Jéhovah est décrit comme étant à la droite du Seigneur Jésus Christ, agissant par l'intermédiaire de son Fils bien-aimé, son Bras, qui doit frapper l'organisation du Diable au jour de sa colère et prendre Satan captif lors du grand temps de détresse, selon Hébreux 2:14. Pendant que le Seigneur Jésus Christ exécute le dessein de son Père, il est décrit comme grandement fortifié et béni par cette expérience, se réjouissant profondément du moment venu de justifier le nom de son Père, chasser le Diable, détruire ses œuvres injustes et ériger le gouvernement théocratique de justice.[140] Les membres du corps de Christ sont pareillement présentés comme appréciant le privilège de faire la volonté de Jéhovah, participant avec Christ Jésus à la proclamation du jour de vengeance de Dieu et à l'annonce de l'avènement de son Royaume — « ils sont rendus joyeux dans le Seigneur ».[141] Aux côtés de leurs compagnons terrestres, le peuple de bonne volonté, ils sont invités à relever la tête parce que leur délivrance est proche et que le temps de bénir les hommes obéissants est venu.[142]
Expériences de terrain
La rubrique « Expériences de terrain » rassemble plusieurs témoignages de prédicateurs rapportant leurs rencontres lors de l'activité de porte-à-porte et de placement de publications.
Un premier témoignage relate une rencontre à bord d'un navire dans le port de Saint-Jean (Nouveau-Brunswick), où les mesures de guerre interdisent l'accès aux bateaux à tout non-marin ou non-passager. Un prédicateur entre en contact avec trois marins catholiques de Guyane britannique, trop démunis pour contribuer financièrement mais désireux d'obtenir des publications. L'un de ces marins accepte d'emporter la littérature à bord et revient avec enthousiasme, ayant placé cinq livres reliés et de nombreuses brochures, ainsi qu'un compagnon souhaitant entendre l'enregistrement phonographique.[143] Le récit illustre la méthode de prédication par phonographe alors en usage, et souligne le rôle de relais joué par des sympathisants dans un contexte d'accès restreint.[144]
Un deuxième témoignage décrit l'activité d'un prédicateur âgé de plus de soixante-dix ans dans la petite ville de Burlington (Michigan), qui effectue tout son travail de porte-à-porte à pied, parcourant de nombreux kilomètres par jour dans les zones rurales. Arrivé à une maison d'école, il entre et passe environ une demi-heure à expliquer aux enfants scolarisés les enseignements sur le Royaume, puis distribue à chacun d'eux un exemplaire du Kingdom News à rapporter chez eux. Son rapport du mois de février est mentionné : quarante-six livres, cent soixante-seize brochures, quatre-vingt-six heures d'activité.[145]
Un troisième témoignage, en provenance de Lafayette (Louisiane), décrit une situation de conflits avec les autorités locales, liés aux instructions données par un prêtre catholique à ses paroissiens de couleur d'appeler la police à chaque visite de témoins de Jéhovah. À la suite de nombreuses arrestations, le même prêtre aurait finalement conseillé à ses paroissiens de ne plus recourir à la police mais d'éconduire poliment les prédicateurs. Le résultat est présenté comme favorable : « les gens de bonne volonté s'éveillent à leurs privilèges et cherchent la douceur dans la connaissance de Jéhovah ».[146]
Un quatrième récit, venu du Nouveau-Mexique, relate le cas d'une femme de Penasco, catholique dévote et illettrée, qui, après avoir été initiée aux publications par une témoin, commença à les partager avec ses voisins. Le prêtre local, agissant par l'entremise de son mari, la fit interner pour démence à l'asile de Las Vegas (Nouveau-Mexique) pendant trois mois. Durant cette période, son mari lut lui-même les publications, se convainquit de leur véracité et se rendit auprès des autorités de l'asile pour demander la libération de son épouse, déclarant « que c'était lui qui était fou, et non sa femme ». Une fois libérée, les deux époux et leur fille sont décrits comme lisant ensemble les publications, recevant La Tour de Garde et Consolation en espagnol et utilisant un phonographe dans l'« œuvre étrange » de Dieu.[147]
Un cinquième témoignage relate le cas de M. Smith, qui avait prétendu ne pas être chez lui pour éviter un prédicateur qu'il croyait envoyé par une église ou par le père Coughlin. Après avoir entendu un enregistrement du juge Rutherford — dont il ignorait l'identité jusqu'à ce que le prédicateur la lui révèle — il avoua son mensonge et exprima son hostilité envers le clergé en citant les comportements jugés scandaleux de deux prédicateurs de sa connaissance : un qui aurait facilité des jeux d'argent et un autre qui aurait vendu de l'alcool de contrebande.[148]
Un dernier témoignage, venu de Providence (Rhode Island), décrit comment la destruction de publications par un collègue catholique dans un grand immeuble de bureaux incita un homme à commander davantage d'exemplaires de La Tour de Garde et de Consolation, résolu à « personne ne va déchirer ceux-ci », affirmant qu'ils contenaient de bonnes choses qu'il était bien décidé à lire.[149]
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Illustrations du numéro
Références
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