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La Tour de Garde de novembre 1880

De Tj-encyclopédie
La Tour de Garde de novembre 1880
Revue La Tour de Garde
Date 1880
Année 1880
Éditeur Watch Tower Bible and Tract Society

Ce numéro est entièrement centré sur la question du devenir des saints : leur résurrection, leur rassemblement auprès du Christ, et le franchissement de ce que la tradition typologique du tabernacle appelle le « second voile ». Les développements scripturaires s'appuient sur les épîtres aux Corinthiens, aux Thessaloniciens et aux Hébreux, ainsi que sur les Psaumes et les prophètes, pour construire une vision cohérente du programme divin à l'approche de 1914.

Plusieurs contributions distinctes se succèdent, traitant du rassemblement prophétique des saints, de l'alliance par le sacrifice, du tabernacle comme figure de la progression spirituelle, et du récit d'Isaac et Rebecca comme type des relations entre le Christ et son Église. S'y ajoutent des rubriques plus courtes : une discussion sur le retrait de l'Esprit, une section de questions et réponses, et deux témoignages personnels — l'un relatant un voyage vers le nord des États-Unis, l'autre exhortant les lecteurs sur la question pratique de la consécration.

Analyse

Croyances

Lire l'Ancien Testament comme programme de l'âge chrétien

Presque tout ce numéro repose sur une seule manière de lire la Bible : chaque récit hébreu est traité comme l'annonce codée d'un événement de l'ère chrétienne. Le tabernacle du désert, le rituel du jour des expiations, la sortie d'Égypte, le mariage d'Isaac et de Rebecca, David fuyant ses ennemis, Israël tremblant au Sinaï — rien n'est lu pour lui-même, tout sert de plan de ce qui arrive maintenant.[1] Cette façon de faire n'est pas inventée ici : elle s'appuie formellement sur l'épître aux Hébreux, qui parle des rites juifs comme de l'« ombre des biens à venir », et elle circulait déjà dans plusieurs courants adventistes américains du dix-neuvième siècle.[2] Ce qui est propre à ce numéro, c'est l'ampleur : le tabernacle y occupe deux articles distincts, dont la troisième livraison d'une série suivie, et le jour des expiations en occupe deux autres. L'année suivant ce numéro, Russell rassemblera ces matériaux dans un écrit consacré au seul tabernacle, qui deviendra l'un des piliers de sa doctrine sur l'Église.[3]

Le découpage du sanctuaire en trois espaces — la cour extérieure, le premier compartiment, puis la pièce la plus intérieure — sert ici à décrire trois états successifs du Christ : homme, puis esprit, puis présence directe auprès de Dieu.[4] La même grille est appliquée au chrétien, qui serait déjà prêtre dans le deuxième espace tout en vivant encore physiquement dans le premier : d'où l'affirmation que le croyant mène deux vies à la fois. Dans la tradition où puise ce raisonnement, chaque compartiment correspond à une étape du salut — la justification par la foi à l'entrée de la cour, la consécration à l'entrée du premier compartiment, la glorification au passage du rideau intérieur.[5] Le numéro de mars 1880 utilisait déjà le rituel des expiations de cette façon, en traitant les deux jeux de vêtements du grand prêtre comme deux états successifs de l'Église ; novembre 1880 pousse plus loin en appliquant le même procédé aux murs du bâtiment lui-même.

Le même traitement est réservé au vocabulaire des prophéties. L'« air » dans lequel les croyants rencontrent le Seigneur devient le pouvoir politique, au motif que le mot grec désigne ailleurs une puissance qui gouverne.[6] Les nuées deviennent les troubles de l'époque, les montagnes les royaumes humains, les éclairs la présence invisible du Christ. Ce procédé n'est pas nouveau dans la revue : en septembre 1879, les « cieux » et la « terre » qui doivent être dissous avaient déjà été transformés en structures gouvernementales et en tissu social, plutôt qu'en univers matériel. Novembre 1880 étend donc à l'enlèvement lui-même une méthode qui servait d'abord à vider la fin du monde de son contenu cosmique.

Appliquée aux alliances, cette lecture produit une disqualification du judaïsme. Sarah devient l'alliance de faveur dont le Christ est l'unique descendant ; Agar la servante devient l'alliance de la Loi, dont les Juifs selon la chair sont les enfants.[7] L'allégorie vient de Paul lui-même, mais les travaux récents sur ce passage soulignent que la lecture courante — Agar pour le judaïsme de la Loi, la femme libre pour un christianisme affranchi — reconduit souvent l'idée que le christianisme a remplacé Israël, et que cette lecture est aujourd'hui contestée par les spécialistes de Paul.[8] Le numéro de janvier 1880 avait pourtant rétracté publiquement l'idée que l'Église serait la « mère » spirituelle décrite par Paul, au motif que cette mère désigne la première alliance : novembre 1880 maintient donc le dispositif des deux alliances tout en ayant renoncé, dix mois plus tôt, à y faire entrer l'Église.

Une Église à deux étages : épouse et grande multitude

Le partage de l'Église en deux groupes de sauvés traverse tous les articles de ce numéro. D'un côté l'« épouse », seule gagnante, seule appelée à siéger sur le trône ; de l'autre une « grande multitude » qui n'a pas vaincu, reste sous l'emprise de la bête, traverse la tribulation et ne servira que devant le trône.[9] Cette séparation n'apparaît pas pour la première fois : le numéro de mars 1880 l'avait tirée du tirage au sort des deux boucs, le bouc immolé figurant la petite troupe et le bouc chassé au désert la seconde classe. Ce que novembre 1880 ajoute, c'est une explication du mécanisme : les deux groupes diffèrent par la manière dont ils arrivent au sacrifice. Le premier s'offre de lui-même, le second y est contraint par des jugements extérieurs.[10] Mars 1880 disait déjà que la seconde classe, n'ayant pas offert sa chair volontairement, y serait forcée par une période de détresse ; novembre 1880 reprend ce mécanisme et l'étend à la question du mûrissement, en comparant cette classe à un grain encore vert laissé sur place.

Cette hiérarchie commande l'identification des 144 000. Les vainqueurs d'Apocalypse 14 rencontrent le Christ sur le mont Sion et non au Sinaï, argument tiré de l'épître aux Hébreux : le Sinaï appartenait à l'ancien régime, Sion appartient au nouveau.[11] Les mêmes vainqueurs sont assimilés à Aaron et forment le temple céleste. Le raisonnement est circulaire : le groupe est défini comme celui qui a vaincu, et les textes qui parlent de vainqueurs lui sont ensuite attribués.

Le même geste produit la polémique contre les Églises. La grande multitude est accusée d'une union adultère avec le monde, souillée par le contact des Églises corrompues, et désignée par le nom de Babylone.[12] Dès l'origine du mouvement, « Babylone » ne désigne pas le catholicisme seul, comme chez la plupart des protestants, mais l'ensemble des Églises établies, que Russell appelle l'Église nominale.[13] Cette position s'enracine dans un refus plus ancien, hérité de George Storrs, qui estimait que toute Église organisée par invention humaine devient Babylone au moment même où elle s'organise.[14] Le numéro de mai 1880 formulait la séparation du monde comme un moyen de tenir dans la foi ; ici elle devient en plus le processus par lequel une classe entière de croyants sera arrachée de force à une Église tenue pour corrompue.

Le sacrifice de l'Église et l'ordre imposé des salvations

La définition des saints repose sur un seul verset : ceux qui ont fait alliance avec Dieu par le sacrifice.[15] Les commentateurs du dix-neuvième siècle lisaient généralement ce passage comme l'évocation d'une alliance ratifiée par des sacrifices rituels, ou, appliqué aux chrétiens, comme le vœu prononcé en participant aux emblèmes du sacrifice du Christ.[16] Ici le verset change de fonction : il devient un critère de tri entre deux classes de croyants. Le bouvillon du rituel figure le corps du Christ, le bouc les corps des saints, dont la mort prolonge celle de la tête. Cette articulation reprend et durcit ce que mars 1880 avait établi en reliant les deux boucs à l'idée qu'il manque encore quelque chose aux souffrances du Christ — formule qui, elle, avait été forgée par Benjamin Keith deux ans plus tôt. Juin 1880 avait pris soin de préciser que seule la mort de Jésus constitue le prix du rachat, et non ses souffrances ; novembre 1880 conserve ce verrou en distinguant la présentation du sang, réservée au Christ et à son ascension, de l'immolation, étendue aux saints.

De cette prémisse découle la pièce maîtresse du système : le sacrifice de l'Église doit être achevé et agréé avant que le salut du monde puisse commencer.[17] Le sort de l'humanité entière est donc suspendu à l'achèvement d'un petit nombre. Russell publiera cette articulation entre le sacrifice pour le péché et la part qu'y prend l'Église dès cette période, en faisant du rituel des expiations la base de son enseignement sur la remise en état de l'humanité.[18]

Ce même ordre interdit en retour toute restauration des saints à une perfection physique. La vie que la mort de Jésus leur a rendue a été consacrée en sacrifice : ils ne peuvent la reprendre, et seul le remplacement du corps naturel par un corps spirituel reste attendu.[19] Le raisonnement est économique autant que théologique : donner à l'Église une perfection humaine qu'elle devrait aussitôt abandonner pour le ciel serait un détour inutile, de sorte que sa justification fonctionne comme un raccourci.[20] Octobre 1879 avait fondé ces deux lignées sur l'opposition entre l'« âme vivante » du premier Adam et l'« esprit vivifiant » du dernier, en notant que la remise en état ne peut rendre que ce qu'Adam avait perdu ; novembre 1880 applique ce principe à la question pratique de savoir ce qui attend encore les consacrés vivants.

Devenir un corps spirituel : deux naissances et Christ composé

Le passage de la chair à l'esprit est découpé en deux temps, rattachés aux deux rideaux du tabernacle : d'abord être engendré par l'esprit tout en restant dans un corps de chair, ensuite naître d'entre les morts par la résurrection.[21] Dans le sanctuaire décrit par l'Exode, le premier rideau ferme le premier compartiment et le second sépare celui-ci de la pièce la plus intérieure.[22] Dans la lecture que Russell systématisera, le premier compartiment figure la condition de ceux qui ont consacré leur nature humaine à la mort et ont été engendrés de l'esprit, et le second, au-delà du rideau qui est la mort, la condition des seuls vainqueurs pleinement changés et nés d'entre les morts.[23] Cette idée de seconde naissance comprise non comme une conversion mais comme un changement de nature circulait dans ce milieu depuis 1875, où Paton l'avait exposée dans l'Herald of the Morning.[24] Avril 1880 avait posé un verrou sur ce point en refusant de lire la vivification des corps mortels comme une résurrection, précisément pour écarter l'idée de deux corps coexistants ; novembre 1880 maintient la même précaution en répétant que le corps spirituel manque encore.

À cette embryologie répond une christologie où le Christ n'est pas un individu mais un ensemble en cours de formation : Jésus la tête, les croyants les membres. D'où une ambiguïté assumée dans la lecture d'Aaron, qui représente tantôt Jésus seul, tantôt le Christ complet selon le moment du rituel.[25] Russell formulera explicitement ce dédoublement : Aaron comme prêtre représente le Christ, mais Aaron agissant avec Moïse dans l'exécution du jugement représente les saints avec le Christ, de sorte que son travail d'une seule journée figure l'âge entier, de la tête au corps complet.[26] L'expression qui tient tout l'édifice est « Christ en nous » : la même divinité qui habitait Jésus habiterait les croyants et les constituerait fils de Dieu.[27] Penton note que cette conception d'un Christ tête et corps, l'Église achevée devenant partie du Christ, conduira Russell à soutenir que les membres de l'Église n'ont pas de médiateur mais un avocat — et qu'il la présentera comme une lumière nouvelle, sans savoir qu'un équivalent existait dans la théologie catholique depuis des siècles.[28]

L'enlèvement n'est alors que l'aboutissement de ce processus, et non un événement venu de l'extérieur : les morts de cette classe ressuscitent esprits, les vivants sont changés en un clin d'œil.[29] Cette attente d'une translation imminente des élus vivants en corps spirituels immortels occupait le milieu de Barbour dès 1875.[30]

La présence invisible depuis 1874 et l'échéancier daté

L'affirmation sur laquelle tout repose est que le Christ est déjà revenu, en 1874, sans que personne le voie.[31] Cette position vient de la découverte faite par Benjamin Keith dans la traduction interlinéaire de Benjamin Wilson, où le mot grec habituellement rendu par « avènement » est rendu par « présence » ; Keith en conclut que le Christ était présent depuis octobre 1874 mais de façon invisible, convainquit Barbour, et la thèse fut diffusée dans l'Herald of the Morning d'octobre 1875.[32] L'idée d'un retour en deux étapes dont la première serait invisible n'était pas isolée : elle avait été avancée vers 1828 par le banquier londonien Henry Drummond et devint courante chez les commentateurs de prophéties pour le reste du siècle.[33] Ce qui est propre à Barbour, c'est d'y avoir accroché une date.

Ce numéro consacre un article entier à la seule objection qui compte vraiment : si le Seigneur est venu chercher les siens, pourquoi ne sont-ils pas partis et pourquoi tout continue-t-il comme avant ?[34] La réponse construit un intervalle entre la venue et le rassemblement, appuyé sur le maître de la parabole qui examine ses serviteurs avant de les récompenser, et sur un principe général selon lequel la vérité complète ne se trouve presque jamais dans un seul passage. Trois images servent ensuite à rendre l'invisibilité crédible : le buisson d'où Moïse entend une voix sans voir personne, le puits dont le nom signifie qu'on y a regardé vers celui qui voit sans être vu, et les éclairs d'un orage. Mai 1880 lisait déjà l'éclair non comme une lumière physique mais comme le déploiement d'une vérité ; novembre 1880 ajoute le buisson et le puits, et fait de ce dernier le détail qui enseigne par quelle voie le Seigneur vient rencontrer son épouse.

Autour de cette présence s'organise un calendrier précis : la septième trompette sonne depuis 1840 et doit continuer jusqu'en 1914, terme des temps des nations.[35] L'habitude de traiter les trompettes de l'Apocalypse comme des périodes de plusieurs siècles plutôt que comme des sonneries ponctuelles était courante chez les millénaristes américains : Shimeall faisait finir la septième en 1844, Miller estimait qu'on vivait sous son règne.[36] La date de 1914 n'est pas non plus une invention du groupe : elle était déjà apparue chez Elliott en 1844, chez Seeley en 1849 et dans le périodique The Prophetic Times en 1870, avant que Barbour la reprenne en 1875.[37] Mars 1880 avait posé le même repère comme acquis ; ce qui est nouveau en novembre, c'est que 1914 sert à encadrer le voyage de l'épouse : l'union avec le Seigneur est attendue très prochainement, mais le chemin avec lui devrait se poursuivre jusqu'à cette date avant le partage complet des bénédictions promises.[38]

De cette architecture découle une prise de position contre d'autres croyants du même milieu : l'Esprit ne quittera pas la terre au départ de l'épouse, car la seconde classe en aura besoin pour traverser la détresse.[39] L'argument est typologique — les servantes de Rebecca restent avec le serviteur pendant qu'Isaac emmène sa femme — et il s'appuie sur une grille d'interprétation courante où Abraham est le Père, le serviteur l'Esprit, Rebecca l'Église et Isaac l'Époux.[40] Le désaccord porte sur un point qui divise encore les commentateurs : certains tiennent l'Esprit pour la force qui retient le mal et le voient partir avec l'Église, d'autres objectent que des gens devant être sauvés pendant la détresse, l'Esprit doit nécessairement rester.[41] Ce numéro prend parti pour la seconde position, et le fait au nom de la cohérence interne de son système : sans Esprit sur terre, la grande multitude ne pourrait pas laver ses robes.

Rencontrer le Seigneur dans les airs : accéder au pouvoir

La rencontre du Seigneur « dans les airs » ne désigne pas un voyage vers le ciel mais une arrivée au pouvoir : les saints accèdent au gouvernement de la terre pour exécuter les jugements écrits.[42] Les textes mobilisés ne sont pas pacifiques : celui qui vaincra reçoit autorité sur les nations et les brise comme des vases de potier, selon une formule reprise du deuxième psaume.[43] L'enlèvement devient donc un transfert de souveraineté, et le groupe élu est associé à la violence de la fin plutôt qu'à son simple spectacle.

Cette lecture reste cependant encadrée. Mars 1880 avait déjà pris soin de préciser que le glaive, les chaînes et les fers du Psaume 149 ne sont pas des armes de chair, que cette tâche est confiée à des saints glorifiés et non à des saints encore mortels, et que les nations impies se font elles-mêmes la guerre tandis que les saints surveillent. Novembre 1880 reprend ce partage sans le modifier : Aaron échappe aux plaies et aide Moïse à les exécuter, mais ni l'un ni l'autre ne les produit par lui-même.[44]

Mourir à la chair : baptême réel, immersion et baptême de feu

Le baptême est dédoublé. Il y a l'immersion dans l'eau, qui n'est qu'un signe, et le baptême réel en deux phases : mourir au péché, puis mourir à la condition mortelle.[45] Russell maintiendra cette distinction toute sa vie et en tirera une conséquence pratique forte : l'immersion ne peut servir de condition d'appartenance à l'Église véritable, et la communion fraternelle se fonde sur la consécration et non sur le rite.[46] Pourtant, dans ce numéro, le signe extérieur est bel et bien réclamé : des lecteurs qui ont lu l'article de septembre 1880 sur l'importance du baptême demandent comment se faire immerger, et on leur répond d'écrire à des correspondants, de se baptiser mutuellement s'ils sont plusieurs, ou de s'adresser aux officiants des Disciples, les ministres baptistes n'étant pas autorisés par leur credo à baptiser qui ne rejoint pas leur Église.[47] Schulz et de Vienne relèvent précisément cet échange comme la preuve que l'article de septembre avait ébranlé des lecteurs qui jusque-là négligeaient l'eau.[48] Russell lui-même avait été immergé vers 1874 avec son père et sa sœur Margaret, sans qu'on sache qui avait officié.[49]

Le baptême mutuel entre croyants n'est pas une bizarrerie isolée. La confession baptiste de 1646 tenait déjà que l'administrateur désigné par le Christ est un disciple, sans lien avec une fonction d'Église particulière ; celle de 1689 réécrivit au contraire la section pour réserver le rite à des clercs ordonnés, et Wesley, d'abord partisan de l'ordination épiscopale, finit par accepter le baptême par des laïcs.[50] Ce numéro se place du côté du baptême sans clergé, et le justifie par un détail concret : le credo baptiste lie le rite à l'adhésion.

Le même vocabulaire sert à décrire la destruction. Le baptême de feu annoncé par Jean-Baptiste n'est pas la Pentecôte mais l'anéantissement d'Israël comme nation, le ministère de Jésus faisant office de vannage qui sépare le blé juif de la paille.[51] Cette lecture a ses défenseurs chez d'autres commentateurs, qui font valoir que la prophétie visait la destruction de Jérusalem en 70 et qu'au moment où Jésus annonce la Pentecôte il ne mentionne aucun feu.[52] Reste l'effet produit par la juxtaposition : la même image d'eau et de feu sauve un groupe dans la mesure exacte où elle en détruit un autre.

Discipline de la fidélité et clôture de l'autorité apostolique

L'épouse doit se laver elle-même avant la venue du Seigneur ; il ne la lavera pas en arrivant.[53] La thèse contraire, soutenue par un périodique concurrent dont le rédacteur ne croit pas à la présence actuelle du Seigneur, est écartée par un argument de méthode : la Bible n'emploierait jamais une image absurde, et un marié qui laverait sa fiancée le jour des noces serait absurde. L'appui scripturaire est le verset qui demande d'être trouvé en paix, sans tache et irréprochable — passage que d'autres commentateurs lisent au contraire comme un travail que le Christ accomplit par son sang et son esprit, non comme une tâche confiée au croyant seul.[54] Le choix fait ici est donc un choix, pas une évidence du texte.

Il a un corrélat : ce n'est pas la connaissance de la doctrine qui fait les héritiers, mais le fait de tenir son engagement jusqu'au bout. La veuve qui jette ses deux piécettes n'a sans doute rien compris à la théorie du sacrifice, mais elle a tout donné.[55] Une note éditoriale appuie sur ce point en relevant que, chez beaucoup, la règle de vie semble être la protection de soi plutôt que le don de soi.[56] Ce milieu tenait déjà que savoir ne suffit pas et qu'il faut aimer et obéir pour mériter l'immortalité.[57] Mai 1880 avait décrit cette consécration comme une crucifixion douloureuse portant non sur ce qui est mauvais mais sur ce à quoi un homme a normalement droit ; novembre 1880 déplace l'accent de l'intensité du renoncement vers sa durée.

Le même souci conduit à contester une décision prise par les apôtres eux-mêmes. Les onze auraient eu tort de tirer au sort pour remplacer Judas, puisque l'Esprit n'était pas encore donné et que Jésus avait son propre candidat : Paul, véritable douzième apôtre, amené à voir le Seigneur ressuscité le dernier de tous.[58] La thèse n'est pas propre à ce numéro : ses partisans font valoir que les conditions fixées par les onze, raisonnables en apparence, ne leur avaient pas été prescrites, et que le choix fut opéré avant la Pentecôte alors qu'on leur avait ordonné d'attendre.[59] L'objection courante est que le Nouveau Testament compte Matthias parmi les Douze avant même la conversion de Saul et ne suggère nulle part que son élection se soit faite hors de la direction du Seigneur.[60] L'intérêt de la position tient à ce qu'elle produit : un nombre d'apôtres définitivement clos, douze noms gravés et pas un de plus, et le principe qu'une décision d'hommes non ratifiée d'en haut peut être annulée. Le même numéro précise d'ailleurs que les langues et les prophéties ont cessé, et que deux ou trois croyants réunis suffisent à former un corps d'Église reconnu par le chef.[61]


Organisation et histoire

Un périodique écrit par des collaborateurs plus que par son rédacteur

L'essentiel des pages de ce numéro n'est pas écrit par Russell. Les longs exposés sur le rassemblement des saints, l'alliance par le sacrifice et la purification du sanctuaire sont signés des initiales J. H. P., celles de John Henry Paton, prédicateur du Michigan qu'il avait invité à l'assister et qui écrit pour le périodique jusqu'en 1881.[62] La série sur le Tabernacle porte celles de W. I. M., soit William I. Mann, d'Allegheny.[63] Ces deux noms figurent en tête de la liste des « contributeurs réguliers » imprimée depuis la première livraison, aux côtés de B. W. Keith, de H. B. Rice et d'A. D. Jones ; Rice, qui n'avait jamais rien écrit, en a été retiré en mai 1880 et remplacé par Lizzie A. Allen.[64] Russell, lui, n'intervient dans ce numéro que par une note sur l'article de Paton et par deux annonces pratiques.[65]

Ce partage de la plume va avec un partage de l'autorité. Paton prend soin de dire qu'il n'avance pas ses conclusions avec un esprit dogmatique, persuadé que « le Seigneur accomplira toutes choses selon le conseil de sa propre volonté », que ses lecteurs comprennent ou non.[66] Ses six propositions sur le bouc émissaire et les plaies sont donc offertes à la discussion, non imposées. Les sociologues qui ont étudié les nouveaux mouvements religieux observent que cette tolérance pour des avis divergents est caractéristique de leur première phase, avant qu'un centre ne se réserve l'interprétation des textes.[67]

Le germe d'une autorité centrale est pourtant déjà visible. La note qui clôt l'exposé de Paton ne discute aucun de ses six points : elle invite le lecteur à une seconde lecture en prière et déplace la question sur le terrain de la conduite, en remarquant qu'« au lieu du sacrifice de soi, la règle de vie semble être la protection de soi ; au lieu du renoncement, c'est la gratification personnelle ».[68] Le rédacteur ne contredit pas son collaborateur, mais c'est lui qui a le dernier mot et qui dit comment lire. Le mois précédent, une note du même genre avait déjà été accolée à un texte de Paton sur le bouc émissaire.[69]

Le journal tenant lieu d'institution

Faute de toute organisation, la revue remplit elle-même les fonctions qu'une institution assurerait. Les lecteurs qui veulent être immergés sont renvoyés aux noms imprimés dans la première colonne du journal : cette liste de contributeurs sert d'annuaire permettant à des gens isolés de s'écrire et de se trouver.[70] Russell avait déjà expliqué, quelques mois plus tôt, que beaucoup d'abonnés étaient totalement inconnus les uns des autres et qu'il voulait les faire se rencontrer.[71]

La revue se cite aussi beaucoup elle-même. Une réponse sur la perfection charnelle renvoie à l'article « Restitution — pour qui ? » de la livraison d'août ; les candidats au baptême sont renvoyés à celui de septembre sur l'importance du baptême ; la série sur le Tabernacle reprend là où le numéro précédent s'était arrêté et annonce une suite.[72] Un lecteur qui veut comprendre un point doit donc avoir gardé les numéros antérieurs. Le journal se construit ainsi en corpus et se donne à lui-même valeur de référence.

Il s'institue aussi en archive de ses propres états successifs. L'exposé sur la purification du sanctuaire est republié en annonçant d'emblée qu'il s'agit d'un document ancien, conservé parce qu'il montre comment la vérité se découvre par étapes.[73] Le principe avait été posé dès la première livraison, en juillet 1879, à partir du sentier des justes qui brille de plus en plus. L'intérêt pratique de ce raisonnement est qu'il retourne l'objection la plus évidente : un enseignement nouveau cesse d'être suspect de nouveauté dès lors qu'on le présente comme une étape d'un dévoilement continu.[74] Russell et son entourage d'Allegheny se disaient d'ailleurs convaincus que ces vérités ne leur avaient pas été révélées d'un coup, mais peu à peu, parce que le temps fixé par Dieu était venu.[75]

Des hôtes locaux, pas encore des congrégations

Le voyage annoncé dans l'État de New York donne des dates précises : Dansville le jeudi soir 4 novembre, Honeoye le dimanche 7, Brockport le 11, avec un projet de tournée dans l'Est vers janvier et des visites à l'Ouest en décembre.[76] Russell avait déjà fait une tournée d'un mois à travers neuf localités quelques mois avant, en tenant quatre à six heures de réunion par jour dans chaque endroit, et déclarait vouloir visiter tout le troupeau pour faire connaissance.[77] Ce qu'il va voir, ce sont de petits groupes d'abonnés, pas des congrégations.

Dans chaque localité, une personne a « pleine charge » des dispositions : B. W. Keith à Dansville, Ira Allen à Honeoye, et une sœur J. G. Heath à Brockport.[78] Loraine Heath était l'épouse d'un entrepreneur en bâtiment de Brockport qui avait vendu sa maison et s'était installé à Rochester pour y attendre le retour du Christ, avant de revenir après l'échec de 1875.[79] Une femme exerce donc ici exactement la même fonction que les deux hommes, sans que cela appelle une justification. Ce n'est pas une anomalie isolée : Maria Russell signera le plus grand nombre d'articles du périodique après son mari et siégera au conseil d'administration dès l'incorporation.[80]

Les visiteurs des environs sont invités, et on leur trouvera un toit.[81] Ce détail dit tout de l'état du mouvement : il n'existe aucun local, et l'accueil repose sur les maisons des lecteurs. Les prédicateurs itinérants américains du siècle fonctionnaient de la même façon, logeant chez des familles sympathisantes réparties le long de leur circuit, dans un réseau de maisons privées qui fut la véritable infrastructure de leur expansion.[82]

L'aveu d'une absence d'Église : le cas du baptême

Des lecteurs ayant lu l'article de septembre veulent être immergés et ne savent pas comment s'y prendre. La réponse est un aveu : écrire aux contributeurs du journal, ou, s'ils sont plusieurs dans le même cas, se baptiser les uns les autres, ou encore s'adresser aux officiants des Disciples du Christ.[83] Il n'existe donc ni ministre, ni salle, ni rite propre. L'idée que le baptême puisse être administré par un simple disciple et non par un clerc n'est pas une invention du groupe : les baptistes du dix-septième siècle l'avaient déjà soutenue, en tenant que la mission de baptiser avait été donnée aux disciples et n'était liée à aucune charge d'Église particulière.[84] Russell et plusieurs de ses proches avaient eux-mêmes été immergés vers 1874, sans qu'on sache qui avait officié.[85]

Cette carence est aussitôt transformée en position. Les ministres baptistes sont écartés parce que leur credo ne leur permet pas de baptiser quelqu'un qui ne rejoint pas leur Église.[86] La remarque est exacte : les Églises baptistes américaines de l'époque liaient étroitement le baptême à l'admission comme membre, tenaient le non-baptisé pour désobéissant sur ce point, et exerçaient sur leurs membres une surveillance qui allait jusqu'à leurs loisirs et leur habillement.[87] Les Disciples du Christ, à l'inverse, avaient admis dès leurs débuts des membres non baptisés et les avaient immergés sur leur simple demande.[88] En renvoyant ses lecteurs vers eux et pas vers les baptistes, le journal fait de son absence de structure un principe : on peut recevoir le signe sans adhérer à quoi que ce soit. La formule finale — Dieu ouvrira quelque porte — laisse l'affaire entre le croyant et Dieu, hors de toute Église.[89]

Se situer dans le millénarisme américain

Le cadre de dates que le numéro utilise n'est pas de lui. La présence invisible du Christ depuis l'automne 1874 vient de B. W. Keith, qui l'avait tirée de la traduction du mot grec parousia par « présence » dans lEmphatic Diaglott de Benjamin Wilson, et de Barbour qui l'avait popularisée dans lHerald of the Morning d'octobre 1875.[90] L'échéance de 1914 comme fin des « temps des Gentils » vient du même milieu : Barbour la calculait en 1875 à partir de 606 avant notre ère, et Russell avait accepté ses comptes en 1876, puis y était resté attaché après leur rupture du printemps 1879.[91] Ce numéro reprend les deux repères comme un acquis, sans les démontrer.[92]

C'est précisément à l'intérieur de ce milieu que se joue la polémique. Un confrère est pris à partie pour avoir soutenu que Jésus, en venant, passerait du temps à laver son épouse avant les noces ; et ce confrère est désigné d'abord par le fait que son rédacteur ne croit pas le Seigneur présentement présent.[93] La divergence porte donc moins sur le lavage de l'épouse que sur 1874 : en 1880, Barbour avait rejeté le retour invisible de cette année-là pour revenir à un retour futur.[94] Le numéro de mai 1880 avait déjà fait de cette date la ligne de partage avec le reste du milieu adventiste, et celui d'octobre avait traité l'abandon de 1874 comme la faute du « mauvais serviteur ». La réfutation de novembre reste sur ce terrain, en opposant à l'adversaire un principe de méthode — la Bible n'emploie jamais une image qui aboutirait à une absurdité — et 2 Pierre 3:14 : l'épouse ne sera pas lavée par le Christ à son arrivée, il la trouvera déjà propre.[95] L'identité du groupe se construit ainsi par écart avec ses voisins immédiats, pas par rupture avec le millénarisme.


Contenu

« Enlevés dans les nuées »

La « petite troupe » ou « épouse » est identifiée comme la seule classe à participer à la « première résurrection » : ceux qui, morts « en Christ », ressusciteront spirituels et immortels, tandis que les vivants de cette même classe seront transformés en un instant, « changés en un moment, en un clin d'œil », conformément à 1 Thessaloniciens 4:17 et 1 Corinthiens 15:51-52.[96] Cette transformation constitue la « seconde naissance » : les membres du « corps de Christ » ont d'abord été engendrés de la chair, puis engendrés de Dieu par la parole de vérité, et leur changement final représente l'achèvement de cette nouvelle vie spirituelle.[97]

La seconde classe, dite « grande compagnie », est présentée comme non vaincante : elle reste soumise à la puissance de la bête, de son image et de sa marque, jusqu'à ce que ces puissances soient renversées dans la « période de trouble ».[98] Seul le « corps de Christ » est désigné comme constitué des véritables vainqueurs, auxquels la promesse est faite de siéger sur le trône avec le Seigneur, conformément au programme exposé dans Apocalypse 20:4-6.

Le mot grec rendu par « air » dans le texte de 1 Thessaloniciens 4:17 est interprété de manière symbolique : ailleurs dans les Écritures, notamment en Éphésiens 2:2, Apocalypse 9:2 et Apocalypse 16:17, ce terme représente le gouvernement ou le pouvoir de contrôle sur la terre.[99] La « rencontre du Seigneur dans les airs » est donc comprise comme une association au pouvoir royal, dont la tâche sera « d'exécuter les jugements écrits », selon Psaumes 149:9.

Concernant la chronologie prophétique, la septième trompette de Apocalypse 10:7 et Apocalypse 11:15-18 est présentée comme ayant commencé à sonner en 1840 et devant continuer jusqu'à la fin des « Temps des Gentils » en 1914.[100] Le retour invisible du Seigneur pour son « épouse » est situé en 1874. Le trouble prophétique est comparé à une tempête atmosphérique dont les éclairs symbolisent la présence invisible du Christ, conformément à Matthieu 24:27 et Luc 17:24, et les nuages le rassemblement du trouble de cette époque finale.[101]

Au-delà du voile

Israël au Sinaï est présenté comme le type du monde recevant les instructions de Dieu durant la période de trouble : tout comme le peuple vit le feu de la montagne enveloppé de nuées et entendit la voix de Dieu sans en voir la forme, « durant la période de trouble il en sera de même » — tous reconnaîtront la présence du Seigneur par les jugements issus du Royaume, mais seuls les saints le « verront tel qu'il est », selon Daniel 12:1 et Jean 3:3.[102] Le Psaume 97 est cité dans une nouvelle traduction pour dépeindre l'établissement du royaume de Dieu : nuées et ténèbres entourent Jéhovah, le feu dévore ses ennemis, ses éclairs illuminent la terre, et les montagnes — symbolisant les royaumes terrestres — fondent comme de la cire en sa présence.[103]

David oint est interprété comme un type de l'Église dans sa délivrance, selon 2 Samuel 22:10 : le Seigneur, venu dans le trouble et les ténèbres, délivre son épouse de l'« ennemi puissant » que représente la nature charnelle, pour la conduire à la perfection de la nature nouvelle à la ressemblance du corps glorieux du Christ.[104] La section se conclut par un poème de dévotion personnelle exprimant le désir d'être prêt pour ce changement.

Le second article débute par une étude du voile dans le tabernacle de l'Ancien Testament, en s'appuyant sur l'épître aux Hébreux. Trois rideaux composaient le tabernacle, dont deux étaient appelés voiles. Le premier, formé de rideaux de lin blanc entourant l'ensemble de l'édifice et de ses parvis, est interprété comme le voile de l'ignorance et de l'incroyance qui empêche le monde de comprendre l'œuvre de sacrifice pour le péché accomplie à l'intérieur — c'est-à-dire au sein de l'Église. « Ce voile empêche présentement le monde » de saisir cette réalité spirituelle, et il est désigné comme le voile couvrant les cœurs des nations et des Juifs, selon 2 Corinthiens 3:14.[105]

Le deuxième voile est interprété comme le passage définitif au-delà de la chair : après avoir traversé le premier voile — symbole de la mort à la volonté charnelle — les croyants progressent dans leur nouvelle nature spirituelle jusqu'à ce second voile, qu'ils ne peuvent franchir que lorsque la chair a été entièrement détruite, représentée par la combustion du corps de l'offrande pour le péché hors du camp. Cette destruction s'étend sur toute la durée de l'âge de l'Évangile, si bien que Paul, dont le corps a été offert depuis longtemps, doit attendre que tous les membres du même corps subissent également cette destruction, car « ils ne seront pas rendus parfaits sans nous », selon Hébreux 11:40.[106]

La perfection à atteindre n'est pas celle de la nature charnelle — abandonnée depuis le premier voile —, mais celle de la vie spirituelle et divine : ce qui manque encore aux croyants est un corps spirituel en harmonie avec leur « esprit spirituel » ou nouvelle nature, un corps « semblable au corps glorieux du Christ ».[107] La double naissance est ainsi mise en parallèle avec les deux voiles du tabernacle : la première étape est l'engendrement de l'esprit dans le vieux corps, la seconde est la naissance par la résurrection, désignée comme « naître d'entre les morts ». Pour entrer en la présence de Dieu — le plan de la vie spirituelle et divine —, les deux voiles représentant la chair doivent être franchis, ce que confirme le rapprochement entre Colossiens 3:1-3, Romains 6:4, Colossiens 2:12 et Éphésiens 2:6.[108]

La conclusion est une exhortation fraternelle : les croyants sont invités à vérifier s'ils ont bien conclu l'alliance de sacrifier avec Jésus, s'ils marchent dans la nouveauté de vie en obéissant à la loi de leur nouvelle nature — l'amour —, et à progresser jusqu'au second voile pour y offrir un sacrifice agréable à Dieu par Jésus-Christ, à l'autel d'or de l'encens.[109]

Rassemblement auprès du Christ

Psaumes 50:5 — « Rassemblez mes saints auprès de moi ; ceux qui ont fait alliance avec moi par sacrifice » — sert de verset directeur pour un développement sur le rassemblement des saints.[110]

Ce rassemblement n'est pas celui qui s'effectuerait à la mort, ni un processus continu au long de l'âge de l'Évangile, mais un événement qui survient après et en conséquence du retour du Seigneur. Il est situé dans la série de choses devant se produire après la venue du Seigneur, en lien avec les versets 3 à 5 du Psaume 50, rapportés à la prophétie à laquelle Paul fait allusion en 2 Thessaloniciens 2:1 : « la venue de notre Seigneur Jésus-Christ et notre rassemblement auprès de lui ».[111] Cela est présenté comme l'une des preuves que ce que l'Ancien Testament annonce comme l'œuvre de Dieu est accompli par le Fils de Dieu, attestant l'unité de leur action.

Que ce rassemblement se réfère à la seconde venue et non à la manifestation finale du Seigneur au monde est établi par le fait que lors de cette manifestation finale, tous les saints viennent avec lui, selon Zacharie 14:5 : leur rassemblement auprès de lui doit donc précéder leur venue avec lui. Jean 14:2-3 est cité à l'appui — « je reviendrai et je vous recevrai auprès de moi » — pour montrer que l'objet de la seconde venue du Christ est de recevoir et de rassembler son Église auprès de lui.[112]

L'article développe ensuite l'argument selon lequel ni le Christ ni Paul ne mentionnent d'intervalle de temps entre la venue et le rassemblement, ce qui a conduit la plupart des lecteurs à supposer que ce rassemblement suit immédiatement la venue du Seigneur.[113] Cette supposition soulève l'objection familière aux contemporains de la revue : si le Seigneur est venu pour rassembler les siens, pourquoi ne sont-ils pas encore rassemblés et pourquoi toutes choses continuent-elles comme auparavant ? La réponse apportée est que l'absence de mention explicite d'un tel intervalle ne prouve pas qu'il n'existe pas, et que « la vérité entière se trouve rarement, si tant est qu'elle se trouve jamais, dans un seul passage ».[114]

La preuve scripturaire de cet intervalle est tirée de Luc 19:15, où le Seigneur décrit lui-même une œuvre d'examen accomplie après son retour et avant la récompense, ce qui implique un temps entre la venue destinée à rassembler les saints et le rassemblement lui-même.[115] La délivrance d'Israël de l'esclavage d'Égypte est ensuite proposée comme type prophétique illustrant la venue du Seigneur et la délivrance de l'Église. Dans ce tableau typologique, la nation d'Israël représente l'ensemble de l'Église ou maison de la foi, comprenant non seulement les saints — le « petit troupeau » — mais aussi « ceux qui craignent son nom, petits et grands », soit une « grande multitude », tandis qu'Aaron représente la portion des saints appelée à être le plus directement associée au Christ comme Grand Souverain Sacrificateur dans l'œuvre d'exécution du jugement.[116]

La rencontre d'Aaron et de Moïse sur la montagne de Dieu préfigure ainsi le rassemblement des saints auprès du Christ, et cette rencontre avait rapport non seulement à l'exécution des jugements sur les Égyptiens, mais aussi, par les plaies, à la délivrance d'Israël.[117] L'épisode du buisson ardent en Exode 3:1 est interprété comme preuve qu'un être spirituel peut être présent et néanmoins invisible : Moïse n'a pas vu le Seigneur, mais il en a eu la preuve par sa parole. La déclaration divine des versets 7 et 8 — « Je suis venu pour les délivrer » — est mise en parallèle direct avec la promesse du Christ en Jean 14:2-3 : de même qu'un temps considérable s'écoula entre la venue de Dieu pour délivrer Israël et la délivrance effective de la nation, un intervalle similaire sépare la venue du Christ et le rassemblement de son Église.[118]

La comparaison typologique est prolongée : Aaron, désigné « saint du Seigneur » au Psaumes 106:16, fut préservé des plaies et aida Moïse à les exécuter comme moyen de salut pour Israël, fils premier-né du Seigneur selon Exode 4:22. De même, certains sont présentés comme dignes d'échapper aux choses qui viennent sur la terre (Luc 21:36), comme des vainqueurs appelés à siéger avec le Christ sur son trône et à exercer une autorité sur les nations (Apocalypse 2:26-27 et Apocalypse 3:21), « pour exécuter la vengeance sur les nations et les punitions sur les peuples [...] pour exécuter sur eux les jugements écrits : cet honneur appartient à tous les saints » (Psaumes 149).[119]

Le parallèle entre les dix plaies d'Égypte et les « sept dernières plaies » de l'Apocalypse est ensuite développé : trois des dix plaies frappèrent Israël et l'Égypte conjointement, mais Israël fut exempt des sept dernières, conformément à la déclaration de Exode 8:22-23. De la même manière, les « sept dernières plaies » de Apocalypse 14 présupposent d'autres plaies qui les précèdent, suivant le même ordre typologique.[120]

Les 144 000 vainqueurs de Apocalypse 14:1, vus avec le Christ sur le mont Sion et décrits comme « les prémices pour Dieu et pour l'Agneau » au verset 4, sont identifiés aux saints représentés par Aaron, qui « suivent l'Agneau partout où il va » et se retrouvent sur Sion — la Montagne et la Cité de Dieu selon Hébreux 12:22.[121] La question de savoir pourquoi les saints rencontrent le Christ à Sion plutôt qu'au Sinaï trouve sa réponse dans l'assurance de Paul en Hébreux 12:18-22 : le Sinaï était la montagne de Dieu dans la dispensation légale et typique ; Sion est la montagne de Dieu à l'âge de l'Évangile, montagne à la fois céleste et terrestre.[122]

L'équivalence posée entre « céleste » et « spirituel » à partir de 1 Corinthiens 15:44-49 conduit à affirmer que les saints rencontrent le Christ dans la condition spirituelle — l'idéal de la perfection chrétienne résumée par l'injonction de Matthieu 5:48 : « Soyez parfaits comme votre Père céleste est parfait. » Cette condition est illustrée par le fait que Moïse se tint comme Dieu — être spirituel — et non comme un homme dans ses rapports avec Aaron et Pharaon : venu une première fois comme homme, il fut rejeté, mais venu comme Dieu, il délivra son peuple, ce qui est présenté comme le type de ce qui est vrai du Christ.[123]

Les 144 000, prémices de la vie céleste ou spirituelle, représentent le temple de Dieu dans les cieux, tout comme la partie vivante et mortelle de l'Église a toujours représenté le temple de Dieu sur la terre. Dans la scène de jugement et la moisson de la terre décrites en Apocalypse 14:14-20, les anges sortent du temple qui est dans les cieux. Après l'exaltation du « petit troupeau », le message « Craignez Dieu et donnez-lui gloire, car l'heure de son jugement est venue » (verset 7) est adressé à la « grande multitude » qui, au moment de l'exaltation du « petit troupeau », se trouve encore dans la condition terrestre.[124]

La « grande multitude » est présentée comme ayant contracté une union adultère avec le monde, raison pour laquelle elle s'est souillée au contact des églises corrompues, contrairement au « petit troupeau ».[125] En raison de cette confusion, elle est désignée par le nom de Babylone. Le dessein du message de jugement et des châtiments qui l'accompagnent est d'amener la chute de Babylone en opérant une séparation complète entre les chrétiens et le monde auquel ils ont été unis et sous l'empire duquel ils ont souffert comme esclaves. La « grande multitude » est invitée à laver ses robes et à les blanchir (Apocalypse 7:14) : Christ donne à tout son peuple des robes pures, mais la masse a laissé ses vêtements se tacher par la chair et par le contact avec le monde.[126]

Cet état de lavage et de séparation est présenté comme préfiguré par la séparation complète d'Israël d'avec l'Égypte dans la contrée de Gosen, et les trois premières plaies représentent les moyens par lesquels ce changement doit s'accomplir. Cet état de lavage et de séparation est identifié à la condition de la « mer de verre » de Apocalypse 15.[127] La victoire d'être exempt des sept dernières plaies à Gosen trouve son correspondant eschatologique dans la victoire par laquelle la « grande multitude » de la chrétienté se lèvera de son esclavage sous la Bête et son Image — victoire décrite comme infiniment plus glorieuse que la délivrance d'Israël, tout comme les choses spirituelles surpassent les choses naturelles.[128]

La foule à qui s'adresse ce message de jugement est présentée comme une assemblée hétéroclite — une Église mondaine. Ceux qui obéissent à l'appel obtiennent la victoire ; ceux qui refusent d'obéir et continuent du côté du monde ou persistent à adorer la Bête subiront l'expression pleine de la colère divine, telle que la représentent les sept dernières plaies, annoncée par le troisième ange.[129] De même que l'exemption des sept dernières plaies à Gosen précéda la délivrance définitive hors d'Égypte, la condition de la « mer de verre mêlée de feu » précède l'entrée finale de cette « grande multitude » de vainqueurs dans le temple céleste : bien que protégés des plaies, « Nul ne pouvait entrer dans le temple, jusqu'à ce que les sept plaies des sept anges fussent accomplies » (Apocalypse 15:8).[130]

La distinction est établie entre la vraie « mer de verre semblable à du cristal » placée devant le trône (Apocalypse 4:6), qui n'est pas mêlée de feu, et celle de Apocalypse 15 qui est « mêlée de feu » et n'est que « comme une mer de verre ». Le peuple protégé à Gosen était « comme s'il était » sauvé, mais n'était pas réellement sauvé d'Égypte avant les plaies, quand le Seigneur les fit sortir pour qu'ils le servent (Exode 4:23).[131] Que la grande multitude protégée sur cette « mer de verre » entre finalement dans le temple céleste pour y servir « devant le trône » paraît établi par la comparaison de Apocalypse 4:6 et Apocalypse 7:9-15 : la mer de verre est « devant le trône » et la grande multitude sert « devant le trône » dans le temple.[132] L'ambition du rédacteur est déclarée être non pas d'occuper la mer de verre devant le trône, mais d'y avoir part avec le Christ dans son trône — c'est-à-dire de régner et non de servir seulement — selon la promesse : « Si nous souffrons, nous régnerons aussi avec lui ».[133] L'article est signé J. H. P., initiales de John Henry Paton.[134]

Revêts tes robes magnifiques, Épouse du Christ

Un poème en huit strophes, présenté comme une sélection, dépeint l'Épouse du Christ invitée à revêtir ses robes magnifiques, à briser la chanson de l'aube, à se débarrasser de la poussière de ses pieds et à contempler le Vainqueur ceint de puissance qui vaincra le dragon et mettra en fuite les cohortes de l'enfer.[135] L'Épouse est assurée que ses pleurs sont passés, que son Seigneur — longtemps absent — est revenu au matin, que le bruit de ses roues de char se fait entendre, que les tonnerres de la victoire grondent et que le tombeau n'a plus de domination. Le Christ y est décrit avec des vêtements glorieux, les clés de la mort et de l'enfer en main et un diadème sur le front. Les portes du Paradis sont représentées comme grandes ouvertes pour toujours, tandis que les saints entonnent des hosannas et que l'Épouse pousse son cri de jubilé.[136]

Alliance par le sacrifice

En prenant pour point de départ Psaumes 50:5 — « Rassemblez mes saints auprès de moi ; ceux qui ont fait alliance avec moi par sacrifice » — la question posée est celle de l'identité des saints : seuls ceux qui font un sacrifice en sont, selon cette définition.[137] Le Nouveau Testament établit clairement une distinction entre les saints proprement dits et « ceux qui craignent le nom de Dieu, petits et grands » (Apocalypse 2:18), cette seconde catégorie étant identifiée à la grande multitude promise à une place devant le trône dans le temple céleste, conformément à Apocalypse 7:15-17.[138]

Une apparente contradiction est soulevée : Paul déclare en Hébreux 12:14 que « Sans la sainteté, personne ne verra le Seigneur », et pourtant cette grande multitude voit le Seigneur en demeurant en sa présence.[139] La solution avancée est que tous ceux qui entrent un jour dans la cité céleste — qu'ils y règnent comme rois ou y servent comme citoyens — doivent être saints, mais qu'il existe un ordre dans leur développement. La compagnie des rois et sacrificateurs est la première mûre, et c'est pourquoi le trône de la cité céleste est établi en premier (Apocalypse 4:2), le trône de Dieu et de l'Agneau étant aussi celui d'une compagnie représentée par les vingt-quatre anciens couronnés d'or (Apocalypse 4:4 ; Apocalypse 5:6 ; Apocalypse 7:17 ; Apocalypse 22:3).[140]

Au moment de l'établissement du trône ou de l'exaltation du « petit troupeau » à ce trône, la grande multitude n'est pas encore des saints au sens propre et, comme un grain vert, est laissée à mûrir ; il existe en outre une différence dans le mode de maturation. Le petit troupeau est sorti du monde par obéissance volontaire à l'injonction : « Présentez vos corps comme un sacrifice vivant » et « Ne vous conformez pas à ce siècle » (Romains 12:1-2), tandis que la multitude vit en étroite conformité avec le monde et n'en est séparée qu'en dernier lieu, comme Israël le fut d'Égypte, sous l'effet d'actes spéciaux de jugement.[141] L'expression « ceux qui ont fait alliance avec moi par sacrifice » est présentée comme désignant précisément les fidèles peu nombreux — les « non-conformistes ».[142]

L'article se poursuit directement depuis la tranche précédente, sans nouveau titre.

L'exégèse du chapitre 16 du Lévitique constitue le cœur de ce développement. Les sacrifices de l'âge évangélique ne sont pas typifiés par les offrandes quotidiennes des prêtres ordinaires, mais uniquement par les offrandes annuelles du grand prêtre le jour de l'expiation. Le bouvillon y est interprété comme représentant le corps du Christ, préparé pour le sacrifice (Hébreux 10:5), tandis que le bouc immolé représente les corps des saints, appelés eux aussi à se sacrifier (Romains 12:1). L'âge évangélique est ainsi présenté comme un âge de souffrance commençant avec les souffrances personnelles du Christ, chef, et s'achevant quand les membres de son corps ont « rempli ce qui manque aux afflictions du Christ » (Colossiens 1:24).[143]

L'ordre du sacrifice

Une sous-section intitulée « L'ordre du sacrifice » s'attache à établir la séquence typologique rigoureuse. Le Christ ne pouvait présenter son sacrifice qu'après avoir revêtu les vêtements sacerdotaux prescrits : son baptême est compris comme l'accomplissement du lavement du grand prêtre avant de se vêtir du lin blanc (Lévitique 16:4), le lin pur étant le symbole de la justice (Apocalypse 19:8).[144] Une distinction est opérée entre cet habit de lin simple, porté le jour de l'expiation, et les vêtements de gloire et de beauté décrits en Exode 28 pour les autres occasions.

L'œuvre du Christ depuis son baptême est déclarée incompréhensible sans la reconnaissance de ses deux natures et de sa « double vie ». Les trois espaces du sanctuaire — le parvis, le lieu saint et le très saint — sont mis en correspondance avec les trois conditions du Christ : la nature humaine, la nature spirituelle et la présence céleste immédiate de la divinité.[145] Avant sa mort, le Christ était corporellement dans le parvis tout en servant spirituellement comme prêtre dans le lieu saint ; de même, les chrétiens vivent une double vie : « Nous vivons une double vie — naturelle et spirituelle ».[146]

Le dévouement actif du Christ au service des hommes, pendant qu'il se niait lui-même, est comparé à l'encens brûlé sur le brasier placé devant l'Éternel (Lévitique 16:12-13) : un emblème de vie agréable à Dieu, préalable nécessaire à l'acceptation du sacrifice. La mort du corps libérait ensuite le Christ de toute prétention de la loi, et la résurrection le transformait en corps spirituel pour la vie céleste. Une fois ressuscité, invisible au monde mais manifesté à ses disciples pour des raisons particulières, il est présenté comme ayant accompli, en montant dans le sanctuaire céleste, ce que le grand prêtre accomplissait en présentant le sang de l'expiation devant le propitiatoire (Lévitique 16:14-15). La descente du Saint-Esprit est interprétée comme la preuve que le Père agréait ce qui avait été accompli, l'Esprit venant fiancer l'église vierge et l'équiper pour suivre le Christ dans le sacrifice.[147]

La conclusion de l'article sur le sacrifice développe l'analogie entre le saint qui « boit la coupe » et la mort sacrificielle du Christ. De même que le sang du bouvillon ne pouvait être présenté dans le très saint que lors de l'ascension du Christ, il est soutenu que le sang du bouc — représentant les saints fidèles jusqu'à la mort — ne sera pleinement accompli qu'après leur propre résurrection et ascension.[148] La relation entre le sacrifice de la Tête et celui du Corps est résumée de la façon suivante : de même que le sacrifice du Christ devait être complet et agréé avant que commence le salut de l'Église, le sacrifice de l'Église doit être complet et agréé avant que puisse commencer le salut du monde (Éphésiens 5:23-27).[149]

Le baptême est présenté comme le symbole de ce sacrifice de vie entière : le Christ lui-même l'aurait déclaré en disant « J'ai un baptême dont je dois être baptisé, et combien je suis pressé jusqu'à ce qu'il soit accompli », référence comprise comme désignant sa mort.[150] L'exhortation à « boire la coupe jusqu'à la lie » est adressée aux disciples au même titre qu'au Christ, avec la promesse de la « couronne de vie » à ceux qui demeurent « fidèles jusqu'à la mort ».[151] La distinction finale est nette : beaucoup s'engagent dans la forme extérieure, mais seuls ceux qui tiennent leur vœu jusqu'au bout font réellement l'alliance par sacrifice et sont donc comptés parmi les saints qui seront rassemblés auprès du Christ (Romains 6:10-11).[152]

Une note éditoriale de la rédaction clôt l'article signé J. H. P. Elle appelle les lecteurs à une seconde lecture priante du texte, soulignant le contraste entre la consécration promise et la vie réelle, « au lieu du sacrifice de soi, la règle de vie semble être la protection de soi ; au lieu du renoncement, c'est la gratification personnelle ».[153] La note insiste sur le fait que ce n'est pas la connaissance du prix ni même l'engagement initial qui font les vainqueurs, mais le maintien de l'alliance jusqu'au bout : « c'est son maintien qui nous rend héritiers », citant Romains 8:17.[154]

Le Tabernacle, n° 3

La troisième livraison de la série sur le Tabernacle reprend l'exploration du sanctuaire au point où les lecteurs avaient été laissés dans les numéros précédents : après être entrés dans le parvis, avoir passé l'autel et le bassin, et s'être consacrés comme sacrificateurs au bassin, ils se tiennent maintenant devant la porte du Tabernacle proprement dit.[155]

La porte du Tabernacle est décrite comme identique dans sa structure à celle du parvis : des rideaux de lin blanc ornés de broderies en bleu, pourpre et cramoisi. Cette similitude est interprétée comme une révélation répétée : « Christ est la porte », et les couleurs y symbolisent respectivement sa fidélité, sa majesté royale et sa grâce salvatrice.[156] La broderie représente les grâces chrétiennes lentement développées et perfectionnées à travers le labeur et la souffrance, formant finalement un « vêtement de beauté ».[157]

L'entrée dans le Tabernacle est présentée dans un langage initiatique — on évoque l'obligation, la cérémonie d'initiation, la « loge mystique » et les « insignes sans tache » de la royale sacrificature — tout en précisant qu'il n'y a là aucune œuvre ténébreuse : « aucune œuvre sombre et profane ici, qui craindrait la lumière ».[158] La robe de la justice du Christ est la condition sine qua non de l'entrée, et ceux qui entrent abandonnent la lumière et le soleil de ce monde pour pénétrer dans « le lieu secret du Très-Haut », où règnent la vie, la lumière et la sainteté, en contraste avec le péché, la souffrance et la mort qui demeurent au-dehors.[159]

Une fois entrés, les fidèles découvrent une lumière nouvelle et céleste — la lumière spirituelle. Les couleurs bleu, pourpre et cramoisi les entourent de toutes parts, symbole de la gloire du Maître et de sa justice. La citation de Psaumes 125:2 — « De même que les montagnes entourent Jérusalem, ainsi l'Éternel entoure son peuple désormais et à jamais » — est convoquée pour exprimer la protection divine dont jouissent les entrés. Les chérubins brodés sur les rideaux, désormais sans épée flamboyante, évoquent la présence bienveillante des messagers de Dieu autour des saints, qui se trouvent ainsi au seuil d'une « innombrable compagnie ».[160]

La suite de l'article sur le Tabernacle développe le thème de la marche dans la lumière : les fidèles se trouvent en présence de « la vraie lumière qui illumine tout homme », et leur communion mutuelle est scellée par le sang du Christ qui les purifie de tout péché.[161] La force pour le voyage est également fournie : un abondant approvisionnement en pain vivant, toujours frais et doux, est mis à leur disposition, tandis que l'encens des mérites de Jésus rend leurs prières et leurs louanges agréables devant le Père.[162] L'article, signé W. I. M., se conclut par la mention qu'il sera continué.[163]

La purification du sanctuaire

Présenté explicitement comme un article réimprimé à titre de document historique illustrant le dévoilement progressif de la vérité, cet exposé porte sur l'interprétation typologique du chapitre Lévitique 16:20-21, qui décrit la réconciliation du lieu saint et l'imposition des mains sur le bouc émissaire.[164]

La « purification du sanctuaire » est identifiée au même acte que la « réconciliation du lieu saint », et ce travail est situé, dans l'antitype, après l'ascension des saints — la « petite troupe » — représentée par Aaron qui monta sur la montagne de Dieu pour rencontrer Moïse et reçut avec lui le pouvoir d'exécuter le jugement et de délivrer Israël.[165] Par analogie, de même que l'aspersion du sang du taureau sur le propitiatoire fut accomplie après l'ascension du Christ, l'aspersion du sang du bouc du Seigneur ne saurait s'accomplir qu'après l'ascension des saints que ce bouc représente. L'acceptation du sacrifice complet des saints leur confère le pouvoir d'exécuter les jugements qui suivront leur exaltation, pour la délivrance de « la grande multitude » qui révère le nom de Dieu».[166]

La purification du sanctuaire reçoit une signification précise : elle représente la séparation de la grande multitude de l'Église hors de Babylone, sous la domination de laquelle elle avait été tenue en esclavage et au contact de laquelle elle avait été souillée. Cette purification — ou « sortie de Babylone » — est assimilée au lavage et au blanchiment des robes, dont le préfigure typologique est la séparation d'Israël hors d'Égypte et son exemption des sept dernières plaies. Cette exemption à Goshen préfigure l'état de ceux qui ont remporté la victoire sur les corruptions de Babylone, « tels qu'ils se tiennent sur ce qui ressemble à une mer de verre mêlée de feu ».[167]

L'exposé est structuré en six points. Le premier établit que le sacrifice du taureau représente le sacrifice du corps préparé pour Christ, et l'aspersion de son sang sur le propitiatoire, la présentation de son sacrifice complet devant le Père lors de son ascension. Le deuxième point associe le sacrifice du bouc du Seigneur au sacrifice des corps des saints, rendus conformes à la mort du Christ par la puissance de l'Esprit. Le troisième point fait de la « réconciliation du lieu saint » la séparation de la grande multitude hors de Babylone, par le lavage de leurs robes, leur état purifié étant décrit comme une « mer de verre mêlée de feu ». Le quatrième point interprète l'imposition des mains sur la tête du bouc émissaire comme la déversement des sept coupes de la colère sur Babylone, après la séparation de la grande multitude. Le cinquième point souligne que ce travail du bouc émissaire doit s'accomplir avant la fin de l'ère évangélique, dont la clôture apporte la récompense des prophètes et des saints, mais aussi la destruction de ceux qui corrompent la terre (Apocalypse 11:18). Le sixième point relève qu'aucun membre du groupe se tenant sur la mer de verre n'est admis dans le temple céleste avant l'accomplissement des plaies (Apocalypse 15:8), ce qui correspond au verset Lévitique 16:17 selon lequel nul ne doit se trouver dans le tabernacle tant qu'Aaron n'a pas achevé l'expiation.[168]

L'auteur, signé J. H. P. — soit John Henry Paton —, insiste sur le fait que ces réflexions sont présentées sans esprit de dogmatisme, dans la conviction que « le Seigneur accomplira toutes choses selon le conseil de sa propre volonté », qu'on le comprenne ou non.[169] L'accent final porte sur la pratique plutôt que sur la théorie : ce ne sont pas ceux qui comprennent la philosophie du sacrifice qui en sont les bénéficiaires, mais ceux qui l'accomplissent — comme la veuve qui jeta ses deux piécettes dans le trésor, sans nécessairement comprendre la doctrine du sacrifice, mais qui donna tout ce qu'elle avait.[170]

La figure du grand prêtre Aaron est ensuite relue dans une perspective christologique élargie. Aaron représente le Christ dans ses fonctions sacerdotales, mais avec Moses comme administrateur du jugement, il représente les saints avec le Christ. Cette double représentation s'appuie sur la conception du Christ comme être composé — « tête et corps » — Jésus étant la tête et les croyants étant les membres de ce corps unique. Le Christ des Écritures est ainsi décrit comme un être progressif, dont le développement va de Jésus dans la chair jusqu'à l'exaltation du dernier membre de son corps à la gloire. Ce qui était vrai de la tête est également vrai de chaque membre du corps : une manifestation dans la chair d'abord, une ascension à la gloire ensuite.[171]

La même Divinité qui, habitant l'humanité de Jésus, fit de lui le Fils de Dieu, habite les croyants et les constitue fils de Dieu. L'Esprit de vérité manifesté dans l'Église est présenté comme le représentant du Christ, donné en témoignage de l'acceptation de la tête et de l'accomplissement de son œuvre, et désigné comme « Christ en nous », selon Romains 8:9-10, Galates 2:20, Galates 4:19 et Colossiens 1:27.[172]

Cette logique christologique progressive s'applique également à la représentation typologique d'Aaron le jour des expiations. Au début de ce jour, Aaron représentait Jésus seul ; dans le sacrifice du bouc, il représentait le Christ dans les saints qui suivent le Seigneur dans le sacrifice ; dans la purification du sanctuaire et l'imposition des mains sur le bouc émissaire, il représentait le Christ et les saints qui exécutent les jugements et délivrent. L'œuvre d'Aaron ce jour-là préfigure ainsi l'ensemble de l'œuvre de l'ère évangélique, du début — la tête — jusqu'à la fin — le corps entier, ou le Christ parfait.[173]

L'exposé se concentre ensuite sur la signification du second lavement d'Aaron, laissée délibérément en suspens jusqu'alors. Le baptême est distingué en deux formes : le baptême symbolique, soit une immersion dans et hors de l'eau, et le baptême réel, qui comporte deux phases — d'abord le renoncement à soi-même et la vie pour Dieu (mourir au péché et vivre à la sainteté, selon Romains 6:1-23), et ensuite mourir à la mortalité et vivre à l'immortalité. Ces deux phases du baptême réel sont présentées comme le véritable « lavage de la régénération », sans lequel il est impossible d'entrer dans le royaume céleste.[174]

Le premier lavement d'Aaron s'est accompli dans cette phase du baptême qui introduisit le Sauveur à son œuvre de ministère, avec les « saints vêtements de lin », le représentant comme un serviteur juste. Quant au second lavement, il est rendu nécessaire par la situation de la « grande multitude » de la maison d'Aaron : n'ayant pas présenté d'eux-mêmes un sacrifice volontaire, ils n'ont pas droit, selon le modèle original, à la vie divine et à une place dans le royaume. Contrairement à la « petite troupe », qui offre un sacrifice volontaire, la grande multitude est conduite au sacrifice sous l'influence de jugements particuliers. Avant ce second lavement, elle a bien été séparée, a lavé ses robes, accomplissant ainsi la première phase du baptême réel, mais ce premier lavement ne peut la représenter proprement.[175]

La signification des vêtements portés après chaque lavement est précisée par référence à Exode 28:29-30. Les vêtements portés après le premier lavement étaient les « saints vêtements de lin », représentant le serviteur juste ; c'est la condition de chaque membre du corps, de Jésus jusqu'au dernier, pendant la période du sacrifice ou de l'œuvre terrestre. Les vêtements portés après le second lavement sont « les vêtements de gloire et de beauté », soit les vêtements ordinaires du souverain sacrificateur, sauf le jour du sacrifice — qui devaient être portés continuellement devant l'Éternel. Le Christ n'a revêtu la robe de gloire qu'à son ascension, et la promesse faite à ceux qui portent la robe de justice et suivent dans le sacrifice est d'être glorifiés avec lui. L'œuvre du souverain sacrificateur sous la loi était ainsi une répétition annuelle en type de ce que le Christ n'accomplit qu'une seule fois.[176]

L'exposé sur la sacerdoce du Christ conclut par une réponse à l'objection tirée de Hébreux 7:4, selon laquelle, si le Christ avait été sur terre, il n'aurait pu être prêtre. Paul y est compris comme opposant le sacerdoce typique de la tribu de Lévi au sacerdoce antitypique du Seigneur issu de Juda : le sacerdoce typique est terrestre, et l'œuvre de l'antitype est céleste. Tout le travail sacerdotal du Christ est ainsi qualifié de céleste, bien qu'une partie s'accomplisse sur terre, parce qu'il est prêtre en vertu de sa Divinité ou nature céleste.[177] Ce qui est vrai de la tête vaut pour chaque membre du corps : « Christ en nous, pour accomplir l'œuvre du sacrifice, est l'espérance de la gloire ».[178] Le divin dans l'humain est présenté comme l'unique espérance de l'humanité, et l'exhortation apostolique à « travailler à son propre salut avec crainte et tremblement » (Philippiens 2:12-13) referme l'ensemble de l'exposé signé J. H. P.[179]

Isaac et Rebecca

Le récit de la recherche de la fiancée d'Isaac par le serviteur d'Abraham (Genèse 24:1-67) est relu comme une figure typologique de la constitution de l'Église comme épouse du Christ, en prolongement d'un examen antérieur auquel cet exposé apporte des précisions supplémentaires.[180] Abraham représente Dieu le Père, selon Romains 9:7-8 et Galates 4:22-31 ; Sarah représente l'alliance de grâce dont Jésus-Christ — et les croyants en lui — est l'unique rejeton ; Agar, la servante, représente l'alliance de la Loi, dont l'Israel charnel et tous ceux dont la relation à Dieu repose sur l'observance de la loi sont l'offspring. Isaac ne choisit pas lui-même son épouse : Abraham la choisit pour lui par l'intermédiaire de son serviteur, figure de l'Esprit divin qui choisit l'épouse du Christ (Jean 17:2-24).[181]

Les chameaux sur lesquels le serviteur vint trouver Rebecca — et qui portaient également les présents — représentent la Parole de Dieu. Le serviteur recherche la vierge qui, invitée à le recevoir, offrirait spontanément respect et service à ses chameaux : de même, celui qui aspire à faire partie de l'épouse du Christ doit « recevoir avec joie la parole ».[182] Le serviteur tint cachés la richesse d'Abraham, la qualité d'unique héritier d'Isaac et le but de sa mission jusqu'à ce que Rebecca eût accepté les chameaux : de même, l'Esprit ne communique la nouvelle de la haute vocation en Christ qu'à ceux qui reçoivent la Parole autant que l'Esprit. Quand Rebecca reçut les chameaux, le serviteur lui offrit un ornement d'or pour le visage et des bracelets d'or pour les mains — l'or symbolisant la grâce — signe que la réception de l'Esprit et de la Parole se manifeste sur le visage et dans les actes.[183]

Rebecca courut annoncer ces événements à la maison de sa mère : de même, celle qui a reçu même quelques dons de l'Esprit « aime à raconter l'histoire ».[184] Le frère de Rebecca, ayant vu les ornements, accueillit le serviteur et les chameaux : ainsi, beaucoup d'amis moraux de l'épouse se réjouissent de ses ornements d'esprit doux et tranquille et reçoivent l'Esprit et la Parole comme visiteurs, mais non comme elle les reçoit — c'est-à-dire comme guide et soutien vers Isaac. Ce n'est pas lors de la première réception de l'Esprit et de la Parole, mais quand ils sont hébergés comme hôtes permanents, que la merveilleuse nouvelle de la haute vocation est déclarée. L'acceptation de cette invitation et de ses conditions — quitter la maison du Père — apporte les trésors jusqu'alors cachés : à la fois connaissance et grâce, et l'accès à « les choses profondes de Dieu ».[185]

Rebecca se mit immédiatement en route, conduite par le serviteur et portée par les chameaux : de même, les membres de l'épouse sont conduits par l'Esprit et soutenus par la Parole. Les servantes de Rebecca chevauchèrent également les chameaux et la suivirent, demeurant ainsi sous la conduite du serviteur : ainsi est-il question d'une « grande compagnie » qui suit l'épouse du Christ.[186] Le Psaume Psaumes 45:14 est cité : « Les vierges, ses compagnes, qui la suivent. » Toutes sont destinées à la même condition spirituelle céleste, mais seule l'épouse est cohéritière et hérite de toutes choses, selon la promesse : « Celui qui vaincra héritera de toutes choses. »[187]

Isaac vient à la rencontre de Rebecca en chemin et la conduit lui-même dans la tente de Sarah sa mère : de même, le Seigneur vient chercher son épouse et la conduit dans la pleine possession de ce qui appartient à l'alliance représentée par Sarah. Entrer dans la tente de la mère signifie accomplir la promesse d'alliance, y compris « bénir toutes les familles de la terre ». Bien que l'union avec le Seigneur soit attendue très prochainement, le voyage avec lui devrait se poursuivre jusqu'en l'an 1914 — désigné comme la fin des « temps des Gentils » — avant de pouvoir partager pleinement toutes les bénédictions promises par l'alliance.[188]

Le puits de Lahaï-Roï, par lequel Isaac passa selon Genèse 24:62, retient l'attention. Ce nom, donné par Agar en Genèse 16:13-14 — « Ai-je aussi regardé vers celui qui me voit ? » — indique que le Seigneur y avait été présent, vu et entendu, sans être vu des yeux humains. La mention de ce puits dans le récit typologique est interprétée comme un enseignement sur la modalité de la venue du Seigneur à la rencontre de son épouse : il vient « par la voie de la présence invisible ».[189]

Le serviteur informe Rebecca de la présence d'Isaac, et aussitôt elle quitte ses compagnes, met un voile qui la dérobe à leur vue, descend de chameau et se retrouve avec Isaac. Cette séquence est interprétée comme une image du moment présent : l'Esprit continue de conduire vers celui qui vient par la voie de la présence invisible, et il est affirmé que cette présence est déjà là. Certains membres de l'épouse ont déjà entendu ; d'autres entendent chaque jour. Quand tous auront été instruits, l'étape suivante sera de quitter la seconde compagnie — disparaître à leur vue, franchir le voile de la chair, entrer dans la condition spirituelle parfaite : « changés en un instant de mortel à immortel, de naturel à spirituel, rendus semblables au corps glorieux du Christ ». Alors, « nous le verrons tel qu'il est » — formule sur laquelle s'achève l'exposé.[190]

La conclusion du développement typologique sur Rebecca, amorcé à la page précédente, s'achève sur une exhortation : dans la conscience d'être très proches du « changement », les croyants sont encouragés à garder cette certitude présente à l'esprit afin de les aider à traverser les épreuves de la vie et à maîtriser leur corps. Chacun est invité à se faire autant que possible « porte-parole de l'Esprit pour informer l'Église-vierge fiancée de la présence du Seigneur ».[191]

L'Esprit sera-t-il retiré ?

La question de la permanence de l'Esprit Saint sur terre après l'enlèvement de l'Église est abordée. Une opinion répandue parmi nombre de frères enseigne que lorsque la « fiancée » — le « petit troupeau » — sera transformée en un instant et retirée du monde, l'Esprit de Dieu quittera la terre, laissant sans consolateur ceux qui resteront. Cette vue est jugée erronée.[192] La « grande compagnie », soit le second groupe qui ne réchappera pas à la grande tribulation mais la traversera, lavant ses robes pour les blanchir selon Apocalypse 7:14, n'est pas composée de vainqueurs et ne peut donc siéger sur le trône ni être cohéritière ; elle demeure néanmoins enfant de Dieu et a droit, à ce titre, au sceau de sa filiation — l'Esprit —, lequel lui sera nécessaire pour la purifier et la guider « pendant et à travers le temps de détresse ».[193]

La figure typologique de Rebecca confirme cette position : quand Rebecca passa sous le voile, elle laissa ses servantes avec le serviteur tandis qu'Isaac la conduisait lui-même chez lui. De même, au moment du « changement » de l'épouse, l'Esprit demeure avec la grande compagnie, « tandis que notre Époux nous conduit à son trône ».[194]

Questions et réponses

Une première question porte sur la perfection charnelle des saints avant leur transformation en corps spirituels. La réponse est négative : nulle part dans la Bible les saints ne sont présentés comme devant être restaurés à une perfection de la chair. Justifiés à la vie par la mort de Jésus, ils ont consacré cette vie en sacrifice et ne peuvent la reprendre. L'arrangement divin consiste à substituer le spirituel au naturel : l'esprit spirituel a déjà été reçu en lieu et place de l'esprit naturel, et l'on n'attend plus que la transformation du corps naturel en corps spirituel — « l'accomplissement de la promesse de Dieu ». Le lecteur est renvoyé à l'article « Restitution — pour qui ? » paru dans le numéro d'août 1880 de la Zion's Watch Tower.[195]

Une deuxième question demande l'explication du baptême du Saint-Esprit et du feu en Matthieu 3:11-12. Jean-Baptiste s'adressait à des auditoires mêlés — scribes, pharisiens et peuple —, et ses paroles constituent une prophétie prospective des deux destinées. Ceux qui recevraient Jésus seraient baptisés du Saint-Esprit ; ceux qui le rejetteraient verraient leur maison juive laissée déserte et baptisée de feu — les jugements qui s'abattirent effectivement sur le peuple juif après le rejet de Jésus. Le verset 12, reformulation de la même réalité, présente Jésus comme « dont le van est en sa main »: son ministère de trois ans et demi est décrit comme un travail de vanneur séparant le blé juif de la paille, le blé étant réuni dans le grenier de la dispensation évangélique tandis que la paille est consumée par le feu irrésistible qui anéantit le peuple juif en tant que nation.[196]

Une troisième question demande si une Église qui ne possède pas les dons de l'Esprit tels que la première Église les possédait peut à proprement parler être appelée l'Église de Christ. La réponse souligne que certains dons, comme celui des apôtres, n'étaient pas destinés à se perpétuer sous la même forme. Il ne devait y avoir que douze apôtres, auxquels sont promises douze trônes pour juger les douze tribus d'Israël selon la promesse eschatologique. Quand Judas perdit sa place, Pierre s'appuya sur les Écritures (Actes 1:20-25) pour en choisir un remplaçant ayant été témoin oculaire de la résurrection, et Matthias fut désigné par le sort. Mais les onze avaient agi à tort — l'Esprit n'était pas encore donné —, car Jésus avait lui-même ses plans pour le douzième apôtre : il choisit Paul (Romains 1:5), et pour que tous les apôtres soient témoins oculaires de la résurrection, Paul fut amené à voir le Seigneur ressuscité, « le dernier de tous à le voir », ainsi qu'il le reconnaît lui-même en 1 Corinthiens 15:9, 2 Corinthiens 11:5, 2 Corinthiens 12:11 et Galates 1:17-19. La mention des douze noms en Apocalypse 21:14 confirme que Dieu n'en a jamais reconnu davantage. D'autres dons — enseignants, évangélistes, pasteurs — ont été maintenus dans une certaine mesure, tandis que les langues et les prophéties ont cessé conformément à 1 Corinthiens 13:8, sans doute parce qu'elles ne sont plus nécessaires. L'Église est présentée comme un seul corps allant de Jésus, la tête, jusqu'au dernier membre ; deux ou trois membres peuvent se réunir comme corps ecclésial et seront reconnus comme tels par le chef.[197]

Une pensée étrange

Un périodique contemporain, dont le rédacteur ne croit pas à la présence actuelle du Seigneur, est cité pour sa thèse selon laquelle Jésus, à sa venue, consacrerait du temps à laver son épouse avant le mariage. Cette conception est jugée « étrangement en désaccord avec les usages et coutumes terrestres », l'argument étant que la Bible n'utilise jamais d'illustration impliquant une absurdité.[198]

L'exposé scripturaire contraire est développé : Jésus a fiancé à lui-même une vierge vêtue de robes souillées par sa propre injustice, et lui a laissé des robes de justice acquises par lui — qu'elle doit revêtir par la foi — ainsi que la Parole comme purificateur et laveur pour toute souillure ultérieure, afin de la « sanctifier et purifier par le lavage d'eau au moyen de la parole, afin de la présenter à lui-même comme une Église glorieuse, sans tache, ni ride, ni rien de tel ». L'Apôtre exhorte à faire usage de ces moyens pour être sanctifié par la vérité. Sur la base de 2 Pierre 3:14 — « soyez diligents pour qu'il vous trouve en paix, sans tache et irréprochables » — il est précisé que ce n'est pas Jésus qui lavera l'épouse à sa venue, mais qu'il la trouvera ainsi purifiée. Ceux dont les robes ont besoin d'être lavées doivent le faire eux-mêmes, soit maintenant, soit pendant le temps de détresse (Apocalypse 7:14).[199]

Notre voyage vers le nord

Russell annonce un itinéraire de visites dans l'État de New York : Dansville le jeudi 4 novembre, Honeoye le dimanche 7 novembre, et Brockport le 11 novembre. Trois responsables locaux sont désignés comme ayant pleine charge des arrangements : frère Benjamin W. Keith pour Dansville, frère Ira Allen pour Honeoye, et sœur J. G. Heath pour Brockport. Tous les amis des environs sont cordialement invités à assister aux réunions, et des dispositions d'hébergement seront prises pour eux.[200]

Des correspondants de l'Est — New Jersey, Delaware et environs — espéraient que le voyage passerait près de chez eux, mais ce n'est pas le cas. Russell indique qu'il espère effectuer un voyage dans l'Est vers janvier 1881, mais que des visites à l'Ouest sont prévues en décembre.[201]

Que faire

En réponse à plusieurs lecteurs qui, ayant lu l'article sur l'« importance du baptême » paru dans le numéro de septembre 1880, souhaitent accomplir le signe extérieur de la mort de la nature charnelle symbolisée par l'immersion dans l'eau mais ne savent comment y parvenir, plusieurs pistes pratiques sont proposées.[202] Il est suggéré d'écrire aux personnes dont les noms figurent dans la première colonne du périodique, ou, si plusieurs lecteurs se trouvent dans la même situation, de se baptiser mutuellement, ou encore de s'adresser aux frères officiants de l'Église chrétienne des Disciples, qui les serviraient volontiers. Les ministres de l'Église baptiste, en revanche, ne sont « pas autorisés par leur credo à baptiser quiconque ne rejoint pas leur Église ». La conclusion est que celui qui désire sincèrement recevoir le baptême trouvera que Dieu lui ouvre quelque porte.[203]

Voir aussi

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Illustrations du numéro

Références

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