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Herald of the Morning de juillet 1878

De Tj-encyclopédie
Herald of the Morning de juillet 1878
Revue Herald of the Morning
Date 1878
Auteur(s) Charles Taze Russell
Année 1878
Langue Anglais
Pays États-Unis
Éditeur Nelson Barbour

Ce numéro paraît quelques mois après une attente déçue. Au printemps 1878, les lecteurs de la revue espéraient être enlevés au ciel, et rien ne s'est produit. Le numéro répond à une question : la chronologie défendue jusque-là est-elle encore valable ? La réponse est oui. Les dates restent justes, et seule la manière de comprendre les événements doit changer.

Deux longs articles de tête portent cette réponse. Le premier défend les dates par les parallèles entre l'âge juif et l'âge de l'Évangile. Le second, signé de Russell, explique pourquoi l'enlèvement attendu n'a pas eu lieu : la moisson de la fin de l'âge durerait sept ans, comme celle de l'époque de Jésus, et le rassemblement du « blé » doit précéder l'enlèvement. Un poème sur l'Église qui s'allie au monde et le début d'une explication de l'Apocalypse complètent le numéro.

Barbour et Russell écrivent ici côte à côte, avec les mêmes dates. Les deux auteurs placent la fin de l'âge de l'Évangile au printemps 1878 et la fin des « temps des Gentils » en 1914. Ils annoncent pour les trente-sept années suivantes le rassemblement du reste, l'enlèvement de l'Église, le retour des Juifs en Palestine et la chute des gouvernements.

Analyse

Croyances

Une prophétie qui se comprend en s'accomplissant

Barbour ouvre « Avons-nous raison ? » par l'expression « vérité présente ». Pour lui, la vérité utile à l'Église change à chaque grande étape du plan de Dieu.« La vérité présente est le moyen établi par Dieu pour la sanctification de l'Église » L'expression circulait déjà chez les adventistes. En 1849, James White avait appelé The Present Truth (« La Vérité présente ») le premier journal des adventistes qui observent le sabbat, d'après 2 Pierre 1:12.[1] En 1870, Jonas Wendell, que Russell avait entendu prêcher vers 1869, avait publié The Present Truth, or Meat in due Season (« La Vérité présente, ou la nourriture en son temps »).[2] Selon Schulz et de Vienne, des auteurs protestants appliquaient déjà cette expression, au début du siècle, à des prophéties qui ne s'étaient pas encore accomplies.[3]

Barbour vise d'abord les prédicateurs de l'« âge à venir ». Il juge leur enseignement plus dangereux que la doctrine du ciel à la mort, parce qu'il contient davantage de vérité.[4] Ces prédicateurs sont les héritiers de Joseph Marsh, dont le livre The Age to Come (« L'Âge à venir », 1851) annonçait la « glorieuse restitution de toutes choses ».[5] Dès août 1875, Barbour partageait leur foi en un règne de mille ans qui rétablirait toutes choses. Il disait pourtant porter peu d'intérêt aux détails de cet âge, qui ne concernaient pas les appelés au ciel.[6] En juillet 1878, il durcit cette réserve : se tourner vers l'avenir détourne de la « vérité présente ».

Selon Barbour, la prophétie ne se comprend qu'à mesure qu'elle s'accomplit. Seules les mesures de temps font exception.[7] Cette règle lui permet de rejeter les lectures qui font de l'homme de péché, de l'antichrist, d'Élie et des deux témoins des personnages à venir. Il nomme son adversaire : le docteur Seiss, de Philadelphie.[8] Joseph A. Seiss est un pasteur luthérien. Son millénarisme reposait sur la Bible, mais aussi sur la Grande Pyramide et la position des astres.[9] Dans ses conférences sur l'Apocalypse, il fait des deux témoins deux individus, Énoch et Élie, qui seront tués puis ressusciteront.[10] On trouvait déjà cette lecture dans des textes apocryphes anciens comme l'Apocalypse d'Élie.[11] Penton tient pourtant Seiss pour une source directe des premières idées de Russell sur la fin des temps.[12] Schulz et de Vienne rapportent aussi que le groupe d'étude d'Allegheny lisait et citait Seiss.[13] La critique vise donc un auteur proche. Elle reprend une position que Three Worlds défendait déjà en 1877 contre les partisans de « deux témoins personnels ».[14]

Barbour défend sa propre lecture par l'idée du « double » : deux Adam, deux Jérusalem, deux âges et deux avènements, disposés par Dieu comme type et antitype.[15] Les deux chérubins « d'une même mesure » représentaient déjà, dans Three Worlds, les deux alliances qui encadrent le Christ.[16] Penton montre que Barbour tirait la durée égale des deux âges de la Bible du roi Jacques, en Ésaïe 40:2 : Jérusalem y reçoit « le double » pour ses péchés.[17] En juillet 1878, Barbour défend de nouveau ce verset contre un autre rédacteur, dont il juge la critique « légère ».[18]

Des dates établies avant les parallèles

Barbour répond à une objection : ses parallèles auraient été construits après coup. Il rappelle que les dates viennent d'autres auteurs. Les 6 000 ans achevés en 1873 venaient de Bowen et d'Elliott.[19] Blandre confirme que la chronologie de Barbour s'appuyait sur Bowen et Elliott. Il montre aussi que le jubilé de 1874 vient d'un calcul de 1874 : 19 cycles de 50 ans, puis 51 cycles de 49 ans.[20] Dans ce numéro, ce calcul devient un « jubilé de jubilés » de 2 500 ans.[21] L'argument tient en partie. Les dates sont plus anciennes que les parallèles. Leur rôle de preuve, en revanche, vient de leur mise en série.

Barbour traite l'échec de 1843 de la même façon. Il accepte le calcul de William Miller, qui retranche les soixante-dix semaines des 2 300 jours. L'erreur aurait porté sur l'événement attendu, la date restant juste.[22] Il disait déjà la même chose en 1877 dans Three Worlds.[23] Jonsson observe que les adventistes du septième jour avaient eu la même réaction après 1844. Pour eux, on avait attendu « le mauvais événement au bon moment ».[24] Ils avaient placé à cette date un événement invisible : selon Hiram Edson, le Christ était passé d'une pièce à l'autre du sanctuaire céleste.[25]

Les « temps des Gentils » sont la date la plus éloignée de la série : 2 520 ans, de 606 av. J.-C. à 1914. Barbour les tire des « sept fois » répétées en Lévitique 26:28.[26] Il assure que ce principe ne lui est pas propre et l'attribue à « la grande masse des commentateurs », sans en nommer un seul.[27] Jonsson donne les noms. John Aquila Brown est le premier à compter 2 520 ans, en 1823. William W. Pym s'appuie déjà, en 1835, sur les « sept fois » du Lévitique.[28] Elliott arrive à 1914 dès 1844, mais il part de l'accession au trône de Nabuchodonosor. Barbour, lui, part de la destruction de Jérusalem. Les deux calculs ne s'accordent pas et tombent par hasard sur la même année.[29] Barbour publie ce calcul en octobre 1875. Il fait alors de 1874-1914 une période de quarante ans.[30]

Deux âges de 1 845 ans et la faveur prolongée

Le parallèle des deux âges remplit le tableau de la première page et la plus grande partie de « Alors et maintenant ». Il fixe la fin de l'âge de l'Évangile au printemps 1878. Barbour précise qu'il ne compte pas d'après la chronologie de l'évêque Ussher.[31] Le calcul n'a pas changé depuis décembre 1875. Barbour avait alors fixé la fin de l'âge au 15 du premier mois juif de 1878.[32] Three Worlds le reprenait en 1877.[33] En juillet 1878, la date est passée sans que rien de visible ne se produise. Barbour ne la retire pas. Il change ce qu'elle signifie.

Pour cela, il s'appuie sur les soixante-dix semaines de Daniel 9:24-27. Le mot hébreu traduit par « après » laisse un délai sans durée fixée.[34] Une demi-semaine de faveur reste donc due aux Juifs après la mort du Christ. Elle va jusqu'à Corneille, présenté comme le premier Gentil converti.[35] Les adventistes lisaient déjà ce verset ainsi. Crompton montre que, chez Uriah Smith, l'alliance est confirmée aux Juifs pendant sept ans, puis l'Évangile passe aux Gentils.[36] Barbour, lui, applique cette demi-semaine à l'Église de son temps. Les historiens actuels placent pourtant la conversion de Corneille vers 38, ou vers 40, et le récit des Actes fait baptiser l'eunuque éthiopien avant lui.[37] Avant le printemps, un lecteur, Austin J. Marsh, trouvait déjà « un peu obscure » cette dernière semaine. Il soupçonnait qu'elle demandait davantage de temps.[38]

L'image du commerçant qui déménage applique la même idée au temple. La présence de Dieu quitte la maison juive, mais la faveur continue jusqu'à ce que tous les objets de valeur aient été transportés.[39] En 1877, Three Worlds mettait déjà en relation le dernier agneau reconnu par Dieu et la maison juive « laissée déserte ».[40]

Une présence invisible et une moisson allongée

Le retour invisible du Christ explique qu'un événement prévu ait pu passer inaperçu. Dans sa « parousie », le Christ est présent alors que les hommes continuent à manger et à se marier.[41] Barbour ajoute qu'aucun verset ne fait finir l'âge par une venue visible de « tout œil ».[42] Selon Jonsson, l'idée d'un retour en deux temps, dont le premier est invisible, était très répandue chez les commentateurs, depuis Henry Drummond vers 1828.[43] Penton rappelle que Robert Govett rendait déjà parousia par « présence ».[44]

L'attente du printemps 1878 avait été fixée de façon précise. Barbour annonçait la montée de l'Église au ciel à la Pâque.[45] Storrs avait jugé contraire à l'enseignement du Seigneur la limite du 9 avril 1878.[46] Wills juge que Russell restait réservé. Schulz et de Vienne pensent au contraire qu'avant le printemps, Russell croyait à la translation aussi fermement que Barbour.[47] L'article « La perspective », signé C. T. R., ne cache pas la déception.

Dans « La perspective », la moisson est portée à sept ans. Les trois ans et demi qui viennent de finir ont servi à séparer. Il faut trois ans et demi de plus pour rassembler.[48] Schulz et de Vienne montrent que Russell reprend ici le schéma posé par Barbour dans le Herald du 15 juin 1878. Barbour y décrivait un rassemblement du blé « non en un lieu, mais dans un état de victoire sur le monde ».[49] Russell sépare ensuite le rassemblement, confié aux anges, et la transformation des saints, confiée à l'Esprit.[50] Il refuse de fixer une date pour la translation.[51] Le calcul la place pourtant au plus tôt à la fin d'un rassemblement de trois ans et demi. Blandre pense que les sermons de Russell, prononcés en 1877 et publiés en 1878, ont été mis à jour pour y introduire cette moisson de sept ans.[52] Selon Russell, les saints morts ont atteint l'état de vainqueurs au moment de leur mort. Il ne dit rien d'une résurrection des saints endormis en 1878. Penton relève lui aussi qu'aucun texte ne prouve que Russell enseignait cette résurrection en 1878.[53]

Le reste face à l'Église nominale

Le parallèle avec le reste juif décide du sort des Églises. Le « blé » est dispersé dans toutes les confessions.[54] La masse forme l'Église de Laodicée, que Dieu va « vomir ».[55] Barbour risque même un nombre pour le reste : « sept mille », d'après l'épisode d'Élie.[56] Dès 1877, Three Worlds faisait de Laodicée la dernière étape de l'Église.[57]

Russell décrit les chrétiens de nom comme des gens qui voudraient faire de l'Église un « club moral ».[58] Schulz et de Vienne citent ce passage. Ils jugent que Russell décrit avec justesse le recul de la religion dans les Églises, et rapprochent sa plainte de celle du pasteur écossais Horatius Bonar contre une religion « facile ».[59] Pour Russell, l'Église nominale sera renversée par l'incrédulité. Il désigne nommément les « disciples de Darwin ».[60] Jon H. Roberts situe vers 1875 le début du débat des intellectuels protestants américains sur l'évolution. Ce débat porte d'abord sur la valeur scientifique de la théorie, puis sur ses conséquences pour la théologie.[61]

Les vainqueurs sont protégés par la vérité. Russell les compare aux pierres du temple de Salomon, toutes posées avant que la gloire remplisse la maison.[62] En 1877, L'objet et la manière du retour de notre Seigneur comparait déjà les saints aux « pierres vivantes » du temple spirituel.[63]

Détresse, Apocalypse et restitution

Le temps de détresse de quarante ans est rattaché à un fait réel : la crise financière de 1873.[64] Le 18 septembre 1873, la banque Jay Cooke fait faillite et la Bourse de New York ferme pendant dix jours. Aux États-Unis, la dépression dure jusqu'en 1877.[65] Blandre montre que Barbour avait intégré cette crise à sa chronologie dès 1874. C'était pour lui la preuve que son calcul pour 1873 était juste.[66] Three Worlds annonçait déjà un temps de détresse « tel qu'il n'y en a jamais eu », durant les quarante ans qui précèdent 1914.[67]

L'explication de l'Apocalypse suit la tradition qui lit les sept Églises comme sept périodes de l'Église. Richard C. Trench, qui rejette cette lecture, l'attribue à Joseph Mede et à Campegius Vitringa.[68] Le numéro distingue deux mots grecs rendus par « bête » : les zōa, puissances célestes, et les thēria, puissances terrestres.[69] Trench signalait la même différence dans Synonyms of the New Testament. Il reprochait à la version du roi Jacques de l'effacer.[70] Barbour en tire une conséquence : les zōa, qu'il identifie aux quatre Églises des grandes périodes de l'histoire, vaincront les royaumes de la terre.

La restitution de toutes choses donne son but à l'ensemble. Le monde doit être régénéré par le « second Adam » et son épouse.[71] Le cantique des vainqueurs sur la mer de verre annonce que toutes les familles de la terre seront bénies.[72] Après l'échec du printemps, le but reste le même. Seul le délai pour y parvenir s'allonge.


Organisation et histoire

Garder les calculs après l'échec du printemps 1878

Le numéro paraît quelques semaines après la déception du printemps 1878. Les lecteurs attendaient alors la translation, c'est-à-dire leur enlèvement au ciel, et elle n'a pas eu lieu.[73] Cette date venait du groupe lui-même. En octobre 1875, S. H. Withington avait annoncé dans la revue la fin de la moisson pour le printemps 1878.[74] Selon Storrs, cité par Blandre, Three Worlds fixait la translation au 9 avril 1878 au plus tard.[75] Penton note que l'échec entraîne désillusion et divisions dans ce petit groupe d'adventistes.[76] Dans le numéro du 15 juin, Nelson Barbour avait déjà reconnu la gravité de la déception. Il se demandait quelle position biblique il restait possible de tenir.[77]

Le numéro de juillet répond à cette question sans toucher aux dates. L'auteur de « La perspective » reconnaît l'erreur, mais il la place dans ce que le groupe attendait : « nous le pensions tous, et c'était là l'erreur ». Le rassemblement des saints dans le « grenier » devient une nouvelle période de trois ans et demi, qui précède la translation. L'auteur précise qu'il ne fixe pas ainsi de date pour la translation.[78] Barbour donne la même explication pour l'échec de 1843 : le groupe s'était trompé sur l'événement attendu, mais pas sur la période prophétique.[79] Le sociologue Joseph Zygmunt a étudié les prédictions manquées dans ce mouvement. Selon lui, le groupe ne renonce pas à ses dates après un échec : il les garde et change le sens de l'événement annoncé.[80] Le numéro de juillet 1878 suit ce schéma. L'auteur admet aussi s'être trompé sur un autre point : il croyait que le message du groupe faisait seul le tri entre les vrais et les faux chrétiens.[81]

Pour montrer que les calculs tiennent toujours, l'auteur s'appuie sur des faits que les lecteurs peuvent constater eux-mêmes. Il rappelle que la crise financière a commencé en 1873, à la date annoncée.[82] Il ajoute que le monde se moquait du groupe et promettait un retour à la normale en six mois. Près de cinq ans plus tard, la crise dure encore.[83] Cet argument ne date pas de 1878. Blandre montre que Barbour avait fait entrer la crise dans ses calculs dès 1874. Il voyait le début du temps de détresse dans la faillite de la Northern Pacific, le 18 septembre 1873, et dans les dix jours de fermeture de Wall Street.[84] Selon Schulz et de Vienne, quand on leur objectait que les crises reviennent toutes seules, les partisans de Barbour répondaient en soulignant la gravité de celle-ci. Ils rappellent aussi les grèves des chemins de fer de 1877 : à Pittsburgh, la ville de Russell, des troupes fédérales avaient tiré sur les grévistes.[85] Le second signe est la montée de l'incrédulité, que répandent la presse et les conférences publiques. Les gens qui se disent savants se déclarent de plus en plus « disciples de Darwin ». L'historien Jon H. Roberts situe à partir de 1875 le moment où les intellectuels protestants américains cessent de discuter la valeur scientifique de la théorie de Darwin. Ils débattent dès lors de ses conséquences pour la foi.[86]

Défendre le groupe contre les doutes et les rivaux

L'échec suscite des doutes jusque chez les proches du rédacteur. Barbour reconnaît que le changement que vient de connaître le mouvement est encore mal compris par certains lecteurs qui sont « pleinement d'accord avec la plupart des autres vues ». Schulz et de Vienne citent une lettre envoyée à Barbour après l'échec par Austin J. Marsh, de La Crosse (Wisconsin). Marsh dit qu'il doutait déjà de la façon dont le groupe comprenait la dernière des soixante-dix semaines de Daniel.[87] Barbour répond aussi à ceux qui jugent ses parallèles inventés après coup.[88]

Pour se défendre, il place le groupe dans une histoire plus ancienne. Il rattache ses dates au mouvement de 1843-1844 et à celui de 1873-1874. Il les attribue à Bowen, à Elliott et à Cumming.[89] Il ajoute que des « milliers » de personnes défendaient les 1 335 jours avant d'avoir vu ses parallèles.[90] Ce rattachement est contesté par les héritiers mêmes de ces mouvements. En mars 1875, une conférence adventiste réunie à Springwater a rompu la communion avec les partisans de Barbour. Les grands journaux adventistes refusaient de signaler l'existence de sa revue.[91] En juillet 1877, l'Advent Christian mettait ses lecteurs en garde contre la tournée de Barbour, Russell et Paton. Storrs rejetait tous les calculs de dates faits depuis 1844.[92]

La revue polémique aussi avec des auteurs voisins. Barbour s'en prend à un ouvrage du « docteur Seiss, de Philadelphie ». Quelques mois plus tôt, Seiss était pourtant un partenaire. Fin 1877 ou début 1878, Russell avait obtenu que sa revue The Prophetic Times publie en supplément sa brochure sur le retour du Seigneur.[93] Barbour vise aussi le rédacteur d'un journal qu'il reçoit par échange de périodiques, sans le nommer.[94] La revue circule donc parmi d'autres journaux millénaristes, qui la lisent et la critiquent.

Critiquer les Églises pour y recruter

Le groupe ne recrute pas hors des Églises. Il cherche « l'élément spirituel » à l'intérieur de toutes les Églises.[95] Le « blé » à rassembler se trouve dans « toutes les sectes qui composent l'Église de l'Évangile ». Dans le numéro du 15 juin, Barbour précisait que les anges rassemblaient le blé dans un état de victoire sur le monde, et non dans un lieu.[96] Le groupe ne demande donc pas ici à ses lecteurs de quitter leur Église. Il prononce pourtant un jugement sévère sur ces Églises. Leur masse est désignée comme « l'Église de Laodicée », que Dieu va rejeter.

Ce jugement porte sur des pratiques que chacun connaît. Le numéro dénonce les « loteries chrétiennes et kermesses ». Le poème « L'Église marchant avec le monde » oppose les « bancs rembourrés pour les riches » aux pauvres assis dehors. Ces critiques visent des façons de financer les Églises. Les essais réunis par Mark A. Noll montrent qu'après la fin du financement par l'État, les Églises protestantes américaines vivent de la location des bancs, des loteries et des dons.[97] Schulz et de Vienne notent que ce reproche n'est pas propre au groupe. À la même époque, le pasteur écossais Horatius Bonar dénonçait lui aussi une religion facile, sans combat ni renoncement.[98] L'auteur de « La perspective » affirme enfin que le tri entre les deux sortes de chrétiens s'est fait sans que le groupe ait jamais « tenté de diviser ».

Un réseau d'orateurs et une revue qui le relie

La page 2 donne la seule description concrète du fonctionnement du groupe. Toute personne qui prête une salle ou une église peut faire venir des orateurs pour une « série de réunions ». Ces réunions se tiennent aussi dans un bosquet ou sous une tente.[99] Les cinq contacts sont des collaborateurs anciens. J. H. Paton, d'Almont, était éditeur correspondant de la revue dès 1875.[100] S. H. Withington, de Springwater, est l'auteur de l'article d'octobre 1875 sur la moisson. B. W. Keith anime le groupe de Dansville. Barbour y prêchait régulièrement à la Franklin Hall entre 1875 et 1878.[101] Le numéro du 15 juin citait aussi une assemblée locale à Elyria (Ohio), d'abord indépendante, puis ralliée aux idées de Barbour.[102] Blandre estime que le groupe de Barbour ne comptait pas plus de 2 000 personnes.[103] Cet appel à organiser des réunions arrive juste après l'échec. Leon Festinger a observé ce comportement chez d'autres groupes : quand une prédiction ne se réalise pas, les croyants les plus engagés font souvent davantage de prosélytisme.[104]

Russell figure dans cette liste, à Pittsburgh. Selon Penton, il finançait la revue et avait réduit ses affaires pour voyager et prêcher pendant que Barbour écrivait et imprimait.[105] Lui-même raconte qu'il avait payé l'installation du bureau et des caractères d'imprimerie à Rochester, quand la revue avait reparu en 1877.[106] Raymond Franz note qu'en juillet 1878, Russell est rédacteur adjoint de la revue.[107] Le cantique qui termine « La perspective » est signé de ses initiales.[108] Schulz et de Vienne lui attribuent tout l'article.[109] Les deux hommes donnent donc dans le même numéro la même réponse à l'échec.

Le numéro donne aussi des indications sur la façon dont la revue est faite. Deux longs articles de tête ont obligé à retirer la correspondance et les réponses aux questions.[110] L'étude de l'Apocalypse tient une promesse faite dans le numéro précédent.[111] Barbour renvoie à ce qu'il a montré dans « notre dernier numéro ». Il renvoie aussi à la chronologie « si souvent publiée dans ces colonnes ». La revue suppose donc des lecteurs fidèles, qui gardent les numéros et suivent l'argument d'un numéro à l'autre. C'est ainsi qu'elle relie entre elles des assemblées dispersées.


Contenu

Avis aux lecteurs

Les signes de la fin de l'âge de l'Évangile sont présentés comme si nombreux que peu de personnes pourraient les examiner avec soin sans être convaincues. Un temps de détresse sans précédent est annoncé comme proche, et il est désigné comme le précurseur immédiat de l'âge du millénium. La chronologie, les périodes prophétiques et les signes des temps sont invoqués à l'appui.[112]

Pour les trente-sept années suivantes, cinq événements sont attendus, dans cet ordre : le rassemblement de l'élément spirituel des Églises dans la lumière de la « vérité présente », par une œuvre de séparation qui doit permettre à l'Église de remporter la victoire sur le monde par la foi ; la translation ou glorification de l'épouse choisie du Christ ; le retour des Juifs en Palestine, au milieu du renversement des gouvernements des Gentils et de la chute des trônes ; la bataille du grand jour ; enfin l'entrée dans le millénium.[113] Pour la victoire sur le monde, le texte renvoie à 1 Jean 5:4.

Quiconque met à disposition une salle, une église ou un lieu de réunion peut faire venir des conférenciers sur ces sujets. Les personnes à contacter pour organiser une série de réunions sont l'ancien J. H. Paton à Almont (Michigan), Charles Taze Russell à Pittsburgh, S. H. Withington à Springwater (New York), B. W. Keith à Dansville (New York) et le rédacteur lui-même à Rochester. Les réunions peuvent se tenir dans un bosquet, sous une tente, dans une salle ou dans une église.[114]

Deux longs articles de tête ont obligé à retirer de ce numéro la correspondance, les réponses aux questions et d'autres articles déjà composés.[115]

Avons-nous raison ?

La « vérité présente »

La « vérité présente » est désignée comme le moyen que Dieu a établi pour la sanctification de l'Église. À chaque grande étape du plan des âges, la vérité du moment prend une importance particulière. Le rédacteur, Nelson Barbour, croit que l'Église traverse « le changement le plus glorieux que le monde ait connu » et juge de son devoir d'en faire la spécialité de tout son enseignement. Il annonce qu'il ne se laissera pas détourner par les moqueries, la pitié ou l'abandon de ses amis.[116]

L'idée que de grands changements approchent et que la venue du Fils de Dieu est proche se répand dans la chrétienté. Deux attitudes s'offrent : fermer les yeux, essayer d'être aussi bon que possible et laisser « ce jour-là » surprendre, ou rechercher tout ce que Dieu a révélé à ce sujet. La majorité choisit la première voie et sera surprise ; une minorité cherche « comme on cherche l'argent » (voir Proverbes 2:4-5), trouve « la connaissance de Dieu » et échappe aux événements qui viennent sur la terre.[117]

Les prédicateurs qui chantent l'« âge à venir » (« Age-to-come ») sont jugés aussi dangereux, ou plus, que ceux qui présentent la mort comme la porte de la joie sans fin, parce qu'ils possèdent davantage de vérité. Le rédacteur compare la situation à celle d'un voyageur sur un chemin plein de pièges, dont les guides lui feraient fixer un point lointain : il trébucherait. L'Écriture est « une lampe à nos pieds » (Psaumes 119:105), qui n'est pas faite pour éclairer loin dans l'avenir ; il faut faire attention à « une lampe qui brille dans un lieu obscur » (2 Pierre 1:19). Un enseignement exclusivement tourné vers l'âge à venir, même vrai, est ainsi qualifié de piège du Diable qui maintient des milliers de personnes dans l'ignorance de la vérité présente.[118]

Connaître la position dans le cours du temps

La plupart des enseignants chrétiens, qu'ils soient millénaristes ou opposés à la doctrine de l'âge à venir, estiment que nul ne peut connaître sa position exacte dans le cours du temps. Le rédacteur soutient le contraire : lors de chaque grand changement d'âge, Dieu a eu un petit nombre de personnes qui comprenaient la situation. Il cite Amos 3:7 et Deutéronome 29:29. Le plan des âges est révélé et se comprend à mesure qu'il s'accomplit.[119]

La prophétie ne se comprend qu'à mesure de son accomplissement, ce que prouvent selon lui l'échec de tous ceux qui ont voulu l'expliquer à l'avance et la parole de Jean 14:29. Quand un auteur prétend expliquer une prophétie non accomplie, par exemple sur un « homme de péché » personnel, un antichrist personnel, un Élie personnel ou les « deux témoins » comme deux individus encore à venir, le rédacteur refuse de l'écouter : de telles spéculations sont déclarées sans valeur. Les mesures prophétiques font exception : si l'on est lundi, on peut annoncer que la semaine finira dans cinq jours. Comme les « temps des Gentils » sont clairement délimités et que tout a été donné aux nations lors de la captivité en 606 av. J.-C., les « sept temps » (prophétiques), soit 2 520 ans, se terminent en 1914. En revanche, le détail et la nature des événements futurs ne se voient que par l'inspiration, jamais par l'étudiant de la prophétie.[120]

Le débat avec le docteur Seiss et les prophéties accomplies

Le rédacteur réagit à un ouvrage du docteur Seiss, de Philadelphie, qui soutient que toute prophétie accomplie est assez nette pour exclure le doute et les divergences d'opinion, et que les « deux témoins », « l'homme de péché » et Élie sont des personnages individuels destinés à une carrière extraordinaire. Il juge cette position fausse et superficielle. Il oppose à l'idée d'un Élie personnel Matthieu 17:11 (« Élie viendra d'abord et rétablira toutes choses ») rapproché de Actes 3:20-21 : le Christ revient au début des temps du rétablissement de toutes choses, avec l'Église des premiers-nés unie à lui, et il ne saurait être mis de côté pendant qu'un Élie personnel rétablirait tout.[121]

Pour répondre à l'affirmation que la prophétie accomplie exclut le doute, il rappelle les faits du premier avènement. La prédiction d'une vierge qui concevrait (Ésaïe 7:14) a laissé place au doute dans la nation juive. Bethléem Éphrata était désignée comme lieu de naissance, et pourtant Jésus fut appelé Nazaréen. L'entrée du roi humble monté sur un âne (Zacharie 9:9) a été vue par la nation même à qui la prophétie s'adressait, et celle-ci reste divisée sur son sens. Les trente pièces d'argent (Zacharie 11:12) correspondent à un accomplissement si obscur qu'il est encore difficile de rapprocher les faits et la prophétie. Le passage « D'Égypte j'ai appelé mon fils » (Matthieu 2:15) est donné comme un accomplissement qui avait pour but de rester caché.[122]

La prophétie est destinée à l'Église, non au monde, et seule la partie de l'Église conduite par l'Esprit la comprend. Les deux disciples d'Emmaüs en sont donné en témoignage. La même chose se produit pour la génération présente : ceux que l'Esprit conduit seront menés à la « vérité présente », les autres resteront ignorants, comme les nations juives. La vérité sur la prophétie accomplie n'est jamais imposée à l'Église ; ceux qui refusent d'examiner ne la verront qu'au moment où le monde entier la reconnaîtra. Le rédacteur conclut par la question : faut-il chercher et prêter attention à la parole prophétique « plus sûre » (2 Pierre 1:19), ou fermer les yeux et « essayer d'être bon » ?[123]

Alors et maintenant

Le parallèle entre la maison juive et l'Église de l'Évangile

Jésus est engendré et naît en accomplissement de la prophétie. Trente à trente et un ans plus tard, il est oint de l'Esprit saint à son baptême ; commence alors un ministère de trois ans et demi auprès de l'Église juive. Cette première maison d'Israël, celle où Moïse était « serviteur », a trébuché. La prophétie annonce que la seconde maison trébuchera aussi (Hébreux 3:6).[124]

Après le rejet de cette maison de serviteurs et la fin de son âge, qui n'était plus héritière (Galates 4:30), il subsistait un « reste selon l'élection de la grâce » (Romains 11:1-5). Ce « blé » de la génération juive fut rassemblé à partir de la Pentecôte, et Paul se compte parmi ce reste. Entre ceux qui ont accepté le Christ pendant son ministère, avant la fin de l'âge juif, et ceux qui l'ont accepté après, comme Paul, il n'y avait aucune différence quant à ce que l'Évangile conférait. Par parallèle, le « blé » de la génération actuelle de l'Église de l'Évangile aura part au « haut appel » de la même façon, qu'il soit amené à la lumière avant la fin de cet âge ou durant la période que Dieu a fixée pour la récolte après la fin de l'âge.[125]

Les 1 845 ans

Le tableau de la première page est donné comme figurant la position actuelle de l'Église de l'Évangile. Le temps qui sépare la mort de Jacob, fin de l'âge patriarcal, de la mort du Christ, fin de l'âge juif des douze tribus, est de 1 845 ans, calculés non d'après la chronologie de l'évêque Ussher, mais d'après la chronologie biblique publiée à plusieurs reprises dans la revue. Le Christ est crucifié au printemps de 33 apr. J.-C. ; de ce printemps au printemps de 1878, il s'écoule aussi 1 845 ans. L'âge de l'Évangile aurait donc atteint, à ce moment, la même durée que l'âge précédent.[126]

Le tableau intitulé « Plan des âges » met en regard deux âges symétriques, représentés par deux chérubins dont l'un regarde vers le sacrifice et l'autre en arrière vers ce même sacrifice. Au premier correspondent un sacrifice terrestre, un royaume terrestre, la Jérusalem terrestre et les douze tribus ; au second, la Jérusalem céleste, un royaume spirituel et les douze apôtres.[127] Le tableau indique que l'âge patriarcal, de la fin du patriarcat à la mort de Jacob jusqu'à la fin de l'âge juif à la mort du Christ, a duré 1 845 ans, et que l'âge de l'Évangile, de la mort du Christ à sa propre fin, devrait avoir la même durée s'il est « d'égale mesure ».[128] Sur la même page, une frise chronologique situe la naissance de Jésus, la fin des 2 300 jours, des cycles de jubilés, le baptême de Jésus, la crucifixion en 33 apr. J.-C. et la destruction de Jérusalem en 70, puis indique que les « temps des Gentils » se terminent en 1914.[129]

Le rédacteur demande aux lecteurs qui n'ont pas vu les preuves de cette égalité de l'admettre provisoirement, et ajoute que l'âge de l'Évangile est donc terminé. Il rappelle que l'Église juive ne croyait pas à la fin de son âge à la mort du Christ ou à la Pentecôte, ce qui n'empêchait pas la chose d'être vraie. La fin de l'âge de l'Évangile est de même présentée comme devant surprendre l'Église. Beaucoup pensent, selon lui à tort, que cet âge doit se terminer par la venue du Christ dans les nuées, vue de « tout œil » ; aucun passage biblique ne marque ainsi la fin de cet âge. Les Juifs qui croyaient la prophétie de Gabriel à Marie (Luc 1:30-33) auraient pu prouver que leur âge ne finirait jamais, et il a pourtant pris fin à leur insu. Leur aveuglement devait durer « jusqu'à ce que la plénitude des nations soit entrée » (Romains 11:25). La fin de l'âge de l'Évangile n'est reconnue, comme alors, que par un reste (Romains 11:5). Ce reste, le « blé » spirituel présent dans toutes les sectes de l'Église de l'Évangile, doit être rassemblé, et le temps présent est donné comme celui de ce rassemblement.[130]

Les mesures

Le sceptre resta à la tribu de Juda de la mort de Jacob à la mort du Christ (Genèse 49:10), soit 1 845 ans. Le Christ a prêché trois ans et demi ; son œuvre est une moisson, celle de « celui qui a son van à la main » (Matthieu 3:12). La moisson de l'âge juif commence donc trois ans et demi avant sa fin : du début de l'âge des douze tribus au début de cette moisson, il y a 1 841 ans et six mois. Jésus étant né trente ans avant de prêcher, la période allant du début de l'âge au premier avènement est de 1 811 ans et six mois. De la mort du Christ au printemps de 33 à la destruction de la nation juive en 70, il s'écoule environ trente-sept ans.[131]

Du début de l'âge de l'Évangile, à la mort du Christ au printemps de 33, jusqu'à l'automne de 1844, le rédacteur compte 1 811 ans et six mois : date où, selon lui, a commencé la première étape du second avènement. Jusqu'à l'automne de 1874, début de la moisson de l'âge de l'Évangile, il compte 1 841 ans et six mois. Du printemps de 33 au printemps de 1878, où l'âge de l'Évangile prend fin selon lui, il compte 1 845 années pleines. Les deux chérubins aux visages tournés vers le propitiatoire, l'un regardant vers le Christ à travers les ordonnances typiques, l'autre regardant en arrière vers la croix, doivent être « d'une seule mesure et d'une seule taille » (Ézéchiel 41:18-19, 1 Rois 6:25). L'âge de l'Évangile étant donc terminé, il ne reste plus qu'à « rassembler le blé dans le grenier » (Matthieu 13:30).[132]

Réponse à l'objection d'une théorie construite après coup

Le rédacteur répond à ceux qui jugent ces parallèles exacts fabriqués de toutes pièces. Les mesures qui fixent les dates ont été établies, pour certaines, avant que le moindre parallèle ait été vu, et toutes avant qu'on les voie dans leur forme actuelle. Le mouvement de 1843-1844 s'appuyait sur la fin des 2 300 « jours » de Daniel 8:14 et tombait à l'endroit exact qui correspond à l'engendrement et à la naissance de Jésus, sans qu'on connaisse l'argument des « deux âges ». Le mouvement de 1873-1874 n'a pas non plus été lancé pour correspondre au début du ministère du Christ, car aucun de ces parallèles n'avait alors été aperçu.[133]

La chronologie qui place la fin des 6 000 ans à l'automne 1873, enseignée par Bowen, Elliott, Cumming et beaucoup d'autres, ne peut guère être tenue pour une partie préméditée d'une théorie alors inconnue. L'argument des 1 335 jours de Daniel 12:12, comptés depuis 538 ou 539 apr. J.-C. jusqu'à 1873 ou 1874, était soutenu par des milliers de personnes avant qu'on voie ces parallèles. L'argument du jubilé de 50 × 50 ans, un jubilé de jubilés, compté depuis le dernier jubilé typique avant la captivité de Babylone, désigne le dixième jour du septième mois de 1874 pour la sortie du Grand Prêtre du Lieu saint. Il repose sur des données fixes, puisque la date du dernier jubilé est établie, et sa durée de 2 500 ans s'accorde avec les autres arguments. Les « sept temps » ou « temps des Gentils », soit 2 520 ans à partir de la captivité de 606 av. J.-C., date où la couronne fut retirée de la lignée de David et la terre livrée aux Gentils, se terminent en 1914, trente-sept ans après 1878. Cette durée correspond à celle qui sépare la fin de l'âge juif de la destruction de Jérusalem.[134]

Un seul parallèle, celui de l'égalité des deux âges eux-mêmes, fixe la fin de l'âge de l'Évangile au printemps de cette année 1878, et seul il pourrait donner prise à l'objection d'une théorie faite pour l'occasion. Le rédacteur répond que la chronologie dont dépendent tant d'autres parallèles donne à l'âge des douze tribus une durée de 1 845 ans, et que de la Pentecôte de 43 apr. J.-C. au printemps de 1878 s'écoule exactement la même durée.[135]

Les parallèles dans le détail

Les deux âges présentent des correspondances dans tous les détails du culte. Le premier reposait sur douze tribus, le second repose sur douze apôtres. Le premier s'achevait par un travail final appelé « moisson » (Jean 4:35), le second aussi (Matthieu 13:30). L'âge juif s'est terminé avec le premier avènement, l'âge de l'Évangile se termine avec le second. À la tente, au temple et au sacrifice des Juifs répondent un tabernacle « non fait de main d'homme », un temple vivant et des « sacrifices spirituels ». L'ancienne alliance avait sa prêtrise, son encens, son voile et son lieu très saint, la nouvelle les a aussi. Au mont Sion d'Arabie et à la Jérusalem terrestre correspondent « la montagne de Sion, la cité du Dieu vivant », la Jérusalem céleste. Ces parallèles sont donnés comme exacts, y compris pour l'égalité des durées.[136]

Le mouvement lié au second avènement commence avec le message de 1843. Il est présenté comme l'accomplissement exact de la parabole des dix vierges (Matthieu 25:1), avec ses deux parties : avant le retard de l'Époux, puis sous le cri de minuit. Chaque mouvement du premier avènement y trouve aussi son parallèle dans le temps. Le rédacteur pose une série de questions. Pourquoi le mouvement de 1843-1844 tombe-t-il à la même distance de la mort du Christ que l'étape préparatoire du premier avènement de son début ? Pourquoi celui de 1873-1874 coïncide-t-il avec le baptême de Jésus ? Pourquoi une mesure prophétique marque-t-elle trois ans et demi à ce point précis ? Pourquoi les « temps des Gentils », qui s'achèvent en 1914, se trouvent-ils 37 ans plus loin, comme la destruction de Jérusalem 37 ans après la fin de l'âge juif ? Toutes ces dates ont été obtenues par des mesures prophétiques et chronologiques avant que le parallèle soit aperçu.[137]

Le rédacteur estime plus probable que tout cela soit disposé par Dieu, en type et en antitype, plutôt que dû au hasard. Il voit un « double » dans toute la Bible : deux Adam, deux Jérusalem, deux sortes d'enfants (ceux « selon la chair » et ceux « selon l'Esprit »), deux âges dont le premier est donné expressément comme typique, deux naissances, deux avènements et deux natures du second Adam. Attaquer un parallèle isolé ne ruine pas l'ensemble, de même que contester la place d'une pierre taillée qui ne convient qu'à un seul emplacement ne prouve pas que les ouvriers se sont trompés. Il vise une critique faite par un autre périodique, dont le rédacteur écarte d'un mot l'idée que Ésaïe 40:2 ait un rapport avec le temps. Il y voit une illustration de 1 Corinthiens 2:14.[138]

Les 2 300 jours et l'erreur de 1843

La seule objection sérieuse contre l'application des 2 300 jours à 1843 est que l'événement attendu à la fin de cette période n'a pas eu lieu. Le rédacteur répond qu'à cette époque on ignorait les parallèles et la manière de l'avènement. On pensait que toute l'œuvre s'achèverait là, alors qu'elle ne faisait que commencer. L'erreur portait donc sur ce que l'on attendait, non sur l'application de la période prophétique. Il n'a pas plus de doute sur le principe d'interprétation : soustraire les « soixante-dix semaines » de Daniel 9:24 des 2 300 jours de Daniel 8:14.[139]

Le lien entre les deux visions est établi, selon lui, par les versets 21, 23 et 24 du chapitre 9. La vision du chapitre 8 est appelée « la vision des jours » (Daniel 8:26), le mot traduit par « jours » au verset 14 étant rendu ici par « soir et matin ». C'est la seule vision où Daniel a vu Gabriel (Daniel 8:16), et l'ange y renvoie en disant : « comprends l'affaire, et sois attentif à la vision ». Les soixante-dix semaines sont « retranchées » du peuple de Daniel. Leur accomplissement, lors de l'avènement du Christ, a montré qu'elles comptent un jour pour un an, soit 490 ans. Si l'on retranche 490 de 2 300, il reste 1 810. Le reste des 2 300 jours se termine donc 1 810 ans après la fin de la soixante-dixième semaine. Comme l'œuvre de cette semaine a été écourtée au milieu, celle qui devait commencer 1 810 ans plus tard a été avancée d'autant. Comptés depuis la crucifixion, les 1 810 ans aboutissent à 1843.[140]

Les « temps des Gentils » jusqu'en 1914

Le rédacteur soutient que l'argument des « temps des Gentils » jusqu'en 1914 n'a rien de forcé ni de propre à sa théorie. Presque tous les commentateurs de la Bible admettent selon lui qu'un jour prophétique vaut un an, qu'un « temps » est une année solaire et que « un temps, des temps et la moitié d'un temps » (Daniel et Apocalypse) équivaut aux « quarante-deux mois » et aux « mille deux cent soixante jours », soit 1 260 années solaires. Il ne nomme aucun de ces commentateurs.[141]

Si trois temps et demi font 1 260 ans, « sept temps » font 2 520 ans, soit deux fois 1 260. Lévitique 26:28 annonce, à quatre reprises dans le chapitre, que l'Israël littéral sera châtié « sept fois ». La captivité à Babylone est donnée comme point de départ de la domination universelle des Gentils : la couronne fut alors retirée à Sédécias, dernier roi juif, et Dieu remit toute la terre à Nebucadnetsar. Depuis 606 av. J.-C., 2 520 ans mènent à 1914, soit 37 ans après le printemps de 1878. La fin des « temps des Gentils » correspond ainsi exactement à la fin de la nationalité juive lors de la destruction de Jérusalem.[142]

Même si tous ces parallèles reposaient sur la théorie jour-année, leur organisation en un ensemble aussi régulier surpasserait, selon le rédacteur, ce que l'on dit de la Grande Pyramide comme preuve d'une origine divine. Trois d'entre eux, la chronologie, l'argument du jubilé et l'égalité des deux âges, sont en outre indépendants de cette théorie et s'accordent avec les trois autres. Tous concordent avec des faits des quarante dernières années. Pareil ensemble de preuves convaincrait n'importe quel tribunal, mais les choses spirituelles échappent à l'esprit naturel. Le rédacteur croit que le véritable élément spirituel de l'Église pourra voir la lumière de la vérité présente avant la fin du temps du rassemblement.[143]

Le changement de caractère du mouvement et le reste

Le changement de caractère du mouvement, que les lecteurs viennent de traverser, n'est pas encore bien compris de certains, même parmi ceux qui partagent la plupart des autres vues. Dans le type d'Élie (2 Rois 2:1), le mouvement en est au moment qui suit la traversée du Jourdain, avec la seule translation devant lui. Pour les parallèles entre l'âge juif et l'âge de l'Évangile, il est dans la situation du « reste selon l'élection de la grâce » dont parle Paul (Romains 11:1-5). Le Christ, « envoyé seulement aux brebis perdues de la maison d'Israël », est venu apporter la division, et il a accompli l'œuvre confiée par son Père. Cette division entre blé et paille, et la dispersion du blé lui-même, avaient été annoncées par la prophétie des brebis sans berger.[144]

Le blé, ce reste de la génération rejetée, devait pourtant être rassemblé, et ce rassemblement a commencé à la Pentecôte. Paul et d'autres, issus de la génération qui avait vu la division, ont été rassemblés pendant les trois ans et demi suivants. Le rassemblement n'a donc commencé qu'à la Pentecôte, après la fin de l'âge juif. Pour que le parallèle tienne, le blé de la dernière génération de l'Église de l'Évangile doit être rassemblé après la fin de cet âge.[145]

La preuve par les soixante-dix semaines

Selon Daniel 9:24-25, soixante-neuf semaines des soixante-dix fixées sur les Juifs mènent jusqu'au Messie, le Prince. « Christ » et « Messie » sont le même mot, qui signifie « l'Oint », et Jésus a été oint à son baptême (Actes 10:38). Les sept semaines et les soixante-deux semaines s'achèvent donc à son baptême. Le Messie est « retranché » après les soixante-deux semaines (Daniel 9:26). Le rédacteur explique que le mot hébreu traduit par « après » (ah-ghar) désigne une période indéterminée, alors que kehtz, en Daniel 12:13, signifie « à la fin de ». Au milieu de la semaine, le Christ fait cesser le sacrifice et l'offrande (Daniel 9:27), mais l'alliance doit être confirmée auprès de plusieurs pendant une semaine entière. À la mort du Christ, la seconde moitié de la soixante-dixième semaine n'est donc pas écoulée, alors que les soixante-dix semaines étaient fixées sur les Juifs.[146]

Les Juifs ont ainsi été, d'une certaine façon, le peuple représentant de Dieu pendant trois ans et demi après la Pentecôte, tout en ayant changé de relation avec lui à la fin de cette période. Que l'histoire enregistre ou non un événement, la Bible atteste selon le rédacteur qu'une faveur leur a été accordée après la fin de leur âge, par cette prophétie et par l'ordre du Christ ressuscité de prêcher d'abord à Jérusalem. Ces trois ans et demi ont servi à rassembler le « blé » de la génération vivante. Si les parallèles tiennent, une prolongation de faveur doit de même suivre la fin de l'âge de l'Évangile.[147]

Cette prolongation ne dit rien du sort du blé après le rassemblement, car ce sort relève de l'œuvre de l'Esprit, qui est en dehors des parallèles. Le rassemblement est fait par les anges. Un précédent article de la revue a montré qu'il suppose une victoire sur le monde. Cette victoire est due à l'Église vivante à la fin de l'âge, et aux individus morts lorsque, comme Paul, ils avaient « achevé leur course ». À la Pentecôte, plus de trois mille personnes ont été rassemblées hors de l'Église juive rejetée. Les parallèles concernent seulement le rassemblement du blé, non l'engendrement par l'Esprit (alors) ni la naissance (au changement attendu). Le rassemblement actuel dans le « grenier » représente la maison dont parle Hébreux 3:6 : tous ceux qui étaient prêts et dans la lumière de la vérité présente, peut-être plus de trois mille, sont comptés comme vainqueurs et se trouvent sans condition dans la maison depuis le début du rassemblement.[148]

Avant la fin du temps du rassemblement, on pourra encore faire entrer des personnes qui, comme Paul, se sont opposées jusque-là avec zèle à la vérité. La masse de l'Église, l'Église de Laodicée, a trébuché et Dieu la « vomira de sa bouche » (Apocalypse 3:16). Il peut cependant y avoir encore « sept mille » personnes, le reste selon l'élection de la grâce (Romains 11:1-7). Le rédacteur voit dans la référence à Élie un indice possible du nombre, et ne juge pas improbable que les parallèles aillent jusque-là. Il souhaite que le nombre de vainqueurs de cette génération ne soit pas inférieur, debout sur « comme une mer de verre » et chantant le cantique de la restitution : « Toutes les nations que tu as faites viendront et se prosterneront devant toi » (Psaumes 86:9, Apocalypse 15:4).[149]

L'Église marchant avec le monde

Ce poème sélectionné met en scène l'Église et le monde marchant d'abord séparément sur les rivages du temps. Le monde chante une chanson frivole, l'Église un hymne sublime. Le monde l'invite à marcher avec lui sur une route agréable, large et ensoleillée, qu'il oppose à son chemin d'épines, de larmes et de peine. L'Église refuse d'abord, puis accepte, et le monde l'amène peu à peu à abandonner la simplicité : robes blanches remplacées par des soies et des perles, maison luxueuse, fêtes et concerts dans le lieu destiné à la prière, bancs réservés aux riches tandis que les pauvres restent assis dehors.[150]

Le monde lui conseille de moins donner aux pauvres et de dépenser son argent pour son agrément. L'Église ferme sa bourse, écarte les pauvres, n'entend pas l'orphelin et s'écarte des veuves. Les fils du monde et ceux de l'Église marchent alors main dans la main, au point que seul le Maître pourrait les distinguer. L'Église se dit « riche » et sans besoin, tandis que le monde se moque de sa chute. Dans la scène finale, la voix de celui qui siège sur le trône reprend les termes d'Apocalypse 3:17 : elle déclare l'Église « nue, pauvre et aveugle », la rejette de sa présence et efface son nom.[151]

La perspective

L'échec de la translation attendue

Cet article sélectionné revient sur la déception de la translation attendue au printemps. Ceux qui connaissaient le fondement de cette attente en ont été déçus, sans pour autant se laisser abattre : ce que Dieu a clairement annoncé doit s'accomplir un jour, et ils veulent que ce soit au moment et de la manière choisis par lui. N'ayant pas été transformés, ils en concluent que ce n'était pas le temps de Dieu et répondent « que ta volonté soit faite ». Ils citent 2 Timothée 1:12 et Romains 8:28.[152]

Où était l'erreur ?

L'erreur n'est pas d'attendre la translation : l'Église sera un jour transformée, ce qui marquera la fin de sa carrière (1 Corinthiens 15:51-52). L'échec ne prouve pas non plus que l'objet et la manière du retour du Seigneur, tels qu'ils ont été défendus, soient erronés. Les mêmes Écritures enseignent que Jésus vient pour être glorifié dans ses saints, s'unir à son Église et l'élever comme épouse au trône, afin que la régénération du monde s'accomplisse par le second Adam et son épouse (Romains 5:17-19, Actes 3:21). Le jour du Seigneur vient « comme un voleur dans la nuit », discrètement. Dans sa « parousie » (présence personnelle), les hommes mangeront, achèteront et se marieront sans le savoir, comme aux jours de Noé (Matthieu 24:38, Luc 17:26).[153]

La chronologie n'est pas en cause

La déception ne prouve pas non plus que la chronologie soit fausse. La chronologie biblique place la fin des 6 000 ans depuis Adam à l'automne 1873, début du septième millénaire, ou sabbat. D'autres lignes prophétiques indiquent que cet âge s'ouvre par une nuit de ténèbres, un temps de détresse de quarante ans pendant lequel tous les royaumes du monde seront renversés, avant le règne du Christ et de son épouse (Ésaïe 32:1). La crise financière actuelle a commencé en 1873, au moment prévu. Elle s'est étendue jusqu'à toucher toute la partie civilisée du monde. Le monde s'était moqué de ces prédictions en promettant une reprise en six mois ; près de cinq ans plus tard, la situation est plus sombre, et les cœurs défaillent « de crainte » (Luc 21:26). Ce point est jugé si bien établi sur le plan biblique que ni ses amis ni ses adversaires ne peuvent le renverser.[154]

Le parallèle des deux âges comme source de lumière

Plusieurs lignes d'enseignement prophétique s'accordent avec la chronologie, dont le jubilé. L'une des plus claires montre que l'âge juif est le modèle de l'âge de l'Évangile : les deux sont de taille et de mesure égales, et ce que les Juifs avaient (prêtres, lieu très saint, tabernacle) préfigure la réalité chrétienne. Ce réseau de parallèles est devenu une des principales sources de lumière. Il indiquait que l'âge de l'Évangile finirait en un sens ce printemps-là, point parallèle au moment où le Christ pleura sur les Juifs, les abandonna et laissa leur maison déserte.[155]

Une moisson juive de sept ans

Le rédacteur de cet article constate que la moisson juive était un travail de sept ans, divisé en deux parties égales consacrées à des œuvres différentes. Pendant les trois ans et demi du ministère du Christ s'est accomplie la parole de Jean : « Il a son van à la main, et il nettoiera son aire » (Matthieu 3:12). Le Christ a séparé le blé de la paille, comme il le dit en Matthieu 10:34, et il y eut « division parmi le peuple à son sujet » (Jean 7:43). Cette division achevée, avant le rassemblement du blé, le Christ a abandonné la maison juive à sa mort, quand le voile fut déchiré. Jean annonçait aussi qu'il « amassera le blé dans son grenier ». On pensait que ce rassemblement s'était fait en un seul jour, à la Pentecôte. Il apparaît maintenant qu'une partie seulement du blé a été alors recueillie dans le grenier, l'âge de l'Évangile ; le rassemblement a duré trois ans et demi, ce qui porte la moisson à sept ans.[156]

Les soixante-dix semaines de Daniel

Daniel 9:24-27 est présenté comme la seule prophétie de temps qui annonce le premier avènement. L'ange informe Daniel d'une période de soixante-dix semaines fixée sur son peuple, les Juifs, et sur sa ville, puis la subdivise. Un jour valant un an, les sept semaines font 49 ans : le temple fut rebâti après le retour de Babylone, et la rue et la muraille furent construites dans des temps difficiles (voir Esdras et Néhémie). Les soixante-deux semaines suivantes, soit 484 ans, mènent au Messie et s'achèvent au baptême du Christ, quand Dieu rend témoignage à sa filiation et que l'Esprit descend sur lui. Jean le présente alors à Israël. Soixante-neuf semaines mènent ainsi à ce point, et comme soixante-dix étaient fixées pour ce peuple, une semaine de sept ans de faveur lui reste due.[157]

Le Messie sera retranché « après » les soixante-deux semaines, sans que le verset dise combien de temps après ; ce « après » place sa mort dans la dernière semaine, la soixante-dixième. Le reste du verset 26, entre parenthèses, décrit la guerre par laquelle l'armée romaine a détruit la ville et le temple trente-sept ans plus tard. Le verset 27 reprend cette dernière semaine de sept ans : le Messie « confirmera l'alliance avec plusieurs pendant une semaine, et au milieu de la semaine il fera cesser le sacrifice et l'offrande ». Le rédacteur y voit un accord parfait avec les faits. Pendant ses trois ans et demi de ministère, le Christ a montré une faveur spéciale aux Juifs : il n'est pas allé chez les Gentils et n'a pas permis à ses disciples d'y aller. C'est la première moitié de leur semaine. Bien qu'il ait abandonné les Juifs comme maison, il a continué à leur montrer sa faveur après l'établissement de la maison spirituelle, l'Évangile. Dans la nouvelle mission donnée aux apôtres après sa résurrection, il leur ordonne de prêcher à toutes les nations en commençant par Jérusalem (Luc 24:47). Le rédacteur pose la question : pourquoi commencer là, où il venait de travailler et qu'il avait finalement abandonnée ? Sa réponse : il devait confirmer l'alliance une semaine entière.[158]

Pourquoi la fin des sacrifices et la moisson de trois ans et demi

Pendant la première moitié de la dernière semaine de Daniel, Jésus ne s'est adressé qu'aux Juifs. La seconde moitié leur était encore due après sa mort. Jusqu'à la fin des soixante-dix semaines de faveur, l'Évangile n'a donc pas été prêché aux Gentils. Corneille est présenté comme le premier Gentil converti, puisque Paul déclare : « Il fallait que la parole de Dieu vous fût d'abord annoncée » (Actes 13:46). Sans la mention d'une alliance confirmée pendant une semaine, il serait impossible de savoir combien de temps cette faveur est restée réservée aux Juifs.[159]

Au milieu de la semaine, le Messie « fait cesser le sacrifice et l'offrande » (Daniel 9:27). Il y parvient en devenant lui-même le vrai sacrifice. Dieu reconnaissait les taureaux, béliers et agneaux parce qu'ils désignaient le Christ, antitype de l'« Agneau de Dieu ». Ensuite, « mais dès que le Christ est mort, tout sacrifice a cessé ». Désormais, un Juif ou n'importe qui d'autre peut brûler un taureau ou un agneau, mais ce n'est plus un sacrifice, car Dieu a fourni le véritable et n'en accepte plus d'autre.[160]

Pendant les trois ans et demi qui ont suivi le ministère du Christ, les Juifs ont donc continué à recevoir la faveur de Dieu. Le ministère du Christ avait séparé le blé de la paille. Cette seconde moitié de la semaine a servi à rassembler dans le grenier, c'est-à-dire dans l'âge de l'Évangile, le blé ainsi séparé. Une bonne quantité de blé s'y trouvait déjà quand le Christ a abandonné la maison juive : 3 000 personnes se sont converties à la Pentecôte, et d'autres s'ajoutaient chaque jour à l'Église (Actes 2:41, Actes 5:14).[161]

L'image du commerçant qui déménage

Le passage de l'âge juif à l'âge de l'Évangile est illustré par un commerçant qui doit quitter son ancien magasin pour un nouveau, de l'autre côté de la rue. Avec ses employés, il trie dans l'ancien local les meubles qui conviennent au nouveau. Quand tout est prêt, il transfère son enseigne et sa présence, et les employés apportent dans le nouveau magasin les objets choisis. De la même façon, quand le travail de séparation a été achevé dans la maison juive, la gloire de la présence du Seigneur s'est retirée du temple, le voile s'est déchiré et la maison a été laissée déserte. Cette présence est passée dans la nouvelle maison, l'Évangile : Dieu habite maintenant dans le nouveau temple, l'Église (1 Corinthiens 3:17). Le blé juif est entré dans ce nouveau grenier au temps du rassemblement, sans que de la paille soit changée en blé. Paul est compté parmi ce blé. Tant que tous les objets de valeur n'avaient pas été transportés, le commerçant a protégé son ancien magasin ; Dieu a de même continué à favoriser les Juifs pendant toute la soixante-dixième semaine.[162]

La moisson de l'âge de l'Évangile, copie de la moisson juive

Cet épisode est présenté comme un modèle de la fin de l'âge de l'Évangile, comme tous les autres éléments de la dispensation juive. La moisson actuelle comprend, elle aussi, deux travaux : une séparation entre le blé et l'ivraie, dont les liens sont liés en bottes, puis le rassemblement du blé pendant que l'ivraie brûle. La séparation est identifiée au travail des trois ans et demi qui viennent de s'écouler. Les lecteurs pensaient que la vérité qu'ils défendent accomplissait seule cette séparation. Le rédacteur croit maintenant qu'elle y a contribué, mais que Dieu a employé aussi beaucoup d'autres enseignements sous sa conduite. Une division des classes s'est produite sans que les lecteurs aient cherché à diviser, et même malgré tous leurs efforts contraires.[163]

Dans chaque Église, de toutes les confessions, un fossé de plus en plus large sépare deux catégories. La première est celle du chrétien de nom, qui l'est parce que la respectabilité l'exige à notre époque. Il supporte mal les contraintes, même atténuées, de l'Église et voudrait la ramener au niveau d'un « club moral » de gens respectables, où l'on goûte chaque semaine un essai moral d'où toute allusion aux imperfections des membres serait bannie.[164] L'autre catégorie est celle des « joyaux » de Malachie 3:16-17, les saints, qui refusent de plier le genou devant Mammon en organisant des loteries et des kermesses chrétiennes pour nourrir l'orgueil des yeux et du cœur. Ils préfèrent voir la vierge fiancée au Christ attendre le retour de son Seigneur vêtue de la robe blanche du Christ, séparée du monde, plutôt que de la voir vivre dans le luxe du monde, parée de faux bijoux.[165]

Le rassemblement dans le grenier n'est pas la translation

Le rédacteur croit fermement que cette séparation s'est accomplie pendant les trois ans et demi de moisson qui viennent de s'achever. Il ajoute que, selon le modèle juif, le rassemblement dans le grenier exigera lui aussi trois ans et demi. Il précise qu'il ne fixe pas ainsi une date pour la translation : celle-ci n'aura lieu que lorsque tous seront rassemblés, et il ignore combien de temps après, tout en présumant que ce sera peu après.[166]

À l'objection que le rassemblement dans le grenier était la translation, il répond que les lecteurs le pensaient tous, et que c'était l'erreur : ils supposaient une séparation de trois ans et demi suivie d'un rassemblement instantané. Le rassemblement dure en fait trois ans et demi, comme à la fin de l'âge juif, et il précède la translation. Celle-ci, c'est-à-dire le changement des vivants (1 Corinthiens 15:51), est l'œuvre de l'Esprit (Philippiens 3:21, Romains 8:11). Les anges ne transforment pas les saints, mais ils les rassemblent dans le grenier (Matthieu 13:30).[167]

Être rassemblé dans le grenier, c'est atteindre un état de repos, de sûreté et de sécurité, après avoir combattu le bon combat, couru la course, achevé la carrière et remporté la victoire : « le lieu ou l'état dans lequel on attend la récompense ». Paul et tous les saints morts ont atteint cette position de victoire à leur mort (2 Timothée 4:7). Pour « ceux qui sont vivants et restent », un moment viendra où ils seront comptés comme ayant achevé leur course.[168]

Les pierres du temple et la mer de verre

La même idée est exprimée par l'image du temple en Éphésiens 2:20-22, qui s'inspire du temple juif, ombre ou type. Chaque croyant est une pierre en préparation, taillée, polie et ajustée dans la carrière par les épreuves et les afflictions que le Père, grand architecte, juge nécessaires. Les chrétiens sont comptés dès maintenant comme faisant partie de la maison, mais sous condition : « si nous retenons ferme jusqu'à la fin ». Aucune pierre n'est posée dans le temple avant d'être terminée. Paul a été compté comme tel au moment de mourir, et ceux qui vivent atteindront un point où ils seront complets et placés dans le temple avant la translation. De même, dans le type, toutes les pierres du temple de Salomon étaient en place avant que la gloire du Seigneur remplisse la maison (2 Chroniques 5:13).[169]

Cette mise en place des pierres, ce rassemblement du blé dans le grenier, désigne la victoire sur le monde, la chair et le diable. Elle exige une consécration et une sanctification entières de tous ceux qui parviennent à cet état. L'Église vierge doit se préparer avant les noces, vêtue de la justice du Christ. Elle est représentée en Apocalypse 15:2-4 : les vainqueurs se tiennent sur une mer de verre mêlée de feu, que le rédacteur interprète comme le signe d'un contact encore étroit avec les épreuves, mais au-dessus d'elles. Ils chantent le cantique de Moïse et de l'Agneau, qui déclare que toutes les nations viendront adorer. Il en conclut qu'ils ont appris la restitution de toutes choses et le plan de Dieu pour le salut du monde, selon lequel toutes les familles de la terre seront bénies en la postérité d'Abraham (Actes 3:25).[170]

L'ivraie brûlée pendant que le blé est rassemblé

Pendant que le blé est rassemblé, l'ivraie est brûlée. Un grand temps de détresse menace le monde et a déjà commencé, avec une trentaine d'années encore à venir avant son accomplissement complet. Il s'agit pourtant d'un autre feu que celui qui consume l'ivraie, car l'ivraie n'est pas le monde. Le champ est le monde (Matthieu 13:38), tandis que l'ivraie désigne les enfants du malin, des hypocrites, du faux blé, des « loups en habits de brebis ». Le rédacteur attend l'accomplissement de Matthieu 13:41-42 pendant ces trois ans et demi.[171]

Il prévoit un terrible incendie de l'ivraie et un roussissement de tout le blé qui ne s'en est pas séparé. La nature exacte du désastre reste incertaine. À la lumière présente, il attend un renversement complet de l'Église nominale par l'incrédulité et l'athéisme. Le christianisme deviendra si impopulaire que les loups auront honte de leur habit de brebis, et qu'être appelé chrétien sera une disgrâce, comme cela a été un honneur.[172]

L'incrédulité se répand comme une épidémie, par la conversation, les lectures, les conférences publiques et les attaques de la presse. Ceux qui se réclament d'un savoir scientifique se disent de plus en plus disciples de Darwin et nient la crédibilité de la Bible. Ils assurent qu'aucun homme intelligent ne l'a jamais reçue comme parole de Dieu et soulignent l'incrédulité de tous les grands hommes d'État. Cet enseignement doit être désastreux pour les chrétiens qui bâtissent avec de pauvres matériaux et comprennent peu la Parole de Dieu.[173]

Les vainqueurs protégés par la vérité

Les lecteurs seront encore présents pendant cette détresse sur l'Église : « c'est le jour de l'incendie, qui éprouvera l'œuvre de chacun ». Ceux qui ont bâti sur le sable seront emportés. Ceux qui ont bâti sur le roc, le Christ, seront éprouvés sévèrement. Les vainqueurs ont bâti avec de l'or, de l'argent et des pierres précieuses et ne sont pas touchés. Ceux qui bâtissent mal sur le même fondement subissent une grande perte et sont sauvés « comme au travers du feu » (1 Corinthiens 3:12-15).[174]

La condition des vainqueurs est décrite dans le Psaumes 91:1-16 : les pièges des impies sont inoffensifs, et leurs flèches, c'est-à-dire leurs paroles amères (Psaumes 64:3), ne peuvent leur nuire. Pendant que cette épidémie morale parcourt le pays et que des milliers tombent à leur côté, ils ne tombent pas. Leur protection est la vérité : « Sa fidélité est un bouclier » (verset 4), « vous connaîtrez la vérité, et la vérité vous affranchira » (Jean 8:32), « ta parole est la vérité » (Jean 17:17). Ce groupe qui a Dieu pour refuge possède donc une vérité que les autres n'ont pas, et elle le protège. S'il existe des vérités trop profondes ou des erreurs qui font trébucher comme de grosses pierres, les anges recevront l'ordre de porter ceux qui sont en danger (Psaumes 91:11-12). Ces lignes se terminent par un cantique sur le refuge trouvé en Dieu, signé des initiales C. T. R.[175]

Le livre de l'Apocalypse

Un ordre de visions qui n'est pas celui de l'accomplissement

Après l'avoir promis dans le numéro précédent, le rédacteur entreprend une explication du livre de l'Apocalypse, dans la mesure où il est déjà accompli. Selon lui, « l'ordre des chapitres ou des sujets ne renseigne pas sur l'ordre de l'accomplissement ». Quand Jean écrit « après cela je vis », il indique seulement qu'il a vu cette vision après la précédente, et non que les événements se suivent dans le même ordre. Daniel offre le même cas : il a vu le bélier et le bouc du chapitre 8 après l'ours et le léopard du chapitre 7, et pourtant les événements du chapitre 8 ne suivent pas ceux du chapitre 7. Le chapitre 8 répète ceux du chapitre 7 en y ajoutant quelques traits.[176]

Les sujets suivis jusqu'au bout et les répétitions

Dans l'Apocalypse, « un sujet est commencé et, à quelques exceptions près, il est suivi jusqu'à sa fin ». Ainsi les sept Églises des chapitres 2 et 3 sont sept étapes de l'Église de l'Évangile et couvrent tout l'âge de l'Évangile, jusqu'à la fin des temps des Gentils. Les sept sceaux, les sept trompettes et les sept dernières plaies se situent quelque part dans l'âge présent, avant la fin des temps des Gentils, sans couvrir nécessairement la même période que les sept Églises.[177]

Le livre de Daniel et l'Apocalypse comportent beaucoup de répétitions. Daniel voit trois fois les quatre empires, aux chapitres 2, 7 et 8. Jean voit de même l'Empire romain dans trois visions distinctes, aux chapitres 12, 13 et 17. Soutenir que le dragon du chapitre 12 et la bête des chapitres 13 et 17 sont trois bêtes différentes parce que les symboles changent serait aussi raisonnable que de soutenir, en raison des symboles de Daniel, que douze empires universels y sont décrits. Ces trois chapitres de l'Apocalypse couvrent exactement le même terrain et montrent l'Empire romain de trois points de vue.[178]

Les sept Églises et le chapitre 4

Les sept Églises représentent sept phases de l'Église de l'Évangile, maintenant achevées, ou plutôt en train de s'achever. La dernière exhortation est : « Celui qui vaincra, je le ferai asseoir avec moi sur mon trône. » La condition de la mer de verre mêlée de feu (Apocalypse 15:2) est celle des vainqueurs, c'est-à-dire du blé rassemblé avant la translation. Le rédacteur comprend que l'Église de l'Évangile y est maintenant rassemblée. Il en conclut que les chapitres 2 et 3 sont à peu près accomplis, et que le chapitre 1 n'est qu'une préface au livre.[179]

Le chapitre 4 est la scène d'ouverture de la condition glorifiée de l'Église, en partie parallèle à Daniel 7:9-10. La présence des vingt-quatre anciens prouve que la résurrection aura eu lieu au moment de cette scène de joie. Les quatre « bêtes » représentent les quatre Églises dispensationnelles. La première, semblable à un lion, est l'Église patriarcale. Les patriarches étaient les oints de Dieu : quand ils allaient de nation en nation, il ne permettait à personne de leur faire du tort et reprenait même des rois à cause d'eux. Abraham a pu vaincre les cinq rois aussi aisément que s'il avait été « le lion de la tribu de Juda ». La deuxième bête, semblable à un veau, représente l'Église juive, avec son sang de taureaux et de boucs. La troisième, qui a « une face d'homme », représente l'Église de l'Évangile, dont le trait dominant est de « raisonner d'après les Écritures ». La quatrième, semblable à un aigle qui vole, est l'Église de l'âge à venir : « ils prendront le vol comme les aigles, ils courront sans se lasser, ils marcheront sans se fatiguer » (Ésaïe 40:31).[180]

Deux mots grecs pour « bête »

Le mot rendu par « bête » pour ces Églises est un mot grec différent de celui d'Apocalypse 13 et des autres passages où il désigne une puissance terrestre. Ce dernier, thērion, généralement rendu par « bête sauvage », est employé dans tous les cas où l'Apocalypse représente une puissance terrestre. L'autre, zōon, se rencontre vingt fois dans l'Apocalypse et désigne toujours une puissance céleste.[181]

Le chapitre 5 prolonge la même scène, et les deux chapitres paraissent représenter l'inauguration du royaume. Une fois établi, ce royaume doit vaincre les nations, réduire en pièces et consumer tous ces royaumes terrestres, « les gouverner avec une verge de fer » et « les briser comme un vase de potier ». Les zōa doivent donc vaincre les thēria, c'est-à-dire les royaumes. Ce royaume, composé des patriarches, des prophètes et des saints, doit « briser et détruire tous ces royaumes » (Daniel 2:44). Le rédacteur y voit l'enseignement de la parabole du riche et de Lazare : dans cette vie, Lazare reçoit ses maux et le riche ses biens. L'homme naturel, représenté par les gouvernements des Gentils, domine pour le moment. L'exposé se poursuit dans le numéro suivant (« Continued »).[182]

Voir aussi

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Illustrations du numéro

Références

  1. ↑ James S. White — Wikipédia.
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  4. ↑ Herald of the Morning de juillet 1878, p. 3
  5. ↑ BLANDRE Bernard, La préhistoire des témoins de Jéhovah, p. 57-59.
  6. ↑ BLANDRE Bernard, La préhistoire des témoins de Jéhovah, p. 132-134.
  7. ↑ Herald of the Morning de juillet 1878, p. 3
  8. ↑ Herald of the Morning de juillet 1878, p. 4
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