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Rançon
La rançon (en anglais : ransom) est l'une des doctrines théologiques centrales du mouvement des Etudiants de la Bible puis des Témoins de Jéhovah. Elle désigne le sacrifice expiatoire de Jésus Christ, conçu comme le paiement d'un « prix correspondant » destiné à racheter l'humanité de la condamnation héritée d'Adam. Cette doctrine occupe une place fondatrice dans l'histoire même de la Watch Tower Bible and Tract Society, puisque c'est précisément une controverse à son sujet qui poussa Charles Taze Russell à fonder sa propre revue, La Tour de Garde, en 1879.
Origine et fondement biblique
La notion de rançon repose sur plusieurs passages scripturaires, notamment Matthieu 20:28 (« le Fils de l'homme est venu […] donner sa vie en rançon pour beaucoup »), Marc 10:45, et 1 Timothée 2:6. Russell, dès ses premiers écrits, développa une interprétation précise du terme grec antilutron, qu'il traduisit comme désignant « un prix qui correspond » (a price that corresponds). Selon cette lecture, le sacrifice du Christ représente un équivalent exact — ni plus, ni moins — à la vie parfaite perdue par Adam lors de la chute. Ce principe de correspondance exacte (exact corresponding ransom) constitue la clef de voûte de toute la sotériologie russelliste.
Cette controverse avec l'adventiste Nelson Barbour, qui niait la valeur expiatoire du sacrifice du Christ, fut directement à l'origine de la création de La Tour de Garde en 1879.
Développement doctrinal sous Russell
Charles Taze Russell exposa systématiquement sa théologie de la rançon dans ses Études dans les Écritures, notamment dans le tome premier, Le Plan Divin des Âges. Pour Russell, la rançon n'est pas seulement le fondement du salut individuel : elle constitue le pivot du « Plan divin » par lequel Jéhovah entend restaurer l'humanité entière à la perfection adamique perdue. La mort rédemptrice du Christ ouvre ainsi la voie à la résurrection universelle et au jugement millénaire.
Dans ce cadre, la rançon n'est pas présentée comme un paiement versé à Satan, mais comme une satisfaction offerte à la justice divine, permettant à Jéhovah de réhabiliter légalement l'humanité déchue sans contredire ses propres principes. Russell insistait sur le fait que la rançon offre une possibilité de salut pour tous les humains, y compris les morts non jugés, qui bénéficieront d'une résurrection et d'une opportunité d'acceptation sous le règne millénaire du Christ.
La rançon et la résurrection du Christ
Un aspect doctrinalement distinctif de la théologie de la rançon chez les Témoins de Jéhovah concerne la nature de la résurrection du Christ. L'organisation enseigne que Jésus n'est pas ressuscité avec un corps physique, mais a été élevé en tant qu'« esprit vivifiant ». La logique interne de cette position est étroitement liée à la doctrine de la rançon : si Jésus avait repris son corps humain parfait, il aurait en quelque sorte « repris » le prix payé, annulant ainsi la rançon elle-même. Le corps humain parfait de Jésus a donc été, selon cette doctrine, définitivement abandonné — « dissous » ou « mis de côté » par Dieu — afin que la rançon reste pleinement acquise.
Cette interprétation constitue l'un des points de divergence majeurs entre la théologie de la Watch Tower et la christologie des Églises chrétiennes historiques.
La rançon sous Rutherford
Sous la présidence de Joseph Franklin Rutherford, la doctrine de la rançon fut maintenue dans ses grandes lignes héritées de Russell, mais progressivement intégrée dans un cadre théologique plus combatif et organisationnel. La valeur expiatoire de la mort du Christ reste affirmée, mais l'accent se déplace vers les implications pratiques : la rançon justifie l'œuvre de prédication mondiale, légitime l'organisation comme instrument de Jéhovah, et sert de fondement à l'espérance d'une résurrection terrestre pour la « grande foule » des fidèles.
Rutherford multiplia les publications abordant la rançon dans le contexte plus large du gouvernement mondial de Jéhovah, de la délivrance de l'humanité et de la guerre eschatologique contre Harmaguédon. Parmi ces publications, La Guerre ou la Paix — Laquelle ? (1930) occupe une place notable.
Dans « La Guerre ou la Paix — Laquelle ? (1930) »
La brochure La Guerre ou la Paix — Laquelle ? (titre anglais original : War or Peace — Which?), publiée en 1930 par la Watch Tower Bible and Tract Society sous la plume de J. F. Rutherford, s'inscrit dans la série de publications de l'ère Rutherford qui articulent théologie de la rançon et critique des institutions humaines, en particulier des gouvernements séculiers, des grandes puissances impérialistes et des Églises de la chrétienté.
Dans cette brochure, Rutherford mobilise la doctrine de la rançon non pas comme un exposé sotériologique abstrait, mais comme argument politico-théologique : seul le gouvernement de Jéhovah, fondé sur le sacrifice rançonnaire du Christ, peut apporter une paix durable à l'humanité. Les guerres humaines — qu'elles soient menées au nom de la patrie, de la religion ou de la démocratie — sont présentées comme la conséquence directe du rejet de ce gouvernement divin et du sacrifice du Christ. La « paix » promise par les nations et leurs traités (allusion au contexte de la Société des Nations) est décrite comme une illusion satanique.
La rançon y est ainsi présentée sous son angle eschatologique et polémique : elle a été payée une fois pour toutes par le Christ, mais ses bénéfices ne seront pleinement réalisés que lors de l'établissement du Royaume théocratique, après la destruction des systèmes humains corrompus à Har-Maguédôn. La brochure illustre bien la manière dont Rutherford utilisait les doctrines fondamentales héritées de Russell — dont la rançon — pour les transformer en instruments de propagande anti-institutionnelle et de mobilisation des membres de l'organisation.
L'apport spécifique de cette publication à la théologie de la rançon réside donc moins dans une innovation doctrinale que dans son usage rhétorique : la rançon devient la pierre de touche permettant de disqualifier toute prétention des institutions humaines — États, armées, Églises de la chrétienté — à instaurer une paix véritable. Seul le sang du Christ, versé comme « prix correspondant », fonde une paix légitime et durable, celle du Royaume de Jéhovah.
La rançon dans la doctrine contemporaine
La doctrine de la rançon demeure l'un des piliers de l'enseignement actuel des Témoins de Jéhovah. Elle est commémorée annuellement lors du « Mémorial de la mort de Jésus-Christ », cérémonie tenue le soir de la Pâque juive et considérée comme le seul rite obligatoire pour les membres. La Tour de Garde enseigne que la rançon « fournie par la mort de Jésus Christ » permettra la disparition de la « mort adamique » lors du Millénium, et que la grande majorité des défunts ressusciteront pour bénéficier de cette rançon dans le cadre du jugement millénaire.
Publications de la Watch Tower traitant de la rançon
Les publications suivantes de la Watch Tower Bible and Tract Society abordent de manière significative la doctrine de la rançon :
- La Harpe de Dieu (1921) — J. F. Rutherford
- Délivrance — J. F. Rutherford
- La Guerre ou la Paix — Laquelle ? (1930) — J. F. Rutherford
- Le Mystère Accompli — J. F. Rutherford
- Doit-on croire en la Trinité? — Watch Tower Bible and Tract Society
Voir aussi
Articles connexes
- Charles Taze Russell
- Joseph Franklin Rutherford
- La Tour de Garde
- Armageddon
- Harmaguédon (brochure)
- Har-maguédon
- Eschatologie
- Condition des morts
- La Harpe de Dieu
- Délivrance
- Développement des doctrines
- Chronologie des changements doctrinaux
- Croyances principales
- La guerre ou la paix
- Herald of the Morning
- Etudiants de la Bible
- 1879
- 1914
- 1931