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Herald of the Morning de octobre 1878

De Tj-encyclopédie
Herald of the Morning de octobre 1878
Revue Herald of the Morning
Date 1878
Auteur(s) Nelson Barbour, Mrs N. H. Barbour, John H. Paton, Benjamin W. Keith, Charles Taze Russell, S. H. Withington, Mary A. Belding, G. Tilton, M. S. Tilton
Année 1878
Langue Anglais
Pays États-Unis
Éditeur Nelson Barbour

Les rédacteurs veulent montrer que l'âge de l'Évangile touche à sa fin et que la seconde venue du Christ est déjà en cours. Un tableau de deux « plans » de même durée ouvre le numéro : l'âge juif et l'âge de l'Évangile. Les textes suivants appuient sur ces calculs une série de dates : 1874, le printemps 1878 et l'automne 1881, où l'enlèvement de l'Église est attendu.

Le numéro répond aussi à des adversaires. Un ancien prédicateur de 1843-1844 a renoncé aux dates prophétiques, et les adventistes se montrent hostiles lors des réunions sous la tente. Barbour leur répond que le retour du Christ se fait par étapes invisibles, et non en un seul événement.

Les responsables de la revue ne sont pas d'accord entre eux sur l'expiation. Paton, l'un des rédacteurs adjoints, juge qu'aucune explication ne le satisfait. Il regrette que la question ait été soulevée dans la revue. Barbour lui répond sous sa propre signature. Russell, Keith et des lecteurs qui écrivent à la revue complètent le numéro par des textes sur la sainteté, la souffrance des fidèles et la joie de comprendre le « Plan des âges ».

Analyse

Croyances

Le droit de calculer les dates prophétiques

En 1878, on objecte souvent aux calculs de dates une parole de Jésus : « nul ne connaît le jour ni l'heure » (Matthieu 24:36). Le numéro y répond par une règle qui revient dans trois articles. Les prophéties sur la fin restaient fermées jusqu'au « temps de la fin ». Elles s'ouvrent ensuite, mais seuls les « sages » les comprennent (Daniel 12:9-10).[1] Pour le rédacteur, Jésus pouvait dire « nul ne connaît l'heure » parce que le temps de la fin était encore très loin à son époque.[2] Le verset reste donc vrai, mais il ne vaut plus pour le temps présent. Le rédacteur ajoute qu'il peut prouver que ce temps de la fin est arrivé.[3] La même règle sert dans « Harmonie des Écritures » : ce qui touche à la résurrection était « fermé et scellé » jusqu'à la fin.[4] Elle sert encore dans « Lumière et communion », où une révélation n'est complète que lorsqu'on la comprend.[5]

Cette lecture de Daniel 12 n'appartient pas en propre au groupe. Isaac Newton écrivait déjà que les prophéties des derniers temps devaient rester « fermées et scellées » jusqu'au temps de la fin. Il ajoutait qu'alors les sages comprendraient et que la connaissance augmenterait.[6] En 1877, Nelson Barbour s'en servait dans Three Worlds. Il y racontait la parabole d'un héraut qui reçoit un livre scellé jusqu'au temps de la fin, « quand les sages comprendraient ».[7] En octobre 1878, la règle sert à répondre à un ancien prédicateur de 1843-1844. Celui-ci ne croit plus que le temps du retour du Christ soit révélé.

Une fois établi le droit de lire les prophéties, il reste à accorder entre eux des textes qui se contredisent en apparence. Le numéro se sert pour cela des dispensations, c'est-à-dire des grandes périodes de l'histoire où Dieu agit de façon différente. Plus de douze cents sectes mettent chacune en avant leurs propres textes.[8] Le numéro ne leur donne pas tort : chaque groupe de textes est vrai, mais pour une époque différente. L'élection, que défendent les calvinistes, vaut pour l'âge présent, où Dieu choisit l'épouse du Christ. Les textes des calvinistes sur ce point ont eu leur pleine application.[9] La grâce offerte à tous, que défendent les arminiens, vaut pour le millénaire.[10] Barbour avait déjà fait ce rapprochement en août 1878 : la grâce offerte à tous et l'élection, deux doctrines « clairement révélées », s'accordaient selon lui dans le « Plan des âges ».[11] Le numéro d'octobre complète cette règle par trois âges du royaume : le royaume charnel de l'âge juif, le royaume en germe de l'âge de l'Évangile et le royaume spirituel du millénaire. Ces trois âges expliquent selon lui les « trois mesures de farine » de la parabole.[12] L'accord des textes devient lui-même une preuve : l'âge de l'Évangile s'achève, et la lumière du millénaire commence à briller.[13]

Deux âges de même longueur pour mesurer le temps

Tous les calculs du numéro reposent sur une idée : l'âge juif et l'âge de l'Évangile ont la même durée. Les deux chérubins « d'une même mesure et d'une même taille » du temple de Salomon (1 Rois 6:25) servent de type. Chacun des deux âges dure 1845 ans : de la mort de Jacob à celle du Christ, puis de la mort du Christ à la fin de l'âge de l'Évangile.[14] Barbour posait déjà ces deux périodes en 1877. Il comptait 1845 ans du printemps de l'an 33 au printemps de 1878.[15] En septembre 1878, il expliquait ainsi les chérubins : l'un regarde vers le sacrifice à venir, l'autre vers le sacrifice accompli.[16] Le numéro d'octobre répète ce parallèle en trois endroits : sur le schéma de couverture, dans le calcul de la présence et dans la lettre de S. H. Withington. Pour Withington, les deux « maisons » représentées par les chérubins doivent avoir chacune leur demi-semaine de moisson.[17] Un lecteur reprend donc le parallèle comme un repère pour situer sa propre époque.

Deux séries de faits politiques viennent confirmer ce parallèle. La première concerne la papauté, identifiée à la « petite corne » de Daniel 7:26.[18] En 1877, Three Worlds lisait déjà ce verset ainsi : le jugement retire d'abord sa domination à la papauté, puis la détruit « jusqu'à la fin ».[19] Le numéro d'octobre précise où se trouve cette « fin ». La papauté perd sa domination en 1798. Ses États et ses biens sont ensuite saisis peu à peu, jusqu'aux confiscations de Bismarck à l'automne 1874. Cette date marque donc le début de la moisson.[20] Le rédacteur ajoute qu'en 1878 Bismarck travaille déjà en accord avec Rome. L'observation correspond à un fait réel. Le conflit entre la Prusse et l'Église catholique, appelé Kulturkampf, dure de 1871 à 1878. À la mort de Pie IX en 1878, son successeur Léon XIII se montre plus conciliant, et Bismarck commence à abandonner sa politique.[21] Le numéro fait de ce début d'apaisement le signe qu'une période prophétique est achevée.

La seconde série concerne les Juifs. Le peuple juif a mis trente-sept ans à tomber, de la crucifixion à la destruction de Jérusalem. Il doit donc mettre trente-sept ans à se relever à partir du printemps 1878.[22] En septembre 1878, Barbour avait déjà fixé cette durée de trente-sept ans pour le retour des Juifs. Il soulignait aussi que le premier ministre anglais, Lord Beaconsfield (Disraeli), était juif.[23] Le numéro d'octobre ajoute un délai. Le relèvement d'Israël ne commencera vraiment qu'à l'automne 1881. Les Gentils avaient en effet attendu trois ans et demi après l'ordre de prêcher aux nations. De la même façon, l'œuvre en faveur des Juifs doit attendre que le « blé » de l'Église soit rassemblé.[24] L'accord entre l'Angleterre et le sultan au printemps 1878 confirme le début annoncé. Le relèvement attendu, lui, est renvoyé à plus tard.[25]

Une présence du Christ déjà commencée mais invisible

Le numéro affirme que le Christ est déjà présent, même si personne ne le voit. Il distingue pour cela deux mots grecs. La parousia est la présence réelle du Christ. Elle vient avant la phaneroo, c'est-à-dire le moment où il se montre au monde avec ses saints.[26] Les « jours de Noé » fournissent la comparaison : avant le déluge, les gens mangeaient et se mariaient sans rien savoir. La présence ressemble à ces jours-là, et non au déluge lui-même.[27] La doctrine du royaume va dans le même sens. Le royaume de Dieu est spirituel. Une fois établi, il sera formé d'êtres invisibles aux hommes de chair (Luc 17:20). L'Église actuelle n'en est que la forme en germe.[28] Barbour défendait déjà cette idée en 1877 : le monde ne pourrait pas montrer du doigt le royaume en disant « le voici » ou « le voilà ».[29]

Comment savoir ce qui se passe dans un ciel que personne ne voit ? Le rédacteur répond par l'image du « pantographe », un instrument qui reproduit un tracé à une autre échelle. Le petit bras de l'instrument est posé sur la table du lecteur : ce sont les gestes du grand prêtre d'Israël au jour des expiations. Le grand bras atteint ce qui est caché derrière le voile, dans le ciel.[30] Le rituel de Lévitique 16 sert ainsi de type à des événements invisibles. Le sanctuaire de Daniel 8:14, qui doit être purifié au bout de 2 300 jours, devient l'Église de l'Évangile.[31] Pour justifier cette lecture, le rédacteur fait remarquer que le mot « alors » est absent du texte hébreu.[32] D'autres l'avaient précédé. Au lendemain de la déception de 1844, l'adventiste Hiram Edson avait déjà placé à cette date un événement invisible : le passage du Christ d'une pièce à l'autre du sanctuaire céleste.[33] Edson avait mis ses conclusions par écrit avec O. R. L. Crosier.[34] Le numéro reprend le principe de cette lecture, mais l'objet purifié n'est plus le ciel. C'est l'Église.

Cette méthode permet de garder la chronologie qui va de 1843 à 1914. Pour le rédacteur, le calcul de 1843 était juste : 2 300 moins 490 donnent 1 810, et 1 810 ans ajoutés à l'an 33 conduisent à 1843.[35] L'erreur venait de ceux qui attendaient tous les événements d'un seul coup, dans un grand fracas.[36] Barbour avait déjà expliqué ainsi l'échec de 1843 en juillet 1878 : le groupe s'était trompé sur l'événement attendu, pas sur la période prophétique.[37] Selon Carl Olof Jonsson, les adventistes du septième jour avaient réagi de la même manière après 1844 : ils disaient avoir attendu le mauvais événement au bon moment.[38] Le sociologue Joseph Zygmunt a étudié les prédictions manquées dans ce mouvement. Il montre que le groupe garde ses dates après un échec et change seulement le sens de l'événement annoncé.[39] Le numéro d'octobre apporte une justification de plus pour les trente ans qui séparent 1844 de 1874. Le Christ est resté exactement trente ans « dans son tabernacle d'argile » avant son baptême. Le numéro place aussi la « manifestation visible » du Christ vers la fin des trente-sept ans qui commencent en 1878.[40] L'événement qu'on pourrait voir est ainsi repoussé au terme des « temps des Gentils ».

Ceux qui savent ce que fait le Seigneur

Savoir la « vérité présente » partage les croyants en deux groupes. Pour l'auteur de « Lumière et communion », signé L. H. P., marcher dans la lumière veut dire comprendre les plans de Dieu. Ne pas les comprendre, c'est rester dans les ténèbres.[41] L'auteur donne des exemples tirés de la Bible : Noé averti du déluge, Lot sommé de quitter Sodome, les disciples qui fuient la Judée quand les armées entourent Jérusalem (Luc 21:20-21). Pour Noé, connaître cette vérité était « absolument nécessaire ».[42] L'exemple de la fuite de Judée renvoie à une tradition ancienne. Selon cette tradition, l'Église de Jérusalem se serait réfugiée à Pella avant la destruction de l'an 70. Le plus ancien témoin en est Eusèbe, au début du IVᵉ siècle, et l'historien Gerd Lüdemann la tient pour une légende du IIᵉ siècle.[43] L'auteur sépare nettement deux choses. Bâtir sur le Christ assure le salut éternel. Seule la connaissance de la vérité protège des malheurs de cette vie : la mort d'une personne ou la ruine d'une nation.[44] Pendant le « jour du Seigneur », la vérité sert de bouclier.[45]

Les deux groupes portent des noms. Les « serviteurs » remplissent l'Église ; beaucoup sont fidèles et recevront leur « denier ». Le « petit troupeau » des « amis » sait ce que fait son Seigneur et vise le prix de la vocation d'en haut (Jean 15:15 ; Philippiens 3:14).[46] Barbour distinguait déjà en 1877 les « serviteursde Dieu » et l'épouse du Christ.[47] En septembre 1878, il citait le même verset de Jean 15:15 pour dire que le temps était venu de « savoir ».[48] En octobre, la distinction prend un ton de reproche. Le rédacteur prie pour que son contradicteur reçoive un collyre, un remède pour les yeux. Rester dans l'obscurité sur le temps et la manière du retour du Christ, c'est rester parmi les serviteurs.[49]

L'automne 1881 rend ce partage urgent. C'est à cette date que l'Église doit, « présume-t-on », être enlevée pour rencontrer son Seigneur.[50] L'enlèvement de l'Église est de nouveau annoncé pour 1881 dans « Le temps déterminé ».[51] Barbour avait déjà écrit en août 1878 que la moisson se terminerait en 1881.[52] L'annonce intervient quelques mois après la Déception de 1878, quand l'enlèvement attendu au printemps n'a pas eu lieu. En juillet 1878, le groupe avait alors décrit le temps présent comme le rassemblement du blé dans le « grenier ».[53] En octobre, Withington reprend ce rassemblement comme une chose déjà en cours.[54] L'article de C. T. R. sur la sainteté fixe la condition morale à remplir avant cette date : seuls les saints auront part à la première résurrection.[55] L'article ne fait qu'aligner des versets. Ce qu'est la sainteté est renvoyé à un examen ultérieur.[56]

La mort du Christ et la part qu'y prend l'Église

La question de l'expiation divise alors la rédaction. Un correspondant juge que Russell accorde « trop d'importance » à la mort du Christ, et l'article qu'il critique trop à la résurrection.[57] Ce lecteur admet une substitution dans un certain sens, mais il refuse l'idée d'un Dieu en colère qui exige une victime.[58] En août 1878, Barbour avait déjà combattu la doctrine d'un innocent puni à la place du coupable. Il présentait la mort du Christ comme l'achèvement de la création de l'homme.[59] En octobre, il garde cette conclusion. Le Christ meurt pour achever l'œuvre commencée en Éden.[60] Il y ajoute une explication du mot « réconcilier ». La mort du Christ abat le « mur de séparation », c'est-à-dire la loi qui séparait les Gentils de la famille d'Abraham.[61] Juifs et Gentils sont alors tous comptés comme morts dans la mort du Christ, et une création nouvelle peut commencer.[62] Dans cette lecture, la mort du Christ change la situation des hommes devant les promesses faites à Abraham. Elle ne paie aucune dette. Barbour déclare d'ailleurs ne voir aucun lien entre cette réconciliation et la doctrine d'une victime innocente mise à la place du pécheur.[63]

L'article de B. W. Keith, dans le même numéro, part d'un autre principe. Le Christ est la victime offerte pour les péchés du monde entier (1 Jean 2:2). Son corps, l'Église, doit donc « compléter » ce qui manque à ses souffrances (Colossiens 1:24).[64] Keith prévoit que certains rejetteront l'idée que le corps « complète le sacrifice pour le monde ».[65] Pour lui, le sacrifice porte sur les péchés du monde. Pour Barbour, quelques pages plus haut, la mort du Christ sert surtout à abattre la loi. Les deux explications paraissent l'une à côté de l'autre sans être discutées. Keith donne aussi un but aux souffrances de l'Église. Les fidèles éprouvés en tout point deviendront un « sacerdoce royal ».[66] Ils pourront ainsi compatir à ceux qui seront tentés pendant l'âge suivant et les délivrer.[67]

Le règne de l'Église glorifiée après la moisson

Pendant les trente-sept ans qui commencent en 1878, les nations doivent connaître une détresse sans précédent.[68] Les royaumes de la terre n'appartiennent au Seigneur qu'à la septième trompette (Apocalypse 11:15).[69] En 1877, Three Worlds rattachait déjà cette trompette aux « nations irritées » et au temps de détresse.[70] En octobre 1878, deux lecteurs reprennent cette attente. Withington se réjouit de voir approcher le royaume qui doit briser tous les autres (Daniel 2:44).[71] Mary A. Belding pense que les jugements de son époque ne sont que le « début des troubles ».[72]

Après ces troubles, l'Église glorifiée doit régner. Elle reçoit « pouvoir sur les nations » (Apocalypse 2:26). L'auteur s'étonne de la colère de chrétiens à qui l'on annonce que ce pouvoir leur revient à eux, et non aux Hottentots ou aux païens.[73] En août 1878, Barbour décrivait déjà les saints comme des « rois et prêtres » qui régneraient sur des hommes mortels.[74] Le numéro d'octobre explique ce règne par deux images bibliques. Pendant l'âge présent, l'eau de la vie est un « puits » : nul ne vient si le Père ne l'attire. Au millénaire, elle devient un « fleuve » auquel tous peuvent boire.[75] L'appel réservé au petit troupeau prépare donc le salut d'un nombre bien plus grand. Withington parle de la « grande restitution de notre race », obtenue par le Christ et son corps.[76] Cet espoir pour l'humanité « montre l'amour de Dieu ». Withington en tire une règle : une théologie qui contredit l'idée que « Dieu est amour » peut être mise en doute.[77]


Organisation et histoire

Une équipe réunie autour de Barbour, déjà en désaccord

En tête de la revue, Nelson Barbour apparaît comme rédacteur. Il a pour adjoints Charles Taze Russell, de Pittsburgh, et John Henry Paton, d'Almont (Michigan).[78] Selon Blandre, Russell occupe ce poste depuis le numéro de juillet 1878, quand la revue recommence à paraître après une interruption de deux ans.[79] Schulz et de Vienne précisent que son nom est là parce qu'il paie : Russell finance l'impression, le matériel et une partie des tournées de prédication.[80] Il ne signe pourtant qu'un court texte sur la sainteté, sous ses initiales « C. T. R. ».[81]

Les autres signatures viennent du cercle de Barbour dans l'ouest de l'État de New York. B. W. Keith, de Dansville, signe l'exposé sur les souffrances du Christ.[82] Ancien sergent de la guerre de Sécession et méthodiste, Keith a rejoint Barbour après une réunion sous la tente. Selon Blandre, c'est lui qui a remarqué que le mot grec parousia signifie « présence ».[83] S. H. Withington écrit de Springwater.[84] Né en 1816, il est devenu millérite en 1843 et a aidé à fonder l'église adventiste de Springwater.[85] Le récit des réunions sous la tente est signé « Mrs. N. H. B. ».[86] Schulz et de Vienne identifient l'auteur : Emeline Barbour, que Barbour a épousée en 1877.[87]

Dans cette équipe, un désaccord est rendu public. Un correspondant juge que « frère Russell » accorde trop de place à la mort du Christ. Selon lui, le texte de Barbour accorde trop de place à la résurrection.[88] Il regrette que la question ait été soulevée dans le Herald. La lettre n'est signée que d'initiales.[89] Le débat dure depuis août 1878. Ce mois-là, Barbour avait nié que le Christ soit mort à la place des pécheurs. Russell lui avait répondu dans le numéro suivant.[90] Russell racontait que Barbour avait comparé cette doctrine au fait d'enfoncer une épingle dans une mouche pour punir la faute d'un enfant.[91] En septembre, la revue imprimait déjà que le Christ a souffert pour le monde entier, mais non à sa place.[92]

En octobre, Barbour garde la position la plus forte, celle du rédacteur. Il répond à la lettre longuement, sous le titre « Remarques du rédacteur ». Il reproche aux théologiens et aux Églises de répéter des mots tout faits, comme « mort » ou « sang », sans chercher à comprendre.[93] Il conclut qu'il ne voit pas de rapport entre son explication et l'idée d'une victime innocente substituée au pécheur.[94] Une note brève affirme pourtant que l'étude de l'expiation fait mieux connaître Dieu que toute autre partie du « Plan des âges ». Penton voit dans cette question de la substitution le vrai point de division entre Barbour, Russell et Paton en 1878.[95]

Prêcher sans lieux de culte : orateurs invités, tentes et imprimés

Le groupe n'a ni églises ni pasteurs salariés. Un avis donne cinq orateurs : Paton, Russell, Withington, Keith et Barbour. Ils viennent tenir des réunions partout où on leur fournit une église ou une salle et leurs frais de voyage. Près de chez eux, ils renoncent même à ces frais.[96] En juillet, l'avis proposait des réunions « en plein air, sous la tente, dans une salle ou dans une église ».[97] Blandre rapporte qu'en 1877-1878, Russell confie la gestion de ses magasins à d'autres pour aller prêcher. Il parcourt la Nouvelle-Angleterre, l'État de New York, la Pennsylvanie, l'Ohio, le Michigan et d'autres États. Il cherche surtout à convaincre des adventistes plutôt qu'à attirer de grandes foules.[98] Schulz et de Vienne pensent que Russell n'assiste pas aux réunions de Springfield en 1878. Il prêche probablement à la même époque dans le Michigan, à Buchanan, avec son tableau des âges.[99]

Les réunions de l'été 1878 montrent comment ce fonctionnement se passe sur le terrain. À Springfield (Massachusetts), la tente est dressée sur un terrain de la ville, prêté gratuitement.[100] Barbour n'est pas installé dans le camp lui-même. La conférence de Springfield est une rencontre annuelle de huit jours, organisée depuis 1868, qui attire surtout des membres de la Life and Advent Union. L'équipe de Barbour n'y est pas admise en 1878.[101] Des amis de Chicopee Falls pourvoient aux besoins matériels. À Alton Bay (New Hampshire), le groupe s'installe au même endroit que l'année précédente et y retrouve ses planches et ses piquets.[102] En août, Barbour avait annoncé qu'il dresserait sa grande tente à Springfield le 10 août, puis à Alton Bay. Il justifiait cette présence par l'exemple des disciples, qui entraient dans les synagogues même quand on les en chassait.[103] Barbour fait photographier la tente, la colline et les participants avant de partir, « peut-être pour la dernière fois ».[104] Schulz et de Vienne voient dans cette tournée une tournée d'adieu. Ils notent aussi qu'Emeline Barbour ne cite ni Russell ni Paton, alors que Paton était présent à Alton Bay.[105] La lettre des Tilton, d'Alton, confirme cette présence : Paton est resté chez eux après la réunion.[106]

Les écrits imprimés font le travail que les orateurs ne peuvent pas faire. Des visiteurs venus d'Ocean Grove ont connu le message en lisant L'objet et la manière du retour de notre Seigneur de Russell.[107] Ocean Grove est un camp méthodiste permanent du New Jersey, fondé en 1869. Ses résidents doivent respecter des règles strictes : ni alcool, ni tabac, ni cartes, ni danse.[108] Selon Blandre, Russell avait fait publier sa brochure en supplément de The Restitution et de la revue de Joseph Seiss à la fin de 1877 et au début de 1878. Il en payait lui-même les frais.[109] L'auteur de la lettre d'East Hartford, Mary A. Belding, n'a autour d'elle aucun groupe qui partage sa foi.

Gagner des fidèles dans les Églises sans en fonder une nouvelle

Le groupe trouve ses adhérents à l'intérieur des Églises qui existent déjà. À Alton Bay, la rédaction remarque l'attention de personnes venues de « diverses dénominations ».[110] D'après la lettre des Tilton, Paton prêche le dimanche suivant dans l'église congrégationaliste d'Alton, devant une assistance importante.[111] Les membres de l'équipe viennent eux-mêmes de ces Églises. Penton décrit Arthur P. Adams, qui assiste les orateurs à Alton Bay, comme un pasteur méthodiste de Nouvelle-Angleterre.[112] Le mariage de Barbour avec Emeline a été célébré par un pasteur méthodiste épiscopal.[113]

La rédaction ne cherche pas à rassembler ces fidèles dans une Église à elle. Elle refuse de fondre « ces mille et une sectes » en une nouvelle organisation.[114] La raison est d'ordre religieux : cette situation confuse devait durer pendant tout l'âge de l'Évangile.[115] L'accord des chrétiens doit venir d'une explication de la Bible. Il est attendu pour l'âge millénaire, quand « les sentinelles verront œil à œil ».[116] En août, Barbour avait présenté le « Plan des âges » comme la seule théologie capable de concilier toutes les Églises. Selon lui, cette réconciliation annonçait une « unité millénaire de l'Église » toute proche.[117] Penton note qu'au début, le mouvement avait peu des marques d'organisation d'une secte ou d'une dénomination. Il ajoute que Russell jugeait possible d'appartenir à la vraie Église du Christ tout en restant membre d'une Église établie.[118]

Rejeté par les adventistes dont il est issu

Les adversaires les plus durs sont des adventistes, c'est-à-dire des proches. À Alton Bay, l'hostilité des « frères adventistes » est « très marquée ».[119] Barbour les appelait en août ses « parents selon la chair ».[120] Parmi les auditeurs bienveillants se trouvent pourtant des adventistes qui nient la résurrection.[121] Ce milieu était divisé depuis longtemps. À la fin de 1877, l'Advent Christian Association interdit d'annoncer dans son journal World's Crisis les prédications de quiconque croit à l'« âge à venir ».[122] Le 18 juillet 1877, l'Advent Christian Times avait mis ses lecteurs en garde contre la tournée de Barbour, Russell et Paton. Le 26 juin 1878, John B. Cook présentait Barbour et Russell comme des apostats dans The Restitution.[123]

Les dates sont au cœur de la querelle. Barbour dit que les attaques contre le calcul des dates visent d'abord sa revue.[124] Il vise un ancien prédicateur de 1843-1844 qui prétend être devenu plus sage et a renoncé aux dates.[125] Il reproche aux adventistes de ne pas avoir creusé assez profond pour trouver la vérité.[126] Schulz et de Vienne expliquent cette réaction. D'autres adventistes avançaient aussi des dates, mais Barbour était le plus agressif et restait marqué par ses échecs. Or beaucoup d'adventistes, blessés par les déceptions de 1843 et 1844, renonçaient alors à fixer des dates.[127]

L'hostilité vient aussi de l'extérieur. À Springfield, la rédaction parle de l'opposition de personnes « aveuglées par le préjugé ».[128] Selon les Tilton, certains habitants d'Alton, à court d'arguments, calomnient ceux qui ont accepté ces idées. LesTilton comparent cette colère à celle des gens de la synagogue de Nazareth, remplis de fureur contre Jésus.[129] Pour eux, ce rejet est la réponse habituelle à la vérité : il ne prouve pas que le message est faux. Barbour emploie le même argument en août, quand il compare son groupe aux disciples chassés des synagogues.[130] Le groupe s'appuie sur cette explication pour rester présent dans les camps adventistes, alors même qu'on l'en tient à l'écart.[131]


Contenu

Le plan des âges

Le « Plan des âges » est schématisé en deux plans symétriques, « le plan de la chair » et « le plan de l'esprit », placés sous la phrase « Les deux chérubins avaient une même mesure et une même taille ».[132] À la Jérusalem terrestre, au sacrifice terrestre et au royaume terrestre du plan de la chair répondent la Jérusalem céleste, le sacrifice spirituel et le royaume céleste du plan de l'esprit. Le premier regarde vers le sacrifice à venir, le second regarde en arrière vers le sacrifice accompli. Aux douze tribus du côté charnel correspondent les douze apôtres du côté spirituel.[133]

Les deux plans sont de durée égale. De la fin de l'âge patriarcal, à la mort de Jacob, jusqu'à la fin de l'âge juif, à la mort du Christ, il s'écoule 1845 ans. Si l'âge de l'Évangile a la même mesure, il doit durer 1845 ans depuis la mort du Christ jusqu'à sa propre fin.[134] Le schéma place en repères la naissance de Jésus, son baptême, sa crucifixion en l'an 33 et la destruction de Jérusalem en l'an 70. Il mentionne aussi la fin des 1335 jours (inscrits « 1336 »), rattachée à l'année 1874, ainsi que la fin des « temps des Gentils », indiquée comme proche de 1914 (le chiffre est altéré dans l'OCR).[135]

Les réunions sous la tente

Les réunions sous la tente de Springfield et d'Alton Bay (New Hampshire) sont jugées fructueuses : à Springfield, les témoignages de ceux qui sont « dans la lumière » montrent, selon la rédaction, qu'il existe « un sentier lumineux ».[136] Des visiteurs venus d'Ocean Grove avaient lu L'objet et la manière du retour de notre Seigneur (Object and Manner of our Lord's Return) et venaient, disent-ils, entendre davantage de ces vérités ; des amis de Chicopee Falls ont pourvu aux besoins matériels.[137] La tente est dressée près de son emplacement de l'année précédente, sur un terrain appartenant à la ville de Springfield, qui en a accordé gratuitement l'usage. Malgré l'opposition de personnes « aveuglées par le préjugé », l'intérêt reste vif du début à la fin.[138]

À Alton Bay, les réunions sont peu fréquentées, mais l'attention et l'esprit chrétien des auditeurs venus d'autres confessions sont remarqués, notamment ceux de « frères » adventistes qui nient la résurrection. Arthur P. Adams, de Beverly (Massachusetts), assiste les orateurs.[139] L'hostilité des adventistes du Second Avent est « très marquée », mais la rédaction estime que le message a fait son chemin et que Dieu a favorisé les efforts menés dans les deux localités. Au moment de partir, Barbour fait photographier la tente, la colline et les participants. Ce récit est signé de son épouse, Mrs N. H. B.[140]

Un avis précise que J. H. Paton, C. T. Russell (Pittsburgh), S. H. Withington, B. W. Keith et Barbour répondent aux invitations à tenir des réunions, à condition que la salle et les frais de déplacement soient fournis ; dans les localités proches, ces frais peuvent être omis.[141] Une brève remarque ajoute que l'étude de l'expiation donne une meilleure connaissance de Dieu et du Christ que toute autre partie du « Plan des âges ».[142]

Harmonie des Écritures

Celui qui croit à la Bible doit admettre que ses enseignements s'accordent parfaitement : les doctrines qui semblent s'opposer doivent se concilier une fois comprises. Plus de douze cents sectes existent, chacune mettant en avant les textes qui appuient sa théologie et atténuant ceux que les autres sectes mettent en avant.[143] La rédaction ne cherche pas à fondre ces sectes en une seule organisation, car cette situation confuse devait durer pendant l'âge de l'Évangile. Elle affirme en revanche qu'une théologie permet de concilier toutes ces vues en donnant son plein poids à chaque catégorie de textes. Cette lumière vient, dit-elle, de ce que l'âge de l'Évangile se termine et que la lumière de l'âge millénaire commence à luire ; à cette époque, « les sentinelles verront œil à œil ».[144]

La position défendue est que le monde se trouve déjà dans la transition entre l'âge de l'Évangile et l'âge millénaire. Pendant l'âge présent, Dieu choisit par son Esprit un peuple destiné à devenir l'épouse du Christ, appelée « l'Église des premiers-nés ». Dans l'âge à venir, cette Église glorifiée, transformée en un clin d'œil, doit gouverner le monde, comme « rois et prêtres » (Apocalypse 5:10). La doctrine de l'élection, enseignée par les calvinistes, s'applique entièrement à cette sélection.[145]

Le royaume de Dieu est décrit comme spirituel : une fois établi sur la terre, il sera composé d'êtres spirituels invisibles aux hommes de chair (Luc 17:20). L'Église actuelle en est la forme embryonnaire, mais le royaume n'est pas encore établi, puisque le Diable est encore le prince de ce monde. Il doit l'être quand Satan sera lié pendant mille ans, « un millier prophétique ».[146]

Les mesures prophétiques publiées dans la revue sont présentées comme démontrant, par leur accord mutuel, que le royaume sera établi et Satan lié dans les trente-sept années à venir. La seconde venue du Christ se déroule par étapes et a déjà commencé, mais sa manifestation visible n'a lieu que vers la fin de ces trente-sept ans. Cette période, qui a débuté au printemps 1878 et correspond à la fin des « temps des Gentils », est annoncée comme une époque de détresse sans précédent parmi les nations. Pendant ce temps, les Juifs vivants doivent être ramenés en Palestine et la bataille finale du grand jour se livrer autour de Jérusalem, où le Christ apparaît avec tous ses saints.[147]

Une distinction est faite entre deux mots grecs : la parousia, présence effective du Christ, précède la phaneroo, son apparition. La parousia est « comme aux jours de Noé » (Matthieu 24:37), alors que l'apparition du Christ s'accompagne de celle de ses saints (Colossiens 3:4). Pour justifier le sens de phaneroo, « se montrer », « se manifester », sont invoqués Jean 7:4, Jean 21:1 et Marc 4:22. Les saints, enlevés pendant la parousia, sont vus dans les nuages avec le Christ, tandis que les tribus de la terre se lamentent.[148]

La chronologie de Barbour place la fin des 6000 ans depuis Adam à l'automne 1873, annoncée bien avant cette date, et le début du « temps de détresse » en cours. La moisson, ou fin de l'âge de l'Évangile, commence à l'automne 1874 (Matthieu 13:30). Un indice en est donné par Daniel 7:26 : la domination de la papauté, la « petite corne », est enlevée avec la fondation de la république romaine de 1798, mais la prophétie dit qu'elle est consumée « jusqu'à la fin ». Cette consommation graduelle des États et des biens de la papauté se serait poursuivie jusqu'aux confiscations de Bismarck à l'automne 1874. Depuis, la puissance papale serait en hausse et Bismarck, son pire ennemi, travaillerait en accord avec le Siège de Rome.[149]

Un autre calcul prévoyait que l'œuvre liée au rétablissement des Juifs commencerait au printemps 1878. L'échange survenu ce printemps entre l'Angleterre, dont le chef du gouvernement est juif, et le sultan, au sujet des Juifs et de Jérusalem, est cité comme confirmation.[150] Jésus étant destiné à la chute et au relèvement de beaucoup en Israël, le peuple juif a mis trente-sept ans à tomber après la crucifixion. Il doit donc mettre trente-sept ans à se relever à partir du printemps 1878. Mais comme les Gentils ont été écartés pendant trois ans et demi après la mission donnée aux apôtres, le relèvement d'Israël ne peut commencer qu'à l'automne 1881, date à laquelle l'Église de l'Évangile est supposée enlevée pour rencontrer son Seigneur.[151]

Après le « mariage de l'Agneau », le plan de rédemption s'élargit : le « puits d'eau » de l'âge de l'Évangile devient « le fleuve de l'eau de la vie ». Alors que l'âge présent veut que nul ne vienne si le Père ne l'attire, l'Esprit et l'épouse invitent ensuite tous ceux qui le veulent.[152] Le puits concerne le salut de l'Église des premiers-nés, le fleuve et l'arbre de vie, dont les feuilles servent à « la guérison des nations », celui d'une classe plus large. L'Église est « vierge fiancée » ici (2 Corinthiens 11:2) et « épouse » là-bas ; c'est dans l'âge millénaire que s'appliquent les textes arminiens sur la grâce gratuite.[153]

L'âge millénaire est donc une nouvelle dispensation, aussi différente de celle de l'Évangile que celle-ci l'était de la dispensation juive. Les textes d'une dispensation, appliqués à une autre, créent des discordances. Avec les trois âges du royaume (fleuve charnel juif, royaume embryonnaire de l'âge de l'Évangile, royaume spirituel du millénaire), tout s'harmonise, et ces trois âges semblent expliquer la parabole des « trois mesures de farine ».[154] Sous la loi, tout était enseigné comme si c'était l'ensemble du plan de Dieu, et l'âge de l'Évangile est arrivé « à la plénitude du temps » (Galates 4:4) sans que l'Église juive l'ait prévu. De même, l'Évangile a été prêché aux Gentils comme s'il était tout le plan, jusqu'à ce que « la plénitude des Gentils » soit entrée ; l'épouse glorifiée fera alors plus que l'Église actuelle.[155]

L'auteur comprend l'amertume des Juifs à l'annonce que les Gentils seraient cohéritiers, mais pas celle de certains chrétiens actuels, à qui l'on annonce que ce sont eux-mêmes, et non les Hottentots ou les païens, qui recevront « pouvoir sur les nations » (Apocalypse 2:26). Les saints doivent juger le monde, des « sauveurs » monteront sur la montagne de Sion, et ils auront part à la « restauration de toutes choses ». L'auteur pense que la progression du mal fait sentir à l'Église la nécessité d'une puissance accrue pour convertir le monde.[156] Selon Psaumes 22:27-28, tous les confins de la terre se tourneront vers le Seigneur, mais les royaumes ne lui appartiennent qu'à la septième trompette (Apocalypse 11:15). Le « petit troupeau » est, lors d'un changement de dispensation, dans la lumière et « sait ce que fait son Seigneur ».[157]

L'auteur reconnaît avoir lui-même cru, comme les Juifs, que la dispensation de l'Évangile était tout le plan de rédemption, alors qu'elle n'est qu'une étape préparatoire. Les Écritures ne se comprennent qu'à mesure que leur moment arrive, et ce qui concerne la résurrection a été « scellé jusqu'au temps de la fin » (Daniel 12:1-4). Puisque la fin est venue et que la parousia est en cours, l'Église ne doit pas être dans les ténèbres (1 Thessaloniciens 5:4) et doit « acheter du collyre » pour voir (Apocalypse 3:18).[158]

Lumière et communion

À partir de 1 Jean 1:5-7, la lumière et la communion sont déclarées inséparables : la communion est un partenariat, ici une relation familiale entre le Père et les fils de Dieu. La lumière est la révélation que Dieu donne de lui-même et de ses plans, et les ténèbres prouvent que l'on n'est pas fils de Dieu. Certains croient marcher dans la lumière tout en ignorant les plans de Dieu, ce que l'auteur refuse.[159]

La révélation a deux phases, non développée et développée. Les prophéties étaient d'abord de la première sorte : les prophètes eux-mêmes ne les comprenaient pas (1 Pierre 1:12). Elles contenaient la lumière destinée à l'Église, comme l'huile contient en germe la lumière d'une lampe (2 Pierre 1:19). La révélation n'est complète que lorsqu'elle est comprise, et il faut le même Esprit de vérité pour la comprendre que pour l'écrire. Être « dans la lumière » est donc un état produit par la connaissance de la vérité ; le Consolateur doit guider « dans toute la vérité » (Jean 15:15). Pour la parabole du semeur, la semence tombée au bord du chemin est celle qu'on entend sans la comprendre, et l'ennemi peut l'enlever (Matthieu 13:19) ; une fois comprise, elle ne peut plus l'être.[160]

Ces réflexions viennent d'écrits de personnes qui parlent beaucoup d'être dans la lumière mais ignorent le plan des âges. Ce plan est présenté comme celui de la révélation et du salut, et nul ne peut connaître Dieu autrement. Abraham, ami de Dieu, est informé de ce que Dieu prépare (Genèse 18:17), et les élus doivent de même connaître la « vérité présente ».[161] Dieu a toujours révélé à son Église des vérités propres à chaque époque. Noé, averti du déluge, a obéi et a été sauvé ; Lot a fui Sodome ; la présence du Messie devait être reconnue en l'an 29 de notre ère, et rejeter cette vérité était fatal ; les disciples, avertis par Jésus, ont fui la Judée quand Jérusalem a été encerclée (Luc 21:20-21). Les calamités concernées étaient temporelles, non éternelles.[162]

Le « jour du Seigneur » est un jour de détresse où tous les royaumes de la terre seront renversés, et Jésus recommande de veiller à ce que le jour ne surprenne pas (Luc 21:34). Ceux qui ignorent ces instructions sont dans les ténèbres, quel que soit leur caractère moral, et le jour les surprend comme un piège. Avant l'enlèvement des saints et après leur rassemblement dans le « grenier », ils traversent un jugement où « mille tomberont à leur côté » (Psaumes 91:7), mais, protégés par les anges, ils échappent à la calamité, parce que la vérité leur sert de bouclier. Les calamités physiques sont ainsi évitées, comme dans le passé. Bâtir sur le Christ assure le salut en son temps, mais seule la connaissance de la vérité permet d'échapper aux calamités temporelles.[163]

Enfin, la vie éternelle n'est donnée qu'au « monde à venir », à la septième trompette, mais certains y entrent plus tôt comme « prémices ». Croire que tous ceux qui bâtissent sur le Christ seront enlevés à la dernière génération sans égard à leur stature spirituelle revient à ignorer plusieurs textes et l'importance de la fidélité. Certains seront sauvés « comme au travers du feu » (1 Corinthiens 3:15), mais l'auteur souhaite être de ceux qui le traverseront sans dommage, grâce à la présence de « celui qui ressemble au Fils de Dieu ».[164]

L'expiation

Un lecteur écrit qu'il n'a jamais vu de théorie de l'expiation qui le satisfasse. Selon lui, « frère Russell » accorde trop d'importance à la mort du Christ dans une de ses déclarations, et l'article critiqué en accorde trop à la résurrection. Ce lecteur croit à un principe encore non révélé : la croix est une pierre d'achoppement pour le Juif et une folie pour le Grec, mais elle est « la puissance et la sagesse de Dieu » pour les sauvés. Il pense que la Bible enseigne la substitution en un certain sens, mais il rejette la substitution fondée sur la colère d'un Dieu irrité : à ses yeux, c'est l'amour qui a poussé Dieu à envoyer le Christ. Il tient que la Bible enseigne la réconciliation par la mort du Fils. Il se réjouit que chacun puisse profiter de cette mort sans en comprendre la philosophie, comme on profite de la digestion sans en connaître la théorie.[165]

Le rédacteur répond que le lecteur a raison sur un point : la Bible enseigne la réconciliation du monde par la mort du Christ (Romains 5:10). Il estime que les théologiens et les Églises se sont contentés de mots tout faits, comme « mort » ou « sang », et se sont satisfaits de croire sans chercher à comprendre. Il objecte que le Christ comprenait ce principe, qu'il a fait connaître à ses disciples tout ce qu'il avait entendu de son Père (Jean 15:15), et que le mystère est donc accessible à ceux à qui il est donné de connaître « les mystères du royaume » (Matthieu 13:11). Il rappelle que la semence tombée au bord du chemin désigne celui qui entend la parole sans la comprendre (Matthieu 13:19). Que la nature garde des mystères est, à ses yeux, une mauvaise excuse pour ne pas comprendre le plan de la rédemption, surtout de la part de quelqu'un qui se dit conduit par l'Esprit et qui admet que « le mystère de Dieu » est maintenant achevé.[166]

Pour le rédacteur, le mot « réconcilier » est toujours appliqué au « monde », aux « incirconcis », aux « Gentils » et jamais aux descendants d'Abraham, et il est absent de l'épître aux Hébreux. Le mot de Hébreux 2:17 est un autre mot grec, qui n'apparaît qu'en Luc 18:13, où il est rendu par « avoir pitié ». Dans les cinq passages où il apparaît (Éphésiens 2:16, Colossiens 1:20, Romains 5:11, 1 Corinthiens 7:11, 2 Corinthiens 5:18), il signifie que la mort du Christ a rapproché de Dieu le monde des Gentils, c'est-à-dire à portée de son plan de salut. Cette réconciliation consistait, d'après lui, à abattre le « mur de séparation » entre les Gentils et la famille d'Abraham, et ce mur était la loi, cause de l'inimitié.[167]

La réconciliation n'est donc pas, selon le rédacteur, l'entrée en harmonie ou en amitié avec Dieu, puisque les hommes ont été réconciliés alors qu'ils étaient encore ennemis. La loi a été supprimée par la mort du Christ, et l'inimitié avec elle. C'est là le mystère révélé aux Gentils, appelés à être « cohéritiers » (Éphésiens 3:5 ; Éphésiens 2:11-18). Le rejet des Juifs, qui ont perdu leur droit d'aînesse de descendants d'Abraham, a ramené le Juif au niveau du monde et fait descendre l'alliance et les promesses sur le terrain du monde. C'est en ce sens que « leur rejet est la réconciliation du monde » (Romains 11:15).[168]

La difficulté, pour le rédacteur, était la suivante : Dieu avait donné toutes choses à Abraham et à sa postérité par serment. Il fallait donc que les Gentils deviennent cohéritiers sans que Dieu manque à sa parole, et sans qu'ils puissent naître de nouveau d'une mère juive, comme Nicodème l'imaginait. Le Christ a résolu le problème en portant le droit d'aînesse hors de la nationalité juive, par le sacrifice de son corps.[169]

À la mort du Christ, toute la race est comptée comme morte (2 Corinthiens 5:14-17). La mort du Christ a rompu son lien avec la famille d'Abraham « selon la chair » : ressuscité, il n'est plus Juif, et héritier véritable, il emporte le droit d'aînesse en dehors du judaïsme. Pour devenir héritier, il suffit à chacun d'être compté comme mort avec lui puis de devenir une « nouvelle créature ». Le rédacteur répond ainsi à sa propre question : le Christ est mort pour que Juifs et Gentils soient tous comptés comme morts et que la création nouvelle puisse commencer, car « d'abord ce qui est naturel, ensuite ce qui est spirituel » (1 Corinthiens 15:46). Si le second Adam était resté mort, le sommeil éternel aurait été le sort de l'homme naturel (1 Corinthiens 15:17-20). La loi avait tué le Juif (Romains 7:9), et les Gentils, eux, sont mis à mort dans la nature adamique du Christ.[170]

Adam, dont le nom signifie « homme de la terre », est présenté comme un type du Christ (Romains 5:14). Le Christ devient l'« homme de la terre » en prenant notre nature pour souffrir la mort, et tous meurent dans sa mort comme tous seront rendus vivants dans sa vie. Le rédacteur déclare ne pas voir en quoi l'abolition de la loi, l'abattement du mur et l'abaissement du Juif au niveau du monde auraient un rapport avec la doctrine de la substitution d'une victime innocente. Il ne voit pas non plus de « principe non révélé ». Il voit le Christ « goûtant la mort pour tous » (Hébreux 2:9), « le juste pour les injustes » (1 Pierre 3:18), afin d'achever l'œuvre commencée en Éden avec la création de l'homme à l'image de Dieu (Genèse 1:26). Il dit aimer ce « côté lumineux » du plan de la rédemption.[171]

Souffrir avec le Christ

B. W. Keith, de Dansville (New York), part de la condition posée pour régner avec le Christ et être glorifié avec lui : souffrir avec lui ici-bas. La question est d'autant plus importante, selon lui, que « l'Église est dans les dernières scènes de sa carrière terrestre et se prépare, en quelque sorte, à obtenir son diplôme ».[172]

Souffrir avec le Christ signifie souffrir dans le même but que lui. Or le Christ est la propitiation pour les péchés du monde entier (1 Jean 2:2). Keith en conclut que le corps de l'Église doit partager ses souffrances pour les péchés du monde et « combler ce qui manque aux souffrances du Christ ». Sans cette souffrance du corps, le plan serait un échec. Le Christ s'est donné en sacrifice pour condamner le péché dans la chair, et les croyants sont exhortés à offrir leur corps en sacrifice vivant (Romains 12:1). Keith admet que certains rejetteront l'idée que le corps complète le sacrifice pour le monde. Mais, si régner et être glorifié avec le Christ veut dire partager sa royauté et sa gloire, souffrir avec lui veut dire partager ses souffrances. Il cite le chef du salut rendu parfait par les souffrances (Hébreux 2:10-11) et le Christ qui laisse un exemple à suivre (1 Pierre 2:21).[173]

Il voit l'Église perfectionnée pour conduire le monde à la gloire. Il invoque les souffrances du temps présent, sans comparaison avec la gloire à venir, et la création qui attend la manifestation des fils de Dieu (Romains 8:18-21). Il lit dans Jean 17 la même idée : les disciples sont envoyés dans le monde comme le Christ l'a été, afin que le monde croie.[174]

Le Christ a supporté la croix pour la joie qui lui était réservée (Hébreux 12:2), et ses épreuves n'étaient pas pour lui seul. Les fidèles qui tiennent ferme jusqu'à la fin deviendront comme lui « un sacerdoce royal ». Éprouvés en tout point, ils pourront compatir à ceux qui seront tentés dans la dispensation à venir et les délivrer. Comprendre que leurs souffrances ont le même but que celles du Christ les aide à poursuivre « le prix de la haute vocation » ; Keith cite 1 Pierre 4:12-13 pour les inviter à se réjouir d'être « participants des souffrances du Christ ».[175]

Le temps déterminé

Le rédacteur répond aux attaques répétées contre les dates précises, dirigées surtout contre sa revue. Un frère qui prêchait un temps déterminé en 1843-1844 prétend être devenu plus sage, tourne le dos à ces mesures prophétiques et « ne croit pas que le temps du second avènement soit révélé ». Le rédacteur attribue cette position au fait de ne pas comprendre la manière de l'avènement : si ce frère voyait l'ensemble des preuves que le second avènement a commencé en 1843-1844, comme le premier a commencé avec la conception et la naissance de Jésus, et qu'il comporte plusieurs étapes, il garderait sa lumière d'alors. Il ne se tromperait pas non plus sur les phases suivantes du mouvement « de ceux qui sortent à la rencontre de l'Époux » (Matthieu 25:1-13).[176]

La position défendue est que le moment des deux avènements, souffrances et gloire, a été révélé aux prophètes, mais d'une manière qu'ils ne comprenaient pas, pas plus que les anges (1 Pierre 1:11-12). Selon Daniel 12:9, les paroles étaient closes et scellées jusqu'au « temps de la fin ». Le Christ pouvait donc dire que nul ne connaît le jour ni l'heure (Matthieu 24:36), puisque le temps de la fin était alors lointain. Quand il arrive, le sceau est levé : les méchants ne comprennent pas, mais « les sages comprennent » (Daniel 12:10). « Nous affirmons, et pensons pouvoir le prouver, que le temps de la fin est maintenant venu »; ce que ni homme ni ange ne pouvait savoir peut être compris par les « petits enfants » qui ont la sagesse d'en haut.[177]

Le second avènement, comme le premier, se déroule en étapes, et la première était due en 1843-1844. Le frère critiqué et des milliers d'autres ont suivi cette date jusqu'au bout. Le monde n'a pas brûlé, aucune trompette littérale n'a retenti dans le ciel et le Christ n'est pas venu « dans toute sa gloire » : c'est ce qui a causé la déception et le recul. Selon le rédacteur, ces gens attendaient que tous les événements s'accomplissent d'un seul coup à la première étape. Il estime que ce frère retarde d'une quarantaine d'années sur la lumière actuelle, au point où la septième trompette a commencé à sonner, avant que « le mystère de Dieu ne soit consommé » (Apocalypse 10:7).[178]

Le rédacteur juge la position de 1843-1844 « claire, forte et sans réplique ». Les « soixante-dix semaines » de Daniel 9:24 se sont accomplies à raison d'un jour pour un an et ont pris fin vers l'époque de la crucifixion. Retranchées des 2 300 « jours » du chapitre précédent, ces 490 ans laissent un reste de 1 810 ans. En ajoutant ces 1 810 ans à l'an 33 de notre ère, on arrive à 1843. « La position de 1843-1844 était claire, forte et sans réplique ». Le frère en question avait misé sur elle sa réputation et tout ce qu'il avait ; comme le Christ n'est pas venu dans sa gloire, il a cru l'argument réfuté et a abandonné toute recherche ultérieure sur le temps déterminé. Le rédacteur soutient que le temps n'a pas renversé l'argument, mais seulement ceux qui supposaient que l'avènement se ferait d'un seul coup et non par étapes.[179]

Selon cette lecture, le second avènement a commencé en 1843 : le Christ quitte alors le Saint des saints et demeure trente ans dans le tabernacle extérieur. Pendant ce temps, comme dans la parabole, tous les croyants s'endorment, c'est-à-dire tombent dans les ténèbres. À la fin de ces trente ans, une seconde étape est due, la « parousie » de Matthieu 24:37-39. Le rédacteur souligne que la présence est comparée non au déluge mais aux « jours de Noé », qui l'ont précédé : pendant la période de cette seconde étape, les hommes mangent, boivent et se marient sans savoir. L'étape suivante est l'enlèvement des saints : « l'un sera pris et l'autre laissé » (Matthieu 24:40-41).[180]

À la question de savoir comment on peut connaître ce qui se passe derrière le voile, la réponse est le recours à un « pentographe » : « nous avons un pantographe dont le long bras atteint ce qui est derrière le voile, tandis que le court bras est sur notre table ». Le court bras est le déroulement des gestes du grand prêtre sous la loi, lors de l'expiation, à l'entrée comme à la sortie, dont chaque détail a son équivalent dans « le tabernacle qui n'est pas fait de main d'homme ». Le rédacteur peut ainsi marcher par la foi sans voir derrière le voile. À l'objection que la loi donne les faits (sortie du grand prêtre, séjour dans le tabernacle extérieur jusqu'à l'œuvre du bouc émissaire) mais aucune durée précise, il répond que les mesures du temps viennent moins de la loi que du témoignage, c'est-à-dire des prophéties, dont ses « deux témoins » sont pleins.[181]

Il ajoute que les adventistes auraient dû comprendre que le Christ ne vient « dans toute sa gloire » qu'avec tous ses saints sur le mont des Oliviers, après le rassemblement des nations autour de Jérusalem et la bataille (Zacharie 14 ; Matthieu 25:31). Selon lui, les mots grecs pour « saint » (hagios) et « ange » (angelos) ne sont associés que trois fois dans le Nouveau Testament, toujours à propos de la venue du Christ dans sa gloire. Le texte de Daniel 8:14 dit que le sanctuaire sera purifié ou, en marge, « justifié » au bout de 2 300 jours, sans que le mot « alors » figure en hébreu. L'interprétation de 1843 lisait : « jusqu'à 2 300 jours, alors le Christ viendra dans sa gloire ». « Je m'en remets au bon sens de chacun : "alors le sanctuaire sera purifié" ne peut-il pas signifier tout autre chose que la venue du Christ dans sa gloire ? » [182]

On pensait alors que le sanctuaire serait purifié par le feu. Sous la loi, le sanctuaire et toutes choses, jusqu'au pays lui-même (Nombres 35:33), sont purifiés par le sang. Les réalités célestes le sont par un « meilleur sacrifice » (Hébreux 9:23). Ce qui est purifié à la fin des 2 300 jours doit donc l'être par ce meilleur sacrifice et appartenir à l'ordre céleste. Le sens premier de « sanctuaire » est la demeure de Dieu, et le rédacteur compte montrer qu'il s'agit ici de la maison spirituelle où les croyants sont « édifiés ensemble pour être une habitation de Dieu » (Éphésiens 2:22). Le mot hébreu koh-desh de Daniel 8:14 apparaît aussi en Deutéronome 33:2 pour désigner les « saints » qui accompagnent Dieu.[183]

Dans la question de Daniel 8:13, deux choses sont foulées aux pieds : le sanctuaire et l'armée (« host »). Les explications de l'ange au chapitre suivant montrent que les soixante-dix semaines mesurent la partie de la vision concernant le sacrifice quotidien, et le reste concerne autre chose. L'armée désigne presque partout la semence naturelle, Israël (Josué 3:2 ; Josué 5:14), tandis que le corps du Christ est la vraie demeure de Dieu, dont les sanctuaires terrestres ne sont que l'ombre. Le rédacteur propose donc de lire : « Jusqu'à 2 300 jours, alors l'Église de l'Évangile sera purifiée », l'Église de l'Évangile et l'Église juive étant toutes deux foulées aux pieds. La vision va pourtant « jusqu'à la fin de l'indignation » (Daniel 8:19), donc jusqu'à la fin des temps des Gentils, alors que les 2 300 jours n'atteignent que le moment où la purification devait commencer. Il rapproche ce moment de Actes 3:19-21 : sous la loi, le grand prêtre sortait du lieu très saint mais s'arrêtait dans le tabernacle extérieur jusqu'à ce que le bouc émissaire ait accompli l'œuvre d'ôter les péchés du peuple.[184]

La purification du sanctuaire est présentée comme la dernière phase de l'expiation. Selon Actes 3:19-21, l'effacement des péchés n'est dû que lorsque Dieu « envoie Jésus-Christ », et Hébreux 9:28 annonce que le Christ apparaîtra une seconde fois, sans péché, pour le salut de ceux qui l'attendent. Le grand prêtre commence donc à sortir, mais il s'attarde dans le tabernacle extérieur, où nul ne doit se trouver (Lévitique 16:17), jusqu'à l'achèvement de cette œuvre. Elle est décrite comme celle qui se déroule « de l'autre côté du voile » depuis la fin des 2 300 jours.[185]

La durée de ce séjour est établie de deux façons. Les mesures prophétiques la fixent à trente ans, et le modèle de la dispensation juive donne la même durée : au premier avènement, le Christ est resté exactement trente ans dans son tabernacle de chair, entre la première et la seconde étape de sa venue. Son ministère personnel pendant la « moisson » de l'âge juif a duré trois ans et demi. La présence doit donc durer le même temps durant la moisson de l'âge de l'Évangile, et ces trois ans et demi se sont terminés au printemps de 1878. L'enlèvement de l'Église est attendu en 1881. Le Christ ne vient « dans toute sa gloire » qu'au moment de la bataille du grand jour, avec « tous ses saints », sur le mont des Oliviers ; « tout œil le verra » à ce moment.[186]

Le rédacteur ajoute que ses compagnons ne sont plus des serviteurs mais des amis de l'Époux, citant Jean 15:15 : le serviteur ne sait pas ce que fait son maître, l'ami le sait. Il demande à Dieu d'oindre d'un collyre les yeux de son contradicteur et de tous ceux qui restent dans l'obscurité sur le temps et la manière de l'avènement. L'Église est pleine de serviteurs, dont beaucoup sont fidèles et auront leur « denier ». À côté d'eux, un « petit troupeau » est compté comme « amis » : il vit dans la lumière et sait ce que fait son Seigneur. Cette position est présentée comme le « but du prix de la vocation d'en haut » (Philippiens 3:14).[187]

La sainteté

La doctrine biblique de la sainteté est jugée mal comprise par ceux qui se disent disciples du Christ : ils ne la voient pas dans la Parole de Dieu ou ne l'appliquent qu'aux autres. Une série de questions rappelle les textes qui la fondent. Sans la sainteté, nul ne verra le Seigneur ; Dieu a appelé à la sainteté (1 Thessaloniciens 4:7) ; la volonté de Dieu est la sanctification des croyants (1 Thessaloniciens 4:3) ; les membres doivent être livrés comme serviteurs de la justice pour la sainteté (Romains 6:19). Seuls les saints auront part à la première résurrection (Apocalypse 20:6), et le mot souvent rendu par « saint » signifie « personne sainte ». Ceux qui espèrent apparaître avec le Christ en gloire (Colossiens 3:4) viendront avec lui comme saints. Les épîtres sont adressées aux saints d'Éphèse, de Colosses, de Philippes ou de Corinthe, et seuls ceux qui sont saints peuvent revendiquer les promesses qu'elles contiennent. La lumière reçue de Dieu a pour but de sanctifier entièrement les croyants et de les garder irréprochables jusqu'à la venue du Seigneur, selon la prière du Christ : « Sanctifie-les par ta vérité » (Jean 17:17). Quiconque espère s'asseoir avec lui sur son trône se purifie comme lui-même est pur (1 Jean 3:3). L'exhortation de 1 Pierre 1:15-16 conclut le texte : être saint comme Dieu est saint. Ce que signifie être saint est renvoyé à un examen ultérieur. Le texte est signé C. T. R.[188]

Correspondance

S. H. Withington écrit de Springwater, le 25 septembre 1878. Sa famille a subi récemment des deuils très pénibles, mais il ne murmure pas : tout concourt au bien de ceux qui aiment Dieu (Romains 8:28) et toute correction produit ensuite un fruit paisible de justice (Hébreux 12:11). Il voit dans l'époque un temps « grand et terrible », où se préparent les noces de l'Agneau et la fin du monde présent. La « lumière » publiée dans la revue lui paraît belle : l'espoir pour la race humaine, la « création qui gémit », manifeste l'amour de Dieu, et une théologie qui ne s'accorde pas avec l'idée que « Dieu est amour » mérite d'être remise en question. La promesse faite à Abraham (Genèse 12:3), comprise comme visant le Christ et son corps, amènera la restitution de la race. D'après les preuves exposées, les anges sont en train de rassembler le blé dans le grenier. La dernière demi-« semaine » de la moisson est en cours, selon le modèle de la fin de la première maison. Les deux maisons, symbolisées par les chérubins, devant être « d'une même mesure et d'une même taille », une demi-semaine est due pour rassembler le blé de la seconde après la fin de sa dispensation. Il se réjouit de voir approcher le royaume qui doit briser tous les autres royaumes (Daniel 2:44).[189]

Mary A. Belding écrit d'East Hartford en septembre 1878 à Barbour. Isolée, elle garde un souvenir heureux de la réunion de Springfield, où elle a rencontré des personnes de même foi. Elle voit dans les plans de Dieu une harmonie, un « cantique » que seuls les rachetés peuvent apprendre (Apocalypse 14:3). Elle interprète la « mer de verre mêlée de feu » (Apocalypse 15:2) comme un état de sécurité mêlé de jugement, et pense que les gens commencent à reconnaître ces jugements, qui ne sont que le début des troubles. Elle plaint ceux qui se disent attachés au Seigneur mais ne cherchent pas à connaître ces vérités. Parmi les congrégationalistes, méthodistes et adventistes auxquels elle les présente, peu comprennent ou acceptent. Elle n'espère plus revoir Barbour avant le royaume, et la revue, dit-elle, est toute la prédication dont elle dispose.[190]

G. et M. S. Tilton écrivent d'Alton (New Hampshire) le 23 septembre 1878 pour rendre compte de la réunion sous tente d'Alton Bay. Ils ont été heureux d'entendre exposer le plan des âges, l'amour de Dieu pour la race humaine et la préparation de l'épouse, devant un public nombreux et attentif. John H. Paton, resté chez eux après la réunion, a prêché le dimanche suivant dans l'église congrégationaliste devant une assistance importante. Selon eux, ces réunions ont dissipé des préjugés et amené certains à se demander si ces choses sont vraies. D'autres, aigris et à court d'arguments, cherchent à nuire par la calomnie à la réputation de ceux qui y croient. Les Tilton s'étonnent que la vérité provoque la colère, comme à l'époque du Christ, lorsque les gens de la synagogue de Nazareth furent remplis de fureur (Luc 4:25-28).[191]

Le livre de l'Apocalypse

La fin de la phase laodicéenne de l'Église ouvre une nouvelle série d'événements. Le royaume de Dieu, le trône et son entourage, tels que Daniel 7 les représente, apparaissent au chapitre 4 de l'Apocalypse. La « mer de verre » (Apocalypse 4:6), état dans lequel l'Église est désormais rassemblée, se tient « devant le trône ». Du début du chapitre 4 au premier verset du chapitre 5, il s'agit d'événements sur le seuil desquels le rédacteur se situe, et ils appartiennent aux trente-sept années à venir, temps de détresse sur la terre. Il reconnaît que la mesure du temps peut être connue sans que l'on puisse parler avec certitude des détails d'une prophétie non accomplie.[192]

Le chapitre 4 est lu comme l'organisation du royaume et le chapitre 5 comme la préparation à l'ouverture des sept sceaux. Cette ouverture appartient au temps de détresse et à la conquête des nations, pendant que le royaume brise les royaumes des Gentils (Daniel 2:44 ; Apocalypse 2:26 ; Apocalypse 17:14 ; Apocalypse 19:11-21). Le chapitre 7 correspond à une retenue partielle de ces jugements pendant l'accomplissement de Daniel 12:1, la délivrance du peuple de Daniel. Six des sceaux couvrent tout ce temps de détresse, tandis que le septième est seulement un « silence de sept jours ».[193]

Voir aussi

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Illustrations du numéro

Références

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