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La Tour de Garde de juillet 1880

De Tj-encyclopédie
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La Tour de Garde de juillet 1880
Revue La Tour de Garde
Date 1880
Année 1880
Éditeur Watch Tower Bible and Tract Society

Ce numéro est centré sur une question précise : où et comment les croyants rencontreront-ils le Christ lors de sa présence, et quelles erreurs les guettent dans cette attente. La parousie invisible — amorcée selon le calendrier prophétique du mouvement en 1874 — structure l'ensemble des développements, qu'il s'agisse de la protection annoncée pour le « petit troupeau », de l'interprétation de l'analogie de la foudre, ou des mises en garde contre des enseignants contemporains qui prétendent annoncer le lieu précis de la venue du Christ.

Un auteur anonymisé, identifié seulement comme « un frère bien connu des lecteurs », est nommément critiqué pour avoir diffusé une doctrine dite de la « Nouvelle Huile » et annoncé une apparition charnelle secrète du Christ après 1881. Cette polémique interne — rare dans les numéros de la période — côtoie des articles d'exégèse typologique et un poème, tout en faisant une place au récit du voyage de l'éditeur dans les États de l'Est, qui témoigne de l'état des congrégations et de la vie du mouvement naissant.

Analyse

Croyances

Une présence que personne ne peut voir

Tout ce numéro tient sur une idée préalable : le Christ revenu n'a plus de corps de chair, donc on ne peut plus l'attendre comme un homme qui arrive. Cette idée est appelée ici le cœur même du message de la récolte.[1] Elle n'est pas née dans ces pages : Benjamin Keith l'avait tirée en 1875 de lEmphatic Diaglott de Benjamin Wilson, où le mot grec que les Bibles traduisent par « avènement » est rendu par « présence », et lHerald of the Morning d'octobre 1875 l'avait exposée pour la première fois clairement, en précisant que le Christ était déjà là depuis octobre 1874 mais que même les élus ne le verraient pas avant la fin de la moisson.[2] Russell lui-même racontera avoir alors saisi la différence entre l'homme qui s'est donné et le Seigneur qui reviendrait comme être spirituel, en concluant que des êtres spirituels peuvent être présents tout en restant invisibles[note 1].[3]

L'apport de ce numéro est de montrer comment on démonte, une par une, toutes les objections possibles. Si le Christ est un être spirituel, alors le Royaume aussi est invisible à qui n'a pas changé de nature : d'où la lecture de Luc 17:20-21, où le Royaume ne vient pas « avec observation » et se trouve au-dedans.[4] Ce verset est habituellement lu comme une parole sur la vie intérieure ; il devient ici une preuve que le Royaume est déjà là sans que personne ne le remarque.[5]

De même pour le rassemblement : les aigles qui s'assemblent sans bruit autour du cadavre, en Matthieu 24:28 et Luc 17:37, servent à dire qu'on ne verra le Christ qu'après avoir soi-même été transformé. Les lecteurs anglophones du siècle lisaient plutôt ce verset comme une annonce des aigles romains sur la Jérusalem condamnée — c'est la lecture de John Gill.[6] En le détournant vers un rassemblement spirituel silencieux, l'absence de tout signe public cesse d'être un problème et devient la preuve attendue.

Les deux morceaux repris des Trois Mondes complètent le verrou par les deux bouts. D'un côté, les saints ne ressuscitent pas en corps d'homme : 2 Corinthiens 5:16 est mobilisé pour dire qu'on ne doit plus connaître le Christ selon la chair.[7] Calvin lisait déjà ce verset comme une invitation à ne pas juger le Christ sur son apparence, mais sans jamais en déduire que son corps aurait disparu.[8] De l'autre côté, la capacité des anges déchus à prendre l'apparence de n'importe qui et même à manger coupe l'herbe sous le pied à tout témoignage d'apparition : si quelqu'un voit le Christ en chair, c'est précisément la preuve qu'il a affaire à un imposteur.[9] Cette croyance aux anges matérialisés était déjà au cœur de l'explication de la Genèse chez Russell, qui plaçait avant le déluge une union entre anges et femmes.[10]

Enfin, la question de l'Esprit saint ferme le dispositif. Contre l'idée qu'un Christ visible reviendrait achever l'instruction de l'Église — ce qui supposerait de retirer l'Esprit —, l'Esprit est identifié au « Christ en vous » de Romains 8:9-10, de sorte qu'un retour corporel n'apporterait rien.[11] Le texte de Paul énumère bien trois désignations — Esprit de Dieu, Esprit du Christ, Esprit qui a ressuscité Jésus — que l'exégèse majoritaire lit comme une parole sur la vie trinitaire ; ici elles servent à rendre équivalents l'Esprit et le Christ, et donc superflue toute venue en chair.[12] L'idée que la vie chrétienne commence par un engendrement et s'achève par une naissance dans une nature nouvelle circulait depuis des années dans ce milieu : George Stetson, qui fréquenta Russell, distinguait déjà engendrement, éveil et naissance spirituelle.[13]

Le calcul des deux âges et la double fin de 1878

Deux longs articles signés J. H. P. — soit John Henry Paton, qui écrivait alors régulièrement pour la revue avant de s'en séparer[14] — fournissent la mécanique de calcul. Le principe est simple : ce qui est arrivé à la fin de l'âge juif se répète, terme pour terme, à la fin de l'âge de l'Évangile. Cette façon de faire vient de loin : Russell a retouché des idées de John Nelson Darby pour poser que la date d'un événement de l'âge juif indique prophétiquement celle de son équivalent à la clôture de l'âge actuel.[15]

L'apport propre de ce numéro est de mettre en avant le maillon de 1844 et les trente ans qui suivent. Jésus est né trente ans avant d'entrer en scène, et pendant ces trente ans le monde ne l'a pas connu ; de même, le Christ a quitté le lieu très saint en 1844 et il a fallu attendre trente ans pour que sa présence soit remarquée.[16] L'opération est astucieuse : l'échec millérite de 1844 cesse d'être un échec. Les Juifs attendaient le Messie trente ans trop tôt, les milléristes attendaient le retour trente ans trop tôt, et dans les deux cas l'erreur porte sur le délai, pas sur la date.[17] Ce raisonnement était déjà employé pour déclarer que les adventistes se trompaient en plaçant la fin du monde en 1874, année qui n'est que trente ans après 1844.[18] La Tour de Garde de Avril 1880 avait déjà sauvé le calcul des 2 300 jours de Daniel 8:14 aboutissant à 1844 en changeant l'objet attendu ; ce numéro fait un pas de plus et transforme la date démentie en pièce nécessaire du système.

La vraie nouveauté est ailleurs : la thèse qu'un âge finit deux fois. L'âge juif s'achève à la croix dans un sens et en l'an 70 dans un autre ; l'âge de l'Évangile s'achève au printemps 1878 dans un sens et en 1914 dans un autre.[19] C'est exactement ce qu'il fallait pour tenir. Le printemps 1878 avait d'abord été annoncé comme le moment où les croyants vivants seraient emportés au ciel ; l'Herald of the Morning avait fixé là le « mariage de l'Agneau ».[20] Rien ne s'étant produit, La Tour de Garde de octobre 1879 avait abandonné l'attente de l'enlèvement, La Tour de garde de novembre 1879 avait fait de 1878 la date du rejet de l'Église nominale, et La Tour de Garde de mars 1880 en avait fait l'entrée du Christ dans la dignité royale. Ce numéro ajoute la pièce logique qui rend l'ensemble cohérent : la date reste un vrai terme, et le monde continue pourtant d'exister, parce qu'un âge a toujours deux fins.

La durée de quarante ans se déduit du même moule. La moisson juive avait duré quarante ans, du début du ministère de Jésus à la ruine de Jérusalem ; la moisson actuelle en durera autant, de 1874 à 1914.[21] Matthieu 3:12 et Matthieu 13:40 servent à prouver que le feu du jugement fait partie de la moisson, donc que celle-ci ne peut pas s'arrêter à trois ans et demi ou à sept ans.[22] On aboutit à un jour de colère de quarante ans qu'on peut déclarer déjà commencé : Barbour attendait avant 1914 un temps de détresse sans précédent et voyait dans la panique financière de 1873 le premier spasme de cette détresse.[23][24]

Le même outillage sert à régler des comptes. Ceux qui veulent garder le parallélisme tout en plaçant la venue du Christ en 1881 s'entendent répondre que les deux tiennent ou tombent ensemble.[25] La date de 1881 n'est pas niée en elle-même : La Tour de Garde de mai 1880 en faisait la fermeture de l'invitation à devenir cohéritier du Christ, sur le modèle de l'an 36 où l'Évangile cessa d'être réservé aux Juifs. Ce qui est combattu, c'est l'idée qu'on y verrait quelque chose. Et le couronnement de 1878 est consolidé par Apocalypse 11:15-18, où les anciens déclarent que Dieu a pris sa puissance et a commencé à régner.[26] L'argument retourné contre les adversaires est habile : si le Christ ne reçoit sa couronne qu'après le jour de colère, il faut repousser la moisson et le pressoir au-delà de 1914, alors que les sept plaies d'Apocalypse 15:1 ne peuvent pas suivre la fin de la colère.[27]

Israël relevé, Babylone tombée

Le relèvement d'Israël à partir de 1878 et la chute de Babylone sont un seul et même événement vu de deux côtés, comme le dit l'appui sur Ésaïe 52:8.[28] Cette attente d'un retour des Juifs en Palestine n'est pas un détail décoratif : elle a été à ce point définie avec précision qu'elle ne peut plus guère vouloir dire autre chose.[29] Elle a une histoire : rejetée par William Miller, elle fut réintroduite dans l'adventisme par Joseph Marsh, d'où Russell l'a reprise.[30]

Les faits de 1878-1879 donnaient de quoi nourrir l'attente. Le 24 juin 1878, à l'initiative d'une société juive de Bucarest, la question juive fut évoquée au Congrès de Berlin, et un groupe y déposa un mémorandum demandant l'indépendance des Juifs de Palestine et l'établissement d'une monarchie juive constitutionnelle — texte enregistré mais jamais discuté en séance.[31] La même année, Laurence Oliphant soumit à Disraeli et au marquis de Salisbury un plan de colonisation juive, qu'il défendit dans The Land of Gilead en 1879 avant de partir sur place avec des lettres de créance britanniques pour étudier l'installation d'une colonie agricole.[32][33] La Tour de Garde de mars 1880 avait déjà mobilisé ces mêmes projets comme preuve visible de la présence royale du Christ.

La doctrine du reste, tirée de Romains 9:28-29 et Romains 11:1-5, règle un problème délicat : comment une nation entière peut être condamnée sans que les fidèles qui s'y trouvent soient perdus. Les sept mille d'Élie en sont la démonstration : leur existence n'annule pas la révolte collective, et la révolte collective ne les efface pas.[34] Le principe est immédiatement transposable : si Dieu a épargné un reste dans l'Israël condamné, il en épargne un dans l'Église condamnée — et le lecteur, resté dans une dénomination déclarée rejetée depuis 1878, y trouve sa place.[35]

Partir avant les plaies : l'urgence pour le lecteur

Tout ce calcul ne vaut que par ce qu'il exige. Puisque Jean voit la Fiancée alors que les coupes sont encore pleines (Apocalypse 21:9), les saints sont enlevés avant le déversement ; Luc 21:36 et Daniel 2:44 complètent l'argument, et Aaron rejoignant Moïse à la montagne avant les plaies d'Égypte en donne l'image.[36] Russell tenait depuis 1876 que l'enlèvement de l'Église serait l'un des premiers faits de la colère déversée sur les nations jusqu'en 1914.[37] La lecture d'Apocalypse 16 rapprochant Moïse des plaies finales et Luc 21:36 de la condition d'être emporté n'est d'ailleurs pas propre à ce milieu : elle circule largement dans l'exégèse millénariste.[38]

La conséquence tombe sur le lecteur : il doit garder sa robe sans tache, faute de quoi il traversera la grande tribulation pour entrer dans le Royaume.[39] Le tri est présenté comme en cours, puisque séparer, rassembler et brûler font partie de la même opération.[40] Dans ce système, la prédication générale cesse pendant la moisson : le filet est ramené à terre et le travail consiste désormais à trier, non plus à pêcher.[41] C'est ce qui donne tout son poids aux deux rassemblements successifs : ceux qui ont reçu la présence du Christ avant 1878 ont pour tâche de porter la vérité aux autres.[42] Le mouvement se dote ainsi de son propre moteur de recrutement, et la visite de Russell dans l'Est, avec quatre à six heures de réunion par jour dans chaque localité, en est l'application directe.[43]

Pourquoi la doctrine peut changer

Un mouvement qui a dû reclasser trois fois la même date a besoin d'une règle qui autorise à bouger sans se contredire. Elle est donnée par le scribe de Matthieu 13:52 qui tire de son trésor du neuf et du vieux : la vérité nouvelle s'ajoute, elle ne remplace pas, et la condition de validité est l'accord avec le socle prophétique déjà posé.[44] L'accusation d'échanger chaque jour la vérité de la veille contre celle du lendemain est repoussée en bloc, avec cette précision importante : on n'acceptera rien comme lumière nouvelle qui ne s'accorde pas avec le fondement prophétique, du moins tant que ce fondement n'aura pas été prouvé faux.[45] Autrement dit, le changement est permis partout sauf sur les dates qui portent l'ensemble.

Ce dispositif a un second volet, plus discret mais tout aussi utile. Si la connaissance avance par degrés, les écarts de savoir entre croyants risquent de déchirer le groupe. D'où le rappel que l'appartenance au corps ne dépend pas du niveau atteint : un nourrisson en Christ en est membre autant qu'un adulte, la capacité diffère sans que la relation diffère, et il y a du lait pour les uns et de la nourriture solide pour les autres (Hébreux 5:12-14, 1 Pierre 2:2).[46] L'image du lait et de la nourriture solide est un lieu commun de la prédication protestante, où elle désigne les degrés d'enseignement et la capacité acquise de discerner la vraie doctrine de l'erreur.[47] Elle prend ici une fonction précise : empêcher que l'avance doctrinale des uns ne devienne un motif d'exclusion des autres. Le reproche formulé contre ceux qui ne nourrissent que les adultes et laissent mourir de faim les agneaux désigne un vrai risque interne.[48]

Où passe la frontière avec les concurrents

Le même appareil qui fonde le système sert à écarter les rivaux. Matthieu 24:23-28 disqualifie d'un coup deux groupes : ceux qui annoncent une apparition du Christ en Palestine et ceux qui invoquent une révélation réservée dans les « chambres secrètes ».[49] La lecture retenue est celle que donnent les commentateurs du siècle : ce passage vise ceux qui prétendent détenir une information spéciale sur l'endroit où se trouve le Christ, et le signe constant du faux docteur est le secret réservé aux initiés, alors que les œuvres du vrai Christ « n'ont pas été faites dans un coin ».[50] Les commentateurs rappelaient aussi que des imposteurs avaient effectivement attiré des foules au désert avant le siège de Jérusalem.[51] Ici, la cible est contemporaine et vérifiable : des colonies s'organisent en Nouvelle-Angleterre et de l'argent est levé pour aller s'installer en Palestine.

Le cas le plus intéressant est celui du frère non nommé qui se dit porteur d'une « Nouvelle Huile » et annonce que le Christ apparaîtra en chair après 1881, visible de lui seul et de ceux qui pensent comme lui. Aucune source extérieure accessible ne documente ce mouvement pour 1880-1881, ce qui laisse l'épisode connu seulement par cette page.[52] Le même homme est présenté comme l'auteur de Les Trois Mondes publié en 1876 : la description désigne donc Nelson Barbour, qui rédigea seul l'ouvrage malgré les deux noms en couverture.[53] L'opération vaut d'être remarquée : on cite longuement ce livre pour s'appuyer sur ses pages concernant les anges matérialisés et le corps spirituel, tout en désignant son auteur comme l'accomplissement de la prophétie sur les faux docteurs. Le livre est conservé, l'homme est écarté.

La parabole des dix vierges est retournée avec le même soin. Cette parabole était l'outil standard du milieu adventiste pour expliquer le retard de l'époux après 1844 et pour faire de la période suivante un temps de tri.[54] La Tour de Garde de Avril 1880 y voyait les Bibles diffusées au dix-neuvième siècle comme lampes, et La Tour de Garde de juin 1880 l'appliquait au criblage en cours. Ici, l'argument se resserre : dans la parabole, ce sont les vierges folles qui constatent leur manque d'huile et vont en demander, donc ceux qui réclament une huile nouvelle se désignent eux-mêmes.[55] Les vraies lampes éteintes sont celles de ceux qui, ayant vu la lumière en 1844, avouent n'avoir plus aucune clarté sur les périodes prophétiques.

Reste une limite qui n'est pas négociable. On peut diverger sur les dates ; on ne peut pas réduire la mort du Christ à une simple offrande humaine ni mépriser la croix, car mépriser la croix revient à mépriser celui qui y est mort.[56] C'est précisément le point de rupture avec Barbour : en août 1878, dans l'Herald of the Morning, celui-ci avait déclaré que la substitution n'est pas biblique, et la séparation fut consommée au printemps 1879.[57] La Tour de Garde de Février 1880 avait consacré à cette question son développement le plus long. La hiérarchie des désaccords est ainsi parfaitement lisible : sur la chronologie, on argumente ; sur la rançon, on rompt.

Un lavage qui ne finit jamais, une grâce sans bords

Le long développement sur la cuve d'airain du tabernacle produit deux conclusions opposées en apparence, tirées du même objet. D'un côté, l'eau du bassin figure à la fois le baptême et un lavage de tous les jours par la Parole : la sanctification n'est pas un coup unique, elle avance avec la connaissance.[58] De l'autre, puisque la Bible ne donne aucune dimension à ce bassin, il faut le tenir pour sans limites — donc la grâce aussi.[59] La comparaison est franche : les Juifs croyaient détenir toute la vérité et la faveur de Dieu, l'Église de l'Évangile fait exactement pareil en réclamant pour elle seule toute lumière et toute promesse.

Cette tension — exiger beaucoup du croyant, refuser d'enfermer le salut dans les frontières du groupe — a une origine connue dans la pensée de Russell. Venu du presbytérianisme, il butait sur la contradiction entre l'élection, enseignée par le calvinisme, et la grâce offerte à tous ; il résolut l'affaire en répartissant les deux sur deux âges différents, l'élection pour l'âge de l'Évangile, la grâce ouverte à tous pour le millénium.[60] L'avertissement final de ne pas limiter la puissance, la vérité et l'amour de Dieu, avec le renvoi à l'âge où Dieu rassemblera toutes choses en Christ, est l'application directe de ce partage.[61]

Une Église sans chefs

L'article signé G. B. S. tire de Luc 9:48, de Matthieu 23 et d'Éphésiens 4:11-12 une conclusion nette : les dons spéciaux ont cessé une fois leur travail fait, le service appartient à l'ensemble des saints et non à quelques-uns, et aucun frère n'a le droit de dominer un autre.[62] Russell citait lui-même Matthieu 23:8 — « N'appelez personne Rabbi » — pour refuser toute autorité d'un croyant sur un autre dans ce qu'il décrivait comme une association volontaire de consacrés.[63] Il allait jusqu'à se réjouir que son groupe soit regardé comme n'étant aucune organisation du tout, l'unité ne passant selon lui que par un lien invisible entre chaque membre et le Christ.[64]

Cette position n'est pas une invention de la revue. Elle vient directement du milieu dont Russell est sorti : les adventistes de l'Union de George Storrs, décrits comme libres de formes et de cérémonies, avaient pour mots d'ordre « que chacun pense par lui-même » et « n'appelez personne maître », et ne reconnaissaient aucune profession de foi autre que la Bible.[65] L'idée que les dons comme les langues ou la prophétie se sont arrêtés avec les apôtres est par ailleurs une thèse élaborée à la Réforme et associée surtout aux calvinistes.[66]

Le même numéro réserve toutefois la fonction officielle au moment de la gloire, et précise qu'elle s'exercera sur le monde, pas sur les frères.[67] Mis à côté de ce qui précède, cela donne un ensemble cohérent : on refuse toute autorité humaine présente parce qu'on la projette entièrement dans l'avenir. Et la proposition de Russell d'ouvrir chaque mois un espace de la revue à de courtes nouvelles envoyées par les lecteurs sur carte postale va dans le même sens — un lien horizontal entre croyants, par la poste, sans échelon intermédiaire.[68] La section apologétique dit la même chose sous une autre forme : aucun frère en Christ ne sera exclu pour une simple différence d'opinion.[69]


Organisation et histoire

Un ancien associé désigné comme faux enseignant

Un homme présenté comme « bien connu des lecteurs », dont le nom n'est jamais écrit, est désigné comme accomplissant la prophétie de Jésus sur les faux prophètes : il prétend avoir reçu une « Nouvelle Huile » et annonce qu'après 1881 le Christ apparaîtra dans la chair, en secret, visible de lui seul et de ceux qui pensent exactement comme lui.[70] Le même homme est aussitôt identifié autrement : c'est lui qui a publié Les Trois Mondes. Il s'agit donc de Nelson H. Barbour, dont Russell avait financé l'impression du livre et payé les frais de la revue avant de rompre.[71] La rupture avait d'abord porté sur la valeur de la mort du Christ, en août 1878, et elle avait conduit Russell à quitter le Herald of the Morning quelques semaines avant de lancer sa propre revue, comme l'avaient déjà exposé La Tour de Garde de septembre 1879 et La Tour de garde de novembre 1879. Ce numéro-ci déplace le terrain du conflit : la question n'est plus la rançon, c'est la date et la façon dont le Christ se montrera. Barbour avait en effet abandonné en 1880 l'idée d'un retour invisible en 1874 pour revenir à un retour futur.[72] Russell, de son côté, écrira de lui qu'il « semblait sentir qu'il devait inventer quelque chose de nouveau pour détourner l'attention de l'échec de l'enlèvement en masse des saints vivants ».[73]

La pique sur la « Nouvelle Huile » n'est pas gratuite. Les deux camps se disputent depuis des années le rôle des vierges sages dans la parabole de Matthieu 25 : Barbour soutenait que Russell et les siens étaient les vierges folles, celles dont la lampe s'éteint.[74] La réponse est donnée en retournant l'image contre lui : puisque ce sont les folles qui, dans le récit, reconnaissent les premières qu'il leur manque de l'huile, celui qui réclame une huile nouvelle se dénonce lui-même.[75]

La méthode employée pour l'enfoncer mérite d'être relevée. Plutôt que de le réfuter avec des arguments neufs, on recopie deux passages de son propre livre de 1877 — sur les anges qui prennent une apparence humaine, puis sur la réalité du corps spirituel — et on les commente pour montrer qu'il contredit aujourd'hui ce qu'il écrivait alors.[76] L'opération est d'autant plus commode que Les Trois Mondes était épuisé et que Russell avait justement demandé à Paton d'écrire un livre pour le remplacer.[77] Le texte de l'ancien associé devient ainsi une pièce à charge dont on garde la maîtrise, et le conflit se règle sur le papier plutôt que par une déclaration d'exclusion.

Cette bataille sert une revendication plus large. À l'issue de sa première année, la revue se défend d'avoir apporté « des pensées nouvelles et avancées » et prévient qu'elle n'acceptera aucune « lumière avancée » qui ne s'accorderait pas avec le socle chronologique déjà posé, tant que ce socle n'aura pas été prouvé faux.[78] Autrement dit, le périodique se donne le droit de dire ce qui compte comme lumière nouvelle et ce qui n'en est pas. C'est une façon de prendre la place qu'occupait jusqu'alors le Herald of the Morning. Les sociologues qui ont étudié ce genre de groupes y voient un trait classique : le contrôle de l'interprétation devient le véritable enjeu, et c'est l'imprimé qui le confère.[79]

Ce qui vaut exclusion et ce qui ne la vaut pas

Le même numéro prend soin de fixer les règles du désaccord. Combattre une erreur n'est pas attaquer une personne, et les meilleurs sentiments sont affirmés envers ceux que l'on tient pour égarés — du pape de Rome au simple particulier.[80] Surtout, il est écrit noir sur blanc qu'aucun frère ne sera retranché pour une simple différence d'opinion.[81] Mais la même page revendique le droit de nommer publiquement l'erreur d'un seul homme, en objectant que personne ne reproche à un protestant de désigner les fautes de la papauté. La tolérance annoncée et la mise en cause nominative tiennent donc ensemble : on ne chasse personne, mais on désigne qui se trompe.

Cette frontière passe exactement là où se trouve le calendrier prophétique. Ceux qui prétendent garder le parallèle entre les deux âges tout en niant la présence du Christ reçoivent une fin de non-recevoir : « les deux doivent tenir ou tomber ensemble ».[82] Le socle chronologique de 1844, 1874 et 1878 n'est pas une opinion parmi d'autres : c'est le point qui n'est pas négociable, comme La Tour de Garde de octobre 1879 l'avait déjà posé en expliquant qu'une modification d'une seule année détruirait tout l'édifice.

Deux exemples servent à montrer ce qu'il advient de ceux qui lâchent ce socle. Le premier est interne et récent : des « esprits dirigeants » qui croyaient à la présence du Christ l'ont abandonnée sous l'effet d'une épreuve particulière.[83] L'épreuve en question est le printemps 1878, quand l'enlèvement des croyants vivants n'eut pas lieu ; La Tour de Garde de décembre 1879 chiffrait à plusieurs centaines les départs qui suivirent. Le numéro n'en tire pas une leçon de prudence mais une justification : si la période se prolonge, c'est que Dieu patiente et va chercher la dernière brebis. Le second exemple est plus ancien et vient du mouvement de William Miller : ceux qui avaient d'abord vu la lumière sur les périodes prophétiques en 1844, puis y ont entièrement renoncé, sont présentés comme les vraies lampes éteintes.[84] Le milieu dont Russell est sorti était précisément traversé par cette dispute : les adventistes se reprochaient mutuellement leurs calculs ratés et refusaient de se réunir entre eux.[85] Renoncer au calendrier devient donc le repoussoir qui dispense de reconnaître qu'un calendrier a échoué.

Une rédaction encore partagée et sans chefs

Quatre jeux d'initiales signent les textes de ce numéro : J. H. P. pour John Henry Paton, de Pittsburgh, W. I. M. pour William Imrie Mann, plus G. B. S. et L. A. A. La revue avait démarré avec Russell comme rédacteur et cinq collaborateurs réguliers, Paton en tête.[86] Paton n'est pas un simple contributeur : c'est lui que Russell avait chargé d'écrire le livre destiné à remplacer celui de Barbour, et c'est lui qui avait célébré le mariage de Charles et Maria Russell en mars 1879.[87] Mann, de son côté, fournissait les développements sur le tabernacle et le grec. Ici, Paton signe les deux longs exposés sur l'œuvre de clôture et le texte sur l'Esprit saint ; Mann la méditation sur le bassin d'airain. La revue fonctionne donc à plusieurs voix, et l'autorité qu'elle revendique n'est pas encore celle d'un seul homme.

Le texte signé G. B. S. donne à cet état de fait sa justification religieuse. Les dons particuliers des premiers temps ont cessé, tous restent frères, nul n'a le droit de dominer son prochain, et les saints n'exerceront une charge officielle qu'à la manifestation du Seigneur — et encore, sur le monde, pas sur leurs frères.[88] Cette formule n'est pas une invention du groupe. Dans le courant dont Russell est issu, un observateur contemporain notait que « que chacun pense par lui-même » et « n'appelez personne maître » étaient les mots d'ordre courants, dans un milieu sans formes ni cérémonies.[89] Russell lui-même appuie son refus de toute autorité d'un frère sur un autre sur le même verset de Matthieu, en décrivant son groupe comme une association volontaire de croyants et non une organisation.[90] Le refus des titres se double ici d'un rappel pastoral : s'occuper seulement de ceux qui supportent une nourriture solide et laisser mourir de faim les agneaux n'est pas une bonne façon de partager la Parole.[91] La pluralité des signatures et le refus des chefs vont de pair : on ne peut pas réclamer l'obéissance quand on écrit à plusieurs sous des initiales.

Visites depuis Pittsburgh, nouvelles depuis les groupes

Le compte rendu daté du 29 juin 1880 depuis Berwick, en Pennsylvanie, décrit un circuit achevé où les réunions duraient de quatre à six heures par jour dans chaque localité, à l'exception de Montrose, où la correspondance des trains n'a pu être assurée.[92] Ce détail situe le voyage dans un ensemble plus vaste : durant 1879 et 1880, plus de trente petits groupes d'abonnés s'étaient formés en Pennsylvanie, dans le New Jersey, l'État de New York, le Massachusetts, le Delaware, l'Ohio et le Michigan, et Russell les visita en consacrant au moins six heures d'étude à chacun.[93] Ces groupes n'étaient reliés entre eux que par leur acceptation de la direction et du modèle d'activité du groupe de Pittsburgh, où Russell et les autres rédacteurs faisaient office d'anciens.[94] Le voyage de juin 1880 est donc le moyen concret par lequel ce rattachement se vérifie sur place : la revue va voir ses lecteurs.

La proposition qui clôt la lettre installe le mouvement inverse. Un espace fixe de la revue est réservé chaque mois au courrier des lecteurs, qui sont invités à donner de leurs nouvelles tous les trois mois environ — si les réunions se maintiennent, comment le Seigneur les fait prospérer — une carte postale suffisant.[95] Le motif donné est fraternel : si Russell a gagné à connaître les croyants, tous gagneront à se connaître entre eux. L'effet pratique est autre : le centre reçoit, à intervalles réguliers, un état des lieux de chaque groupe. Visites qui descendent, nouvelles qui remontent — les deux circuits qui font tenir un réseau à distance sont posés ici, dans la même lettre, sans qu'aucune structure ne soit créée.

Se démarquer des colonies millénaristes de Palestine

Ceux qui annoncent que le Christ doit paraître dans le désert de Judée et qu'il faut s'y rendre pour l'accueillir ne sont pas une abstraction : « des colonies sont maintenant organisées en Nouvelle-Angleterre et de l'argent est réuni » pour lancer l'entreprise.[96] Le précédent le plus connu en Nouvelle-Angleterre était celui de George J. Adams, qui avait fondé une Église du Messie, un journal et une association d'émigration pour la Palestine, et conduit cent cinquante-six personnes, pour la plupart de Jonesport dans le Maine, jusqu'à Jaffa le 22 septembre 1866, où elles bâtirent une église, une école et dix-sept maisons.[97] Adams tenait la réinstallation des Juifs en Palestine pour la condition du retour du Christ et voulait hâter ce retour en améliorant la terre.[98] La colonie se défit en moins de deux ans, le choléra ayant emporté près d'un tiers des colons, et les maisons furent rachetées par des Templiers allemands.[99]

Le rejet porte donc sur une méthode, pas sur l'idée du retour des Juifs. Cette idée, la revue la tient elle-même pour un signe : La Tour de Garde de mars 1880 citait les démarches de Laurence Oliphant et du comte de Shaftesbury de 1878 comme preuve visible que le Christ régnait déjà. Oliphant avait en effet soumis en 1878 à Disraeli et à Salisbury un plan de colonisation juive de la Palestine, puis s'était embarqué en 1879, muni de lettres de créance britanniques, pour étudier l'établissement d'une colonie agricole.[100] La différence est nette : ces mouvements-là sont lus comme des faits qui confirment le calendrier, tandis que partir soi-même en Palestine pour y attendre le Christ est rangé parmi les pièges. Une part de l'identité du groupe se construit ainsi contre des voisins qui partagent presque les mêmes attentes.


Contenu

Votre rédemption approche

La période allant de 1874 à 1914, soit quarante ans, est présentée comme un « temps de détresse » ou « jour de colère » comprenant deux phases distinctes.[101] La première touche l'Église nominale, qui est appelée à perdre son influence et son crédit auprès du monde, tandis que de nombreux fidèles sont annoncés comme devant tomber de la vérité et de la foi. La seconde phase de cette tribulation atteint le monde dans son ensemble, à la suite de celle frappant l'Église.

Le psaume 91 est mobilisé comme garantie de protection pour le « petit troupeau » au milieu de ces épreuves.[102] Les « flèches » des mécréants — désignées comme les paroles amères et méprisantes de l'incrédulité — ainsi que la « pestilence » des systèmes d'erreur sont annoncées comme devant faire tomber « un millier à ton côté et dix mille à ta droite », sans atteindre ceux qui ont la vérité divine pour bouclier. « Sa vérité sera ton bouclier et ton écu » Les saints sont présentés comme devant être rassemblés auprès de leur Chef vivant — Christ — et entrer dans son royaume avant que les coupes de la colère ne soient déversées sur le monde.[103] Cette perspective est mise en harmonie avec les paroles de Jésus rapportées en Luc 21:36 : « Veillez afin d'être jugés dignes d'échapper à toutes ces choses qui vont arriver sur le monde et de vous tenir debout devant le Fils de l'homme. » Le passage de Daniel 2:44, relatif au royaume que le Dieu des cieux établira aux jours de ces rois pour briser et consumer tous les autres royaumes, est également cité pour soutenir l'idée que les saints doivent être « établis » avant que les plaies ne frappent les royaumes terrestres.

La vision de Apocalypse 21:9 est ensuite convoquée comme illustration de l'ensemble de cette eschatologie.[104] L'un des sept anges portant les sept dernières plaies conduit Jean vers la Jérusalem céleste, la Fiancée de l'Agneau. Ce détail — que les coupes étaient encore pleines au moment où Jean vit la Fiancée — est interprété comme une preuve que l'Église de la traduction sera enlevée avant le déversement des plaies.

La figure de Moïse et d'Aaron est utilisée comme type illustrant ce même enseignement : de même qu'Aaron alla à la rencontre de Moïse sur la montagne de Dieu avant que les plaies ne soient répandues sur l'Égypte, les saints sont appelés à rejoindre Christ dans le Royaume avant le jugement du monde.[105] La section se referme sur une exhortation morale pressante : les croyants sont invités à veiller à ce que leur robe de la justice du Christ demeure sans tache, car celui ou celle qui resterait en dehors du mariage de l'Agneau devrait traverser la grande tribulation pour entrer dans le Royaume. « mettons de côté toute autre ambition et consacrons toutes nos énergies à chercher premièrement le royaume de Dieu » === Comme l'éclair — Luc XVII, 20-24 ===

Le passage de Luc 17:20-24 est interprété à la lumière de la doctrine de la parousie invisible.[106] Jésus, s'adressant aux Pharisiens qui l'interrogeaient sur la venue du Royaume, leur répond que ce Royaume ne viendra pas avec observation extérieure — ni « Voici, il est ici ! » ni « Il est là ! » — car il sera intérieur ou présent au milieu d'eux. Cette réponse est comprise comme signifiant que le Royaume établi sera invisible à ceux qui n'ont pas été « nés de nouveau » en corps spirituels, de même qu'un homme doit être engendré par l'esprit de vérité pour comprendre les choses relatives au Royaume.

Les jours du « Fils de l'homme » — expressions tirées de Luc 17:22 et Matthieu 24:37-39 — sont identifiés aux jours de la parousie présente.[107] Le monde, inconscient de cette présence, continue ses occupations ordinaires : manger, boire, planter, bâtir. Jésus est vu comme ayant prévu que l'intensité du désir des croyants de « voir un des jours du Fils de l'homme » ouvrirait en eux un point vulnérable que leur adversaire, le diable, s'empresserait d'attaquer.

Dans ces « jours du Fils de l'homme », de faux enseignants sont annoncés comme exerçant une grande influence sur l'Église, conformément à Marc 13:22 et Matthieu 24:23-28.[108] Ces faux Christs et faux prophètes sont désignés comme ceux qui prétendent que Jésus doit apparaître prochainement dans le désert de Judée (Palestine) et que tous ceux qui l'aiment devraient s'y rendre pour l'accueillir. « des colonies sont maintenant organisées en Nouvelle-Angleterre et de l'argent est réuni pour lancer » ce projet, signalant que des groupes missionnaires millénaristes contemporains se préparent effectivement à s'établir en Palestine dans l'attente du retour du Christ.

La Palestine n'est pas considérée comme un « désert » au sens courant du terme, mais au sens d'un lieu désolé, semblable à celui où Jésus se retirait pour prier — ce qui est présenté comme la mise en garde de Jésus : « N'y allez pas. »[109] La pluralité de ces faux enseignants est soulignée : l'un annonce la venue du Christ dans le désert, un autre « dans les chambres secrètes ». Un frère bien connu des lecteurs, dont il n'est pas donné le nom, est présenté comme accomplissant cette prophétie en affirmant avoir reçu ce qu'il nomme une « Nouvelle Huile » et en enseignant qu'après 1881, Christ apparaîtra dans la chair secrètement, visible seulement de lui-même et de ceux qui partagent exactement ses convictions.[110] Cette doctrine est qualifiée d'attente non scripturale et présentée comme ouvrant l'esprit de ceux qui la reçoivent à un piège périlleux du diable. Il est signalé que ce même frère avait par ailleurs publié en 1876 le livre intitulé Les Trois Mondes, dont des extraits sont annoncés comme devant suivre l'article. La diversité des vues soutenues dans cet ouvrage et la position actuelle de cet enseignant contredirait la parabole des vierges de Matthieu 25:1-13, car aucune huile nouvelle n'y est accordée.

La réponse de Jésus à la question de savoir comment et où les croyants le rencontreront est tirée de Matthieu 24:28 et Luc 17:37 : « Où que soit le cadavre, là s'assembleront les aigles ». De même que les aigles semblent s'assembler instinctivement, sans appel ni bruit, depuis tous les points de l'horizon, les saints seront « enlevés » pour rencontrer le Seigneur — deux dans le champ, dans le lit, au moulin, l'un pris et l'autre laissé — et il leur est répondu : « Wherever the body is, there will the eagles be gathered together. »[111] Cette image sert à affirmer que les croyants ne verront pas le Christ avant d'être eux-mêmes emportés, et que c'est dans cet état transformé qu'ils le verront tel qu'il est.

L'analogie de la foudre, tirée de Luc 17:24, est soumise à une analyse détaillée.[112] Deux éléments distincts sont identifiés dans le texte : la foudre elle-même, fluide électrique imperceptible à l'œil, et son effet — l'éclair de lumière visible. C'est le premier élément, invisible, qui est retenu comme illustration du Fils de l'homme en son jour. L'électricité, presque inconnue comme science à l'époque de Jésus, est décrite comme l'une des forces les plus puissantes de la nature, présente partout et imperceptible, capable selon les scientifiques de « faire le tour de la Terre six fois en une seconde ». Cette image est appliquée à la présence du Fils de l'homme : omniprésent et tout-puissant, sa présence se manifeste par des éclairs de lumière et de connaissance au sein de l'Église, illuminant tous ceux qui ont des yeux pour voir. L'expérience des lecteurs depuis qu'ils ont reconnu, en 1874, la venue du Fiancé est invoquée comme confirmation : non pas une vision directe de Christ, mais l'influence illuminatrice résultant de sa présence.[113] L'effet de la foudre est différent selon les lieux : lumière dans les cieux — c'est-à-dire dans l'Église — et force destructrice sur la terre — c'est-à-dire dans le monde — ; de même, les hauts personnages de la terre seront frappés et abattus, et « tous les royaumes du monde entier seront renversés », et le monde reconnaîtra Christ dans la destruction et la tribulation.

Quand ce qui est parfait sera venu

Un bref poème en quatre strophes, signé « L. A. A. », est publié à la suite de l'article précédent.[114] Il développe le thème de la transformation eschatologique : les dons spirituels, la foi, l'amour et la lumière qui guident les croyants en ce monde seront consumés dans la plénitude de l'éternité, comme la pluie est perdue dans la mer ou les étoiles pâlissent au lever du jour. La faiblesse des yeux de chair, incapables de contempler le prix céleste sans voile, cède la place à un éveil et à une aurore où le voile sera retiré et où le cœur, l'esprit et la nature seront « rendus aptes à demeurer éternellement ».

L'œuvre de clôture

La transition entre l'âge juif et l'âge évangélique est examinée comme type prophétique de la transition présente entre l'âge évangélique et l'âge millénaire.[115] Cette première transition a couvert une période de plus de soixante-dix ans, de la naissance de Christ jusqu'à la destruction de Jérusalem, et a été jalonnée par plusieurs étapes marquées : la venue de Christ, puis le sort de la nation juive. La naissance de Christ est présentée comme le début de l'accomplissement de l'Évangile et le commencement de la fin de l'âge juif ; Christ était venu du ciel, mais la loi — citant Nombres 4:1-3 — exigeait qu'il demeure trente ans avant d'entrer dans son ministère public et l'œuvre de la moisson. Il avait donc été dans le monde trente ans « et le monde ne l'a pas connu » (Jean 1:10), pas même Israël, jusqu'à la manifestation opérée par le baptême de Jean (Jean 1:31). Cette manifestation est elle-même qualifiée d'une « venue ». Jean avait prêché avant sa venue (Actes 13:24), l'avait désigné comme « celui qui vient après moi » (Marc 1:8 ; Jean 1:15). Il est souligné que, bien qu'il y eût plusieurs événements qualifiés de « venue », il n'y eut qu'une seule venue depuis le ciel — au début du séjour terrestre — les venues ultérieures étant des manifestations dans de nouvelles positions officielles.[116] Au baptême, Jean présenta Christ comme le Fiancé à cette Épouse typique, exprimant sa propre joie comme celle de l'ami du Fiancé (Jean 3:29 ; Marc 2:19-20).

La présence du Christ à Jérusalem est présentée comme figurée dans la double condition de Fiancé et de Moissonneur, en référence à Jean 4:34-38 et Matthieu 9:37-38. À la fin de son ministère visible, il entre à Jérusalem en tant que Roi, en accomplissement de la prophétie de Zacharie 9:9, avant de laisser la maison d'Israël désolée.[117]

La période de transition de soixante-dix ans mentionnée dans ce développement est donnée pour avoir son parallèle dans la transition de l'âge évangélique au Millénaire, soit entre l'an 1844 et l'an 1914. Le début de cette transition est marqué par l'application des 2 300 jours ou années de Daniel 8:1-14 et Daniel 9:1-27, et sa fin par la clôture des Temps des Gentils.[118] Les événements marquants de cette période sont la seconde venue du Christ et le sort de l'Église évangélique. Pendant que le Seigneur dispose de l'Église évangélique, la nation juive remonterait sur la scène par une restauration — de même que, pendant qu'il disposait de la nation juive, l'Église évangélique était entrée en action.

De même que le début du changement de l'âge juif fut marqué par la venue du Christ depuis le ciel, les 2 300 ans indiqueraient que Christ était dû à quitter « le lieu très saint — "le ciel lui-même" — en 1844 ».[119] Comme il y eut alors un délai de trente ans avant la manifestation de sa présence et l'œuvre réelle de clôture, sa présence et la lumière sur la moisson n'auraient pas été manifestées avant trente ans de délai similaire dans la période présente. Sa venue ou manifestation comme Fiancé et Moissonneur est ainsi datée entre l'automne 1874 et le printemps 1878, parallèlement aux trois ans et demi entre son baptême et son entrée à Jérusalem en tant que Roi. Sa manifestation aux veilleurs n'est pas une venue depuis le ciel, mais une manifestation dans sa relation officielle.[120]

Une polémique interne est directement abordée : certains prétendent maintenir le parallélisme des deux dispensations tout en niant la présence du Christ, avançant que Christ viendrait en 1881. La réfutation est ferme — « les deux doivent tenir ou tomber ensemble » — car si la venue du Christ est future, il n'y a aucun parallélisme entre les fins des deux dispensations.[121] La position défendue est que, au point parallèle du printemps 1878, le Christ fut manifesté dans sa dignité royale et Israël commença à se relever. Lorsqu'Israël se relève, Babylone doit tomber, selon Ésaïe 52:8. Le contraste entre les deux venues est également souligné : lors de la première, il vint pour repartir ; lors de la seconde, il vient pour demeurer et vaincre tous ses ennemis. Cet article est signé des initiales J. H. P., correspondant à John Henry Paton.[122]

L'œuvre de clôture — N° 2

L'œuvre de clôture commune aux âges juif et évangélique est présentée comme comportant trois éléments : la séparation, le rassemblement et la combustion.[123] Dans l'ancienne dispensation, ces éléments étaient figurés par le blé et la balle ; dans l'Église évangélique nominale, par le blé et l'ivraie. Dans les deux cas, les deux éléments sont séparés — le blé rassemblé dans la grange, et la balle ainsi que l'ivraie brûlées. La combustion de la balle et de l'ivraie est présentée comme incluse dans la moisson et donc dans la fin de l'âge, car « la moisson, c'est la fin de l'âge », qu'il s'agisse de l'âge juif ou de l'âge évangélique.[124]

La déclaration de Jean-Baptiste en Matthieu 3:12 est citée comme preuve : « Celui dont le van est dans sa main [...] brûlera la balle d'un feu inextinguible. » Le feu du verset 7 du même chapitre est identifié à la « colère à venir », interprétée comme le jugement qui allait amener la désolation du peuple juif, en accord avec la prophétie du Sauveur en Luc 21:22-23 et le témoignage de Paul en 1 Thessaloniciens 2:15-16.[125] Ces textes convergent pour établir que l'œuvre de clôture de l'âge juif incluait le jour de la colère et s'étendait jusqu'à la destruction de Jérusalem, couvrant ainsi quarante ans depuis le printemps suivant le baptême de Christ jusqu'en l'an 70, plutôt que les trois ans et demi ou sept ans parfois invoqués.[126]

Le parallèle évangélique est ensuite développé à partir de Matthieu 13:40 : « De même donc que l'ivraie est ramassée et brûlée dans le feu, ainsi en sera-t-il à la fin de cet âge ».[127] La conclusion est que le jour de la colère est inclus dans la moisson évangélique et que l'âge et la moisson s'étendent jusqu'en 1914, couvrant quarante ans depuis le printemps 1875, au lieu de trois ans et demi ou sept ans. Les prophéties d'Ésaïe sont invoquées pour justifier une telle extension incluant le « jour de la vengeance » dans le ministère de clôture.[128]

La septième trompette, selon Apocalypse 11:15-18, est présentée comme englobant à la fois le temps de la « récompense » de ceux qui craignent le nom de Dieu et le jour de la colère, s'étendant jusqu'en 1914.[129] Une comparaison est établie entre la description des chapitres 63 d'Ésaïe et 14 de l'Apocalypse, au motif que les deux scènes représentent la même moisson placée sous la supervision du Fils de l'homme couronné d'or — ce qui est jugé en harmonie avec la thèse selon laquelle Christ aurait assumé ses fonctions royales officielles en 1878.[130]

Les adversaires de cette position sont interpellés directement : ceux qui soutiennent que Christ n'entre en possession de sa couronne qu'après le jour de la colère se trouveraient contraints, par souci de cohérence, de placer la moisson et le foulage du pressoir au-delà de 1914. L'argument avancé est que les « sept dernières plaies » de Apocalypse 15:1, contenues dans les sept coupes remplies de la colère de Dieu, ne sauraient s'accomplir après la fin du jour de la colère, sous peine de contradiction interne.[131]

Face aux accusations selon lesquelles les lampes des défenseurs de cette chronologie seraient éteintes, une réponse ferme est apportée : « Nous repoussons avec une juste indignation l'affirmation si souvent répétée que nos lampes ne brûlent pas ».[132] La « nouvelle huile » proposée par les opposants n'aurait jamais été demandée ni désirée. Dans la parabole de Matthieu 25:1, ce sont les insensées qui, les premières, ont reconnu et avoué leur manque ; or aucun des défenseurs de la chronologie en question ne fait pareille confession. À l'inverse, ceux qui, lors du mouvement de 1844, avaient d'abord vu la lumière sur les périodes prophétiques avant d'y renoncer entièrement, avouant n'avoir « aucune lumière sur la conclusion harmonieuse des périodes prophétiques », sont cités comme exemple de lampes véritablement éteintes.[133]

La lumière reçue, si petite ou grande soit-elle, est présentée comme venant du Seigneur ; la nier ou prétendre ne pas avoir reçu de lumière nouvelle constituerait un déshonneur envers lui. La Zion's Watch Tower est défendue comme ayant apporté, au cours de sa première année d'existence, des pensées nouvelles et avancées, conformément à Matthieu 13:52 : tirer du trésor des choses nouvelles et anciennes, la vérité nouvelle devant toujours s'accorder avec les vérités anciennes.[134]

La double terminaison de chaque dispensation est alors exposée comme une réalité doctrinale incontournable : l'âge juif a pris fin à la mort de Christ en un sens, et en un autre sens à la destruction de Jérusalem ; de même, l'âge évangélique a pris fin au printemps 1878 en un sens, et s'étend jusqu'en 1914 en un autre sens. L'argument prophétique qui fixe ces deux points est qualifié d'irréfutable, et l'illustration de l'égalité des deux dispensations est déclarée « aussi claire et belle qu'elle l'a jamais été ».[135] Les relations de Dieu avec le peuple juif en tant que nation ont pris fin à la Croix, mais une faveur a ensuite été étendue au reste jusqu'à la destruction de Jérusalem, de sorte qu'aucun grain de froment n'aurait péri dans cet événement.

Les deux rassemblements de la loi — les prémices puis la moisson générale — sont présentés comme vrais à la fois pour l'âge juif et pour l'âge évangélique. Lors de la première phase de la moisson, ceux qui ont pu recevoir la présence de Christ ont ensuite le privilège d'étendre la vérité pour que d'autres puissent l'accepter.[136] Pendant les trois ans précédant la Croix, les disciples rassemblaient des fruits pour la grange évangélique ; Jésus lui-même qualifie cette œuvre de moisson d'un travail à « achever », puis déclare : « J'ai achevé l'œuvre que tu m'as donnée à faire ».[137]

Les soixante-dix semaines de Daniel 9:24 sont interprétées comme s'étant accomplies à la fin de soixante-neuf semaines et demie, Jésus ayant à la fois achevé et abrégé l'œuvre lorsqu'il a laissé leur maison désolée, conformément à Romains 9:28 : « Il achèvera l'œuvre et l'abrégera en justice ».[138] Quant à la confirmation de l'alliance « pour une semaine » du dernier verset de Daniel 9, il est observé qu'elle ne devait pas concerner le peuple de Daniel, mais « beaucoup » — le peuple de Daniel ayant cessé d'être reconnu comme nation lorsque Jésus l'a laissé désolé, et Jérusalem ayant cessé d'être la « ville sainte » lorsque le voile du temple fut déchiré, l'Église évangélique devenant dès lors le lieu de résidence de Dieu.[139]

Paul est cité à l'appui en Romains 9:29 : « Si le Seigneur des armées ne nous avait laissé une semence, nous aurions été comme Sodome et semblables à Gomorrhe ».[140] En Romains 11:1-5, Paul se cite lui-même comme exemple de quelqu'un qui n'avait pas reçu Christ pendant la première phase de la moisson, et rappelle le cas d'Élie, à qui Dieu avait répondu qu'il s'était réservé sept mille hommes n'ayant pas fléchi le genou devant Baal, pour conclure qu'un reste selon l'élection de la grâce subsistait alors. La nation avait été livrée à la désolation, mais le reste devait être sauvé du feu.[141]

Le parallèle évangélique est enfin appliqué : ceux qui ont accepté la présence de Christ durant les trois ans précédant le printemps 1878 ont le privilège d'étendre cette vérité à la foi des autres. Cette vérité est déclarée inchangée, en dépit du fait que certains esprits dirigeants qui y croyaient autrefois l'ont abandonnée sous l'effet d'une épreuve particulière. La prolongation de la dispensation est présentée comme une expression de la longanimité de Dieu, qui ne veut pas qu'aucun périsse — et qui, comme dans la parabole de la brebis perdue, cherchera et ramènera « le dernier » au bercail.[142] L'article est signé J. H. P. (John Henry Paton), de Pittsburgh, Pennsylvanie.

Le développement symbolique du bassin d'airain s'étend ensuite à une méditation lyrique sur l'eau comme symbole du Christ et de la vérité. L'eau, dans sa pureté, sa beauté et sa puissance pénétrante, est déclarée le symbole approprié du Christ comme source de vie pour toute la nature organique.[143] Trois règnes — végétal, animal et spirituel — sont convoqués pour illustrer cette progression : la sève circule dans les veines du monde végétal, le sang écarlate darde dans les artères du règne animal, et la vie spirituelle couronne le tout dans un témoignage unanime en faveur du Christ, source de vie. « Le règne végétal, le règne animal et le règne spirituel s'unissent en un seul, rendant témoignage au Christ, notre vie ».[144]

C'est au bassin que commence la vie nouvelle du chrétien. La parole de Jésus à Nicodème en Jean 3:5 est citée : celui qui n'est pas né d'eau et d'Esprit ne peut entrer dans le royaume de Dieu. La naissance par l'Esprit et par la Parole y est située symboliquement ; elle est assimilée à une naissance complète, figurée par le lever du tombeau aqueux — le tombeau de l'ancienne nature charnelle.[145]

L'eau est encore présentée comme symbole de la vérité, à la fois pour sa puissance purifiante et sa puissance vivifiante. Paul est cité à l'appui : le Christ s'est donné pour l'Église « afin de la sanctifier et de la purifier par le lavage de l'eau par la parole ». La prière du Christ pour les siens en Jean 17:17 — « Sanctifie-les par ta vérité, ta parole est vérité » — et sa déclaration aux disciples en Jean 15:3 — « Vous êtes déjà purs à cause de la parole que je vous ai annoncée » — convergent pour établir que la vérité purifie l'être spirituel comme l'eau purifie l'être naturel.[146]

Le bassin est ainsi interprété comme figurant non seulement le baptême, mais également le lavage quotidien par la Parole. La sanctification n'est pas un acte instantané, comme certains l'enseignent, mais un processus continu de purification progressant avec la croissance dans la connaissance de la vérité : « Pas d'eau — pas de lavage ; pas de vérité — pas de sanctification ».[147]

L'Esprit planant sur les eaux en Genèse 1:2 est interprété comme l'Esprit qui imprègne ces eaux du principe et de la puissance de vie. De même, en Romains 8:1-11, l'homme — aussi impuissant à cause du péché que l'étaient les eaux au commencement — est vivifié en une vie nouvelle par le même Esprit vivifiant. Il est précisé que ce passage n'évoque pas la résurrection des morts, mais le passage d'une vie dans la chair à une vie dans l'Esprit pendant l'âge évangélique présent.[148] La parole de Jésus à la femme de Samarie en Jean 4:14 et son invitation en Jean 7:37-39 — « Si quelqu'un a soif, qu'il vienne à moi et qu'il boive » — viennent clore ce développement en désignant le Christ lui-même comme la source d'où jaillit l'eau de la vie éternelle.[149]

Le développement symbolique du bassin d'airain se prolonge par une méditation sur le sang du Christ comme fontaine de toute purification. Le bassin est identifié comme type du sang du Christ : « Le bassin était un type du sang du Christ ».[150] Cette fontaine est qualifiée de « fontaine des fontaines » — l'unique bassin purificateur. Le puits d'eau vive jaillissant dans le cœur de chaque chrétien y trouve sa source secrète, tout comme le fleuve qui réjouit la cité de Dieu et le fleuve de vie s'écoulant vers les nations. Ce développement s'appuie sur des versets d'hymnes évoquant le sang précieux versé par Christ.[151]

L'étonnement est exprimé face à ceux qui, jadis éclairés, en sont venus à mépriser cette fontaine, réduisant la mort du Christ à une simple offrande humaine, charnelle et non spirituelle, trop éclairés désormais pour avoir foi en une « croix de bois ». L'argument avancé est que mépriser la croix revient à mépriser celui qui y est mort. L'appartenance au sacerdoce et le droit de servir dans le tabernacle sont présentés comme acquis par la rédemption seule : non pas par l'argent ni par l'or, mais « le sang précieux du Christ, comme d'un agneau sans défaut et sans tache ».[152]

Les dimensions du bassin n'étant pas indiquées dans le texte biblique, il est conclu que, considéré comme type, il doit être tenu pour illimité. Sous la dispensation juive, le peuple estimait détenir toute la vérité et que la faveur de Dieu ne s'étendait qu'à lui ; l'Église évangélique tombe dans le même travers en réclamant pour elle seule toute lumière, honneur et promesse, et en limitant ainsi le sang, la vérité et la puissance du Tout-Puissant. Cette prétention est jugée aussi vaine que celle des scientistes athées qui limitent le Dieu de la nature par ses propres lois. La mémoire d'Élie est convoquée : lorsqu'il se proclamait seul fidèle, la réponse divine fut : « J'ai laissé sept mille en Israël qui n'ont pas fléchi le genou sous Baal ».[153]

La grâce de Dieu est décrite comme un aperçu partiel : c'est seulement dans les âges à venir que les richesses surabondantes de sa grâce envers les croyants en Christ Jésus seront révélées, et que, dans la dispensation de la plénitude des temps — l'âge millénial vers lequel pointent toutes les périodes prophétiques —, il rassemblera en lui-même toutes choses dans le Christ. L'avertissement de ne pas limiter la puissance, la vérité et l'amour de Dieu est conclu par la déclaration répétée du Psalmiste : « Sa miséricorde dure éternellement. » La contribution est signée W. I. M. (William Imrie Mann).[154]

Nouveau et Ancien — Matthieu 13:52

La Parole du Seigneur est comparée à une riche salle des trésors ou à un précieux coffret de joyaux. En extraire les richesses une à une est présenté comme le privilège du chrétien et le devoir de l'enseignant, figuré par le scribe de Matthieu 13:52, qui tire de ce trésor des choses nouvelles et anciennes pour l'édification du troupeau dont il est le surveillant.[155]

Recevoir Christ — non comme un ensemble d'idées à son sujet, mais comme un Sauveur vivant, personnel et aimant — équivaut à recevoir la vérité tout entière. L'œuvre de toute une vie consiste à « croître en grâce et dans la connaissance de notre Seigneur et Sauveur Jésus-Christ », selon 2 Pierre 3:18.[156] Estimer qu'une connaissance parfaite fait de quelqu'un un membre du corps du Christ est qualifié d'erreur triste et dangereuse : un nourrisson en Christ est membre du corps tout aussi réellement qu'un chrétien mûr ; la capacité diffère, non la relation. C'est en Christ, et non hors de lui, qu'on doit grandir — comme le jeune et tendre rameau ne devient un rameau solide et fécond qu'en demeurant dans la vigne, selon Jean 15:5.[157]

Les agneaux et les brebis ne forment qu'un seul troupeau sous un seul berger. Le devoir des sous-bergers est rappelé par les injonctions de Jésus à Pierre en Jean 21:15-16 — « Pais mes agneaux » et « Pais mes brebis » —, l'exhortation de Pierre aux anciens en 1 Pierre 5:2-4 et l'adresse de Paul aux anciens d'Éphèse en Actes 20:28 : « Prenez donc garde à vous-mêmes et à tout le troupeau sur lequel le Saint-Esprit vous a établis surveillants, pour paître l'Église de Dieu qu'il a acquise par son propre sang ».[158]

La Parole est présentée comme adaptée aux besoins variés de tous les degrés de chrétiens : du lait pour les nourrissons, une nourriture solide pour les adultes, selon Hébreux 5:12-14. Les nourrissons ne sont pas appelés à le rester toujours, mais à grandir progressivement, à quitter les premiers rudiments de la doctrine du Christ et à tendre vers la perfection, selon Hébreux 6:1. Pierre exhorte donc les nouveaux croyants à « désirer ardemment le lait pur de la Parole, afin de croître par lui », selon 1 Pierre 2:2.[159]

Il est jugé dangereux et présomptueux de négliger ou d'ignorer délibérément le commandement divin de veiller aux jeunes comme aux anciens dans la foi. Se consacrer exclusivement aux besoins de ceux qui peuvent recevoir une nourriture solide, en laissant mourir de faim les agneaux du troupeau, n'est pas « diviser droitement » la Parole.[160]

Le plan des âges est reconnu comme la clé de la juste application des Écritures et d'une vue d'ensemble de la progression de la Parole. Toutefois, si le Seigneur s'adresse à tout son peuple comme à une seule personne et si la vérité est une lampe qui éclaire le chemin en brillant de plus en plus jusqu'au jour parfait, le principe de progression — « d'abord le brin, puis l'épi, puis le grain plein dans l'épi » — s'applique tout autant à chaque chrétien individuel qu'à l'ensemble considéré comme une seule personne. Le plan général ne doit donc pas faire négliger le plan de Dieu pour chaque individu.[161]

La croissance dans la connaissance est présentée comme la clé de la notion de « choses nouvelles et anciennes » : en un sens important, toute vérité est ancienne, mais ce qui est ancien est nouveau pour celui qui le découvre. Ceux qui sont plus avancés sont invités à s'intéresser à ceux qui le sont moins et à leur témoigner de la patience, car tous suivent le même chemin vers la connaissance du Seigneur. Ce qui fut autrefois obscur est devenu clair, et ce qui est encore obscur peut encore s'éclaircir. Nul ne doit se décourager parce que d'autres voient ce qu'il ne voit pas encore, et nul ne doit condamner l'autre parce qu'il ne voit pas encore ce qu'il voit lui-même.[162]

La suite de l'article sur « Nouveau et Ancien » se clôt par une mise en garde finale : nul ne doit condamner un frère parce qu'il ne voit pas encore ce qu'il voit lui-même. La croissance collective et individuelle dans la vérité est présentée comme un processus progressif, et il appartient à chacun de rendre compte à son propre Maître.[163]

Défense de la foi — harmonie de la vérité ancienne et nouvelle

La vérité est présentée comme fondamentalement harmonieuse : ce qui était vrai à un moment quelconque du passé doit l'être encore. La question de la présence de Christ — qualifiée de « moelle du message de la récolte »[164] — est posée comme un test de cohérence : si elle constituait une lumière avancée entre 1875 et 1878, elle doit l'être encore ; sinon, ce n'était pas une lumière avancée, mais d'épaisses ténèbres. De même, si les parallèles chronologiques entre les âges juif et évangélique avaient été découverts alors que toutes les vierges « sommeillaient et dormaient » jusqu'au printemps de 1878, comme l'affirment certains, ces vérités glorieuses ne seraient qu'un songe, et un fondement bien fragile sur lequel bâtir. Construire sur les parallèles pour attendre Christ dans le futur est jugé sans fondement si l'on pose que sa venue est entièrement à venir et qu'il n'existe aucun parallèle entre la fin de l'âge juif et celle de l'âge évangélique — or une caractéristique essentielle du parallélisme réside précisément dans le fait que la venue de Christ était attendue pour 1844, et que comme il avait quitté les cieux lors de son incarnation, il quitta le Très-Saint — « le ciel lui-même » — en 1844.[165]

L'accusation selon laquelle la démarche enseignée consisterait à remplacer la vérité apprise la veille par une vérité nouvelle du lendemain est « fermement et totalement repoussée » comme absurde : croître en connaissance, c'est conserver la vérité acquise et y ajouter, non la remplacer.[166] La disposition à apprendre de nouvelles vérités et à désapprendre les erreurs, qu'elles soient anciennes ou nouvelles, est affirmée, mais elle ne va pas jusqu'à accepter comme « lumière avancée » ce qui n'est pas en harmonie avec le fondement prophétique sur lequel l'édifice est construit — du moins pas tant que ce fondement n'aura pas été prouvé faux. L'appel est lancé pour que nul ne prétende bâtir sur ce même fondement tout en l'ignorant en pratique, car tous ne sont pas capables de déceler la sophistique, et la confusion peut en résulter.[167]

Prêts à défendre la vérité sans animosité personnelle

En défendant ce qui est tenu pour vrai, et pour aider ceux qui ont moins de temps pour l'étude, il arrive que la réfutation d'une erreur — quelle qu'en soit la source — prenne l'apparence d'une attaque personnelle, et que la fermeté soit confondue avec de l'animosité. Il est affirmé que l'opposition porte non sur des personnes, mais sur des idées jugées fausses, et que « les sentiments les plus bienveillants et les meilleurs vœux » animent ceux qui sont regardés comme dans l'erreur.[168] Aucune attaque personnelle sur les motifs ou le caractère de quiconque n'est projetée — du pape de Rome, représentant une grande hiérarchie, jusqu'au simple particulier. Un adversaire loyal est honoré, parfois même aimé, et aucun frère en Christ ne sera disfellowshipé pour une simple différence d'opinion.

Le but n'est pas non plus de se défendre contre des insinuations ou des déclarations tronquées et fausses. Ces choses sont ressenties douloureusement, mais la patience y est cherchée auprès du Seigneur. Il n'est pas même insinué que les fausses déclarations soient toujours intentionnellement fausses — cette question est laissée à Celui qui connaît les cœurs. L'unique ambition est « d'être "populaire auprès d'Un seul" — le Seigneur Jésus », plutôt que de rechercher un honneur terrestre quelconque.[169]

Des précédents néotestamentaires sont invoqués pour légitimer cette défense ardente de la vérité par la mise en opposition et le contraste de l'erreur : l'exhortation à contendre ardemment pour la foi contre les empiètements des hommes (Jude 3-4), et la condamnation par Paul de ceux qui enseignaient que la résurrection était déjà passée et renversaient ainsi la foi de certains (2 Timothée 2:16-18). Il est noté qu'aucun chrétien n'est blâmé pour désigner les erreurs reconnues du paganisme, ni aucun protestant pour pointer celles de la papauté, mais qu'en désignant les faux enseignements d'un seul individu, on s'expose au reproche d'être personnel : cette asymétrie est jugée injuste. Exposer une erreur enseignée par un seul est aussi nécessaire que de l'exposer quand elle est enseignée par un millier. La réciprocité est posée en principe : ce qu'on demande pour soi, on souhaite le donner aux autres.[170]

Extraits de « Les Trois Mondes » — Corps spirituel et résurrection

Des extraits de l'ouvrage Les Trois Mondes sont cités et commentés. Le premier extrait (p. 42 de cet ouvrage) porte sur les anges déchus et leur capacité à se matérialiser sous l'apparence de n'importe quelle personne, tout aussi aisément que Christ put apparaître comme un jardinier ou un étranger, ou avec ses mains et son côté percés. Le texte cité pose que les anges déchus « se matérialisent et apparaissent sous la véritable ressemblance de la personne qu'ils choisissent de représenter », ce que de nombreux et crédibles témoins oculaires attestent, et que rien ne s'oppose à ce qu'ils puissent encore accomplir des choses encore plus prodigieuses — manger et boire, et consommer réellement la nourriture des hommes.[171]

Le second extrait (p. 52) porte sur la nature du corps spirituel. Il y est soutenu que beaucoup pensent à tort qu'un corps spirituel n'est pas un corps littéral, c'est-à-dire réel. S'appuyant sur Webster pour définir « littéral » comme signifiant « réel, non figuratif ou métaphorique », l'auteur cite 1 Corinthiens 15:44 — « Il y a un corps naturel (animal) et il y a un corps spirituel » — pour demander si l'apôtre entend vraiment dire qu'il y a un corps réel et un corps figuratif ou métaphorique. L'aveuglement de ceux qui ne reconnaissent que le corps naturel ou animal est dénoncé, ainsi que la crainte irrationnelle que reconnaître une venue de Christ en un corps autre qu'animal ne conduise à rejeter une résurrection littérale.[172]

La position de la Tour de Garde est clairement énoncée : les saints ne sont pas ressuscités dans un corps naturel ou animal, et si cela revient à rejeter une résurrection littérale des saints, le fait est reconnu et assumé, au motif que « le Tout-Puissant a dit : "Il est ressuscité un corps spirituel" ».[173] Il est argué qu'il n'y a rien d'anti-scripturaire ni de fanatique à soutenir que Christ a un corps spirituel, et que les saints, devant lui ressembler, sont ressuscités dans des corps spirituels. Les deux cas scripturaires où un corps spirituel est décrit — en Daniel 10:6 et en Apocalypse 1:13 — représentent un corps très beau et que Daniel semblait tenir pour réel. La promesse d'être rendus semblables à son corps glorieux est rappelée, ainsi que le principe selon lequel, comme on a porté l'image du terrestre, on portera aussi l'image du céleste.[174]

L'argument est poursuivi : comme Christ a porté l'image du terrestre lors de son incarnation pour élaborer un plan permettant à l'humanité de prendre sa nature, et comme il a depuis lors été connu selon la chair, il ne doit plus être connu ainsi — selon 2 Corinthiens 5:16. Beaucoup pensent à tort que parce que Christ apparut sous un voile de chair après sa résurrection — comme le Seigneur apparut à Abraham — il sera de nouveau connu selon la chair. Or le monde peut le voir ainsi, mais les saints le verront tel qu'il est, sans voile. Pour l'homme naturel, ces choses sont folie : il ne peut comprendre les choses de l'Esprit, et l'idée qu'un être né de l'Esprit puisse aller et venir comme le vent lui semble insensée. Sa seule issue est d'expliquer ces textes à sa manière. Lorsque Actes 1:11 annonce que ce même Jésus qu'on a vu monter au ciel reviendra de la même manière, l'homme naturel fixe sa pensée non sur le Jésus qui apparaissait soudainement au milieu des disciples puis disparaissait de leur vue, et qui était mystérieusement invisible pendant la majeure partie des quarante jours de sa présence.[175]

Le raisonnement se poursuit : Jésus qui est parti — et qui revient « de la même manière » selon Actes 1:11 — est précisément celui qui était né de l'Esprit, un être qui, selon ses propres paroles, est aussi invisible aux mortels sans miracle que l'est le vent, qui apparaissait soudainement au milieu des disciples « les portes étant fermées » puis disparaissait de leur vue, et dont on ne pouvait dire ni d'où il venait ni où il allait.[176] Des experts en explication des Écritures peuvent rendre ces passages inoffensifs, reconnaît l'auteur, mais il conclut : « la Parole de Dieu demeure ».[177]

N'appelez personne Maître

Signé des initiales G. B. S., cet article s'appuie sur l'enseignement de Jésus à ses disciples, par parole et par exemple. Lorsque les disciples débattaient de la prééminence dans le royaume des cieux, Jésus leur enseigna que celui qui voulait être le premier devait être le dernier de tous et le serviteur de tous, et que le chemin vers l'honneur est l'humilité. Prenant un petit enfant, il déclara selon Luc 9:48 : « Celui qui reçoit cet enfant en mon nom me reçoit ; [...] car celui qui est le plus petit parmi vous tous, c'est celui-là qui est grand. »[178] La disposition à la prééminence est présentée comme humaine et non divine ; Jésus avait enseigné à ne pas imiter les scribes et les pharisiens, car « Un seul est votre Maître, le Christ, et vous êtes tous frères ».[179]

Ces paroles sont confirmées par l'apôtre Paul, qui soutient que le corps n'est pas un seul membre mais plusieurs, chacun ayant sa propre fonction légitime. C'est la conclusion logique tirée de Éphésiens 4:11-12, où Paul énumère les dons — apôtres, prophètes, évangélistes, pasteurs et enseignants — accordés pour « parfaire les saints, pour l'œuvre du ministère, pour l'édification du corps du Christ ».[180]

Ce service appartient aux saints dans leur ensemble, non à des individus particuliers. Les dons spéciaux ont cessé une fois accomplie leur fonction, et tous demeurent également frères, sans droit de dominer les uns sur les autres. Tout effort en ce sens ne conduit qu'à la carnalité — divisions, jalousies, querelles. C'est seulement lorsque le Seigneur paraîtra dans sa gloire que les saints seront appelés à agir officiellement, et non pas sur leurs frères, mais sur le monde.[181]

L'Esprit sera-t-il retiré ?

Signé J. H. P. (vraisemblablement John Henry Paton), cet article pose la question du moment où l'œuvre de l'Esprit pour les chrétiens sera achevée. La réponse donnée est : seulement lorsque nous serons nés de l'Esprit. Le Chef — le Seigneur Jésus-Christ — est né de l'Esprit il y a plus de dix-huit cents ans, et les membres de son corps doivent le suivre dans la même vie, par la même puissance du Saint-Esprit.[182]

L'argument principal réfute la thèse selon laquelle Christ reviendrait sous le voile de la chair pour compléter l'éducation de son Église, auquel cas l'Esprit serait retiré. Une telle idée prouverait l'incompétence de l'Esprit pour la tâche qui lui a été assignée : conduire dans toute la vérité et mener à la naissance spirituelle.[183] L'Esprit est le représentant de Christ en nous ; Paul emploie indifféremment les expressions « Esprit de Dieu », « Esprit de Christ » et « Christ en vous », selon Romains 8:9-10. Si un Christ externe et visible était un meilleur enseignant que Christ en nous, il n'aurait pas été opportun que Christ parte et envoie le Consolateur.[184]

C'est l'inhabitation de l'Esprit qui fait des croyants des chrétiens ou des fils de Dieu, selon Romains 8:8-17. Ôter l'Esprit à l'Église la réduirait à « une simple compagnie d'hommes naturels — des hommes selon la chair », car selon Romains 8:8-9, ceux qui sont dans la chair ne peuvent plaire à Dieu, et quiconque n'a pas l'Esprit de Christ ne lui appartient pas.[185]

La seule manière dont l'œuvre de l'Esprit peut cesser est d'être perfectionnée. En ce sens, Paul évoque la cessation des prophéties, des langues et de la connaissance en 1 Corinthiens 13:8-10, en expliquant que lorsque ce qui est parfait sera venu, ce qui est partiel sera aboli. De même qu'un enfant cesse d'être enfant en devenant adulte, les croyants ne peuvent cesser d'être des enfants engendrés de Dieu qu'en étant nés. Le plan de Dieu progresse vers la perfection.[186]

Le voyage de l'éditeur dans l'Est

Daté du 29 juin 1880 depuis Berwick, en Pennsylvanie, ce compte rendu est adressé aux lecteurs par Russell lui-même. Le voyage, alors presque achevé, est qualifié de très agréable dans l'ensemble, ses seuls aspects désagréables étant la brièveté des visites en chaque lieu et les séparations au moment des au revoir. Des personnes que Russell n'avait jamais rencontrées auparavant lui semblèrent, après deux ou trois jours de visite, de vieilles connaissances de toujours. Il rapporte que les croyants se reconnaissaient mutuellement dans l'esprit d'adoption au sein d'une même famille, et dans leur appartenance au seul corps de Christ, « cimentés par "ce que chaque jointure fournissait" — l'amour ».[187]

Les arrangements prévus furent respectés, à l'exception de Montrose, en Pennsylvanie, où la correspondance ferroviaire ne put être assurée. Les réunions durèrent en moyenne de quatre à six heures par jour dans chaque localité, et sont présentées comme profitables, tendant à affermir, encourager et établir les auditeurs dans « la vérité présente ». Russell rentre chez lui stimulé et rafraîchi par le contact avec tant de cœurs aimants et sympathisants, animés de l'Esprit de Christ.[188]

L'expérience du voyage lui fait réaliser plus que jamais les paroles de Jésus : « Vous aurez dans cette vie le centuple — maisons, terres, mères, frères et sœurs. » Cent foyers s'ouvriraient à Russell s'il revenait dans la même direction. Les invitations sincères à revenir, attestées par la poigne de main ferme, l'œil humide et le « Que Dieu te bénisse » au moment des adieux, l'incitent à considérer qu'il est peut-être dans la volonté du Père qu'il visite davantage le « cher troupeau ». Il entend attendre la direction divine et se laisser guider selon les voies qui s'ouvriront, probablement dans d'autres directions.[189]

La suite de la lettre de Russell aborde une proposition concrète inspirée par le voyage : si Russell a trouvé profitable de mieux connaître les croyants et leurs situations, il estime que l'ensemble des lecteurs gagnerait à se connaître mutuellement. Il propose donc de réserver chaque mois un espace de la revue à la correspondance des lecteurs, les invitant à donner brièvement des nouvelles de leur vie spirituelle tous les trois mois environ — si les réunions avec les frères de foi se maintiennent, comment le Seigneur les fait prospérer, etc. —, précisant qu'un billet court sur une carte postale suffit. L'objectif est d'élargir l'intérêt mutuel et d'édifier l'ensemble de la communauté.[190]

Quel effet

L'article, signé des initiales J. H. P. — soit J. H. Paton —, s'ouvre sur l'anecdote d'un prédicateur soutenant que la « théologie pure » constitue la « robe de noces », et qui aurait déclaré souhaiter que ses auditeurs cessent d'essayer d'être bons pour concentrer leur attention sur la connaissance du plan de Dieu. La question est posée de savoir si une telle exhortation conduit les hommes vers une vie plus haute et plus pure, et la réponse est négative.[191]

Pour démontrer l'écart entre cette position et les enseignements apostoliques, une série de citations scripturaires est alignée. La marche honnête, l'évitement des débordements et des rivalités, ainsi que le « vêtement » du Seigneur Jésus-Christ sont présentés comme des commandements concrets issus de Romains 13:13-14. L'héritage du Royaume est conditionné à l'évitement des œuvres de la chair énumérées en Galates 5:19-21, et la persévérance dans le bien est exhortée en Galates 6:9-10. La marche dans l'amour recommandée en Éphésiens 5:1-2 s'accompagne d'un avertissement contre les vaines paroles qui attirent la colère divine sur les désobéissants, et d'un appel à marcher comme « enfants de lumière » portant les fruits de l'Esprit en bonté, justice et vérité (Éphésiens 5:6-10).[192]

D'autres passages sont convoqués pour renforcer la démonstration : la méditation sur ce qui est vrai, honnête, juste, pur et de bonne réputation en Philippiens 4:8, la mortification des membres terrestres en Colossiens 3:5, le vêtement des élus de Dieu en miséricorde, bonté et humilité (Colossiens 3:12-14), la fuite des convoitises et la poursuite de la justice, de la piété, de la foi et de la douceur en 1 Timothée 6:11, la fermeté dans la foi et la provocation mutuelle à l'amour et aux bonnes œuvres de Hébreux 10:23-24, et enfin l'appel à suivre la paix et la sanctification, sans laquelle nul ne verra le Seigneur, tiré de Hébreux 12:3-14.[193]

La conclusion de l'article pose que ces passages ne constituent que des échantillons des exhortations générales des apôtres à l'Église. Loin d'ignorer la foi ou la connaissance, les apôtres exaltent l'importance de la sainteté du cœur et de la vie. Si les apôtres avaient adopté la thèse selon laquelle la « théologie pure » serait la « robe de noces », ils auraient dit aux croyants de ne faire aucun effort vers la bonté et de se consacrer uniquement à l'étude du plan. L'auteur précise ne pas accuser le prédicateur en question d'avoir voulu encourager le péché, mais estime que la tendance de sa théorie va dans ce sens, et que toute théorie conduisant un homme à tenir des propos aussi éloignés des enseignements du Saint-Esprit est nécessairement défectueuse.[194]

Avis et erreurs

Un avis signé de J. H. P. signale qu'un défaut de reliure a été découvert dans quelques exemplaires de l'ouvrage Day Dawn ; les lecteurs ayant reçu un exemplaire défectueux sont invités à en informer les éditeurs, qui s'engagent à le remplacer.[195]

Une note intitulée « Erreurs » (Mistakes) signale une confusion fréquente chez certains lecteurs entre A. D. Jones, éditeur du Day Dawn, et l'éditeur de la Zion's Watch Tower. En conséquence, des lecteurs commandant un livre auprès de Jones lui reprochaient de ne pas leur avoir envoyé certains anciens numéros du périodique, alors que Jones n'est nullement responsable du journal. Les lecteurs sont priés d'adresser toute communication concernant le périodique à l'adresse indiquée en première colonne, et les commandes du Day Dawn à Jones directement. Par commodité, il est néanmoins précisé que les lecteurs renouvelant leur abonnement peuvent joindre leurs commandes du livre à leur courrier, et que l'éditeur les transmettra à Jones.[196]

Le numéro se clôt sur deux brefs fragments doctrinaux et une correspondance. Un passage théologique non signé établit un parallèle entre le sacrifice de Jésus — qui a donné sa vie naturelle parfaite pour racheter les hommes déchus et les restaurer à la condition naturelle parfaite — et la vocation des croyants comme « épouse » de Christ : comptés parfaits par la foi grâce à son sacrifice, ils sont ensuite appelés à offrir cette nature justifiée en « sacrifice vivant », associés ainsi à la mort de Jésus, afin de devenir participants de la « nature divine » et de nouvelles créatures en Christ Jésus, selon 2 Timothée 2:11-12.[197]

Une correspondance du frère H. B. Rice, mentionné dans le numéro, rapporte que des difficultés financières temporaires et des maladies dans sa famille l'ont tenu occupé, sans lui faire perdre son intérêt pour la revue. Il confesse sa foi dans le pouvoir purificateur du sang de Jésus-Christ et précise que le sacrifice du Christ n'a pas consisté à mettre de côté l'immortalité mais à verser son sang — à répandre son âme, c'est-à-dire sa vie, jusqu'à la mort. Malgré ses contraintes, il continue à prêcher les bonnes nouvelles et a récemment prononcé une série de onze conférences à Stockton, en Californie. Il vient par ailleurs d'obtenir un emploi à San Francisco, où il s'est installé.[198]

Une citation de Blackstone conclut la page : « Les lois humaines tirent toute leur force obligatoire de leur origine divine ; le bien doit exiger ce qui est juste et condamner ce qui est mal ».[199]

Voir aussi

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Illustrations du numéro

Références

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