Herald of the Morning de septembre 1878
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| Herald of the Morning de septembre 1878 | |
|---|---|
| Revue | Herald of the Morning |
| Date | 1878 |
| Auteur(s) | John H. Paton, Charles Taze Russell, Nelson Barbour, Benjamin W. Keith |
| Année | 1878 |
| Langue | Anglais |
| Pays | États-Unis |
| Éditeur | Nelson Barbour |
Un tableau de l'histoire du salut, le « plan des âges », occupe la première page. Il met en parallèle l'âge juif et l'âge de l'Évangile. Le commentaire de ce tableau, en dernière page, en tire une suite de dates qui va de 1844 à 1914. Entre les deux, quatre auteurs du groupe exposent leurs vues : Paton sur l'Apocalypse, Russell sur la mort du Christ, Barbour dans sa réponse à Russell, Keith sur le témoignage de l'Esprit. Une rubrique de questions et réponses et des lettres de lecteurs complètent l'ensemble.
Le printemps 1878 est passé sans que les fidèles soient enlevés au ciel, comme le groupe l'attendait. La date reste pourtant tenue pour la fin de l'âge de l'Évangile. Un lecteur de Beverly reconnaît une erreur : le rassemblement « dans le grenier » n'était pas l'enlèvement. Il juge malgré tout la position du groupe plus solide qu'avant. D'autres lecteurs disent avoir découvert la Bible grâce à la revue et à Three Worlds. Une lectrice regrette l'hostilité des autres adventistes.
Le désaccord sur la rançon oppose deux rédacteurs dans les mêmes pages. Russell défend l'idée que le Christ est mort à la place des pécheurs. Barbour, rédacteur en chef, la rejette dans une réponse placée juste après. Il défend en même temps le droit de chacun à se servir de sa raison pour juger des doctrines.
Analyse
Croyances
La raison, l'Esprit et la lecture de l'Apocalypse
Dans sa réponse à Russell, Nelson Barbour défend le droit de chacun à juger par lui-même du bien et du mal. Selon lui, les chrétiens ont appris à se méfier de leur propre jugement, et cette crainte a produit des dogmes qui déshonorent Dieu.[1] Il tire ce droit de Genèse 3:22. Pour lui, sans la raison, on ne connaît pas mieux Dieu qu'une pierre ne le connaît.[2] Schulz et de Vienne relèvent la conséquence de cet argument. Si l'homme tient de la faute d'Adam le pouvoir de distinguer le bien du mal, cette faute devient une étape voulue par Dieu. Une mort du Christ « à la place » du pécheur n'a alors plus de raison d'être.[3] La défense de la raison prépare ainsi la thèse de Barbour sur la rançon.
Benjamin W. Keith traite la même question du côté de l'Esprit. Il part de Romains 8:16. John Wesley avait consacré deux sermons à ce verset. Il y voyait une impression intérieure par laquelle l'Esprit dit directement au croyant qu'il est enfant de Dieu.[4] Cette certitude intérieure était devenue une marque de la théologie méthodiste.[5] Keith situe ce témoignage ailleurs. Pour lui, l'Esprit prouve la filiation en faisant son travail, c'est-à-dire en conduisant dans toute la vérité.[6] Celui qui comprend les « profondeurs de Dieu » sait donc qu'il est conduit par l'Esprit.[7] La foi elle-même « repose sur la connaissance, qui ne s'acquiert pas sans étude ».[8] Pour Keith, on reconnaît donc un enfant de Dieu à ce qu'il comprend de la Bible, et non à ce qu'il ressent.
J. H. Paton applique cette exigence à l'Apocalypse. Le livre promet une bénédiction à ceux qui en « gardent » les paroles. Pour les garder, il faut d'abord les comprendre.[9] Le livre est une prophétie et non une lettre. Paton en conclut que le chiffre sept désigne toute l'Église et que les noms des villes sont des symboles.[10] Le pasteur anglais Edward Bishop Elliott lisait déjà les lettres aux sept Églises comme une prophétie. Dans Horae Apocalypticae, publié de 1844 à 1862, Sardes représentait la Réforme et Laodicée la dernière période.[11] Blandre compte Elliott parmi les auteurs qui ont précédé les Étudiants de la Bible.[12] Il reprend en revanche Three Worlds (1877), où les noms d'Éphèse et de Smyrne avaient déjà le même sens.[13]
Le plan des âges et ses dates
Barbour avait présenté en mars 1876 un schéma de l'histoire en trois mondes. Le monde présent y était divisé en trois âges : l'âge des patriarches, l'âge juif et l'âge de l'Évangile.[14] Three Worlds en avait fait un tableau que le lecteur devait parcourir des yeux.[15] Le plan de la première page présente l'histoire sur deux niveaux, celui de la chair et celui de l'Esprit. Chacun a son Église, sa Jérusalem, son sacrifice et son royaume.[16] Chaque élément de l'âge juif a son équivalent dans l'âge de l'Évangile. Les douze tribus, par exemple, correspondent aux douze apôtres.[17] Les deux chérubins « d'une même mesure » donnent la raison biblique de cette symétrie : les deux âges doivent avoir la même durée.[18]
La durée de 1845 ans vient de Barbour. En décembre 1875, il comptait 1845 ans de la mort de Jacob à celle de Jésus et fixait la fin de l'âge de l'Évangile au premier mois juif de 1878.[19] Le groupe attendait alors l'enlèvement des saints au ciel pour la Pâque de 1878.[20] Rien ne s'est produit au printemps. En septembre, le numéro maintient pourtant que l'âge de l'Évangile « s'est donc terminé au printemps de 1878 ».[21] La seule preuve donnée pour cette date est désormais l'égalité de durée avec l'âge juif.[22] Les autres dates découlent du même parallèle. En 1844, le Christ quitte le Saint des saints et entre dans le tabernacle extérieur. Trente ans plus tard, en 1874, la moisson commence.[23] Le rassemblement du blé dure trois ans et demi après le printemps 1878.
La date de 1914 change de justification. Barbour l'avait annoncée dès 1875 : en ajoutant 2520 ans à 606 avant Jésus-Christ, il obtenait la fin des temps des Gentils en 1914.[24] Il la reliait alors à 1874 par une période de quarante ans, l'écart entre le début de la vie publique de Jésus et la prise de Jérusalem.[25] En septembre 1878, l'écart retenu est de 33 ans et demi. C'est le temps qui sépare la fin du rassemblement des Juifs fidèles de la destruction de leur nation, achevée en 70.[26] Raymond Franz souligne que la date de 1914 inscrite sur ce plan vient du périodique adventiste de Barbour, dont Russell était alors rédacteur adjoint.[27]
Les sept Églises découpent ensuite l'âge de l'Évangile en périodes datées. Les dates retenues sont 100, 312, 538 et l'an 1000, puis la Réforme et la fin du XVIIIᵉ siècle.[28] L'« homme de péché » donne la date de 538. Paton le décrit comme l'union de l'Église avec le monde, c'est-à-dire l'alliance de l'Église et de l'État qui produit la Rome papale.[29] Selon lui, cet homme de péché est pleinement révélé en 538.[30] Three Worlds présentait déjà l'Église romaine à la fois comme un homme et comme une femme, parce qu'elle était une Église et un État. Le livre lui donnait 1260 ans de pouvoir, de 538 à 1798.[31] Blandre montre que ce calcul a été fait après coup, à partir de 1798. Il montre aussi que la date de 538 est exagérée : Rome avait été reprise en 536, et la papauté n'eut de territoire qu'en 754.[32]
Babylone, l'Euphrate et le retour des Juifs
Pour Paton, la Babylone de l'Apocalypse est la hiérarchie papale. Les « eaux » qui la soutiennent sont les nations chrétiennes d'Europe.[33] Three Worlds appliquait déjà l'Euphrate aux puissances chrétiennes, qui avaient longtemps contenu les musulmans.[34] S. A. Chaplin, rédacteur de The Restitution, avait repris cette lecture en octobre 1877. Schulz et de Vienne renvoient précisément à l'article de Paton pour exposer cette interprétation de l'Euphrate.[35] Le numéro s'en prend à « de nombreux commentateurs » sans les nommer.[36] La lecture qu'il combat est ancienne. Dès le début du siècle, l'épiscopalien Richard Shimeall voyait dans la première coupe, datée de 1792, l'« assèchement » de l'Empire turc.[37] Paton limite Babylone à la hiérarchie papale. Three Worlds l'étendait à toutes les Églises unies à l'État dans les nations chrétiennes.[38]
L'attaque contre The World's Crisis oppose deux groupes adventistes. En 1875, ce même journal et d'autres grands titres adventistes avaient refusé de signaler l'existence du Herald of the Morning.[39] Three Worlds affirmait déjà qu'une attaque russe contre la Turquie ne pouvait pas être la bataille annoncée par Ézéchiel contre Gog.[40] En 1878, Paton s'appuie sur l'actualité. La guerre a cessé sans aucun retour du Christ, et lesadversaires sont traités d'« aveugles conduisant des aveugles ».[41] Le fait vient confirmer la prophétie après coup. Paton ne présente pas cette paix comme une prédiction que son groupe aurait faite d'avance.
Le retour des Juifs en Palestine change de date. En septembre 1875, Barbour écrivait que les Juifs ne seraient pas rétablis en Palestine avant 1881.[42] Il tirait aussi cette date de 1881 des mesures de la Grande Pyramide.[43] En septembre 1878, le retour doit commencer dès 1878, d'après le parallèle des deux âges. Il doit durer trente-sept ans, autant qu'il en avait fallu pour la chute de la nation juive.[44] Ce début est placé l'année même où l'enlèvement des saints ne s'est pas produit. Zoe Knox note que Russell croyait au retour de la faveur divine vers les Juifs en 1878, et qu'il en voyait le signe dans le congrès de Berlin.[45] L'idée d'un retour d'Israël dans son pays n'était pas reçue par tous les adventistes. Joseph Marsh, fondateur des adventistes de l'Âge à venir, l'avait réintroduite dans ce courant contre l'avis de Miller.[46] George Storrs l'avait adoptée à son tour.[47] La prophétie de Gog est lue dans le même sens. Le peuple paisible qui vit dans des villages sans murailles ne peut pas être le musulman guerrier. Ce peuple ne peut être qu'Israël revenu dans son pays.[48]
Une venue en deux temps et la moisson de l'Église
Paton s'appuie sur Zacharie 14:5. Le Seigneur y vient « avec tous ses saints ». Il faut donc qu'il soit venu auparavant les chercher.[49] Cette espérance est jugée meilleure que l'attente d'une manifestation visible.[50] Jonsson montre que l'idée d'une venue en deux étapes, la première invisible, remonte au banquier londonien Henry Drummond, vers 1828. Elle s'était ensuite répandue chez les darbystes et dans des périodiques comme The Rainbow ou Prophetic Times.[51] Penton cite le pasteur anglais Robert Govett. Pour lui, le Christ reste présent de manière invisible après être venu ressusciter les saints et les réunir à lui. Govett lisait déjà le mot grec parousia au sens de « présence ».[52] Three Worlds tirait la même conclusion de la moisson : le Christ vient d'abord rassembler ses saints, puis il vient avec eux.[53]
Ce rassemblement est la moisson. Le reste fidèle, dispersé dans toutes les Églises, doit être réuni dans les prochaines années. Ensuite, la porte des noces se fermera.[54] En octobre 1875, S. Withington annonçait dans le Herald la fin de cette moisson pour le printemps 1878.[55] Dans le courrier, le pasteur A. P. Adams reconnaît l'erreur. Son groupe avait cru que le blé rentré au grenier désignait l'enlèvement des saints.[56] Barbour avait déjà prolongé le délai après l'échec. Selon lui, le rassemblement du blé pouvait durer trois ans et demi, sans qu'on puisse le dater avec précision.[57] Le texte qui explique la page de titre précise que ce rassemblement se fait « non vers un lieu, mais vers une condition ».[58] Raymond Franz décrit ce procédé à propos de 1874. Grâce à la présence invisible, le groupe de Barbour pouvait garder la date tout en reconnaissant qu'il s'était trompé sur l'événement.[59]
La moisson ne concerne qu'une petite partie de l'humanité. Dans sa réponse à Russell, Barbour écrit que seule l'épouse élue parvient à la « pleine stature » dans cette vie. Les autres devront y parvenir à l'âge de la restitution. Ils hériteront du royaume, mais ne feront pas partie de l'épouse de l'Agneau.[60] Pour lui, le pardon s'étend au corps du Christ, mais pas au reste de l'humanité.[61] Le salut présent devient ainsi « un salut particulier ».[62] En août 1875, Barbour réservait déjà le « haut appel » à ceux qui sont « en Christ ». Il laissait les autres familles de la terre à l'âge de la restitution.[63] Three Worlds distinguait de même les serviteurs de Dieu et l'épouse. La « grande foule » n'y faisait pas partie du « petit troupeau ».[64]
Engendré maintenant, né à la résurrection
Dans la rubrique des questions, la nouvelle naissance a deux moments. Le croyant est engendré à sa conversion. Il naît à la résurrection, quand il reçoit un corps spirituel.[65] George Stetson distinguait déjà trois étapes en 1871 : l'engendrement par la compréhension de la parole, la conversion, puis la naissance spirituelle au début du millénium.[66] Paton avait traité la question dans le Herald de juin 1875. À cette époque, la nouvelle naissance des élus vivants devait coïncider avec leur enlèvement et avec le « mariage de l'Agneau », attendu pour le printemps 1878.[67] Three Worlds affirmait aussi que la conversion prépare la naissance, mais qu'elle n'est pas encore la naissance.[68] En septembre 1878, la réponse ajoute deux arguments. Le second vient de Romains 4:17 : dans la Bible, une chose en cours est souvent présentée comme déjà accomplie.[69] Avec ces deux arguments, les versets qui parlent d'une naissance déjà acquise ne contredisent plus l'attente. Les croyants restent encore dans l'attente de leur changement.
La rançon, la justice de Dieu et la restitution
Le désaccord sur la rançon occupe la plus grande partie du numéro. Il commence avec un article de Barbour paru en août 1878. Barbour y comparait la mort du Christ, vue comme le paiement d'une peine, au fait de transpercer une mouche d'une épingle pour punir la faute d'un enfant.[70] Dans le même numéro d'août, il affirmait que le sacrifice ne servait pas à apaiser la colère de Dieu, mais à achever la « régénération » de l'homme.[71] Selon Zoe Knox, la réponse de Russell paraît dès le mois suivant.[72] Russell y distingue deux effets de l'œuvre du Christ. Par sa mort, le Christ se substitue aux hommes. Par sa résurrection, il devient leur chef.[73] Barbour lui répond aussitôt, dans une réponse plus longue que l'article lui-même. Schulz et de Vienne rapportent que Russell trouvait ce procédé déloyal envers un rédacteur adjoint.[74]
Barbour admet que le Christ est mort « pour » les hommes. Il refuse qu'il soit mort « à leur place ».[75] Ses exemples présentent la mort du Christ comme un service rendu, et non comme une peine purgée. Le Christ est comparé à un médecin qui donne sa propre vie comme remède.[76] Il est aussi comparé à un homme qui risque sa vie dans une cloche de plongée pour remonter un trésor au profit de sa famille.[77] Pour Barbour, une justice qui fait payer le Christ puis encore la plupart des hommes est une justice « à deux faces ».[78] Être purifié par le sang du Christ signifie pour lui être transformé peu à peu par sa vie.[79] Le théologien américain Horace Bushnell soutenait une thèse voisine dans Vicarious Sacrifice (1866). Il rejetait l'idée que le Christ subisse la peine méritée par les hommes et voyait le but de son œuvre dans la transformation du caractère.[80] En 1866, le presbytérien Charles Hodge avait rapproché cette thèse de celle des sociniens, qui niaient la divinité du Christ.[81]
Les sacrifices de la loi sont discutés des deux côtés. Russell les tient pour des types incomplets, puisque les animaux ne mouraient pas volontairement.[82] En 1877, dans L'objet et la manière du retour de notre Seigneur, il présentait déjà la loi comme une suite de types et comme un « pédagogue » qui conduit au Christ.[83] Dans la rubrique des questions, ce rôle est prolongé dans l'avenir. Les sacrifices annoncés par Ézéchiel serviront à instruire les païens pendant l'âge de la restitution, car un type peut renvoyer au passé aussi bien qu'à l'avenir.[84]
Barbour rejette aussi le tourment éternel. Un être limité ne peut pas commettre une faute infinie. Une peine sans fin pour le moindre péché est donc qualifiée de doctrine « horrible ».[85] Le rejet de l'enfer était depuis longtemps le point de départ de Russell. Tony Wills raconte qu'une question d'un incroyant sur un Dieu juste et aimant qui torturerait les hommes l'avait détourné de sa foi.[86] Storrs soutenait que faire mourir le pécheur est un acte d'amour, puisque cela lui épargne une souffrance sans fin.[87] Barbour va plus loin. Pour lui, chaque acte reçoit une peine mesurée exactement à la faute. Même à l'âge de la restitution, l'homme naturel peut pécher de nouveau à tout moment et mérite alors un nouveau châtiment.[88]
La restitution est le salut promis au monde. Elle se fera progressivement, par des moyens humains. Croire que la terre sera aussitôt remplie de la connaissance de Dieu est « une idée erronée ».[89] Les lettres montrent comment les lecteurs reçoivent cette idée. Mme Keasey ne comprenait pas pourquoi Dieu ne convertissait pas ceux pour qui elle priait. Elle y trouve une réponse : la conversion du monde n'appartient pas à l'âge présent.[90] Kate McNeil n'avait jamais entendu parler de la restitution avant de lire la revue.[91] Cette doctrine venait de l'adventisme de l'Âge à venir. Joseph Marsh l'avait exposée en 1851 dans The Age to Come or the Glorious Restitution of all Things (« L'Âge à venir, ou la glorieuse restitution de toutes choses »).[92] A. P. Adams avait prêché sur ce thème en janvier 1878 dans son Église méthodiste. Selon lui, la restitution ne rend à l'homme que ce qu'il possédait avant la chute. Le méthodiste chargé de transcrire ce sermon pour les autorités de l'Église a marqué ces passages comme contraires à la doctrine reçue.[93]
Organisation et histoire
Une erreur reconnue, une attente déplacée
Au printemps 1878, le petit groupe réuni autour de Nelson Barbour attendait d'être enlevé au ciel. Beaucoup visaient le jour de la Pâque, en avril. Selon Schulz et de Vienne, le mouvement était alors très petit : il comptait moins de deux mille adhérents, venus surtout des adventistes et des partisans de l'« âge à venir ».[94] Rien ne s'est produit, et Penton note que la désillusion et les divisions ont suivi.[95] A. P. Adams, pasteur à Beverly, reconnaît l'échec par écrit. Il l'avoue : « nous avons été quelque peu déçus et nous nous sommes trompés ». Le groupe avait cru que le rassemblement du blé « dans le grenier » désignait l'enlèvement des saints.[96] Adams ajoute aussitôt que la position du groupe lui semble « plus forte que jamais ».[97] Schulz et de Vienne relèvent qu'il attend la fin du mois d'août pour aborder la déception. Ils rappellent aussi qu'il vivait des dons des croyants de sa ville et que l'échec avait pu diminuer ce soutien.[98] D'autres croyants réagissent de la même façon. À Allegheny, après avril, les membres du groupe se réunissent, revoient leur chronologie et la trouvent « solide comme toujours ».[99]
L'explication de la page de titre rend l'échec acceptable sans toucher aux dates. Un événement que personne ne pouvait voir prend la place de celui qu'on attendait. Les lecteurs n'ont donc pas à remettre en cause l'enseignement qu'ils ont reçu. Penton observe que, chez les Étudiants de la Bible, les dirigeants affirment toujours en pareil cas qu'il s'est produit « la mauvaise chose au bon moment ».[100] Pour d'autres détails sur cet épisodeDéception de 1878.
Dans le même numéro, l'actualité de l'année sert de preuve que la revue avait raison. J. H. Paton cite trois faits : la fin des hostilités entre la Russie et la Turquie, le traité anglo-turc et la politique anglaise envers les Juifs. Il relève que « son Premier ministre, Lord Beaconsfield, est juif » et que l'Angleterre permet maintenant aux Juifs d'adorer légalement en Palestine. Il juge tout cela conforme à la position prise par le Herald of the Morning.[101] Le traité dont il parle est la convention de Chypre, signée à Constantinople le 4 juin 1878. Elle confie à la Grande-Bretagne l'administration de Chypre en échange d'une alliance défensive avec la Turquie. Le sultan y promet des réformes en faveur de ses sujets chrétiens et des autres sujets de ses provinces d'Asie.[102] Les privilèges propres aux Juifs de Palestine relèvent donc de la lecture de Paton. Disraeli était né dans une famille juive, mais il avait été baptisé dans l'Église anglicane dès l'enfance.[103] Le groupe compte Disraeli parmi les Juifs parce que cela sert son attente du retour des Juifs en Palestine. La prédiction manquée du printemps trouve ainsi une compensation : ce que les lecteurs n'ont pas vu se produire pour eux-mêmes, ils peuvent le lire dans les journaux.
Face aux Églises et face aux autres adventistes
Le groupe se situe d'abord face à toutes les Églises. Russell présente l'absence de credo comme un avantage : « nous n'avons d'autre credo que la Bible, et nous jugeons ce que chacun enseigne et écrit par les seules Écritures ».[104] Sans texte de foi commun, le groupe n'a aucune règle pour exclure un membre. Il ne peut trancher un désaccord qu'en discutant les versets. Le refus des Églises ne porte pas sur leurs fidèles. Paton identifie la Babylone de l'Apocalypse à la seule « hiérarchie papale », soutenue par les nations chrétiennes d'Europe.[105] Pour les autres confessions, il parle d'un « élément spirituel » présent dans toutes les sectes et destiné à être rassemblé.[106] Adams tire de cette idée une raison pratique de continuer à recruter. Selon lui, il y a « beaucoup de blé dans l'Église chrétienne nominale, qui attend d'être rassemblé dans le grenier ».[107] Le groupe se présente donc comme un petit reste à part, mais il recrute ses lecteurs dans toutes les Églises.
Le conflit le plus vif oppose le groupe aux adventistes dont il est issu. Paton s'en prend à The World's Crisis, de Boston, et à d'autres journaux de prophétie. Depuis des années, ces journaux présentaient la guerre russo-turque comme la grande bataille du jour de Dieu. Paton demande, « avec tout le respect dû à l'honnêteté de ces dirigeants », s'ils ne sont pas des « aveugles conduisant des aveugles ».[108] La querelle est ancienne. En 1875 déjà, dans un article sur « la question d'Orient », le Herald contestait l'interprétation que The World's Crisis donnait de la crise de l'Empire ottoman.[109] The World's Crisis était le journal des adventistes chrétiens. Schulz et de Vienne montrent que, dès les années 1870, ces adventistes et les partisans de l'« âge à venir » étaient séparés par une hostilité qu'aucun effort ne parvenait plus à apaiser.[110]
Les lettres de lecteurs montrent ce conflit vu de l'intérieur. Lydia B. Child, de West Boylston, déplore « l'esprit de persécution que vous rencontrez de la part des frères adventistes ». Elle leur conseille de suivre l'avis de Gamaliel (Actes 5:34-39).[111] Plusieurs faits datés précisent cette persécution. Le 18 juillet 1877, l'Advent Christian Times avait mis ses lecteurs en garde contre la tournée de prédication de Barbour, Russell et Paton. Le 26 juin 1878, dans The Restitution, John B. Cook traitait Barbour et Russell d'apostats.[112] En 1877, à la réunion adventiste d'Alton Bay, Barbour et Russell avaient été chassés du terrain. Ils avaient alors dressé leur tente sur un terrain privé.[113] Schulz et de Vienne expliquent cette hostilité par les échecs successifs de Barbour. Une partie des adventistes se détournait des dates précises, et ses annonces manquées le rendaient indésirable.[114] Le groupe de Barbour apparaît ainsi comme une dissidence de l'adventisme, rejetée par la majorité de ce milieu.
Conférences, tableau et lettres de lecteurs
Le recrutement repose sur quelques prédicateurs qui voyagent. Un avis indique que Paton à Almont, Russell à Pittsburgh, S. H. Withington à Springwater, B. W. Keith à Dansville et Barbour à Rochester « répondront volontiers à tout appel ». Il suffit qu'on leur fournisse une église ou une salle et le prix du voyage. Le voyage n'est même pas demandé aux groupes proches de l'un d'eux.[115] Les lecteurs isolés peuvent donc faire venir un prédicateur. Cet avis explique aussi les remerciements qu'on lit dans les lettres. John F. Harman, d'Antes Fort (Pennsylvanie), remercie Dieu pour la vérité ouverte devant eux par Herald of the Morning de septembre 1878, p. 46.[116]
La lettre d'Elijah Beck, de Buchanan (Michigan), décrit en détail une de ces tournées. Une sœur lui avait d'abord envoyé le tract Three Worlds et six numéros de la revue. Il avait ensuite parlé de ces idées autour de lui et s'était heurté à des oppositions. Russell vient alors donner plusieurs conférences « avec son tableau ». Une partie du public, en voyant les mondes et les âges sur le tableau, décide d'abord de ne pas venir. La salle est pourtant pleine le lendemain soir, et plusieurs personnes s'abonnent au Herald avant le départ de Russell.[117] Selon Schulz et de Vienne, Beck était un fermier retiré. Russell semble avoir prêché dans le Michigan pendant que les Barbour tenaient leurs réunions sous tente en Nouvelle-Angleterre.[118] Russell agit donc ici comme conférencier du groupe, à côté du rédacteur. Le tableau a déjà servi. En 1877, les annonces de conférences de Barbour et Russell promettaient des sujets « illustrés par de grands tableaux peints », avec des places gratuites.[119] Il sert ainsi en salle comme dans la revue.
Les réunions sous tente complètent ces tournées. Le compte rendu des « réunions sous tente » est annoncé pour le numéro suivant.[120] En août 1878, Barbour avait annoncé qu'il dresserait sa grande tente à Springfield le 10 août, puis à Alton Bay. Ces deux villes accueillaient chaque année les rassemblements adventistes.[121] Le groupe va donc chercher ses lecteurs là où les adventistes se réunissent, même s'il n'y est pas le bienvenu.
Les lettres montrent le résultat de ces efforts. Beaucoup vivent seuls avec leurs idées. À Highland Creek, L. Kerr écrit : « nous sommes seuls ici, sans aucune réunion ».[122] Ailleurs, des groupes se forment. Adams vient d'ouvrir à Beverly une réunion consacrée à ces sujets. « Une vingtaine de personnes se sont réunies lundi soir dernier », et la réunion doit avoir lieu au moins une fois par semaine.[123] La diffusion passe aussi par les relations personnelles. Beck a donné à Russell des noms de connaissances dans plusieurs États. À Bristol, il retrouve un vieux frère dont il avait lui-même envoyé l'adresse à la revue.[124]
Les dons des lecteurs couvrent une partie des frais. L. Kerr joint cinquante cents et promet d'envoyer davantage. Mme Keasey envoie cinquante cents pour un an. Kate McNeil adresse « une petite somme » pour continuer à recevoir la revue.[125] Lydia B. Child, âgée de quatre-vingts ans, joint un dollar. Comme elle n'a pas de plus petite monnaie, elle pense que c'est la volonté du Seigneur que la revue reçoive le tout.[126] Ces sommes ne suffisaient pas. Selon Schulz et de Vienne, la revue n'a jamais couvert ses frais, surtout au début, quand des milliers d'exemplaires étaient envoyés gratuitement. Russell avait déposé 660 dollars sur un compte à Rochester pour qu'elle ne manque pas d'argent.[127]
Une rédaction à plusieurs voix, divisée sur l'expiation
La revue est écrite à plusieurs autour de Barbour. Russell et Paton figurent en tête comme rédacteurs adjoints.[128] Paton signe de ses initiales l'article sur l'Euphrate. [[Benjamin W. Keith|B. W. Blandre rappelle que la revue avait cessé de paraître avant de reprendre en juillet 1878. Barbour en restait le rédacteur, avec pour adjoints Paton et Russell.[129] Russell en était aussi le principal financeur.[130]
Cette rédaction collective se divise ouvertement sur l'expiation. Dans le Herald of the Morning de août 1878, Barbour écrivait que les sacrifices ne servaient pas à « apaiser la colère de Dieu », pas plus que le grand sacrifice du Christ. Ils devaient seulement achever l'œuvre de régénération des hommes.[131] L'article « L'expiation » répond à ce texte. Son auteur dit « contester un article de mon frère paru dans le dernier numéro », et il se défend de tout esprit de querelle.[132] Cet auteur est Russell. Zoe Knox confirme que, après la négation de la substitution par Barbour en août, Russell a publié sa réponse dans le numéro du mois suivant.[133] Russell appuie sa critique sur la règle commune du groupe : si son frère lui montre que la Bible n'enseigne pas la substitution, il l'abandonnera, quelle que soit son origine.[134] Selon Schulz et de Vienne, Russell a été choqué par l'image de la mouche épinglée qu'employait Barbour. Il l'a pourtant mal comprise : chez Barbour, elle visait les sacrifices de la loi de Moïse et non celui du Christ. Le fond du désaccord restait le même. Pour Barbour, l'homme est sauvé en suivant l'exemple du Christ, et le Christ ne prend la place de personne.[135]
Barbour garde le dernier mot dans sa propre revue. Ses « Remarques du rédacteur » suivent directement l'article de Russell.[136] Elles occupent plus de place que la réponse de son adjoint et couvrent les pages 40 à 43.[137] Barbour y admet que le Christ est mort « pour » les hommes, mais il nie qu'il soit mort « à leur place ».[138] Il corrige aussi une phrase de Russell, qu'il juge « tout à fait contraire à la Bible ».[139] Les lecteurs voient donc le rédacteur et son adjoint, qui finance la revue, défendre deux doctrines contraires sur la mort du Christ. Penton souligne que Barbour, Russell et Paton étaient alors en désaccord ouvert dans le Herald. Selon lui, la substitution était la véritable question qui les séparait, plus que l'échec du printemps.[140] Le refus de tout credo laisse le groupe sans moyen de trancher ce désaccord. Chacun publie ses arguments, et les abonnés jugent eux-mêmes. Voir aussi Rançon.
Contenu
Le plan des âges
Le plan des âges est représenté par deux plans superposés : le « plan de la chair » et le « plan de l'Esprit ». Chacun comprend une Église, une Jérusalem, un sacrifice et un royaume. Du côté de la chair figurent la Jérusalem terrestre, le sacrifice terrestre et le royaume terrestre. Du côté de l'Esprit figurent la Jérusalem céleste, le sacrifice spirituel et le royaume céleste.[141] Le plan de la chair regarde vers le sacrifice, qui est à venir, et celui de l'Esprit regarde en arrière vers le sacrifice, qui est accompli.[142] Les douze tribus correspondent au plan de la chair et les douze apôtres à celui de l'Esprit.[143] Une devise tirée des chérubins, « d'une seule mesure et d'une seule taille », accompagne le plan.[144]
Le plan donne aussi des durées. De la fin de l'âge patriarcal, à la mort de Jacob, jusqu'à la fin de l'âge juif, à la mort du Christ, il s'écoule 1845 ans. De la fin de l'âge juif, à la mort du Christ, jusqu'à la fin de l'âge de l'Évangile, la durée doit être, à mesure égale, de 1845 ans.[145] Les 2300 jours s'achèvent en 1843-1844. La naissance de Jésus, son baptême, sa crucifixion en l'an 33 et la destruction de Jérusalem en l'an 70 jalonnent aussi le plan. La date de 1914 apparaît en bas, dans une mention qui indique un terme.[146]
L'Apocalypse
L'Apocalypse est présentée comme le dernier message du Seigneur à son épouse qui l'attend, « ses paroles d'adieu ». Une bénédiction particulière est attachée à ceux qui la lisent et en gardent les paroles. Garder ces paroles suppose de les comprendre, et le lecteur est invité à prier pour obtenir cette intelligence.[147] Le texte cite l'avertissement final contre ceux qui ajouteraient ou retrancheraient quelque chose au livre (Apocalypse 22:18-19).[148]
Les six premiers versets forment la préface, et les versets 16 à 18 du premier chapitre donnent le portrait de son divin auteur. Ce portrait montre le Christ glorifié au milieu de son Église, les « sept chandeliers d'or » désignant les sept Églises. Les croyants sont appelés à devenir semblables à lui : leur corps naturel sera remplacé par un corps spirituel, et cette espérance les oblige à se purifier.[149]
Les sept Églises
L'Apocalypse est une prophétie et non une épître. Le nombre sept y est donc un nombre prophétique qui désigne l'ensemble de l'Église comme un tout. Les noms des sept villes d'Asie servent de symboles, car leur sens correspond aux sept phases successives de l'Église de l'Évangile.[150]
Éphèse, dont le nom signifie « chef, désirable », couvre l'histoire de l'Église depuis la Pentecôte jusqu'à la mort du dernier apôtre, vers l'an 100. Cette Église perd son premier amour. L'inspiration spéciale et les pouvoirs miraculeux, donnés pour établir l'Église, disparaissent avec les derniers apôtres.[151]
Smyrne, dont le nom signifie « myrrhe », correspond aux dix persécutions romaines, qui purifient l'Église. C'est durant cette période que l'Église « vainc le dragon », c'est-à-dire conquiert l'empire (Apocalypse 12:11). Cette phase dure jusqu'à la conversion de Constantin, vers 312.[152]
Pergame, « élevée », désigne l'Église après qu'elle a reçu l'appui de l'empire. Elle arrive au siège de Satan et introduit de nombreuses coutumes idolâtres. C'est pendant cette phase que se produit l'apostasie annoncée en 2 Thessaloniciens 2:3, qui révèle « l'homme de péché ». Celui-ci est décrit comme l'union monstrueuse de l'épouse du Christ avec le monde, c'est-à-dire une organisation mêlant Église et État. Cette union avec la quatrième bête donne naissance à la Rome papale. Le « blé » résiste et combat le paganisme, puis il est vaincu et doit se retirer de cette Église dégénérée.[153]
Thyatire, « sacrifice », correspond à l'Église véritable qui fuit dans les grottes et les montagnes. Elle est reprochée de tolérer « cette femme Jézabel » (Apocalypse 2:20). Des milliers de persécutés sont ramenés dans le giron de l'Église « prostituée » par les persécutions d'un côté et par l'offre de richesses et de situation de l'autre. Cette phase va d'environ 538, date où l'homme de péché est pleinement révélé, jusqu'à environ l'an 1000, le point le plus bas de l'Église.[154]
Sardes, « ce qui reste », couvre les siècles sombres où tout progrès de la lumière et de la vérité s'arrête. Une porte doit pourtant s'ouvrir, et la Réforme apporte une vie nouvelle.[155]
Philadelphie, « amour fraternel », correspond à l'Église de la Réforme, à laquelle aucun blâme n'est adressé. Luther en est l'exemple : averti de ne pas aller devant les légats catholiques à Worms, il répond qu'il irait même si chaque tuile des toits était un diable. Cette phase dure du début du XVIᵉ siècle jusqu'à la grande réaction communiste et incrédule de la fin du XVIIIᵉ siècle, qui fait peu à peu disparaître la puissance des premiers réformateurs.[156]
Laodicée, « jugement », est la dernière phase et introduit l'âge du jugement. Elle appartient au « temps de la fin » (Daniel 12:9) et se trouve dans la situation de la dernière génération de l'Église juive : la vision est descellée, la connaissance augmente et l'aube d'un âge nouveau se lève. Cette Église se repose sur les mérites de la précédente et ignore qu'elle est « misérable, pauvre, aveugle et nue ». Il existe pourtant un reste « selon l'élection de la grâce » (Romains 11:1-5), un élément spirituel présent dans toutes les confessions et destiné à être rassemblé. Selon les mesures chronologiques et prophétiques, ce rassemblement doit s'achever dans les prochaines années. L'épouse, alors « prête », entrera aux noces et la porte sera fermée (Apocalypse 15).[157]
L'Euphrate
L'antique Babylone était assise sur l'Euphrate, qui la soutenait jusqu'à ce que ses eaux soient détournées, après quoi la ville est tombée. Par analogie typique, les « eaux » sur lesquelles siège la Babylone de l'Apocalypse sont présentées comme l'Euphrate symbolique : la prostituée est la hiérarchie papale, soutenue par les nations chrétiennes d'Europe (Apocalypse 17:15). Si ces nations cessent de la soutenir, elle tombe.[158]
Cette interprétation est opposée à celle de nombreux commentateurs qui voient dans l'Euphrate la Turquie ou la puissance musulmane. L'auteur objecte que, si le fleuve est littéral, il ne désigne pas plus la Turquie que la république américaine. S'il est un symbole, les musulmans n'ont jamais soutenu Babylone, c'est-à-dire la hiérarchie papale.[159]
Pour Apocalypse 9:14, où les quatre anges sont liés « dans le grand Euphrate », l'auteur compare trois traductions : « dans le grand fleuve », « au grand fleuve » (Wakefield) et « près du grand fleuve » (Sawyer). Il retient la dernière. Si les quatre anges représentent les musulmans, la puissance qui les lie est une autre. Les Ottomans, liés pendant 150 ans, de 1299 à 1449, sous la cinquième trompette, tourmentent l'empire grec sans pouvoir le tuer. Ils prennent ensuite Constantinople et la gardent jusqu'en 1840, soit 391 ans et 15 jours, sous la sixième trompette. La puissance de l'empire romain les a retenus pendant la première période.[160]
À l'objection que l'ancienne Babylone ne siégeait que sur un fleuve, alors que celle de l'Apocalypse siège sur « plusieurs eaux », l'auteur répond que l'Euphrate débordait à la saison des pluies, formait de nombreux étangs et fournissait des revenus aux habitants. Le type est donc complet.[161]
La Turquie, les Juifs et le rassemblement
L'identification de l'Euphrate à la Turquie a conduit des publications, dont The World's Crisis de Boston, à annoncer depuis des années que la guerre entre la Russie et la Turquie était la grande bataille du jour du Dieu tout-puissant. Selon elles, la chute de la Turquie entraînerait le retour du Christ et la résurrection des morts, en même temps qu'un embrasement général de la terre. Daniel 11:45 est aussi appliqué à la Turquie. Les événements de l'année (cessation des hostilités, traité anglo-turc garantissant la liberté religieuse en Turquie et des privilèges aux Juifs en Palestine) sont présentés comme un démenti : ces dirigeants sont qualifiés d'« aveugles conduisant des aveugles ».[162]
L'auteur estime que ces publications verraient la lumière si elles admettaient que le peuple de Daniel, les Juifs, doit être rétabli durant le temps de détresse (Daniel 12:1 ; Daniel 9:24). Selon l'argument des « deux dispensations », la restauration des Juifs doit commencer en 1878. Selon celui des « temps des Gentils », elle demande trente-sept ans, comme il en avait fallu pour leur renversement. L'attitude de l'Angleterre vis-à-vis de la Turquie y est vue comme une porte ouverte. L'Angleterre favorise les Juifs sur le plan politique et théologique, son Premier ministre, Lord Beaconsfield, est juif, et elle permet maintenant aux Juifs d'adorer légalement en Palestine, ce qui ne s'était jamais vu depuis leur dispersion. Ces faits sont jugés conformes à la position du Herald of the Morning.[163]
La prophétie de Gog (Ézéchiel 38:8-16) décrit un peuple d'Israël vivant en sécurité, prospère, dans des villages sans murailles, « sans barres ni portes ». L'auteur y voit un tableau étranger au musulman belliqueux et à ses fortifications. Avant la bataille du grand jour, les Juifs dispersés doivent être rassemblés, puis les rois de la terre sont rassemblés contre Jérusalem. Pour cela, les « eaux de l'Euphrate », les nations chrétiennes d'Europe, doivent être asséchées (Apocalypse 16:12-14). Comment cet effondrement de l'Europe conduira au rassemblement contre Jérusalem, l'auteur dit l'ignorer, mais il le croit sur la foi de la prophétie. Il discerne déjà la division de l'Europe en trois parties hostiles : les éléments monarchique, religieux et communiste.[164]
Quand les nations sont rassemblées contre Jérusalem, que la moitié de la ville est captive (Zacharie 14:1-3), le Seigneur vient avec tous ses saints. La venue du Christ pour ses saints et leur rassemblement auprès de lui doivent donc précéder cette manifestation publique. Celui qui attend de le voir venir ainsi se range avec « les tribus de la terre », tandis que les frères déjà rassemblés et glorifiés seront avec lui quand il viendra. Cet article est signé J. H. P. (J. H. Paton).[165]
L'expiation
L'auteur, qui désapprouve à contrecœur un article de son frère publié dans le numéro précédent, déclare agir sans esprit de controverse. Il défend la doctrine de la substitution, qu'il tient pour l'un des enseignements les plus importants de la Parole de Dieu. Il rappelle que les Étudiants de la Bible n'ont d'autre credo que la Bible et jugent les enseignements de chacun par elle seule.[166]
Il approuve la partie de l'article qui présente le Christ comme « le commencement de la nouvelle création de Dieu », devenu chef et source de la nature divine pour la créature par sa mort et sa résurrection. L'erreur serait de croire que, parce que le Christ est mort pour devenir chef de la nouvelle création, sa mort n'a rien accompli d'autre. Selon l'auteur, le Christ a été notre substitut dans la mort : il est mort, juste, pour des injustes, et a goûté la mort pour tout homme. Il est aussi devenu « l'auteur d'un salut éternel pour tous ceux qui lui obéissent ». Médiateur, il nous met en accord avec Dieu, d'où le mot « at-one-ment » (« expiation », littéralement « mise en un »).[167]
La substitution vaut pour tous : « comme en Adam tous meurent, de même en Christ tous revivront ». Mais le Christ ne devient chef spirituel que de ceux qui croient et obéissent. Tous les hommes reçoivent la vie par sa mort, et les croyants seulement reçoivent le salut éternel par sa vie. L'auteur distingue ainsi deux aspects. D'abord la mort, substitution « pour les péchés du monde entier », qui produit la réconciliation (2 Corinthiens 5:19). Ensuite la résurrection, par laquelle le Christ devient le chef de notre salut, le commencement de la nouvelle création et notre grand prêtre, avocat et représentant dans le Saint des saints.[168]
La nécessité de l'expiation
Par Adam, chef de la famille humaine, le péché est entré dans le monde et la mort a passé sur tous les hommes (Romains 5:12). Une loi de Dieu avait été violée et la justice a suivi son cours. La miséricorde de Dieu pouvait satisfaire la justice sans la contrarier. Aucun homme déchu ne pouvait observer la loi parfaite, ni payer la dette du reste de la famille. Dieu aurait adopté ce plan pour enseigner la justice de sa loi, la perfection de sa justice, puis sa miséricorde et son amour (Romains 5:6 ; Galates 4:4-5).[169]
Racheter, c'est racheter à prix d'argent : le Christ a racheté pour tous les hommes la vie, perdue par la désobéissance du premier Adam. Le second Adam l'a rachetée au prix de sa propre vie.[170]
Lettres de lecteurs
Des lecteurs écrivent pour dire ce que la revue leur apporte. Alexander Hamilton Clark, de Stouffville (Canada), y voit « l'harmonie » des Écritures et le plan de rédemption du monde entier. L. Kerr, de Highland Creek (Ontario), écrit que le plan des âges « remplit nos esprits d'une lumière et d'une joie » comparables à un feu enfermé dans les os, et que la revue est le seul message de l'esprit de vérité. James G. Mitchell, de Bristol (Indiana), lecteur depuis plus d'un an, affirme avoir reçu plus de lumière qu'en vingt ans de lecture de la Bible, et que la Bible est devenue pour lui « un livre nouveau ».[171]
Un lecteur soutient que le Christ est mort à la place des hommes. Il cite Romains 5:11-19 : les hommes ont été « vendus au péché » et rachetés par le sang précieux d'un agneau sans défaut. Il rappelle que les sacrifices de taureaux, d'agneaux et de colombes enseignaient qu'il n'y a pas de pardon sans effusion de sang. Le type est pourtant incomplet, selon lui, car ces animaux ne mouraient pas volontairement, alors que le Christ s'est donné lui-même. Les animaux choisis étaient ceux qui opposent le moins de résistance, comme l'agneau ou la colombe, ce qui renvoie à l'agneau conduit à la boucherie. Le centre de tout est que « Christ est mort pour nos péchés », ce qui, d'après Romains 5:7, prouve l'amour de Dieu. Sans cette mort, les hommes seraient restés sous la domination de la mort, et la première mort aurait été éternelle. Les œuvres humaines n'ont aucune part dans la chute sous la mort ni dans la délivrance, qui est l'œuvre du second Adam. Le lecteur ajoute que, sans la résurrection du Christ, la mort de celui-ci aurait quand même assuré la résurrection de tous les hommes. Ils seraient cependant restés des hommes naturels, incapables d'accéder à l'existence spirituelle sans un chef, un guide et un avocat, rôle que le Christ a pris par sa résurrection. Il cite 1 Pierre 1:3 et Romains 5:10 : réconciliés par la mort du Fils, les croyants seront sauvés par sa vie.[172]
Le rédacteur répond qu'il admet que le Christ est mort « pour » les hommes, le juste pour les injustes, mais nie qu'il soit mort « à la place » des hommes. Il compare : le Christ comparaît devant Dieu pour nous, non à notre place. Il reproche aux chrétiens d'avoir appris à ne pas se servir de leur jugement sur le bien et le mal, et voit dans cette crainte la source de dogmes qui déshonorent Dieu. Il s'appuie sur Genèse 3:22, où l'homme est devenu semblable à Dieu pour connaître le bien et le mal, et en conclut que la raison est un droit de naissance que beaucoup vendent « pour un plat de lentilles ». Sans elle, soutient-il, personne ne peut connaître Dieu, même si la raison seule ne suffit pas à le trouver.[173]
Le raisonnement part de la sentence prononcée sur Adam, « en mourant tu mourras », appliquée à Adam lui-même, qui est mort à 930 ans (Genèse 5:5). Le Christ n'est donc pas mort à la place d'Adam. Le rédacteur compare le Christ à un médecin qui prescrit un remède sans le prendre à la place du malade : le remède, c'est sa propre vie. Le Christ achète ainsi le droit de régénérer l'humanité en la faisant sortir du tombeau, et il est mort pour être « Seigneur des morts » comme des vivants. Pour donner aux hommes sa propre nature, il devait être leur chef, le premier homme, et ne pouvait être Seigneur des morts sans connaître lui-même la mort. Cette nécessité fixe le prix de la rançon, et il a été fait « un peu inférieur aux anges » pour souffrir la mort. Le Christ souffre donc pour le monde entier, mais non à la place du monde entier. Il donne sa vie en rançon pour tous, non pour apaiser une loi violée, mais « en vue de la joie qui lui était réservée ».[174]
Le rédacteur ajoute un argument sur l'infini et le fini. La cause et l'effet étant égaux, Dieu ne peut créer un être plus grand que lui, et un être fini ne peut accomplir un acte infini ni subir un châtiment infini. La doctrine selon laquelle le moindre péché d'un être fini mérite un tourment éternel est donc rejetée comme un déshonneur pour la théologie et pour le nom de Dieu. Il en déduit que chaque homme reçoit une juste rétribution pour chacun de ses actes, bons ou mauvais, avec peu ou beaucoup de coups selon sa culpabilité. La loi de Moïse, qui s'adressait à l'homme naturel, ne promettait ni récompense éternelle ni mort éternelle, seulement la possession du pays, de bonnes récoltes et la victoire sur les ennemis, ou l'expulsion du pays pour la désobéissance. La mort est venue par un seul homme, indépendamment des actes individuels, et la résurrection vient de même par un seul homme : « comme tous meurent en Adam, ainsi tous revivront en Christ ». La mort est donc le tribut que le monde paie à la loi violée, et chacun reçoit en outre la rétribution de ses propres actes. Le don de Dieu, lui, est la vie éternelle, accordée sous condition.[175]
Le rédacteur rejette la doctrine de la substitution, selon laquelle le Christ aurait porté à la place des pécheurs la peine exigée par la loi. Il lui reproche de faire payer deux fois : une fois par le Christ, une seconde fois par la plus grande partie des hommes, ce qui serait une justice « à deux faces ». Il affirme que « le Christ est mort pour nos péchés, c'est vrai, mais non à notre place ni pour satisfaire une loi violée ». Le Christ est mort pour que les hommes revivent, après avoir payé eux-mêmes la peine de la mort naturelle. S'ils meurent de nouveau après avoir reçu la vie éternelle, il ne reste plus de sacrifice, car seul le péché « qui mène à la mort » ne peut être effacé par une peine inférieure à la peine capitale. Il illustre l'idée par un trésor englouti dans un navire naufragé : l'homme qui descend dans la cloche de plongée, au risque de sa vie, pour sa femme et ses enfants, ne détourne aucun courroux. Le Christ a ainsi sacrifié sa vie naturelle pour son épouse et ses enfants, sans qu'aucune loi soit apaisée ni qu'aucun foudre divin le frappe à notre place.[176]
La miséricorde et la grâce résident dans le plan lui-même. L'homme qui a subi toute la peine de ses actes n'est pas simplement rétabli dans son état antérieur : il est élevé à un rang auquel il n'avait jamais eu droit, rapproché de Dieu par le sang, c'est-à-dire la vie, du Christ, et devenu en lui une nouvelle créature. Le rédacteur rappelle que, selon Romains 5:13, le péché n'est pas imputé là où il n'y a pas de loi. Il estime que l'homme naturel, même à l'âge de la restitution, serait toujours exposé à pécher à nouveau et donc à être puni encore. Le pardon accordé à l'homme naturel suit toujours la justice, comme on pardonne à un voleur qui restitue. Il cite Ésaïe 40:2 : Jérusalem a reçu « le double pour tous ses péchés », puis a été pardonnée. Sous la loi cérémonielle, le péché volontaire n'était pas pardonné sans châtiment, et seuls les péchés dont on n'était pas responsable l'étaient, de façon typique, par le sang versé. La grâce est définie comme le don gratuit d'une nouvelle nature, qui doit croître jusqu'à contrôler complètement le « vieil homme ». Le sang et la vie du Christ ayant le même sens, les croyants sont purifiés par la vie du Christ qui leur est communiquée. Seule l'épouse élue atteint la pleine stature dans cette vie. Tous les autres devront y parvenir, s'ils y parviennent, à l'âge de la restitution, comme héritiers du royaume mais non comme faisant partie de « l'épouse de l'Agneau ». Cette conception donne toute la gloire du salut au Christ, puisque l'homme naturel peut souffrir pour ses péchés sans jamais accomplir son propre salut.[177]
Le rédacteur corrige une phrase du lecteur : il juge contraire à la Bible que la mort du Christ ait suffi à assurer la résurrection de tous sans sa propre résurrection. Il s'appuie sur 1 Corinthiens 15:19-22 : la résurrection des morts dépend de la résurrection du Christ, « prémices de ceux qui sont morts ». La mort du Christ ne fait rien en elle-même, et c'est parce qu'il vit que les hommes vivront. Il admet que le pardon est étendu d'une certaine manière au corps du Christ, c'est-à-dire à l'Église, mais non au reste de l'humanité, et c'est en ce sens que le Christ est « notre Pâque ». L'Église subit déjà son jugement : elle reçoit des châtiments temporels pour ses fautes et des récompenses pour ses bonnes œuvres, mais jamais en pleine mesure, car elle a un avocat auprès du Père. Le monde, à l'âge de la restitution, recevra la pleine peine de chaque acte, puis verra son châtiment diminuer à mesure que le « nouvel homme » grandit. Le présent salut est ainsi « un salut particulier », un « haut appel » et une faveur spéciale. La purification par le sang signifie une régénération progressive par la vie du Christ, et le rédacteur écrit que, pour lui, c'est une compréhension nouvelle de ce que veut dire « être purifié par son sang ».[178]
Le témoignage de l'Esprit
Cet exposé de Benjamin W. Keith part de Romains 8:16-17 : l'Esprit atteste avec notre esprit que nous sommes enfants de Dieu. « L'Esprit a été donné à l'Église, toujours considérée comme un seul corps, à la Pentecôte », puis à chacun de ceux qui y entrent. Il sert de sceau jusqu'au jour de la rédemption, selon Éphésiens 1:12-14 et 2 Corinthiens 1:21-22, où il est le gage de l'héritage.[179]
L'Esprit est donné pour guider « dans toute la vérité » (Jean 16:13), enseigner toutes choses et rappeler ce que Jésus a dit. Le texte cite aussi la promesse d'une onction qui dispense d'un enseignement humain. La connaissance de la vérité a un effet sanctifiant : Jésus a prié pour que les croyants soient sanctifiés par la vérité (Jean 17:17), et la volonté de Dieu est leur sanctification (1 Thessaloniciens 4:3). La parole de Dieu est une lampe pour les pieds (Psaumes 119:105). Le sentier des justes, qui est celui de l'Église, brille de plus en plus jusqu'au plein jour. Toute l'Écriture est inspirée et utile pour instruire, de sorte que l'homme de Dieu soit accompli (2 Timothée 3:15-17). Les prophètes ont écrit sous l'impulsion de l'Esprit du Christ pour nous (1 Pierre 1:11-12), et il faut donc le même Esprit pour comprendre ce qu'ils ont écrit. Il est indispensable d'avoir l'Esprit du Christ pour lui appartenir (Romains 8:9), et ceux qui sont conduits par l'Esprit de Dieu sont fils de Dieu (Romains 8:14).[180]
Quiconque cherche la vérité comme un trésor caché (Proverbes 2:4) et demande l'Esprit avec une foi sans doute le reçoit : cet Esprit atteste alors qu'il est enfant de Dieu en accomplissant sa fonction, qui est de guider dans toute la vérité. Les choses que Dieu a préparées pour ceux qui l'aiment sont révélées par l'Esprit, qui sonde les profondeurs de Dieu (1 Corinthiens 2:9-13). Celui dont l'intelligence a été éclairée pour comprendre ces profondeurs sait donc qu'il est conduit par l'Esprit, tandis que l'homme naturel les juge folie. La foi, qui est nécessaire pour plaire à Dieu et dont le but est le salut (1 Pierre 1:9), « repose sur la connaissance, qui ne s'acquiert pas sans étude, aidée par l'Esprit ». La connaissance fonde aussi la responsabilité : ceux qui, après avoir échappé aux souillures du monde, s'y laissent reprendre sont dans un état pire que le premier (2 Pierre 2:20-21). L'exposé se termine par l'exhortation à persévérer sans attrister le Saint-Esprit, et il est signé B. W. Keith.[181]
Questions et réponses
La première question demande comment les sacrifices annoncés par Ézéchiel pour l'avenir s'accordent avec Hébreux 10. La réponse rappelle que le corps de Jésus a été offert une fois pour toutes (Hébreux 10:10) et que les sacrifices sanglants de la loi ne pouvaient pas ôter les péchés : ils servaient d'instructeurs, la loi étant un « pédagogue » (Galates 3:24). Si elle a rempli cette fonction pour conduire l'Église au Christ, rien n'empêche qu'elle serve de nouveau, à l'âge de la restitution, à conduire le monde païen à une certaine connaissance. Un type peut renvoyer vers le passé comme vers l'avenir, puisque seul le Christ est le vrai sacrifice et que les autres sont une simple ombre. Les sacrifices supprimés pendant « l'évangile de la grâce », c'est-à-dire pendant la perfection de l'épouse et du corps du Christ, seront rétablis selon Ézéchiel quand viendra le moment de faire connaître le Christ à la création qui gémit. Des détails de l'âge de la restitution, on sait peu de chose, mais les « commandements de Dieu » et la « foi de Jésus » y seront unis, de sorte que l'âge à venir combinera les éléments de l'âge juif et de l'âge de l'évangile. Croire que la terre sera aussitôt « remplie de la connaissance du Seigneur » dès le début des temps de la restitution est « une idée erronée »: cet état est le résultat à atteindre, et l'âge à venir doit employer des moyens, comme tous les âges passés.[182]
La seconde question porte sur la nouvelle naissance : en quoi consiste-t-elle, quand a-t-elle lieu, et comment concilier cela avec Jean 1:13, 1 Pierre 1:23, 1 Jean 3:9, 1 Jean 4:7 et Jean 3:3 ? La réponse définit la nouvelle naissance comme l'entrée complète dans la vie spirituelle, qui ne se produit pas avant que ce corps mortel revête l'immortalité. Le Christ, parfait avant sa mort et spirituel d'esprit, est entré dans la vie « au-delà du voile » seulement lorsqu'il est devenu « le premier-né d'entre les morts » (Colossiens 1:18). À la résurrection, les croyants entrent dans un type de vie plus élevé, égal à celui des anges, ce que nul chrétien n'est dans cette vie. Il n'existe que deux naissances, celle de la chair et celle de l'esprit, et l'entrée dans l'état supérieur est la seconde, qui achève la « régénération ». Le processus commence à la conversion, lorsque le croyant est « engendré pour une espérance vivante », et se termine à la résurrection, quand le corps naturel semé devient un corps spirituel.[183]
Pour les textes qui présentent cette naissance comme déjà accomplie, la réponse invoque Romains 4:17 : Dieu appelle les choses qui ne sont pas comme si elles étaient. Ce principe vaut pour toute la Bible, où les choses en cours sont dites accomplies : « nous sommes maintenant fils de Dieu », c'est-à-dire fils en devenir, bien que l'on ne sache pas encore ce que l'on sera. Enfin, le mot grec gennao, traduit par « né » dans Jean 1:13, est rendu par « engendré » quarante-trois fois ailleurs et devrait l'être aussi dans ce verset et dans d'autres où les traducteurs ont écrit « né ».[184]
Correspondance
Des lecteurs écrivent à la rédaction pour dire ce que la revue leur a apporté. A. P. Adams, pasteur à Beverly, exprime son attachement aux vérités qui y sont proclamées et regrette que si peu de gens les examinent, alors qu'elles lui paraissent assez claires pour convaincre quiconque les étudie honnêtement. Il reconnaît une déception et une erreur : le groupe avait cru que le rassemblement dans le grenier désignait la translation, c'est-à-dire l'enlèvement des saints. Sa position lui semble pourtant plus solide qu'auparavant. La seconde moitié de la soixante-dixième semaine de Daniel lui paraît maintenant claire, et le « double » est complet. Il trouve très beau de voir dans le cantique des vainqueurs, sur la « mer de verre », le cantique de la restitution. Il vient de fonder à Beverly une réunion consacrée à ces sujets : une vingtaine de personnes y sont venues le lundi précédent, et il compte la tenir au moins une fois par semaine. Il pense que l'Église nominale renferme encore beaucoup de blé à rassembler dans le grenier.[185]
John F. Harman, d'Antes Fort (Pennsylvanie), remercie Dieu pour la lumière apportée par la revue et par M. Keith. Il se demande pourquoi les croyants sont restés si longtemps dans les ténèbres, à se nourrir de « cosses » alors que la maison du Père regorge de biens. Une lectrice de Nashua (New Hampshire), Kate McNeil, remercie M. Barbour de lui envoyer la revue et joint une petite somme pour l'abonnement. Elle raconte que, croyante tiède, elle n'avait jamais pensé que le second avènement fût proche avant de lire la revue l'automne précédent. Elle se dit « une nouvelle créature en Christ » depuis le 1er mars, et c'est la restitution, qu'elle ignorait avant de lire la revue et les tracts Three Worlds (« Les trois mondes »), qui lui inspire cet amour.[186]
Mme D. H. Keasey, de South Haven (Michigan), écrit le 7 septembre 1878. Elle a demandé la revue après en avoir entendu parler au printemps, et elle y voit la réponse à une prière de plus d'un an pour être conduite à la vérité. Elle note que la démonstration selon laquelle la conversion du monde n'appartient pas à cet âge lui explique pourquoi Dieu n'avait pas converti ceux pour qui elle priait, et qu'elle en venait presque à douter de lui. Elle comprend désormais que Dieu sauvera en son temps et à sa manière.[187]
Le Dr L. Williamson, de Jackson (Michigan), se réjouit de la réception des deux derniers numéros et approuve la position de la revue sur le plan du salut. Elijah Beck, de Buchanan (Michigan), remercie M. Barbour et M. Russell de la lumière apportée dans cette localité. Une sœur lui a envoyé le tract Three Worlds et six numéros de la revue ; il les a lus et relus, puis il a exposé ces vues à ses amis et à ses frères, qui s'y sont opposés. M. Russell est ensuite venu donner une série de conférences avec son tableau. La première portait sur les trois mondes. Une partie du public, voyant au tableau des mondes et des âges, a d'abord décidé de ne pas assister à ces conférences, mais les sièges étaient pleins le lendemain soir. Plusieurs personnes se sont abonnées avant son départ. Elijah Beck rapporte aussi avoir retrouvé à Bristol (Indiana) un vieux frère et une sœur à qui il avait fait envoyer la revue ; ils ont parlé de son contenu, et il compare cet échange à celui des deux disciples d'Emmaüs avec Jésus (Luc 24:32).[188]
Lydia B. Child, de West Boylston, âgée de quatre-vingts ans et infirme, envoie un dollar pour la revue, dont elle apprécie le plan de Dieu, « si grand et si digne de Dieu ». Elle déplore l'esprit de persécution que rencontre la revue de la part des frères adventistes, qui feraient mieux de suivre le conseil de Gamaliel (Actes 5:34-39). Elle demande un exemplaire de The Object and Manner of our Lord's Return (« L'objet et la manière du retour de notre Seigneur »).[189]
La page de titre
Les trois mondes de la page de titre sont le monde d'avant (2 Pierre 3:6), le monde présent et le monde à venir (Luc 18:30). Ils désignent trois grands changements d'âge sur la terre, qui doit durer éternellement. Avec leurs subdivisions, ils forment le « plan des âges ».[190]
Les deux chérubins, l'un tourné vers le Christ, le propitiatoire, et l'autre vers l'arrière, représentent deux âges. L'âge juif, avec ses types et ses sacrifices, regarde vers l'avant ; l'âge de l'évangile regarde en arrière vers le grand sacrifice. Les deux chérubins étaient « d'une même mesure et d'une même dimension », et des preuves chronologiques et prophétiques établiraient que l'âge juif a duré 1845 ans, jusqu'à la mort du Christ. L'âge de l'évangile aurait duré lui aussi 1845 ans et se serait terminé au printemps de 1878, 1845 ans après la crucifixion.[191]
L'âge juif s'achève avec l'avènement du Messie, qui commence à la naissance de Jésus et dure 33 ans et demi, jusqu'à la crucifixion au printemps de l'an 33. L'âge de l'évangile, de même mesure, finit au premier mois (selon le calendrier juif) de 1878. À l'automne de 1844, 33 ans et demi avant cette fin, commence l'œuvre du second avènement : le Christ quitte le Saint des saints et entre dans le tabernacle extérieur. Au premier avènement, Jésus était resté trente ans dans le « tabernacle » du temple terrestre (Jean 2:19) avant de commencer la moisson. De même, il serait resté trente ans dans le tabernacle non fait de main d'homme, jusqu'à l'automne de 1874, avant de commencer la moisson, c'est-à-dire la semaine finale de l'âge de l'évangile. Le point de 1843-1844 est marqué par la fin des 2300 jours de Daniel 8:14. Celui de 1873-1874 l'est par trois mesures chronologiques et prophétiques, et la fin de l'âge de l'évangile au printemps de 1878 par l'égalité de sa durée avec celle de l'âge juif.[192]
Les trois ans et demi qui suivent la fin de l'âge juif forment la seconde moitié de la soixante-dixième « semaine » de Daniel 9:24. Les soixante-neuf premières semaines se terminent au baptême du Christ, quand il devient l'Oint (Actes 10:38), car « Messie » signifie « oint ». Il restait donc une semaine (sept ans) due à l'Église juive, et le sacrifice a cessé au milieu de cette semaine. Après la mort de Jésus, il restait trois ans et demi pour rassembler le « blé » dans le reste choisi par grâce, où Paul se compte, tandis que les autres étaient aveuglés. La moisson de cet âge couvre donc sept ans : trois ans et demi pour séparer le blé de la paille, trois ans et demi pour rassembler le blé. La destruction de la nationalité juive, achevée en l'an 70, intervient 33 ans et demi après la fin de ce rassemblement.[193]
Un parallèle exact est établi avec la fin des temps des Gentils. Sept temps prophétiques valent deux fois 1260, soit 2520 ans. Ils commencent avec le foulement de Jérusalem sous Nebucadnetsar en 606 avant Jésus-Christ et se terminent donc en 1914, soit le même intervalle après la fin de l'âge que celui qui sépare la fin de la nationalité juive de la fin de son âge. Les deux périodes de trois ans et demi qui closent l'âge de l'évangile, parallèles à celles de la fin de l'âge juif, répondent à un but semblable : cet âge se termine aussi par une moisson (Matthieu 13:30), divisée en deux parties, d'abord la séparation entre l'ivraie et le blé, puis le rassemblement du blé. Ce rassemblement, qui se fait vers une condition et non vers un lieu, l'épouse étant maintenant prête, est suivi de 33 ans et demi de troubles jusqu'à la fin des temps des Gentils.[194]
Cette explication de la page de titre ne constitue pas la preuve de la position défendue. Cette preuve, tirée de presque toute l'Écriture, est présentée comme claire et simple, et elle indiquerait notre position exacte dans le cours du temps. Le texte cite Jean 15:15 (« je vous appelle amis »), et ajoute que, si cette position est juste, le moment est venu où le « mystère de Dieu » doit s'achever (Apocalypse 10:7). Le compte rendu des réunions sous tente est annoncé pour le numéro suivant.[195]
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Références
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- ↑ PENTON, Apocalypse Delayed, op. cit., p. 32-34. Original : « It was not discussed in Herald of the Morning in which Barbour, Russell, and Paton were disagreeing openly […] The real issue that divided the three associates was the doctrine of substitutionary atonement. »
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