La Tour de Garde de Juin 1883
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| La Tour de Garde de Juin 1883 | |
|---|---|
| Revue | La Tour de Garde |
| Date | 1883 |
| Auteur(s) | John C. Sunderlin, William I. Mann, Simon O. Blunden, Maria Russell, Charles Seagrin |
| Année | 1883 |
| Langue | Anglais |
| Pays | États-Unis |
Ce numéro défend la rançon payée par le Christ. Il le fait contre des prédicateurs et des journaux que la revue accuse de vider cette doctrine de son sens. Plusieurs textes reviennent sur la personne de Jésus. Il est présenté comme différent des hommes qu'il vient racheter, sans péché, et identifié avant sa naissance humaine à l'archange Michel. Pour la revue, nier la rançon, c'est retirer le fondement de la foi chrétienne.
Une autre partie du numéro lit l'Apocalypse comme une histoire de l'Église écrite d'avance. Les sept Églises d'Asie et les sept dernières plaies sont rapportées aux époques passées et aux troubles du temps présent. La présence invisible du Christ, comptée depuis environ neuf ans, sert de cadre à cette lecture. Les Églises protestantes, les masses sans religion et les dirigeants religieux y apparaissent frappés tour à tour.
Le numéro donne aussi une place aux lecteurs et à la vie des Étudiants de la Bible. Un prédicateur baptiste annonce qu'il quitte son Église. Un évangéliste suédois raconte ses premiers succès parmi ses compatriotes. Des conseils pratiques sur la prière, la vigilance et le respect excessif envers les enseignants complètent l'ensemble.
Analyse
Croyances
Le Christ, sa nature et le prix de la rançon
Le numéro identifie l'archange Michel au Christ avant sa venue sur terre.[1] L'argument part d'un simple relevé. Le mot « archange » ne figure que deux fois dans la Bible et jamais au pluriel, ce qui laisserait un seul chef des messagers de Dieu.[2] Cette identification circulait aussi hors du milieu de Russell. Au XIXe siècle, le théologien luthérien allemand Ernst Wilhelm Hengstenberg voyait déjà en Michel l'ange de l'Éternel qui conduisait Israël (Exode 32:34, Josué 5:13), et la question restait discutée chez les protestants.[3] L'auteur en tire surtout une conséquence pour son temps. « Michel se lèvera » (Daniel 12:1) et « la voix de l'archange » (1 Thessaloniciens 4:16) désignent la voix de commandement du Christ déjà présent, qui ferait vaciller les royaumes de 1883.[4] En février 1881, les voix et les trompettes de ce même verset étaient déjà lues comme des images, mais elles annonçaient le changement des saints en êtres spirituels, attendu pour l'automne 1881.[5] En juin 1883, le verset ne parle plus de ce changement : il sert à montrer que le Christ agit déjà sur les nations.[6]
Si le Christ était le chef des messagers de Dieu, il ne pouvait pas être, sur terre, un pécheur parmi les autres. J. C. Sunderlin défend ce point dans « L'héritier serviteur ».[7] Les partisans de la thèse adverse ne sont pas nommés. Ils tiraient de Galates 4:1 et de Hébreux 2:17 un Jésus membre de la race déchue, qui se serait racheté lui-même avec les autres hommes.[8] Sunderlin répond que Galates 4 parle de l'Église, encore « enfant » sous la Loi juive, et non de Jésus pris seul.[9] Pour Hébreux 2:17, il part de la définition des « frères » : ceux qui font la volonté du Père (Matthieu 12:50). Dieu les compte comme ce que Jésus était réellement, c'est-à-dire sans péché.[10] La ressemblance va donc des croyants vers Jésus, et non de Jésus vers les pécheurs. Un serviteur sans péché ne doit rien à la Loi : il est le seul qui puisse payer pour les autres.[11]
Cette nature sans péché fonde la doctrine de la rançon, défendue sur deux pages contre d'autres périodiques.[12] Les six questions déjà posées à ces journaux sont reposées. Un troisième adversaire est nommé : The Millenarian (« Le Millénariste »), présenté comme le troisième journal en un an et demi à défendre une foi sans rançon.[13] Le premier numéro du Day Star, d'octobre 1882, est cité comme preuve. La substitution y est jugée « désagréable » et injuste, et « la repentance et le pardon » y sont appelés « le remède du Seigneur ».[14] Ces arguments existaient déjà chez d'autres adventistes. En 1874, Simon W. Bishop écrivait dans The Watchman's Cry que le Christ n'était pas mort comme substitut, puisqu'une dette payée une fois ne peut être réclamée une seconde fois.[15] En août 1878, Nelson Barbour jugeait « odieux » de punir l'innocent à la place du coupable. Il comparait la mort du Christ à une mouche transpercée d'une épingle pour régler la faute d'un enfant.[16][17] Le reproche fait aux adversaires de trouver la rançon trop « commerciale » répond à cette objection morale.[18] Paton, rédacteur de The World's Hope, avait lui-même écrit en 1876 qu'aucune théorie de l'expiation ne le satisfaisait.[19]
La rançon suppose aussi que l'homme meurt réellement. Dans la troisième plaie, l'auteur range parmi les erreurs des Églises « l'enseignement de Satan » selon lequel l'homme a une existence sans fin, dont « neuf dixièmes » dans le malheur.[20] Il lui oppose une autre affirmation : le salaire du péché, c'est la mort.[21] Selon Tony Wills, Russell avait conclu de ses premières études que c'était Satan, et non Dieu, qui avait dit à l'homme « vous ne mourrez point ».[22] Cette doctrine vient de Henry Grew, dont un tract convainquit George Storrs en 1837 ; Storrs devint ensuite le principal défenseur américain de l'idée que l'âme n'est pas immortelle par nature.[23]
Un salut pour tous, contre la prédestination
Le cantique de Moïse et de l'Agneau (Apocalypse 15:3-4) sert de résumé à la doctrine de la restitution.[24] Chacune de ses quatre parties devient une affirmation que seuls les vainqueurs osent chanter. Dieu est juste envers les nations mortes sans connaître le Christ, et toutes viendront l'adorer, Sodome comprise (Ézéchiel 16:48-63).[25] L'auteur range ses adversaires en trois groupes : ceux qui placent ces morts dans une torture éternelle, ceux qui les laissent morts pour toujours, et ceux qui les ressuscitent pour un jugement fictif avant de les détruire.[26] Cette espérance vient en grande partie de Storrs. Schulz et de Vienne, repris par Blandre, montrent que Russell avait relié dès 1873 la rançon et la restitution : tous meurent en Adam, tous sont rendus à la vie par le Christ, et chacun reçoit l'occasion de connaître la vérité.[27] L'expression « restitution de toutes choses » (Actes 3:21) donnait déjà son titre au livre de Joseph Marsh, The Age to Come or the Glorious Restitution of all Things (« L'âge à venir ou la glorieuse restitution de toutes choses », 1851). Ses lecteurs formaient les adventistes dits « de l'âge à venir ».[28] En janvier 1878, le pasteur méthodiste A. P. Adams prêcha sur ce même verset. L'homme qui transcrivit le sermon pour ses supérieurs, Charles E. Barnes, ancien adventiste, y voyait une « seconde probation », c'est-à-dire une seconde chance après la mort.[29]
Si Dieu veut sauver tous les hommes, il reste à expliquer pourquoi le monde présent semble favoriser les méchants. Le tableau « Deux règnes opposés » répond à cette question.[30] Sous le règne de Satan, les orgueilleux prospèrent et les saints sont persécutés. La richesse n'est donc pas un signe de faveur divine, et Dieu châtie souvent ceux qu'il aime.[31] Sous le règne du Christ, personne ne mourra plus à cause du péché d'Adam (Jérémie 31:29-30). Chacun ne mourra que pour sa propre faute, par la seconde mort.[32] La restitution ne sauve donc pas automatiquement tout le monde. Robert Crompton résume ainsi la position de Russell : la mort de Jésus ne garantit pas la vie éternelle à tous, mais une seconde occasion, dans des conditions parfaites, de prouver son obéissance.[33]
Ce Dieu qui offre une chance à tous est opposé au Dieu de la prédestination. Dans la quatrième plaie, certaines Églises sont accusées d'enseigner que Dieu a décidé d'avance le salut d'un petit nombre et la misère éternelle des autres, au point de dire qu'il y a en enfer « des enfants qui n'ont pas un empan de long ».[34] Cette formule était connue dans le milieu des Étudiants de la Bible. Enfant, George Stetson l'avait entendue dans une église calviniste de Chazy (New York) : « le chemin de l'enfer est pavé de nourrissons qui n'ont pas un empan de long ». Il dit que ce sermon l'avait détourné du calvinisme.[35] Les calvinistes du XIXe siècle eux-mêmes ne la reprenaient plus tous. La Confession de Westminster ne parlait que des « enfants élus » morts en bas âge. Thomas Smyth affirmait que les calvinistes espéraient désormais le salut de tous ces enfants, et Charles Hodge soutenait qu'ils étaient tous sauvés.[36][37] Russell avait été élevé dans cette doctrine. A. H. Macmillan rapporte que, jeune, il jugeait déraisonnables l'immortalité de l'âme et le tourment éternel.[38] Le numéro donne au mot « blasphème » un sens précis : présenter faussement le caractère de quelqu'un. Les prédicateurs de la prédestination sont donc accusés de blasphémer Dieu.[39]
Une présence invisible et un calendrier daté
L'article sur Sardes explique pourquoi le retour du Christ passe inaperçu. Le voleur entre dans la maison sans bruit, et ceux qui dorment ne s'éveillent qu'après des années, peu à peu, à mesure que le bruit grandit.[40] Un corps spirituel ne peut être vu des yeux humains sans miracle. Ceux qui attendent un Christ visible ne peuvent donc pas reconnaître sa présence.[41] Le « jour » du Seigneur est daté : on y serait entré « depuis environ neuf ans », soit en 1874.[42] James Penton fait remonter ces idées au milieu millénariste britannique. Robert Govett lisait le mot grec parousia comme « présence », et Henry Drummond enseignait que le Christ reviendrait sans être vu, sauf des saints.[43] Raymond Franz note qu'une présence invisible ne peut être ni prouvée ni réfutée. Elle permettait aux adventistes proches de Barbour de garder la date de 1874 tout en admettant que les événements attendus ne s'étaient pas produits.[44]
Le calcul de Jézabel (Apocalypse 2:21) place ensuite une seconde date dans ce « jour ». Le « temps » donné à Jézabel pour se repentir vaut 360 ans. Il part du printemps 1518, quelques mois après les thèses de Luther, et aboutit au printemps 1878.[45] En septembre 1882, le même calcul allait de 1517 à 1877.[46] Le décalage d'un an fait tomber la fin du délai sur 1878, date à laquelle la « maison » de l'Église nominale aurait été laissée déserte.[47] En novembre 1879, cette date de 1878 venait d'un autre calcul : la longueur de l'âge juif, reportée sur l'âge chrétien.[48] Deux méthodes différentes aboutissent ainsi à la même année. Le « temps » de 360 ans vient d'une règle ancienne. Penton rappelle que l'année prophétique de 360 jours a été tirée d'Apocalypse 12:6 et Apocalypse 12:14 par Joseph Mede au XVIIe siècle.[49]
La troisième date est l'automne 1881, fin du « haut appel ». Des lecteurs demandent s'ils peuvent encore y prétendre.[50] En avril 1882, la réponse dépendait d'une date : ceux qui avaient accepté l'invitation avant le 2 octobre 1881 pouvaient encore réussir.[51] En juin 1883, la réponse passe par une question posée à chacun : possède-t-il les « arrhes », le Saint-Esprit reçu au moment de sa consécration, même s'il ne s'en souvient pas ?[52] Le lecteur doit donc s'examiner lui-même. Le gage peut aussi se perdre, comme un héritier négligent cède l'acte que lui a donné son père.[53] Melvin Curry, cité par Penton, juge que l'échéance de 1881 avait détourné l'attention de la déception de 1878 et poussé les lecteurs à prêcher davantage.[54] Crompton précise que, pour Russell, la fin de l'appel ne rendait pas la prédication inutile : les appelés devaient encore confirmer leur réponse.[55]
Les nouvelles du moment servent de preuve que ce calendrier s'accomplit. Ézéchiel 34:8-12 est appliqué au rassemblement de deux troupeaux : les Israélites selon la chair et les Israélites spirituels, sortis de leurs servitudes au « jour » de la présence.[56] En janvier 1881, les deux mêmes « maisons d'Israël » servaient à un autre propos : toutes deux devaient trébucher sur le Christ (Ésaïe 8:14).[57] Crompton montre que Russell distinguait trois groupes : Israël selon la chair, la chrétienté et la véritable Église, chacun ayant sa place dans le calendrier.[58] La deuxième plaie est lue dans l'actualité irlandaise : Gladstone et Parnell doivent désavouer la politique de « dynamite et d'assassinat » de chefs issus des masses.[59] En juin 1882, les meurtres de Phoenix Park, à Dublin, prouvaient déjà que la « détresse » annoncée était commencée.[60] Un an plus tard, l'Irlande illustre une étape précise : la séparation entre les hommes de bien et la foule violente. Blandre rappelle que Barbour annonçait dès 1877 une crise sociale où le chômage et la faim dresseraient les ouvriers contre les capitalistes.[61]
Babylone jugée : des sept Églises aux sept plaies
Les sept Églises d'Apocalypse 2:1 à Apocalypse 3:22 sont lues comme sept époques successives de l'Église, d'Éphèse au temps des apôtres jusqu'à Laodicée, l'Église nominale du XIXe siècle.[62] Cette lecture était ancienne chez les protestants : Thomas Brightman, Joseph Mede et Campegius Vitringa lisaient déjà les sept Églises comme sept périodes de l'histoire chrétienne.[63] Dans Three Worlds (« Les trois mondes »), Barbour en faisait aussi les sept étapes de l'Église.[64] Les articles signés W. I. M. ajoutent des explications de noms. Les nicolaïtes représentent la prétention à dominer l'Église. Antipas, lu comme « contre le père », représente ceux qui s'opposent au pape.[65] Sardes devient un reste sans vie. Pour relancer son œuvre, Dieu ne s'adresse pas à elle mais appelle Luther hors de Rome.[66]
Cette histoire aboutit à Babylone : la papauté est la bête, le protestantisme divisé en Églises est son image.[67] George Chryssides note que, contrairement à la plupart des protestants, qui identifiaient Babylone à l'Église catholique, les Étudiants de la Bible ont appliqué ce nom à toute la chrétienté.[68] Storrs faisait déjà de même en 1844 : pour lui, Babylone était l'Église apostate, protestants compris.[69] L'image de la bête sert ici à dater les plaies. Elle aurait été formée par l'Alliance évangélique en 1846. Les vainqueurs de l'image n'ont donc pu exister qu'après cette date, et les plaies aussi.[70] Le temple rempli de fumée (Apocalypse 15:8) désigne l'Église nominale, plongée dans la confusion.[71] En 1877, Barbour lisait le même verset autrement : le temple était l'Église véritable, remplie de la gloire de Dieu.[72]
Chaque plaie est rapportée à un mal précis de l'époque. Le premier ulcère frappe le protestantisme, rongé par les erreurs héritées de Rome.[73] La deuxième plaie sépare les masses sans religion de leurs éléments honnêtes. La troisième rend les credos dégoûtants à ceux qui les professent. La quatrième brûle les chefs religieux par un surcroît de lumière sur l'Évangile.[74] D'autres commentateurs protestants plaçaient ces plaies ailleurs. Edward Bishop Elliott, dans Horae Apocalypticae, faisait commencer les coupes avec la Révolution française et rattachait la première à la Déclaration des droits de l'homme de 1789.[75] Penton rappelle que les conférences d'Albury Park, dès 1829, tenaient aussi les coupes pour déjà versées.[76] Le numéro garde cette idée d'un versement en cours, mais le place après 1846 et le fait porter d'abord sur les Églises protestantes.[77]
Les sept anges qui versent les coupes sont les saints vivants, « les pieds » du corps du Christ, encore dans la chair et sortis de l'Église nominale.[78] En décembre 1880, ces mêmes anges vêtus de lin représentaient l'Église complète : morts ressuscités et vivants déjà changés en corps spirituels.[79] En juillet 1880, l'Église devait même être enlevée avant que les coupes soient versées.[80] Après l'automne 1881, passé sans changement des saints, les exécuteurs des plaies sont devenus des croyants vivant sur terre. Les plaies reçoivent aussi un but positif : libérer la « maison de la foi », plus nombreuse que le petit troupeau et restée dans Babylone. Elles sont comparées à une amputation, douloureuse mais salutaire.[81] Wills montre que, pour Russell, ces coupes de colère correspondaient au grand temps de détresse jugé proche.[82]
La vérité qui sanctifie et l'autorité des enseignants
Pour S. O. Blunden, connaître les plans de Dieu est une condition de l'amitié avec le Christ. Le serviteur ignore ce que fait son maître ; l'ami, lui, le sait (Jean 15:15).[83] Cette connaissance est appelée « la vie éternelle » (Jean 17:3). Ceux qui écoutent « la voix des étrangers », c'est-à-dire les credos humains, restent dans les ténèbres.[84] Blunden y joint une précision sur la résurrection du Christ : celui-ci a repris sa vie sur un plan plus élevé, le plan spirituel.[85] Penton rappelle que Food for Thinking Christians (« Nourriture pour les chrétiens qui réfléchissent ») avait donné en 1881 les grandes lignes de ce « plan des âges » que le lecteur est invité à connaître.[86]
La conséquence apparaît dans l'article sur Jacques 5:20. Le pécheur qu'il faut ramener est un frère qui avait connu la vérité et s'en est écarté, et non un homme du monde.[87] L'idée répandue qu'il importe peu de ce qu'on croit si l'on vit honnêtement est rejetée comme un piège du diable. Perdre la vérité, c'est perdre ce qui sanctifie (Jean 17:17), et s'exposer à la seconde mort.[88] Cette position s'éloigne de celle de l'Église de Stetson. En 1863, ses statuts déclaraient que croire ou rejeter ses doctrines n'était pas une condition pour en faire partie : seul comptait le caractère chrétien.[89] Selon Schulz et de Vienne, Russell tenait déjà en 1881 que rejeter la rançon après l'avoir comprise était le péché impardonnable.[90] En juin 1883, la menace vise plus largement toute erreur introduite peu à peu par Satan, déguisé en « ange de lumière » (2 Corinthiens 11:14). Pour cette raison, l'effort doit aller aux croyants égarés, et l'œuvre auprès du monde est remise au temps fixé par Dieu.[91]
Cette vérité vient de Dieu seul. Mme C. T. Russell en tire une règle à partir de Colossiens 2:18 : les enseignants doivent être aimés pour leur travail, mais jamais suivis aveuglément.[92] Le culte des « anges » devient la vénération des messagers humains de la vérité. Quand Jean tombe aux pieds de l'ange, celui-ci répond qu'il est un compagnon de service et qu'il faut adorer Dieu (Apocalypse 19:10).[93] La traduction littérale de Robert Young rendait déjà ce verset par « le culte des messagers », là où la version du roi Jacques porte « le culte des anges ».[94] En mars 1882, le mot « ange » lu comme « messager » désignait au contraire des envoyés de Dieu munis d'autorité pour lier Satan.[95] L'« humilité volontaire » que condamne Paul est ici l'abandon de son propre jugement au profit d'un enseignant, au risque de perdre le haut appel.[96] Storrs défendait la même méfiance dès 1842 : selon lui, toute règle humaine imposée comme condition de communion entre chrétiens était une « usurpation ».[97]
Organisation et histoire
Juger les Églises mortes et appeler à en sortir
Pour parler du déclin protestant, la rédaction choisit de citer un journal catholique, The Catholic Mirror (« Le Miroir catholique »). Le constat vient ainsi d'un adversaire des Églises protestantes, et pas seulement des Étudiants de la Bible.[98] Ce journal paraissait à Baltimore et servait d'organe à l'Église catholique. Il lui arrivait de reprendre des éditoriaux de la grande presse qui s'inquiétaient de l'avenir du protestantisme.[99] La formule la plus dure est attribuée à l'historien anglais James Anthony Froude : « Le protestantisme est mort ».[100] La rédaction ajoute ses propres observations. D'après les rapports publiés par les dénominations elles-mêmes, elles ont gagné très peu de membres cette année. La plupart des nouveaux venus sortent de l'école du dimanche.[101] Schulz et de Vienne rappellent que Russell avait déjà cité en mars 1882 des chiffres du New York Herald. Selon ce journal, les Églises presbytériennes du Nord avaient gagné en un an moins d'un converti par paroisse.[102] Les protestants organisés sont aussi visés par leur nom : l'Alliance évangélique, fondée en 1846, est désignée comme l'« image de la bête ».[103] George Chryssides note que la revue appliquait dès ses débuts le nom de Babylone à toute la chrétienté. Les protestants de l'époque, eux, le réservaient d'ordinaire au catholicisme.[104]
Ce constat sert à appuyer un appel à quitter les Églises. Deux hommes d'Église répondent à cet appel dans le même numéro. Le premier est un prédicateur baptiste de Fayetteville, en Caroline du Nord. Il a 49 ans et prêche depuis plus de vingt ans. Il annonce qu'il va prononcer son dernier sermon comme ancien de son Église.[105] Le second est Charles Seagrin. Il a quitté les dénominations pour prêcher seul, en évangéliste laïc, « voyant que ma Bible enseignait une chose et le sectarisme une autre ».[106] James Penton décrit la position de Russell à cette époque. Pour lui, un vrai chrétien pouvait encore se trouver dans une Église de la chrétienté. Mais il devait la quitter, surtout après 1881, et rejoindre de son plein gré les autres Étudiants de la Bible.[107] Ce refus de toute Église organisée remonte à George Storrs. Dès 1844, Storrs écrivait qu'une Église inventée par l'homme devient Babylone au moment même où on l'organise.[108] Ceux qui restent sont mis sous pression. Les enfants de Dieu qui se taisent par peur de l'impopularité, et qui laissent leur harpe pendue aux saules, ne comptent pas parmi les vainqueurs.[109] La rédaction estime d'ailleurs que les vrais messagers sont déjà presque tous sortis du temple nominal.[110]
Défendre la rançon contre les revues rivales
Hors des Églises, la querelle la plus vive oppose la revue à des périodiques venus de son propre milieu. Elle avait posé six questions sur la rançon en février 1883.[111] En avril, elle y avait répondu elle-même à la place de ses adversaires.[112] En mai, elle avait réimprimé un ancien article de John Paton pour montrer qu'il enseignait autrefois la rançon.[113] En juin, la rédaction répond surtout au reproche d'attaque personnelle. Elle dit qu'elle nomme les périodiques parce que c'est le seul moyen d'avertir le troupeau. Elle n'a jamais cité les rédacteurs, mais elle se réserve le droit de le faire si la vérité l'exige.[114] Le cas de Zion's Day Star (« L'Étoile du matin de Sion ») montre le chemin parcouru. En 1881, la revue avait salué la création de ce journal par A. D. Jones et lui avait souhaité de servir la bonne nouvelle.[115] En décembre 1882, elle retirait publiquement cette recommandation.[116] Un troisième journal opposé à la rançon apparaît en juin 1883 : The Millenarian (« Le Millénariste »). C'est, selon la rédaction, le troisième lancé en un an et demi.[117] Pour prouver que l'un de ces confrères nie le rachat, la revue cite son premier numéro, d'octobre 1882, sans le nommer.[118] Chryssides indique que Paton a fondé The World's Hope (« L'Espérance du monde ») en 1882.[119]
Le fond de la querelle reste le même qu'en 1878. Le confrère résume ainsi sa foi : « la repentance et le pardon sont le remède du Seigneur ».[120] En août 1878, Nelson Barbour avait déjà rejeté la substitution, c'est-à-dire l'idée qu'un innocent soit puni à la place du coupable, et la jugeait contraire à toute idée de justice. Schulz et de Vienne relèvent qu'un adventiste, Simon W. Bishop, avait soutenu la même thèse dès 1874.[121] A. H. Macmillan, témoin issu du mouvement, raconte que ce désaccord avait poussé Russell à quitter le Herald de Barbour et à fonder sa propre revue en 1879.[122] Le même désaccord sépare donc maintenant Russell de deux anciens collaborateurs, Paton et Jones. La rédaction place ces deux hommes dans une liste où figurent aussi deux personnalités américaines connues. Robert Ingersoll y est appelé l'« adversaire déclaré de la RANSOM ». Henry Ward Beecher l'accompagne.[123] En septembre 1882, la revue présentait déjà Beecher comme un défenseur de l'idée qu'aucun rédempteur n'est nécessaire.[124] En avril 1883, elle disait estimer Ingersoll comme un homme courtois, tout en combattant ses idées.[125] En juin, elle ne retient plus que son opposition à la rançon. D'anciens compagnons se retrouvent ainsi sur la même liste qu'un incroyant célèbre. La rédaction présente l'ensemble comme une seule vague d'incrédulité envers la croix, qui gagne toute l'Église nominale.[126]
Une rédaction à plusieurs mains et des lecteurs qui vérifient
Le danger vient aussi de l'intérieur. Mme C. T. Russell avertit les lecteurs que des hommes surgiront « du milieu » des fidèles pour entraîner des disciples. Elle ajoute que certains messagers courent bien un temps, puis deviennent ennemis de la croix.[127] Le contexte de cet avertissement est connu. Selon Schulz et de Vienne, plusieurs anciens collaborateurs s'éloignaient alors de la revue : Paton, Jones, William Conley, et un certain Myers qui lançait son propre journal. Vers le milieu de 1882, des lecteurs soutenaient aussi, en citant 1 Jean 2:27, que les chrétiens oints n'avaient besoin d'aucun enseignant humain.[128] Maria Russell refuse les deux extrêmes. Il faut aimer les messagers de la vérité pour leur travail, mais ne pas les suivre les yeux fermés. Abandonner sa propre réflexion au profit d'un enseignant, c'est cette « humilité volontaire » qui fait perdre le haut appel.[129] En mars 1882, la revue lisait encore le mot « ange », au sens de « messager », comme un envoyé de Dieu muni d'autorité.[130] En juin 1883, le même mot sert à mettre en garde contre la confiance accordée à ces messagers.
La revue n'est d'ailleurs pas écrite par un seul homme. Cinq signatures autres que celle de l'éditeur apparaissent dans ce numéro. J. C. Sunderlin est un ancien pasteur méthodiste qui écrit pour la revue depuis 1880.[131] Les initiales W. I. M. désignent William I. Mann, cité parmi les collaborateurs depuis le premier numéro.[132] S. O. Blunden est un représentant de commerce de New York, qui écrit pour la revue depuis mars 1883.[133] Les initiales R. W. restent sans nom. Depuis le début de 1882, chaque article devait recevoir l'accord d'au moins deux personnes bien informées des Écritures avant d'être imprimé.[134] Les lecteurs sont aussi invités à contrôler eux-mêmes. On leur conseille d'utiliser une concordance et une Bible de références.[135] Les auteurs du numéro s'appuient sur l'Emphatic Diaglott, sur la traduction de Rotherham et sur la version révisée.[136] Selon Schulz et de Vienne, Russell vendait à prix réduit les concordances de Cruden et de Young dès la fin de 1882, puis la Bible Variorum en 1883. Il collait dans chaque Diaglott vendu une note qui signalait les partis pris du traducteur.[137] Bernard Blandre rappelle que ce Diaglott était l'œuvre de Benjamin Wilson, un homme proche des adventistes de l'Âge à venir. C'était le livre de référence de Russell.[138]
Prêcher d'abord aux chrétiens : les Suédois de Seagrin
La rédaction donne une consigne claire. Le travail en faveur du monde peut attendre le temps fixé par Dieu. Toutes les forces doivent aller à la « maison de la foi » et aux frères égarés.[139] Robert Crompton explique ce choix. Pour Russell, après 1881, la prédication ne cherche plus à faire des convertis. Elle doit aider ceux que Dieu a déjà appelés à sortir de la chrétienté nominale.[140] La tournée de Charles Seagrin correspond à cette consigne. Il prêche à des immigrés suédois déjà chrétiens et se heurte à leurs pasteurs « orthodoxes ». Dans un village, un auditeur reproche même à son prédicateur de ne pas avoir dit la vérité.[141] On sait peu de chose sur Seagrin. Schulz et de Vienne pensent qu'il était né en Suède vers 1840 et qu'il travaillait la tôle à Omaha en 1880. Il aurait commencé à prêcher vers la fin de 1882.[142] Après cette lettre, on ne trouve plus de trace d'une collaboration avec la Watch Tower.[143] L'Annuaire de 1991, publié par le mouvement, reprend le chiffre d'environ deux cents Suédois gagnés en un an.[144] Seagrin arrive dans un milieu suédois déjà divisé. Des pasteurs luthériens avaient fondé le synode d'Augustana en 1860. Beaucoup d'immigrés piétistes, les « lecteurs », étaient habitués en Suède aux prédicateurs laïcs. En 1879, le synode avait exclu le pasteur Johan Gustav Princell, qui enseignait les vues de Waldenström sur l'expiation.[145] Un prédicateur laïc qui contestait les doctrines des pasteurs trouvait donc chez ces immigrés un public déjà habitué aux querelles sur l'expiation.
Des fonds trop faibles pour traduire
Les deux cents Suédois de Seagrin relancent le projet de publications en langue scandinave et en allemand. Ce projet date de l'hiver précédent. En décembre 1882, la revue cherchait des volontaires pour traduire son numéro d'octobre dans ces deux langues.[146] Seagrin réclame justement ce numéro en suédois.[147] En janvier 1883, la revue avait ouvert deux fonds séparés. L'impression devait commencer dès que l'un d'eux atteindrait 200 dollars.[148] Ces fonds étaient nés d'une dette. Selon Schulz et de Vienne, une erreur de compte bancaire avait laissé le fonds régulier des tracts endetté de plus de 2 500 dollars.[149] En juin, le fonds suédois contient moins de trente dollars. Une édition correcte en demanderait environ trois cents, et le fonds allemand avance encore moins.[150] Le seuil annoncé en janvier est donc relevé. La priorité va aux Scandinaves, « qui sont un peuple plus porté à la religion ».[151]
Le projet s'appuie sur un chiffre : près de deux millions de personnes parlant les langues scandinaves vivraient dans le pays.[152] Le recensement de 1880 comptait 440 262 personnes nées en Suède, en Norvège ou au Danemark.[153] Le chiffre de la revue est donc plus de quatre fois supérieur à celui des personnes nées en Scandinavie.
La rédaction ne lance pas d'appel aux dons. Elle s'en remet au propriétaire du bétail de mille collines : « Notre Maître est riche ; s'il juge l'œuvre nécessaire, il y pourvoira ».[154] En février 1883, Sunderlin avait pourtant rappelé que les dépenses de l'année dépassaient les recettes de près de moitié. Une note de la rédaction précisait alors que les Étudiants de la Bible ne sont pas des mendiants.[155] Les réunions se tiennent sans quête. La traduction dépend donc entièrement des dons spontanés des lecteurs et du travail de traducteurs bénévoles.
Lire les troubles de 1883 comme des signes
La rédaction lit l'actualité politique et sociale comme une preuve qu'elle a raison. Elle note que les nations cherchent à former des alliances et à se protéger les unes les autres contre les révolutionnaires. Elle note aussi que les Églises s'inquiètent de voir leurs fidèles s'instruire et réfléchir.[156] Le même lien entre instruction et déclin revient plus loin. Les fidèles instruits rejettent des credos qu'ils acceptaient autrefois sans discussion, et ils cherchent eux-mêmes une eau plus pure.[157] Ce sont précisément ces lecteurs que Seagrin et le prédicateur de Fayetteville représentent.
Le mouvement ouvrier est décrit avec crainte. Des hommes généreux, comme Stephen Girard, George Peabody et Peter Cooper, donnaient selon la rédaction de la vie aux masses sans religion. Ils doivent maintenant s'écarter de ces masses. Si l'on retire des Labor Leagues et des autres associations ceux qui conseillent la prudence, il en sortira l'anarchie, au nom du communisme.[158] L'Irlande sert d'exemple. Gladstone, Parnell et d'autres ont voulu alléger l'oppression des Irlandais. Ils doivent désormais désavouer la dynamite et les assassinats organisés par des chefs exaltés.[159] En juin 1882, la revue citait les meurtres de Phoenix Park, à Dublin, comme une preuve que ses rédacteurs avaient vu juste.[160] Un an plus tard, l'Irlande lui sert à décrire autre chose : les réformateurs modérés sont dépassés par la violence de ceux qu'ils voulaient aider.
Cette crainte vient du milieu dont Russell est issu. Barbour annonçait déjà une crise sociale où le chômage et la faim tourneraient les ouvriers contre les capitalistes. Blandre montre qu'il donnait ainsi un sens religieux à la crise économique commencée en 1873.[161] Russell avait vu ces violences de près. Lors des grèves des chemins de fer de 1877, les troupes fédérales avaient tiré sur les grévistes à Pittsburgh, sa ville.[162]
Contenu
Vue depuis la Tour de Garde
Le monde est décrit comme un vaste panorama où les événements de l'Église et de l'État accomplissent la « parole prophétique certaine ». Chaque changement dans les affaires des nations, des Églises nominales ou des vrais saints est présenté comme une confirmation que l'on vit dans le « Jour du Seigneur ». Les saints subissent un criblage plus sévère, qui doit séparer toute l'ivraie et rassembler chaque grain de blé. Les Églises nominales s'inquiètent de la diffusion de l'instruction et de la réflexion parmi leurs fidèles. Les nations, de leur côté, cherchent à former des alliances de puissance et à se protéger mutuellement contre les révolutionnaires.[163]
Le lecteur est invité à relever, avec une concordance et une Bible de références, tout ce qui est dit de « ce jour-là ». Le passage d'Ézéchiel 34:8-12 est cité en exemple : les bergers qui se sont nourris eux-mêmes sans chercher le troupeau doivent cesser de le paître, et Dieu cherche lui-même ses brebis « au jour » de sa présence parmi elles, dispersées « en un jour de nuages et de ténèbres ».[164] Ce texte s'accomplit dans le rassemblement des brebis des deux bergeries, les Israélites naturels et les Israélites spirituels, hors de leurs servitudes et de leurs dispersions. Les bergers ne peuvent plus nourrir les brebis du Seigneur, et cela tient à ce « jour » dans lequel on est entré depuis environ neuf ans.[165]
Le rapport de Charles Seagrin, qui voyage depuis six mois parmi ses compatriotes suédois pour leur prêcher la « bonne nouvelle », est annoncé comme très intéressant. Seagrin n'a découvert ces vérités que depuis un an environ et il a déjà aidé près de deux cents personnes à sortir des ténèbres, soit deux cents prédicateurs de « cette voie » dans cette communauté.[166]
Ce résultat fait paraître nécessaire la publication de tracts en langue scandinave et en allemand, surtout en scandinave, car ce peuple est jugé plus religieux. Près de deux millions de personnes parlant cette langue (Suédois, Norvégiens et autres) vivent dans le pays, et très peu d'entre elles lisent ou comprennent l'anglais. Le projet de tracts reste en attente. Le fonds régulier des tracts est en retard, et le fonds spécial pour le suédois contient moins de trente dollars, alors qu'une édition correcte en demanderait environ trois cents. Le fonds allemand a progressé encore moins. Le « Maître » est dit riche, propriétaire du bétail de mille collines, et il fournira les moyens s'il juge l'œuvre nécessaire.[167]
Lettres de lecteurs
Un lecteur de Fayetteville (Caroline du Nord), prédicateur baptiste depuis plus de vingt ans, âgé de 49 ans, écrit que la lecture des livres de la Société a tout renouvelé pour lui. Un article du numéro de mars 1883 de Zion's Watch Tower, intitulé « Qu'est-ce que le devoir ? », a répondu parfaitement à sa question. Il se demande pourquoi une telle lumière n'a pas été donnée plus tôt aux « sages et grands » et suppose que le moment n'était pas venu.[168]
Il se dit décidé à sortir de Babylone pour ne pas participer à ses péchés. Il a prêché sur Jean 6:68 et s'apprête à prononcer son dernier sermon comme ancien de son Église, sur Nombres 22:18. Sa conduite commence à faire parler ses amis, mais il se réjouit d'être jugé digne de subir l'opprobre pour Jésus.[169]
Lettre du frère Seagrin
Seagrin écrit à Russell pour lui rendre compte de son activité. Constatant que l'enseignement de la Bible différait de celui des sectes, il s'était fait évangéliste laïc auprès des Suédois, dans leur langue. Dans l'Iowa, un ami lui a apporté un exemplaire de Food for Thinking Christians (« Nourriture pour les chrétiens qui réfléchissent »), dont il ne comprenait pas tout l'enseignement. Seagrin a passé une soirée à tenter de réfuter ce livre, puis la nuit à y réfléchir. Le lendemain, il a comparé le livre à sa Bible et, après une étude attentive, il a reconnu la beauté de cette « bonne nouvelle ».[170]
Il a d'abord été tenté d'atténuer ces enseignements dans sa prédication pour éviter l'opprobre et garder la faveur des hommes. En voulant expliquer un texte sur la restitution à la manière traditionnelle, il s'est senti arrêté par l'Esprit. Il a alors prêché ouvertement « la restitution de toutes choses dont Dieu a parlé par la bouche de tous ses saints prophètes depuis les temps anciens », et déclare n'avoir plus jamais composé avec l'erreur (Actes 3:21).[171]
Beaucoup d'auditeurs l'écoutent pendant des heures. Certains rejettent le message, d'autres l'examinent à fond avant de devenir ses défenseurs les plus fermes. Seagrin dit avoir subi de l'opprobre, des épreuves et quelques persécutions. Des incroyants, en l'entendant, se mettent à penser que la Bible est vraie. Environ deux cents Suédois ont reçu ce message en un an.[172]
Il rapporte l'épisode de deux incroyants connus qui, venus par curiosité à l'une de ses réunions, sont revenus le voir tôt le lendemain. Ils ont dit vouloir désormais s'intéresser à Jésus, après avoir entendu parler de l'amour de Dieu. L'un d'eux a ensuite écrit qu'il était allé annoncer à son club d'incroyants « le nouveau Jésus » qu'il avait trouvé.[173]
Dans certains endroits, les pasteurs qui passent après lui peinent à réintéresser les gens aux doctrines qualifiées de terribles et d'anti-bibliques. Dans un lieu, un auditeur est allé jusqu'à reprocher à un prédicateur de n'avoir pas dit la vérité et lui a demandé de citer la Bible. Les pasteurs « orthodoxes » s'opposent parfois à Seagrin et voudraient l'empêcher de prêcher. Des frères en larmes lui ont demandé, à son départ d'un lieu, de ne laisser rien l'empêcher de proclamer cette bonne nouvelle.[174]
Seagrin exhorte les Suédois qui ont reçu cette vérité à la faire connaître et à chercher les saints capables de la discerner. Il souhaite recevoir en suédois le numéro d'octobre de la revue, comme Russell l'avait proposé, ainsi que Food for Thinking Christians (« Nourriture pour les chrétiens qui réfléchissent »).[175]
L'héritier serviteur
Cet article, signé de J. C. Sunderlin, part de Galates 4:1 : l'héritier, tant qu'il est enfant, ne diffère en rien d'un serviteur. Ce verset sert souvent à soutenir que Jésus ne différait pas essentiellement des autres hommes : membre de la race déchue, il se serait racheté lui-même comme les autres, et serait semblable à ses frères en toutes choses, y compris dans sa nature morale. Hébreux 2:17 est cité à l'appui de la même idée.[176]
Sunderlin répond que le passage de Galates, avec son deuxième verset, est une affirmation générale qui concerne l'Église du Christ et non Jésus pris individuellement. Au verset 3, l'apôtre l'applique à l'Église, enfant sous les ombres de l'âge juif et asservie aux « éléments du monde ». Les descendants d'Adam étaient sous la loi à cause du péché, par descendance, parce que leur père était esclave et que leurs vies étaient perdues. Jésus, lui, a été « fait sous la loi » par grâce et non par nécessité, afin de racheter ceux qui étaient sous la loi, pour que les appelés reçoivent ensuite l'adoption.[177]
Le raisonnement de l'apôtre montre que la loi n'est que la partie élémentaire du plan de rédemption, et que ce plan, avec tous ceux qu'il englobe comme sujets de rédemption, est resté immature jusqu'à la fin de l'économie juive. Paul parle d'un ensemble, dans lequel des individus sont inclus, encore dans son enfance. Le lien entre la fin du verset 3 et le verset 9, qui évoque le retour aux « faibles et pauvres éléments », confirme qu'il s'agit de l'immaturité de la cohéritage dans l'âge des ombres.[178]
Le passage ne peut donc concerner Jésus, car celui-ci différait de ceux qu'il venait racheter. Il les a achetés au prix de lui-même ; s'il avait été pareil à eux en tout, péché compris, il aurait été lui aussi débiteur de la loi et n'aurait pu les racheter. Il était un serviteur, mais pas un « serviteur inutile » au sens de Luc 17:10 : un « serviteur juste » capable de racheter les autres est un serviteur très profitable.[179]
Reste l'objection d'Hébreux 2:17 (« fait semblable à ses frères en toutes choses »). La réponse tient à la définition que Jésus donne de ses frères : celui qui fait la volonté de son Père, d'après Matthieu 12:50, et ceux qui sont sanctifiés, d'après Hébreux 2:11. Seuls ceux qui sont « parfaits », dont la volonté s'accorde pleinement avec celle du Père, sont comptés comme fils de Dieu et frères de Jésus. Ils sont tenus pour ce que Jésus était réellement. Jésus n'a « point commis de péché » (1 Pierre 2:22), et aucun péché n'est imputé à ses frères, selon Romains 4:8. L'image de l'héritier mineur convient ainsi au développement progressif des cohéritiers, appelés à ne faire qu'un avec « l'héritier ».[180]
La prière secrète
La prière en secret s'appuie sur de hauts exemples : Isaac méditant aux champs le soir, Daniel à genoux trois fois par jour dans sa chambre, Nathanaël sous le figuier, Pierre en prière sur le toit quand il reçoit la mission de prêcher aux Gentils. Jésus se retirait loin de la foule et des disciples, vers les montagnes ou le désert, et passait parfois des nuits entières en prière.[181]
La prière secrète est présentée comme une épreuve de sincérité. Le culte public peut être suivi pour de bons ou de mauvais motifs, mais la dévotion privée suppose des motifs purs. L'hypocrite prie en public et en famille, où on le voit, mais pas en secret, qu'il abandonne vite s'il l'essaie. Tant qu'un homme pense encore à sa dévotion secrète, il reste un espoir pour lui : cela prouve sa sincérité et que l'Esprit de la grâce divine l'attire vers la source de vie.[182]
Dans le cabinet de prière, aucune contrainte extérieure ne limite l'expression : les larmes, le repentir et l'agonie de la prière peuvent s'y exprimer sans qu'aucun regard ne juge, et seul Dieu y entend et comprend. Le lieu écarte aussi les choses visibles, le monde, l'orgueil et la passion, et laisse Dieu, Jésus, l'Esprit saint et les anges. Le texte évoque Jacob s'endormant sur la colline rocheuse, puis constatant que le lieu était « la maison de Dieu » et « la porte du ciel » (Genèse 28:16-17). La prière secrète prépare à tous les services publics : le chrétien en sort rafraîchi, le visage rayonnant comme celui de Moïse descendant de la montagne. La promesse de Matthieu 6:6 annonce que le Père, qui voit en secret, récompensera ouvertement, par une bénédiction visible dans l'expérience, la voix et le regard. Celui qui prie ainsi triomphera du monde, de la chair et du diable, et mettra « les ailes de l'aigle » (Ésaïe 40:31). Le texte est signalé comme un extrait d'une autre source.[183]
L'écriture sur le mur
Le journal catholique The Catholic Mirror (« Le Miroir catholique ») est cité sur l'état du protestantisme. À ses débuts, le protestantisme devait ouvrir une ère nouvelle : Rome allait s'effondrer, les « dogmes superstitieux » du Moyen Âge seraient abandonnés et un credo rationnel gouvernerait l'avenir. Peu à peu, des protestations se sont élevées contre le protestantisme lui-même. Rome, loin d'être abattue, a regagné du terrain en Europe et étendu son empire spirituel ailleurs, tandis que le protestantisme se divisait en une infinité de sectes, riches et nombreuses mais sans cohésion.[184]
Le journal le juge malade et ironise sur les consultations, conférences et alliances évangéliques, qui n'aboutissent selon lui qu'à un flot de bavardages et à un gaspillage d'encre dans des « symposiums » (il renvoie à la North American Review). Il cite James Anthony Froude, ancien champion du protestantisme, qui écrit : « Le protestantisme est mort ». Il ajoute que celui-ci est mort comme force morale qui compte dans le monde, et que ses petites formes désintégrées se flétrissent autour de l'esprit qui leur avait donné la vie.[185]
Les tentés et éprouvés
Un poème de cinq strophes, repris d'un recueil non précisé, s'adresse aux croyants « tentés et éprouvés ». Les flots peuvent être profonds et furieux, mais leur colère est vaine : le Seigneur soutient ses enfants, et Jéhovah règne pour toujours. Le Christ est présenté comme un ami, un rédempteur, un gardien et un guide, qui reste aux côtés du croyant et l'abrite sous l'aile du « Roi de l'éternité ». Le poème se termine sur l'appel à souffrir avec lui : celui qui porte sa croix portera aussi sa couronne et partagera sa gloire.[186]
L'archange
Le mot « archange » signifie « chef des messagers ». Il n'apparaît que deux fois dans la Bible, en Jude 9 et en 1 Thessaloniciens 4:16, et jamais au pluriel. Ce fait est interprété comme l'indice qu'il n'existe qu'un seul chef des messagers de Jéhovah.[187]
La Bible ne dit pas qui est ce chef, sinon qu'il se nomme Michel. L'hypothèse avancée est que Michel est le Seigneur Jésus avant sa venue sur terre. Elle s'appuie d'abord sur Philippiens 2:6-7, cité d'après le Diaglott : celui qui « n'a pas songé à usurper l'égalité avec Dieu » s'est dépouillé et a pris une forme de serviteur. Jéhovah l'a ensuite élevé et lui a donné un nom au-dessus de tout nom (Philippiens 2:10-11). Jésus est aussi appelé « messager de l'alliance » (Malachie 3:1). Il est le premier-né, le seul être que Jéhovah a créé directement, et c'est par lui que tout le reste a été fait (Colossiens 1:16-17). Le raisonnement conclut qu'un tel être ne peut être que le chef des messagers, et demande qui serait sinon son supérieur.[188]
Le passage de Philippiens 2:6 est lu comme un contraste implicite entre Jésus et Satan, le chef des anges « qui n'ont pas gardé leur première position ». Dans Ésaïe 14:12-15, Satan veut monter au ciel et être semblable au Très-Haut. Cette élévation, qu'il a cherchée par l'orgueil et la révolte sans l'atteindre, serait celle que le chef des messagers, en s'humiliant, a obtenue en recevant la nature divine. Dans son état d'avant la venue sur terre, Jésus aurait donc dépassé Satan en rang, et la révolte de Satan aurait visé son autorité autant que celle de Jéhovah.[189]
Une objection est écartée : Hébreux 1:13 demande auquel des anges Dieu a dit de s'asseoir à sa droite. La réponse est qu'il ne l'a dit à aucun ange, mais à celui qui leur est supérieur, le Fils unique. Le verset appuie donc l'identification au lieu de la contredire. Dans Daniel 10:13-21 et Daniel 12:1, Michel est mentionné avec un grand respect et comme le supérieur de Gabriel, lui-même l'un des anges les plus honorés (Luc 1:19). Gabriel est envoyé pour annoncer la conception de Jésus (Luc 1:26), ce qui s'expliquerait par le fait que le chef des messagers venait lui-même d'être transféré de sa condition spirituelle à celle d'enfant de Bethléem, et que le plus élevé des messagers restés dans les cours célestes a donc été chargé de cette mission.[190]
Daniel 12:1 concerne le « jour du Seigneur », époque présente selon la revue, celle de la résurrection. Au lieu de dire que le Messie établit son royaume, il dit que « Michel se lèvera », ce qui est compris comme le début de l'exercice de sa puissance. Le « grand prince » Michel serait donc le Seigneur de gloire dont la revue proclame la présence. Le nom Michel, dit-on, signifie « Qui est comme Dieu ». Il convient à celui que Dieu a élevé, qui participe à la nature divine et est l'« empreinte de la personne du Père », et devant lequel tous les anges doivent se prosterner. Le texte de Daniel se lirait donc : « À ce moment-là se lèvera celui qui est comme Dieu, le grand prince. » Il est rapproché de Apocalypse 11:17-18.[191]
La mention de l'archange en 1 Thessaloniciens 4:16 est lue dans le même sens : le Seigneur descend avec « la voix du chef des messagers » et la trompette de Dieu. Le numéro déclare croire que le chef des messagers est présent, qu'il se lève et organise son royaume. L'agitation actuelle des royaumes de la terre, qui vacillent, et la dissolution de ce qui existe sont attribuées à cette voix de commandement que seuls entendent ceux qui ont des oreilles pour entendre. Le Psaume 46:6 (« Il fit entendre sa voix, la terre se fondit ») est appliqué à cet événement dans un sens symbolique.[192]
Les sept Églises
Cet article reprend une série commencée quelques mois plus tôt sur les sept messages aux Églises d'Apocalypse 1:1-3:22. Elle avait été interrompue par des absences et d'autres raisons, et les quatre premiers messages avaient déjà été examinés. Un rappel précède la suite.[193]
L'Apocalypse est tenue pour un livre de symboles : le Seigneur y a « signifié » son message par son ange à Jean (Apocalypse 1:1). Dans ce livre, le symbole est la règle et le sens littéral l'exception. Les « sept Églises qui sont en Asie » sont donc symboliques. Comme le livre est surtout de « l'histoire écrite à l'avance », elles représentent sept étapes successives de l'Église chrétienne, entre le premier et le second avènement du Christ. L'accomplissement, dit-on, prouve que cette lecture est juste. Dans la vision du chapitre 1, le Fils de l'homme est décrit avec des traits qui conviennent à chaque étape, et les noms des Églises et les promesses faites aux « vainqueurs » sont adaptés à chaque période.[194]
Le découpage chronologique est le suivant. Éphèse couvre la vie des apôtres. Smyrne correspond aux persécutions païennes, jusqu'en 323 environ, quand Constantin devient seul empereur de Rome et se déclare en faveur du christianisme. Pergame est la période de transition où naît l'Église papale. Thyatire est le temps où la vraie Église était dans le désert, tandis que la « mère des prostituées » trônait comme une reine et se livrait à l'adultère avec les rois de la terre. Sardes occupe un court intervalle avant la Réforme. Philadelphie va de la Réforme à une époque récente. Laodicée est l'Église nominale d'aujourd'hui.[195]
Éphèse signifie « désirable ». À cette époque, le Seigneur « tient les sept étoiles dans sa main droite » (Apocalypse 1:20). Les messagers des Églises (Paul, Pierre, Jean et d'autres) étaient si bien conduits par Jésus qu'on reçoit leurs enseignements comme les siens. L'Église est louée pour son travail patient et son discernement des vérités et des enseignants (Actes 20:28-30, 1 Corinthiens 11:19). Ses membres avaient tout quitté pour suivre le Christ, acceptaient avec joie le pillage de leurs biens et vendaient ce qu'ils avaient pour donner aux nécessiteux. Privés souvent du pain de cette vie, ils avaient le pain vivant et la promesse de « l'arbre de vie au milieu du paradis de Dieu ».[196]
Smyrne signifie « amère » (myrrhe et Mara, Exode 15:23, sont des mots apparentés). C'est la période de la persécution la plus dure, de Néron à Dioclétien. Les « dix jours » de tribulation annoncés, pendant lesquels le diable (la Rome païenne) jette des chrétiens en prison, désignent la dernière et la plus sévère des persécutions, de 303 à 313. L'endurance des chrétiens à cette époque est comptée parmi les plus beaux exemples que le monde ait vus. L'appel est à la fidélité « jusqu'à la mort », avec la promesse de la « couronne de vie » et de ne pas subir la seconde mort.[197]
Pergame signifie « élévation terrestre ». Celui qui parle porte l'épée à deux tranchants (en grec, « à deux bouches »), la Parole de Dieu. Pendant cette période, l'Église nominale devient populaire et les vrais chrétiens sont mis à l'épreuve par l'entrée des idées païennes et papales. Les prêtres païens, qui ne voulaient pas perdre leur place, ont adapté leurs doctrines à la nouvelle religion et les ont greffées sur le vrai tronc. L'Église s'est ainsi éloignée de Dieu. Telle est la signification de la mention de Balaam et de Balak : Balak a poussé Israël à pécher, ce qu'il ne pouvait obtenir par sa propre force (Nombres 31:16), et ces prêtres ont de même poussé l'Église à la « fornication spirituelle ».[198]
La doctrine des nicolaïtes est comprise comme la théorie de la domination ou de la primauté dans l'Église, puisque Nicolas signifie « seigneur ». Les patriarches des grandes Églises se disputaient la suprématie dans leurs conciles. Jérusalem, Antioche, Constantinople et Rome étaient les plus en vue. Les deux premiers s'effacent, et la rivalité entre Constantinople et Rome dure plusieurs siècles. Elle ne prend fin qu'avec la division de l'Église : l'Église grecque d'Orient reconnaît le patriarche de Constantinople et l'Église papale d'Occident l'évêque de Rome, le Pape (« Père »). Beaucoup de vrais croyants ont dénoncé cette désobéissance à l'ordre de Jésus : « N'appelez personne sur la terre votre père » (Matthieu 23:9). Ils ont subi la persécution promise (2 Timothée 1:12). Cette classe est désignée par « Antipas, mon fidèle martyr » : en grec, anti signifie « contre » et papas « père », et Antipas désignerait donc un adversaire du Pape. Ceux qui cherchaient la popularité recevaient les avantages de l'Église, alors que la promesse aux vainqueurs concerne des plaisirs et des honneurs éternels.[199]
Thyatire signifie, d'après le numéro, « le doux parfum d'un sacrifice ». C'est la période de la persécution papale. L'Antichrist s'est assis dans le temple de Dieu et se fait appeler par ses serviteurs « Notre Seigneur Dieu le Pape ». Il gouverne les nations et les Églises « avec une verge de fer » et brise comme des vases de potier ceux qui refusent son autorité. L'Église vierge subit les épreuves du désert, tandis que la prostituée règne dans la débauche sur le trône de ses royaux amants. Celui qui envoie le message a des « yeux comme une flamme de feu », pour veiller sur les fidèles dans les vallées sombres et les cavernes, et des « pieds d'airain » pour marcher à leurs côtés sur les montagnes rudes.[200]
La mention de Jézabel renvoie à Élie, Jézabel et Achab. Jézabel, protectrice des prêtres de Baal, utilisait le pouvoir de son mari, le roi, à ses propres fins. La sécheresse de trois ans et demi est un type des « temps, un temps et la moitié d'un temps », soit 1260 ans, d'une famine spirituelle non de pain ni d'eau, mais « d'entendre les paroles du Seigneur » (Amos 8:11). Les paroles « Je lui ai donné du temps (chronos) pour se repentir » sont reprises à ce propos. Un « temps » symbolique vaut 360 ans, comme les trois ans et demi ci-dessus. Le temps de repentir de Jézabel court depuis l'aube de la Réforme. Le 31 octobre 1517, Luther cloue ses quatre-vingt-quinze thèses à l'église de Wittenberg. La lumière se répand rapidement. En comptant à partir du printemps 1518, pour laisser aux mois suivants le temps de la diffusion, 360 ans mènent au printemps 1878. À cette date, d'après les parallèles, a été prononcée la parole « Votre maison vous est laissée déserte » et la chute de Babylone devait commencer. Le « monde » qui la soutenait entre lui aussi dans le « temps de détresse ». La menace « Je ferai mourir ses enfants (ses filles) » est appliquée à la mort spirituelle des Églises d'aujourd'hui, que le Médecin a abandonnées et dont la gangrène spirituelle fait son œuvre. Le texte renvoie ici à l'article sur les sept dernières plaies (première plaie), publié dans le même numéro.[201]
Une note entre crochets, ajoutée à la page, signale que le volume VII des Études dans les Écritures et un numéro du 15 novembre 1916 font terminer ce chronos à l'époque de Luther au lieu de l'y faire commencer. La note justifie ce changement par le fait que, si l'époque de Philadelphie coïncide avec celle de Luther, Thyatire se situe deux époques plus tôt, et le chronos doit alors avoir commencé de son temps.[202]
Comme Thyatire est la période du règne de la fausse Église, la promesse aux vainqueurs est : « Je lui donnerai pouvoir sur les nations ; il les paîtra avec une verge de fer, comme on brise les vases d'un potier. » L'Église fausse prétendait être infaillible et seule capable d'interpréter les Écritures, mais les fidèles reçoivent la promesse d'une lumière avant le jour, avec la preuve du temps de la nuit et de l'aube : « Je lui donnerai l'étoile du matin. » L'article est signé W. I. M.[203]
Les sept Églises : Sardes, Apocalypse 3:1-6
Sardes, qui d'après l'auteur signifie « ce qui reste », évoque un reste inutile ou une chose dont la vie s'est retirée. Le message d'Apocalypse 3:1-6 dit : « Tu passes pour être vivant, et tu es mort. » Les membres de cette Église ont l'apparence de la piété, sans la puissance, et peut-être sans le savoir. Près de Sardes, on trouve une cornaline de couleur sang, parfois couverte d'une mince couche blanche. Elle a l'air pure, mais un examen attentif révèle le rouge de la chair en dessous. De même, ces croyants sont spirituels en apparence et en profession, mais animaux, charnels, de cœur. Sardes serait le reste de la vraie Église chassée dans le désert, qui s'est relâchée quand la persécution a diminué, car celle-ci a toujours donné à l'Église sa vie et sa vigueur, alors que l'aisance l'amollit.[204]
Thyatire était louée pour ses œuvres (Apocalypse 2:19), Sardes est blâmée pour l'inverse : « Je n'ai pas trouvé tes œuvres parfaites devant mon Dieu » (version révisée). Son amour des Écritures et sa compréhension ont diminué. La Parole de Dieu est la nourriture spirituelle : celui qui s'en nourrit sans cesse devient robuste, mais celui qui la néglige reste un nain spirituel, incapable de discerner les « signes des temps » et ignorant ce que fait le Seigneur et quels sont ses plans.[205]
Beaucoup de gens aux traits de Sardes vivent aujourd'hui. Ils reçoivent un avertissement, cité d'après la traduction de Rotherham : si tu ne veilles pas, « je serai venu comme un voleur », sans que tu saches à quelle heure. Ils n'attendent pas la venue du Seigneur comme celle d'un voleur, de façon furtive et silencieuse, alors que sept passages la décrivent ainsi. Seuls ceux qui veillent connaissent l'approche du voleur, alors que ceux qui dorment ne savent rien de lui avant qu'il soit entré dans la maison. Ils ne se réveillent que lorsqu'il a pris pleine possession des lieux, puis, à mesure qu'il avance dans son œuvre de destruction, ils s'éveillent peu à peu et se demandent d'où vient le bruit. Il est alors trop tard, car ils ont été « surpris ». Le Seigneur est donc présent, invisible et inconnu, sauf des veilleurs, pendant un certain temps (des années) après son arrivée. Les dormeurs ne le reconnaissent qu'à mesure que le bruit grandit.[206]
Beaucoup ne comprennent pas sa présence actuelle parce qu'ils attendent d'abord un Christ de chair, visible aux yeux de chair, venant avec une démonstration éclatante qu'on ne peut méconnaître. Ils supposent aussi que, dès son arrivée, la nature et les hommes seront en agitation. Ils ne voient pas que des corps spirituels ne peuvent être vus des yeux humains sans miracle, et ne comprennent donc pas sa présence tant que tout continue comme depuis le début de la création.[207]
Le message reconnaît cependant à Sardes « quelques noms » qui n'ont pas souillé leurs vêtements : ils marcheront avec le Seigneur en vêtements blancs, car ils en sont dignes. Ils forment un petit troupeau pur d'un bout à l'autre, qui est ce qu'il paraît être. Au vainqueur, le Seigneur promet les vêtements blancs, de ne pas effacer son nom du livre de vie et de le reconnaître devant son Père et ses anges. L'article en déduit qu'avoir été purifié et inscrit dans le livre de vie ne garantit pas de conserver cette place : on peut se souiller au point que le Seigneur ait honte de nous et raye notre nom. Heureux celui qui veille et garde ses vêtements, afin de ne pas marcher nu (Apocalypse 16:15).[208]
Quand le Seigneur a voulu relancer son œuvre et mettre fin aux « âges sombres » en donnant plus de lumière, il ne s'est pas adressé à Sardes, qui était « morte ». Il est allé dans le bastion de l'idolâtrie et a appelé un homme qui, comme Abraham, ne se souciait pas de savoir où il allait pourvu qu'il fût conduit par Dieu : Luther est sorti de Rome. Il était plus facile de faire pousser un arbre nouveau à partir d'une graine vigoureuse, fût-ce dans un « fumier romain », selon l'expression de Luther, que de faire repousser une souche morte. Il en va de même aujourd'hui : l'Église nominale est devenue trop fière pour représenter celui qui s'est humilié et a prêché l'Évangile aux pauvres. Le Seigneur appelle ceux qui diront sa vérité et feront sa volonté sans consulter Babylone. L'article est signé W. I. M.[209]
Deux règnes opposés
Dieu avait placé l'homme à la tête de la terre. Satan l'a séduit et en a fait son esclave consentant, devenant ainsi le maître de la terre, « le prince de ce monde » (Jean 12:31). Son pouvoir doit cesser en temps voulu. Tant qu'il dure, Satan s'oppose à la volonté et à la loi de Dieu, mais sous la conduite du Dieu très sage, même le règne du mal produit un bien final. Une comparaison en deux colonnes oppose le règne présent de Satan au règne du Christ, selon quatre rubriques : l'effet sur les pécheurs, sur les saints, sur ceux qui font le mal et sur ceux qui font le bien.[210]
Sous le règne de Satan, les orgueilleux sont déclarés heureux, les méchants prospèrent et ceux qui tentent Dieu échappent (Malachie 3:15). Le jugement est renversé, la justice se tient à distance et la vérité tombe dans la rue (Ésaïe 59:14). Le psalmiste voit le méchant en grande puissance, étalé « comme un arbre vert » (Psaumes 37:35), et son propre pied a failli glisser quand il a vu la prospérité des impies (Psaumes 73:2-12). Pour les saints, la situation est inverse : on dira toute sorte de mal contre eux (Matthieu 5:11-12), celui qui s'écarte du mal est dépouillé (Ésaïe 59:15) et tous ceux qui veulent vivre pieusement en Jésus-Christ seront persécutés (2 Timothée 3:12). Le disciple n'est pas au-dessus de son maître (Matthieu 10:24), les croyants auront des tribulations dans le monde (Jean 16:33) et le monde les haïra comme il a haï Jésus (Jean 15:18-20). Souffrir avec lui permet d'être glorifié avec lui (Romains 8:17), les croyants complètent ce qui manque aux souffrances du Christ (Colossiens 1:24), et sans l'espérance d'une autre vie ils seraient les plus à plaindre (1 Corinthiens 15:19). Une conclusion en est tirée : si tous les enfants de Dieu comprenaient ce qu'enseigne la Parole sur les signes de l'amitié et de la faveur de Dieu pendant le présent âge, ils verraient que la prospérité et la richesse ne marquent pas son approbation. Dieu châtie souvent ceux qu'il aime, et la richesse des saints consiste à présent en grâce et en connaissance de Dieu.[211]
Sous le règne du Christ, le traitement des justes est opposé. Dans la colonne consacrée à ceux qui font le mal, le texte cite Jérémie 31:29-30 et Ézéchiel 18:2-9 : on ne dira plus que les pères ont mangé des raisins verts et que les dents des enfants en ont été agacées. Le péché adamique et la malédiction étant annulés par le Rédempteur, les hommes seront libérés de cette condamnation, et chacun, par la seconde mort, ne mourra que pour sa propre iniquité. Pour les justes, Malachie 3:18 annonce que tout sera retourné et qu'on discernera de nouveau le juste du méchant, et Malachie 4:2 promet aux craignants le « soleil de justice » avec la guérison dans ses rayons. Le juste fleurira « comme le palmier » et les méchants disparaîtront comme l'herbe (Psaumes 37:10). La comparaison se termine par une prière : que le royaume vienne et que la volonté de Dieu se fasse sur la terre comme au ciel, que toute la terre soit remplie de sa gloire et que toutes les nations viennent l'adorer quand il sera gouverneur parmi elles (Matthieu 6:10, Psaumes 72:19, Psaumes 22:27-28, Apocalypse 15:4).[212]
« Les insensés haïssent la connaissance »
L'article s'ouvre sur Proverbes 21:11 : « Quand on instruit le sage, il reçoit la connaissance. » À l'époque présente, celle du progrès, de l'investigation et des preuves, la vérité et le mensonge, la lumière et les ténèbres se livrent un combat corps à corps pour la suprématie. Les anciennes théories, les anciens credos et les restes des âges sombres sont pesés et trouvés légers. La vérité est aussi attaquée, tordue et déformée par l'ennemi de toute vérité et par ceux qu'il a trop bien réussi à aveugler. D'où l'exhortation à tout examiner et à retenir ce qui est bon (1 Thessaloniciens 5:21).[213]
Le combat est présenté comme vital : personne ne doit rester indifférent, et surtout pas ceux qui se disent soldats du Christ. Ils ne doivent pas être sans armes, car leur lutte n'est pas contre la chair et le sang, mais contre les puissances spirituelles de méchanceté dans les lieux élevés (Éphésiens 6:12). Ils doivent prendre toutes les armes de Dieu : l'épée de l'Esprit, le bouclier de la foi, les reins ceints de la vérité, qui seuls permettent de « combattre le bon combat de la foi » jusqu'à ce que tous parviennent à l'unité de la foi et de la connaissance du Fils de Dieu (Éphésiens 4:13-15). La phrase est interrompue à la fin de la page.[214]
Les insensés, c'est-à-dire ceux qui agissent avec folie et méchanceté, n'aiment pas la vérité et haïssent la connaissance, alors que les sages l'aiment et la cherchent avec zèle. Connaître Dieu, c'est croire avec assurance, être éclairé et comprendre ses plans et ses desseins tels que le Christ les révèle. Jésus est présenté comme « le chemin », « la vérité » et « la vie » (Jean 14:6-7). Il appelle ses disciples « amis » parce qu'il leur a fait connaître tout ce qu'il a appris de son Père (Jean 15:14-15). Celui qui ne connaît pas les plans du Christ ne peut donc pas être son ami, car « le serviteur ne sait pas ce que fait son maître ». Dieu les révèle par son Esprit, qui sonde « même les profondeurs de Dieu » (1 Corinthiens 2:10).[215]
Beaucoup de ceux qui se disent disciples du Christ suivent la « voix des étrangers », c'est-à-dire les paroles des hommes, et restent dans les ténèbres. Les autres s'attachent à la « parole prophétique plus certaine », comme à une lampe qui brille dans un lieu obscur jusqu'à l'aube (2 Pierre 1:19). La sagesse est définie comme le bon usage de la connaissance, même petite, accompagné d'un effort résolu pour en trouver davantage et d'un esprit ouvert à l'instruction. Beaucoup prient pour obtenir la connaissance sans la chercher comme un « trésor caché » (Proverbes 2:3-5), et ne la trouvent donc pas.[216]
Pour connaître Dieu, il faut connaître son Fils, qui est la parole et le porte-parole du Père. Cette connaissance est la « vie éternelle » (Jean 17:3). Le croyant, en contemplant la gloire du Seigneur comme dans un miroir, est transformé à son image ; à la résurrection, il lui sera semblable aussi dans sa personne. Sans l'amour, toute la connaissance n'est rien (1 Corinthiens 13:2), car on ne peut connaître Dieu sans l'aimer, lui et ceux qui lui ressemblent. Le Christ a donné son humanité en « rançon pour tous » et a été obéissant jusqu'à la mort. Pour cette raison, il a pu dire qu'il reprendrait sa vie, ce que l'article comprend comme une reprise sur un plan plus élevé, le plan spirituel (Hébreux 9:22-28).[217]
Les futurs cohéritiers du Christ, membres de son corps lorsqu'ils lui seront unis (l'article compare cela au mariage, où les deux deviennent une seule chair, d'après 2 Corinthiens 11:2), doivent partager ses souffrances et son obéissance. La vérité les affranchit des tromperies des hommes et des pièges du monde, et elle est le miroir où l'on reconnaît Dieu ; celui qui s'en tient à des vues partielles ne voit pas l'image du Dieu glorieux (Jean 17:17). Dieu veut que tous les hommes soient sauvés et parviennent à la connaissance de la vérité (1 Timothée 2:4). Le monde ne peut être sauvé que par l'accueil de la vérité qu'on lui annonce : ni la conscience ni les œuvres de la loi n'y suffisent, puisque Paul était le premier des pécheurs tout en agissant en « toute bonne conscience ». Lorsque les vivants et les morts auront été amenés à connaître Dieu, le Seigneur sera seul exalté « en ce jour », le jour du Millénium, selon Psaumes 97:1-4. L'article est signé S. O. Blunden.[218]
« Les arrhes de notre héritage »
L'héritage des saints est présenté comme le thème culminant de tous les messages adressés à l'Église depuis la Pentecôte. Jésus n'en a jamais parlé : il faisait partie des choses que les disciples ne pouvaient pas encore porter, parce que l'Esprit n'était pas encore venu (Jean 16:12). La revue dit en avoir fait son thème central depuis le début. Elle a voulu tenir ce but devant l'Église et indiquer avec précision le « chemin étroit » qui y mène, ainsi que les pièges de l'adversaire.[219]
Certains lecteurs demandent s'ils peuvent encore atteindre le « haut appel », puisque l'« année agréable du Seigneur » s'est terminée à l'automne 1881. Selon la doctrine exposée, les consécrations postérieures à cette date restent agréables au Seigneur, mais ne sont plus acceptées comme sacrifices de candidats au haut appel, c'est-à-dire au règne avec le Christ. La réponse consiste à demander à chacun s'il possède les « arrhes », le gage de l'héritage, qui est le Saint-Esprit. Celui qui l'a reçu « après avoir cru » (Éphésiens 1:13), au moment de sa consécration à Dieu, qu'il s'en souvienne ou non, peut obtenir l'héritage en temps voulu.[220]
Le désir intense d'obtenir le haut appel, au point d'abandonner les richesses terrestres pour courir avec patience dans la voie étroite, ne vient pas de l'homme naturel, qui ne reçoit pas les choses de l'Esprit de Dieu (1 Corinthiens 2:14). Il vient de la « nouvelle créature » engendrée de l'Esprit, pour qui les anciens buts et les anciennes ambitions ont passé. Son ambition est de partager avec le Christ sa gloire, mais aussi son sacrifice et son humiliation. Ceux qui comprennent ainsi la promesse sont « scellés », marqués comme fils de Dieu et adaptés au plan spirituel. Ceux qui ne l'apprécient pas sont des hommes naturels, qu'il ne faut pas blâmer. Les scellés doivent s'attendre à être un « peuple particulier » et à être mal compris.[221]
Ce gage ne garantit pourtant pas l'héritage. Paul, qui avait « perdu toutes choses » pour le haut appel, déclare ne pas se considérer comme ayant atteint le but, mais poursuivre sa course « vers le prix du haut appel de Dieu » (Philippiens 3:8-14). L'article donne l'exemple d'un fils héritier qui reçoit de son père un acte signé et scellé : s'il est négligent, ou si l'ivresse lui trouble les sens, il peut le céder et ne jamais entrer en possession de l'héritage. De la même façon, le chrétien peut perdre son gage par négligence, ou en s'enivrant de l'esprit du monde, et le troquer contre une satisfaction passagère de l'ancienne nature. Il doit donc continuer à avancer sur la voie du sacrifice jusqu'à la mort. L'article est signé R. W.[222]
« Convertir un pécheur »
Le texte de Jacques 5:20 (« Celui qui ramène un pécheur de la voie où il s'égarait sauvera une âme de la mort et couvrira une multitude de péchés ») est parfois jugé contraire à la doctrine de la restitution de tous. On raisonne ainsi : si les convertis sont sauvés de la mort, la mort serait le sort inévitable de tous ceux qui ne se convertissent pas. Or, d'après le contexte et la traduction de l'Emphatic Diaglott, Jacques s'adresse à des frères qui se sont éloignés de la vérité, et non au monde. Le pécheur ramené est donc quelqu'un qui avait été éclairé, avait goûté la bonne parole de Dieu, puis s'était égaré dans l'erreur.[223]
Les hommes auraient parlé de s'éloigner de la moralité ou de tomber dans le vice, alors que le texte met l'accent sur la vérité. Peu de gens accorderaient autant d'importance à ce qu'ils appelleraient « simplement se tromper sur une question de doctrine ». La revue précise qu'elle ne parle pas à la légère du vice et ne dit pas qu'il importe peu de ce qu'on fait pourvu que la théologie soit correcte. Elle affirme que la foi et le caractère sont étroitement liés, et met en garde contre l'opinion répandue selon laquelle peu importe ce que l'on croit, vérité ou erreur, si l'on vit moralement. Cette opinion est décrite comme un piège du diable, qui empêche beaucoup de chercher la vérité et donc d'arriver à la sanctification complète. Jésus lui-même a prié : « Sanctifie-les par ta vérité ; ta parole est la vérité » (Jean 17:17). Perdre la vérité, c'est donc perdre la puissance qui sanctifie, ce qui aboutit à la mort si l'on n'est pas ramené.[224]
Le texte ne concerne pas « le monde des pécheurs » : une réforme morale ne sauve personne de la mort, sans quoi Jésus ne serait pas mort pour nos péchés. Il vise ceux qui ont été justifiés gratuitement du péché adamique et considérés comme libérés de la mort adamique (la première mort), et qui sont candidats à la nature divine, comptés comme ayant recommencé à vivre en « nouvelles créatures ». Pour eux, la mort en jeu est la seconde mort, par laquelle la nouvelle vie serait perdue. Les croyants doivent donc rester attachés à la vérité et aider les frères égarés.[225]
Le verbe « s'égarer » exprime selon la revue la façon dont les erreurs s'installent peu à peu chez les sanctifiés. L'Adversaire commence rarement par une erreur ouverte ou une incrédulité déclarée ; il se couvre d'un mélange de vérité et, en « ange de lumière » (2 Corinthiens 11:14), détourne ceux qui ne se gardent pas. Beaucoup cherchent à convertir le monde, mais peu se consacrent aux égarés du troupeau. Autrefois, Satan, tel un « lion rugissant », persécutait l'Église ouvertement et beaucoup scellaient leur témoignage de leur sang. Aux derniers temps, il change de méthode : sous les traits d'un messager de la vérité, il cherche à empoisonner la nourriture de la maison de la foi.[226]
Ceux qui tombent dans le « piège de l'oiseleur » et répandent l'erreur sans le savoir sont jugés sincères à leur manière, car ils sont d'abord trompés eux-mêmes. Comme l'erreur affaiblit la nouvelle nature et fait ressortir les penchants de l'ancienne, ceux qui tentent de les arracher au filet et d'avertir les autres peuvent, au moins pour un temps, être mal compris et attirer la colère de l'Adversaire. Sauver une âme de la seconde mort doit suffire comme récompense. La revue cite Colossiens 2:1-8 pour exprimer son « grand combat » en faveur de ses lecteurs, de ceux de Laodicée (les enfants du Seigneur restés dans l'Église nominale « vomie ») et de tous ceux qui ne l'ont pas vue en personne.[227]
Le travail en faveur du monde peut attendre le temps fixé par Dieu, tandis que toutes les forces vont aux besoins pressants de la « maison de la foi » (Galates 6:10). Deux raisons sont données : l'âge touche à sa fin, l'épreuve de la nouvelle nature sera bientôt terminée et la possibilité d'obtenir la nature divine sera close ; les « vainqueurs » recevront bientôt le pouvoir et feront remplir la terre de la connaissance du Seigneur, ce qui ramènera tous les hommes à Dieu. La revue se réjouit que des cœurs humains bienveillants soulagent entre-temps le monde souffrant, qui « soupire et souffre les douleurs de l'enfantement » en attendant la manifestation des fils de Dieu (Romains 8:19-22).[228]
En conclusion, il existe de nombreuses vérités, philosophiques, historiques et scientifiques, dont on peut s'écarter sans perdre la vie ; elles sont bonnes et occupent utilement l'esprit naturel, et elles contribueront à élever les hommes dans l'âge à venir. Ce ne sont pas elles que le Christ recommande aux sanctifiés, mais la vérité divine : « Ta parole est la vérité ». Il paraît douteux qu'on puisse être compétent dans plus d'un domaine de vérité. Il convient donc de s'appliquer à rendre sûrs son appel et son élection, en recevant la vérité qui sanctifie pour le service de celui qui est « la Vérité ».[229]
« Nos confrères »
Les « confrères » visés sont les périodiques avec lesquels la revue a récemment débattu de la nature du Rédempteur et de la rédemption qu'il a accomplie. Ils paraissent embarrassés par six questions simples posées dans ces colonnes. Leurs théories seraient trop faibles pour y répondre sans montrer leur position intenable, car elles annulent les déclarations claires de l'Écriture sur la rançon et l'achat par le sang précieux du Christ, bien qu'elles citent souvent ces textes.[230]
Ces théories ont en commun d'ignorer la rançon, ce que la revue tient pour la forme d'incrédulité qui progresse le plus vite chez les chrétiens, suscitée par Satan dans ces derniers jours. Un nouveau journal, The Millenarian (« Le Millénariste »), vient de se lancer pour défendre cette thèse sans rançon : c'est le troisième en un an et demi. L'Adversaire semble pouvoir fournir talent et argent pour répandre ces hérésies, mais sa puissance ne durera qu'un temps, car « il sait qu'il lui reste peu de temps ».[231]
Faute de pouvoir répondre franchement, ces confrères détourneraient l'attention du troupeau de la question de fond en cherchant la sympathie, comme s'ils étaient attaqués personnellement. L'un d'eux laisse entendre qu'il joue le martyr et qu'il lui est plus difficile de se taire que de répondre, mais promet de répondre en temps voulu, après des mois de réflexion. La revue répond qu'un homme soupçonné d'un crime et innocent a le devoir de dire les faits pour se disculper. Celui qui préférerait passer pour un martyr en refusant de donner ses preuves serait condamné par toute personne sensée. À plus forte raison un périodique qui se veut enseignant religieux et nourrisseur du troupeau, et que l'on accuse de mêler du poison à la nourriture des enfants.[232]
Sur le reproche d'attaque personnelle, la revue répond qu'elle n'a pas été plus personnelle que le Seigneur et les apôtres, et qu'il est impossible de signaler l'erreur et le danger au troupeau sans nommer les périodiques concernés. Les noms des rédacteurs n'ont jamais été cités, mais elle ne s'en priverait pas si la vérité l'exigeait. Elle dit se préoccuper d'eux autant que de n'importe quel membre du troupeau, tout en redoutant les effets de leur erreur sur eux-mêmes : tromper les autres commence en général par une illusion sur soi-même, puis progresse dans l'aveuglement. Toutes ces erreurs viennent du grand Adversaire, car « nous ne luttons pas contre la chair et le sang » mais contre les dominations et les puissances (Éphésiens 6:12). On est le serviteur de celui à qui l'on obéit (Romains 6:16).[233]
Ont été nommés, en plus de l'Adversaire : Robert Ingersoll, « adversaire déclaré de la RANÇON », Henry Ward Beecher, The Day Star, The World's Hope et The Millenarian. Tous citent des phrases de l'Écriture et se revêtent ainsi d'un « vêtement de lumière », mais annulent la doctrine de la rançon par leurs théories contraires à la Bible. Ce sont des enseignants publics, et le troupeau ne pouvait être protégé de leurs torsions du texte sans les citer. La vérité de la rançon n'a jamais eu plus besoin que « l'épée de l'Esprit » soit tirée par chaque vrai soldat de la croix.[234]
Quant à la promesse de répondre en temps voulu, la revue l'interprète ainsi : lorsque les lecteurs auront oublié les questions et leurs liens, les confrères consacreront un article entier à chacune, tisseront autour d'elles « la toile du sophisme » et s'exprimeront avec assez de précautions pour qu'on ne puisse extraire aucune citation montrant leur vraie position. Elle juge sur le passé. Elle proteste contre cette méthode : un enfant en Christ, n'ayant rien à cacher, répondrait en une colonne ou moins. Elle répète donc les six questions, et s'engage à répondre, par la grâce de Dieu, à six questions que ces confrères voudraient poser sur les doctrines fondamentales du christianisme. Sur tout sujet plus avancé, elle se dit prête à rendre compte de son espérance avec douceur, « en ses propres termes ».[235]
Les six questions sont les suivantes : pourquoi Jésus est-il mort ? Comment cela touche-t-il nos péchés ? Comment a-t-il ôté le péché par le sacrifice de lui-même ? En quel sens s'est-il donné « en rançon (en grec antilutron, un prix équivalent) pour tous » ? En quel sens est-il une « propitiation (satisfaction) pour nos péchés » ? En quel sens avons-nous été « rachetés à un prix » ? Les réponses, selon la revue, décideraient aussitôt de la foi ou du manque de foi de ces confrères dans la rançon. Leur silence est qualifié de simple « politique », courante dans la presse profane sur les sujets politiques, mais indigne des saints.[236]
Les légers changements d'expression récents chez l'un d'eux ne sont pas tenus pour une réforme : sans aveu des erreurs passées, aucune confiance n'est possible, et la rétractation devrait être aussi publique que les affirmations d'origine, ce qui serait une loi immuable de Dieu. Tant qu'il n'aura pas exposé clairement sa position, on ne peut dire si ces changements ne signalent pas simplement plus de prudence depuis la critique. Pour prouver que ses enseignements niaient l'achat par le sang du Christ, la revue cite le premier numéro de ce périodique (octobre 1882). Sous le titre « Expiation », il raille la doctrine de la substitution, qui placerait le Père dans l'attitude « DÉSAGRÉABLE » d'exiger le paiement intégral de la dette du pécheur avant de pardonner. La revue y répond en rappelant que Jéhovah dit qu'il « ne tient point le coupable pour innocent » et qu'il a envoyé son Fils pour être une propitiation (1 Jean 4:10), lequel a goûté la mort pour tous par la grâce de Dieu (Hébreux 2:9).[237]
Ce confrère rejette aussi ce qu'il appelle « l'injustice grossière » de transférer les conséquences du péché du coupable à l'innocent. La revue se dit reconnaissante de n'avoir aucune théorie qui contredise le témoignage de celui qui a racheté les croyants, mort « le juste pour les injustes ». Elle reproche à ses adversaires de calomnier la justice du Tout-Puissant pour prouver que nous n'avons pas été rachetés à un PRIX, idée qu'ils jugent trop « commerciale » pour leurs goûts esthétiques. Elle cite le cantique : « Jésus est mort et a tout payé, toute la dette que je dois. » Le périodique résume sa propre foi ainsi : « Repentance — changement complet de cœur et de vie — et pardon sont le remède du Seigneur » ; l'inimitié (Éphésiens 2:16) est alors détruite et l'homme réconcilié avec Dieu. La revue y voit un autre évangile que celui des apôtres (Galates 1:8), un évangile qui n'a pas besoin de la rançon.[238]
Selon la revue, la théorie des confrères n'a aucune place pour Romains 5:18-19, où la justification vient de l'obéissance d'un seul. Elle présente la repentance comme la chose qui sauve les hommes : si l'on se repent, Dieu pardonne, et c'est là, pour le confrère, « le remède du Seigneur ». La revue y voit un remède et une théorie d'homme, et répond par un couplet : « Ces choses ne pouvaient expier le péché ; Christ seul peut racheter. » Elle rattache sa propre position à la « doctrine des apôtres » : Jéhovah a fait retomber sur Jésus l'iniquité de tous, et c'est par ses meurtrissures que nous sommes guéris.[239]
L'énoncé de foi du confrère affirme que la repentance et le pardon détruisent l'inimitié. La revue y oppose Paul, pour qui l'inimitié a été détruite par la croix. Le confrère affirme aussi que l'homme est réconcilié avec Dieu par la repentance et le pardon. Or Paul écrit que « quand nous étions ennemis, nous avons été réconciliés avec Dieu par la mort de son Fils » (Romains 5:10).[240]
La justice de Dieu se manifeste dans la récompense du péché par la mort. Son amour se manifeste dans la mort de son Fils, qui libère les pécheurs d'une condamnation pourtant méritée. Dieu reste ainsi juste tout en justifiant ceux qui croient en Jésus comme leur rançon (1 Jean 4:9).[241]
Le chrétien indifférent sur ce point, qui est le plus important de l'Évangile, ou qui tente d'écarter le fondement même du temple de Dieu, montre soit qu'il n'en mesure pas l'importance, soit qu'il a trop peu l'esprit du Christ pour être dévoré de zèle pour la maison, l'œuvre et la Parole du Seigneur. Apprécier la valeur de la mort du Christ est présenté comme la base d'une consécration entière et comme une part de la vérité sans laquelle on ne peut être sanctifié. La revue recommande l'étude des chapitres VI et VIII de Food for Thinking Christians (« Nourriture pour les chrétiens qui réfléchissent »).[242]
La revue conclut qu'elle a fait son devoir envers ceux de ses lecteurs qui lisent aussi les autres périodiques. Elle estime que cette attaque contre ceux de « cette voie » n'est qu'une ride de la grande vague d'incrédulité envers la croix qui commence à balayer l'ensemble de l'Église nominale. Les apôtres l'auraient décrite comme l'erreur qui dominerait aux derniers jours de l'âge. Son espoir est qu'un exposé clair aide certains lecteurs à s'armer pour le combat, en revêtant le Christ comme casque, cuirasse et bouclier.[243]
L'adoration des anges
Cet article, signé Mme C. T. Russell, part de Colossiens 2:18-19, qui met en garde contre une humilité volontaire et le culte des anges. Le mot « ange » signifie messager. Tous les enfants de Dieu deviennent messagers de la vérité lorsqu'ils annoncent la bonne nouvelle, et chaque membre du corps du Christ, même le plus modeste, peut servir les autres. Celui qui enfouit ses un ou deux talents devient un membre paralysé, un sarment mort qui sera retranché.[244]
Deux excès menacent. Ceux qui ont beaucoup de talents risquent l'orgueil, mauvaise herbe qui peut les mener à la ruine et à la mort. Les timides, bien plus nombreux, négligent leur talent et s'appuient entièrement sur les autres. Le danger de cette seconde catégorie apparaît dans Actes 20:30 : du milieu des fidèles surgiront des hommes qui diront des choses perverses pour entraîner des disciples après eux. Selon Colossiens 2:18, ils s'immiscent dans ce qu'ils n'ont pas vu, tordent des passages qu'ils ne comprennent pas pour les adapter à leurs théories, et cherchent à s'élever comme enseignants.[245]
Le penchant à vénérer les messagers de la vérité est naturel. Il faut les honorer et les aimer pour leur œuvre, mais toute vérité vient de Dieu, et aucune habileté humaine n'a découvert les trésors de sa sagesse avant qu'il ne les révèle. Jean, l'auteur de l'Apocalypse, que l'article présente comme représentant l'Église vivante des derniers jours, commet cette erreur : il tombe aux pieds du messager pour l'adorer. Le messager répond qu'il est un compagnon de service et le frère de ceux qui ont le témoignage de Jésus, et lui dit d'adorer Dieu (Apocalypse 19:10).[246]
Tous sont serviteurs les uns des autres et frères, puisqu'ils ont reçu le témoignage des Écritures sur Jésus. Le culte ne doit aller qu'à Dieu, auteur du plan. Nul ne sait quel messager restera fidèle jusqu'au bout : certains courent bien un temps, puis deviennent ennemis de la croix, et s'appuyer sur eux rendrait la position précaire. Beaucoup prennent pour de l'humilité le fait de rejeter la raison et de suivre aveuglément autrui. C'est contre cette « humilité volontaire » que Paul met en garde, car elle fait courir le risque de perdre la récompense, le haut appel. Les petits troupeaux doivent estimer leurs frères pour leur œuvre, mais tenir leur Chef, l'Époux, en la plus haute estime comme rédempteur et guide.[247]
Le lis et le réséda
Une courte citation de M. E. Sangster fait du lis le symbole de la force d'âme, blanc, pur et royal, à l'image d'enfants de Dieu triomphants dans des chambres obscures et sur des lits de douleur. Le réséda, discret mais subtil, est son emblème de la patience, et son parfum se répand alentour. Quelques vers saluent ensuite le « matin de la gloire de Sion », jour qui apporte une délivrance bienheureuse et couronne Jésus Prince de la Paix.[248]
Les sept dernières plaies
Le sujet est Apocalypse 15:1, où sept anges portent les sept dernières plaies, qui achèvent la colère de Dieu. Une note de bas de page précise que Russell a exprimé plus tard, à plusieurs reprises, l'opinion que cet article, écrit avant l'apparition des plaies, était prématuré, et renvoie au tome VII des Études dans les Écritures.[249]
Les sept coupes de colère sont présentées comme l'acte final du drame de l'âge présent. Beaucoup y voient la fin de l'âge accompagnée de la destruction des hommes et de la terre. La revue y voit la fin du règne actuel du mal et une préparation nécessaire de l'humanité au règne de la justice. Les visions qui suivent dans l'Apocalypse vont dans ce sens : nouveaux cieux et nouvelle terre, Satan lié, règne du Christ. La grande source d'erreur dans ces symboles est une lecture trop littérale, qui les prend pour un récit de faits.[250]
Avant les plaies, l'auteur de l'Apocalypse décrit une « mer de verre » mêlée de feu, sur laquelle se tiennent les vainqueurs de la bête, de son image et du nombre de son nom, avec des harpes de Dieu. La Bible est dite s'interpréter elle-même : comprendre les symboles du chapitre 13 permet d'identifier ces vainqueurs. Ce sont les chrétiens libérés de la papauté, la bête, du protestantisme sectaire organisé, l'image, et de tous ceux qui portent les caractères de leur nombre. Leur liberté va jusqu'à ne laisser aucune influence à ces puissances sur leurs actes, leurs professions de foi ou leurs pensées.[251]
Cette identification date aussi les plaies. L'image est présentée comme formée par l'organisation de l'« Alliance évangélique » en 1846. Les vainqueurs de l'image n'ont donc pu occuper leur position avant cette date, et les plaies, pendant lesquelles ils se tiennent sur la mer de verre, se situent après elle.[252]
La mer représente les masses du peuple et le feu les jugements ou les épreuves. La mer de verre mêlée de feu figure donc le peuple éprouvé par les jugements de Dieu. Au-dessus, les vainqueurs restent calmes et sereins, leur position tenant à la foi (Matthieu 14:29). Ils chantent le cantique de Moïse et de l'Agneau, c'est-à-dire une prédication en accord avec la Loi et l'Évangile. Le petit nombre de ceux qui le proclament apparaît à la fois dans leur description et dans les paroles du chant.[253]
Le cantique comporte quatre notes. La première : « Grandes et merveilleuses sont tes œuvres, Seigneur Dieu tout-puissant ». Peu de gens connaissent assez les plans de Dieu pour les reconnaître telles. La deuxième : « Justes et vraies sont tes voies, Roi des nations ». Les vainqueurs peuvent la chanter parce qu'ils voient que Dieu a permis le mal et la mort pour enseigner l'appréciation de la vie et de la justice. Ils savent qu'il y aura une « restitution de toutes choses » (Actes 3:21). Seuls ceux qui voient cette restitution dans l'âge à venir peuvent chanter cette note, alors que la chrétienté craint de penser à la justice de Dieu envers les nations, dont la grande majorité est morte sans connaître le seul nom par lequel on peut être sauvé.[254]
La troisième note : « Qui ne te craindra, Seigneur, et ne glorifiera ton nom ? car tu es seul bienfaisant ». Même le mal que l'homme s'est attiré doit tourner au bien. Tous devraient louer son amour pour toujours, sauf que l'Écriture parle d'une seconde mort réservée à certains. La dernière note : « Toutes les nations viendront et adoreront devant toi, parce que tes justes actes sont manifestés ». Peu de gens la proclament. Certains croient que les nations mortes sont dans un lieu de torture éternelle, d'autres qu'elles ne revivront jamais, d'autres qu'elles seront ressuscitées pour un jugement fictif puis détruites. Les vainqueurs annoncent que toutes les nations sortiront de la mort et adoreront leur Seigneur quand elles connaîtront la vérité (1 Timothée 2:4). Sodome elle-même viendra adorer (Ézéchiel 16:48-63).[255]
Les « harpes de Dieu » désignent la Bible, dont les cordes sont la Loi, les Prophètes, les Psaumes, les Évangiles, etc. Beaucoup de chrétiens la possèdent, peu l'ont assez accordée pour accompagner le cantique de Moïse et de l'Agneau. Les vainqueurs ne se contentent pas de connaître le chant de la restitution : ils le chantent. Certains enfants de Dieu, qui connaissent le chant et ont leur harpe en partie accordée, se taisent par crainte de l'opposition et de l'impopularité qui frapperait toute sortie de l'ornière de la prétendue orthodoxie. Ils ne sont pas parmi les vainqueurs : ils n'ont pas triomphé de l'influence de la bête et de l'image et restent en servitude.[256]
Beaucoup d'enfants du Seigneur, captifs de la Babylone mystique, se sont assis au bord de ses fleuves souillés par la boue du monde et de l'erreur, et pleurent le temps où Dieu favorisait Sion. Ils ont suspendu leurs harpes aux saules (Psaumes 137:1-6). Babylone voudrait les voir heureux près de ses eaux boueuses et entendre un chant de Sion de temps à autre pour se vanter de la faveur du Seigneur. La revue les appelle à reprendre leurs harpes, à sortir de Babylone vers la pleine liberté de pensée et d'expression, et à chanter l'amour de Dieu et la restitution de toutes choses.[257]
Les sept anges sortent du temple
Ceux qui répandent les plaies sont les sept anges sortis du temple. Comme ce sont les saints qui doivent « exécuter le jugement écrit » (Psaumes 149:9), ces anges désignent les saints vivants, représentants de toute la compagnie des oints, « les pieds » du corps. Ces pieds chantent le cantique de la restitution au-dessus de la mer mêlée de feu (Ésaïe 52:7). Vêtus de lin blanc, ils ont gardé leur robe de noces, revêtus de la justice du Christ et justifiés par son sang. La ceinture marque le serviteur, et son or la divinité : ils accomplissent un service divin.[258]
Le temple, rempli de fumée quand ils en sortent, symbolise l'Église nominale. Leur sortie figure celle des vainqueurs hors de cette Église. Quand tous seront sortis, l'Église sera si pleine de fumée, c'est-à-dire de confusion, que personne ne voudra y entrer. La fumée vient de la gloire de Dieu : l'harmonie et la beauté de la vérité présentée par les vainqueurs montrent la difformité et la confusion des credos fabriqués par les hommes. Ceux qui restent dedans sont si aveuglés qu'ils ne voient plus la gloire de Dieu, ni dans sa Parole ni dans les événements.[259]
Les messagers sont presque tous sortis, et la confusion est déjà notable. D'après des rapports récents de diverses sectes, l'augmentation des membres a été très faible cette année. La plupart des nouveaux membres venant de l'école du dimanche, peu de personnes de pensée mûre entrent dans le temple nominal. L'Église nominale restera dans cette confusion jusqu'à la fin des sept plaies. Pendant ce temps, l'élément de Babylone sera détruit, et le temple de vérité purifié s'ouvrira de nouveau pour recevoir les croyants justifiés, alors héritiers des promesses terrestres.[260]
Une grande voix sort du temple et dit aux sept anges : « Allez » (Apocalypse 16:1). Les systèmes nominaux veulent garder chaque membre, car ils se vantent de leur nombre et de leur richesse. Ceux qui tiennent tous les avantages terrestres pour perte et déchet, et refusent d'être enchaînés par des credos, sont chassés avec ces mots : « Allez, faites votre pire. » Les vainqueurs, libres, n'ont pas besoin des plaies, puisque la vérité les a affranchis, et ils sont déjà presque tous sortis. Ce petit troupeau n'est pourtant pas toute la maison de Dieu. La maison de la foi est une classe nombreuse, dont la majorité reste dans l'Église nominale, liée par ses credos et rabougrie par la conformité au monde. Pour elle, afin qu'elle accède à la liberté des fils de Dieu à travers la grande tribulation (Apocalypse 7:14), « le jugement doit commencer par la maison de Dieu ». Les vainqueurs servent à briser ses chaînes d'erreur. Les plaies sont des bénédictions déguisées, comme une amputation, épreuve douloureuse mais salutaire.[261]
La première plaie
La première coupe est versée sur la terre, et un ulcère malin frappe les hommes qui portent la marque de la bête et adorent son image (Apocalypse 16:2). Ces plaies sont destinées à débarrasser le monde de toute forme de mal. La « terre » désigne tous les gens soumis à un frein religieux, quel que soit leur nom ou leur ordre : c'est la société religieuse établie, tandis que la mer figure les masses agitées et irréligieuses. Ceux qui ont la marque de la bête (la papauté) et adorent son image (le protestantisme) forment la grande masse des chrétiens nominaux qui ne sont pas vainqueurs.[262]
Le trouble les atteint d'abord. Les catholiques romains forment une part importante de cette terre, mais l'ulcère ne les touche pas d'emblée, puisqu'il frappe ceux qui adorent l'image et portent les caractères de la bête, c'est-à-dire les diverses nuances du protestantisme. Un ulcère est une plaie qui coule, signe d'un désordre de l'organisme et très douloureux. Un cancer à un stade avancé devient un ulcère malin, qui ronge, corrompt et détruit. De même, le mal qui vient sur le protestantisme est une destruction qui épuise sa vie et finira par l'anéantir. Il naît de l'intérieur, des erreurs héritées de la « mère des prostituées et des abominations » et conservées. Il est sans remède : le sang est empoisonné, tout le corps est atteint, la mort suivra.[263]
Du temps de Luther et de la Réforme, les filles auraient pu être guéries à fond, mais leurs faux ministres ont « guéri à la légère la blessure de la fille de mon peuple, disant : Paix, paix, quand il n'y a point de paix » (Jérémie 8:11). Il n'y a plus de baume en Galaad ni de médecin : son Roi n'est pas en elle, elle est rejetée de sa bouche (Jérémie 8:22, Apocalypse 3:16, Apocalypse 18:23). Ces systèmes doivent mourir. Les désordres sont déjà apparus et, bien que le chancre soit soigneusement caché, la mauvaise odeur et la détresse se remarquent.[264]
La deuxième plaie
La deuxième coupe est versée dans la mer, qui devient du sang, comme celui d'un mort, et tout être vivant de la mer meurt. La mer figure les masses irréligieuses, non soumises à un frein religieux. Le sang d'un être vivant est plein de vitalité, celui d'un mort le contraire : après la mort, il se sépare en sérum liquide et en caillot, et le caillot se met à pourrir. Une désintégration complète doit donc toucher cette classe, après quoi un élément se corrompra rapidement.[265]
Parmi les masses irréligieuses figuraient de nobles esprits comme Stephen Girard, George Peabody et Peter Cooper, et nombre de sceptiques sincères moins connus, dont le mélange avec la foule lui donnait une part de vie et de vitalité. La plaie annonce la séparation de ces deux éléments, d'où la mort de tout principe de moralité et de vertu dans cette classe, et de tout ce qui y est actif en vertu et en bienfaisance. Si l'on retire des conseils des masses agitées, comme les Labor Leagues et d'autres associations, l'élément qui conseille prudence, moralité et bonne conduite, et qu'on laisse l'élément inférieur se gouverner seul, il en résulterait vite la destruction des vies, des biens, des lois et de la paix : un règne d'anarchie au nom du communisme.[266]
D'autres passages de l'Écriture annoncent un soulèvement de ce genre, qui doit finalement renverser les royaumes de la terre. Pour le moment, seul le début est attendu : la séparation du sérum et du caillot, de l'élément vital et de l'élément corrupteur, qui paraît en cours. Des hommes aux nobles idées, qui voyaient l'oppression des masses par l'argent et les gouvernements et voulaient les aider, doivent se retirer devant l'esprit d'imprudence des masses, qui mène à des assassinats dans d'autres pays et à des menaces du même ordre aux États-Unis. En Angleterre, Gladstone, Parnell et d'autres ont tenté d'alléger l'oppression de l'Irlande, mais doivent désavouer toute solidarité avec la politique de dynamite et d'assassinat de chefs exaltés issus des masses. Les effets complets de cette plaie ne se feront sentir que dans de nombreuses années, car elle n'en est qu'à son commencement. Une plaie continue en outre de s'aggraver après l'arrivée de la deuxième, de la troisième, etc.[267]
La suite du texte continue l'article en cours : pas de nouveau titre pour la fin de la deuxième plaie, mais deux nouvelles sous-sections pour les troisième et quatrième plaies.
Les sept formes de mal doivent finir par agir toutes en même temps.[268]
La troisième plaie
La troisième coupe est versée dans les fleuves et les sources d'eau, qui deviennent du sang. L'ange des eaux déclare juste le jugement porté sur ceux qui ont répandu le sang des saints et des prophètes : « ils le méritent » (Apocalypse 16:4-6).[269]
Les eaux courantes représentent la vérité. Les fleuves figurent les diverses sectes ou dénominations, et les sources leurs fondateurs et leurs écoles, c'est-à-dire les hommes ou les lieux où chaque courant est né. Pendant longtemps, ces fleuves ont charrié une eau parfois très boueuse, mais encore de l'eau, et beaucoup y ont bu et s'y sont rafraîchis. Un changement s'y produit : ce qui rafraîchissait deviendra peu à peu répugnant comme du sang. Une remarque entre crochets précise que le sang a été conseillé comme remède, mais seulement pris aussitôt après avoir été tiré de l'animal, car il se corrompt vite et devient poison. Un fleuve de sang ne peut donc symboliser que le dégoût et la mort.[270]
La revue y voit un changement rapide dans les milieux religieux. Les credos contiennent autant de vérité et d'erreur qu'avant, mais on les regarde autrement. L'instruction générale a progressé, et ce qu'on acceptait sans discussion devient répugnant. Comme les Égyptiens de la plaie littérale creusaient des puits parce qu'ils ne pouvaient plus boire l'eau sanglante du fleuve, les esprits indépendants creusent eux-mêmes pour trouver des eaux plus pures que celles des courants habituels. Ce phénomène inquiète et irrite les sectaires, mais seul un petit nombre en prend conscience.[271]
L'« ange des eaux », messager de la vraie vérité, reconnaît dans cette épreuve un jugement juste de Dieu. La cause en est indiquée : ces sectes ont répandu le sang des saints et des prophètes. Le sang étant la vie d'une personne, le répandre, c'est le gaspiller. La vie des saints est la vérité, la parole de Dieu, comme le dit Jean 6:63 : « Les paroles que je vous ai dites sont esprit et vie ». Gaspiller leur vie, c'est donc négliger la parole et le témoignage de Jésus, et recevoir à la place des traditions humaines. Ces erreurs ont assez corrompu les vérités conservées pour que les esprits réfléchis ne puissent bientôt plus boire à ces courants.[272]
Dans ces mêmes courants, on a conservé l'enseignement de Satan selon lequel l'homme a une existence qui ne peut cesser et doit durer éternellement, dont neuf dixièmes dans le malheur (Genèse 3:4). On y a négligé, rejeté, gaspillé l'enseignement des prophètes : le salaire du péché est la mort, mais Dieu a prévu des « temps de rétablissement de toutes choses » (Actes 3:21). Les credos mêlés d'erreur par la conservation du mensonge de Satan et le rejet du témoignage du Seigneur deviendront trop répugnants pour ceux qui les professent comme pour le monde.[273]
L'autel dit : « Oui, Seigneur Dieu tout-puissant, tes jugements sont vrais et justes » (Apocalypse 16:7). L'autel représente la classe des prophètes et des saints dont le témoignage pour la vérité a été scellé de leur vie et dont la vie a été gaspillée. Ils ne parlent pas à voix haute, mais comme le sang d'Abel est dit crier. Leur témoignage condamne les Églises actuelles, qui ont grandi et gagné la faveur du monde en s'alliant à lui et en partageant son esprit. Vivre séparé du monde et défendre ouvertement la vérité contre l'erreur mêlée au monde a toujours coûté la persécution, et la décapitation, littérale ou symbolique. Le témoignage de chaque sacrifice agréé de Dieu condamne ainsi la conduite de ces Églises et justifie la troisième plaie, car « ils en sont dignes ».[274]
La quatrième plaie
La quatrième coupe est versée sur le soleil, et il lui est donné de brûler les hommes par le feu. Ils sont brûlés par une grande chaleur, blasphèment le nom de Dieu qui a autorité sur ces plaies et ne se repentent pas pour lui donner gloire (Apocalypse 16:8-9). Le texte cité suit la traduction de Rotherham.[275]
Ici, la souffrance vient d'un surcroît de lumière. La lune symbolisait la Loi, ombre ou reflet de l'Évangile, et le soleil symbolise la lumière de l'Évangile (Apocalypse 12:1). Le soleil plus brillant signifie une lumière et une connaissance de l'Évangile accrues. Contrairement aux autres plaies, limitées à la mer, à la terre ou aux fleuves, celle-ci touche toutes les classes : les hommes en général et leurs chefs en particulier.[276]
Cette lumière accroît l'indépendance de pensée et d'action dans toutes les couches de la société. Elle provoque des différends entre rois et sujets, entre capital et travail, entre clergé et laïcs. Même si les incrédules se moquent de la Bible et prétendent avoir une liberté supérieure, la plus grande liberté reste celle que donne le Christ : « Vous connaîtrez la vérité, et la vérité vous affranchira » (Jean 8:32). La vérité se répand sur les droits et l'autorité des rois, sur les droits du capital et du travail, et sur la prétendue supériorité d'une classe qui s'est elle-même élevée, le clergé.[277]
Le conflit oppose la vérité à la superstition, la lumière aux ténèbres. La lutte sera rude, mais la vérité l'emportera, abaissant les orgueilleux et élevant les humbles. Ceux qui font le mal haïssent la lumière, car elle réduirait leur pouvoir en mettant tous les autres à égalité avec eux. Les seigneurs religieux sont les plus brûlés, car cette lumière contribue à changer en sang les eaux de leurs courants favoris, rendant répugnants leurs doctrines et leurs credos nés des sources du XVIe siècle.[278]
Ces prédicateurs ont enseigné pendant des années des doctrines qui disaient Dieu juste et aimant mais le montraient pire que les dieux des païens. Certaines sectes enseignent que Dieu a décidé d'avance le salut d'un « petit troupeau » et de ses enfants, et la misère éternelle de la grande masse de l'humanité et de sa descendance, au point de dire qu'« il y a en enfer des enfants qui n'ont pas un empan de long ». Il n'est pas étonnant que ceux qui honorent leur secte plus que Dieu et sa Parole se sentent brûlés et irrités par la lumière de la vérité qui commence à les atteindre.[279]
Le « blasphème », dans l'Écriture, ne désigne pas les jurons mais une présentation fausse du caractère de quelqu'un. Jésus fut accusé de blasphème pour s'être dit Fils de Dieu (Jean 10:33). Ces sectaires zélés, irrités par des enseignements qui montrent l'amour et la miséricorde de Dieu autant que sa justice, vont à l'extrême de l'opposition, déforment gravement son caractère et détournent souvent sa Parole de son sens pour soutenir leurs théories.[280]
Cette plaie pour les uns est un grand bienfait pour ceux qui sont sortis de Babylone et reçoivent la direction de l'Esprit de Dieu à la source unique, sa Parole. Le surcroît de lumière de l'Évangile éclaire aussi les ombres de la Loi et montre l'enseignement véritable du Tabernacle, de ses services et de ses sacrifices. Le prophète l'annonce en symbole : « La lumière de la lune sera comme la lumière du soleil, et la lumière du soleil sera sept fois plus grande, comme la lumière de sept jours, au jour où l'Éternel bandera la plaie de son peuple et guérira la blessure de ses coups » (Ésaïe 30:26). C'est la même période où il rassemble les exilés et réunit ses joyaux.[281]
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Illustrations du numéro
Références
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- ↑ SCHULZ et DE VIENNE, Separate Identity, vol. 2, p. 164-165. Original : « By mid-year 1882 some readers were suggesting that anointed Christians did not need human teachers. »
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- ↑ SCHULZ et DE VIENNE, Separate Identity, vol. 2, p. 199. Original : « By the end of 1882 he was offering Cruden's and Young's concordances and the Oxford Teacher's Bible at wholesale rates or less. In 1883, he offered discounted copies of the Variorum Bible. »
- ↑ BLANDRE Bernard, La préhistoire des témoins de Jéhovah, p. 59-60.
- ↑ La Tour de Garde de Juin 1883, p. 494
- ↑ CROMPTON Robert, Counting the Days to Armageddon, p. 68-69. Original : « No longer is preaching for the purpose of making converts to Christianity; rather, its purpose is to seek to ensure that all who have already been called by God to be members of the true Church make good their response to that call and come out of Babylon ».
- ↑ La Tour de Garde de Juin 1883, p. 488
- ↑ SCHULZ et DE VIENNE, Separate Identity, vol. 2, p. 375-377.
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- ↑ La Tour de Garde, décembre 1882, p. 2
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- ↑ La Tour de Garde de Juin 1883, p. 488
- ↑ La Tour de Garde de Février 1883, p. 12.
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- ↑ La Tour de Garde de Juin 1883, p. 490 ; titre original : « The Arch-Angel »
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- ↑ La Tour de Garde de Juin 1883, p. 491, note entre crochets
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- ↑ La Tour de Garde de Juin 1883, p. 492 ; titre original : « Two Reigns Contrasted »
- ↑ La Tour de Garde de Juin 1883, p. 492
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- ↑ La Tour de Garde de Juin 1883, p. 492 ; titre original : « Fools Hate Knowledge »
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