Informant de décembre 1940
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| Informant de décembre 1940 | |
|---|---|
| Revue | Informant |
| Date | 1940 |
| Année | 1940 |
| Éditeur | Watch Tower Bible and Tract Society |
Ce numéro est dominé par la mobilisation pour la campagne de distribution de brochures « Courage », présentée comme la plus ambitieuse jamais entreprise, avec un objectif de cinq millions d'exemplaires pour le seul mois de décembre. La figure biblique d'Éhud est convoquée comme modèle d'action résolue, et les serviteurs de zone et de compagnie reçoivent des instructions précises pour éliminer toute lacune dans la chaîne de distribution à l'échelle nationale.
En parallèle, ce numéro orchestre la transition vers la campagne de janvier 1941 autour de la brochure Satisfied, en fixant des quotas individuels et en projetant une diffusion de deux à trois millions d'exemplaires. L'ensemble des instructions, des statistiques de proclamateurs — 51 506 proclamateurs de compagnie et 3 619 pionniers en octobre 1940 — et des annonces de publications multilingues compose un tableau d'organisation théocratique centralisée, tournée vers l'efficacité mesurable du témoignage.
Analyse
Croyances
Urgence prophétique et typologie d'Éhud
Le nom donné à la campagne de décembre 1940, « Courage », et l'annonce d'une nouvelle série de conférences intitulées « La Fin », « Victoire » et « Jusqu'à la Terre » rattachent la distribution de brochures à un calendrier prophétique précis : celui d'un dénouement tenu pour imminent.[1] L'articulation des trois titres reproduit la séquence eschatologique enseignée à cette date — destruction du système en place, victoire du gouvernement théocratique, espérance d'une vie terrestre — de sorte que l'objectif de cinq millions de brochures placées en un mois n'est pas un objectif de diffusion parmi d'autres mais la conséquence opérationnelle d'une chronologie.[2] Le discours public prononcé par Rutherford à l'assemblée de Detroit durant l'été 1940 avait déjà donné à cette attente sa formulation publique.[3]
La caution scripturaire de cette urgence est fournie par un seul récit, celui du juge Éhud (Juges 3:15-30), dont le nom est interprété comme signifiant « uni » et dont l'exemple impose aux proclamateurs la préparation, le courage et la rapidité d'exécution.[4] Cette lecture prolonge directement l'exégèse développée deux mois plus tôt dans La Tour de Garde du 15 octobre 1940, qui attribuait un antitype contemporain à chaque détail du récit — les carrières de Gilgal devenant les systèmes idolâtres, Séira l'organisation théocratique, les dix mille Moabites la totalité des adversaires vouée à l'extermination.[5] L'apport propre de décembre est de convertir cette typologie en mot d'ordre : ce qui était un schéma d'interprétation prophétique devient le nom d'une campagne mensuelle et le principe de son rythme.
L'étymologie revendiquée pour le nom n'a pourtant pas la solidité que lui prête cette lecture. Les lexiques classiques de Brown, Driver et Briggs hésitent entre « je rendrai grâces » et « indivis, union », le nom pouvant être rattaché soit à אחד (« un »), soit au verbe יחד (« être uni »).[6][7] Le rattachement à l'unité remonte à des rabbins médiévaux, dont le Gaon de Vilna, qui postulaient une forme originelle אחוד ; l'étymologie réelle demeure inconnue et aucune des interprétations traditionnelles n'est reçue par les linguistes contemporains.[8] Le sens sur lequel repose l'exhortation à l'unité est donc une hypothèse ancienne, non un acquis philologique.
Le choix d'Éhud comme modèle d'action pose en outre un problème que l'exégèse universitaire a longuement discuté. Le récit est analysé comme une réussite littéraire constituant une « pierre d'achoppement théologique », le meurtre d'Églon étant difficile à justifier puisque ce roi avait lui-même servi d'instrument divin pour ramener Israël à l'obéissance.[9] Il est par ailleurs relevé que l'esprit de Yahvé ne descend jamais sur Éhud et qu'il n'est pas dit de lui qu'il « jugea Israël », ce qui affaiblit son statut de modèle de fidélité mandatée.[10] Plusieurs exégètes soutiennent que le récit relevait originellement du registre comique, Églon — dont le nom évoque le « petit veau » — étant présenté comme un bovin abattu, et le faux oracle d'Éhud comme une raillerie des souverains étrangers et de leur recours à la divination.[11] Un récit de ruse et d'assassinat politique, dont la portée normative est contestée depuis la Renaissance, sert ainsi de fondement à une consigne de zèle missionnaire.[12]
Gouvernement divin en exercice et prédication obligatoire
L'objectif assigné au nouveau formulaire d'assemblée de zone — établir une coopération plus étroite entre tous les serviteurs et proclamateurs de la Théocratie — ne relève pas du seul vocabulaire administratif.[13] La formule suppose acquise la doctrine exposée dans La Tour de Garde des 1er et 15 juin 1938, selon laquelle le gouvernement de Dieu est une réalité présente qui dirige effectivement l'organisation, les nominations de serviteurs n'étant plus issues du vote des congrégations locales mais transmises depuis Brooklyn.[14] Les proclamateurs ne sont donc pas décrits comme membres d'une association religieuse mais comme sujets d'un gouvernement en exercice, ce qui change la nature du quota : une instruction reçue d'une autorité divine actuellement souveraine n'admet pas le refus qu'admettrait une recommandation ecclésiale.
Cette conversion d'une doctrine du gouvernement divin en discipline mesurable éclaire les dispositifs du numéro : consignation de quatre-vingts brochures Satisfied par proclamateur pour janvier, rapport hebdomadaire de progression exigé à chaque réunion de service, surveillance par les serviteurs de zone des « lacunes » de distribution.[15] L'idée que les personnes de bonne volonté doivent « rechercher et attendre » les témoins dans les rues achève le dispositif en assignant un rôle au public lui-même. Max Weber a décrit ce type de transformation comme la routinisation du charisme : une autorité d'abord fondée sur la relation personnelle à un chef, intrinsèquement instable, doit se convertir en règles prévisibles et en charges administratives pour survivre comme institution.[16][17] Weber ne tenait pas ce mouvement pour une trahison du charisme mais pour une nécessité sociologique, faute de quoi les mouvements charismatiques se dissolvent.[18] Le formulaire de zone en est une illustration ordinaire : la volonté divine s'exprime par un imprimé à compléter et à retourner selon instructions.
La sociologie des mouvements religieux contemporains a proposé une lecture voisine du quota comme producteur d'engagement. Andrew Holden, dans Jehovah's Witnesses: Portrait of a Contemporary Religious Movement (Routledge, 2002), qualifie le mouvement de « quasi-totalitaire » et analyse la négociation continue qu'il entretient avec la culture séculière environnante.[19][20] Le mécanisme visible en décembre 1940 — un objectif chiffré, une déclaration hebdomadaire, un contrôle hiérarchique de l'écart — relève de ce que cette approche décrit comme une structure encadrant le temps disponible du membre par la mesure de sa production.
Réprobation de la « religion » et retournement de Noël
Le prospectus consacré au livre Religion et la conférence portant ce titre s'appuient sur une distinction posée par Rutherford à la fin de 1936, séparant la « religion » du christianisme et faisant de la première une œuvre démoniaque plutôt qu'une forme dévoyée de culte.[21] Le livre Religion, paru en 1940 avec un tirage annoncé d'un million d'exemplaires, et le discours public « La religion comme remède mondial » prononcé le 28 juillet 1940 à Detroit constituent l'appui doctrinal immédiat de la campagne promotionnelle décrite dans ce numéro.[22] Le slogan « la religion est un piège et une escroquerie », formulé dès 1936 et porté sur des pancartes en cortège à Manille en mars 1940, donne la mesure de la polémique dans laquelle s'inscrivent ces conférences.
Cette frontière doctrinale avec la chrétienté reçoit sa traduction pratique dans le traitement de Noël. Les guillemets placés autour du mot signalent une fête réprouvée comme d'origine païenne, position adoptée sous la direction de Rutherford après l'abandon de la célébration au Béthel en 1926.[23] Le retournement opéré ici est significatif : les vacances de Noël sont identifiées comme l'un des dix jours les plus propices à l'activité de terrain, précisément parce que la quasi-totalité des proclamateurs y sera disponible.[24] La fête condamnée devient une ressource de temps libre, et des dispositions sont prises pour une activité spéciale de témoignage le 25 décembre, voire le 24 lorsque ce jour est férié localement.[25] La démarcation ne se contente donc pas d'interdire : elle réaffecte le calendrier de la chrétienté à l'usage de la prédication.
Deux classes de salut, une obligation identique
La destination de Satisfied aux oints comme aux Jonadabs tient pour acquise, sans la justifier, la partition du salut en deux classes fixée entre 1932 et 1935.[26] L'assemblée de Washington du 3 juin 1935 avait relocalisé sur une terre paradisiaque la « grande foule » d'Apocalypse 7:9, jusque-là comprise comme une catégorie céleste de second rang, et Informant de novembre 1940 avait retenu le cri de cette même foule comme texte de l'année pour 1941.[27] Le terme « Jonadabs » lui-même procède de la typologie des Récabites de Jérémie 35:6-19, dont l'obéissance inconditionnelle à l'ordre de leur ancêtre fournit le modèle de la classe à espérance terrestre.[28]
Cette hiérarchie d'espérances n'entraîne cependant aucune différence dans l'obligation de prêcher. La Tour de Garde du 1er janvier 1938 avait déjà posé que les mêmes exigences d'obéissance, de courage et de participation active à la prédication s'imposent aux Jonadabs qu'au reste oint, l'appartenance à la classe terrestre ne constituant pas un statut dispensé d'obligations.[29] Le quota de quatre-vingts brochures par proclamateur, calculé indistinctement sur les soixante mille proclamateurs de compagnie sans distinguer les deux classes, confirme cet état de la doctrine : la partition structure les identités et les espérances, jamais le volume de travail exigé.[30]
Organisation et histoire
Une prédication planifiée depuis Brooklyn : quotas, stocks et calendrier
La campagne de témoignage « Courage » est fixée d'avance à un objectif chiffré de cinq millions de brochures distribuées en décembre, adossé à un stock de plus de dix millions d'exemplaires déjà disponibles auprès des compagnies et des pionniers, plusieurs millions supplémentaires ayant été commandés.[31] Cette arithmétique précède l'activité religieuse au lieu de la mesurer : le quota n'est pas un constat rétrospectif mais une commande passée à un effectif connu. La campagne, ouverte le 1er décembre 1940 et close le 12 janvier 1941, mobilisera effectivement près de cinquante mille proclamateurs aux États-Unis pour près de huit millions de brochures, et son intitulé renvoie au courage exigé des proclamateurs dans le climat de persécution du début de la Seconde Guerre mondiale.[32]
Le calcul des objectifs repose sur une base démographique explicite : plus de soixante mille proclamateurs associés aux compagnies et environ quatre mille pionniers, chiffres à partir desquels est déduite une fourchette de distribution de deux millions et demi à trois millions d'exemplaires de Satisfied pour janvier.[33] Le fidèle y figure comme capacité de production : l'effectif est la variable d'entrée d'un calcul dont la sortie est un volume de littérature. La moyenne mondiale des pionniers, plein temps et temps partiel confondus, s'établit pour 1940 à 5 251, ce qui situe la part américaine annoncée comme largement majoritaire dans ce corps.[34]
Cette quantification n'aurait guère de portée sans un calendrier lui-même programmé. La campagne « Courage » est prolongée jusqu'au 1er janvier précisément pour que la campagne suivante s'amorce sans interruption avec Satisfied, brochure de Rutherford parue la même année[35], laquelle a elle-même pour fonction déclarée de « préparer le terrain » pour la campagne de La Tour de Garde qui doit suivre.[36] Chaque mois est ainsi conçu comme le préalable logistique du suivant, sur au moins trois périodes consécutives. La sociologie de la quantification éclaire ce dispositif : Alain Desrosières a montré que les statistiques ne reflètent pas un réel préexistant mais façonnent les manières de penser une société et d'agir sur elle, l'argument numérique s'imposant comme indiscutable au nom de sa rigueur supposée.[37]
La chaîne de commandement et ses instruments de contrôle
Le dispositif descend par une hiérarchie nommément décrite. Le serviteur de zone est chargé de détecter les « lacunes » de distribution et de redistribuer équitablement les stocks excédentaires entre compagnies et pionniers, le serviteur de compagnie relayant l'instruction, le proclamateur l'exécutant.[38] Le service de zone, institué en octobre 1938, regroupait environ une vingtaine de compagnies sous la responsabilité d'un serviteur nommé depuis Brooklyn ; il constituait à la date de ce numéro l'échelon intermédiaire de l'administration américaine.[39]
La remontée d'information est aussi outillée que la descente des consignes. Un rapport hebdomadaire de progression doit être remis à chaque réunion de service, permettant à chaque compagnie de mesurer son avancement vers le quota assigné.[40] S'y ajoute un instrument nouveau : un formulaire de collecte d'informations que le serviteur de zone adresse au serviteur de compagnie avant chaque assemblée de zone, à compléter et retourner selon des instructions précises, l'objectif déclaré étant une « coopération plus étroite » entre tous les serviteurs et proclamateurs de la Théocratie.[41] Le vocabulaire consensuel de la coopération recouvre ici la formalisation d'un circuit de reporting obligatoire ; les assemblées de zone que ce formulaire vient équiper seront elles-mêmes supprimées au 1er décembre 1941, ce qui fait de ce numéro un témoin de la dernière année d'existence de cet échelon.[42]
L'ensemble illustre ce que Max Weber appelle la routinisation du charisme : pour subsister comme institution, une autorité fondée sur la relation personnelle à un chef doit se convertir en quelque chose de prévisible et régi par des règles, l'autorité se déplaçant de l'individu vers des procédures et des charges administratives.[43] Le mot « Théocratie », employé pour désigner l'ensemble des serviteurs et proclamateurs, sacralise précisément ce que le formulaire administre. Andrew Holden, dont l'enquête de terrain reste la première étude sociologique majeure du mouvement, qualifie celui-ci de « quasi-totalitaire » au regard de l'emprise de ses dispositifs de contrôle sur l'usage du temps des adhérents.[44] Wendy Espeland et Michael Sauder ont pour leur part décrit la « réactivité » que produisent les mesures chiffrées chez ceux qui y sont soumis, chacun ajustant sa conduite à l'indicateur jusqu'à fabriquer l'environnement qui valide les présupposés de la mesure.[45]
Le siège comme fournisseur : consignation imposée et matériel promotionnel
Le rapport entre Brooklyn et les congrégations est également un rapport de flux de marchandises. La brochure Satisfied est consignée à chaque compagnie sur la base de quatre-vingts exemplaires par proclamateur, sans commande préalable des intéressés, chacun étant ensuite tenu de s'assurer que son quota est bien placé entre les mains du public, au porte-à-porte comme sur les routes de magazines.[46] La congrégation reçoit un stock calculé en amont et devient, dans ce modèle, un point d'écoulement dont l'approvisionnement ne dépend pas d'elle.
Le siège fournit aussi l'outillage promotionnel. Un dossier publicitaire annonce une série de conférences intitulées « Religion », « La Fin », « Victoire » et « Jusqu'à la Terre »[note 1] et remplace désormais les anciens dossiers de transcription lors des commandes.[47] Ces conférences correspondent au corpus d'enregistrements phonographiques de Rutherford alors diffusé : le discours « Victoire » est gravé sur un jeu de treize disques numérotés P-191 à P-203, complété par un P-204 portant l'allocution « Piège et escroquerie ».[48] Un second prospectus, imprimé en deux couleurs, promeut le livre Religion — paru en 1940 sous le titre complet Religion : origine, influence sur les hommes et les nations, et résultat[note 2] — et ménage un espace où la compagnie locale appose son adresse et son numéro de téléphone afin de faciliter les visites de retour.[49] La personnalisation locale se limite ainsi à deux lignes d'adresse sur un imprimé conçu, composé et fabriqué ailleurs — pratique dont on trouve un précédent dans la distribution de prospectus accompagnant les panneaux-sandwichs employés à Glasgow dès 1936.[50]
Le bas de la chaîne relève de la même logique : plusieurs milliers d'exemplaires invendus du périodique The Messenger sont écoulés à cinq cents l'exemplaire et réaffectés aux visites de retour.[51] Ce titre désigne la série des rapports de convention publiés par la Société depuis Toronto en 1927, puis Detroit en 1928, Columbus en 1931, Londres en 1938 et New York en 1939, jusqu'aux assemblées théocratiques de 1940.[52] Un compte rendu d'assemblée, produit pour un événement daté, se voit ainsi requalifié en outil de prédication une fois l'événement passé, plutôt que mis au pilon.
Quand la logistique commande à la doctrine
Dix jours sont désignés comme particulièrement propices au service de terrain, au premier rang desquels les vacances de « Noël », pendant lesquelles la quasi-totalité des proclamateurs sera disponible, ainsi que les samedis et dimanches.[53] Les guillemets qui encadrent le nom de la fête marquent la distance doctrinale d'un mouvement qui a rompu avec sa célébration à la fin des années 1920, le dernier Noël ayant été observé au Béthel en 1926 ; la rupture sur les fêtes s'est étalée sur plusieurs années, les anniversaires demeurant encore tolérés à cette date.[54] La fête rejetée comme païenne est retenue comme créneau optimal précisément pour ce qu'elle produit socialement : des foyers occupés et des fidèles libérés de leurs obligations professionnelles.
Le même renversement affecte les catégories eschatologiques. Satisfied est présentée comme destinée aussi bien aux oints qu'aux Jonadabs ainsi qu'aux personnes de bonne volonté.[55] La bipartition entre classe céleste et classe terrestre, redéfinie par Rutherford à l'assemblée de Washington du 3 juin 1935, fonctionne ici non comme objet d'exposition doctrinale mais comme segmentation d'un public cible — prolongement direct de l'usage administratif déjà observé en juin 1940, où les Jonadabs étaient identifiés par les noms figurant sur les listes de visites de retour tenues par les compagnies.[56]
L'invocation d'Éhud relève de la même subordination. Le nom du juge benjaminite de Juges 3:15-30 est glosé comme signifiant « uni », et son exemple mobilisé pour prescrire préparation, courage et action rapide.[57] La lexicographie hébraïque classique de Brown, Driver, Briggs et Gesenius propose pour אֵהוּד soit « je rendrai grâces », soit « indivis, union »[58], et certains commentateurs médiévaux, dont le Gaon de Vilna, rattachaient le nom à אחד (« un ») par un passage du ḥet au hé ; l'étymologie réelle demeure toutefois inconnue et aucune de ces lectures traditionnelles n'est retenue par les linguistes contemporains.[59] Le sens retenu ici — celui qui sert l'unité d'action d'une campagne — est donc le plus commode, non le mieux établi. Le choix du personnage est lui-même remarquable : l'exégèse universitaire tient le récit de l'assassinat d'Églon pour une « pierre d'achoppement théologique », relevant que l'esprit de Yahvé ne descend pas sur Éhud et qu'il n'est jamais dit de lui qu'il « jugea Israël »[60], tandis que plusieurs exégètes y lisent un récit originellement satirique tournant en dérision les souverains étrangers.[61] Un assassinat politique par ruse devient ainsi le modèle prescrit d'une opération de distribution de brochures, la valeur opératoire du récit l'emportant sur sa complexité morale.
Contenu
Campagne du mois de « Courage »
La campagne de témoignage intitulée « Courage » est présentée comme la plus grande jamais organisée en matière de distribution de brochures.[62] Plus de dix millions de brochures sont disponibles auprès des compagnies et des pionniers, et plusieurs millions supplémentaires ont été commandés.[63] On estime que cinq millions d'exemplaires seront distribués au cours du mois de décembre. Les numéros précédents de l'Informant ont fourni les détails du quota fixé pour les proclamateurs de compagnie et les pionniers.[64]
Les serviteurs de zone et de compagnie sont particulièrement sollicités pour s'assurer qu'il n'existe aucune « lacune » dans la distribution, en veillant à ce que les stocks de brochures en excédent soient équitablement répartis entre les compagnies et les pionniers.[65] L'offre combinée de sept brochures doit être mise en avant à chaque réunion de service. La figure biblique d'Éhud, dont le nom signifie « uni », est invoquée comme modèle de préparation et d'action résolue : « la préparation, le courage et l'action rapide sont des conditions essentielles ».[66]
Dix jours sont identifiés comme particulièrement propices à l'activité de terrain, notamment les vacances de « Noël », pendant lesquelles la quasi-totalité des proclamateurs sera disponible pour le service de terrain, ainsi que les samedis et dimanches.[67] Un rapport hebdomadaire de progression devra être remis à chaque réunion de service pour permettre aux compagnies de suivre leur avancement vers le quota fixé.[68] La campagne est prolongée jusqu'au 1er janvier, ce qui permettra d'amorcer simultanément la campagne de janvier avec la nouvelle brochure Satisfied.[69]
Une note distincte signale qu'il reste plusieurs milliers d'exemplaires du périodique The Messenger, désormais proposés à cinq cents l'exemplaire, ces copies étant jugées particulièrement utiles pour les visites de retour.[70]
Campagne de janvier : la brochure « Satisfied »
La brochure Satisfied, présentée comme une nouvelle publication de Rutherford, est destinée à être distribuée exclusivement tout au long du mois de janvier 1941, afin de préparer le terrain pour la campagne de La Tour de Garde qui doit suivre.[71] Elle est décrite comme « passionnante et rafraîchissante au-delà des mots » aussi bien pour les oints que pour les Jonadabs, et comme indispensable pour les personnes de bonne volonté.[72]
Trois objectifs sont assignés à cette campagne : porter aux âmes en manque le message contenu dans la brochure, préparer le terrain pour la campagne de La Tour de Garde, et inciter les personnes de bonne volonté à rechercher et à attendre la présence des témoins de Jéhovah dans les rues avec La Tour de Garde.[73]
La brochure est consignée à chaque compagnie sur la base de quatre-vingts exemplaires par proclamateur, et chacun est invité à s'assurer que son quota est placé entre les mains du public, aussi bien lors du travail de porte-à-porte ordinaire que sur les routes de magazines.[74] Avec plus de soixante mille proclamateurs associés aux compagnies et environ quatre mille pionniers, il est estimé possible de distribuer entre deux millions et demi et trois millions d'exemplaires au cours du mois de janvier.[75]
Nouveaux dossiers et nouvelles publications
La Société a préparé un nouveau dossier publicitaire annonçant une nouvelle série de conférences intitulées « Religion », « La Fin », « Victoire » et « Jusqu'à la Terre ». Ce dossier remplace désormais les anciens dossiers de transcription lors des commandes.[76] Un autre prospectus a été conçu pour promouvoir le livre Religion ; imprimé en deux couleurs, il prévoit un espace pour que la compagnie locale y appose son adresse et son numéro de téléphone, dans le but de faciliter les visites de retour.[77]
Un nouveau formulaire de collecte d'informations pour les assemblées de zone est mis en place. Le serviteur de zone l'envoie au serviteur de compagnie avant chaque assemblée, ce dernier devant le compléter et le retourner conformément aux instructions. L'objectif déclaré est d'établir une coopération plus étroite entre tous les serviteurs et proclamateurs de la Théocratie.[78]
L'Annuaire 1941 et le calendrier
L'Annuaire 1941 des témoins de Jéhovah est présenté comme contenant un rapport de Rutherford sur les activités mondiales du mouvement pendant l'année de service écoulée, qualifié de « activités mondiales des témoins de Jéhovah sous des tirs ennemis continus ».[79] La contribution demandée est de cinquante cents. Le calendrier 1941 est décrit comme particulièrement beau, illustré de symbolismes scripturaux autour du texte de Apocalypse 7:10, et inclut les périodes de témoignage pour 1941 ainsi que diverses instructions de service de terrain. La contribution est fixée à vingt-cinq cents l'exemplaire, soit un dollar pour cinq copies.[80]
Affidavits de troubles
En réponse à un avis publié dans l'Informant de juillet 1940 sous la rubrique « Émeutes », des membres ont déposé auprès du Département de Justice américain plusieurs centaines d'affidavits documentant des violations des sections 51 et 52 du titre 18 du Code annoté des États-Unis.[81] Il est suggéré à ceux dont les affidavits sont déjà enregistrés d'écrire au Département de Justice à Washington pour attirer l'attention sur ces violations, demander les mesures prises ou envisagées contre les responsables locaux impliqués, et proposer leur coopération. Les réponses reçues doivent être transmises au bureau juridique de Brooklyn.[82]
Nouvelles publications et nouveaux enregistrements
Plusieurs nouvelles publications sont annoncées en différentes langues : Salvation en finnois, allemand et norvégien ; Satisfied en anglais ; Conspiracy Against Democracy en portugais ; Judge Rutherford Uncovers Fifth Column en espagnol ; Refugees en espagnol et en yiddish ; Fascism or Freedom en yiddish ; Face the Facts en yiddish.[83]
De nouveaux enregistrements phonographiques sont également listés, notamment des séries en espagnol (PS-205 à PS-218) intitulées « Gouvernement et Paix », ainsi que des enregistrements en ilocano, en anglais, en tagalog et en cebu-visayan portant sur des thèmes tels que « La Valeur de la Connaissance » et « Message d'Espoir », et des enregistrements en portugais (« Instruction », « Piège et Escroquerie »).[84]
Statistiques d'octobre et nouveaux records à atteindre
Le rapport du mois d'octobre 1940 est présenté comme un bon départ pour l'année fiscale. Les données statistiques indiquent que le nombre de pionniers en activité en octobre a dépassé le précédent record, et que la moyenne des visites de retour par proclamateur de compagnie a également atteint un nouveau sommet.[85] Les records historiques antérieurs sont rappelés : le nombre maximum de proclamateurs de compagnie avait été de 55 039 en juin 1940, et celui des pionniers de 3 315 en août 1940. En octobre 1940, 51 506 proclamateurs de compagnie et 3 619 pionniers sont en activité.[86] L'Informant indique que ces données seront publiées chaque mois pour permettre aux compagnies et aux pionniers de comparer leurs performances mensuelles avec ces records, en vue d'établir de nouveaux sommets pour 1941.[87]
Le phonographe
La Société a rattrapé son retard sur les commandes de phonographes (ancien modèle) et dispose de 220 unités prêtes à être expédiées immédiatement, au prix habituel de 8,00 dollars.[88] La livraison du nouveau modèle à bras vertical est reportée de plusieurs mois en raison de difficultés d'approvisionnement en pièces. Les commandes doivent porter uniquement sur l'ancien modèle dans l'immédiat.[89]
Utilisation de coupons pour la distribution de littérature
Un système d'échange de bons de réduction contre de la littérature est encouragé comme moyen supplémentaire de diffusion du message du Royaume.[90] Dans les zones où des produits sont vendus avec des bons de fidélité, les proclamateurs sont invités à proposer aux personnes de troquer ces bons contre des publications. Les bons acceptés sont remboursés par la Société à raison de quarante cents pour cent bons complets de certaines marques spécifiées (savons Octagon et Kirkman, levure chimique Rumford, café et thé Luzianne, farine Ballard), et à trente cents pour les bons Health Club.[91] Des instructions précises sont données quant à la manière de regrouper, de compter et d'envoyer ces bons à Brooklyn, en distinguant les envois des pionniers de ceux des compagnies. Les proclamateurs individuels ne peuvent envoyer de bons directement à la Société et doivent opérer par l'intermédiaire de leur compagnie.[92]
Distribution des magazines
Les deux magazines La Tour de Garde et Consolation peuvent être distribués de quatre façons : par abonnement, par routes régulières, lors du témoignage sur les trottoirs, et dans le cadre du travail ordinaire de porte-à-porte.[93] Les stocks de magazines ne doivent pas s'accumuler : en cas d'impossibilité de témoigner en rue un samedi, les magazines sont à intégrer sans délai dans le travail de porte-à-porte, seuls ou en combinaison avec des livres ou brochures.[94]
Le travail de rue est présenté comme un excellent moyen d'atteindre des personnes vivant dans des territoires difficiles d'accès, mais aussi comme un moyen d'identification publique des témoins de Jéhovah, ainsi qu'un critère permettant de distinguer les « autres brebis » des « boucs » par leur comportement envers les proclamateurs.[95] Il est rappelé que seuls les numéros en cours de La Tour de Garde et de Consolation doivent être proposés dans la rue. Des sacs à magazines sont de nouveau disponibles en stock, à raison de quinze cents l'unité ou sept pour un dollar.[96]
Instructions pour les pionniers
La Société envoie à tous les pionniers, serviteurs de zone et serviteurs régionaux une feuille spéciale intitulée « Instructions pour les pionniers », destinée à leur donner une image plus claire de l'arrangement théocratique et à leur faire mieux apprécier leur rôle dans le grand drame de la vindication.[97] La figure d'Éhud, dont le nom est interprété comme signifiant « uni », est à nouveau convoquée pour illustrer la nécessité d'une unité totale parmi le peuple du Seigneur.[98] Ce document souligne que l'objectif de tous les serviteurs théocratiques — pionniers, serviteurs de compagnie, proclamateurs, serviteurs de zone ou régionaux — est identique : « coopérer dans l'unité sous la direction du Seigneur à travers son organisation, donner un témoignage uniforme et aider les 'autres brebis' à percevoir l'enjeu, afin qu'elles prennent position du côté du Seigneur ».[99]
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Illustrations du numéro
Références
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- ↑ Informant de décembre 1940, p. 1
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- ↑ La Tour de Garde du 15 octobre 1940, p. 305.
- ↑ « Strong's #164 — אֵהוּד », StudyLight.org, consulté en 2026.
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