Persécution sous l'Allemagne nazie
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Les Témoins de Jéhovah ont souffert de persécution religieuse dans l'Allemagne nazie entre 1933 et 1945 après avoir refusé d'arrêter leur prédication, d'effectuer leur service militaire, de rejoindre les organisations nazies ou de faire allégeance au régime d'Hitler. On estime que 10 000 Témoins — la moitié du nombre de membres en Allemagne durant cette période — ont été emprisonnés, dont 2 000 qui ont été envoyés dans les camps de concentration. On pense que 1 200 sont morts en détention, dont 250 par exécution. Ils étaient la première dénomination chrétienne interdite sous le Troisième Reich et celle qui fut la plus persécutée.[1] Contrairement aux Juifs et aux Tsiganes qui ont été persécutés sur la base de leur appartenance ethnique, les Témoins de Jéhovah pouvaient échapper à la persécution et à la souffrance personnelle en renonçant à leurs convictions religieuses, ce qui se traduisait par le fait de signer un document indiquant le renoncement de leur foi, la soumission à l'autorité étatique et le soutien de l'armée allemande.[2] L'historienne Sybil Milton conclut que "leur courage et leur mépris face à la torture et à la mort crève le mythe d'un État nazi monolithique dominant sur des sujets dociles et soumis".[3]
Le groupe connut une persécution publique et gouvernementale grandissante à partir de 1933, nombre d'entre eux ayant été renvoyés de leur emploi ou de leur écoles, privés de revenus et supportant les coups et l'emprisonnement, en dépit de tentatives initiales de la part du mouvement jéhoviste de démontrer des objectifs communs avec le régime national-socialiste. Plusieurs auteurs ont avancé l'idée que l'activisme des Témoins de Jéhovah et leur condamnation ouverte des Nazis ont contribué à leur niveau de persécution.
Ère pré-nazie
Les Témoins de Jéhovah constituent un schisme des Étudiants de la Bible internationaux, qui ont commencé leur œuvre missionnaire en Europe dans les années 1890. Une filiale allemande de la Société Watch Tower ouvrit à Elberfeld en 1902. En 1933, près de 20 000 Témoins ont été comptabilisés comme prédicateurs actifs, et la commémoration annuelle du Mémorial attirait alors près de 25 000 personnes.[4] À Dresde, il y avait davantage d'Étudiants de la Bible qu'à New York, où la Société Watch Tower avait son siège international.[5]
Les membres de la religion, qui étaient connus sous le nom de Ernste Bibelforscher ou Étudiants de la Bible sérieux, avaient suscité l'opposition depuis la fin de la Première Guerre mondiale, et des accusations avaient été lancées contre eux comme quoi ils étaient bolcheviks, communistes et juifs en secret.[6] À partir de 1920, l'Église évangélique allemande demanda l'interdiction des publications de la Watch Tower qui contenaient alors beaucoup de contenus polémiques à caractère anti-religieux, puis dans la fin de la décennie, l'opposition fut le fruit d'une association entre l'Église et le Mouvement völkisch, et de campagnes de brochures.[7] Les Nazis commencèrent à harceler les Étudiants de la Bible, et les membres SA perturbèrent leurs réunions.[4]
À partir de 1922, les Étudiants de la Bible d'Allemagne furent arrêtés au motif de colportage illégal lors de leur distributions publiques de littérature de la Watch Tower. Entre 1927 et 1930, près de 5 000 accusations furent portées contre des membres du mouvement, et bien que la plupart se soient terminées par un acquittement,[8][9] des "peines sévères" furent également prononcées.[10]
À partir de 1930, les appels pour l'intervention de l'État contre les Étudiants de la Bible s'intensifièrent et, le 28 mars 1931, le président du Reich, Paul von Hindenburg, publia le Décret pour la Résistance des Actes Politiques de Violence, qui prévoyait les mesures à prendre dans les cas où les organisations religieuses, les institutions ou les douanes étaient "maltraitées ou malicieusement décriées".[11] La Bavière devient le premier État allemand où le décret fut utilisé contre les Étudiants de la Bible, avec un ordre de la police publié le 18 novembre, interdisant et confisquant toutes les publications des Étudiants de la Bible dans l'État.[11] Un second décret, en 1932, étendit l'interdiction à d'autres États allemands. À la fin de cette année-là, plus de 2 300 accusations portées contre Étudiants de la Bible étaient en instance.
Développements législatifs
Interdiction
Adolf Hitler fut nommé chancelier d'Allemagne le 30 janvier 1933, et à partir de cette date, la persécution des Témoins de Jéhovah s'intensifia. Se déclarant politiquement neutres, les Témoins refusèrent de jurer fidélité au régime nazi. Initialement, l'indifférence des Témoins face à l'État nazi se manifesta dans le refus d'effectuer les salut nazi en levant le bras, de rejoindre le Deutsche Arbeitsfront (Front allemand du Travail), de participer à des collectes d'aide sociale aux nazis, d'accomplir des tâches de raid aérien ou de participer à des rassemblements et des défilés nazis.[3] Les Sturmtruppen SA du parti nazi attaquèrent les maisons des Témoins qui n'avaient pas voté en novembre 1933 dans le cadre d'un plébiscite sur le retrait allemand de la Société des Nations et les firent sortir pour les amener aux urnes. Certains furent battus ou forcés de marcher tout en brandissant des pancartes qui exprimaient leur "trahison" à la patrie; dans une ville, un panneau d'affichage fut mis sur la place le marché listant les "traîtres" parmi les Étudiants de la Bible qui n'avaient pas voté, et des foules se rassemblaient devant les maisons des Témoins pour jeter des pierres ou chanter. Une action similaire fut prise lors des élections ultérieures de l'État à parti unique.[12]
Les autorités nazies dénoncèrent les Témoins de Jéhovah pour leurs liens avec les États-Unis et tournèrent en dérision le millénarisme apparemment révolutionnaire de leur prédication comme quoi une bataille d'Har-Maguédôn précéderait le règne du Christ sur la terre. Ils relièrent les Témoins de Jéhovah à la "juiverie internationale" en mettant en évidence la confiance du mouvement à l'égard de certains textes de l'Ancien Testament. Les nazis avaient des griefs sur la plupart des petits groupes protestants en rapport avec ces questions, mais seuls les Témoins de Jéhovah et les christadelphiens refusaient de porter les armes ou de prêter serment de loyauté à l'État.[3]
Les activités de l'Association des Étudiants de la Bible furent interdites dans les États de Mecklembourg-Schwerin (10 avril 1933) et de Bavière (13 avril 1933). Les Témoins répondirent par une campagne de distribution de brochures de maison en maison dans tout le pays, ce qui amena nombre d'entre eux à être arrêtés et en une semaine l'interdiction s'étendit aux États de Saxe et de Hesse. Les publications furent également confisquées dans certains États. Le 24 avril, la police s'empara du siège des Étudiants de la Bible à Magdebourg, mais abandonna cinq jours plus tard après des efforts diplomatiques américains. À partir de la mi-mai, d'autres États promulguèrent des décrets interdisant les Étudiants de la Bible et vers la mi-juin, les Témoins furent interdits dans presque tous les États. Dans un décret d'État, il fut dit que la raison d'être de l'interdiction était que les Étudiants de la Bible "imposaient" aux ménages des journaux de la Société Watch Tower qui "cont[enai]ent des attaques malveillantes sur les principales églises chrétiennes et leurs institutions".[13][14]
La Prusse, le plus grand État de l'Allemagne, imposa une interdiction le 24 juin, expliquant que les Étudiants de la Bible étaient en train d'attirer et d'abriter d'anciens membres subversifs des partis communiste et marxiste. Son décret ajouta que les Étudiants de la Bible:
- "...sont évidemment impliqués dans l'agitation contre les institutions politiques et religieuses, en paroles et par écrit. En déclarant que les deux institutions sont les agences de Satan, ils sapent le fondement même de la vie en communauté du peuple. Dans leurs nombreuses publications (...), ils déforment délibérément et malicieusement les récits bibliques dans le but de ridiculiser les institutions publiques et de l'église. Une des caractéristiques de leur lutte est une manipulation de leurs partisans fanatiques (...). Il est donc évident que l'association mentionnée ci-dessus tend à être en totale opposition avec l'état actuel et ses structures culturelles et morales."[13]
Tentative de conciliation
- Voir article détaillé Déclaration de faits et lettre au Chancelier du Reich
Le 25 juin 1933, environ 7 000 Témoins étaient réunis à la Wilmersdorfer Tennishallen de Berlin, quand une Déclaration de Faits de 3 800 fut publiée. Le document, rédigé par le président la Société Watch Tower Joseph Rutherford, affirmait la neutralité politique des Témoins de Jéhovah, lançait un appel au droit de prêcher publiquement et affirmait que le mouvement était victime d'une campagne de désinformation fomentée par d'autres religions. Quelques 2 100 000 d'exemplaires de la Déclaration, reproduite sous forme de brochure de quatre pages, furent distribués au public dans toute l'Allemagne, avec une copie ayant aussi été envoyée à Hitler, accompagnée d'une lettre de sept pages assurant le chancelier que l'Association Internationale des Étudiants de la Bible "n'était pas en opposition avec le gouvernement national du Reich allemand", mais qu'au contraire, "les objectifs entièrement religieux et non politiques et les efforts des Étudiants de la Bible" étaient "tout à fait en accord avec les objectifs correspondants du gouvernement national".[15] L'historien allemand Detlef Garbe estime que la Déclaration s'inscrit dans le cadre d'efforts de la part du mouvement pour s'adapter à un moment de persécution croissante,[16] tandis que l'historien canadien James Penton, ex-Témoin de Jéhovah, voit dans la Déclaration un document compromettant qui prouve "que les dirigeants de la Watch Tower ont tenté de se plier aux exigences des nazis",[17] allégation que la Société Watch Tower rejeta dans un article de 1998 de son périodique Réveillez-vous! qui ne citait que des passages non tendancieux de la Déclaration.[18]
Début de la persécution
La distribution de la Déclaration provoqua une nouvelle vague de persécution contre les Témoins allemands.[19] Le 28 juin, 30 Sturmtruppen occupèrent la filiale pour la deuxième fois, fermant l'usine, mettant les presses d'imprimerie sous scellés et hissant la croix gammée sur le bâtiment. À la fin août, les autorités utilisèrent 25 camions pour transporter environ 70 tonnes de littérature de la Watch Tower et des bibles aux abords de la ville où elles furent brûlées publiquement. Les activités de prédication et des réunions dans des maisons privées continuèrent, bien que la menace de raids de la Gestapo amena beaucoup d'adeptes à se retirer de l'association, et l'activité jéhoviste cessa même dans certains endroits.[20] Lorsque les autorités découvrirent que la littérature interdite était passée en contrebande en Allemagne en provenance de l'étranger, la police bavaroise ordonna la confiscation du courrier de tous les Étudiants de la Bible connus et exprima une irritation que leur activité ne faisait qu'augmenter.[20]

1. Je reconnais que l'Union Internationale des Témoins de Jéhovah professe une doctrine erronée et poursuit, sous le couvert d'activités religieuses, des buts subversifs.
2. Je me suis, par conséquent, détourné totalement de cette organisation et je me suis aussi libéré intérieurement de cette secte.
3. J’affirme, par la présente, ne plus jamais participer aux activités de l'Union Internationale des Témoins de Jéhovah. Je dénoncerai sur-le-champ toute personne voulant me gagner à la doctrine erronée des Témoins de Jéhovah, ou témoignant d'une façon ou d'une autre de son appartenance à cette secte. Je remettrai immédiatement au poste de police le plus proche toute publication me parvenant de cette organisation.
4. Je veux observer dorénavant les lois de l'État, défendre ma patrie en cas de guerre, les armes à la main, et m'intégrer entièrement dans la communauté nationale.
5. Il m'a été spécifié que si j'agis contrairement aux termes de la présente déclaration, je serai replacé en détention administrative.
Au début de l'année 1934, Rutherford conclut que l'amélioration des conditions en Allemagne était peu probable. Le 9 février 1934, le président de la Société Watch Tower envoya une lettre bien sentie à Hitler, le chancelier, demandant de permettre aux Témoins de pouvoir se réunir et de pratiquer leur culte sans entrave, avertissant que s'il ne le faisait pas avant mars 24, l'organisation rendrait public le "traitement injuste" à travers le monde. Il menaça également que Jéhovah Dieu punirait Hitler et le détruire à Har-Maguédôn. Le président de la filiale allemande, Paul Balzereit, ordonna aux membres de continuer à distribuer La Tour de Garde, et demanda également à ce que les réunions soient maintenues à une assistance d'environ trois à cinq personnes et que la prédication publique soit interrompue. Toutefois, en septembre 1934, lors d'une assemblée internationale réunissant 3 500 Témoins à Bâle, en Suisse, sous le thème "Ne les craignez donc pas", Rutherford inversa les directives. Il exhorta les 1 000 Témoins allemands présents à reprendre intégralement leur activité de prédication, commençant par un effort collectif de témoignage le 7 octobre. Lors du congrès fut également adoptée une résolution de protestation, dont une copie fut envoyée à Hitler, avec l'avertissement: "Abstenez-vous de persécuter les Témoins de Jéhovah, sinon Dieu va détruire vous et votre parti national". Le 8 octobre, une campagne internationale fut lancée pour inonder la chancellerie du Reich de télégrammes et de lettres de protestation.[21]
À la fin de 1934, toutes les interdictions des différents États du pays contre les Témoins de Jéhovah furent remplacées par une interdiction au niveau du Reich tout entier. Les gouvernements des États furent invités en juillet 1935 à confisquer toutes les publications de la Société Watch Tower y compris les bibles et, en décembre, neuf dirigeants de la Watch Tower furent condamnés à des peines de prison allant jusqu'à deux ans et demi pour avoir bravé les interdictions. Pourtant, tout au long de 1933 et de 1934, certains tribunaux continuèrent à prononcer l'acquittement de Témoins sur des enjeux juridiques et constitutionnels.[22]
Lorsque l'Allemagne réintroduisit le service militaire universel en 1935, les Témoins de Jéhovah refusèrent généralement de s'enrôler. Même s'ils n'étaient pas pacifistes, ils refusèrent de porter les armes pour tout pouvoir politique. Les nazis poursuivirent les Témoins de Jéhovah pour avoir omis de se présenter à la conscription et arrêtèrent ceux qui avaient effectué l'œuvre missionnaire au motif qu'ils sapaient le moral de la nation. John Conway, un historien britannique, a déclaré qu'ils étaient "contre toute forme de collaboration avec les nazis et contre le service dans l'armée".[23]
Les enfants des Témoins de Jéhovah souffrirent également sous le régime nazi. Dans les écoles, les enseignants ridiculisèrent les enfants qui avaient refusé de dire "Heil Hitler" ou de chanter des chants patriotiques. Les directeurs trouvèrent des raisons de les expulser de l'école. À l'instar des adultes, les camarades de classe expulsèrent ou battirent les enfants de Témoins. À l'occasion, les autorités cherchèrent à retirer les enfants de leurs parents adeptes et de les envoyer dans d'autres écoles, orphelinats ou maisons privées afin d'être élevés en "bons Allemands".[3]
Les Témoins de Jéhovah pouvaient toutefois échapper à la persécution et au préjudice personnel en renonçant à leurs croyances religieuses. À partir de 1935, les officiers de la Gestapo proposèrent aux membres de signer un document indiquant qu'ils renonçaient à leur foi, se soumettaient à l'autorité étatique et soutenaient l'armée allemande. En signant ce document, les individus s'engageaient à s'abstenir de toute association avec les membres de l'Association Internationale des Étudiants de la Bible à des fins d'étude de la Bible, de La Tour de Garde ou d'autres publications des Étudiants de la Bible, de s'abstenir de participer à toute activité des Étudiants de la Bible et aussi de signaler aux autorités toute observation relative aux membres poursuivant la structure organisationnelle des Témoins de Jéhovah.[2] Garbe dit qu'"un nombre relativement élevé" de personnes signèrent la déclaration avant la guerre, mais qu'"un nombre extrêmement faible" de prisonniers Étudiants de la Bible le fit dans des camps de concentration dans les années suivantes.[24]
Répression
À partir de 1933, les Témoins travaillant dans les bureaux de poste, les gares ou les autres emplois de la fonction publique commencèrent à être licenciés pour avoir refusé de donner le salut hitlérien obligatoire. Dès août 1934, ils pouvaient aussi perdre leur emploi pour avoir refusé d'effectuer une serment officiel de loyauté et d'obéissance à Hitler. Les enseignants étaient tenus de signer une déclaration confirmant qu'ils n'étaient pas membres de l'Association Internationale des Étudiants de la Bible et étaient renvoyés s'ils refusaient. Les Témoins de Jéhovah furent licenciés dans le secteur privé également, souvent suite à l'insistance du Front allemand du Travail (DAF) ou des membres du parti nazi. En 1936, la presse nazie insista pour que les Étudiants de la Bible soient retirés de toutes les entreprises allemandes, tandis que les Témoins qui étaient travailleurs indépendants se virent refuser des licences professionnelles ou commerciales nécessaires pour mener à bien leur travail, sur la base que leur refus d'adhérer à des organisations nazies les rendait "politiquement infidèles".[25]
L'État confisqua les véhicules à moteur et les bicyclettes utilisés par les Témoins pour leur travail, leur retira le permis de conduire et les pensions et les expulsa de leurs maisons. Les écoliers étaient tenus de chanter les hymnes Horst-Wessel-Lied et Deutschlandlied lors de l'appel pour le salut du drapeau, de faire le salut hitlérien et de participer à des cérémonies en l'honneur d'Hitler, et ceux qui refusaient étaient battus par les enseignants et, parfois, par des camarades de classe, tandis que beaucoup étaient également expulsés. Dès mars 1936, les autorités commencèrent à enlever les enfants de leurs parents Témoins, ce qui obligeait certains d'entre eux à se soumettre à la "formation corrective".[26]
À partir du début de 1935, les officiers de la Gestapo commencèrent à élargir leur utilisation de "détention protectrice", généralement lorsque les juges n'arrivaient pas à condamner les Témoins sur des accusations de rejet de l'interdiction des Étudiants de la Bible. Ces derniers considérés comme "présentant un danger imminent pour l'État national-socialiste en raison de leurs activités" étaient à partir de ce moment n'étaient plus remis à la justice pour être punis, mais envoyés directement aux camps de concentration pour y être incarcérés pendant plusieurs mois, mais même ceux qui terminaient leurs peines de prison étaient régulièrement arrêtés par la Gestapo lors de leur libération et placés en détention protectrice.[27]
Fichier:Plaque de Sachsenhausen.jpg
Des méthodes plus brutales de punition commencèrent à être appliquées à partir de 1936, y compris les coups de cravache, des coups quotidiens prolongés, la torture des membres de la famille et de la menace d'exécution. Certains Témoins furent placés dans des établissements psychiatriques et soumis à un traitement psychiatrique; la stérilisation fut ordonnée pour certains, considérés comme étant "obstinés" dans leur refus de renoncer à leur religion.
Suite à une assemblée à Lucerne, en Suisse, au début de septembre 1936, jusqu'à 3 000 copies d'une résolution de protestation furent envoyées au gouvernement, les responsables publics et de bureau, intensifiant la polémique anti-catholique de la Société Watch Tower. Plusieurs Témoins allemands qui assistèrent à l'assemblée furent arrêtés par la police qui attendait leur retour dans leurs foyers et, entre août et septembre, la Gestapo arrêta plus de 1 000 membres. La Société répondit par une campagne de brochure le 12 décembre, laissant jusqu'à 200 000 exemplaires de la résolution de Lucerne dans les boîtes aux lettres, les cabines téléphoniques, les bancs de parc et les voitures garées. Les personnes arrêtées dans les descentes de police ultérieures furent condamnés à une peine de prison pouvant atteindre deux ans. Le nombre d'arrestations augmenta; à Dresde uniquement, jusqu'à 1 500 Témoins furent arrêtés à la mi-1937. Une autre campagne de lettres fut réalisée en juin 1937, année au cours de laquelle, selon la Société Watch Tower, les Témoins allemands distribuèrent plus de 450 000 livres et brochures en 12 mois.[28][29]
Le service militaire obligatoire pour tous les hommes âgés de 18 à 45 ans fut mis en place par Hitler en mars 1935. Aucune exemption ne fut prévue pour des raisons religieuses ou de conscience et des Témoins qui refusèrent de servir ou de prêter le serment d'allégeance à Hitler furent envoyés en prison ou en camp de concentration, généralement pour une durée de une ou deux années. Lors du déclenchement de la guerre en août 1939, des peines plus importantes furent appliquées. Un décret fut promulgué qui augmenta fortement les dispositions pénales pendant les périodes de guerre et les états d'urgence et dans le décret fut inclut une infraction de "démoralisation des forces armées"; tout refus d'accomplir le service militaire ou une incitation publique à cet effet serait passible de mort. Entre août 1939 et septembre 1940, 152 Étudiants de la Bible comparurent devant le plus haut tribunal militaire de la Wehrmacht chargée de la démoralisation des forces, et 112 d'entre eux furent exécutés, le plus souvent par décapitation. Les estimations de Garbe s'élèvent à environ 250 Témoins allemands et autrichiens exécutés au cours de la Seconde Guerre mondiale à la suite des décisions de justice militaire. En novembre 1939, un autre règlement fut publié prévoyant l'emprisonnement de quiconque soutenant ou appartenant à une "association anti-militaire" ou faisant preuve d'une "attitude anti-militaire", ce qui permit aux autorités d'imposer des peines de prison sous l'inculpation d'appartenance à l'Association Internationale des Étudiants de la Bible. Des peines de mort furent souvent appliquées à partir de 1943.[30]
Camps de concentration
À partir de 1935, les autorités commencèrent à envoyer des centaines de Témoins de Jéhovah dans les camps de concentration, où ils furent emprisonnés avec les communistes, les socialistes, les autres prisonniers politiques et des syndicalistes. En mai 1938, ils représentaient 12% de tous les prisonniers au camp de concentration de Buchenwald près de Weimar; en mai 1939, ils représentaient 40% de tous les prisonniers à Schloss Lichentenburg, le camp de concentration central pour les femmes, bien que le nombre total de prisonniers augmenta rapidement, la proportion de Témoins baissa généralement à environ 3%.[31] Environ 2 000 Témoins furent finalement envoyés aux camps de concentration, où ils furent identifiés par des triangles violets; jusqu'à 1 200 décédèrent en détention, dont 250 par exécution.[32][33] Garbe prétend que les membres de la religion étaient des sujets spéciaux de la haine par les SS, recevant des coups de fouet et l'humiliation publique et ayant comme tâche de travail les plus sales et les plus laborieuses pour avoir refusé de saluer, de se tenir au garde ou de chanter des chants nazis. Ils furent soumis à des jets d'eau glacée à haute pression provenant de bouches d'incendie et soumis à des actes de torture arbitraires, notamment de pousser une brouette chargée avec leurs cous en rampant sur les mains et les genoux. D'autres furent forcés de rester debout pendant toute une journée dans la chaleur ou le froid ou furent confinés dans des groupes enfermés dans le but de les étouffer.[34] De mars à décembre 1938, les Témoins de Jéhovah de Buchenwald n'étaient pas autorisés à envoyer ou à recevoir des lettres ou à acheter de la nourriture. Beaucoup furent proches d'un état de famine et contraints de manger les feuilles des arbres et des buissons. Beaucoup furent obligés de se livrer à un "exercice" qui exigeait de rouler, de ramper, de sauter et de courir pendant 75 minutes alors que les gardes du camp leur donnaient des coups de pied et les battaient, tandis que d'autres, contraints de travailler dans des carrières de pierres, se virent refuser les soins médicaux en cas de maladie.[35]
Les conditions des Témoins s'améliorèrent en 1942 quand on leur donna de plus en plus du travail qui exigeait peu de supervision, tels que l'agriculture, le jardinage, le transport et le déchargement de marchandises, tandis que d'autres travaillaient en habits civils dans un centre de santé, comme femme de ménage pour les fonctionnaires nazis, ou devaient effectuer des tâches de construction et d'artisanat dans des bâtiments militaires.[36]
Causes de persécution
Les Témoins de Jéhovah furent parmi les groupes religieux chrétiens et non-chrétiens contre lesquels les autorités prirent des mesures à partir de 1933, déclarant qu'ils "contribuaient à la fragmentation idéologique du peuple allemand", empêchant la formation d'une communauté unie allemande.[37] Les historiens dont le canadien Michael H. Kater, la britannique Christine Elizabeth King et l'autrichien Wolfgang Neugebauer suggérèrent que l'animosité extraordinaire entre le national-socialisme et les enseignements des Étudiants de la Bible trouvait son origine dans la similitude de la structure des deux idéologies, qui étaient fondées sur l'autoritarisme et le totalitarisme, chacun pensant qu'il avait le monopole de la "vérité".[38][39] Kater écrivit:[40]
- "Tout comme l'idéologie national-socialiste, ainsi étaient aussi les enseignements des Témoins de Jéhovah, dominés non pas par une démocratie, mais par une politique autoritaire. Les deux systèmes étaient totalitaires en ce sens qu'ils intégraient étroitement camarades nationaux ainsi que coreligionnaires dans la structure autoritaire respective et leur demandait de renoncer à leur propre identité pour les objectifs du système. Alors que les nationaux-socialistes acceptaient l'"État du Fuhrer", les "Étudiants de la Bible sérieux" se soumirent à la "théocratie" dans laquelle non pas le Führer, mais Jéhovah, était le dirigeant dictatorial. Étant donné que les deux groupes revendiquaient l'exclusivité, cela devait inévitablement entraîner un conflit. Un Étudiant de la Bible qui s'était consacré à Jéhovah n'était nullement en mesure d'exercer les fonctions que l'État national-socialiste lui réclamait en tant que camarade nationale."
Garbe reconnaît que les deux idéologies se réclamaient du "modèle de la vérité", demandait la personne dans son ensemble, ne tolérait aucune remise en cause de l'idéologie et tenait également une croyance commune dans les utopies de salut pour certaines parties de l'humanité et la vision d'un règne de mille ans. Mais étant opposés à une organisation beaucoup plus puissante, les efforts de la religion étaient voués à l'échec.[41]
L'écrivain allemand Falk Pingel fit remarquer que la source de la controverse entre les Étudiants de la Bible et les nationaux-socialistes était leur détermination à poursuivre leurs activités religieuses en dépit des restrictions,[42] et Garbe, notant que la répression croissante par les autorités simplement provoqua la détermination de la religion dans la clandestinité et le maintien de leur activité, conclut que "la gravité extraordinaire avec laquelle les Témoins de Jéhovah ont été persécutés résulte d'un conflit qui a graduellement augmenté dans une interaction de l'action et de la réaction. (...) Les autorités responsables de la persécution répondirent toujours avec une sévérité grandissante à l'obstination continue des membres de l'IBSA".[41] Il dit aussi que les nationaux-socialistes ont été déroutés par un adversaire qui, convaincu qu'il était dirigé par la voie de Dieu, n'a pas reculé sous la persécution intensifiée, comme prévu. Il écrivit:[41]
- "Ces facteurs pourraient avoir contribué au fait que (...) les efforts pour briser leur détermination s'intensifièrent et devinrent encore plus brutaux. De ce point de vue, les membres du groupe de l'IBSA contribuèrent dans une certaine mesure à la sévérité des actions du NS, mais cela ne veut certainement pas dire qu'ils ont délibérément provoqué ces mesures."
Penton nota qu'en août 1933, Martin Harbeck, alors surveillant de la filiale, ordonna aux membres de cesser de distribuer la littérature et la tenue de réunions sans autorisation de la police. Il a dit que plus tard, la décision de l'organisation d'abandonner la prudence et d'ordonner aux membres d'intensifier leurs efforts de prédication était un comportement "téméraire" qui causa aux Témoins et à leurs familles plus de souffrances que nécessaire. Penton fit valoir qu'Hitler était devenu très populaire auprès des allemands en 1936, mais les Témoins persistaient à distribuer une brochure de Rutherford qui décrivait le chancelier comme étant "faible d'esprit, cruel, malicieux et impitoyable". Il dit que la campagne internationale visant à submerger Hitler avec des télégrammes de protestation en octobre 1934 rendit furieux le chancelier et fut un facteur majeur dans la recherche d'une plus grande persécution gouvernementale à l'encontre des Témoins. Citant la description faite par Dietrich Hellmund de leur "militantisme public incroyable", il écrivit: "Les Témoins de Jéhovah furent les objecteurs de conscience les plus ouvertement stridents dans le pays, et les nazis n'avaient pas l'intention de les supporter. (...) Aucun mouvement ne peut constamment amonceler des insultes sur les autres religions, sur la communauté des affaires et sur les gouvernements nationaux de la façon dont les Étudiants de la Bible-Témoins de Jéhovah l'ont fait à partir de 1918, sans provoquer de réaction".[43][44]
Les chercheurs sont divisés sur l'intention ultime du régime nazi envers les Témoins de Jéhovah. Garbe estime que la Gestapo considérait les membres de la religion comme des éléments "incorrigibles" qui devaient être impitoyablement éliminés.[45] La protestation de 1934 avait provoqué un Hitler "hystérique" qui fit le souhait que "cette engeance sera[it] exterminée en Allemagne",[46] répétant cette menace en août 1942.[47] L'écrivain de la Société Watch Tower, Wolfram Slupina, affirme que les nazis "ont tenté de reléguer aux oubliettes les Témoins en les exterminant de façon systématique". Mais Penton a soutenu qu'il existe des preuves abondantes que les nazis n'avaient pas l'intention d'éradiquer les membres:[48]
- "Au contraire, ils voulaient briser leur opposition aux valeurs du Troisième Reich et les transformer en de loyaux citoyens allemands. (...) Les Témoins ne sont pas candidats à la destruction de la même manière que les Juifs, les Tsiganes et les homosexuels l'étaient. Presque aucun n'a été gazé. Le plus important, au cours des trois dernières années de la Seconde Guerre mondiale, ils sont devenus très utiles aux SS."
Voir aussi
Ressources sur le sujet
- Ouvrages
Baumel, Judith Tydor; Laqueur, Walter (2001) (anglais), The Holocaust encyclopedia, Yale University Press (ISBN 978-0-300-08432-0)
Canonici, Guy (1998), Les Témoins de Jéhovah face à Hitler, Albin Michel (ISBN 978-2-2260-9576-3)
Garbe, Detlef (2008) (anglais), Between Resistance and Martyrdom: Jehovah's Witnesses in the Third Reich, Madison, Wisconsin: University of Wisconsin Press (ISBN 0-299-20794-3)
Graffard, Sylvie; Tristan, Léo (1991, 2è éd.), Les Bibelforscher et le nazisme, éditions Tiresias (ISBN 2-908527-006)
Hesse, Hans (éditeur) (2003 éd.) (anglais), Persecution and Resistance of Jehovah's Witnesses During the Nazi-Regime: 1933-1945, Temmen (ISBN 3-86108-750-2)
Penton, James (2004) (anglais), Jehovah's Witnesses and the Third Reich: Sectarian Politics Under Persecution, Toronto: University of Toronto Press (ISBN 0-8020-8678-0)
- Liens web
- Erreur lors de la création de la vignette : Fichier manquant JW History (anglais), "Jehovah's Witnesses under Nazism and Communism", jwhistory.net — liste de livres
- Erreur lors de la création de la vignette : Fichier manquant Standfirm (anglais), "Jehovah's Witnesses under dictatorships", standfirm.com — Liste de liens web
- Erreur lors de la création de la vignette : Fichier manquant United States Holocaust Memorial Museum (anglais), "Jehovah's Witnesses", ushmm.org
- Erreur lors de la création de la vignette : Fichier manquant Memorial and Museum Auschwitz-Birkenau (anglais), "Imprisoned for Their Faith: Jehovah's Witnesses in Auschwitz, auschwitz.org
Références
- Cet article est traduit à partir de l'article anglais de Wikipédia "Persecution of Jehovah's Witnesses in Nazi Germany", en date du 22 septembre 2012
- ↑ Garbe, 2008, pp. 100,102,514
- ↑ 2,0 et 2,1 Berenbaum, Michael (2000) (anglais), "Persecution and Resistance of Jehovah's Witnesses During the Nazi-Regime 1938-1945", Richard Stockton College, Holocaust Teacher Resource Center. Consulté le 21 septembre 2012
- ↑ 3,0 3,1 3,2 et 3,3 Baumel, 2001, pp. 346-50
- ↑ 4,0 et 4,1 Penton, 2004, p. 144
- ↑ Garbe, 2008, p. 45
- ↑ Garbe, 2008, pp. 48-51
- ↑ Garbe, 2008, pp. 54-59
- ↑ Saarbrücker Landes Zeitung (16 décembre 1929), cité dans WTBTS (1974) (anglais), Annuaire des Témoins de Jéhovah, Watch Tower Bible & Tract Society, p. 102:
- "Unfortunately the police have been powerless in doing anything about the work of the Bible Students. Arrests made up until now ... have all ended up in acquittal."
- ↑ Garbe, 2008, pp. 62,570 note 151
- ↑ WTBTS (1974) (anglais), Annuaire des Témoins de Jéhovah, Watch Tower Bible & Tract Society, pp. 102-11
- ↑ 11,0 et 11,1 Garbe, 2008, p. 65
- ↑ Garbe, 2008, pp. 139-41
- ↑ 13,0 et 13,1 Garbe, 2008, pp. 73-83
- ↑ Penton, 2004, p. 150
- ↑ Garbe, 2008, pp. 90,91
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- ↑ Penton, 2004, pp. 71–75
- ↑ Réveillez-vous!, 8 juillet 1998, pp. 10-14, "Les Témoins de Jéhovah: courageux face au péril nazi"
- ↑ Penton, 2004, p. 13
- ↑ 20,0 et 20,1 Garbe, 2008, pp. 92–99
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- ↑ Garbe, 2008, pp. 117–135
- ↑ Hesse, 2003, pp. 251,260
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- ↑ Garbe, 2008, p. 101
- ↑ Neugebauer, Wolfgang (1984) (allemand), Widerstand und Verfolgung in Wien, 1934-1945: Eine Dokumentation, Vienne, p. 161, cité par Garbe, 2008, p. 514
- ↑ King, 1983, pp. 175,176
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- ↑ 41,0 41,1 et 41,2 Garbe, 2008, pp. 514–517,520,521,523
- ↑ Pingel, Falk (1978) (allemand), Häftlinge unter SS-Herrschaft: Widerstand, Selbstbehauptung und Vernichtung in Konzentrationslager, p. 88, cité par Garbe, 2008, p. 518
- ↑ Penton, 2004, pp. 155,156,170,176,177,236
- ↑ Hesse, 2003, p. 344
- ↑ Garbe, 2008, p. 291
- ↑ Penton, 2004, pp. 167,317,318
- ↑ Garbe, 2008, p. 365
- ↑ Penton, 2004, pp. 225,237
- Résumé analytique : Persécution sous l'Allemagne nazie (Consolation, 20 septembre 1939)
Le numéro de *Consolation* du 20 septembre 1939 n'aborde pas directement et de manière développée la persécution des Témoins de Jéhovah en Allemagne nazie, mais contient plusieurs passages indirectement pertinents. Le texte principal, « Smoke-Screen », adopte une posture rhétorique caractéristique de la Watch Tower de cette période : il cherche à minimiser, voire nier, la réalité de la persécution des catholiques en Allemagne nazie, présentant cette narrative comme un mensonge délibéré de la Hiérarchie catholique. L'article avance que Hitler lui-même serait « un catholique dévot » allié du pape, et que les rapports de persécutions catholiques sous le régime nazi constitueraient un écran de fumée propagandiste au profit des intérêts de Rome.
Dans ce contexte, les Témoins de Jéhovah sont présentés non pas comme victimes de l'Allemagne nazie, mais comme cibles conjointes du mouvement Coughlin et de la Hiérarchie catholique aux États-Unis, amalgamés avec les Juifs et présentés comme « communistes » par leurs persécuteurs. Le discours du père Coughlin, rapporté dans le texte, mentionne explicitement que « les Témoins de Jéhovah étaient contre tout » et qu'ils pourraient être « détruits en un jour » — ce qui révèle la perception des Témoins comme cible de violence organisée dans le contexte politique de l'époque.
Significativement, le texte ne fait aucune mention directe de la persécution des Témoins de Jéhovah en Allemagne nazie, pourtant bien documentée à cette date de 1939, ni des camps de concentration où nombre d'entre eux étaient déjà internés. Cette omission est analytiquement remarquable : la publication préfère dénoncer la collusion présumée entre Rome et Berlin plutôt que de témoigner du sort de ses propres membres sous le régime nazi, ce qui reflète la stratégie éditoriale globale du numéro centrée sur l'anticatholicisme institutionnel.
- Résumé analytique : Persécution sous l'Allemagne nazie (Consolation, 4 octobre 1939)**
Le numéro de *Consolation* du 4 octobre 1939 ne traite pas directement et de manière développée de la persécution des Témoins de Jéhovah en Allemagne nazie, mais plusieurs passages y font référence de façon indirecte ou contextuelle. Le texte évoque les persécutions subies par les Témoins de Jéhovah (désignés comme « Jehovah's witnesses ») aux États-Unis, en les attribuant à l'influence catholique et aux partisans de Coughlin, dont les méthodes sont explicitement comparées à celles employées par les nazis lors de leurs premières années en Allemagne. Un extrait traduit du journal yiddish *Der Tog* dresse une liste de persécutions subies par les Témoins en Amérique — refus de salles, agressions, goudron et plumes, expulsions scolaires — et établit un parallèle direct avec les « méthodes des partisans de Hitler durant leurs premières années en Allemagne ». La figure d'Hitler est mentionnée à plusieurs reprises dans un cadre anti-catholique : le texte affirme qu'Hitler est catholique, qu'il consulte des esprits mauvais, et que son régime bénéficie depuis plusieurs années du soutien de la hiérarchie catholique romaine. Le lien entre le nazisme et la persécution religieuse est ainsi posé, non pas comme un phénomène documenté en Allemagne à l'encontre des Témoins, mais comme une menace transposée sur le sol américain par des acteurs jugés proches du fascisme. Il est notable que l'article ne mentionne pas explicitement les camps de concentration, l'interdiction des Témoins en Allemagne depuis 1933, ni les violences spécifiques que ces derniers subissaient sur le territoire allemand au moment de la publication. La persécution nazie sert davantage, dans ce numéro, de référence rhétorique pour dénoncer les agissements de Coughlin et de la hiérarchie catholique que de sujet d'analyse historique en tant que tel.
Le numéro de *Consolation* du 18 octobre 1939 contient des informations substantielles sur la persécution des Témoins de Jéhovah (désignés également comme « Étudiants de la Bible ») dans l'Allemagne nazie. L'article cite un ancien ministre allemand de la Justice, le Dr Breitscheidt, qui déclare respecter les Étudiants de la Bible au motif qu'ils seraient « les seuls chrétiens souffrant le martyre pour leur foi », estimant leur nombre à 6 000 prisonniers en Allemagne. Le texte mentionne la publication d'un ouvrage intitulé *Crusade Against Christianity* (« Croisade contre le christianisme »), paru en allemand chez Europa Publishers à Zurich et en français aux Presses Universitaires de Paris, documentant les mauvais traitements infligés aux Témoins. L'écrivain Thomas Mann, prix Nobel de littérature, est cité exprimant son « abhorrence » et son « dégoût » face aux souffrances décrites dans cet ouvrage, tandis que le pasteur protestant T. Bruppacher salue la résistance des Témoins contre « l'idolâtrie nazie », affirmant qu'ils furent les premiers à s'y opposer. Le texte rapporte également le témoignage du journaliste français Jean Fontenoy sur le camp de concentration d'Oranienburg, où le commandant décrit avec irritation l'impossibilité de briser la résistance des 450 Étudiants de la Bible détenus, isolés derrière des barbelés électrifiés. Un échange est reproduit entre le commandant et un prisonnier nommé Johann Huber, 27 ans, qui refuse de reconnaître Hitler comme supérieur, déclarant n'obéir qu'à Jéhovah. Le texte souligne que, malgré les arrestations massives, la diffusion clandestine de la littérature des Témoins en Allemagne se poursuivait, notamment après la saisie d'une imprimerie à Hambourg. Enfin, il est fait état de conversions parmi des gardiens de prison et d'autres détenus, attribuées à l'exemple de « fermeté » des Témoins. La persécution est présentée par le périodique comme l'œuvre de ce qu'il désigne comme le « complexe catholique-fasciste », conformément à la rhétorique anticléricaliste caractéristique de la Watch Tower Society à cette époque.
Le texte contient plusieurs informations relatives à la persécution des Témoins de Jéhovah (désignés sous les appellations « Jehovah's witnesses » et « Earnest Bible Students ») sous le régime nazi et dans des contextes autoritaires connexes.
Le passage le plus explicite concerne le camp de concentration de Sachsenhausen, où un ancien prisonnier décrit trois formes officielles de torture pratiquées quotidiennement : le « door standing » (maintien des bras levés pendant quatre heures), le « hanging » ou « crucifixion » (suspension par les mains liées dans le dos, entraînant luxations et dislocations), et la flagellation au fouet de câble d'acier pouvant provoquer la mort. Le témoignage précise que les « Earnest Bible Students » (Étudiants de la Bible, nom historique donné aux Témoins de Jéhovah) portaient secrètement de l'eau aux suppliciés, au risque de subir eux-mêmes de sévères punitions, témoignant ainsi d'une solidarité active au sein du camp. Le texte mentionne également que sur environ 12 000 prisonniers entrés à Sachsenhausen après le 10 novembre 1938, quelque 1 300 étaient morts trois mois plus tard.
Par ailleurs, la publication rapporte qu'à Dantzig, alors sous administration nazie, 32 Témoins de Jéhovah ont été condamnés à des peines de prison allant de six mois à trois ans le 26 mai 1939. Il est également signalé que les autorités nazies avaient offert des postes à vie ou des sommes allant jusqu'à 3 000 gulden à quiconque fournirait des informations permettant d'identifier des Témoins actifs, révélant une politique délibérée de dénonciation organisée.
Le texte évoque aussi des persécutions au Canada, notamment dans la province de Québec, où des perquisitions policières dans des domiciles abritant des réunions d'étude biblique, des saisies de littérature et de phonographes, et des arrestations pour « complot séditieux » ont visé des Témoins de Jéhovah, dans un contexte décrit comme fortement influencé par la hiérarchie catholique romaine. Cinquante Témoins de Jéhovah y font face à des poursuites judiciaires, dont vingt-deux pour sédition. Le journal présente l'ensemble de ces persécutions — nazies comme canadiennes — comme l'expression d'un même « monstre totalitaire » agissant sous l'influence de l'Église catholique romaine, ce qui reflète la rhétorique militante caractéristique de la *Watch Tower* de cette époque.
RIEN
Le texte OCR contient en réalité des informations pertinentes sur la persécution des Témoins de Jéhovah sous le régime nazi. Voici le résumé analytique :
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- Résumé analytique : Persécution des Témoins de Jéhovah sous l'Allemagne nazie — *Consolation*, 15 novembre 1939**
Ce numéro de *Consolation* livre plusieurs témoignages et analyses relatifs à la persécution des Témoins de Jéhovah (désignés également sous leur nom allemand de *Bibelforscher* ou « étudiants de la Bible ») dans l'Allemagne hitlérienne. Un article signé B. Stuart, publié dans le *Natal Daily News* (Afrique du Sud) le 15 juillet 1939 et reproduit ici, affirme que les *Bibelforscher* constituent « le seul obstacle » que Hitler n'a pas réussi à éliminer, contrairement aux partis politiques et aux Églises institutionnelles. L'auteur décrit six années de persécution intensive : exécutions, envoi de quelque deux mille membres dans des camps de concentration, tortures physiques au « triangle » et au « rack ». Cet article souligne que les trois raisons principales de leur persécution sont le refus de saluer Hitler, le refus de porter les armes, et la poursuite de leur activité de prédication du Royaume de Dieu.
Le texte éditorial signale par ailleurs qu'à la date de publication, certains Témoins ont été temporairement retirés des prisons et camps de concentration pour être affectés à des travaux de voirie ou à d'autres travaux forcés, en raison de la pénurie de main-d'œuvre dans le Reich depuis l'entrée en guerre. La publication cite également un discours d'Hitler au Reichstag du 30 janvier 1939 dans lequel celui-ci nie toute persécution religieuse en Allemagne, affirmation présentée comme un mensonge délibéré au regard des faits documentés. Le texte mentionne un récit personnel attribué à Walter Vogel (*Wiener Neueste Nachrichten*, 24 octobre 1938), évoquant une réunion des « étudiants de la Bible » à Vienne dès 1922, preuve que Hitler avait connaissance de ce mouvement bien avant sa prise de pouvoir. Enfin, la publication dénonce le refus des grandes organisations protestantes — illustré par un éditorial méthodiste ne citant que le cas de Niemöller — de reconnaître que des milliers de Témoins chrétiens ont subi des persécutions comparables, voire plus sévères.
Le numéro de *Consolation* du 29 novembre 1939 contient plusieurs informations relatives à la persécution sous l'Allemagne nazie, en lien direct ou indirect avec les Témoins de Jéhovah et les étudiants de la Bible. Dans sa critique de *Mein Kampf*, la publication dresse un parallèle explicite entre les méthodes nazies et l'incident du Madison Square Garden de juin 1939 : elle compare la tactique des perturbateurs coughlinistes — frapper quelqu'un puis accuser la victime devant une police complaisante — à celle des pogroms pratiqués en Allemagne nazie. La publication établit en outre un lien entre le régime nazi et la persécution des protestants, mentionnant l'emprisonnement du pasteur Martin Niemöller et de centaines de ses collègues, ainsi que l'imposition forcée d'un archevêque luthérien favorable au régime. Elle présente les Témoins de Jéhovah comme victimes des mêmes mécanismes de persécution qu'elle attribue conjointement au nazisme et à l'Église catholique romaine, en affirmant que les tribunaux nazis, calqués sur l'Inquisition, s'en prenaient notamment aux Témoins de Jéhovah. La publication souligne également la différence fondamentale entre le régime nazi et la démocratie britannique concernant la liberté d'expression, en notant qu'écouter des émissions étrangères constitue un délit sévèrement puni en Allemagne. Enfin, la mention des perturbateurs se réclamant du « Front chrétien » et du Bund nazi lors de l'incident du Madison Square Garden illustre la façon dont la publication perçoit la menace nazie comme transnationale, pesant également sur les activités des Témoins aux États-Unis. Ces informations sont présentées dans une perspective militante, visant à démontrer que nazisme et catholicisme forment un front commun contre les Témoins de Jéhovah et les valeurs démocratiques.
Le numéro de *Consolation* du 13 décembre 1939 contient plusieurs informations documentées relatives à la persécution des Témoins de Jéhovah sous le régime nazi. La publication mentionne le cas d'August Dieckmann, de Dinslaken, présenté comme le premier martyr connu exécuté en Allemagne pour refus du service militaire depuis le début de la guerre, son exécution ayant été rapportée dans la presse britannique dix-sept jours après le déclenchement du conflit. Par ailleurs, une brochure gouvernementale britannique de 36 pages consacrée aux atrocités des camps de concentration nazis est citée comme mentionnant explicitement les souffrances des « chercheurs sérieux de la Bible » — désignation courante des Témoins de Jéhovah — et louant leur courage inébranlable face aux persécutions. La publication signale toutefois que la BBC aurait supprimé ce passage lors de ses rediffusions du soir, ce qu'elle attribue à l'intervention d'un responsable catholique des programmes. Ces éléments s'inscrivent dans un cadre éditorial plus large qui relie les persécutions subies par les Témoins en Allemagne nazie à une lecture théologique des événements, les présentant comme des signes de l'imminence d'Harmaguédon. La publication adopte ainsi une posture de témoignage apologétique autant que d'information factuelle, instrumentalisant les persécutions pour renforcer la cohésion identitaire de ses lecteurs. L'ensemble de ces mentions, bien que lacunaires du point de vue historiographique, constitue une source primaire contemporaine des faits qu'elle rapporte, témoignant de la conscience que la communauté avait, dès 1939, de la singularité de son sort dans l'Allemagne nazie.
Le numéro de *Consolation* du 27 décembre 1939 contient des informations directement relatives à la persécution des étudiants de la Bible sous le régime nazi, principalement concentrées dans l'article intitulé « La "Kultur" moderne ». Cet article, traduit de l'édition allemande *Trost*, relate le cas d'une femme juive convertie aux étudiants de la Bible en Allemagne en 1933 : arrêtée une première fois par la Gestapo en 1936 (quinze jours de détention), elle est condamnée à six mois d'emprisonnement en 1937, puis, lors des pogroms de novembre 1938 (*Kristallnacht*, que le texte situe inexactement en 1939), ses meubles sont détruits et elle est contrainte de signer un acte de cession de ses biens à des Aryens. La publication souligne le caractère particulièrement révélateur de cette situation : cette femme avait quitté la communauté juive dès 1933 pour rejoindre les étudiants de la Bible, groupe lui-même persécuté dès l'arrivée d'Hitler au pouvoir, ce qui exclut toute interprétation opportuniste de sa conversion. Par ailleurs, le numéro mentionne, dans son panorama géopolitique général, que l'activité des étudiants de la Bible a été officiellement interdite en Autriche, en Tchécoslovaquie, à Dantzig et en Pologne — territoires alors sous contrôle ou influence nazie. L'article « Gifler les canailles » rapporte en outre les protestations du secrétaire américain à l'Intérieur Harold Ickes contre le traitement des Juifs en Allemagne, et la réaction officielle du gouvernement américain face aux pressions diplomatiques hitlériennes visant à le faire taire. L'ensemble de ces éléments documente, depuis une source contemporaine des événements, la double persécution subie par les étudiants de la Bible en Allemagne nazie : à la fois en tant que membres d'une organisation religieuse interdite et, pour certains d'entre eux, en tant que personnes d'origine juive. La publication inscrit ces persécutions dans son cadre théologique habituel, présentant Hitler comme un instrument du Diable et la résistance des étudiants de la Bible comme une fidélité à Jéhovah analogue à celle des trois Hébreux de Daniel.