La Tour de Garde de Octobre 1883
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| La Tour de Garde de Octobre 1883 | |
|---|---|
| Revue | La Tour de Garde |
| Date | 1883 |
| Auteur(s) | John C. Sunderlin, Maria Russell, R. Cossar, Horatius Bonar |
| Année | 1883 |
| Langue | Anglais |
| Pays | États-Unis |
Ce numéro porte en grande partie sur le sort des milliards d'êtres humains morts sans avoir entendu parler du Christ. Un diagramme missionnaire, qui répartit l'humanité selon sa religion, ouvre la discussion. La réponse proposée tient en deux temps. Dans l'âge présent, l'Évangile rend seulement témoignage et sert à choisir le « petit troupeau ». Dans l'âge suivant, les morts reviennent à la vie et apprennent la vérité. Le deuxième discours sur l'objet du retour du Seigneur reprend la question avec le chiffre de 142 milliards de morts et oppose cette réponse au calvinisme comme à l'arminianisme.
Une autre partie du numéro concerne la vie des lecteurs eux-mêmes. Ils n'ont pas d'assemblées locales avec anciens et diacres, car le Seigneur, présent de façon invisible, dirige lui-même chaque ouvrier. Ils acceptent le nom de « secte » parce qu'ils se séparent de toutes les Églises. Ces Églises sont comparées à des enclos où les brebis dépérissent. Les dix commandements, y compris le sabbat, ne s'imposent plus aux chrétiens, qui vivent sous la loi d'amour.
Plusieurs textes sont signés. John C. Sunderlin écrit sur la miséricorde de Dieu envers le monde. Maria Russell appelle à suivre Jésus sans regarder en arrière. R. Cossar résume la doctrine de la restitution. Des extraits du journal The Scotsman critiquent l'autorité de la Confession de Westminster. Dans la rubrique des questions, la revue affirme qu'aucun autre journal n'enseigne la présence personnelle du Christ.
Analyse
Croyances
La mort, la rançon et la leçon du mal
La critique de l'enfer part d'une idée sur la mort. Les Églises ont cru le premier mensonge de Satan, « vous ne mourrez point ». La mort est la perte de la vie, et le shéol désigne seulement l'état de mort.[1] Cette doctrine vient de George Storrs. Il l'avait adoptée en 1837 après avoir lu un tract de Henry Grew. Ses Six Sermons circulaient à près de 200 000 exemplaires en 1880.[2] La même idée sert à lire Ecclésiaste 11:3, « là où l'arbre tombe, il reste ». Ce verset servait d'ordinaire à dire que le sort de chacun est fixé à sa mort. Dans le discours n° 2, il signifie seulement que le mort garde, jusqu'à sa résurrection, le savoir ou l'ignorance qu'il avait en mourant.[3] Si les morts ne savent rien, ils n'ont pas pu être jugés. Leur épreuve doit donc venir plus tard.
La rançon donne ce retour à la vie. Romains 5:18-19 et 1 Corinthiens 15:22 disent que tous perdent la vie en Adam sans l'avoir voulu, et la reçoivent du second Adam sans l'avoir voulu non plus.[4] Schulz et de Vienne montrent que le groupe d'Allegheny reliait déjà ces deux versets dans les années 1870. Pour eux, la rançon était un prix équivalent payé pour tous, et cette certitude fondait l'espoir d'un rétablissement de toutes choses.[5] La rançon sert aussi de frontière dans « Notre secte » : est chrétien celui qui accepte sa part du sacrifice du Christ.[6]
Reste la peur d'une nouvelle chute. Les ressuscités ne pècheront pas comme Adam, parce qu'ils auront appris pendant six mille ans combien le péché est mauvais.[7] Tony Wills explique ainsi la réponse de Russell sur le mal : les ressuscités se souviendront de leur première vie et la compareront au règne du Christ. Ils choisiront le bien par expérience, et non grâce à un raisonnement.[8] La même idée explique le massacre des Amalécites. Ces peuples ont seulement appris à connaître le mal, et ils pourront choisir le bien le moment venu.[9] Leur mort violente ne décide donc pas de leur sort.
L'Église d'abord, le monde ensuite
La rançon vaut pour tous, mais pas pour tous en même temps. L'âge présent sert à choisir un « petit troupeau », un « sacerdoce royal ». Ce groupe instruira et bénira le monde dans l'âge suivant.[10] Robert Crompton résume la doctrine de Russell de la même façon : être exclu du « petit troupeau » ne damne personne, puisque le jugement du monde appartient au Millénium.[11] Barbour plaçait déjà, en 1877, le « témoignage en son temps » de 1 Timothée 2:6 après le second avènement. Pour lui, l'Évangile actuel ne visait qu'un « sacerdoce royal ».[12]
Cet ordre explique le jugement porté sur le diagramme des missions. L'Évangile n'a pas converti le monde, et il ne devait pas le faire.[13] D'autres prémillénaristes de la même époque en tiraient la conclusion inverse. Le presbytérien Arthur T. Pierson attendait lui aussi un retour du Christ avant le Millénium. Pour lui, cette attente devait pousser les croyants à porter l'Évangile au monde entier.[14] Selon sa biographe Dana L. Robert, Pierson pensait même que l'annonce de l'Évangile à toutes les nations amènerait le retour du Christ.[15] La revue part de la même attente, mais elle renvoie la conversion du monde à l'âge suivant.
L'Église est le corps et l'Épouse du Christ. Avec sa Tête, elle forme le « Christ complet », la postérité d'Abraham de Galates 3:29. C'est elle qui écrasera la tête du serpent.[16] Le Christ reviendra ainsi bénir toutes les familles de la terre pendant le septième jour, qui commence avec Adam et finit avec le Millénium. Ce septième jour dure sept mille ans.[17] Penton rappelle que Barbour faisait déjà finir six « jours » de mille ans à l'automne 1873. Le septième, le Millénium, devait être un grand sabbat de rétablissement.[18] Dans la partie sur le sabbat, ce découpage sert à faire du repos du septième jour un type du repos de la foi.[19]
Tous les morts ramenés à la vie et mis à l'épreuve
La restitution revient dans presque tous les articles du numéro. Le discours n° 2 en précise le contenu. Le monde retrouve la vie humaine et le pouvoir d'obéir, et non la vie éternelle, qu'Adam n'a jamais eue.[20] Ce « salut général » est distinct du « grand salut » des croyants, qui reçoivent la nature divine.[21] Pour appuyer cette distinction, le discours cite 1 Timothée 4:10, un verset que les universalistes utilisaient le plus. Il précise aussitôt que ses auteurs ne sont pas universalistes.[22]
Le sort des 142 milliards de morts se règle grâce à la fin de 1 Timothée 2:6. Selon le discours, « Dieu a un temps fixé pour chaque chose »: le temps de ces morts est donc encore à venir.[23] Barbour avait déjà tiré de ce verset une épreuve dans le monde à venir pour tous ceux qui n'avaient pas connu la vérité. Il l'avait écrit dans un article publié par Storrs en septembre 1876.[24] Le discours refuse un mot : cette épreuve est pour chacun une première chance, et il n'enseigne de seconde chance pour personne.[25] Les adversaires du mouvement parlaient au contraire de « seconde chance ». Crompton reprend d'ailleurs cette expression pour résumer la pensée de Russell.[26]
Le rétablissement s'étend à Israël, à Samarie et à Sodome. Israël revient à la faveur de Dieu une fois que « la plénitude des nations », l'Église, est entrée.[27] Blandre montre que William Miller rejetait le rétablissement d'Israël. Joseph Marsh l'a réintroduit chez les adventistes en 1847, et Russell l'a repris ensuite.[28] Pour Sodome, l'argument repose sur Ézéchiel 16:53-55. Tous ses habitants ont péri, donc leur retour « à leur ancien état » suppose une résurrection.[29] En 1877, Barbour lisait déjà le même chapitre d'Ézéchiel de cette façon, contre ce qu'il appelait la « théologie ».[30]
Pendant le Millénium, chacun est jugé pour ses propres fautes. Le proverbe des raisins verts de Jérémie 31:29-30 ne vaut plus, parce qu'on ne meurt plus à cause d'Adam.[31] Le commentateur Adam Clarke lisait ce proverbe autrement. Selon lui, il veut dire qu'aucun enfant n'est puni par Dieu pour le péché de son père, sauf s'il agit comme lui.[32] Le discours renvoie le verset à l'âge futur. Wills cite précisément ce cas pour montrer la méthode de Russell : les deux paroles opposées de la Bible sur la faute des pères ne se contredisent plus si chacune est placée dans son âge.[33] Celui qui pèche volontairement pendant le Millénium meurt de la seconde mort.[34] Storrs enseignait déjà que les méchants seraient anéantis pour toujours lors du jugement dernier.[35]
Contre le calvinisme et l'arminianisme
La même méthode règle le conflit entre calvinistes et arminiens. L'élection vaut pour l'Église de l'âge présent, et la grâce offerte à tous vaut pour le monde de l'âge suivant.[36] Chaque camp perd un attribut de Dieu. Le Dieu calviniste sait tout, mais il est sans amour ni justice. Le Dieu arminien est amour, mais il ne sait pas mener son plan à bien. « Satan obtient ainsi, malgré Dieu, cent personnes en enfer pour une que Dieu obtient en gloire ».[37] Storrs avait écrit en 1874 The Doctrine of Election, un texte contre le calvinisme qui exposait déjà un plan des âges.[38] Selon Schulz et de Vienne, l'une des premières brochures de Russell cherchait déjà à accorder ces deux doctrines. Toutes deux avaient compté dans sa formation.[39]
Le premier article vise un cas concret. Une Église presbytérienne enseigne que Dieu a choisi d'avance qui sera sauvé, et elle lance pourtant un appel pour sauver les païens.[40] La revue y voit le signe que les cœurs valent mieux que les credo. Les extraits du Scotsman sur la Confession de Westminster poursuivent la même attaque contre la damnation des ignorants et le salut des seuls « enfants élus ».[41] Ces extraits reprochent aussi à la Confession d'imposer six jours de vingt-quatre heures pour la création.[42] La revue reprend cette critique d'un journal extérieur parce qu'elle s'accorde avec ses sept jours de sept mille ans.[43] Le récit de l'incrédule ajoute un autre argument : la loi morale de Moïse ne peut pas venir de Moïse seul, puisque aucun peuple païen n'a produit une loi semblable. La Bible contient donc en elle-même la preuve de son origine.[44]
Présence invisible, moisson et lumière croissante
La rubrique des questions affirme qu'aucun autre journal n'enseigne la présence personnelle du Christ.[45] Cette doctrine dépend d'un changement de nature. Jésus a donné sa nature humaine en rançon. Il est devenu un être spirituel, invisible sans miracle, comme le Père et les anges.[46] Wills montre que Russell séparait entièrement la nature humaine et la nature spirituelle. C'est cette séparation qui lui permettait de penser un retour du Christ que personne ne voit.[47] L'idée n'était pourtant pas propre à la revue. Selon Penton, le pasteur anglais Robert Govett soutenait déjà que le mot grec parousia veut dire « présence ». Il en tirait une présence invisible du Christ dans les derniers jours.[48] Blandre relève que Joseph A. Seiss et Richard Cunningham Shimeall avaient aussi affirmé un retour invisible avant la lecture de B. W. Keith.[49] Ce qui distingue la revue en 1883, c'est d'affirmer que cette présence a déjà commencé.[50] Raymond Franz note qu'une telle présence ne peut pas être réfutée. Elle avait permis aux adventistes proches de Barbour de garder la date de 1874 malgré l'échec de leur attente.[51]
Le Christ présent est un moissonneur. Sa faucille, la vérité, sépare le blé mûr du reste (Apocalypse 14:14).[52] Ce temps de moisson justifie la division. Jésus, qui moissonnait l'âge juif, est venu apporter l'épée et non la paix.[53] Blandre fait remonter cette notion de moisson à juin 1875, dans le cercle de Barbour. Elle s'appuyait sur la parabole du blé et de l'ivraie et sur le parallèle avec la moisson de l'âge juif.[54]
Pourquoi ce plan n'a-t-il pas été compris plus tôt ? Parce que la lumière vient au moment voulu, selon Proverbes 4:18. La clarté actuelle est même présentée comme un indice que le Millénium approche.[55] Schulz et de Vienne relient cette idée à la doctrine de la « vérité présente ». Des auteurs religieux du XIXᵉ siècle l'appliquaient déjà à des vérités nouvelles, comprises à mesure que les prophéties s'accomplissent.[56] L'article sur Ésaïe 35 annonce enfin que Satan, le prince de ce monde, sera lié. Les pierres d'achoppement seront retirées, et la « grande route » de l'âge suivant sera plus facile que le « chemin étroit » d'aujourd'hui.[57]
Une seule Église, sans credo et sans loi de Moïse
L'article « Notre secte » accepte le mot « secte ». Il s'appuie sur la définition du dictionnaire Webster : un groupe séparé des autres par des doctrines communes.[58] En novembre 1882, un lecteur avait demandé si les lecteurs de la revue n'étaient pas une secte, sans nom et sans credo écrit. La réponse avait alors commencé par un refus.[59] En octobre 1883, le mot est retenu, mais en un sens précis : l'Église primitive était elle-même « la secte à laquelle on s'oppose partout ».[60] Schulz et de Vienne rapprochent cet article des campbellites. Comme eux, les lecteurs de la revue se voyaient revenus à la doctrine et à la pratique du Nouveau Testament.[61] La parabole des enclos et « Les vieilles bornes » tirent la même conclusion. Les seules normes anciennes sont celles du Seigneur et des apôtres, et les credo des dénominations sont des clôtures humaines.[62]
L'article sur les dix commandements libère aussi le croyant de la loi de Moïse. Les croyants ne sont pas sous la loi gravée sur la pierre, mais sous la « loi royale » de l'amour. Celle-ci juge l'intention, et non l'acte.[63] Aucun jour n'est imposé. Celui qui garde le septième jour pour gagner la faveur de Dieu est déchu de la grâce.[64] Les adventistes du septième jour soutenaient le contraire. En 1873, J. N. Andrews publiait History of the Sabbath and First Day of the Week (« Histoire du sabbat et du premier jour de la semaine »). Il y affirmait que le sabbat du septième jour, institué à la création, vaut pour toute l'humanité.[65] La réponse sur le sabbat garde un mot de prudence : pour ceux qui gardent le septième jour selon la loi de Moïse, le Christ « ne sert de rien ».[66]
Renoncement, souffrance et devoir de prêcher
L'article signé « Mrs. C. T. R. » commente les trois disciples hésitants de Luc 9:57-62. Le monde y est tenu pour « mort » aux yeux de Dieu, parce qu'il est encore condamné. Le consacré le laisse à ses affaires et vise le prix du haut appel.[67] Les devoirs envers la famille restent obligatoires. Celui qui ne pourvoit pas aux siens est « pire qu'un infidèle ».[68] Attendre que les obstacles disparaissent est pourtant présenté comme un piège de l'adversaire.[69]
La souffrance sert à former le croyant. Le texte repris de l'American Wesleyan la compare aux chiffons lavés et broyés qui deviennent du papier blanc.[70] Le discours n° 2 parle de l'Église « rendue parfaite par la souffrance » et prête à son œuvre future.[71]
Le devoir de prêcher repose sur l'onction de chaque membre du corps. Ce qui est dit de la Tête dans Ésaïe 61:1 vaut pour chaque consacré. Voir des gens qui ont besoin de la vérité suffit à constituer l'appel au ministère.[72] Penton fait remonter à 1881 la formule de Russell : doivent prêcher « tous ceux qui reçoivent l'onction ». Il précise que la prédication n'était pas alors le premier devoir. Il s'agissait surtout de rassembler le « petit troupeau », puisque le monde aurait sa chance pendant le Millénium.[73] C'est bien la cible désignée dans ce numéro. La plupart des serviteurs cherchent les « saints » et leur prêtent un article choisi, et ils ne cherchent pas à convertir les foules.[74]
Organisation et histoire
Une Église sans anciens, sans clergé et sans salaire
La question traitée dans « Le gouvernement de l'Église » vient de pasteurs et d'autres croyants qui quittent leur dénomination. Ils veulent savoir s'il faut fonder des assemblées locales avec des anciens et des diacres, comme au temps des apôtres.[75] Ces départs ont bien lieu en 1883. En février, l'ancien pasteur méthodiste Samuel T. Tackabury rompt publiquement avec son Église.[76] En juin, un prédicateur baptiste de Fayetteville, en Caroline du Nord, prêche son dernier sermon comme ancien de son Église. Charles Seagrin quitte lui aussi les dénominations pour prêcher seul.[77] Au début de la même année, un pasteur méthodiste en poste depuis vingt-cinq ans écrit à Russell qu'il veut la vérité, « même si elle met en pièces " mon Église " ».[78]
La réponse refuse toute organisation, même simple. Elle invoque l'exemple de Jésus, qui n'a fondé aucune congrégation pendant la moisson de l'âge juif. La discipline est laissée au Seigneur présent, qui l'exercera lui-même. Les autres membres ont seulement le devoir amical de ramener celui qui s'égare.[79] Deux ans plus tôt, la revue disait autre chose. En novembre 1881, l'article « The Ekklesia » (« L'Ekklesia ») présentait l'Église comme une organisation dont le Seigneur désigne les évangélistes, les pasteurs et les enseignants. Il appliquait la règle de Matthieu 18:15-17 : une faute non réglée entre deux frères était portée devant l'Église, c'est-à-dire devant les frères réunis.[80] En octobre 1883, l'assemblée n'a plus ce rôle.
Le refus d'organiser suit une position déjà prise avant Russell. George Storrs se disait responsable devant Dieu seul et refusait de s'affilier à une Église ou à une fédération d'Églises.[81] Il tient aussi à l'idée d'une fin toute proche. Penton relève qu'entre 1879 et 1881 Russell attendait d'être changé en être spirituel en peu d'années. Il ne prévoyait pas une longue campagne de prédication, et il ne cherchait pas à fonder une Église durable.[82] Pourtant, les groupes existent. Selon le même historien, Russell et ses proches mettent sur pied une trentaine de groupes d'étude dans sept États dès 1879. En 1880, Russell les visite, et il leur propose le rythme de réunions de l'assemblée d'Allegheny et de Pittsburgh.[83]
Sans anciens, il n'y a pas non plus d'ordination. Chaque consacré se considère comme oint pour prêcher, selon Ésaïe 61:1. Il voit son appel dans le besoin des gens qui l'entourent.[84] Penton fait remonter cette règle à l'été 1881, quand Russell écrivait : « Qui doit prêcher ? Tous ceux qui reçoivent l'esprit d'onction. » Selon lui, tous ceux qui regardaient Russell comme leur pasteur devaient donc parler de leur foi à leurs voisins.[85] Le refus des titres était plus ancien encore. Thomas Hickey se souvient qu'en 1876, quand certains se mirent à l'appeler « ancien Russell », celui-ci répondit : « Nous continuerons sans titres, car nous sommes tous un en Christ. »[86] Depuis février 1883, même le baptême peut être donné par n'importe quel frère, avec une formule fixée par la revue.[87]
Les prédicateurs du mouvement ne reçoivent pas de salaire. Ils sont opposés aux pasteurs de l'Église « nominale », qui reçoivent honneurs et revenus. La plupart travaillent de leurs mains, et peu peuvent consacrer tout leur temps à l'Évangile.[88] Les initiales J. C. S., qui signent « Apprenez ce que cela signifie », correspondent à celles de John C. Sunderlin. Ordonné pasteur méthodiste en 1870, il avait quitté ce ministère et repris son métier de photographe avant d'écrire pour la revue.[89] Le petit nombre de prédicateurs à plein temps tient aussi à l'argent. En février 1883, Sunderlin écrivait que les dépenses de l'année avaient dépassé les recettes de près de moitié. Il rappelait que les réunions se tenaient sans aucune collecte, et il demandait à chaque lecteur de mettre de côté une somme chaque dimanche pour entretenir ceux qui prêchent à plein temps.[90] Schulz et de Vienne indiquent que les recettes de 1882 n'atteignaient que 3 373,86 dollars. Le fonds des brochures avait été dépassé de près de 2 600 dollars, et Russell annonçait qu'aucun nouveau travail ne serait engagé avant le paiement des dettes.[91]
Une revue qui se définit contre les autres groupes
Dans la rubrique des questions, la revue affirme qu'aucun autre journal n'enseigne la présence personnelle de Jésus-Christ. Elle explique que les autres ne distinguent pas la nature humaine de Jésus et sa nature divine, et qu'ils ne peuvent donc pas, en restant logiques, enseigner sa présence.[92] En 1883, la revue est isolée. En 1880, Nelson Barbour a abandonné le retour invisible et attend de nouveau un retour à venir.[93] En mai 1883, la rédaction rompt publiquement avec John Henry Paton, qui conteste la rançon.[94] En juin, elle présente The Millenarian (« Le Millénariste ») comme le troisième journal opposé à la rançon lancé en un an et demi, après ceux de Paton et de A. D. Jones.[95] L'Advent and Sabbath Advocate (« Le Défenseur de l'avènement et du sabbat ») combattait déjà la présence invisible en 1882.[96] L'idée n'appartenait pourtant pas à la seule revue. Penton cite le pasteur anglais Robert Govett, qui lisait le mot grec parousia comme « présence » et croyait à un Christ présent sans être vu dans les derniers jours.[97] Jonsson note que l'idée d'un retour en deux étapes, dont la première invisible, était très répandue chez les commentateurs du siècle, en particulier chez les darbystes, depuis le banquier londonien Henry Drummond vers 1828.[98] Blandre rappelle que le Herald of the Morning (« Le Héraut du matin ») de Barbour enseignait dès 1875 un Christ présent et invisible depuis octobre 1874.[99] La revendication de 1883 porte donc sur les journaux encore publiés cette année-là.
La même volonté de se distinguer change le vocabulaire du groupe. En novembre 1882, à un lecteur qui demandait si les lecteurs de la revue n'étaient pas une secte sans nom ni credo écrit, la rédaction répondait non.[100] En octobre 1883, « Notre secte » accepte le mot, à partir de la définition du dictionnaire Webster. Le groupe tient un ensemble de doctrines reçues de Jésus et des apôtres, et il se sépare de toute autre autorité religieuse.[101] Schulz et de Vienne rapprochent cette position de celle des campbellites, qui se croyaient eux aussi revenus à la doctrine et à la pratique du Nouveau Testament.[102]
Le premier article du numéro s'en prend à des institutions protestantes précises. Le diagramme reproduit vient de la London Missionary Society, fondée en 1795.[103] Il a été repris par le Woman's Presbyterian Board of Missions, une société de femmes presbytériennes basée à Chicago qui payait directement des missionnaires.[104] Il paraît aussi dans The Watchman (« Le Veilleur »), que le numéro présente comme le journal de la YMCA de Chicago.[105] Au XIXᵉ siècle, ces tableaux servaient à montrer l'immense besoin qui restait à couvrir. On les reproduisait dans les revues missionnaires et on les accrochait dans les églises pendant la réunion de prière mensuelle pour les missions.[106] La revue s'en sert pour soutenir le contraire : selon elle, le plan de Dieu ne vise pas à convertir le monde dans l'âge présent.[107] L'hostilité venait aussi de l'autre côté. En octobre 1882, un rapport présenté à la trentième convention de la YMCA jugeait la revue « douteuse » à cause de son opposition à l'organisation des Églises.[108] Russell lui-même avait adhéré à la YMCA de Pittsburgh vers 1865 ou 1866, attiré par sa distribution de tracts.[109] Penton explique que Russell et ses proches ne voyaient pas la nécessité de prêcher à tous, puisque la majorité des hommes recevrait sa chance pendant le Millénium.[110] D'autres prémillénaristes en tiraient l'inverse. Le presbytérien Arthur T. Pierson pensait que l'attente du retour du Christ devait pousser les croyants à se hâter d'évangéliser le monde.[111]
Qui écrit la revue et comment elle circule
Plusieurs auteurs signent ce numéro. J. C. S. signe « Apprenez ce que cela signifie », R. Cossar « Restitution », et « Mrs. C. T. R. », c'est-à-dire Maria Russell, « Sa volonté, notre nourriture et notre boisson ».[112] D'autres textes viennent de l'extérieur : des extraits du Scotsman d'Édimbourg, une sélection non signée sur l'influence chrétienne et un texte de l'American Wesleyan (« Le Wesleyen américain »).[113] Ce dernier journal était l'organe officiel de l'Église méthodiste wesleyenne, publié à Syracuse.[114] Depuis 1881, la revue précisait que son éditeur n'approuvait pas chaque expression des articles repris d'autres périodiques.[115] Maria Russell déclara plus tard qu'elle avait écrit pour la revue dès sa fondation et qu'elle s'était longtemps chargée du courrier. Schulz et de Vienne nuancent ce témoignage : d'autres auteurs écrivaient dans la revue, et depuis février 1882, chaque article devait être approuvé par au moins deux membres d'un comité de trois personnes.[116]
Le « discours n° 2 » sur l'objet du retour du Seigneur vient d'une série annoncée en septembre 1883. La revue y promettait de publier six discours prononcés par son éditeur à Allegheny en 1878 et parus alors dans la presse.[117] Schulz et de Vienne indiquent que ces sermons de 1878 avaient été imprimés dans les journaux de Pittsburgh, et que Russell a pu les revoir avant de les republier en 1883.[118] Une partie du texte avait déjà paru dans la revue. La promesse de concilier le calvinisme et l'arminianisme figurait mot pour mot dans le numéro de juillet 1879.[119] Elle avait été reprise en 1881 dans Food for Thinking Christians (« Nourriture pour les chrétiens qui réfléchissent »).[120] Le texte imprimé garde la forme orale : il annonce le sujet du discours « du dimanche suivant ».[121]
Le numéro renvoie le lecteur à d'autres publications du mouvement. Il cite le tableau expliqué à la page 105 de Food for Thinking Christians, l'article « L'Ecclesia » du volume 4, numéro 4, et l'article « Creative Week » (« La semaine de la création »), paru dans un ancien numéro épuisé.[122] Les stocks étaient faibles. En janvier 1883, la rédaction annonçait que les exemplaires de Food for Thinking Christians et de The Tabernacle étaient presque épuisés.[123] Ce livre avait été distribué en masse. Selon Wills, 1 200 000 exemplaires circulèrent en quelques mois aux États-Unis et en Grande-Bretagne, souvent remis à la sortie des églises.[124] Penton note qu'il exposait déjà les idées de Russell sur la rançon, la prédestination, la résurrection, la présence et le « plan des âges ».[125]
La revue circule par des moyens simples. Les lecteurs envoient des adresses, et la revue expédie des exemplaires gratuits. Elle fournit aussi des lectures gratuites. Les lecteurs prêtent des numéros où ils ont marqué un article, et ils doivent choisir avec soin les personnes à qui ils les confient.[126] Schulz et de Vienne décrivent ce fonctionnement. Entre octobre 1882 et janvier 1883, environ dix mille personnes reçurent la revue gratuitement pendant trois mois à titre d'essai. Les « pauvres du Seigneur » pouvaient la recevoir sans payer, à condition de la demander.[127] En février 1883, la liste des pauvres comptait environ deux mille noms, et chacun devait renouveler sa demande chaque année par une carte postale.[128] Selon Wills, la revue envoyait en septembre 1883 dix mille exemplaires par mois, dont huit cents à des pasteurs. Russell écrivait déjà à la fin de 1882 que des milliers de lecteurs prêchaient en prêtant la revue.[129] En 1883, le mouvement n'a ni anciens ni diacres. Les auteurs de la revue, ses abonnés et les numéros prêtés relient entre eux les croyants dispersés.[130]
Contenu
Les ténèbres couvrent la terre

Le verset d'Ésaïe 60:2 annonce que les ténèbres couvriront la terre et l'obscurité les peuples. Un diagramme illustre ce verset. Il a été publié à l'origine par la « London Missionary Society », puis repris par le « Woman's Presbyterian Board of Missions » sous le titre « Un appel muet » en faveur des missions à l'étranger.[132] Chaque carré du diagramme représente un million d'êtres humains. Les nuances de gris et de noir figurent l'aveuglement spirituel de l'humanité, et la revue y voit la raison d'attendre le Millénium, où le « Soleil de justice » se lèvera et où la connaissance du Seigneur remplira la terre.[133]
Le journal The Watchman, organe de la YMCA de Chicago, a reproduit le même diagramme. Il estime la population mondiale à 1 424 000 000 d'habitants, dont près des deux tiers sont des païens. Le reste se compose surtout de musulmans et de membres d'Églises « apostates » dont la religion est une « idolâtrie christianisée ». Le journal compte 116 millions de protestants nominaux, 8 millions de Juifs, 170 millions de musulmans, 190 millions de catholiques romains et 84 millions de catholiques grecs.[134]
La revue juge ce tableau plutôt trop clément envers la chrétienté. Seize millions de protestants suffiraient à compter tous les membres d'Églises, et un million serait déjà une estimation généreuse du nombre de ceux qui « marchent selon l'Esprit ».[135] Du point de vue de l'« orthodoxie », c'est un tableau terrible : selon les croyances des Églises, tous ces milliards d'ignorants, ainsi que presque tous les protestants, sont en route vers le tourment éternel. La revue s'étonne que ceux qui y croient ne soient pas « frénétiques ». Elle cite la conclusion de la brochure missionnaire, qui appelle à évangéliser « les mille millions d'âmes qui meurent dans un désespoir sans Christ au rythme de 100 000 par jour ».[136]
La revue relève une contradiction : une Église presbytérienne, dont le credo enseigne que Dieu a prédestiné de toute éternité certains au salut et les autres à l'ignorance et à la damnation, lance un appel missionnaire pour modifier ce qu'elle dit prédestiné. Elle s'en réjouit, car elle y voit la preuve que les credos des siècles sombres perdent leur emprise et que les cœurs valent mieux que ces credos. Ces croyants s'émeuvent devant un Dieu qu'ils imaginent regardant sans bouger l'humanité descendre en enfer, sans jamais donner à ces gens la connaissance nécessaire.[137]
La revue reproche à l'« orthodoxie » de ne pas voir de plan ni de méthode dans la parole de Dieu. Elle déclare s'intéresser pourtant aux païens. Jésus lui-même n'est pas allé vers les Gentils et a interdit à ses disciples d'y aller (Matthieu 10:5), il n'a pas crié dans les rues pour avertir les pécheurs du tourment éternel, et les apôtres non plus. Il a dit que personne ne vient à lui si le Père ne l'attire (Jean 6:44).[138]
Le plan de Dieu : le témoignage de l'âge actuel et le « petit troupeau »
Jésus a enseigné à ses disciples les mystères du royaume, mais il a parlé en paraboles à ceux du dehors, de peur qu'ils ne se convertissent (Marc 4:11-12).[139] L'Évangile est donc présenté, dans cet âge, comme un « témoignage » rendu au monde et non comme un moyen de le convertir. Si Dieu avait voulu convertir le monde maintenant, son plan aurait échoué, comme le diagramme le montre. Son plan est de choisir une Église, un « petit troupeau », qui sera instruite, éprouvée et préparée pour l'âge suivant, afin que par cette postérité spirituelle d'Abraham toutes les familles de la terre soient bénies (Galates 3:29).[140]
La revue s'étonne que les auteurs de l'« appel muet » refusent la doctrine apostolique des « temps de rétablissement de toutes choses ». Même si tous les vivants se convertissaient cette année, leur désir ne serait pas comblé, car ils prieraient encore pour les damnés, et les milliards de morts surpassent les vivants en nombre. La mission de Dieu est présentée comme plus vaste : il choisit d'abord, dans cet âge, un « sacerdoce royal » qui enseignera, gouvernera et bénira le monde dans l'âge suivant.[141] Les ombres de minuit du diagramme commencent à fuir devant le « Soleil de justice », et l'impression de millions de Bibles depuis 87 ans y contribue. La différence avec les missionnaires est que ceux-ci comptent agir dans leur condition mortelle, tandis que les lecteurs de la revue attendent d'être glorifiés et revêtus d'une forme et d'une puissance célestes.[142]
La mort et la résurrection
La revue voit dans la fausse idée de la mort un obstacle majeur pour l'« orthodoxie ». Celle-ci a accepté le premier mensonge de Satan, « vous ne mourrez point », et soutient que les morts continuent de vivre dans un lieu de malheur ou de bonheur. Les textes bibliques cités pour montrer que la mort est la perte de la vie sont Romains 6:23, Ecclésiaste 9:10, Psaumes 6:5, Job 14:1, Job 14:10, Job 14:21 et 2 Timothée 4:8.[143] Tous les hommes vont au « shéol » ou « hadès », qui désigne l'état de mort, et Dieu a le pouvoir de les faire sortir de leurs tombes (Ézéchiel 37:12). La mort est alors comprise comme la peine du péché, et la rançon comme l'achat, par la mort du Rédempteur, du droit de tous à revenir à la vie (résurrection, restitution). Ce droit leur sera annoncé par le « sacerdoce royal », selon 1 Timothée 2:6.[144]
Le même prophète annonce la fin des ténèbres : quand le gouvernement reposera sur les épaules de celui qu'on appelle « Admirable », la verge de l'oppresseur (Satan) sera brisée et le peuple qui marchait dans les ténèbres verra une grande lumière (Ésaïe 9:2, Ésaïe 9:4, Ésaïe 9:6). Selon Ésaïe 49:8-9, le Christ (tête et corps) dira aux prisonniers, c'est-à-dire aux morts dans le hadès : « Sortez ». Jésus est la « vraie lumière qui éclaire tout homme » (Jean 1:9), et Ésaïe 29:18 annonce que les sourds entendront les paroles du Livre. La revue conclut que ce jour est en train de commencer.[145]
Le gouvernement de l'Église
L'article « L'Ecclesia », paru dans un numéro précédent (vol. 4, n° 4), expose ce qu'est l'Église du Christ et l'esprit d'amour et de vérité qui unit les saints de tous les âges. Des pasteurs et d'autres personnes qui quittent le sectarisme pour la seule vraie Église, laquelle inclut tous les croyants « sanctifiés » dans la rançon, demandent si la revue reconnaît des assemblées locales comme celles que les apôtres ont établies dans chaque ville (Tite 1:5), avec anciens et diacres. Ils demandent aussi comment l'œuvre du ministère est menée sans elles.[146]
La réponse est que les circonstances ont changé. Le travail des apôtres consistait à organiser et à poser les fondements d'un âge qui commençait. Le travail actuel est la moisson, la fin de cet âge, et les méthodes diffèrent autant que celles d'un cultivateur qui sème et qui récolte. Le modèle à suivre est celui de Jésus récoltant l'âge juif : il est venu apporter non la paix mais l'épée, la division (Matthieu 10:34). Diviser et démolir est moins agréable que construire, mais la séparation est jugée nécessaire pour glorifier les saints et ouvrir pour le monde un âge de bénédiction.[147]
Jésus n'a pas organisé de congrégations pendant la moisson juive, et la revue ne juge donc utile aucune organisation, même simple, comme celles des apôtres. Le Seigneur est de nouveau présent, non plus en « forme de serviteur » dans la chair, mais comme être spirituel, et il guide chaque ouvrier. Aucune organisation terrestre n'existe, mais tous sont unis à la tête et suivent sa Parole et son Esprit. Si un membre s'égare, les autres ont le devoir amical de le ramener à la vérité, mais la discipline relève du Seigneur présent, qui l'exercera lui-même.[148]
Les ministres de la revue sont opposés à ceux de l'Église « nominale » comme les disciples de Jésus l'étaient aux scribes et aux pharisiens. Les seconds recherchent l'approbation populaire et reçoivent honneurs et subsistance : un jeune homme de talent ne trouve pas de voie plus facile vers l'aisance que le ministère de l'Église nominale. Les premiers, qui proclament tout le dessein de Dieu, ne sont pas salariés. Ils sont méprisés et rejetés comme leur Maître, et ils acceptent comme salaire la persécution et les épreuves, dans l'attente de la gloire à venir.[149]
Les moyens de la prédication
Chacun emploie ses talents. Certains écrivent dans les colonnes de la Tour, d'autres voyagent pour prêcher oralement et par écrit, d'autres œuvrent dans leur voisinage. Peu peuvent consacrer tout leur temps à l'Évangile : la plupart doivent travailler de leurs mains pour « procurer ce qui est bien devant tous les hommes ».[150] La majorité de ces serviteurs cherche les « saints », pour qui les vérités présentes sont une nourriture venue en son temps. Ils conversent avec eux et leur prêtent un périodique dont ils ont marqué un article, comme Aquilas et Priscille avec Apollos (Actes 18:26). La revue met en garde contre la distribution sans discernement de tout ce qui se présente comme traité religieux : le serviteur avisé choisit avec soin. Leur travail est dit puissant pour renverser les forteresses, et « Babylone » et sa muraille d'erreurs s'effritent peu à peu.[151]
Ce qui constitue un « appel au ministère »
Tous ceux qui se consacrent sont conduits par l'Esprit, s'ils le suivent, à mieux comprendre la bonté et les plans de Dieu. Voyant autour d'eux des gens qui ont besoin de la vérité, ils reconnaissent que cette situation est en soi un appel de Dieu à la leur annoncer avec leurs meilleurs talents. Ce qui est dit de la Tête vaut pour chaque membre du corps oint : « L'Esprit du Seigneur est sur moi, car il m'a oint pour annoncer de bonnes nouvelles aux doux » (Ésaïe 61:1).[152]
Le Maître dit à tout consacré d'aller dans sa vigne. La revue fournit gratuitement des lectures à employer avec discernement et envoie des exemplaires gratuits de la Tour aux personnes dont les lecteurs lui communiquent l'adresse.[153]
Un incrédule et la loi de Moïse
Un incrédule veut examiner la vérité de la religion chrétienne et demande à un ancien presbytérien quels livres lire. L'ancien répond : la Bible, en commençant par la Genèse. Les incrédules connaissent mal les Écritures, et il juge la preuve interne plus forte que la preuve externe.[154]
Quelque temps après, l'incrédule arpente son bureau, songeur. Il avait cru que Moïse était le chef d'une bande de brigands qui avait abusé un peuple superstitieux avec un feu d'artifice sur le Sinaï. Il a étudié la loi morale et ne peut rien y ajouter ni retrancher. Il constate que les Égyptiens, les Grecs et les Romains, idolâtres, n'ont jamais produit un code moral semblable, et que Moïse ne pouvait l'avoir imaginé seul dans une époque relativement barbare. Il conclut que la loi vient du ciel et qu'il est convaincu de la vérité de la religion de la Bible.[155]
Textes brefs
Les anciens Lollards étaient appelés « Holdfasts » (« ceux qui tiennent ferme »), pour leur fermeté sous la persécution et leur attachement à la vérité. Coleridge est cité : « Ce qui ne résiste pas n'a pas de terrain où se tenir ». Le lecteur est invité à retenir le modèle des saines paroles (2 Timothée 1:13), à être modeste pour ce qui lui appartient et intransigeant pour ce qui est au Christ.[156] Un poème d'Horatius Bonar, « Comment vivre », affirme que vit longtemps celui qui vit bien, qui sert le ciel, sème la vérité, la paix et l'amour, et dont la vie est « ce qui dure ».[157]
Notre secte
D'après le dictionnaire Webster, une secte est un groupe qui s'est séparé des autres en vertu d'une ou de plusieurs doctrines particulières qu'il tient en commun. Les lecteurs de la revue tiennent un ensemble de doctrines transmises aux saints par Jésus et les apôtres, et se séparent de toute autre juridiction religieuse : ils sont donc, par cette définition, une secte.[158]
Les chrétiens forment une secte, c'est-à-dire une classe séparée : séparés du monde, des pécheurs et de tous ceux qui n'acceptent pas Jésus et le salut par son sang. Cette séparation s'appuie sur Éphésiens 5:11 et 2 Corinthiens 6:17-18, d'où l'obéissance à l'ordre : « Sortez du milieu d'eux et soyez séparés ». Il n'y a pas de concorde entre le Christ et Satan, ni entre un croyant et celui qui rejette la rançon et la seigneurie du Christ.[159] Sur la doctrine, la secte s'en tient à la bonne nouvelle prêchée par Jésus et expliquée par les apôtres, et n'en reçoit aucune autre, même annoncée par un ange du ciel. Paul la résume en 1 Corinthiens 15:3 : le Christ est mort pour nos péchés. Sur ce fondement, le croyant sait qu'il est justifié et lavé de tout péché par le sacrifice de celui qui est « mort, juste pour des injustes ». Tous ceux qui acceptent leur part de ce sacrifice expiatoire sont appelés à bon droit chrétiens.[160]
Telle était la foi de l'Église primitive. Elle est allée au-delà de ces premiers principes, vers la « nourriture solide » et les choses profondes de Dieu. Mais les « petits enfants en Christ » et ceux dont les sens étaient exercés formaient une seule famille, « un en Jésus-Christ ». Les plus avancés supportaient les faiblesses des plus faibles, et tous cherchaient à grandir. Là où cette règle apostolique était suivie, il ne pouvait y avoir ni secte ni division. Paul a écrit qu'il y avait des divisions (1 Corinthiens 11:18-19) lorsque l'erreur et l'esprit du monde ont commencé à entrer dans les assemblées : ceux qui restaient fidèles au Seigneur ne pouvaient avoir de communion avec ces œuvres stériles des ténèbres et devaient les reprendre.[161]
Les apôtres condamnaient les divisions et enseignaient un seul Seigneur, une seule foi, un seul baptême et un seul corps. L'Église du Christ était pourtant elle-même une secte, détachée de l'Église juive, rejetée et laissée déserte, et séparée du monde : c'était « la secte à laquelle on s'oppose partout » (Actes 28:22). Cette secte ne doit pas être divisée : il y a un seul troupeau et un seul berger (1 Corinthiens 12:25).[162]
Que Satan cherche à diviser les brebis et à dresser des clôtures, comme le sont les credo des dénominations, est présenté comme normal : ils empêchent certaines brebis de suivre le Berger vers les verts pâturages de la vérité vivante. Plus étrange est le fait que tant de personnes y voient un signe de spiritualité en disant : « Je suis de Luther, luthérien », « de Calvin et de Knox, presbytérien », « de Wesley, méthodiste ». Paul, lui, demandait à ceux qui disaient « moi, je suis de Paul, moi d'Apollos, moi de Céphas » s'ils n'étaient pas charnels : « Le Christ est-il divisé ? » Paul, Pierre, Knox, Calvin ou Wesley n'ont pas souffert pour les péchés des croyants. Ces hommes méritent l'estime pour leur œuvre, mais donner à l'Épouse un autre nom que celui de l'Époux est jugé inconvenant. Aux yeux de Dieu, il n'y a qu'une Église, dont les noms sont écrits dans les cieux, et il ne reconnaît aucune scission en elle ni les credo étroits où tant de brebis sont enfermées et affamées.[163]
Une parabole
Une parabole décrit un grand pâturage entouré d'une clôture solide et haute, la Loi de Dieu. Le seul accès est le Christ, la porte, c'est-à-dire la foi en son sacrifice pour le péché ; tous ceux qui passent autrement sont des voleurs et des brigands. Un troupeau est entré dans le vrai bercail, mais peu de brebis jouissent de la liberté que le Christ a donnée : un « petit troupeau ». Les autres se trouvent dans de petits enclos, de chaque côté du chemin, qui portent chacun un nom : presbytérien, méthodiste, baptiste, adventiste du second avènement, catholique romain, catholique grec, épiscopalien, luthérien, etc. Certains enclos ressemblent à des prisons avec barreaux et chaînes, d'autres sont moins solides, d'autres encore ne sont que des « lignes mortes » que les brebis savent ne pas devoir franchir. Les brebis y sont faibles et malades, nourries de balle avec un peu de lait de temps en temps ; certaines sont devenues aveugles. Pourtant toutes semblent satisfaites de leur enclos et tentent rarement de s'échapper.[164]
Ces enclos ont été construits par des sous-bergers chargés d'aider les brebis à découvrir le pâturage entier, mais qui se sont crus plus capables que le Berger en chef de conduire le troupeau. À l'entrée, chacun presse les nouvelles brebis d'entrer dans un enclos, le sien de préférence, et leur répète que les brebis libres sont des hérétiques en route vers la destruction. Aussi presque toutes sont parquées et peu profitent de la liberté du bercail.[165]
Le Berger en chef est attendu par certains. Il arrive alors discrètement, « comme un voleur », et quelques brebis le reconnaissent, ce qui provoque de grandes réjouissances parmi les brebis libres. Des brebis enfermées entendent sa voix, qui condamne le parcage et dit : « Sortez, mon peuple ». Certaines sautent les clôtures et reçoivent liberté et nourriture de sa main. D'autres, trop affaiblies, tremblent de peur devant les sous-bergers et n'osent pas sortir ; des brebis libres leur apportent de la nourriture aux barreaux, et certaines reprennent des forces et sortent. Les sous-bergers redoublent de vigilance : les uns dénoncent et raillent ceux du dehors et menacent leurs brebis, les autres multiplient les « formes de piété ». La parabole se termine par la défaite des sous-bergers infidèles, liés et battus de coups, la destruction des enclos et le bercail rendu à sa destination : un seul troupeau, un seul nom, le Christ Jésus pour chef.[166]
Apprenez ce que cela signifie
Jésus ordonne : « Allez et apprenez ce que signifie : Je veux la miséricorde et non le sacrifice » (Matthieu 9:13). Si Jésus le disait aujourd'hui aux pharisiens actuels, ceux-ci répondraient que ces paroles des prophètes sont trop figurées et pleines de symboles pour être comprises, et qu'il ne faut pas chercher à y pénétrer.[167] Jésus voulait pourtant attirer l'attention sur cette leçon : son amitié pour les publicains et les pécheurs scandalisait ses interlocuteurs. Il est douteux qu'ils aient jamais compris que l'œuvre de Dieu en Christ était de sauver le monde et non de le sacrifier : « Le Fils de l'homme est venu non pour perdre les âmes des hommes, mais pour les sauver » (Luc 9:56).[168]
Dans Matthieu 12:7, Jésus cite la même parole d'Osée 6:6 à propos du sabbat, ce qui revient à dire que ses adversaires n'en connaissaient pas le sens. Il ajoute que le Fils de l'homme est maître du sabbat. Dans les deux cas, la bonté de Jésus a heurté la nature pharisaïque. La miséricorde de Dieu en Christ envers le monde gêne les pharisiens d'hier et la même « génération » d'aujourd'hui, c'est-à-dire cette classe de vipères, qui ne passera qu'une fois accomplie toute la prophétie de Matthieu 24 (Matthieu 24:34).[169]
Ceux qui n'ont pas l'esprit du Christ s'opposent à une miséricorde envers le monde, même limitée dans le temps et la mesure. Ils professent que le Christ est venu sauver le monde, mais pensent que seule une petite proportion sera sauvée, et que Jésus ne réussira qu'à moitié, ou moins, à réparer les dégâts causés par Adam. Pour eux, la mort dans Adam fixe une limite au-delà de laquelle la miséricorde et le pouvoir du Christ ne peuvent aller. Ils limitent ainsi la sagesse et la puissance de Dieu, qui « veut que tous les hommes soient sauvés et parviennent à la connaissance de la vérité » (1 Timothée 2:4). Ils disent croire à la résurrection des justes et des injustes, mais si l'on parle d'une vraie résurrection de tous à la vie et à l'espérance, ils réagissent comme les auditeurs de Paul : « Ôte de la terre un tel homme » (Actes 22:22).[170]
L'amour de Dieu, manifesté dans le don de son Fils, est enfoui sous les « décombres papaux » au point de sembler inexistant. Le rétablissement de toutes choses, annoncé par tous les prophètes, a disparu de l'enseignement de l'Église nominale, remplacé par la destruction. Dans le sabbat qui approche, cette miséricorde doit resplendir dans « l'immense richesse de sa grâce ». Beaucoup ne veulent pourtant pas apprendre ce que cela signifie. L'article est signé J. C. S.[171]
Les vieilles bornes
Certains, en voyant la lumière plus claire qui éclaire la Parole de Dieu, craignent de quitter les « vieilles bornes ». Cette vénération est présentée comme fausse et née de la peur. Un contradicteur interrogé sur ce qu'il entendait par « vieux » devait choisir : des credo vieux de cinquante ans, le mouvement wesleyen, le mouvement « presbytérien », le « luthérien » ou « épiscopalien » ? Tous sont récents, et si l'on veut un credo vraiment ancien, l'Église catholique romaine a la préférence. Il a reconnu son erreur : les seules vieilles bornes dignes de confiance sont les enseignements inspirés du Seigneur et des apôtres, ceux auxquels la revue en appelle comme seules normes de l'Église dont les noms sont écrits dans les cieux.[172]
À ce propos, la revue reproduit des extraits du journal The Scotsman d'Édimbourg, qui rend compte des conférences Baird de 1882 du professeur d'histoire ecclésiastique A. F. Mitchell sur l'Assemblée de Westminster, ses origines et ses règles de foi. Les extraits servent à montrer que même en Écosse des penseurs découvrent l'absurdité de doctrines qui ont séparé les enfants de Dieu en sectes et substitué les credo et traditions des hommes à la Parole de Dieu.[173]
L'Assemblée de Westminster est convoquée par ordonnance du Parlement en juin 1643 pour fixer la foi pure de l'Angleterre. Elle réunit environ 160 théologiens et laïcs, deux par comté anglais, par université et pour les îles Anglo-Normandes, un par comté gallois et quatre pour Londres ; seuls des commissaires écossais sont invités. Chaque membre présent reçoit quatre shillings par jour. Le journal juge qu'elle ne représentait ni la meilleure érudition ni les vues les plus cultivées de son temps : des hommes réputés manquent à l'appel, et beaucoup de membres sont des inconnus dont le soutien n'ajoute aucun poids. Les débats se tiennent à effectif réduit : les trois commissions n'ont qu'un quorum de six membres, et seuls quarante membres sur cent cinquante votent un dogme imposé ensuite à des millions de presbytériens.[174]
Le journal s'étonne que les opinions de ces hommes engagent des générations de pasteurs et tous les professeurs de théologie des universités. Ces hommes, ajoute-t-il, ont peut-être découvert depuis, dans un monde meilleur, qu'ils se trompaient. Ils prétendaient connaître les décrets cachés de Dieu et décider du sort des hommes, des anges, des démons et des enfants, alors qu'on ne les écouterait pas sur la politique, l'agriculture ou la physique. La critique a montré que la Confession repose sur des textes corrompus et des passages mal interprétés, et la science, qu'elle affirme des erreurs profondes. Un siècle plus tôt, l'Assemblée aurait été catholique romaine ; cinquante ans plus tard, arminienne. Le journal ne voit pas pourquoi les vues théologiques du XVIIe siècle seraient enseignées dans les universités plutôt que les opinions scientifiques de cette époque.[175]
Si les professeurs de médecine devaient suivre les normes d'une association de médecins de 1643, ils enseigneraient les pires thérapeutiques, les saignées et le rejet de la circulation du sang comme hérésie. De même, les opinions de la Royal Society de 1660 enseignées en géologie ou en chimie seraient des notions depuis longtemps écartées par la recherche.[176] Pourtant les professeurs de théologie doivent enseigner, sous le joug de la « main morte » (« mortmain »), la dépravation totale de l'homme, qui ne peut rien faire de bon et sera damné s'il ne le fait pas ; les tourments éternels ; la condamnation de millions de gens pour n'avoir pas accepté un évangile qu'ils n'ont jamais entendu ; le devoir du pouvoir civil de punir l'hérésie ; la création du monde en six jours, alors que le professeur de géologie du même collège enseigne que le monde a existé des millions d'années sans homme ; le salut des seuls « enfants élus » ; et un Dieu qui « aveugle et endurcit » les méchants. Le journal note que la grande majorité des gens civilisés rejettent ces doctrines, que les esprits les plus élevés de la chrétienté les écartent, et que l'État rémunère pourtant ces professeurs pour enseigner les opinions de quelques hommes estimables mais dans l'erreur, réunis il y a plus de deux cents ans.[177]
Le journal juge que le professeur Mitchell, qui n'ignore pas les difficultés de certains dogmes contraires aux faits, à la science et à l'humanité, y répond sans succès. La Confession dit que la création a eu lieu en six jours, ce que « presque tous les théologiens orthodoxes admettent » ne pas avoir été le cas. Mitchell soutient que ces mots, presque identiques à ceux de l'Écriture, doivent s'interpréter au sens non littéral, comme on le fait pour la Genèse. Le journal répond que l'Assemblée entendait bien six jours de vingt-quatre heures, et qu'il est ridicule de dire qu'elle admettait un sens figuré parce qu'elle n'a pas écrit « jours littéraux ».[178] Si l'on peut traiter les normes comme métaphoriques sous prétexte que les passages bibliques le sont, on arrive à un « délicieux chaos » : « Fils de Dieu », « rédemption » (métaphore du droit grec), « adoption » (métaphore du droit romain), « éternel » pourraient s'expliquer à volonté, et ce qui est permis au calviniste le serait aussi à l'universaliste et à l'unitarien.[179]
Mitchell soutient aussi que la phrase « les enfants élus morts en bas âge sont sauvés » n'implique pas qu'il existe des enfants non élus. Le journal répond que les rédacteurs, assez avisés pour éviter « jours littéraux », auraient aussi omis « élus » pour prévenir tout malentendu. Il ajoute que cette idée contredit l'article de la Confession selon lequel Dieu élit au salut « sans aucune prévision de bonnes œuvres » ni de rien d'autre dans la créature. À l'époque puritaine, Mitchell aurait été dénoncé comme hérétique, privé des sacrements ou emprisonné.[180] Enfin, le journal se demande pourquoi, dans une norme d'environ 16 000 propositions, les pasteurs la signent sans hésiter, alors que des gens ordinaires ne s'accordent pas sur douze questions. Il suppose qu'on exige une croyance parfaite pour un ou deux articles, mais qu'on fait une remise sur la quantité, comme chez les épiciers. L'ouvrage de Mitchell démontre selon lui la nécessité urgente d'abolir les tests de foi dans les universités.[181]
Sa volonté, notre nourriture et notre boisson
Beaucoup de cœurs reconnaissants, assurés du pardon de leurs péchés par le sang du Christ, ont dit : « Seigneur, je te suivrai partout où tu iras. » Peu, peut-être aucun au début, mesurent la portée de cet engagement ; le Maître déclare néanmoins : « Je ne mettrai pas dehors celui qui vient à moi » (Jean 6:37). Il avertit que le suivre n'est pas facile : sa voie est épineuse et ne promet aucune satisfaction à l'homme naturel.[182]
À celui qui dit vouloir le suivre partout, Jésus répond que les renards ont des tanières et les oiseaux des nids, mais que le Fils de l'homme n'a pas où reposer sa tête (Luc 9:57-58). La question posée : être prêt, au besoin, à vivre sans foyer ni confort pour mieux servir le Père, dont faire la volonté est « nourriture et boisson ». Certains peuvent mieux servir en gardant un foyer ouvert à l'hospitalité. Jésus, appelé de lieu en lieu pour prêcher et guérir, ne tenait pas compte de son confort. Il logeait parfois chez des disciples, comme Marthe, Marie et Lazare, mais passait le plus souvent la nuit dans le désert ou sur les montagnes. Quand l'œuvre l'exigeait, il avait une demeure : deux hommes lui ont demandé où il demeurait et il les a invités à voir (Jean 1:38-39).[183]
Les apôtres, voyageurs par nécessité, ont supporté sans foyer les épreuves, dangers et persécutions. Paul a trouvé utile d'habiter deux ans dans une maison louée, où il recevait tous ceux qui venaient et prêchait le royaume de Dieu (Actes 28:30). Le disciple doit donc, selon les besoins de l'œuvre, suivre Jésus sans foyer ni amis, ou employer son logement à son service en le consacrant entièrement à cette œuvre.[184]
Un autre, disposé à suivre Jésus malgré le renoncement à soi-même, demande d'aller d'abord enterrer son père. Jésus répond : « Laisse les morts enterrer leurs morts, mais toi, va annoncer le royaume de Dieu. » Ce jeune disciple redoutait sans doute de vivre ce qui arrivait généralement à ceux qui quittaient tout pour suivre Jésus : avoir pour ennemis les gens de sa propre maison, et s'attirer la colère de son père.[185]
Le disciple pressé par ses obligations familiales, dit-on, risque d'y trouver un piège. Beaucoup laissent des liens terrestres les entraver et déclarent que leurs parents, ou leurs proches, auront tout le confort que leur travail peut procurer. Ils craignent qu'en retenant une part de ce qu'on attend d'eux pour suivre le Maître, leur motif et leur amour soient mal interprétés. Sous cette pression, beaucoup décident d'attendre que ces obstacles disparaissent. Ce délai est présenté comme un moyen de l'adversaire, pour qui la procrastination fait perdre le temps, mais aussi le goût des choses célestes.[186]
Le Christ n'invite pas à négliger les responsabilités naturelles : celui qui ne pourvoit pas aux besoins de ses dépendants est « pire qu'un infidèle ». La consécration doit pourtant aller à Dieu, et toute charge humaine doit être remplie comme pour lui. Que le disciple pourvoie à ce qui est honnête aux yeux de tous, en économisant temps et moyens pour répandre la bonne nouvelle, ou qu'il puisse, par le renoncement, y consacrer tout son temps, faire la volonté du Père doit rester sa « nourriture et sa boisson ». Le monde entier est tenu pour « mort » aux yeux de Dieu, car encore sous condamnation. Les disciples doivent le laisser s'occuper de ses affaires et juger comme il l'entend leurs manières singulières. Ils doivent s'attendre à être mal compris, déformés et couverts de l'opprobre du Christ, sans que cela les arrête dans la prédication de l'Évangile.[187]
Un troisième homme dit : « Seigneur, je te suivrai, mais permets-moi d'abord de dire adieu à ceux de ma maison. » Jésus répond que quiconque met la main à la charrue et regarde en arrière n'est pas apte au royaume de Dieu (Luc 9:61-62). Cet homme ne veut pas attendre la mort de son père ; il veut seulement prendre congé des siens, s'entretenir avec eux et obtenir leur accord. Suivre Jésus n'était pas encore sa seule pensée. Jésus ne dit pas qu'il ne pourra jamais atteindre le royaume, mais qu'il y est inapte dans cet état d'esprit. Sauf prise de position rapide et ferme, tournant le dos aux attraits présents pour viser le prix du haut appel, il deviendra définitivement inapte. L'article se termine par le vœu que ceux qui ont tout consacré gardent les yeux sur le prix céleste et que faire la volonté de Jéhovah reste leur nourriture et leur boisson. Il est signé « Mrs. C. T. R. ».[188]
Restitution
La restauration du monde dans son « ancien état » (la vie sur la terre) est une doctrine admise par peu de chrétiens, faute de voir le « plan » de « salut » que Dieu a révélé dans sa Parole. La restitution est présentée comme le point d'appui qui permet de comprendre que Dieu a un plan, à condition de croire ce que Dieu dit plutôt que les « traditions humaines ».[189]
Les textes invoqués sont Actes 3:21 (les « temps de la restitution de toutes choses »), Romains 8:21, 1 Timothée 2:6, Romains 5:18 et 1 Corinthiens 15:22. Le Christ a acheté le « monde » et le délivrera de la prison de la mort, puisqu'il possède les clés du hadès et de la mort (Apocalypse 1:18). L'ordre est fixé : d'abord le Christ, la Tête, puis son corps, l'Église, et après la glorification de l'Église, le « monde » retrouvera son « ancien état ». Alors s'accomplira la promesse faite à Abraham, que toutes les familles de la terre seront bénies en lui et en sa semence, « le Christ ».[190]
Une série de passages prophétiques décrit ce jour de mille ans. Une fois le monde restauré sous le règne du Christ viendra son « jour du jugement », devant le grand « trône blanc » de la Vérité. Les hommes y seront mis à l'épreuve pour la vie éternelle, après avoir connu le bien et le mal dans l'âge présent et disposant alors de la pleine connaissance et du pouvoir d'obéir. Ceux qui pécheront volontairement mourront de la seconde mort, pour leur propre péché. L'article, signé R. Cossar, s'achève sur le cantique de Apocalypse 15:3-4.[191]
Le salut jusqu'aux extrémités de la terre
Avant de quitter ses disciples, le Seigneur leur dit qu'il avait encore beaucoup de choses à leur dire, qu'ils ne pouvaient porter alors, et que l'Esprit de vérité les guiderait (Jean 16:12-14). Après la résurrection, quand l'Église en attente reçut le baptême de l'Esprit, les écrits des prophètes, jusque-là incompris, commencèrent à s'éclairer pour elle. Pierre cita Joël 2:28-29 sur le don de l'Esprit, puis la prophétie de David sur l'exaltation du Seigneur, et proclama la restitution de toutes choses, annoncée par tous les saints prophètes depuis le commencement du monde (Actes 3:21). Ce rôle de consolateur attribué à l'Esprit consistait à rappeler aux apôtres les paroles des prophètes et à en révéler le sens.[192]
Cette annonce ne réjouit pas tout le monde : les docteurs religieux de l'époque en furent contrariés et cherchèrent à faire taire les apôtres. Pierre et Jean, remplis de l'Esprit, répondirent qu'ils ne pouvaient taire ce qu'ils avaient vu et entendu. La même situation se retrouve aujourd'hui : ceux qui sont remplis de l'Esprit se réjouissent, tandis que les croyants tièdes se détournent de la vérité et s'affligent de la voir enseignée au peuple.[193]
Certains admettent à contrecœur qu'Israël sera rétabli dans son pays dans un avenir lointain, sans savoir à quoi cela servira. Ésaïe 49:6 montre au contraire que ce rétablissement est peu de chose : Jéhovah, s'adressant à Jésus, dit que relever les tribus de Jacob est « une chose légère » et qu'il l'a établi comme lumière des nations, pour être son salut jusqu'aux extrémités de la terre. Cela implique une résurrection, une restitution de tous les vivants et de tous les morts, comme Pierre l'a prêché. Ésaïe 35 décrit ce temps, présenté comme proche, où les rachetés verront la gloire du Seigneur. Ésaïe 26:19 annonce que les morts vivront, Jérémie 31:16 qu'ils reviendront du pays de l'ennemi, la mort, et Ésaïe 55:8-12 rappelle que les pensées de Dieu dépassent celles des hommes.[194]
Ceux dont la foi ne vacille pas doivent encourager les plus faibles (Ésaïe 35:3-4). Dieu viendra « avec vengeance », c'est-à-dire pour lier l'adversaire, Satan, et détruire ses œuvres (Apocalypse 20:2 ; 1 Jean 3:8). Les yeux des aveugles s'ouvriront, car la connaissance du Seigneur remplira la terre (Ésaïe 11:9). Les eaux qui jaillissent dans le désert symbolisent la vérité, et les dragons l'erreur et le vice, qui céderont la place à la croissance de la vertu sous le règne du Christ.[195]
Les versets 8 à 10 d'Ésaïe 35 décrivent les conditions favorables dans lesquelles le monde sera instruit et restauré pendant l'âge à venir. La route, appelée « grande route » et non « chemin étroit », contraste avec la voie des consacrés de l'âge présent, qui courent vers le prix du haut appel, l'immortalité, la nature divine, et sont sans cesse harcelés par l'adversaire. Pendant l'âge suivant, celui-ci sera lié, les pierres d'achoppement seront retirées (Ésaïe 62:10) et les hommes diront : « Venez, montons à la montagne du Seigneur » (Ésaïe 2:3). La restitution sera progressive : le réveil de la mort n'en est que le début, et les mille ans sont nécessaires pour l'achever, d'où l'expression « temps de la restitution ». Seuls ceux qui fuient les souillures du péché emprunteront cette route ; tous les hommes rachetés par le sang du Christ monteront jusqu'à la perfection s'ils acceptent de renoncer à leurs péchés (Ésaïe 35:9-10). Ce salut s'étend à toutes les familles de la terre, ce qui donne leur force aux paroles de Jéhovah sur la « chose légère ».[196]
Les dix commandements
Un correspondant demande si les lecteurs doivent obéir aux dix commandements gravés sur la pierre et remis à Moïse à Horeb. La réponse est négative : les croyants ne sont pas sous la loi des commandements de pierre, au sens d'espérer se justifier devant Dieu en les observant. L'expérience d'Israël sous cette Loi suffit à montrer que « nul ne sera justifié devant Dieu par les œuvres de la Loi » (Romains 3:20). Les croyants sont « sous la grâce » (Romains 6:14). Les nations n'ont jamais été placées sous cette Loi, qui, vu l'état imparfait de l'homme, condamne tous ceux qui y sont soumis. À sa mort, le Christ a satisfait les exigences de la Loi et est devenu « la fin de la Loi pour la justice de tout croyant » (Romains 10:4 ; Galates 3:23-24).[197]
Pour répondre à ceux qui diraient que ces textes visent seulement la loi « cérémonielle », l'argument rappelle que les dix commandements, donnés au Sinaï (Exode 19, Exode 20 et Exode 34), forment l'alliance de la Loi (Deutéronome 5). Cette alliance n'a justifié que Jésus, qui par son sacrifice justifie les croyants et les place sous une nouvelle alliance, de faveur et non de loi. Ils héritent ainsi de la première alliance, faite à la semence d'Abraham, que la Loi, venue 430 ans plus tard, n'a pas annulée mais seulement retardée jusqu'à son accomplissement par Jésus (Galates 3:17-19). Romains 7:7 montre que le commandement « Tu ne convoiteras point » appartient à cette Loi dont Paul a été délivré (Romains 8:1-4).[198]
À la question de Romains 3:31 (« Anéantissons-nous la loi par la foi ? »), deux réponses sont données. D'abord, la foi prouve que la loi de Dieu est parfaite, que seul un homme parfait pouvait l'observer et qu'elle devait montrer à Israël son imperfection pour le conduire au Christ comme un pédagogue (Galates 3:24-29). Ensuite, le Christ a donné une autre loi : « Aimez-vous les uns les autres » (Jean 13:34), que Jacques appelle la « loi royale » (Jacques 2:8). Cette loi d'amour contient l'esprit des dix commandements, et davantage. Paul, qui se dit délivré de la Loi (Romains 7:6 ; Romains 6:15), dit aussi qu'il est « sous la loi du Christ » (1 Corinthiens 9:21). La responsabilité des croyants passe ainsi du Père à Jésus qui les a achetés. Comme le Christ est l'agent de Jéhovah et que sa loi s'appuie sur celle du Père, on peut dire que les croyants ne sont pas sans loi envers Dieu, bien que le Père ait remis tout jugement au Fils.[199]
La loi de Moïse juge les hommes sur leurs actes, la loi du Christ sur les intentions de l'esprit ou de la volonté. Sous la première, tous étaient condamnés à cause du péché d'Adam. Sous la loi d'amour, les croyants marchent selon l'esprit : la volonté est jugée, non l'acte. Tout croyant consacré peut donc accomplir cette « loi royale », même si le nouvel esprit habite un « vase de terre » imparfait. Unis à Jésus, les croyants ont accompli la lettre de la Loi en lui, tant qu'ils observent sa loi de cœur, et la justice de la Loi s'accomplit en eux qui marchent selon l'esprit. Deux lois seraient inutiles : celui qui est sous la loi d'amour n'est pas sous celle de Moïse, qui exigeait une obéissance réelle et ne tenait aucun compte des faiblesses (Galates 3:10-12). Quand l'amour gouverne l'esprit, il maîtrise en grande partie le corps faible ; celui qui aime n'a aucune envie de voler, de tuer ou de porter un faux témoignage, et s'afflige s'il manque à l'amour par faiblesse.[200]
À ceux qui jugent ces commandements faciles à garder, la réponse reproche de ne pas voir, comme les pharisiens, leur portée entière. Jésus les résume ainsi : aimer Dieu de tout son cœur, de toute son âme et de toute sa pensée, et son prochain comme soi-même (Matthieu 22:37-40). Seuls des hommes parfaits pouvaient les observer, ce qui explique que nul Juif n'y soit parvenu et que les croyants aient besoin d'être en Christ pour que la justice de la Loi s'accomplisse en eux.[201]
Le troisième commandement
Le commandement du sabbat (Exode 20:8-11) fait partie de la Loi dont la mort de Jésus a levé l'emprise et qui n'a jamais été donnée à l'Église de l'Évangile. Celui qui reconnaît la liberté donnée par le Christ n'est donc soumis à l'observance d'aucun jour. Paul le confirme : l'un estime un jour plus qu'un autre, l'autre les estime tous égaux, et chacun doit être pleinement convaincu dans sa propre pensée (Romains 14:5). Puisque Jésus a effacé l'acte écrit des ordonnances qui nous était contraire et l'a cloué à sa croix, nul ne doit juger les croyants sur le manger, le boire, les fêtes, les nouvelles lunes ou les sabbats, qui sont l'ombre des choses à venir (Colossiens 2:14-20). Pour ceux qui sont en Christ, la seule loi en la matière est celle de l'amour, et ils peuvent célébrer un jour ou aucun, selon ce qui leur paraît glorifier Dieu et bénir les hommes.[202]
Le repos imposé tous les sept jours par la Loi, dont l'humanité semble avoir besoin, et l'amour de Dieu avec le désir de s'unir à ses enfants sont de bonnes raisons d'observer un jour. L'Église primitive a choisi très tôt le premier jour de la semaine, celui où Jésus est ressuscité et a ouvert les Écritures à ses disciples (Luc 24:27, Luc 24:32). On s'y réunissait couramment, avant même de saisir pleinement la liberté chrétienne et tout en observant encore en partie le septième jour (Actes 2:1 ; Actes 20:7 ; 1 Corinthiens 16:2). Paul, qui enseignait que tous les jours se valent, se réunissait tantôt le premier jour avec l'Église, tantôt le jour du sabbat dans les synagogues.[203]
L'observance du sabbat, comme celle de la circoncision, dépend de l'intention de celui qui la pratique. Qui garde le septième jour, ou tout autre, comme sous la loi de Moïse et dans l'espoir d'obtenir par là ses bénédictions, est déchu de la grâce et le Christ ne lui sert de rien (Galates 5:2-4). On ne peut gagner la vie en gardant la Loi, car manquer à un seul point condamne autant que de la violer tout entière (Jacques 2:10). Toute cette alliance a donc été mise de côté à cause de l'imperfection humaine et remplacée par la « nouvelle alliance », scellée du sang du Christ.[204]
Sous la Loi, le septième jour était commandé pour le seul repos. Paul déclare que « nous qui avons cru, nous entrons dans le repos » (Hébreux 4:3-10) : celui qui se fie à Jésus cesse de vouloir accomplir l'œuvre lui-même et la reçoit comme un don. Il agit comme Dieu le Père, qui, ayant créé l'homme et prévu sa chute, a remis l'affaire entre les mains du Christ pour racheter les hommes et détruire le péché et la mort pendant le septième jour, soit sept mille ans depuis Adam jusqu'à la fin du Millénium. Un renvoi est fait à l'article « Creative Week » (« La semaine de la création »), d'un ancien numéro épuisé. Le croyant a « la joie et la paix en croyant » (Romains 15:13), un repos permanent et complet, non d'un jour mais de tous, que le septième jour représentait en type, sept étant le symbole de la plénitude. Ce repos étant le don de l'amour de Dieu et s'obtenant en venant sous la « loi royale », il s'accomplit dans l'amour, qui est l'accomplissement de la Loi.[205]
Notre influence
L'influence chrétienne a peu d'effet sur ceux qui ne sont pas convertis. On ne peut pas espérer que le monde entier se convertisse en voyant la beauté de la profession des chrétiens, car le Christ lui-même a dit : « S'ils n'écoutent pas mes paroles, ils ne vous écouteront pas non plus. » Les chrétiens sont pourtant avertis de la manière dont ils professent le Christ : on leur redemandera non seulement l'hypocrisie, mais aussi le sang de ceux qui, déçus, se détournent d'eux et disent que la religion est sans réalité. Il est bon d'être chrétien, de jouir de l'Esprit de Dieu et de l'amour du Christ. Ce texte est une sélection tirée d'un autre auteur.[206]
L'objet du retour de notre Seigneur (discours n° 2)
Ce second discours reprend celui de la semaine précédente. Les âges passés et l'âge présent de l'Évangile sont décrits comme des étapes vers la conversion du monde. Dieu n'a pas cherché à faire connaître directement son nom à tous les hommes. Il a limité cette connaissance à une minorité d'« élus » : les patriarches, Israël selon la chair sous la Loi, puis, jusqu'au siècle présent, un petit nombre de personnes même pendant l'âge de l'Évangile. Cette sélection est présentée comme un moyen en vue de « la réconciliation du monde avec lui-même ».[207]
Toutes les promesses de Dieu se concentrent sur l'Église, qui est en cours de sélection. Elle forme aujourd'hui le « corps du Christ » et complète la mesure de ses souffrances. Quand tous ses membres auront été choisis et « rendus parfaits par la souffrance », elle sera unie à Jésus-Christ, « chef de l'Église qui est son corps ». Une autre comparaison la présente comme la « vierge chaste » unie à l'Époux céleste. Les deux ne font alors plus qu'un, et ce « Christ complet » est l'héritier de toutes choses.[208]
Ce Christ complet est la postérité promise qui doit écraser la tête du serpent, c'est-à-dire détruire le mal. Le discours cite Romains 16:20 à l'appui. C'est aussi la « postérité d'Abraham » en qui toutes les familles de la terre seront bénies, d'après Galates 3:29. La fin de l'âge ne met pas un terme à la mission de l'Église. Tant que le blé et l'ivraie poussent ensemble jusqu'à la moisson, sa lumière brille faiblement. Une fois séparée de l'ivraie et élevée avec son Seigneur, elle « brillera comme le soleil dans le royaume », qui est le « soleil de justice » se levant avec la guérison dans ses ailes.[209]
Le jour du Millénium est décrit comme un temps où il n'y aura plus de malédiction, où la connaissance du Seigneur remplira la terre et où les guerres cesseront jusqu'aux extrémités du pays. Ce sont les « temps du rétablissement » dont parle Pierre en Actes 3:17-19, qui doivent commencer au retour du Christ. En attendant, selon Romains 8:19-22, la création entière gémit et souffre en attendant la manifestation des fils de Dieu.[210]
Le sort de ceux qui sont morts avant cet accomplissement pose alors problème. Depuis la création, il y a six mille ans, environ 143 milliards d'êtres humains ont vécu sur la terre. L'estimation la plus large que l'on puisse raisonnablement faire donne moins d'un milliard de saints de Dieu, ce qui laisse 142 milliards de morts hors du Christ.[211]
Trois réponses sont passées en revue. L'athée dit que ces morts le sont pour toujours. Le calvinisme répond que Dieu les a prédestinés à la perdition et qu'ils souffrent en enfer sans espoir. L'arminianisme soutient que Dieu les excuse à cause de leur ignorance, de sorte que ceux qui ont fait de leur mieux font partie de l'« Église des premiers-nés » autant que Paul. La grande majorité des chrétiens de toutes les confessions adopte cette dernière opinion, parce que toute autre leur paraît incompatible avec la justice de Dieu.[212]
Cette dernière opinion est rejetée au nom de la Bible, qui ne connaît qu'une condition du salut, la foi. Le discours cite Éphésiens 2:8, la réponse de Paul au geôlier de Philippes (Actes 16:30-31), la déclaration de Pierre selon laquelle il n'y a sous le ciel aucun autre nom que celui de Jésus (Actes 4:12) et la question de Romains 10:14 : comment croire en celui dont on n'a pas entendu parler ? Ceux qui n'ont pas entendu ne peuvent pas croire, et ne peuvent donc pas faire partie de l'Épouse du Christ. Les deux premiers chapitres de l'épître aux Romains ne disent pas le contraire : Paul y montre que la conscience des païens suffit à les condamner, non à les justifier, de sorte que « tout le monde est coupable devant Dieu » (Romains 3:19).[213]
Un argument pratique est adressé à ceux qui affirment que Dieu ne condamnera pas les ignorants. Si les païens étaient sauvés par leur ignorance, envoyer des missionnaires, au prix de milliers de vies et de millions de dollars, leur ferait du tort, puisqu'un seul sur mille environ croit après la venue du missionnaire. L'Évangile deviendrait alors une mauvaise nouvelle. Le discours conclut que les actes de ces chrétiens démentent leur théorie et qu'ils croient en réalité qu'il n'y a pas d'autre nom par lequel être sauvé.[214]
Qu'est devenu le sort des 142 milliards ?
Les 142 milliards de morts ne sont pas en enfer, car la récompense complète n'est donnée à personne avant le retour du Christ, et les injustes reçoivent alors aussi leur dû. Pierre écrit que le Seigneur sait « réserver les injustes pour le jour du jugement » (2 Pierre 2:9). Plusieurs textes paraissent pourtant difficiles à concilier avec le sort de ces multitudes : « Dieu est amour » (1 Jean 4:8), Dieu a tant aimé le monde (Jean 3:16), la vraie lumière qui éclaire tout homme venant dans le monde (Jean 1:9), Jésus qui a goûté la mort pour tout homme (Hébreux 2:9), la bonne nouvelle destinée à « tout le peuple » (Luc 2:10) et le Médiateur qui s'est donné en Rançon pour tous (1 Timothée 2:5). Le discours observe que la lumière n'a visiblement pas atteint le Hottentot ni les habitants de Sodome, et que la mort de Jésus semblerait un échec si elle ne profitait qu'à un milliard sur 143.[215]
La clé de ces difficultés est donnée par la fin de 1 Timothée 2:6 : la rançon doit être « attestée en son temps ». Pour le discours, « Dieu a un temps fixé pour chaque chose ». Il aurait pu annoncer la rançon à ces 142 milliards pendant leur vie, mais il ne l'a pas fait ; leur temps est donc à venir. Le Christ a été la rançon du Hottentot au même moment que la vôtre, mais celui-ci ne l'a pas encore entendu et ne l'entendra peut-être pas dans cette vie.[216]
À la question de savoir si la mort met fin à l'épreuve, la réponse est qu'aucun passage biblique ne le dit. Le verset « là où l'arbre tombe, il reste » (Ecclésiaste 11:3), souvent cité en sens contraire, signifierait seulement que l'homme reste, jusqu'à sa résurrection, dans l'état de connaissance ou d'ignorance où il est entré dans la mort. La connaissance ne peut pas atteindre les morts dans leur tombe, puisqu'il n'y a « ni œuvre, ni pensée, ni connaissance, ni sagesse » dans le séjour des morts (Ecclésiaste 9:10 aussi Psaumes 6:5). Dieu a prévu la Résurrection de tous : « comme tous meurent en Adam, de même tous revivront en Christ » (1 Corinthiens 15:22). Tout ce qu'Adam a fait perdre à l'humanité doit être rétabli en Christ, d'où l'expression « temps du rétablissement » pour l'âge qui suit le second avènement.[217]
Le discours précise ce qui est rendu : la vie humaine, avec la capacité d'obéir, non la vie éternelle, qu'Adam n'a jamais possédée puisque la continuation de sa vie dépendait de son obéissance. Ce rétablissement est le « salut général » accompli par le Christ pour tous, distinct du « grand salut » des croyants. Le discours s'appuie sur 1 Timothée 4:10, texte surtout utilisé par les universalistes, et précise que les Étudiants de la Bible ne sont pas universalistes mais revendiquent le droit de citer toute l'Écriture. Le Christ y est « le Sauveur de tous les hommes, surtout des croyants » : il sauve tous les hommes de la perte causée par Adam, et il est le Sauveur « particulier » des croyants de l'âge présent, qui deviennent fils de Dieu sur un plan supérieur à l'humain, participants de la nature divine.[218]
Le « témoignage en son temps » explique ainsi les textes jugés jusque-là embarrassants : la bonne nouvelle sera un jour pour tous, et la vraie lumière éclairera tout homme venant dans le monde. Le raisonnement de Romains 5:18-19 va dans le même sens : comme tous ont été condamnés à mourir à cause de la faute d'Adam, tous sont justifiés pour la vie par la justice du Christ. Tous perdent la vie sans l'avoir voulu en Adam et la reçoivent sans l'avoir voulu du second Adam, avec la possibilité de la garder pour toujours à certaines conditions. Une fois ramenés à la vie et informés de l'amour de Dieu, ils commencent leur épreuve, qui est leur première chance : le discours précise qu'il n'enseigne de seconde chance pour personne.[219]
Pierre dit que le rétablissement a été annoncé par tous les saints prophètes. Le discours cite la vallée des ossements d'Ézéchiel, qui représentent « toute la maison d'Israël » dont Dieu ouvrira les tombeaux (Ézéchiel 37:11-12), et le raisonnement de Romains 11:25-26 : l'endurcissement d'une partie d'Israël durera jusqu'à ce que « la plénitude des nations » soit entrée, c'est-à-dire l'Église de l'Évangile, tirée des nations. Israël a été écarté de la faveur de Dieu pendant que l'Épouse du Christ est choisie, et il y reviendra quand cette œuvre sera achevée (Romains 11:2, Romains 11:28-33). Ces promesses ne visent pas les retours d'exil de Babylone ou de Syrie. Elles concernent le jour où l'on ne dira plus « les pères ont mangé des raisins verts », où chacun mourra pour sa propre faute (Jérémie 31:29-30). Ce n'est pas le cas aujourd'hui, puisqu'on meurt à cause d'Adam. Le jour du Millénium ou du rétablissement est celui où chacun mourra pour sa propre faute.[220]
À l'objection que les ressuscités pourraient pécher et tomber comme Adam, la réponse est qu'ils auront appris la leçon que Dieu voulait enseigner pendant les six mille premières années, « l'extrême pécheresse du péché ». Ils pourront apprécier le bien et fuir le mal. L'Église glorifiée sera alors composée des « rois » (les dirigeants) et des « prêtres » (les enseignants) du monde à venir (Hébreux 2:5).[221]
Le rétablissement ne concerne pas que les Juifs. Les habitants de Sodome sont donnés en exemple. Jésus déclare que Sodome aurait subsisté jusqu'à ce jour si les miracles accomplis à Capernaüm y avaient été faits (Matthieu 11:21-23), ce qui signifie que ces gens n'ont pas eu toute leur chance. Le feu et le soufre du ciel les ont tous détruits (Luc 17:29), si bien que leur rétablissement, s'il est annoncé, suppose leur résurrection. Or Ézéchiel 16:48-63 compare Israël à Samarie et à Sodome, que Dieu dit avoir « ôtées » comme il l'a jugé bon. Dieu les a retirées sans leur donner la connaissance du seul nom, parce que leur temps n'était pas venu. Il les sauvera d'abord de la servitude de la mort, puis leur donnera la connaissance, selon 1 Timothée 2:4 : il veut que tous les hommes soient sauvés et parviennent à la connaissance de la vérité. Ce n'est qu'à ce moment que commencent les préparatifs pour la vie éternelle.[222]
Le même principe sert à comprendre l'ordre donné à Israël de détruire les Amalécites et d'autres peuples, sans épargner ni femme ni enfant. L'ensemble de l'âge juif est un type de l'âge de l'Évangile, et les victoires d'Israël représentent les combats du chrétien contre le péché. Ces peuples pouvaient mourir ainsi comme de maladie ou d'épidémie, car ils apprenaient seulement à connaître le mal, afin de pouvoir, le moment venu, discerner et choisir le bien. Quant au passage d'Ézéchiel, les captifs de Sodome et de Samarie sont ramenés, et Israël avec eux, au milieu d'eux : « quand je ramènerai les captifs » (Ézéchiel 16:53). Le discours voit dans la mort une captivité, et dans le Christ celui qui ouvre les portes de la prison de la tombe. Ces peuples ressusciteront ensemble, et le verset 55 parle d'un « retour à leur ancien état », c'est-à-dire d'un rétablissement. Contre ceux qui y voient de l'ironie envers Israël, il invoque les versets 60 à 63 : Dieu se souvient de son alliance, et il la maintiendra.[223]
L'alliance est confirmée par Romains 11:27-29 : les Juifs sont aimés à cause des pères, car les dons et l'appel de Dieu sont sans repentance. Le verset 63 conclut que le rétablissement ne repose sur les mérites ni d'Israël, ni de Samarie, ni de Sodome. Ils seront couverts de honte lorsque Dieu leur pardonnera tout ce qu'ils ont fait. Cette honte s'explique aussi par ce que dit Éphésiens 2:7 : dans les siècles à venir, Dieu montrera « l'incomparable richesse de sa grâce ». Beaucoup d'enfants de Dieu seront eux aussi stupéfaits en voyant que « Dieu a tant aimé le monde », et s'exclameront avec Paul : « Ô profondeur de la richesse, de la sagesse et de la connaissance de Dieu ! » (Romains 11:33).[224]
À la question de savoir pourquoi cela n'a pas été compris plus tôt, la réponse est que Dieu donne la lumière à son peuple au moment voulu. Le monde est resté presque entièrement dans l'ignorance du plan de Dieu jusqu'à l'âge de l'Évangile, quand le Christ a mis en lumière la vie et l'immortalité. Les Juifs pensaient que toutes les promesses étaient pour eux seuls, et Dieu a ensuite favorisé les nations. Les chrétiens estiment généralement que les bénédictions sont pour l'Église, alors que Dieu a aussi fait des promesses au monde. Selon Proverbes 4:18, le sentier des justes est comme la lumière de l'aurore, dont l'éclat va croissant jusqu'au plein jour. La clarté actuelle est présentée comme une forte présomption que le « glorieux jour du Millénium » approche, où l'on connaîtra comme on est connu (1 Corinthiens 13:12).[225]
L'incohérence du calvinisme et de l'arminianisme pris séparément
Le discours avait promis de concilier deux doctrines que l'on croit opposées : le calvinisme (l'élection) et l'arminianisme (la grâce gratuite). Il suffit selon lui de reconnaître l'ordre des âges et d'attribuer chaque texte à son époque. Il commence par exposer les points faibles de chacune, sans viser leurs défenseurs.[226]
Le calvinisme part de l'omniscience de Dieu : Dieu connaissait la fin dès le commencement et « tous ses desseins s'accomplissent », donc il n'a voulu sauver qu'un petit nombre, le petit troupeau, et a prédestiné tous les autres à l'enfer. Cette conception respecte l'omniscience divine, mais elle prive Dieu de trois qualités essentielles à la grandeur, la miséricorde, l'amour et la justice, puisqu'elle suppose 142 milliards de créatures damnées avant leur naissance et mises en présence de déclarations d'amour qui les trompent.[227]
L'arminianisme part de l'amour de Dieu : en créant l'humanité, Dieu ne lui voulait que du bien. Satan a réussi à tenter Adam et, depuis, Dieu fait tout ce qu'il peut pour délivrer l'homme, jusqu'à donner son Fils. Après six mille ans, l'Évangile n'a atteint qu'une petite partie des hommes, et l'on espère qu'en six mille ans de plus, grâce à l'énergie et à la générosité de l'Église, la connaissance de Dieu sera aussi étendue que celle du mal. Cette conception retient que « Dieu est amour », mais elle lui retire l'habileté et la prévoyance nécessaires pour réaliser ses desseins. Satan aurait bouleversé d'un seul coup tous les plans de Dieu, qui devrait employer douze mille ans à rétablir la justice à un degré tel que l'homme puisse choisir le bien aussi aisément que le mal. Les 142 milliards des six premiers millénaires, et autant des six suivants, seraient perdus à jamais. « Satan obtient ainsi, malgré Dieu, cent personnes en enfer pour une que Dieu obtient en gloire ». Cette doctrine élève l'idée que l'on se fait de Satan et abaisse celle que l'on se fait de Dieu, qui « dit et la chose arriva ».[228]
Les deux doctrines s'accordent quand elles sont réunies. Pendant l'âge présent et les âges passés, Dieu élit, c'est-à-dire rassemble, l'Église par la prédication de l'Évangile. Il a permis le mal pour former cette Église, qui, « rendue parfaite par la souffrance », sera prête pour son œuvre future. La masse des hommes, qui n'est pas à l'épreuve, acquiert par le contact avec le péché une connaissance et une expérience dont elle tirera profit. Dieu a aussi montré son amour en faisant dépendre le relèvement de l'homme de la mort du Christ, donné comme « victime expiatoire pour nos péchés, et non seulement pour les nôtres, mais aussi pour ceux du monde entier » (1 Jean 2:2). Dans l'âge suivant, celui des « nouveaux cieux et de la nouvelle terre » (Apocalypse 21:1), la « grâce gratuite » s'exercera pleinement : « que celui qui veut prenne de l'eau de la vie, gratuitement » (Apocalypse 22:17). Le discours voit dans ce plan un dessein que les hommes n'auraient pas imaginé, selon Ésaïe 55:8-9, et invite à grandir dans la grâce et dans l'amour de Dieu.[229]
Le jugement de l'Église et du monde, la récompense de la foi et celle des œuvres feront l'objet du discours du dimanche suivant.[230]
Rubrique des questions
À la question de savoir si d'autres journaux que la Tour enseignent que Jésus est actuellement présent, la réponse est qu'aucun autre n'enseigne la présence personnelle de Jésus-Christ. La plupart de ceux qui se sont intéressés au second avènement ne voient pas la différence entre la nature humaine que Jésus a déposée dans la mort comme rançon et la nature nouvelle que le Père lui a donnée en récompense (Philippiens 2:9). Ils s'attendent donc à ce qu'il revienne comme un être humain de chair. Or, d'après la revue, on ne connaît plus le Christ « selon la chair » (2 Corinthiens 5:16) : il est un être spirituel, « l'empreinte de la personne du Père » (Hébreux 1:3), invisible à l'œil humain sans miracle, comme les anges et comme le Père, « que nul homme n'a vu ni ne peut voir » (1 Timothée 6:16).[231]
Pour rester logique avec leurs théories, ceux qui ne reconnaissent pas la différence totale entre la nature humaine parfaite et la nature divine ne peuvent pas enseigner la présence du Christ. Le lecteur est renvoyé au tableau et à son explication dans Food for Thinking Christians (« Nourriture pour les chrétiens qui réfléchissent »), p. 105. Si Jésus n'était aujourd'hui qu'un homme glorifié, il serait visible à l'œil naturel à son retour, on n'aurait pas particulièrement besoin de prêter attention à la parole prophétique certaine, et les passages qui décrivent sa présence « comme un voleur », perceptible seulement par ceux qui veillent, seraient faux. Ceux qui soutiennent qu'il est seulement un homme glorifié devraient aussi soutenir, pour être cohérents, qu'à son premier avènement, avant d'avoir été « hautement[232]
exalté », il était un homme imparfait. Or la Bible enseigne qu'à son premier avènement Jésus était pur, sans péché, parfait : un homme APTE à servir de rançon pour d'autres hommes. À sa résurrection, il a été rendu parfait comme nouvelle créature et il est redevenu un être spirituel.[233]
Certains jugent qu'un changement de nature est impossible. La revue leur oppose une question : comment Jésus a-t-il pu passer d'une forme de Dieu, c'est-à-dire d'une forme spirituelle, à une forme de chair, celle d'un être humain ? Il a pris cette nature inférieure à la nôtre (Philippiens 2:7). On ne voit donc pas pourquoi il ne pourrait pas recevoir une nature supérieure à celle des hommes, et même supérieure à celle qu'il avait quittée pour devenir homme. Les théories qui obligeraient Jésus à rester homme pour toujours doivent être abandonnées plutôt que les passages bibliques qui distinguent les êtres humains des êtres spirituels. Ces mêmes passages offrent à certains, durant le présent âge, un changement de nature.[234]
Pour ceux qui admettent cette distinction entre êtres humains et êtres spirituels, la présence personnelle et invisible du Christ est raisonnable. Ils savent que, même si l'on a connu le Christ « selon la chair », on ne le connaît plus ainsi désormais (2 Corinthiens 5:16). L'être humain restauré sera un homme glorieux et parfait. La « nouvelle créature » parfaite sera très différente : un être spirituel parfait, dont on ne voit pas encore ce qu'il sera. Jésus est maintenant « l'empreinte de la personne du Père », que nul homme n'a vue et ne peut voir. Il a été mis à mort dans la chair, comme homme, et rendu vivant en esprit, comme nouvelle créature.[235]
La revue enseigne que ce Jésus ressuscité dans la gloire et la puissance, avec un corps spirituel et non un corps animal ou humain, est présent. Sa présence et sa puissance agissent déjà sur les affaires de l'Église et du monde. Il est présent comme moissonneur (Apocalypse 14:14) de sa moisson qui mûrit : sa faucille aiguisée, la vérité, sépare le vrai du faux et le blé mûr du blé qui ne l'est pas encore. Le Seigneur est venu rassembler ses joyaux choisis et polis. Ses éclairs de vérité éclairent déjà le monde (Matthieu 24:27 ; Psaumes 97:4). Les premiers éclairs apportent la terreur et l'effroi au monde et révèlent l'énormité du mal et de l'oppression. Bientôt, la pleine gloire de sa présence sera reconnue de tous, « vue » par les yeux de leur intelligence, et apportera guérison et bénédiction. Le prince invisible et spirituel actuel de ce monde, Satan (Jean 14:30), sera alors entièrement chassé, quand le nouveau prince invisible et spirituel, le Christ, prendra pleinement sa grande puissance et sa domination.[236]
Pour nous rendre blancs
À ceux qui demandent pourquoi ils doivent souffrir ainsi et supporter sans cesse l'humiliation, la réponse est que Dieu attache un grand prix à « la richesse de la gloire de son héritage dans les saints ». Un propriétaire démolit sa vieille maison, arrache les lilas et les cerisiers et laboure son terrain pour le réensemencer, afin de préparer l'emplacement d'une meilleure demeure. L'herbe verte sangloterait et les arbustes crieraient si l'on entendait leur histoire. La souffrance n'est pas toujours une punition : elle corrige souvent et elle éduque. Elle purifie, forme et glorifie, et elle doit se poursuivre jusqu'au bout.[237]
Un vieux capitaine de vapeur transatlantique dit qu'un peu de vent de face fait du bien, parce qu'il active le tirage de la chaudière. La patience est belle et utile, mais elle suppose qu'il y a quelque chose à supporter. Elle ressemble au cierge à floraison nocturne, qui n'atteint sa perfection que dans l'obscurité, quand la nuit est la plus noire. À une extrémité d'une machine à papier se trouve une pile de beau papier blanc, alors que les chiffons auraient crié sous le lavage, le broyage, le pressage et l'écrasement. Le chrétien est invité à voir de la même façon les bienfaits qui récompenseront ses épreuves. Ce texte est signé de la revue American Wesleyan (« Le Wesleyen américain »).[238]
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Illustrations du numéro
Références
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- ↑ La Tour de Garde de Octobre 1883, p. 544. Titre original : The Object of Our Lord's Return, Discourse No. 2 (« L'objet du retour de notre Seigneur, discours n° 2 »)
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