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Déception de 1878

De Tj-encyclopédie
Déception de 1878

La déception de 1878 désigne l'échec de l'attente, portée au printemps 1878 par le prédicateur adventiste Nelson Barbour, d'un enlèvement de l'Église au ciel à la Pâque de cette année-là.[1] Charles Taze Russell, alors associé à Barbour, ne s'était pas engagé sur ce point.[1] L'échec provoque le départ de plusieurs centaines de personnes.[2] Il précède de peu la rupture entre Russell et Barbour.[3] En 1881, Zion's Watch Tower relit cette date comme le passage voulu d'une période consacrée à prouver la présence du Christ à une période consacrée à la sainteté.[4]

Contexte : une suite d'attentes depuis 1873

Le milieu adventiste

Une partie du groupe réuni autour de Russell vient du courant adventiste, qui attendait un retour visible du Christ.[3] En 1870, Russell entend à Allegheny le prédicateur adventiste Jonas Wendell, qui annonce la fin pour 1873.[5] Ce milieu connaît ensuite l'attente de 1873, puis celle de 1874, puis le découragement de l'automne 1874.[3]

La présence invisible de 1874

La sortie de l'impasse de 1874 est attribuée à Benjamin W. Keith, qui découvre dans l'Emphatic Diaglott le mot grec parousia rendu par « présence ».[3] Barbour diffuse cette idée dans son Herald of the Morning dès octobre 1875.[6] Le pasteur anglais Robert Govett soutenait déjà que parousia voulait dire « présence ».[7] Selon Carl Olof Jonsson, l'idée d'un retour en deux temps, le premier invisible, était alors très répandue chez les commentateurs de la Bible.[8]

Pour Raymond Franz, une présence invisible ne peut pas être démentie, ce qui a permis au cercle de Barbour de conserver la date de 1874.[9] Bernard Blandre note que garder cette date a creusé l'écart entre les amis de Barbour et les autres adventistes, et a donné naissance à un groupe distinct.[10]

L'association entre Russell et Barbour

Russell s'engage alors aux côtés de Barbour. Il finance le Herald of the Morning et un livre exposant leurs croyances sur la fin de l'âge, et réduit ses affaires pour voyager et prêcher.[11]

L'attente du printemps 1878

Barbour enseigne avec assurance que l'Église montera au ciel en avril 1878, à la Pâque.[1] Russell, de son côté, reste sur la réserve et ne se prononce pas sur cette attente.[1]

L'échec et ses suites

Les départs

L'attente ne se réalise pas. En décembre 1879, Zion's Watch Tower évoque cette déception à demi-mot, comme une épreuve qui a fait partir plusieurs centaines de personnes.[2]

L'évolution de Barbour

La même année 1878, Barbour écrit que la mort de chaque homme le libère du péché d'Adam, et qu'il peut ressusciter sans péché sans qu'un sacrifice de remplacement soit nécessaire.[12] Cette position remet en cause la doctrine de la rançon défendue par Russell.[13] En 1880, Barbour renonce aussi au retour invisible et attend de nouveau un retour à venir.[14]

En février 1881, Zion's Watch Tower raconte le parcours d'un frère « d'influence et de capacité » qui aurait rejeté la rançon, puis renié un à un les autres points, jusqu'à nier la présence du Christ.[13] Ce frère n'est pas nommé, mais son portrait correspond à Barbour, et les lecteurs, pour beaucoup anciens abonnés du Herald of the Morning, pouvaient le reconnaître sans peine.[15] Son départ est expliqué par la parabole des noces (Matthieu 22:11-13) : il devient « un homme n'ayant pas d'habit de noces », jeté dans les « ténèbres extérieures », c'est-à-dire dans l'ignorance du monde au sujet du jour du Seigneur.[4] Ce départ entraîne à son tour un tri : certains, incapables de supporter l'épreuve, se seraient détournés eux aussi.[4]

La relecture de 1881

Deux périodes

En février 1881, l'histoire du groupe est découpée en deux périodes. De 1874 à 1878, presque tout l'effort aurait servi à prouver la présence du Christ. Depuis 1878, l'effort porterait surtout sur la sainteté, la pureté de vie et la consécration.[4] Les preuves tirées des dates sont déclarées suffisantes pour fonder la position du groupe.[4]

Ce découpage place la coupure exactement à la date de l'échec du printemps 1878.[1][4] En présentant la période ouverte en 1878 comme un passage voulu de la preuve à la sainteté, le récit remplace un échec par un changement de priorités.[4]

La « lumière nouvelle »

La lumière nouvelle est déclarée capable de s'ajouter à l'ancienne sans jamais la contredire, puisqu'en Dieu il n'y a « ni variation ni ombre de changement » (Jacques 1:17).[3]

Analyse

Pour M. James Penton, quand une date échoue, les dirigeants des Étudiants de la Bible puis des Témoins de Jéhovah ont toujours soutenu qu'il s'était produit « la mauvaise chose au bon moment ».[16] Penton observe aussi que les corrections faites après un échec de date sont toujours présentées comme une « lumière nouvelle ».[17] Il montre que ces « tris » accompagnent chaque déception dans l'histoire du mouvement, et que l'idée d'un savoir réservé aux fidèles pousse à ne pas s'éloigner du groupe.[18]

La déception de 1878 ne remet pas en cause la date de 1874 : en février 1881, celle-ci reste au fondement de la position du groupe.[4]

Voir aussi

Notes et références

  1. ↑ 1,0 1,1 1,2 1,3 et 1,4 WILLS Tony, A People for His Name, chap. 3 « Harvest Gatherings and Siftings ». Original : « He taught with assurance that this meant that the church would go to heaven April 1878. Russell was noncommittal. »
  2. ↑ 2,0 et 2,1 La Tour de Garde de décembre 1879, p. 58.
  3. ↑ 3,0 3,1 3,2 3,3 et 3,4 La Tour de Garde de février 1881, p. 188
  4. ↑ 4,0 4,1 4,2 4,3 4,4 4,5 4,6 et 4,7 La Tour de Garde de février 1881, p. 190
  5. ↑ CHRYSSIDES George, Historical Dictionary of Jehovah's Witnesses, p. 139-140. Original : « C. T. Russell attended one of his talks in Allegheny, Pennsylvania, in 1870 and was inspired by his ideas. »
  6. ↑ BLANDRE Bernard, La préhistoire des témoins de Jéhovah, p. 126-127.
  7. ↑ PENTON M. James, Apocalypse Delayed, p. 24-25. Original : « He also argued that the Greek word parousia, usually translated "coming" in English translations of the Bible, should be understood to mean "presence." »
  8. ↑ JONSSON Carl Olof, Les temps des gentils reconsidérés, p. 50.
  9. ↑ FRANZ Raymond, Crise de conscience, p. 224-225.
  10. ↑ BLANDRE Bernard, La préhistoire des témoins de Jéhovah, p. 120-122.
  11. ↑ PENTON M. James, Apocalypse Delayed, p. 27-28. Original : « Russell threw his financial support behind the Herald of the Morning, gave Barbour money to prepare a book outlining their beliefs respecting the end of the age, and curtailed certain business activities in order to engage in travelling and preaching. »
  12. ↑ WILLS Tony, A People for His Name, chap. 3 « Harvest Gatherings and Siftings ». Original : « He claimed that the death of each individual man freed him from Adam's sin, and he could be resurrected sinless without substitutionary atonement. »
  13. ↑ 13,0 et 13,1 La Tour de Garde de février 1881, p. 189-190
  14. ↑ La Tour de Garde de novembre 1880, p. 152.
  15. ↑ WILLS Tony, A People for His Name, chap. 3 « Harvest Gatherings and Siftings ».
  16. ↑ PENTON M. James, Apocalypse Delayed, p. 3-5. Original : « Bible Student–Jehovah's Witness leaders have always argued that the "wrong thing [or things] had happened at the right time." »
  17. ↑ PENTON M. James, Apocalypse Delayed, p. 3-5. Original : « So God has really given them "new light," "present truth," and has favoured them and those who have listened to them in a special way. »
  18. ↑ PENTON M. James, Apocalypse Delayed, p. 3-5. Original : « If, therefore, one wants God's approval, one must stay in close association with those who truly know the significance of the divine plan. »