La Tour de Garde de janvier 1881
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| La Tour de Garde de janvier 1881 | |
|---|---|
| Revue | La Tour de Garde |
| Date | 1881 |
| Année | 1881 |
| Éditeur | Watch Tower Bible and Tract Society |
Ce numéro s'articule autour de deux grandes lignes. La première est théologique : le parallèle entre la fin de l'âge juif et la fin de l'âge chrétien, avec la question de savoir pourquoi et comment chaque « maison » trébuche sur le Christ au moment de sa venue. La seconde est pratique et communautaire : plusieurs contributions traitent de la vie intérieure du mouvement, de la consécration personnelle, du rôle du Saint-Esprit, du travail de prédication de Sion et des réunions de Pittsburgh.
La moisson chrétienne, présentée comme déjà commencée en 1874, est attendue pour s'achever en 1881, date à laquelle le rassemblement de l'épouse doit être accompli selon le calendrier prophétique développé dans ce numéro. Ce cadre chronologique précis donne au numéro une tonalité d'urgence : le froment et l'ivraie sont en cours de séparation, et la reconnaissance de la présence du Christ est réservée à ceux qui possèdent « l'œil de la foi ».
Analyse
Croyances
Lire l'Ancien Testament comme une suite de figures
Presque tous les auteurs de ce mois raisonnent de la même manière. Un épisode de l'Ancien Testament annonce en petit ce qui doit arriver en grand à l'Église.[1] Le Temple de Salomon, l'arche de Noé, Moïse et Aaron, Rachel et ses deux fils, l'onction d'Aaron et les plaies d'Égypte servent tous à dater ou à décrire des événements du présent.[2] Cette façon de lire la Bible ne vient pas du groupe de Pittsburgh. William Miller l'employait déjà : pour lui, le retour d'exil à Babylone ne s'accomplissait qu'en partie, et son vrai sens était la captivité de l'Église sous une Babylone spirituelle.[3] La lecture de Jérémie 50 et 51 proposée ici reprend exactement ce schéma : la captivité d'Israël à Babylone y annonce celle de l'Église sous « Babylone, la grande mère des prostituées ».[4]
Les auteurs savent pourtant que ces rapprochements sont fragiles. A. D. J. prévient lui-même qu'il ne faut pas donner trop de poids à une figure prise seule.[5] Selon lui, une figure nevaut que si elle s'accorde avec des prophéties plus directes, et aucune ne constitue à elle seule une preuve absolue.[6] Il rappelle que les apôtres eux-mêmes jugeaient certains points « difficiles à comprendre ».[7] Mais il compense aussitôt cette prudence par le nombre : deux témoins suffisent à établir un fait, et cinq figures s'accordent sur 1881.[8] Nelson Barbour défendait déjà sa chronologie par ce même argument de l'accumulation : un problème résolu de sept façons indépendantes ne laisse plus de place au doute.[9] L'historien Tony Wills relève que la date de 1874 était elle aussi obtenue par sept méthodes distinctes.[10] Des figures faibles une à une deviennent ainsi, mises ensemble, une démonstration jugée solide.
La discussion de Benjamin W. Keith sur le « lieu saint » montre cette méthode appliquée aux mots eux-mêmes.[11] Keith s'appuie sur les mots en italique de la Bible anglaise, ajoutés par les traducteurs, pour établir que l'expression « lieu saint » désigne le parvis du tabernacle.[12] En février 1880, le même Keith avait déjà opposé la traduction de Benjamin Wilson à la version anglaise courante, comme il l'avait fait pour le mot grec rendu par « présence ».[13] Ici, il écarte une lecture rivale qui voyait une belle leçon dans un lavage fait à un endroit où rien n'était prévu pour cela.[14] Son critère est de toujours « adhérer à l'enseignement général de la parole ».[15] La précision sur le parvis complète la lecture des trois espaces du sanctuaire donnée en novembre 1880, où chaque espace correspondait à un état du croyant.[16]
Une dernière idée autorise toutes ces lectures : la vérité se découvre par étapes, au moment voulu par Dieu. John C. Sunderlin affirme que les pères n'ont pas épuisé le filon et que des pépites continuent d'apparaître.[17] Le texte sur Sion reproche à la Réforme de s'être arrêtée, alors que la lumière « qui brille de plus en plus » l'a dépassée.[18] A. D. J. va plus loin : le seul fait de comprendre enfin comment les saints seront changés prouve que ce changement est proche, puisque la vérité est une « nourriture donnée en son temps ».[19] Ce principe s'appuyait déjà, en juillet 1879, sur le sentier des justes qui croît jusqu'au plein jour (Proverbes 4:18).[20] L'expression vient du milieu adventiste : Jonas Wendell, qui a influencé le jeune Russell, avait publié en 1870 La Vérité présente, ou la Nourriture de saison.[21] Pour James Penton, cette « lumière nouvelle » permet à un groupe de se dire seul détenteur du sens véritable du plan divin.[22] Le groupe se réclame pourtant de la Bible seule : le Christ est présenté comme l'unique enseignant, et toute parole humaine doit être jugée par la loi et le témoignage (Ésaïe 8:20).[23]
Deux âges calqués date pour date
Appliquée à l'histoire, cette méthode fait correspondre l'histoire juive et l'histoire chrétienne, date pour date. La moisson juive dure quarante ans, de 30 à 70, et la moisson chrétienne aussi, de 1874 à 1914.[24] Les sept premières années de la moisson juive répondent à la période de 1874 à 1881.[25] L'abandon de la maison juive en 33 répond à l'année 1878.[26] Ce calque vient de Barbour. Dans Three Worlds and the Harvest of This World (1877), il tirait d'Ésaïe 40:2 l'idée que l'âge chrétien devait avoir la même durée que l'âge juif.[27] Il calquait la moisson de 1874 à 1878 sur les trois ans et demi du ministère de Jésus, et attendait pour 1878 l'enlèvement des saints.[28] Robert Crompton détaille ce calendrier : la présence du Christ commence 1 845 ans après le baptême de Jésus, 1878 répond à l'entrée à Jérusalem, et 1881 à la conversion de Corneille en l'an 36.[29] En mai 1880, la fin de l'âge était comptée autrement : trente-sept ans de 1878 à 1914, sur le modèle des années 33 à 70.[30] Le compte sur quarante ans à partir de 1874 ne contredit pas ce calcul. Il en ajoute un second qui aboutit au même terme. Raymond Franz reproduit d'ailleurs ce passage comme exemple de la précision de ce calendrier.[31]
Dans ce cadre, la présence du Christ depuis 1874 devient un événement invisible. Elle ne se reconnaît que par « l'œil de la foi ».[32] L'idée remonte à Keith, qui a lu dans la traduction de Wilson le mot grec parousia rendu par « présence ». Barbour l'a ensuite répandue dans le Herald of the Morning d'octobre 1875.[33] Barbour écrivait alors que même les élus ne verraient pas le Christ avant la fin de la moisson.[34] Le texte de janvier 1881 dit autre chose : l'épouse doit reconnaître cette présence dès maintenant, par la foi, pendant la moisson.[35] En 1880, cette présence servait surtout à séparer le groupe des autres adventistes.[36] La ligne de partage passe désormais à travers toute la chrétienté : tous ceux qui attendent un retour visible sont comparés aux Juifs qui n'ont pas reconnu Jésus.[37] Raymond Franz souligne qu'une présence invisible est difficile à réfuter. Elle a permis de garder la date de 1874 en changeant seulement la nature de ce qu'on attendait.[38]
La résurrection des morts en Christ reçoit le même traitement. Pour A. D. J., Daniel se relève « à son rang » au terme des 1 335 jours, en 1874.[39] Cette résurrection est silencieuse, comme le Temple bâti sans bruit de marteau.[40] En 1875, le groupe de Barbour attendait pour le 6 avril la résurrection des morts en Christ et son propre départ au ciel. En juin, il fallut tout réinterpréter comme un temps de moisson.[41] Crompton rapporte qu'après la déception de 1878, Russell fit de cette année-là celle de la résurrection des saints morts.[42] A. D. J. place pourtant le relèvement de Daniel en 1874. Il admet aussi que certains ont pu ressusciter au moins sept ans avant que les derniers soient changés.[43] Sa formule laisse donc place à plusieurs dates sans en écarter aucune.
Les deux maisons d'Israël devant la même pierre
Une présence invisible fait trébucher ceux qui ne la voient pas. Ésaïe 8:14 parle d'une pierre d'achoppement « pour les deux maisons d'Israël ». Dans ce texte, il s'agit des deux royaumes, Israël et Juda.[44] Les deux maisons deviennent ici l'Israël selon la chair et la chrétienté nominale.[45] Paul avait déjà repris l'image en Romains 9:32-33 : Israël trébuche pour avoir cherché la justice par les œuvres et non par la foi.[46] La chrétienté reçoit ici le même reproche : elle attend un Christ visible au lieu de le reconnaître par la foi.[47] La conclusion reprend Paul : « l'élection l'a obtenu, et le reste a été aveuglé » (Romains 11:7).[48] Crompton explique que l'Israël charnel figure, chez Russell, à la fois la chrétienté en général et la vraie Église des élus.[49] En août 1879, l'élection était déjà comprise comme le choix pour une fonction, et non comme le seul moyen d'être sauvé.[50] La même idée revient ici : de vrais enfants de Dieu trébuchent sans être « entièrement abattus ».[51]
Ce trébuchement entraîne le rejet de l'Église nominale en 1878. En novembre 1879, cette date, d'abord prévue pour l'enlèvement des saints, désignait déjà l'abandon des Églises, « laissées désertes ».[52] Le rejet est maintenant rattaché à la figure de Babylone. L'appel à « sortir d'elle » doit être entendu avant l'automne 1881.[53] George Chryssides note que Russell appelait Babylone « l'Église nominale ». Le protestantisme courant réservait ce nom à l'Église catholique.[54] Ce déplacement a un précédent : en 1843, le milleriste Charles Fitch étendait déjà le nom de Babylone aux Églises protestantes qui refusaient le message du retour du Christ.[55] George Storrs ajoutait que toute Église organisée par les hommes devient Babylone dès qu'elle est organisée.[56] Le texte sur Sion fait la synthèse de ces deux traditions : la papauté est la « mère », et les Églises protestantes sont ses filles.[57]
Ce rejet s'appuie sur une lecture des sept Églises de l'Apocalypse comme sept périodes successives. Joseph Mede au XVIIe siècle, puis Campegius Vitringa, défendaient déjà cette lecture.[58] En 1856, l'adventiste James White appliquait le message à Laodicée à son propre mouvement.[59] Three Worlds voyait déjà en Laodicée la dernière phase de l'Église.[60] Ici, l'Église « ni froide ni chaude » désigne toute la chrétienté nominale, que l'auteur décrit comme fière de ses temples et de sa popularité.[61] Le Christ qui frappe à la porte prouve qu'il est déjà là, comme en octobre 1880.[62] En avril 1880, l'Église mondaine n'entendait déjà ni le coup frappé ni la présence du Seigneur.[63]
Les deux chutes ne sont pourtant pas de même nature. L'Israël charnel garde la promesse d'être restauré pendant le millénium. La chute de Babylone, elle, est définitive, comme la meule jetée dans la mer.[64] Moïse revenant vers ses frères après quarante ans annonce le retour de la faveur divine vers Israël à partir de 1878.[65] Joseph qui se fait reconnaître de ses frères annonce la même chose.[66] Russell voyait une confirmation de ce retour de faveur dans le congrès de Berlin de 1878, présidé en fait par le Juif Disraeli.[67] En octobre 1879, la convention anglo-turque de juin 1878 était déjà citée comme un signe de cette restauration.[68] Les adventistes refusaient cette idée. Elle vient des milieux qui lisaient les prophéties à la lettre, et elle est parvenue au groupe par Storrs et George Stetson.[69] Yaakov Ariel décrit chez les évangéliques une attitude double envers les Juifs : héritiers légitimes d'Israël, mais aveugles devant leur Sauveur.[70] On retrouve la même attitude ici : Israël a été aveuglé, mais il reste promis à la faveur de Dieu (voir Sionisme).[71]
La détresse finale et la dissolution des institutions
Le rejet de 1878 ouvre une période de renversement de l'Église nominale, appelée le « travail » de Sion.[72] Les trois premières plaies d'Égypte correspondent à ce travail, qui sépare les vrais enfants de Dieu de l'Église nominale. Les sept dernières plaies frappent ensuite le monde.[73] Cette lecture prolonge celle de décembre 1880, où la grande multitude devait traverser les trois premières plaies pour sortir de Babylone.[74] Le texte d'Ésaïe 66:7-8 reçoit ici un sens précis. Les commentateurs protestants comme John Gill y voyaient la conversion soudaine de foules entières.[75] Le même verset sert ici à fixer un ordre : Sion « avant qu'elle fût en travail, elle a enfanté ». Le petit troupeau naît donc avant la détresse, et la grande multitude après.[76] L'incrédulité, avec le colonel Ingersoll, et le spiritisme sont désignés comme les forces qui renversent Sion.[77]
La durée de cette détresse reste mal fixée. En mars 1880, l'année 1914 devait clore la période de colère.[78] Ce mois-ci, la moisson s'achève encore en 1914 avec la fin du « jour de la colère ».[79] Mais A. D. J. constate qu'entre 1881 et 1914, il ne s'écoule qu'environ trente-trois ans, et non les quarante ans annoncés par le déluge.[80] Il propose donc que la détresse continue en s'affaiblissant jusqu'à sept ans après 1914, « tandis que les nations transformeront leurs épées en charrues ».[81] Cette retouche infléchit la position de mars 1880. Elle montre que les auteurs du même numéro n'ont pas tous le même calendrier. Barbour avait lui-même parlé d'un temps de détresse de quarante-trois ans, déjà commencé lorsqu'il prêchait à Cincinnati en 1877.[82] Melvin Curry, cité par Penton, résume ce type d'ajustement : la chronologie biblique est « la pâte à modeler des millénaristes ».[83]
La relecture de 2 Corinthiens 5:1-2 par Sunderlin donne le même sens à la « maison terrestre ». Il y voit la maison juive et la maison de l'Évangile, que l'eau des épreuves dissout comme le raffineur de Malachie 3:3 dissout l'argent.[84] La lecture habituelle, de Jean Chrysostome à Thomas d'Aquin, voyait dans cette maison terrestre le corps mortel, que l'on quitte à la mort.[85] Sunderlin garde pourtant ce sens pour le verset 10, sans certitude.[86] Il exprime même l'espoir que les méthodistes, les baptistes et les presbytériens forment ensemble, à défaut du corps du Christ, la maisonnée de Dieu.[87] Ce ton conciliant contraste avec la chute définitive de Babylone annoncée quelques pages plus haut.[88]
Du sacrifice de Jésus au don de l'Esprit
Face à ce monde religieux condamné, plusieurs auteurs décrivent ce qui fait d'un croyant un membre de l'Église véritable. Tout part du sacrifice de Jésus. Le Père accepte l'offrande de sa vie humaine parfaite et lui donne en retour la nature divine. Il le déclare son Fils au Jourdain.[89] Les disciples, eux, ne peuvent recevoir l'Esprit avant que la rançon soit payée et que Jésus soit glorifié (Jean 7:39).[90] On retrouve la rançon exacte défendue en novembre 1879 : une vie humaine donnée pour la vie perdue par Adam, et abandonnée pour toujours.[91] L'élévation de Jésus, qui reçoit un « nom au-dessus de tout nom », reste lue comme une récompense accordée par Dieu, comme en décembre 1880.[92] Dès les premières études du groupe, la rançon comprise comme un prix équivalent servait d'appui à l'espérance d'une restauration de tous.[93]
De ce sacrifice découle le don de l'Esprit. Il est accordé une fois pour toutes à la Pentecôte, et il n'y a pas lieu d'en demander un second.[94] La cible est nommée : le « frère Moody » et les croyants réunis au Massachusetts pour prier en vue de ce baptême.[95] En 1871, Dwight L. Moody avait vécu ce qu'il appelait une « dotation de puissance », après les prières de deux femmes méthodistes.[96] Le mouvement de sainteté appelait « baptême du Saint-Esprit » une seconde expérience, qui devait rendre le croyant entièrement saint.[97] Les conférences d'été que Moody organisait à Northfield depuis 1880 portaient sur la puissance de l'Esprit.[98] Contre cette attente, l'onction d'Aaron (Psaumes 133:2) sert d'argument : prier pour un nouveau baptême reviendrait à demander que Moïse oigne Aaron une seconde fois.[99] En février et septembre 1880, cette même huile, qui coule « jusqu'aux pans de ses vêtements », figurait déjà l'onction transmise à tout le corps.[100][101] La distinction entre l'eau et l'Esprit vient de Stetson. Pour lui, le baptême d'eau était un devoir, et le baptême de l'Esprit un don reçu.[102]
La disparition des langues et des guérisons reçoit une explication propre. Ces dons répondaient à l'ignorance des premiers temps, remplacée depuis par la connaissance. Les écrits des apôtres parlent même plus clairement qu'eux de leur vivant.[103] L'idée que les miracles cessent après les apôtres est ancienne chez les protestants. Jon Ruthven la suit depuis les Réformateurs.[104] Ici, elle s'appuie sur la croissance de la connaissance plutôt que sur l'achèvement de la Bible.[105]
Le croyant engendré par l'Esprit devient une « nouvelle créature ». Sa nature humaine est comptée comme morte, et il participe peu à peu à la nature divine.[106] Le monde, lui, ne reçoit pas de vie nouvelle. Il retrouve la vie perdue en Adam (Actes 3:21).[107] Vers 1874, le groupe d'Allegheny avait compris que le Christ n'était plus un homme, mais une nouvelle créature, un esprit qui donne la vie.[108] Crompton note que, chez Russell, l'Esprit n'est donné pendant cet âge qu'au petit troupeau, appelé à partager la nature divine.[109] Le poème « Consécration — Prière » traduit en prière cette exigence. Le croyant y offre successivement ses mains, sa voix, son argent, sa volonté et son cœur, jusqu'au don de lui-même.[110] Ce don répond au sacrifice de la nature humaine exigé de ceux qui forment l'épouse (Malachie 3:17).[111]
L'échéance de l'automne 1881 et ses retouches
L'appel céleste a un terme. En mai 1880, l'année 1881 marquait déjà la fin de l'invitation à devenir cohéritier du Christ, sur le modèle de l'an 36.[112] En décembre 1880, les lecteurs étaient pressés d'agir avant cette date.[113] A. D. J. ajoute que les saints vivants doivent être changés en corps spirituels avant l'automne 1881. Il s'appuie sur cinq arguments : les jours de Daniel, les soixante-dix semaines, le Temple, l'arche de Noé, Moïse et Aaron.[114] En octobre 1879, l'attente d'un enlèvement corporel au printemps 1878 avait été abandonnée.[115] Le même espoir d'un changement corporel revient ici, reporté à 1881. Curry, cité par Penton, estime que cette échéance proche détournait l'attention de la déception de 1878 et poussait à prêcher davantage.[116]
A. D. J. corrige lui-même deux points de ce qu'on croyait jusque-là. D'abord, il abandonne explicitement l'idée d'un changement des saints au milieu de la grande détresse.[117] Il lui préfère le modèle de Noé, enfermé dans l'arche par Dieu avant la pluie (Genèse 7:16), et celui de Moïse et Aaron, réunis avant la première plaie.[118] Le croyant doit ainsi « veiller afin d'être jugés dignes d'échapper à toutes ces choses ».[119] Ce modèle d'un enlèvement avant la détresse était répandu chez les millénaristes britanniques. Les conférences d'Albury Park l'avaient fait connaître, à partir des écrits du jésuite chilien Manuel Lacunza.[120] John Nelson Darby écrivait en 1850 avoir compris vingt ans plus tôt que les saints seraient enlevés avant le jour du Seigneur.[121]
La seconde correction porte sur le mariage de l'Agneau. Tant que le mariage était confondu avec le changement des saints, aucun départ ne pouvait être attendu avant 1881. En effet, l'Église nominale gardait une faveur spéciale pendant trois ans et demi à partir de 1878.[122] Désormais, l'entrée aux noces comprend à la fois la reconnaissance de la présence et le changement lui-même, ce qui rapproche l'échéance.[123] L'inspection des invités (Matthieu 22:11) est située après le printemps 1878, comme en avril 1880.[124] A. D. J. y voit la cause des débats sur la sainteté qui ont suivi cette date.[125] Ces débats sont réels : en juillet 1880, John H. Paton reprochait à Barbour de faire d'une « théologie pure » le vêtement de noces.[126] En octobre 1879, le vêtement désignait déjà le caractère chrétien et non une théorie juste.[127] La lecture protestante courante y voyait la justice du Christ donnée au croyant, et dans l'inspection le tri des hypocrites.[128]
Deux groupes de sauvés et le règne à venir
Une fois la porte fermée, le salut des chrétiens se répartit en deux groupes. Le « petit troupeau » des vainqueurs forme l'épouse. Ses membres siègent couronnés près du trône. La grande multitude se tient debout devant le trône, des palmes à la main.[129] Rachel sert à figurer cette division, et l'auteur la présente lui-même comme une figure qu'on n'avait pas encore examinée.[130] Joseph représente le petit troupeau. Benjamin, dont la naissance cause la mort de sa mère, représente la grande compagnie née après la détresse.[131] Augustin voyait déjà en Léa les Juifs et en Rachel les Gentils.[132] La lecture de 1881 garde ce partage, mais elle répartit en plus les deux fils de Rachel entre deux rangs de chrétiens.[133] En décembre 1880, la grande multitude était déjà une classe céleste de second rang.[134] Penton confirme que, pour Russell, cette « grande compagnie » ressuscite elle aussi pour le ciel, mais pas lors de la première résurrection.[135]
Le petit troupeau règne ensuite comme rois et prêtres, sur le modèle de Melchisédek, roi de Salem et prêtre du Très-Haut (Apocalypse 5:10).[136] Sa tâche est de rendre à l'humanité, avec le Christ, toute la perfection perdue en Adam.[137] En août 1875, Barbour admettait ce temps de restauration, mais il disait s'en désintéresser. Selon lui, ce travail reviendrait à la maison charnelle d'Israël.[138] Le texte sur Sion dit l'inverse : la grandeur de l'appel céleste ne se comprend qu'en voyant qu'il consiste justement à restaurer le monde.[139] La promesse faite à celui qui vaincra, d'avoir pouvoir sur les nations, donne ainsi son but à toute la démonstration.[140]
Organisation et histoire
Quitter les Églises avant une date limite
En janvier 1881, l'automne de la même année sert de date butoir à deux attentes à la fois. C'est le moment où la porte doit se fermer pour qui veut entrer dans l'« Épouse ». C'est aussi le moment où les croyants encore vivants doivent être changés en êtres spirituels.[141] La première attente n'est pas nouvelle. Elle avait été posée en mai 1880 contre des groupes rivaux qui attendaient pour 1881 l'apparition du Christ en chair.[142] En décembre 1880, les lecteurs avaient déjà été pressés de redoubler d'efforts, puisque l'appel devait prendre fin « dans moins d'un an ».[143] En janvier 1881, la date gagne en poids : elle ne marque plus seulement la fin d'une invitation, elle annonce un événement visible dans la vie des fidèles eux-mêmes.[144] L'historien Melvin Curry, cité par James Penton, voit dans cette attente à court terme un double effet : elle fait oublier la déception de 1878 et elle relance la prédication.[145]
Cette date commande aussi le rapport aux Églises. Leur rejet par Dieu au printemps 1878 avait été posé dès novembre 1879, avec l'image de Laodicée « vomie » de la bouche du Seigneur.[146] En janvier 1881, ce rejet devient un calendrier de départ. Entre 1878 et 1881 s'ouvre un délai de grâce pour ceux qui se détachent intérieurement de l'Église rejetée. Tous les membres de l'Épouse doivent en être sortis avant l'automne 1881.[147] L'appel à « sortir de Babylone » vient du milieu millériste des années 1840, dont le groupe est issu. George Storrs y prévenait déjà que toute Église organisée par les hommes « devient Babylone au moment même où elle est organisée ». Il tenait aussi les credos humains pour une « usurpation ».[148] On retrouve le même reproche en 1881 : les Églises jugent leurs membres d'après les « autorités » de leurs fondateurs, et non d'après la Bible.[149] Le silence des grands prédicateurs ne doit donc pas l'emporter sur le jugement personnel du lecteur.[150] L'historien Andrew Taylor a montré que, chez les millérites, cette séparation ne venait pas seulement de l'exclusion par les Églises : elle était au cœur même du mouvement, jusque chez les simples fidèles.[151]
La rupture ne vise pas que les vieilles Églises. Elle touche aussi le réveil évangélique du moment. Des lecteurs demandent s'il faut imiter le « frère Moody » et d'autres croyants récemment réunis dans le Massachusetts pour prier Dieu d'envoyer un nouveau baptême du Saint-Esprit. La réponse est non : ce baptême a eu lieu une fois pour toutes à la Pentecôte.[152] La question vise un courant précis. Dwight L. Moody disait avoir reçu en 1871 une « dotation de puissance » après les prières de deux femmes méthodistes. Le mouvement de sainteté appelait alors « baptême du Saint-Esprit » une seconde grâce reçue après la conversion.[153] Moody venait de tenir en 1880 sa première conférence à Northfield, dans le Massachusetts.[154] En l'appelant « frère », on le reconnaît comme chrétien. On refuse pourtant de suivre la piété la plus vivante de l'époque, au moment même où l'on demande aux fidèles de quitter leurs Églises.
Une doctrine qui se corrige et emprunte ses outils
Plusieurs points sont corrigés ouvertement. L'idée que les saints seraient changés au milieu de la grande détresse est abandonnée. On lui préfère l'image de Noé, entré dans l'arche avant que la pluie ne commence.[155] La distinction entre le mariage et le changement est présentée comme comprise depuis peu, et cette découverte renforce l'attente de 1881.[156] Des renvois explicites sont faits au numéro de décembre et à celui de septembre.[157] Ces retouches s'ajoutent à un abandon plus lourd : celui de l'enlèvement attendu au printemps 1878, reconnu dès octobre 1879.[158] Selon Penton, cet échec avait entraîné désillusion et divisions.[159] En plaçant le changement avant la détresse, le groupe se rapproche d'une idée déjà répandue. Les conférences d'Albury Park, en Angleterre, avaient popularisé un enlèvement des saints avant la ruine des gouvernements du monde.[160] John Nelson Darby défendait la même idée chez les Frères de Plymouth.[161]
Ces corrections suivent les débats du moment. Le sujet du « vêtement de noces » est dit vivement discuté depuis le printemps 1878.[162] Ce débat a laissé des traces dans le périodique lui-même. Lizzie A. Allen y avait publié en mars 1880 un texte intitulé « Le vêtement de noces ».[163] En juillet 1880, John H. Paton y raillait un prédicateur, reconnaissable comme Nelson Barbour, pour qui ce vêtement était une « théologie propre » plutôt qu'une vie sainte.[164] Pour justifier ces ajustements, une formule revient : une vérité n'est comprise qu'au moment où elle devient une « nourriture donnée en son temps ».[165] L'expression n'est pas propre au groupe. Jonas Wendell, dont le cercle avait influencé le jeune Charles Taze Russell, avait publié en 1870 La Vérité présente, ou la Nourriture de saison.[166] Penton y voit un héritage adventiste. Selon lui, il permet d'affirmer que « la mauvaise chose s'est produite au bon moment » sans renoncer au calendrier.[167]
Le calendrier lui-même n'est pas démontré dans ce numéro. Pour l'année 1874 et pour le calcul des 1 335 jours, le lecteur est renvoyé deux fois à The Day Dawn.[168] Ce livre de John H. Paton, paru en 1880, avait été écrit à la demande de Russell pour remplacer Three Worlds and the Harvest of This World. Albert Delmont Jones avait accepté de le publier.[169] Or Three Worlds, paru en 1877, avait été rédigé tout entier par Barbour.[170] Les dates défendues en 1881 reposent donc sur des calculs hérités d'un homme avec qui Russell a rompu en 1879.[171]
D'autres outils viennent aussi de l'extérieur. L'Emphatic Diaglott sert à traduire 1 Thessaloniciens 4:15, Éphésiens 4:12 et 1 Corinthiens 13.[172] Benjamin Wilson avait publié cette traduction du Nouveau Testament en 1864, dans un milieu voisin de celui de Russell, qui en avait fait son livre de référence.[173] C'est en y lisant le mot grec rendu par « présence » que Benjamin W. Keith avait trouvé l'idée d'une présence invisible du Christ depuis 1874.[174] Ailleurs, le dictionnaire de Webster sert à définir la sagesse biblique.[175] Un poème de consécration est repris d'un autre auteur, simplement signé « Selected » (« choisi »).[176]
Un réseau de lecteurs sans congrégations propres
L'ordre de quitter Babylone avant l'automne s'accorde avec une pratique plus souple. Le « petit troupeau » continue parfois de fréquenter son Église. Il s'en tient à l'écart en esprit, étudie la Bible en privé et cherche la compagnie de croyants qui pensent comme lui. Le prédicateur local n'est pas jugé pleinement responsable de cette situation.[177] La sortie commence donc par l'intérieur, avant de se traduire par un départ. Selon Penton, Russell ne cherchait pas alors à fonder une nouvelle dénomination, à l'exemple de George Storrs. Il voulait seulement amener le plus de monde possible dans la « vraie Église » avant la fin de l'âge. Avec ses proches, il avait pourtant organisé dès 1879 une trentaine de groupes d'étude dans sept États.[178]
L'avis sur les réunions de Pittsburgh montre comment ces groupes se règlent. Les réunions ont lieu le dimanche de 14 h 30 à 16 h et le mercredi à 19 h 30. La rédaction regrette de ne pas avoir publié plus tôt un avis permanent.[179] Le dimanche est consacré à un exposé biblique, souvent dans une salle louée. Le mercredi, on se réunit chez des particuliers pour la prière et les témoignages, notamment chez Joseph Lytel Russell, le père de Charles.[180] L'avis a aussi une portée nationale. En 1880, Russell avait entrepris une tournée parce que, dans bien des localités, les abonnés étaient « totalement inconnus les uns des autres ».[181] Les groupes les plus proches du périodique reprennent ensuite le rythme de Pittsburgh : deux réunions par semaine.[182] En rendant public cet horaire, on offre un modèle aux lecteurs dispersés.
Le périodique reste une œuvre à plusieurs mains. L'étude sur le tabernacle est signée B. W. K., celle sur les trésors cachés et celle sur « notre maison » portent les initiales J. C. S., et le long calcul sur l'automne 1881 est signé A. D. J.[183] Le premier numéro de 1879 nommait comme collaborateurs réguliers Paton, William I. Mann, Keith, Hugh B. Rice et Jones. Rice avait été retiré de la liste en mai 1880 et remplacé par Lizzie Allen.[184] Keith, lecteur de l'Herald of the Morning, prêchait près de chez lui, dans l'État de New York.[185] Jones était employé dans les magasins de Russell, qui l'avait gagné à ses idées.[186] Les initiales J. C. S. correspondent à celles de John C. Sunderlin, auteur d'articles dans le périodique selon Schulz et de Vienne.[187] La démonstration la plus détaillée de l'échéance de 1881 ne porte donc pas la signature de Russell : elle repose sur un article de Jones et sur le livre de Paton.
L'urgence se traduit enfin en consigne pratique. Un premier « supplément de brochure » est joint au numéro, et une ou deux brochures par mois sont annoncées. Elles sont gratuites, envoyées par paquets de vingt-cinq au plus, et la commande peut être renouvelée une fois les exemplaires écoulés.[188] Chaque destinataire doit lire la brochure avant de la transmettre. La distribution est présentée comme une manière de « à la fois travailler et souffrir l'opprobre » pour la bonne nouvelle.[189] Selon Penton, Russell et ses proches avaient commencé à imprimer et à diffuser des tracts dès 1880.[190] L'exhortation de décembre 1880 à répandre le message trouve ici son moyen concret. Le lecteur ne se contente plus de recevoir le périodique : il devient lui-même diffuseur.
Contenu
Une pierre d'achoppement
La Bible désigne les différentes tribus d'Israël sous le nom de « maisons » — la maison de Juda, celle de Lévi, celle de Benjamin — et l'expression « maison d'Israël » s'applique à l'ensemble des douze tribus, héritières du nom donné à Jacob après sa lutte avec l'ange.[191] L'Église chrétienne nominale, mélange de « froment » et d'« ivraie » selon Matthieu 13, est quant à elle désignée comme la maison du Christ, le véritable Israël.[192]
Ces deux maisons — la maison charnelle des serviteurs et la maison spirituelle des fils — sont mises en relation avec « Moïse fut fidèle dans toute sa maison, mais Christ comme Fils sur sa propre maison », dont les membres ne sont reconnus que s'ils « tiennent ferme jusqu'à la fin » selon Hébreux 3:5-6.[193] Durant la période d'épreuve en cours, tous ceux qui professent la foi chrétienne sont néanmoins comptés comme faisant partie de la maison nominale des fils, la distinction entre les vrais et les faux ne devant se manifester qu'à la fin de cet âge, désignée comme « la moisson », au moment où le froment et l'ivraie seront séparés.[194]
L'idée que les deux maisons nominales — charnelle et spirituelle — trébuchent toutes deux sur le Christ est présentée comme une vérité susceptible d'alarmer, contre laquelle il convient pourtant de se rassurer : le Seigneur connaît les siens, et aucun grain de froment ne sera confondu avec l'ivraie.[195] L'Église juive, qui se considérait comme le peuple serviteur de Dieu pendant dix-huit siècles, voit son histoire interrompue par la venue de Jésus à la fin de son âge en tant que moissonneur, chargé de séparer le bon grain de la paille vide.[196] Ce travail de moisson s'accomplit par la prédication personnelle de Jésus et par celle de ses disciples, conformément à l'annonce de Jean selon laquelle « il nettoiera entièrement son aire, et amassera son froment dans le grenier, mais il brûlera la paille dans un feu qui ne s'éteint point », feu identifié à la tribulation et à la destruction nationale d'Israël s'achevant avec la destruction de Jérusalem en l'an 70.[197]
L'action de Jésus à la fin de l'âge juif n'avait pas pour but de transformer les nations païennes en Israélites, mais de démontrer qui étaient véritablement les serviteurs de Dieu ; peu de membres de la maison charnelle d'Israël se révèlent alors être des « Israélites en qui il n'y a point de fraude ».[198] Le constat que « il est venu chez les siens, et les siens ne l'ont point reçu » illustre ce rejet : la maison nominale a trébuché sur lui et ne l'a pas reconnu, tandis que ceux qui l'ont reçu ont obtenu le pouvoir de devenir fils de Dieu.[199]
La maison juive est décrite comme ayant préfiguré, dans de nombreux aspects, la maison chrétienne supérieure, ce parallélisme étant particulièrement frappant dans la phase finale des deux âges.[200] L'âge juif s'est achevé par une moisson où Jésus dans la chair agissait comme moissonneur, vanneur et rassembleur dans le grenier, les disciples travaillant comme moissonneurs assistants sous sa direction, selon Luc 10:1.[201] L'âge chrétien doit de même s'achever par la moisson de la maison spirituelle, séparation du froment et de l'ivraie dans laquelle Jésus, devenu un corps spirituel, agit comme moissonneur selon Apocalypse 14:14-16 et Matthieu 13:41, les anges — eux aussi des corps spirituels invisibles — jouant le rôle d'assistants.[202]
Les deux moissons, juive et chrétienne, sont également mises en parallèle quant à leur durée : celle des Juifs s'étend sur quarante ans, depuis l'onction de Jésus au début de sa moisson en l'an 30 jusqu'à la destruction de Jérusalem en l'an 70 ; celle de l'âge chrétien, commencée en 1874, s'achève avec la fin du « jour de la colère » et la fin des « temps des Gentils » en 1914, soit une période parallèle de quarante ans.[203] Les sept premières années de la moisson juive sont spécialement consacrées au rassemblement du froment mûr de cette Église, trois ans et demi se déroulant pendant la présence de Jésus comme Époux, puis trois ans et demi après son entrée dans la gloire en tant que roi, le tout sous sa supervision.[204]
Un renvoi est fait à Day Dawn pour la démonstration, à partir de la loi et des prophètes, de la présence de Jésus au moment de l'achèvement des « cycles du jubilé » en 1874.[205] Les parallèles indiquent que la moisson a commencé à cette date, et que le rassemblement de l'épouse dans un lieu de sécurité occupera une période parallèle de sept ans, s'achevant en 1881.[206]
La question de savoir comment, quand et pourquoi la « maison des serviteurs » a trébuché sur le Christ est posée comme une clé permettant de comprendre comment, quand et pourquoi la maison chrétienne trébuche à son tour, dans la mesure où l'œuvre finale de cet âge reproduit exactement le modèle du précédent.[207] La maison charnelle n'aurait pu trébucher sur le Christ qu'à partir du moment où il était venu et présent parmi elle ; l'obstacle tient à la manière même de sa venue, les Juifs ayant attendu une manifestation convaincante pour leurs sens naturels plutôt qu'un appel exigeant l'exercice de la foi.[208] Sa venue, décrite comme obscure et humble, ne s'adressait qu'à « l'œil de la foi », selon un enseignement réservé à ceux qui avaient l'oreille de la foi, conformément à Matthieu 13:9.[209]
Le but de cet appel adressé exclusivement à l'œil et à l'oreille de la foi est présenté comme une sélection délibérée : seuls ceux qui possédaient ces facultés devaient le recevoir, tandis que ceux qui le cherchaient non par la foi mais par les œuvres de la loi — Israélites de profession mais non « Israélites en qui il n'y a point de fraude » — devaient trébucher, ne pas reconnaître le Fils de Dieu, et accomplir ainsi ce qui avait été prophétisé à leur sujet en le crucifiant, conformément à Romains 9:32-33.[210]
L'incapacité de la maison nominale de l'Évangile à reconnaître le Christ est reliée au même principe que celui qui avait fait trébucher la maison charnelle : l'attente d'une manifestation extérieure perceptible aux sens naturels, alors que la reconnaissance attendue ne passe que par la foi.[211] Ceux qui, dans l'Église de l'Évangile, attendent la seconde venue du Christ et l'établissement de son royaume sous une forme spectaculaire, visible à l'œil et à l'oreille naturels, sont assimilés à la maison charnelle qui avait commis la même erreur lors du premier avènement.[212]
Le statut de « nouvelles créatures » en Christ est présenté comme impliquant un abandon réputé de la nature humaine charnelle, déjà comptée comme morte, au profit d'une participation croissante à la nature divine, dont la perfection doit s'achever au moment où « la moisson » aura séparé le froment de l'ivraie.[213] Les biens prisés par ces nouvelles créatures — le sourire du Père céleste, la personne de Jésus comme Chef, la « couronne de vie » — ne sont accessibles qu'à l'œil de la foi, les choses spirituelles étant, selon 1 Corinthiens 2:14, incompréhensibles à l'homme naturel.[214]
Seule cette classe de personnes mortes à la nature naturelle mais vivantes spirituellement doit constituer le corps ou l'épouse du Christ, ayant rempli leur engagement par le sacrifice de la nature humaine conformément à Malachie 3:17 ; c'est à cette classe seule que Jésus se présente comme Chef et Époux, et elle seule doit reconnaître sa présence durant la moisson de cet âge, de même que seuls ceux qui possédaient l'œil et l'oreille de la foi avaient reconnu Jésus lors de la moisson de la maison charnelle.[215] Des manifestations extérieures de « puissance et de grande gloire » convaincront en temps voulu l'humanité entière de la réalité du nouveau royaume, mais seulement après que l'épouse aura reconnu cette présence, aura été séparée de l'ivraie et rendue semblable au corps glorieux du Christ, conformément à l'idée que ceux qui apparaîtront avec lui en gloire ne seront pas révélés dans la chair mais dans le « feu flamboyant » des jugements, châtiment des méchants et élévation des pauvres et des opprimés.[216]
La présence du Christ est affirmée comme déjà effective, en ce sens qu'il aurait commencé à prendre sa grande puissance et à régner, cette œuvre débutant par la séparation de l'ivraie et du froment au sein de l'Église vivante et par l'association du froment de tous les âges avec lui dans l'autorité de son royaume, conformément à la promesse faite à qui vaincra de s'asseoir avec lui sur son trône et de recevoir pouvoir sur les nations.[217]
L'Église nominale qui se donne le nom d'épouse du Christ est jugée très éloignée du « petit troupeau » marchant dans la voie étroite, beaucoup n'étant chrétiens que de nom et de forme, « ayant la forme de la piété mais en reniant la force » par une vie contraire à leur profession de foi.[218] Plusieurs catégories sont distinguées au sein de cette Église nominale : de simples moralistes qui n'utilisent l'Église que comme un club social et moral, des hypocrites qui s'en servent comme d'un marchepied vers la richesse et la position sociale, ainsi que de véritables enfants de Dieu qui perçoivent le caractère vide, formel et mondain de l'institution mais se laissent entraîner par crainte de paraître trop timides ou fanatiques aux yeux de personnes jugées intelligentes, riches et morales.[219]
Un petit nombre, qualifié de « petit troupeau », tout en continuant d'exercer une influence et de servir d'exemple comme « épîtres vivantes » pour leur Maître, se sent presque ou entièrement séparé de l'Église nominale, son union avec le monde dans ses plans, ses coutumes et son habillement étant jugée en désaccord avec leur nouvelle nature, qui cherche à ne pas se conformer au monde mais à se transformer par le renouvellement de l'intelligence.[220] Ce groupe privilégie la perfection du caractère nouveau engendré par la parole de vérité plutôt que la beauté des formes, la ressemblance au Christ plutôt que l'élégance vestimentaire, la grandeur et l'amour de celui qu'il adore « en esprit et en vérité » plutôt que la splendeur des bâtiments, et la compréhension de la parole de Dieu plutôt que l'éloquence des prédicateurs.[221]
Ce groupe continue parfois à fréquenter l'Église nominale, mais y reste séparé en esprit et recherche davantage la compagnie de personnes partageant les mêmes convictions, étant contraint d'étudier la Bible en privé, car les sermons entendus en assemblée s'adressent surtout à une congrégation majoritairement composée de personnes mondaines incapables de saisir les choses spirituelles.[222] La responsabilité du prédicateur devant cette situation n'est pas jugée totale, puisque la politique même de l'Église lui impose une congrégation dont les neuf dixièmes ne peuvent comprendre les choses spirituelles ; les brebis véritables du troupeau ne reçoivent ainsi que peu ou rien de la « nourriture solide » de la parole, bien que le grand Berger pourvoie en temps voulu à la nourriture nécessaire à ceux qui la désirent réellement.[223]
Cette dernière catégorie, indifférente aux opinions, sourires ou désapprobations du monde, est destinée à constituer l'épouse, soucieuse seulement de plaire à son bien-aimé, l'Époux céleste ; elle seule est appelée à reconnaître sa présence dès maintenant, tandis que les autres continueront de trébucher et de ne pas le reconnaître jusqu'à ce que cette épouse soit entièrement entrée aux noces et que la porte de cette haute position se ferme.[224] La venue de l'Époux est datée de 1874, et ce petit groupe est présenté comme progressivement amené à la connaissance de cette présence, se trouvant par là séparé d'autres chrétiens sincères, soit accablés par les affaires de ce monde, soit enchaînés par l'esprit de dénominationalisme qui rend vaine la parole de Dieu par leurs traditions, soit encore disposés à chercher la lumière sur cette présence dans d'autres directions sans la trouver avant que la porte de cette haute vocation ne se ferme, selon Matthieu 25:10.[225]
Le motif général du trébuchement de l'Église dans son ensemble, comme celui de la maison charnelle en son temps, tient donc au fait que seul un « petit troupeau » constitue effectivement l'épouse ; les deux maisons d'Israël ont chacune à leur tour été appelées à cette fonction, toutes deux ont échoué à l'obtenir dans leur ensemble, mais un petit nombre issu de chacune, selon le dessein prévu de Dieu, parvient à le recevoir, conformément à l'idée que « l'élection l'a obtenu, et le reste a été aveuglé » selon Romains 11:7.[226]
Le chemin suivi par le petit troupeau, bien qu'escarpé et difficile, est décrit comme éclairé par la parole prophétique, qui empêche de trébucher sur cette « pierre d'achoppement » en permettant de reconnaître le Christ non par la vue naturelle mais par l'œil de la foi, conformément à l'avertissement de Pierre selon lequel la parole prophétique est « une lumière qui brille dans un lieu obscur » d'après 2 Pierre 1:19.[227] Le « jour du Seigneur » est qualifié de jour de ténèbres pendant lequel, sans l'éclairage de cette parole prophétique, le trébuchement sur cette pierre serait inévitable comme il l'est pour le reste de l'Église, alors que la reconnaissance de cette présence est source de joie pour ceux à qui, selon 1 Pierre 2:7, cette pierre est précieuse.[228]
Le jour de la visite
L'entrée de Jésus à Jérusalem sur un ânon, au terme de son ministère, est interprétée comme l'assomption typique, à l'égard de la maison charnelle, de la fonction de roi ; dans l'exercice de cette fonction, la déclaration selon laquelle « votre maison vous est laissée déserte » est présentée comme l'abandon formel de la maison charnelle.[229] Cet abandon est attribué au fait que, n'étant pas véritablement des Israélites, les membres de cette maison n'avaient pas reçu Jésus et avaient trébuché sur lui ; la cause assignée à l'annonce de leur ruine et de leur destruction, selon Luc 19:41-44, est formulée ainsi : « parce que tu n'as pas connu le temps de ta visitation ».[230]
Ce temps de visitation est assimilé, dans un sens large, à l'ensemble des quarante années conduisant à la destruction de la nation juive ; mais une période d'épreuve initiale de trois ans et demi est distinguée à l'intérieur de cette période plus large, pendant laquelle une réception de Jésus aurait transformé la visitation en bénédiction, alors que le rejet et le manque de préparation l'ont transformée en visitation de colère.[231]
Pendant les premières années de foi évoquées, de 1874 à 1878, une occasion de recevoir Christ comme présent est présentée comme ayant été offerte à l'ensemble de l'Église nominale ; faute de l'avoir reconnue, cette Église est décrite comme ayant trébuché à l'image de la maison charnelle, livrée elle aussi à la destruction en tant qu'institution, dans ce qui est qualifié de visitation de colère.[232] Par symétrie avec la faveur maintenue envers les Juifs qui, après le rejet de la maison charnelle, acceptaient individuellement la venue de Jésus pendant la seconde moitié de la semaine prophétique, une faveur particulière est annoncée pour ceux qui se séparent intérieurement de l'Église rejetée et reconnaissent la présence du Seigneur entre 1878 et 1881, puis, après cette date, pour ceux qui viennent s'ajouter à la « grande compagnie », appelés à « glorifier Dieu dans ce jour de visitation ».[233]
Le septième message aux sept Églises d'Apocalypse 3:14-21 est lu comme la description de l'état présent de l'Église nominale dans son ensemble, comprise comme la dernière des sept phases traversées par l'Église depuis les apôtres. Le reproche adressé selon lequel elle n'est « ni froide ni chaude », promise à être vomie de la bouche du Seigneur, est appliqué à ce que la publication identifie comme « Babylone », décrite comme affirmant sa propre prospérité par ses temples somptueux, ses prédicateurs éloquents, ses membres fortunés et sa popularité mondaine, sans percevoir que cette popularité constitue précisément un signe de disgrâce auprès de l'Époux, selon le principe que l'amitié du monde est inimitié contre Dieu.[234] Ce rejet, assimilé au fait d'être « vomie de sa bouche » et de ne plus servir de porte-parole à Dieu, est daté de 1878, en parallèle exact avec l'abandon de la maison charnelle.[235]
L'appel à « sortir d'elle » tiré d'Apocalypse 18:4 est adressé à ceux qui ne veulent pas prendre part à ses péchés ni recevoir ses fléaux ; une séparation complète de tous ceux qui constituent l'Épouse est attendue avant l'automne 1881, bien que la libération de la seconde compagnie soit envisagée comme plus tardive.[236] La chute de Babylone, rattachée à de nombreuses prophéties dont celles de Jérémie 50 et Jérémie 51, est interprétée selon un double sens typique et antitypique : la captivité d'Israël littéral sous Babylone préfigure la captivité de l'Église sous « Babylone, la grande mère des prostituées », dont les chaînes d'obscurité et d'erreur continuent de peser sur elle. L'exhortation prophétique à fuir du milieu de Babylone pour sauver sa vie, ainsi que l'annonce que « les plus orgueilleux trébucheront et tomberont », sont présentées comme s'accomplissant à la fois lors de la délivrance littérale d'Israël et, de façon plus particulière, à la fin de l'âge de l'Évangile, lorsque Dieu ôtera les péchés d'Israël selon Romains 11:27.[237]
La parole adressée à l'Église nominale, « Sois donc zélée et repens-toi », est distinguée d'un second message, réservé à des individus se trouvant dans Babylone sans appartenir à sa nature, auxquels il est annoncé que le Seigneur se tient à la porte et frappe, prêt à entrer chez celui qui ouvrira.[238] Ce frappement n'est pas rapporté à la conversion d'un pécheur mais au cœur des vrais Israélites pendant cette septième et dernière phase de l'Église ; il est mis en relation avec les prophéties qui annoncent le Seigneur comme présent, non comme devant venir, assimilées au bruit d'un visiteur qui a déjà frappé à la porte, preuve qu'il est déjà arrivé plutôt que simplement attendu.[239] L'expérience individuelle de reconnaissance de cette présence, décrite comme un accomplissement de la promesse selon laquelle le Seigneur soupe avec celui qui lui ouvre, est rapprochée de la situation des disciples recevant en privé l'explication des paraboles, selon Matthieu 13:16-17 : « heureux sont vos yeux, car ils voient ».[240]
Une distinction est maintenue entre les vainqueurs, formant l'Épouse, appelés à ne pas tomber avec Babylone, et d'authentiques enfants de Dieu qui, selon Ésaïe 8:15, trébucheront et tomberont néanmoins sans être, selon Psaumes 37:24, « entièrement abattus ».[241] Cette chute des deux maisons d'Israël, charnelle et spirituelle, est présentée comme une bénédiction plutôt qu'un malheur : le rejet de la maison charnelle est relié à l'ouverture de l'appel aux nations pour en tirer un peuple pour son nom, conformément à Romains 11:11 et Romains 11:15, tandis que cette maison charnelle conserve la promesse d'une restauration future durant l'âge millénaire, à la différence de l'Église de Babylone, dont la chute est déclarée définitive et sans retour, à l'image de la grande meule jetée dans la mer d'Apocalypse 18:21.[242] Seuls des individus isolés sortis de Babylone sont envisagés comme devant se relever de ses cendres pour proclamer, selon Apocalypse 19:2, que les jugements du Seigneur sont vrais et justes.[243]
Un appel au zèle et à la repentance individuelle clôt le développement précédent, distingué d'un éveil adressé à ceux qui, sans appartenir à Babylone par nature, s'y trouvent néanmoins mêlés : la présence du Seigneur réalisée par la foi est présentée comme permettant de glorifier Dieu sans avoir à traverser la colère annoncée, selon l'exhortation à « veiller afin d'être jugés dignes d'échapper à toutes ces choses ».[244] Le petit troupeau est identifié à l'Église « dont les noms sont écrits dans les cieux », dont le nombre n'a paru plus important durant l'âge de l'Évangile qu'en raison de la présence d'ivraie mêlée au bon grain.[245]
Le silence des chefs religieux face à l'annonce de la présence du Seigneur est expliqué par un rapprochement avec le premier avènement : de même qu'il fut demandé si quelqu'un parmi les scribes ou les pharisiens avait cru en Jésus, l'absence de reconnaissance de cette doctrine par les principaux prédicateurs des Églises ne doit pas faire autorité contre un jugement personnel fondé sur l'étude des Écritures.[246] La parole de Jésus sur les conducteurs aveugles, « un aveugle peut-il conduire un autre aveugle ? ne tomberont-ils pas tous deux ? », tirée de Luc 6:39, est appliquée à la chute conjointe des conducteurs et des masses de l'époque, puis transposée à l'Église nominale contemporaine à travers le reproche adressé selon lequel elle ne sait pas qu'elle est pauvre et aveugle.[247] Christ est désigné comme le seul véritable Enseignant et Conducteur du troupeau, l'Esprit de vérité agissant à travers la parole comme guide vers la vérité ; tout enseignement humain doit être mesuré à l'aune de la loi et du témoignage, selon le principe tiré d'Ésaïe 8:20 : « s'ils ne parlent pas selon cette parole, c'est qu'il n'y a point de lumière en eux ».[248] Les enfants de la lumière sont appelés à marcher dans la lumière, sanctifiés et séparés à la fois du monde et de l'Église mondaine.[249]
Consécration
Un poème reproduit sous le titre de « Consécration — Prière », signé « Selected », développe l'offrande successive de la vie, des mains, des pieds, de la voix, des lèvres, de l'argent et de l'or, des moments et des jours, de l'intelligence, de la volonté, du cœur et de l'amour, conclue par le don total de soi-même, « toujours, seulement, tout entier, pour toi ».[250]
Le lieu saint
Une discussion lexicale consacrée aux trois lieux du tabernacle du désert est engagée à partir du principe qu'une compréhension exacte des termes employés est nécessaire pour saisir correctement un sujet biblique, le tabernacle étant présenté comme développant un type ou une ombre du véritable tabernacle et comme éclairant la connaissance de Dieu, de Christ et du chemin vers Dieu.[251] Il est observé que le terme « saint » (holy) est parfois employé pour désigner le « très-saint » (most holy) ou pour renvoyer aux deux lieux à la fois, ce qui impose de déterminer le lieu visé par le contexte de chaque passage ; mais une distinction constante entre les désignations est néanmoins défendue.[252]
Une méprise générale est signalée autour de l'expression « lieu saint » (holy place) : il est rappelé que les mots en italique dans les traductions bibliques ont été ajoutés par les traducteurs et ne figuraient pas dans le texte original, de sorte que partout où le mot « place » n'est pas en italique, l'expression « holy place » désigne en réalité le parvis (court) du tabernacle, tandis que les deux autres lieux, situés respectivement derrière le premier et le second voile, sont appelés « le saint » et « le très-saint » ou « saint des saints », le mot « place » y étant systématiquement ajouté en italique, dans l'Ancien comme dans le Nouveau Testament.[253] L'autel des holocaustes et la cuve destinée aux ablutions sont localisés dans ce parvis identifié au « lieu saint », où les animaux offerts en sacrifice étaient également égorgés, conformément à Lévitique 14:13 et Lévitique 6:16-26, textes dans lesquels le mot « place » figure dans l'original sans italique, confirmant l'identité entre le lieu saint et le parvis.[254] L'obligation faite à Aaron et à ses fils de se laver les mains et les pieds à la cuve avant d'entrer dans le tabernacle ou d'approcher de l'autel, sous peine de mort, est tirée d'Exode 30:17-20, et le lavage prescrit de tout vêtement aspergé de sang sacrificiel « dans le lieu saint » est rapporté à Lévitique 6:27.[255]
L'ensemble de ces passages établit, selon ce raisonnement, que tout lavage lié au service du tabernacle s'effectuait à la cuve, dans le parvis identifié au lieu saint, et que quiconque voulait entrer dans le lieu appelé « le saint » devait d'abord s'y laver. La cérémonie du jour des propitiations décrite en Lévitique 16 est ensuite détaillée : le grand prêtre devait laver son corps et revêtir les vêtements de lin sacrés avant d'entrer dans le saint ou le très-saint, immoler le jeune taureau pour l'expiation de lui-même et de sa maison, porter son sang devant le propitiatoire, immoler ensuite le bouc pour l'expiation du peuple en répétant le même geste rituel avec son sang, puis, après avoir fait l'expiation pour le lieu saint, le tabernacle et l'autel et renvoyé le bouc émissaire, revenir dans le tabernacle de la congrégation — identifié ici encore au parvis — pour y déposer les vêtements de lin portés dans le lieu saint et se laver le corps « dans le lieu saint », conformément à Lévitique 16:23-24.[256]
Une interprétation concurrente est rapportée et réfutée : certains auraient soutenu qu'Aaron, après avoir immolé le taureau, se serait arrêté en chemin vers le très-saint pour se laver dans le saint et y revêtir les vêtements sacrés, puis se serait de nouveau arrêté au sortir pour s'y laver, cette interprétation prétendant tirer la beauté du type du fait de se laver dans un lieu où aucune installation n'était prévue à cet effet, malgré le fait qu'entrer dans le saint avant de s'être lavé entraînait la mort. Cette lecture est écartée au profit du principe selon lequel la valeur de toute explication de la parole de Dieu doit consister à « adhérer à l'enseignement général de la parole », l'article étant signé des initiales B. W. K.[257]
Supplément de brochure n° 1
L'envoi joint à ce numéro d'une brochure numérotée 1 est annoncé, accompagné de l'indication qu'un nombre important de brochures de ce type a été préparé et qu'une ou deux parutions mensuelles sont à attendre pendant plusieurs mois ; leur distribution gratuite est conditionnée à la demande de quantités que le destinataire pourra effectivement employer, la limite fixée étant de vingt-cinq exemplaires à la fois, avec possibilité de renouveler la commande une fois celles-ci épuisées.[258] Cette distribution est présentée comme une façon, pour chacun, de « à la fois travailler et souffrir l'opprobre » tout en transmettant la bonne nouvelle à ceux qui ont des oreilles pour entendre et un cœur pour apprécier l'amour de Dieu qui surpasse toute intelligence, révélé dans sa parole ; il est recommandé que chaque brochure soit lue attentivement par le destinataire avant d'être transmise à d'autres.[259]
Les trésors cachés
Une méditation consacrée à la recherche de la sagesse part de Proverbes 2:4-5 : « si tu la cherches comme l'argent, et si tu la recherches comme des trésors cachés ». La sagesse biblique est définie, par appui sur le dictionnaire de Webster, comme la vraie religion, elle-même comprise comme le vrai système de foi et de culte ; de cette définition est tirée l'idée que la recherche de ce système véritable doit s'effectuer avec la même persévérance que celle déployée par les hommes pour trouver l'argent dans la terre.[260]
L'objection selon laquelle l'essentiel de la vérité biblique serait déjà si clairement révélé qu'aucune recherche approfondie ne serait nécessaire est écartée par le rappel de passages où Paul évoque des choses « difficiles à exprimer » selon Hébreux 5:11, et où Pierre dénonce, selon 2 Pierre 3:16, le tort fait aux Écritures par ceux qui, ignorants et mal assurés, les déforment à leur propre perte.[261] La recherche de la vérité biblique est comparée à l'extraction d'un filon précieux dans une mine : un devoir est reconnu de découvrir tout ce qui peut être connu du système de foi divin, le reste demeurant volontairement caché jusqu'au moment voulu, celui où elle devient nécessaire ; ceux qui se montrent suffisamment intéressés et assidus pour chercher et trouver ces richesses sont désignés comme appelés à être investis d'une autorité royale.[262]
L'idée selon laquelle le système de foi reçu des générations passées suffirait à la génération présente est réfutée par une comparaison avec les réserves d'or et d'argent disponibles au moment de la découverte de l'Amérique, insuffisantes pour les besoins ultérieurs du monde : de même que les pères n'ont pas épuisé le filon qu'ils travaillaient, il est affirmé que des pépites d'or continuent de venir à la lumière.[263] Cette progression de la révélation est appuyée sur les pleurs de Jésus sur Jérusalem, selon lesquels les choses nécessaires à sa paix lui étaient alors cachées, puis sur l'annonce d'Ésaïe que les yeux des aveugles s'ouvriront, et enfin sur Paul en Colossiens 1:26 et Éphésiens 3:4-6, qui décrit un mystère caché pendant des âges et des générations mais désormais manifesté aux saints, et le mystère de Christ révélé aux apôtres et aux prophètes par l'Esprit, selon lequel les Gentils doivent être cohéritiers et membres d'un même corps.[264]
L'attitude requise pour cette recherche est comparée à celle du mineur, courbé et parfois prosterné, muni d'une lumière fixée à la tête, et transposée en humilité et en esprit éclairé ; de même que le minerai extrait doit être séparé des matériaux qui en diminuent la valeur, le disciple est appelé, à l'image de Timothée, à « diviser avec droiture la parole de vérité ».[265] Le texte se referme sur une exhortation à ne pas gaspiller ni accumuler la connaissance ainsi trouvée, mais à la « remettre aux changeurs, afin qu'à sa venue il reçoive son bien avec usure », signé des initiales J. C. S.[266]
Notre maison
À partir de 2 Corinthiens 5:1-2, un examen attentif des Écritures conduit à juger erronée l'interprétation habituellement donnée par l'Église nominale à ce passage et à son contexte.[267] Cette divergence est justifiée par le principe paulinien selon lequel « l'homme naturel ne reçoit pas les choses de l'Esprit, car elles sont folie pour lui, et il ne peut les connaître, parce qu'elles se discernent spirituellement », selon 1 Corinthiens 2:14 ; aucun reproche n'est pour autant adressé à l'Église pour n'avoir pas vu plus tôt, de même qu'il serait déraisonnable d'attendre d'un homme, dans la nuit, qu'il distingue davantage que les contours du paysage — mais le jour s'étant levé, l'exhortation de 1 Thessaloniciens 5:6 à ne pas dormir comme les autres est rappelée.[268] Le fait que les prophètes aient énoncé des choses qu'ils ne comprenaient pas pleinement et qu'il n'était pas nécessaire qu'ils comprennent, étant destinées à une génération ultérieure, est rattaché à 1 Pierre 1:10-12.[269]
La déclaration paulinienne « nous savons que si notre maison terrestre de ce tabernacle était détruite, nous avons un édifice de Dieu, une maison qui n'est pas faite de main » est présentée comme portée par Paul au nom de l'Église tout entière, dans une épître adressée, selon 1 Corinthiens 1:2, à tous ceux qui en tout lieu invoquent le nom du Seigneur Jésus-Christ, « tant les leurs que les nôtres ».[270] Le mot « leurs » est rapporté aux Juifs, Paul se désignant pourtant lui-même, selon Romains 11:13, comme apôtre des Gentils, et cette dédicace de l'épître est lue comme s'adressant à une Église nouvelle composée à la fois de Juifs et de Gentils, les premiers étant restés à distance de l'Évangile et comptés, selon l'expression employée, comme ennemis de la croix de Christ.[271]
L'incapacité de l'ancienne maison d'Israël à percevoir la nature typique de ses propres cérémonies est présentée comme un exemple du principe selon lequel tout ce qui doit se réaliser sur le plan spirituel supérieur se manifeste d'abord sur le plan de la chair ; bien que Dieu ait parlé, selon les termes employés, « par la bouche de tous ses saints prophètes depuis le commencement du monde » d'une restauration à venir, Israël n'aurait pas discerné qu'un temps de dissolution devait précéder, dans son application à cette nation, le temps de restauration.[272] L'Église de l'époque de Paul est présentée comme ayant eu besoin d'être mise en garde contre le même danger de s'attacher à ce qui est visible, Paul combattant cette tendance en Galates 3:3 par la question « êtes-vous donc si insensés ? après avoir commencé par l'Esprit, voulez-vous maintenant être rendus parfaits par la chair ? ».[273]
La chute du tabernacle de David, destiné à être reconstruit par Dieu en son temps, est distinguée de la condition de ceux qui, régénérés pour une espérance vivante par la résurrection de Jésus-Christ selon 1 Pierre 1:3, reçoivent le pouvoir ou le privilège de devenir fils de Dieu et de constituer ensemble la maison de Dieu, non la maison de Moïse ni celle de David selon la chair, mais une maison de Dieu éternelle ; la phrase s'interrompt sur l'invocation aux « saints frères, participants de la vocation céleste ».[274]
Le même article se poursuit sans interruption de titre à travers cette tranche, l'image du métal dissous par le raffineur se trouvant dans la continuité directe du passage sur 2 Corinthiens 5:1-2 déjà traité.
L'affirmation paulinienne selon laquelle le Christ, en tant que Fils, surpasse en honneur Moïse, simple serviteur de la maison de Dieu, est tirée d'Hébreux 3:1-6 et appliquée à la conclusion suivante : que la maison terrestre du tabernacle, « qu'elle soit de David ou de l'Évangile », vienne à être dissoute ne change rien à l'existence d'un édifice de Dieu, une maison non faite de main, éternelle dans les cieux.[275]
Le verbe « dissoudre » est rapproché de la prophétie de Malachie 3:3, selon laquelle Dieu siégera comme un fondeur et un épurateur d'argent pour purifier les fils de Lévi. L'image habituelle du raffineur guettant le reflet de son propre visage dans le métal en fusion est reconnue comme juste, mais une signification plus profonde est tirée du terme « dissous » : l'argent impur, soumis à certains produits chimiques, se dissout dans l'eau au point qu'un observateur non averti nierait sa présence, alors même que l'eau en est saturée ; le raffineur introduit alors un agent qui fait relâcher ce métal par l'eau, les particules d'argent se regroupant d'elles-mêmes, puis passent une seconde fois par le feu pour recevoir, selon l'expression employée, le double de sa main pour toute son impureté.[276]
Les eaux du langage prophétique sont présentées comme représentant tantôt des peuples, tantôt des afflictions ; la question est posée de savoir si la maison terrestre, « tant la leur que la nôtre », n'a pas traversé et ne traverse pas actuellement de telles eaux, les Juifs ayant déjà été dissous et l'Église nominale étant en cours de dissolution. L'affirmation paulinienne que la destruction de la maison terrestre du tabernacle n'empêche pas de disposer d'un édifice de Dieu est présentée comme la réponse donnée aux Corinthiens et aux Galates, qui craignaient de perdre tout lien avec la maison terrestre : ce lien n'aurait constitué qu'un type et un marchepied vers quelque chose de supérieur et de meilleur.[277]
Une objection anticipée, selon laquelle cette interprétation serait forcée, est écartée par le rappel que cette lecture est tirée du seul prophète Malachie et jugée être la seule application correcte, en parfaite harmonie avec le reste de l'Écriture ; des heures d'étude comparative des passages bibliques sont dites avoir révélé cette harmonie, pour laquelle une gratitude envers le Seigneur est exprimée.[278]
Il est néanmoins précisé que les mots « corps » et « maison » ne sont pas niés dans leur application habituelle au corps physique, cette application étant retenue pour le dixième verset du chapitre sans certitude absolue, cette prudence venant de la possibilité que ce verset renvoie plutôt aux différentes organisations religieuses appelées à être « rassemblées ensemble en une seule »; l'espoir est formulé que le corps méthodiste, le corps baptiste et le corps presbytérien, ainsi désignés par leurs propres autorités, forment ensemble, à défaut du corps de Christ, du moins la maisonnée de Dieu, chacun devant alors comparaître devant le tribunal de Christ pour recevoir, et non simplement rendre compte, selon la nuance apportée au texte, des choses accomplies dans son corps.[279]
Une objection relative à l'articulation avec Colossiens 3:3 est traitée en rappelant que l'apôtre, parlant de la mort au péché, situe la vie des croyants, qu'ils soient physiquement morts ou vivants, comme « cachée avec Christ en Dieu » depuis le moment de l'engendrement jusqu'à l'apparition de celui qui est leur vie, moment où l'attente de la créature — identifiée au monde extérieur dépourvu de vie spirituelle — touchant la manifestation des fils de Dieu sera enfin satisfaite et ces fils reconnus.[280] La nouvelle naissance, désignée par l'expression « né d'une nouvelle naissance céleste », est présentée comme donnant une vie propre permettant de constituer ensemble l'édifice de Dieu, la maison non faite de main ; l'article se clôt sur l'évocation de la relation fraternelle unissant ceux qui sont ainsi « édifiés ensemble pour être l'habitation de Dieu », signé des initiales J. C. S.[281]
Jusques à quand, ô Seigneur ?
La question de la proximité du changement attendu par les croyants, c'est-à-dire leur transformation du corps naturel au corps spirituel, est reprise à partir de l'opinion déjà exprimée dans le numéro de décembre selon laquelle cet événement serait plus proche que beaucoup ne le supposaient.[282] Sans prétendre fixer une date précise à ce changement, plusieurs indices sont examinés en faveur d'une transformation attendue avant l'automne 1881. La conviction que ce changement surviendrait d'ici cette échéance est présentée comme renforcée depuis la reconnaissance que le passage au corps spirituel ne coïncide pas avec le mariage lui-même : tant que ce mariage était confondu avec le changement, et sachant qu'une période de trois ans et demi de faveur spéciale avait été accordée à l'Église nominale, désormais laissée déserte, à partir de 1878, aucune translation ne pouvait être attendue avant 1881 ou pendant cette période. Mais la reconnaissance que l'entrée dans le mariage inclut non seulement la préparation par la reconnaissance de la présence du Seigneur, mais aussi le changement lui-même, est présentée comme renforçant les indices selon lesquels cette entrée, ou ce changement, surviendrait avant la fin de la période mentionnée.[283]
Indépendamment de toute preuve directe de cette proximité, le fait même que la manière du changement puisse désormais être comprise est avancé comme un indice de cette proximité, selon le principe que la vérité constitue une « nourriture donnée en son temps », comprise seulement lorsqu'elle devient due. Le fait qu'après le printemps 1878, moment où Jésus est présenté comme devenu roi, le sujet de la sainteté ou du vêtement de noces ait été vivement débattu est rappelé comme un parallèle avec la fin de l'âge juif, où la faveur montrée à la nation juive impliquait la présence du roi ; la préoccupation pour ce vêtement de noces est présentée comme corroborant cette application, puisque « le roi était entré pour voir les invités » selon Matthieu 22:11, chacun se trouvant alors intéressé à connaître sa propre situation devant lui. L'inspection des invités, présentée comme la dernière étape avant le changement qui précède le mariage, est désignée comme actuellement en cours, d'où la conclusion que le moment du changement est proche.[284]
Plusieurs types et éléments prophétiques sont ensuite présentés comme indiquant la translation des saints et la fermeture de la porte à l'appel céleste d'ici 1881. La construction du Temple de Salomon est examinée en premier lieu comme un type du temple spirituel, conformément à Actes 7:4-7 ; la durée de cette construction, établie par comparaison avec 1 Rois 6:1 et 1 Rois 6:37-38, s'étend sur sept ans et six mois, bien que désignée comme sept ans. Le fait que la maison, « lorsqu'elle était en construction, fut bâtie de pierres préparées avant d'être amenées là, si bien qu'on n'entendit ni marteau, ni hache, ni aucun outil de fer dans la maison pendant qu'elle se construisait », suggère, par ce caractère silencieux, la résurrection sans bruit des morts en Christ et le changement des vivants ; la durée de sept ans associée à cette construction est ainsi rapportée à la période couvrant la résurrection et le changement, dans l'ordre marqué par la pose des fondations jusqu'à l'achèvement, en accord avec l'exhortation de Apocalypse 11:18 à donner la récompense aux prophètes et aux saints, « chacun selon son propre rang ».[285]
Les pierres coûteuses et taillées apportées pour poser les fondations de la maison, selon 1 Rois 5:17, sont identifiées aux apôtres et aux prophètes qui constituent le fondement dont Jésus-Christ lui-même est la pierre angulaire, conformément à Éphésiens 2:20-21. La pose de cette pierre fondamentale est rapprochée de la résurrection des prophètes, elle-même rattachée à la parole adressée à Daniel : « va ton chemin jusqu'à la fin, car tu te reposeras et tu demeureras à ton rang à la fin des jours », tirée de Daniel 12:13, les jours en question étant ceux évoqués au verset précédent.[286]
La résurrection de Daniel à son rang, déjà rattachée à la pose des pierres de fondation du temple, est reliée au calcul des mille trois cent trente-cinq jours d'Daniel 12:11-12 : comptés depuis l'an 538, moment où l'abomination fut établie selon le verset onze, ces 1335 années, prolongées à leur terme, atteignent l'année 1874, un calcul renvoyé à l'ouvrage Day Dawn pour sa démonstration détaillée.[287] Cette date est présentée comme l'un des arguments établissant la présence du Christ dès ce moment, Daniel ne pouvant se tenir à son rang ni être ressuscité avant cette venue ; un parallèle est tracé avec le baptême de Jésus dans l'âge juif, moment où débuta la moisson de cet âge et où il fut reconnu comme Seigneur de la moisson et comme Époux, l'Époux étant de même venu à un point parallèle du présent âge, permettant à ceux qui étaient prêts d'entrer, selon Matthieu 25:10.[288]
Puisque cette entrée inclut le changement vers des corps spirituels, la coïncidence entre les jours de Daniel et la présence de l'Époux à l'automne 1874 est jugée significative : si Daniel s'est tenu à son rang à ce moment, il a été relevé en corps spirituel, et représentant l'ordre des prophètes et leur résurrection figurée par la pose des pierres de fondation du temple, la construction de ce temple aurait alors commencé à cette même date. Cette application, jugée cohérente, conduit à situer le changement attendu avant ou vers l'automne 1881, la durée de construction de sept ans comptée depuis 1874 fournissant cette échéance.[289]
La parabole de Matthieu 25, reconnue comme ne concernant en elle-même que la phase vivante de l'Église, est néanmoins présentée comme trouvant un accomplissement parallèle sur un plan supérieur durant les mêmes sept années : alors que les vierges vivantes entrent dans les noces en venant à la connaissance de la présence de l'Époux, l'entrée dans la condition de préparation au mariage de toutes les vierges chastes, mortes par résurrection et vivantes par changement, s'opérerait simultanément, les vivants ne pouvant précéder les morts selon la traduction du Diaglott de 1 Thessaloniciens 4:15. Le terme fixé par Daniel en 1874 suggère ainsi que l'ordre qu'il représente est entré à ce moment, les morts en Christ étant depuis lors ressuscités, et les sept années touchant à leur fin, le changement des vivants est annoncé comme devant suivre de près.[290] Le parallélisme entre les âges juif et évangélique conduit ainsi à l'exigence que les vierges sages encore vivantes parviennent toutes à la connaissance de la présence de l'Époux avant l'automne 1881, moment où se fermerait la porte, c'est-à-dire l'occasion de devenir membre de l'Épouse.[291]
La possibilité que ce changement vers la condition spirituelle ne survienne pas au même instant pour chaque individu est néanmoins envisagée, certains pouvant être changés avant cette échéance s'ils y sont préparés ; de même, si les morts doivent être ressuscités avant le changement des vivants, rien n'empêche que cette résurrection ait lieu un certain temps auparavant plutôt qu'au même instant, le type du temple suggérant que certains seraient ressuscités au moins sept ans avant le changement des derniers. Le rassemblement de la totalité des saints lors de cette réunion est appuyé sur Luc 17:34-37 et sur Hébreux 12:22-23, où Paul évoque la venue vers la montagne de Sion, la Jérusalem céleste, une multitude innombrable d'anges, l'assemblée générale et l'Église des premiers-nés, et les esprits des justes rendus parfaits.[292]
L'entrée de Noé dans l'arche est ensuite examinée comme figure du déluge de quarante jours, lui-même type des quarante années de détresse attendues à la fin du présent âge, de même que Noé entra dans l'arche et échappa au déluge. Le récit de Genèse 7:1-10, selon lequel sept jours s'écoulèrent entre l'ordre donné à Noé d'entrer dans l'arche et le début effectif de la pluie, est mis en harmonie avec les sept années de construction du temple comptées depuis 1874, chaque jour représentant une année. Le fait que la pluie se soit abattue pendant quarante jours après l'entrée de Noé, représentant quarante années de détresse après l'entrée des saints, pose cependant une difficulté chronologique relevée dans le texte : de 1881 à 1914 inclus ne s'écoulent qu'environ trente-trois années, non quarante. Cette différence n'est pas jugée contraire à la position défendue, la détresse ne devant éclater dans son sens plein qu'après que les saints auront été enlevés, et pouvant se prolonger sous forme décroissante au-delà de 1914, « tandis que les nations transformeront leurs épées en charrues et leurs lances en serpes », selon Ésaïe 2:4, ce qui permettrait d'étendre la détresse jusqu'à sept ans après 1914 sans contredire le schéma général.[293] L'attente antérieure d'un changement survenant au cœur même d'une grande détresse est explicitement abandonnée au profit de l'image de Noé entré dans l'arche avant que ne commence la pluie, le Seigneur l'ayant lui-même enfermé selon Genèse 7:16 ; de même, tandis que toutes choses demeurent comme aux jours de Noé, le changement des saints précéderait le déclenchement du déluge de détresse sur ceux qui demeurent dans l'ignorance et les ténèbres, selon 1 Thessaloniciens 5:1-5.[294]
Le même principe est retrouvé dans le type de Moïse et Aaron, aucune des dix plaies n'étant survenue avant leur rencontre sur la montagne ; de même, aucun fléau ne frapperait avant que les saints ne soient rassemblés auprès de Jésus, leur permettant d'échapper à toutes ces choses à venir et de se tenir devant le Fils de l'homme selon Luc 21:36.[295] Un développement supplémentaire de ce type apporte, selon le texte, une preuve additionnelle de la proximité du changement attendu. Le récit d'Actes 7:23-36, où Moïse, parvenu à l'âge de quarante ans, visite ses frères israélites et se trouve rejeté par eux avec la question « qui t'a fait chef et juge sur nous ? », avant de fuir au pays de Madian où il épouse la fille de Jéthro, puis de recevoir, quarante années plus tard, la visite d'un ange du Seigneur l'envoyant en Égypte comme chef et libérateur, est lu comme une figure de Christ, venu délivrer ses frères selon la chair, rejeté par eux, puis uni à une épouse d'origine païenne avant de revenir manifester sa faveur à Israël selon la chair, conformément à Actes 15:14-16.[296]
Les deux périodes de quarante ans de la vie de Moïse sont présentées comme préfigurant respectivement l'âge juif et l'âge de l'Évangile, au terme de chacune desquelles Jésus intervient, d'abord comme homme à la fin de l'âge juif, puis comme Dieu à la fin de l'âge de l'Évangile. Le premier intervalle de quarante ans s'achèverait en l'an 33, moment du rejet de Jésus comme roi et de l'abandon de la maison laissée déserte selon Luc 13:34-35, tandis que le parallèle du second intervalle de quarante ans correspondrait à 1878, année où Jésus serait venu comme roi et où aurait débuté l'œuvre de restauration de la faveur envers Israël.[297] L'indication d'Exode 7:7, selon laquelle Moïse avait quatre-vingts ans et Aaron quatre-vingt-trois ans lorsqu'ils parlèrent à Pharaon, est interprétée comme situant à 1878, soit deux fois quarante ans, le moment antitype où Christ s'adresse à Pharaon, figure du monde, par l'acte même de restaurer Israël en faveur ; mais Aaron, figure des saints vivants, ayant trois ans de plus que Moïse, cet écart suggérerait que les saints n'entrent eux-mêmes en position de pouvoir que trois ans après ce point de repère marqué par les quatre-vingts ans de Moïse, c'est-à-dire avant 1881, puisqu'Aaron n'aurait parlé qu'après avoir rencontré Moïse, de même que les saints ne le feraient qu'après leur propre changement.[298]
Une réserve méthodologique accompagne l'ensemble de ces rapprochements typologiques : il n'est pas jugé souhaitable d'accorder un poids excessif aux types et allégories pris isolément, mais leur accord avec des éléments prophétiques plus directs est présenté comme leur apportant une valeur de confirmation supplémentaire ; aucun de ces éléments n'est avancé comme une preuve absolue, mais leur harmonie mutuelle est présentée comme recommandable à un esprit réfléchi, appelant à l'exercice de la foi, d'autant que les apôtres eux-mêmes reconnaissent, à propos de la venue de Jésus et du changement attendu, que certains points demeurent « difficiles à comprendre », selon 2 Pierre 3:14-16.[299]
Les cinq arguments typologiques présentés comme concourants sont récapitulés en conclusion : les jours de Daniel se terminant en 1874, moment où aurait commencé la résurrection et depuis lequel les morts entreraient dans le mariage ; la fin des sept années comptées depuis cette date, mise en parallèle avec la fin des « soixante-dix semaines » de l'âge juif, aboutissant à l'année 1881, moment où tous devraient être entrés et la porte fermée, marquant la fin du temps de faveur spéciale accordée à l'Église nominale avant le déclenchement de la détresse qui suit le changement des saints ; la construction du Temple, couvrant sept années et jugée en harmonie avec les arguments précédents ; l'entrée de Noé et de sa maison dans l'arche, occupant sept jours typiques de sept années ; et l'allégorie tirée de la vie de Moïse et d'Aaron.[300] Deux témoins suffisant en règle générale à établir une preuve, l'accord de ces cinq éléments entre eux est présenté comme une confirmation supplémentaire des vérités déjà établies plutôt que comme leur fondement, chacune de ces applications étant jugée corroborée par les autres. Une exhortation à veiller et à rester sobre clôt le développement, appuyée sur Lamentations 3:26 : « il est bon que l'homme espère et attende en silence le salut du Seigneur », l'article étant signé des initiales A. D. J.[301]
Le baptême du Saint-Esprit
Une confusion fréquente entre le baptême du Saint-Esprit et le baptême dans la mort évoqué dans un article du numéro de septembre est signalée comme ayant suscité des réactions favorables de lecteurs à propos de ce dernier article, alors que les deux baptêmes sont présentés comme entièrement distincts : tous les croyants sont exhortés à être baptisés dans la mort de Christ, c'est-à-dire à s'y soumettre volontairement, mais nul n'est jamais invité à être baptisé du Saint-Esprit.[302]
À la question de savoir s'il conviendrait de se réunir, à l'exemple du « frère Moody » et d'autres frères et sœurs récemment rassemblés dans le Massachusetts, pour prier instamment le Père d'accorder le baptême du Saint-Esprit, une réponse négative est apportée : un seul baptême de l'Esprit est promis et nécessaire à l'Église, survenu une fois pour toutes à la Pentecôte, où il est rapporté être venu « comme un vent impétueux et rempli toute la maison où ils étaient assis ».[303] L'image de l'immersion est tirée de ce remplissage de la maison : les personnes présentes se trouvant ainsi complètement enveloppées par le Saint-Esprit, ce baptême unique vaut pour tous les membres de cette même famille et église, aucun autre baptême de l'Esprit n'étant enseigné ailleurs dans la Bible. Il est rappelé qu'avant le baptême de Jésus par Jean, lorsque l'Esprit descendit sur lui en sortant de l'eau, le Saint-Esprit n'avait encore été donné à personne de la manière dont il est désormais communiqué à l'Église, à savoir comme consolateur, guide et conducteur dans la compréhension de la vérité.[304]
Il est reconnu que l'Esprit avait déjà agi dans le monde et s'était exercé sur certains prophètes, mais pour des occasions particulières et sans constituer une présence durable, leur donnant une parole miraculeuse sans pour autant les guider dans la compréhension de la parole de Dieu, conformément à 1 Pierre 1:12, selon lequel ils servaient non pour eux-mêmes mais pour ceux à qui l'Évangile a depuis été annoncé par le Saint-Esprit envoyé du ciel.[305] L'Esprit donné à Jésus sans mesure selon Jean 3:34, et donné par mesure à l'ensemble de ses disciples et membres selon Jean 1:16, est identifié à l'esprit d'adoption dans la famille et la nature divines, par lequel les croyants crient « Père, Père », reconnaissant Dieu comme leur Père en deux sens : d'abord comme créateur des hommes naturels, de même qu'Adam fut appelé fils de Dieu selon Luc 3:38, puis, par leur adoption dans la famille divine, dans ce sens divin proprement dit.[306]
Avant Jésus, aucun homme ne pouvait entrer dans cette relation de fils adoptifs et participants de la nature divine, tous étant pécheurs et Dieu ne pouvant recevoir des pécheurs comme fils ; lorsque « l'homme Christ Jésus » se présenta comme un être « saint, innocent, sans tache, séparé des pécheurs, en qui il n'y avait point de péché », il devint agréable au Père, et l'offrande de sa vie humaine parfaite pour les hommes, selon la volonté de Dieu, fut acceptée. Le Père, ayant accepté ce sacrifice de la nature humaine, lui donna en retour, comme un don, la nature spirituelle et divine, vie et corps, qu'il avait mise de côté en prenant la nature humaine ; l'engagement de déposer son humanité en rançon aurait ainsi valu à Jésus l'adoption divine et l'Esprit sans mesure, dont le témoignage se manifesta immédiatement par la voix venue du ciel déclarant, selon Luc 3:22 : « Tu es mon Fils bien-aimé, en toi j'ai mis toute mon affection. »[307]
C'est ainsi que le Chef de l'Église aurait été oint de l'huile de joie. La question de savoir si les disciples furent eux aussi oints et reçurent le réconfort et la direction de l'Esprit du vivant même de Jésus reçoit une réponse négative, pour la même raison que celle empêchant les prophètes de le recevoir ainsi : ils étaient pécheurs aux yeux de Dieu, membres de la famille humaine déchue, et la rançon de leur vie perdue ne fut payée que lorsque « Jésus-Christ, par la grâce de Dieu, goûta la mort pour tout homme ».[308]
La question de savoir si les disciples croyants furent reçus comme justifiés, purs et sans péché aux yeux de Dieu dès l'instant de la mort de Jésus est nuancée : le prix de la rançon fut alors payé, mais dans le plan de Dieu, Jésus devait d'abord présenter en la présence du Père la preuve de sa mort, c'est-à-dire de la rédemption accomplie. C'est pourquoi Dieu l'aurait souverainement élevé et lui aurait donné un nom au-dessus de tout nom, afin que le don de la nature divine parvienne par lui à son corps, l'Église, puisque Dieu « a commis tout jugement au Fils » et lui a donné pouvoir sur toute chair, afin qu'il donne la vie éternelle à tous ceux que le Père lui a donnés.[309] Jésus devait d'abord recevoir à nouveau du Père la plénitude de la nature divine avant de pouvoir accorder à son tour l'Esprit, scellant ainsi l'adoption filiale ; seul le Chef, jusque-là, aurait reçu le consolateur ou la preuve de cette adoption, le Saint-Esprit n'étant pas encore donné parce que Jésus n'était pas encore glorifié, selon Jean 7:39.[310]
L'Église, ainsi instruite, attendait d'être imprégnée de l'Esprit qui devait la guider dans la compréhension des Écritures de l'Ancien Testament et des paroles de Jésus ; lorsque l'Esprit vint effectivement, il les immergea tous en remplissant la maison. Ce baptême spirituel est présenté comme parvenu à l'Église directement de son Chef, selon le témoignage de Pierre : « Jésus donc, ayant été élevé par la droite de Dieu, et ayant reçu du Père la promesse du Saint-Esprit, a répandu ce que vous voyez et entendez maintenant », selon Actes 2:33.[311]
Le Saint-Esprit, désigné comme « Esprit de vérité » et donné comme enseignant de l'Église, est présenté comme entreprenant son œuvre en distribuant certains dons à certains membres : tous ont reçu l'esprit d'adoption, mais certains seulement ont reçu des dons particuliers de l'Esprit, variant selon le caractère et les aptitudes naturelles de chaque personne, dans le but que chacun en use pour le profit de l'Église et l'avancement de la vérité, selon 1 Corinthiens 12:7. Paul est cité expliquant que le Christ, étant monté en haut, « conduisit une multitude de captifs et fit des dons aux hommes », donnant les apôtres, les prophètes, les évangélistes, les pasteurs et les docteurs, en vue, selon Éphésiens 4:12 dans la traduction du Diaglott, de la pleine qualification des saints pour l'œuvre du service et l'édification du corps de l'Oint.[312]
Seuls les dons principaux sont mentionnés dans ce passage, mais 1 Corinthiens 12 en énumère d'autres, hiérarchisés : d'abord les apôtres, puis les prophètes, les docteurs, les miracles, les dons de guérison, les assistants, les administrateurs, les langues diverses — tous n'étant ni apôtres, ni prophètes, ni docteurs ; l'exhortation à rechercher avec zèle les dons les plus excellents est néanmoins subordonnée à une voie plus excellente encore, celle de l'amour, selon la traduction du Diaglott de 1 Corinthiens 13 : « si j'ai le don de prophétie, et que je connaisse tous les mystères et toute science, et que j'aie toute la foi jusqu'à transporter des montagnes, et que je n'aie pas l'amour, je ne suis rien ».[313]
La question est alors posée de savoir si cet Esprit a jamais été retiré de l'Église : s'il avait suffi, par les divers dons et canaux alors établis par Dieu, à accomplir l'œuvre qui lui était assignée, à savoir guider l'Église dans la vérité, aurait-il depuis perdu de sa puissance et de son efficacité, au point qu'il faille désormais en demander un nouveau baptême ? La réponse apportée est négative : le consolateur demeure présent en pleine mesure, Jésus, en tant que Chef, l'ayant répandu une fois pour toutes en abondance suffisante, et il demeure avec l'Église.[314] Si certains dons ont disparu, les principaux sont dits subsister : les apôtres et les prophètes continuent de parler à travers leurs écrits, et même avec plus de clarté et de force qu'à leurs frères qui les ont vus de leur vivant. La parole affirme qu'il existe des différences d'administration mais un même Seigneur ; le Seigneur aurait, dans une certaine mesure, changé son mode d'administration, tout en continuant, comme Chef, à gouverner son corps par le même Esprit, mais avec une diversité d'opérations, celui-ci n'agissant plus désormais, habituellement, par les dons inférieurs de — le passage s'interrompant sur ces mots au terme de cette tranche.
Les dons spirituels de langues et de guérisons sont rapportés à une nécessité propre à l'époque apostolique, l'ignorance qui les rendait alors utiles ayant depuis cédé la place à la connaissance, de sorte que les croyants, au lieu de parler ou de prier de façon ignorante en une langue inconnue, peuvent désormais s'entretenir des enseignements du Seigneur et de ses apôtres lors de leurs réunions.[315] Dieu continue cependant d'accorder, dans une certaine mesure, les dons de docteurs (appelés aussi prophètes selon 1 Corinthiens 14:3-5), d'évangélistes et de pasteurs. L'imposition des mains des apôtres ou d'autres personnes désignées, pratiquée selon Actes 9:11-17 comme mode de transmission du Saint-Esprit, est distinguée du mode actuel : sans imposition des mains, à l'image de Corneille, la pleine réception de l'esprit d'adoption est présentée comme accordée dès la consécration de soi, permettant de reconnaître Dieu comme Père divin autant que comme Créateur.[316] Cette conduite quotidienne par l'Esprit est reliée à Romains 8:14, selon lequel ceux qui sont conduits par l'Esprit de Dieu sont fils de Dieu, la présence des fruits de l'Esprit étant présentée comme preuve suffisante de sa présence, sans que les fruits puissent exister en son absence ; la recherche des fruits de l'Esprit est jugée préférable à celle des dons, Paul plaçant un fruit en particulier, l'amour, au-dessus de tous les dons qui en seraient dépourvus.[317]
L'onction d'Aaron, décrite en Lévitique 8, est présentée comme le type éclairant l'onction de l'Église par l'Esprit : l'huile sainte, répandue en abondance sur la tête d'Aaron, figure l'Esprit donné sans mesure au Chef, Jésus ; de même que l'huile coulait sur tout le corps d'Aaron, « jusqu'aux pans de ses vêtements », l'Esprit descendu à la Pentecôte depuis le Chef exalté sur son corps continue de s'y répandre à travers tout l'âge, touchant chaque enfant de Dieu.[318] Il serait dès lors erroné de demander à Dieu un baptême nouveau, puisque la promesse donnée par Jésus en Jean 14:16 porte sur un consolateur destiné à demeurer avec les croyants pour toujours, « l'Esprit de vérité ».[319] Une prière pour un second baptême collectif de l'Esprit serait ainsi comparable à une seconde onction d'Aaron par Moïse ; il demeure cependant admis qu'individuellement, un croyant peut ne pas avoir le cœur aussi pleinement rempli de l'esprit de vérité que son privilège le permettrait, et que les enfants de Dieu sont fondés à demander avec insistance à être remplis de l'Esprit, en puisant aussi souvent que possible à la parole de Dieu comme à une source ; plus l'Esprit est reçu, plus de place lui est faite, le nouvel esprit de la nouvelle nature déplaçant et évacuant l'ancien esprit charnel, dans des « vases de terre » dont la mesure disponible est présentée comme abondante.[320]
Le travail de Sion
« Sion » est présentée comme un nom général désignant l'ensemble de l'Église nominale, actuellement dans une condition mortelle, charnelle, ne pouvant entrer dans le royaume de Dieu sans atteindre d'abord la condition spirituelle ; des promesses « extrêmement grandes et précieuses » lui sont présentées comme offertes par Dieu, par lesquelles certains enfants y sont engendrés à la vie spirituelle.[321] Diverses figures bibliques déjà rencontrées, telles que la chute de Babylone, le trébuchement d'Israël, le passage par une grande tribulation ou le salut comme par le feu, sont rappelées comme décrivant une angoisse et des épreuves sévères attendues sur l'Église durant « la moisson » ou la fin de l'âge de l'Évangile ; le terme « travail » employé dans ce développement est rapporté à une angoisse mortelle, image jugée particulièrement illustrative de la sévérité des troubles de Sion et de la nécessité de cette épreuve, sans laquelle les enfants de Sion ne pourraient tous naître, c'est-à-dire être délivrés.[322]
Le trouble frappant le monde est présenté comme débutant par le renversement de l'Église nominale, livrée depuis 1878 à ce travail ; ce travail n'atteindrait cependant son plein effet qu'une fois nés les « premiers-nés », le « petit troupeau », événement attendu durant 1881, bien que la montée de nouveaux éléments destinés à son renversement soit déjà observable. Le spiritisme et l'incrédulité sont désignés comme égarant respectivement des milliers et des dizaines de milliers de personnes, le colonel Ingersoll étant cité nommément comme accomplissant une œuvre considérable de propagation du mépris envers Sion, mépris déjà enraciné et appelé à bourgeonner en opposition ouverte ; nul auditeur candide et sans préjugé de ses conférences antireligieuses n'en sortirait, selon ce développement, sans que sa foi dans les enseignements des Églises dites orthodoxes ne soit durablement ébranlée, seuls demeurant inébranlés ceux qui ont déjà perçu les incohérences de ces Églises, les erreurs de leurs enseignements, et aperçu, au moins partiellement, le grand plan d'amour de Dieu pour la bénédiction future du monde.[323]
L'Église nominale du troisième siècle est décrite comme ayant commencé à abandonner la parole de Dieu pour les traditions des hommes, délaissant le chemin étroit pour la voie plus aisée de l'harmonie avec le monde, processus présenté comme ayant conduit à l'élévation au pouvoir de la Papauté, à la substitution de la parole de Dieu par le décret des Églises comme seule loi des chrétiens, et à la destruction de toutes les bibles connues, sous prétexte qu'elles n'étaient plus nécessaires mais au contraire nuisibles, la voix de l'Église tenant alors lieu de loi de Dieu.[324] Il est précisé que tous les enfants de Sion n'ont pas été engloutis par la Papauté : des membres du petit troupeau auraient maintenu, tout au long de ces siècles obscurs, leur marche dans le chemin étroit, certains étant connus sous les noms de Vaudois ou de Huguenots.[325]
Ce règne de la Papauté est présenté comme ayant conduit à une condition déplorable d'ignorance, de superstition et d'aveuglement à l'égard de la vérité, partiellement seulement soulagée par la Réforme ; l'œuvre des réformateurs est néanmoins qualifiée de grande, pour avoir prêché avec hardiesse, à partir de la Bible longtemps négligée et interdite, la nécessité de la prendre comme seule règle de foi et de pratique plutôt que les credos des Églises, résultat jugé avoir produit le développement de nombreux chrétiens remarquables ainsi qu'un réveil général de Sion nominale.[326] Le maintien de cette œuvre aurait épargné à Sion sa condition présente déplorée, qualifiée de prétention à être « riche et comblée de biens » selon Apocalypse 3:17, sans reconnaître sa misère réelle, sa pauvreté et son aveuglement ; l'Église de la Réforme, enivrée par ses victoires contre une partie de l'obscurité et de l'erreur romaines, se serait rapidement installée dans une complaisance satisfaite, oubliant qu'il lui fallait avancer dans la lumière reçue, de sorte que la lumière « qui brille de plus en plus » selon Proverbes 4:18 l'aurait dépassée, la laissant retomber dans les ténèbres.[327]
Sion est accusée de reprendre la règle de la Papauté en substituant ses propres credos à la parole de Dieu, de sorte que tout contrevenant devant son tribunal y est jugé selon les « autorités » ou « normes » de l'Église, c'est-à-dire non la Bible elle-même mais la parole de ses fondateurs et de ses figures marquantes, au mépris du principe selon lequel l'unique Église ou corps de Christ, n'admettant aucun schisme, n'a qu'une seule autorité ou tête, le Seigneur Jésus, à l'aune de la parole écrite duquel la foi et la pratique de chaque membre doivent être jugées, selon le principe déjà cité d'Ésaïe 8:20.[328] Sion nominale ne reconnaîtrait aucun accroissement de cette lumière croissante, se déclarant parfaitement satisfaite de la lumière des quinzième et seizième siècles ; certains, en revanche, refuseraient de se laisser enfermer dans cette lumière passée, estimant que la même Bible qui a permis l'œuvre de la Réforme demeure nécessaire à la croissance du chrétien en grâce et en connaissance aujourd'hui.[329]
Les Églises protestantes sont présentées comme ayant adopté des méthodes semblables à celles de la Papauté, évitant certes les péchés les plus grossiers mais, comme elle, s'unissant au monde et recherchant sa faveur, établissant des autorités ecclésiastiques à la place de la parole de Dieu ; cette ressemblance leur vaudrait d'être désignées bibliquement comme ses filles, la Papauté elle-même recevant le nom de « mère des prostituées ». L'ensemble constitué par ces filles protestantes, la mère papale, et le petit nombre qui marche dans la lumière sans reconnaître l'autorité de l'une ni de l'autre mais seulement celle de la parole de Dieu — désignés comme ceux qui « n'ont pas adoré la bête ni son image » — forme Sion au sens général, comprenant à la fois le bon grain et l'ivraie selon Matthieu 13.[330] Son attachement au monde présent et son refus de marcher dans le chemin étroit où brille la lumière sont présentés comme l'empêchant de se libérer entièrement de l'erreur et des ténèbres papales, de sorte que la vérité qu'elle détient demeure si mêlée à l'erreur qu'elle se trouve incapable de la défendre contre les attaques de l'incrédulité et les autres manœuvres de l'ennemi visant à accomplir son renversement final.[331]
Le trouble frappant le monde, déjà décrit comme les sept dernières plaies, est présenté comme supposant par là même l'existence de plaies antérieures ; le type des plaies d'Égypte, comportant trois premières plaies suivies de sept dernières, est repris pour y faire correspondre, dans les trois premières, le trouble ou travail de Sion, au cours duquel le bon grain serait séparé de l'ivraie et tous les véritables enfants de Dieu séparés de l'Église nominale, le développement s'interrompant sur cette séparation annoncée au terme de la tranche considérée.[332]
La distinction entre les deux groupes d'enfants annoncés à Sion est reprise et précisée : une condition présente d'enfants engendrés, à l'état embryonnaire, est distinguée de la naissance proprement dite, identifiée à la résurrection ou au changement vers la condition spirituelle, aboutissement de cette gestation. Le premier-né de Sion est identifié au Christ — Jésus et « l'Église (corps-ecclésia) des premiers-nés » — constituant avec lui le petit troupeau auquel il plaît au Père de donner le royaume ; les enfants nés après coup constituent la grande multitude que nul ne peut compter, qui lave ses robes et sort de la grande tribulation, debout avec des palmes devant le trône tandis que les premiers-nés, vainqueurs, y siègent couronnés.[333] Ce schéma est appuyé sur 1 Corinthiens 15:23, qui distingue Christ comme prémices, puis ceux qui sont de Christ lors de sa présence, désignés comme les nombreux frères de la maisonnée de la foi rassemblés au jour de colère.[334]
La prophétie d'Ésaïe 66:7-8 est citée pour appuyer cette séquence inversée : « avant qu'elle fût en travail, elle a enfanté ; avant que la douleur lui vînt, elle a été délivrée d'un enfant mâle », la naissance de la grande multitude de Sion étant ainsi annoncée comme devant suivre son travail, tandis que son premier-né — Christ, la Tête, et les membres de son corps — naîtrait, entrant dans la condition spirituelle parfaite à l'image du corps glorieux de Christ, avant ce travail.[335] Cette priorité accordée aux vainqueurs est mise en cohérence avec l'exhortation de Jésus à veiller afin d'être jugés dignes d'échapper à tout ce qui doit venir sur le monde : les vainqueurs échapperaient ainsi entièrement au travail de Sion comme à la colère déversée sur le monde, partageant le royaume avec leur Seigneur et, comme membres de son corps, devenant cohéritiers avec lui et héritiers de toutes choses ; cette descendance est identifiée à la semence de la femme qui doit écraser la tête du serpent, et à la semence d'Abraham.[336]
Ce corps unique, dont la Tête Jésus fut le premier-né d'entre les morts dix-huit siècles plus tôt, voit son propre corps appelé à naître de la même manière avant le travail de Sion ; ses membres sont désignés comme rois et prêtres de Dieu, ayant été simultanément, durant le présent âge, la maisonnée de prêtres préfigurée par les fils d'Aaron et les membres du corps du grand prêtre, appelés durant l'âge millénaire à être, avec leur Tête, « un prêtre sur son trône », selon Apocalypse 5:10, leur règne dans l'exercice de cette double fonction étant préfiguré par Melchisédek, roi de Salem et prêtre du Dieu Très-Haut.[337] Cette compagnie est désignée comme suivant l'Agneau en ce moment et devant continuer à le faire, destinataire de la parole adressée au petit troupeau selon laquelle il plaît au Père de lui donner le royaume.[338]
Ces deux compagnies, les quelques-uns nés avant et les nombreux nés après le travail, sont présentées comme les seuls enfants jamais nés de Sion, le type retenu impliquant que celle-ci meurt en travaillant, c'est-à-dire que l'âge de l'Évangile touchant alors à sa fin, l'Église de l'Évangile cesserait d'exister comme institution terrestre pour ne plus subsister que comme cité ou église glorifiée et spirituelle.[339] Ces deux compagnies demeurent présentées comme les seules à qui est offert le haut appel à devenir fils de Dieu sur le plan spirituel, les seules engendrées de l'Esprit et, par conséquent, les seules susceptibles de naître de l'Esprit. La bénédiction destinée au monde, par contraste, n'est jamais désignée comme un engendrement à une vie nouvelle, mais comme une restitution de l'ancienne vie perdue par la désobéissance et le péché, conformément à Actes 3:21, qui annonce la restitution de toutes choses dont Dieu a parlé par la bouche de ses saints prophètes depuis le commencement du monde ; l'Église, à l'inverse, est engendrée à une nature nouvelle impliquant des facultés et une forme nouvelles, puisque, de même qu'elle a porté l'image du terrestre, elle portera aussi l'image du céleste.[340]
La grandeur de ce haut appel n'est perçue, selon ce développement, qu'en reconnaissant qu'il consistera, durant l'âge millénaire, à restaurer avec la Tête la famille humaine dans toutes les perfections d'esprit et de corps perdues en Adam et rachetées par la mort de Christ.[341]
Rachel, un type de Sion
De nombreuses figures bibliques sont présentées comme illustrant la relation entre les deux maisons d'Israël, charnelle et spirituelle, sans qu'aucune n'en reproduise exactement les mêmes traits : Ismaël et Isaac représentent ainsi les deux descendances naturelle et spirituelle d'Abraham, toutes deux bénies mais à des degrés différents, leurs mères Agar et Sara figurant respectivement l'alliance de la Loi et l'alliance de l'Évangile sous lesquelles ces deux descendances se développent ; Isaac et Rébecca figurent la relation dans laquelle le petit troupeau entrera comme épouse de Christ en devenant cohéritière avec lui ; Jacob et Ésaü montrent comment la descendance naturelle, bien que développée la première, échoue à recevoir la bénédiction la plus précieuse, Ésaü ayant vendu son droit d'aînesse pour un plat de lentilles de même qu'Israël naturel, pouvant hériter des promesses spirituelles, choisit à la place des choses naturelles, tandis que l'Église de l'Évangile, représentée par Jacob bien que développée plus tard, reçoit la bénédiction la plus précieuse, celle de l'esprit, conformément à Romains 9:11 et Romains 9:30.[342]
Un type non encore examiné est alors introduit, jugé aussi clair que les précédents et éclairant des aspects particuliers de la vérité qu'aucun autre ne figure : Rachel est présentée comme une figure de l'Église de l'Évangile, sa sœur Léa représentant pour sa part l'Israël charnel ; les deux périodes de sept ans de service accomplies par Jacob pour chacune d'elles sont comprises comme figurant l'égalité de durée entre les deux âges, juif et évangélique, déjà établie par ailleurs comme de mesure égale.[343] De même que Rachel fut la première aimée et la première promise, l'alliance de l'Évangile, la plus désirable des deux, aurait été conclue avant l'alliance de la Loi selon Galates 3:8 et Galates 3:17, bien que cette dernière ait été reconnue en premier et que les enfants selon la chair soient nés les premiers, désignés selon Romains 9:8 comme « Israël selon la chair », conformément à 1 Corinthiens 10:18.[344]
L'intérêt principal se concentre sur Rachel elle-même, dont le premier-né, Joseph, est présenté comme une figure du Christ : élevé juste après Pharaon, figure de Dieu, selon la formule « ce n'est que par le trône que je serai plus grand que toi », cette exaltation est rapprochée de celle déjà vraie de la Tête, Jésus, et bientôt vraie de l'ensemble du corps, Dieu l'ayant souverainement élevé et lui ayant donné un nom au-dessus de tout nom.[345] Le premier-né de Rachel figure ainsi le petit troupeau, à qui il plaît au Père de donner le royaume et dont la Tête est Jésus ; son second enfant, Benjamin, dans l'enfantement duquel elle meurt, est présenté comme figurant la grande compagnie née après la grande tribulation.[346]
L'harmonie de ce type avec le développement précédent sur Sion est soulignée : Rachel, par ses deux descendances — la première destinée à régner, la seconde, également aimée, née après le travail et l'angoisse de la mort — figurerait parfaitement Sion, et la mort de Rachel figurerait la fin de la carrière de Sion comme église terrestre au moment où la grande compagnie naît à la suite du trouble.[347] Joseph, parvenu au pouvoir, bénit ses frères avant de se faire finalement reconnaître d'eux ; de même, une fois le royaume donné au petit troupeau au tout début de son règne, le temps de détresse serait ordonné de manière à conduire les frères encore dans la chair — la seconde compagnie et « Israël selon la chair », figurés par Benjamin et ses frères — dans une position qui aboutirait à leur bénédiction.[348] La distinction opérée entre Benjamin et les autres frères est repérée dans la bénédiction où Joseph lui accorde cinq fois plus qu'à eux, selon Genèse 43:34 et Genèse 45:22, ce qui traduirait la bénédiction supérieure réservée aux frères spirituels, figurés par Benjamin, par rapport à celle des frères naturels, l'Israël charnel, figurés par les fils de Léa.[349]
Les réunions de Pittsburgh
Des réunions tenues chaque dimanche de deux heures trente à quatre heures de l'après-midi, ainsi qu'une réunion le mercredi soir à sept heures trente, sont annoncées, avec la remarque qu'il s'agissait d'une négligence de ne pas avoir tenu, depuis le début, un avis permanent de ces réunions dans le périodique.[350]
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Illustrations du numéro
Références
- ↑ La Tour de Garde de janvier 1881, p. 181
- ↑ La Tour de Garde de janvier 1881, p. 181-184
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- ↑ La Tour de Garde de janvier 1881, p. 177
- ↑ La Tour de Garde de janvier 1881, p. 181
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- ↑ La Tour de Garde de janvier 1881, p. 181
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- ↑ PENTON M. James, Apocalypse Delayed, p. 30-32. Original : « But if you had solved that problem in seven different ways, all independent of one another, and in each and every case reached the same result, you would be a fool any longer to doubt the accuracy of that result. »
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