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La Tour de Garde de juin 1880

De Tj-encyclopédie
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La Tour de Garde de juin 1880
Revue La Tour de Garde
Date 1880
Année 1880
Éditeur Watch Tower Bible and Tract Society

Ce numéro place la figure du Christ au cœur de ses réflexions. La nature de Jésus — sa perfection physique et morale, sa préexistence, son rôle de rançon — est examinée sous plusieurs angles distincts. John H. Paton intervient directement pour démentir une rumeur circulant parmi les lecteurs selon laquelle la revue nierait la préexistence consciente du Christ.

La question de la Loi mosaïque, celle de la « porte étroite », la signification du mot « enfer » et la symbolique du chiffre sept complètent le tableau doctrinal du numéro. Une section de questions et réponses, des annonces aux lecteurs et le récit d'un voyage de l'éditeur vers l'Est donnent au numéro une dimension plus pratique et communautaire.

Analyse

Croyances

Un homme parfait pour payer exactement ce qu'Adam a perdu

Tout le raisonnement du numéro part d'une idée simple : Jésus a été un homme aussi parfait qu'Adam avant sa faute, et c'est cette perfection-là, et pas autre chose, qui rend son sacrifice valable.[1] Adam ayant perdu une vie humaine parfaite, seule une vie humaine parfaite pouvait être acceptée en échange : la justice divine ne pouvait exiger comme remplaçant d'Adam ni plus ni moins qu'un être de la même espèce, placé dans les mêmes conditions, c'est-à-dire parfait et non condamné par Dieu.[2] D'où l'insistance sur un point qui pourrait sembler technique : Jésus ne devait rien à la mort. Sa vie n'était pas déjà engagée par une dette héritée, il pouvait donc la donner.[3] C'est cette comptabilité exacte qui explique la curieuse explication fournie sur les guérisons : si chaque malade guéri lui coûte une part de ses forces, alors toute sa vie, et pas seulement sa mort, a servi de paiement.[4]

Russell avait fixé cette compréhension de la rançon dès 1872 et ne l'a plus abandonnée : l'homme n'est pas racheté d'un enfer de tourments mais de la mort, celle-ci ayant été justement imposée à Adam et transmise à ses descendants par une loi d'héritage.[5] C'est précisément sur ce point que la rupture avec Nelson Barbour avait eu lieu l'année précédente, Barbour niant que la mort du Christ ait remplacé quoi que ce soit.[6]

De cette équivalence découle une conséquence que le numéro tire sans hésiter : si le prix couvre ce qu'Adam a perdu pour tous, alors tous sont rachetés, y compris les morts.[7] Les hommes n'ayant pas accepté le Christ ne sont pas pour autant exclus du bénéfice, et aucune institution humaine — médecine, école, théologie, tribunaux — ne peut ramener la race à son état d'origine.[8] Cette idée venait de George Storrs, qui enseignait que tous les humains devraient revenir dans la résurrection et avoir une occasion d'accepter le sacrifice du Christ ; Russell avait mis la rançon et cette restauration générale en relation dès 1873.[9]

L'article de Paton sur la préexistence sert de pièce manquante à cet édifice. Si le Christ n'a pas vécu avant de naître, son abaissement n'a rien de volontaire ; et s'il n'est pas devenu un véritable homme, il n'y a rien à offrir en sacrifice.[10] La formule retenue — il n'est pas mort en devenant homme, il est devenu homme pour mourir — sépare nettement deux moments que certains confondaient.[11] Chez un prédécesseur du mouvement, George Stetson, on trouvait déjà cette idée que Jésus n'a jamais eu deux natures en même temps mais les a eues l'une après l'autre.[12] La « vieille erreur habillée en forme nouvelle » que Paton dit combattre n'est pas nommée, mais le débat était vif à l'époque dans les milieux adventistes voisins : les adventistes du septième jour, qui n'étaient pas encore trinitaires, tenaient fermement à la préexistence et à la divinité du Christ, redoutant qu'une Trinité ne diminue la valeur de l'expiation en réduisant sa mort à un sacrifice simplement humain ; dans la même année 1880, John Harvey Kellogg traitait de la préexistence du Christ dans leur Review en réponse au ministre baptiste du septième jour N. Wardner.[13][14] Paton précise qu'il a interrogé tous les collaborateurs réguliers et l'éditeur avant d'écrire : une mise au point collective, destinée à couper court à une rumeur qui circulait parmi les lecteurs.[15]

Une peine proportionnée : pourquoi l'enfer disparaît

Si le châtiment du péché est la mort et rien de plus, un lieu de supplice sans fin devient impossible à défendre. La longue analyse des mots sert exactement à ça. Les trois mots grecs rendus par « enfer » en anglais sont séparés et vidés de toute idée de torture : hadès comme la tombe, tartaros comme l'air où règne Satan, géhenne comme la décharge au sud de Jérusalem.[16] Cette méthode — relever chaque occurrence et remonter au mot d'origine par la concordance — était celle de Russell depuis le début, et il en concluait que la géhenne ne symbolisait pas le tourment mais l'anéantissement, le feu de cette vallée ayant servi à détruire les ordures et non à torturer.[17] Le refus du châtiment éternel était un héritage de toute la tradition adventiste et Russell ne l'a jamais abandonné.[18] Le passage par Bernard Blandre montre une filiation précise : l'idée que l'âme n'est pas immortelle par nature est arrivée dans le mouvement par la chaîne Priestley-Grew-Storrs, Storrs ayant baptisé Russell.[19]

L'appui pris sur le rabbin Kimchi mérite d'être situé. David Kimhi, dit le RaDaK, est un commentateur juif du Moyen Âge mort en 1235 ; c'est bien lui qui, vers 1200, dans un commentaire du Psaume 27, décrit la vallée de Hinnom comme un lieu répugnant où l'on jette immondices et cadavres et où des feux brûlent en permanence.[20][21] C'est la première mention connue de ces feux, et aucune source littéraire ni aucune fouille des périodes antérieures ne confirme que cette vallée ait servi de dépotoir.[22] Autrement dit, la démonstration philologique repose sur un témoignage très postérieur à Jésus, présenté comme s'il décrivait l'état des lieux de son temps. L'argument sur tartaros est en revanche solide : le mot n'apparaît effectivement qu'une fois dans le Nouveau Testament, il n'y concerne que des anges déchus retenus par des chaînes et non par des flammes, et leur détention n'est même pas définitive puisqu'ils sont gardés en vue d'un jugement.[23]

Le même refus d'une dette que l'homme ne pourrait jamais payer organise l'exposé sur les trois alliances. La promesse faite à Abraham n'a pas d'intermédiaire parce qu'elle n'engage qu'une partie : Dieu promet, un point c'est tout. La Loi donnée par Moïse engage deux parties, donc exige un intermédiaire.[24] C'est la lecture habituelle de Galates 3:20 : un médiateur ne se justifie que si deux parties contractent des obligations réciproques, et devient inutile lorsque l'engagement est unilatéral.[25] La position tenue ici — l'Église n'est pas sous la nouvelle alliance, celle-ci étant encore à venir — est datée avec précision par l'historien James Penton, qui cite cette année 1880 comme le moment où Russell fut le plus explicite sur ce point, écrivant que la nouvelle alliance n'est pas du tout faite avec l'Église.[26] Tony Wills montre pourquoi cette position tenait à l'ensemble : si les membres de l'Église versent eux aussi un sang qui sert à inaugurer la nouvelle alliance, celle-ci ne peut pas commencer tant que l'un d'eux est encore vivant.[27] La Loi, dans ce dispositif, ne sert qu'à prouver que l'homme ne peut pas y arriver : le jeune homme riche observe tous les commandements et échoue au premier, qui demande d'aimer Dieu de toutes ses forces.[28]

Lire les rites d'Israël comme un code, et savoir s'arrêter

Les rites du temple juif ne sont pas traités comme un passé abrogé mais comme un mode d'emploi chiffré. Le grand prêtre qui prend une bête et l'offre donne la grammaire de la rançon : ce n'est pas le sang du prêtre qui compte mais celui de ce qu'il offre, d'où la nécessité d'un Christ ayant pris une nature humaine distincte de lui-même.[29] Russell devait systématiser cette lecture dans un ouvrage entier consacré au tabernacle, chaque objet et chaque métal recevant un sens précis dans le plan du salut.[30] Le bouc émissaire, lui, est appliqué à l'Église, qui est dite remplir ce que les souffrances du Christ ont encore d'inachevé.[31]

Une méthode qui trouve partout des correspondances risque de n'avoir plus de limite. L'exposé sur le sabbat fournit la règle d'arrêt : un rite qui doit s'accomplir pendant l'époque actuelle ou pendant le millénium cesse d'obliger, parce qu'on le vit déjà en esprit.[32] Aucun commandement du Nouveau Testament n'impose le septième jour ni le premier, et c'est l'habitude de se réunir qui a conduit les chrétiens au dimanche.[33] L'argument répond directement à un débat brûlant : dans les années 1870 et 1880, une nouvelle génération d'adventistes du septième jour, moquée comme légaliste et persécutée par endroits, fouillait la Bible pour établir que le sabbat du septième jour n'avait jamais été abrogé, leur argument central étant précisément l'absence d'autorité néotestamentaire pour passer du septième au premier jour.[34] La réponse proposée retourne l'argument : l'absence de commandement vaut dans les deux sens, et n'oblige donc à rien.

Du nombre sept à 1914 : un calcul présenté comme une preuve

Le relevé du nombre sept dans la création, chez Noé, chez Énoch, chez Jacob et dans les songes de Pharaon n'est pas un exercice de curiosité.[35] Il installe l'idée que sept marque l'achèvement, avant qu'on applique ce principe à l'histoire. Le passage à la chronologie se fait sur Lévitique 26, où la punition d'Israël est fixée à « sept fois » répétées quatre fois dans le chapitre : multipliées par 360, ces sept fois donnent 2 520, convertis en années par le principe d'un jour pour un an.[36] Comptés depuis 606 avant notre ère, ces 2 520 ans aboutissent à 1914.[37]

Rien de tout cela n'est né en 1880. Le doublement du nombre prophétique de 1 260 à 2 520 remonte à l'Anglais John Aquila Brown en 1823, qui voyait dans la folie de Nebucadnetsar l'histoire entière de l'humanité et aboutissait à 1917 en partant de 604 avant notre ère.[38] Barbour a jugé que Brown avait fixé le départ deux ans trop tard et, dans son Herald of the Morning d'octobre 1875, a reporté ce départ à 606 pour arriver à l'automne 1914.[39][40] Russell avait repris ces chiffres dès octobre 1876 dans le Bible Examiner de Storrs, en citant déjà Lévitique 26 et Daniel 4.[41] Le même calcul servait ailleurs à produire de tout autres dates : partir de la chute d'Israël devant l'Assyrie en 721 aboutissait à 1800, et plus de dix points de départ différents entre 728 et 598 avant notre ère circulaient dans la presse prophétique, donnant douze résultats étalés de 1792 à 1922.[42][43] Le choix de 606 n'est donc pas une donnée mais une décision, prise cinq ans plus tôt par Barbour et ici reconduite.

Ce qui est propre à ce numéro, c'est le mouvement par lequel le calcul devient sa propre preuve. Les tensions entre nations et le début du retour des Juifs sont présentés comme confirmant le résultat obtenu par le calcul.[44] La question finale posée par l'auteur — comment une telle harmonie pourrait-elle apparaître si ces chiffres ne signifiaient rien ? — déplace la charge de la preuve sur le lecteur.[45] Le cadre de 1914 était déjà posé comme acquis dans La Tour de Garde de mars 1880 (p. 81) pour la fin des Temps des Gentils, et La Tour de Garde de mai 1880 (p. 98) y rattachait le prolongement de trente-sept ans après 1878 ; le numéro de juin donne pour la première fois le détail arithmétique complet, de Lévitique 26 à 2 520, en appui sur la symbolique du sept.

Israël rendu à sa terre et les nations jugées

La date une fois posée demande un scénario concret, et ce scénario est entièrement terrestre. Le rassemblement des Juifs en Palestine, la reconstruction de Jérusalem, le pays redevenu fertile : toute lecture qui remplacerait Israël par l'Église est écartée, avec cet argument de bon sens que les prophéties d'Aggée et de Zacharie ont été prononcées après le retour de Babylone et ne peuvent donc pas y renvoyer.[46] Cette attente d'une restauration littérale n'était pas celle de Miller, qui l'avait rejetée ; c'est Joseph Marsh qui l'a réintroduite dans l'adventisme sous l'influence de John Thomas, et Storrs l'enseignait avant de la transmettre à Russell.[47][48] Elle était assez clivante pour valoir l'exclusion à ceux qui la prêchaient : des évangélistes se virent interdire par vote la chaire des Advent Christians pour avoir annoncé la restauration d'Israël et le règne du Christ sur les nations.[49]

L'affirmation que le retour des Juifs devient « rapidement un fait indiscutable » renvoie à une actualité réelle.[50] Laurence Oliphant avait conçu en 1879 un projet d'établissement juif en Galaad, à l'est du Jourdain, approuvé par le Premier ministre Disraeli, par le marquis de Salisbury aux Affaires étrangères et par le prince de Galles ; sa rencontre avec la Sublime Porte, en avril 1880, échoua complètement, l'ambassadeur britannique Henry Layard expliquant l'échec par le fait qu'Oliphant exposait aux Ottomans, en termes chrétiens, comment le retour des Juifs amènerait la seconde venue de Jésus, et il publia son plan la même année sous le titre The Land of Gilead.[51][52] Un fait dont on tire une confirmation prophétique se trouvait donc, au moment même où ces lignes paraissaient, en train de se solder par un refus.

L'identification de Gog à la Russie et le triple renversement du diadème de Sédécias s'inscrivent dans des lectures déjà installées.[53] Rattacher Rosh, Méschec et Tubal à la Russie, Moscou et Tobolsk circulait dès le milieu du siècle, un écrit de 1864 affirmant que ce royaume du nord porte la signature de la Russie.[54] Quant au triple « je la renverserai » d'Ézéchiel 21:27, les commentateurs ne s'accordaient pas : Adam Clarke y voyait les trois conquêtes de Jérusalem qui déposèrent Jehoïakim, Jeconias et Sédécias, tandis que Jamieson, Fausset et Brown y lisaient seulement la certitude redoutable de l'événement et non trois rois successifs.[55][56] La version retenue ici — 606 avant notre ère, 70 de notre ère, puis un troisième renversement encore à venir — a l'avantage de laisser une place libre pour l'avenir annoncé.

Une petite classe appelée à part, et ce qu'elle coûte

Face à un rachat valable pour tous se dresse un groupe restreint, l'épouse du Christ, dont la vocation n'est pas d'être sauvée à la place des autres mais de les bénir ensuite.[57] Les saints encore vivants devaient être changés en êtres spirituels et rejoindre ceux que Russell croyait ressuscités en 1878, pour former l'épouse complète et participer à l'offrande pour le monde.[58] Cela explique une réponse qui pourrait surprendre : la place dans ce groupe n'est pas garantie, seul celui qui vaincra héritera, et c'est au Roi qu'il appartient de dire qui a vaincu.[59] Raymond Franz a montré à quel point cette attente était pressante dans les premiers numéros : les lecteurs s'attendaient à être transférés très prochainement à une vie céleste, après quoi il ne serait plus possible d'appartenir à l'épouse du Christ.[60] La réponse sur la parabole des dix vierges prolonge une discussion ouverte quelques mois plus tôt : La Tour de Garde de Avril 1880 (p. 87) faisait des lampes les Bibles diffusées au dix-neuvième siècle et laissait aux vierges folles la possibilité de devenir compagnes de l'épouse, là où La Tour de Garde de octobre 1879 (p. 39) plaçait le cri de minuit en 1859.

Le prix à payer est décrit sans adoucissement. La coupe de la Cène est présentée comme une invitation à mourir avec le Christ et à compléter ce qui manque encore à ses souffrances.[61] La porte étroite exclut toute conversion facile : il ne suffit pas de prononcer quelques paroles et de rejoindre une Église, et Dieu ne donne les choses du ciel qu'à ceux qui en ont faim.[62] Les sociologues de la religion décrivent ce dispositif depuis Weber et Troeltsch : un groupe volontairement séparé du monde se montre très sélectif à l'entrée, et peut d'autant plus exiger de ses membres que ceux-ci l'ont choisi ; l'adepte en retire le sentiment d'appartenir à une minorité d'élite.[63][64] La conversion s'analyse alors comme l'adoption revendiquée d'une position minoritaire.[65] Le moyen, en revanche, n'est pas l'effort : il faut cesser de lutter contre soi-même et laisser le « nouvel Adam » faire ce que l'homme ne peut pas faire.[66] Russell tenait ce travail intérieur pour plus important que la prédication, et distinguait une mise à part initiale d'un progrès lent par lequel on découvre peu à peu ce qu'on n'avait pas vu.[67]

La bonne doctrine ne sauve pas : une querelle interne sur le péché

Une proposition circulait, présentée comme une vérité avancée : le bouc émissaire chargé du péché figurerait le nettoyage de la théologie, de sorte que le péché serait l'image de la fausse doctrine. Elle est repoussée par une méthode simple et brutale : remplacer « péché » par « théologie imparfaite » dans les phrases de Paul et constater le résultat absurde.[68] D'où une hiérarchie nette : la foi justifie, une doctrine exacte n'est jamais comptée pour justice, et l'esprit saint a été promis à l'Église comme corps, pas à chaque croyant individuellement.[69] La papauté sert de contre-exemple : en se disant infaillible, elle se fait juge des hommes.[70]

La phrase qui clôt la discussion — nulle vérité n'est vitale et nulle erreur fatale si elle n'affecte pas le caractère — ne vient pas du mouvement. Elle est de Frederick William Robertson, prédicateur de la Trinity Chapel de Brighton mort en 1853, qui répondait dans son catéchisme de confirmation à la question de savoir pourquoi une foi correcte est nécessaire au salut : parce que ce que nous croyons devient notre caractère et fait partie de nous.[71] Autrement dit, la doctrine ne compte que par ses effets sur la conduite. On remarquera que la même année, la présentation du livre de Paton insiste sur son style simple et sur le fait que l'orgueil n'a aucune part dans la bonne nouvelle.[72]

Le temps du tri, et des Églises qu'on déclare tombées

La période est lue comme un temps de criblage où les appuis essentiels de la vérité sont attaqués, ce qui justifie l'appel à revêtir une armure.[73] Cette idée de tamisage vient directement de l'après-1844 : chez les adventistes déçus, les dix vierges servaient à expliquer le retard, les imprudents perdant leur place et les fidèles restant en éveil, et la période suivante fut comprise comme un temps de tri.[74] Barbour justifiait déjà en 1875 le lancement de son périodique en affirmant qu'on vivait au temps de la moisson et que chaque déception avait apporté un progrès.[75] Le mécanisme est commode : une objection interne cesse d'être une objection pour devenir une épreuve prévue.

La cible désignée est l'Église de Laodicée, où le Christ se retrouve dehors, à frapper à sa propre porte, tandis qu'on abandonne doctrine après doctrine sous la pression de l'opinion et qu'on applaudit des prédicateurs niant la divinité du Christ et le sang expiatoire.[76] Lire les sept Églises comme sept époques successives de l'histoire chrétienne était la méthode adventiste courante, qui rattachait Éphèse à l'âge des apôtres, Smyrne aux persécutions romaines, Pergame à la grande apostasie, et Laodicée à la période finale.[77] Dans la chronologie alors en usage, Laodicée avait été « vomie » en 1878, l'année même où Babylone était déclarée formellement rejetée.[78] Le texte reproduit ici provient d'un périodique extérieur, The Truth, et l'anecdote met en scène deux évangélistes protestants.[79] La leçon qu'on en tire — ne chercher à plaire qu'à un seul — fournit sa fonction sociale à l'ensemble du numéro : plus les institutions religieuses voisines sont décrites comme corrompues par le succès, plus l'impopularité d'un petit groupe devient la preuve de sa fidélité.


Organisation et histoire

Le bilan de la première année : un périodique qui se donne une mémoire

Avec ce numéro, le premier volume de la Zion's Watch Tower se termine : la revue a un an. L'éditorial consacré aux lecteurs ne parle d'ailleurs que de cela — courrier reçu, mission accomplie ou non, programme pour l'année suivante.[80] Les lettres arrivées au bureau servent de mesure : si des lecteurs écrivent qu'un passage de la Bible leur est devenu clair, c'est que le travail n'a pas été fait pour rien.[81] Une feuille lancée un an plus tôt se retourne ainsi sur son propre passé et annonce la suite : elle ne se présente plus comme une brochure d'occasion mais comme une entreprise qui dure.

La première livraison, en juillet 1879, comptait six à huit pages, était envoyée à six mille adresses dont beaucoup en exemplaires gratuits, et portait le nom de Russell comme éditeur avec cinq collaborateurs réguliers.[82] Un an plus tard, l'équipe tient toujours et la pagination n'a pas bougé — ce qui permet de comprendre la petite note glissée à la fin de l'exposé sur la préexistence du Christ : l'article avait été remis le 10 avril pour le numéro de mai, mais il n'y avait plus de place.[83] Huit pages par mois ne suffisent plus à écouler ce qui arrive. Le détail est minuscule, mais il dit l'essentiel : la copie dépasse déjà le format, et la rédaction travaille avec un calendrier serré.

Les sociologues qui ont étudié les mouvements religieux dissidents ont montré qu'un périodique n'est jamais un simple moyen de diffusion : il fixe l'autorité de celui qui l'édite, en donnant à sa parole un support régulier et daté. En se dotant d'un bilan annuel, la revue se donne exactement ce dont un groupe jeune a besoin — une histoire à soi.

Diffuser sans vendre : les débuts d'un modèle de distribution

Les conditions d'abonnement sont reconduites telles quelles : qui ne peut pas payer envoie une carte postale et reçoit la revue gratuitement.[84] Ce n'est pas une mesure d'un mois : la même politique, cinquante cents l'année pour qui peut payer et gratuité pour « les pauvres du Seigneur » qui en font la demande chaque année par carte, restera telle quelle pendant les années 1880 et 1890.[85][86] Autrement dit, le prix affiché ne commande pas l'accès : ce sont les dons qui tiennent la caisse.

À cela s'ajoute une demande adressée aux lecteurs : qu'ils envoient les noms de personnes susceptibles d'être intéressées, pour que des numéros d'essai leur soient expédiés sans frais.[87] La pratique n'est pas inventée ici : d'autres journaux religieux américains envoyaient alors des exemplaires gratuits pendant trois mois pour élargir leur public, reprenant les méthodes des grands hebdomadaires à gros tirage.[88] Ce qui est propre à cette revue, c'est que ce sont les abonnés eux-mêmes qu'on charge de trouver les adresses. Le lectorat devient le service de prospection.

Le même raisonnement passe du journal au livre avec l'annonce de The Day Dawn. L'ouvrage de Paton est tiré à quatre mille exemplaires, vendu cinquante cents en couverture papier et soixante-quinze cents en toile, et donné à qui ne peut payer.[89][90] La comparaison avec Three Worlds n'est pas décorative : ce livre, tiré à trois mille cinq cents exemplaires, était épuisé et paraissait déjà démodé, si bien qu'il fallait soit le réimprimer, soit en faire un neuf sur les mêmes sujets.[91] C'est Russell qui avait financé l'impression du premier ; il organise maintenant le remplacement, en faisant écrire Paton et en confiant l'édition à A. D. Jones, de Pittsburgh.[92][93] Le même homme commande le livre, assure sa publicité et n'en signe aucune ligne.

Une tournée dans l'Est et un réseau de correspondants

Du 2 au 30 juin 1880, l'éditeur annonce un itinéraire qui traverse Chambersburg, Reading, Newark, Lynn, Clinton, Springfield, Fort Edward, Montrose, Berwick et Jersey Shore.[94] Il a reçu plus d'invitations qu'il ne peut en accepter : cinq doivent être refusées.[95] Ce voyage, annoncé dans les numéros de mai et juin, aboutit à la formation de plusieurs groupes locaux en Pennsylvanie, dans le New Jersey, l'État de New York et le Massachusetts.[96] Russell a alors vingt-huit ans et ces déplacements sont le commencement de ce qu'il appellera plus tard l'œuvre des pèlerins : envoyer des représentants pour affermir les groupes et tenir des réunions publiques là où c'est possible.[97]

La manière de s'organiser mérite un mot. Chaque étape est confiée à un correspondant nommé, libre de prévoir une, deux ou trois réunions dans la journée.[98] Mais le sujet, lui, est fixé d'avance et le même partout : les choses qui concernent le Royaume de Dieu.[99] On laisse donc au correspondant l'intendance et on lui retire le contenu. C'est une combinaison qui tiendra longtemps : les gens du lieu font tourner la machine, le centre décide de ce qui s'y dit.

Un cercle rédactionnel partagé, et déjà surveillé

La revue de juin 1880 porte les noms et les initiales de plusieurs auteurs : J. H. Paton signe de son nom entier, d'autres textes sont donnés sous les lettres « B. W. K. », « L. A. A. », « J. H. P. ».[100] Cette façon de faire n'est pas de la modestie : à partir des années 1860, les rédacteurs de journaux américains mirent de plus en plus en avant les noms de leurs collaborateurs, les revues devenant un moyen de notoriété pour les auteurs comme pour les éditeurs.[101] Les textes empruntés sont d'ailleurs crédités de la même manière : l'anecdote sur les deux évangélistes est donnée comme venant de The Truth, et la méditation finale d'une « École de la Grâce ».[102] La revue puise donc dans une presse religieuse voisine et le dit.

Reste un point plus délicat. Paton, répondant à une lettre qui l'interrogeait sur la préexistence du Christ, précise qu'il a consulté tous les « Contributeurs réguliers » ainsi que l'éditeur, et qu'il règne entre eux la plus parfaite unité sur ce sujet.[103] Il y a bien un corps de collaborateurs identifiable, cinq hommes dès le premier numéro.[104] Mais cette consultation sert d'abord à produire une preuve : si tout le monde pense pareil, la rumeur est fausse. L'accord collectif devient un argument d'autorité. Et il faut se souvenir de qui est propriétaire : Russell a créé la revue, la contrôle et décide seul, comme éditeur, de ce qu'on y lit.[105] L'unité annoncée est donc celle d'un groupe qui n'a pas le dernier mot.

Démentir une rumeur, et en faire un signe

Le démenti lui-même est le premier cas documenté où la revue intervient sur ce qu'on lui prête. Le bruit courait qu'elle niait la préexistence consciente du Christ ; Paton répond qu'il la croit fermement, l'a toujours enseignée et défendue, et il ajoute une pointe à l'adresse de ceux qui ont lancé la rumeur : chez eux, le désir a été père de la pensée.[106] Autrement dit, certains lecteurs auraient voulu que la revue dise cela, et l'ont annoncé comme un fait. La réponse ne discute pas seulement une doctrine : elle désigne des gens.

L'éditorial de clôture range cet épisode dans un cadre plus large. On vit, dit-il, dans un temps de tamisage et de secouage, et le danger serait de jeter avec les scories quelques-uns des piliers de la vérité.[107] L'image du tri du grain et de la balle vient directement du milieu adventiste : après 1844, la période qui suivit la déception fut lue comme un temps de tamisage, où certains abandonnaient la foi et où les fidèles restaient en alerte.[108] Dans l'imagerie de la moisson, vanner veut dire lancer le grain battu au vent pour en chasser les tiges, et tout développement de ce thème sert à annoncer une division de la fin des temps.[109] Russell dispose ainsi d'un cadre où les départs ne comptent pas comme des échecs. Il est bien placé pour le savoir : la rupture avec Nelson Barbour datait de mai 1879 et avait porté précisément sur une question doctrinale.[110] Lire les divisions comme la séparation du blé et de la balle lui permettait de les prendre avec philosophie : elles le peinaient sans le découragerner, et le poussaient plutôt à redoubler de travail.[111]

Les travaux de sociologie religieuse ont noté qu'un groupe minoritaire préfère souvent prendre les devants plutôt que de laisser circuler une information défavorable, afin de garder la main sur ce qui se dit de lui.[112] C'est exactement ce que fait ce numéro : il n'attend pas que la rumeur s'installe, il la nomme et la réfute dans ses propres pages. Et comme elle est rangée sous le tamisage, le conflit interne ne l'affaiblit pas — il confirme qu'on est bien au temps annoncé.


Contenu

« Ecce Homo » — Voici l'Homme

La méditation christologique qui ouvre ce numéro prend pour point de départ l'exclamation de Pilate lors du procès de Jésus — « Cette exclamation de Pilate » (Jean 19:5) — pour développer une réflexion sur la perfection physique, mentale et morale de Jésus en tant qu'homme accompli.[113]

Jésus est présenté comme le seul être humain à avoir jamais réalisé pleinement l'idéal de la création divine. Adam, « tête de notre race », est décrit comme ayant été créé parfait — mentalement, moralement et physiquement — mais la désobéissance l'a soumis à la sentence « En mourant, tu mourras », entraînant la dégradation progressive de toute la race humaine.[114] La nature physique est posée comme le fondement des facultés mentales et morales : nul ne peut atteindre la perfection dans ces domaines si son corps est lui-même imparfait. En conséquence, les institutions humaines — médecine, enseignement, théologie, droit — ne peuvent que ralentir le déclin sans jamais rétablir la race dans son état originel.[115]

La restitution complète de la perfection humaine est annoncée comme réservée aux « temps de la restitution de toutes choses », lorsque Jésus et son Épouse, unis, « restaureront toutes choses ».[116] L'argumentation rejette l'interprétation selon laquelle Adam aurait été une création imparfaite que Dieu regardait en anticipant la « Nouvelle Création » spirituelle : la nature terrestre et la nature divine sont présentées comme radicalement distinctes et non comme les deux stades d'un même développement.[117] Adam, image de Dieu non pas physiquement — car Dieu est esprit — mais dans les qualités de l'intelligence, est décrit comme ayant exercé une domination reconnue par les animaux eux-mêmes, à l'instar de la souveraineté divine sur la création entière.[118]

Jésus est alors décrit comme une création directe de Dieu au travers de Marie, comparable en cela à la création d'Adam « né dans le sein de la terre ». Il n'aurait pas hérité d'une nature pécheresse de son association avec Marie, pas plus qu'Adam de la terre. « En lui il n'y avait pas de péché » (1 Jean 3:5) garantit que sa vie n'était pas encourrant une dette envers la mort, mais était assurée par la justice divine elle-même ; il souligne avoir posé sa vie volontairement, affirmant qu'il aurait pu réclamer plus de douze légions d'anges pour la défendre.[119]

La guérison du malade à dos perclus, racontée comme anecdote illustrative, sert à expliquer de quelle manière un être parfait pouvait « prendre » les infirmités des autres : la sympathie intense de Jésus envers les souffrants l'amenait à percevoir et à absorber en quelque sorte leur douleur, sans que celle-ci lui ait été imposée dès sa naissance. Le cas de la femme souffrant d'hémorragie est cité à l'appui (Luc 8:46) : Jésus lui-même aurait senti que « une vertu (puissance, force) était sortie de lui ».[120] Chaque guérison accomplie aurait ainsi épuisé, dans une certaine mesure, ses forces vitales elles-mêmes, faisant de sa vie entière un acte de don. Déjà parfait en tant qu'homme, il est décrit comme ayant été « rendu parfait » en tant que grand Prêtre » par ces souffrances librement consenties.[121] La méditation se conclut sur une invitation à contempler Jésus, « noblement grand en caractère, en forme et en actes », et à reconnaître avec Pilate qu'il n'y avait en lui aucune cause de mort, avant d'en appeler à Ésaïe 53:4 pour montrer que la souffrance du Christ n'était pas infligée par Dieu mais assumée volontairement.[122]

Observer la Loi

La question de la Loi mosaïque est abordée à travers le prisme de l'imperfection humaine héritée du péché. La Loi est présentée comme un « grand fil à plomb » que Dieu a abaissé vers l'humanité : nombreux sont ceux qui, dans l'orgueil de leur cœur naturel, croient s'en approcher, mais depuis l'entrée du péché dans le monde, tous sont sous sa condamnation.[123] Jésus lui-même aurait déclaré : « Aucun de vous ne garde la Loi » ; Paul ajoute en Galates 2:21 et Galates 3:11 que si la Loi avait pu être observée, Christ ne serait pas mort et « aucun homme n'est justifié par la loi ».[124]

L'argument est illustré par l'épisode du jeune homme riche (Marc 10:17-22). Ce personnage, présenté comme exemplaire, se flatte d'avoir observé tous les commandements depuis sa jeunesse, et Jésus lui-même l'aime. Pourtant, il lui manque une chose : le premier et le plus grand commandement, « Tu aimeras le Seigneur ton Dieu de tout ton cœur, de toute ton âme, de tout ton esprit et de toute ta force ».[125] Au lieu d'aimer Dieu de toutes ses forces, il partageait son amour entre Dieu et ses richesses — et, à en juger par sa décision finale de s'y accrocher plutôt que d'obtenir la vie éternelle, la plus grande part allait à celles-ci. Le raisonnement est étendu : un autre homme pourrait ne pas avoir de richesses à partager, mais sa bonne réputation ou sa gloire mondaine pourrait tout autant diviser son cœur. Seul un être parfait peut satisfaire pleinement cette exigence ; un homme imparfait ou pécheur, fût-il au sommet de l'échelle de la perfectibilité humaine, ne le peut pas.[126] La conclusion est que Jésus est le seul à avoir jamais observé la Loi dans sa plénitude, ce qui confirme rétrospectivement sa perfection absolue telle que développée dans l'article précédent.[127]

La préexistence du Christ

John H. Paton, signataire de cet article, répond à une série de questions qui lui auraient été adressées par lettre, portant sur la position des rédacteurs de la Zion's Watch Tower concernant la préexistence consciente du Christ.[128] La rumeur selon laquelle la revue nierait cette doctrine est formellement démentie : Paton affirme non seulement ne pas la nier, mais la croire fermement et l'avoir invariablement enseignée et défendue, tant dans ses prédications que dans ses écrits, non seulement comme vraie mais comme un fait d'une grande importance. Il précise avoir consulté sur ce sujet l'ensemble des « Contributeurs réguliers » de la revue ainsi que Russell, l'éditeur, et que « il existe parmi eux, sur ce sujet, la plus parfaite unité ».[129] Paton s'interroge sur l'origine de ce malentendu et suggère que « le désir a été père de la pensée » chez ceux qui auraient voulu que la revue prenne cette position.[130]

La démonstration christologique s'appuie sur une série de textes scripturaires visant à établir la double nature du Christ. La préexistence est réputée indémontrable par la seule raison, mais révélée : « Sans controverse, grand est le mystère de la piété : Dieu s'est manifesté dans la chair » (1 Timothée 3:16), ou encore « Nul ne connaît le Fils si ce n'est le Père » (Matthieu 11:27).[131] Le Christ est à la fois racine et descendant de David (Apocalypse 22:16), à la fois Seigneur et fils de David (Matthieu 22:42-45), désigné tantôt « Fils de Dieu » tantôt « Fils de l'homme », preuve que le divin et l'humain se trouvent combinés en lui.[132]

Un point théologique central concerne la distinction entre le fait de « quitter la gloire » et celui de « mourir ». Contre une thèse attribuée à une direction humaine présumée, Paton soutient que le Christ n'est pas mort en devenant homme, mais s'est fait homme pour pouvoir mourir : « Christ n'est pas mort en devenant homme, mais Il est devenu homme pour mourir ».[133] La séquence d'événements est présentée comme clairement établie par Philippiens 2:5-8 : le Christ a d'abord quitté la gloire, a pris la forme humaine, puis s'est humilié jusqu'à la mort de la croix. L'incarnation précède donc nécessairement la mort, et les deux étapes constituent des parties distinctes mais complémentaires d'un même plan rédempteur.[134]

La doctrine de la double nature du Christ est qualifiée d'essentielle à la cohérence du plan d'expiation. Paton fait appel à la figure typologique du grand prêtre et du sacrifice décrite en Lévitique 16 : de même que le prêtre prenait une bête et l'offrait en sacrifice, le Christ a pris la nature humaine — un corps préparé pour le sacrifice — et l'a offerte. Ce n'est donc pas le préexistant en tant que tel, mais « l'homme Christ Jésus » (1 Timothée 2:5-6) qui s'est donné en rançon.[135] Ce n'est pas le sang du prêtre qui est requis, mais le sang de ce que le prêtre offre — distinction rendue plus difficile à saisir par le fait que les deux natures sont réunies en un seul être.[136]

L'origine céleste du Christ est soutenue contre toute lecture réductrice qui ferait de lui un simple être humain. Si le Christ n'avait été que chair, il n'aurait pu être dit « descendu du ciel » (Jean 3:13 ; Jean 3:31 ; Jean 6:33). La formule « le Second homme est le Seigneur venu du ciel » (1 Corinthiens 15:47) est invoquée pour souligner que la préexistence est indissociable de la mission rédemptrice.[137] Un être purement humain, porteur de la nature déchue, n'aurait pu recevoir l'adoration ni remettre les péchés — or le Christ a fait l'un et l'autre.[138]

La conclusion reformule le but déclaré de l'article : non pas s'opposer à une vérité nouvelle ou avancée, mais défendre « une vérité de longue date établie contre une vieille erreur habillée en forme nouvelle ».[139] Supprimer la préexistence du Christ ôterait à son abaissement tout caractère de condescendance volontaire ; supprimer sa mort ôterait tout sens aux types sacrificiels et toute base à la rançon et à la restitution. Les deux éléments — préexistence et mort dans la chair — sont présentés comme indissociables et mutuellement nécessaires. L'article se conclut par une perspective eschatologique : « tous ceux qui, par l'Esprit, ont communion à ses souffrances et sont rendus conformes à sa mort, seront faits semblables à lui », partageant la gloire de son règne à venir (1 Corinthiens 13:9-12).[140] Une note éditoriale précise que l'article avait été remis le 10 avril pour le numéro précédent, mais n'avait pu y être inséré.[141]

La mise à l'écart et la réception

Cet article traite de la restauration nationale d'Israël à la lumière des prophéties bibliques, s'appuyant principalement sur Romains 11:15.[142] La dispersion et le rétablissement futur d'Israël littéral sont présentés comme l'objet d'une vaste portion des prophéties de l'Ancien et du Nouveau Testament, dont la compréhension ne peut atteindre sa pleine clarté qu'à l'approche de leur accomplissement.[143]

Diverses tentatives d'interprétation non littérale de ces prophéties sont réfutées. La thèse d'un accomplissement conditionnel non rempli, ou d'une réalisation intégrale lors du retour de la captivité babylonienne, est écartée au motif que les prophéties d'Aggée et de Zacharie ont été prononcées après ce retour, et que celles du Nouveau Testament leur sont postérieures de plusieurs siècles.[144] Jésus lui-même, en décrivant les signes précédant l'établissement du Royaume, est cité en Luc 21:20-24 : « Jérusalem sera foulée aux pieds par les nations jusqu'à ce que les temps des nations soient accomplis », ce qui implique que ces temps ont été prédits et auront une fin marquée par l'établissement du Royaume.[145]

La chronologie prophétique alors en usage dans le mouvement est appliquée à ce texte : les temps des nations dureraient encore environ trente-cinq ans à partir du printemps 1880, et le retour des Juifs en Palestine est décrit comme « en train de devenir rapidement un fait indiscutable ».[146]

La question de la préservation de l'identité nationale juive à travers les siècles reçoit une réponse théologique : Dieu surveille les voies d'Israël en vue de l'accomplissement de ses propres promesses, ainsi qu'il est dit en Jérémie 16:17. Le châtiment double mentionné dans ce contexte est interprété comme une indication prophétique concernant la fois la dispersion au premier Avent et le rassemblement au second, l'année 1878 étant désignée comme le début des paroles de consolation d'Ésaïe 60:1-2.[147] Amos 9 et Actes 15:13-18 sont convoqués pour montrer que la reconstruction de la tente de David doit avoir lieu au second Avent et que l'oeuvre de l'âge de l'Évangile consiste à « prélever sur les nations un peuple pour son nom » — l'épouse du Christ, les rois et prêtres appelés à régner avec lui.[148]

La logique de Romains 11:12 et Romains 11:15 est développée : si la chute d'Israël a été la richesse du monde, son rétablissement sera davantage encore, et ce rétablissement embrassera finalement non seulement les vivants mais aussi les morts, conformément à Ézéchiel 37, où la résurrection de la maison entière d'Israël est annoncée positivement.[149] Romains 11:25-32 est cité pour établir que l'endurcissement partiel d'Israël durera jusqu'à ce que la plénitude des nations soit entrée, après quoi tout Israël sera sauvé, selon la promesse du délivrateur qui sortira de Sion (Psaumes 14:7).[150]

Une longue série de prophéties est ensuite parcourue pour montrer la cohérence de ce tableau d'ensemble. Ézéchiel 36:21-38 et le chapitre 37 décrivent le rassemblement des enfants d'Israël dispersés parmi les nations, leur réunification en un seul peuple sous un seul roi, et la fertilité retrouvée du pays depuis longtemps désolé et improductif.[151] Ézéchiel 39, après avoir évoqué un conflit avec « Gog — la Russie » à la suite du retour, formule le but ultime de l'ensemble : le bien d'Israël et le bien des nations.[152] Daniel 12:1 parle de la délivrance d'Israël au milieu d'une tribulation sans précédent ; Zacharie 8 annonce le retour, la reconstruction de Jérusalem et un temps de trouble, avant de conclure que dix hommes de toutes les langues des nations saisiront le pan du vêtement d'un Juif en disant : « Nous irons avec vous, car nous avons entendu que Dieu est avec vous ».[153]

Zacharie 14 annonce le rassemblement des nations contre Jérusalem, la venue du Seigneur avec tous ses saints pour combattre les nations, son règne comme Roi sur toute la terre, et l'obligation faite aux nations survivantes de monter chaque année à Jérusalem pour adorer le Roi et célébrer la fête des Tabernacles.[154] Le renversement du diadème de Sédécias évoqué en Ézéchiel 21:25-27 est interprété comme le premier d'une série de trois bouleversements : la captivité babylonienne en 606 av. J.-C., la destruction de Jérusalem en 70 apr. J.-C., et un troisième renversement encore à venir, au moment duquel « viendra celui à qui le droit appartient », achevant la conquête des nations et inaugurant le Royaume de notre Seigneur et de ses Oints.[155]

La conclusion de l'article sur la restauration d'Israël affirmait qu'Israël avait été dispersé parmi toutes les nations précisément pour que l'accomplissement de ces prophéties soit un témoignage universel de la vérité des Écritures, frappant mortel pour le scepticisme. La promesse d'Ésaïe 35:8, selon laquelle même l'homme simple ne s'égarera pas sur ce chemin, est citée comme garantie de l'intelligibilité de ces événements à venir. L'auteur, initiales « B. W. K. », conclut en anticipant que le retour des Juifs et le « temps de trouble », devenus des faits apparents, seront les moyens, dans les trente-cinq années suivantes, de la conversion des 144 000 Juifs et de la grande multitude mentionnée en Apocalypse 7, qui sortiront de la grande tribulation les robes blanchies dans le sang de l'Agneau.[156]

La porte étroite

La porte étroite est le sujet d'une méditation signée « L. A. A. », prenant pour texte de base Luc 13:24 : « Efforcez-vous d'entrer par la porte étroite ; car je vous dis que beaucoup chercheront à entrer et ne le pourront pas ».[157]

La mission du Christ est présentée comme le renversement du rapport entre l'homme et Dieu : dans toutes les religions non chrétiennes, c'est l'homme qui cherche Dieu, tandis que dans le christianisme, c'est Dieu qui cherche l'homme. Dans un sens, le Christ a déjà accompli le salut de tous : tous étaient perdus, il les a rachetés. Mais son œuvre ne s'arrête pas là — il désire les élever infiniment au-dessus de leur condition déchue et les rendre éternellement sûrs, ce qui exige leur coopération.[158]

La pratique missionnaire contemporaine est soumise à une critique sévère. Le christianisme est présenté aux incrédules sous la forme la plus attrayante ; on leur dit qu'il suffit de prononcer quelques paroles, de faire la confession publique, de rejoindre une église pour être sauvé. Cette démarche est jugée contraire à l'autorité et à la sagesse divines : « Une telle œuvre tiendra-t-elle au jour où tout est éprouvé par le feu ? ».[159]

Jésus n'a jamais pressé les hommes de le suivre. Sa vérité possédait une puissance suffisante pour attirer ceux qui y étaient sensibles. Ses seules invitations directes s'adressaient aux cœurs affamés, épuisés par la terre et désolés : « Que celui qui a soif vienne à moi et boive » ; « Venez à moi, vous tous qui êtes chargés et qui peinez, et je vous donnerai le repos. » Les riches, les populaires, ceux qu'absorbe le négoce, tous ceux qui sont satisfaits des choses de ce monde, ne ressentent pas le besoin de ce que le Christ offre. La règle posée est que « Dieu ne donne jamais des choses célestes sinon à ceux qui les désirent ardemment ».[160]

Lorsque de grandes foules le suivaient, Jésus leur rappelait le prix du discipulat en Luc 14:25-30 : quiconque ne renonce pas à tout ce qu'il possède ne peut être son disciple. La métaphore du constructeur qui évalue les coûts avant de bâtir une tour est invoquée pour souligner la nécessité d'un engagement total et lucide. Le discipulat coûte tout ce que l'on est et tout ce que l'on peut jamais être ; mais « l'investissement rapportera de bons fruits ».[161]

La raison pour laquelle Jésus n'a pas cherché à persuader les hommes d'être chrétiens reçoit une réponse théologique : il agissait en harmonie avec le plan de Dieu, qui consiste à appeler et à perfectionner l'Église en premier lieu, afin qu'elle soit une bénédiction pour ceux qui restent. Dieu n'est pas limité à la vie présente dans ses rapports avec l'humanité : le péché de l'homme l'a conduit au tombeau, mais la justice du Christ l'en ramène. Le sang du Christ rachète effectivement tous les hommes — non pas seulement ceux qui l'acceptent — et « le moment est venu que cela soit attesté ».[162]

Durant l'âge de l'Évangile, Jésus rassemble les joyaux de sa couronne — l'Église des premiers-nés. Après quoi il prendra en main sa grande puissance et régnera, et toutes les nations qu'il a créées viendront adorer devant lui. L'appel final est à vivre de manière que le Christ puisse accomplir son œuvre à travers ses disciples, maintenant et dans l'avenir.[163]

Le nombre sept (suite)

La série sur le nombre sept se poursuit en montrant la prépondérance de ce chiffre dans les deux Testaments, comme base de tout calcul et principe d'achèvement.[164]

Le sept est fondement de la semaine de la création, de la semaine ordinaire et de la « semaine de millénaires ». La gerbe présentée en offrande et son antitype, la résurrection du Christ, sont intervenus le lendemain du sabbat — le huitième jour, premier d'une nouvelle semaine — comme l'indiquent Lévitique 23:11 et Marc 16:1. Le pain de prémices et son antitype, la descente de l'Esprit Saint, sont survenus à la Pentecôte, cinquantième jour, également premier de la semaine, conformément à Lévitique 23:15-16 et Actes 2:1. La création nouvelle parfaite ne sera atteinte qu'à l'issue de la semaine de millénaires, au commencement d'un nouveau cycle.[165]

Les types de l'ancienne création sont des types du septième jour, ceux de la nouvelle création sont des types du premier jour. En Lévitique 23, ces premiers jours étaient désignés comme saintes convocations et jours de repos — mais non par le quatrième commandement, qui concernait exclusivement le septième jour. Ceux qui attachent plus d'importance à commémorer l'ancienne création observeront le septième jour, ceux qui commémorent l'aurore de la nouvelle création observeront le premier. Dans le Nouveau Testament, aucun commandement n'impose l'un ni l'autre : le chrétien est été attiré vers le premier jour de la semaine par la loi de l'association, qui est une manifestation de la loi de l'Esprit.[166]

Le septième jour trouve son antitype dans le septième millénaire — le sabbat qui demeure. À l'entrée dans le règne millénaire, ce ne sera plus un jour sur sept comme dans l'observance typique, mais un sabbat continuel, accomplissement véritable du sabbat dans l'Esprit. En un sens, les croyants gardent déjà ce sabbat continuel, au même titre qu'ils sont dès maintenant le corps ou l'épouse du Christ, qu'ils sont dits posséder la vie éternelle et être dans le Royaume. En ce sens, « l'âge de l'Évangile est l'âge de l'accomplissement du septième jour », et la règle posée est qu'aucun type de l'ancienne dispensation, devant être pleinement accompli dans l'âge de l'Évangile ou dans l'âge millénaire, n'est à observer durant l'âge de l'Évangile.[167]

Énoch, « septième depuis Adam » selon Jude 14, est présenté comme un type de l'homme terrestre parfait, et sa translation est interprétée comme une indication de la manière dont Dieu disposera de tels hommes durant le septième millénaire.

Le récit noachique est parcouru de la même omniprésence septuple : les animaux purs entrent dans l'arche par sept, sept jours précèdent les eaux du déluge, c'est au septième mois que l'arche se pose, et Noé observe deux séries de sept jours avant de laisser partir la colombe définitivement ; c'est encore au cours du septième siècle de Noé que le monde nouveau commence (Genèse 7:2, Genèse 7:4, Genèse 8:4, Genèse 8:10, Genèse 8:13).[168]

Le parcours patriarcal de Jacob, type du Christ à la tête de la dispensation juive comme Christ l'est à la tête de la dispensation évangélique, comporte deux séries de sept ans de service pour chacune de ses deux épouses, Léa et Rachel (Genèse 29:18-30). Ces deux périodes égales sont interprétées comme représentant l'égalité des deux dispensations. La relation de Jacob avec l'église juive — épouse infidèle, selon les Écritures — est présentée comme confirmant que le Christ fut le Fiancé de cette église typique, tout autant qu'il en fut le Moissonneur, en s'appuyant sur Jean 3:29 et Marc 2:19-20.[169]

Les songes de Pharaon, interprétés par Joseph, offrent un nouvel exemple : sept vaches grasses dévorées par sept vaches maigres, sept épis pleins dévorés par sept épis vides, accomplissement préfigurant sept années d'abondance suivies de sept années de famine. Les miséricordes et les jugements de Dieu sont ainsi présentés comme complets, la miséricorde triomphant toutefois du jugement.[170]

L'argument prophétique central de cet article repose sur Lévitique 26, où l'expression « sept fois » est répétée à quatre reprises pour indiquer la durée de la domination ennemie sur Jérusalem, base et clef des « Temps des Gentils » de Luc 21:24. Une « époque » prophétique équivaut à un an de 360 années ordinaires, ce qui a été accompli : « un temps, des temps et la moitié d'un temps » (soit trois fois et demie) correspondent à 1 260 années littérales de domination papale sur les nations, de 538 à 1798 de l'ère chrétienne.[171] Si trois fois et demie font 1 260 ans, sept fois font 2 520 ans. En partant de 606 avant l'ère chrétienne, date du début de la désolation de Jérusalem, 2 520 ans aboutissent à « l'an 1914 de l'ère chrétienne », date à laquelle Jérusalem sera libre et deviendra une louange sur la terre. Cette conclusion est présentée comme confirmée par les événements contemporains : les tensions entre les nations et le début du retour des Juifs.[172]

L'argument prophétique sur les deux dispensations indique que la faveur était due au peuple juif dès 1878, et que la porte fut légalement rouverte à son retour par le traité anglo-turc de cette même année. De 1878 à 1914, la période de 37 ans pour leur relèvement est déclarée égale à la période de leur chute, entre l'an 33 — quand Jésus laissa leur maison déserte — et l'an 70 — leur destruction complète. Leur chute fut de la nationalité naturelle, et c'est à cette même nationalité naturelle qu'ils se relèveront, Jésus ayant la charge de restaurer le naturel et d'impartir toutes sortes de bénédictions spirituelles (Luc 2:34).[173]

La longue période de 2 520 ans et l'amère expérience du peuple juif sous la domination des « bêtes » — les gouvernements humains de Daniel 7 — trouvent leur type dans les « sept temps » de Nebucadnetsar en Daniel 4, et son amère expérience parmi les bêtes, qui ne couvre que sept années littérales. L'auteur, désigné par les initiales J. H. P., conclut par cette question rhétorique : si ces chiffres n'avaient aucune signification, comment une telle harmonie pourrait-elle se développer sur la base du nombre sept ?[174]

Le péché est-il un type ou une réalité ?

Un article signé J. H. P. répond à une proposition qualifiée de « vérité avancée » par certains : l'idée que la purification de la théologie serait l'antitype du bouc émissaire portant le péché, faisant ainsi du péché un type de la fausse théologie. Cette proposition est jugée séduisante mais sophistique.[175]

L'argument réfuté est le suivant : si la foi est comptée pour justice, pourquoi la fausse théologie ne serait-elle pas comptée pour péché ? La réponse opposée est que si la foi équivalait à une théologie pure, alors la fausse théologie équivaudrait à l'incrédulité, et l'incrédulité est bien une forme de péché — mais une foi personnelle en Jésus-Christ ne saurait être confondue avec une connaissance parfaite du plan de Dieu. Tout enfant en Christ possède la foi, mais sa connaissance du plan divin est appelée à croître tout au long de sa vie. Lorsque Christ dit « Ô femme, grande est ta foi », il n'entendait pas qu'elle possédait une connaissance étendue du plan des âges.[176]

La distinction établie est nette : tout chrétien peut avoir une foi forte en Christ, mais aucun chrétien n'a jamais eu le privilège d'une connaissance parfaite du plan de Dieu. L'Esprit Saint n'a pas été promis pour conduire chaque individu dans toute la vérité, mais l'Église dans son ensemble, représentée par les apôtres, devait être conduite dans toute la vérité. Les chrétiens les plus éclairés peuvent adopter les paroles de Paul en 1 Corinthiens 13 : « Nous connaissons en partie », ce qui ne sera pleinement dépassé qu'après le mariage, l'union complète et la gloire pour laquelle Christ a prié (Jean 17).[177]

La papauté est citée en contre-exemple négatif : en revendiquant l'infaillibilité, elle s'érige en juge des hommes — un exemple que tous sont exhortés à ne pas imiter. De nombreux enfants de Dieu sincères possèdent une foi solide en Christ leur permettant de saisir de multiples bénédictions, bien que leur connaissance du plan de Dieu soit déficiente ; d'autres, plus savants dans les mystères de Dieu, semblent parfois avoir une foi plus faible, moins d'amour et une vie moins parfaite.[178]

La foi et la connaissance sont présentées comme deux choses distinctes : il convient d'ajouter à la foi la vertu, et à la vertu la connaissance. De même, le péché et la théologie imparfaite sont deux choses distinctes. Une théologie parfaite n'est jamais comptée pour justice, bien qu'il soit du devoir du disciple de croître en grâce et en connaissance. La foi est au fondement, là où peu de connaissance est attendue, et la connaissance vient graduellement.[179]

Pour démontrer par l'absurde que péché et théologie imparfaite ne sont pas interchangeables, l'auteur substitue systématiquement l'expression « théologie imparfaite » au mot « péché » dans les textes pauliniens classiques : « Par un seul homme une théologie imparfaite entra dans le monde, et la mort par une théologie imparfaite », ou encore « Voici l'Agneau de Dieu qui ôte la… » — phrase que l'auteur refuse d'achever, jugeant le résultat trop absurde. La conclusion est que le bouc émissaire représente bien plus fidèlement la purification de l'Église de toutes les œuvres de la chair afin qu'elle porte les fruits de l'Esprit (Galates 5), que le prétendu nettoyage d'une théologie erronée. La tendance dénoncée est celle qui minimise le caractère moral en exaltant la théologie. L'article se clôt sur la sentence : « Nulle vérité n'est vitale, nul erreur n'est fatale, qui, une fois crue et obéie, n'affecte pas le caractère ».[180]

Populaire auprès d'un seul homme

L'anecdote rapportée met en scène deux évangélistes protestants, le major Whittle et P. P. Bliss, qui, par une nuit glaciale, franchissent un portique où un préposé exige le billet de chaque voyageur. Agacés par la foule impatiente, les voyageurs manifestent mécontentement et colère. Whittle fait remarquer à l'employé qu'il est ce soir-là fort impopulaire ; celui-ci répond qu'il ne se soucie nullement de la foule et ne veut être populaire qu'auprès d'un seul homme. Bliss, en montant dans le train, tire la leçon spirituelle de cet échange.[181]

La morale tirée de cette anecdote s'applique à tout chrétien vivant dans ces « derniers et périlleux » jours. Nombreux sont ceux qui ont fait naufrage de leur foi sur les rivages de la faveur populaire, présentée comme la partie la plus dangereuse de la mer traîtresse de l'existence. Le constat est posé qu'en trop nombreux cas, ceux qui ont commencé leur ministère public comme fidèles témoins de Jésus ont fini par abandonner leur vocation, à l'instar de Démas dont Paul écrit en 2 Timothée 4:10 qu'il l'a abandonné ayant aimé le siècle présent.[182]

L'état final de l'Église professante est associé au message à l'Église de Laodicée, dont le nom est traduit par « Justice pour le peuple ». Alors que cette Église se vante d'être riche, enrichie de biens et n'ayant besoin de rien, elle est en réalité gouvernée par la clameur populaire ; le Christ se trouve chassé de sa propre maison, laissé debout à la porte, frappant pour se faire entendre de quiconque, avant que la masse corrompue tout entière ne soit vomie de sa bouche. Les coutumes et les doctrines consacrées par dix-huit siècles de foi et de pratique sont abandonnées une à une sous la pression de l'opinion publique, jusqu'à ce que la chaire se transforme en tribune pour des conférences populaires et l'édifice cultuel en lieu de divertissement.[183]

Le prédicateur qui renie ouvertement la divinité du Christ, tourne en dérision la nécessité du sang expiatoire et affiche son mépris pour l'autorité des Écritures est célébré par la presse laïque comme un homme de génie et de grande culture ; des multitudes dans l'Église se joignent aux ennemis du Christ pour l'acclamer, surtout s'il fait croître les recettes de location des bancs et attire les foules. Ce phénomène est présenté comme l'accomplissement précis des avertissements scripturaux pour les derniers jours : une Église peuplée de « amoureux d'eux-mêmes, amoureux des plaisirs plutôt que de Dieu, ayant une apparence de piété mais en rejetant la puissance » (2 Timothée 3:2-5), et des fidèles qui « ne supporteront pas la saine doctrine, mais, selon leurs propres désirs, s'entoureront d'enseignants pour avoir les oreilles chatouillées » (2 Timothée 4:3-4), ainsi que l'apparition de faux docteurs introduisant clandestinement des hérésies pernicieuses (2 Pierre 2:1).[184]

C'est précisément pour cette raison que ceux qui sont gardés par la puissance de Dieu par la foi en vue du salut sont exhortés à ne viser qu'un seul but : être populaire auprès d'un seul homme. L'appel s'achève sur les paroles de Paul en Actes 20:24 : « Aucune de ces choses ne me touche, et je ne fais point de cas de ma vie, pourvu que j'achève ma course avec joie et le ministère que j'ai reçu du Seigneur Jésus ». La source est identifiée comme The Truth.[185]

À nos lecteurs

Ce texte adressé directement aux lecteurs marque la clôture du premier volume de la Zion's Watch Tower, soit sa première année d'existence. Les nombreuses lettres reçues, témoignant de l'éclairage apporté sur diverses Écritures, sont évoquées comme une raison d'espérer que le labeur accompli n'a pas été vain aux yeux du Seigneur. Ces « paroles bienveillantes de nos compagnons de pèlerinage » sont comparées à une coupe d'eau fraîche, apportant réconfort et rafraîchissement.[186]

La rédaction se présente comme investie d'une vocation à défendre la vérité en ces temps de tamisage et de secouage qu'elle identifie comme le temps de la moisson. Le danger dénoncé est celui de rejeter avec les scories certains des piliers fondamentaux de la vérité, car beaucoup de ces vérités fondamentales sont en cours d'attaque par le grand ennemi de la vérité. Les lecteurs sont exhortés à revêtir toute l'armure de Dieu pour résister en ce mauvais jour (Éphésiens 6:13). Les études typologiques portant sur le service du Tabernacle et les types de la Loi sont présentées comme ayant eu pour effet de confirmer ces vérités anciennes : de même que la mort de Jésus a été typifiée par l'agneau pascal et le taureau d'expiation, l'Église est présentée comme ayant accompli et devant continuer d'accomplir le type du bouc d'expiation, étant ainsi rendue « conforme à sa mort et remplissant la mesure des souffrances du Christ qui manquent encore ».[187]

Les lecteurs qui prient pour la revue sont remerciés, et la demande est formulée que la Zion's Watch Tower soit l'objet particulier des prières pendant l'année à venir, dans les termes de Paul en Colossiens 4:3 : que Dieu ouvre une porte d'accès pour annoncer le mystère de Christ. Pour ceux qui souhaitent recevoir la revue sans pouvoir en payer l'abonnement, les mêmes conditions que l'année précédente s'appliquent — une simple carte postale suffit. Les lecteurs sont encouragés à transmettre des noms de personnes susceptibles d'être intéressées, afin que des numéros spécimens leur soient envoyés gratuitement, accomplissant ainsi le précepte de Hébreux 13:16 : « faire le bien et communiquer ».[188]

Questions et réponses

Une première question porte sur la parabole des dix vierges exposée dans le numéro précédent : le lecteur demande si la thèse défendue est bien que, si tous les chrétiens victorieux de tous les âges sont des vierges destinées à rejoindre l'Époux céleste, la parabole de Matthieu 25 se réfère spécifiquement à ceux de cette catégorie vivant à l'époque contemporaine. La réponse confirmative précise que la parabole est comprise comme visant les vierges à la clôture de cet âge, et que des parties de cette compagnie ont été utilisées pour représenter l'ensemble dans l'accomplissement de la parabole. Il est toutefois précisé qu'il n'est pas possible d'affirmer que tout chrétien jouira du grand honneur d'être uni à Jésus comme son épouse et cohéritière : la Parole n'autorise qu'à dire que « Celui qui vaincra héritera de toutes choses ». Le jugement de qui sont les « vainqueurs » est réservé au Roi.[189]

Une seconde question, suscitée par l'article de mars intitulé « Les trois alliances », porte sur la déclaration selon laquelle « alliance » et « testament » traduisent le même mot grec, et selon laquelle la « Nouvelle Alliance » est une chose à venir. Le lecteur demande alors à quelle alliance Jésus fait référence lorsqu'il dit en Matthieu 26:28 : « Ceci est mon sang de la Nouvelle Alliance ». La réponse rappelle que l'alliance abrahamique était une promesse inconditionnelle et n'avait donc pas besoin de médiateur, Dieu la confirmant simplement par serment (Hébreux 6:13-18). L'alliance de la Loi, venue 430 ans après, n'a pas annulé l'alliance abrahamique ; elle était conditionnelle — « Celui qui fait ces choses vivra par elles » — et, du fait de ses conditions liant Dieu d'une part et Israël de l'autre, elle requérait et avait Moïse comme médiateur. La démonstration de Paul en Galates 3:20 est citée : le fait qu'un médiateur ait été donné avec la Loi prouve que celle-ci liait Israël aussi bien que Dieu.[190]

La Nouvelle Alliance est ainsi présentée comme requérant un médiateur, Jésus-Christ, du fait de ses conditions qui lient à la fois Dieu et le monde : Dieu s'engage à tout restaurer, à sauver les hommes de la mort, à leur donner connaissance de la vérité (1 Timothée 2:4), à répandre son esprit sur toute chair (Joël 2:28), à mettre en eux un esprit nouveau (Ézéchiel 36:26) et à écrire sa loi dans leurs cœurs (Jérémie 31:33). De son côté, le monde est tenu d'obéir au prophète du Seigneur sous peine d'être retranché de la vie, soit la seconde mort, conformément à Actes 3:23. Jésus est désigné comme « le médiateur de la Nouvelle Alliance », ayant scellé cette alliance par sa propre mort, de même que Moïse avait ratifié l'Alliance de la Loi par le sang d'un taureau et d'un bouc.[191]

L'acte de partager la coupe lors de la Cène est interprété comme une invitation adressée à chaque disciple à mourir avec Christ, à se rendre conforme à sa mort (Matthieu 20:22 ; Romains 6:2). Passer la coupe en disant « Buvez-en tous » revient à dire : « Meurs avec moi, je te permettrai ainsi de participer avec moi à sceller la Nouvelle Alliance ». Ceux qui meurent avec lui seront ensuite associés à l'œuvre d'aspersion, c'est-à-dire de purification de tout le peuple, en tant que membres du « seul médiateur entre Dieu et les hommes » lorsque la Nouvelle Alliance entrera en vigueur.[192]

Deux questions complémentaires concluent cette rubrique : la première demande ce que sont les deux choses immuables de Hébreux 6:18, et la réponse renvoie à la promesse et au serment de Dieu envers Abraham, déjà développés dans les réponses précédentes. La seconde interroge sur une éventuelle apparition de Jésus en chair à son Église ; aucune raison d'y croire n'est reconnue, et le lecteur est renvoyé à l'article de J. H. Paton intitulé « Expedient for You » publié dans ce même numéro.[193]

Annonce de « The Day Dawn »

La parution imminente d'un ouvrage intitulé The Day Dawn, or the Gospel in Type and Prophecy (« L'Aube du jour, ou l'Évangile en type et en prophétie »), dont le premier exemplaire vient d'être reçu de l'imprimeur, est annoncée avec enthousiasme.[194] L'édition complète, tirée à 4 000 exemplaires, est annoncée comme disponible dès la réception du journal. L'ouvrage, fort de 334 pages, est présenté comme représentant environ trois fois la matière des Three Worlds (« Les Trois Mondes »), livre alors épuisé et bien connu des lecteurs. Rédigé en vingt-neuf chapitres, il est décrit comme « écrit dans un style simple et sans prétention », son auteur ayant visiblement appris que l'orgueil n'a aucune part dans la Bonne Nouvelle. Son auteur, J. H. Paton de Almont, Michigan, en assure la diffusion aux côtés d'A. D. Jones de Pittsburgh, Pennsylvanie ; le prix est fixé à 50 cents pour la couverture papier et 75 cents pour la couverture toile, les personnes dans l'incapacité de payer pouvant en obtenir un exemplaire gratuitement.[195]

« Soumets-toi et confie »

Un bref texte de dévotion, extrait d'un livre non identifié sous la rubrique « Soumets-toi et confie »,[196] reprend une pensée centrale : « tout ce qui constitue le fond du christianisme pratique peut se résumer en deux mots : soumettre et confier ». La soumission est définie comme la cessation des rébellions contre soi-même et des vains efforts personnels d'amendement ; la confiance consiste à se jeter dans les mains de l'Amour tout-puissant. Le lecteur est invité à réclamer au « nouvel Adam » qu'il habite en lui, accomplisse ce que l'homme ne peut faire, et gouverne en paix les forces antagonistes de la nature humaine, afin que le cœur consacré connaisse un grand calme et une vraie vie de justice. L'extrait se conclut sur un avertissement contre l'incrédulité, attribuée à l'École de la Grâce.[197]

Classe biblique : signification du mot « enfer »

La rubrique « Classe biblique » répond à une question portant sur Marc 9:43-44 : « Si ta main est pour toi une occasion de chute, coupe-la : il vaut mieux entrer dans la vie mutilé que d'aller en enfer avec deux mains, dans le feu qui ne s'éteint pas ». La réponse procède à une analyse philologique détaillée du mot anglais hell, qui traduit en réalité trois termes grecs distincts.[198]

Le premier terme, tartaros, n'apparaît qu'une seule fois dans le Nouveau Testament (2 Pierre 2:4) et désigne, selon les meilleurs hellenistes, l'atmosphère, domaine de Satan « prince de la puissance de l'air ». Le second, hadès, utilisé onze fois dans le Nouveau Testament, est jugé improprement traduit par « enfer » dans dix de ces occurrences ; il signifie la tombe, l'état de mort, ou le domaine de la mort. L'auteur de la Diaglott emphatic est cité : traduire hadès par « enfer » est très impropre, à moins de lui attribuer le sens saxon de helan (couvrir), le sens primitif du mot se limitant à ce qui est secret ou caché — sens qui correspond exactement au grec hadès et à l'hébreu shéol.[199]

Le troisième terme, géhenne, apparaît douze fois. Il reproduit en grec les mots hébreux traduits par « vallée de Hinnom », aussi appelée Tophet, lieu d'abomination situé près de Jérusalem où l'on jetait toutes sortes d'immondices, les carcasses d'animaux et les corps non ensevelis de criminels exécutés, des feux y étant entretenus en permanence pour consumer ces déchets, du soufre y étant ajouté pour les alimenter. La conclusion du commentaire est sans ambiguïté : « La Géhenne, telle qu'elle apparaît dans le Nouveau Testament, symbolise la mort et la destruction totale, mais ne désigne en aucun endroit un lieu de tourments éternels ».[200]

Cette interprétation s'appuie sur le témoignage du rabbin Kimchi, qui précise que la vallée était un lieu méprisable servant à brûler les choses souillées et les ossements, et que la condamnation des méchants y fait allusion de manière parabolique.[201] Rien de vivant n'y était jamais jeté pour y être maintenu en supplice : seuls des corps morts y étaient déposés comme marque d'ignominie suprême, et ce que le feu n'atteignait pas, les vers le détruisaient, de sorte que le résultat était dans tous les cas la destruction (Ésaïe 66:24). Jésus est présenté comme ayant utilisé ce cadre familier pour illustrer un enseignement moral : si un membre du corps — main, œil — constitue un tel danger spirituel qu'il risque de conduire à cette destruction symbolique, il vaut mieux s'en séparer que de perdre la vie elle-même. De même, le chrétien est appelé à « mortifier (mettre à mort) les membres qui sont sur la terre : l'impureté, la convoitise » (Colossiens 3:5), faute de quoi ces membres spirituellement néfastes étouffent la vie de Christ et rendent l'individu un vase voué à la destruction symbolisée par la Géhenne.[202]

La réponse signale enfin que les versets 44 et 46 de Marc 9 sont des interpolations absentes des meilleurs manuscrits, le Sinaïticus et le Vaticanus, et qu'il en va de même des mots « dans le feu qui ne s'éteint pas » au verset 45, et du mot « feu » au verset 47, selon la Diaglott emphatic et Tischendorf.[203]

Le voyage à l'Est de l'éditeur

Un itinéraire de tournée pastoral prévu par l'éditeur — désigné à la première personne — est publié sous le titre « Voyage à l'Est de l'éditeur »,[204] qui mentionne de nombreuses invitations reçues de petits groupes tout au long du trajet vers et depuis Lynn, Massachusetts, dont cinq n'ont pu être honorées. L'éditeur indique que l'organisation de chaque étape est confiée à un correspondant local, libre d'aménager une, deux ou trois réunions par jour, et que le thème général annoncé est « Les choses qui concernent le Royaume de Dieu ». L'itinéraire s'étend du 2 juin au 30 juin 1880 et traverse Chambersburg (Pennsylvanie), Reading (Pennsylvanie), Newark (New Jersey), Lynn (Massachusetts), Clinton (Massachusetts), Springfield (Massachusetts), Fort Edward (New York), Montrose (Pennsylvanie), Berwick (Pennsylvanie) et Jersey Shore (Pennsylvanie), chaque étape étant placée sous la responsabilité d'un contact nommément désigné.[205]

Voir aussi

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Illustrations du numéro

Références

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  2. ↑ The Atonement Between God and Man, Study 15: A Ransom for All, Chicago Bible Students.
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  4. ↑ La Tour de Garde de juin 1880, p. 105–106
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  6. ↑ JONSSON Carl Olof, Les temps des gentils reconsidérés, p. 54.
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  179. ↑ La Tour de Garde de juin 1880, p. 109
  180. ↑ La Tour de Garde de juin 1880, p. 109
  181. ↑ La Tour de Garde de juin 1880, p. 110
  182. ↑ La Tour de Garde de juin 1880, p. 110
  183. ↑ La Tour de Garde de juin 1880, p. 110
  184. ↑ La Tour de Garde de juin 1880, p. 110
  185. ↑ La Tour de Garde de juin 1880, p. 110
  186. ↑ La Tour de Garde de juin 1880, p. 110
  187. ↑ La Tour de Garde de juin 1880, p. 110
  188. ↑ La Tour de Garde de juin 1880, p. 110
  189. ↑ La Tour de Garde de juin 1880, p. 110
  190. ↑ La Tour de Garde de juin 1880, p. 110
  191. ↑ La Tour de Garde de juin 1880, p. 110–111
  192. ↑ La Tour de Garde de juin 1880, p. 111
  193. ↑ La Tour de Garde de juin 1880, p. 111
  194. ↑ La Tour de Garde de juin 1880, p. 111
  195. ↑ La Tour de Garde de juin 1880, p. 111
  196. ↑ La Tour de Garde de juin 1880, p. 111
  197. ↑ La Tour de Garde de juin 1880, p. 111
  198. ↑ La Tour de Garde de juin 1880, p. 111
  199. ↑ La Tour de Garde de juin 1880, p. 111
  200. ↑ La Tour de Garde de juin 1880, p. 111
  201. ↑ La Tour de Garde de juin 1880, p. 112
  202. ↑ La Tour de Garde de juin 1880, p. 112
  203. ↑ La Tour de Garde de juin 1880, p. 112
  204. ↑ La Tour de Garde de juin 1880, p. 112
  205. ↑ La Tour de Garde de juin 1880, p. 112

Catégorie:1880

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