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Religion (1940)

De Tj-encyclopédie
Religion (1940)
Auteur Joseph Franklin Rutherford
Titre original Religion (1940)
Genre Livre
Sujet Témoins de Jéhovah
Langue Anglais
Pays États-Unis
Éditeur Watch Tower Bible and Tract Society
Parution 1940
Format Livre

Religion pose la question centrale qui structure l'ensemble de l'ouvrage : les nations en crise peuvent-elles trouver la paix et la sécurité dans la religion ? La réponse développée sur plusieurs centaines de pages est une condamnation sans appel de toute religion organisée, présentée comme une invention de Satan destinée à détourner l'humanité du vrai Dieu. La « chrétienté » — catholique et protestante — y est désignée comme la forme la plus élaborée de cette tromperie, héritière directe de la Babylone antique de Nimrod.

L'argumentation s'appuie sur une cosmologie dualiste dans laquelle Satan et une armée de démons survivants du déluge, les Nephilim, exercent un contrôle invisible sur l'ensemble des institutions humaines — religieuses, commerciales et politiques. L'intronisation du Christ comme Roi en 1914 et sa venue au temple en 1918 sont présentées comme les événements qui ont inauguré la phase terminale de ce règne démoniaque, dont la destruction imminente lors de la grande bataille d'Harmaguédon constitue l'horizon eschatologique du livre.

Analyse

Croyances

Une coupure lexicale entre « religion » et christianisme

La thèse qui donne son titre à l'ouvrage tient en une phrase répétée de bout en bout : « Le christianisme et la religion sont deux choses séparées et distinctes, et les deux sont en complète opposition l'une avec l'autre » [1]. Cette équation n'est pas une formule polémique isolée mais une décision terminologique dont dépend tout le reste : en cessant de traiter « religion » comme un genre dont le christianisme serait une espèce, le mot devient le nom propre d'une invention démonique, et l'ouvrage peut alors rattacher à une origine unique des objets aussi hétérogènes que la doctrine catholique du purgatoire, le salut au drapeau américain et la fête de Noël. Le livre, publié le 1er janvier 1940 sous le titre complet Religion : origine, influence sur les hommes et les nations, et le résultat[note 1] en 381 pages, constitue l'exposé le plus développé de cette coupure[2]. La distinction elle-même n'est pas neuve en 1940 : elle apparaît dès Riches (1936), où la religion est qualifiée de piège et de racket, et est systématisée l'année suivante ; ce qui est propre à l'ouvrage de 1940 est d'en faire l'axe unique d'un traité entier et d'en tirer, en conclusion, une alternative sans échappatoire — « Continuer à suivre et à pratiquer la religion signifie l'annihilation. Servir fidèlement Jéhovah et son Roi, Christ Jésus, signifie la paix, la prospérité et la vie éternelle » [3].

Le fondement scripturaire de cette coupure est fourni par un choix de traduction : la version syriaque de Jacques 1:27 est mobilisée pour définir le culte agréé comme le fait de visiter les orphelins et les veuves et de se garder pur de toute souillure du monde[4]. Le recours à une version minoritaire n'est pas anodin : les traductions courantes emploient à cet endroit le mot « religion », ce qui aurait contredit frontalement la thèse ; en retenant une version qui porte « culte », le texte obtient l'appui biblique dont il a besoin. Le même verset avait été mobilisé quelques mois plus tôt dans un tout autre registre, les « veuves » et « orphelins » servant alors à désigner les personnes de bonne volonté abandonnées par la chrétienté et la « visite » due à devenir le quota mensuel de visites de rappel imposé aux proclamateurs[5]. Un même verset fonde donc en 1940 à la fois la définition théologique du culte pur et une obligation de rendement mesurable.

De cette définition préalable découlent mécaniquement les condamnations doctrinales. L'immortalité de l'âme est rattachée au premier mensonge prononcé en Éden (Genèse 3:4-5) et déclarée doctrine fondamentale de la chrétienté, ce qui suffit à en établir l'identité babylonienne[6] ; le corollaire — l'inconscience des morts fondée sur Ecclésiaste 9:5-6 — permet de disqualifier le purgatoire, qualifié de plus grande escroquerie lucrative jamais pratiquée[7]. L'argumentation contre le purgatoire s'appuie sur une méthode caractéristique : citer les autorités catholiques contre elles-mêmes, le cardinal James Gibbons pour la reconnaissance que la doctrine repose sur les Pères et non sur la Bible, le cardinal John Henry Newman pour l'aveu que l'Église aurait absorbé rites et coutumes du paganisme[8]. Le rejet de l'enfer et du purgatoire était déjà acquis dans le mouvement depuis la fin des années 1920 ; l'apport de 1940 n'est donc pas la doctrine elle-même mais son inscription dans une généalogie unique où le mensonge d'Éden engendre en droite ligne les dogmes romains.

La condamnation des fêtes relève de la même dérivation. Les mages de Matthieu 2:1-2, désignés sous leur nom grec de « Magi », sont identifiés à des serviteurs du Diable de la même classe que les sorciers des Écritures, ce qui transforme leur commémoration en exaltation d'adorateurs du démon ; Halloween, le vendredi 13 et l'« Année Sainte » sont rangés dans la même catégorie sur la base de l'interdiction de la sorcellerie en Deutéronome 18:10-12[9]. Le rejet de Noël n'était pas une nouveauté doctrinale : après avoir été encore présenté comme important dans la revue de décembre 1926, il avait été qualifié de célébration païenne en décembre 1927, puis définitivement abandonné au Béthel de Brooklyn après un discours du 12 décembre 1928[10]. L'« Année Sainte » visée est celle proclamée par Pie XI le 6 janvier 1933 par la bulle Quod Nuper pour le 1900e anniversaire de la mort de Jésus, qui avait attiré plus de deux millions de pèlerins à Rome[11].

Démons, Nephilim et cosmologie du conflit

Le premier chapitre construit l'infrastructure métaphysique sans laquelle la thèse sur la religion resterait une simple polémique. Trois décisions exégétiques y sont prises. La première identifie les « Nephilim » de Genèse 6:4 à des esprits rebelles ayant rejoint Lucifer, et non à la progéniture hybride des anges et des femmes ; cette progéniture, elle, est déclarée entièrement détruite par le déluge, tandis que les Nephilim y auraient survécu et opéreraient encore[12]. La seconde distingue ces Nephilim des « esprits en prison » auxquels Jésus prêcha selon 1 Pierre 3:19-20, ces derniers étant identifiés aux « fils de Dieu » matérialisés et emprisonnés au moment du déluge[13]. La troisième interprète le « Tartare » de 2 Pierre 2:4 non comme un lieu mais comme un état de dégradation et de cécité quant au dessein divin[14]. La lecture du Tartare comme condition d'aliénation et non comme géographie infernale est demeurée dans la doctrine ultérieure du mouvement ; en revanche, la distinction entre Nephilim survivants et progéniture détruite a été abandonnée au profit d'une lecture où les anges désobéissants, dématérialisés par le déluge, sont devenus les démons de Satan sans qu'un groupe distinct de Nephilim spirituels subsiste[15]. L'ouvrage de 1940 conserve donc une démonologie plus complexe que celle qui prévaudra ensuite, avec deux catégories d'esprits déchus au statut différent.

Le sursis accordé au mal reçoit sa justification par le défi de Job 2:5 : Satan ayant prétendu pouvoir amener toute l'humanité à maudire Dieu, Jéhovah le laisse agir à pleine capacité pour que son échec démontre à la création entière la suprématie divine[16], argument redoublé par Exode 9:16, où le maintien en vie de l'adversaire sert à faire publier le nom divin par toute la terre. L'articulation de ces deux versets constitue en 1940 la théodicée standard du mouvement : elle est employée la même année pour expliquer que chaque consacré, enfant compris, doit prouver que le Diable est menteur, et que toute persécution subie passe par la connaissance et l'autorisation de Jéhovah[17]. L'ouvrage étend cette logique à la structure du monde invisible : au sommet Satan, puis des princes identifiés à ceux de Daniel 10:13-20 parmi lesquels Gog, officier immédiatement inférieur à Satan selon Ézéchiel 38:3-16, puis une troisième classe agissant sur les nations — les trois rangs étant explicitement rapportés aux « principautés », « pouvoirs » et « dirigeants » d'Éphésiens 6:12[18]. Cette organisation est présentée comme un simulacre délibéré de l'organisation divine, Gog occupant à l'égard de Satan la position qu'occupe Christ à l'égard de Jéhovah[19]. Le procédé n'est pas ornemental : il permet de traiter toute institution humaine comme la contrefaçon d'une institution céleste, et par là de disqualifier la ressemblance elle-même comme preuve d'imposture.

Cette cosmologie n'est pas spéculative mais descriptive du monde vécu. La folie, le mutisme, la cécité, la paralysie et les états de courbure prolongée sont attribués à l'action directe des démons, la majorité des personnes atteintes de folie étant présentées comme leurs victimes[20]. Les voix entendues par ces malades ne sont pas celles des morts mais celles de démons se faisant passer pour eux, ce qui permet de réfuter simultanément le spiritisme et la doctrine de l'âme immortelle[21]. L'ouvrage propose ainsi une anthropologie complète du malheur déduite d'une angélologie : la souffrance mentale n'est pas un fait médical mais un épisode du conflit cosmique, ce qui en fait un argument supplémentaire contre la religion plutôt qu'un objet de compassion thérapeutique.

Babylone, les trois grenouilles et la disqualification des États

La généalogie institutionnelle prolonge la démonologie. Babylone est posée comme premier gouvernement humain organisé, avec Nimrod comme dictateur terrestre unifiant religion, commerce et politique en trois moyens de sujétion (Genèse 10:8-11) ; tous les gouvernements actuels, chrétienté incluse, en sont déclarés les héritiers et portent le nom de leur mère[22]. Le nom même de « Babylone », interprété comme « porte de dieu » avant la confusion des langues, est rapporté au dieu-fantoche Satan[23]. L'appel d'Apocalypse 18:4 à sortir du milieu d'elle, présenté comme une injonction divine à se séparer entièrement de la chrétienté moderne[24], donne à cette généalogie sa conséquence pratique : elle ne sert pas à expliquer l'origine des institutions mais à commander la rupture avec elles.

Le passage de l'histoire ancienne à l'actualité de 1939-1940 s'opère par une clé unique : les trois esprits impurs semblables à des grenouilles d'Apocalypse 16:13-16, identifiés à l'élément religieux sortant de la bouche du dragon, à l'État sortant de la bouche de la bête et à l'anti-Théocratie sortant de la bouche du faux prophète[25]. Cette répartition tripartite recoupe des lectures protestantes contemporaines qui identifiaient déjà dragon, bête et faux prophète au diable, au gouvernement impie et à la fausse religion, certains interprètes voyant dans le nazisme, le fascisme et le communisme les trois grenouilles du texte[26] ; l'originalité de l'ouvrage n'est donc pas le principe de l'actualisation politique du passage mais l'attribution au « faux prophète » d'une fonction spécifique de porte-parole terrestre proclamant ce que les dirigeants visibles accompliront bientôt sans jamais créditer Jéhovah[27].

Cette grille sert à lire les événements diplomatiques immédiats. La nomination par Roosevelt d'un ambassadeur auprès du Vatican, annoncée le 23 décembre 1939 en la personne de Myron C. Taylor, ancien dirigeant de l'United States Steel Corporation, et la convocation simultanée des présidents du Federal Council of Churches et du Jewish Theological Seminary of America sont interprétées comme la constitution d'une triple alliance des trois « fois » pour gouverner la terre[28] ; la visite de Pie XII au roi d'Italie le 28 décembre 1939, première visite pontificale à un prince temporel depuis plus de soixante-dix ans, vient confirmer la confédération religion-politique[29]. Une éventuelle réussite diplomatique n'infirmerait pas le schéma : elle l'accomplirait, la paix proclamée devant être immédiatement suivie de la destruction soudaine annoncée en 1 Thessaloniciens 5:3[30]. Ce dispositif rend l'interprétation invérifiable : l'échec des négociations manifeste la détresse des nations, leur succès manifeste le cri de paix précédant la ruine. La même année, la séquence eschatologique avait été précisée par l'identification des proclamateurs de ce cri à la coalition des dictateurs totalitaires et de la hiérarchie catholique[31], identification qui trouve ici son développement le plus complet.

La conséquence civique est la disqualification de toute souveraineté humaine. Les « autorités supérieures » de Romains 13:1 sont déclarées être Dieu et Christ Jésus, seuls à qui tout chrétien doit obéissance[32] — lecture formulée dans la revue des 1er et 15 juin 1929 et devenue position officielle depuis. L'ouvrage lui donne une extension inédite en la couplant à la condamnation du salut au drapeau, des serments d'allégeance et des honneurs rendus aux hommes, présentés comme des manœuvres idolâtres du Diable dans les démocraties supposées[33]. La position sur le salut au drapeau avait été formalisée le 3 juin 1935 à l'assemblée de Washington ; l'arrêt Minersville School District v. Gobitis, rendu le 3 juin 1940 à huit voix contre une, valida l'exclusion scolaire des enfants refusant ce geste et fut suivi d'une vague de violences collectives contre les Témoins de Jéhovah à travers les États-Unis[34]. L'ouvrage, paru le 1er janvier 1940, précède cet arrêt : la mention de « salut au drapeau obligatoire, serments d'allégeance imposés aux citoyens natifs, honneurs rendus aux hommes » y relève encore de la dénonciation d'une tendance et non du commentaire d'une décision judiciaire[35]. L'ouvrage annonce enfin que les dirigeants politiques radicaux brûleront Rome et dépouilleront le Vatican après avoir pillé les Juifs, selon Apocalypse 17:16-18[36] — prophétie qui transpose au registre eschatologique les spoliations antisémites alors en cours en Europe.

Une chronologie qui sacralise l'histoire du mouvement

Toute l'exégèse repose sur une grille de dates fixes, invoquée sans démonstration parce que déjà acquise : intronisation du Christ en 1914, venue au temple pour le jugement en 1918[37]. Ces deux dates fonctionnent ici comme prémisses et non comme conclusions, la première servant de point de départ au délai de trois ans et demi menant à la seconde. Le jugement du temple fondé sur Malachie 3:1-3 produit la séparation entre « serviteur fidèle et avisé » et « classe du mauvais serviteur »[38], critère appliqué rétrospectivement à 1918 : la même année, le critère discriminant de cette séparation avait été nommément identifié au culte rendu à Charles Taze Russell[39].

L'apport propre de l'ouvrage est d'étendre cette grille à l'histoire récente du mouvement lui-même. La périodisation Élie/Élisée découpe l'histoire de l'Église en une « période d'Élie » courant de 1878 à 1918 et une « période d'Élisée » ouverte en 1919[40] — découpage énoncé dans la revue de 1925 et repris ici sans révision[41]. L'effusion de l'esprit annoncée en Joël 2:28-29 reçoit son accomplissement « complet » à une date et un lieu précis : la convention de Cedar Point, le 8 septembre 1922[42], jour où environ huit mille assistants entendirent le discours de Rutherford sur le Royaume[43]. Les sept coupes et les sept trompettes reçoivent la même précision calendaire : sixième coupe et sixième trompette au 24 juillet 1927, septième coupe et septième trompette au 5 août 1928, cinquième trompette en 1926 lors d'une convention de Londres[44]. Ces dates correspondent aux conventions successives du mouvement et aux résolutions qui y furent adoptées. Le procédé produit une circularité remarquable : la prophétie biblique ne date pas des événements du passé lointain mais confère un statut révélé aux décisions d'assemblée prises par la direction en exercice, de sorte que contester une orientation organisationnelle revient à contester un accomplissement scripturaire.

Joël comme matrice de l'autoportrait

Plus de la moitié de l'ouvrage — les chapitres IV à XII — est un commentaire verset par verset de Joël 1 à 3. Ce choix n'est possible que par une herméneutique typologique systématique où Juda, Jérusalem, Sion, Édom, Tyr, Sidon, l'Égypte, les Sabéens et la vallée de Josaphat désignent tous des réalités de 1918-1940 : Jérusalem préfigure la chrétienté, Sion l'organisation capitale de Jéhovah, Édom la hiérarchie catholique, l'Égypte ses alliés politiques, commerciaux et militaires[45]. La « vallée de Josaphat » est explicitement déclarée non géographique, le nom hébreu signifiant « Jéhovah a jugé » et le terme n'apparaissant nulle part ailleurs dans la Bible[46] — argument qui autorise à remplacer un lieu par un moment.

Deux figures dominent ce commentaire. La famine annoncée en Amos 8:11 — non de pain ni d'eau, mais d'entendre les paroles du Seigneur — est appliquée à la chrétienté dont les greniers sont désolés et la semence pourrie[47]. L'armée de sauterelles de Joël 1-2, couplée à celle d'Apocalypse 9:1-12, identifie les proclamateurs à la plaie envoyée par Dieu sur la chrétienté[48]. Cette identification n'est pas propre à l'ouvrage : elle circulait déjà dans le bulletin de service, où elle donnait leur nom aux périodes de témoignage successives et où un record de placements de janvier 1940 obtenu malgré un hiver rigoureux était présenté comme la preuve que rien n'arrête les « sauterelles »[49]. L'ouvrage en fournit l'exposé doctrinal complet et en fixe la portée : la destruction opérée ne porte que sur la nourriture spirituelle de la chrétienté, les proclamateurs « ne s'engagent pas dans des massacres humains ni dans une violence physique envers quiconque » [50]. L'exégèse fournit également des données chiffrées présentées comme accomplissement : « De l'année 1921 à 1931, les témoins de Jéhovah ont placé entre les mains du peuple des livres et brochures au nombre de 110 565 401 », chiffre porté à plus de 309 millions d'exemplaires en plus de soixante-dix langues à la fin de 1939[51]. La statistique d'activité devient ainsi preuve prophétique, procédé employé la même année pour établir que l'avertissement a été dûment donné aux nations[52].

Le procédé montre sa mécanique quand il s'applique aux astres : le soleil, la lune et les étoiles obscurcis de Joël 2:31 et Joël 3:15 désignent respectivement les grands ecclésiastiques, les notables de leurs troupeaux et leurs fidèles fervents, tandis que la lune changée en sang figure la Parole de Dieu apparaissant aux ennemis comme du sang coagulé[53]. Aucun élément du texte antique ne résiste à sa conversion en portrait du présent, ce qui fait de Joël moins une prophétie interprétée qu'une matrice où le mouvement inscrit son propre autoportrait.

L'œuvre étrange, l'acte étrange et l'imminence comme ressort

La catégorie qui articule l'ensemble est empruntée à Ésaïe 28:21 : l'« œuvre étrange » désigne la phase présente d'avertissement, l'« acte étrange » la phase destructrice à venir[54]. Cette distinction remplit une fonction précise dans l'économie du texte : elle donne à la prédication sa justification théologique — elle n'est pas un effort de conversion mais une opération divine — tout en garantissant que son échec apparent ne constitue pas une réfutation, puisque son but déclaré n'est pas de persuader mais de rendre les destinataires sans excuse[55]. Har-Maguédon est décrit avec un luxe de détails militaires — dispositif de bataille, massacre, anéantissement — et le bilan annoncé est planétaire : « peu d'hommes resteront » [56].

Deux conditions encadrent la survie. L'invocation du nom de Jéhovah doit intervenir avant le déclenchement de la bataille, tout repentir tardif étant exclu par Proverbes 1:28-31 et la foi devant être démontrée par les œuvres à l'exemple de Rahab (Jacques 2:24-26)[57]. Le maintien de l'intégrité sous l'épreuve constitue le second critère, en réponse directe au défi de Job[58]. L'exigence de vengeance du sang innocent, fondée sur l'alliance de Genèse 9:3-17 et sur Joël 3:21, fournit le motif juridique de la destruction annoncée[59]. L'imminence ainsi construite ne fonctionne pas comme une prédiction datée — aucune date n'est assignée à Har-Maguédon dans l'ouvrage — mais comme un ressort de mobilisation : c'est parce que la bataille peut survenir à tout moment que l'urgence de la prédication et l'exclusion du repentir tardif se justifient simultanément.

Le nom divin avant le salut des hommes

Le déplacement doctrinal le plus radical consiste à subordonner le salut individuel à la vindication du nom de Jéhovah, désignée comme la chose la plus importante et le Royaume comme le moyen par lequel elle s'accomplit[60]. La doctrine de la vindication était devenue centrale dans le mouvement depuis 1929 ; l'apport de l'ouvrage est d'en tirer explicitement le rejet de la position antérieure. La croyance que le dessein principal de Dieu serait de sauver des hommes, d'en emmener certains au ciel et d'en laisser d'autres sur la terre, est nommément qualifiée d'opinion religieuse à laquelle les consacrés adhéraient avant leur redressement[61]. Le même verdict frappe la recherche du développement du caractère : l'effort personnel de perfectionnement est déclaré vain, la suffisance résidant exclusivement en Christ[62]. Ce rejet n'est pas non plus une nouveauté de 1940 — la revue du 1er mai 1926 avait déjà opposé le caractère à l'alliance, et l'année suivante la recherche du caractère avait été qualifiée de ruse subtile de l'adversaire — mais il est ici intégré à un récit cohérent où toutes les révisions postérieures à 1918 procèdent d'une même libération de la « religion ».

La christologie suit ce déplacement. Jésus est désigné comme « Témoin fidèle et vrai » (Apocalypse 3:14), Officier exécutif de Jéhovah, Maréchal de terrain et Vengeur, l'autorité d'exécuter le jugement lui ayant été conférée selon Jean 5:27[63]. La fonction rédemptrice n'est pas niée — il demeure le seul nom du salut selon Actes 4:11-12[64] — mais elle est nettement subordonnée à la fonction exécutive. La même année, dans un autre développement prophétique, le Christ recevait l'identité d'Abaddon-Apollyon, roi de l'abîme commandant les sauterelles, la figure du destructeur l'emportant là aussi sur celle du rédempteur[65]. L'ouvrage confirme donc, en l'étendant à un traité entier, ce déplacement du centre de gravité théologique de l'individu vers la souveraineté divine.

Deux classes, onction directe et absence de maître humain

La sotériologie se dédouble entre le « reste » des 144 000 oints, destinés à Sion, et les « autres brebis » ou Jonadabs formant la grande multitude terrestre[66]. Cette bipartition, issue de l'assemblée de Washington du 3 juin 1935, est ici traitée comme acquise et sert de cadre au recrutement : les Jonadabs sont présentés comme jouant un rôle crucial pour pallier le désengagement de ceux qui ont perdu leur zèle[67]. L'ouvrage distingue en outre deux vagues au sein du reste lui-même, par la typologie de Mordekaï et Naomi pour les fidèles éprouvés avant 1918 et d'Esther et Ruth pour ceux ajoutés à partir de 1922[68] — répartition qui convertit la chronologie en principe de classement par ancienneté d'adhésion, et qui subsistera longtemps dans la littérature du mouvement[69].

Deux doctrines complètent ce dispositif. La résurrection immédiate des oints fidèles à leur mort est affirmée à propos des martyrs : ceux qui meurent fidèles sont immédiatement transformés à la ressemblance glorieuse du Seigneur, ce qui dispense les survivants de les pleurer[70]. L'armure d'Éphésiens 6:13-17 est détaillée pièce par pièce, chaque élément recevant un contenu doctrinal précis — la ceinture de la vérité comme refus de la honte, la cuirasse comme mobile sans compromis, le casque comme compréhension que « le salut appartient à Jéhovah et qu'il n'y a pas d'autre moyen de salut et de victoire », l'épée comme obligation de démasquer la religion[71].

C'est ici qu'apparaît la tension la plus visible de l'ouvrage. L'onction directe fondée sur 1 Jean 2:20,27 est affirmée sans réserve : « l'onction que vous avez reçue de lui demeure en vous, et vous n'avez pas besoin que quelqu'un vous enseigne », et les oints sont déclarés n'avoir ni chef ni roi terrestre[72]. Cette affirmation d'autonomie spirituelle coexiste avec une description de l'armée du Seigneur comme n'étant pas une organisation démocratique mais placée sous commandement[73], et avec une injonction de ne pas s'écarter des rangs assignés[74]. La même année, la disqualification simultanée des formes démocratique et hiérarchique d'organisation servait à justifier la centralisation à Brooklyn opérée depuis 1938[75]. Le principe selon lequel aucun homme ne peut enseigner les oints fonctionne donc moins comme une garantie de liberté individuelle que comme une disqualification de tout enseignant concurrent extérieur à l'organisation.

Disqualifier Russell pour autoriser le présent

Cette dernière fonction apparaît clairement dans le traitement réservé à l'héritage du fondateur. Les « vieillards » de Joël 2:28 qui ont des songes sont identifiés à ceux qui ont conclu que toute la vérité de Dieu avait été révélée par un seul homme avant octobre 1916 et qui refusent les révélations ultérieures[76] — désignation transparente de Charles Taze Russell, mort ce mois-là. Ces rêveurs sont déclarés retirés du service, endormis, et tous ceux qui manifestaient cette disposition lors du jugement du temple sont présentés comme rejetés[77]. La disqualification est redoublée par le contraste avec les « jeunes gens qui ont des visions », dotés d'« une claire perspicacité et une appréciation de la Parole de Dieu » [78]. Le dispositif exégétique produit ici exactement ce dont la direction en exercice a besoin : un verset qui condamne par avance quiconque oppose la doctrine ancienne à la doctrine nouvelle. La même opération avait été conduite dans la revue du 15 novembre 1940, où le culte rendu à Russell devenait le critère discriminant entre serviteur fidèle et méchant serviteur[79] ; l'ouvrage lui fournit son fondement scripturaire.

La virulence du nouveau régime interprétatif se mesure à l'exégèse de 1 Rois 2:9. Siméi, qui avait maudit David lors de sa fuite devant Absalom et à qui David avait juré de ne pas le faire mourir par l'épée, transférant l'exécution à Salomon[80], est identifié à la hiérarchie catholique en raison de son nom signifiant « renommé », rapproché des « grands personnages » ecclésiastiques ; l'ordre de faire descendre ses cheveux blancs au sépulcre dans le sang est déclaré s'appliquer avec encore plus de force à ces dignitaires[81]. L'application d'un ordre d'exécution vétérotestamentaire à des personnes vivantes identifiables marque le point extrême de la typologie pratiquée dans l'ouvrage.

Terre habitée demain, légitime défense aujourd'hui

L'espérance terrestre reçoit sa formulation la plus concrète : les survivants d'Har-Maguédon recevront le mandat de Genèse 9:1 d'« être féconds et remplir la terre » de créatures humaines parfaites, sous la direction immédiate du Christ[82]. Cette destination donne un contenu positif à l'espérance des Jonadabs, catégorie encore récente en 1940 et présentée comme variable de croissance[83], et achève de distinguer les deux classes non par le degré de récompense mais par le lieu de séjour.

Pour le temps présent, l'ouvrage développe sur plusieurs pages une doctrine de la légitime défense physique qui constitue son développement éthique le plus original. Matthieu 5:39 reçoit une lecture restrictive : l'injonction de ne pas résister au mauvais s'adressait aux Israélites sous l'alliance de la loi, et le terme « mal » y désigne le châtiment juste — au sens où Dieu déclare en Ésaïe 45:7 créer le mal — et non la méchanceté[84]. La déclaration de Jésus devant Pilate selon laquelle ses serviteurs combattraient si son royaume était de ce monde (Jean 18:36) est lue comme impliquant qu'il existe un temps propice au combat, fixé à 1914[85]. Moïse tuant l'Égyptien, Néhémie armant les bâtisseurs de Jérusalem, Exode 22:2 sur le voleur frappé mortellement et Jésus chassant les marchands du Temple fournissent les précédents positifs[86].

L'application est immédiate et nommée : l'assemblée du Madison Square Garden du 25 juin 1939, où environ vingt mille personnes étaient réunies pour entendre le discours « Gouvernement et paix »[note 2], avait été perturbée en cours de programme, les huissiers agressés ayant usé de la force pour repousser les assaillants[87]. Cette convention multi-villes se tenait du 23 au 25 juin 1939, le Madison Square Garden en étant le centre principal, et l'émeute qui éclata à mi-parcours du discours fut attribuée aux manifestants du « Front chrétien » du père Coughlin[88]. L'ouvrage précise que les huissiers portaient de légères cannes de marche comme signe d'identification et que leur disposition à s'en servir relève de la providence[89], et que les poursuites intentées contre eux aboutirent à un acquittement devant un tribunal de trois juges de New York[90]. L'encadrement doctrinal reste strict : obéissance à l'arrestation régulière d'un officier de police, refus de toute recherche de querelle, force limitée à ce qui est raisonnablement nécessaire[91]. Il n'en demeure pas moins un écart notable entre une eschatologie où les fidèles n'exercent aucune violence physique et se contentent de témoigner du combat céleste[92], et une éthique immédiate qui autorise la riposte armée d'un bâton — écart directement produit par l'expérience de la persécution collective que le mouvement traverse en 1939-1940.

Organisation et histoire

La refondation de 1919-1922 comme rupture institutionnelle

L'ouvrage assigne au peuple de Dieu l'obligation de se séparer entièrement des institutions religieuses, en appliquant l'appel de Apocalypse 18:4-5 non à un système lointain mais aux Églises contemporaines, désignées collectivement comme « Babylone ».[93] Cette injonction n'est pas une exhortation morale : elle est datée et rattachée à un processus institutionnel précis, situé entre 1918 et 1922, durant lequel le « peuple d'alliance » aurait dû abandonner des « formalismes et pratiques religieuses » hérités de sa fréquentation antérieure des Églises.[94] La formule qui sert de pivot à tout l'ouvrage — le christianisme et la religion sont « deux choses séparées et distinctes, et les deux sont en complète opposition l'une avec l'autre » — prolonge une distinction terminologique introduite par Rutherford à la fin de 1936, lorsque des pancartes portant la mention « la religion est un piège et un racket » furent portées par des proclamateurs dans les rues de Glasgow.[95][96] Le volume de 1940 systématise cette innovation lexicale en lui donnant pour la première fois un traitement de 381 pages.[97]

Cette rupture est légitimée par une grille chronologique explicite qui découpe l'histoire interne du mouvement en deux ères : une « période Élie » allant de 1878 à 1918, et une « période Élisée » ouverte en 1919.[98] Cette périodisation n'est pas inventée ici : elle avait été formulée dès 1925 sous la forme « c'est en 1918 que l'œuvre d'Élie a cessé, et en 1919 que l'œuvre d'Élisée a commencé ».[99] Son emploi ici a une fonction précise : en assignant à l'ère Russell un statut de phase révolue et préparatoire, elle rend caduque toute revendication de continuité avec les enseignements antérieurs à la Grande Guerre. La période Élie est d'ailleurs explicitement caractérisée par la méconnaissance de la vindication du nom divin et par la subordination du Royaume à une espérance céleste individuelle.[100]

Le calendrier de la refondation reçoit ensuite deux points d'ancrage événementiels. La convention de Cedar Point de 1919 est présentée comme le moment de l'éveil, marqué par une alarme lancée depuis les colonnes de La Tour de Garde et par la convocation d'une « assemblée solennelle ».[101] Cette assemblée, tenue du 1ᵉʳ au 8 septembre 1919 et réunissant plus de six mille participants, avait vu Rutherford y annoncer la création d'un nouveau périodique destiné au ministère, L'Âge d'Or, dont la diffusion accompagna la mise en place du porte-à-porte systématique.[102][103] Le second point d'ancrage est la convention de Cedar Point de septembre 1922, datée avec une précision inhabituelle au 8 septembre, jour où l'effusion de l'esprit sur le peuple de Dieu est déclarée s'être produite en accomplissement de Joël 2:28-29.[104] C'est ce jour-là que Rutherford prononça devant environ huit mille auditeurs son discours « Le Royaume »[note 3], dont sortit le mot d'ordre de proclamation publique qui structura l'activité du mouvement pour la décennie suivante.[105]

L'appareil chronologique se complète d'une série de dates qui convertit rétrospectivement chaque convention en acte prophétique : le 24 juillet 1927 pour le déversement de la sixième « coupe », le 5 août 1928 pour la septième, 1926 et la convention de Londres pour la cinquième trompette, l'ensemble de la séquence 1922-1926 formant une progression ordonnée.[106][107] La sixième coupe reçoit ici un traitement documentaire singulier : la reproduction intégrale d'un article du New York World du 25 juillet 1927 rendant compte de la retransmission du discours de Toronto par le plus vaste réseau radiophonique alors constitué.[108] Le recours à un organe de presse séculier pour authentifier un événement prophétique est un procédé rare dans la littérature du mouvement, et il fonctionne ici comme preuve extérieure de l'ampleur matérielle atteinte par l'œuvre. L'ensemble de cette architecture datée n'a pas d'autre fonction que de rendre irréversible la décision identitaire centrale : l'interdiction faite aux Témoins de pratiquer toute religion.

La liquidation de l'héritage russellien et des anciens électifs

La neutralisation de l'autorité doctrinale du fondateur intervient dans un passage bref mais décisif, où sont visés ceux qui tiennent que toute la vérité divine aurait été révélée « par un seul homme avant octobre 1916 » — mois de la mort de Charles Taze Russell.[109] Ces croyants sont rangés parmi les « vieillards rêveurs » de Joël 2:28, catégorie prophétique qui les désigne comme spirituellement sclérosés, retirés du service et enclins à s'estimer plus haut qu'il ne conviendrait. L'accusation est d'autant plus significative que la rupture avec l'héritage russellien s'était construite par étapes depuis quinze ans : abandon du développement du caractère en 1926, abandon de la pyramidologie en 1928, réinterprétation des « autorités supérieures » de Romains 13:1 en 1929 — position que l'ouvrage réaffirme en déclarant Dieu et Christ seules « autorités supérieures » auxquelles le chrétien doit obéissance.[110] Un ancien collaborateur de Russell, Paul S. L. Johnson, avait recensé en 1935 cent quarante contradictions entre les publications de Rutherford et les enseignements du fondateur.[111]

La mise à l'écart de l'autorité individuelle s'accompagne d'une redéfinition corporative de l'« esclave fidèle et avisé » : ce n'est plus un homme, mais l'ensemble du groupe des oints, à qui le Seigneur confie ses intérêts du Royaume sur la terre.[112] Cette lecture collective est assortie d'une typologie qui départage deux vagues d'adhérents, Mardochée et Naomi figurant les fidèles éprouvés pendant la Grande Guerre, Esther et Ruth ceux entrés dans la classe du serviteur à partir de 1922.[113][114] Cette typologie hiérarchise implicitement l'ancienneté d'adhésion et institue une mémoire officielle de la fidélité.

Le versant disciplinaire de cette recomposition est la désignation nominale de la classe du « mauvais serviteur » et des « anciens électifs » comme rejetés lors du jugement du temple.[115][116] La charge d'ancien élu localement par vote de congrégation avait été supprimée par La Tour de Garde des 15 août et 1ᵉʳ septembre 1932, puis remplacée en 1938 par un système de nominations émanant du siège de Brooklyn.[117] L'ouvrage enregistre l'aboutissement de cette réforme en formulant le principe explicite qui la fonde : l'armée du Seigneur n'est pas une organisation démocratique mais est placée sous le commandement de Christ, ce qui en fait un gouvernement théocratique.[118] Le corollaire est posé aussitôt : les fidèles n'ont ni chef ni roi terrestre, et nul homme ne peut les enseigner, selon 1 Jean 2:20.[119] La formulation est remarquable : elle légitime la centralisation en niant qu'il y ait centralisation, la médiation du siège de Brooklyn étant effacée derrière l'affirmation d'une instruction directement divine.

Le dispositif se referme par une prescription d'unité qui rend le dissensus disqualifiant par avance. Les serviteurs fidèles « ne se poussent point les uns les autres ; chacun marche dans son chemin », chacun connaissant sa position assignée sans s'immiscer dans celle d'autrui, et toute lutte interne constituerait la « preuve concluante » que ceux qui s'y livrent ne servent pas Dieu.[120] La sociologie des mouvements religieux a analysé ce type de structure : James Beckford a décrit chez les Témoins de Jéhovah une organisation « totalisante » exigeant l'uniformité doctrinale et ne ménageant aucun espace de désaccord légitime.[121] Rodney Stark et William Sims Bainbridge ont pour leur part souligné que la secte, née d'un schisme, revendique typiquement le monopole de la vérité en se présentant comme la version épurée de l'organisation dont elle est issue — configuration qui correspond exactement à la position construite ici à l'égard de l'héritage russellien.[122]

La Hiérarchie catholique désignée comme adversaire institutionnel unique

L'ouvrage ramène à une cause unique l'ensemble des difficultés rencontrées par le mouvement : une conspiration mondiale conduite par la Hiérarchie catholique romaine, agissant par l'intermédiaire de l'« Action catholique », du « Front chrétien » et de la presse confessionnelle.[123] L'Action catholique, décrite comme « un corps politique organisé pour conquérir le monde », n'est pas une invention polémique : l'expression apparaît en 1905 dans l'encyclique Il fermo proposito de Pie X, avant d'être institutionnalisée par Pie XI, qui en fait dès Ubi arcano Dei (1922) la stratégie pastorale majeure de son pontificat, organisée en Italie en quatre branches selon des statuts d'octobre 1923 marqués par l'étroite dépendance du laïcat envers la hiérarchie.[124][125][126] La désignation est donc fondée sur un référent réel, dont l'ouvrage retourne la logique en en faisant le pendant catholique de sa propre organisation de terrain.

La presse catholique américaine reçoit un traitement documentaire particulier, appuyé sur un article de la revue The Nation du 16 décembre 1939 qui la qualifie de « part vitale de la machinerie politique de l'Église ».[127] Le recours à un organe séculier libéral pour étayer la thèse relève du même procédé que la mobilisation du cardinal John Henry Newman et de son Essay on the Development of Christian Doctrine (Londres, Pickering & Co., 1881) ou du cardinal James Gibbons et de The Faith of Our Fathers : retourner les sources adverses contre l'institution qu'elles servent.[128][129]

Le contentieux juridique contemporain est intégralement rapatrié sous ce schéma explicatif. L'imposition du salut au drapeau et des serments d'allégeance est présentée comme obtenue par la Hiérarchie auprès des législateurs.[130][131] L'histoire des faits est plus complexe : la vague législative américaine sur les serments de loyauté procède d'une résolution adoptée par l'American Legion à Miami en 1934 établissant un « programme d'américanisation » national, plus de la moitié des trente lois d'État sur la loyauté des enseignants relevant de la période 1931-1937, vingt et un États imposant un tel serment en 1940.[132] Le mouvement subit en outre, au moment même de la parution, les effets de l'arrêt Minersville School District v. Gobitis rendu par la Cour suprême le 3 juin 1940 à huit voix contre une, qui valide l'exclusion scolaire des enfants refusant le salut — décision suivie d'une vague nationale de violences.[133]

Le recensement des ordonnances municipales, des lois d'État, des arrestations et des interdictions d'importation de littérature — avec mention explicite du Connecticut, du New Jersey et du Québec — constitue le contentieux institutionnel effectif du mouvement à cette date.[134][135] Il en va de même pour l'Allemagne : la campagne de rumeurs ouverte en 1921 accusant les Témoins d'être financés par les Juifs et de travailler au renversement de l'État, puis l'interdiction de 1933 avec confiscation des biens et internement.[136] Cette chronologie recoupe les faits établis : les Ernste Bibelforscher subissaient depuis la fin de la Première Guerre mondiale des accusations d'être bolcheviques et secrètement juifs, l'Église évangélique allemande réclamant dès 1920 l'interdiction des publications de la Watch Tower, et un ouvrage intitulé Weltvernichtung durch Bibelforscher und Juden[note 4] parut à Munich en 1925.[137] L'ouvrage impute cette campagne exclusivement aux prêtres catholiques, alors que l'agitation fut d'abord ecclésiale au sens large et völkisch — réduction qui illustre la fonction du schéma explicatif : ramener à un adversaire unique une hostilité aux origines multiples.

La persécution comme ressource et la doctrine de l'autodéfense

La mémoire du martyre trouve son point de départ dans l'emprisonnement des dirigeants de la Société en 1917-1918, évoqué à travers la figure d'un « Chevalier de Saint-Grégoire » pontifical accusé d'avoir maintenu des chrétiens en détention sans liberté provisoire tout en vendant ses décisions judiciaires.[138] Les mandats d'arrêt contre les responsables de Brooklyn avaient été délivrés le 7 mai 1918, la libération intervenant le 26 mars 1919 ; l'ouvrage rattache explicitement cette séquence à la relance de 1919.[139]

Ce récit persécutoire connaît en 1940 un usage nouveau : il sert à justifier une position organisationnelle inédite autorisant la force physique défensive. L'événement déclencheur est daté avec précision — l'assemblée du Madison Square Garden du 25 juin 1939, où environ vingt mille personnes s'étaient réunies pour entendre le discours de Rutherford.[140] Ce discours, intitulé « Gouvernement et paix »[note 5], était le point culminant d'une convention multi-villes tenue du 23 au 25 juin et adressée à un auditoire international de soixante-quinze mille personnes réparties sur vingt-huit lieux.[141] L'émeute qui éclata à mi-parcours fut attribuée aux militants du « Front chrétien » du père Charles Coughlin ; il fallut environ quinze minutes aux huissiers, tous Témoins de Jéhovah, pour maîtriser la salle et expulser quelque cinq cents perturbateurs.[142]

L'ouvrage tire de cet épisode un encadrement normatif détaillé, construit sur des précédents scripturaires : Moïse tuant l'Égyptien agresseur, Néhémie armant les bâtisseurs des murs de Jérusalem selon Néhémie 4:13-14, Jésus chassant les marchands du Temple.[143] La position est bornée avec soin : obéissance à la loi, interdiction de rechercher l'affrontement, prohibition absolue de résister à une arrestation policière régulière, mais légitimité de la force « raisonnablement nécessaire » lorsqu'une assemblée réunie pour entendre la Parole de Dieu est attaquée.[144] Un raisonnement exégétique préalable neutralise l'objection évangélique évidente en restreignant Matthieu 5:39 aux Israélites sous l'alliance de la loi et en distinguant le « mal » comme châtiment juste de la « méchanceté » comme agression.[145]

La validation judiciaire de cette position est explicitement invoquée : les Témoins poursuivis pour s'être défendus furent jugés par un tribunal de trois juges de New York, acquittés et pleinement exonérés.[146] L'issue documentée est plus nuancée : à l'automne 1939, trois huissiers furent disculpés et félicités pour avoir exercé « une fermeté nécessaire et raisonnable » alors qu'une assemblée publique était menacée de désordre.[147] L'adversaire désigné connut de son côté un sort judiciaire remarquable : en janvier 1940, dix-sept hommes liés au Front chrétien furent inculpés de sédition par le FBI pour un projet d'assassinat de membres du Congrès et de coup d'État violent, mais le 24 juin 1940 le jury de Brooklyn acquitta neuf accusés, les charges étant abandonnées ou rejetées contre sept autres.[148][149] La question du rapport au judaïsme reste par ailleurs équivoque dans l'ouvrage : les Juifs y sont présentés comme victimes du pillage des dictateurs agissant de concert avec la Hiérarchie, mais l'ordre de succession annoncé — les radicaux se retournant contre les grands religieux « une fois les Juifs dépouillés » — inscrit cette spoliation dans un enchaînement prophétique attendu plutôt que dénoncé.[150]

Un appareil de diffusion chiffré, mécanisé et décentralisé

L'ouvrage documente avec précision les moyens matériels dont dispose la Société. L'inventaire, rassemblé sous la figure prophétique des « bêtes des champs » de Joël 2:22, comprend les usines d'imprimerie, la radio, les voitures sonorisées, les phonographes, les automobiles et les « organisations de service ».[151] Cette conversion d'un inventaire industriel en catégorie exégétique est caractéristique de la démarche de l'ensemble du volume : aucun élément de l'appareil n'est présenté comme un simple moyen technique, chacun reçoit un statut prophétique.

L'attestation chiffrée de la croissance constitue l'un des apports documentaires les plus précis du livre : « De l'année 1921 à 1931, les témoins de Jéhovah ont placé entre les mains du peuple des livres et brochures au nombre de 110 565 401 », total porté à plus de 309 000 000 d'exemplaires en plus de soixante-dix langues à la fin de 1939.[152] S'y ajoutent les tirages revendiqués pour Ennemis — plus de deux millions — et pour la brochure Cure — plus de douze millions — ainsi qu'un parc de plus de quarante mille phonographes en service.[153][154] Ces chiffres mesurent une activité de placement, non une adhésion : rapportés à l'effectif du mouvement, ils constituent d'abord un indicateur de la productivité imposée à chaque proclamateur. La tarification relève d'une politique assumée : les publications sont mises à disposition « en telles quantités et à un coût si modique » qu'elles demeurent accessibles à tous.[155]

Le fait organisationnel le plus significatif de cet ensemble est l'abandon de la radio, exposé sans détour comme une décision ayant suscité une « vive inquiétude » parmi les membres, à laquelle il est répondu que les machines sonores sont désormais plus efficaces et produisent de meilleurs résultats, la rencontre de personne à personne étant jugée plus propice que la diffusion hertzienne.[156] La justification prophétique de ce retrait est donnée ailleurs dans l'ouvrage : le boycott des stations par la Hiérarchie catholique.[157] Ce qui est ainsi présenté comme un progrès méthodologique est en réalité la conversion d'une défaite médiatique en stratégie de rechange : privé d'un canal centralisé et interdictible, le mouvement adopte un mode de diffusion atomisé et pratiquement impossible à bloquer par une autorité de régulation.

La main-d'œuvre correspondante est décrite avec la même précision opérationnelle : un service de terrain comptabilisé en heures mensuelles, des septuagénaires accomplissant jusqu'à soixante-dix heures par mois, et l'intervention en « essaim » lorsqu'un pionnier est inquiété dans une localité, un groupe entier s'y portant immédiatement pour saturer le territoire.[158][159] Cette dernière tactique, présentée comme l'accomplissement de Joël 2:7, constitue une réponse organisationnelle directe aux ordonnances municipales restrictives : elle transforme la répression locale en occasion de publicité et rend le coût de l'interdiction supérieur à son bénéfice pour la municipalité concernée. L'ensemble — quotas horaires, rapport d'activité, mobilisation coordonnée — relève de ce que la sociologie des organisations religieuses a décrit comme une bureaucratisation du militantisme, où l'engagement devient mesurable et comparable.[160]

Contenu

Chapitre I

Illustration accompagnant le premier chapitre de Religion (1940), représentant la scène allégorique de la table ronde.

Le livre s'ouvre sur une scène allégorique : des hommes distingués représentant les grandes institutions religieuses, commerciales et politiques du monde sont réunis autour d'une table de conférence. Un président de séance pose la question centrale : les nations déchirées par les conflits trouveront-elles la paix et la sécurité par davantage de religion ? Un personnage mystérieux, assis dans un coin discret sans y avoir été invité, demande la parole et propose de faire lire préalablement un mémoire sur l'origine de la religion, son usage historique et ses effets.[161]

Ce mémoire constitue le corps du premier chapitre. La religion est présentée comme ayant son origine à Éden, pratiquée depuis lors par tous les peuples. La « religion chrétienne » est décrite comme la plus en vue parmi les nations, censée s'appuyer sur les enseignements de Jésus Christ, dont les paroles font autorité absolue. La mission de Jésus, envoyé par Jéhovah pour proclamer la vérité, est illustrée par la citation de Jean 18:37, et sa prophétie sur la détresse des nations par Luc 21:25-26 est présentée comme étant en voie d'accomplissement au moment de la rédaction.[162]

L'ignorance des dangers imminents est identifiée comme l'obstacle majeur empêchant les hommes de trouver une issue. Toutes les nations et tous les peuples sont dépeints comme menacés par « une puissance invisible », contre laquelle un seul moyen d'échapper existe : la publication de la vérité. L'époque est qualifiée de temps de péril et de « derniers temps », avec référence à 2 Timothée 3:1 et 1 Jean 2:18.[163]

La question posée aux disciples sur le retour du Christ et l'instauration de la grande théocratie mène à l'établissement d'un parallèle avec les jours de Noé (Luc 17:26) : la domination démoniaque sur l'humanité au temps de Noé est présentée comme le modèle exact de la situation contemporaine. Christ Jésus est déclaré avoir été intronisé comme Roi en 1914, et être venu au temple de Dieu en 1918 pour commencer à rassembler et juger les consacrés ; depuis lors, les maux sur les peuples n'ont cessé d'augmenter, conformément à Apocalypse 12:12.[164]

Origine des démons

Noé au milieu d'un monde sous contrôle démoniaque, illustration de Religion (1940), p. 16.

Le chef des démons est identifié comme Satan, « ce vieux serpent », le Diable. Avant sa rébellion, il portait le nom de Lucifer, signifiant « l'être brillant », et exerçait une autorité au sein de l'organisation de Jéhovah. Sa révolte lui a valu de nouveaux noms : Dragon, Satan, Serpent, Diable. Des anges qui l'ont rejoint dans sa rébellion sont devenus des démons, désignés dans les Écritures comme des « géants » ou « Nephilim » (Genèse 6:4), terme interprété comme signifiant tyrans ou brutes agissant en défi de la loi divine.[165]

Sentence de mort

La sentence de mort contre Satan est présentée comme prononcée dès le moment de sa rébellion, telle qu'elle apparaît en Ézéchiel 28:18-19. Son exécution a été différée par Dieu jusqu'au moment opportun, où « tous les méchants seront détruits » (Psaumes 145:20 ; Psaumes 37:20). Satan est décrit comme ayant mis Dieu au défi de trouver des hommes capables de maintenir leur intégrité envers lui, affirmant pouvoir amener toute l'humanité à maudire Dieu (Job 2:5). Ce défi justifie théologiquement le sursis accordé à Satan et à ses associés : Dieu les laisse agir à pleine capacité pour que leur échec final démontre à toute la création la suprématie de Jéhovah.[166]

Pour étayer ce sursis, Exode 9:16 est cité, ainsi que Jude 6 et 2 Pierre 2:4, qui décrivent les anges rebelles retenus dans des chaînes de ténèbres en attente du jugement. La venue du Seigneur Jésus et l'établissement du Gouvernement Théocratique sont présentés comme marquant la fin du règne sans entrave de Satan, après quoi la sentence sera exécutée, conformément à 2 Pierre 2:3.[167]

Les jours de Noé

Noé est présenté comme serviteur de Dieu et prédicateur de justice (2 Pierre 2:5). En son temps, le Diable et les démons avaient exercé leur influence sur l'humanité au point que tous les peuples étaient corrompus, à l'exception de Noé et de sa famille immédiate. Genèse 6:5, Genèse 6:8, Genèse 6:11 et Genèse 6:13 sont cités pour attester de cette corruption généralisée et de la résolution divine d'envoyer le déluge. La destruction de toute l'humanité sauf Noé et les siens est présentée comme la conséquence directe de cette emprise démoniaque.[168]

Ce parallèle avec l'époque contemporaine est affirmé par le rapprochement avec Matthieu 24:37 : les conditions qui prévalent immédiatement avant la « grande bataille du grand jour du Dieu Tout-Puissant » sont exactement analogues à celles du temps de Noé.[169]

Les démons et Babylone

L'activité de Satan et de sa horde de démons est retracée depuis le déluge jusqu'à l'époque contemporaine à partir des Écritures. La Parole de Dieu est présentée comme la seule lumière capable d'orienter les hommes vers la bonne voie, avec référence à Psaumes 119:105, Jean 17:17, 1 Jean 1:5 et Psaumes 97:11. Les ennemis de Dieu marchent dans les ténèbres sous la conduite de Satan, dont le but est de maintenir l'humanité aveugle à la vérité pour provoquer sa destruction.[170]

Babylone

Illustration de Religion (1940), p. 4.

Peu après le déluge, Babylone est présentée comme le premier gouvernement humain organisé, avec Nimrod comme dictateur terrestre (Genèse 10:8-11). De ce premier empire découleraient tous les gouvernements politiques de la terre, passés et présents. Même si la cité originelle de Babylone a disparu, tous les gouvernements actuels portent, selon cet enseignement, le nom de leur mère « Babylone », et le Diable avec ses démons associés y exercent toujours leur influence, leur pouvoir et leur contrôle.[171]

Illustration de Religion (1940), p. 6.

Nimrod est présenté comme ayant unifié religion, commerce et politique comme moyens de maintenir les peuples en sujétion. Tous les gouvernements actuels, y compris ce qu'on appelle la « chrétienté », perpétuent ces trois éléments. Babylone était contrôlée par les démons, et son chef, Satan, revendique depuis lors l'ensemble des gouvernements de la terre comme son domaine, ce que Jésus lui-même n'aurait pas nié lors de la tentation (Matthieu 4:8-9). La religion organisée est ainsi présentée comme une invention du Diable pour détourner l'humanité de Dieu, et toutes les nations actuelles, « chrétienté » incluse, constitueraient « Babylone ».[172]

Satan est désigné dans les Écritures comme « le dieu de ce siècle » et « le prince de ce monde » (2 Corinthiens 4:4 ; Jean 14:30). Tous les gouvernements de la terre font partie de son organisation visible, placée sous le contrôle invisible des démons. Cette organisation est décrite sous le symbole d'une femme impure, celle qui pratique la sorcellerie, conformément à Ésaïe 47:1-15, aux chapitres 50 et 51 de Jérémie et à Apocalypse 17:1-18. « tous les chrétiens doivent éviter la religion », avertissement appuyé sur Éphésiens 6:12, qui décrit le combat contre les puissances des ténèbres.[173]

Nimrod, premier souverain totalitaire, illustration de Religion (1940), p. 20.

Avant la confusion des langues à la tour de Babel, le nom « Babylone » signifiait « porte de dieu » — un nom religieux désignant en réalité le dieu-fantoche Satan, le souverain invisible de ce monde mauvais (2 Corinthiens 4:4). Nimrod y avait instauré la religion en se posant comme représentant visible de dieu, c'est-à-dire de Satan, et avait exigé l'adoration pour sa propre personne, devenant ainsi un « puissant » selon Genèse 10:8-10. La prophétie biblique annonce que la destruction de Babylone, c'est-à-dire l'effondrement complet de l'organisation de Satan, constituera l'événement suprême de la fin des temps, qui surviendra immédiatement après l'achèvement de la proclamation du nom et du Royaume de Jéhovah — œuvre désignée comme l'« œuvre étrange » de Dieu (Ésaïe 28:21).[174]

« La chrétienté, c'est Babylone »

La « chrétienté » est identifiée comme la forme la plus élaborée et la plus séduisante de l'organisation visible de Satan, supérieure même au simple « paganisme ». Sa doctrine fondamentale, l'immortalité de l'âme humaine, est présentée comme issue directement du premier mensonge prononcé par Satan en Éden (Genèse 3:4-5), que Jean 8:44 identifie Satan comme père du mensonge et meurtrier dès l'origine. Cette doctrine de l'immortalité des âmes, héritée de la Babylone antique, est la doctrine fondamentale de la « chrétienté » moderne, ce qui prouverait que celle-ci est la Babylone contemporaine, conformément à Apocalypse 17:5 qui la désigne comme « la fille de Babylone ».[175]

La hiérarchie catholique romaine est présentée comme l'organisation religieuse principale mise en place par le Diable sous le nom trompeur de « religion chrétienne ». Les systèmes protestants, bien que se réclamant opposés au romanisme, seraient en réalité solidaires de ce même système. Le communisme, l'athéisme et toutes les forces opposées au vrai christianisme sont décrits comme autant d'instruments du Diable pour combattre les serviteurs de Dieu sur la terre.[176]

Existence des démons

Les dirigeants religieux contemporains, en enseignant que les Nephilim ont tous été détruits lors du déluge, sont accusés de pousser les peuples dans le piège du Diable. Les démons, désignés dans les Écritures comme « Nephilim » (Genèse 6:4, version révisée), auraient survécu au déluge et opèrent encore de nos jours aux côtés de Satan. Une distinction essentielle est établie : les Nephilim, esprits rebelles mauvais, sont distincts des « esprits en prison » auxquels Jésus prêcha (1 Pierre 3:19-20). Le Diable et les Nephilim auraient trompé des créatures spirituelles désignées « fils de Dieu », les amenant à prendre des femmes humaines et à engendrer une descendance entièrement détruite par le déluge. Ces « fils de Dieu » matérialisés furent emprisonnés par le Diable au moment du déluge, selon La Tour de Garde de 1934.[177]

Les Nephilim, eux, esprits mauvais qui avaient rejoint Lucifer dans sa rébellion, ont survécu au déluge et exercent encore pouvoir et contrôle sur les peuples et les nations. Genèse 6:4 (version révisée américaine) est cité pour attester leur présence dans la terre avant et après le déluge : « Les Nephilim étaient dans la terre en ces jours-là, et aussi après cela ». Une traduction de Young est également citée, présentant ces êtres comme « les déchus », les rebelles et brutes de l'esprit, distincts de leur progéniture humaine qualifiée d'« hommes de renom ».[178]

Le mot « Tartare » est interprété non comme un lieu, mais comme un état de dégradation, une condition de ténèbres sans espoir de comprendre le dessein de Dieu ni d'obtenir la vie éternelle (2 Pierre 2:4-5). Cet état est comparé à celui de la classe du « serviteur méchant » décrite par le Seigneur Jésus, rejetée dans les ténèbres extérieures (Matthieu 25:30 ; Matthieu 13:41-42). Quiconque se tourne contre l'organisation du Dieu Jéhovah devient aveugle sans espoir de retour. Bien que privés de la lumière de la compréhension divine, ces esprits mauvais sont laissés en activité pour exécuter le défi originel de Satan — prétendant pouvoir amener toute l'humanité à se détourner de Dieu. L'exécution de leur sentence de mort est réservée à Har-maguédon, jour de la vindication divine, jusqu'à quoi Jéhovah maintient les méchants sous surveillance et protège ses fidèles.[179]

Le Diable est présenté comme totalement dépravé, incapable de se relever de sa déchéance. Son organisation ne se maintient que par la fraude, la tromperie et d'autres machinations impies. La structure de cette organisation invisible est décrite à partir de Daniel 2:30-34 : au sommet trône le Diable lui-même, chef suprême ; lui sont subordonnés des princes ou dirigeants désignés dans Daniel 10:13-20 comme le « prince de Perse » et le « prince de Grèce », parmi lesquels figure Gog, l'officier démonique immédiatement inférieur à Satan (Ézéchiel 38:3-16) ; enfin, une troisième classe de « dirigeants » exerce une influence directe sur les nations de la terre sous la supervision des puissances supérieures. Ces trois divisions correspondent aux « principautés », « pouvoirs » et « dirigeants » que l'apôtre Paul identifie en Éphésiens 6:12 comme les ennemis des serviteurs de Dieu.[180]

Les mages contrôlés par les démons au service d'Hérode, illustration de Religion (1940), p. 32.

L'organisation de Satan est décrite comme un simulacre délibéré de l'organisation invisible de Jéhovah. Conformément à son ambition d'être « semblable au Très-Haut » (Ésaïe 14:13-14), Satan s'attribue la position de suprématie correspondant à celle de Jéhovah, Gog occupant la place analogue à celle de Christ Jésus, Prince et Roi du grand Gouvernement Théocratique, tandis que les anges impies exercent sur les nations une influence miroir de celle des anges de Christ (Matthieu 25:31). Tout comme l'organisation du Seigneur Jéhovah est pourvue de représentants terrestres, le Diable a pourvu son organisation de représentants terrestres correspondants, dont le but est d'opérer en défi de Jéhovah pour entraîner toute la création dans la destruction.[181]

Activités des méchants

Après le déluge, une fois que les êtres humains se sont multipliés, le culte du démon — désigné comme « religion du diable » — est organisé avec Nimrod comme principal visible (Romains 1:25-30 ; Genèse 10:8-10). En Égypte, cette religion démoniaque est ensuite pratiquée par les « magiciens », agents du Diable, qui exercent devant le peuple leurs arts pour tromper aussi bien le gouvernant que les gouvernés (Genèse 41:8 ; Exode 7:11 ; Exode 8:7-19 ; Exode 9:11).[182]

Israël envahi

Après que Jéhovah eut conduit les descendants d'Israël hors d'Égypte et leur eut donné sa loi au mont Sinaï, le Diable et sa religion envahissent leurs rangs pour les détourner de l'alliance divine (Exode 32:1-10). Parvenus au pays de Moab, les Israélites tombent sous l'emprise démonique et pratiquent la religion démoniaque désignée comme « Baal-Peor », cérémonial profondément immoral (Nombres 25:1-18). À maintes reprises, ils s'éloignent de Dieu sous l'influence de la religion que le Diable a introduite parmi eux, provoquant ainsi la jalousie de Jéhovah par des sacrifices offerts aux démons plutôt qu'à Dieu (Deutéronome 32:16-17).[183]

Jéhovah avertit expressément les Israélites que la religion des démons constituerait un piège pour eux. Les Cananéens et tous les peuples environnants pratiquent la religion démoniaque, et Dieu commande aux Israélites de les chasser. « car cela [la religion du diable] sera un piège pour toi » (Deutéronome 7:2-3-16).[184]

Le Diable et les Nephilim sont présentés comme ayant poussé les Israélites à pratiquer la religion démoniaque en violation de la loi divine, les conduisant à sacrifier leurs fils et leurs filles aux démons et à polluer la terre de sang (Psaumes 106:36-38). Jéroboam est cité comme exemple de dirigeant ayant institué des prêtres pour les hauts lieux, pour les démons et pour les veaux d'or qu'il avait fabriqués (2 Chroniques 11:14-15). L'apôtre Paul confirme de son côté que les sacrifices des nations sont offerts aux démons et non à Dieu, et appelle à ne point participer à la coupe des démons ni à leur table (1 Corinthiens 10:19-21).[185]

La naissance de Jésus à Bethléem est présentée comme un épisode où le Diable et ses démons associés instrumentalisent le mauvais Hérode pour tenter de détruire l'enfant. Les mages venus d'Orient, désignés dans le texte grec comme « Magi », sont identifiés comme des serviteurs du Diable, appartenant à la même classe que les « sorciers » des Écritures. Les cérémonies de « Noël » que les chefs religieux consacrent à ces mages sont présentées comme une forme d'exaltation de ces adorateurs du démon (Matthieu 2:1-2-7). Elymas le Magus, qui s'oppose à l'évangile de Paul et est désigné par l'apôtre comme « fils du diable », est cité en illustration (Actes 13:8-10).[186]

Le démonisme interdit

La Loi de Dieu est décrite comme un pédagogue destiné à conduire les Israélites jusqu'au Christ et à les protéger de la religion démoniaque durant la longue période séparant la promesse de l'envoi du Messie de son avènement effectif (Galates 3:24). Parmi les prescriptions spécifiques, les sacrifices aux démons sont un acte punissable de mort (Lévitique 17:3-4-7 ; Genèse 9:5-6), et toute relation avec sorciers, devins et esprits familiers est formellement prohibée (Lévitique 19:31 ; Lévitique 20:6-27). Ces textes sont cités dans deux versions : la version révisée protestante et la version Douay catholique, cette dernière étant expressément signalée comme « la Bible des catholiques ».[187]

La pratique de toute forme de sorcellerie et l'observation de dates comme Halloween, le vendredi 13 ou l'« Année Sainte » sont présentées comme une abomination aux yeux de Dieu, parce qu'elles se rattachent aux démons. Le texte de Deutéronome 18:10-12 est cité dans la version protestante, puis dans la version Douay catholique, pour étayer cette condamnation. Lorsque Jésus est oint et commence sa mission de proclamation de la vérité, les démons conduits par Satan cherchent activement à entraver son œuvre et à l'induire à violer son alliance avec Jéhovah — tentative à laquelle ils échouent totalement (Matthieu 4:1-10).[188]

Les démons sont également désignés dans les Écritures comme « esprits mauvais » ou « esprits méchants » ; au temps de Jésus sur terre, ils s'emparaient de l'esprit d'une personne pour la contrôler, ce qui est présenté comme une réalité toujours actuelle. Lors d'un enseignement dans la synagogue de Capernaüm, un homme possédé d'un esprit impur interpelle Jésus, reconnaissant en lui « le Saint de Dieu », et s'en voit chassé (Marc 1:23-26). Le cas d'un homme vivant parmi les tombeaux et dont les chaînes étaient brisées par la force démoniaque illustre la capacité des démons à agir collectivement à travers un seul individu ; leur porte-parole, interrogé par Jésus, répond « Mon nom est Légion, car nous sommes nombreux » et supplie de ne pas être chassé du pays, avant d'être envoyé dans un troupeau de porcs qui se précipite dans la mer (Marc 5:6-13).[189]

D'autres cas scripturaires confirment la survivance des démons au-delà du déluge : un enfant unique dont la possession est décrite en Luc 9:38-42, et surtout le cri des démons en Matthieu 8:29 — « es-tu venu ici pour nous tourmenter avant le temps ? » — qui prouve, selon l'argumentation développée, que les démons connaissaient l'existence d'un jugement futur et en attendaient l'exécution à Har-maguédon, non au déluge.[190]

Les démons sont aussi présentés comme utilisant des méthodes plus subtiles pour s'emparer des dirigeants. La crainte des hommes est identifiée comme la voie d'entrée principale du piège de Satan (Proverbes 29:25). Saül, roi d'Israël à la demande du peuple soucieux de son rang parmi les nations, tomba sous le contrôle total des démons (1 Samuel 28:7-8). Les dirigeants juifs, les Pharisiens, sont présentés comme ayant adopté le formalisme religieux par crainte de perdre leur autorité sur le peuple, transformant ainsi le temple de Jérusalem en « repaire de brigands » sous l'action des machinations de Satan (Matthieu 21:12-13).[191]

Jésus dénonce les scribes et Pharisiens dans un langage sans précédent : « un langage acide sans précédent » En substituant les traditions des hommes à la Parole de Dieu, ces clercs avaient apporté un grand opprobre sur le nom de Jéhovah (Matthieu 23:13 ; Matthieu 23:23-24 ; Matthieu 23:33). Aveuglés par Satan et sa horde, ils refusaient la vérité apportée par Jésus et tentaient d'en empêcher la diffusion, leur seule réponse étant la violence, elle-même attribuée à l'impulsion démoniaque (Matthieu 23:19-24). La preuve culminante de leur soumission au Diable est donnée par la parole de Jésus en Jean 8:40-44 : « Vous êtes de votre père le diable ».[192]

Après la crucifixion, les apôtres poursuivent la proclamation de l'Évangile du Royaume et les démons s'y opposent activement (Actes 5:16-18 ; Actes 8:5-7). L'épisode des sept fils de Scéva, exorcistes juifs qui tentent d'invoquer le nom de Jésus sans en avoir l'autorité et sont mis en fuite par l'esprit mauvais « nus et blessés » (Actes 19:13-16), est interprété comme preuve supplémentaire de la vitalité des démons et comme préfiguration des clercs contemporains qui prétendent frauduleusement représenter le Seigneur. La prophétie apostolique selon laquelle « dans les derniers temps, certains s'éloigneront de la foi pour s'attacher à des esprits séducteurs et à des doctrines de démons » (1 Timothée 4:1-2) est présentée comme s'accomplissant au moment présent.[193]

Le Diable est ainsi désigné comme ayant utilisé la religion de l'époque de Nimrod jusqu'à celle des apôtres comme instrument de détournement des peuples. Le péché le plus envahissant de ceux qui prétendent servir Dieu est identifié comme l'influence des démons opérant à travers la religion — et l'unique moyen de s'en prémunir est présenté comme la fidélité stricte à la Parole de Dieu, en évitant la religion.[194]

Chapitre II — Un piège

Jéhovah est présenté comme ayant instruit son peuple typique contre les pièges tendus par les démons, tout en indiquant le seul moyen d'y échapper (Proverbes 29:25). Tous les démons ayant été précipités du ciel sur la terre, ils travaillent désespérément sous la direction de Satan pour entraîner les consacrés dans la destruction éternelle (Apocalypse 12:7-12). De la Genèse à l'Apocalypse, les Écritures sont présentées comme regorgeant d'avertissements contre l'influence et le pouvoir des démons sur les hommes, les nombreux moyens subtils employés pour les piéger étant donnés au « man of God » afin qu'il soit pleinement équipé pour servir la justice. Seuls ceux qui aiment Jéhovah et le servent en esprit et en vérité sont appelés à tenir compte de ces avertissements.[195]

La religion est présentée comme le principal moyen par lequel les démons entravent les hommes, en les amenant à craindre leurs dirigeants religieux plutôt que Dieu. Seuls ceux qui font entièrement confiance à Jéhovah sont présentés comme à l'abri du piège démoniaque, la seule sécurité résidant en Jésus-Christ, à la tête de l'organisation de Jéhovah. « Le christianisme et la religion sont deux choses séparées et distinctes, et les deux sont en complète opposition l'une avec l'autre » [196]

La chrétienté, au sens des institutions religieuses, est décrite comme entièrement sous l'influence des démons. Des statistiques du World Almanac de 1939 sont mobilisées pour illustrer l'ampleur du phénomène : 682 400 000 personnes seraient répertoriées comme « chrétiennes » dans le monde — dont 331 500 000 catholiques romains, 144 000 000 catholiques orthodoxes et 206 900 000 protestants —, ce qui est jugé incompatible avec les Écritures qui ne promettent le salut qu'à 144 000 membres du « corps du Christ » (Apocalypse 7:4-8 ; Apocalypse 14:1). Ces chiffres mondains sont rejetés comme non conformes à la Bible.[197]

La prophétie de 2 Timothée 3:1-5 est appliquée directement à la chrétienté des années 1940, dont la destruction totale et définitive est annoncée comme imminente par l'acte étrange de Dieu mentionné en Ésaïe 28:21. Depuis 1918, et plus encore depuis 1933, la persécution des fidèles de Dieu est décrite comme s'intensifiant continûment sous l'effet combiné du communisme, du nazisme et du fascisme, dont les chefs religieux associés sont présentés comme des instruments des démons.[198]

La présence effective de Jésus-Christ comme Roi ayant déjà été intronisé est posée comme un fait, accompagnée de la question prophétique de Luc 18:8 sur la rareté de la foi authentique. Satan est décrit comme entraînant le monde entier vers la mort éternelle, à la manière du Jourdain se déversant dans la mer Morte, par le moyen de la religion qui trompe les foules et les détourne de Dieu.[199]

Culte des démons interdit

La religion est assimilée au culte des démons pratiqué depuis Nimrod par toutes les nations païennes. Les Israélites, peuple élu de Jéhovah, sont présentés comme ayant été constamment exposés au danger de l'idolâtrie, ce qui aurait motivé les commandements divins visant à les en préserver. Les sacrifices prescrits par Dieu constituaient des images prophétiques du sacrifice de Christ, que la religion démoniaque aurait perverties en exigeant des sacrifices aux démons.[200]

Le commandement de Lévitique 17:7-9 interdisant d'offrir des sacrifices aux démons est cité intégralement, puis mis en parallèle avec l'avertissement de Deutéronome 7:16-19 contre la crainte des nations idolâtres. Le châtiment d'Israël pour ses infidélités, rappelé en Amos 3:2, est interprété comme la conséquence directe de son adoption du culte démoniaque. Les textes de Psaumes 106:35-41 et de 1 Corinthiens 10:20-21 sont également cités pour établir que l'idolâtrie équivaut à adorer des démons, et qu'un religieux ne peut être un vrai chrétien s'il n'abandonne pas totalement la religion.[201]

À l'appui de cette thèse, la version Douay de la Bible — utilisée principalement par l'organisation catholique — est citée contre l'Église catholique elle-même : les textes de Lévitique 19:31, Lévitique 20:6 et Lévitique 20:27 sont présentés comme ôtant aux dirigeants catholiques toute excuse d'ignorer l'interdiction divine du spiritisme et de la démonologie. L'utilisation de la version catholique comme argument contre l'Église est un procédé rhétorique caractéristique qui vise à montrer que même les sources propres à l'adversaire condamnent ses pratiques.[202]

La religion catholique est présentée comme une forme accomplie de démonisme. Bien que des hommes sincères aient pu participer à ses origines, leurs successeurs auraient fait adopter à l'organisation les pratiques du paganisme démoniaque. À l'appui de cette thèse, le cardinal John Henry Newman est cité contre lui-même : son Essay on the Development of Christian Doctrine (Pickering & Co., Londres, 1881, chapitre 8) est mobilisé pour démontrer que l'Église catholique aurait consciemment absorbé les rites et coutumes du paganisme. « les dirigeants de l'Église [catholique romaine] furent préparés, si l'occasion se présentait, à adopter, imiter ou sanctionner les rites et coutumes existants du peuple » Le même témoignage de Newman est cité pour lister les éléments d'origine explicitement païenne que l'Église aurait intégrés : temples dédiés à des saints, encens, lampes, cierges, eau bénite, processions, vêtements sacerdotaux, la tonsure, la bague de mariage, le chant ecclésiastique et le Kyrie Eleison.[203]

Le cardinal James Gibbons est également cité, via son livre The Faith of Our Fathers, pour établir que la doctrine du « purgatoire » repose sur « la voix unanime des Pères de la chrétienté » — ce qui est interprété comme la preuve que cette doctrine a une origine démoniaque plutôt que biblique. La doctrine catholique du purgatoire est résumée — âme immortelle, âme consciente dans un lieu intermédiaire entre le ciel et l'enfer, salut possible grâce aux prières des vivants — puis rejetée comme une dérivation directe du mensonge originel de Satan à Ève (Genèse 3:1-5). Ce mensonge — « vous ne mourrez pas » — est présenté comme le fondement de toute religion humaine, dont la conséquence fut la mort d'Adam et d'Ève conformément aux textes de Romains 5:12 et Jean 8:43-44.[204]

D'autres doctrines catholiques sont énumérées comme autant de contradictions directes avec les Écritures : la primauté du pape, les prières pour les morts, la fondation de l'Église sur Pierre, l'eau bénite, les images et la vénération des saints. Leur incompatibilité avec la Bible est présentée comme la démonstration que la religion catholique procède de Satan, et que ses pratiques conduisent ses fidèles dans le « piège du Diable » et finalement à la destruction.[205]

Politique, magie et démonisme

Le lien entre pouvoir politique et religion démoniaque est tracé depuis les origines de Babylone jusqu'à l'époque contemporaine. Depuis l'Antiquité babylonienne et égyptienne jusqu'au présent, les dirigeants politiques de toutes les nations auraient toujours maintenu auprès d'eux des « hommes sages », astrologues, devins et autres représentants du démonisme religieux pour les conseiller. Les gouvernements dictatoriaux comme les démocraties sont mis sur le même plan : aux États-Unis même, le président et les gouverneurs d'États sont cités comme appelant à « plus de religion », avec l'argument que sans elle le gouvernement ne pourrait subsister.[206]

Une série d'exemples bibliques illustre cette thèse. Nimrod, fondateur de Babylone, aurait fait de la religion le pilier de son gouvernement (Genèse 10:9-10). Le pharaon d'Égypte fit appel à ses sorciers et magiciens pour contrecarrer les miracles de Moïse et d'Aaron, ces magiciens étant présentés comme les représentants visibles des démons (Exode 7:11-12 ; Exode 8:7 ; Exode 9:11). Nabuchodonosor de Babylone entretenait à la cour ses propres médiums démoniaques, dont l'impuissance face au serviteur de Dieu Daniel est démontrée par le récit de Daniel 2:27-30 et Daniel 4:7.[207]

Le cas du roi Saül est traité comme le type même du dirigeant politique corrompu par la religion démoniaque. Ayant réclamé un roi, Israël aurait rapidement vu ce roi embrasser la religion du diable et se rebeller contre le Très-Haut. Le message de Samuel à Saül — « obéir vaut mieux que les sacrifices, et être attentif vaut mieux que la graisse des béliers » (1 Samuel 15:22-23) — est interprété comme l'opposition fondamentale entre obéissance à Dieu et religion démoniaque. Saül aurait ensuite consulté la sorcière d'Endor, médium démoniaque qui lui mentit et l'enfonça plus avant dans le piège des démons (1 Samuel 28:7-8). Sa mort est expliquée par sa rébellion contre Jéhovah et sa consultation d'un esprit familier, au détriment de Dieu, conformément au récit de 1 Chroniques 10.[208]

La mort du roi Saül est ainsi présentée comme le type prophétique du destin des chefs religieux de la chrétienté, dont le parcours est décrit comme identique : favorisés par Jéhovah, ils auraient basculé dans le démonisme qui est la religion. La prophétie d'Ésaïe 9:16 — « les chefs de ce peuple le font errer, et ceux qui sont menés par eux sont détruits » — est appliquée aux ecclésiastiques de la chrétienté, tandis que la parole de Jésus en Matthieu 15:14 sur les aveugles conduisant des aveugles est citée pour signifier leur perdition commune.[209]

La hiérarchie catholique romaine est présentée comme dominant l'ensemble du monde religieux dans son effort pour orienter les nations et leurs dirigeants politiques et commerciaux. Elle est décrite comme participant à la politique de chaque nation de la terre, entraînant les peuples dans l'erreur et vers la destruction conformément aux Écritures.[210]

Pris au piège

La peur que les politiciens et hommes d'affaires éprouvent envers les chefs religieux — persuadés que ceux-ci sont investis d'un pouvoir invisible — est présentée comme le mécanisme central du piège démoniaque. Les conseils donnés par les ecclésiastiques, sous l'influence des démons, sont systématiquement qualifiés de mauvais conseils. L'exemple du roi Achab d'Israël qui réunit 400 faux prophètes pour obtenir leur appui à la guerre contre Ramoth-Galaad (1 Rois 22:6) illustre cette thèse, ces prophètes étant assimilés à des praticiens de la religion du Diable. Le vrai prophète Michée, qui donna le bon conseil, fut emprisonné par Achab — lequel périt au combat, confirmant que les chefs religieux conduisent les dirigeants politiques à leur perte.[211]

Illustration tirée de la page 71 de Religion (1940).

D'autres exemples scripturaires viennent à l'appui : la même conséquence fatale est observée pour les conseillers religieux sous le règne de Jérémie (Jérémie 27:9-10), et plus généralement pour ceux de Genèse 41:1-24, Daniel 2:1-13 et Exode 7:11–Exode 9:11. Les ecclésiastiques contemporains sont identifiés aux hommes décrits en 2 Timothée 3:5-7 — « ayant l'apparence de la piété mais en reniant la puissance », toujours à apprendre sans jamais parvenir à la connaissance de la vérité — en raison de leur soumission au pouvoir des démons.[212]

La conspiration entre chefs religieux, politiciens, magistrats et hommes de commerce contre les témoins de Jéhovah est présentée comme l'aboutissement logique de l'influence démoniaque. Des figures bibliques supplémentaires illustrent ce schéma : Balaam, prophète qui se mit au service des politiciens contre le peuple de Dieu (Josué 13:22 ; Nombres 22:1-41), et Élymas le magicien qui conseilla les dirigeants politiques contre l'apôtre Paul (Actes 13:6-12). Ces précédents bibliques sont invoqués pour démontrer que les ecclésiastiques actuels font entrer dans le piège du Diable ceux qui suivent leurs conseils.[213]

À l'appui de cette thèse, la version Douay de la Bible est de nouveau convoquée, avec les versets d'Ésaïe 8:12-13 et Ésaïe 8:19-20, pour inviter ceux qui font confiance en Dieu à ne pas craindre les conspirations des religieux et à se tourner vers Jéhovah plutôt que vers les médiums et devins. Les États fascistes, communistes et nazis, ainsi que tous les « États corporatifs », sont décrits comme ayant chacun leurs conseillers religieux, les principaux d'entre eux étant les membres de la hiérarchie catholique romaine, dirigés depuis la Cité du Vatican par le « politicien religieux » Pacelli.[214]

L'Égypte antique est interprétée comme le symbole prophétique du monde mauvais sous la domination de Satan, l'endroit où le Seigneur Jésus-Christ fut symboliquement crucifié selon Apocalypse 11:8. Son gouvernement dictatorial absolu et l'alliance de ses composantes religieuses, commerciales et militaires figurent la domination contemporaine de Satan et de ses démons, en particulier dans les nations devenues totalitaires. La prophétie d'Ésaïe 19:1-4 est citée intégralement et commentée verset par verset : Jéhovah chevauchant une nuée rapide — invisible aux yeux humains, annonçant une tempête de troubles pour ses adversaires — vient contre l'Égypte dont les idoles sont ébranlées, les habitants divisés et les conseillers démoniaques impuissants, avant qu'un « seigneur cruel » — interprété comme Jésus-Christ en tant qu'exécuteur des décrets divins — ne prenne la domination.[215]

L'Apocalypse 16 est également mobilisée pour démontrer que la colère de Dieu est dirigée contre les dirigeants politiques de la terre et que leur fin est la destruction. La hiérarchie catholique romaine est spécialement mise en cause pour n'avoir pas averti les chefs politiques de ce dessein divin, cette défaillance étant expliquée par leur alliance avec ces mêmes dirigeants et par leur cécité spirituelle due aux démons. Le dirigeant de l'Allemagne est présenté comme un catholique constamment conseillé par le Vatican et consultant librement les démons par leurs représentants visibles ; les démocrates eux-mêmes sont décrits comme faisant de même, ce qui les range parmi ceux qui persécutent les serviteurs de Dieu.[216]

Un extrait du New York World du lundi 25 juillet 1927 est reproduit intégralement pour illustrer la réaction du monde religieux face à ce message : <span class="tj-sourcedoc" data-fichier="/documents/livres/1940/religion-1940-en-ocr.pdf" data-page="70" data-citation="‘<GIANTRADIO CHAIN" style="cursor:pointer; color:#0645ad; text-decoration:underline;" title="Ouvrir le document original à la page 70">« Un réseau radio géant entend Rutherford — La plus grande connexion répand dans le monde entier le discours condamnant le clergé organisé » Le discours prononcé par Rutherford lors de la convention de Toronto avait été transmis par la plus grande connexion radiophonique de l'histoire, dépassant en portée la retransmission du combat Dempsey-Sharkey, et dans lequel Rutherford avait lancé son défi au clergé orthodoxe, aux grands politiciens et aux hauts financiers comme agents de Satan. La formule « Abandonnez le christianisme organisé — c'est une alliance impie contre les peuples ordinaires de la terre » synthétise l'appel lancé à cette occasion.[217]

Ce discours de Toronto, ainsi qu'un autre prononcé lors de la même convention sous le titre « Le passage des puissances mondiales », est présenté comme ayant suscité l'indignation des religieux modernes, prouvant par là même leur opposition au royaume de Dieu sous Christ. La résolution adoptée à l'unanimité par le peuple de Dieu lors de cette assemblée est interprétée comme constituant la sixième « coupe » ou « fiole » de la série de sept messages annuels adressés aux peuples de la chrétienté, en rapport avec la prophétie d'Apocalypse 16:12-16 : le sixième ange verse sa coupe sur l'Euphrate symbolique — les peuples ordinaires qui portent les gouvernants —, préparant ainsi la voie aux rois venant du levant, identifiés à Jéhovah et à Jésus-Christ.[218]

La prophétie d'Apocalypse 16:13-16, citée dans sa version Douay annotée par l'auteur, est interprétée comme décrivant trois esprits impurs semblables à des grenouilles — vociférants et croassants — sortant de la bouche du dragon (l'élément religieux), de la bouche de la bête (l'État) et de la bouche du faux prophète (l'anti-Théocratie, formée des éléments combinés de l'organisation de Satan). Ces trois esprits, identifiés aux représentants visibles des démons, rassemblent les rois de toute la terre pour la bataille du grand jour du Dieu Tout-Puissant, à l'endroit appelé en hébreu Har-Maguédon. Ce mouvement démoniaque est présenté comme la figure prophétique du mouvement international contre les soutiens du Gouvernement Théocratique décrit dans les chapitres 38 et 39 d'Ézéchiel 38:1-23, placé sous la direction de Gog, représentant en chef du Diable, contre lequel Jéhovah déclare : « Je suis contre toi, ô Gog [...] tu viendras contre mon peuple d'Israël [le peuple consacré de Dieu, ses témoins], comme un nuage pour couvrir la terre. »[219]

Démonisme des foules violentes

Tout gouvernement fondé sur la violence ou toute tentative de s'imposer par la violence est décrit comme une domination exercée sous le pouvoir des démons. Les « géants » ou Nephilim des jours de Noé sont identifiés aux démons qui remplirent la terre de violence (Genèse 6:4, Genèse 6:11), et la parole de Jésus en Matthieu 24:37 sur la venue du Fils de l'homme est appliquée à la fin du monde de Satan. Ces démons, toujours plongés dans l'obscurité quant au dessein de Dieu, continuent d'exercer leur influence sur les hommes et de remplir la terre de violence, situation illustrée par Apocalypse 12:12. Depuis 1914, et plus encore depuis 1918, les troubles et malheurs se seraient multipliés, la violence prédominerait dans chaque nation — particulièrement dans ce qu'on appelle la « chrétienté » —, et la peur gouvernerait pratiquement tous les peuples, à l'exception de ceux qui font entièrement confiance en Dieu et en Christ Jésus (2 Timothée 1:7).[220]

Une revue historique des violences religieuses s'étend de l'Antiquité jusqu'à l'époque contemporaine. La foule de Sodome qui s'en prit à Lot (Genèse 19:1-11 ; 2 Pierre 2:7-8), la foule de religieux juifs qui condamna Jésus et choisit César pour roi (Jean 19:5-16), le troupeau de porcs précipité dans la mer sous l'emprise d'une légion de démons (Matthieu 8:28-33 ; Marc 5:1-16) — ce troupeau figurant ceux qui se précipitent aveuglément vers la destruction — sont autant d'exemples démontrant que les religieux sous l'influence des démons ont de tout temps cherché à tuer les serviteurs de Dieu.[221]

Le cas de l'apôtre Paul occupe une place centrale dans cette démonstration. Paul, qui fut lui-même un zélote religieux avant sa conversion — « excessivement zélé pour les traditions de ses pères », persécutant l'Église de Dieu et ayant participé au meurtre d'Étienne (Galates 1:1-16 ; Actes 7:54-58) — est décrit comme ayant, une fois devenu chrétien, ouvertement dénoncé la religion et qualifié les religieux de praticiens du démonisme (Actes 17:22). Cette conversion aurait particulièrement enragé les démons contre lui, expliquant qu'il fut de tous les apôtres celui qui subit le plus d'assauts de foules : la servante dont il chassa les démons (Actes 16:22-24), Démétrius l'idolâtre (Actes 19:24-34), les religieux juifs de Jérusalem (Actes 21:27-36) et les lapidateurs de Lystres (Actes 14:8-20) sont successivement cités.[222]

La règle générale est formulée avec netteté : « personne qui se consacre à faire la volonté de Dieu ne peut prouver son intégrité sans rejeter la religion et servir fidèlement Jéhovah ». Symétriquement, celui qui devient chrétien puis se détourne de la foi devient l'instrument docile des démons, « ayant péché contre la lumière » (Luc 11:24-26 ; Matthieu 12:43-45).[223]

Cette relecture de l'histoire biblique est immédiatement appliquée à la situation contemporaine. La hiérarchie catholique romaine et ses « dupes » sont présentées comme reproduisant exactement les mêmes agissements, soulevant des foules contre les témoins de Jéhovah dans de nombreuses localités des États-Unis. En Allemagne, depuis le début de l'année 1921, les prêtres catholiques auraient répandu de faux rapports accusant les témoins de Jéhovah d'être financés par les Juifs et de travailler à renverser l'État, une campagne qui se serait poursuivie jusqu'en 1933, date à laquelle la hiérarchie catholique aurait réussi à induire les dirigeants politiques à persécuter cruellement les témoins de Jéhovah et à confisquer leurs biens — uniquement, est-il précisé, parce qu'ils prêchaient la vérité du Royaume de Dieu. Le résultat de cette campagne de mensonges et de persécutions, imputée à la hiérarchie religieuse, est l'incarcération dans de sordides prisons de nombreux témoins de Jéhovah.[224]

Quelle sera la fin ?

Satan et tous ses démons sont décrits comme combattant Jéhovah Dieu et son Royaume, et donc contre les intérêts de toutes les personnes honnêtes. Les démons se serviraient de la religion pour aveugler les peuples à la vérité, puis persécuter quiconque la proclame. Depuis Caïn tuant Abel jusqu'à nos jours, les pratiquants de la religion aveuglés par les démons auraient persécuté et causé la mort d'innombrables innocents, en témoignage de quoi la parole de Jérémie 2:34 est adressée aux prêtres : « Dans tes pans de robe se trouve le sang des âmes des pauvres innocents. » En dépit de ces preuves historiques irréfutables, les dirigeants commerciaux et politiques continuent de réclamer « plus de religion », confirmant ainsi que « le monde entier gît sous l'empire du malin » (1 Jean 5:19).[225]

Chapitre III — Avertissement

Jéhovah, par son Messager et Officier en chef — Christ Jésus —, lance un puissant avertissement à tous ceux qui sont de bonne volonté envers Dieu. La chute de Babylone la grande, devenue « demeure des démons et repaire de tout esprit impur et de tout oiseau impur et haïssable » (Apocalypse 18:2), est annoncée comme un fait accompli prophétiquement. L'organisation de Satan est déclarée parvenue à la limite de la méchanceté. La séparation de ceux qui sont de bonne volonté envers Dieu d'avec les soutiens du monde contrôlé par les démons est présentée comme en cours d'accomplissement rapide, et le système mondain est décrit comme se dégradant plus vite que jamais depuis le déluge. La chrétienté institutionnelle, avec sa religion démoniaque, est jugée dans la position la plus répréhensible de toutes, ses dirigeants ayant frauduleusement et blasphématoirement posé comme représentants de Dieu Tout-Puissant tout en agissant en complète opposition à la Théocratie, revendiquant pour des hommes ce qui n'appartient qu'à l'Éternel.[226]

La chrétienté est identifiée à la Babylone moderne, totalement tournée vers le Diable. Politiciens corrompus, géants commerciaux avides et ecclésiastiques sans conscience y trouvent tous leur demeure, et le Seigneur les désigne comme des « oiseaux impurs et haïssables ». Le délai accordé à Satan et à ses démons pour s'opposer sans entrave à Jéhovah est déclaré expiré, d'où l'avertissement désormais sonné à toutes les nations de la terre en rapport avec Exode 9:16.[227]

Christ Jésus, Officier exécutif de la Théocratie, est intronisé comme Roi. L'appel de Apocalypse 18:4-5 — « Sortez du milieu d'elle, mon peuple, afin de n'avoir aucune part à ses péchés et de ne pas recevoir ses plaies » — est interprété comme une injonction divine à se séparer entièrement de Babylone, c'est-à-dire de l'organisation de Satan, de la « chrétienté » moderne. Toute personne souhaitant maintenir son intégrité envers Jéhovah Dieu et recevoir l'approbation divine finale doit donc se séparer de tout ce qui a trait au démonisme, fuir la religion sous toutes ses formes, et placer sa confiance entièrement dans le grand Théocrate et son gouvernement.[228]

Cet avertissement est présenté non comme une parole d'hommes, mais comme celle de Dieu lui-même. La compréhension que la religion procède du Diable et s'oppose violemment au christianisme authentique est décrite comme accordée par le Seigneur à son peuple dans « ces derniers jours » afin que les consacrés échappent au pouvoir et à l'influence des démons, lesquels pèsent comme un linceul sur toute l'humanité. À l'appui, la version syriaque de Jacques 1:27 est citée — « le culte pur et saint devant Dieu le Père, c'est de visiter les orphelins et les veuves dans leur affliction, et de se garder pur de toute souillure du monde » — comme définition biblique du vrai culte, en opposition totale à la religion institutionnelle. Satan ayant pris le contrôle du monde par la religion, seuls ceux qui adorent Dieu en esprit et en vérité y échappent.[229]

Les jours présents sont désignés comme « les derniers temps » décrits dans les Écritures, au cours desquels certains « se détournent de la foi pour s'attacher à des esprits séducteurs et à des doctrines de démons » (1 Timothée 4:1-2). De nombreux clercs protestants sont présentés comme appartenant à cette catégorie : sous la tutelle de la Hiérarchie catholique romaine et poussés par les démons, ils auraient nourri une amertume et une envie envers les vrais serviteurs de Dieu, suivant la « sagesse » de la chrétienté plutôt que celle de la Parole de Dieu. Jacques 3:14-15 est appliqué à ces clergymen : cette sagesse-là est « terrestre, animale, diabolique ».[230]

La religion de la chrétienté est assimilée au démonisme des Athéniens de l'époque de Paul. Trois traductions de Actes 17:22 sont citées — la version standard, le Diaglott et la traduction Rotherham — pour démontrer que Paul percevait dans l'Aréopage non pas de la superstition mais une vénération des démons. Les Juifs religieux qui cherchèrent la mort de Paul sont présentés comme n'ayant pas changé de position envers Jésus-Christ, et leur religion est donc déclarée identique à du démonisme. Dans ces derniers jours, les dirigeants religieux — catholiques, protestants et juifs — cherchent à gouverner le monde de manière démonisée, directement opposée au gouvernement théocratique.[231]

Toutes les nations sont décrites en proie à une peur induite par les démons, non à la crainte de Dieu, ce qui les range parmi les habitants de Babylone décrits au chapitre 18 de l'Apocalypse comme des « oiseaux immondes et haïssables ».[232]

L'Apocalypse est présentée comme la prophétie de Jéhovah exprimée par le Christ Jésus en symboles, révélant ce qui doit survenir après l'avènement du Roi du gouvernement théocratique (Apocalypse 1:1-2). Jean figure ceux qui sont dévoués à Dieu et au Christ, approuvés par le Seigneur, introduits dans le temple et constitués en porteurs du message. Les sept « coupes » ou messages de la colère divine sont déversés en accomplissement de la parole prophétique du Christ, leur examen détaillé renvoyant aux volumes I et II de Lumière, traitant en particulier des chapitres 9 et 16 de l'Apocalypse. Sur ordre du Seigneur — « allez et répandez les coupes de la colère de Dieu sur la terre » (Apocalypse 16:1) — les fidèles témoins de Jéhovah participent à ce déversement en proclamant le message de la colère divine.[233]

La sixième coupe, déversée sur le grand fleuve Euphrate dont les eaux se tarissent pour préparer la voie aux « rois du Levant » (Apocalypse 16:12), est interprétée comme un avertissement de Dieu aux personnes de bonne volonté pour qu'elles fuient Babylone, l'organisation du Diable, et se tournent vers l'organisation de Jéhovah sous Christ. Les « rois venant du Soleil levant » désignent Jéhovah le grand Théocrate et le Christ, Chef et Corps (Colossiens 1:18 ; Apocalypse 5:10 ; Apocalypse 1:5-6). Le tarissement symbolique des eaux de l'Euphrate figure le détournement des personnes de bonne volonté loin des systèmes religieux de Satan, ce qui enrage les démons et leurs adeptes sur terre.[234]

Les trois esprits impurs semblables à des grenouilles sortant de la bouche du dragon, de la bête et du faux prophète (Apocalypse 16:13) sont identifiés à des esprits de démons. Le « dragon », dévastateur, représente l'organisation du Diable, notamment l'élément religieux qui fait la guerre au reste de la semence de la femme (Apocalypse 12:17). La « bête » symbolise l'organisation visible de Satan sur terre, composée des éléments religieux, politiques et commerciaux. Le « faux prophète » est le porte-parole terrestre de cette organisation mauvaise, qui profère des proclamations retentissantes sur ce que les dirigeants visibles du monde accompliront bientôt — sans jamais attribuer aucun crédit à Jéhovah Dieu et au Christ.[235]

La sixième coupe correspond à la sixième trompette de Apocalypse 9:13-21. Le déversement des coupes et la sonnerie des trompettes signifient un temps de malheur pour l'organisation de Satan, mais un temps de joie et de triomphe pour ceux qui sont entièrement dévoués à Dieu, annonçant l'approche de la bataille du grand jour du Tout-Puissant. Deux dates précises sont établies : le 24 juillet 1927 marque le début du déversement de la sixième coupe et de la sonnerie de la sixième trompette, toujours en cours ; le 5 août 1928 marque le début du déversement de la septième coupe et de la sonnerie de la septième trompette, également toujours en cours. La septième coupe, déversée « dans l'air » (Apocalypse 16:17), est spécifiquement dirigée contre les démons et constitue la déclaration du Seigneur en faveur du gouvernement théocratique contre la domination mondiale du Diable et de ses agents visibles.[236]

Ces messages ont déchaîné la fureur des démons, qui ont depuis lors combattu les témoins de Jéhovah en mobilisant contre eux les dirigeants religieux, politiques et financiers de la terre ainsi que tous ceux qui les suivent aveuglément.[237]

La question vitale est alors posée : le monde continuera-t-il à être gouverné par des hommes égoïstes sous le pouvoir invisible des démons, ou la domination sera-t-elle exercée par le grand Théocrate par l'intermédiaire de son Roi, Christ Jésus ? Depuis la sonnerie des sixième et septième trompettes, les personnes de bonne volonté envers Dieu se sont détournées progressivement de la religion, reconnaissant en elle un piège du Diable exploité comme une escroquerie contre les peuples. Cette évolution a poussé le Diable à rassembler toutes ses forces mauvaises en vue de la bataille du grand jour du Dieu Tout-Puissant, dont le dénouement approche rapidement (Apocalypse 16:13-14). Les trois esprits impurs sont depuis lors en activité intense, faisant grand bruit et exerçant une influence considérable — des esprits qui sont formellement désignés comme « esprits de démons » ayant pour mission de rassembler les dirigeants de la terre pour la grande bataille.[238]

La situation mondiale actuelle est décrite comme sans précédent dans l'histoire : jamais autant de malheurs et de détresse, des guerres commencées sans déclaration préalable, une méchanceté dans les hautes sphères et dans les basses comparable seulement à l'époque de Noé, lorsque les démons avaient envahi la terre et que Dieu l'avait détruite par le déluge. Face à l'imminence du désastre, les dirigeants du monde — au lieu de se tourner vers Dieu et la claire instruction de sa Parole — se tournent entièrement vers le Diable. La religion, la politique et le commerce, les trois éléments qui gouvernent visiblement ce monde, proclament à l'unisson « il nous faut plus de religion, sinon notre civilisation périra bientôt », agissant ainsi comme porte-parole des démons pour contraindre tous les hommes à la religion, sachant que cette voie conduira à leur destruction.[239]

Un « témoignage corroborant » est fourni par les événements politiques contemporains. Le 23 décembre 1939, le président des États-Unis annonce la nomination d'un ambassadeur auprès du Vatican — présenté comme le siège principal de la religion sur terre. Cette décision est interprétée comme forçant les cent trente millions de citoyens américains à reconnaître le pape comme le principal chef religieux de la terre, désormais en alliance avec le gouvernement américain. La lettre du président au pape, citant la nécessité d'une « expression commune des idéaux partagés » lors du rétablissement de la paix mondiale, est commentée en soulignant que le « Dieu commun » invoqué n'est pas Jéhovah Dieu, dont la religion et la politique ne craignent pas l'autorité et à qui elles s'opposent activement.[240]

La lettre du président au pape est interprétée comme une alliance explicite entre puissance politique et institution religieuse, scellée par la nomination d'un ambassadeur auprès du Vatican en la personne de Myron C. Taylor, ancien dirigeant de l'United States Steel Corporation — présenté comme un fabricant d'équipements de guerre, incompatible avec toute représentation du « Prince de paix ». Simultanément, le président convoque le président du Federal Council of Churches et le président du Jewish Theological Seminary of America pour agir en porte-paroles respectifs du protestantisme américain et du judaïsme américain, constituant ainsi une triple alliance des trois « fois » — catholique, protestante et juive — pour gouverner la terre.[241]

Pierre à la Pentecôte — illustration tirée du chapitre III de Religion (1940).

Cette coalition est qualifiée de blasphématoire au sens strict : revendiquer pour des hommes ce que seul Dieu Tout-Puissant peut accomplir constitue le blasphème par définition. La combinaison religion-politique-commerce se trouve en opposition ouverte à la Théocratie, et ses proclamations grandiloquentes sont dès lors identifiées à la croassement de grenouilles démoniaque décrit en Apocalypse 16:13-14. La parole du Christ citée en Matthieu 12:30 — « Celui qui n'est pas avec moi est contre moi, et celui qui n'assemble pas avec moi disperse » — est appliquée à cette coalition pour en démontrer l'appartenance au camp adverse.[242]

Le 28 décembre 1939, le pape Pie XII effectue une visite personnelle au roi d'Italie, première visite d'un pape à un prince temporel depuis plus de soixante-dix ans, saluée par une grande pompe cérémonielle. Dans son bref discours, le pape déclare que « cette visite a consacré l'heureux accord entre l'Église et l'État ». Cet événement est présenté comme une preuve supplémentaire de la confédération religion-politique, appuyée par le commerce égoïste, en vue d'instaurer une prétendue « paix mondiale » en défiance totale de la Parole de Dieu. Ésaïe 8:9-10 est cité comme réponse divine : tout rassemblement contre le Tout-Puissant sera réduit à néant.[243]

La presse catholique est désignée comme un instrument de contrôle politique à grande échelle. Un article du numéro du 16 décembre 1939 de la revue The Nation, intitulé « The Catholic Press », est cité pour établir que la presse catholique américaine constitue « une part vitale de la machinerie politique de l'Église », encouragée par Pie XI comme instrument de l'Action catholique et ayant toujours soutenu les causes politiques favorables à l'extension du pouvoir ecclésiastique. Ce même article est cité pour qualifier la couverture de la guerre d'Espagne par l'agence catholique officielle de « l'une des entreprises les plus malhonnêtes de notre époque ». La Hiérarchie catholique romaine est ainsi désignée comme le principal instrument des démons sur terre pour aveugler les peuples.[244]

La vision de Jean concernant la naissance du Royaume — illustration du chapitre III de Religion (1940).

Face aux mensonges dont la presse contrôlée par la Hiérarchie use sans scrupule, Ésaïe 28:15 est cité comme prophétie divine annonçant que les religieux des derniers jours diraient : « Nous avons fait du mensonge notre refuge. » Le père du mensonge étant Satan (Jean 8:44), les appels politiques à « plus de religion » confirment que le Diable cherche à précipiter le monde entier dans la destruction (Apocalypse 16:14-16).[245]

L'Harmaguédon est alors annoncé comme l'étape suivante inévitable. La démarche du président Roosevelt est présentée comme pouvant aboutir à un accord de paix temporaire, après lequel les dirigeants religieux et politiques recevront gloire et louanges des masses abusées. Ces dernières s'écrieront alors au sujet de la « bête » symbolique : « Qui est semblable à la bête ? Qui peut lui faire la guerre ? » (Apocalypse 13:4). Mais cette paix proclamée sera immédiatement suivie de la « destruction soudaine » annoncée en 1 Thessaloniciens 5:3 — « la destruction soudaine fondra sur eux comme les douleurs de l'enfantement sur une femme enceinte, et ils n'échapperont pas ».[246]

Le refus obstiné des religieux d'écouter la Parole de Dieu est interprété comme le signe d'une possession démoniaque. Le cas du roi Saül (1 Samuel 15:22-23) illustre ce principe : la rébellion est assimilée à un péché de sorcellerie, et l'entêtement à de l'idolâtrie. Celui qui refuse volontairement la vérité ouvre la porte aux démons, qui assiègent son esprit et en prennent le contrôle. La Hiérarchie catholique romaine est expressément accusée d'inciter les gens à ne pas écouter le message apporté par les témoins de Jéhovah, se rendant ainsi complice des démons. Les honnêtes et sincères qui obéissent à la Parole divine trouveront le chemin du salut à l'Harmaguédon ; les rebelles y périront (Sophonie 2:1-3).[247]

Les méthodes démoniaques supplémentaires sont illustrées par un ensemble de textes scripturaires : l'obsession de l'esprit par les démons pousse leurs victimes à des comportements irrationnels tels que crier, s'infliger des tortures ou se souiller d'autres manières. La majorité des personnes atteintes de folie sont présentées comme victimes des démons. Les textes cités en appui incluent Matthieu 8:28-29, Matthieu 17:15, Marc 5:2-5, Luc 8:27-36, Jérémie 7:31, Jérémie 19:5 et Psaumes 106:37-38. Une autre méthode consiste à tourmenter les victimes et les réduire en esclavage, les privant de tout contrôle d'elles-mêmes, comme l'illustrent Matthieu 4:24, Marc 1:32, Luc 6:18 et Actes 5:16. Le cas des sept démons possédant une seule personne (Luc 8:2) est signalé comme exemple scripturaire de la confusion maximale que les démons peuvent engendrer.[248]

Les démons disposent également du pouvoir de paralyser les êtres humains, de provoquer la mutité et d'autres infirmités physiques (Luc 9:38-42 ; Matthieu 9:32-33), de les priver de la vue, de l'ouïe et de la parole (Matthieu 12:22), ou encore de les maintenir dans un état de courbure prolongée, dans l'impossibilité de se redresser (Luc 13:11-16). Les croyants qui pensent que leurs proches défunts vivent réellement au « purgatoire » sont présentés comme victimes de l'influence démoniaque, les Écritures établissant sans contradiction possible que les morts sont inconscients et hors d'existence (Ecclésiaste 9:5-6 ; Psaumes 115:17). Les voix entendues par les victimes des démons ne sont pas celles des morts mais des démons se faisant passer pour eux, dont l'exemple frappant est celui de 1 Samuel 28:7-15.[249]

L'emprisonnement et la torture sont présentés comme ayant pour origine le Diable lui-même, pratiqués uniquement par ceux qui se sont soumis à lui ou à la religion démoniaque. Le premier cas biblique de torture est attribué au prince des démons, qui utilisa des religieux pour affliger Job : ses enfants et ses biens furent détruits, sa femme fut instrumentalisée contre lui, et trois religieux vinrent l'accabler d'une longue harangue, dans le but de le détourner de Dieu — sans succès (Job 1:1-3:26). Ceux qui cèdent à l'influence démoniaque en viennent rapidement à prendre plaisir à torturer autrui, et particulièrement ceux qui témoignent hardiment du nom de Jéhovah. Les nombreux actes d'abus, de tourment et de torture infligés aux témoins fidèles de Jéhovah par la Hiérarchie catholique romaine et ses alliés — nazis, fascistes et autres totalitaristes religieux — sont présentés comme des exemples récents de cette pratique démoniaque, les prisons et camps de concentration étant devenus des lieux de supplice.[250]

La loi divine transmise par Moïse est jugée ne contenir aucune disposition pour punir les créatures par l'emprisonnement ou les camps de torture. La première mention biblique de tels lieux de détention est attribuée aux Égyptiens adorateurs de démons, exercée contre le serviteur innocent de Dieu, Joseph (Genèse 40:15 ; Psaumes 105:17-18). Ces moyens d'emprisonnement et de torture trouvent leur origine en Satan, comme l'établissent Genèse 6:1-4 et 1 Pierre 3:19-20. Les Philistins, adorateurs de démons, emprisonnèrent Samson et le forcèrent aux travaux forcés (Juges 16:21-25). Les dix tribus infidèles d'Israël, tombées sous l'influence religieuse, établirent des prisons où furent enfermés les prophètes fidèles de Jéhovah (1 Rois 22:26-27). Le cas d'Asa, roi de Juda adorateur de démons, est cité : il fit jeter le prophète en « maison de torture » pour avoir osé lui parler au nom de Dieu (2 Chroniques 16:10). Sédécias, roi démonolâtre, maintint des instruments de torture à Jérusalem et y fit emprisonner Jérémie, puis le fit jeter dans une fosse boueuse (Jérémie 20:2-3 ; Jérémie 37:16 ; Jérémie 38:6-13).[251]

Le Christ lui-même fut temporairement emprisonné, torturé et déshonoré à l'instigation de religieux (Ésaïe 53:8). Les Juifs démoniaquement contrôlés maintinrent des prisons où ils enfermèrent les serviteurs fidèles de Dieu (Actes 5:17-25 ; Actes 8:3), et l'apôtre Pierre fut enchaîné entre deux gardes à l'instigation de religieux (Actes 12:6-7). Tous les États totalitaires sont décrits comme sous le contrôle des démons, pratiquant la religion démoniaque, et c'est à leurs mains que les témoins de Jéhovah souffrent aujourd'hui indignités, emprisonnement et torture — notamment dans l'État du New Jersey, en Allemagne, au Québec et ailleurs. Les praticiens de la religion démoniaque, conduits par la Hiérarchie catholique romaine, induisent les pouvoirs législatifs et exécutifs à imposer le salut au drapeau, les serments d'allégeance nationaux et le salut aux hommes — le tout à l'instigation du Diable. Ces dirigeants religieux et politiques récitent de bouche la prière du Notre Père sans jamais y croire sincèrement, aveugles au dessein de Dieu et soumis au pouvoir des démons.[252]

La conclusion du chapitre pose que l'ensemble des témoignages scripturaires ainsi rassemblés — présentés comme incontestables — établit que toute religion trouve son origine dans le Diable et ses démons associés, dans le but de détourner les hommes de Dieu et de les conduire à leur destruction totale. En ces derniers jours précédant immédiatement l'Harmaguédon, Dieu expose clairement ces vérités sur la religion et le démonisme à travers le Christ Jésus, comme un avertissement. Le Seigneur est décrit en train de séparer les gens de bonne volonté — ses brebis — des démonisés, les boucs (Matthieu 25:31-46). Ceux qui obéissent à l'avertissement fuient la religion vers le lieu de sûreté sous l'organisation de Dieu ; ceux qui refusent partagent le sort du Diable et de ses anges (Matthieu 24:16 ; Matthieu 25:41). La seule protection est présentée comme résidant dans la confiance totale en Dieu et en son Roi, Christ, selon « Celui qui met sa confiance en Jéhovah sera en sécurité » (Proverbes 29:25).[253]

Chapitre IV — Condamné

La religion est condamnée à la destruction parce qu'elle est le produit de Satan, utilisé par lui et ses démons pour corrompre le genre humain et diffamer le nom du Dieu Tout-Puissant — instrument le plus subtil jamais employé pour tromper les hommes et provoquer la ruine des nations. Si Jéhovah Dieu a déclaré dans sa Parole son intention de détruire le Diable à un moment déterminé, il est logique de conclure qu'il détruira également tout ce dont le Diable et ses démons se sont servis pour diffamer son nom et piéger l'humanité.[254]

Le jugement de mort contre Satan est établi par les Écritures en Ésaïe 14:12-19 et Ézéchiel 28:13-19 : Dieu permit au Diable de subsister pour lui laisser l'occasion de prouver son défi impie, avec la certitude d'exercer en temps voulu sa puissance souveraine contre lui (Exode 9:16). Des siècles de défi ont pleinement et complètement démontré son incapacité à le relever. L'heure de l'exécution de ce jugement est donc désignée comme arrivée, ce que le Diable lui-même sait pertinemment — « il sait qu'il ne lui reste que peu de temps » (Apocalypse 12:12). L'exécution du Diable est déclarée confiée au Seigneur Jésus, Officier exécutif de Jéhovah (Hébreux 2:14). Les mauvais anges, Nephilim ou démons, sont également frappés du jugement de mort (2 Pierre 2:4-9 ; Jude 6), et leur exécution aura lieu à l'Harmaguédon, la bataille du grand jour du Dieu Tout-Puissant (Apocalypse 19:11-21 ; Apocalypse 20:2-3).[255]

Les nations tombées sous le contrôle du Diable sont vouées à la même destruction : « Les méchants retourneront au séjour des morts, toutes les nations qui oublient Dieu » (Psaumes 9:17). Chaque nation sur la terre est décrite en opposition à Jéhovah et à son gouvernement — le Royaume pour lequel Jésus enseigna ses disciples à prier. La chrétienté est jugée hypocrite : elle prétend servir Dieu mais ne s'approche de lui qu'en paroles, non en vérité et en acte.[256]

La genèse théologique du gouvernement divin est retracée depuis la promesse faite à Abraham (Genèse 12:2-3 ; Genèse 22:15-18) jusqu'à David, figure typique du Christ Jésus, le David antitypique, Roi du véritable gouvernement de Dieu désigné comme « La Théocratie ». En Ésaïe 9:6-7 il est écrit que le gouvernement reposera sur ses épaules et sera sans fin. Jésus vint sur terre pour faire connaître la vérité sur Jéhovah et son gouvernement (Jean 18:37), et enseigna la prière pour l'avènement du Royaume (Matthieu 6:10).[257]

Le Christ Jésus est « le Témoin fidèle et vrai » de Jéhovah (Apocalypse 3:14). Tous ceux qui obéissent aux commandements de Dieu transmis par lui et marchent sur ses traces sont également témoins de Jéhovah. Après la résurrection du Christ, Dieu commença à rassembler parmi les hommes ceux qui suivent fidèlement les traces du Christ — qui doivent également être témoins de Jéhovah (Actes 15:14-16 ; 1 Pierre 2:21). Lors du second avènement du Christ, les derniers de ces fidèles encore sur terre sont désignés comme le « reste » des oints, auxquels est confié le témoignage de Jésus-Christ (Apocalypse 12:17 ; Ésaïe 43:10-12) — tous oints et mandatés pour proclamer le nom et le Royaume du Dieu Tout-Puissant (Ésaïe 61:1-2).[258]

Le Christ Jésus est déclaré avoir été intronisé comme Roi en 1914, puis être venu au temple de Dieu pour le jugement trois ans et demi plus tard, en 1918 (Malachie 3:1-3). Il commença alors à rassembler ses disciples et à les juger ; les approuvés sont désignés dans les Écritures comme le « reste » des oints, témoins de Jéhovah. Le Seigneur entreprit ensuite de rassembler une autre classe de personnes,

désignée comme ses « autres brebis » (Jean 10:16). Ces autres fidèles deviennent les compagnons du « reste » des oints et sont désignés dans les Écritures comme « Jonadabs » ou « Jonathans » ; demeurant fidèles dans l'obéissance au commandement de Dieu, ils formeront la « grande multitude » qui vivra sur la terre pour toujours (Apocalypse 7:9-15). Le reste comme les « autres brebis » sont appelés « chrétiens », et en compagnons ils œuvrent ensemble en paix et en harmonie pour proclamer le nom de Jéhovah et son grand gouvernement théocratique (Psaumes 122:1-9 ; Apocalypse 22:17). Aucun d'eux ne pratique la religion — ils la fuient comme une ennemie mortelle, ce qu'elle est en vérité. En revanche, ceux qui continuent à pratiquer la religion ont une forme de piété, mais nient la puissance de Dieu et de son Royaume (2 Timothée 3:5).[259]

Les démons ont utilisé la religion pour créer une multitude d'hypocrites parmi les hommes. L'hypocrite est odieux aux yeux de Dieu (Job 27:8-9 ; Job 34:30). Le Seigneur Jésus dénonça les prêtres et lévites qui avaient abandonné la Parole de Dieu pour suivre les enseignements des hommes en pratiquant la religion, les qualifiant d'hypocrites selon Matthieu 15:7-9 et les comparant à des sépulcres blanchis, beaux en apparence mais pleins d'ossements et d'impureté (Matthieu 23:27-28, Matthieu 23:33). La fin des hypocrites est la destruction.[260]

Saül de Tarse, devenu l'apôtre Paul, fut lui-même un religieux avant d'apprendre la vérité et de devenir chrétien (Galates 1:1-16). Son exemple illustre le principe selon lequel Dieu délivre de la religion ceux qui lui sont honnêtes, sincères et de bonne volonté. Lors de la venue du Seigneur Jésus au temple, Dieu met sa vérité devant les praticiens de la religion pour leur offrir l'occasion d'en être libérés. La vérité est aujourd'hui portée à l'attention des personnes de bonne volonté pour qu'elles se rangent du côté de Jéhovah et de son Royaume.[261]

L'argument s'appuie ensuite sur la prophétie de Joël, présentée comme la prophétie scripturaire traitant spécifiquement de la religion et de sa fin ultime. Jérusalem est posée comme préfiguration typique de la chrétienté : ce qui advint sur Jérusalem annonce ce qui doit advenir sur la chrétienté. L'accomplissement complet de cette prophétie est déclaré avoir commencé après 1918, date à laquelle Christ Jésus est venu au temple de Jéhovah pour le jugement.[262]

L'exégèse de Joël distingue plusieurs points : la « strange work » (l'œuvre étrange) que Dieu fait accomplir dans la chrétienté avant l'Harmaguédon, à titre de témoignage et d'avertissement ; la dénonciation de la classe du « mauvais serviteur », de « l'homme du péché » et du « fils de la perdition » ; la formation d'un État totalitaire et la pleine coopération des adeptes de la soi-disant « religion chrétienne » avec les dictateurs du monde en opposition au Royaume de Dieu ; la révélation des difficultés dans lesquelles tombèrent les vrais chrétiens, leur rétablissement, et l'effusion de l'esprit de Dieu sur tous les fidèles. La conspiration unie des religieux, politiciens et dirigeants commerciaux contre les serviteurs fidèles de Jéhovah est décrite non comme une menace susceptible de les décourager, mais comme un signal que les fidèles avancent avec audace et joie, Jéhovah invitant toutes les forces du Diable à se présenter au combat, le résultat final étant la gloire de Jéhovah et la destruction complète de la religion.[263]

L'interprétation du verset d'ouverture de Joël (Joël 1:1) explore les significations onomastiques : « Joël » signifie « Jéhovah [est son] Dieu », et « Petuel », le père du prophète, signifie « élargi de Dieu ». Le prophète représente typiquement le reste fidèle des oints, témoins de Jéhovah. Le sens du nom de son père est interprété comme pointant vers trois réalités accomplie après 1918 : la libération du reste de la servitude de l'organisation de Satan (Ésaïe 14:17 ; Ésaïe 52:2), l'ouverture de leur bouche pour délivrer le message du Royaume (Psaumes 51:15 ; Ézéchiel 3:27), et l'ouverture de leurs oreilles pour obéir aux commandements de Jéhovah (Ésaïe 50:5 ; Ésaïe 35:5). Ces deux noms pointent ensemble vers l'accomplissement de la prophétie après la venue du Christ au temple en 1918, dans « le jour de Jéhovah ».[264]

Le verset Joël 1:2 — « Écoutez cela, vous les anciens, et prêtez l'oreille, vous tous les habitants du pays » — est interprété comme adressé à ceux qui s'appuient sur leurs propres lauriers, estiment leur sagesse supérieure et échouent à honorer Jéhovah : ce sont les dirigeants auto-désignés du peuple, qui enseignent les doctrines des hommes et égarent le peuple. Les praticiens de la religion qui s'appellent « chrétiens » sont en covenant implicite d'obéissance à Dieu, mais ne tiennent pas leur part. Jéhovah ne leur permettant aucune excuse, ses témoins sont mandatés pour porter le message à la chrétienté, y compris à ceux qui ne le demandent pas. Ce travail d'avertissement est désigné comme l'« œuvre étrange » de Dieu mentionnée en Ésaïe 28:21. Lorsque les témoins de Jéhovah approchent les gens avec ce message, les religieux trouvent étrange que des chrétiens s'emploient à avertir le clergé et les dirigeants de la chrétienté — mais c'est précisément cela l'« œuvre étrange » de Dieu, un avertissement sans précédent dans la mémoire humaine.[265]

L'injonction de Joël 1:3 — « Racontez-le à vos enfants, et que vos enfants le racontent à leurs enfants, et leurs enfants à une autre génération » — est interprétée comme soulignant le caractère unique et définitif de cet avertissement : il ne s'en produira jamais de semblable, car c'est l'avertissement final. Une petite partie des habitants du pays entend et répond en rejoignant la classe des Jonadabs ou Jonathans, les « autres brebis » du Seigneur qui formeront la « grande multitude » et vivront éternellement sur la terre ; mais leur nombre est faible comparé aux praticiens de la religion.[266]

Le verset Joël 1:4 — décrivant le sauterellier, la locuste, le ver rongeur et la chenille se succédant dans la dévastation — est interprété non comme une référence à des fléaux agricoles littéraux, mais comme la figure prophétique d'une série de plaies spirituelles. Ces fléaux sont identifiés à la « grande armée » de Jéhovah mentionnée en Joël 2:25. La quadruple plaie est mise en parallèle avec la vision de Apocalypse 9:1-12, dans laquelle Jéhovah annonce l'envoi de ses témoins sur la chrétienté, semblables à une nuée de sauterelles. Cette quadruplication indique la destruction complète de la nourriture religieuse — mieux : du « fourrage » — que la chrétienté et ses dirigeants fournissent au peuple. La vérité de Dieu, délivrée par ses messagers, est présentée comme une plaie qui expose toute la religion pour ce qu'elle est : un tissu de mensonges, sans aucune valeur vivifiante.[267]

L'interprétation de Joël 1:5 — « Réveillez-vous, ivrognes, et pleurez ; et hurlez, vous tous qui buvez du vin » — s'articule autour de la figure des « ivrognes » identifiés aux dirigeants de la chrétienté. Ces derniers se sont enivrés du vin de Babylone fermenté par Satan, sont tombés dans un stupeur qui les a fait oublier Dieu et leurs obligations envers leurs semblables, et ne se réveilleront qu'au moment où la calamité sera imminente. Ils avaient entendu le message durant la « période d'Élie » de l'œuvre de l'Église, avant 1918, mais l'avaient méprisé ; à l'approche de l'Harmaguédon, ils reçoivent un choc plus violent encore.[268]

Illustration accompagnant le commentaire de Joël 1:5 sur les ivrognes invités à se réveiller et à hurler.

Les trois éléments qui dominent la terre — dirigeants politiques, chefs religieux et hommes d'affaires — sont présentés comme les instruments de Satan pour contrôler les peuples. « Les trois éléments nommés constituent les éléments officiels des habitants de la terre, utilisés par Satan pour contrôler les peuples ». Ils absorbent les politiques fausses et perverses de Satan et les mettent en œuvre, devenant téméraires et dissolus, vivant dans le plaisir égoïste. Ésaïe décrit leur état avec une sévérité particulière (Ésaïe 28:7-8), et Jacques 5:1-5 annonce que leurs richesses, corrompues et rongées par la rouille, témoigneront contre eux.[269]

Dans toute l'orgie et la débauche des nations, la religion est présentée comme tenant le premier rang. Les chefs religieux, ayant hypocrisément prétendu être les serviteurs de Dieu tout en se mêlant au monde de Satan, sont assimilés à une femme adultère, « assimilés à une femme adultère » extérieurement chaste mais entretenant en secret des relations illicites avec les éléments avoués de l'organisation de Satan. Jacques 4:4 est cité pour condamner quiconque se fait l'ami du monde. La figure apocalyptique de « BABYLONE LA GRANDE, LA MÈRE DES PROSTITUÉES ET DES ABOMINATIONS DE LA TERRE » (Apocalypse 17:1-2, Apocalypse 17:5) est appliquée à ce système religieux.[270]

L'ivresse des trois éléments dominants est attribuée au « vin nouveau » de Satan apparu depuis 1918, date à laquelle le Diable fut précipité sur la terre (Apocalypse 12:1-12). Ce vin nouveau se manifesta d'abord sous les traits de la Société des Nations, présentée par les religieux comme un substitut au Royaume de Dieu. Ayant été enivrés par cette « ivresse », les dirigeants furent facilement entraînés plus avant dans le piège du Diable en exaltant l'État et le gouvernement mondain au-dessus de Jéhovah Dieu. Cette dynamique aboutit à ce qui est désigné comme le « gouvernement totalitaire », ou règne de dictateurs arbitraires.[271]

Les manœuvres du Diable dans les démocraties supposées prennent des formes idolâtres identifiées avec précision : « salut au drapeau obligatoire, serments d'allégeance imposés aux citoyens natifs, honneurs rendus aux hommes », exaltation de la politique et des chefs religieux. Un bloc de nations comprenant l'Allemagne, l'Italie, le Japon et d'autres États est désigné, au sommet duquel la hiérarchie catholique romaine, qualifiée de soi-disant « spirituelle », trône et administre ses pseudo-remèdes pour faire paraître le règne de Satan comme un vin doux.[272]

Après la Première Guerre mondiale, les chefs religieux rejoignirent le camp politique, et les trois éléments commencèrent à fonctionner de concert avec une grande agitation bruyante, persuadés que l'heure était venue de gouverner la terre à la place du Royaume de Dieu sous le Christ Jésus. Leur hilarité fut de courte durée : « leur hilarité tapageuse fut de courte durée », car Jéhovah envoya son peuple proclamer son nom et celui de son Roi parmi les nations. Pendant des siècles les religieux avaient tenté d'amener le monde à l'Église ; désormais l'organisation religieuse est entrée dans le camp mondain et s'y est enivrée du vin de « la vigne de la terre ».[273]

Ce qui interrompit les félicitations des prétendants au pouvoir terrestre est désigné comme l'« œuvre étrange » de Jéhovah : celui-ci fit usage après la Première Guerre mondiale de la radio, des machines sonores et de la presse pour répandre son message parmi les peuples et proclamer son nom et celui de son Roi. « Ce message de vérité fait connaître le nom et la Parole de Jéhovah Dieu, expose la coalition des religieux et leur religion comme une illusion et un stratagème des démons ». Le message céleste du Royaume révèle que cette coalition ne jouit pas de l'approbation de Dieu mais en constitue une abomination, et que religion et chefs religieux seront entièrement anéantis à l'Harmaguédon. Ayant rejeté le Christ, les religieux et leurs alliés n'ont aucun accès à la joie du Seigneur et ne peuvent pas « boire le fruit de la vigne avec le Christ Jésus dans le Royaume » (Matthieu 26:29) — seuls ses serviteurs fidèles le peuvent.[274]

Le verset Joël 1:6 — décrivant une nation puissante aux dents de lion qui monte sur la terre — est interprété comme désignant la sainte nation de Dieu, son peuple pris du monde pour l'honneur de son nom (1 Pierre 2:9-10 ; Actes 15:14), représentée sur terre par le reste des oints. Cette nation n'a pas de roi terrestre mais est conduite par le Seigneur invisible, à la manière des sauterelles de Proverbes 30:27 qui marchent toutes en bandes sans roi. La chrétienté, qui prétend être le Juda antitypique louant et servant Dieu mais ne le fait pas en réalité, est désignée comme la terre envahie par cette armée de sauterelles spirituelles. Les témoins de Jéhovah et leurs compagnons n'exercent aucune violence physique : « ne s'engagent pas dans des massacres humains ni dans une violence physique envers quiconque ». La destruction qu'ils opèrent porte uniquement sur la nourriture spirituelle que la chrétienté a préparée pour le peuple — une nourriture dont le peuple a essayé de se nourrir sans y trouver de sustentation. La proclamation du message divin est ainsi présentée comme la seule arme, celle qui dévore ce que la chrétienté produit en guise de nourriture « spirituelle » et expose les hypocrites aux yeux de tous les honnêtes gens.[275]

La nation du Seigneur est déclarée « forte et sans nombre » parce qu'elle est envoyée dans la force et la puissance du Seigneur (2 Chroniques 16:9 ; Deutéronome 33:27), et son nombre, comparé à la masse de l'humanité, est certes petit, mais par son zèle et son action organisée et harmonieuse, la chrétienté la compare déjà à une armée « sans nombre » (Genèse 15:5). L'image des dents du lion est rapportée au Christ Jésus lui-même, « le Lion de la tribu de Juda », qui met en pièces toute hypocrisie portant opprobre sur le nom de Jéhovah. Par contraste, les chefs religieux et leurs alliés politiques, y compris dans les terres dites « démocratiques », sont décrits comme pratiquant l'hypocrisie en prêchant la liberté tout en faisant voter des lois qui imposent le salut au drapeau et placent l'État au-dessus de Dieu. « Jamais dans l'histoire de l'humanité il n'y a eu autant d'hypocrisie pratiquée qu'à présent, et dans cette pratique la religion prend la tête ». Les corps religieux présentent l'apparence de défenseurs des libertés civiles — liberté d'expression, de presse et de culte — tout en œuvrant activement à l'adoption de lois qui les suppriment, réalisant ainsi la prophétie de Psaumes 94:20-21.[276]

Chapitre V — Famine dans la « chrétienté »

Une famine spirituelle est annoncée comme étant désormais accomplie dans la chrétienté, en application de la prophétie d'Amos 8:11 — non une famine de pain ni de soif d'eau, mais de l'écoute des paroles du Seigneur. La nourriture que les chefs religieux ont distribuée au peuple est déclarée sans aucune valeur nutritive et, loin de dispenser la vie, la paix et le bonheur, elle n'engendre que deuil, maladie spirituelle et mort. À l'opposé, l'organisation de Jéhovah est présentée comme regorgeant de vérité, contraste saisissant avec la famine régnant chez les religieux. Voyant leurs pâturages brûler sous l'effet de la proclamation de la vérité, les religieux cherchent à détruire les hommes et femmes fidèles qui, sous le commandement de Dieu, portent à l'attention du peuple la nourriture vivifiante que le Seigneur a prévue pour ceux qui l'aiment.[277]

L'interprétation de Joël 1:7 — « Il a ravagé ma vigne et écorcé mon figuier ; il l'a dépouillé complètement et jeté au loin ; ses rameaux sont devenus blancs » — s'applique à la chrétienté qui prétend être la « vigne » de Dieu, c'est-à-dire l'expression visible de son royaume sur terre, son chef allant jusqu'à se proclamer « vicaire du Christ ». Cette prétention est déclarée entièrement fausse et hypocrite. La vérité proclamée par les serviteurs de Dieu révèle que la religion est une fraude, un piège et une escroquerie, et que la chrétienté est vide et stérile, sans aucune part au Royaume de Dieu qui doit réhabiliter son saint nom.[278]

La figure du « figuier » est développée comme symbole de la sainte nation de Dieu ou de son Royaume. Israël fut la nation typique préfigurant ce Royaume, et lorsque le Christ Jésus se présenta devant elle, il prononça la malédiction de son Père parce qu'elle n'avait pas porté de fruit (Matthieu 21:19-20). Le Christ et ses apôtres établirent l'organisation chrétienne ; des hommes ambitieux s'y associèrent peu après et substituèrent rapidement la religion et ses pratiques au vrai service de Dieu, manœuvrés par Satan. La chrétienté, arbre de Satan, a cherché à s'approprier le nom du Christ, mais le vrai figuier de Dieu refuse de se mêler à l'organisation du Diable (Juges 9:11). Le Royaume a été ôté à la chrétienté infidèle et remis à la nation qui en produit les fruits (Matthieu 21:43), ce qu'illustre la parabole du figuier stérile de Luc 13:6-9 : comme Jéhovah permit à Israël de subsister dix-huit siècles, il a laissé la chrétienté continuer à prétendre faussement le représenter jusqu'à la venue du Christ Jésus à son Royaume.[279]

La chrétienté est déclarée définitivement rejetée depuis la venue du Christ Jésus au temple en 1918, à laquelle toute espérance lui a été ôtée, événement symbolisé par l'écorçage et l'abattage du figuier. Les témoins de Jéhovah sont envoyés pour proclamer cette vérité, renversant ainsi la religion dite « chrétienne » que Dieu considère comme une abomination dont il s'est entièrement désavoué. La publication du livre Ennemis en 1937 est présentée comme ayant porté ces faits à l'attention des personnes honnêtes.[280]

Le message de la vérité divine expose la chrétienté comme une fraude et un piège, entièrement séparés du christianisme et en opposition à lui, séparant de ce fait la chrétienté du Christ Jésus, son époux. Invoquant Joël 1:8, la perspective d'être l'épouse du Christ, autrefois offerte à la chrétienté, lui est déclarée définitivement retirée à cause de son infidélité : telle une vierge répudiée, elle est présentée plongée dans le deuil et l'angoisse. Les chefs religieux de la chrétienté crient que l'« œuvre étrange » accomplie sur la terre est communiste et séditieuse, et font appel à leurs alliés politiques pour faire appliquer les lois contre les témoins de Jéhovah. Le pape du Vatican est dénoncé comme n'étant pas le vicaire du Christ, rendant sa prétention fausse et frauduleuse. La rage des clercs devant le message de vérité n'est présentée que comme un avant-goût de ce qu'ils ressentiront quand Jéhovah accomplira son « acte étrange » à Harmaguédon.[281]

La calamité annoncée en Joël 1:9 — l'oblation et la libation coupées de la maison du Seigneur et les prêtres en deuil — s'est accomplie sur la chrétienté dont les champs de blé et les vignes sont ravagés, sans vrai vin ni pain céleste. La peste de sauterelles envoyée par Jéhovah a dévasté les récoltes religieuses de la chrétienté. Le sanctuaire ayant été purifié, la foule des « anciens électifs » se trouve également coupée des offrandes agréées ; désormais seuls les vrais adorateurs de Dieu peuvent lui offrir une oblation dans la justice (Malachie 3:1-3). Toute offrande religieuse est déclarée abomination, et celui qui la présente est comparé à qui immolerait un chien ou offrirait du sang de porc (Ésaïe 66:3). Les clercs endormis dans le vin de Babylone se réveillent dépouillés de leurs pâturages ; la « classe du mauvais serviteur » ressent quant à elle le jugement du Seigneur qui la tranche et lui assigne un sort avec les hypocrites (Matthieu 24:48-51).[282]

La dévastation de la chrétienté se précise avec l'interprétation de Joël 1:10 — « Le champ est dévasté, la terre est en deuil ; car le blé est ruiné, le vin nouveau est tari, l'huile s'alanguit » — appliquée à la condition présente de la chrétienté, devenue objet de honte et de puanteur, totalement vidée de toute fertilité spirituelle (Ésaïe 24:3-5). Les trois éléments qui contrôlent la chrétienté — religion, politique et commerce — sont présentés comme intimement liés et soutenant mutuellement leurs clameurs pour « plus de religion », ce dont le Seigneur se moque avec dérision. La dénonciation du clergé et des dirigeants politiques en Jérémie 23:10-12 — prophètes et prêtres profanes dont la voie devient glissante dans les ténèbres — est appliquée à leur situation présente. Les Jonadabs, hommes et femmes de bonne volonté envers Dieu, sont présentés comme fuyant les systèmes religieux pour se réfugier auprès du Royaume de Dieu avant et pendant Harmaguédon.[283]

La honte prophétique adressée aux agriculteurs et aux vignerons en Joël 1:11 — « Ayez honte, ô laboureurs ; hurlez, ô vignerons, pour le blé et pour l'orge, car la moisson des champs a péri » — vise le clergé qui, au lieu de semer la semence du Royaume de Dieu comme seule espérance du monde, a planté la semence de Satan. Incapable de reconnaître ouvertement sa faute, le clergé poursuit hypocritement ses pratiques religieuses mêlées de politique et de schèmes mondains. Récusant le titre de « vignerons du Seigneur » qu'ils s'arrogent, leurs cœurs sont déclarés loin de Dieu comme Jésus l'avait dit (Matthieu 15:6-9), tandis qu'ils s'enivrent du vin de la « vigne de la terre » et commettent la fornication avec l'organisation du Diable (Apocalypse 14:18-20 ; Apocalypse 17:1-2 ; Jacques 4:4). À l'instar des Pharisiens, ils refusent non seulement d'entrer dans le Royaume mais font tout pour en priver la « grande foule », les « autres brebis » du Seigneur (Matthieu 23:13).[284]

La religion est désignée comme le principal moyen par lequel le nom de Jéhovah a été couvert de honte. La chrétienté, devenue entièrement religieuse, anti-chrétienne et donc opposée au Royaume de Dieu sous Christ, est déclarée entièrement déchue de toute faveur divine. L'image de Joël 1:12 — vigne asséchée, figuier languissant, grenadier, palmier, pommier et tous les arbres des champs desséchés, la joie étant tarie parmi les fils des hommes — est appliquée au résultat de la venue du Christ Jésus au temple : Dieu a « mis la chaleur » sur les religieux depuis cet événement.[285]

L'aridité spirituelle de la chrétienté est encore précisée par l'application d'Ésaïe 5:5-7 — la vigne abandonnée dont la haie est ôtée, le mur abattu, les nuages commandés de ne plus l'arroser — à l'ensemble des systèmes religieux contemporains. Tous les arbres du champ sont déclarés desséchés, sans aucun signe du Royaume de Dieu, parce que la joie du Seigneur est absente de la chrétienté : aucun de ses chefs religieux ne se réjouit de la venue du Royaume de Dieu sous Christ ni ne s'intéresse à la réhabilitation du nom de Jéhovah, préférant jeter leur sort avec Satan.[286]

Depuis la venue du Christ Jésus au temple en 1918, la joie des vrais amateurs de Dieu et de son Roi continue de croître, tandis que la haine et l'opposition amère au Royaume s'intensifient chez les religieux. La « classe du mauvais serviteur » et les ultra-religieux sont déclarés totalement dépourvus de la joie du Seigneur, et leur temps est présenté comme un temps de grand malheur (Apocalypse 12:12). Leur misère est résumée par Ésaïe 24:11 — pleurs pour le vin dans les rues, toute joie obscurcie, l'allégresse du pays disparue. En contraste, le reste fidèle et ses compagnons chantent les paroles d'Habacuc 3:17-18 : même si le figuier ne fleurit pas et que la vigne est sans fruit, ils se réjouissent dans le Seigneur et exultent dans le Dieu de leur salut.[287]

Illustration de la page 149 de Religion (1940).

L'injonction de Joël 1:13 — se revêtir de sac, se lamenter, hurler, passer la nuit en sac, car l'oblation et la libation sont retranchées de la maison de Dieu — est interprétée comme adressée à la hiérarchie catholique romaine et aux autres clercs, qui, avec la « classe du mauvais serviteur », forment « l'homme du péché, le fils de la perdition », tout en prétendant ne former aucune alliance entre eux. Dans l'accomplissement complet de la prophétie, ces prêtres autoproclamés voient se répandre la proclamation du jugement de Jéhovah contre la religion, assistent à la fuite de leurs paroissiens et au dénudement de leurs pâturages. Leurs revenus diminuent, leurs pâturages se dessèchent ou brûlent, et leurs emplois sont déclarés sur le point de prendre fin. Dieu leur dit donc de hurler et de se lamenter toute la nuit parce qu'Harmaguédon est proche.[288]

La colère du clergé s'intensifie à mesure que les serviteurs de Jéhovah proclament le message de vérité « jour et nuit », c'est-à-dire en permanence. Leurs vêtements officiaux sont déclarés sans utilité pour alléger leurs misères. Les publications catholiques, « éveillent l'intérêt parmi les sujets honnêtes, la "population catholique", et ces honnêtes gens sont amenés à enquêter »; ils trouvent ainsi la vérité et fuient les organisations religieuses pour se réfugier sous Christ, ce qui prive d'autant la hiérarchie de son soutien financier. La famine de nourriture spirituelle est totale dans la chrétienté, et les chefs religieux, n'ayant rien à offrir, exigent de leurs alliés politiques des lois pour faire taire les témoins de Jéhovah — qu'ils qualifient de « pestiférés » — ; mais ces tentatives législatives ne font qu'attirer davantage l'attention sur le message du Royaume.[289]

La responsabilité de cette famine est rejetée par le clergé sur les témoins de Jéhovah, qu'il accuse d'être des « communistes » ; cette accusation est déclarée entièrement fausse : les chrétiens fidèles sont présentés comme entièrement séparés de tout parti politique, leur dévotion allant exclusivement à Jéhovah Dieu et à son Royaume sous Christ. La véritable cause de la famine est Jéhovah lui-même, qui dit par son prophète Amos : « Voici, les jours viennent, dit le Seigneur l'Éternel, où j'enverrai la famine dans le pays ; non pas une famine de pain ni une soif d'eau, mais d'entendre les paroles de l'Éternel » (Amos 8:11-12). Les hypocrites, dont l'espérance est déclarée vouée à périr (Job 8:13), entendent désormais sonner le glas de la religion et sont saisis de frayeur (Ésaïe 33:14).[290]

Un remède possible existe pour les individus de la chrétienté, mais les chefs religieux refusent d'y recourir. Jéhovah les exhorte par Joël 1:14 à sanctifier un jeûne, à convoquer une assemblée solennelle, à rassembler les anciens et tous les habitants du pays dans la maison de leur Dieu pour crier vers lui. Si le clergé obéissait à cet ordre, il devrait cesser ses pratiques et observances religieuses destinées à paraître respectable aux yeux du monde. Un tel jeûne authentique attirerait sur lui le reproche de Satan et de ses agents. La hiérarchie catholique romaine est déclarée incapable d'obéir à cet ordre car elle constitue la principale représentante de Satan sur terre. Les jeûnes ostentatoires qu'elle pratique sont qualifiés d'hypocrites — se lamenter en public pour en imposer aux hommes — et le Seigneur condamne ce type de jeûne par Ésaïe 58:4-5 et par les paroles de Jésus à ses disciples en Matthieu 6:16-18.[291]

Le jeûne authentique que Dieu commande consiste à cesser de se nourrir des doctrines et pratiques religieuses qui ont été servies au peuple sans valeur nutritive aucune. À titre de modèle, le jeûne des habitants de Ninive à la prédication de Jonas (Jonas 3:5) est évoqué. Personne n'est sommé de jeûner de la vérité : c'est la vérité de la Parole de Dieu que Dieu apporte au peuple et l'invite à en se nourrir pour vivre. Obéir à l'ordre de Jéhovah placerait quiconque dans la même classe que Christ Jésus et attirerait sur lui le même opprobre (Romains 15:3) ; le clergé s'en détourne soigneusement, mais les honnêtes gens parmi les religieux y obéissent et trouvent secours, protection et bénédictions sous l'organisation du Seigneur.[292]

L'injonction complémentaire de Jéhovah — « Convoquez une assemblée solennelle [un jour de retenue] » — renvoie à l'assemblée solennelle tenue le lendemain de la fête des tabernacles en Israël (Nombres 29:35), temps de retenue à l'égard du travail servile, du service des créatures et des activités intéressées. Les intérêts du Royaume doivent aujourd'hui occuper la première place dans l'esprit et le cœur de ceux qui participent à de telles assemblées solennelles. La chrétienté est déclarée incapable de convoquer un tel « jour de retenue »

parce que cela impliquerait de renoncer entièrement à ses cérémonies religieuses et à ses affiliations politiques, toutes présentées comme égoïstes et motivées par l'intérêt personnel. L'ensemble du système des « actions catholiques » devrait être abandonné, ce à quoi la Hiérarchie ne saurait jamais consentir.[293]

L'admonition s'étend aux « anciens » — c'est-à-dire les hommes d'âge que Joël 2:28 désigne comme « rêveurs » — qui doivent eux aussi s'astreindre à ce jeûne ou à ce jour de retenue, cesser leurs rêveries, spéculations et conjectures religieuses et se tourner entièrement vers la vérité du Royaume de Dieu. La responsabilité de servir d'exemples aux plus jeunes leur est rappelée. Cette admonition s'applique à la « classe des anciens électifs » du présent. Tous ceux qui persistent dans les pratiques religieuses sont invités à les abandonner et à consacrer toute leur attention au service du Royaume. L'injonction s'adresse également à « tous les habitants du pays », c'est-à-dire à tous ceux qui ont contracté une alliance pour faire la volonté de Dieu. Les religieux qui y obéiraient devraient cesser de faire de la maison de Dieu une « tanière » de profiteurs commerciaux (Jérémie 7:11), et se retourner pour « servir Dieu et son Roi ».[294]

Un double dessein est assigné à la responsabilité que Dieu impose aux religieux d'appeler un jour de jeûne : premièrement, adresser un avertissement à quiconque pratique la religion ; deuxièmement, révéler le seul moyen d'échapper à l'organisation de Satan, que Dieu met à disposition de ceux qui lui sont bien disposés. Parmi les chefs religieux et ceux qui subissent leur influence, certains soupirent et pleurent en raison des abominations commises dans la chrétienté ; ceux-là doivent avoir la possibilité d'entendre et d'apprendre quelle est la voie d'évasion et où trouver sécurité. C'est pourquoi Dieu commande à « tous les habitants » de s'assembler dans la maison du Seigneur et de « crier vers lui » (Joël 1:14). Ce faisant, ils reconnaissent leur culpabilité d'avoir suivi et pratiqué la religion plutôt qu'obéi à la Parole de Dieu. Le jugement proclamé est présenté comme celui de Dieu lui-même, non celui du prophète Joël ni d'aucun homme ni des témoins du Seigneur. Ceux qui implorent sa miséricorde doivent exprimer leur détermination à servir le Seigneur, chercher la justice et l'humilité (Sophonie 2:3). Cette démarche doit s'accomplir maintenant, avant qu'Harmaguédon ne commence : une fois la bataille engagée, crier vers le Seigneur sera déclaré inutile, selon la promesse de Proverbes 1:28-31 — « alors ils m'appelleront, mais je ne répondrai pas ; ils me chercheront de bonne heure, mais ils ne me trouveront pas ; parce qu'ils ont haï la connaissance et n'ont pas choisi la crainte de l'Éternel ».[295]

Le « jour de Jéhovah » est présenté comme ayant débuté en 1914, conformément à Joël 1:15 — « Hélas pour ce jour ! car le jour du Seigneur est proche, et il viendra comme une destruction du Tout-Puissant. » Satan a mené ses opérations religieuses pendant plusieurs siècles sans interruption, mais son temps est déclaré révolu depuis l'intronisation de Christ Jésus (Psaumes 110:2). La guerre dans les cieux a été combattue et Satan a été précipité sur la terre (Apocalypse 12:1-9) ; puis en 1918, le jugement a commencé par la maison de Dieu (1 Pierre 4:17). La grande tribulation a ensuite été suspendue pour permettre l'accomplissement de l'œuvre de témoignage, afin de recueillir les « autres brebis » du Seigneur (Matthieu 24:22). Depuis lors, Jéhovah accomplit son « œuvre étrange » : son armée de « sauterelles » constitue une plaie pour la chrétienté et la chaleur est mise sur la religion (Joël 1:4, 10, 12). Cette plaie annonce la prochaine bataille du grand jour du Dieu Tout-Puissant. La colère divine ne s'arrête pas à la plaie de sauterelles et à la saison de famine sans pluie, mais atteindra son apogée à Harmaguédon. Cette plaie n'est pas l'œuvre d'hommes, ni une campagne religieuse ni un mouvement de propagande comme celui des athées, bolcheviks, communistes et autres radicaux impies — elle vient du Dieu Tout-Puissant lui-même, qui envoie ses serviteurs déclarer son nom et son dessein immédiatement avant la bataille d'Harmaguédon (Exode 9:16).[296]

La nourriture spirituelle abonde dans le grenier de Dieu, mais la famine s'étend entièrement sur la chrétienté, parce que Dieu en a fermé la porte. Joël 1:16 — « La nourriture n'a-t-elle pas été retranchée de devant nos yeux, et aussi la joie et l'allégresse de la maison de notre Dieu ? » — est interprété comme les chefs religieux reconnaissant eux-mêmes que Dieu les a abandonnés. L'abondance de nourriture spirituelle répandue sur toute la terre par les témoins de Jéhovah et leurs compagnons les Jonadabs est présentée comme provenant exclusivement du grenier de Dieu, la chrétienté n'y ayant aucune part, car aucun de ses représentants ne défend la réhabilitation du nom de Jéhovah. Les religieux voient ce fait et cherchent désespérément à empêcher les serviteurs du Seigneur d'apporter cette nourriture au peuple affamé. La racket du « purgatoire », longtemps source de revenus considérables pour la Hiérarchie, est déclaré entièrement démasqué comme la plus grande escroquerie lucrative jamais pratiquée, ce qui remplit le clergé de frayeur et de rage. Le livre Ennemis et la brochure Cure — dont la diffusion aurait en peu de mois atteint respectivement plus de deux millions et plus de douze millions d'exemplaires — sont présentés comme les instruments de cette révélation.[297]

« Un jour chaud pour les religieux »[298] — illustration accompagnant le commentaire de Joël 1:19.

La récolte spirituelle de la chrétienté est déclarée entièrement perdue : « La semence est pourrie sous les mottes, les greniers sont désolés, les hangars sont démolis, car le blé est desséché » (Joël 1:17). Rien de bon ne peut naître de la religion, dont les semences pourrissent parce qu'elles ont été semées à l'instigation du Diable. La maison autrefois revendiquée comme distributrice de nourriture spirituelle est devenue une maison de brigands politiques et commerciaux, ce qu'illustrent selon le texte les propres déclarations d'un ex-jésuite évoquant l'« Action catholique » comme un groupe cherchant à s'emparer du contrôle politique et financier de l'Amérique. Aucun chef religieux ne croit ni n'enseigne que Christ Jésus est venu au temple ; la chrétienté entend donc s'entendre dire par le Seigneur : « Votre maison [de religion] vous est laissée désolée » (Matthieu 23:38). La grande chaleur de la vérité et l'absence de pluie spirituelle ont rendu les greniers de la chrétienté inutiles, sans provisions à y mettre ni à en retirer pour le peuple.[299]

Le verset Joël 1:18 — les bêtes qui gémissent, les troupeaux de bétail perplexes faute de pâturages, les troupeaux de moutons rendus désolés — est appliqué au peuple ordinaire, décrit comme la « bête de somme » du clergé et des dirigeants religieux, politiques et commerciaux. L'ensemble du système religieux est annoncé voué à une destruction prochaine. La condition opposée prévaut parmi le peuple de Dieu, décrit par Zacharie 2:4 comme une Jérusalem habitée comme des villes sans murs en raison de la multitude d'hommes et de troupeaux qu'elle contient. Les hommes de bonne volonté dont les yeux s'ouvrent à la vérité sont présentés comme s'écriant vers le Seigneur conformément à Joël 1:19 : le feu a dévoré les pâturages du désert et la flamme a brûlé tous les arbres des champs. Au lieu de se joindre au peuple de bonne volonté pour crier vers le Seigneur, les chefs du clergé continuent d'implorer la bénédiction divine sur les schemes politiques et commerciaux du monde, tout en cherchant à détruire ceux qui apportent le message de Dieu. Le nouveau pape est désigné comme sollicitant la bénédiction divine sur les États-Unis à des fins politiques, sa bénédiction ayant déjà été accordée — est-il affirmé — au « meurtrier qui a détruit l'Espagne et l'Abyssinie ».[300]

La désolation se poursuit avec Joël 1:20 — les bêtes des champs qui crient elles aussi vers Dieu parce que les cours d'eau sont taris et que le feu a dévoré les pâturages. Les chefs religieux sont déclarés responsables de la misère du peuple ordinaire, ces « bêtes de somme » que la Hiérarchie appelle « les enfants de l'Église ». La religion organisée est désignée comme l'ennemie de Dieu et l'adversaire destructeur du peuple. Aucune bénédiction divine — symbolisée par la pluie — n'est envoyée sur les systèmes religieux, qui sont marqués et destinés à la destruction, laquelle n'attend que l'achèvement de l'œuvre de témoignage, l'« œuvre étrange » de Dieu. L'alarme doit retentir maintenant afin qu'aucun religieux ne puisse prétendre n'avoir pas entendu parler du Royaume, et pour que ceux d'entre eux qui sont de bonne volonté puissent trouver une voie de fuite. Cette œuvre est présentée comme celle de Jéhovah lui-même, accomplie par le reste de son peuple et leurs compagnons, qui doivent tous obéir strictement à ses commandements.[301]

Chapitre VI — L'alarme

Le chapitre VI s'ouvre sur l'injonction de Joël 2:1 — « Sonnez de la trompette en Sion et donnez l'alarme en ma sainte montagne ; que tous les habitants du pays tremblent, car le jour du Seigneur vient, car il est proche » — adressée à Joël, qui représente les témoins fidèles de Jéhovah actuellement sur terre. Comme le prophète Joël avait jadis sonné l'alarme à Jérusalem, le reste est présenté comme devant, en accomplissement de la prophétie et par obéissance au commandement divin, sonner l'alarme parmi tous les membres de l'organisation de Dieu et à l'intérieur des frontières de la chrétienté. La commission d'annoncer la vengeance du jour du Très-Haut est réservée aux seuls oints, conformément à Ésaïe 61:1-2.[302]

Pour ceux qui aiment Jéhovah et la venue du Christ Jésus leur Roi, la trompette résonne comme une annonce de joie et de jubilé ; pour les religieux, elle ne produit que trouble et détresse. Les chefs religieux sont désignés par le Seigneur comme des « chiens muets », « couchés » et « aimant le sommeil » dans les lits de tradition construits par leurs pères (Ésaïe 56:10). Refusant de reconnaître que le jour de Jéhovah est arrivé, ils crient au peuple « Paix, paix », alors qu'il n'y a pas de paix. Leur avidité pour les avantages du « monde mauvais présent » est déclarée totale : aucun chef religieux sur toute la terre ne soutient les intérêts du Royaume. La prophétie de Jérémie 6:13-15 — du plus petit au plus grand, chacun est avide de gain ; du prophète au prêtre, chacun agit avec fausseté — leur est appliquée directement.[303]

La trompette doit résonner en Sion, c'est-à-dire dans l'organisation capitale de Jéhovah, et particulièrement sa partie terrestre. Le Christ Jésus ayant établi Sion (Psaumes 102:16), les 144 000 qui se tiennent avec lui sur la montagne de Sion (Apocalypse 14:1) forment le « sacerdoce royal » chargé de sonner l'alarme de l'approche imminente d'Harmaguédon, participant ainsi à l'« œuvre étrange » de Jéhovah. La Hiérarchie catholique romaine et ses alliés du prétendu « front religieux chrétien uni » cherchent à empêcher le peuple d'entendre la trompette de Dieu, se contentant de souffler dans leurs propres trompettes d'étain pour annoncer leur propre grandeur tout en qualifiant les témoins de Jéhovah de « communistes ».[304]

La trompette divine retentit depuis la « sainte montagne » où Jéhovah a établi son Roi (Psaumes 2:6), et son son se propage jusqu'aux extrémités de la terre, principalement dans la chrétienté. L'écho d'Amos 1:2 — « l'Éternel rugit de Sion et fait entendre sa voix de Jérusalem ; les habitations des bergers seront dans le deuil » — vient confirmer ce message. Seuls le reste oint et ses compagnons, les « autres brebis » du Seigneur, sont déclarés craindre Dieu d'une vraie crainte et prendre ainsi le parti de la sagesse ; la connaissance que la trompette annonce une délivrance complète pour les fidèles et simultanément la destruction des méchants remplit ces derniers d'une crainte respectueuse et de joie. La promesse d'Ésaïe 66:5-6 — le Seigneur apparaîtra pour la joie des siens et ceux qui les ont haïs seront dans la honte — est présentée comme en cours d'accomplissement.[305]

L'effet de ce message sur la Hiérarchie catholique romaine et ses alliés est comparé à celui qu'éprouva Belschatsar voyant l'écriture sur le mur : ils tremblent de peur et de terreur devant l'annonce du jugement de la religion. Leur première réaction est de tenter d'arrêter le message en détruisant les messagers et leur œuvre. Les témoins de Jéhovah, insensibles à l'opposition, avancent en ligne droite dans l'accomplissement de leur part, et leur zèle est déclaré un signe pour la Hiérarchie de son imminente chute (Philippiens 1:28). L'alarme est présentée comme nécessaire parce que « le jour de Jéhovah vient, car il est proche » (Joël 2:1), Jéhovah donnant toujours un avertissement préalable à son action afin que ceux qui le craignent trouvent la voie d'évasion et le lieu de sécurité (Proverbes 22:3).[306]

Le « jour de Jéhovah », ayant débuté en 1914 avec l'intronisation de son Roi, atteindra son apogée dans la bataille du grand jour du Dieu Tout-Puissant. Son « œuvre étrange » accomplie maintenant sera rapidement suivie de son « acte étrange ». Le présent est désigné comme un « jour de ténèbres » pour la chrétienté : Jéhovah avait annoncé par son prophète « un jour de ténèbres et d'obscurité, un jour de nuages et d'épaisses ténèbres » (Joël 2:2), mais les religieux ont ignoré la Parole de Dieu et se sont appuyés sur leurs propres opinions. Le tableau prophétique d'Amos 5:18-20 — l'homme qui fuit un lion et rencontre un ours, ou qui entre dans sa maison et est mordu par un serpent — illustre l'absence totale de voie d'évasion pour les marchands de religion. La prophétie de Sophonie 1:14-16 — grand jour du Seigneur, jour de colère, de détresse, de désolation, de ténèbres et d'obscurité, de nuages et d'épaisses ténèbres, de trompette et d'alarme — leur est appliquée comme description de leur condition présente.[307]

L'armée de « sauterelles » envoyée par Dieu vient s'ajouter aux ténèbres mentales et spirituelles qui s'abattent sur les religieux, de même que les sauterelles d'Égypte avaient ravagé ceux qui s'opposaient à Jéhovah et à son peuple (Exode 10:14-15). Ces prophéties sont déclarées en cours d'accomplissement sur la chrétienté. Par contraste, pour ceux qui aiment et servent Jéhovah fidèlement, c'est un temps de lumière croissante, conformément à la promesse d'Ésaïe 60:1-2 — « Lève-toi, resplendis, car ta lumière est venue » — tandis que les ténèbres couvrent la terre et les peuples. La lumière émanant du temple augmente de jour en jour et réjouit les dévoués au Royaume.[308]

Les religieux se trouvent dans les ténèbres parce qu'ils rejettent la Parole de Dieu et vont à l'encontre de sa loi et de ses prophètes ; celui qui ne parle pas « selon cette Parole » n'a aucune lumière en lui (Ésaïe 8:20). C'est le temps où les esprits mauvais contrôlent les dirigeants de ce monde (Éphésiens 6:12) et où Satan fait son dernier effort désespéré pour détruire le genre humain. Le « jour de nuages » signifie à la fois (1) la présence du Seigneur Jésus Christ (Exode 13:21 ; Matthieu 26:64 ; 1 Thessaloniciens 4:17 ; Apocalypse 1:7) et (2) un temps de détresse et de trouble annonçant la tempête imminente de Jéhovah sur ses ennemis. Au milieu de ces ténèbres, le Seigneur fait briller sa lumière sur ses « autres brebis » tout en les rassemblant à lui, conformément à la promesse d'Ézéchiel 34:12 — le berger qui cherche ses brebis dispersées au jour nuageux et sombre. La comparaison avec l'aube sur les montagnes, où la lumière du soleil est d'abord cachée, est introduite pour illustrer la situation du « jour de Jéhovah » (Joël 2:2), dont le développement se poursuit dans les pages suivantes.[309]

Au milieu des ténèbres spirituelles qui accablent leurs ennemis, un « grand peuple » surgit, désigné comme tel non par sa renommée ou sa puissance propre mais parce que Jéhovah l'emploie à son « œuvre étrange » (Joël 2:2). Considéré comme insignifiant aux yeux des hommes, ce peuple se révèle grand par l'ampleur du travail accompli : « De l'année 1921 à 1931, les témoins de Jéhovah ont placé entre les mains du peuple des livres et brochures au nombre de 110 565 401 ». Depuis 1931, l'œuvre s'est encore amplifiée grâce à des centaines de stations de radio, des milliers de phonographes et machines sonores, et des millions de tracts gratuits ; à la fin de l'année 1939, les publications de la Société entre les mains du peuple dépassaient 309 000 000 d'exemplaires en plus de soixante-dix langues.[310] Cette diffusion sans précédent dans l'histoire de l'humanité est présentée comme accomplie par la puissance du Dieu Tout-Puissant, et non comme un mouvement religieux mais comme la publication de la Parole de Dieu sur son commandement. Une fois l'« œuvre étrange » achevée, elle ne se répétera plus, car après Harmaguédon toutes les créatures vivantes loueront le nom de Jéhovah, dont la vindication sera pleinement réalisée.[311]

Illustration de la page 176, représentant la progression de l'armée de « sauterelles » de Jéhovah.

Depuis le début de l'« œuvre étrange », celle-ci a progressé avec une ferveur croissante. L'armée de serviteurs de Dieu, assimilée à des sauterelles, est présentée comme apparue au son de la cinquième trompette décrite en Apocalypse 9:1-12, qui a commencé à retentir en 1926, lors d'une convention du peuple de Dieu à Londres, en Angleterre. À cette époque, la chrétienté s'était rendue coupable de la « transgression de la désolation » en mettant en avant une organisation diabolique revendiquant le droit de gouverner la terre à la place du Royaume de Dieu (Daniel 8:13). Entre 1922 et 1926, une série de trompettes ou d'alarmes, décrites dans les chapitres 8, 9 et 11 de l'Apocalypse, avait annoncé la venue des sauterelles ; ce travail préparatoire est décrit en Apocalypse 16:1-9 comme des « plaies » qui ont fait brûler les religieux comme une flamme de feu.[312] La prophétie de Joël 2:3 — « un feu dévore devant eux et derrière eux une flamme brûle ; le pays est comme le jardin d'Éden devant eux et derrière eux un désert désolé » — est interprétée comme décrivant ce processus en deux temps : une flamme dévorante de vérité a d'abord précédé l'arrivée de l'armée de sauterelles, et la flamme destructrice d'Harmaguédon viendra l'achever. La prière du Psaumes 83:14-15 — poursuivre les ennemis de Dieu avec la tempête et l'effrayer avec la bourrasque — est présentée comme déposée dans les Écritures pour être prononcée par les fidèles témoins de Jéhovah, et Ézéchiel 20:47-48 complète ce tableau en annonçant un feu qui dévore tout arbre vert et sec dans la forêt du midi, sans être éteint.[313]

La condition de la chrétienté avant l'arrivée des sauterelles est décrite comme un « jardin d'Éden » : en 1919, le Mouvement interconfessionnel mondial des Églises protestantes d'Amérique était lancé ; au printemps de la même année, la Conférence nationale catholique du bien-être était organisée. Le fascisme levait la tête en Italie cette année-là, et le Vatican, cherchant un instrument contre le message du Royaume de Dieu, s'en empara. Le 6 février 1922, le cardinal Ratti était élu pape, tandis que Mussolini prenait le contrôle de l'Italie ; peu après, le fascisme restituait à la papauté son pouvoir temporel, transformant la Hiérarchie en une vaste machine politique. L'organisation catholique romaine, décrite comme « la prostituée oubliée de Tyr moderne » selon Ésaïe 23:15-17, se refit une beauté et recommença à chanter ses chansons pour séduire d'anciens partenaires politiques et commerciaux. Aux yeux des religieux, le champ des nations semblait alors aussi prometteur qu'un jardin de délices.[314]

Les religieux ne redoutaient guère l'action des témoins de Jéhovah, qu'ils considéraient comme une foule nuisible mais sans grande capacité d'action, estimant avoir anéanti leur travail pendant la Grande Guerre. Pendant ce temps, sous la grâce de Jéhovah et le commandement immédiat du Christ Jésus au temple, les témoins se relevaient et réorganisaient leur œuvre. En temps voulu, l'armée de Jéhovah fut envoyée telle une nuée de sauterelles, marquant le début d'une activité réelle et d'un mouvement organisé en avant — et désormais, après quelques années de travail des sauterelles du Seigneur, le champ religieux ne ressemble plus qu'à une désolation.[315]

L'effet de cette invasion des « sauterelles » du Seigneur et de la proclamation du jugement de Dieu contre toute religion révèle que celle-ci est une fraude et un piège du Diable. Les gens honnêtes du monde, apprenant la vérité, regardent désormais la religion comme une chose désolée, un piège et une escroquerie. Les témoins fidèles de Jéhovah n'ont épargné aucune religion, mais ont hardiment annoncé, sur commandement du Seigneur, que le but de toute religion est de diffamer le nom du Dieu Tout-Puissant et de détourner le peuple de Lui. En 1933, l'organisation catholique et ses alliés politiques avaient proclamé avec fracas une prétendue « année sainte » pour restaurer dans les esprits l'apparence de jardin d'Éden en faveur de la religion ; mais l'armée des sauterelles du Seigneur en arracha le camouflage, et depuis lors le peuple sait que toute religion est du Diable et l'ennemi acharné du christianisme. Le fascisme, le nazisme et le communisme sont également désignés comme des instruments diaboliques sur lesquels la Hiérarchie catholique romaine s'appuie et dont elle est le conseiller spirituel, leur but commun étant de gouverner le monde à la place et au lieu du Royaume de Dieu sous Christ.[316]

L'instrument dont le Seigneur s'est servi pour provoquer cette dévastation dans les champs de la religion est constitué de ses fidèles serviteurs, agissant strictement sous le commandement du Seigneur Jésus Christ, sans recours à la force physique ni aux armes charnelles — conformément à la prophétie : aucune destruction physique de maison, de propriété ou de personne. Les témoins de Jéhovah, sous le commandement de leur Chef, Christ Jésus, répandent la lumière et la chaleur qui dévorent les faux enseignements inventés par le Diable.[317]

Pour l'encouragement du reste fidèle et de ses compagnons, les Jonadabs ou « autres brebis », la prophétie de Joël 2:4 donne une description minutieuse de ceux qui composent l'armée assimilée aux sauterelles : « Leur aspect est comme l'aspect des chevaux, et comme des cavaliers ils courent. » Le cheval symbolise l'équipement de guerre, et les sauterelles elles-mêmes ont une tête oblongue ressemblant à celle d'un cheval — d'où Apocalypse 9:7 : « Les formes des sauterelles ressemblaient à des chevaux préparés pour la bataille, et sur leurs têtes il y avait comme des couronnes semblables à de l'or, et leurs visages étaient comme des visages d'hommes. » Les chefs religieux et leurs alliés s'efforcent d'intimider les témoins de Jéhovah pour les réduire au silence, mais les fidèles obéissent au Seigneur Jésus Christ qui leur dit « Ne les craignez pas » (Matthieu 10:26-28), avançant dans le combat à l'instar du cheval qui « se moque de la peur et ne recule pas devant l'épée » (Job 39:22). L'amour parfait chasse la crainte (1 Jean 4:18), et Dieu leur donne l'ordre rassurant qu'il donna à Jérémie : « Ne les crains pas » et « Ceignez vos reins, levez-vous et parlez-leur de tout ce que je vous commande ; ne vous effrayez pas devant eux. »[318]

La traduction de Joël 2:4 selon Rotherham — « Comme des chevaux de guerre, ainsi ils courent » — vient renforcer la description du mouvement des témoins de Jéhovah. Ils ne fuient pas le combat ; au contraire, sur le commandement du Seigneur, ils accélèrent leur élan. Depuis le début de l'année 1939, une vitesse et une intrépidité accrues dans l'« œuvre étrange » sont signalées. Parmi ces témoins, certains ayant dépassé soixante-dix ans ont même intensifié leur rythme, accomplissant jusqu'à soixante-dix heures par mois de service sur le terrain. Ceux qui croyaient d'abord ne pas pouvoir porter le phonographe avec discours enregistré ont découvert que ce fardeau est léger dans le service du Roi ; comme le cheval de guerre, ils avancent chaque jour avec une joie croissante.[319]

Le Seigneur donne, en langage symbolique, une description si précise des témoins fidèles qu'aucun doute ne subsiste quant à leur identité. Il décrit également l'action harmonieuse de ceux qui forment son organisation visible, preuve supplémentaire que tous les fidèles vivent et travaillent ensemble dans la paix, animés d'une seule préoccupation : la vindication du nom de Dieu. Les témoins de Jéhovah sont présentés comme sans crainte devant la puissance des hommes ou du Diable, avançant activement dans le service de Jéhovah conformément au commandement de Joël 2:5 : « Comme le bruit des chars sur le sommet des montagnes ils bondissent, comme le crépitement d'une flamme de feu dévorant le chaume, comme un peuple puissant rangé en ordre de bataille. » L'Apocalypse 9:9 offre une description parallèle de la partie terrestre de l'armée de Dieu : cuirasses de fer, son des ailes semblable au bruit des chars de nombreux chevaux courant à la bataille. Le mouvement d'un gigantesque essaim de sauterelles est très bruyant, mais harmonieux ; de même, l'avancée des témoins de Jéhovah est menée avec une grande publicité et un son harmonieux, tout ce qu'ils font étant accompli ouvertement. Si un clergé opprime un pionnier dans une localité, un essaim entier s'y précipite immédiatement et assainit la communauté ; ils attirent l'attention du peuple sur le nom de Jéhovah et sur le fait que son Royaume est là, seul moyen possible d'apporter paix, prospérité, vie et bonheur, et ils avertissent le peuple de l'approche imminente de la bataille d'Harmaguédon.[320]

Leur travail est accompli de manière systématique et bien organisée ; leurs mouvements et leur son d'avertissement ressemblent à l'avancée de chars de guerre se hâtant vers la bataille. C'est l'organisation de guerre de Jéhovah, dont la partie invisible s'approche rapidement pour détruire la chrétienté hypocrite et infidèle, tandis que le reste avance en annonçant le fait. La grande organisation de Dieu, telle qu'un char immense et irrésistible aux quatre roues puissantes, est décrite par le prophète Ézéchiel (Ézéchiel 1:1 ; Ézéchiel 43:1-3) comme avançant et écrasant toute opposition. Le mot « montagnes » du verset cinq symbolise les organisations gouvernementales de la chrétienté ; ces gouvernements tentent d'entraver l'œuvre de l'armée de « sauterelles » de Jéhovah, mais cette opposition ne détourne ni n'intimide les témoins du Très-Haut, car l'« œuvre étrange » de Jéhovah doit s'accomplir selon sa volonté. Dieu et Christ Jésus sont reconnus et proclamés comme les seules « autorités supérieures » auxquelles tout chrétien doit obéissance (Romains 13:1 ; Actes 5:29).[321]

Illustration de la page 189, représentant les « sauterelles » de Jéhovah franchissant les murs des religionnistes.

Les incendies qui éclatent fréquemment et détruisent les chaumes après une période de sécheresse intense sont pris comme comparaison : l'action unie des témoins de Jéhovah et de leurs compagnons apparaît aux religieux comme « le crépitement d'une flamme de feu dévorant le chaume ». L'« œuvre étrange » de Jéhovah est un avertissement de l'incendie d'Harmaguédon à venir, confirmé par 2 Pierre 3:7, 2 Pierre 3:10, 2 Pierre 3:12 et par Malachie 4:1 : « Car voici, le jour vient, ardent comme une fournaise ; et tous les orgueilleux et tous ceux qui font le mal seront du chaume — et le jour qui vient les embrasera. »[322]

La description de l'armée de sauterelles comme un « peuple puissant rangé en ordre de bataille » est interprétée comme désignant non des sauterelles au sens propre mais des créatures intelligentes et une organisation humaine — les témoins de Jéhovah. Non armés d'armes charnelles, ils sont totalement organisés sous le commandement du grand Maréchal des armées, Christ Jésus. L'armée du Seigneur n'est pas une organisation démocratique, mais est sous le contrôle et le commandement du Seigneur Jésus Christ, roi et Maréchal de Jéhovah — et donc un gouvernement théocratique. Cette conclusion est étayée par Apocalypse 9:7 et Apocalypse 9:11 : les sauterelles ayant un roi, l'ange de l'abîme sans fond, dont le nom en hébreu est Abaddon et en grec Apollyon. L'intrépidité des témoins de Jéhovah est fondée sur leur certitude d'être soutenus par la puissance toute-puissante de Dieu ; leurs visages sont comme de l'adamant, plus dur que le silex (Ézéchiel 3:9), et ils avancent en ligne droite dans leur travail assigné : « Devant eux les peuples sont dans l'angoisse ; tous les visages palissent » (Joël 2:6).[323]

Cette application de Joël 2:6 vise particulièrement la Hiérarchie catholique romaine et ses alliés docteurs protestants en divinité et rabbins juifs, qui s'agitent ensemble pour inciter les pouvoirs politiques, législatifs, judiciaires et autres à prendre des mesures drastiques contre les témoins de Jéhovah. Selon Apocalypse 9:3-6, ces mêmes sauterelles reçoivent un pouvoir comparable à celui des scorpions, mais il leur est ordonné de ne faire de mal ni à l'herbe ni à quoi que ce soit de vert, uniquement aux hommes qui n'ont pas le sceau de Dieu sur le front — les religieux —, et non pas de les tuer mais de les tourmenter pendant cinq mois d'un tourment de scorpion, au point qu'ils chercheront la mort sans la trouver. Dieu permet aux religieux de subsister et de poursuivre leurs pratiques le temps que son « œuvre étrange » s'accomplisse, afin qu'ils reçoivent ce tourment : leurs « susceptibilités religieuses sont choquées » dès que quelqu'un prononce en leur présence le message de vérité. Leurs visages présentent, selon le texte hébreu, un « éclat » ou une « rougeur » d'anxiété à l'observation des activités des témoins de Jéhovah — comme Ninive décrite en Nahum 2:10. Les clercs, voyant que leurs paroles dures ne font pas reculer les témoins, concluent que leur intrépidité annonce leur propre destruction imminente ; leur état est comparé à celui de Belschatsar découvrant l'écriture sur le mur.[324]

Jéhovah avait annoncé par son prophète l'action unie et harmonieuse des témoins fidèles portant le message de son Royaume : « Ils courent comme des hommes vaillants ; ils escaladent le mur comme des hommes de guerre ; chacun marche dans sa voie et ils ne rompent point leurs rangs » (Joël 2:7). Les zélés ne se contentent pas de quelques heures de service ; ils attaquent dans la force du Seigneur, qui leur renouvelle leurs forces conformément à la promesse d'Ésaïe 40:31. Le Psaumes 119:32 et la parole de David en 2 Samuel 22:29-30 — « Par toi j'ai chargé une troupe et j'ai sauté par-dessus un mur » — sont présentés comme des textes aujourd'hui appropriés pour les témoins de Jéhovah.[325]

Les ennemis du Royaume de Dieu qui se protègent derrière leurs murs politiques et judiciaires constatent que ces murs sont insuffisants. Les témoins de Jéhovah, selon la prophétie, « escaladent les murs comme des hommes de guerre », avançant sans s'arrêter. Depuis qu'ils ont reconnu et apprécié le Gouvernement théocratique qui les dirige, ils sont rapidement disciplinés et agissent avec ordre et intrépidité. Les religieux ont élevé leurs murs, fortifiés par la politique et le commerce, pour maintenir derrière eux le peuple ordinaire qui a soutenu leur organisation ; mais Jéhovah envoie son armée de sauterelles qui passe au travers, apportant un message de délivrance — et ainsi Dieu, par ses témoins, « ouvre les prisons à ceux qui sont liés » (Ésaïe 61:1).[326]

Chacun des membres de la classe du « serviteur fidèle et avisé » est présenté comme connaissant que le commandement du Seigneur lui assigne un travail spécifique ; il avance dans l'accomplissement de sa propre mission, sans s'ingérer dans celle d'autrui. Il sait qu'individuellement il n'a aucune force et ne devient pas présomptueux ; il se réalise petit en lui-même mais fort dans le Seigneur — comme les sauterelles dont il est dit qu'elles sont petites mais sages — et, semblable à une bande de sauterelles, il avance avec ses semblables comme une troupe unie de guerriers : « Il y a quatre choses petites sur la terre, mais qui sont très sages… Les sauterelles n'ont point de roi, et cependant elles s'avancent toutes par bandes » (Proverbes 30:24,27). La Hiérarchie et ses alliés tentent de briser l'unité et l'action harmonieuse des témoins de Jéhovah, mais sans y parvenir ; le prophète annonce en conséquence de ces sauterelles fidèles et zélées : « Ils ne changeront point leurs chemins. » (Ésaïe 30:20-21). Ils savent que Jéhovah et Christ Jésus sont leurs enseignants et commandants et qu'il leur appartient, en tant que serviteurs du Seigneur, d'obéir avec joie : « Tes yeux verront tes maîtres ; et tes oreilles entendront une voix derrière toi, disant : Voici le chemin, marchez-y. »[327]

Chapitre VII — Serviteurs unis

Illustration de la page 197, représentant les témoins de Jéhovah portant le message du Royaume jusque dans les maisons.

En ce jour, la question est présentée comme clairement tranchée, car c'est le temps où Jéhovah accomplit son « œuvre étrange », laquelle consiste à informer le peuple que la religion est du Diable et qu'elle est vouée à une destruction prochaine et totale. C'est pourquoi tant de personnes de bonne volonté apparaissent sur la scène et se déclarent contre la religion et pour le Royaume de Dieu sous Christ. Elles voient clairement que les témoins de Jéhovah ne mènent aucun combat contre des êtres humains, mais qu'ils accomplissent une bonne œuvre en proclamant le message de Dieu selon ses commandements ; ces personnes de bonne volonté se hâtent de rejoindre le reste oint dans cette « œuvre étrange ». Tous ceux qui sont du côté de Jéhovah et de son Roi doivent nécessairement se tenir fermement ensemble et travailler fidèlement et harmonieusement.[328]

Jéhovah avait jadis, par son prophète Joël, souligné l'action harmonieuse et en avant de son peuple fidèle sur la terre. Ses oints et leurs compagnons devaient se tenir épaule contre épaule pour le Royaume. Il assimile ses oints fidèles à des sauterelles (Joël 1:4 ; Joël 2:25) et les appelle « son armée » — une armée sans roi terrestre, mais placée sous le commandement de Christ, le Roi céleste. Les fidèles de Dieu sur la terre n'ont pas besoin d'un roi, d'un chef ou d'un dirigeant terrestre ou visible ; ils sont tous à l'unité, c'est-à-dire qu'ils ne font qu'un, et que Christ est leur Chef et leur Tête. Christ Jésus ayant dénoncé la religion comme venant du Diable, ils doivent suivre leur Chef et Tête. La prophétie de Joël 2:8 dévoile le mouvement harmonieux des serviteurs fidèles de Jéhovah, qui suivent leur Roi où qu'il les conduise : « Ils ne se poussent point les uns les autres ; chacun marche dans son chemin ; et quand ils tombent sur l'épée, ils ne sont point blessés ».[329]

Ils n'ont aucune raison de se battre les uns contre les autres ; s'ils se trouvaient à se combattre mutuellement, ce serait la preuve concluante qu'ils ne servent pas Dieu et son Roi. Ils avancent dans l'unité, sans sortir des rangs, sans s'immiscer dans la tâche d'autrui. Chacun connaît sa position et son devoir assignés et s'applique fidèlement à servir là où il est placé. Tous se maintiennent dans la paix de Dieu et conservent la pleine paix et l'harmonie entre eux, conformément à ce que Dieu avait prédit (Psaumes 122:1). La Revised Version traduit Joël 2:8 par : « Ils s'élancent à travers les armes et ne dévient pas de leur course » ; selon Rotherham : « Bien qu'ils tombent au milieu des armes, ils ne s'arrêteront pas. » Les faits indiscutables s'avèrent en harmonie avec l'accomplissement de cette prophétie : les corps législatifs adoptent des lois pour arrêter l'activité du peuple de Dieu ; les tribunaux interprètent ces lois pour tenter d'entraver l'œuvre des témoins de Jéhovah ; des forces de l'ordre agissant à l'instigation des chefs religieux infligent des châtiments corporels aux témoins de Jéhovah, les battent, les jettent dans des prisons sordides et les accusent faussement de crimes ; des meneurs de foule incitent à les agresser — et, comme Jésus l'avait prédit, les témoins de Jéhovah sont « haïs de toutes les nations à cause de son nom » (Matthieu 24:9). Rien de tout cela n'arrête la marche en avant des serviteurs fidèles de Jéhovah ; leur commission et leur autorité émanant du Dieu Tout-Puissant, ils sont déterminés à obéir à Dieu quoi que les hommes puissent dire ou faire.[330]

Certains témoins de Jéhovah sont cruellement soumis à des châtiments corporels, et certains ont même été assassinés par les représentants religieux de Satan. Ces événements ne dissuadent pas les autres de poursuivre leur œuvre. Ceux qui survivent ne pleurent pas la mort d'un compagnon tué par l'ennemi, sachant que ceux qui meurent fidèles sont immédiatement transformés à la ressemblance glorieuse du Seigneur Jésus Christ. Aucune puissance humaine ni diabolique ne peut arrêter la marche en avant de l'armée de Jéhovah, assimilée aux sauterelles. Animés de la faveur du Roi et de la grâce du Dieu Tout-Puissant, ils sont déterminés à être fidèles dans l'accomplissement de leur devoir.[331]

La prophétie de Joël 2:9 décrit plus avant les activités des fidèles témoins du Seigneur : « Ils courent çà et là dans la ville ; ils courent sur le mur ; ils montent dans les maisons ; ils entrent par les fenêtres comme un voleur. » Les témoins fidèles et zélés de Jéhovah envahissent les places tenues par les agents de Satan — les organisations appelées « Églises » ou institutions religieuses — où sont retenus des « prisonniers ». Les religieux, par la contrainte et les menaces, ont installé la peur dans l'esprit de nombreux paroissiens et les maintiennent sous leur emprise. Les témoins de Jéhovah se hâtent de porter le message du Royaume à ces prisonniers, afin qu'ils apprennent la voie d'évasion vers la liberté et trouvent un lieu de sécurité. Ils accomplissent ainsi une bonne œuvre envers ceux qui soupirent et pleurent à cause des abominations pratiquées dans les organisations religieuses (Ézéchiel 9:4).[332]

Les éléments coalisés qui constituent les dirigeants visibles du « monde mauvais présent » érigent ce qu'ils appellent des « murs légaux » en adoptant des lois pour empêcher quiconque de s'exprimer contre la religion — ordonnances interdisant d'afficher la vérité par des bannières ou autres moyens, ciblant discriminatoirement les témoins de Jéhovah. Ces prétendus « murs légaux » n'arrêtent ni ne terrifient les témoins. Sachant que Dieu a commandé que son œuvre s'accomplisse et qu'il a promis que l'ennemi ne prévaudra pas contre ses fidèles, ceux-ci avancent en droite ligne en faisant de tout leur pouvoir ce qui leur est assigné. Le verset précise : « Ils montent dans les maisons » — les serviteurs fidèles de Dieu vont de porte en porte porter le message du Royaume, sans omettre aucune maison, pas même celles appartenant à la Hiérarchie catholique romaine. « Ils entrent par les fenêtres comme un voleur » : ils ne pillent ni n'enfoncent les portes, mais placent leurs phonographes devant les portes et les fenêtres et font entrer le message du Royaume dans la maison jusqu'aux oreilles de ceux qui souhaitent entendre — et pendant que ceux qui le désirent écoutent, certains « bougons » sont contraints d'entendre également. De même que les sauterelles envahissent les maisons et en rongent le vernis et le bois, les témoins fidèles de Dieu, leur étant assimilés, font pénétrer le message du Royaume jusque dans la maison et décapent les choses religieuses qui s'y trouvent — cierges, « eau bénite » —, dissipent la superstition dans les esprits et montrent que les doctrines qui leur ont été enseignées sont du bois, du foin et du chaume, destructibles par le feu. Le peuple apprend ainsi que le « purgatoire » est un épouvantail inventé par les agents de Satan pour effrayer le peuple à entrer dans les organisations religieuses où il sera dépouillé de son argent durement gagné. Le message du Royaume prend ainsi les religieux de cours comme un voleur entrant par les fenêtres, leur rappelant l'avertissement de Jésus : « Voici, je viens comme un voleur » (Apocalypse 16:15). Le jour d'Harmaguédon est présenté comme très proche et venant sur le monde en général « comme un voleur dans la nuit » (1 Thessaloniciens 5:2).[333]

Le Seigneur voit les efforts des religieux pour empêcher son message d'atteindre le peuple et se rit d'eux, les ayant en dérision. L'œuvre accomplie est l'œuvre de Dieu, son « œuvre étrange », qu'aucune puissance ne peut arrêter. Satan, chassé du ciel et précipité sur la terre où il opère en défi de Dieu et de son Royaume, combat désespérément ceux qui servent Jéhovah, mobilisant tous ses esprits mauvais dans l'espoir de contrarier la proclamation du Royaume. La bataille de la vérité se livre sur la terre contre les erreurs de la religion et ébranle les institutions religieuses jusqu'en leurs fondements : « La terre est ébranlée devant eux ; les cieux tremblent ; le soleil et la lune s'obscurcissent et les étoiles retirent leur éclat » (Joël 2:10).[334]

L'organisation visible de Satan — religieuse, politique et commerciale — est décrite comme en proie à la peur et à la consternation, tremblant et s'agitant. Ses dirigeants, enragés et ébranlés par le son du message du Royaume, recourent à tous les moyens imaginables pour l'arrêter. L'ennemi avait tenté de détruire l'œuvre du Seigneur pendant la Grande Guerre, mais après la guerre le travail de témoignage fut relancé et peu après l'« œuvre étrange » commença sérieusement (Apocalypse 11:11-13). Les gouvernements terriens donnent la preuve de leur tremblement en adoptant des lois et des arrêtés en conseil pour prévenir les activités des témoins de Jéhovah. Dans certains endroits plus obscurantistes, ils interdisent même l'importation du message du Royaume sous forme de livres, phonographes, disques et revues ; mais les témoins continuent de l'annoncer oralement au peuple, et les efforts de l'ennemi amènent les personnes honnêtes et sincères à chercher la raison de cette opposition, leur permettant ainsi de trouver la voie d'évasion. Des villes et des États adoptent des ordonnances spécifiquement dirigées contre les témoins de Jéhovah, et des juges et magistrats « ont explosé de colère du haut de leur siège en déclarant : "Ces gens de Jéhovah arrivent ici comme un essaim de sauterelles, ne montrant aucun respect pour nos ordonnances ni pour nos Églises" » — certaines villes du Connecticut et du New Jersey en sont des exemples frappants.[335]

Voyant l'incapacité de la police à arrêter le travail de témoignage, les ecclésiastiques tremblent de rage et de peur. Le Diable et son armée d'anges mauvais s'agitent et se déchaînent dans leurs efforts pour entraver l'œuvre des témoins de Jéhovah. Satan et ses esprits mauvais en lieux célestes constituent les « cieux », c'est-à-dire la partie invisible opérant à présent sur la terre contre le Royaume de Dieu et son peuple. C'est Satan et ses anges qui mènent la guerre contre les témoins de Jéhovah et leurs compagnons : « Et le dragon [Satan] fut irrité contre la femme, et il s'en alla faire la guerre au reste de sa postérité » (Apocalypse 12:17).[336]

Les Écritures citées à l'appui de ce développement (Éphésiens 6:12) sont présentées comme établissant de façon concluante que le combat des témoins fidèles de Dieu sur la terre est mené contre le Diable et son armée d'anges mauvais, lesquels utilisent des êtres humains comme agents visibles pour mener leur œuvre d'opposition. Cette conviction est censée convaincre tout homme raisonnable que le Royaume de Dieu sous Christ est la chose la plus importante qui soit, puisque ce Royaume anéantira l'organisation de Satan, vindiquera le nom de Jéhovah et procurera le salut à ceux qui aiment la justice. Ceux qui aiment le Seigneur sont donc appelés à redoubler d'ardeur dans le service du Royaume et à le faire connaître autour d'eux.[337]

La prophétie de Joël 2:10 est ensuite commentée à partir de la plaie des sauterelles sur l'Égypte (Exode 10:15) : de même que les sauterelles avaient obscurci la face de la terre, la « chrétienté » est désormais frappée d'une plaie semblable. Les grands ecclésiastiques, les notables de leurs troupeaux, et leurs fidèles fervents sont symboliquement désignés comme « le soleil, la lune et les étoiles brillantes » — ces lumières mondaines sont présentées comme de plus en plus obscurcies par le message du Royaume proclamé par l'armée antitypique des sauterelles. Le message de vérité de Dieu informe les gens honnêtes que leur espoir ne réside ni dans les chefs religieux ni dans les personnalités de leurs troupeaux, mais uniquement en Christ Jésus et son Royaume ; cette vérité éteint la lumière des grands mogols de la « chrétienté ». Même les dirigeants politiques qui brillaient parmi les hommes ont, par peur, fait volte-face vers la religion en réclamant à grands cris « plus de religion », et leur ancienne gloire s'efface. L'armée de « sauterelles » de Jéhovah avance résolument, et tandis que les ténèbres s'épaississent sur les sages du monde, la lumière sur le peuple du Seigneur continue de croître à leur joie.[338]

La question est alors posée de savoir si cette campagne sert la gloire des témoins de Jéhovah : la réponse donnée est catégoriquement négative. C'est le message de Dieu, et lui seul doit et reçoit l'honneur et la gloire. La prophétie de Joël 2:11 est citée : « Et l'Éternel fait retentir sa voix devant son armée, car son camp est très grand, car celui qui exécute sa parole est puissant ; car le jour de l'Éternel est grand et fort terrible, et qui peut le soutenir ? » C'est par Christ Jésus, son Roi, et à travers son organisation théocratique, que Jéhovah fait tonner son message proclamant à toute la création que le jour du règlement de comptes final est imminent — non pour exalter les « sauterelles », mais pour faire savoir que le Dieu Tout-Puissant est Jéhovah. Les « sauterelles » n'ont aucun roi terrestre ; elles sont placées sous leur Roi céleste et invisible, Christ Jésus, qui les commande. « Son camp est très grand » s'entend du volume considérable du message que le Seigneur fait diffuser.[339]

La première partie du jour de Jéhovah est décrite comme occupée par son « œuvre étrange » : proclamer le message de sa vengeance contre la religion et l'hypocrisie, et annoncer que son Royaume est le seul espoir de l'humanité. Le jugement du monde est présenté comme déjà engagé et en cours, les nations étant séparées — tout cela devant s'accomplir avant Harmaguédon, à la suite duquel l'organisation de Satan cessera d'exister (Matthieu 25:31-46). La question prophétique « qui peut le soutenir ? » est interprétée comme demandant qui peut maintenir son intégrité et demeurer membre de l'organisation de Dieu — qu'il appartienne au reste oint ou aux « autres brebis » du Seigneur. C'est une période de grande épreuve pour quiconque a entrepris de faire la volonté de Dieu ; ceux qui tiennent bon et prouvent leur intégrité sont ceux qui ont une foi et une confiance totales en Dieu et en son Roi, qui avancent en obéissant à ses commandements malgré l'opposition de l'ennemi. Ces fidèles comprennent pleinement que leur combat n'est pas mené contre des êtres humains — ni contre les catholiques, ni contre les protestants, ni contre les juifs, ni contre les incroyants — mais contre le Diable et son armée d'anges mauvais, ces êtres invisibles se servant des hommes qui ont cédé à la religion et ont ainsi été séduits par Satan.[340]

Avertir son peuple

La prophétie de Joël, prononcée bien des siècles avant l'ère chrétienne pour le peuple typique d'Israël, s'adresse désormais, dans son accomplissement antitypique, à ceux qui ont fait une alliance pour faire la volonté de Dieu. L'avertissement de Jéhovah à son peuple d'alliance est qu'il lui faut mettre de côté tout ce qui touche à la religion et se donner entièrement à son service : « C'est pourquoi encore maintenant, dit l'Éternel, revenez à moi de tout votre cœur, avec des jeûnes, avec des pleurs et avec des lamentations » (Joël 2:12).[341]

L'accomplissement de cette partie de la prophétie est situé entre 1918 et 1922, peu avant le début de l'« œuvre étrange » de Dieu. Longtemps auparavant, les prophètes avaient annoncé le jugement contre la religion et prédit cette œuvre étrange. Le peuple d'alliance de Dieu, durant la « période Élie » de l'Église, de 1878 à 1918, fréquentait encore les religieux et avait assimilé nombre de formalismes et de pratiques religieuses — il lui était difficile de s'en séparer, ne comprenant pas encore que ces pratiques étaient contraires à Dieu. L'heure vint pourtant pour lui de se séparer complètement des institutions religieuses. Tant qu'il marchait avec les religieux, son état était, figurativement parlant, celui d'un homme revêtu de vêtements souillés, cette souillure ayant été contractée par son association avec les systèmes religieux babyloniens et l'honneur rendu à leurs hauts dignitaires. La promesse de purification est rappelée à l'appui de Zacharie 3:4 : le « feu du Raffineur » et le « savon du Foulon » (Malachie 3:1-3) accomplirent cette purification lors de la venue du Seigneur à son temple.[342]

Avant ce jugement du temple, le peuple d'alliance cherchait à développer son caractère par ses propres efforts, croyant qu'un chrétien doit mériter l'approbation des gens du monde, reconnaître l'État comme les « autorités supérieures » et ménager les religieux, notamment les hauts dignitaires. La vindication du nom de Jéhovah était inconnue de ceux de la période Élie, et le Royaume n'était qu'un objet d'espérance secondaire. La plupart attendaient leur transformation par la résurrection pour être emmenés au ciel. Dieu révéla en temps voulu à son peuple d'alliance que cette voie n'était pas la bonne ; qu'il leur est impossible d'atteindre la perfection par leurs propres efforts, leur suffisance étant en Christ Jésus, leur Chef et guide parfait ; et que chacun doit se tourner entièrement vers le Seigneur et obéir à ses commandements en soutien du Royaume (Ésaïe 6:1-9). Ces vérités commencèrent à être révélées après la venue de Christ Jésus au temple.[343]

Les témoins de Jéhovah doivent donc renoncer à la religion. Ils doivent reconnaître Dieu et Christ Jésus comme les seules « Autorités supérieures », écarter la crainte des hommes et craindre véritablement Dieu. La souillure de leurs vêtements d'identification, contractée en Babylone, doit être ôtée par une séparation totale des systèmes babyloniens et un dévouement exclusif au Royaume de Dieu — ces vêtements purifiés les identifiant alors comme étant du côté de Dieu et de son Royaume. À cause des pratiques babyloniennes, le peuple d'alliance de Jéhovah avait été pris dans un piège et fait prisonnier par l'ennemi. La parole adressée à l'Israël typique reçoit désormais son application à l'Israël spirituel, conformément à Osée 14:1-2.[344]

Ceux qui se rassemblent au temple et reçoivent l'approbation du Seigneur doivent manifester leur amour exclusivement pour Dieu et son Royaume (Deutéronome 6:5-6 ; 1 Jean 5:3). Se tourner vers Dieu « de tout son cœur, avec des jeûnes et des pleurs » signifie se détourner de tout ce qui est religieux, car la religion déshonore le saint nom de Dieu et est un opprobre pour son peuple. Le deuil causé par leur iniquité passée montre que ses serviteurs sont dans la bonne disposition envers Jéhovah Dieu et en position de recevoir ses bénédictions : « Heureux ceux qui pleurent, car ils seront consolés » (Matthieu 5:4). Le Seigneur a consolé tous ceux de Sion qui se sont tournés entièrement vers lui, ont renoncé à la religion et se sont déclarés sans équivoque pour Jéhovah et son Royaume. Ce retournement ne doit pas être une affaire formelle, mais sincère et vrai ; les serviteurs de Dieu doivent voir et apprécier que l'enjeu à régler est la vindication du nom de Jéhovah — la chose la plus importante — et que le Royaume en est la doctrine centrale, le moyen par lequel Jéhovah vindicte son nom.[345]

Le Seigneur ne commande pas à son peuple d'aller dans le monde en proie au deuil et à la tristesse. Par son prophète (Joël 2:13), il prescrit : « Déchirez vos cœurs et non vos vêtements, et revenez à l'Éternel votre Dieu ; car il est compatissant et miséricordieux, lent à la colère et riche en bienveillance, et il se repent des maux qu'il envoie. » Les signes extérieurs de deuil accomplis pour être vus des autres ne comptent pour rien et ne sauraient plaire à Dieu. C'est une vraie tristesse de cœur, manifestée devant Jéhovah et non devant les hommes, qui est requise — un esprit véritablement contrit, une douleur sincère du cœur pour les manquements passés envers Dieu et son Royaume (Psaumes 51:17-18). Le piège dans lequel le peuple sincère de Dieu était tombé résultait de l'influence religieuse ambiante et de sa propre négligence et crainte des créatures. Lorsque Dieu lui révéla sa situation, les sincères furent véritablement affligés et honteux ; ils se tournèrent vers le Seigneur, et sa miséricorde leur fut accordée, car « il est compatissant et miséricordieux, lent à la colère et riche en bienveillance ».[346]

La miséricorde de Jéhovah envers les siens égarés lors du jugement du temple se manifeste dans l'accomplissement de Zacharie 1:16 : il est retourné à Jérusalem avec miséricordes, et sa maison doit y être rebâtie. Sa volonté n'est pas que ses serviteurs sincères périssent, mais qu'ils se retournent vers lui dès qu'ils voient la bonne voie, recevant ainsi ses bénédictions selon la promesse de 2 Pierre 3:9. La colère de Dieu contre les égarés de 1918 fit place à la miséricorde dès que les fidèles cherchèrent sa face avec une sincère tristesse de cœur ; il remplit alors leur bouche de sa louange, conformément à Ésaïe 12:1-2 : « Voici, Dieu est mon salut ; je me confierai et n'aurai point de peur ; car l'Éternel, l'Éternel est ma force et mon cantique, et il est devenu mon salut ». Au lieu de détruire les sincères mais égarés lors de sa venue au temple, le Seigneur les purifia, et Jéhovah « abrégea » le jour de tribulation pour leur permettre de prouver leur amour (Matthieu 24:21-22). La destruction de la « chrétienté » fut différée afin que les « élus » aient toute l'opportunité de témoigner du nom de Jéhovah devant elle et de prendre part à son « œuvre étrange ».[347]

Le reste fidèle, ayant obéi à l'injonction divine de se tourner entièrement vers Dieu et d'éviter toute religion, reçut la preuve que sa démarche était juste. Ceux qui s'accrochèrent à la pratique religieuse ne purent bénéficier de la bénédiction de Dieu et tombèrent dans la classe du « mauvais serviteur ». La « chrétienté », n'ayant pas eu la repentance, se vit envoyer l'armée divine de « sauterelles » engagée dans l'« œuvre étrange » — ce qui eut pour résultat de détruire la nourriture et les pâturages des religieux. Depuis 1922, Jéhovah a laissé derrière lui des bénédictions telles que son peuple n'en avait jamais connues auparavant, illustrées par l'« offrande de repas et de libation » de Malachie 3:3. À mesure que les témoins de Jéhovah avancent dans la force du Seigneur, leurs bénédictions ne cessent de croître et leur joie s'épanouit.[348]

Appel à l'action

L'« œuvre Élie » prit fin en 1918 (2 Rois 2:9-12), et les consacrés de toute la terre traversèrent une période d'inactivité. En 1919, peu après la levée de leurs contraintes et leur libération de captivité, le peuple consacré de Dieu commença à s'éveiller à la nécessité d'occuper ses forces — ce qui est attribué à la direction du Seigneur, conformément à Joël 2:15 : « Sonnez de la trompette en Sion, sanctifiez un jeûne, publiez une sainte assemblée. » Sion — désignant l'organisation de Dieu, y compris sa partie terrestre visible — s'éveilla. Cette sonnerie de trompette profita aux Israélites spirituels libérés et rétablis, au « reste » sur la terre, sans concerner encore à ce moment la « grande multitude ». La Société lança l'alarme depuis les colonnes de La Tour de Garde et convoqua une assemblée solennelle. Cet appel invitait à reprendre l'activité dans le service de Jéhovah avec cette intrépidité que le prophète Élisée avait figurée longtemps auparavant. Malgré l'opposition et l'opprobre, les témoins fidèles de Jéhovah répondirent avec joie et zèle, et en 1922 l'œuvre de témoignage fut lancée d'une manière vraiment organisée, systématique et accrue.[349]

Instruction minutieuse

L'une des preuves les plus solides que Jéhovah guide son peuple dans la voie qu'il doit suivre réside dans le fait qu'il se sert de lui pour accomplir sa prophétie, puis lui en donne ensuite la compréhension, lui révélant ainsi qu'il a été utilisé à cette fin. Pendant la Grande Guerre, les serviteurs de Dieu sur la terre furent dispersés et mis en déroute par l'ennemi — tout particulièrement par son élément religieux. Ils devaient être rassemblés à nouveau pour entrer dans le service de Jéhovah, et la prophétie de Joël 2:16 y voit la main directrice de Dieu. En 1919, la classe des serviteurs commença à se regrouper pour se consacrer avec un zèle renouvelé au service du Seigneur. « Assemblez les vieillards » est interprété non comme une référence aux « anciens électifs », mais comme visant les membres plus mûrs du peuple du Seigneur, figurés par Mardochée et Naomi, qui étaient demeurés fidèles sous l'épreuve de la Grande Guerre. « Rassemblez les enfants » désigne les plus jeunes entrant dans la classe des serviteurs, figurés par Esther et Ruth, qui furent ajoutés à la classe du « serviteur fidèle » à partir de 1922. Cette instruction manifeste en outre la volonté de Dieu concernant les enfants mineurs : ils doivent être amenés aux réunions ou assemblées avec leurs aînés pour y entendre et apprendre ce qui concerne le Royaume de Dieu.[350]

L'admonition du Seigneur s'adresse à chaque consacré, quelle que soit sa position dans l'organisation. La prophétie mentionne que « le fiancé » et « la fiancée » doivent sortir : symboliquement, cela signifie que tous ceux qui ont contracté un lien matrimonial ne doivent pas l'invoquer comme excuse pour l'inactivité dans le service. Lorsqu'une personne a contracté une alliance pour faire la volonté de Dieu, cette alliance prime toutes les autres, qu'elles aient été contractées avant ou après la consécration. Le lien conjugal ne saurait dispenser l'un ou l'autre époux d'accomplir son alliance envers Jéhovah, celle-ci étant d'une importance primordiale. Le Royaume est venu, et annoncer le Roi qui vindictera le nom de Jéhovah est le privilège et le devoir de chacun ayant prononcé le vœu de consécration, selon la parole de Luc 14:26.[351]

Certains parmi les consacrés étaient enclins à penser que leur position et leur rang dans la congrégation les dispensaient du travail de témoignage de maison en maison, leur rôle étant principalement de prononcer des discours et de servir lors des réunions. La prophétie de Joël 2:17 répond à cette tentation : « Que les prêtres, ministres de l'Éternel, pleurent entre le portique et l'autel, et qu'ils disent : Épargne ton peuple, ô Éternel ! » Les « prêtres et ministres » désignent tous ceux qui sont en ligne pour le sacerdoce royal ; tous, ayant été introduits dans le temple, doivent offrir au Seigneur une offrande dans la justice — à savoir « le sacrifice de louange à Dieu continuellement, c'est-à-dire le fruit de nos lèvres, lui rendant grâce » (Hébreux 13:15). Quelle que soit la position occupée, aucun consacré ne pouvait être dispensé de la culpabilité et de la faiblesse du peuple de Dieu, ni de la douleur causée par l'opprobre fait à son nom, ni de prier pour la vindication de ce nom. Tous avaient été négligents à leur manière et tous furent invités à pleurer, à manifester une vraie tristesse et un cœur contrit pour leur manque de zèle à faire connaître le nom du Très-Haut.[352]

L'intérêt le plus vif des consacrés doit se concentrer sur le Royaume et sur la vindication du nom de Jéhovah. Dieu avait tiré des nations « un peuple pour son nom », constituant l'héritage du Seigneur ; aussi leur est-il enjoint de prier : « Ne livre pas ton héritage à l'opprobre, pour que les nations [les religieux qui ne servent pas Dieu] en fassent leur raillerie. » Si Dieu envoyait une plaie sur son peuple, les religieux se moqueraient, niant la toute-puissance divine. Il était nécessaire que la classe du « serviteur fidèle » reçoive miséricorde et soit ramenée de la voie erronée — notamment de la religion et des pratiques religieuses — pour qu'elle échappe à la plaie qui allait frapper la « chrétienté ». En harmonie avec cela, Dieu plaça dans la bouche de ses consacrés la prière du Psaumes 79:9-12 : « Aide-nous, Dieu de notre salut, pour la gloire de ton nom ; délivre-nous et fais l'expiation pour nos péchés, à cause de ton nom… »[353]

L'instruction du Seigneur n'est pas motivée par quelque raison égoïste, mais par le bien-être du peuple d'alliance de Dieu, afin qu'il soit en disposition d'esprit et de cœur pour le servir comme il s'y est engagé. Si la classe des serviteurs suivait la voie tracée pour elle — se repentant, se réformant et s'activant à accomplir son alliance — Jéhovah sauvegarderait les intérêts de son peuple et le ferait prospérer, selon la promesse de Joël 2:18 : « Alors l'Éternel sera jaloux pour son pays et il aura pitié de son peuple. » Ceux qui furent approuvés lors du jugement du temple et intégrés dans l'organisation de Dieu, formant le reste de ses oints, se repentirent effectivement et se réformèrent ; Jéhovah leur manifesta alors sa bienveillance et continua de la leur manifester, ces fidèles étant désignés dans la prophétie comme « son pays ». Il les délivra de la captivité des partisans de Satan et leur ôta la peur des hommes, ouvrant ainsi au reste le chemin pour entrer pleinement dans son service et proclamer sans crainte le message du Royaume.[354]

Depuis 1922, le Seigneur a clairement révélé à son peuple que son combat n'est pas contre les faiblesses de la chair ni contre des créatures de chair et de sang, mais contre Satan et l'armée des méchants invisibles qui ont supplanté les hommes et les ont utilisés pour établir et faire fonctionner des institutions religieuses, servant ainsi à faire la guerre au peuple d'alliance de Dieu. Les fidèles ont appris qu'ils ne peuvent s'appuyer sur leur propre capacité, mais que chacun doit être pleinement équipé de l'armure du Seigneur. Le peuple d'alliance a compris que l'heure est venue d'une confrontation totale avec la foule du Diable — ce « jour mauvais » — et que la parole du Seigneur leur commande : « C'est pourquoi prenez toutes les armes de Dieu, afin que vous puissiez résister dans le mauvais jour, et tenir ferme après avoir tout surmonté » (Éphésiens 6:13).[355]

L'équipement spirituel que le reste oint est invité à revêtir est détaillé à partir de l'image de l'armure décrite en Éphésiens 6:14-17 : la ceinture de la vérité est présentée comme l'exigence d'assumer sans honte ni gêne le rôle de serviteur de la vérité ; la cuirasse de la justice signifie que le mobile du cœur doit être entièrement et sans compromis pour Jéhovah et son Royaume ; les sandales de l'évangile de la paix équipent le serviteur à parcourir les chemins difficiles tracés par l'ennemi et à proclamer en toutes circonstances la bonne nouvelle. La nature du combat est rappelée avec insistance : ce n'est pas un combat contre des créatures de chair ni contre des institutions terrestres, mais contre les ennemis de Dieu et de son Royaume. Le bouclier de la foi — « par-dessus tout » — est décrit comme rendant vains les traits enflammés de l'ennemi, la foi consistant dans la connaissance du dessein déclaré de Jéhovah et une entière confiance en sa Parole. Le casque du salut suppose une compréhension intellectuelle du rapport entre le reste oint et Jéhovah, sachant que « le salut appartient à Jéhovah et qu'il n'y a pas d'autre moyen de salut et de victoire ». L'épée de l'esprit, c'est-à-dire la Parole de Dieu, doit être employée pour démasquer complètement la religion du Diable et de ses anges, en montrant au peuple, à partir de l'Écriture, que « la religion est un piège et une escroquerie, opposée à Dieu et à son Royaume ». Équipés de cette armure, les consacrés ne peuvent être démontés par Satan et ses agents. Lors du jugement du temple, certains des consacrés échouèrent à obéir et à tenir l'épreuve, s'appuyant sur leur propre entendement, tandis que d'autres furent pleinement obéissants — et les résultats sur chaque classe sont annoncés comme allant être exposés.[356]

Chapitre VIII — Les fidèles encouragés

Les témoins de Jéhovah, à l'instar du Christ Jésus leur Chef, sont souvent accablés de reproches. Jésus résista fermement à toute l'influence religieuse du Diable et de son groupe, et c'est précisément à cause de sa fidélité à Jéhovah que les religieux le contraignirent à porter le même opprobre que l'ennemi avait accumulé sur le nom de Jéhovah. Tous les vrais disciples du Christ doivent souffrir cet opprobre ; ceux qui résistent à la religion et restent fidèles à Jéhovah doivent continuer à l'endurer de la part de l'ennemi (Psaumes 69:9 ; Romains 15:3-4). En 1917 et 1918, les serviteurs fidèles de Dieu souffrirent un grand opprobre de la part des religieux. Ceux qui aimaient vraiment Dieu crièrent vers le Seigneur, disant en substance : « Épargne ton peuple, ô Seigneur, et ne livre pas ton héritage à l'opprobre. » Cette prière avait été annoncée d'avance par Jéhovah par son prophète Joël (Joël 2:17).[357]

Durant la Première Guerre mondiale (1914–1918), alors que le Diable et ses agents religieux accablaient de reproches le peuple de Dieu, leur situation paraissait très désolée. Jéhovah avait tout prévu, comme l'atteste la prophétie de Joël ; et après plusieurs années de prospérité pour ceux qui lui furent fidèles, il leur en révéla le sens, cette révélation leur conférant une foi et un courage accrus et une grande joie. En réponse à la prière des fidèles en détresse, Jéhovah déclare par son prophète : « Oui, l'Éternel répondra et dira à son peuple : Voici, je vous enverrai du blé, du vin et de l'huile, et vous en serez rassasiés ; et je ne vous livrerai plus à l'opprobre parmi les nations » (Joël 2:19). C'est en 1919 que Jéhovah commença à accomplir cette promesse prophétique, bien que les consacrés ne sussent pas encore à ce moment que la prophétie leur annonçait cette faveur divine.[358]

À l'été 1919, le peuple de Jéhovah se rassembla en convention à Cedar Point (Ohio) et commença à réaliser que l'« œuvre Élie » était accomplie et qu'il s'apprêtait à entrer dans l'œuvre figurée par le prophète Élisée (2 Rois 2:11-15). De même qu'Élisée, au bord du Jourdain après l'enlèvement d'Élie, s'éveilla à l'importance de sa mission et frappa les eaux pour traverser, le peuple de Dieu en 1919 prit conscience des responsabilités lui incombant et se mit en mouvement pour son travail. Depuis lors, Jéhovah n'a cessé d'envoyer à son peuple fidèle le « froment » — la nourriture spirituelle qui fortifie le cœur (Psaumes 147:14) —, le « vin » — la joie du service actif dans la vigne du Seigneur (Matthieu 26:29 ; Matthieu 20:1-16) — et l'« huile » — les nouvelles vérités révélées et les occasions de service, source de rafraîchissement pour le reste désormais introduit dans l'alliance pour le Royaume. L'organisation du Seigneur sur la terre entreprit alors un mouvement en avant, et depuis lors les bénédictions de Jéhovah et de son Roi n'ont cessé de croître sur son peuple.[359]

La joie qui s'ensuivit est décrite à partir de plusieurs textes prophétiques : la prière de Psaumes 90:14-15, l'allégresse des jeunes et des vieux de Jérémie 31:13-14, et la promesse du Psaumes 132:15-16. Les fidèles qui, pendant la Grande Guerre, avaient cédé à la peur et s'étaient accrochés à certaines pratiques religieuses — cessant de prêcher l'évangile et reconnaissant encore les dirigeants terrestres comme les « autorités supérieures » — avaient attiré sur eux la colère de Jéhovah. Mais lorsqu'ils s'éveillèrent à leurs privilèges, voyant les desseins de Dieu avec plus de clarté et rejetant la crainte des hommes, ils se jetèrent dans le service du Roi et la colère de Jéhovah se détourna d'eux, selon la promesse d'Ésaïe 12:1 : « Je te louerai, ô Seigneur, car tu étais en colère contre moi, mais ta colère s'est dissipée et tu m'as consolé. »[360]

Désormais rafraîchis par le « pain », le « vin » et l'« huile », les consacrés n'ont plus à adopter une attitude apologétique dans le service du Roi, car Jéhovah leur a déclaré : « Je ne vous livrerai plus à l'opprobre parmi les nations. » Le temps approche de la vindication du nom de Jéhovah, et ceux qui le proclament fidèlement et hardiment ne rougissent pas des reproches que leur vaut leur service fidèle. En 1918, alors que le peuple de Jéhovah était privé de liberté et de service, les religieux — notamment les hauts ecclésiastiques — jouissaient d'une grande tranquillité ; Jéhovah déclare à ce sujet, selon Zacharie 1:15, qu'il est très indigné contre ces « nations » qui sont à l'aise, car lui-même n'était qu'un peu irrité contre les siens, et elles aggravèrent leur affliction en accablant son peuple consacré de reproches, le traitant d'ennemi de Dieu et lui attribuant toutes sortes de faux noms.[361]

La responsabilité de la persécution du peuple de Dieu durant la Première Guerre mondiale est attribuée sans aucun doute aux agents du Diable, son agent principal étant Gog, à la tête de l'armée des anges mauvais désignée par le prophète comme « l'armée du nord », qui utilisa des agents religieux sur la terre pour persécuter les témoins fidèles de Dieu (Ézéchiel 38). Jéhovah, connaissant à l'avance leurs agissements, déclare selon Joël 2:20 : « Je ferai éloigner de vous l'armée du nord, je la chasserai dans une terre aride et déserte, avec sa face vers la mer orientale et son extrémité vers la mer occidentale ; et sa puanteur s'élèvera, et sa mauvaise odeur montera, parce qu'il a fait de grandes choses ». Depuis le début de l'« œuvre Élisée » en 1919, les forces ennemies ont été en partie retenues par le Seigneur pour permettre à ses témoins fidèles d'avancer, mais n'ont pas encore été entièrement repoussées au loin. Cette prophétie est donc présentée comme l'assurance donnée par Jéhovah qu'à Harmaguédon l'ennemi sera complètement supprimé par la destruction. À l'appui, Ézéchiel 39:2 et Ézéchiel 39:5 sont cités : « Je ne te laisserai qu'un sixième de toi » et « tu tomberas sur la face des champs, car j'ai parlé, dit le Seigneur Éternel. »[362]

À Harmaguédon, les corps des ennemis abattus constituent la preuve définitive de la grandeur détruite. À l'appui, Ézéchiel 39:11-13 décrit la vallée où sera enseveli Gog avec toute sa multitude, lieu désigné comme « la vallée de Hamon-Gog », où la puanteur des cadavres bouchera les narines des passants. La terre sera nettoyée de cette souillure pendant sept mois, et ce jour sera pour Jéhovah un jour de gloire. C'est là que prend fin pour toujours la grandeur de l'ennemi et que les reproches accumulés sur le nom de Dieu sont effacés à jamais.[363]

Le jour présent est défini comme un jour de guerre, et les promesses divines constituent une assurance plénière pour le peuple de Dieu. Le message du Royaume dévoile la méchanceté de la religion et met en rage les agents terrestres du Diable qui la promeuvent, exposant leur duplicité et démasquant leur entreprise frauduleuse. La promesse prophétique de Joël 2:21 — « Ne crains pas, ô terre ; réjouis-toi et sois dans l'allégresse, car l'Éternel a fait de grandes choses » — est interprétée comme une assurance divine que nulle invasion ennemie, fût-elle comparable à une armée de sauterelles, ne parviendra à détruire l'état terrestre ou la prospérité de l'œuvre du reste. Depuis 1922, diverses menaces ont cherché à interrompre la progression du travail du Royaume, mais le peuple de Jéhovah est enjoint à ne pas relâcher ses mains, car Dieu est puissant au milieu de lui, selon Sophonie 3:16-17.[364]

L'expression « bêtes des champs » de Joël 2:22 est interprétée non pas comme des créatures vivantes mais comme les instruments mécaniques et logistiques au service du travail du Royaume : usines d'imprimerie, radio, voitures sonorisées, phonographes, automobiles et organisations de service. La radio fut utilisée aussi longtemps que cela sembla conforme à la volonté du Seigneur, mais sa disponibilité diminuant, certains membres du peuple de Dieu en ressentirent une vive inquiétude. La réponse est que les machines sonores sont désormais encore plus efficaces que la radio et produisent de meilleurs résultats. Plus de quarante mille phonographes portant des discours enregistrés sont alors engagés dans le service du Royaume. La rencontre directe de personne à personne est présentée comme plus propice que la radio pour prouver la fidélité des témoins et attirer l'attention des personnes de bonne volonté.[365]

Les Jonadabs jouent désormais un rôle crucial pour pallier le désengagement de certains qui se réclamaient de serviteurs de Dieu mais ont perdu leur zèle spirituel. C'est Jéhovah lui-même qui les a introduits dans le champ du travail de témoignage. Depuis 1922, les pluies de bénédictions tombent sur le peuple avec une force croissante. La « pluie d'automne » représentait la période 1919–1922 de réveil, tandis que les  « déluges » de vérité s'étendent de 1922 à l'époque de la rédaction, conformément à la promesse de Joël 2:23 : « il vous a donné la pluie d'automne en juste mesure », et depuis 1922 une véritable averse de bénédictions. Les traductions de Rotherham sont mobilisées pour appuyer cette lecture, et Zacharie 10:1 confirme que Jéhovah envoie des éclairs et des pluies abondantes à chaque homme dans le champ.[366]

La symbolique des greniers débordant de froment et des cuves regorgeant de vin et d'huile (Joël 2:24) illustre la fécondité du travail du Royaume depuis 1922. Les trois produits — blé, huile d'olive et vin — représentent respectivement la nourriture donnant force et subsistance, l'huile qui fait rayonner le visage de joie réelle, et le vin qui réjouit le cœur. La parabole des ouvriers dans la vigne de Matthieu 20:1-16 est citée pour signifier que ceux qui ont laborieusement et joyeusement travaillé à la gloire de Jéhovah ont reçu leur récompense. La Première Guerre mondiale et ses conditions de 1917 à 1919 avaient fait des champs d'activité du peuple de Dieu un terrain dévasté, comparable à une invasion de ravageurs ; mais Jéhovah promet, selon Joël 2:25, de restituer les années qu'avaient dévorées la sauterelle, la chenille et d'autres fléaux — soit les années de défaillance et de crainte humaine, particulièrement en 1918.[367]

La châtiment subi en 1918 est présenté comme une discipline voulue par Dieu pour purifier son peuple de toute pratique religieuse et lui permettre d'arborer visiblement son identification au nom de Jéhovah. Ceux qui étaient véritablement dévoués à Jéhovah en retirèrent du bien ; ceux qui agissaient par égoïsme en subirent l'effet contraire. Hébreux 12:6-8 est cité pour affirmer que Dieu châtie ceux qu'il aime et que l'absence de discipline ferait des individus des bâtards et non des fils. Les bénédictions accordées depuis 1922 ont plus que compensé les épreuves antérieures. Le modèle de Job, dont la captivité fut retournée après sa prière pour ses amis (Job 42:10-13), est appliqué au reste fidèle : de même que Job reçut le double de ce qu'il avait eu auparavant, le peuple de Dieu fidèle a reçu des bénédictions multipliées. Tous les biens mentionnés pour Job sont exprimés par le chiffre dix ou ses multiples, signe que Jéhovah comble une communauté terrestre par l'intermédiaire des membres fidèles de son corps.[368]

En 1922, les fidèles de Dieu, ayant appris que le Christ Jésus se tient au temple, commencèrent à prier selon Psaumes 118:25 : « De grâce, ô Seigneur, sauve maintenant ! De grâce, ô Seigneur, envoie maintenant la prospérité ! » Cette prière, préfigurée par celle de Job, reçut une réponse abondante. Sion est désormais édifiée et le Seigneur se manifeste dans sa gloire. La malédiction passée qui frappait ceux qui avaient fait alliance avec Dieu mais y avaient failli fait place à la promesse de Apocalypse 22:3-4 : plus de malédiction, le trône de Dieu et de l'Agneau est là, ses serviteurs lui rendent service, voient sa face et portent son nom sur le front. Ézéchiel 36:33-35 complète cette vision : le pays désolé sera cultivé et les villes ruinées repeuplées, si bien que les passants diront que cette terre désolée est devenue comme le jardin d'Éden. La révélation du sens de ces prophéties est destinée au bienfait, au réconfort et à l'espérance accrue du peuple fidèle de Dieu.[369]

Tandis que la foule religieuse sur la terre continue de tempêter et de hurler contre le peuple du Seigneur, le reste fidèle est abondamment nourri par lui et se réjouit. La promesse de Joël 2:26 lui est adressée : « vous mangerez et serez rassasiés, et vous louerez le nom de l'Éternel, votre Dieu, qui vous a traités d'une manière admirable ; et mon peuple ne sera jamais dans la honte ».[370]

La promesse de Joël 2:26 est étendue aux Jonadabs comme au reste : ni l'un ni l'autre ne sera couvert de honte. Les religieux qui se réclament du christianisme sont, eux, présentés comme privés de toute nourriture spirituelle — ni pain, ni huile, ni vin — tandis que le peuple de Dieu en regorge. Le contraste est exposé par Ésaïe 65:13-15 : « voici, mes serviteurs mangeront, mais vous aurez faim ; voici, mes serviteurs boiront, mais vous aurez soif ; voici, mes serviteurs se réjouiront, mais vous serez dans la honte ». Le plus grand privilège du reste fidèle est de contribuer à la vindication du nom de Jéhovah en proclamant son Royaume, conformément à Ésaïe 12:4-5.[371]

Les témoins du nom et de la majesté de Jéhovah ne peuvent retenir leurs chants de louange. Ils proclament hardiment, sans crainte de l'ennemi, que la Théocratie est la seule espérance de l'humanité, s'appuyant sur Romains 10:11 et Romains 9:33 : « quiconque croit en lui ne sera pas couvert de honte. » Les religieux qui s'inclinent devant des idoles en saluant des hommes et des drapeaux seront confondus, tandis que ceux de Sion qui maintiennent leur intégrité envers Dieu ne seront plus jamais conduits en captivité, selon Ésaïe 45:16-17.[372]

C'est à partir de 1919 que Jéhovah commença à ouvrir à ses consacrés le sens de ses prophéties, et c'est à partir de 1922 que la prophétie de Joël reçut son accomplissement envers eux. Jéhovah déclare selon Joël 2:27 : « Et mon peuple ne sera jamais dans la honte. » Ceux qui ont totalement abandonné la religion et se sont donnés sans réserve à la grande Théocratie reçoivent cette assurance. L'alliance de paix évoquée en Ézéchiel 37:26-28 — alliance éternelle par laquelle Jéhovah établit son sanctuaire au milieu de son peuple pour toujours — est présentée comme la garantie que nulle puissance ne peut prévaloir contre les élus de Dieu.[373]

La religion est décrite comme la chef de file trompeuse qui a jadis conduit le peuple du Seigneur à diviser son attention entre plusieurs objets, négligeant ou manquant à sa mission. La purification opérée par le Christ Jésus au temple a libéré les fidèles de toute attache à l'organisation de Satan. Désormais le nom de Jéhovah et son gouvernement apparaissent clairement aux fidèles comme ce qui est de la plus haute importance, et la religion est présentée comme condamnée à une destruction imminente. Seuls ceux qui accordent leur loyauté pleine et entière à la Théocratie plairont à Dieu et recevront ses bénédictions éternelles. Les « humbles » — désignés comme ceux qui sont avides d'apprendre — sont guidés par Jéhovah dans leurs décisions, selon Psaumes 25:9 et Proverbes 3:5-6.[374]

La promesse de Joël 2:27 — « mon peuple ne sera jamais dans la honte » — est présentée comme englobant à la fois le reste et les Jonadabs, tous acquis à la Théocratie. Ensemble ils exposent la fausseté de la religion afin que ceux qui sont de bonne volonté envers Dieu puissent la fuir et contribuer à la vindication du nom de Jéhovah. C'est en 1922, selon l'exégèse proposée, que Jéhovah envoya ses témoins dénoncer les fraudes de la religion, marquant ainsi le début d'une étape nouvelle et d'une grande importance. Selon la numérotation hébraïque rappelée par les traductions de Leeser, de la American Revised Version et de Rotherham, le chapitre deux de Joël se termine au verset vingt-sept, et le chapitre trois commence au verset vingt-huit.[375]

Chapitre IX — La puissance invisible

Jéhovah exerce son pouvoir illimité sur l'univers ; ce pouvoir, exercé entièrement pour le bien, est qualifié de saint. Son esprit est cette puissance sainte par laquelle il accomplit ses desseins. Invisible aux yeux humains, cet esprit saint met en mouvement les créatures sur la terre pour qu'elles servent son dessein, en conférant à certaines une mission d'autorité. La prophétie de Joël 2:28 annonce quelque chose de nouveau que Jéhovah n'avait jamais fait auparavant envers ceux qui devaient contribuer à l'exécution de ses desseins concernant le Royaume : « je répandrai mon esprit sur toute chair ; vos fils et vos filles prophétiseront, vos vieillards auront des songes, vos jeunes gens auront des visions ». L'apôtre Pierre avait cité cette prophétie en l'appliquant à un accomplissement en miniature au jour de la Pentecôte ; l'accomplissement complet est situé après la venue du Christ Jésus au temple en 1918, conformément à Actes 2:16-17.[376]

Le terme « ensuite » ou, littéralement, « après ainsi » est interprété comme signifiant qu'il se produit après que le peuple de Dieu a accompli les choses décrites en Joël 2:12-17 — c'est-à-dire après que les consacrés ont pris conscience de leur négligence à l'égard de Jéhovah, s'en sont profondément affligés, se sont repentis et se sont tournés entièrement vers le culte pur de Dieu, refusant désormais de se laisser entraver par la crainte des hommes ou du Diable. Ce moment correspond à celui où Jéhovah délivra son peuple de la captivité de l'ennemi et lui fit voir sa liberté en Christ.[377]

Le parallèle entre la nation juive et le reste est développé : de même que la nation juive, ayant cédé à la religion, avait rompu l'alliance avec Dieu et avait été rejetée par lui, seul un reste des Juifs s'était maintenu ferme dans les termes de l'alliance — parmi lesquels Pierre et les autres disciples fidèles. Les Écritures montrent que cette partie de la prophétie de Joël reçut un accomplissement en miniature à la Pentecôte, lorsque Dieu fit parler ses disciples en de nombreuses langues. Pierre situe le temps de l'accomplissement complet aux « derniers jours », désignation que d'autres passages des Écritures appliquent à la venue du Seigneur au temple pour le jugement (Malachie 3:1-3), événement daté de 1918 dans les publications de La Tour de Garde.[378]

Les circonstances entourant l'accomplissement en miniature sont analysées en détail : Pierre avait par serment renié son maître à trois reprises (Matthieu 26:59-75 ; Jean 18:15-27), les autres disciples avaient fui dans la nuit du simulacre de procès par peur des Juifs, et même après la résurrection ils se réunissaient portes closes « par crainte des Juifs » (Jean 20:19-26). C'est seulement après avoir été délivrés de cette peur, s'être repentis et avoir été rétablis en faveur divine (Jean 21:1-19), que les disciples furent oints de l'esprit saint à la Pentecôte (Actes 2:1-14), devinrent hardis et intrépides dans la proclamation du nom de Jéhovah et de son Royaume, et reçurent la révélation du dessein divin de « prendre un peuple pour son nom », appelé à être témoin de son nom, de sa majesté et de sa puissance (Actes 15:14).[379]

La même dynamique est appliquée aux années 1917–1918 : de nombreux consacrés échouèrent à confesser publiquement leur dévotion à Dieu et à son Royaume, par crainte. Cet échec les rendit déplaisants au Seigneur, et la faveur divine ne put s'exprimer envers eux qu'après leur repentir. Jusqu'alors ils adhéraient à l'opinion religieuse que le principal dessein de Jéhovah est de sauver des hommes, d'en emmener certains au ciel et d'en laisser d'autres sur la terre pour l'assister. Bien que le peuple de Dieu ait vu en 1919 que la crainte de l'homme les avait pris au piège, c'est seulement en 1922 environ que le Seigneur révéla à son peuple la vérité sur la présence du Christ Jésus au temple.[380]

La prophétie d'Ésaïe 6 — appliquée à l'accomplissement de 1922 — est citée pour décrire la prise de conscience des consacrés : la vision d'Ésaïe, la braise posée sur ses lèvres, la purification de son iniquité (Ésaïe 6:1,5-7). C'est à partir de ce repentir que la prophétie relative à l'effusion de l'esprit saint commence à s'accomplir pleinement. Le Christ Jésus, présent au temple, agit au nom de Jéhovah Dieu pour répandre son esprit saint sur ceux qu'il reconnaît approuvés lors du jugement du temple, conformément à Actes 2:33.[381]

La mission des témoins envoyés dans le monde entier exige qu'ils soient oints de l'esprit et reçoivent une commission de Jéhovah. Les termes de cette commission s'appuient sur Ésaïe 61:1-2 : proclamer l'année agréable du Seigneur et le jour de la vengeance de Dieu. Cette vengeance est dirigée contre tous ceux qui s'opposent au Gouvernement théocratique, et en premier lieu contre les chefs religieux. La commission impose donc à chaque oint de proclamer la vérité qui « expose la religion comme un piège du Diable et une escroquerie pratiquée parmi les hommes pour le gain matériel de ses promoteurs ». Le temps de l'« œuvre étrange » de Dieu est alors venu, et les élus doivent y prendre part en annonçant le dessein divin.[382]

Illustration page 249 : la convention de Cedar Point, septembre 1922, présentée comme le moment de l'effusion de l'esprit saint sur le peuple de Dieu

L'« œuvre étrange » de Jéhovah est définie comme une œuvre destructrice à l'égard de la religion et de ses partisans, tous présentés comme des opposants à la Théocratie. La proclamation du nom de Dieu et de son Royaume opère cette destruction parmi les opposants du Seigneur. La prophétie de Zacharie 12:9-10 est citée en corroboration : Jéhovah détruira les nations venues contre « Jérusalem » — symbole de l'organisation de Dieu — et répandra sur elle un esprit de grâce et de supplications. Ceux qui avaient accompli l'« œuvre d'Élie » avant 1918 furent « transpercés » et leur œuvre fut mise à mort ; le nom de Jéhovah et de son Fils fut transpercé par l'ennemi en 1918, suscitant un grand deuil parmi le peuple consacré de Dieu. L'accomplissement spécifique de cet épanchement de l'esprit est situé à la convention de Cedar Point le 8 septembre 1922, moment décrit comme celui où un grand fardeau fut levé du cœur des dévoués à Jéhovah, qui discernèrent alors l'immensité de l'œuvre qui leur restait à accomplir.[383]

Le parallèle avec les apôtres après la Pentecôte est développé : leur prédication fut destructrice de la religion, les religieux les persécutèrent violemment, et Saul de Tarse — grand chef religieux et persécuteur des disciples de Jésus — vit la religion détruite en lui lorsque le Seigneur lui ouvrit l'entendement (Galates 1:1-14). De même, après l'effusion de l'esprit en 1922, les proclamateurs sont envoyés annoncer les desseins de Jéhovah ; cette proclamation est destructrice pour les opposants au Royaume, et cette œuvre destructrice culminera lors de l'« acte étrange » de Jéhovah à Armageddon. Tous ceux qui reçurent l'onction de l'esprit saint et obéirent au commandement de Dieu furent entièrement séparés des organisations mondaines régies par la religion. Les oints sont désignés comme « les pieds du Christ », accomplissant joyeusement le dessein de Dieu (Ésaïe 52:7), soumis aux mêmes persécutions que le Chef lui-même.[384]

Les témoins de Jéhovah sont présentés comme n'étant mus par l'influence d'aucun homme de la terre : ils n'ont ni chef ni roi terrestre. L'expression prophétique « je répandrai mon esprit » signifie la puissance sainte de Dieu répandue sur tous ceux qui lui sont dévoués pour proclamer son message aux nations. Cette effusion est d'abord sur le Chef, Christ Jésus, puis à travers lui sur les membres de son corps (Psaumes 133:2). Aucun homme ne peut enseigner ni conduire ces oints commissionnés : « l'onction que vous avez reçue de lui demeure en vous, et vous n'avez pas besoin que quelqu'un vous enseigne » (1 Jean 2:20,27).[385]

L'expression « sur toute chair » de la prophétie de Joël est précisée : elle ne s'applique pas à l'ensemble de l'humanité, mais uniquement à ceux qui se trouvent dans un organisme charnel et qui ont été engendrés de l'esprit de Dieu après s'être pleinement consacrés à lui. L'esprit saint ne put être répandu sur d'autres qu'après la glorification de Jésus (Jean 7:39). La séquence biblique est retracée : Pentecôte (Actes 2:38), Samaritains (Actes 8:14-17), non-Juifs (Actes 10:44-46). Lors du jugement du temple en 1918, ceux qui passèrent l'épreuve enflammée, prouvant leur dévouement désintéressé, reçurent l'approbation du Seigneur, furent introduits dans le temple et oints, pour être ensuite envoyés « offrir au Seigneur une offrande dans la justice » par la proclamation du nom et du Royaume de Dieu (Malachie 3:1-3 ; Hébreux 13:15).[386]

Le résultat de l'effusion de l'esprit est que « vos fils et vos filles prophétiseront ». À la Pentecôte, ces mots s'appliquaient aux Juifs (Joël 2:23-27) ; dans l'accomplissement complet, ils désignent les Israélites antitypiques formant le reste de Dieu, introduits dans le « fidèle et sage serviteur » à qui le Seigneur confie ses intérêts du Royaume sur la terre. Ce groupe est présenté comme physiquement et spirituellement vigoureux, à l'esprit vif, au cœur désintéressé, poussant activement en avant dans l'accomplissement de leur alliance et de leur commission (Ésaïe 44:1-8). « Prophétiser » signifie prêcher la vérité, proclamer le message de Dieu relatif à l'avenir comme au présent, sous la puissance de l'esprit de Jéhovah. Tous ces oints servent ainsi comme témoins de Jéhovah. La promesse d'alliance en Ésaïe 59:20-21 garantit que l'esprit et les paroles de Dieu ne se retireront pas de leur bouche ni de celle de leur postérité.[387]

Le « contraste » est introduit avec les « vieillards qui auront des songes » : ces « vieux hommes » ont l'esprit fermé et endurci, incapable d'apprendre. Ils ont conclu que toute la vérité de Dieu avait été révélée par un seul homme avant octobre 1916 — allusion directe à Charles Taze Russell — et ont refusé de considérer les révélations prophétiques ultérieures. Ces rêveurs se sont retirés du service sur le terrain, se sont reposés, se sont endormis en rêvant d'aller au ciel pour y administrer les affaires, se plaçant eux-mêmes plus haut qu'ils ne devraient. Tous les consacrés ayant manifesté cette disposition de rêveur au moment du jugement du temple sont présentés comme ayant été rejetés.[388]

Ceux qui reçurent l'onction mais refusèrent de remplir activement leur commission sont présentés comme appartenant à la même classe des « rêveurs ». La grandeur démesurée de leur propre estimation les caractérise, conformément à la parole de Job 32:9 : « les grands ne sont pas toujours sages, ni les vieillards ne comprennent-ils le jugement ». Ces rêveurs se mirent à proclamer leurs propres idées, à suivre leur propre voie et devinrent des prophètes de la tromperie, se trompant eux-mêmes et trompant ceux qui prêtèrent l'oreille à leurs songes répétés. Ils ne se défirent jamais de leurs habitudes religieuses et s'attachèrent aux traditions des hommes. Le Seigneur lui-même les désigne en ces termes par la bouche de Jérémie 23:26-27 : ils sont des prophètes de la tromperie de leur propre cœur, qui pensent faire oublier le nom de Dieu à son peuple par leurs rêves.[389]

En contraste avec les rêveurs, les prophètes vrais de Dieu sont ceux qui possèdent sa Parole et la proclament fidèlement. Le froment de la Parole de Dieu est mis en opposition avec la balle inutile des rêves (Jérémie 23:28,32). Les oints sont exhortés à se méfier des sages autoproclamés qui cherchent à se hausser en avançant leurs propres idées ou les idées traditionnelles d'autres hommes, et qui tentent d'entraîner autrui à les suivre.[390]

Les véritablement dévoués à Dieu et à son Royaume sont au contraire assimilés aux « jeunes gens qui auront des visions ». Forts dans le Seigneur et dans la puissance de son esprit (Éphésiens 6:10), ils discernent l'accomplissement de la prophétie et voient, à travers Christ Jésus, Chef du temple et Enseignant immédiat des membres de son corps, les drames prophétiques se dérouler. Les visions de ces jeunes gens ne sont pas des illusions mais « une claire perspicacité et une appréciation de la Parole de Dieu ». L'apôtre prie pour eux en Éphésiens 1:17-18. Ils donnent toute la gloire à Jéhovah Dieu et au Roi sans s'en attribuer aucune.[391]

La prophétie de Joël impose que tous ceux qui reçoivent l'effusion de l'esprit saint et qui demeurent sous son action soient actifs dans le service de Dieu. Ceux sur qui l'esprit est répandu sont membres du « corps de Christ » (1 Corinthiens 12:27). La possibilité d'une défaillance est envisagée à travers les paroles de Jésus en Jean 15:4,6 : celui qui ne demeure pas en lui est retranché. Passer l'épreuve, entrer dans le temple et recevoir l'onction, puis failli à remplir sa commission, conduit à être rejeté. L'effusion de l'esprit « sur les serviteurs et sur les servantes » (Joël 2:29 ; Actes 2:18) implique que ces serviteurs doivent effectivement servir le Seigneur, non comme des serviteurs à l'œil pour être vus des hommes, mais comme « les serviteurs de Christ, faisant la volonté de Dieu du cœur » (Éphésiens 6:6). La condition antérieure — position mondaine, instruction ou réputation — ne fait aucune différence, car tous les oints sont commissionnés pour servir à la gloire de Dieu.[392]

Le verset « je répandrai en ces jours-là de mon esprit » est compris comme désignant la période postérieure à la venue du Seigneur au temple en 1918, confirmant que tous les êtres en chair dévoués à Jéhovah reçoivent l'esprit saint et constituent collectivement l'« esclave élu » ou « serviteur fidèle et sage » à qui le Seigneur confie ses intérêts du Royaume sur la terre (Matthieu 24:45-47).[393]

L'effusion de l'esprit saint prépare et équipe ces serviteurs pour accomplir leur mission de témoins de Jéhovah, conformément à la prophétie de Joël 2:30 : « je montrerai des prodiges dans les cieux et sur la terre, du sang, du feu et des colonnes de fumée. » Les oints fidèles sont eux-mêmes présentés comme des prodiges aux yeux de beaucoup, à l'image des apôtres à la Pentecôte (Actes 2:6-13). Les textes d'Ésaïe 8:18 et de Zacharie 3:8 sont convoqués pour établir que les témoins de Jéhovah, sous le « Grand Moïse » Christ Jésus, accomplissent l'antitype des prodiges accomplis par Moïse et Aaron en Égypte (Exode 4:21 ; Exode 7:3-9).[394]

Les « prodiges dans les cieux » sont identifiés aux deux grands signes de Apocalypse 12:1,3 — la femme et le grand dragon rouge — que la classe du serviteur fidèle commença à percevoir en 1921, lors de la première publication de La Tour de Garde sur l'organisation du Diable, puis en 1925 avec la preuve que ces prodiges avaient commencé à se manifester en 1914. Les « prodiges sur la terre » désignent la discernement par le peuple de Dieu de l'organisation terrestre du Diable, composée d'éléments religieux, commerciaux et politiques, ainsi que la participation des témoins au déversement des « sept dernières plaies » sur la chrétienté à partir de 1922, plaies qui ont tourmenté l'ennemi.[395]

Le « sang » de la prophétie symbolise la mort et ce qui donne la mort, dont la signification fut révélée aux serviteurs fidèles de Jéhovah en 1934 par la publication de La Tour de Garde et rappelée par les événements associés à la sonnerie de la « deuxième trompette » et au déversement des coupes de la colère de Dieu (Apocalypse 8:8-9 ; Apocalypse 16:3-4). Le « feu » correspond au message ardent de Jéhovah proclamé dans toute la terre et particulièrement dans la chrétienté hypocrite. Les témoins, assimilés à « l'homme vêtu de lin » d'Ézéchiel 10:2,7, sont commandés de répandre ce message de feu, qui brûle et consume les religieux — selon Jérémie 5:14 et Jérémie 23:29.[396]

Les « colonnes de fumée » désignent la « fumée du tourment » des ennemis de Jéhovah, en particulier des chefs religieux et de leur organisation, sous l'effet du message ardent. Le texte de Apocalypse 14:10-11 est cité pour décrire le tourment éternel de ceux qui adorent la bête. Ce tourment, qui s'accroît quotidiennement dans les « derniers jours », est présenté comme manifesté par les hurlements et les malédictions réitérés de la hiérarchie catholique romaine, qui, brûlée et étourdie, excite des foules à assaillir les témoins de Jéhovah. Les « colonnes de fumée » expriment également la colère de Jéhovah contre ceux qui persécutent ses serviteurs fidèles, selon Psaumes 18:8-9. La pleine expression de cette colère est annoncée pour Armageddon, après lequel la fumée montera éternellement, signifiant la cessation définitive d'existence de la classe consumée par le feu.[397]

La prophétie de Joël 2:31 — le soleil obscurci et la lune transformée en sang avant le grand et terrible jour de Jéhovah — est interprétée symboliquement. Le soleil, œuvre de Dieu et source de lumière pour ses créatures terrestres, représente la lumière du Royaume ; Dieu l'obscurcit pour ses ennemis en leur retirant la lumière de sa Parole, conformément à Ésaïe 45:7. La plaie des trois jours de ténèbres en Égypte (Exode 10:21-23) est présentée comme une figure des agents de Satan de ce temps plongés dans les ténèbres. La classe du « mauvais serviteur », autrefois dans la lumière, est désignée comme désormais « jetée dans les ténèbres extérieures » (Matthieu 24:48-51), tandis que seuls ceux qui ont l'esprit du Seigneur perçoivent et apprécient le Royaume.[398]

La lune, pareillement transformée en sang, est identifiée à l'organisation de Dieu guidée par sa loi, selon Apocalypse 12:1. Aux ennemis — en particulier les dirigeants politiques de la hiérarchie catholique romaine —, la Parole de Dieu apparaît comme une chose morte et hideuse, symbolisée par du sang coagulé. Dictateurs et hiérarchie religieuse soutiennent mutuellement leur pouvoir, combattant la lumière de la Parole divine et exerçant des violences contre ceux qui proclament le message du Royaume. Ces événements sont présentés comme une preuve supplémentaire de l'imminence d'Armageddon, les signes prophétiques se produisant immédiatement « avant le grand et terrible jour de Jéhovah ».[399]

Depuis 1925 particulièrement, les témoins de Jéhovah portent le message du Royaume, annoncent le jour de la vengeance divine et avertissent ainsi l'ennemi. Cette proclamation offre simultanément une occasion de miséricorde envers « ceux qui pratiquaient la religion et qui ont été trompés et retenus prisonniers dans les organisations religieuses », afin qu'ils puissent fuir vers le Royaume pour y trouver protection avant qu'éclate la colère divine contre l'organisation de Satan.[400]

Qui peut échapper ?

La proclamation de Joël 2:32 — « quiconque invoquera le nom du Seigneur sera délivré » — fonde la nécessité impérative pour les témoins de Jéhovah d'accomplir leur commission. Il est enseigné qu'il faut invoquer le nom de Jéhovah avant que commence la bataille d'Armageddon, ce qui exclut tout appel tardif fondé sur la seule perception visuelle de la puissance divine. La foi doit être exercée préalablement : croire que Dieu est Jéhovah, que la protection lui appartient (Hébreux 11:6 ; Psaumes 3:8), que Christ Jésus est le Rédempteur et le Libérateur, et agir en conséquence sous peine de demeurer sous la condamnation héritée jusqu'à la destruction (Jean 3:36).[401]

L'envoi des témoins oints est justifié par Romains 10:14-15 : comment invoqueront-ils celui en qui ils n'ont pas cru, comment croiront-ils sans avoir entendu, comment entendront-ils sans prédicateur ? La prophétie d'Ésaïe 52:7 désigne les « pieds du Christ » comme ceux qui annoncent la bonne nouvelle de la paix et proclament le règne de Dieu. L'exigence faite par les dictateurs de saluer les drapeaux et d'acclamer des hommes, appuyée par la hiérarchie catholique romaine, est interprétée comme une tentative délibérée de détourner les peuples de Jéhovah et de les empêcher d'entendre son nom et son Royaume. Dictateurs et chefs religieux sont présentés comme ayant rejeté Christ Jésus, Roi oint de la Théocratie, et comme agents de Satan s'efforçant d'anéantir le seul moyen possible de protection et de salut, selon Actes 4:11-12.[402]

Ceux qui demeurent avec les religieux sont annoncés comme voués à périr dans la catastrophe d'Armageddon. La délivrance exige d'entendre la vérité avant ce jour, d'obéir au Seigneur en fuyant la religion et les religieux, et de chercher protection sous Christ Jésus, seul juge et exécuteur de Jéhovah conformément à Jacques 4:12. L'analogie avec Rahab est invoquée (Jacques 2:24-26) : seuls ceux qui démontrent leur foi par leurs actes avant Armageddon trouveront la délivrance.[403]

La religion organisée est présentée comme ayant commencé à Babylone, et les religieux et leurs organisations sont désignés sous le nom de « Babylone » tout au long des Écritures. De même que Dieu envoya Jérémie avertir les Israélites de bonne volonté de fuir l'organisation du Diable, les oints accompagnés de leurs compagnons, les Jonadabs, sont envoyés avertir tous ceux qui désirent protection et salut. Les paroles de Jérémie 51:6,45 sont citées : « Fuyez du milieu de Babylone, et que chacun sauve sa vie ; ne soyez pas retranchés dans son iniquité, car c'est le temps de la vengeance du Seigneur ». La responsabilité de chaque oint de participer à la transmission de ce message est présentée comme absolue, tout refus ou défaillance étant annoncé comme désastreux pour celui qui s'y dérobe.[404]

Jérusalem et Sion typiques sont interprétées comme figurant respectivement l'organisation universelle et l'organisation capitale de Jéhovah. Sion antitype est constituée de Christ Jésus et des 144 000 membres de son corps, oints de l'esprit saint, solidement fortifiés contre l'ennemi sur la montagne antitype (Apocalypse 14:1,3). La « grande foule » n'est pas présentée sur le mont Sion ; ce sont les personnes de bonne volonté qui fuient vers les montagnes et y demeurent fidèlement sous la protection de Christ jusqu'à la fin d'Armageddon. La délivrance promise dans la prophétie de Joël signifie littéralement « un échappement », applicable à la fois à l'acte de s'échapper et à ceux qui s'échappent (Ésaïe 4:3-4).[405]

La provision de Jéhovah pour les personnes de bonne volonté passe exclusivement par Christ Jésus, Chef de l'organisation Sion. Le mont Sion est identifié à la Théocratie ou au Royaume, dont la protection est garantie par le combat direct de Jéhovah, selon Ésaïe 31:4-5 : comme le lion rugissant sur sa proie ne craint pas la multitude des bergers, Jéhovah descend combattre pour le mont Sion et le défend comme des oiseaux en vol. La délivrance ne se trouvera nulle part ailleurs que dans l'organisation du Dieu Seigneur, « comme le Seigneur l'a dit » — parole réitérée par les prophètes, par Christ Jésus, par ses apôtres, et désormais portée par le reste des oints.[406]

La prophétie de Joël 2:32 établit que le reste constitue une partie de l'organisation capitale Sion de Jéhovah. Il en ressort également que les « autres brebis » qui s'échappent

font partie de l'organisation Sion et trouveront aussi refuge parmi le reste. Ceux qui cherchent refuge doivent entendre le message du Royaume, y croire, chercher le Seigneur et rejoindre les rangs du reste pour accomplir le service aux côtés de ses membres. La traduction Rotherham est citée à l'appui : « et parmi les survivants que Jéhovah appelle ». Les survivants du reste doivent demeurer dans l'organisation pour trouver protection et salut.[407]

Le reste que Jéhovah a appelé de toutes les nations pour être ses témoins a reçu l'effusion de son esprit. Avant 1919, beaucoup d'entre eux se trouvaient retenus prisonniers dans l'organisation ennemie, jusqu'à ce que le Seigneur les en fasse sortir et les envoie comme témoins commissionnés. Pour maintenir leur intégrité, ces témoins doivent être fidèles à leur commission, ce qui implique de proclamer le nom et le dessein de Jéhovah avec grande diligence. Cette fidélité expose inévitablement la religion et les religieux, d'où la persécution intense dont les témoins de Jéhovah font l'objet de leur part. Les oints constituent par ailleurs les « sauterelles » de Dieu, désignées comme sa « grande armée » (Joël 1:4 ; Joël 2:11, Joël 2:25), envoyées sur le champ de bataille pour prendre part à « son œuvre, son œuvre étrange ».[408]

Le jugement de destruction éternelle est prononcé contre la religion et ses praticiens. Les chefs religieux, incapables de dissimuler plus longtemps leur racket, envoient de jeunes éléments nazis commettre des agressions contre les témoins de Jéhovah, tandis que les véritables coupables demeurent les dirigeants de la Hiérarchie qui commanditent ces actes. L'assurance est donnée que l'ennemi subira une défaite totale, selon Jérémie 1:19 : « ils combattront contre toi, mais ils ne prévaudront pas contre toi, car je suis avec toi, dit le Seigneur, pour te délivrer ».[409]

C'est en 1918 que les fidèles de l'époque furent rassemblés au temple et reçurent l'effusion de l'esprit saint. Ceux qui depuis lors ont été amenés dans le corps du Christ ont également reçu l'onction par Christ Jésus, Chef de Sion. Mordekaï et Naomi sont présentés comme figurant la première catégorie, tandis qu'Esther et Ruth figurent la seconde. Ensemble, ils constituent la classe du « serviteur fidèle et avisé », à qui le Seigneur Jésus a confié ses intérêts du Royaume sur la terre. En raison de leur fidélité à leur commission, ils sont objets d'opprobre et de persécution de la part des religieux, mais sont invités à avoir bon courage en étudiant la suite de la prophétie de Joël et en discernant le dessein de Dieu de disposer de l'ennemi et d'assurer protection complète et salut à ceux qui l'aiment.[410]

Chapitre X — La Rétribution

La période présente est désignée comme le « jour de Jéhovah », temps où ses témoins fidèles doivent proclamer la « vengeance de notre Dieu » avant l'heure du règlement de comptes. Les religieux font une grande controverse avec Sion, organisation capitale de Dieu, et Jéhovah déclare que c'est « l'année des rétributions pour la controverse de Sion ». Dieu informe ses serviteurs fidèles de son dessein de rétribuer l'ennemi, puis envoie ses témoins signifier à celui-ci que Dieu le détruira sous peu, selon Jérémie 51:6, Jérémie 51:56 et Ésaïe 34:8.[411]

L'« Action catholique » est décrite comme extrêmement virulente dans toute la chrétienté. La coalition Hiérarchie catholique romaine-Nazi, dans son opposition acharnée à la Théocratie, fait la guerre aux témoins de Jéhovah. Par des menaces et des pratiques de boycott contre les commerçants, les hommes de la Hiérarchie se font exalter et louer par les journaux aux dépens d'autrui. Le clergé est qualifié d'orgueilleux, vantard, arrogant et cruel, tout en faisant preuve de lâcheté : ne pouvant plus cacher à l'honnête peuple leur racket religieux, ils envoient de jeunes éléments nazis frapper les témoins de Jéhovah. Les véritables criminels sont présentés comme les hauts dirigeants de la Hiérarchie, qui conçoivent les mauvaises actions et font exécuter leurs ordres par d'autres.[412]

Le roi David est interprété comme un type du Seigneur Jésus-Christ. La « race du serpent » de Saül figure les religieux, ennemis qui combattirent cruellement contre David, oint du Seigneur. Les instructions que David donna à Salomon concernant la rétribution de ses persécuteurs — notamment Joab et Siméi — sont présentées comme une préfiguration de ce que Dieu accomplira bientôt à l'égard de la Hiérarchie catholique et de ses alliés pervers. Siméi, dont le nom signifie « renommé », est mis en parallèle avec les « grands personnages » de la Hiérarchie ; tous deux sont identifiés comme « la semence du Serpent ». Les paroles prononcées contre Siméi — « fais descendre ses cheveux blancs au sépulcre dans le sang » — sont réputées s'appliquer avec encore plus de force à la Hiérarchie perverse (1 Rois 2:9).[413]

La Hiérarchie et le régime nazi ont accumulé les souffrances infligées aux témoins de Jéhovah. La promesse de Luc 18:7-8 est invoquée : Dieu vengera ses élus qui crient vers lui jour et nuit, et il les vengera promptement. Le jugement écrit en Apocalypse 18:5-7 contre « Babylone » est cité comme s'adressant à cette foule religieuse qui a diffamé le nom de Dieu : « ses péchés sont montés jusqu'au ciel, et Dieu s'est souvenu de ses iniquités — rendez-lui comme elle vous a rendu, et doublez selon ses œuvres ». Les témoins fidèles en Allemagne et ailleurs, qui ont souffert et continuent de souffrir aux mains des conspirateurs nazis et de la Hiérarchie, sont invités à persévérer encore un peu en faisant pleinement confiance à Dieu, qui réglera les comptes et veillera à ce que ces conspirateurs religieux ne descendent pas au sépulcre en paix.[414]

La période allant de 1918 en avant est identifiée comme « ces jours-là » et « ce temps-là » dont parle le prophète Joël (Joël 3:1) : c'est le temps où le Seigneur rassemble son peuple, l'oint, le commissionne, l'envoie à l'œuvre, assemble aussi l'ennemi, lui adresse un avertissement, puis lui administre une juste rétribution. Depuis 1922 particulièrement, le Seigneur a fait sortir de captivité ceux de « Juda » et de « Jérusalem » et les a mis au travail. La prophétie de Jérémie 50:33-34 est citée pour montrer que le Seigneur Jésus-Christ, « Maréchal de Jéhovah », vient pleinement préparé pour la guerre au moment de la juste rétribution administrée à l'ennemi.[415]

Jéhovah commence alors à manœuvrer l'ennemi en position pour sa destruction en rassemblant toutes les nations (Joël 3:2) : « Je rassemblerai aussi toutes les nations et les ferai descendre dans la vallée de Josaphat, et j'y plaiderai ma cause contre elles pour mon peuple et pour mon héritage Israël, qu'elles ont dispersé parmi les nations ». Cette prophétie est corroborée par Sophonie 3:8, qui annonce que Dieu rassemblera les nations pour répandre sur elles son indignation et sa colère ardente.[416]

Ce rassemblement s'opère depuis 1922. Les témoins commissionnés proclament le message de vengeance et annoncent que le Roi oint et son Royaume sont venus. L'effet inévitable de cette proclamation est de démasquer la Hiérarchie catholique et ses alliés religieux, révélant que la religion est une fraude, un piège et un racket conduit par des agents du Diable qui diffament le nom de Jéhovah. Piqués par ce message de vérité, la Hiérarchie et ses agents poussent toutes les nations, leurs gouvernants et leurs éléments violents à rejoindre une conspiration mondiale contre les témoins de Jéhovah et donc contre la Théocratie. La Hiérarchie s'unit aux dictateurs des gouvernements totalitaires pour écraser les témoins. Un prêtre catholique ayant déclaré dans une émission radiophonique : « si le peuple américain se levait sur ses pattes de derrière, il pourrait détruire les témoins de Jéhovah en une heure », ce prêtre est présenté comme agent de la papauté agissant avec l'approbation complète du pape et des autres membres de la Hiérarchie.[417]

La « vallée de Josaphat » mentionnée par la prophétie de Joël 3:2 est interprétée comme purement symbolique : le nom hébreu Jehoshaphat signifiant « Jéhovah a jugé » ou « Jéhovah a justifié », l'expression ne renvoie pas à une vallée géographique de Palestine mais au temps de la complète vindication du nom divin par le Christ Jésus. Le fait que l'expression n'apparaisse nulle part ailleurs dans la Bible est présenté comme preuve de ce caractère symbolique. Le parallèle est établi avec la vallée où Moab, Ammon et les hordes du mont Séir furent détruits du temps du roi Josaphat (2 Chroniques 20:26) et que Josaphat rebaptisa « vallée de Berachah » — « la vallée de la bénédiction » — parce que le peuple y avait béni le nom du Seigneur.[418]

L'acte divin de « plaider » au nom de son peuple ne désigne pas des pétitions, des protestations ou des avertissements comme ceux que les témoins de Jéhovah accomplissent durant la période de l'« œuvre étrange » — cette œuvre sera alors achevée. Le terme hébreu shaphat, rendu par « plaider », entre dans la composition du nom même de la vallée de Josaphat, preuve supplémentaire du caractère symbolique du lieu. Dieu ne plaide pas pour la chrétienté mais pour son peuple portant son nom. À Harmaguédon, il montrera aux nations que les témoins de Jéhovah, que les religionnistes dénoncent comme antipatriotiques, sont véritablement ses oints.[419]

Le peuple pour lequel Jéhovah plaide est désigné comme son « héritage » — les 144 000 membres du corps du Christ, que Jéhovah prend de la terre pour son service céleste. Apocalypse 14:1-4 est cité intégralement : l'Agneau sur le mont Sion, les 144 000 portant le nom du Père sur leurs fronts, rachetés de parmi les hommes comme prémices pour Dieu et pour l'Agneau. Toute créature qui tenterait de détruire ce peuple oint attirerait sur elle-même sa propre destruction.[420]

Illustration de la page 290 : « Fuyant vers le Royaume » (p. 272)

La dispersion des serviteurs de Dieu parmi les nations, évoquée dans la prophétie, est référée à la Première Guerre mondiale, durant laquelle l'ennemi religieux brisa l'organisation mondiale des serviteurs de Jéhovah. L'effort désespéré accompli le 25 juin 1939 par l'ennemi pour perturber le rassemblement au Madison Square Garden de New York — point d'émission d'un programme entendu dans tout le monde anglophone — est présenté comme un exemple frappant de cette hostilité persistante. Cet effort échoua, conformément à la promesse de Jérémie 1:19 : « ils combattront contre toi, mais ne prévaudront pas contre toi, car je suis avec toi ». Désormais, quelles que soient les atteintes portées aux membres de la « compagnie du temple » dans leur corps physique ou leurs biens matériels, l'ennemi ne peut briser leur unité spirituelle en Christ Jésus leur Chef.[421]

Illustration intercalée hors pagination entre les pages 290 et 291.

Les actes de violence des ennemis envers les témoins de Jéhovah sont présentés comme en augmentation constante, toujours suscités par le clergé, et appelés à s'intensifier jusqu'à Harmaguédon. Les Écritures montrent qu'immédiatement avant l'ouverture d'Harmaguédon, la horde de Gog, maréchal de Satan, viendra contre tous ceux du côté de Jéhovah — mais sans succès : le Christ remportera la victoire, selon Ézéchiel 38:1–Ézéchiel 39:29.[422]

La question de la résistance physique est abordée directement : les serviteurs de Dieu doivent-ils opposer la force à celle des agents de Satan qui cherchent à entraver leur prédication ? La réponse s'appuie sur 2 Corinthiens 10:4 — « les armes de notre combat ne sont pas charnelles, mais puissantes par Dieu pour renverser des forteresses » — et sur le contraste avec la pratique catholique romaine. La Hiérarchie catholique est décrite comme ayant historiquement employé la force pour contraindre les peuples à lui obéir, citant la maxime attribuée à cette Hiérarchie : « tuer des hérétiques peut être légitimement accompli par les catholiques chaque fois que les catholiques sont assez forts ». L'Inquisition est évoquée comme illustration de cet usage des armes charnelles. Par contraste, les témoins de Jéhovah sont des messagers de paix qui n'emploient que « l'épée de l'Esprit, qui est la Parole de Dieu » pour abattre les forteresses, sans jamais contraindre quiconque à accepter la vérité.[423]

Le commandement de Jésus en Matthieu 5:39 — « ne résistez pas au mauvais » — est interprété de manière restreinte : ce passage s'adressait spécifiquement aux Israélites sous l'alliance de la loi, dont l'« adversaire » était cette alliance elle-même qui infligeait un juste châtiment aux contrevenants. Le terme « mal » (evil) est ici distingué de la « méchanceté » (wickedness) : Dieu lui-même déclare en Ésaïe 45:7 qu'il crée le « mal » au sens de châtiment juste. Les paroles de Jésus sur la joue offerte, le manteau donné et la seconde lieue parcourue (Matthieu 5:40-41) relèvent du même registre symbolique que son injonction de s'arracher l'œil ou de se couper la main : elles ne sauraient être appliquées littéralement à des cas comme celui de Josué conduisant l'armée d'Israël contre l'ennemi. La conclusion est donc que ces textes n'impliquent nullement que les serviteurs de Dieu doivent se soumettre passivement aux coups de ceux qui les agressent dans l'exercice de leur prédication.[424]

L'épisode où Pierre trancha l'oreille d'un serviteur du grand prêtre lors de l'arrestation de Jésus (Matthieu 26:51-53) est cité pour illustrer non pas une interdiction permanente du combat, mais un interdit lié au moment précis : Jésus devait être pris pour que s'accomplisse le dessein de Dieu. La déclaration devant Pilate — « mon royaume n'est pas de ce monde ; si mon royaume était de ce monde, mes serviteurs combattraient » (Jean 18:36) — est interprétée comme impliquant qu'il y aura bien un temps propice au combat, mais que Jésus devait attendre l'heure fixée par Jéhovah. Ce temps est identifié à 1914, date à laquelle Jéhovah l'envoya régner. Le Psaume Psaumes 110:2-6 et Apocalypse 19:11-20 sont cités en appui : il y a un temps pour tout — « un temps de guerre et un temps de paix » (Ecclésiaste 3:1-8) — et les Écritures précédentes ne peuvent donc signifier que les chrétiens doivent s'abstenir de toute résistance face à la méchanceté, celui qui agresse un serviteur du Seigneur dans l'exercice de sa fonction agissant avec méchanceté.[425]

La question de la légitime défense physique des témoins de Jéhovah est développée à partir d'exemples scripturaires. Moïse, qui protégea son frère hébreu en tuant l'Égyptien agresseur (Exode 2:11-12), est cité comme preuve que Dieu approuve la défense de soi et de ses proches, sans avoir puni Moïse pour cet acte ni lui en avoir fait le reproche.[426]

Néhémie constitue le second exemple scripturaire majeur. Chargé de reconstruire les murs de Jérusalem malgré les menaces répétées de Sanballat — interprété comme une figure des chefs religieux opposés au Royaume de Dieu —, Néhémie ne conseilla pas à ses frères d'offrir l'autre joue ni d'abandonner le travail pour se mettre à l'abri. Il organisa au contraire une préparation défensive : « J'ai donc posté le peuple par familles avec leurs épées, leurs lances et leurs arcs derrière le mur dans les endroits bas, et dans les endroits élevés, et j'ai dit aux nobles, aux chefs et au reste du peuple : Ne les craignez pas ; souvenez-vous du Seigneur grand et terrible, et combattez pour vos frères, vos fils, vos filles, vos femmes et vos maisons » (Néhémie 4:13-14). Les constructeurs travaillaient une main à l'ouvrage et l'autre tenant une arme, chaque bâtisseur ceint de son épée (Néhémie 4:17-18). Ces épées n'étaient pas là pour la forme : elles devaient être utilisées si nécessaire pour protéger le travail ordonné par Dieu.[427]

Le raisonnement est prolongé par Exode 22:2 — « si un voleur est surpris en train de s'introduire par effraction et qu'il soit frappé mortellement, il n'y aura pas de sang à venger » — et par l'exemple de Jésus chassant les marchands du Temple à coups de fouet (Jean 2:15), sans les inviter à le frapper. La conclusion est que nul n'a le droit d'interférer avec la proclamation de « cet évangile du Royaume » — la loi civile elle-même qualifie de délit le fait de perturber illégalement une assemblée réunie pour entendre la Parole de Dieu.[428]

L'assemblée du Madison Square Garden du 25 juin 1939 est citée comme cas concret. Environ vingt mille personnes s'étaient rassemblées paisiblement et légalement pour entendre le message de la Parole de Dieu. Des perturbateurs, après avoir proféré des menaces préalables portées à l'attention des autorités et de la police, pénétrèrent dans la salle en cours de programme et tentèrent violemment de disperser l'assemblée. Les huissiers, dont la mission était de maintenir l'ordre, leur intimèrent de cesser ou de partir ; en réponse, ils furent agressés physiquement. Certains huissiers usèrent de la force nécessaire pour repousser ces assauts, et leur conduite est présentée comme pleinement approuvée par le Seigneur : ils n'employaient pas des armes charnelles pour prêcher l'Évangile, mais la force pour contraindre l'ennemi à cesser d'en empêcher la prédication.[429]

L'« admonition » qui suit encadre strictement l'exercice de cette légitime défense : la prudence est de rigueur, et personne ne doit agir précipitamment ni sans raison valable. Les chrétiens doivent obéir à la loi, éviter autant que possible le combat physique et ne jamais le rechercher. La force physique n'est légitime que lorsqu'elle est raisonnablement nécessaire à leur protection et à celle de leurs frères et de leur travail. En revanche, aucun chrétien n'est tenu de se soumettre sans résistance à l'agression d'un violent qui tente de l'empêcher de prêcher l'Évangile. Ce message du Royaume doit être proclamé et le sera ; l'ennemi ne prévaudra pas, et les témoins doivent avancer sans crainte dans l'accomplissement de leur devoir.[430]

Si un officier de police procède à une arrestation dans l'exercice de ses fonctions, le chrétien arrêté ne doit pas lui résister, mais se laisser conduire calmement et attendre que sa cause soit jugée devant le tribunal compétent. En revanche, lorsqu'une réunion de chrétiens assemblés pour étudier ou entendre discuter la Parole de Dieu est attaquée par une foule, les participants peuvent légitimement résister et employer la force jugée raisonnablement nécessaire. L'incident du Madison Square Garden est repris en détail : un émeutier frappa violemment un huissier à la tête, et l'épouse de cet émeutier agrippa l'huissier dans ses parties intimes. La loi de Dieu en Deutéronome 25:11-12 est citée comme ayant spécifiquement prévu un tel cas. Bien qu'une plainte ait été déposée contre cette femme, elle ne fut pas arrêtée — ce qui illustre que la loi des nations tombe souvent en-deçà de ce qui est juste et droit. Les témoins de Jéhovah et leurs compagnons sont exhortés à se conduire avec circonspection, à rester dans les limites de la loi, à ne jamais chercher querelle et à agir avec dignité, mais à résister à toute agression illégale perpétrée par des représentants de Satan.[431]

Les huissiers du Madison Square Garden portaient de légers cannes de marche comme signe d'identification ; ayant été menacés, il est jugé providentiel qu'ils aient disposé de tels bâtons pour se protéger. La loi civile comme la loi divine reconnaissent le droit de celui qui est menacé dans son intégrité corporelle de s'armer à des fins défensives (Néhémie 4:7-18). Le soi-disant « Front chrétien » fit poursuivre en justice certains témoins de Jéhovah qui s'étaient défendus contre les agressions des religionnistes au Madison Square Garden ; ces affaires furent jugées par un tribunal de trois juges de New York et les témoins de Jéhovah y furent acquittés et pleinement exonérés.[432]

La Hiérarchie catholique romaine est accusée de ne se soucier ni de la loi de Dieu ni de la loi civile, sauf quand cela l'arrange, de procéder selon ses propres règles sans égard aux droits d'autrui, et de compter parmi ses dirigeants des hommes qui prônent le châtiment cruel de ceux qu'ils qualifient d'« hérétiques », jusqu'à leur mise à mort. Un article du New York Herald daté du 7 mai 1901 est reproduit en fac-similé : le révérend Harney, père pauliste à l'église catholique romaine de New Brunswick (New Jersey), y déclara en réponse à une question publique « je ne doute pas que, s'ils étaient assez forts, le peuple catholique entraverait, même par la mort si nécessaire, la propagation des erreurs hérétiques parmi le peuple, et je dirais avec raison », ajoutant que ces propos représentaient sa position personnelle et étaient en accord avec ceux de l'Église catholique.[433]

La prophétie de Joël 3:3 — « ils ont tiré au sort mon peuple, ont donné un garçon pour une prostituée et vendu une fille pour du vin, afin de boire » — reçoit une double application historique et contemporaine. Pendant la Première Guerre mondiale, les religionnistes sont accusés d'avoir conspiré pour détruire les témoins de Jéhovah, avec la complicité d'un « Chevalier de Saint-Grégoire » pontifical déshonoré qui maintint des chrétiens en prison sans mise en liberté provisoire tout en vendant ses décisions judiciaires. Ces fidèles, qui s'efforçaient d'informer le peuple de la provision gracieuse de Dieu pour son salut, furent rabaissés au rang de simples enjeux de jeu, à l'image des Édomites envers le peuple typique de Dieu (Abdias 1:11) et des soldats qui tirèrent au sort les vêtements du Christ crucifié (Matthieu 27:35).[434]

L'expression « donner un garçon pour une prostituée » est interprétée comme désignant la remise par le clergé des jeunes et fidèles serviteurs de Dieu à leurs alliés mondains, afin que ces chrétiens soient traités comme les plus avilis de la terre par des hommes politiques et judiciaires. Pour obtenir la faveur des dirigeants politiques, les chefs religieux ont renoncé à leur mission de servir Dieu et livré ses vrais serviteurs. Jacques 4:4 est cité pour qualifier ce comportement d'adultère spirituel : « celui qui veut être ami du monde est ennemi de Dieu ». De même, l'image de « vendre une fille pour du vin » désigne la commercialisation des serviteurs de Dieu par les chefs religieux, notamment la Hiérarchie, qui se sont adonné à une politique corrompue et ont opéré ouvertement une machine politique sous prétexte de servir Dieu, approuvant et favorisant la persécution des témoins de Jéhovah en Allemagne et dans d'autres États totalitaires.[435]

Tyr et Sidon

Jéhovah interpelle ses adversaires en Joël 3:4 : « Tyr, Sidon et toutes les côtes de Palestine, qu'avez-vous à faire avec moi ? Voulez-vous me rendre la pareille ? Et si vous me la rendez, je ferai vite et promptement retomber votre rétribution sur votre propre tête. » Tyr est interprétée comme le type de l'organisation de la Hiérarchie catholique romaine. Tout comme l'ancienne Tyr avait été tolérée en Palestine (Juges 3:1-3), la Hiérarchie moderne a longtemps été autorisée par le Seigneur à exercer son « racket politique » sans entrave. Les témoins de Jéhovah, pour leur part, n'ont jamais perpétré de violence ni d'actes illégaux contre la Hiérarchie, n'ont jamais contesté sa liberté de pratiquer sa religion ni sa liberté d'expression : ils se sont bornés à obéir au commandement de Dieu en signalant au peuple la distinction entre la religion et la vraie adoration de Dieu.[436]

Sidon, plus ancienne que Tyr, figure les religions païennes dont est issue la papauté. Les religionnistes hantant notamment le Japon, conduits par la Hiérarchie catholique romaine et agissant de concert avec elle, sont englobés sous le terme « Sidon ». La question rhétorique de Dieu — « voulez-vous me rendre la pareille ? » — est explicitée : les chefs religieux tentent-ils de le « payer » pour avoir dénoncé leurs malversations et leur service de Satan ? Ils se comportent comme s'ils étaient à l'abri du châtiment divin. Mais leur conduite méprisante envers les témoins de Jéhovah — conformément à Matthieu 25:40 (« c'est à moi que vous l'avez fait ») et à Luc 18:7-8 — les expose à une juste rétribution prompte. La prophétie, formulée au conditionnel dans son texte (« si vous me la rendez »), est transposée au constat dans les temps derniers présents : les religionnistes ont accompli leurs mauvaises actions ; le jour du règlement de comptes est donc arrivé et sera consommé à Harmaguédon, où l'ennemi sera pleinement « remboursé » de ses méfaits. Le Seigneur, désormais au temple, annonce qu'aussitôt achevée l'« œuvre étrange » de témoignage, « la destruction soudaine viendra sur eux » sans que personne n'échappe.[437]

Joël 3:5 — « parce que vous avez pris mon argent et mon or et avez emporté dans vos temples mes belles et précieuses choses » — est développé de manière symbolique. L'organisation capitale de Jéhovah est symbolisée par l'or ; l'argent représente les vérités bibliques exposées dans les publications des témoins de Jéhovah. Les religionnistes et leurs alliés s'emparent de force des serviteurs de Jéhovah et les jettent en prison. Ce motif est préfiguré par les Philistins qui s'emparèrent de l'arche de l'alliance (1 Samuel 5:1-2) et par les Babyloniens qui emportèrent les ustensiles du temple de Jéhovah (2 Chroniques 36:6-7 ; Daniel 5:1-4). Dans la presse religieuse, les adversaires ont tourné en dérision le peuple du Seigneur, menti malicieusement à son sujet et détourné des textes bibliques pour le faire passer pour antipatriotique, antichrétien et séditieux.[438]

Joël 3:6 — « vous avez vendu les enfants de Juda et les enfants de Jérusalem aux Grecs, pour les éloigner de leur territoire » — désigne la vente des témoins de Jéhovah aux adorateurs du Diable. « Juda » et « Jérusalem » sont identifiés comme ceux qui servent et louent Dieu. En réponse, Jéhovah déclare par un autre prophète avoir « suscité tes fils, ô Sion, contre tes fils, ô Grèce » (Zacharie 9:13). Le but déclaré de l'ennemi est de séparer les fidèles de Dieu et de les priver de leur liberté de le servir, accomplissant ainsi ce que le Diable avait prétendu pouvoir réaliser. Mais le jour de la vengeance divine est imminent.[439]

Chapitre XI — « Préparez la guerre »

Le « remboursement » de l'ennemi est présenté comme absolument certain, administré par le Paymaster qu'est le Christ Jésus. Pendant des siècles, l'ennemi a agi avec arrogance, outragé le nom de Jéhovah et infligé des souffrances cruelles à son peuple. Deutéronome 32:35 est cité : « la vengeance et la rétribution m'appartiennent ; leur pied glissera en temps voulu, car le jour de leur calamité est proche et les choses qui doivent leur arriver se hâtent. » Les chefs religieux ont utilisé le nom du Christ à des fins politiques et commerciales, foulé aux pieds le nom du Fils de Dieu et tenu son sang sacrificiel pour une chose profane. Leur méchanceté a atteint son comble et l'heure du juste paiement est venue.[440]

La promesse de Joël 3:7 — « voici, je les susciterai du lieu où vous les avez vendus, et je ferai retomber votre rétribution sur votre propre tête » — est rapportée à l'année 1919, date à laquelle Jéhovah commença à tirer ses fidèles serviteurs de la servitude et à leur faire percevoir la commission qui leur était confiée. Depuis lors, Dieu ne cesse de révéler à son peuple la structure de sa grande organisation et la manière dont elle est combattue par l'organisation mauvaise de Satan. Le « reste » et ses « compagnons » ont désormais le privilège et l'obligation de proclamer la détermination de Dieu d'agir contre l'ennemi, conformément à Apocalypse 13:10 : « celui qui mène en captivité ira en captivité ; celui qui tue par l'épée doit être tué par l'épée. » La rétribution annoncée en Apocalypse 18:6 — « rendez-lui comme elle vous a rendu, et doublez selon ses œuvres » — est désignée comme le message que le reste est chargé de déclarer à l'ennemi.[441]

La proclamation ordonnée en Joël 3:9 est interprétée comme une commission universelle comparable à celle formulée en Matthieu 24:14 : le témoignage doit s'étendre à toutes les nations, en dehors de la « sainte nation » divine composant la classe du Royaume.[442] Ce message attire ceux qui sont « de bonne volonté envers Dieu » et informe la « grande multitude » de ses privilèges, de sorte que les témoins de Jéhovah participent ainsi à l'œuvre divine de rassemblement des nations vers la vallée de Josaphat annoncée en Joël 3:2.[443]

Illustration de la page 316 : « La religion tombe en premier » (Apocalypse 17:16,17)

L'injonction « préparez la guerre » est interprétée non comme un appel à un conflit entre nations, mais comme une proclamation à l'intention des adversaires de la Théocratie, invités à se liguer en une confédération mondiale pour s'opposer au Roi et au Royaume de Jéhovah. Les témoins de Jéhovah sont présentés comme les hérauts de cette proclamation, annonçant à l'ennemi qu'il doit se préparer à la bataille contre Jéhovah lui-même.[444] La note marginale du texte hébreu, rendue par « sanctifiez la guerre » ou « consacrez la guerre » (selon les traductions de Rotherham), est appliquée à la Hiérarchie catholique romaine et à ses alliés religieux, désignés comme ceux qui, en persécutant les témoins de Jéhovah, « sanctifient » précisément cette guerre, qu'ils qualifient eux-mêmes de « guerre sainte » ou de « guerre pour la religion chrétienne » sous l'étiquette du mouvement appelé « Front chrétien ».[445]

La Hiérarchie romaine est présentée comme prenant la tête de ceux qui « sanctifient » cette guerre et qui, pour faire avancer leurs desseins mauvais, n'hésitent pas à mentir. Les témoins de Jéhovah, agissant en chrétiens obéissants, sont décrits comme strictement soumis aux commandements divins en proclamant « le jour de la vengeance de notre Dieu » conformément à Ésaïe 61:2.[446]

L'injonction prophétique à « réveiller les hommes puissants » est ensuite examinée. Ces « hommes puissants » sont identifiés comme ceux qui appartiennent à la « Hiérarchie d'autorité », qui s'exaltent eux-mêmes et sont exaltés par des politiciens sans conscience et des radicaux fanatiques. Ce sont ceux à qui est conféré un grand honneur et qui sont présentés comme des exemples. La prophétie leur est donc adressée : les chefs de la Hiérarchie, qui depuis des siècles se sont exaltés, sont sommés de se préparer à rendre compte de leur conduite.[447]

L'interprétation des « fils » et « filles » des chefs religieux mentionnés en Joël 3:8 désigne ceux qui ont été formés à appeler leurs dirigeants « père », « révérend » et « évêque » : entraînés dans le piège du diable par leurs soi-disant « pères », ils sont considérés comme appartenant désormais à la semence du Serpent. Ces leaders dépendent de leurs disciples pour perpétrer leurs desseins mauvais, notamment pour collecter des fonds auprès de gens crédules afin de financer leur organisation.[448]

La prophétie annonçant que ces fils et filles seront « vendus aux Sabéens » est développée à travers une longue analyse biblique et historique. Les Sabéens, descendants de Cush et de Sem d'après Genèse 10:6-7 et Genèse 10:21, sont dépeints comme une foule mêlée de dupes : des pillards dans les temps anciens (Job 1:15), des marchands de diverses marchandises (1 Rois 10:1-2), et selon la prophétie, impliqués dans la traite des esclaves. Ils figurent ainsi ceux qui entretiennent des relations commerciales avec les grands religieux et se retournent ensuite contre eux pour profiter de leur malheur, à l'image de ce qui advint lors de la marche contre le roi Josaphat (2 Chroniques 20:22-23).[449]

Dans l'application contemporaine, les dictateurs permettent d'abord à la Hiérarchie catholique romaine de travailler avec eux, tandis qu'ils s'adonnent ensemble au pillage des Juifs, décrits comme prospères dans les affaires. Une fois cette opération terminée, l'élément radical se retournera contre les grands religieux : « la Cité du Vatican a amassé plus d'or et d'autres richesses qu'aucune autre nation ou organisation », ce qui en fait une cible de choix pour les éléments radicaux égarés une fois les Juifs dépouillés.[450]

Le pays de Sheba, décrit comme éloigné de Jérusalem, symbolise le fait que les chefs religieux seront arrachés au domaine où ils ont exercé leurs activités commerciales et religieuses, emmenés si loin qu'ils ne pourront jamais revenir. Leur organisation sera détruite car, selon Apocalypse 17:16-18, les dirigeants politiques — l'élément radical — brûleront Rome, et le Seigneur mettra cette pensée dans leurs cœurs. La certitude de cet accomplissement repose sur la parole divine citée en Ésaïe 46:11 : « Je l'ai résolu, je l'accomplirai aussi. »[451]

La venue du « Messager de Jéhovah », le Christ Jésus, au temple de Jéhovah ouvre la section intitulée « PROCLAMATION ». Il éprouve les consacrés et rassemble dans le temple les approuvés, qui doivent présenter à Jéhovah « une offrande de justice » conformément à Malachie 3:3 et Hébreux 13:15. Ces fidèles sont alors envoyés proclamer la Parole et les louanges de Dieu, au service de Jéhovah et du Christ Jésus, et reçoivent le privilège que Dieu leur révèle le sens de ses prophéties.[452]

La « Catholic Action » est ainsi décrite comme un corps politique organisé pour conquérir le monde, diffamer le nom de Dieu et s'opposer à son royaume. Les chefs de la Hiérarchie sont invités, sur le mode de l'ironie prophétique, à faire pression sur tous les représentants du monde — politiques, judiciaires, législatifs, policiers — qui les écoutent et s'associent à leur oppression contre le gouvernement Théocratique. L'injonction satirique se poursuit : « Dressez votre champion géant, c'est-à-dire le Goliath des temps modernes, l'État dictatorial ou totalitaire », consolidez vos gouvernants arbitraires, organisez votre police secrète pour espionner et punir quiconque possède la Parole de Dieu, faites voter des lois imposant le salut au drapeau, et placez vos mercenaires religieux dans les hautes fonctions pour vendre leurs décisions judiciaires contre de l'argent.[453]

Illustration de la page 321 : Jehovah s'adressant aux nations ennemies (Joël 3:9)

L'appel de Joël 3:9 « que tous les hommes de guerre s'approchent » est commenté comme l'invitation divine faite à la Hiérarchie catholique romaine de montrer ce qu'elle peut accomplir contre les témoins de Jéhovah. Elle est présentée comme cherchant à effrayer, intimider et contraindre tous ceux qui ne se plient pas à ses diktats. Les moyens détaillés incluent le boycott des stations de radio, l'emploi de la presse pour diffuser des mensonges contre les serviteurs de Jéhovah, et le financement de publications qui soutiendraient son plan politico-religieux de domination mondiale. « C'est votre dernière représentation » — tel est le verdict prononcé sur ces manœuvres.[454]

Le verset de Joël 3:10 — « Forgez vos socs en épées et vos serpes en lances ; que le faible dise : je suis fort » — est interprété comme l'ironie divine accordant aux religieux ambitieux la pleine mesure de leur corde. Leurs campagnes de prosélytisme pacifique ayant échoué à rallier toutes les nations, ils sont désormais présentés comme se tournant vers la force ouverte : « transformez vos anciens plans de temps de paix pour faire des prosélytes en armes militantes », régressant du pacifisme vers la violence pour contrôler les peuples, en alliance déclarée avec les fascistes et les nazis.[455]

La formule « que le faible dise : je suis fort » est lue comme une raillerie divine destinée à flatter la vanité des religieux. Comparés à la petite troupe des témoins de Jéhovah apparemment sans défense, les chefs religieux et leurs fanatiques se croient très forts. Les politiciens professionnels les soutiennent par calcul électoral, déclarant publiquement « ce qu'il nous faut, c'est davantage de religion », sans comprendre ce que ce mot signifie véritablement. Les uns et les autres, désignés comme appartenant aux « nations qui oublient Dieu », ne mesurent pas que Jéhovah est tout-puissant et que ses témoins agissent sous son commandement.[456]

La foi est présentée comme la seule armure efficace face à cette coalition ennemie. Pour ceux dont la foi vacille, Ésaïe 51:12 est cité en guise de réconfort divin : « C'est moi, moi-même, qui vous console ; qui es-tu pour avoir peur d'un homme qui doit mourir ? » Seuls ceux qui se fient entièrement à Jéhovah peuvent proclamer avec assurance, selon Éphésiens 6:10, qu'ils sont « forts dans le Seigneur et dans la puissance de sa force ».[457]

L'opposition croissante aux témoins de Jéhovah en Amérique et en Grande-Bretagne est interprétée comme un signe de la proximité d'Harmaguédon. Les désordres survenus au Madison Square Garden de New York sont cités comme preuve que les démons ont pris possession de l'esprit des opposants radicaux, que Satan précipite ses forces vers l'affrontement final. L'invitation divine de Joël 3:11 — « Rassemblez-vous et venez, vous toutes les nations d'alentour » — est comprise comme un appel de Jéhovah lui-même invitant l'ennemi à se regrouper, Jéhovah faisant avancer sa cause en envoyant ses témoins proclamer hardiment ses jugements, ce qui irrite les religieux à la manière dont les sauterelles ravagèrent l'Égypte et accroît en retour l'activité de la « Catholic Action ».[458]

La sous-section intitulée « ASSEMBLING »[459] développe la signification de cette injonction d'assemblée. La première partie de Joël 3:11 est adressée aux nations opposées à Dieu, tandis que sa seconde partie est désignée comme une prière de la classe du « fidèle serviteur », la « sainte nation ». Gog est identifié comme le premier commandant des forces de Satan, et la hâte de l'assemblée est illustrée par Nahum 2:4 : « Les chars bondiront dans les rues, ils se croiseront sur les places, leur aspect est comme des torches, ils courent comme des éclairs. » La « Catholic Action » s'accélère dans toutes les parties de la terre ; les dictateurs politiques, alliés à la Hiérarchie, s'emploient à supprimer la liberté de parole, de presse, d'assemblée et de culte, certains éléments radicaux agissant même sans aucun semblant d'autorité légale. « le grand jour du Seigneur est proche, il est proche et vient en grande hâte » selon Sophonie 1:14, et l'ennemi « poussera là un cri amer ».[460]

Le jour de la vindication de Jéhovah est présenté comme imminent : Jéhovah non seulement est prêt au combat, mais l'accueille et invite l'ennemi à avancer, en suscitant ses témoins — le reste et leurs compagnons — à aller parmi les peuples proclamer hardiment les jugements écrits. Jéhovah est décrit comme disant à l'ennemi d'encercler ses fidèles témoins et de faire de son mieux pour les étouffer par des lois cruelles, supprimant les libertés jadis garanties par les constitutions nationales.[461]

La prière finale de Joël 3:11 — « Fais descendre là tes guerriers, ô Seigneur » — est rapportée à la « guerre dans les cieux » commencée en 1914, lorsque le Seigneur Jésus et ses anges combattirent Satan, qui fut précipité aux abords de la terre conformément à Apocalypse 12:7-9. Le théâtre du conflit final se situe désormais sur la terre, et cette prière est interprétée comme l'appel de la classe fidèle à Jéhovah pour qu'il envoie ses « hommes puissants » — ses armées célestes — à l'appui de ses serviteurs terrestres. Ce thème est étayé par Ésaïe 13:3-4 : « J'ai commandé à mes saints, j'ai aussi appelé mes guerriers pour l'effet de ma colère, même ceux qui se réjouissent de ma grandeur », le bruit d'une multitude dans les montagnes, comme celui d'un grand peuple.[462]

La division des peuples en deux camps distincts — les « boucs » d'un côté et les « brebis » de l'autre — est présentée comme en cours d'accomplissement rapide. Jéhovah manœuvre l'ennemi vers la « vallée de Josaphat », lieu désigné du jugement et de la bataille, non seulement en choisissant le champ de bataille mais en contraignant toutes les nations à révéler de quel côté elles se rangent, forçant chacun à montrer ouvertement son opposition à la Théocratie.[463]

Gog, désigné comme le commandant en chef direct sous Satan, conduit les armées adverses depuis toutes les parties de la terre. L'avertissement de Ézéchiel 38:3-4 lui est appliqué : Jéhovah déclare être contre lui, promettant de le ramener et de mettre des crochets dans ses mâchoires pour l'amener avec toutes ses armées. La vision de Apocalypse 16:13-16 est vue comme décrivant Satan rassemblant les nations vers la bataille du grand jour de Dieu le Tout-Puissant, accomplissement que les fidèles sur terre perçoivent déjà dans les événements contemporains.[464]

À la « vallée de Josaphat », Jéhovah siège comme juge suprême et commandant en chef de toutes les armées de la justice, dirigeant l'exécution de son jugement accomplie par Christ Jésus, son officier exécutif et vengeur. Aucun élément de l'organisation de Satan n'est épargné de cette assemblée pour jugement. Il n'y aura ni plaidoyers ni arguments : ce sera directement l'heure de l'exécution, l'autorité d'exécuter le jugement ayant été conférée au Christ selon Jean 5:27. Cette certitude est décrite comme une source de joie immense et d'un courage indicible pour ceux qui se rangent du côté du Gouvernement Théocratique.[465]

L'injonction prophétique de Joël 3:13 — « Mettez la faucille, car la moisson est mûre » — est adressée à Christ Jésus par Jéhovah, qui a attendu pendant des siècles ce moment où il pourra venger le nom de son Père. La vision d'Apocalypse 14:17-18, montrant un ange au tranchant sickle recevant l'ordre de vendanger la vigne de la terre dont les raisins sont pleinement mûrs, est citée pour illustrer l'imminence de cette action. La vigne de Satan doit être arrachée de ses enracinements profonds dans la terre et jetée dans le pressoir de Dieu pour y être foulée et détruite. La chrétienté, composante principale de l'organisation terrestre de l'ennemi, est désignée comme mûre pour la destruction.[466]

Le « pressoir » évoqué en Joël 3:13 et Apocalypse 14:19-20 est interprété comme d'une capacité suffisante pour contenir toutes les nations opposées à Jéhovah. Au moment où commencera la bataille d'Harmaguédon, la séparation sera achevée : les « boucs » se trouveront à gauche et les « brebis » à droite du Christ Jésus, le Juge. Les fruits de la méchanceté de l'ennemi — notamment la calomnie, la diffamation et les agressions contre les serviteurs de Jéhovah, que la Hiérarchie a dirigées et qualifiées de « guerre sainte » — sont décrits comme parvenant à maturité, constituant l'ultime accomplissement de 2 Timothée 3:1 et 2 Timothée 3:5 : les religieux ont atteint le degré suprême de l'hypocrisie, affichant une forme de piété tout en en niant la puissance.[467]

Les dirigeants religieux sont présentés comme ayant défié Jéhovah en se réfugiant derrière un rempart de mensonges, selon Ésaïe 28:15, et comme s'étant efforcés de détruire la « compagnie du temple » du Seigneur — une tentative vaine, puisque Jéhovah a déclaré qu'il détruira les hypocrites selon 1 Corinthiens 3:17. La Bible est présentée comme un document dont l'harmonie interne ne peut être pleinement appréciée que par ceux qui aiment Dieu et souhaitent être guidés dans la bonne voie, selon Psaumes 25:9.[468]

La vision de Apocalypse 19:11-16 — le cavalier sur le cheval blanc appelé Fidèle et Vrai, les yeux comme une flamme de feu, vêtu d'un vêtement trempé de sang et portant le nom « Roi des rois et Seigneur des seigneurs » — est citée comme la description par Jean de la marche en avant du Christ Jésus vers la bataille d'Harmaguédon. Ce moment est annoncé comme « la guerre finale »; le déluge est présenté comme le point culminant du premier monde de méchanceté, préfigurant le point culminant du « monde présent » de méchanceté et de violence.[469]

Chapitre XII — La fin de la religion

Les dirigeants de toutes les nations, voyant le désastre imminent, en viennent unanimement à déclarer : « Il nous faut davantage de religion, sinon notre nation périra ». Toutes les nations ont oublié Dieu, ne tiennent aucun compte de sa Parole et s'opposent au Gouvernement Théocratique, plaçant leur confiance dans l'homme et dans la religion. Les prophéties de Dieu le Tout-Puissant, dont l'accomplissement transparaît dans les faits physiques, sont annoncées comme révélant que la fin de la religion est venue, entraînant avec elle l'effondrement complet de l'organisation entière de Satan.[470]

En 1914, Christ Jésus est présenté comme ayant été intronisé comme Roi, suivi immédiatement d'une « guerre dans les cieux » dont le résultat fut que le Diable fut précipité sur la terre avec tous ses anges démons, selon Apocalypse 12:1-9. Le Diable, sachant qu'il n'a plus qu'un temps limité selon Apocalypse 12:12, a depuis lors précipité son action. Toutes les nations de la terre ont été entraînées dans son piège par la peur, conformément à Proverbes 29:25.[471]

Depuis 1918, le Diable est décrit comme ayant commencé à rassembler toutes les nations en vue de « la bataille de ce grand jour de Dieu Tout-Puissant », en se servant de la religion, de la politique et du commerce. Har-Maguédon est présenté comme « le lieu de rassemblement des troupes de Jéhovah » ; c'est là que le Diable conduit ses forces selon Apocalypse 16:14-16. En 1940, les nations et les peuples sont annoncés comme se trouvant dans une très grande détresse, dont la responsabilité première est attribuée à Satan en tant qu'auteur de la religion, ainsi qu'à tous ceux qui la pratiquent, désignés comme ses agents visibles sur terre, conformément à Apocalypse 12:12.[472]

Le défi que Satan aurait lancé à Jéhovah — prétendre pouvoir amener tous les hommes à maudire Dieu — est présenté comme un échec patent, ce qui rendrait le Diable d'autant plus déterminé à précipiter la destruction de l'humanité entière en la piégeant dans la religion ou le démonisme.[473]

Le dispositif de bataille

Dieu est présenté comme ayant permis au Diable de déployer tous ses efforts pour relever son défi impie, tout en se réservant d'exercer sa propre puissance en temps voulu selon Exode 9:16. Ce temps est annoncé comme désormais venu : Jéhovah doit démontrer à toute la création, démons inclus, qu'il est le Très-Haut, le Souverain Suprême. La prophétie de Joël est présentée comme s'accomplissant à cet instant : « Des multitudes, des multitudes dans la vallée de la décision » selon Joël 3:14.[474]

« La vallée » mentionnée dans la prophétie est interprétée comme la position symbolique des deux armées en présence juste avant l'engagement. « Le mont Sion » symbolise l'organisation capitale de Dieu, dont Christ Jésus est le Roi ; « Jéhovah des armées » désigne le Commandant suprême de toutes les forces de la justice. Christ Jésus est présenté comme le maréchal de terrain chargé de venger le nom de Jéhovah, entouré des anges saints selon Apocalypse 14:1-3 et Apocalypse 19:11.[475]

Les forces du côté de la justice sont ainsi hiérarchisées : Jéhovah, Commandant suprême ; Christ Jésus, maréchal de terrain ; les saints anges du ciel. Les hommes et femmes sur terre qui sont du côté de la justice sont présentés comme des témoins du combat sans y participer activement : leur mission est de chanter les louanges de Dieu pendant l'assemblée des forces combattantes, sous la protection de l'ange de Jéhovah selon Psaumes 34:7. En face, toutes les nations sans exception, les Nephilim et les démons mauvais sont rassemblés, commandés par Gog sous la direction de Satan. La vallée est également interprétée, selon la note marginale du texte hébreu, comme la vallée de la « concision », c'est-à-dire du battage ou de la destruction totale — l'image du van qui découpe et met en pièces tout ce qui y est introduit illustrant l'annihilation complète de l'armée de Satan.[476]

Les ténèbres

Illustration accompagnant le développement sur les ténèbres qui précèdent la bataille d'Har-Maguédon.

La condition des forces ennemies immédiatement avant la bataille est présentée comme celle des ténèbres, en accord avec la prophétie de Joël 3:15 : « Le soleil et la lune s'obscurciront, et les étoiles retireront leur éclat ». Tous ceux qui pratiquent la religion sont ainsi déclarés plongés dans les ténèbres, sans aucune lumière ni compréhension du dessein de Dieu. Les démons eux-mêmes sont dans les ténèbres depuis le déluge selon Jude 6-13, et la classe du « mauvais serviteur » l'est également, ayant été rejetée dans les ténèbres extérieures pour son infidélité selon Matthieu 24:48-51. À l'inverse, ceux qui font pleinement confiance à Jéhovah et à Christ Jésus et qui rejettent la religion sont présentés comme marchant dans la lumière, justes par la foi, et privilégiés d'avoir une vision du dispositif de bataille.[477]

Les Témoins de Jéhovah et leurs compagnons, entièrement dévoués au Théocrate et à son gouvernement, sont présentés comme actifs dans la proclamation du message théocratique. Les personnes de bonne volonté qui entendent ce message discernent que la religion est un piège du Diable et se mettent sous la protection du Seigneur, selon Proverbes 29:25. Ceux qui sont pleinement dévoués à Jéhovah participent à son « œuvre étrange » en proclamant son nom et son royaume, ce qui suscite la colère des religieux qui tentent de détruire ces messagers. Le message porté par les Témoins est présenté non comme celui d'un homme, mais comme celui de Jéhovah lui-même qui rugit depuis Sion selon Joël 3:16.[478]

Le reste oint est identifié comme appartenant à « Sion », et les compagnons de la classe des Jonadabs à « Jérusalem » ; ensemble, ils font retentir la voix divine qui ébranle « les cieux » — c'est-à-dire les forces invisibles des démons — et toutes les forces visibles de l'humanité attachées à la religion, conformément à Aggée 2:6-7. La persécution exercée par les religieux contre les Témoins est présentée comme une confirmation de leur fidélité, et Jéhovah leur adresse un encouragement par la bouche de Sophonie : « Attendez-moi, dit le Seigneur, jusqu'au jour où je me lèverai comme proie ; car ma résolution est de rassembler les nations » selon Sophonie 3:8.[479]

La bataille

Toutes les nations se trouvent désormais dans la « vallée de Josaphat », interprétée comme la vallée du jugement, de la décision et du massacre, lieu où le jugement de Jéhovah contre tous les méchants sera exécuté. Jéhovah, à Sion, est le Commandant suprême et l'arbitre final. Le commandement de la bataille est donné : « Jéhovah a un différend avec les nations ; il livrera les méchants à l'épée » selon Jérémie 25:30-31.[480]

Christ Jésus, présenté comme le Vengeur du Très-Haut, obéit immédiatement à cet ordre et s'avance sur sa monture de guerre, suivi des armées du ciel, les saints anges. Les forces de la justice chargent les forces ennemies et les mettent littéralement en pièces, selon la vision de Apocalypse 19:14-15. La victoire de Christ Jésus est annoncée comme certaine, Jéhovah soutenant pleinement son maréchal de terrain : « Il frappera les rois au jour de sa colère, jugera les nations, remplira les lieux de cadavres » selon Psaumes 110:5-6.[481]

Le massacre

L'heure de l'indignation divine est présentée comme le moment où tous les ennemis reçoivent une juste rétribution. En s'appuyant sur Ésaïe 34:2-8, l'armée ennemie tout entière est décrite comme vouée à l'annihilation : « Car l'indignation du Seigneur est sur toutes les nations, et sa fureur sur toutes leurs armées ; il les a complètement détruits, il les a livrés au massacre ». Les hauts lieux dans lesquels la foule de Satan s'est perchée sont interprétés comme « l'armée des cieux » vouée à être dissoute, et les cieux roulés comme un parchemin selon Ésaïe 34:4. Le symbole d'Idumée désigne les religieux et leurs alliés aux postes élevés, et celui de Bozrah — Édom — représente leurs persécuteurs religieux.[482]

Les dirigeants religieux, les souverains politiques et les grands du commerce sont désignés comme ayant, d'un commun accord, déclenché des guerres cruelles qui ont abouti à la destruction de vies innocentes, violant délibérément l'alliance éternelle de Dieu selon Genèse 9:3-17. En conséquence, le jugement prononcé par Ésaïe 24:3-6 annonce que la terre sera entièrement vidée et ravagée, ses habitants brûlés, et que « peu d'hommes resteront ». La destruction à Har-Maguédon est annoncée comme planétaire, selon Jérémie 25:33 : les morts ne seront pas quelques millions seulement, mais tous les méchants, conformément au Psaume selon Psaumes 145:20.[483]

Anéantis

La bataille de ce grand jour est présentée comme devant mettre définitivement fin à la religion et à ses persécuteurs. Har-Maguédon est décrit comme le temps et le lieu fixés par Dieu pour régler tous ses comptes avec ses ennemis, en exigeant le sang de ceux qui ont délibérément violé son « alliance éternelle » selon Genèse 9:5-10. Ceux qui ont versé injustement le sang humain ne seront pas autorisés à descendre en paix dans la tombe ; le texte de Joël 3:21 est cité pour affirmer que Jéhovah vengera ce sang non vengé, son nom étant pleinement disculpé par Christ Jésus, son Vengeur. La loi divine formulée en Genèse 9:5 doit être satisfaite : le sang des Témoins de Jéhovah injustement versé par les religieux retombera sur la tête de leurs meurtriers.[484]

La responsabilité du sang versé à Har-Maguédon est expressément écartée des serviteurs fidèles de Jéhovah : les Témoins et leurs compagnons ont obédiemment et zélément sonné la trompette d'avertissement et ne sont donc coupables d'aucune offense. En revanche, les ennemis — les religieux et leurs alliés — ont à répétition versé le sang des innocents, et en seront pleinement payés par l'Exécuteur de Jéhovah.[485]

La prophétie de Joël est présentée comme visant en priorité la hiérarchie catholique romaine, désignée sous le symbole d'« Édom », et ses alliés politiques, commerciaux et militaires, désignés sous le symbole d'« Égypte ». « L'Égypte sera une désolation, et Édom sera un désert désolé, à cause de la violence faite aux enfants de Juda, parce qu'ils ont répandu le sang innocent dans leur pays » selon Joël 3:19. La désolation est annoncée comme s'abattant simultanément sur la religion, la politique, le commerce et les forces militaires de l'organisation de Satan.[486]

Depuis 1917 jusqu'au moment de la rédaction de l'ouvrage, la hiérarchie catholique romaine est présentée comme ayant causé souffrances et effusions de sang sur le peuple de Dieu dans de nombreuses nations, et comme étant alors engagée dans une conspiration pour détruire les Témoins de Jéhovah et leurs compagnons. Les fidèles sont invités à ne pas se laisser décourager par ces agissements, sachant que le jugement contre cette classe mauvaise sera exécuté et que les ouvriers d'iniquité périront bientôt.[487]

Les Édomites modernes — les religieux menés par la hiérarchie catholique romaine — sont identifiés comme ayant pris position contre Juda et Jérusalem et aidé Babylone dans la persécution du peuple du temple de Dieu, selon Abdias 11-14. Dans les prophéties, cette organisation religieuse est désignée comme la « femme » de Satan, la vieille « prostituée », dont il est écrit selon Apocalypse 17:6 qu'elle est ivre du sang des saints et des martyrs de Jésus, et selon Apocalypse 18:24 qu'en elle se trouve le sang des prophètes, des saints et de tous ceux qui ont été tués sur la terre. Le jugement de Jéhovah prononcé par Ézéchiel 35:6-8 annonce que le Mont Séir sera rendu le plus désolé et que les tués s'entasseront dans ses collines, ses vallées et ses rivières.[488]

L'Égypte antitypique est présentée comme une puissance dont le commerce est porteur de mort, son état allant de mal en pis en dépit des injections de fonds, et vouée à s'effondrer complètement à Har-Maguédon, selon la vision d'Ésaïe 19:1-5 qui décrit le Seigneur fondant sur l'Égypte sur un nuage de guerre, ses idoles ébranlées, ses habitants se combattant entre eux, et ses eaux taries.[489]

Les survivants

Les religieux et leurs alliés ayant tenté de réduire au silence tous ceux qui louent et servent Jéhovah sont annoncés comme devant échouer totalement dans cette entreprise. La promesse divine faite aux serviteurs fidèles est celle de la survie à la destruction d'Har-Maguédon, selon Joël 3:20 : « Mais Juda demeurera à jamais, et Jérusalem de génération en génération ». Les survivants demeureront sur terre « de génération en génération », c'est-à-dire pour toujours, ce que confirme Amos 9:15.[490]

L'organisation universelle de Jéhovah, symbolisée par « Jérusalem », persistera après l'effondrement complet de l'organisation de Satan. Le séjour sur terre du « reste » oint est présenté comme temporaire, tandis que leurs compagnons — les « autres brebis » formant la « grande multitude » — demeureront sur la terre à jamais, venant à Jérusalem adorer Jéhovah. Les prophéties de Zacharie 8:20-23 et Zacharie 14:16-19 sont mobilisées pour illustrer cet afflux de nations vers Jérusalem afin d'adorer le Roi et de célébrer la fête des tabernacles, sous peine de ne recevoir aucune pluie et d'être frappées de la plaie.[491]

Les survivants terrestres d'Har-Maguédon sont présentés comme appelés à la grande et ineffable faveur d'accomplir le mandat divin de « être féconds et remplir la terre » de créatures humaines parfaites selon Genèse 9:1, sous la direction immédiate de Christ, Roi de la grande Théocratie. Seuls ceux qui étudient diligemment la Parole de Dieu et gardent à l'esprit son message relatif au Royaume sont annoncés comme capables de tenir ferme et de résister à l'assaut ennemi. Ceux qui, pour quelque raison que ce soit, se tournent vers les choses de ce monde sont assurés de tout perdre. Ceux qui font pleinement confiance à Jéhovah et à son Roi, et qui avancent avec diligence dans le combat, contemplent le dessein de Dieu et perçoivent, par la foi, quel en sera le résultat : ils entendent le glas de la religion et l'annonce de son complet anéantissement.[492]

Les survivants fidèles contemplent la victoire de Christ Jésus, le Guerrier victorieux, couronné de gloire, et entendent l'échange prophétique tiré de Ésaïe 63:1-4 : « Qui est celui-ci qui vient d'Édom, avec des vêtements teints de Bozrah ? [...] J'ai foulé le pressoir seul ; [...] car le jour de la vengeance est dans mon cœur ». Ce combat est présenté comme mené par le seul bras de Jéhovah, sans aucun appui du monde : seuls ceux qui ont pris position du côté de Dieu et de Christ, avant Har-Maguédon, sont reconnus comme siens selon Ésaïe 63:5.[493]

Le refuge

Tous ceux qui se trouvent du côté de Jéhovah et de son Roi sont invités à tenir ferme avec joie, endurant fidèlement jusqu'à la fin. La prophétie de Joël 3:16 est mobilisée pour affirmer que Jéhovah sera l'espoir et le fort de son peuple. Har-Maguédon est décrit comme trop terrible pour être rendu en mots humains, mais les fidèles n'ont pas à le craindre : « Le nom du Seigneur est une tour forte ; le juste y court et est en sûreté » selon Proverbes 18:10.[494]

La hiérarchie catholique romaine est désignée comme ayant fait du mensonge son refuge, conformément à la prophétie d'Ésaïe 28:15, se réclamant faussement de la liberté tout en y étant parfaitement opposée. Ceux qui se sont dévoués à Jéhovah et à son Roi sont assurés que Dieu balayera ce refuge de mensonges. La prière de Jérémie, présentée comme le modèle de celle des fidèles d'aujourd'hui, demande que les persécuteurs soient confondus et détruits d'une double destruction selon Jérémie 17:17-18. La force du peuple de Jéhovah réside dans la joie et le service joyeux rendu à Dieu et à son Roi.[495]

Comme Néhémie bâtissait les murs de Jérusalem au milieu de grandes tribulations, les fidèles du Seigneur promeuvent désormais les intérêts du Royaume au milieu d'une grande détresse, pouvant dire en vérité : « La joie du Seigneur est notre force » selon Néhémie 8:10. Les religieux placent leur espérance dans les puissances totalitaires, l'Égypte antitypique, l'organisation du Diable, et leur force les abandonnera totalement. Les Israélites spirituels, peuple fidèle de Dieu, trouvent leur force uniquement dans le grand Théocrate et son Roi. La « grande multitude » est décrite comme composée de ceux qui viennent de toutes nations, tribus, peuples et langues selon Apocalypse 7:9-17, se plaçant sous le Roi de Jéhovah et devenant ainsi « compagnons » du reste, annonciateurs du Royaume. Ensemble, ils partagent les bénédictions du Seigneur selon Jérémie 16:19. La religion périra, mais le royaume de Christ subsistera à jamais.[496]

À la fin d'Har-Maguédon, les survivants sauront que Christ est le Roi de la Théocratie et que Jéhovah en est le Souverain suprême selon Joël 3:17. La partie visible de l'organisation de Dieu a été à maintes reprises souillée par des persécuteurs impies, mais depuis la venue de Christ Jésus au temple, les injustes n'ont plus été tolérés parmi ses serviteurs fidèles, conformément à Matthieu 13:41-42 et Apocalypse 21:27. Les actes pernicieux de la hiérarchie catholique romaine ne se répéteront plus jamais contre le peuple de Dieu comme ce fut le cas en 1918, période durant laquelle la Hiérarchie prit la tête de la persécution, selon la prophétie d'Abdias 11.[497]

Les bénédictions

Le « jour de Jéhovah » est présenté comme ayant commencé en 1914 lors de l'intronisation de Christ Jésus, et plus particulièrement à partir de 1918 lors de la venue du Seigneur Jésus au temple ; depuis lors, « le jour du Seigneur Jésus-Christ » chevauche le jour de Jéhovah selon 1 Corinthiens 1:8 et Philippiens 1:6. À l'issue d'Har-Maguédon s'ouvrira le temps des bénédictions perpétuelles et de la joie sans fin, selon la vision de Joël 3:18 : les montagnes distilleront du vin nouveau, les collines ruisselleront de lait, et toutes les rivières de Juda couleront.[498]

Le « vin » symbolise la joie. La « joie du Seigneur » est le grand privilège accordé à Christ Jésus de disculper le nom de son Père. Depuis la venue du Seigneur au temple en 1918, les serviteurs fidèles sont invités à entrer dans cette joie selon Matthieu 25:21-23. Depuis 1922 en particulier, les hauteurs de l'organisation universelle de Dieu et de son organisation capitale — comparées à des montagnes — ont déversé sur les fidèles de grandes bénédictions et une grande joie, ce qui est identifié à la « joie nouvelle du Royaume ».[499]

Les religieux, y compris la classe du « mauvais serviteur », sont déclarés privés de tout accès à ce vin nouveau de joie : enivrés du vin de Satan, ils se voient adresser l'avertissement de Joël 1:5. À l'inverse, les fidèles incorporés dans l'alliance éternelle pour le Royaume continuent de recevoir des bénédictions toujours croissantes de la main du Seigneur, selon la promesse d'Ésaïe 55:1-3.[500]

Bénédictions croissantes

Depuis l'approbation de ceux admis au temple, les bénédictions de Jéhovah sont annoncées comme croissantes sans cesse sur les approuvés. Sa promesse est celle d'une « terre ruisselant de lait et de miel » selon Exode 3:8, promesse appliquée avec une force plus grande encore à l'Israël antitypique, les Israélites spirituels, à partir de 1918. La prophétie de Joël 3:18 — « les collines ruisselleront de lait » — est présentée comme s'accomplissant depuis 1922 sur le reste.[501]

Les « rivières de Juda » qui couleront selon Joël 3:18 sont interprétées comme les canaux par lesquels Jéhovah transmet ses bénédictions à son reste restauré : « la Bible désormais rendue claire pour eux, avec les livres, les magazines, les phonographes, les disques, et les autres moyens mis en œuvre par son organisation de service ». Depuis 1922, ces bénédictions n'ont cessé de croître sur le peuple de Jéhovah. Aucune « soif de la Parole de Dieu » selon Amos 8:11 n'afflige le peuple fidèle, contrairement à la condition dévastée de la « chrétienté » décrite en Joël 1:19-20. Le message du Royaume n'est pas confiné à la classe du temple, mais la vérité est portée aux personnes de bonne volonté, et la Société met la littérature à disposition en telles quantités et à un coût si modique qu'elle est accessible à tous ceux qui cherchent le Seigneur avec diligence.[502]

La prophétie de Joël 3:18 — « une fontaine sortira de la maison du Seigneur » — est interprétée comme annonçant que le temple de Jéhovah serait édifié à la venue du Roi, Christ Jésus, et que ces fontaines ne pouvaient commencer à couler qu'après sa venue au temple en 1918. Ces grandes fontaines de vérité sont présentées comme coulant désormais non seulement pour rafraîchir le « reste », mais aussi pour soutenir la « grande multitude », en accord avec la vision de Apocalypse 22:1 : « Il me montra un fleuve pur d'eau de vie, limpide comme du cristal, sortant du trône de Dieu et de l'Agneau ». La classe du temple, sous le commandement de Christ Jésus, est présentée comme l'invitant à son tour ceux qui ont bonne volonté à venir et à boire, selon Apocalypse 22:17.[503]

Les eaux de Joël 3:18 — « elles arroseraient la vallée [vallée torrentielle] de Sittim » — sont rapprochées de la vision d'Ézéchiel 47:8-12. Avant d'entrer en Canaan, les Israélites avaient campé à Sittim, où beaucoup furent séduits par la religion idolâtrique et tombèrent. Le nom « Sittim », ou « Acacias », évoque le fouet en raison des longues épines de ces arbres, ce qui est interprété comme une référence à la condition du peuple de Dieu en 1917 et 1918, lors des persécutions et des souffrances endurées. Le fleuve de la vérité de Jéhovah est présenté comme les ayant alors rejoints, étanchant leur soif et les ravivant pour qu'ils redeviennent actifs dans le service du Seigneur. Ces mêmes eaux subviennent désormais aux besoins de la classe des Jonadabs, ou « grande multitude », appelée à vivre éternellement sur la terre et à louer et servir Jéhovah et son Roi pour toujours selon Apocalypse 7:17.[504]

Face à l'ensemble de ces prophéties présentées comme faisant autorité et des faits physiques annoncés comme leur accomplissement, l'ouvrage pose une alternative radicale : chaque personne sur terre est décrite comme ayant à choisir entre deux voies exclusives. Se maintenir dans la religion — identifiée au démonisme — conduit à la destruction ; se détourner de la religion et chercher promptement protection sous le gouvernement de Jéhovah ouvre la voie à la vie. Le choix est formulé en termes absolus : « Continuer à suivre et à pratiquer la religion signifie l'annihilation. Servir fidèlement Jéhovah et son Roi, Christ Jésus, signifie la paix, la prospérité et la vie éternelle ».[505]

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Illustrations du numéro

Références

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