La Tour de Garde de décembre 1879
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| La Tour de Garde de décembre 1879 | |
|---|---|
| Revue | La Tour de Garde |
| Date | 1879 |
| Année | 1879 |
| Éditeur | Watch Tower Bible and Tract Society |
Ce numéro est entièrement consacré à des questions d'exégèse prophétique et typologique. La question centrale est celle de l'identification de l'Antéchrist, traitée sous forme dialoguée à partir de 2 Thessaloniciens 2:1-12, à laquelle s'articulent des développements sur la construction eschatologique de Sion, la nature des invités aux noces de l'Agneau, et le « désir de toutes les nations » annoncé en Aggée 2:7. Une rubrique de questions et réponses des correspondants clôt le numéro.
La tonalité est résolument antipapale : la papauté est désignée comme l'accomplissement historique de l'« homme du péché » décrit par Paul, une identification qui traverse plusieurs des articles et leur confère une unité thématique. Parallèlement, des textes typologiques — Joseph préfigurant le Christ, les invités à la noce, le temple de Salomon comme figure du corps glorifié — développent une eschatologie positive centrée sur la seigneurie imminente de Christ.[1]
Analyse
Croyances
Une méthode d'exégèse avant toute doctrine
Le principe herméneutique qui commande l'ensemble du numéro est exposé dans l'article consacré à la construction de Sion : « Sion » désigne simultanément Jérusalem terrestre, capitale des nations restaurées, et la Jérusalem céleste, trois interprétations concurrentes étant écartées au profit d'une double application.[2] Ce procédé n'est pas une invention du mouvement : la lecture de la Sion terrestre comme type prophétique de la Sion céleste appartient au fonds exégétique protestant, qui s'appuie sur la distinction établie par Paul en Galates 4:25-26 entre les deux Jérusalem et sur Hébreux 8:5 faisant du tabernacle terrestre le type du véritable sanctuaire céleste.[3] L'originalité tient à la généralisation : la dualité cesse d'être un procédé ponctuel pour devenir un principe inhérent au plan divin, où « presque tout est double » — deux Adams, deux alliances, deux temples, deux semences, deux nations, deux terres d'héritage.[4] Cette liste prolonge directement l'opposition entre l'« âme vivante » du premier Adam et l'« esprit vivifiant » du dernier, posée en octobre 1879 pour fonder deux lignées distinctes de salut, et elle en fait désormais le modèle de toute lecture biblique.[5]
La méthode reçoit sa justification technique dans le parallèle entre Joseph et le Christ, où elle est distinguée du type strict de la Loi dans lequel « chaque jot et tittle » trouve son accomplissement : l'allégorie se contente d'une correspondance fondée sur des principes généraux, le modèle revendiqué étant la déclaration paulinienne de Galates 4:1 sur Agar et Sara.[6] Cette distinction est précieuse pour l'historien des doctrines, car elle abaisse le seuil de preuve exigé : tandis que le type lévitique impose la vérification de chaque détail, l'allégorie autorise un parallèle dès lors que les grandes lignes concordent. L'argument est poussé jusqu'à faire de la nouveauté même des rapprochements une preuve de leur authenticité, les correspondances remarquées récemment étant présentées comme « cachés comme des joyaux dans la terre » jusqu'à cette heure d'incrédulité.[7]
Le troisième outil est le « principe de perspective » exposé en ouverture de la réflexion sur Aggée 2:7 : plusieurs arbres vus de loin paraissent proches sans l'être, de sorte que les prophéties ne signalent pas les distances temporelles séparant les événements qu'elles annoncent.[8] L'image est classique dans l'herméneutique prophétique protestante, où elle prend plutôt la forme d'une chaîne de montagnes dont les sommets fusionnent en une seule ligne vue de loin, et elle y reçoit exactement les deux mêmes exemples : Ésaïe 9:6-7 et l'interruption par Jésus de la lecture d'Ésaïe 61 à Nazareth, avant la mention du jour de vengeance.[9] La même prophétie d'Ésaïe 61 servira plus tard à fonder le mandat de prédication de porte en porte, les membres de la chrétienté étant désignés comme les affligés et les captifs à secourir ; en 1879 elle ne sert encore qu'à démontrer l'étalement temporel d'un oracle unique.[10]
À ces trois règles s'ajoute une restriction du champ parabolique : les paraboles du « royaume des cieux » se rapporteraient toujours à l'« Église militante », un mort cessant d'être représenté dans la parabole, ce qui limite le blé et l'ivraie, les vierges et les noces à la seule génération « en vie et demeurant ».[11] La lecture dominante dans le protestantisme voit au contraire dans le blé et l'ivraie la description de l'Église visible comme corps mixte tout au long de son histoire jusqu'au second avènement.[12] Le resserrement opéré ici a un rendement précis : il concentre le tri sur les lecteurs vivants au moment de la parution. L'ensemble repose sur une Bible tenue pour inspirée dans son détail, décrite comme un temple de soixante-six chambres dont chacun des 31 173 versets forme une pierre ou une poutre.[13] Ce décompte ne correspond à aucun total standard — les sources usuelles donnent 31 102 versets pour la Bible protestante — et le découpage lui-même remonte à Robert Estienne, qui numérota les versets du Nouveau Testament en 1551 ; sa reprise comme preuve de dessein divin illustre la propension du numéro à traiter des artefacts d'édition comme des données révélées.[14]
Chronologie, parousie invisible et septième trompette
Quatre articles distincts du numéro mobilisent la même ossature chiffrée : 1 260 ans de 538 à 1798 pour la fuite de la femme au désert, un millénium papal daté approximativement de 792 à 1792, et une période de trente-sept ans allant de 1878 à 1914 identifiée au jour de la colère.[15] La première série appartient en propre à l'historicisme protestant, dont la méthode repose sur la théorie jour-année appliquée aux 1 260 jours de Daniel et de l'Apocalypse ; William Miller était parvenu à 538 en calculant à rebours depuis la déposition de Pie VI par un général français en 1798, et d'autres interprètes avaient proposé des intervalles concurrents comme 533-1792 ou 584-1844.[16] La pluralité de ces schémas de datation constitue précisément la fragilité reconnue du paradigme historiciste.[17]
La cohérence de cette charpente dépend entièrement d'une redéfinition de la venue du Christ. La seconde partie de 2 Thessaloniciens 2:8, traditionnellement rendue par « qu'il détruira par l'éclat de sa venue », est traduite plus littéralement par « le Seigneur rendra sans pouvoir par la manifestation de sa présence », ce qui transforme un anéantissement spectaculaire en affaiblissement progressif.[18] Cette révision n'est pas philologiquement arbitraire : le verbe grec *katargeō*, composé de *kata* et d'*argos* (« inactif »), signifie d'abord rendre une chose oisive ou inopérante, et sa traduction par « détruire » est tenue pour imprécise au vu d'emplois comme Romains 7:2 ou Galates 5:4 où « détruire » serait impropre.[19] L'exégèse concurrente de l'époque, représentée par Albert Barnes, concédait d'ailleurs que l'agent de la destruction n'était pas l'éclat lumineux mais le Seigneur lui-même apparaissant.[20] Le numéro pousse toutefois la conséquence plus loin que la lexicographie ne l'impose, en faisant de la ruine papale un processus en cours depuis 1526 et accéléré depuis 1798 : la date devient vérifiable sans qu'aucun événement visible soit requis.
Le même déplacement affecte la typologie de la venue. Les expressions « première venue » et « seconde venue » sont déclarées non scripturaires dans leur acception courante, seul Hébreux 9:28 employant le mot « second » à propos du Christ, sans que cela exclue d'autres venues postérieures.[21] L'entrée en fonction royale est située au printemps 1878, par parallèle avec l'entrée à Jérusalem.[22] Cette datation mérite d'être rapprochée de ce qu'elle remplace : le printemps 1878 avait d'abord été annoncé comme le moment de la translation corporelle des saints, attente explicitement abandonnée dans La Tour de Garde de octobre 1879.[23] La même date avait ensuite reçu un second contenu, le rejet de l'Église nominale et sa maison « laissée déserte », dans La Tour de garde de novembre 1879.[24] Le numéro de décembre lui en assigne un troisième — l'accession du Christ aux fonctions royales — sans jamais signaler la succession. Chacun de ces contenus successifs est moins observable que le précédent, mouvement qui constitue le trait le plus notable du système chronologique à ce stade de son élaboration.
Le cadre apocalyptique est fourni par la septième trompette, définie comme couvrant le jour de la colère, la fureur des nations et le temps de la récompense des prophètes, des saints et de ceux qui craignent le nom de Dieu, selon Apocalypse 11:18, la période 1878-1914 en constituant la dernière moitié.[25] La définition de la trompette comme période de temps plutôt que comme son momentané avait été établie en août 1879 par l'identification à la « dernière trompette » de 1 Corinthiens 15:52 et à la « trompette de Dieu » de 1 Thessaloniciens 4:16, avec appui revendiqué sur Isaac Newton et Adam Clarke.[26] Le numéro de décembre ajoute à ce dispositif la restauration de Jérusalem terrestre et la récompense de toute l'Église. Enfin, l'ébranlement des royaumes annoncé par Aggée 2:7 est posé comme préalable eschatologique, la référence pauline de Hébreux 12:26-27 servant à établir que la prophétie était encore future à l'époque apostolique.[27] L'auteur de l'épître reformule effectivement Aggée 2:6-7 pour lui donner un sens neuf — l'ébranlement de la terre et du ciel afin que seul demeure l'inébranlable —, geste exégétique que le numéro reproduit sans le nommer.[28]
Antéchrist papal et filiation des dissidents
L'article le plus long du numéro, étalé sur trois pages et construit en dialogue, identifie l'Antéchrist non à un individu mais au système papal, par exégèse de 2 Thessaloniciens 2:1-12 et production de citations papales revendiquant les titres de « Dieu sur terre ».[29] Cette thèse est, en 1879, le lieu commun de l'exégèse protestante plutôt qu'une audace : appliquée pour la première fois à la papauté par l'évêque catholique Arnulf d'Orléans au Xᵉ siècle, elle fut adoptée unanimement par Luther, Calvin, Mélanchthon et Knox, et demeura la lecture standard de Wycliffe à Spurgeon, au point d'être désignée comme l'« interprétation protestante » par contraste avec le prétérisme et le futurisme élaborés par les jésuites durant la Contre-Réforme.[30] La production de titres papaux comme pièces à conviction relève du même répertoire : entre 1715 et 1896, plus de quatre-vingt-dix auteurs non catholiques discutèrent le titre *Vicarius Filii Dei*, la plupart pour l'appliquer à la papauté, ce genre de démonstration n'étant devenu courant qu'à l'époque de la Révolution française.[31]
L'apport propre du numéro réside ailleurs. D'une part, il écarte explicitement les lectures littéralistes alors en vogue — Jérusalem rebâtie, homme de chair siégeant dans un temple reconstruit, candidatures de Napoléon Bonaparte, du prince Jérôme ou du pape régnant — au motif que la tendance contemporaine au scepticisme et à l'athéisme conduit le monde vers l'irréligion plutôt que vers l'idolâtrie.[32] Cet argument constitue une lecture théologique de la sécularisation victorienne, dont l'historiographie récente a précisément montré qu'elle ne fut pas précipitée par une propagande sécularisante extérieure mais par des chrétiens pieux eux-mêmes, comme en témoignent les Essays and Reviews de 1860, œuvre de six clercs anglicans et d'un laïc, et qu'elle conduisit généralement non à l'incroyance mais à la révision théologique.[33] Le numéro relève le phénomène avec exactitude et le convertit en argument prophétique, tout en participant lui-même, par ses révisions doctrinales successives, du processus de concurrence religieuse que les historiens tiennent pour l'un des accélérateurs de cette sécularisation.[34]
D'autre part, la lecture d'Apocalypse 12:14 fournit au mouvement une ascendance : les deux ailes de l'aigle sont les « deux témoins », c'est-à-dire la Parole, qui nourrissent la véritable Église fuyant au désert pendant 1 260 ans, le passage sur « le reste de la semence de la femme » étant appliqué nommément aux Vaudois et aux groupes dissidents analogues, présentés comme ayant su par la prophétie qu'une grande apostasie devait précéder le jour du Seigneur.[35] Cette généalogie est, elle aussi, un emprunt : l'interprétation protestante de la femme au désert comme véritable Église nourrie par la Parole durant l'oppression papale est établie de longue date, et certains auteurs allaient jusqu'à ranger sous le nom commun de Vaudois les Novatiens, Montanistes et Donatistes afin de constituer une chaîne ininterrompue de témoins.[36] Sa limite est documentée : interrogés sur cette application d'Apocalypse 12, des Vaudois eux-mêmes ont déclaré n'avoir jamais entendu parler de cette prophétie, ce qui situe la filiation du côté de la construction théologique protestante et non de l'auto-identification des groupes concernés.[37] Dans l'économie du numéro, cette filiation remplit une fonction repérable : un groupe constitué depuis quelques mois seulement se dote d'une ancienneté de treize siècles et d'un adversaire structurant.
Rançon par équivalence, immortalité conditionnelle et état des morts
Le développement doctrinal le plus technique du numéro est la sixième des sept dimensions de la seigneurie du Christ : la rançon, définie comme la récupération d'une chose par le paiement de son prix, « l'équivalent exact de ce qui est racheté », une vie humaine pour une vie humaine, appuyée sur 1 Timothée 2:5-6, Matthieu 20:28 et le parallèle Adam/Christ de 1 Corinthiens 15:21-22.[38] Cette doctrine est présentée six pages plus haut comme un fondement à défendre, nommément désignée avec la Résurrection comme élément de l'Évangile que la polémique a pour objet de protéger.[39] La conjonction des deux passages dans un même numéro est significative : la rançon n'est pas ici une doctrine parmi d'autres mais le point de rupture avec Nelson Barbour, qui avait déclaré la substitution non biblique dans l'Herald of the Morning d'août 1878, rupture déjà commentée en septembre et en novembre 1879.[40] Le numéro de décembre ne reprend plus la polémique directe mais consolide la doctrine en l'intégrant à un exposé christologique systématique.
L'insistance sur Hébreux 2:9 et Hébreux 2:16 — le Christ prenant la nature de la descendance d'Abraham et non celle des anges — répond à une exigence interne de l'équivalence : seule une vie humaine peut racheter une vie humaine.[41] Ce raisonnement arithmétique est solidaire de deux autres positions du même article. L'Hadès y est défini comme « l'état de mort naturelle », la clé que détient le Christ selon Apocalypse 1:18 étant un symbole de pouvoir sur cet état.[42] Et l'immortalité est présentée comme la septième et plus haute dimension de la seigneurie, obtenue seulement en Christ, par opposition de l'« âme vivante » du premier Adam à l'« esprit vivifiant » du dernier selon 1 Corinthiens 15:45.[43] La cohérence est stricte : si l'âme était immortelle par nature, la mort d'Adam n'aurait rien fait perdre qu'une rançon puisse rendre. Cette thèse de l'immortalité conditionnelle avait été diffusée aux États-Unis par George Storrs et son Bible Examiner, et l'opposition « âme vivante »/« esprit vivifiant » avait déjà été mobilisée en octobre 1879 pour établir deux lignées de salut distinctes ; le numéro de décembre en fait désormais le point d'aboutissement de la christologie entière.[44]
Le même noyau reçoit une formulation imagée dans le parallèle entre Joseph et le Christ, où la dépendance totale des Égyptiens envers Joseph pour la subsistance figure la dépendance des fidèles envers Jésus pour la vie éternelle, résumée par la formule selon laquelle « la vie éternelle seulement en Christ est l'essence de l'Évangile ».[45] L'étymologie anglo-saxonne de lord par Hlaford, « gardien du pain », ouvre l'article sur la seigneurie et scelle le rapprochement entre la fonction nourricière de Joseph et celle du Christ Pain de vie.[46] Le même parallèle sert ailleurs dans le numéro à illustrer l'égalité du Juif et du Grec sous l'Évangile, Joseph distribuant le pain à tous ses frères.[47]
Une seigneurie acquise plutôt qu'une divinité possédée
Les sept dimensions de la seigneurie du Christ décrivent une autorité conférée et non une puissance détenue de toute éternité : Dieu « l'a souverainement exalté » et « lui a donné un nom au-dessus de tout nom » selon Philippiens 2:9-11, et c'est précisément pour devenir Seigneur des morts et des vivants qu'il est mort et ressuscité.[48] Le contraste établi entre Moïse et le Christ quant aux anges confirme cette christologie de l'exaltation : sous l'ancienne alliance Moïse recevait la loi par l'intermédiaire des anges, qui lui étaient donc supérieurs selon Actes 7:53 et Galates 3:19, tandis que dans la dispensation présente le Christ contrôle ces mêmes anges, devenus esprits servants pour les héritiers du salut selon Hébreux 1:14.[49] L'argument est construit sur une progression historique du rang, non sur une égalité ontologique avec le Père. Il rejoint la précision apportée en novembre 1879 à propos d'Actes 17:31, où le Fils ne fait rien de lui-même et où sa divinité est tirée de la volonté du Père.[50]
La même logique commande le refus d'identifier le Christ incarné au « désir de toutes les nations » d'Aggée 2:7 : il n'est pas venu à toutes les nations mais à la seule maison d'Israël selon Matthieu 15:24, et le portrait du serviteur méprisé d'Ésaïe 53 établit qu'il ne fut le désir d'aucun peuple.[51] La limitation de la mission terrestre refuse ainsi à l'incarnation le statut d'accomplissement universel, ce qui prolonge le refus d'une divinité originelle. Reste que la démonstration repose sur un état de la traduction fragile : le verbe d'Aggée 2:7 est au pluriel alors que « le désir de toutes les nations » est au singulier, de sorte que la leçon de la version autorisée est grammaticalement impossible en l'état du texte hébreu, ḥemdah étant un singulier collectif que le verset suivant — « l'argent est à moi et l'or est à moi » — identifie à des trésors terrestres affluant vers le temple.[52] Calvin et ses continuateurs rendaient d'ailleurs ḥemdat par « trésor », et le maintien d'une lecture messianique personnelle s'explique surtout par la répugnance à renoncer à une prophétie messianique directe.[53] Le numéro ne discute pas cette difficulté : il conserve la lecture personnelle et la déplace seulement vers l'avenir, ce qui déporte toute l'exégèse d'un verset mal traduit sur l'attente eschatologique au lieu de la contester à sa source.
Jugement en cours, triage et récompenses différenciées
La formule de 1 Pierre 4:17 sert à poser que le jugement de l'Église n'est pas à venir mais en cours durant la vie présente, le chrétien étant décrit comme « maintenant en procès, car le jugement d'enquête est en session active en ce moment », à la fois à la barre et témoin de sa propre cause.[54] L'expression « jugement d'enquête » n'est pas neutre : après la déception du 22 octobre 1844, Hiram Edson, O. R. L. Crosier et F. B. Hahn avaient élaboré la doctrine selon laquelle Jésus, au lieu de revenir, avait commencé un jugement investigatif des chrétiens de profession, leurs œuvres étant consignées dans des livres célestes.[55] Le vocabulaire est donc emprunté au milieu adventiste dont le mouvement est issu, mais son contenu est modifié : le jugement y est localisé dans la conscience du croyant et dans sa conduite quotidienne plutôt que dans un sanctuaire céleste, chaque parole, chaque acte et chaque mobile formant un maillon de la chaîne du témoignage. L'article de novembre 1879 sur Actes 17:31, signé des mêmes initiales W. I. M., avait déjà distingué le procès en cours de la sentence exécutoire et réparti l'épreuve entre l'Église durant l'âge évangélique et les nations durant le millénium ; décembre reprend cette distinction et en tire la conséquence pastorale.[56]
Cette judiciarisation du temps présent commande l'économie entière de la sélection. La tension entre les croyants décrits comme invités aux noces et l'Église décrite comme épouse est résolue en trois points : l'épouse est l'Église entière, morts et vivants ; le mariage est le processus de résurrection et de glorification, donc une œuvre graduelle ; et être dans la lumière pendant que ce processus s'accomplit est le privilège de la seule génération vivante, d'où sa désignation comme invitée.[57] Le caractère graduel est appuyé sur Malachie 3:17 et l'image du Seigneur qui « fait ses joyaux », ainsi que sur la taille des pierres du bâtiment céleste durant le temps de la connaissance partielle.[58] Là encore, le texte hébreu résiste : segullah ne désigne pas des joyaux mais une propriété personnellement acquise et soigneusement conservée, terme appliqué six fois à Israël et apparaissant d'abord en Exode 19:5, le Pulpit Commentary préférant rendre le verset par « un trésor particulier ».[59] Le même verset de Malachie sera mobilisé bien plus tard dans un sens entièrement différent, le raffinage des fils de Lévi servant alors à légitimer rétrospectivement une scission interne ; en 1879 il ne sert qu'à établir la lenteur du façonnage individuel.[60]
Le rendement disciplinaire de ce dispositif est explicite. Le triage des invités par le Roi revenu porte sur des vivants encore mortels, l'entrée aux noces n'étant pas la transformation en immortels mais l'accès à une position d'attente qui peut être perdue faute du vêtement de noces — l'argument étant que l'on ne peut être chassé de l'immortalité puisque l'immortel « ne peut pas mourir ».[61] L'application au moment présent est nommée : « un étrange test durant l'année passée est connu de tous », le triage se poursuivant.[62] L'« étrange test » renvoie aux controverses de 1878-1879 sur l'Expiation, la Résurrection et la Restitution, érigées en critères de discrimination, et la mise en garde contre la hâte à juger ses frères fait écho au constat formulé en octobre 1879 que trop de personnes avaient été amenées à traiter d'autres comme n'étant pas « dans la lumière ».[63] La correction de trajectoire est nette : la même doctrine qui autorise le tri en réserve l'exercice au Seigneur. Elle est doublée d'un refus des hiérarchies excluantes, les places « dans le trône » et le service « devant le trône » différenciant les récompenses sans rompre l'unité du corps du Christ, et l'épreuve étant décrite par la séquence agricole complète du fauchage au four, rattachée par 1 Corinthiens 10:16-17 au pain unique formant un seul corps.[64]
Justice imputée et universalisme différé
Le poème sur la robe parfaite, pure et blanche, s'adaptant à toutes les formes et toutes les tailles, exclut titres terrestres, génie et renommée et nomme explicitement son objet : « la robe de Justice du Christ ».[65] La terminologie de la justice imputée est celle de l'orthodoxie protestante classique, et son maintien dans un numéro qui conditionne par ailleurs l'immortalité à l'obéissance signale une tension non résolue : la robe est reçue gratuitement, mais le vêtement de noces de la parabole peut manquer et faire exclure l'invité. Le même numéro juxtapose donc une sotériologie de la grâce imputée et une économie du mérite évalué, sans articuler les deux.
L'horizon final est celui d'une restitution universelle : les résurrections opérées par Pierre, Paul, Élie et Élisée sont lues comme des « avant-goûts et garanties » de la restitution à venir, et le « jour de la restitution » est annoncé dans le parallèle avec Joseph.[66] Cette perspective ne contredit pas la sévérité du triage car elle porte sur un autre objet : la rançon avait été définie en juillet 1879 comme ne restaurant que la vie naturelle perdue en Adam, à l'exclusion du corps spirituel qu'Adam n'avait jamais possédé.[67] Le numéro de décembre reprend exactement cette architecture à deux étages en déclarant les Juifs restaurés « hommes naturels », portant l'image du terrestre, incapables de voir ni d'hériter le véritable royaume selon Jean 3:3 et 1 Corinthiens 15:50, tout en leur promettant la restauration de la Jérusalem terrestre entre 1878 et 1914 et la repentance devant le Christ transpercé.[68] La fonction de ce dispositif est précise : il permet de revendiquer la rançon universelle de 1 Timothée 2:5-6, dont l'incise « en temps voulu » avait servi en septembre et novembre 1879 à dissocier la validité du sacrifice de sa notification aux nations, sans souscrire à l'universalisme des destinées.[69] L'enlèvement et la transformation des vivants de 1 Thessaloniciens 4:13-18 sont rattachés à la seconde venue et qualifiés de « Paroles réconfortantes ! » — formulation qui mérite d'être notée dans un numéro paru dix-huit mois après l'abandon de l'attente d'une translation corporelle au printemps 1878.[70]
La polémique érigée en devoir de sentinelle
Un article entier est consacré à établir la légitimité de l'opposition doctrinale, par 2 Timothée 2:16-18 et les figures d'Hyménée et Philète ayant enseigné que la résurrection était déjà passée, puis par celle des sentinelles placées par Dieu sur la tour de garde, comptables du sang du peuple si elles manquent à l'avertir.[71] La métaphore n'est pas choisie au hasard : elle justifie le titre même du périodique en faisant de la vigilance polémique une fonction instituée et non un tempérament. Le danger identifié est caractéristique du moment : l'anxiété de trouver des choses nouvelles et frappantes, qui ébranle la foi dans ses « premiers principes », l'Expiation et la Résurrection étant nommément désignées comme les fondements à défendre.[72] Ces deux doctrines sont exactement celles qui avaient servi de critères de test depuis l'automne 1878, et l'adversaire implicite est reconnaissable : Nelson Barbour avait déclaré la substitution non biblique en août 1878 et produit une « nouvelle lumière » après l'échec de ses prévisions d'avril.[73] L'argument possède donc une symétrie remarquable, et fragile : il érige en obligation religieuse la réfutation des nouveautés doctrinales au moment même où le périodique reconfigure le sens du printemps 1878 pour la troisième fois en six mois. Dans le vocabulaire de la sociologie des religions, c'est la revendication d'un monopole interprétatif, par laquelle un groupe se réserve le droit de qualifier d'erreur toute lecture concurrente tout en conservant la faculté de réviser la sienne.[74]
Organisation et histoire
Le périodique comme instance de surveillance doctrinale
L'article « L'opposition » répond affirmativement à la question de savoir s'il est légitime de combattre ce qui est tenu pour une erreur, et fonde cette réponse sur une image institutionnelle précise : Dieu a établi des sentinelles sur la Tour de Garde, comptables devant le peuple de l'avertissement du danger qui approche, sous peine que le sang du peuple soit réclamé à leur main.[75] La formule transpose Ézéchiel 33:6, où le guetteur qui néglige de sonner de la trompette porte la responsabilité du sang de celui qui périt.[76] La tradition exégétique protestante tire de ce verset une responsabilité pastorale lourde : la négligence du guetteur attire sur lui-même la culpabilité des âmes perdues, son office consistant à avertir le pécheur de sa misère et de son danger.[77] Le titre même de la publication se trouve ainsi rétro-justifié par un mandat de police doctrinale, et non seulement d'enseignement : la vigie ne nourrit pas uniquement le troupeau, elle filtre ce qui entre.
Ce mandat s'exerce immédiatement sur un terrain délimité. Deux doctrines sont nommément désignées comme « premiers principes » de l'Évangile à défendre : l'Expiation et la Résurrection.[78] La mise en garde qui l'accompagne porte non sur l'erreur venue de l'extérieur mais sur un risque interne — le danger, dans l'anxiété de trouver des choses nouvelles et frappantes, d'ébranler la foi dans ses premiers principes.[79] Le couple formé par ces deux doctrines n'est pas choisi au hasard : c'est précisément sur la valeur substitutive de la mort du Christ que Nelson Barbour avait rompu dans l'Herald of the Morning d'août 1878, divergence qui conduisit Russell à démissionner de la revue par lettre du 22 mai 1879, quelques semaines avant de lancer la sienne.[80] La désignation de l'Expiation et de la Résurrection comme intangibles reprend donc, sans le nommer, le critère de communion déjà posé à l'automne 1878 et documenté dans La Tour de Garde de octobre 1879 et La Tour de garde de novembre 1879 : ce numéro ne l'infléchit pas, il le durcit en lui donnant une justification institutionnelle là où les numéros précédents se contentaient de l'argument scripturaire. La sociologie du dogmatisme religieux décrit ce mécanisme comme la subordination de l'ensemble des opinions et pratiques à un noyau restreint de croyances centrales, dont l'intransigeance redouble celle des normes communautaires.[81]
Cette autorité de surveillance s'applique aussi aux textes de la revue elle-même. Une note de bas de page adjointe à l'article sur l'Antéchrist signale qu'une version révisée paraîtra dans le numéro de décembre 1881.[82] Ce numéro de décembre 1881 contient effectivement un article intitulé « L'homme de péché »[note 1], un autre article consacré à l'Antéchrist[note 2] ayant été publié entre-temps en octobre 1880.[83] La reprise d'un même sujet à trois reprises en deux ans, signalée dans le corps du texte, installe dès la première année d'existence de la publication la correction rétrospective comme mode normal de production doctrinale : la vigie se surveille elle-même, et l'imprimé conserve la trace de ses propres révisions.
Souder un groupe éprouvé : l'échec de 1878 et la généalogie vaudoise
Un seul événement contemporain du mouvement est explicitement convoqué dans ce numéro, et il l'est à mots couverts. La conclusion de « Les invités aux noces » renvoie à un étrange test survenu durant l'année passée et connu de tous, affirme que le triage se poursuit, et interdit de se hâter de juger ses frères, le Seigneur seul décidant qui possède le vêtement de noces.[84] Le test désigné sans être nommé est l'attente d'un enlèvement corporel des saints au printemps 1878, fondée sur les parallèles chronologiques entre les deux dispensations ; le printemps venu sans que rien de visible survienne, la séparation des chemins devint inévitable.[85] Les départs qui suivirent, motivés chez beaucoup par la méfiance envers la prophétie chronologique elle-même, sont évalués à plusieurs centaines sur un lectorat de quelques dizaines de milliers de personnes, l'Herald of the Morning tirant alors à cinq ou six mille exemplaires.[86] L'apport propre de ce numéro ne consiste pas à constater la déconvenue — La Tour de Garde de octobre 1879 l'avait fait sans détour en abandonnant l'attente de la translation — mais à la retourner en dispositif : ce qui fut un démenti devient un tri voulu, où le départ des uns atteste l'élection des autres, tandis que la consigne de ne pas juger ses frères désamorce les règlements de comptes internes que l'épreuve pouvait déclencher. L'avertissement d'octobre 1879, selon lequel trop de personnes avaient été conduites à traiter d'autres comme n'étant pas « dans la lumière », trouve ici son prolongement disciplinaire.
Le même travail de consolidation opère sur un autre registre, celui de la filiation historique. L'exégèse d'Apocalypse 12:17 développée dans l'article sur l'Antéchrist applique explicitement aux Vaudois et aux groupes dissidents analogues la figure du reste de la semence de la femme, qui garde les commandements de Dieu et a le témoignage de Jésus, et leur attribue d'avoir su par la parole prophétique qu'une grande apostasie devait précéder le jour du Seigneur.[87] Ce rattachement ne relève pas d'une trouvaille personnelle : il mobilise une construction historiographique dont la fortune américaine est documentée dès 1845, lorsque des théologiens protestants comme Joseph Berg soutenaient que les protestants pouvaient revendiquer une succession apostolique en la trouvant chez les Vaudois, pour contester la prétention catholique au même titre.[88] L'historiographie contemporaine range cette thèse parmi les effets d'un excès de parti pris polémique sur un corpus de sources indigent, le zèle des anciens historiens protestants les conduisant à chercher chez les Vaudois une succession apostolique visible depuis l'Église primitive.[89] La position académique dominante tient les Vaudois pour les disciples de Pierre Valdès et considère que les ressemblances doctrinales avec les premiers chrétiens n'impliquent aucune ascendance directe.[90]
L'originalité du procédé est d'autant plus limitée que la même figure du « reste » d'Apocalypse 12:17 et la même identification des Vaudois à l'« Église au désert » accomplissant la prophétie des 1 260 ans circulaient alors dans le milieu adventiste dont Russell et ses collaborateurs étaient issus.[91] L'articulation des deux opérations est cohérente : un groupe que l'échec du printemps 1878 vient de réduire numériquement se dote d'une ascendance de persécutés remontant à l'Église primitive, ce qui compense la faiblesse de ses effectifs par l'ancienneté revendiquée de sa lignée. Les deux mouvements — transformer la déconvenue en épreuve sélective, s'inscrire dans une succession de témoins fidèles — concourent au même objectif de légitimation.
Une rédaction partagée : le poids de John Henry Paton
Cinq des neuf articles de ce numéro portent les initiales J. H. P. — « Joseph et Christ », « Les invités aux noces », « L'opposition », « Le désir de toutes les nations » et « La Seigneurie du Christ », cette dernière étant la contribution la plus développée du numéro.[92] Ces initiales sont celles de John Henry Paton, né le 7 avril 1843 à Galston en Écosse, ancien pasteur baptiste exclu pour hérésie en 1872 au motif de son adhésion à l'immortalité conditionnelle, puis collaborateur de Nelson Barbour et contributeur de l'Herald of the Morning de 1875 à 1879.[93] Une brève méditation du même numéro est signée W. I. M., soit William Imrie Mann, ce qui porte à trois le nombre de signatures distinctes identifiables.[94]
La distribution des signatures mesure concrètement ce que fut la structure rédactionnelle du périodique à ses débuts : un collaborateur extérieur à Allegheny — Paton résidait à Almont, dans le Michigan — y occupe une place supérieure en volume à celle du fondateur, et traite les sujets les plus sensibles, dont l'article programmatique sur la légitimité de l'opposition doctrinale. Le fait que ce même Paton ait rédigé, à la demande de Russell, l'article de décembre 1878 réaffirmant la foi dans le sang du Christ contre la position de Barbour éclaire la fonction qui lui est reconnue : celle d'un théologien mandaté pour formuler la ligne du groupe sur les points litigieux.[95] Trois mois avant ce numéro, en mars 1879, c'est encore Paton qui avait célébré le mariage de Charles et Maria Russell.[96] Cette configuration, où l'autorité doctrinale n'est pas encore concentrée en une seule main, constitue le cadre matériel dans lequel s'énoncent le mandat de surveillance et la clôture des « premiers principes » : la vigie de décembre 1879 est collective.
Contenu
L'Antéchrist
Le numéro s'ouvre sur un long article dialogué consacré à l'identification de l'Antéchrist, prenant appui sur 2 Thessaloniciens 2:1-12. La discussion est mise en scène sous forme d'échange entre deux interlocuteurs désignés par les lettres A et B, procédé pédagogique caractéristique de la littérature des étudiants de la Bible à cette époque.[97]
L'interlocuteur A récuse d'emblée les interprétations littéralistes alors répandues, selon lesquelles Jérusalem serait rebâtie et un homme de chair s'y établirait comme un dieu dans un temple reconstruit. Il juge plus plausible, compte tenu de la tendance contemporaine au scepticisme et à l'athéisme, que le monde soit conduit vers l'irréligion plutôt que vers l'idolâtrie ; aussi tient-il pour improbable l'avènement d'un « homme du péché » individuel.[98] Diverses identifications populaires de l'époque sont mentionnées : Napoléon Bonaparte, ses successeurs au trône de France, le prince Jérôme Bonaparte, puis le pape régnant — autant d'hypothèses congédiées comme insuffisantes.[99]
La thèse développée identifie l'Antéchrist non à une personne physique mais à un système religieux : la papauté. Le raisonnement s'articule autour de l'image de l'union entre l'Église et le monde, comparée au mariage d'Adam et Ève : de même que les deux devinrent « une seule chair » et que Dieu « appela leur nom Adam », l'Église chrétienne, en s'unissant à l'empire romain, aurait formé une entité composite désignée comme l'« homme du péché ».[100] Cette Église-épouse, en prétendant siéger comme reine et régner sur les rois de la terre, est décrite comme ayant accompli la prophétie de Apocalypse 18:5-7 sur Babylone qui « se glorifie et vit dans les délices avec les rois de la terre ».
L'article développe ensuite ce qu'il nomme les « prétentions de la papauté » (Claims of Papacy). La papauté est décrite comme s'attribuant des titres prophétiques réservés au vrai Christ : « roi des rois et seigneur des seigneurs », « Père éternel », « Prince de la paix », « Dieu puissant ».[101] Elle est également présentée comme ayant revendiqué l'accomplissement du règne millénaire de Apocalypse 20:1-10, qu'elle daterait approximativement de 792 à 1792 apr. J.-C., la période postérieure à 1798 étant identifiée à la « petite saison » où « le diable est délié ».[102]
Plusieurs citations papales sont produites à titre de preuve. Le pape Martin est cité dans une déclaration où il s'affirme « tout en tous et au-dessus de tous, de sorte que Dieu lui-même et moi, vicaire de Dieu, partageons le même consistoire », et conclut : « Que puis-je être sinon Dieu ? ». Le pape Grégoire II est cité pour avoir affirmé que tous les rois d'Occident vénèrent le pape comme un dieu sur terre, et le concile de Latran pour l'avoir salué du titre de « Dieu sur terre ».[103]
L'échange aborde enfin le cas du pape contemporain Léon XIII, qui revendique le titre de « Lion de la tribu de Juda » — titre christologique tiré de Apocalypse 5:5. L'article cite à l'appui un extrait du Pittsburgh Dispatch du 14 juin 1879, relatant que le pape aurait lui-même inscrit sur une sculpture en argile fraîche les mots latins Leo de tribu Juda, ce que l'interlocuteur A présente comme une preuve supplémentaire de la prétention antichriste.[104]
La question de la localisation du « temple de Dieu » est ensuite posée par B : comment la papauté peut-elle « siéger dans le temple de Dieu » alors que le temple de Jérusalem était détruit depuis des siècles ? La réponse d'A, amorcée en fin de page, affirme que le temple de Dieu est le lieu de sa demeure, et que depuis la mort de Jésus — moment où le voile du temple se déchira et où la gloire du Seigneur se retira —, l'édifice de pierre a cessé d'être le vrai temple.[105] Une note de bas de page signale qu'une révision de cet article a été publiée dans le numéro de décembre 1881.[106]
L'argument s'étend à la suite de l'identification symbolique de Michel comme représentant de la papauté : puisque le nom « Michel » signifie « Qui comme Dieu », il serait remarquablement en accord avec la description paulinienne de l'« homme du péché » qui s'assoit dans le temple de Dieu en se faisant passer pour Dieu.[107] Lorsque le dragon est chassé du ciel — c'est-à-dire expulsé de la position dominante —, c'est cet être « Qui comme Dieu » qui demeure en contrôle des cieux, et c'est de lui que part la « grande proclamation » des versets 10 à 12 de Apocalypse 12:10-12 : la papauté revendiquait que, lorsqu'elle avait pris le contrôle, le royaume de Dieu et la puissance de son Oint étaient advenus dans le monde.[108]
Dès lors, la papauté est présentée comme ayant prétendu accomplir elle-même le Millénium, réprimant pagans et hérétiques par la puissance militaire de l'empire — lequel, passé sous sa tête ecclésiastique, dirige sa force contre « le reste de la semence de la femme [non de l'apostasie], qui garde les commandements de Dieu et a le témoignage de Jésus ».[109] Ce passage est explicitement appliqué aux Vaudois et aux groupes dissidents analogues, présentés comme ayant su, grâce à la parole prophétique, qu'une grande apostasie devait précéder le jour du Seigneur.[110]
La symbolique des deux ailes de l'aigle données à la femme (Apocalypse 12:14) est interprétée comme désignant les « deux témoins » — c'est-à-dire la Parole de Dieu —, qui permettent à la véritable Église de fuir dans le désert et d'y être nourrie pendant 1 260 ans, soit de 538 à 1798 apr. J.-C.[111] La période du « déluge » lancé par le dragon contre la femme est associée à l'emploi massif des armées contre les dissidents ; seules les perturbations extérieures auraient empêché l'extermination totale de la véritable Église.[112]
La fin de l'article aborde la destruction finale de l'Antéchrist. La formule paulinienne de 2 Thessaloniciens 2:8 — « que le Seigneur consumera avec le souffle de sa bouche » — est comprise comme un affaiblissement progressif de la papauté par la publication de la Parole de Dieu, amorcé vers 1526 et s'accélérant depuis 1798 lorsque les « deux témoins » furent exaltés, c'est-à-dire révérés.[113] La papauté est décrite comme ayant toujours su que la Parole constituerait sa perte et comme ayant cherché à la tenir éloignée du peuple — prête encore à brûler chaque Bible si elle le pouvait.[114] La seconde partie de ce même verset — « qu'il détruira par l'éclat de sa venue » — est traduite plus littéralement par : « le Seigneur rendra sans pouvoir par la manifestation de sa présence », signifiant que la ruine de la papauté s'accomplit progressivement à mesure que la présence invisible de Christ se manifeste, et non par une apparition spectaculaire dans le ciel.[115]
La page physique 3 contient la fin de l'article sur l'Antéchrist (quelques lignes conclusives) puis un poème et un article « THE BUILDING OF ZION ». La fin de l'article sur l'Antéchrist ayant déjà été couverte, je dois continuer directement là où la tranche 2 s'est arrêtée — c'est-à-dire après la conclusion de l'article sur l'Antéchrist — et introduire le poème puis le nouvel article.
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L'article se clôt sur une exhortation : les croyants sont invités à « courir de sorte qu'ils obtiennent le prix », surmontant le véritable dragon par le sang de l'Agneau et la parole de son témoignage, afin d'avoir part avec le véritable Oint Jésus dans le véritable royaume.[116]
Une belle robe
Un poème intitulé « Une belle robe » (A Beautiful Robe), reproduit à la demande des lecteurs, développe sur le mode lyrique la doctrine de la justification par la foi. La robe qu'il évoque est présentée comme parfaite, pure et blanche, reflétant la lumière et s'adaptant à toutes les formes et tailles — métaphore de la justice imputée du Christ, accessible à quiconque se prosterne devant la croix du Sauveur en renonçant à tout mérite personnel.[117] Titres terrestres, génie et renommée sont déclarés sans part en elle ; seuls ceux qui comptent toutes choses comme de la boue et se confient uniquement au nom de Jésus peuvent en être revêtus.[118] La robe est désignée sans ambiguïté comme « la robe de Justice du Christ », reprenant ainsi la terminologie protestante classique de la justice imputée.[119]
La construction de Sion
S'appuyant sur Psaumes 102:16 — « Quand le Seigneur construira Sion, il apparaîtra dans sa gloire » —, cet article développe une exégèse prophétique de la notion de « Sion » selon le principe d'une double application, terrestre et céleste, caractéristique de la méthode herméneutique des étudiants de la Bible.[120]
Le terme « Sion » est reconnu comme doublement employé dans les Écritures : il désigne à la fois Jérusalem terrestre, capitale des nations restaurées, et la Jérusalem céleste, la « ville du Seigneur » (Ésaïe 60:14). Trois interprétations courantes sont passées en revue — application au seul rétablissement de Jérusalem terrestre, application au seul succès de l'Église de l'Évangile, application à un « réveil de la religion » — avant d'être toutes écartées au profit de la double application.[121] La thèse retenue est que ces prophéties s'accomplissent d'abord dans la restauration de la Jérusalem terrestre et, dans un sens supérieur, dans la glorification de la Nouvelle Jérusalem, les deux événements étant situés dans « un seul et même jour » — désigné comme « le jour de la colère », soit la période de 37 ans alors en cours et s'étendant jusqu'à 1914.[122]
L'apparition en gloire est fermement située après la résurrection des saints, en s'appuyant sur Colossiens 3:4 — « Quand Christ, qui est notre vie, apparaîtra, nous apparaîtrons aussi avec lui en gloire » — et sur 1 Pierre 1:7, qui associe la louange, l'honneur et la gloire à l'apparition de Jésus-Christ. La « manifestation des fils de Dieu » (Romains 8:19), l'apparition en gloire et la descente de la Nouvelle Jérusalem sont présentées comme trois expressions d'un seul et même fait grandiose, dont les résultats convergent : les nations marcheront dans la lumière de la Nouvelle Jérusalem (Apocalypse 21:24), la création sera délivrée de la servitude de la corruption (Romains 8:21), et tous les bouts de la terre verront le salut de Dieu (Ésaïe 52:10).[123]
La construction de Sion est décrite comme un processus nécessairement antérieur à l'apparition en gloire : c'est durant la période de théologie imparfaite, où l'on ne connaît qu'en partie, que les pierres du bâtiment céleste sont taillées et ajustées à leurs places. Une fois le temple achevé et rempli de la gloire du Seigneur, « il brillera comme le soleil, et les nations seront éclairées » (Psaumes 22:27).[124]
Face à ceux qui n'admettent l'application qu'au seul rétablissement de Jérusalem terrestre, l'article répond que les deux niveaux ne s'excluent pas : Jérusalem restaurée sera la capitale des nations terrestres et le centre du service terrestre, mais la Nouvelle Jérusalem glorieuse sera la puissance manifestée à travers elle — de même que le royaume invisible de Satan a agi à travers Rome visible, si bien que l'Empire romain, « la bête aux sept têtes et dix cornes », est appelé « le Diable et Satan » en Apocalypse 12:9.[125] Les Juifs restaurés sont décrits comme des hommes naturels, portant l'image du terrestre, incapables de voir ni d'hériter du véritable royaume de Dieu (Jean 3:3 ; 1 Corinthiens 15:50).[126]
Le caractère céleste de Sion est établi à partir de Hébreux 12:22 : « Vous êtes venus à la montagne de Sion, à la cité du Dieu vivant, la Jérusalem céleste. » La montagne terrestre pouvait être touchée ; la montagne céleste, symbole de la première, ne le peut pas. Ce principe de double application est présenté comme inhérent au plan de Dieu, dans lequel presque tout est double — deux Adams avec leurs deux épouses et leurs deux familles, deux naissances, deux vies, deux alliances, deux lois, deux sanctuaires, deux circoncisions, deux temples, deux semences, deux nations, deux terres d'héritage. Abraham lui-même, en regardant à travers les choses terrestres, cherchait « un meilleur pays, c'est-à-dire un pays céleste » (Hébreux 11:16) et une cité dont Dieu est le bâtisseur (Hébreux 11:10).[127]
La période de 1878 à 1914 est identifiée comme la dernière moitié de la dernière trompette, et comme la période durant laquelle Jérusalem doit être restaurée. La septième trompette est définie comme couvrant le jour de la colère, la fureur des nations, et le temps de la récompense pour les prophètes, les saints et ceux qui craignent le nom de Dieu, selon Apocalypse 11:18.[128] Tous les chrétiens, quel que soit leur degré de développement, y sont inclus : certains occupent une place avec Christ dans son trône en récompense de leur fidélité, d'autres servent devant le trône, mais tous appartiennent à la cité céleste. Cette cité descendant dans sa plénitude et sa gloire comme lumière des nations est désignée comme « la Fiancée, la femme de l'Agneau », l'antitype de l'Église juive tout entière étant l'Église de l'Évangile tout entière.[129] Cette lecture préserve l'unité et l'indivisibilité du corps du Christ telles qu'elles sont clairement enseignées dans le Nouveau Testament, tout en maintenant l'idée d'ordre et de variété dans la cité de Dieu et en gardant intacte la motivation de rechercher, par la fidélité, une haute position — voire une place dans le trône.[130]
La conclusion de l'article sur la « construction de Sion » (Psaumes 102:16) rappelle que le jour de cette construction est désormais là, que les deux Sion — terrestre et céleste — seront édifiées ensemble, et que le Seigneur en son temple apparaîtra dans sa gloire devant un peuple appelé à le louer.[131]
Une pensée-semence
Dans une brève méditation signée « W. I. M. », la moisson est décrite à travers les étapes successives du travail agricole : fauchage avec séparation de l'ivraie et du blé, rassemblement dans la grange, battage, vannage, puis mouture du grain pur, pétrissage de la fine farine, et enfin cuisson au four bien chauffé pour nourrir les affamés.[132] Ces images sont mises en regard de deux textes clés : Jésus déclare en Jean 6:33 que « le pain de Dieu est celui qui descend du ciel et donne la vie au monde », et Paul en 1 Corinthiens 10:16-17 — cité dans la traduction de l'Emphatic Diaglott — rappelle que la coupe et le pain rompus sont participation au corps et au sang de l'Oint, et que parce qu'il y a un seul pain, les nombreux croyants forment un seul corps.[133]
L'auteur demande si les croyants ne se trouvent pas précisément dans la grange en cours de battage, avec bonne perspective de vannage, auquel cas le pétrissage des purifiés devrait suivre, peut-être mêlé d'huile, afin que le four chauffé les prépare mieux encore pour le service du Maître et l'œuvre à venir.[134]
Joseph et Christ
Cet article explore la vie de Joseph, fils de Jacob, telle qu'elle est racontée dans le livre de la Genèse, en la lisant comme une allégorie de la vie et de l'œuvre de Jésus-Christ.[135] Tandis qu'une lecture purement narrative de l'histoire de Joseph présente déjà une valeur propre — sa conduite exemplaire méritant admiration et imitation —, c'est son caractère allégorique qui est jugé « le trait le plus important » de son histoire.[136] La récit lui-même, bien que tenu pour historiquement vrai, s'efface devant sa portée spirituelle : le plus grand éclipse le moindre, et le spirituel l'emporte sur le naturel — sans pour autant que ceux qui saisissent le spirituel déprécient la lettre, qu'ils estiment au contraire davantage en raison de son sens plus profond.[137]
La méthode typologique adoptée est celle de l'allégorie, non du type strict de la Loi où « chaque jot et tittle » trouve son accomplissement : dans une allégorie, on cherche une image fondée sur des principes généraux. L'exemple de référence est celui des deux femmes d'Abraham et de leurs fils Isaac et Ismaël, déclaré « allégorie » en Galates 4:1, où chaque détail de leurs vies ne figure pas, mais où les faits correspondent remarquablement aux deux Jérusalem auxquelles Paul fait application. Le fait que de nombreux traits de cette correspondance entre Joseph et Christ n'aient été remarqués que récemment est présenté comme une preuve supplémentaire de leur authenticité : « cachés comme des joyaux dans la terre, pour être mis au jour à l'encouragement de la foi du disciple en cette heure d'incrédulité audacieuse et défiance ».[138]
Le parallèle inaugural porte sur la condition de fils bien-aimé : Israël aimait Joseph plus que tous ses enfants (Genèse 37:3) ; pour cette raison, pour sa réprimande du péché et ses rêves ambitieux de gloire future, ses frères le haïssaient. De même, Jésus, « Fils bien-aimé » de son Père, était haï de ses frères — les Juifs — pour avoir condamné leur iniquité et revendiqué une royauté. Les paroles sont présentées comme presque identiques : « Régneras-tu vraiment sur nous ? » demandèrent les frères de Joseph ; « Nous ne voulons pas que cet homme règne sur nous ; nous n'avons de roi que César » répondirent les frères de Jésus. Dans les deux cas, la haine dégénéra en dessein de mort ; tous deux descendirent dans la fosse et en furent délivrés.[139] Joseph ne mourut pas réellement, tout comme Isaac — qui préfigurait Christ dans un autre épisode — ne mourut pas, bien qu'il soit dit qu'Abraham l'offrit et le « reçut d'entre les morts en figure » (Hébreux 11:19) : la fosse de Joseph était figure de l'état de mort dans lequel Christ descendit, mais la mort et la résurrection de Christ furent réelles l'une et l'autre.[140]
D'autres correspondances sont relevées : tous deux furent sévèrement tentés et résistèrent ; tous deux occupèrent temporairement la position de serviteur et furent indignement traités ; tous deux furent favorisés de Dieu dans leurs épreuves et leur cause fut miraculeusement justifiée ; tous deux virent un prix fixé sur eux en « pièces d'argent » ; et tous deux obtinrent une victoire glorieuse, exaltés à la « droite de la puissance ».[141] Pharaon remit à Joseph tout le pouvoir de son royaume — « Tu seras sur ma maison, et selon ta parole tout mon peuple sera régi : seulement dans le trône je serai plus grand que toi » (Genèse 41:40) — et devant lui retentissait le cri « Ployez le genou ». De même, Christ fut exalté à la droite de Dieu, s'assit avec le Père dans son trône, reçut toute autorité au ciel et sur la terre, et il est dit de lui que « tout genou fléchira au nom de Jésus » et que tous les anges de Dieu l'adoreraient (Philippiens 2:10 ; Hébreux 1:6).[142]
La fonction de donneur de pain constitue le trait central du parallèle : Joseph distribuait le pain indispensable et l'on ne pouvait aller nulle part ailleurs ; cela représente l'œuvre de Christ comme Donneur de vie. Les paroles évangéliques sont alignées : « Je suis le pain de la vie », « je suis la vérité », « l'homme ne vivra pas de pain seulement, mais de toute parole de Dieu », « les paroles que je vous dis sont esprit et vie » ; et avec Pierre : « À qui irions-nous ? tu as les paroles de la vie éternelle. » La dépendance complète des fidèles envers le Seigneur Jésus pour l'immortalité et la vie éternelle est comparée à la dépendance totale des Égyptiens envers Joseph pour la subsistance naturelle : « La vie éternelle seulement en Christ est l'essence de l'Évangile ».[143]
L'article conclut en rappelant l'accomplissement des rêves de jeunesse de Joseph : les frères qui l'avaient méprisé et rejeté durent finalement venir à lui pour du pain et s'incliner devant lui. Celui qu'ils avaient rejeté et tenu pour mort devint leur bienfaiteur et sauveur ; ils regardèrent vers celui qu'ils avaient en figure transpercé, se lamentèrent et eurent honte, mais il les nourrit et les excusa : « Ce n'est pas vous qui m'avez envoyé ici, c'est Dieu » (Genèse 45:5-8).[144]
Le parallèle entre Joseph et Christ se conclut sur l'évocation du « jour de la restitution » où les Juifs, comme les frères de Joseph découvrant leur frère, mourront de repentance et non de désespoir : c'est « l'esprit de faveur » qui leur est manifesté par le frère longtemps perdu et maintenant restauré, qui est exalté comme Roi et Donneur de vie et prend soin d'eux.[145] La conclusion doxologique souligne l'impénétrabilité des voies divines — « Que ses jugements sont insondables et ses voies incompréhensibles » — et célèbre le « don ineffable » de Dieu qui permet d'entrevoir son plan et son amour. L'article est signé des initiales J. H. P., correspondant à John Henry Paton.[146]
Les invités aux noces
La parabole de Matthieu 22:2 sert de point de départ à une réflexion sur la nature et l'identité des invités aux noces du Fils du Roi. Les Juifs, d'abord conviés au grand festin, s'en désintéressèrent, préférant leurs fermes et leur négoce, et une partie d'entre eux persécuta et tua les serviteurs porteurs de l'invitation ; en conséquence, le roi envoya ses armées, détruisit ces meurtriers et brûla leur ville. L'invitation s'étendit ensuite aux carrefours et à tous ceux qu'on y trouverait : c'est ainsi que les nations furent rassemblées, « bons et mauvais », et que les noces se trouvèrent garnies d'invités.[147]
Les paraboles de Jésus sur le « royaume des cieux » sont interprétées comme se référant toujours à l'« Église militante », c'est-à-dire à la phase vivante et mortelle de l'Église : dès qu'un homme meurt, il n'est plus représenté dans les paraboles. Ainsi, la dernière partie du mouvement décrit par la parabole ne concerne que la génération qui est « en vie et demeure ». La parabole du blé et de l'ivraie (Matthieu 13:30) se rapporte à ceux qui « croissent ensemble jusqu'à la moisson », laquelle est « la fin de l'âge » ; de même, dans la parabole des vierges, l'entrée aux noces désigne le même acte de la dernière génération (Matthieu 25).[148]
Une tension apparente dans le texte sacré est relevée : dans ces paraboles, les croyants sont représentés comme des invités et non comme l'épouse, alors que Paul parle de l'Église comme de la vierge « fiancée » ou épouse en puissance, et que l'Apocalypse présente l'épouse parée de « la justice des saints » (Apocalypse 19:7-8). Une solution en trois points est proposée : premièrement, l'épouse est l'Église entière — morts et vivants, ressuscités et glorifiés ; deuxièmement, le mariage est le processus de résurrection et de glorification de l'Église, ou le processus par lequel le Seigneur « fait ses joyaux » (Malachie 3:17), ce qui implique une œuvre graduelle et non instantanée ; troisièmement, être dans la lumière au moment où ce processus s'accomplit est le privilège de la génération vivante, et c'est pour cela qu'elle est désignée comme invitée.[149]
Ce processus graduel est articulé sur un cadre prophétique précis : la restauration de la Jérusalem terrestre est située sur une période de trente-sept ans, de 1878 à 1914, présentée comme la dernière moitié de la sonnerie de la septième trompette. Deux Jérusalem sont distinguées — une terrestre et une céleste, une montagne que l'on pouvait toucher et un mont Sion que l'on ne pouvait pas toucher (Hébreux 12:18, Hébreux 12:22) —, l'une extérieure et juive, l'autre intérieure et chrétienne, devant toutes deux être édifiées durant la même période. Le Christ est présenté comme étant entré en fonction de Roi au printemps 1878, dans le parallèle de son entrée à Jérusalem en accomplissement de la prophétie « voici, ton Roi vient », et il lui est attribué le pouvoir de restaurer la Jérusalem naturelle comme d'édifier la Jérusalem spirituelle ; sa récompense accordée à toute l'Église — prophètes, saints et craignant son nom, petits et grands — est annoncée pour la période de la septième trompette (Apocalypse 11:18).[150]
L'inspection des invités par le Roi revenu, puis la récompense qui s'ensuit, sont décrites comme une œuvre accomplie en référence aux vivants encore mortels : la récompense suit l'inspection, et l'infidèle est chassé (Luc 19:15, Luc 19:27). L'idée d'être chassé de l'immortalité est jugée absurde, puisque l'immortel « ne peut pas mourir » : l'entrée aux noces n'est donc pas la transformation des vivants en immortels, mais le fait d'entrer dans une position d'attente qui peut être perdue faute des qualifications requises, symbolisées par le vêtement de noces. Les serviteurs rassemblent sans être infaillibles, et le Roi trie ceux qui ne sont pas aptes au Royaume.[151]
Les « morts en Christ », quant à eux, n'ont aucune part dans cette lumière et ne sont donc ni invités ni sujets de cette inspection ou de ce triage : leur cas a été décidé avant qu'ils s'endorment. Lorsque les morts en Christ ressusciteront, ils seront immortels, et lorsque les vivants seront transformés, ils le seront également, partageant tous deux la position de l'Église glorifiée — « l'Épouse, la femme de l'Agneau ». Il n'y a donc aucune contradiction à être invités maintenant, en tant que mortels dans la lumière, et à constituer en temps voulu une partie de l'Épouse lors de la revêture de l'immortalité.[152]
Une mise en garde finale s'adresse aux lecteurs contemporains : « un étrange test durant l'année passée est connu de tous », et le triage se poursuit ; nul ne doit se hâter de juger ses frères, car c'est le Seigneur qui est juge et qui décidera qui possède ou non le vêtement de noces.[153] L'article est signé J. H. P.
Notre jour du jugement
La formule de 1 Pierre 4:17 — « le temps est venu que le jugement commence par la maison de Dieu » — sert de point de départ à une réflexion sur la nature et le moment du jugement des chrétiens. Dans l'opinion populaire, le jour du jugement se situe après la fin de la dispensation évangélique ; pour le monde, il en est bien ainsi, mais pour l'Église, ce jugement est présenté comme déjà en cours, dans le temps présent, et l'ayant été tout au long de la dispensation.[154]
Le chrétien qui a clairement vu la vérité de Dieu est décrit, dans des termes empruntés à un autre auteur, comme étant « maintenant en procès, car le jugement d'enquête est en session active en ce moment », et chaque chrétien, durant sa vie, est en procès devant Dieu, juste « Juge de toute la terre ». Chacun est non seulement à la barre du jugement d'enquête, mais est lui-même le témoin, pour ou contre lui-même, donnant chaque heure une déposition sur laquelle le Juge statue.[155] Toute parole prononcée, tout acte accompli, tout état d'esprit cultivé, tout mobile de vie constituent autant de maillons de la chaîne du témoignage : « Toujours en cour — toujours en procès — donnant toujours des preuves d'après lesquelles le Juge doit décider ».[156]
La résolution du problème de la nature du jugement des chrétiens conduit à une réflexion consolante : si terrifiante que soit la pensée d'être jugé par l'Omniscient, un avocat intercède à ce trône de justice, « notre Père » lui-même ayant compassion de ses enfants, comme l'enseigne le Psaume sur lequel l'article se clôt. « le père a compassion de ses enfants, Jéhovah a compassion de ceux qui le craignent » [157]
L'opposition
La question de savoir s'il est légitime de s'opposer à ce qui est tenu pour une erreur reçoit une réponse affirmative, fondée sur le devoir pastoral de protéger le troupeau contre les hérésies. Garder le troupeau implique non seulement de le « nourrir » avec « la nourriture donnée en temps voulu », mais aussi de le défendre contre l'entrée de l'erreur, conformément à l'avertissement du Christ lui-même de se méfier du levain des pharisiens et des sadducéens.[158]
L'argument s'appuie sur 2 Timothée 2:16-18, où Paul enjoint de fuir les vains bavardages profanes qui « s'étendront vers toujours plus d'impiété », et cite nommément Hyménée et Philète comme exemples d'enseignants ayant erré en affirmant que la résurrection est déjà passée.[159] La Parole inspirée est présentée comme utile non seulement pour la doctrine, mais aussi pour la reprise, la correction et l'instruction dans la justice. Il est de plus rappelé que Dieu a établi des sentinelles sur la Tour de Garde, rendues responsables devant le peuple de le prévenir du danger qui approche : si elles manquent à ce devoir, le sang du peuple est réclamé à leur main.[160]
Si prêcher l'Évangile et présenter les belles vérités du plan du salut est décrit comme une tâche agréable, défendre la vérité contre les erreurs l'est beaucoup moins. Néanmoins, l'objet de l'enseignement est double — apprendre et enseigner — et lorsque l'effort d'enseignement exige de s'opposer aux doctrines d'autrui, il est affirmé que cela sera fait avec l'aide du Seigneur. La mise en garde porte sur le danger qu'il y a, dans l'anxiété de trouver des choses nouvelles et frappantes, à ébranler la foi dans ses « premiers principes ».[161] Les doctrines de l'Expiation et de la Résurrection, telles qu'elles sont enseignées, sont désignées comme des éléments fondamentaux de l'Évangile que la publication entend défendre. L'article est signé des initiales J. H. P.[162]
« Le désir de toutes les nations viendra » (suite)
La réflexion sur la prophétie de Aggée 2:7 — « Le désir de toutes les nations viendra » — s'ouvre sur l'exposition d'un « principe de perspective »[163] propre à l'interprétation prophétique : de même que plusieurs arbres vus de loin paraissent proches les uns des autres sans l'être, l'œil du prophète perçoit des événements futurs selon ce même principe, sans que soient nécessairement indiquées les distances temporelles qui les séparent. Ésaïe 9:6-7, relatif à la naissance, au développement, au règne et au triomphe final du Seigneur, est cité comme exemple type de cette perspective prophétique : rédigé près de huit siècles avant la naissance du Christ, il use du présent (« un enfant nous est né ») sans aucune indication du long temps requis pour son accomplissement.[164]
Ésaïe 61:1-3 offre un autre exemple : la mission du Messie — proclamer l'année de grâce du Seigneur et le jour de vengeance de notre Dieu — est présentée comme une seule prophétie divisée en deux étapes d'accomplissement séparées par des âges. Le Christ lui-même, en lisant ce texte dans la synagogue, s'est arrêté avant la mention du « jour de vengeance », parce qu'elle n'était pas encore due, et a déclaré : « Ce jour cette Écriture s'est accomplie à vos oreilles » — conformément à Luc 4:21.[165]
La venue du Christ est perçue selon ce même principe comme un unique et grand événement dont le processus comprend plusieurs manifestations ou venues partielles. Les expressions « première venue » et « seconde venue » sont jugées non scripturaires dans leur acception courante, bien qu'elles soient tolérées par commodité de langage. Ce qui est affirmé est que certaines prophéties relatives à la venue du Christ ne seront accomplies qu'après sa seconde manifestation, ce qui constitue, est-il dit, la pierre d'achoppement pour les Juifs comme pour beaucoup de chrétiens.[166]
La question centrale est posée : le Christ est-il, lors de sa seconde apparition, le « Désir de toutes les nations » ? Il est soutenu que non, car ni les nations ni même l'Église professante ne désirent sa venue. La prétention que le Christ incarné était le « Désir de toutes les nations » est rejetée avec force, au motif qu'il n'est pas venu à toutes les nations mais uniquement à la maison d'Israël — conformément à sa propre déclaration en Matthieu 15:24 : « Je ne suis envoyé qu'aux brebis perdues de la maison d'Israël ».[167] Le portrait d'Ésaïe 53 — l'homme des douleurs, méprisé et rejeté des hommes — est convoqué comme preuve que le Christ dans la chair n'était le désir d'aucune nation : « Il est venu vers les siens et les siens ne l'ont pas reçu », et les témoignages évangéliques — « Crucifie-le », « Nous n'avons pas d'autre roi que César » — viennent confirmer cette démonstration.[168]
Le renversement des royaumes annoncé dans le contexte d'Aggée 2:7 est présenté comme devant précéder sa venue en tant que Désir de toutes les nations, et la référence de Paul à ce texte dans Hébreux 12:26-27 — le localisant dans l'avenir de son époque — est invoquée pour confirmer que la prophétie ne s'est accomplie ni lors de la première ni lors de la seconde venue connue. Hébreux 9:28 est identifié comme le seul passage biblique où le mot « second » apparaît en lien avec la venue du Christ, sans que cela exclue d'autres venues postérieures.[169]
L'enseignement se conclut par une exhortation s'appuyant sur 1 Thessaloniciens 4:13-18 : c'est à la venue du Christ que les morts en Christ ressusciteront et que les vivants seront transformés et emportés pour rencontrer le Seigneur dans les airs — « Paroles réconfortantes ! » — et ces versets sont identifiés comme se rapportant à la seconde venue.[170]
La prophétie messianique de Psaumes 102:19-22 vient clore la démonstration : c'est le Seigneur regardant depuis la hauteur de son sanctuaire, entendant le gémissement du prisonnier, qui permet la délivrance, au moment où les peuples sont rassemblés pour le servir. Le Christ est ainsi présenté comme la « consolation de toutes les nations » non dans un passé révolu, mais dans une attente eschatologique rigoureusement ordonnée, dont l'auteur — désigné par les initiales J. H. P., identifiables comme J. H. Paton — a tracé les étapes successives.[171]
Un beau Temple
La Bible est comparée à un édifice magnifique dont la construction aurait duré dix-sept siècles, dont l'architecte et le bâtisseur est Dieu. Ce temple majestueux est dit contenir soixante-six chambres d'inégale grandeur — les soixante-six livres de l'Ancien et du Nouveau Testament — et chacun de ses 31 173 versets est présenté comme une pierre, une poutre ou un panneau de l'édifice, plus glorieux de loin que celui de Salomon ou de Zorobabel avec leurs pierres taillées du Liban, leurs colonnes de cèdre, leurs portes d'olivier et leurs plafonds recouverts d'or.[172]
La visite imaginaire de ce temple biblique s'ouvre sur le Jardin d'Éden et conduit d'abord aux « Chambres de la Loi et de la Justice » — les cinq livres de Moïse — dont l'un fait office de vestibule orné de portraits et de scènes figurant Abel et Énoch, Noé, Abraham, Agar, Sara, Jacob, Ésaü et Joseph, ainsi que le Paradis et le Déluge, le départ d'Ur des Chaldéens, la porte de la tente de Mamré, les villes enflammées de la plaine, le sacrifice d'Isaac, Rébecca au puits et le gouverneur d'Égypte pleurant au cou de ses frères.[173]
De là, on traverse les vastes appartements des « Chambres du Registre historique » — les douze livres allant de Josué à Esther — qui constituent la bibliothèque de l'édifice et renferment les archives de l'Église pour plus d'un millénaire. Vient ensuite un large espace désigné comme le « Gymnase du bâtiment » ou le terrain d'exercice des saints — le livre de Job —, puis à droite la « Galerie musicale des Psaumes », orchestre de la maison où demeurent tous les fils et filles de la chanson avec cymbale, trompette, psaltérion et harpe.[174]
En sortant de cette galerie, on entre aussitôt dans la « Chambre du Commerce » — le livre des Proverbes —, non loin de laquelle se trouve le « Pénitencier de l'endroit », où de tristes banqueroutiers et autres débiteurs peuvent séjourner un temps avec profit — le livre de l'Ecclésiaste. Un peu plus loin se trouve un petit salon enclavé entre de plus grandes pièces, désigné comme la « Chambre de la Sympathie pour les Affligés » — le livre des Lamentations. Dispersés parmi toutes ces pièces se trouvent des « délicieuses serres à fleurs » que sont les livres de Ruth et du Cantique des Cantiques.[175]
La visite se poursuit vers une noble suite de dix-sept appartements aux extraordinaires proportions — les « Salles de la Prophétie ancienne », qui se succèdent en grande procession d'Ésaïe à Malachie — avant de passer à la partie de construction plus récente de l'édifice, dont quatre vastes chambres d'une beauté particulière sont décrites comme en marbre plus beau que tout ce qu'on a jamais extrait
— les quatre Évangiles — désignées comme les quatre portraits grandeur nature du Seigneur du bâtiment, tracés de la main inimitable du Saint-Esprit. Un long appartement résonne ensuite du bruit de machines en mouvement, de roues, d'arbres, de manivelles et de pignons dont la force motrice est au-dessus et hors de vue : c'est la « Chambre des Mécaniques Célestes », grande salle de travail de l'édifice, identifiée au livre des Actes des Apôtres.[176]
On est ensuite conduit dans les majestueuses salles des Épîtres apostoliques, au nombre de vingt et une. Les portes dorées de quatorze d'entre elles portent l'honorable nom de l'apôtre des nations, les sept autres celles de Jacques, Pierre, Jean et Jude. Ces salles renferment les trésors les plus précieux du Seigneur. En dernier lieu on parvient à la galerie mystérieuse où d'éclatantes lumières et de sombres ombres s'échangent curieusement, et où l'histoire de l'Église de Jésus est dévoilée jusqu'à la venue de l'Époux : c'est le grand Apocalypse. Du balcon en saillie à l'extrémité de l'édifice, le regard se pose sur une belle prairie traversée par la pure rivière de l'Eau de la Vie, flanquée de l'Arbre de la Vie avec ses douze sortes de fruits et ses feuilles pour la guérison des nations, tandis qu'au loin, au sommet des Collines Éternelles, brille la Nouvelle Jérusalem, toute d'or, dont les murs sont de jaspe, les fondations de pierres précieuses et les portes gardées par des anges, de perle — « la ville qui n'a besoin ni de soleil ni de lune, car la gloire de Dieu l'éclaire, et l'Agneau en est la lumière ».[177] Le lecteur est invité à faire de cette maison bien-aimée son foyer, et à prier : « Seigneur, ouvre mes yeux afin que je contemple les choses merveilleuses de ta loi ».[178]
La Seigneurie du Christ — Une lecture biblique
La seigneurie du Christ est examinée à partir de l'étymologie même du mot « Seigneur » : lord signifie maître, souverain, gouverneur ; lordship signifie domination, pouvoir, autorité. Le terme anglo-saxon Hlaford, dont dérive le mot anglais Lord, signifie « gardien du pain » et s'applique à celui qui prend soin d'une famille et en a la charge.[179] La seigneurie de Jésus-Christ exprime ainsi une glorieuse plénitude de pouvoir et d'amour.
Cinq dimensions de cette seigneurie sont développées. Premièrement, le Christ est présenté comme Seigneur des morts et des vivants, appuyé sur Romains 14:7-9 : nul ne vit ni ne meurt pour lui-même, et c'est précisément pour être Seigneur des morts et des vivants que le Christ est mort, ressuscité et revenu à la vie. La responsabilité qui en découle pour les chrétiens est d'obéir à celui dont ils sont la propriété.[180]
Deuxièmement, le Christ est Seigneur du Juif et du Grec sans distinction, selon Actes 10:34-36 et Romains 10:12. L'égalité du Juif et du Grec sous l'Évangile, difficile à admettre pour Pierre, lui est démontrée par la vision des animaux impurs et la voix divine : « Ce que Dieu a purifié, ne l'appelle pas commun ». Comme Joseph pour ses frères, le Christ est présenté comme le généreux distributeur de pain pour tous.[181]
Troisièmement, sa seigneurie s'étend aux anges autant qu'aux hommes, conformément à Matthieu 28:18 et Philippiens 2:9-11 : Dieu l'a souverainement exalté et lui a donné un nom au-dessus de tout nom, afin que tout genou fléchisse, dans les cieux, sur la terre et sous la terre, et que toute langue confesse que Jésus-Christ est Seigneur, à la gloire de Dieu le Père. Un contraste est établi entre Moïse et le Christ comme médiateurs des deux alliances : sous l'ancienne alliance, Moïse recevait la loi par l'intermédiaire des anges, qui lui étaient donc supérieurs (Actes 7:53 ; Galates 3:19) ; dans la dispensation présente, le Christ contrôle les anges, qui sont des esprits servants pour les héritiers du salut (Hébreux 1:14).[182]
Quatrièmement, en tant que Seigneur, le Christ est le Grand Enseignant, Conducteur et Commandant, selon Ésaïe 55:4 et Matthieu 28:18-20. En tant que Conducteur, il est à la fois l'exemple dans la vie d'obéissance et le Précurseur dans l'ordre du développement, du naturel au spirituel. Une double déclaration est soulignée avec insistance : « Celui qui croit et est baptisé sera sauvé » d'une part, et d'autre part « Celui qui ne croit pas sera condamné ».[183]
Cinquièmement, sa seigneurie s'exerce sur le corps aussi bien que sur l'âme — pouvoir physique et spirituel à la fois. Comme guérisseur, le Christ confirme sa Parole et établit son autorité (Marc 16:19-20). Des exemples de confirmation par la guérison sont cités : l'homme boiteux de naissance guéri à la porte du Temple appelée la Belle (Actes 3:6-7), Énée guéri à Lydda par Pierre au nom de Jésus-Christ (Actes 9:34-35), et les cas d'Ananias et Saphira dont la mort frappe de grande crainte toute l'Église et amène de nombreux croyants à se joindre au Seigneur (Actes 5:11-14). La guérison est présentée comme la méthode habituelle du Seigneur, mais sa seigneurie s'illustre aussi par son pouvoir sur la vie, qu'il s'agisse de faire mourir ou de faire vivre. La résurrection des morts est la culmination de ce pouvoir physique : le cas de Tabitha, ressuscitée par Pierre en prière (Actes 9:40-42), est cité comme exemple clair où l'action du Seigneur est reconnue par le peuple lui-même, puisque beaucoup se tournent vers lui en conséquence.[184]
Le cas d'Eutychus, tombé mort du troisième étage et ressuscité par Paul (Actes 20:9-12), est également cité comme exemple, avec un parallèle établi avec les résurrections opérées par Élie (1 Rois 17:17-23) et Élisée (2 Rois 4:34-35). Ces cas sont présentés comme des avant-goûts et des garanties de la future restitution universelle.[185]
La sixième dimension de la seigneurie concerne le pouvoir du Christ sur l'humanité entière, fondé sur la rançon. La rançon est définie comme la récupération d'une chose par le paiement de son prix, l'équivalent exact de ce qui est racheté. L'argument central repose sur 1 Timothée 2:5-6 : « il y a un seul Dieu, et un seul Médiateur entre Dieu et les hommes, l'homme Christ Jésus, qui s'est donné lui-même en rançon pour tous, ce qui devait être attesté en son temps ». La rançon est conçue sur une base d'équivalence stricte : une vie humaine pour une vie humaine. Jésus est devenu homme pour pouvoir donner sa vie (en grec, psuche, la vie naturelle) en rançon pour beaucoup (Matthieu 20:28). En prenant la nature de la descendance d'Abraham et non celle des anges (Hébreux 2:9 ; Hébreux 2:16), il a pu à la fois compatir avec l'humanité et la racheter, détruire le diable et délivrer ceux que la crainte de la mort tenait en esclavage (Hébreux 2:14-15). Le sacrifice est celui du corps préparé par Dieu, offert une fois pour toutes selon sa volonté (Hébreux 10:5-10). Le parallèle entre Adam et le Christ constitue le pivot de cet argument : « comme en Adam tous meurent, de même aussi en Christ tous seront vivifiés » (1 Corinthiens 15:21-22). Le Christ détient les clés de l'Hadès et de la mort (Apocalypse 1:18) : l'Hadès est présenté comme l'état de mort naturelle, et la clé comme symbole de pouvoir.[186]
La septième et dernière dimension est présentée comme la plus haute : en tant que Seigneur, le Christ donne l'immortalité. Tous les degrés inférieurs de sa seigneurie ne sont que des étapes vers ce résultat suprême. Le contraste entre le premier Adam, « âme vivante », et le dernier Adam, « esprit vivifiant » (1 Corinthiens 15:45), sert de fondement : le premier Adam transmet le corps naturel et mortel ; le Christ confère le corps spirituel et immortel. Les textes mobilisés sont Jean 10:28 (« Je leur donne la vie éternelle »), 2 Timothée 1:10 (le Christ a aboli la mort et mis en lumière la vie et l'immortalité) et Hébreux 5:9 (il est devenu la source du salut éternel pour ceux qui lui obéissent). La conclusion de l'article affirme que le Christ est véritablement Seigneur de toutes choses — anges, hommes, conditions et réalités — et que Dieu en Christ est le Rédempteur et Sauveur. L'appel final, signé J. H. P., invite à une « persévérance patiente dans le bien » pour obtenir la gloire, l'honneur et l'immortalité promises en Romains 2:7.[187]
Questions des correspondants
Une rubrique de questions-réponses, tenue par le rédacteur en chef, clôt le numéro. Deux questions de doctrine sur la résurrection y sont traitées.
La première porte sur 1 Corinthiens 15 : le chapitre ne traite-t-il pas uniquement de la résurrection des saints en corps spirituels, sans référence à celle de l'homme naturel en corps naturel ? La réponse rappelle que 1 Corinthiens 15:22 énonce une proposition universelle — « comme en Adam tous meurent, de même aussi en Christ tous seront vivifiés, mais chacun en son propre rang » — impliquant plusieurs résurrections successives dont Paul ne précise pas le nombre. Paul s'adressant à des croyants, il leur indique que leur résurrection constitue le premier rang (« Ensuite, ceux qui appartiennent au Christ, lors de sa parousie »), puis vient « la fin », c'est-à-dire le moment où, après que tous les rangs ont été relevés et le dernier ennemi — la mort — détruit, le Fils remet le royaume au Père et se soumet lui-même à lui (1 Corinthiens 15:28).[188]
La seconde question concerne Apocalypse 20:4-6 : ce texte ne semble reconnaître que deux classes — les bienheureux de la première résurrection et les autres morts qui ne revivent pas avant la fin du millénaire — laissant sans place la grande classe de la restitution. La réponse reconnaît ouvertement que Apocalypse 20:5, si on le prend tel quel, contredit effectivement l'idée d'une restitution progressive durant le règne millénaire, ainsi que les textes enseignant que Dieu rétablirait toutes choses (Actes 3:21) et que Jésus-Christ s'est donné en rançon pour tous (1 Timothée 2:6). La solution proposée repose sur la critique textuelle : la première phrase du verset 5 (« les autres morts ne revinrent pas à la vie jusqu'à ce que les mille ans fussent accomplis ») est absente de trois des manuscrits les plus anciens — le Syriaque (IIe siècle), le Sinaïtique (vers 350 apr. J.-C.) et le Vatican. Le seul manuscrit ancien la contenant est l'Alexandrin, daté du milieu du Ve siècle et jugé moins fiable en raison du temps supplémentaire qu'il laissait aux copistes pour interpoler le texte. Le rédacteur estime que la suppression de cette phrase améliore positivement la cohérence du contexte, et conclut qu'il s'agit d'une note marginale ou parenthétique d'un copiste, intégrée par erreur dans le texte inspiré par des transcripteurs ultérieurs — un phénomène analogue à l'interpolation de Jean 21:25, également absente du Sinaïtique. Un article sur « La Sainte Bible », annoncé comme ayant été repoussé faute de place, est promis pour le numéro de janvier.[189]
Le numéro se clôt par une brève notice indiquant que presque tous les collaborateurs réguliers, le rédacteur en chef ainsi que trois autres prédicateurs en accord avec l'enseignement de la revue, prêchent la bonne nouvelle partout où le Seigneur de la Moisson leur en ouvre la voie, et que les demandes de service peuvent être adressées au bureau.[190]
Voir aussi
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Illustrations du numéro
Références
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