La Tour de Garde de Avril 1883
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| La Tour de Garde de Avril 1883 | |
|---|---|
| Revue | La Tour de Garde |
| Date | 1883 |
| Auteur(s) | J. F. Smith, M. F. Clarkson, L. R. K. Bishop, H. L. Hastings, D. Winder, John C. Sunderlin, Lyman Abbott |
| Année | 1883 |
| Langue | Anglais |
| Pays | États-Unis |
| Éditeur | Zion's Watch Tower, Pittsburgh |
La mort de Jésus et sa valeur pour les croyants occupent la plus grande partie de ce numéro. Jésus y est présenté comme un homme parfait, sans péché dès sa naissance, qui meurt volontairement pour payer la dette d'Adam. Les rédacteurs s'en prennent à deux journaux concurrents, le Zion's Day Star et The World's Hope. Ils leur reprochent de garder les mots « rançon » et « racheté » tout en leur retirant leur sens. Une lectrice, Mme Bishop, défend de son côté la naissance virginale contre un rédacteur qui fait de Jésus le fils de Joseph.
Le même sujet commande les pages sur le repas du Seigneur. Ce repas remplace la Pâque juive et se célèbre une fois par an, à la date de la mort de Jésus. Pour 1883, il est fixé au samedi soir 21 avril. Les lecteurs y trouvent aussi des conseils sur la façon de prier et une méditation sur la foi, l'espérance et l'amour.
La fin du numéro porte sur l'avenir de l'Église et du monde. Babylone la grande désigne l'Église de Rome et toutes les Églises qui s'unissent au monde ou à l'État. Les rédacteurs reconnaissent avoir abandonné, un peu plus d'un an plus tôt, l'idée que les derniers saints vivants ne mourront pas. Depuis l'automne 1881, la mort de ces saints est annoncée comme un passage immédiat à leur corps spirituel, sans période de sommeil.
Analyse
Croyances
Le Christ, homme parfait livré en rançon
Mme L. R. K. Bishop défend la naissance virginale en partant d'une malédiction biblique. Selon Jérémie 22:30, aucun descendant de Conias ne régnera sur le trône de David. Si Jésus était le fils naturel de Joseph, il serait de cette lignée et ne pourrait pas être le Messie.[1] Le périodique qu'elle réfute n'est pas nommé. Il s'agit très probablement du Zion's Day Star. En décembre 1882, la revue reprochait à ce journal d'affirmer que Jésus était le fils de Joseph.[2] En février 1883, elle lui reprochait d'avoir consacré trois colonnes au signe d'Emmanuel, l'objection même que reprend Mme Bishop.[3] Son argument appartient à une tradition plus ancienne. L'idée que la généalogie de Luc est celle de Marie remonte à Annius de Viterbe et à Martin Luther. Des théologiens répondent déjà à la malédiction de Conias en disant que Joseph n'est pas le père naturel de Jésus.[4] Mme Bishop ajoute Ézéchiel 21:26 : « élever ce qui est bas » désigne pour elle la branche obscure de Nathan, élevée à la place de la branche royale de Salomon.[5] Le même chapitre servait jusque-là à d'autres usages. En mars 1880, son verset 27 prouvait la présence invisible du Roi par le retour des Juifs en Palestine.[6] En juin 1880, le triple « je la renverserai » donnait trois dates de l'histoire.[7]
La naissance virginale compte parce qu'elle garantit un Jésus sans péché, donc capable de payer pour Adam. L'article « Le Fils de Dieu » place Jésus entre deux erreurs : l'homme imparfait né sous la malédiction, et Jéhovah lui-même. Il juge pourtant la seconde erreur plus excusable que la première.[8] Cette indulgence étonne. En juillet 1882, la revue avait rejeté la Trinité comme « totalement contraire à la Bible ».[9] En 1883, le danger principal vient d'anciens collaborateurs qui font de Jésus un pécheur comme les autres. Pour la revue, ces collaborateurs ruinent la rançon, et la Trinité paraît alors un moindre mal. Le Christ sans péché dès sa naissance reprend une idée de George Stetson. Selon Blandre, Stetson enseignait que Jésus, engendré du Saint-Esprit, était exempt du péché et donc de la condamnation à mort.[10]
Ce Christ sans péché fonde la longue réponse aux deux journaux concurrents. Le Zion's Day Star est le journal d'A. D. Jones.[11] The World's Hope est celui de John H. Paton. Selon Tony Wills, Paton soutenait en 1881 que l'Église obtient la vie en sacrifiant le péché dans son propre corps, et non parce que le Christ meurt à sa place.[12] Les réponses prêtées aux deux journaux ressemblent à la position de Nelson Barbour en 1878. Barbour soutenait que la mort de chaque homme le libère du péché d'Adam, sans substitut.[13] Le mot « substitution » est désormais employé sans gêne : le Christ y devient un « substitut » placé en prison à la place des croyants.[14] En septembre 1880, Russell disait au contraire « employer rarement le mot substitut », parce qu'il ne figure pas dans la Bible anglaise.[15] La polémique a fait revenir ce mot.
La rançon ainsi défendue repose sur un prix équivalent. Une vie humaine parfaite paie une vie humaine parfaite.[16] Russell disait avoir compris en 1873 que le mot grec antilutron voulait dire « prix équivalent ».[17] Ce calcul exclut que Jésus ait souffert à Gethsémané autant que l'humanité en une éternité de tourments. Les rédacteurs rejettent cette idée.[18] Schulz et de Vienne montrent la différence avec Anselme de Cantorbéry. Pour Anselme, un Dieu-homme paie un prix supérieur à la valeur du genre humain. Pour Russell, le prix est seulement égal à la vie perdue par Adam.[19] Le prix peut rester égal parce que la peine du péché est l'extinction, et non un tourment sans fin. Le tourment éternel est appelé une calomnie de Satan.[20] Cette conception de la mort vient de George Storrs. Selon Penton, Storrs était devenu le principal défenseur américain de l'idée que les morts sont inconscients jusqu'à la résurrection.[21]
Du croyant justifié au Mémorial annuel
La rançon ouvre ensuite au croyant un chemin par étapes. J. C. Sunderlin en tire une règle pratique pour la prière. Le pécheur doit d'abord s'adresser à Jésus, car Dieu n'exauce pas les pécheurs. Une fois justifié, il prie le Père au nom de Jésus.[22] Le croyant justifié est « réputé » parfait, comme Adam avant sa faute, alors que Jésus l'était réellement.[23] Tony Wills explique cette distinction chez Russell. L'Église reçoit une perfection seulement comptée, car ses membres doivent de toute façon sacrifier leur corps humain. Le monde recevra une perfection réelle.[24] La note ajoutée aux « Sept étapes » de J. F. Smith suit la même ligne. La consécration et l'exaltation ne concernent que l'Église.[25]
Le Mémorial reprend ces étapes. Le pain sans levain représente l'humanité sans péché de Jésus, que le croyant reçoit par la foi. Le vin représente la rançon et la part que le croyant prend aux souffrances du Christ.[26] La célébration annuelle au 14 nisan vient de Storrs, selon Penton.[27] Zoe Knox note que les Étudiants de la Bible fixaient le Mémorial sur la Pâque juive, comme d'autres groupes adventistes. Ils tenaient la date de Pâques pour une invention de l'Église apostate, fixée au concile de Nicée.[28] Le ton a durci. En mars 1882, la revue disait « ne pas contester ceux qui préfèrent commémorer plus souvent » et ne tenait pas le rite pour obligatoire.[29] En avril 1883, la communion fréquente est attribuée à des enseignants qui ont jugé que le Maître s'était trompé. Ceux qui ne comprennent pas le sens du repas sont rangés parmi les « faibles et malades » de 1 Corinthiens 11:30.[30]
La date change aussi d'un mois à l'autre. En mars 1883, l'Église de Pittsburgh annonçait sa célébration pour le dimanche 22 avril.[31] En avril, le repas est fixé au samedi soir 21 avril. Le 14 nisan est en effet compté du samedi 18 heures au dimanche 18 heures.[32] Le calendrier juif de l'époque fait commencer la Pâque (15 nisan) au coucher du soleil du samedi 21 avril 1883.[33] Le 14 nisan juif commence donc le vendredi soir. La revue compte un jour plus tard que le calendrier rabbinique.
Deux saluts : des « dieux » en germe et une terre rétablie
Ceux qui suivent ce chemin jusqu'au bout sont appelés des « dieux ». La traduction littérale de Young pour Psaumes 82:6 porte : « Moi, j'ai dit : Dieux vous êtes, et fils du Très-Haut, vous tous ».[34] Dans la tradition protestante issue de Calvin, ces « dieux » sont les juges et les magistrats. Ils portent ce titre à cause de la charge que Dieu leur confie.[35] Les rédacteurs appliquent le titre aux engendrés de l'esprit, participants de la nature divine. Ils les voient comme des dieux encore à l'état d'embryon, avecJésus pour premier-né.[36] Penton relève que Russell avait publié en décembre 1881 un article intitulé « Vous êtes des dieux ». Il y parlait déjà d'une « famille de dieux » dont Jéhovah est le père et Jésus le premier-né.[37] Jean 10:35 sert de preuve : Jésus ne nie pas que le titre de fils implique la nature divine. Le Psaumes 82:8 est ensuite appliqué au Christ entier, tête et corps, qui jugera la terre.[38]
Le reste de l'humanité reçoit une autre récompense. Dieu mène « plusieurs fils à la gloire », les uns à la nature humaine, les autres à la nature divine.[39] Le millénium sert à juger l'humanité pour savoir qui est digne de la perfection humaine et de la domination de la terre.[40] Robert Crompton résume ainsi la position de Russell : ne pas être choisi pour le haut appel n'est pas une damnation, car le jugement de la plupart des hommes a lieu pendant le millénium.[41] Barbour séparait déjà les deux classes. Selon Blandre, il réservait le « haut appel » à ceux qui sont « en Christ » et s'intéressait peu à l'âge de la restitution, qui ne les concernait pas.[42] Les rédacteurs de 1883 décrivent au contraire ce millénium en détail : le Christ et l'Épouse règnent de façon invisible, l'homme rétabli plante et bâtit, la terre subsiste à toujours.[43]
Cette « quatrième vue » est présentée comme plus raisonnable que celles des adventistes, des prémillénaristes et des postmillénaristes. Le second adventisme est jugé la plus grossière, sauf sur l'état de l'homme dans la mort.[44] Schulz et de Vienne citent ce passage pour montrer que Russell refusait d'être compté parmi les adventistes. Selon eux, il se sentait plus proche des prémillénaristes non adventistes et voyait sa doctrine comme une fusion du meilleur des vues pré- et postmillénaristes.[45] La présence invisible du Christ, elle, vient d'Angleterre. Penton note que Robert Govett, ancien prêtre anglican, traduisait déjà le mot grec parousia par « présence » et enseignait une présence invisible dans les derniers jours.[46]
La moisson de 1874-1881 et la mort des derniers saints
Les trois messages d'Apocalypse 14:6-11 sont placés pendant les sept premières années de la moisson, de 1874 à 1881.[47] Les adventistes du septième jour lisaient les mêmes versets autrement. Pour eux, les deux premiers messages avaient été proclamés en 1843 et 1844, au temps de William Miller.[48] Les rédacteurs gardent la suite des trois anges mais la déplacent sur leur propre prédication. Ils disent n'avoir remarqué la ressemblance qu'après avoir prêché ces messages.[49] Les sept années de 1874 à 1881 correspondent à la soixante-dixième semaine de Daniel. En décembre 1880, la même durée était tirée des sept années de construction du temple de Salomon.[50] Le rejet de l'Église nominale en 1878 vient du parallèle entre l'âge juif et l'âge de l'Évangile. Blandre montre que Barbour avait construit ce parallèle dès 1875 : 1 845 ans de la mort de Jacob à celle de Jésus, puis la même durée jusqu'au printemps 1878.[51]
Ce calendrier sert à justifier un changement sur la mort des saints. Les rédacteurs reconnaissent avoir cru que les membres encore vivants à la présence du Seigneur ne mourraient pas.[52] Cette attente avait une date. En janvier 1881, l'automne 1881 était annoncé à la fois comme la fin de l'appel à l'Épouse et comme le moment où les croyants vivants seraient changés en êtres spirituels.[53] En février 1881, le changement des saints était attendu « au cours de 1881, peut-être à l'automne ».[54] Penton confirme que Russell, qui se comptait parmi les saints, s'attendait à devenir cette année-là un être spirituel.[55] Rien de visible ne s'est produit. Désormais, « une chose est sûre : il nous faudra un jour quitter la chair ».[56] La mort physique devient le moyen même du changement.[57]
La relecture touche plusieurs versets. 1 Corinthiens 15:51 ne promet plus d'échapper à la mort, mais de ne pas « dormir » : le corps humain se dissout et le corps spirituel est donné au même instant.[58] La « maison terrestre » de 2 Corinthiens 5:1-4 redevient le corps humain qu'on quitte. En janvier 1881, Sunderlin y voyait la maison juive et la maison de l'Évangile, dissoutes par les épreuves.[59] La parole sur Jean, en Jean 21:23, est lue de la même façon : Jésus n'a jamais dit que ce disciple ne mourrait pas.[60] L'idée d'un changement instantané n'est pas récente dans ce milieu. Selon Blandre, le Herald of the Morning de Barbour annonçait en 1875 que les élus vivants seraient changés instantanément en êtres spirituels à la fin de la moisson.[61] La nouveauté de 1883 porte seulement sur la mort qui précède ce changement.
La bénédiction d'Apocalypse 14:13 donne un sens positif à cette mort. Partout ailleurs, la mort reste un ennemi. Pour le seul petit troupeau, elle devient désirable « dès maintenant », c'est-à-dire depuis l'automne 1881, parce qu'elle supprime le sommeil qu'ont connu Paul et les autres apôtres.[62] Les rédacteurs se comptent parmi ces vivants du temps de la présence.[63] L'échec de 1881 ne fait donc pas tomber le calendrier. Il change ce que les fidèles attendent. Melvin Curry, cité par Penton, notait déjà que l'échéance de 1881 avait détourné l'attention de la déception de 1878 et poussé les lecteurs à prêcher davantage.[64]
Babylone, Rome et les Églises nominales
En face de l'Épouse se tient Babylone la grande. L'identification à Rome est tirée d'un auteur anglais non nommé. Les sept montagnes d'Apocalypse 17:9 sont les sept collines de Rome, et la conclusion est donnée comme évidente : « la prostituée est l'Église de Rome ».[65] Cette lecture appartient à une longue tradition protestante. Blandre rappelle que des auteurs réformés voyaient dans la prostituée l'Église catholique. Certains, comme Romeyn, rangeaient aussi des États protestants parmi « Babylone ».[66] Les rédacteurs vont plus loin que l'auteur anglais. Les « filles » de la prostituée sont les Églises d'État et toutes les sectes alliées au monde : « Hélas, le nom de Babylone est inscrit sur le front de chaque secte du monde entier ! » [67] George Chryssides note que le protestantisme courant réservait le nom de Babylone au catholicisme, tandis que les Étudiants de la Bible l'appliquaient dès le début à toute la chrétienté.[68]
Cette Babylone sert aussi d'instrument à Satan. Satan et ses anges, invisibles, ont gouverné par Rome, au point que l'Écriture appelle Rome « le diable et Satan ». De même, le royaume invisible du Christ agira par Israël selon la chair rétabli.[69] Paton exposait déjà ce parallèle en 1880 dans The Day Dawn : la Jérusalem rétablie serait au royaume de Dieu ce que Rome avait été au royaume de Satan.[70] Cyrus, vainqueur de la Babylone typique, sert de type du Christ.[71] Le livre d'Ésaïe lui donne en effet le titre d'« oint de l'Éternel », réservé ailleurs aux rois d'Israël et au Messie (Ésaïe 45:1).[72]
L'appel « Sortez du milieu d'elle » vise surtout les croyants restés dans les Églises par crainte de perdre leur place. D. Winder affirme que la plupart des prédicateurs savent les credos faux mais les gardent par goût de la popularité.[73] La revue disposait d'un exemple. Schulz et de Vienne citent la lettre de démission de Samuel T. Tackabury, ancien pasteur méthodiste, publiée en février 1883. Tackabury y reprochait à son Église sa mondanité et sa confiance dans les credos humains.[74] Ce refus des Églises vient lui aussi de Storrs. Selon Penton, Russell détestait comme lui les Églises de la chrétienté et les tenait pour Babylone la grande.[75] L'appel à sortir d'elle découle de ce verdict.[76]
Organisation et histoire
Se séparer des Églises et des anciens alliés
L'appel « Sortez du milieu d'elle, mon peuple » revient dans deux articles du même numéro.[77] Il vise toutes les Églises. L'Église de Rome est la « mère ». Les Églises d'État, comme l'Église d'Angleterre, sont ses « filles ». Les autres Églises feraient de même si un empire acceptait de les soutenir.[78] La condamnation tient en une phrase : « Hélas, le nom de Babylone est inscrit sur le front de chaque secte du monde entier ! » [79] Rester dans une Église « par l'esprit ou par le nom » expose à un « tourment » tant que l'on sert les credos, les doctrines et les organisations des hommes.[80] La faute porte donc sur le simple fait d'être inscrit dans une Église. En novembre 1879, la revue répondait plus prudemment à un lecteur qui demandait s'il fallait quitter son Église : elle lui conseillait d'abord de se séparer du monde.[81] En 1877, le livre de Nelson Barbour jugeait que l'appel « Sortez d'elle » n'était pas encore valable, et il l'appliquait aux douze tribus d'Israël.[82] Selon Penton, Russell voyait comme George Storrs les Églises de la chrétienté comme Babylone. Mais aucune règle n'obligeait les Étudiants de la Bible à se fréquenter entre eux : ces liens restaient libres et volontaires.[83] Le numéro ne prévoit en effet aucune sanction humaine contre ceux qui restent. La menace qui pèse sur eux vient seulement de Dieu.[84]
La même ligne de partage sépare le groupe des autres courants qui attendent le retour du Christ. Les adventistes du second avènement, les prémillénaristes et les postmillénaristes sont présentés comme trois raisonnements humains. Les lecteurs de la revue, eux, sont dits libres des credos.[85] Schulz et de Vienne relèvent que Russell ne range pas les adventistes parmi les « prémillénaristes ». En Amérique, ce mot désignait alors les croyants de l'« âge à venir », dont il se sentait le plus proche.[86] Dans la région de Pittsburgh, on appelait pourtant le groupe d'Allegheny les « adventistes du second avènement », et ses membres refusaient fermement ce nom.[87] En février 1881, la revue reconnaissait que beaucoup de ses premiers compagnons, vers 1871, étaient des adventistes du second avènement.[88] Schulz et de Vienne estiment toutefois que la plupart des lecteurs des années 1880 n'avaient jamais été adventistes.[89] En jugeant le second adventisme le courant le plus éloigné de la vérité, le groupe prend ses distances avec l'étiquette qu'on lui donnait autour de lui.[90]
La querelle sur la rançon applique ce rejet à d'anciens collaborateurs. Zion's Day Star (« L'Étoile du jour de Sion ») est le journal d'Albert Delmont Jones. Selon Penton, Jones l'avait fondé avec la bénédiction de Russell, avant de rejeter en moins d'un an l'idée que Russell se faisait de la rançon.[91] En avril 1882, la revue disait encore que le Day Star brillait « de plus en plus ».[92] En décembre 1882, elle retirait publiquement sa recommandation.[93] The World's Hope (« L'Espoir du monde ») est le mensuel que John Henry Paton a fondé en 1882.[94] Paton s'était séparé de Russell en 1881, non sans amertume.[95] Tony Wills indique qu'à la fin de 1882, Jones avait adopté les idées de Paton.[96] En avril 1883, la revue répond à leur place aux six questions restées sans réponse. Elle parle de « lâcheté morale » et de « damnable hérésie », tout en affirmant garder des relations amicales avec les deux rédacteurs.[97] L'article de Mme L. R. K. Bishop réfute un rédacteur non nommé qui fait de Jésus le fils naturel de Joseph.[98] En février 1883, la revue prêtait déjà cette idée au rédacteur du Day Star.[99] Robert Crompton relie ces ruptures aux attentes déçues : un an après l'échec de 1881, Russell restait le seul des premiers dirigeants à défendre l'enseignement mis au point par le groupe.[100] Wills ajoute que Russell voyait dans ces départs la séparation du blé et de la balle. Cette lecture lui permettait de les accepter sans se décourager.[101]
Relire les débuts du groupe et corriger une attente
Le groupe raconte sa propre histoire récente comme l'accomplissement des trois messages d'Apocalypse 14:6-11. Les dates de 1874, 1878, du printemps 1879 et de l'automne 1881 marquent chacune une étape de la prédication.[102] Un fait concerne le fonctionnement du groupe. Depuis 1878, les prédicateurs ont presque tous cessé d'enseigner les dates, « sans accord préalable », parce que d'autres points ont pris plus de place.[103] Aucune consigne ne vient donc régler le contenu des prédications. Un changement survenu chez des prédicateurs isolés est ensuite présenté comme la marque d'une direction divine. Les rédacteurs précisent qu'ils n'ont vu la ressemblance avec les trois messages qu'après les avoir proclamés.[104] Le récit des origines est donc écrit après coup.
Dans le même numéro, les rédacteurs reconnaissent une erreur. Comme beaucoup de chrétiens, ils ont longtemps cru que les fidèles encore vivants au retour du Seigneur ne passeraient pas par la mort. Ils disent n'avoir découvert leur erreur qu'« un peu plus d'un an » auparavant.[105] L'affirmation est désormais nette : « une chose est sûre : il nous faudra un jour quitter la chair ».[106] L'erreur appartenait bien à la revue. En décembre 1880, elle annonçait l'Église complète, avec « les morts ressuscités et les vivants changés ».[107] En avril 1881, elle attendait que les saints vivants soient « changés et enlevés ».[108] En décembre 1881, une réponse à un lecteur disait déjà que le membre du corps qui meurt maintenant est changé en un clin d'œil.[109] Avril 1883 donne à ce changement le nom d'erreur. Crompton explique que Russell attendait pour 1881 la glorification des saints. En séparant la fin de l'appel céleste de leur glorification, il a pu garder la date de 1881 et repousser la récompense.[110] Penton observe que, chez les Étudiants de la Bible, un échec de date est d'ordinaire expliqué ainsi : « la mauvaise chose s'est produite au bon moment ».[111] En avril 1883, la date reste juste, mais les rédacteurs admettent s'être trompés sur ce qui devait arriver aux fidèles. Le récit d'A. H. Macmillan présente les choses autrement. Selon lui, Russell avait expliqué dès l'échec de 1878 que les fidèles vivants seraient changés à l'instant de leur mort, et Barbour avait refusé cette explication.[112] La revue de 1883 situe pourtant cette découverte trois ou quatre ans plus tard.[113]
Fixer les pratiques et les outils des lecteurs
La revue fixe la date du repas du Seigneur pour tous ses lecteurs : le samedi 21 avril 1883, vers sept ou huit heures du soir, avec du pain sans levain et du vin.[114] Un mois plus tôt, elle annonçait que l'Église de Pittsburgh célébrerait le dimanche 22 avril.[115] Dans le calendrier juif de 1883, la Pâque commence le samedi 21 avril au soir. Le 14 nisan va donc du vendredi 20 au soir au samedi 21 au soir.[116] La soirée retenue tombe ainsi au début du 15 nisan rabbinique, mais le calcul de la revue n'est pas donné.[117] La fixation de la date faisait débat depuis plusieurs années. Penton indique que Russell tenait de George Storrs l'habitude d'une commémoration annuelle le 14 nisan.[118] En 1881, un auteur de The Restitution demandait déjà à John Foore et à Russell pourquoi ils ne retenaient pas le même jour.[119] Le déroulement est réglé de façon simple. Chacun peut célébrer seul, mais les membres du « seul pain » doivent se réunir autant que possible, sans cérémonie, « avec bienséance et par ordre ».[120] Sans pasteur ni Église, la revue fournit aux petits groupes la date, l'heure et la manière de faire.[121]
La revue choisit aussi les livres d'étude de ses lecteurs. Elle cesse de vendre la Concordance de Cruden et propose à très bas prix la Concordance analytique de Young, qui donne le mot original et son sens.[122] La concordance d'Alexander Cruden, parue en 1737, classe les versets de la version du roi Jacques par mots anglais. Elle ne donne le sens des mots dans les langues originales que pour les noms propres.[123] Avec Young, le lecteur peut vérifier lui-même le mot grec ou hébreu. Dans le même numéro, cet ouvrage sert d'argument contre les deux journaux rivaux : il suffit de le consulter pour connaître le sens d'antilutron.[124] En mai 1881, la revue citait déjà Young pour établir que parousia veut dire « présence ».[125] En novembre 1881, J. J. Bender avait rencontré l'auteur à Édimbourg et l'avait interrogé sur la venue du Christ.[126]
Les auteurs du numéro sont nombreux : J. F. Smith, Mme L. R. K. Bishop, J. C. Sunderlin, H. L. Hastings, D. Winder, Lyman Abbott, M. F. Clarkson et un auteur anglais dont le nom n'est pas donné.[127] Les rédacteurs encadrent certains de ces textes. Une note limite à la seule Église les deux dernières des « Sept étapes ».[128] Un complément suit les extraits de l'auteur anglais et étend le nom de Babylone à toutes les sectes.[129] Lyman Abbott n'appartient pas au mouvement : il dirige depuis 1881 le Christian Union, un journal protestant.[130] En décembre 1882, la revue reprenait un de ses éditoriaux sur l'immortalité réservée aux justes.[131] En avril 1883, elle lui emprunte un texte sur la Palestine.[132] En mars 1883, elle publiait déjà des extraits d'une conférence de Hastings.[133] Ce tri suit une règle posée au début de 1882 : tout article doit recevoir l'accord d'au moins deux des personnes les mieux informées des Écritures avant d'être imprimé.[134] Sans Église ni organisation officielle, la revue règle ainsi la vie religieuse de ses lecteurs par ce qu'elle publie et ce qu'elle écarte.
Un lectorat qui grandit, des fidèles à garder
Les lettres arrivent chaque jour en grand nombre, et les nombreuses commandes d'ouvrages sont présentées comme une preuve de progrès.[135] Une lettre publiée en février 1883 en donne un exemple : un pasteur méthodiste du Kansas, en poste depuis vingt-cinq ans, demande des exemplaires de Food for Thinking Christians (« Nourriture pour les chrétiens qui réfléchissent »).[136] Ces commandes coûtent cher. Schulz et de Vienne notent que la diffusion de ce livre épuisait les ressources dès 1882.[137] En février 1883, Sunderlin rappelait que les dépenses de l'année avaient dépassé les recettes de près de moitié.[138] Les rédacteurs craignent aussi que certains nouveaux lecteurs soient des auditeurs « de terrain pierreux », qui abandonneront à la première persécution.[139] L'économiste Laurence Iannaccone explique que les groupes religieux exigeants, en imposant à leurs membres la honte sociale et des sacrifices, écartent ceux qui ne sont pas prêts à s'engager pleinement.[140] La rupture avec les Églises exigée dans le même numéro fait partie de ces exigences.[141]
Le conseil de H. L. Hastings décrit la manière de gagner ces lecteurs. Il faut parler aux gens un par un, au bord du chemin comme au coin du feu, car un auditoire d'une seule personne suffit.[142] Il faut aussi rester maître de soi : un forgeron plie le fer chaud avec un marteau froid. L'Église est comparée à une enclume qui a usé bien des marteaux.[143] Hastings n'est pas un collaborateur du groupe, mais Schulz et de Vienne relèvent que Russell et lui partageaient beaucoup d'opinions.[144] Au début des années 1880, le travail ordinaire des évangélistes de la revue consistait surtout à faire circuler des brochures, en particulier Food for Thinking Christians et Tabernacle Teachings (« Enseignements du Tabernacle »).[145] L'article de Hastings ajoute à cette diffusion le contact personnel et prépare le lecteur à faire face aux moqueries.[146]
Contenu
Vue depuis la Tour
Les lettres d'encouragement arrivent chaque jour en grand nombre. Elles viennent de lecteurs récemment intéressés par la vérité, comparée à un trésor longtemps caché et enfin découvert.[147] Certains de ces lecteurs peuvent n'être que des auditeurs « de terrain pierreux », sans grande racine, qui s'offensent et se dessèchent quand survient la persécution à cause de la Parole.[148] Les nombreuses commandes d'ouvrages d'étude sont citées comme preuve de progrès et de recherche de la vérité ; ces aides sont présentées comme providentiellement fournies pour le moment présent.[149]
Le Fils de Dieu
Le caractère de Jésus-Christ a suscité l'admiration de ses disciples, mais aussi de nombreuses personnes qui n'ont jamais compté parmi ses adeptes. Pour l'illustrer, la revue cite deux témoignages. Le premier est l'éloge de Rousseau : les livres des philosophes paraissent minces à côté des Évangiles, et l'inventeur d'un tel récit serait plus étonnant encore que le personnage qu'il décrit.[150] Le second est attribué à Napoléon, qui déclare : « Je connais les hommes, et je vous dis que Jésus n'était pas un homme ». Napoléon le juge incomparable à tout autre être et sa vie sans équivalent.[151]
Sur la nature du Christ, l'humanité est décrite comme un pendule qui va d'un extrême à l'autre jusqu'à ce qu'elle accepte le plan de Dieu. Une catégorie de personnes affirme que Jésus était un homme imparfait, né sous la malédiction comme tous les autres. Une autre soutient qu'il était Jéhovah en personne. La Bible est présentée comme évitant ces deux erreurs.[152]
D'un côté, elle affirme l'existence d'un seul être suprême, Jéhovah : Deutéronome 6:4. Jésus déclare venir faire la volonté de celui qui l'a envoyé et dit que son Père est plus grand que lui, tout en étant un avec lui par l'harmonie et les intérêts. Paul parle d'un seul Dieu, le Père, et d'un seul Seigneur, Jésus-Christ (1 Corinthiens 8:6). Le Christ a Dieu pour chef (1 Corinthiens 11:3 ; 1 Corinthiens 15:24).[153]
D'un autre côté, Jésus est décrit comme sans tache, séparé de la race des pécheurs et saint dès sa naissance. Il n'a pas perdu le droit de vivre par le péché d'Adam ; « en lui était la vie », et aucune cause de mort ne se trouvait en lui. Sa mort est donc une offrande volontaire, le paiement de la peine due pour nos péchés.[154]
Celui qui avait une forme supérieure est devenu un homme parfait, représentant complet de l'ordre le plus élevé des êtres terrestres (Hébreux 2:7 ; Philippiens 2:6-11). À son baptême, cet homme parfait se consacre et reçoit une nouvelle nature, supérieure à la nature humaine comme à celle des anges : la nature divine. Cette nature divine n'est atteinte qu'une fois la nature humaine consacrée entièrement morte.[155] Après la fin du sacrifice de sa nature humaine parfaite, le Père l'a élevé à la perfection de la nature divine, au-dessus des anges et de toute autre créature, juste après lui.[156]
Parmi les hommes, la supériorité naturelle de Jésus le faisait briller : ses ennemis disaient « Jamais homme n'a parlé comme cet homme », et la foule voulait le faire roi. Enfant, il confondait déjà les plus savants de sa nation. Les miracles ne le distinguent pas des autres, puisque des prophètes en avaient accompli des siècles plus tôt, y compris des résurrections. Ce qui frappe les témoins cités et tous les esprits réfléchis, c'est la perfection de son être, de ses actes et de son enseignement, car l'homme parfait est l'image terrestre du Créateur par ses qualités et ses facultés.[157] Si l'on doit choisir entre les deux erreurs, celle qui fait de Jésus Jéhovah paraît plus excusable que celle qui le range parmi la race maudite, imparfaite et dépravée dont l'Écriture le sépare.[158]
Nous répondons pour eux
La revue reproche à deux périodiques concurrents, Zion's Day Star (« L'Étoile du jour de Sion ») et The World's Hope (« L'Espoir du monde »), d'employer de façon malhonnête les mots bibliques « rançon », « racheter » et « acheté à un prix ». Ces journaux n'ayant pas répondu aux questions posées dans le numéro de février, elle y répond à leur place, pour l'information de leurs lecteurs.[159] Elle les accuse de tromperie religieuse, qu'elle qualifie de pire espèce de fraude, et de « damnable hérésie » (2 Pierre 2:1). Selon elle, ces journaux glissent leur interprétation privée sous des mots bibliques, auprès de lecteurs qui n'ont pas de dictionnaire ou ne s'en servent pas. Ils sapent ainsi la rançon, seul espoir que l'Écriture offre au monde.[160]
Six questions leur sont adressées : pourquoi Jésus est mort, comment sa mort touche nos péchés, comment il a ôté le péché par le sacrifice de lui-même, en quel sens il s'est donné en rançon (grec antilutron, prix équivalent), en quel sens il est une propitiation (satisfaction) pour nos péchés, et en quel sens nous avons été achetés à un prix. Le silence des deux journaux serait de la « lâcheté morale ». Les questions touchent le fondement du christianisme, sans lequel tout l'édifice doctrinal bâti par les apôtres s'écroule.[161] La revue précise n'éprouver que des sentiments personnels bienveillants envers les deux rédacteurs, avec qui elle entretient des relations amicales. Elle combat l'erreur, pas les hommes, et dit juger de même le sceptique Ingersoll, qu'elle tient pour un gentleman raffiné dont elle réfute les idées.[162]
Sur la première question, les deux journaux répondraient que Jésus est mort parce qu'il était un homme imparfait, sujet à la mort comme toute la race d'Adam (Romains 5:12). La revue objecte qu'aucune cause de mort n'était en lui : sans péché, il n'était pas soumis à la peine du péché. Il aurait pu vivre éternellement comme homme parfait, mais il a donné sa vie en rançon pour beaucoup. Elle cite 1 Corinthiens 15:3.[163]
Sur la deuxième, les deux journaux soutiendraient que la mort de Jésus n'a aucun effet direct sur nos péchés : chacun meurt pour les siens, et Jésus a payé pour sa propre imperfection. Elle n'aurait de valeur que comme exemple de courage et d'endurance. La revue répond que la vie et la mort de Jésus sont bien des exemples, mais beaucoup plus que cela. Les prophètes et les apôtres, morts pour la vérité, sont de bons exemples (Philippiens 3:17), mais l'Écriture ne dit jamais qu'ils nous ont rachetés par leur sang.[164] La peine du péché étant la mort, personne n'aurait eu de résurrection si quelqu'un n'avait fait plus que donner l'exemple. Elle cite 1 Corinthiens 15:57, Romains 14:9 et 1 Pierre 2:24.[165]
Sur la troisième, les deux journaux diraient que Jésus a enseigné aux hommes à écarter le péché par son exemple et sa doctrine. La revue objecte que Moïse et les prophètes l'avaient déjà fait. Si Jésus n'avait agi que par précepte et exemple, il n'aurait rien fait de plus. Ayant dit « En lui il n'y avait pas de péché », il ne pouvait pas non plus donner l'exemple d'écarter un péché qu'il n'avait pas. Le texte d'Hébreux 9:26 dit que le péché est ôté « par le sacrifice de lui-même ». Moïse, type de Jésus, a aussi offert typiquement un sacrifice pour le péché, et l'antitype a fait de même en se sacrifiant, lui « l'Agneau de Dieu qui ôte le péché du monde ».[166]
Sur la quatrième, la revue estime que le sens du mot grec antilutron ne peut être nié : consulter la Concordance de Young suffit. Adam, homme parfait, a péché et perdu tout droit à la vie. Jésus, autre homme parfait, a racheté ces droits perdus en donnant son existence humaine intacte, prix équivalent. La revue cite Romains 5:18-19.[167]
Sur la cinquième, elle juge que les deux journaux ne peuvent pas dire en quel sens Jésus est une « satisfaction ». La loi de vie (l'obéissance) a été violée par Adam, qui a été condamné avec sa postérité comme indigne de vivre. Jésus a payé la peine de mort et a ainsi justifié l'humanité pour la vie, qui viendra à tous en son temps et pourra être acceptée ou refusée. Les exigences de la loi sur la race humaine ont été pleinement satisfaites par le Rédempteur.[168]
Sur la sixième, les deux journaux jugeraient « acheté » trop commercial et préféreraient « pris ». La revue répond que ce mot n'a pas d'autre sens que l'idée commerciale. Paul, qui était juriste, précise que l'achat s'est fait « à un prix », et Pierre ajoute que ce prix est « le sang précieux de Christ, comme d'un agneau sans défaut et sans tache », ce qui exclut que le prix ait été l'enseignement de Jésus (1 Corinthiens 6:20 ; 1 Pierre 1:19).[169]
Pour conclure, la revue prête aux deux journaux, d'après des propos privés et le sens caché de leurs écrits, l'idée que la mort de Jésus n'a pas payé la rançon plus que celle de Paul ou la sienne, et même qu'elle n'a aucune valeur de rachat. Elle y voit « le grand rocher » contre lequel l'Église nominale se brise aujourd'hui. La substitution de Jésus est raillée par les « grands prédicateurs » et tombe en discrédit parmi les « grands du monde ».[170]
L'explication donnée est celle des deux extrêmes. Satan aurait greffé sur l'Église la doctrine du tourment éternel, d'où l'idée que Jésus aurait subi ce tourment pour chaque homme, ce qui supposait une souffrance éternelle. Pour éviter cette conséquence, on a prétendu qu'il avait souffert à Gethsémané et au Calvaire autant que toute l'humanité en une éternité de tortures. Cette vue est jugée manifestement fausse. Aujourd'hui, Satan pousserait à l'extrême opposé, la négation de toute substitution, tandis que la plupart des hommes gardent le tourment éternel, qualifié de calomnie de Satan contre le gouvernement du Père.[171]
Le plan de Dieu est résumé ainsi : l'homme est condamné à la mort, c'est-à-dire à l'extinction ; Jésus, substitut et rançon, est mort pour nos péchés et nous a rachetés pour la vie, rachat qui s'accomplira par une résurrection. Comme homme, Jésus est mort pour toujours : son humanité est restée dans la mort comme rançon, et il est ressuscité nouvelle créature, être spirituel, « mis à mort dans la chair, mais rendu vivant par l'esprit ». Les lecteurs sont invités à rester fermes sur la rançon et à parler pour la vérité sans crainte.[172]
La main du potier
Ce poème de M. F. Clarkson décrit une visite chez le potier. L'argile y est piétinée, brisée et roulée pour devenir malléable. Elle représente l'être humain que les mains du ciel mènent à la perfection : l'orgueil doit être brisé, la volonté propre perdue, tout posé sur l'autel. L'argile, passée par le feu du four, devient un vase d'une beauté délicate, sans trace de terre. Le poème se termine sur l'image d'âmes dociles, qui se laissent façonner pour devenir un trésor et se transforment en or pur.[173]
Sept étapes
Une étude biblique par versets, signée J. F. Smith, découpe le parcours de l'humanité en sept étapes, chacune illustrée par une série de références bibliques. La première est la perfection : l'homme est formé par Dieu, à sa ressemblance, et déclaré « très bon » (Genèse 1:26-31 ; Ecclésiaste 7:29). La deuxième est la désobéissance : Adam écoute un autre que Dieu, enfreint son ordre en mangeant du fruit, et le péché passe à toute sa descendance (Genèse 3:6 ; Romains 5:12). La troisième est l'emprisonnement : le salaire du péché est la mort, Adam termine sa vie en 930 ans, tous meurent en Adam, et la mort est présentée comme un geôlier et un ennemi dominé par Satan (Romains 6:23 ; 1 Corinthiens 15:22 ; Hébreux 2:14).[174]
La quatrième étape est l'espérance : le Seigneur viendra racheter Israël, ouvrir les tombeaux et engloutir la mort (Ésaïe 25:8 ; Osée 13:14). La cinquième est la délivrance : un Sauveur apporte une bonne nouvelle pour tous, rachète de la malédiction, et son sang purifie de tout péché (Galates 3:13 ; 1 Jean 1:7 ; 2 Corinthiens 5:19). La sixième est la consécration, qui porte sur le corps, l'esprit, l'influence, la réputation, le temps, les talents et les biens (Romains 12:1). La septième est l'exaltation, en nom, en pouvoir, en position, en influence, en privilège, en honneur et en condition (Apocalypse 3:21 ; 1 Jean 3:2).[175]
Une note du rédacteur précise que les cinq premières étapes concernent à la fois l'Église et le monde. Les deux dernières ne s'appliquent qu'à l'Église, car le monde sera finalement rétabli dans sa condition première.[176]
Aides pour les étudiants de la Bible
La vente de la Concordance de Cruden est abandonnée, car la Concordance analytique de Young peut être fournie à très bas prix. Elle est recommandée à l'étudiant qui veut connaître le mot original et son sens anglais, grâce à l'un des meilleurs érudits vivants.[177]
La Pâque
La Pâque est décrite comme l'une des plus importantes observances religieuses des Israélites et le premier élément de la Loi donné à un peuple typique. Selon Exode 12, un agneau sans défaut était égorgé, son sang aspergé sur les montants et le linteau de la porte, et la famille mangeait la chair avec du pain sans levain et des herbes amères. Cette nuit-là, le quatorzième jour du premier mois, les premiers-nés d'Israël furent épargnés de la plaie qui frappa ceux des Égyptiens. Le lendemain, Israël sortit libre d'Égypte, et Dieu ordonna d'en faire chaque année la commémoration (Exode 12:14).[178]
Les Israélites n'en voyaient que la lettre. Le sens typique est donné par 1 Corinthiens 5:7 : « Christ, notre Pâque, a été sacrifié ». Jésus, « l'Agneau de Dieu », est ainsi l'antitype de l'agneau pascal, et sa mort était aussi nécessaire à la délivrance de « l'Église des premiers-nés » que celle de l'agneau l'était aux premiers-nés d'Israël. L'égorgement de l'agneau le quatorzième jour du premier mois annonçait que Jésus devait mourir à cette date. Le jour juif commençant à six heures du soir, Jésus a pu manger la Pâque avec ses disciples, vers huit heures, et mourir le même jour.[179]
Cinq jours avant sa crucifixion, Jésus entre à Jérusalem sur un ânon et accomplit Matthieu 21:5. Il remplit en même temps le trait du type qui veut que l'agneau soit reçu dans la maison cinq jours avant d'être tué (Exode 12:2). Il se présente alors à Israël comme nation, pleure sur la ville et déclare : « Votre maison vous est laissée déserte » (Matthieu 23:38-39 ; Jean 12:1-13).[180]
Jésus seul connaît le sens de la Pâque. Les disciples ne pouvaient pas le comprendre, car ils n'étaient pas encore engendrés de l'Esprit. Ils ne pouvaient pas l'être avant d'être justifiés du péché adamique, c'est-à-dire « passés par-dessus » grâce au sang de l'Agneau. Son cœur est « triste jusqu'à la mort » dans cette solitude. À la table, il dit son désir de manger cette Pâque avant de souffrir, et déclare qu'il ne la mangera plus jusqu'à son accomplissement dans le royaume de Dieu (Luc 22:15-16). Le texte y voit le début de cet accomplissement dans l'égorgement du véritable Agneau, plus tard le même jour.[181]
Jésus voulait aussi révéler aux disciples, dans la mesure où ils pouvaient la recevoir, la signification de la Pâque. Il rompt le pain (Marc 14:22) et prend la coupe, qu'il appelle la nouvelle alliance en son sang (Luc 22:17-20).[182] Il veut détourner leur pensée de l'agneau typique vers lui-même, l'antitype. Le pain et le vin remplacent désormais l'agneau : au lieu de tuer un agneau en souvenir d'une délivrance typique, on mange le pain et on boit le vin, qui représentent la chair et la vie du Christ. Jésus a d'abord mangé l'agneau parce qu'il était né sous la Loi et devait en observer toutes les exigences. Comme il l'a clouée à sa croix, les croyants sont libres de la Loi, mais ils tiennent pour un privilège de célébrer chaque année l'anniversaire de sa mort.[183]
L'abandon de cette commémoration annuelle est attribué à une « opportunité » : des enseignants zélés auraient jugé que le grand Maître s'était trompé et qu'il valait mieux la célébrer plus souvent. Beaucoup ont cru que Paul y consentait par 1 Corinthiens 11:26 (« toutes les fois que vous mangez ce pain… »). Or Paul rappelle que le Seigneur a institué le repas la nuit où il fut livré (1 Corinthiens 11:23), ce qui désigne l'anniversaire comme seule date convenable. Une comparaison est donnée : on fête l'indépendance américaine le 4 juillet, et personne ne comprendrait qu'on la célèbre plusieurs fois par an à des moments quelconques.[184]
Certains voient dans Actes 20:7 la preuve d'un repas du Seigneur chaque premier jour de la semaine. Rien n'indique pourtant que ce pain ait été rompu en souvenir de la mort du Christ : il n'est jamais appelé « Cène du Seigneur » et le vin n'est pas mentionné. Les disciples d'Emmaüs reconnaissent Jésus « à la fraction du pain » (Luc 24:30), mais personne ne soutient qu'il s'agissait de la Cène. Le premier jour de la semaine, jour de la résurrection (« Le Seigneur est vraiment ressuscité »), était pour l'Église primitive un jour de joie, et convient mal à la commémoration des scènes douloureuses de Gethsémané et du Calvaire. La coutume de rompre le pain chaque dimanche viendrait de ce que les disciples, venus de loin, prenaient un repas ensemble, et du souvenir des apparitions de Jésus ce jour-là (Luc 24:35). Les Églises romaine et épiscopalienne gardent un vestige de la commémoration annuelle au « Vendredi saint », presque oublié des autres confessions.[185]
Beaucoup de lecteurs de la revue commémorent la mort du Seigneur à son anniversaire. Ils comptent selon le calendrier juif, lunaire, et non selon le calendrier solaire du Vendredi saint, d'où une date souvent différente. Cette année, la Pâque tombe le dimanche 22 avril à six heures du soir. L'heure de la mort de Jésus correspond donc à trois heures de l'après-midi de ce jour, et le repas du Seigneur doit se tenir vers sept ou huit heures du samedi soir 21 avril, avec du pain sans levain et du vin, en conversant de leur signification.[186]
Le sens des emblèmes
Le pain rompu représente la chair du Christ, son humanité sacrifiée. Sans ce sacrifice, il n'y aurait ni résurrection ni vie future (Jean 6:53). La rupture du corps de Jésus fournit un pain de vie, ouvre le chemin étroit vers la vie et « rompt » la vérité qui aide à y marcher, car il est « le chemin, la vérité et la vie » (Jean 14:6). Sans sa mort, l'humanité resterait sous la malédiction du péché et de la mort adamiques.[187]
Le pain est aussi sans levain. Le levain est un type du péché et de la décomposition qu'il produit : ce pain affirme que Jésus était sans péché, « saint, innocent, sans tache ». S'il avait reçu la vie de la manière ordinaire, d'un père terrestre, il aurait été « levé » par le péché d'Adam comme tous les hommes. Sa vie venant directement de Dieu, il est « le pain descendu du ciel » (Jean 6:41). Manger ce pain, c'est assimiler la vérité et s'approprier par la foi sa justice.[188]
Selon 1 Corinthiens 10:16-17 (citée d'après le Diaglott), le pain figure aussi l'Église : après avoir mangé du Christ, les croyants consacrés sont associés à lui comme parties d'un seul pain, rompu pour devenir la nourriture du monde. Ils partagent maintenant ses souffrances et sa mort, et deviennent ses cohéritiers pour bénir toutes les familles de la terre.[189]
Le vin représente la vie donnée, le sacrifice et la mort. Le sang du Christ est la « rançon pour tous » qui donne aux hommes un droit à la vie (Romains 5:18-19). En tendant la coupe aux disciples, Jésus les invite à participer à ses souffrances, à « compléter ce qui manque aux souffrances du Christ » (Colossiens 1:24). La coupe est celle du sacrifice de l'humanité, comme dans sa réponse aux deux disciples qui demandaient une place dans son trône : « Pouvez-vous boire la coupe que je boirai ? » Le vin est aussi un symbole de joie : les fidèles partageront la gloire, l'honneur et l'immortalité de Jésus quand ils le boiront « nouveau » avec lui dans le royaume. Ils sont exhortés à se nourrir de lui, puis à boire avec lui dans sa mort : « si nous souffrons, nous régnerons aussi avec lui » (2 Timothée 2:11-12).[190]
Qui peut communier ?
Chaque membre du Christ peut commémorer sa mort, même seul avec le Maître, mais les membres du « seul pain » doivent se réunir autant que possible. Aucune formalité solennelle n'est requise, mais tout doit se faire « avec bienséance et par ordre ».[191]
Les croyants mangent et boivent aussi, d'une certaine manière, en communion avec le Seigneur chaque jour. La nuit pascale d'Israël, avec les herbes amères, est un type de tout l'âge de l'Évangile, et la délivrance d'Égypte au matin annonce la délivrance du mal. Les croyants mangent leur Agneau parmi les épreuves de l'âge présent, mais « la joie vient au matin ». Comme « le matin commence déjà à poindre », ils sont pressés de « compléter ce qui manque aux souffrances du Christ ».[192]
Paul avertit que celui qui mange le pain et boit la coupe indignement sera coupable envers le corps et le sang du Seigneur, et que chacun doit s'examiner (1 Corinthiens 11:27-30). Faute de saisir que le repas signifie la participation aux souffrances et à la mort du Christ, « beaucoup sont faibles et malades, et beaucoup dorment ». Cela s'observe à la fois dans l'Église nominale et chez des membres de la vraie Église, « dont les noms sont écrits dans le ciel » : certains se sont endormis, morts aux choses spirituelles, et sont retranchés de la vigne comme des sarments secs (Jean 15:2). Pour devenir forts en renouvelant chaque année leur alliance, les croyants sont invités à s'examiner et à participer aux souffrances et aux emblèmes, afin de participer un jour à la gloire du Christ.[193]
Que pensez-vous du Christ ? De qui est-il le fils ?
Le rédacteur d'un périodique contemporain, non nommé, rejette avec mépris la conception virginale et s'efforce de discréditer le récit de l'accomplissement de la prophétie d'Ésaïe dans Matthieu et Luc. Il soutient que le Christ est le fils naturel de Joseph. L'auteur de l'article, qui n'est pas nommé, entend montrer par les Écritures que, dans ce cas, Jésus de Nazareth ne pourrait jamais s'asseoir sur le trône de David et ne serait donc pas le vrai Messie. Les Juifs comprenaient que le Christ est fils de David, mais, ne croyant pas à la conception virginale, ils n'ont pu répondre à la question : « Si David l'appelle Seigneur, comment est-il son fils ? »[194]
Joseph descend de David par la lignée des rois issus de Salomon. Deux points sont avancés. D'abord, si Salomon avait obéi à Dieu comme David, le trône aurait été affermi dans sa lignée pour toujours, et l'héritier immortel serait sorti de sa descendance (Psaumes 132:11-12 ; 1 Chroniques 28:5-7). Ensuite, en cas d'obéissance, il n'y aurait pas eu de rupture : une lignée ininterrompue de rois aurait mené de David au Christ (1 Rois 2:4). Or ce qui est promis sous condition d'obéissance est perdu sans elle. Dieu avertit Salomon qu'il le rejettera pour toujours s'il l'abandonne (1 Chroniques 28:9). Irrité par son infidélité, il lui annonce qu'il déchirera le royaume, sans le faire de son vivant, par égard pour David, et qu'il laissera une tribu à son fils (1 Rois 11:9-13). Dix tribus sur douze sont donc retirées de la lignée de Salomon après sa mort, et le reste est conservé pour David et Jérusalem, non pour lui.[195]
L'article invoque enfin les deux derniers rois de cette lignée. De Jojakim, Dieu dit : « Il n'aura personne qui s'asseye sur le trône de David » (Jérémie 36:30). De Jéconias, ou Conias, il dit qu'il serait arraché de sa main même s'il était le sceau de sa main droite, qu'il serait jeté avec sa descendance dans un pays inconnu, qu'il serait inscrit comme sans enfant, et qu'aucun homme de sa race ne réussirait en siégeant sur le trône de David et en régnant sur Juda (Jérémie 22:24-30).[196]
Dans ce cas, la lignée de Salomon aboutit à une impasse. Si le Christ est le fils de Joseph, il vient de la lignée de Salomon. Or si le royaume est rendu à cette lignée, il a été arraché à David, qui avait obéi à Dieu, aussi réellement qu'à Salomon, qui avait désobéi, malgré toutes les promesses et menaces divines. De plus, il serait de la descendance de Conias, et la déclaration solennelle de Jérémie 22:30 interdit à tout homme de cette race de réussir en siégeant sur le trône de David. L'auteure, Mme L. R. K. Bishop, conclut que Jésus de Nazareth, s'il était le fils naturel de Joseph, ne pourrait jamais s'asseoir sur le trône de son père David et ne serait pas le vrai Messie. Elle affirme qu'il n'est pas le fils de Joseph et se propose de montrer qu'il était prédit qu'il ne viendrait pas de cette lignée.[197]
Elle cite d'abord la prophétie qui suit immédiatement celle de Conias : Dieu suscitera à David un « Germe » juste, un roi qui régnera, et on l'appellera « Jéhovah notre justice » (Jérémie 23:5-6). Elle invite à comparer les deux prophéties. Le rédacteur du périodique qu'elle réfute juge absurde l'application que Matthieu fait d'Ésaïe, car l'enfant d'Ésaïe s'appelle Emmanuel et celui de Marie Jésus, ce qui prouverait qu'ils n'ont aucun rapport. Elle demande s'il dira aussi que le Germe suscité à David n'a aucun rapport avec l'enfant de Marie, parce que celui-ci fut nommé Jésus et non « Notre justice ».[198]
La patience de Dieu a une limite, et la lignée royale de Salomon l'a atteinte. Elle cite la parole adressée au prince d'Israël : on enlèvera le diadème et la couronne, « ce ne sera plus la même chose », et on élèvera ce qui est bas et abaissera ce qui est haut (Ézéchiel 21:25-26). La lignée de Salomon est la branche haute de la maison de David ; elle doit donc être abaissée, et une branche basse élevée, quand le trône, le royaume et la couronne seront donnés à celui « à qui appartient le droit ». Marie semble avoir saisi cette vérité quand elle déclare que Dieu a regardé l'humilité de sa servante et élevé les humbles (Luc 1:48-52). Selon Luc 3:23 et les versets suivants, Joseph descend de la lignée royale, comme l'atteste Matthieu, tandis que Marie descend de la lignée obscure qui commence par Nathan. L'auteure conclut qu'elle entend « laisser Dieu être vrai », même si cela fait de tous les hommes des menteurs.[199]
Parler aux individus un par un
Il est conseillé d'apprendre à parler aux gens un par un : un auditoire d'une seule personne suffit pour mobiliser toutes ses forces à annoncer la bonne nouvelle du salut. Le texte compare cela au remplissage d'un boisseau de bouteilles : une pompe à incendie arrosant le tas serait moins efficace que de prendre chaque bouteille par le goulot, d'ôter le bouchon et de verser l'eau avec un entonnoir. On peut prêcher au bord du chemin comme au coin du feu, car les gens ont besoin du même Évangile dedans comme dehors.[200]
Il faut aussi avoir la paix de Dieu dans son propre cœur avant de faire du bien à celui des autres, et savoir se maîtriser pour influencer autrui. Un forgeron plie le fer chaud avec un marteau froid ; qui chauffe son marteau ne plie plus rien. Combattre le diable par le feu est inutile. Un vieux général français, qui avait supplié le roi d'épargner les chrétiens, lui dit : « Sire, l'Église de Dieu est une enclume qui a usé bien des marteaux. » Celui qui est rempli de l'Esprit saint peut supporter beaucoup de coups, et le monde se moque de lui en vain. L'article est signé H. L. Hastings.[201]
Sois vrai envers Dieu
Le manque d'honnêteté morale est présenté comme le principal obstacle au progrès de la vérité religieuse, aujourd'hui comme au temps du Nazaréen. Beaucoup d'auditeurs de Jésus, convaincus par ses paroles et ses prodiges, ne pouvaient accepter son enseignement qu'au prix de leur situation sociale. Les honnêtes firent le sacrifice et l'acceptèrent publiquement ; ceux qui aimaient la louange des hommes étouffèrent leurs convictions et restèrent avec la foule. Il en va de même devant toute tentative de réformer les credo contradictoires de l'époque. Selon l'auteur, la plupart des prédicateurs modernes et des laïcs instruits des Églises sont aussi persuadés que lui de l'erreur de la théologie moderne et de l'impuissance des chaires à réformer le monde. Leur goût de la popularité et du confort les maintient pourtant dans une position hypocrite : leur vie est « un mensonge continuel ».[202]
Le texte rappelle les paroles du Christ : le sel qui a perdu sa saveur est jeté dehors et foulé aux pieds, et la lampe cachée sous un couvercle perd son utilité. Le « malheur » est annoncé à ceux dont tous les hommes disent du bien, comme leurs pères le faisaient des faux prophètes. Ceux qui se justifient devant les hommes sont connus de Dieu, car ce qui est haut estimé parmi les hommes est une abomination devant lui (Luc 16:15). À ceux que l'on rejette pour avoir défendu la vérité est promise une grande récompense dans les cieux (Luc 6:22-23). L'article est signé D. Winder.[203]
« Seigneur, enseigne-nous à prier »
Les disciples demandent à Jésus de leur apprendre à prier, et il leur répond : « Notre Père qui es aux cieux » (Luc 11:1-2). L'auteur, J. C. Sunderlin, raconte qu'avant de connaître le plan de Dieu exposé dans les ordres du salut (1 Corinthiens 15:23), il se sentait embarrassé pour s'adresser à Dieu. Il remarque que d'autres s'adressent indifféremment au Père et au Fils dans une même prière. Tout en reconnaissant que Dieu a fait de ce Jésus « Seigneur et Christ » (Actes 2:36), il juge important de distinguer le Père du Fils. Si la chose était sans importance, Jésus l'aurait dit à ses disciples.[204]
La façon de prier dépend de l'étape où se trouve le croyant. Avant la justification, le pécheur qui prend conscience de sa corruption doit « venir à Jésus », car celui-ci est le chemin vers Dieu : « Nul ne vient au Père que par moi » (Jean 14:6). Dieu le Père n'exauce pas les pécheurs (Jean 9:31), mais Jésus les invite (Matthieu 11:28). Une fois justifié, mais avant la sanctification, qui est la consécration de la nature justifiée, le croyant est tenu pour un fils de Dieu sur le plan terrestre et pour un candidat à l'héritage avec le Christ. Il est alors réputé parfait, comme Adam avant son péché et comme Jésus avant son baptême. Jésus, lui, fut homme parfait dès sa naissance, avec un corps « préparé » pour lui (Hébreux 10:5), alors que le croyant n'est tenu pour tel que grâce à sa foi dans le sacrifice. Ce sacrifice place en prison un « représentant » ou « substitut » pour que les représentés soient libres, la peine étant payée en la personne du Christ.[205]
Le croyant est ensuite invité à présenter son corps en sacrifice vivant (Romains 12:1). S'il souffre avec le Christ, il régnera avec lui, recevra l'immortalité et participera à la nature divine. En faisant cette alliance de mort avec Jésus, il est « engendré de nouveau », cette fois de l'Esprit, adopté dans la famille divine, avec un « frère aîné » qui fut le premier engendré et alors le seul. La semence s'est multipliée, et Jésus n'a pas honte de les appeler frères (Hébreux 2:11). Le croyant appartient alors à la maison royale et peut dire « Abba, Père » ; il approche du trône de grâce par la « voie nouvelle et vivante » (Hébreux 4:16 ; Hébreux 10:20).[206]
Le raisonnement conclut que l'homme du monde qui découvre sa perdition doit venir à Jésus, puis, une fois justifié, venir au Père au nom de Jésus. Sur l'un ou l'autre plan, le croyant reste fils réputé, et il est approprié de s'adresser au Père au nom de Jésus (Jean 16:22-23). La fiancée demande au nom de celui à qui elle est promise ; « en ce jour-là », elle demandera au même nom, mais ce sera le sien. La promesse de Jean 16:23 ne s'accomplit pas pleinement avant la résurrection, car on ne peut toujours demander selon la volonté de Dieu en voyant « dans un miroir, obscurément » (1 Corinthiens 13:12 ; 1 Jean 5:14). Les prières imparfaites sont révisées par l'Avocat (1 Jean 2:1) et reçoivent tout ce qui est bon pour le croyant, ce qui doit encourager plutôt que décourager. L'auteur invite à prier « avec l'esprit et avec l'intelligence » (1 Corinthiens 14:15).[207]
Palestine
Dans les maisons de Grèce et de Rome, les statues de divinités abondent ; il n'y en a aucune dans une maison juive de Palestine. L'existence d'un Dieu unique, juste, qui récompense les justes et punit les méchants, fait partie du caractère même du peuple juif. Selon l'auteur, Lyman Abbott, c'est de cette terre que sont parties les influences qui ont rendu les autres pays théistes et chassé les idoles des églises et des foyers. La Grèce a donné l'art au monde, Rome le droit, les Anglo-Saxons le commerce, le peuple juif la religion. Chaque pays est ainsi attaché à une catégorie d'hommes : la Grèce à l'artiste, Rome à l'homme d'État, l'Angleterre au travailleur, la Palestine à l'homme.[208]
Une vue harmonieuse
Trois conceptions du retour du Christ sont d'abord exposées. Les adventistes du second avènement attendent le Christ sous forme d'un être de chair apparaissant bientôt dans le ciel ; l'Église sera aussitôt enlevée dans les airs tandis que le feu et le soufre consumeront la terre. Christ et l'Église attendront dans les nuages que la terre refroidisse, peut-être pendant des milliers d'années. Ils prendront ensuite possession de la terre transformée en nouvel Éden, y bâtiront des maisons et planteront des vignes (Ésaïe 65:21-22), et régneront comme rois et prêtres sur des sujets que personne ne peut désigner, puisque le reste de l'humanité aura péri.[209]
Les prémillénaristes attendent un retour inattendu du Christ, qui emporte l'Église au ciel pour quelques années. Le monde y subit alors détresse et fléaux, jusqu'à la soumission des pécheurs rebelles. Le Christ et l'Église redescendent ensuite habiter une Jérusalem nouvelle qui descend littéralement du ciel. Les saints, êtres de chair glorieux que l'on appelle « spirituels » par égard pour Paul (1 Corinthiens 15:44-50), règnent sur les rares nations survivantes pendant mille ans. Les morts qui n'ont pas vécu à cette époque sont ensuite tirés d'un « lac de feu », jugés lors d'un procès jugé fictif et renvoyés en enfer pour toujours. Le Christ et l'Église montent alors au ciel, remettent le royaume à Dieu, et la terre est brûlée : elle devient peut-être la scène de nouveaux combats entre races d'hommes et démons, ou une masse noircie qui roule dans l'espace comme mémorial de la cause perdue de la domination de l'homme.[210]
Les postmillénaristes, de loin les plus nombreux et comprenant presque tous les chrétiens dits orthodoxes, trouvent ces vues trop grossières et matérialistes. Ils jugent absurde de voir le Christ glorieux et son Église, êtres spirituels, bâtir des maisons, planter des vignes ou habiter une ville de Palestine, ce qui serait un recul. Leur millénium, règne de mille ans de vérité et de justice, ne comporte aucune manifestation visible du Christ aux yeux des hommes. L'Église, dans sa condition présente, fait refluer le mal et fait triompher la justice, avec un secours spirituel spécial du Christ. Quand le mal est vaincu, le plan prend fin, le Christ vient, les milliards d'ignorants nés avant la lumière du millénium sont condamnés à nouveau lors d'un procès jugé fictif, et la terre est détruite par le feu, comme dans la vue des prémillénaristes.[211]
Les rédacteurs expriment leur reconnaissance d'avoir été conduits à une compréhension du plan de Dieu plus harmonieuse et plus raisonnable. Ces trois vues sont qualifiées de raisonnements humains antérieurs à la lumière due. Ceux qui marchent dans le sentier qui « brille de plus en plus » sont libres des credo humains. La vérité se situe entre les deux dernières vues, qui sont les extrêmes ; le second adventisme est jugé le plus grossier et le plus éloigné de la vérité, sauf sur la condition de l'homme dans la mort.[212]
La quatrième vue
Cette quatrième vue, déjà prouvée par les Écritures dans les colonnes de la revue, y voit un plan et un but dans toutes les œuvres de Dieu. Jéhovah a formé la terre pour qu'elle soit habitée, non pour la brûler (Ésaïe 45:18). Il y a créé divers ordres de créatures, dont l'homme est le chef, le seigneur et le roi (1 Corinthiens 15:40 ; Psaumes 8:6). La réalisation de ce plan exige sept mille ans. L'homme, pour ressembler à Dieu, doit avoir une volonté libre et, pour bien l'employer, la connaissance. Dieu aurait pu la lui donner, mais a permis qu'il l'acquière par l'expérience. Après le péché, Dieu retire la vie, et la mort règne : pendant six mille ans, l'homme fait l'expérience de « l'extrême péché du péché ». Le plan de Jéhovah ne change pas durant cette période. Ni les hommes ni les anges ne le connaissent (1 Pierre 1:12). Dieu donne des lois et fait représenter des types et des ombres de son plan dans la nation d'Israël. Ces ombres montrent le caractère lépreux du péché et désignent l'Agneau immolé comme moyen de l'ôter, ainsi que les bénédictions qui suivent.[213]
Christ Jésus vient « en temps voulu » et se donne en rançon pour tous. Il ne vient pas trop tôt, bien que le péché doive régner six mille ans pleins, car une autre partie du plan était cachée dans le premier : choisir un « peuple particulier », un « petit troupeau », l'« Épouse », qui sera tirée entièrement de la nature humaine pour devenir participante de la nature divine de l'Époux. Tous devaient être rachetés avant qu'aucun puisse être choisi, et il y avait juste le temps de choisir l'Épouse avant celui de donner à la famille humaine l'expérience du bien, d'établir la justice éternelle et de rendre la domination perdue à ceux qui la voudraient.[214]
Le périodique situe l'époque présente à « l'aube du jour millénaire », le meilleur de la semaine de sept mille ans de l'homme. Durant ce jour, la justice règne et le mal est entièrement soumis ; l'homme est rétabli par des processus naturels dans la perfection perdue par la désobéissance d'un seul et rachetée par l'obéissance de l'homme Christ Jésus (Romains 5:18). Jésus et son Épouse, êtres spirituels qui ne sont plus des hommes, sont alors présents, dirigent les affaires de la terre, mais sont invisibles aux hommes, comme les anges l'ont été dans le passé. Satan et ses anges, présents et invisibles mais qui gouvernent parmi les hommes, ont utilisé Rome comme agent si docile que l'Écriture l'appelle par leur nom, « le diable et Satan ». De même, le royaume spirituel de Dieu agit par Israël selon la chair rétabli, et il peut aussi être appelé royaume de Dieu. Il étend ses frontières avec justice, comme la contrefaçon romaine a tenté de le faire avec injustice, jusqu'à remplir toute la terre. S'accomplit alors la prière « Que ton règne vienne ». L'homme rétabli plante et bâtit et jouit longtemps du travail de ses mains, car « la terre subsiste à toujours ».[215]
Quand le péché et la mort adamique sont effacés et que les incorrigibles sont détruits dans la seconde mort, l'homme retrouve la condition de sa création : image de son Créateur, enrichi de la connaissance par l'expérience du bien et du mal. Il peut alors recevoir et exercer la première domination. Celle-ci est remise à Dieu le Père, les hommes devenant alors responsables directement devant Jéhovah et non plus devant Jésus (Jean 5:22). Pendant l'âge millénaire, le Père ne juge personne et a remis tout le jugement au Fils, son agent, acheteur et Rédempteur de l'homme. Dieu mène ainsi « plusieurs fils à la gloire », les uns à la gloire de la nature humaine, les autres à la nature divine, la gloire terrestre étant tout autre chose que la gloire céleste (1 Corinthiens 15:40).[216]
L'aube du jour glorieux n'est pas encore le lever du soleil, c'est-à-dire le rayonnement de l'Église (Matthieu 13:43), mais l'« Étoile du matin », Jésus, s'est levée dans les cœurs, qui connaissent sa présence. L'ère millénaire commence par un temps de détresse et par l'effusion de plaies et de coupes symboliques, d'abord peu perçues par beaucoup. D'abord les Églises nominales, ayant rempli leur mission, doivent être détruites. Puis les royaumes terrestres, leur rôle achevé, sont des « vases de colère » prêts pour la destruction (Romains 9:22), et l'humanité, longtemps tenue dans l'ignorance, l'oppression et la superstition, est libérée et préparée à son expérience du bien sous le règne du Messie. Comme l'âge de l'Évangile est le temps d'épreuve des appelés à la nature céleste, l'âge millénaire est celui du jugement de l'humanité, pour déterminer qui est digne de la perfection humaine et de la domination de la terre. Les morts de la terre sont jugés comme les vivants au début de cet âge.[217]
Un collier de perles
Trois vertus, la foi, l'espérance et l'amour, sont comparées à un collier de perles, ou à un diadème de diamants, dont chaque perle brille de son éclat propre (1 Corinthiens 13:13). L'amour est la plus brillante, mais les trois sont indispensables à une piété vivante. Aucune ne peut remplacer une autre : comme un permis de chemin de fer ou un passeport, elles sont « non transférables ». Chaque enfant de Dieu doit les posséder toutes les trois.[218]
L'ordre de ces vertus est considéré comme celui que Dieu a fixé. La foi est le fondement, l'espérance et l'amour en découlent. La foi est la racine de l'arbre de l'expérience chrétienne, le moyen par lequel Dieu se révèle à l'être intérieur de l'homme. Sans elle, il est impossible de plaire à Dieu (Hébreux 11:6). À la question « Qu'est-ce que la foi ? », une petite fille avait répondu : « Faire confiance à Dieu sans poser de questions. » Cette réponse est citée comme une juste idée de la simplicité de la foi. Paul affirme que, justifiés par la foi, les chrétiens ont la paix avec Dieu et se glorifient même dans les tribulations (Romains 5:1-5). Il prie pour qu'une Église ne perde pas sa foi, car si elle disparaît, tout disparaît. Pierre y voit la base du caractère : il faut ajouter à la foi la vertu, la connaissance, la tempérance, la patience, la piété, l'amour fraternel et l'amour (2 Pierre 1:5-8).[219]
L'espérance naît de la foi, qui vient de l'écoute de la parole de Dieu (Romains 10:17), et elle attend la réalisation de ce que la foi regarde. Elle vient de l'expérience : « un homme sans espoir est comme un monde sans soleil ». L'objet de l'espérance désignée dans ce trio est l'apparition du Christ pour recevoir son Épouse et la transformer à son image (Tite 2:13-14). Le texte se termine par un poème tiré de Words of Faith (« Paroles de foi »), qui célèbre cette « bienheureuse espérance » et la présence du Christ.[220]
Prédit et accompli
Un dictionnaire assez complet des symboles de l'Apocalypse pourrait s'établir en plaçant en face de chacun les passages bibliques où le même symbole apparaît dans un contexte qui en révèle le sens, ou les récits historiques, rites et lois qui l'éclairent. Ce livre est plus étroitement lié au reste de la Bible que ne le croient les lecteurs superficiels. Deux prophéties principales sont examinées, qui occupent plusieurs chapitres entiers, se rapportent l'une à l'autre, et dont l'une reçoit une interprétation divine : la vision de « Babylone la grande » (Apocalypse 17:1-6) et celle de l'Épouse. Leur lien avec presque toutes les autres prédictions de l'Apocalypse est présenté comme la clé du sens de l'ensemble des visions.[221]
Cette interprétation est jugée d'une importance pratique, car juste avant la chute de Babylone une voix du ciel crie : « Sortez du milieu d'elle, mon peuple » (Apocalypse 18:4). Après sa chute, une grande voix de foule céleste proclame « Alléluia », car Dieu a jugé la grande prostituée et vengé le sang de ses serviteurs (Apocalypse 19:1-3). Les chapitres 17 et 18 montrent une institution religieuse qui doit durer longtemps, exercer une influence étendue et subtile, et se rendre coupable d'une iniquité et d'une cruauté extrêmes. Cette institution existe encore, puisque sa destruction coïncide avec « les noces de l'Agneau », événement encore à venir. Jusqu'à son effondrement, des enfants de Dieu y restent plus ou moins rattachés, d'où l'appel à en sortir. Elle persécute et fait couler le sang des saints. Le Christ, qui aime son Église, l'a prévenue par cette prophétie, lui a donné les signes qui permettent de reconnaître l'ennemi, l'avertit de ne conclure ni trêve ni compromis, et l'encourage en lui montrant l'issue finale.[222]
Deux tableaux sont placés en regard. D'un côté, la grande prostituée assise sur plusieurs eaux, vêtue de pourpre et d'écarlate, parée d'or, de pierres précieuses et de perles, tenant une coupe d'or pleine d'abominations, portant sur le front le nom « Mystère, Babylone la grande, la mère des prostituées », ivre du sang des saints (Apocalypse 17:1-6). De l'autre, l'Épouse, la femme de l'Agneau, revêtue d'un fin lin pur et blanc, qui représente la justice des saints (Apocalypse 19:8), décrite aussi comme la sainte Jérusalem descendant du ciel (Apocalypse 21:9-11). Le dragon persécute la femme et fait la guerre au reste de sa postérité (Apocalypse 12:13-17).[223]
Jean s'étonne devant la prostituée, et l'ange lui explique que les sept têtes sont sept montagnes sur lesquelles la femme est assise, que les eaux sont des peuples, des foules, des nations et des langues, et que la femme est la grande ville qui règne sur les rois de la terre (Apocalypse 17:7-18). Deux femmes très différentes sont donc associées à deux villes : la prostituée est Babylone, l'Épouse est la Jérusalem céleste. L'interprétation de l'une doit éclairer celle de l'autre.[224]
Les deux femmes sont opposées sur chaque point. L'une est pure, « prête » pour la sainteté du ciel ; l'autre est souillée et destinée au feu. L'une appartient à l'Agneau, qui l'aime comme un époux ; l'autre est liée à une bête et aux rois de la terre, qui finissent par la haïr et la détruire. L'une porte le fin lin de la justice ; l'autre l'écarlate, l'or et les perles, d'une splendeur seulement terrestre. L'une est vierge et fiancée au Christ ; l'autre est mère des prostituées et des abominations. L'une est persécutée par le dragon et chassée au désert ; l'autre est ivre du sang des martyrs et monte une bête qui tient sa puissance du dragon persécuteur. L'une vit solitaire dans le désert ; l'autre y « règne » sur peuples et nations. L'une entre avec l'Agneau au festin des noces parmi les alléluias ; l'autre est dépouillée, insultée, déchirée et détruite par ses amants coupables. On perd l'Épouse de vue dans l'éclat de la gloire céleste, et la prostituée dans la fumée qui monte pour toujours. Il s'agit de deux visions associées par contraste, non par ressemblance.[225]
Le sens de l'Épouse est donné par l'Écriture : le Christ a aimé l'Église et s'est livré pour elle afin de la présenter à lui-même glorieuse, sans tache ni ride (Éphésiens 5:25-30). La Jérusalem nouvelle représente donc l'Église véritable du Christ. Son contraire, la prostituée, désigne alors une Église fausse et apostate : elle se dit au Christ mais vit en communion avec le monde, étroitement unie aux rois de la terre, infidèle à son Seigneur. Ces symboles, la femme et la ville, représentent des corps constitués, non une multitude d'individus séparés. L'ivraie du champ de blé et les mauvais poissons du filet (Matthieu 13:24-30) peuvent désigner de tels individus, mais ici il s'agit de deux corps organisés. L'Église véritable est unie à son Chef par un lien spirituel (Jean 14:19) et reste invisible en tant que telle. La fausse Église ne peut avoir qu'un lien charnel, extérieur et visible : c'est une corporation terrestre, qu'on peut reconnaître.[226]
La ville permet de l'identifier. Les sept montagnes sont les sept collines de Rome, seule grande ville qui régnait alors sur les rois de la terre. Les écrivains de l'époque de Jean l'appellent « la ville aux sept collines » ; une fête annuelle lui était consacrée, les poètes latins y font allusion pendant cinq cents ans, et les monnaies la représentent comme une femme assise sur sept collines. Rome portait les titres de « Rome royale », « maîtresse du monde », « reine des nations », et dirigeait le quatrième empire annoncé par Daniel. Pour des esprits simples, la conclusion s'impose : « la prostituée est l'Église de Rome ». Le nom de Babylone sur son front s'explique parce que l'Apocalypse est un livre de mystères où les réalités sont voilées : écrire « Rome » sur le front de la femme aurait été contraire au style de la prophétie.[227]
Ces extraits sont d'un auteur anglais, dont le nom n'est pas donné. Les rédacteurs de la revue les complètent. Les noms exprimaient autrefois un caractère ou une œuvre : Jésus signifie sauveur. Babylone veut dire mélange, confusion (renvoi à Lévitique 18:23), et ce nom, appliqué par l'Esprit à l'Église de Rome, exprime son caractère. Son union, comme Église, avec la bête, l'empire, constitue la prostitution spirituelle qu'on lui reproche.[228]
Le nom vaut aussi pour toute sa famille, car elle est « mère des prostituées » et ses filles lui ressemblent. Certaines mêlent comme elle l'Église et l'État, telles l'Église d'Angleterre et d'autres Églises d'État. Les autres feraient de même si elles trouvaient des empires prêts à les soutenir. Partout, l'Église nominale marche main dans la main avec le monde, unit ses intérêts aux siens et fait la fête avec lui, chaque secte cherchant dans la richesse mondaine de quoi s'offrir le luxe qu'elle désire. Le texte s'exclame : « Hélas, le nom de Babylone est inscrit sur le front de chaque secte du monde entier ! » Toutes présentent aussi une coupe d'or, la Parole de Dieu, pleine d'abominations, sans rougir de leur honte et sans voir qu'elle les condamne.[229]
La coupe de l'indignation divine est maintenant pleine. Le Seigneur a laissé le blé et l'ivraie croître ensemble jusqu'à cette moisson, mais l'ordre est désormais : « Sortez du milieu d'elle, mon peuple. » L'aimant de la vérité rassemble les « joyaux », et les reproches du monde et de l'Église nominale les affinent et les préparent à l'usage du Maître (Apocalypse 18:4 ; Malachie 3:16-17). Le Seigneur cherche ainsi le « petit troupeau », la véritable Église, dont les noms sont écrits dans le ciel. Pendant son absence, ce petit troupeau l'a attendu, a scruté chaque lettre annonçant sa venue et sa volonté, et a sacrifié ses intérêts terrestres pour obtenir avec lui des plaisirs et des honneurs plus durables.[230]
Cyrus, qui a conquis la Babylone typique et libéré l'Israël typique qui y était captif, est présenté comme un type du Christ. Lors de la chute de ce type, la capitale est tombée avec tout l'empire, ses provinces et ses villes. De même, la Babylone antitypique tombe avec la ville maîtresse, l'Église romaine, chef de l'Église apostate, et avec tout ce qui dépend du monde : toute la confusion, la mère et ses filles. En ce « jour du Seigneur », Babylone est mise en pièces, tandis que la vierge fidèle est rassemblée et rendue parfaite pour partager la gloire du Christ comme Épouse et cohéritière. Un quatrain sur l'Église chère à Dieu, « prunelle de ses yeux », clôt l'article.[231]
L'accomplissement de notre espérance
Certains enfants du Seigneur, durement pressés par l'adversaire et impatients de voir l'espérance se réaliser, demandent combien de temps ils doivent encore attendre et de quelle manière ils partiront. Pour eux et pour rafraîchir la mémoire de tous, les rédacteurs passent en revue ce que les Écritures enseignent sur ce sujet.[232]
Les chrétiens, et les rédacteurs avec eux, ont longtemps cru, en s'appuyant sur une mauvaise compréhension de certains passages et en négligeant d'autres, que ceux qui seraient encore là au retour du Seigneur ne passeraient pas par la mort physique. Les rédacteurs y tenaient d'autant plus qu'ils avaient reconnu vivre au temps de la présence du Seigneur. Cette idée n'était pas donnée comme une vérité nouvelle : c'était une idée ancienne, appliquée à l'époque présente. Ils disent n'avoir découvert son erreur que « un peu plus d'un an » auparavant. Selon eux, les passages invoqués, examinés de près, ne soutiennent pas cette idée, et d'autres enseignent au contraire que tous les membres du corps du Christ doivent mourir physiquement, comme leur chef, leur modèle et leur précurseur.[233]
Le premier texte examiné est 1 Thessaloniciens 4:15-17 : ceux qui seront vivants et resteront jusqu'à la venue (parousia, « présence ») du Seigneur ne précéderont pas ceux qui dorment, et les morts en Christ ressusciteront en premier. Rien dans ce passage n'indique que les saints, comme nouvelles créatures, ne mourront pas, ni que leur corps humain ne mourra pas. Le texte ne dit pas non plus quel changement ils subiront avant d'être réunis au Seigneur. Ailleurs, le même apôtre déclare que la chair et le sang ne peuvent hériter du royaume de Dieu (1 Corinthiens 15:50) : tous doivent être transformés en corps spirituels.[234]
Le deuxième texte est 1 Corinthiens 15:51-52 : « nous ne dormirons pas tous, mais nous serons tous changés, en un instant, en un clin d'œil ». Les rédacteurs en avaient déduit que le corps terrestre ne mourrait pas. Ils comprennent maintenant que le corps humain peut être dissous et que les nouvelles créatures peuvent être revêtues de leur corps spirituel si vite qu'aucun instant de sommeil ne s'intercale. Si un intervalle séparait la dissolution de la maison terrestre et la réception du corps spirituel, il faudrait dormir, comme les apôtres et tous ceux qui se sont endormis en Jésus. Le sommeil étant indésirable, Paul préfère, si Dieu le veut, ne pas être « dépouillé » (2 Corinthiens 5:4), c'est-à-dire endormi sans corps humain ni spirituel, mais être revêtu du corps spirituel au moment même où il quitte l'ancienne maison humaine. Pour certains, le changement sera donc instantané. Le texte affirme : « une chose est sûre : il nous faudra un jour quitter la chair », et ce départ sera la mort, la dissolution et la fin de l'humain pour tous ceux qui reçoivent pleinement la nature divine.[235]
Les paroles de Jésus sur Jean sont lues de la même façon. Jean est considéré depuis longtemps comme un type, ou représentant, de la dernière partie de l'Église, ceux qui sont vivants et restent jusqu'à la présence du Seigneur et qui seront changés. Jésus dit à Pierre : « Si je veux qu'il demeure jusqu'à ce que je vienne, que t'importe ? » Le bruit courut alors parmi les disciples que ce disciple ne mourrait pas, mais Jésus n'avait pas dit qu'il ne mourrait pas (Jean 21:22-23). Il en va de même pour la classe typifiée par Jean : on a répandu l'idée qu'elle ne mourrait pas, mais ni Jésus ni les apôtres ne l'ont affirmé. Ils ont dit seulement qu'elle demeurerait jusqu'à la présence du Maître, serait changée en un instant et ne dormirait pas.[236]
Plusieurs textes enseignent positivement que tout le corps doit mourir. Paul écrit que si l'on est mort avec le Christ, on vivra avec lui, et que ceux qui ont été unis à lui dans une mort semblable à la sienne le seront aussi dans sa résurrection (Romains 6:5-8), ayant été rendus conformes à sa mort (Philippiens 3:10). À l'objection que ces paroles s'appliquent à la vie quotidienne de Paul et des chrétiens, appelés à être des « sacrifices vivants » (Romains 12:1), la réponse est affirmative, mais la mort commence à la consécration sans s'y arrêter : comme pour le « Capitaine », elle ne s'achève que lorsque l'humain est mort. Ce qui meurt d'abord est la volonté humaine, mais la mort se poursuit jour après jour jusqu'à la fin du sacrifice. On ne peut recevoir l'esprit spirituel sans abandonner la volonté humaine, ni le corps spirituel sans abandonner le corps terrestre. Jésus dit à toutes les Églises : « Sois fidèle jusqu'à la mort, et je te donnerai la couronne de vie » (Apocalypse 2:10).[237]
Dans cette perspective, la parole de Jésus « quiconque vit et croit en moi ne mourra jamais » (Jean 11:26) s'applique à ceux qui vivent « à ce moment-là » et appartiennent aux fidèles. Ils sont comptés pour morts quant à la volonté, à la nature et à l'espérance humaines, et vivants envers Dieu comme nouvelles créatures. Ces nouvelles créatures ne dormiront pas : elles seront transférées en un clin d'œil dans un corps semblable au corps spirituel du Christ. Que la maison terrestre soit dissoute importe peu, puisqu'elles ne seront pas dépouillées mais revêtues d'une demeure céleste.[238]
Jésus a livré l'humain à la mort pour toujours (il a été « mis à mort quant à la chair, mais rendu vivant quant à l'esprit », 1 Pierre 3:18), et s'il avait repris la nature humaine, il aurait repris le prix de la rançon. Ses disciples, qui forment son corps, ont le privilège de compléter ce qui manque aux souffrances du Christ (Colossiens 1:24), de participer avec lui à la rédemption du monde et de lui être rendus conformes dans la mort. Puisque Jésus a été obéissant jusqu'à la mort (Philippiens 2:8) et dit à ses disciples d'être fidèles jusqu'à la mort, la dissolution de l'être humain est nécessaire.[239]
Un autre texte est invoqué, Psaumes 82:6, dans la traduction de Young : « Moi, moi (Jéhovah), j'ai dit : Vous êtes des dieux, vous êtes tous fils du Très-Haut ; mais comme homme vous mourrez, et comme l'un des chefs vous tomberez. » La vocation du petit troupeau est si haute, si au-dessus de la compréhension des hommes, que ceux-ci l'accusent de blasphème.[240]
Cette idée de la vocation divine du petit troupeau se prolonge directement. Les membres de l'Église, engendrés de l'esprit, sont « participants de la nature divine » (2 Pierre 1:4). Dieu étant leur père, ils sont présentés comme des êtres divins, donc comme des « dieux ». Ils n'en sont encore qu'à l'état d'embryon, avec une pensée déjà spirituelle, mais ils seront rendus parfaits. Il existe ainsi une famille de dieux : Jéhovah en est le père, tous ses fils du plan divin sont frères et cohéritiers, et Jésus est le chef, le premier-né.[241]
Peu de gens discernent cette parenté, parce que l'homme naturel ne reçoit pas les choses de l'Esprit de Dieu (1 Corinthiens 2:14). Il en allait de même du temps de Jésus. Devenu participant de la nature divine à son engendrement, il a déclaré être fils de Dieu, et les Juifs ont voulu le lapider, parce qu'ils y voyaient une prétention à être Dieu lui-même. Les rédacteurs soutiennent la même position pour les chrétiens : ils citent 1 Jean 3:2 et 1 Pierre 1:3. Jésus ne nie pas que le titre de fils implique la nature divine. Il rappelle Jean 10:35 : la loi appelle « dieux » ceux qui reçoivent la parole de Dieu. Son raisonnement est que, si Dieu donne ce nom à ceux qui accueillent son enseignement, le maître que le Père a placé à leur tête ne blasphème pas en se disant fils de Dieu.[242]
Ces fils de Dieu restent déguisés, comme celui dont ils ont entendu la parole : le monde ne les connaît pas, comme il ne l'a pas connu. Aucun signe extérieur ne marque leur haute parenté, et chacun marche par la foi jusqu'à la mort. Ils paraissent des hommes et meurent comme les autres, mais à la résurrection ils se lèveront comme dieux, participants de la nature divine. Le texte cite à ce sujet quatre vers d'un cantique : « Ce que nous serons ne paraît pas encore ; mais quand nous le verrons tel qu'il est, nous serons semblables à notre Chef. » Le Psaumes 82:8 s'adresse alors au Christ entier, tête et corps : « Lève-toi, ô Dieu, juge la terre, car tu hériteras toutes les nations. »[243]
Les rédacteurs se comptent parmi les nouvelles créatures qui vivent au temps de la présence du Seigneur. Ils attendent d'être changés à l'instant de la mort du « vase de terre » : ils ne dormiront pas, comme Paul et d'autres, mais seront « changés en un instant ». Ils appliquent à cette période Apocalypse 14:13 : « Heureux les morts qui meurent dans le Seigneur dès maintenant ; oui, dit l'Esprit, afin qu'ils se reposent de leurs travaux, car leurs œuvres les suivent. »[244]
Partout ailleurs dans la Bible, la mort est un désastre, un ennemi terrible, et la tombe une grande prison que Dieu tolère seulement parce que les hommes sont devenus pécheurs. L'espérance offerte au monde est que le Christ, qui a donné sa vie en rançon et « goûté la mort pour tous », détruira la mort en rendant la vie à toute l'humanité : il « engloutira la mort pour toujours » (1 Corinthiens 15:54). Quand l'Église sera élevée à la gloire du royaume (symbolisé par la montagne), le Christ offrira un grand festin à tous les peuples, détruira le voile d'ignorance et le voile de la mort (Ésaïe 25:6-8), puis ouvrira la prison de la mort et libérera les captifs. Jésus a annoncé que tous ceux qui sont dans les tombeaux entendront la voix du Fils de l'homme et en sortiront (Jean 5:28). Paul appelle la mort le dernier ennemi, qui sera détruit (1 Corinthiens 15:25-26) ; il écrit aussi que le Christ a pris la nature humaine pour détruire par la mort celui qui a le pouvoir de la mort, le diable (Hébreux 2:14). Le texte rappelle enfin la libération des captifs annoncée en Ésaïe 61:1.[245]
Face à cette hostilité générale envers la mort, Apocalypse 14:13 fait exception, mais le mot « dès maintenant » limite sa portée : la mort peut être une bénédiction à partir d'un certain moment, et seulement pour ceux qui sont « dans le Seigneur », c'est-à-dire les membres du corps du Christ, le petit troupeau. Pour tous les autres, elle reste un ennemi jusqu'à sa destruction pendant le règne millénaire (Osée 13:14). L'expression « les morts qui meurent » paraît contradictoire, mais elle désigne ceux qui sont morts au monde, crucifiés avec le Christ, dont la vie est cachée avec lui en Dieu.[246]
Reste à savoir à partir de quand cette bénédiction vaut. Les rédacteurs invoquent la promesse que l'Esprit guiderait les disciples dans la vérité et leur montrerait les choses à venir (Jean 16:13). Comme ils croient que les derniers membres du corps du Christ, « les pieds », vivent maintenant, ils jugent le moment venu de comprendre ce passage. Le contexte, les sept versets qui précèdent, mentionne trois messages à proclamer dans l'Église (symbolisée par le ciel). Ils situent leur accomplissement dans les sept premières années de la moisson, de 1874 à 1881. Le premier message contient la bonne nouvelle éternelle et un élément de temps : « l'heure de son jugement est venue ». Il correspond à ce que prêchaient de nombreux étudiants de la Bible : la bonne nouvelle s'adresse à tous les peuples, et la « moisson », temps d'épreuve ou de jugement, a commencé en 1874 pour durer quarante ans, les sept premières années étant consacrées à la récolte des prémices dans l'Église.[247]
Jusqu'en 1878, la restitution restait la note dominante et la consécration totale était toujours demandée, mais l'élément de temps occupait une place très visible. Depuis 1878, il est toujours reconnu dans la prédication et cité comme preuve, mais l'enseignement direct sur le temps s'est presque arrêté chez tous les frères qui prêchent, sans accord préalable : d'autres éléments de la vérité ont pris plus de place.[248]
Au printemps 1879, les rédacteurs ont vu le parallèle entre l'Église juive nominale et l'Église nominale de l'Évangile. Celle-ci a été définitivement rejetée par le Seigneur et « vomie de sa bouche » (Apocalypse 3:16), et cesse d'être son porte-parole. Ce rejet est daté de 1878, parallèle de celui de l'Église juive quand Jésus, avant sa crucifixion, a pleuré sur elle et dit : « Votre maison vous est laissée déserte. » Ils ont compris que l'Église nominale de l'âge de l'Évangile est Babylone, état de confusion où se mêlent l'esprit du monde et un christianisme tiède (Apocalypse 18:2-4).[249]
Ce rejet de 1878 est présenté comme le début de la chute de Babylone. Depuis, les rédacteurs s'estiment conduits par l'Esprit à dire aux vrais enfants de Dieu qui s'y trouvent : « Sortez du milieu d'elle, mon peuple, afin de ne pas participer à ses péchés et de ne pas recevoir de ses plaies » (Apocalypse 18:4). Cet appel correspond au deuxième message : « Babylone est tombée » (Apocalypse 14:8).[250]
Le troisième message (Apocalypse 14:9-11) concerne les adorateurs de la Bête et de son Image. Il montre l'Église nominale avec les couleurs que lui donne la Parole de Dieu. Tous ceux qui y restent, par l'esprit ou par le nom, malgré l'appel « Sortez d'elle », subiront tourment et vexation tant qu'ils adoreront les credos, les doctrines et les organisations des hommes ; le souvenir de cette détresse (la « fumée du tourment ») ne sera jamais oublié. Les rédacteurs jugent que cette prédication n'aurait pu mieux remplir le message, et précisent qu'ils n'ont remarqué la ressemblance avec ces trois messages qu'après les avoir proclamés.[251]
Ces trois messages seront sans doute encore répétés par d'autres tant qu'ils contiendront une vérité due aux enfants du Seigneur. Mais en tant que messages spéciaux au sens de la prophétie de l'Apocalypse, ils ont tous été donnés avant l'automne 1881, date qui correspond à la fin de la soixante-dixième semaine de la prophétie de Daniel. Depuis, vient le temps de l'attente patiente du « changement » décrit au verset 12. À l'automne 1881, les rédacteurs ont pu pour la première fois lire en le comprenant : « Heureux les morts qui meurent dans le Seigneur dès maintenant. » La bénédiction est destinée aux membres du Christ actuellement vivants.[252]
En quoi la mort est-elle une bénédiction pour eux ? Ils ne dormiront pas : ils seront aussitôt revêtus de leur corps céleste (spirituel), changés en un instant, abandonnant tout ce qui est humain et terrestre. Pour Jésus, près de trois jours de sommeil se sont écoulés, dans l'état dépouillé, inconscient, de la mort, entre l'abandon du corps terrestre et la réception du corps céleste. Paul et d'autres attendent « dépouillés », « endormis en Jésus », depuis près de deux mille ans, et cette attente est l'une des principales raisons pour lesquelles la mort était indésirable, même pour les chrétiens. Personne ne veut être dépouillé, même un instant ; on désire être revêtu, avec un changement instantané (1 Corinthiens 15:52). La mort de l'humain coïncide avec l'achèvement de la nature divine, d'où un « changement » béni.[253]
Pour cette classe, le travail ne s'interrompt pas. Déjà morte au monde et vivante envers Dieu, elle œuvre en harmonie avec l'œuvre du royaume en cours ; elle passe à un plan supérieur de perfection et de puissance divines et y poursuit la même tâche. Seul cesse le labeur lié au corps mortel, le « vase de terre » fragile. Les membres du corps qui ont précédé n'ont pas connu ce sort. Paul, au terme de son combat, n'attendait pas un changement en un instant, mais un sommeil dont il serait réveillé pour recevoir sa récompense au royaume : « Désormais m'est réservée la couronne de justice, que le Seigneur, le juste juge, me donnera en ce jour-là » (2 Timothée 4:8).[254]
Le texte se termine par une exhortation à se réjouir sans croire la victoire acquise, avec quatre vers de cantique : « Ne pense pas la victoire gagnée, ne t'assois pas à l'aise ; ta rude tâche ne sera pas achevée avant que tu aies conquis ta couronne. » L'humain doit être entièrement sacrifié avant que le divin soit rendu parfait. Les paroles du Seigneur et Précurseur, « Sois fidèle jusqu'à la mort, et je te donnerai la couronne de vie » (Apocalypse 2:10), désignent la voie étroite à suivre sur ses traces pour obtenir le prix de la vocation céleste : « gloire, honneur et immortalité ».[255]
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Références
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- ↑ La Tour de Garde, décembre 1882, p. 10
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- ↑ La Tour de Garde de Avril 1883, p. 463
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- ↑ La Tour de Garde de Avril 1883, p. 464 et 468
- ↑ La Tour de Garde, septembre 1880, p. 1
- ↑ La Tour de Garde de Avril 1883, p. 464
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- ↑ PENTON M. James, Apocalypse Delayed, p. 39-41. Original : « Like George Storrs, Russell abhorred the churches of Chrétienté, seeing them as Babylon the Great. […] But such association was to be entirely free and voluntary. »
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- ↑ SCHULZ et DE VIENNE, Separate Identity, vol. 1, p. 57. Original : « While Adventists were and are premillennialists, they were not within Russell's definition of Pre-Millenarians. In America, the term Millenarian was unique to Age-to-Come believers. »
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- ↑ SCHULZ et DE VIENNE, Separate Identity, vol. 2, p. 150-151. Original : « In point of fact, most were never Adventists of any sort but came from cognate movements. »
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- ↑ PENTON, Apocalypse Delayed, op. cit., p. 34-36. Original : « With Russell's blessings, Jones founded a journal named Zion's Day Star in New York City. Yet within a year he, too, denied Russell's theory of Christ's ransom sacrifice. »
- ↑ La Tour de Garde, avril 1882, p. 2
- ↑ La Tour de Garde, décembre 1882, p. 10
- ↑ CHRYSSIDES George, Historical Dictionary of Jehovah's Witnesses, p. 106-107. Original : « In 1882, he established the monthly journal The World's Hope. »
- ↑ PENTON, Apocalypse Delayed, op. cit., p. 34. Original : « in 1881, Russell refused to publish any more of Paton's articles, and the two separated with some bitterness. »
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- ↑ La Tour de Garde de Avril 1883, p. 463
- ↑ La Tour de Garde de Avril 1883, p. 467
- ↑ La Tour de Garde, février 1883, p. 6
- ↑ CROMPTON Robert, Counting the Days to Armageddon, p. 72-73. Original : « Within a year of the second failed expectation, only Russell remained of the original leaders to continue promoting the system which had been developed within the group. »
- ↑ WILLS, A People for His Name, op. cit., chap. 3, section « More Harvest Work ». Original : « The idea that these divisions were only a manifestation of the separation of the wheat from the chaff enabled Russell to take them philosophically. »
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- ↑ CROMPTON, Counting the Days to Armageddon, op. cit., p. 72-73. Original : « Finally, the separation of the ideas of the end of the 'high calling' and the glorification of the saints allowed the retention of 1881 in the system together with a more distant reward. »
- ↑ PENTON, Apocalypse Delayed, op. cit., p. 3-5. Original : « Bible Student–Jehovah's Witness leaders have always argued that the "wrong thing [or things] had happened at the right time." »
- ↑ MACMILLAN A. H., Faith on the March, p. 27-28. Original : « Russell showed how Paul clearly meant by his words that those alive on earth when Christ returned would not need to go into such sleep of death […] But Barbour rejected this simple explanation of Paul's words. »
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- ↑ PENTON, Apocalypse Delayed, op. cit., p. 17-18. Original : « the practice of celebrating the Memorial of the Lord's Supper once a year on the supposed date of Christ's death, 14 Nisan […] was learned by Russell from the editor of the Bible Examiner. »
- ↑ SCHULZ et DE VIENNE, Separate Identity, vol. 2, op. cit., p. 79. Original : « Brother Foore, why this discrepancy between you and Brother Russell? Have you different calendars? »
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- ↑ La Tour de Garde de Avril 1883, p. 473
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- ↑ La Tour de Garde de Avril 1883, p. 473
- ↑ La Tour de Garde de Avril 1883, p. 474
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- ↑ La Tour de Garde de Avril 1883, p. 474
- ↑ La Tour de Garde de Avril 1883, p. 474
- ↑ La Tour de Garde de Avril 1883, p. 474
- ↑ La Tour de Garde de Avril 1883, p. 475
- ↑ La Tour de Garde de Avril 1883, p. 475
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- ↑ La Tour de Garde de Avril 1883, p. 475
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- ↑ La Tour de Garde de Avril 1883, p. 475