La Tour de Garde du 1er avril 1930
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| La Tour de Garde du 1er avril 1930 | |
|---|---|
| Revue | La Tour de Garde |
| Date | 1930 |
| Année | 1930 |
| Éditeur | Watch Tower Bible and Tract Society |
La Tour de Garde du 1er avril 1930 est un numéro bimensuel du périodique La Tour de Garde, paraissant le 1er et le 15 de chaque mois. Ce numéro s'inscrit dans la période dite Rutherfordienne, caractérisée par une consolidation doctrinale et un renouvellement de l'herméneutique biblique propres aux années qui suivent la Première Guerre mondiale.
Le numéro articule plusieurs thèmes théologiques : une exégèse christologique du Psaume 8 rattachée à l'événement de 1914, une ecclésiologie restreinte réservant la cohéritance du Christ à un groupe d'« oints », un appel à la vigilance eschatologique fondé sur la conviction que la délivrance est imminente, et une réflexion sur la fidélité dans les détails de la vie quotidienne comme critère de loyauté envers Dieu. La publication procède également à un rejet explicite du vocabulaire antérieur de la Watch Tower, notamment de l'expression « plan divin », au profit d'une terminologie jugée plus conforme à la souveraineté divine.
Ce document constitue un témoin précieux de la phase de reformulation doctrinale engagée sous J. F. Rutherford, illustrant la manière dont la publication réinterprète des textes scripturaires anciens à la lumière de sa propre chronologie prophétique tout en prenant ses distances avec certains héritages terminologiques de l'ère de Charles Taze Russell.
Analyse
Croyances
L'article principal du numéro, intitulé « The Son of Man », développe une exégèse du Psaume 8. La publication y affirme que les textes scripturaires anciens ont été rédigés spécifiquement pour l'instruction des générations finales,[1] et que la compréhension du Psaume 8 ne s'est pleinement révélée qu'après l'entrée du Seigneur dans son temple, événement que la Watch Tower situe en 1914.[2]
Sur le plan christologique, la publication soutient que les versets 4 à 8 du Psaume 8 ne s'appliquent ni à Adam ni à l'humanité restaurée en général, mais exclusivement à Christ, en s'appuyant sur la citation paulinienne d'Hébreux 2:6-9.[3] L'argument développé est que c'est Christ, et non Adam, qui a reçu la domination universelle, devenant héritier de tout ce qu'Adam aurait pu posséder.[4] L'expression « le Fils de l'homme » est présentée comme un titre messianique que Jésus s'est lui-même attribué après son onction royale, et non comme une désignation générique de l'être humain.[5]
La doctrine ecclésiologique exposée dans le même article identifie l'Église — désignée comme « le corps du Christ » — à « l'Homme » (The Man) du Psaume 8. La publication cite Romains 2:5-7 et Éphésiens 4:13 pour affirmer que les saints oints, dans leur fidélité, sont appelés à être cohéritiers de Christ.[6]
Un développement doctrinal notable porte sur le rejet explicite de l'expression « plan divin » (divine plan), antérieurement usitée dans la Watch Tower elle-même. La publication soutient que la notion de « plan » implique une préméditation susceptible d'échec, ce qui serait incompatible avec la toute-puissance divine. Dieu n'aurait pas de « plan » mais des « desseins » (purposes) : « il lui suffit de vouloir pour que la chose s'accomplisse ».Dieu n'a pas de plan mais des desseins[7] Cette révision terminologique marque une rupture avec le vocabulaire hérité de l'ère russellite, notamment avec la formule « plan divin des âges » qui structurait la théologie des Étudiants de la Bible.[8] La publication rejette également la thèse selon laquelle Dieu aurait agi de manière conditionnelle selon la fidélité ou la chute de l'homme, la qualifiant d'inconsistante.[9]
L'article soutient par ailleurs que la révélation progressive des noms divins — Dieu, Tout-Puissant, Jéhovah, Très-Haut — reflète des attributs distincts désormais mieux compris par la « classe du temple ».[10]
L'article radio intitulé « What Is Meant by the Gospel? » expose une définition de l'évangile strictement limitée à la proclamation du Royaume millénaire de Christ. La publication affirme que le mot « évangile » (gospel) signifie exclusivement « bonne nouvelle » et ne contient aucune notion de tourment ou d'angoisse.[11] La doctrine du tourment éternel est présentée comme une falsification d'origine satanique introduite dans le christianisme institutionnel : la parole de Satan rapportée en Genèse 3:4 — « Vous ne mourrez pas » — est citée comme la source de la croyance en l'immortalité de l'âme, dont découlerait logiquement la doctrine du tourment éternel.[12] La publication lui oppose la doctrine de la résurrection des morts — justes et injustes — comme la seule espérance biblique authentique, et définit la « seconde mort » comme une destruction définitive sans espoir de résurrection pour ceux qui refuseront l'offre du Royaume.[13]
L'article radio « Why So Many Religious Denominations? » développe une ecclésiologie exclusive en s'appuyant sur Éphésiens 4:4-5 — « un seul corps, une seule foi, un seul baptême » — pour démontrer que la multiplicité des confessions chrétiennes constitue une déviation radicale de l'idéal biblique.[14] La « vraie Église » y est définie comme un corps spirituel invisible, constitué de ceux qui ont offert leur vie en sacrifice à Dieu par une consécration totale, dont les membres sont inscrits au ciel et non dans les registres d'une organisation humaine.[15]
Organisation et histoire
L'article principal opère en effet une rupture terminologique notable avec l'enseignement antérieur de la revue en rejetant l'expression « plan divin » (divine plan), qui avait été centrale dans la théologie russellite et notamment dans les Études dans les Écritures. La publication soutient désormais que cette formulation est théologiquement inadéquate, au motif qu'un Dieu omniscient et omnipotent n'agit pas selon un « plan » susceptible d'échec, mais selon des « desseins » (purposes) dont l'accomplissement est certain et immédiat.[16] Ce glissement sémantique reflète la tendance de la période Rutherfordienne à redéfinir le corpus doctrinal issu de Charles Taze Russell, en substituant à ses formulations un cadre conceptuel propre.
Par ailleurs, l'article évoque un groupe d'anciens croyants ayant autrefois pris des engagements au sein du mouvement mais n'ayant pas obtenu l'approbation divine, et qui s'opposeraient activement au travail du « résidu ».[17] Cette désignation, sans nommer explicitement de personnes ou d'organisations dissidentes, témoigne de la tension persistante entre la direction Rutherfordienne et des éléments réfractaires issus du mouvement des Etudiants de la Bible, tension documentée dans l'histoire de la période suivant la Crise de succession de 1917.
Illustrations du numéro
Références
- ↑ La Tour de Garde du 1er avril 1930, p. 99.
- ↑ La Tour de Garde du 1er avril 1930, p. 99.
- ↑ La Tour de Garde du 1er avril 1930, p. 102.
- ↑ La Tour de Garde du 1er avril 1930, p. 103.
- ↑ La Tour de Garde du 1er avril 1930, p. 103.
- ↑ La Tour de Garde du 1er avril 1930, p. 103.
- ↑ La Tour de Garde du 1er avril 1930, p. 101.
- ↑ La Tour de Garde du 1er avril 1930, p. 101.
- ↑ La Tour de Garde du 1er avril 1930, p. 102.
- ↑ La Tour de Garde du 1er avril 1930, p. 102.
- ↑ La Tour de Garde du 1er avril 1930, p. 104.
- ↑ La Tour de Garde du 1er avril 1930, p. 105.
- ↑ La Tour de Garde du 1er avril 1930, p. 106.
- ↑ La Tour de Garde du 1er avril 1930, p. 107.
- ↑ La Tour de Garde du 1er avril 1930, p. 107.
- ↑ La Tour de Garde du 1er avril 1930, p. 101–102.
- ↑ La Tour de Garde du 1er avril 1930, p. 103–104.