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La Tour de Garde de Janvier et Février 1882

De Tj-encyclopédie
La Tour de Garde de Janvier et Février 1882
Revue La Tour de Garde
Date 1882
Auteur(s) Benjamin W. Keith, Maria Russell
Année 1882
Langue Anglais
Pays États-Unis

Deux mois de parution sont réunis en un seul numéro, sorti en retard. Les premières pages parlent du mouvement lui-même : son courrier, ses prédicateurs, ses finances et la façon dont ses enseignements sont relus avant d'être imprimés. Le supplément envoyé avec ce numéro est Le Tabernacle et ses enseignements.

Plusieurs articles courts traitent ensuite de la foi. Ils portent sur l'épreuve qui a rendu Jésus parfait, sur la fin du sabbat juif et sur les différentes façons d'être « fils de Dieu ». D'autres textes parlent de la façon de mener les réunions entre croyants et de ce que veut dire se consacrer à Dieu. Maria Russell répond aussi à une lectrice qui se demande si elle doit quitter son Église.

La plus grande partie du numéro est un dialogue sur le chapitre 13 de l'Apocalypse. La première bête y est la papauté. La seconde est l'Église d'Angleterre et d'Irlande. L'image de la bête est l'Alliance évangélique fondée en 1846. Le nombre 666 est calculé à partir de noms anglais. Le numéro se termine par un article qui oppose la rançon payée par le Christ à l'idée d'un pardon sans contrepartie.

Analyse

Croyances

L'Apocalypse lue comme l'histoire de l'Église

Dans le dialogue sur Apocalypse 13, A refuse de voir l'islam dans la seconde bête. Selon lui, l'Apocalypse est une révélation donnée à l'Église et ne raconte que l'histoire de l'Église.[1] L'islam, le confucianisme et le bouddhisme en sont donc absents, car ce sont des religions ouvertement hostiles au christianisme et moins dangereuses pour lui que la papauté.[2] Cette règle écarte une lecture qui avait beaucoup compté chez les adventistes. En 1838, le pasteur méthodiste millérite Josiah Litch voyait l'Empire ottoman dans les cinquième et sixième trompettes d'Apocalypse 9. Il annonçait la fin de sa puissance pour le 11 août 1840, et les millérites tinrent cette prédiction pour accomplie.[3] Le commentateur anglais James Hatley Frere voyait déjà, en 1815, l'Église invisible du Christ dans la « ville sainte » d'Apocalypse 11:2.[4]

Cette règle permet de reconnaître une Église précise dans la seconde bête. En janvier 1880, la bête à deux cornes était le protestantisme, et ses deux cornes l'Angleterre et l'Allemagne.[5] En 1882, A pose un critère plus étroit : une bête est un gouvernement, et une Église ne devient bête que si elle fait partie du gouvernement.[6] Ce critère écarte l'Église presbytérienne d'Écosse, qui est seulement soutenue par l'État. Il ne retient que l'« Église d'Angleterre et d'Irlande », dont le roi est le chef.[7] En 1531, l'assemblée du clergé déclare Henri VIII « unique protecteur de l'Église anglaise, son seul et suprême Seigneur et, autant que la loi du Christ le permet, son suprême chef ». Chaque corne reçoit alors une date. L'Angleterre paraît en 1531, l'Irlande en 1537, et la corne irlandaise est rejetée le 1er janvier 1871, quand l'Église d'Irlande est séparée de l'État.[8] D'autres lectures de cette bête circulaient avant ce dialogue. En mars 1874, Barbour y voyait les deux empires français des Bonaparte.[9] Dans Trois Mondes, en 1877, la même bête aidait la papauté rétablie par Napoléon.[10] Le réformé John Bacon faisait déjà de la seconde bête le protestantisme qui imite l'Église romaine.[11] Pour B, l'identification à l'Église d'Angleterre résout une énigme qui a embarrassé « tous les commentateurs », mais le numéro ne nomme aucun de ces commentateurs.[12]

La première bête reçoit un calendrier chiffré. Ses quarante-deux mois sont les 1260 jours du chapitre précédent et les « trois temps et demi » de Daniel 12:7, comptés comme des années. Ils s'achèvent en 1798, quand Napoléon fait prisonnier le pape Pie VI.[13] Ce calcul vient des protestants. Depuis la Réforme, beaucoup d'entre eux identifiaient ces 1260 jours au temps où Rome opprimait la vraie Église.[14] Pour William Miller, l'entrée du général Berthier à Rome, le 15 février 1798, mettait fin au pouvoir du pape sur l'Église et sur les gouvernements.[15] Blandre juge l'année de départ, 538, surestimée. Rome avait été prise par Bélisaire dès 536, et les États pontificaux furent vite rétablis après 1798.[16] Le dialogue donne un contenu précis à cette fin : la papauté perd en 1798 le pouvoir de faire exécuter les « hérétiques ». Pendant les 1260 ans, elle a tué les saints qui maniaient « l'épée de l'esprit ».[17]

Le nombre 666 sert de dernière preuve. À Lynn, dans le Massachusetts, Russell avait reconnu devant un petit groupe qu'il ne connaissait aucune explication satisfaisante de ce nombre. Il pensait que le nombre serait bientôt compris si sa lecture des symboles était juste.[18] La solution vient trois mois plus tard d'un lecteur de Lynn. Le Christ savait que l'image ne serait faite qu'en 1846 et que l'anglais serait la langue d'environ quatre cinquièmes de ses enfants au « temps de la fin ». Le nombre se calcule donc sur les lettres anglaises.[19] Les noms qui donnent 666 sont précisément ceux des bêtes et de l'image déjà identifiées : « Roman Catholic power », « Church of England », « Protestant Churches ».[20] Le calcul ne prouve donc rien par lui-même. Il ne fait que confirmer les identifications posées avant lui. Le reproche de simplicité est retourné avec 1 Corinthiens 1:23 : la vérité de Dieu paraît folie au sage selon le monde.[21]

Sortir de Babylone : la Bible contre les credo et le clergé

L'Alliance évangélique de 1846 était déjà l'« image de la bête » en janvier 1880.[22] En 1882, l'image reçoit en plus sa « vie » de la seconde bête. Parmi les Églises de l'Alliance, seule l'Église épiscopale possède la « succession apostolique ». En reconnaissant l'Alliance, elle lui donne autorité et parole.[23] Crompton explique ce raisonnement. Selon Russell, les Églises protestantes, faute de succession apostolique, n'avaient aucune autorité réelle pour prêcher. L'Église d'Angleterre devait leur donner cette autorité.[24] L'épisode de John Wesley illustre ce besoin. En 1784, avec deux ministres qui n'étaient pas évêques, il ordonne Thomas Coke évêque, faute d'avoir obtenu une ordination de l'Église anglaise.[25] Le but de l'Alliance, selon A, est de « promouvoir entre les différentes confessions évangéliques une coopération efficace dans les efforts pour repousser les ennemis et les dangers communs ». La « mise à mort » de ceux qui n'adorent pas l'image est une exclusion de toutes les Églises reconnues, rapportée aux décapités d'Apocalypse 20:4.[26] Les salutations envoyées par le pape à la réunion de l'Alliance de 1879 montrent, pour A, que la papauté reconnaît l'image comme sa copie.[27]

La réponse de Mme Russell à l'épouse d'un pasteur méthodiste tire la conséquence pour les personnes. Aucun réveil n'est à attendre dans l'Église nominale, « vomie » comme Laodicée selon Apocalypse 3:14-18.[28] En mars 1881, la même Laodicée recevait encore un appel à se repentir pendant la moisson.[29] En 1880, The Day Dawn de Paton voyait même dans les grands réveils religieux de 1874 un signe des temps.[30] En 1882, les nouvelles adhésions viennent surtout des enfants des écoles du dimanche, que l'Église presse d'entrer pour grossir ses effectifs.[31] Ces membres forment l'ivraie. L'ivraie ne désigne pas les méchants mais ceux qui imitent les chrétiens sans en être, et c'est Satan qui l'a semée.[32] Russell appelait « l'Église nominale » cette Babylone qui englobe toutes les Églises, alors que les protestants réservaient d'ordinaire ce nom à l'Église catholique.[33] A garde une limite. Il condamne les organisations d'Église, mais le Seigneur a des enfants dans la mère papale comme dans ses filles.[34]

Sortir de Babylone veut dire juger toute doctrine par la Bible seule. La vérité est définie comme « l'harmonie de la Parole de Dieu », et la Bible comme la seule norme pour juger de ce qui est vrai.[35] Chercher dans les écrits des Pères de l'Église est jugé déshonorant pour les paroles de Jésus et pour l'Esprit qui guide vers toute la vérité.[36] Penton rappelle que Russell revendiquait le vieux principe protestant de « la Bible seule ».[37] Miller suivait déjà ce principe : pour lui, l'Écriture s'explique par elle-même, un passage par un autre.[38] L'article « Se réunir » applique cette règle aux réunions. Chacun y vient avec sa Bible, une concordance et l'Emphatic Diaglott, et l'on compare les textes entre eux, sans savoir ni talent particuliers.[39] L'historien Nathan O. Hatch a montré que les mouvements protestants populaires des États-Unis, au début du siècle, refusaient déjà l'idée qu'il faut un clergé instruit pour comprendre la Bible.[40] Les titres du clergé tombent sous la même règle. Jésus a dit : « Ne vous faites pas appeler Rabbi ; car un seul est votre Maître, le Christ, et vous êtes tous frères ».

Le sabbat montre la même règle à l'œuvre. Les types cessent quand l'antitype arrive. La Loi et tous ses sabbats ont pris fin à la croix, et le repos du croyant couvre tous les jours.[41] Le pasteur méthodiste Adams prêchait déjà en janvier 1878, dans le cercle de Russell et de Barbour, que depuis la Pentecôte « chaque jour est spirituellement un sabbat » pour le vrai croyant.[42] En 1880, Paton objectait aux partisans du sabbat du samedi qu'ils devraient aussi laisser reposer la terre tous les sept ans.[43] La question était posée par des lecteurs de la revue qui lisaient aussi l'Advent and Sabbath Advocate de l'Église de Dieu du septième jour.[44] Le dimanche n'est pas pour autant rejeté. Il est approuvé comme « jour du Seigneur », jour de la résurrection et de la Pentecôte, mais il ne doit pas être appelé sabbat.[45] Le clergé est accusé de le présenter comme une loi et non comme un privilège, par peur qu'il soit violé. Il vaut mieux, selon le numéro, que les chrétiens restent libres, même si le monde néglige alors ce jour.[46] Ce refus d'une loi du dimanche tombe à un moment précis. En 1879, la National Reform Association obtient en Pennsylvanie, où paraît la revue, une loi du dimanche plus sévère.[47]

Le Fils, la rançon et la voie céleste des disciples

L'article signé B. W. Keith distingue trois façons d'être fils de Dieu. Les anges et Adam sont fils par création. Ceux qui souffrent avec le Christ deviennent fils immortels et participent à la nature divine.[48] Le Fils a été fils successivement dans ces trois sens : être spirituel créé, « commencement de la création de Dieu », puis homme, puis être divin après sa résurrection.[49] Keith précise que Jésus n'était immortel sous aucune de ses deux premières formes. Immortel, il n'aurait pas pu devenir homme ni mourir.[50] En octobre 1880, un autre article de la revue disait au contraire que le Christ préexistant tenait l'immortalité du Père et qu'il avait porté en même temps la nature divine et la nature humaine.[51] Keith appuie sa lecture de Philippiens 2:5-11 sur la nouvelle Révision, avec la marge du comité américain : Jésus était « en forme de Dieu » sans être égal à Dieu.[52] Ce Nouveau Testament révisé avait été présenté au clergé de la province de Canterbury le 17 mai 1881, à peine huit mois plus tôt.[53] Schulz et De Vienne notent que Russell ne doit pas à son milieu adventiste l'idée d'un Fils préexistant et créé. La plupart des adventistes de l'« âge à venir » niaient toute existence du Christ avant sa naissance, et Storrs avait une autre conception encore.[54]

Un Fils créé et seulement homme sur la croix peut payer à la Justice un prix exact. L'article « Rançon ou pardon » oppose les deux mots à l'aide du dictionnaire de Webster. Si Jésus a payé un équivalent, Dieu n'a pas pardonné, puisque la peine a été subie.[55] L'idée visée ressemble à celle que Barbour publiait en 1878. La peine est d'abord payée par le châtiment, puis vient le pardon, comme pour un voleur qui rend ce qu'il a volé.[56] Barbour comparait aussi la mort du Christ, comme paiement, au fait de transpercer une mouche avec une épingle pour régler la faute d'un enfant.[57] Russell dit avoir compris en 1873 que la rançon est un « prix équivalent » pour tous, et qu'elle fonde le retour de tous à la vie.[58] En 1882, l'article ajoute un argument tiré du grec. Le mot qui veut dire remettre gratuitement, charizomai, n'est employé que pour le Christ ou les disciples, jamais pour Jéhovah. Jésus peut pardonner librement parce qu'il est l'acheteur.[59] Le dernier argument porte sur la confiance. Si Dieu annulait aujourd'hui une condamnation juste prononcée il y a 6000 ans, rien n'assurerait qu'il ne changerait pas encore.[60]

L'article « Jésus rendu parfait », sur Hébreux 5:9, explique comment ce Fils obtient la nature divine. Toute créature intelligente doit connaître le mal pour choisir le bien de bon cœur. Les hommes l'apprennent par le péché et la mort, les anges en regardant les hommes.[61] En août 1879, la revue appliquait cette idée à Adam : il ne pouvait même pas savoir ce qu'est le bien sans le mal pour comparer.[62] Schulz montre que Russell reprenait ce raisonnement à l'auteur anglais Smith-Warleigh, sans preuve tirée de la Bible.[63] En 1882, l'idée s'étend au Fils préexistant. Il ne connaissait que le bien, puis il a vu la révolte de Satan et la mort triompher pendant des siècles.[64] Il a donc donné sa vie par la foi, sans avoir jamais vu personne revenir de la mort : « Même s'il me tue, je me confierai en lui ». La perfection obtenue par la souffrance change aussi de sens. En juin 1880, Jésus, déjà parfait comme homme, était rendu parfait comme grand prêtre par les souffrances qu'il s'imposait.[65] En 1882, être « rendu parfait » veut dire devenir un être divin, « premier-né » de la famille divine, en récompense de sa foi.[66]

Les disciples suivent le même chemin. Leur nouvelle nature est rendue parfaite par les souffrances, tandis que « l'homme extérieur » dépérit. Ils ressusciteront êtres spirituels, semblables au corps glorieux du Christ.[67] Keith en tire une conséquence pour l'humanité. Le Christ complet, tête et corps, devient « Père éternel » de la famille humaine rétablie.[68] Penton relève que la revue de décembre 1881 appelait déjà « dieux » ceux qui sont engendrés de la nature divine, Jésus étant le premier-né de cette famille.[69]

Le jubilé de 1874, la moisson et le rétablissement de tous

La date de 1874 est placée dans l'article sur le sabbat juif. Les sabbats d'années ont cessé les premiers, à la captivité de Babylone. Là commence un grand cycle de cinquante fois cinquante ans qui mène au jubilé antitypique, le « temps du rétablissement de toutes choses ».[70] Ce rétablissement commence en 1874 par la destruction des erreurs et des mauvais gouvernements.[71] Barbour raconte avoir trouvé ce calcul en mars 1874, un soir, en marchant. Il était rentré chez lui en courant et en louant Dieu.[72] Trois Mondes, en 1877, comptait ces cinquante fois cinquante ans à partir du dernier jubilé avant la captivité.[73] La méthode est plus ancienne que Barbour. Des millérites faisaient déjà du Millénium le jubilé antitypique, 2450 ans après la fin des jubilés en 607 avant notre ère, ce qui les menait à 1843.[74] Crompton note que Russell voyait ce rétablissement comme lent, presque invisible à ses débuts, sauf pour le « petit troupeau ».[75]

Si le rétablissement a commencé, le temps présent est la « moisson » de l'âge. La tâche est de mûrir le vrai blé et de le mettre à l'abri. Celui qui a assez à faire auprès de ses frères dans la foi n'a pas à s'inquiéter du reste du monde.[76] Mme Russell prend Jésus pour exemple. Il a laissé de côté les Gentils pour moissonner l'Église juive, alors même que Juifs et Gentils mouraient chaque jour.[77] Crompton décrit cette idée avec la parabole du filet. Quand le filet est tiré sur le rivage, on ne pêche plus au large, on trie les poissons.[78] L'article sur le dimanche dit la même chose autrement : l'âge présent sert à préparer l'Épouse du Christ, pour que le monde croie dans l'âge suivant.[79]

Le monde n'est pas abandonné pour autant. Au « temps fixé », tous viendront à la connaissance de la vérité. Morts en Adam, ils seront rendus à la vie grâce à la rançon et pourront échapper à la seconde mort en obéissant à la loi écrite dans leur cœur, selon Jérémie 31:33.[80] Sous le règne du Christ, cette obéissance sera « facile et naturelle ».[81] Keith ajoute que chacun recevra cent ans pour développer pleinement sa nature humaine, d'après Ésaïe 65.[82] Le verset sur l'enfant qui mourra à cent ans (Ésaïe 65:20) divise les biblistes. Les uns y voient un Millénium où la mort frappe encore le pécheur, d'autres, comme G. K. Beale, la nouvelle création éternelle.[83] Keith en fait un délai d'épreuve accordé à chaque homme. Storrs enseignait déjà que ceux qui étaient morts dans l'ignorance reviendraient à la vie pour recevoir une seconde occasion d'accepter la rançon.[84]

Le royaume à venir et le refus des réformes du monde

Pour A, le royaume de Dieu n'est pas encore venu. Les royaumes de la terre ne deviennent ceux du Seigneur qu'à la fin de la septième trompette, après la colère des nations, selon Apocalypse 11:18.[85] B objecte la fin du Notre Père, « à toi est le règne ». A répond que cette phrase a été ajoutée sous la domination de la papauté et que la nouvelle révision l'omet à juste titre.[86] La critique du texte grec sert ici à écarter une objection à la doctrine. Tous les gouvernements de la terre sont jugés égoïstes et « bestiaux », et le Diable en est le prince, selon Éphésiens 2:2.[87] Le droit divin des rois est rejeté, et avec lui les Églises d'État protestantes qui reconnaissent aux familles régnantes un titre venu de Dieu.[88] Paton attribuait encore en 1880 les progrès des nations chrétiennes à la présence de la vraie Église en leur sein.[89]

L'article « Consécration à une œuvre » applique cette séparation à la vie des croyants. Se consacrer à la tempérance, à son métier, à sa famille ou à son Église est bon en soi, mais ce n'est pas la consécration d'un disciple. Le croyant se consacre à la volonté de Dieu seule.[90] « Vue depuis la Tour » ajoute que l'onction de l'esprit ne sert qu'à prêcher, d'après Ésaïe 61:1.[91] En octobre 1880, la revue comptait encore la réforme de la tempérance parmi les façons légitimes de faire du bien à l'humanité, tout en donnant la priorité à l'Église.[92] Paton saluait en 1880 le mouvement pour la tempérance né en 1874.[93] Le refus de 1882 vise un mouvement en pleine croissance. L'Union chrétienne des femmes pour la tempérance, fondée à Cleveland en novembre 1874, est présidée depuis 1879 par Frances Willard, qui y ajoute le droit de vote des femmes et la réforme des prisons.[94] Schulz et De Vienne voient dans ces textes l'effort de Russell pour ramener ses lecteurs, attirés par ces questions sociales, vers la seule prédication.[95]

Le poème « Temps périlleux » relie les troubles politiques du temps à la présence du Christ. Les royaumes vacillent devant la « Commune », et l'ivraie, « type de tous les chrétiens de nom », est rassemblée pour le feu.[96] En 1877, Trois Mondes voyait déjà dans la Commune internationale et les organisations ouvrières la bête qui « va à la perdition ».[97]

La mort du croyant comme consolation

Un lecteur du Kansas, prédicateur de la Conférence du Minnesota des chrétiens adventistes, a toujours redouté la mort. Après le numéro de décembre 1881, il souhaite mourir pour être avec le Christ, « si les conclusions de l'article sont justes ».[98] Ce numéro de décembre appliquait « Heureux les morts qui meurent dans le Seigneur, dès maintenant » (Apocalypse 14:13) aux membres vivants de l'Église. À partir de 1881, ceux qui meurent ne « dorment » plus, ils sont changés en un instant.[99] En 1880, Paton présentait encore la mort comme une ennemie, et les morts comme endormis en Jésus jusqu'à la résurrection.[100] Le réconfort du lecteur dépend donc d'une date : il ne vaut que pour ceux qui meurent depuis 1881. Comme les autres adventistes héritiers de Storrs, ce lecteur ne croit pas que l'âme survive à la mort.[101] Un article de A. D. Jones, du Day Star, sur le même verset et en accord avec les deux numéros précédents, est annoncé pour le numéro suivant.[102]


Organisation et histoire

Une doctrine relue avant d'être imprimée

Tout article destiné à la revue passe par une relecture, y compris ceux du rédacteur. Chaque texte est soumis à « un ou plusieurs de ceux qui marchent dans la lumière ».[103] Une interprétation nouvelle ne paraît qu'avec « l'accord d'au moins deux des personnes les mieux informées et les plus familières des Écritures ».[104] Sans cet accord, le texte attend qu'on le juge vrai, et il est alors publié, ou faux, et il est alors détruit.[105] La même règle vaut pour les auteurs extérieurs, et beaucoup d'articles écrits pour la revue ne paraissent jamais.[106] Schulz et de Vienne voient dans ce passage la plus ancienne déclaration de Russell sur la relecture de ses articles par d'autres lecteurs.[107] Ils notent que Russell garde malgré tout la décision finale.[108]

Cette règle change la manière de traiter les désaccords. En juillet 1879, le rédacteur déclarait ne pas répondre de toutes les opinions de ses correspondants, ni approuver chaque phrase des articles repris d'autres périodiques.[109] En mars 1881, il corrigeait encore après coup, et sous les yeux des lecteurs, les articles d'A. D. Jones sur le changement des saints.[110] Au début de 1882, le désaccord se règle avant l'impression : un texte que les relecteurs n'approuvent pas reste hors de la revue.[111] Raymond Franz rappelle que la revue est la publication personnelle de Russell, qui en décide seul le contenu.[112] Les dons destinés à la Société de traités sont d'ailleurs adressés à son nom, à Pittsburgh.[113]

Plusieurs personnes écrivent pourtant encore autour de Russell. L'exposé sur les trois manières d'être fils de Dieu porte la signature de B. W. Keith.[114] Depuis décembre 1881, la liste des « collaborateurs réguliers » a disparu de la première page, et le nom des auteurs figure désormais avec leurs articles.[115] Keith, colporteur de Dansville, était déjà un associé de Barbour, et c'est lui qui avait signalé le sens de « présence » donné au mot grec parousia dans l'Emphatic Diaglott.[116] La lettre de l'épouse d'un pasteur méthodiste est confiée à Mme Russell, qui y répond elle-même.[117] Schulz et de Vienne relèvent que l'idée que les chrétiens consacrés doivent prêcher se retrouve dans tout le numéro, jusque dans cette réponse de Maria Russell.[118] Ils comptent Maria Russell parmi les relecteurs des articles, sans pouvoir dater le moment où elle a rejoint ce cercle.[119] La revue parle aussi de ses « enseignants », qui n'auraient jamais vu la vérité aussi clairement.[120]

La relecture sert à appuyer une revendication. Les enseignements des trois dernières années sont présentés comme « liés, progressifs et harmonieux ».[121] Ces trois années remontent au lancement de la revue, en juillet 1879, quelques semaines après le départ de Russell du Herald of the Morning de Barbour à cause de leur désaccord sur la rançon.[122] En décembre 1881, la rédaction découpait pourtant sa propre prédication depuis 1874 en étapes successives : jusqu'en 1878, la restitution en était le thème dominant.[123] Le mot « progressifs » permet de compter ces changements comme des progrès d'une même lumière.[124] Ceux que les refus de textes choquent prouvent, selon la revue, que leur nature humaine n'est pas encore crucifiée.[125] L'auteur dont l'article a été renvoyé et qui a répondu par Psaumes 119:165 sert d'exemple de la bonne attitude.[126] Contester le tri devient ainsi le signe d'un défaut spirituel chez celui dont le texte est écarté.[127]

Un réseau adventiste qui s'ouvre aux Églises établies

La revue reste liée à d'autres périodiques du même milieu. Un article d'A. D. Jones tiré du Day Star est reporté au numéro suivant, une erreur de ce périodique est corrigée, et le Day Star a été envoyé à environ sept mille noms de la liste des abonnés.[128] Jones, collaborateur de la revue depuis 1879, s'était installé à New York à l'automne 1881 pour préparer le premier numéro de son propre journal.[129] Selon Schulz et de Vienne, seuls le Herald of the Morning, La Tour de Garde et le Day Star envoyaient gratuitement leur journal aux lecteurs pauvres qui en faisaient la demande.[130] Un lecteur du Kansas cite aussi l'exposé de W. I. Mann sur la « semaine de la création », paru en décembre 1881.[131]

L'explication du nombre 666 vient d'un autre point de ce réseau. Elle est due à l'un des « frères réfléchis » de Lynn, dans le Massachusetts, où Russell avait parlé un peu plus d'un an auparavant à un « petit groupe sans nom « de cette voie » ».[132] Schulz et de Vienne situent à Lynn, Chelsea et Beverly les petits groupes que Russell visitait dans cette région, parmi lesquels un cordonnier nommé Amos Hunt.[133] Ils décrivent ces réunions comme longues, faites de discours et d'échanges de questions.[134] Une interprétation de l'Apocalypse publiée par la revue naît donc d'une suggestion faite par un lecteur d'un de ces groupes.[135]

Le courrier montre d'où viennent les nouveaux lecteurs. Le lecteur du Kansas se présente comme prédicateur de la Conférence du Minnesota des chrétiens adventistes et partisan de l'âge à venir.[136] Bernard Blandre montre que les Étudiants de la Bible se sont séparés de l'adventisme peu à peu, et presque aussitôt seulement de la branche des chrétiens adventistes.[137] L'Advent Christian Times, journal de cette branche, mettait ses lecteurs en garde contre Barbour, Russell et Paton.[138] Un prédicateur de cette même branche lit pourtant la revue et y trouve « le chaînon manquant ».[139] En février 1881, Russell écrivait que beaucoup de ceux qui l'entouraient en 1871 étaient des adventistes du second avènement.[140] Schulz et de Vienne jugent au contraire que la plupart des lecteurs de la revue venaient de courants voisins de l'adventisme, et non de l'adventisme lui-même.[141]

Les autres lettres viennent de membres d'Églises établies. Un lecteur de l'Ontario veut rompre avec son Église, un étudiant en théologie d'Édimbourg demande quarante exemplaires de la brochure, et un lecteur de Mixerville trouve désormais terne l'enseignement de son Église.[142] La demande d'Édimbourg suit la distribution de Nourriture pour chrétiens réfléchis en Grande-Bretagne par Sunderlin et Bender, à l'automne 1881.[143] Robert Crompton souligne que le mouvement n'était alors que lâchement organisé et que beaucoup de ses partisans restaient membres de leur Église.[144]

Quitter les Églises, refuser l'action sociale

Mme Russell répond sans détour à l'épouse du pasteur méthodiste. Aucun réveil n'est à attendre de l'Église nominale, et il est inutile d'y rester pour soutenir une organisation « vouée à la destruction ».[145] Elle reconnaît le prix de ce départ : l'épouse d'un pasteur peut perdre ses moyens d'existence.[146] Elle cite un pasteur de sa ville à qui sa congrégation a interdit de prêcher ce qu'il croyait.[147] Le lecteur de l'Ontario estime lui aussi qu'assister au culte reviendrait à consentir à un enseignement qu'il ne croit plus.[148] James Penton écrit que Russell, à la suite de Storrs, voyait dans les Églises de la chrétienté la Babylone de l'Apocalypse. Selon lui, les vrais chrétiens devaient les quitter, surtout après 1881, mais leur rassemblement restait libre et volontaire.[149]

La même règle écarte l'engagement social. Beaucoup de choses passent pour une consécration entière alors qu'elles visent une tâche choisie : le métier, la famille, la tempérance, une Église, une école du dimanche, le soin des pauvres et des malades.[150] Faire du bien au monde, « par exemple en prêchant la tempérance », n'est pas la mission des croyants, qui doivent seulement prêcher la Parole.[151] Schulz et de Vienne notent que les lecteurs de la revue s'intéressaient eux aussi aux questions sociales, et que Russell cherchait à les ramener à la prédication.[152] L'Union chrétienne des femmes pour la tempérance avait été fondée à Cleveland en novembre 1874.[153] Frances Willard la présidait depuis 1879, avec la devise « tout faire » : pour elle, toutes les réformes étaient liées.[154] La frontière passe parmi les collaborateurs eux-mêmes. Un frère Boyer, l'un des deux nouveaux prédicateurs, avait milité pour la tempérance dans la région de Pittsburgh.[155] Keith, l'auteur de l'exposé sur le Fils de Dieu, était au début des années 1880 membre du Parti de la Prohibition, et sa femme appartenait à l'Union chrétienne des femmes pour la tempérance.[156] Le sociologue Andrew Holden décrit les Témoins de Jéhovah comme un mouvement qui se dit, depuis ses débuts, « dans le monde, mais pas du monde ».[157]

À la place du culte des Églises quittées, la revue propose l'étude biblique en petit groupe. Chacun apporte sa Bible, du papier, un crayon, une concordance, l'Emphatic Diaglott et des versions anciennes et nouvelles du Nouveau Testament.[158] Ce modèle s'oppose aux réunions de témoignages des partisans de la « vie supérieure », où l'on lit un seul verset avant de refermer la Bible.[159] Ce courant évangélique tire son nom du livre de William Boardman, The Higher Christian Life (1858), et tient depuis 1875 à Keswick, en Angleterre, des conventions d'étude, de discours et de prière.[160] Selon l'historien Nathan O. Hatch, les mouvements protestants populaires américains du XIXe siècle refusaient déjà l'idée qu'il faille un clergé instruit pour lire la Bible.[161] En 1881, la revue décrivait déjà l'Église comme une communauté unie par l'amour et non par une administration terrestre.[162] En avril 1881, Russell invitait les lecteurs isolés à organiser une réunion chez eux, même en famille.[163] En 1882, le rythme est précisé : une étude le dimanche et une autre un soir de semaine.[164]

L'argent, les tirages et les prédicateurs

La Société de traités de Zion's Watch Tower a été fondée le 16 février 1881.[165] William Henry Conley en était le président et Russell le secrétaire-trésorier.[166] Son premier bilan donne 35 391,18 dollars de recettes et 35 336,18 dollars de dépenses, soit 55 dollars en caisse et environ 400 dollars de factures à venir.[167] Les dons, d'un dollar à plusieurs milliers, sont dits spontanés, et la Société affirme ne jamais en solliciter.[168] Les donateurs de plus de cent dollars reçoivent un rapport particulier, et les livres de comptes sont ouverts à tout donateur.[169] Un frère garantit les dettes jusqu'à mille dollars au-delà des recettes.[170] Le blog History and stuff donne, pour la campagne de Nourriture pour chrétiens réfléchis de la seconde moitié de 1881, 1 400 000 exemplaires et 42 000 dollars de dépenses. L'écart avec le bilan publié n'est pas expliqué.[171]

Cet argent paie des tirages en hausse. Le premier numéro de juillet 1879 avait été tiré à 6 000 exemplaires.[172] Les numéros de novembre et décembre 1881, tirés au même chiffre, sont épuisés, et le présent numéro est tiré à 10 000 exemplaires.[173] L'annuaire de presse Ayer de 1882 attribue à la revue une diffusion de 4 800 exemplaires.[174] En décembre 1881, la revue avait annoncé qu'elle rayerait les abonnés qui ne s'étaient pas manifestés depuis dix-huit mois.[175] En février 1882, faute de temps, la liste n'est pas encore corrigée, et le numéro part aussi chez des abonnés qui avaient demandé l'arrêt.[176] Le retard du numéro vient d'un blocage des chemins de fer qui a immobilisé une partie du papier.[177]

Chaque lecteur reçoit des consignes de diffusion. Il doit garder sur lui trois ou quatre tracts, comme des « charges de munitions ».[178] Il vaut mieux prêter les tracts que les donner, en tenant une liste des emprunteurs.[179] Dans les grandes villes, Nourriture pour chrétiens réfléchis avait été distribué gratuitement à la porte des églises pendant trois dimanches de suite, par des porteurs payés.[180] Le lecteur d'Austintown a remis lui-même la plupart de ses exemplaires à des personnes capables d'en apprécier l'enseignement.[181] En avril 1881, l'appel à « 1 000 prédicateurs » visait les hommes et les femmes sans charge de famille.[182] En 1882, ceux qui ont une famille reçoivent aussi un rôle : un seul talent bien employé montre autant de dévouement que dix.[183] Penton souligne que Russell était le seul à avoir l'énergie, les capacités et l'argent nécessaires pour développer le mouvement, et qu'il gardait la main sur la littérature et sur ceux qui la diffusaient.[184]

Le fonds sert enfin à envoyer des hommes sur le terrain. Les frères Boyer et Leigh se préparent à prêcher et travaillent, avec deux autres personnes, à classer les enseignements bibliques pour mieux les présenter.[185] Si les dons augmentent, une partie servira à envoyer d'autres ouvriers.[186] En décembre 1879, la revue annonçait seulement que le rédacteur et presque tous ses collaborateurs prêchaient là où on les appelait, et qu'il suffisait d'écrire au bureau pour les inviter.[187] Au début de 1882, la demande existe : le lecteur de Mixerville demande si un prédicateur pourrait venir chez lui.[188] Les dons des lecteurs paient désormais directement des tracts et des prédicateurs.[189]


Contenu

Vue depuis la Tour

Le courrier reçu de tous les pays a fortement augmenté pendant les trois semaines précédentes, de nombreux lecteurs s'inquiétant du numéro de janvier. Le retard est attribué à un blocage des chemins de fer : une partie du papier destiné au supplément est restée immobilisée, et la revue n'a pu être terminée faute d'un papier assorti.[190] Le supplément est plus volumineux que prévu.[191]

L'intérêt des lecteurs, anciens et nouveaux, est décrit comme croissant. Deux nouveaux prédicateurs, les frères Boyer et Leigh, se préparent au travail sur le terrain. Avec deux autres personnes, ils s'efforcent de rassembler et d'ordonner les enseignements bibliques pour mieux les présenter.[192]

La prédication de la « bonne nouvelle » est présentée comme un privilège. Sa « rémunération » consiste en épreuves de foi, de patience et de persévérance, en privations, en indulgence, en pardon et en sacrifice de soi, avec du pain et de l'eau, parfois davantage. Elle comprend aussi cent fois plus de maisons, de terres, de frères et de sœurs que ce qu'on a quitté, et, dans l'âge à venir, la vie éternelle et la gloire.[193] Les pasteurs qui reçoivent un « appel » rémunéré de 2 000 à 10 000 dollars trouveraient cette offre bien pauvre. Elle est pourtant la même que celle de Jésus, de Pierre et de Paul, qui la nommaient « haute vocation » ou « vocation céleste ».[194] Les lecteurs sont invités à se réjouir d'être jugés dignes de subir l'opprobre pour le Christ, selon 1 Pierre 5:10 et 1 Pierre 4:14.[195]

Ceux qui ont des charges de famille et ne peuvent partir en mission reçoivent un conseil : un seul talent, ou une seule occasion, employé de son mieux, montre autant le degré de sacrifice que dix. Ils peuvent étudier la meilleure façon de présenter ces sujets en privé à leurs voisins et amis chrétiens, organiser chez eux une étude biblique le dimanche et un soir de semaine, ou rendre visite à des chrétiens consacrés en leur remettant un tract avec quelques mots d'explication. Il est recommandé d'avoir toujours trois ou quatre tracts en poche, comme des « charges de munitions ».[196]

Ce sont la crainte de Dieu et non l'incrédulité qui retiennent ces chrétiens hors de la lumière, selon Ésaïe 29:13. L'amour est présenté comme le levier qui touchera les cœurs à l'âge du Millénium, quand les hommes verront l'amour de Dieu dans le choix du « petit troupeau » destiné à les bénir. Ce même levier doit pousser aujourd'hui les croyants à courir avec ardeur la course céleste, avec 2 Corinthiens 5:14 et 2 Pierre 1:11.[197]

Œuvrer au bien du monde, par exemple en prêchant la tempérance, n'est pas la mission actuelle des croyants. Leur consigne est de « prêcher la Parole » et de nourrir le troupeau. L'onction de l'esprit n'est pas destinée à autre chose qu'à la prédication, par l'action ou la parole, d'après Ésaïe 61:1. Le message répandu dans les Églises annonce un malheur éternel à plus de neuf dixièmes de l'humanité, ce qui rend plus urgent de faire connaître la « bonne nouvelle ».[198]

Lettres de lecteurs

Une lettre d'Austintown (Ohio), datée du 16 janvier 1882, dit avoir distribué la plus grande partie des exemplaires de Nourriture pour chrétiens réfléchis à des personnes capables d'apprécier cet enseignement. Elle demande aussi quelques exemplaires de Le Tabernacle et ses enseignements.[199]

Un lecteur de Mixerville (Indiana) écrit que la brochure lui a apporté une grande lumière sur le plan de la rédemption, qu'il l'a « dévorée » et que l'enseignement chrétien courant lui paraît désormais terne. Il demande d'autres exemplaires pour cinq amis et s'enquiert de la venue possible d'un prédicateur.[200]

Un lecteur du Kansas, qui signe du 10 décembre 1881, a tiré un grand réconfort du numéro de décembre. Il cite l'article « Les bienheureux qui meurent » et celui de W. I. Mann sur la « semaine de la création ». Il écrit avoir toujours redouté la mort, mais souhaiter désormais mourir pour être avec le Christ si les conclusions de l'article sont justes. Ce lecteur se dit prédicateur de la Conférence du Minnesota des chrétiens adventistes et partisan de l'âge à venir. Selon lui, le numéro de septembre de la revue lui a fourni le chaînon manquant.[201]

Un lecteur d'Ontario trouve le plan de Dieu « sublime ». Il souscrit un abonnement et joint un dollar, dont 25 cents correspondent au prix d'une place de théâtre qu'il aurait dépensée avant d'avoir reçu la « lumière ». Il demande aussi conseil sur la rupture de ses liens avec l'Église dont il est membre, car il estime qu'y assister reviendrait à consentir à un enseignement qu'il ne croit plus.[202]

Un missionnaire étudiant en théologie d'Édimbourg, en dernière année de cours, souhaite prêcher sur ces thèmes et demande quarante exemplaires de la brochure, ainsi que des exemplaires du Tabernacle.[203]

Le tri de la vérité dans la Tour

La revue se déclare la propriété du Seigneur et de tous ses enfants, conduite dans le seul but de la gloire de Dieu. Elle annonce qu'elle ne discute pas les questions mais expose ce qu'elle croit vrai, et qu'elle définit la vérité comme « l'harmonie de la Parole de Dieu ». Sa devise : la vérité, toute la vérité et rien que la vérité, sans compromis avec l'erreur pour doubler la diffusion.[204]

Plutôt que de disséquer les formes de l'erreur, la revue estime mieux armer ses lecteurs en leur exposant l'harmonie de la Parole de Dieu. La Bible est dite la seule norme pour juger de la vérité ou de la fausseté d'un sujet.[205]

La méthode de vérification est exposée. Le rédacteur éprouve ses propres articles par la Bible, mais chaque article est aussi soumis à la critique d'un ou de plusieurs de ceux qui « marchent dans la lumière ». Un point d'interprétation nouveau doit avoir l'accord d'au moins deux des personnes les mieux informées sur les Écritures avant de paraître. À défaut, il est mis de côté jusqu'à ce qu'il soit reconnu vrai et publié, ou reconnu faux et détruit.[206] La même règle s'applique aux textes d'autres auteurs, de sorte que de nombreux articles écrits pour la revue n'y paraissent jamais. Ceux qui s'en offusquent prouvent, selon la revue, que leur nature humaine n'est pas encore crucifiée.[207]

La revue affirme que son orientation et ses enseignements des trois dernières années ont été « liés, progressifs et harmonieux », et que ses enseignants n'ont jamais vu la vérité avec autant de clarté.[208] Un auteur à qui un article a été renvoyé pour révision a répondu en citant Psaumes 119:165 : « Grande paix pour ceux qui aiment ta loi, et rien ne les fait broncher ».[209]

Les lecteurs sont invités à appliquer la même règle : n'enseigner, ne prêter et ne donner aucun livre, journal ou tract, quel qu'en soit l'éditeur, sans l'avoir examiné et être sûr qu'il glorifierait Dieu.[210]

Anciens numéros

Les numéros de novembre et décembre 1881 sont épuisés, à raison de 6 000 exemplaires chacun, tirage jugé alors suffisant. Ils seront réimprimés pour les nouveaux lecteurs, sur demande par carte postale.[211] Le présent numéro est tiré à 10 000 exemplaires. Il est envoyé à des abonnés dont l'étiquette demandait l'arrêt, faute de temps pour corriger la liste, et à d'autres à cause du supplément.[212]

Des tracts et des numéros de septembre sont disponibles gratuitement pour une distribution à des chrétiens réfléchis, avec quelques mots personnels. Il est jugé préférable de prêter plutôt que de donner, en tenant une liste des emprunteurs.[213]

Supplément

Le supplément joint au numéro est Le Tabernacle et ses enseignements. Au dos de la brochure figure Nourriture pour chrétiens réfléchis.[214]

La Société de traités de Z. W. T.

La Société de traités, fondée moins d'un an plus tôt, publie un bilan à l'ouverture de 1882. Elle n'a lancé aucun appel de fonds. Les dons, de un dollar à plusieurs milliers, sont des offrandes volontaires. Les recettes totalisent 35 391,18 dollars, les dépenses d'impression et autres 35 336,18 dollars, d'où un solde de 55 dollars en caisse et environ 400 dollars de factures à venir.[215] Les donateurs de plus de cent dollars ont reçu un rapport particulier, et les livres sont ouverts à tout donateur.[216]

Les dépenses dépassent généralement les recettes. Un frère déjà généreux garantit les dettes jusqu'à mille dollars au-delà des recettes. Il est affirmé comme principe de ne pas laisser « rouiller l'argent du Seigneur ». Si le fonds augmente, une partie servira à envoyer d'autres ouvriers. La société déclare ne jamais solliciter de dons, et les envois doivent être adressés à C. T. Russell, à Pittsburgh.[217]

Brèves

Un article de A. D. Jones, du Day Star, sur « Les bienheureux qui meurt », en accord avec les vues des deux derniers numéros, est reporté au numéro suivant.[218] Une erreur du numéro de décembre du Day Star est corrigée : il fallait lire « six » et non « soixante » ans à propos du partage du pays. Des exemplaires du Day Star ont été envoyés à environ sept mille noms de la liste d'abonnés.[219]

Alexandre et le failli

Selon une anecdote, un officier du tsar de Russie, accablé de dettes impayables, écrivit au bas de ses factures « Qui paiera tout cela ? » avant de s'endormir. Le tsar, de passage, répondit « Moi, Alexandre » et effaça ainsi toutes ses obligations. L'anecdote illustre la situation du pécheur : à la question « Qui paiera ? », la réponse est que « Jésus a tout payé », d'après la phrase « Il a été blessé pour nos transgressions et c'est par ses meurtrissures que nous sommes guéris ».[220]

Temps périlleux

Un poème tiré d'une autre publication décrit des temps périlleux : dangers sur terre et sur mer, dans les Églises comme dans l'État, corruption dans les lieux de pouvoir, présidents, princes et rois « consternés ». Il y voit l'accomplissement de la prophétie annonçant que « les séducteurs iront de mal en pis ». Il se demande si ces événements sont le signe de la présence du Christ.[221]

Le poème annonce la chute du « fils de perdition », le « dieu de ce monde », le rassemblement des ivraies pour le feu — « type de tous les chrétiens de nom » — et le fait que « Jésus est venu », oint de Jéhovah, qui prend le trône et le gouvernement. Les « Jéricho » tremblent et les royaumes vacillent devant la « Commune ». Les croyants, tels des Davids, sont appelés à abattre « les géants de Gath » avec les pierres de la foi.[222]

Jésus rendu parfait

Le texte de départ est Hébreux 5:9 : bien que Fils, Jésus a appris l'obéissance par ce qu'il a souffert et, rendu parfait, il est devenu l'auteur d'un salut éternel pour ceux qui lui obéissent.[223]

La connaissance du mal comme du bien est présentée comme indispensable pour accepter le bien de bon cœur et rejeter le mal en toute circonstance. Jéhovah la donne à toute créature intelligente, au ciel et sur la terre. Les humains l'acquièrent par le contact avec le péché et ses conséquences, la misère et la mort. Les anges et les archanges l'acquièrent en observant l'expérience humaine, si bien que l'humanité, et l'Église en particulier, est un « spectacle pour les anges », d'après 1 Corinthiens 4:9.[224]

Avant sa vie d'homme, celui qu'on a appelé Jésus était « le commencement de la création de Dieu », agent et « serviteur juste » de Jéhovah dans la création de tout ce qui a été créé ensuite. Parfait comme toutes les créatures de Jéhovah, il ne connaissait que le bien, sans avoir éprouvé le mal ni vu ses effets. Après la création des anges et des archanges, il a assisté à l'apostasie et à la révolte de Satan et de ses armées, puis à la mise en place d'un royaume spirituel rival.[225]

Quand Satan promet la liberté à ceux qui rejoignent son royaume, la sentence « le salaire du péché, c'est la mort » n'est pas exécutée tout de suite. Aucune preuve de la puissance de Jéhovah pour la faire appliquer n'est donnée, et la destruction annoncée de Satan n'est toujours pas accomplie. Pendant des siècles, Satan paraît triompher et entraîne les créatures de la terre dans le péché et la mort. Cette situation est décrite comme une épreuve de foi : les fidèles doivent marcher pendant des milliers d'années en comptant sur la puissance de Jéhovah pour détruire les méchants et récompenser les obéissants.[226]

Jésus, lui aussi, aurait marché par la foi et non par la vue. Il avait vu la création et la conservation de toutes choses et il connaissait la bonté de Jéhovah. Cette confiance l'a conduit à tout lui remettre, y compris sa vie : « Même s'il me tue, je me confierai en lui ». Pour racheter l'humanité, il échange son corps glorieux et ses honneurs célestes contre la nature humaine et accepte la mort sur la croix. Il le fait par la foi, sans avoir jamais vu quelqu'un ramené de la mort, en se fiant à la promesse de Dieu de le rétablir dans une forme de vie supérieure.[227]

Devenu homme, Jésus subit les tentations de Satan, dont le texte donne une paraphrase développée. Satan lui fait valoir qu'il était autrefois supérieur à lui, alors qu'il est maintenant « inférieur aux anges ». Selon lui, Jéhovah n'a jamais libéré personne de la mort et n'a pas détruit Satan comme il l'avait annoncé. Il lui conseille de garder sa vie plutôt que de la gaspiller pour une race perdue, et de changer les pierres en pain (Matthieu 4:3). Jésus répond que l'homme ne vit pas de pain seulement. Satan l'invite ensuite à se jeter du haut du temple pour éprouver la promesse de Dieu. Jésus répond qu'on ne doit pas tenter le Seigneur. Satan se présente enfin comme le « prince de ce monde » (Jean 14:30) et propose à Jésus de gouverner tous les royaumes en son nom, sans souffrance, pour bénir l'humanité tout de suite. Jésus refuse : il ne rendra hommage qu'à Jéhovah.[228]

La foi de Jésus, fondée sur sa connaissance du caractère de Jéhovah, l'emporte. Adam est tombé faute de cette connaissance, alors que Jésus est resté le serviteur juste et peut ainsi justifier beaucoup d'hommes. Par la foi il s'est consacré, a résisté à toutes les tentations et a supporté le sacrifice jusqu'à la mort. Pour récompense, il a été rendu parfait comme être divin, « premier-né » de la famille divine. Il est désormais l'auteur d'un salut éternel pour ceux qui lui obéissent, et le « chef et consommateur de la foi » (Hébreux 12:2). Philippiens 2:8-11 est cité à l'appui : Dieu l'a « souverainement élevé » à la gloire, à l'immortalité, à la divinité. Les disciples suivent le même chemin : c'est leur nouvelle nature qui est rendue parfaite par les souffrances, tandis que « l'homme extérieur » dépérit. À la résurrection, ils seront « ressuscités spirituels », semblables au corps glorieux du Christ.[229]

Le sabbat juif

Le chiffre sept est lié à tous les plans de Dieu, qui destine ses œuvres à la perfection. En choisissant Israël comme peuple typique, Dieu lui donne plusieurs sabbats, qui préfigurent un repos futur. Le septième jour et le cycle de sept fois sept jours, soit quarante-neuf, mènent au cinquantième jour, celui de la Pentecôte. Le septième an, où la terre se repose, et le cycle de sept fois sept ans mènent de même à l'année du jubilé, la cinquantième.[230]

Les Israélites accomplissaient ces rites sans en discerner le sens. Les types doivent cesser quand l'antitype arrive. Tous les sabbats de la Loi ont pris fin à la mort de Jésus, qui a « cloué la Loi à sa croix » (Colossiens 2:14). Aucun n'avait été commandé avant le don de la Loi au Sinaï (Deutéronome 5:3-23). Les sabbats d'années ont cessé les premiers, à la captivité de Babylone. Là commence le grand cycle de cinquante fois cinquante ans, qui mène au jubilé antitypique, le millénium, « temps du rétablissement de toutes choses ». Ce cycle conduit 1874 ans après le début de l'ère chrétienne et indique le moment où le rétablissement doit commencer, d'abord par la destruction des erreurs et des mauvais gouvernements.[231]

Les sabbats hebdomadaires ont duré jusqu'à la croix. Pour prouver que le type a pris fin, il faut trouver l'antitype. Israël devait compter à partir du lendemain du sabbat de la Pâque. Jésus est ressuscité ce lendemain-là, et cinquante jours plus tard vient la Pentecôte. Jésus reste quarante de ces jours avec ses disciples, puis ils attendent, comme il l'a ordonné, l'effusion du Saint-Esprit. Ce sceau de l'Esprit, preuve que le Père les accepte, leur donne le repos de la foi, dont le septième jour n'était qu'un type imparfait. Ce repos couvre tous les jours et non un seul.[232]

Auparavant, les disciples, comme Juifs, observaient scrupuleusement le sabbat mais restaient dans l'inquiétude. Ils ne pouvaient pas respecter tous les autres commandements, et manquer à un seul point faisait de quelqu'un un transgresseur de la Loi. Seul Jésus l'a gardée. Il invite donc tous ceux qui sont « fatigués et chargés » : « Venez à moi, et je vous donnerai du repos » (Matthieu 11:28). Lui-même a observé le type jusqu'à ce qu'il soit « accompli » sur la croix. Après sa résurrection, il leur a dit d'attendre le Consolateur. Ce repos est depuis le privilège de tout enfant de Dieu : « Nous qui avons cru, nous entrons dans le repos » (Hébreux 4:3).[233]

Nul n'entre pleinement dans ce repos s'il ne reconnaît le Christ comme « la fin de la Loi » (Romains 10:4). Pour ces croyants, l'amour est l'accomplissement de la Loi (Romains 13:10). L'amour de Dieu produit un esprit d'obéissance, jusqu'à la crucifixion de la chair. Le chrétien peut se reposer le septième jour, le premier ou n'importe quel autre sans être blâmable. Celui qui observe ces jours pour pratiquer la loi donnée à Israël (Galates 5:4), jamais donnée aux nations ni aux chrétiens, n'apprécie pas pleinement l'œuvre achevée du Christ. Il travaille au lieu de se reposer, puisque « celui qui est entré dans son repos se repose de ses œuvres, comme Dieu des siennes » (Hébreux 4:10). Les chrétiens, fils sous la « loi de l'esprit de vie en Christ », c'est-à-dire l'amour, jouissent du vrai repos antitypique que le Christ donne à la maison des fils, et non du type réservé à la maison des serviteurs. Dieu se repose depuis la création de l'homme et a remis tout jugement au Fils. Il reste « un repos pour le peuple de Dieu » quand tous les bienfaits promis seront reçus, mais dès maintenant les croyants en goûtent les arrhes.[234]

Le dimanche

L'usage général de consacrer un jour de la semaine au repos est approuvé. Le premier jour est jugé particulièrement approprié : c'est le jour de la résurrection de Jésus et celui où le Saint-Esprit est descendu sur l'Église dans la chambre haute, à la Pentecôte. Que ce jour s'appelle « dimanche », « premier jour », « jour du sabbat » ou « jour du Seigneur » importe peu, mais la dernière appellation a la préférence. Il est déconseillé de l'appeler sabbat, pour deux raisons. Dieu a donné ce nom au septième jour pour Israël selon la chair, ce qui risque de faire confondre la loi des serviteurs avec la liberté des fils de Dieu. De plus, la plupart des chrétiens travaillent plus que jamais ce premier jour, qui ne peut donc être appelé jour de repos.[235]

Même parmi les chrétiens réfléchis, le « jour du Seigneur » et ses privilèges sont mal compris. Pour la plupart, l'observer revient à appliquer le quatrième commandement, alors que celui-ci vise le septième jour et non le premier. Le clergé est jugé largement responsable de cette ignorance, de cette superstition et de cette crainte de la loi, car beaucoup de ses membres craignent que ce jour, présenté comme un privilège et non comme une loi, ne soit violé. Cette crainte des hommes a placé les chrétiens sous la loi de Moïse au lieu de la loi du Christ, l'amour, et les a privés du repos. Il vaudrait mieux que les chrétiens se reposent pleinement dans le Christ et demeurent fermes dans la liberté (Galates 5:1), même si la prédication de cette vérité laissait le monde libre de négliger le « jour du Seigneur ». Cet âge est destiné à préparer le corps ou l'Épouse du Christ, afin que le monde croie pendant l'âge suivant.[236]

Fils de Dieu

Dieu est Père à plusieurs niveaux, mais sans mère à aucun. Comme Créateur des anges et des hommes, il est leur Père, et ils sont ses fils sur des plans différents. Les anges sont appelés fils de Dieu, d'après Job 1:6, Job 2:1 et Job 38:7. L'homme l'est aussi par création, comme Adam (Luc 3:38). Un sens supérieur désigne les fils immortels : ceux qui présentent leur corps en sacrifice vivant et souffrent avec le Christ deviennent participants de la nature divine, à l'image de la personne de Dieu (Hébreux 1:3), et leur corps d'humiliation sera transformé à l'image du corps glorieux du Christ (Philippiens 3:21).[237]

Le Fils de Dieu aurait été fils successivement dans ces trois sens. Il semble être apparu à Abraham sous l'aspect d'un homme, parmi les trois visiteurs (Genèse 18:1), avoir été avec les trois Hébreux dans la fournaise (Daniel 3:25) et avoir été vu par Daniel comme être spirituel (Daniel 10). Dans son état préexistant, il était « le commencement de la création de Dieu » (Apocalypse 3:14). Né d'une femme, il devient homme et fils de Dieu comme le premier Adam, ce qui ressort de Luc 1:35. Sur ce plan, il est le second fils et se donne en rançon pour le premier. La désobéissance et la mort du premier homme ont plongé toute la famille humaine dans la mort. L'obéissance du second jusqu'à la mort lui obtient la justification à la vie, la même vie que celle qui avait été perdue. Dieu a envoyé son Fils, déjà fils avant de venir, « dans une chair semblable à celle du péché » (Romains 8:3). Le sang de Jésus Christ, son Fils après sa venue, purifie de tout péché (1 Jean 1:7).[238]

Philippiens 2:5-11 est lu dans la nouvelle Révision, avec la marge du comité américain. Le passage affirme la préexistence de Jésus « en forme de Dieu », comme être spirituel, mais non égal à Dieu. Il y a eu un changement de condition, d'être spirituel à être humain. Jésus n'était immortel sous aucune de ces deux formes : immortel, il n'aurait pu devenir homme, ni mourir comme homme. Parce qu'il s'est humilié jusqu'à la mort de la croix, Dieu l'a élevé et lui a donné un nom, c'est-à-dire une position et une condition, supérieur à tout nom. Il ne pouvait pas le « ravir » lui-même : Dieu l'a ressuscité. Il est maintenant l'image exacte de la personne de son Père, assis à la droite de la majesté, devenu supérieur aux anges (Hébreux 1:3-4). Les trois plans de filiation seraient aussi présents dans Romains 1:3-4 : né de la descendance de David selon la chair, il a été déclaré Fils de Dieu avec puissance par la résurrection.[239]

Sur les deux derniers plans, il y a eu conception et naissance. Marie est trouvée enceinte du Saint-Esprit, puissance de Dieu (Matthieu 1:18-21, Luc 1:35). À trente ans, Jésus conclut une alliance de mort, exprimée par le baptême, et le Saint-Esprit vient sur lui. Par cet Esprit il s'offre lui-même, sa nature et son corps humains, sans tache (Hébreux 9:14). Cette offrande devient le germe d'une nouvelle nature : mis à mort dans la chair, il est rendu vivant par l'Esprit (1 Pierre 3:18) et devient un « esprit vivifiant » (1 Corinthiens 15:45). L'homme parfait avait été couronné de gloire et d'honneur (Hébreux 2:7) et les avait perdus. Jésus est couronné de gloire pour goûter la mort pour tous (Hébreux 2:9), ce qui montre qu'il n'a pas pris notre nature déchue. Le texte demande si c'est le Fils unique sur le plan spirituel qui est mort, et répond que c'est sur le plan terrestre. L'homme Christ s'est donné en rançon pour tous (1 Timothée 2:5-6). Parce qu'il a donné sa nature humaine, le Père lui a donné la nature divine ; parce qu'il a donné son corps terrestre, Dieu lui a donné un corps spirituel (1 Corinthiens 15:38).[240]

Il en va de même pour tous ceux qui présentent leur corps en sacrifice vivant : ayant souffert jusqu'à la mort avec lui, ils seront glorifiés avec lui et formeront son corps, la plénitude de celui qui remplit tout en tous (Éphésiens 1:23). Ce Christ complet, mort puis revenu à la vie, devient Seigneur (Romains 14:9) et « Père éternel » de la famille humaine rétablie par le « meilleur sacrifice » (Hébreux 9:23), ramenée à l'état originel de fils. Ces fils rétablis n'ont pas à sacrifier l'humain pour devenir participants de la nature divine : chacun reçoit cent ans pour développer pleinement sa nature humaine (Ésaïe 65). Cet article est signé B. W. Keith (Benjamin Keith).[241]

Se réunir

Le texte de départ est Hébreux 10:25 : ne pas abandonner « notre assemblée », d'autant plus que le jour approche. La nécessité de se réunir pour s'édifier, s'encourager et se fortifier est largement reconnue parmi les chrétiens, mais le but est rarement atteint, parce que Dieu n'a pas la parole, ou une parole limitée. Ces réunions prennent le plus souvent la forme de réunions de prière et de témoignages, ou dépendent d'un seul prédicateur, dont on attend trop.[242]

L'auteur raconte avoir assisté à une réunion de témoignages parmi des partisans de la « vie supérieure ». On y lit un seul texte biblique, dont personne ne connaissait le contexte, puis la Bible est refermée. Chacun raconte ensuite ses sentiments. Une femme explique qu'elle reçoit chaque matin, avant de se lever, une bouchée de nourriture, un seul verset, dont elle vit toute la journée. L'auteur y voit une pratique courante : on prend un texte retenu par hasard, on l'interprète en contradiction avec son contexte et on se contente d'une miette de réconfort quand le Seigneur a dressé une table abondante. Après près de deux heures, l'esprit humain s'était beaucoup exalté et l'Esprit saint était presque étouffé. Un frère déclare alors qu'il faut « plus de prière » et demande beaucoup de choses contraires à la volonté exprimée de Dieu. La réunion se termine sans avoir atteint son but.[243]

Dans une autre réunion, une sœur demande l'explication d'un passage biblique. On lui répond qu'il vaut mieux l'éviter, pour ne pas provoquer de controverse et conserver l'harmonie, et elle reste sans réponse. L'auteur demande s'il faut sacrifier la vérité pour acheter l'harmonie, être offensé quand la Parole de Dieu renverse des convictions anciennes, ou limiter Dieu à cinq ou dix minutes en consacrant le reste de deux heures à écouter des expériences qui, neuf fois sur dix, vaudraient mieux tues.[244]

Il recommande de laisser le Seigneur conduire les réunions. Savoir ou talent ne sont pas nécessaires. Chacun apporte sa Bible, du papier et un crayon, avec autant d'aides que possible : une concordance, l'Emphatic Diaglott (Em. Diaglott), des versions anciennes et nouvelles du Nouveau Testament. On choisit un sujet, on demande la direction de l'Esprit, puis on lit, réfléchit et compare les passages entre eux, et l'on sera guidé vers la vérité. Selon Jean 8:32, la vérité rend libre de l'erreur, de la superstition et de la corruption de la nature humaine, et le Saint-Esprit, s'il est accueilli, libère du formalisme et de l'orgueil. Les prières n'ont pas besoin d'être longues ni faites de vaines répétitions, puisque Dieu n'exauce pas à cause de la multitude des paroles.[245]

Dieu a bien plus à dire que l'homme, et la lecture de sa Parole doit occuper l'essentiel de la réunion. La prière de Jésus (« Sanctifie-les par ta vérité, ta parole est la vérité ») et son exhortation à sonder les Écritures sont citées à l'appui, avec Jean 17:17 et Jean 5:39. Ainsi, les participants apprennent à trouver leur plaisir dans la loi de Dieu, qui devient leur méditation jour et nuit (Psaumes 119:97), et Dieu agit en eux pour le vouloir et pour l'action (Philippiens 2:13).[246]

Consécration à une œuvre

Beaucoup de chrétiens passent pour « entièrement consacrés », alors que leur consécration va à une tâche qu'ils se sont eux-mêmes fixée plutôt qu'à Dieu. Les uns se consacrent à leur métier, d'autres à leur famille, à la tempérance, à l'édification d'une Église ou d'une école du dimanche, ou au soin des pauvres et des malades. Chacune de ces activités est jugée bonne en elle-même, mais aucune ne constitue la consécration convenable d'un disciple de Jésus.[247]

La consécration doit viser l'accomplissement de la volonté du Père céleste, comme Jésus, venu pour faire la volonté de celui qui l'a envoyé (Jean 6:38). Avoir un choix ou une préférence sur ce que l'on veut faire prouve que la volonté propre n'est pas morte. Une consécration à une œuvre de son choix ne mène pas à la grande récompense. Si Dieu envoie quelqu'un dans la « tempérance » ou dans une autre activité, celle-ci sera alors acceptable comme faite pour le Seigneur (Romains 12:1).[248]

Celui qui renonce à sa volonté propre est conduit à étudier souvent la Parole pour connaître celle de Dieu. Ceux qui travaillent surtout pour « la nourriture qui périt », pour la tempérance et les réformes morales du monde, ou pour étendre l'influence de leur Église, y trouveraient des directives : la volonté de Dieu est leur sanctification (1 Thessaloniciens 4:3), faire du bien à tous, surtout aux frères dans la foi (Galates 6:10), ne pas abandonner les réunions (Hébreux 10:25) et s'y édifier sur la très sainte foi (Jude 20).[249]

Questions

Une lectrice, épouse d'un pasteur méthodiste, écrit pour demander s'il faut attendre des réveils religieux et des conversions de pécheurs, et y travailler. Elle demande aussi si l'Église « monte plus haut », s'il faut en sortir et retirer son nom des registres, ou y rester pour élever les autres, ou encore suivre sa conscience. Elle précise que, par l'esprit, elle est loin de la majorité, et demande qu'on lui dise « la vérité telle quelle ». La lettre est confiée à Mme Russell, qui répond.[250]

Sa réponse exclut tout réveil dans l'Église nominelle, désignée comme la dernière phase de l'Église évangélique, « vomie » de la bouche du Seigneur parce qu'elle se juge riche et sans besoin (Apocalypse 3:14-18). Cette condition mêlée de mondanité et de christianisme tiède est identifiée à la Babylone (confusion) d'Apocalypse 18:2, d'où le Seigneur appelle les siens à sortir (Apocalypse 18:4). Les nouvelles adhésions viennent surtout des écoles du dimanche : l'Église presse des enfants immatures d'entrer dans ses rangs pour grossir ses effectifs. Les chrétiens sont définis comme ceux qui se sont consacrés au Seigneur et acceptent de suivre les traces de Jésus en crucifiant la chair, c'est-à-dire les privilèges et honneurs humains.[251]

Tous les autres membres grossissent le nombre de l'ivraie. L'ivraie ne désigne pas forcément des méchants, mais des gens qui n'ont pas leur place dans l'Église et imitent les chrétiens, comme l'ivraie imite le blé. Les faire entrer nuit à l'Église, qui reçoit un membre sans vie qui absorbe sa vitalité et abaisse le niveau du christianisme, et nuit à la personne, à qui l'on dit à tort qu'elle est chrétienne. Cette œuvre, menée depuis des années au point d'étouffer presque le blé, est attribuée à Satan, qui a semé l'ivraie (Matthieu 13:39), même si ses instruments agissent sans le savoir.[252]

La réponse renvoie à un numéro de juin de la revue, dont le premier article (« Celui qui est sur le toit ») traite de la sortie de Babylone. Il est inutile de rester pour soutenir une organisation vouée à la destruction, et l'obéissance prompte évite de consulter la chair et le sang. Le temps présent est la « moisson » de l'âge : la tâche consiste à mûrir le vrai blé et à le rassembler dans le grenier, c'est-à-dire à le mettre en sécurité. Quiconque a assez à faire auprès des frères dans la foi n'a pas à s'inquiéter du reste du monde. Au « temps fixé » par Dieu, tous seront amenés à la connaissance de la vérité et recevront une pleine occasion d'obtenir la vie éternelle. Même morts en Adam, ils ont droit, par la rançon, à une restauration de la mort adamique et à la possibilité d'échapper à la seconde mort en obéissant à la loi écrite dans leur cœur (Jérémie 31:33). Quand la connaissance du Seigneur remplira la terre et que le Seigneur régnera à la place de Satan, obéir sera facile et naturel.[253]

Jésus lui-même a laissé de côté les Gentils pour consacrer son temps à la moisson de l'Église juive, sachant que ce n'était pas encore le temps fixé par Dieu pour les sauver, bien que Gentils et Juifs mouraient sans cesse. La répondante se réjouit que sa correspondante soit séparée de l'Église nominelle par l'esprit, comme tous les vrais enfants de Dieu, qui voient les effets de la perte de la faveur divine sans en comprendre la cause. Le Seigneur « consolera tous ceux qui sont dans le deuil en Sion » ; l'état de l'Église est pour eux une contrariété jusqu'à ce qu'il leur fasse comprendre la doctrine, c'est-à-dire le plan de Dieu, que l'on peut maintenant accueillir en s'appuyant sur un « ainsi dit le Seigneur » plutôt que sur les traditions humaines.[254]

Sortir de l'Église exige de nombreux sacrifices, surtout pour l'épouse d'un pasteur. Mme Russell rapporte les propos d'un pasteur de sa ville : il croyait ces vérités, mais jugeait imprudent de les prêcher. Son mari lui avait répondu qu'il craindrait d'être trop prudent, puisque le Seigneur cache certaines choses « aux sages et aux prudents ». Ce pasteur, père d'une famille nombreuse entretenue par une congrégation mondaine et à la mode, avait tenté de prêcher une partie de ce qu'il croyait ; on le lui avait interdit. Il cache désormais sa lumière sous le boisseau, ou plutôt elle s'est éteinte, et il avance main dans la main avec le monde. La lectrice peut devoir renoncer à ses moyens d'existence actuels, mais le Seigneur en fournira d'autres : quiconque a tout quitté pour suivre Jésus a reçu le centuple. Selon la réponse, ce grand sacrifice retient la majorité des pasteurs loin de la vérité, bien qu'il existe parmi eux du blé mûr, non étouffé par l'ivraie.[255]

La Bête et son image (dialogue sur Apocalypse 13)

Ce dialogue entre deux interlocuteurs, A et B, présuppose la lecture des articles du numéro de décembre 1881 sur l'Antichrist et sur la contrefaçon du Royaume de Dieu. B s'intéresse à Apocalypse 13 parce que d'autres passages disent que les vainqueurs remportent la victoire sur la Bête, son image et le nombre de son nom. Il ne sait pas s'il a remporté cette victoire, faute de comprendre les symboles. A recommande d'étudier l'Écriture seule, capable de rendre sage (2 Timothée 3:15), et rappelle que, selon Daniel 12:4, au temps de la fin beaucoup parcourront le pays et la connaissance augmentera. La Bible est un trésor où Dieu a mis par avance tout le savoir utile à ses enfants, et dont les serviteurs tirent du neuf et de l'ancien (Matthieu 24:45). Aller chercher dans les vieux volumes des traditions des Pères est jugé déshonorant pour les paroles de Jésus (Marc 8:38) et pour l'Esprit qui guide vers toute la vérité (Jean 16:13).[256]

A s'appuie sur la traduction de l'Emphatic Diaglott et pose des règles d'interprétation des symboles : le Dragon est le pouvoir civil, la Rome païenne ; les cieux sont les pouvoirs supérieurs ; la terre, le peuple soumis à ces pouvoirs ; la mer, la masse des hommes qui n'est pas sous contrainte religieuse. Le Dragon est l'Empire romain, déjà vu en Daniel 7:7 comme la quatrième bête. Il transmet son pouvoir à la bête qui monte de la mer, le léopard à gueule de lion et pieds d'ours, identifié à la papauté et à l'« enfant mâle » du chapitre précédent. Cette bête réunit des traits des trois premières bêtes de Daniel 7 : le lion (Babylone), l'ours (la Perse), le léopard (la Grèce).[257]

Chaque trait est rapporté à la papauté. La gueule de lion représente la prétention à être, de droit divin, le royaume au-dessus de tous les royaumes. Les pieds d'ours évoquent la persévérance : la papauté prend les royaumes par stratagème plutôt que par bataille, comme l'ours étouffe sa proie. Le corps de léopard rappelle la Grèce, centre de savoir, de piété et de sagesse (Actes 17:23), et la prétention de la papauté à être le centre de la sagesse. L'activité, la vigilance et la discrétion du léopard sont aussi les siennes, et ses taches irrégulières figurent une politique variable : libérale dans les pays éclairés, adaptée aux circonstances ailleurs.[258]

Cet empire ecclésiastique reçoit la puissance, le siège et la grande autorité du Dragon, et devient pour un temps le seul représentant de cette domination, les cornes (royaumes) lui rendant allégeance. Une note précise que l'Église de Rome se compose seulement du clergé : pape, « Pères », évêques, prêtres, moines. Les versets 3 et 4 (« Qui est semblable à la bête, et qui peut combattre contre elle ? ») sont lus comme le respect des peuples pour la papauté et, par contraste, pour le pouvoir civil qui l'avait honorée. Les royaumes ont compris que l'allégeance à la papauté renforçait leur emprise, puisqu'elle ordonnait de les reconnaître comme établis par Dieu. Aujourd'hui encore, les souverains d'Europe prétendent régner de droit divin, et les Églises protestantes d'État reconnaissent aux familles régnantes un titre divin pour obtenir faveur et protection. Un passage entre crochets oppose à cela le jugement de la Parole : tous les gouvernements de la terre sont égoïstes, oppressifs et bestiaux, et un seul royaume est de Dieu, celui du Christ et de ses saints en gloire (Daniel 7:27, Apocalypse 11:15, 2 Timothée 2:12). Les saints n'ont de citoyenneté que dans ce royaume, pour lequel ils prient « Que ton règne vienne ».[259]

B objecte que le règne a peut-être déjà commencé en un sens, puisque la prière ajoute « à toi est le règne ». A répond que le temps présent est celui de subir l'ignominie avec Jésus de la part du monde, pour prouver qu'on est digne de régner avec lui. Les royaumes de la terre ne deviennent ceux du Seigneur et de son oint (le corps, l'Église) qu'à la fin de la sonnerie de la septième trompette, après la colère des nations (Apocalypse 11:18). Dire que le Diable est le prince de ces gouvernements met en colère peuples et souverains (Éphésiens 2:2).[260]

Suite du dialogue : la bête qui blasphème pendant quarante-deux mois

La finale de la prière du Notre Père est présentée comme une addition faite sous la domination de la papauté : absente des anciens exemplaires du Nouveau Testament, elle est omise à juste titre par la nouvelle révision. Les gouvernements oppressifs ne sont pas reconnus par Dieu, sauf comme des parties du mal, appelées à être balayées par l'exaltation du vrai Christ, tête et corps, êtres spirituels glorieux, qui prendra la domination ecclésiastique que la papauté, « principal Antichrist », a contrefaite.[261]

La bête reçoit une bouche qui profère des choses grandes et blasphématoires, déjà examinées en décembre 1881, et le pouvoir d'agir quarante-deux mois (Apocalypse 13:5). Cette permission est comprise comme celle de mettre à mort les saints, traités d'« hérétiques ». Ces quarante-deux mois symboliques, ou 1260 jours, sont ceux du chapitre précédent et les « trois temps et demi » de Daniel 12:7, comptés comme des années. À la fin de ces 1260 ans, en 1798, la papauté perd le pouvoir d'exécuter pour hérésie : Napoléon, bravant la malédiction, fait prisonnier le pape Pie VI et l'emmène à Paris, où il meurt. La crainte de la bête a diminué depuis, et les cornes qui la défendaient ont fait la guerre à la femme (Apocalypse 17:16).[262]

Le dialogue revient ensuite sur la carrière de la bête. Selon Apocalypse 13:6, elle ouvre la bouche en blasphèmes contre Dieu, son nom, sa tente et ceux qui demeurent au ciel ; A y voit un outrage à Dieu et au vrai royaume à venir. Elle fait la guerre aux saints, les vainc, et reçoit autorité sur toute tribu, peuple, langue et nation, ce qui correspond à la reconnaissance générale de la papauté comme empire spirituel ou « royaume de Dieu ». Tous les habitants de la terre l'adorent, sauf ceux dont le nom est écrit dans le livre de vie de l'Agneau (Apocalypse 13:8). Le monde et toute l'Église, hors les vainqueurs, se sont donc laissé tromper et se sont hâtés de s'unir à la bête et de faire inscrire leur nom sur ses registres. De là vient, selon A, l'illusion protestante qu'il faut que son nom soit inscrit dans une Église terrestre, alors que seul compte le livre de vie de l'Agneau.[263]

L'appel « Si quelqu'un a des oreilles, qu'il entende » (Apocalypse 13:9) s'adresse à ceux dont les oreilles ont été circoncises, c'est-à-dire qui ont une connaissance suffisante de la Parole et l'écoute de la foi, malgré la magnificence, le succès et la puissance de l'erreur. Eux seuls peuvent admettre que les victimes de la papauté ne figurent pas dans la vraie Église, dont celle-ci était la contrefaçon. Le verset 10 (« Si quelqu'un est pour la captivité, il va en captivité ; si quelqu'un tue par l'épée, il faut qu'il soit tué par l'épée ») est appliqué à la papauté comme régime de servitude : tous ceux qui reconnaissaient ses prétentions devaient une obéissance totale, car elle se disait le Royaume des cieux et son chef le représentant de Dieu. Ceux qui acceptaient cette captivité de la pensée individuelle devenaient captifs. De nombreuses sectes protestantes sont tombées dans le même piège en mêlant l'Église et l'État.[264]

D'autres soutenaient que la papauté usurpait les titres et le pouvoir du vrai chef de l'Église et réclamaient la liberté individuelle donnée par le Christ. Ils maniaient « l'épée de l'esprit, qui est la parole de Dieu » et furent mis à mort : la papauté a vaincu les saints pendant ses 1260 ans de pouvoir. Ce fut une épreuve sévère : entrer en captivité et rejoindre les rangs de l'usurpateur, ou rester fidèle au vrai roi en attendant le royaume promis. Ceux dont les noms étaient écrits dans les cieux ont tenu à l'épée et scellé leur témoignage par la mort.[265]

La bête à deux cornes

La seconde bête, qui monte de la terre, a deux cornes d'agneau et parle comme un dragon (Apocalypse 13:11). Puisque la première représente un pouvoir ecclésiastique, celle-ci en représente un autre de même nature. Comme la première avait dix cornes, ses deux cornes désignent deux pouvoirs ou gouvernements qui la soutiennent.[266]

B demande s'il s'agit du mahométisme. A répond que non : l'Apocalypse est une révélation donnée à l'Église, qui concerne l'histoire de l'Église et non celle du monde. Il n'y avait pas plus de raison d'y raconter le mahométisme que le confucianisme ou le bouddhisme. Ces religions ne sont pas des systèmes chrétiens, elles sont ouvertement anti-chrétiennes et moins nuisibles au vrai christianisme. La papauté, au contraire, y figure parce qu'elle a voulu se faire passer pour le royaume du Christ et tromper, alors qu'elle était l'Empire romain uni à une apostasie. La seconde bête « monte » peu à peu de la terre, alors que la première sort de la mer : si la papauté est venue des masses irréligieuses de l'Empire romain, la seconde est donc née chez un peuple se disant religieux.[267]

B demande si cela vise des branches du protestantisme. A comprend que la blessure à la tête de la bête, causée par l'épée (Apocalypse 13:3, Apocalypse 13:14), désigne la Réforme : Luther, Zwingli, Calvin, Knox et d'autres, en défendant l'enseignement de la Parole contre celui de la papauté, ont montré qu'elle était le « mystère d'iniquité », l'« Antichrist » et l'« homme de péché » dont parle Paul. Ils l'ont presque tuée. Avec le succès de la cause protestante, des puissants l'ont soutenue : petits princes allemands, puis la Belgique, la Hollande, la Norvège, la Suède, la Suisse et d'autres ont retiré leur allégeance au pape. Sans reconnaître Luther ou Calvin comme nouveau chef spirituel, ils ont financé et protégé les Églises de la Réforme. En 1531, l'Église d'Angleterre a rompu avec Rome et est devenue un gouvernement ecclésiastique distinct, qui a imité la papauté en unissant pouvoir civil et pouvoir ecclésiastique, Henri VIII et ses successeurs en étant le chef.[268]

Les réformateurs, qui avaient reproché à la papauté l'union de l'Empire et de l'Église, et déclaré que la vierge fiancée au Christ devenait une prostituée en s'appuyant sur les pouvoirs terrestres, ont cessé ces critiques une fois qu'ils ont joui de la faveur des gouvernements. Ils ne pouvaient condamner chez la papauté ce qu'ils goûtaient et convoitaient eux-mêmes. Leur désir de pouvoir, de nom et d'influence, d'accomplir une grande œuvre et d'avoir beaucoup d'enfants a conduit ces « filles de Rome » à imiter leur mère, « Babylone la grande, la mère des prostituées » (Apocalypse 17:5). A précise toutefois qu'il parle des organisations d'Église, non de tous ceux qui en font partie : le Seigneur a eu des enfants dans la mère papale comme dans ses filles, qui pensent sincèrement rendre un culte à Dieu en les soutenant.[269]

Les réformateurs ont commencé la sortie de Babylone, mais leurs successeurs n'ont parcouru qu'un court chemin avant de retomber, pour une large part, dans le même « piège de l'oiseleur ». B objecte que les Églises des États-Unis sont libres et ne reçoivent aucun soutien du gouvernement. A répond que le savoir et la liberté s'opposent en général à la servitude religieuse et à l'intolérance, mais que dans beaucoup de ces organisations libres, l'absence d'union avec le pouvoir civil tient plus à l'impossibilité qu'à un refus.[270]

B cherche ensuite la seconde bête, celle aux deux cornes, et pense à une Église unique, comme la papauté en était une. A confirme qu'il s'agit d'un seul pouvoir ecclésiastique, reconnu et soutenu par deux royaumes, représentés par les deux cornes. B propose l'Église presbytérienne, établie en Écosse seulement, puis l'Église réformée hollandaise et l'Église luthérienne, établies dans plusieurs pays. A écarte ces exemples : être aidé ou soutenu par un empire ne suffit pas à faire une « bête » symbolique. Une bête est un gouvernement, et une Église ne devient bête qu'en devenant un élément du gouvernement. Une seule Église répond à ce critère : l'Église établie « d'Angleterre et d'Irlande », qui, comme la papauté, mêle l'Église et l'État.[271]

L'Angleterre est soumise au pape en 1200. En 1531, à la suite d'un conflit entre Henri VIII et le pape, elle se détache de la papauté. L'assemblée du clergé, réunie la même année, déclare le roi « unique protecteur de l'Église anglaise, son seul et suprême Seigneur et, autant que la loi du Christ le permet, son suprême chef ». B y reconnaît les sentiments mêmes de la papauté, et juge Henri VIII, qui a divorcé de deux de ses six femmes, fait décapiter deux autres et, selon beaucoup, empoisonné une cinquième, digne rival de certains papes comme prétendant antichrétien à la direction de l'Église. A ajoute que la Réforme n'avait pas encore atteint l'Angleterre, et que cette assemblée du clergé était à peu près aussi corrompue que la papauté.[272]

Le titre de chef de l'Église n'est pas un simple honneur. A cite un historien : en 1534, les paiements à la chambre apostolique et les dispenses sont abolis, les monastères passent sous l'autorité royale, et le roi seul peut convoquer l'assemblée du clergé, approuver ou rejeter ses canons et juger les appels contre les évêques. Henri VIII, « chef suprême de l'Église sur la terre », ne prévoit aucun changement de doctrine, et catholiques et réformateurs anglais ne sont considérés comme deux corps séparés qu'une trentaine d'années plus tard. Un autre historien, cité aussi, résume l'acte de suprématie comme le symbole de l'indépendance de l'Angleterre et la déclaration que le magistrat civil était désormais suprême sur l'Église comme sur l'État.[273]

A affirme que ces titres s'appliquent encore aux souverains anglais. La couronne est surmontée d'une croix. Le grand sceau actuel d'Angleterre désigne Victoria comme défenseur de la foi et la montre tenant un globe, dont la moitié supérieure, claire, représente le christianisme, surmonté d'une croix. Le même globe figure dans la main des papes sur de nombreux tableaux. Or, selon A, Jésus n'a donné la charge de chef de l'Église à personne et la garde pour lui-même, d'après Éphésiens 1:22, Éphésiens 4:15, Éphésiens 5:23 et Colossiens 1:18. Pape, reine, concile, assemblée ou conférence qui revendiquent ce rôle s'opposent à lui, et tous ceux qui les soutiennent par leur influence, leur présence ou leur argent sont complices du mal.[274]

B demande quels sont les deux royaumes qui soutiennent l'Église anglaise, puisque l'Écosse lui a toujours refusé son appui. A rappelle la distinction entre une Église soutenue par un gouvernement, comme en Écosse, et une Église unie au gouvernement, comme en Angleterre. L'Angleterre est l'une des cornes ; l'Irlande est l'autre. En 1537, le Parlement irlandais de Dublin vote l'acte de suprématie, qui déclare Henri VIII chef suprême de l'Église, interdit les relations avec la cour de Rome et fait de son refus un crime de trahison. Henri VIII prend aussi le titre de roi d'Irlande. La seconde corne apparaît donc cinq ans après la première. B juge l'accord parfait : la faiblesse de l'Irlande importe peu, puisqu'elle était plus forte que certaines cornes de la bête papale, et il estime que cette identification résout une énigme qui a embarrassé tous les commentateurs, tout en voyant dans la papauté le léopard.[275]

De 1538 à 1871, soit 333 ans, l'Église porte le nom d'« Église d'Angleterre et d'Irlande », qui reconnaît les deux cornes. Le 1er janvier 1871, un acte du Parlement, avec le consentement de la reine, chef de l'Église, sépare l'Église irlandaise de l'État : cette corne est rejetée. Toutes les cornes qui soutenaient la papauté se sont aussi détachées d'elle, mais elles se sont retournées contre elle, alors que la seconde bête a rejeté la corne irlandaise d'elle-même, y voyant une faiblesse plutôt qu'une force. A ajoute qu'il ne serait pas étonnant que l'Église soit bientôt séparée de l'État en Angleterre aussi. Les deux cornes d'agneau indiquent une bête plutôt pacifique, qui se sert de ses cornes pour se défendre.[276]

À B, qui s'étonne que la bête « parle comme un dragon », ce qui ferait d'elle un pouvoir pire que la papauté, A fait remarquer que le texte dit « un » dragon et non « le » dragon. Les paroles de la bête ressemblent à celles d'un pouvoir purement civil, et peu d'éléments y révèlent un gouvernement ecclésiastique. Selon Apocalypse 13:12, la seconde bête exerce toute l'autorité de la première en sa présence, ce qui montre que les deux existent en même temps.[277]

Suite : l'Église d'Angleterre et l'Alliance évangélique

L'Église d'Angleterre revendique les pouvoirs et l'autorité de la papauté. Elle se présente comme « l'Église », a rejeté certaines corruptions dénoncées par les réformateurs, comme la vente des indulgences et la transsubstantiation, et a abandonné le nom de « romaine » pour celui de « sainte », en se disant l'originale « sainte Église catholique ». Elle réclame la même autorité de gouvernement et le même respect pour ses décrets.[278] En instituant un régime semblable, sans certaines des erreurs papales les plus grossières, elle a attiré l'attention sur ces seules erreurs comme défauts possibles de la papauté. Quand la papauté a elle-même abandonné certaines d'entre elles, on a conclu que les deux bêtes étaient dans le vrai. Pour A, ces deux régimes sont des abominations aux yeux de Dieu, mauvais dès la racine, comme un arbre corrompu qui ne peut porter de bon fruit.[279]

Interrogé sur l'erreur principale, A répond que le fondement des deux régimes est leur prétention d'être le « royaume de Dieu » en exercice. Cette idée, une fois admise, justifie la persécution des individus et des nations, forcés de se soumettre. La Bible attribue en effet ce pouvoir au royaume de Dieu, quand « le règne appartient à l'Éternel » et que toutes les familles des nations se prosterneront devant lui (Psaumes 22:27-28), qu'il les brisera comme un vase de potier (Psaumes 2:9) et que tout genou fléchira (Philippiens 2:11). Si la prétention était fondée, nul ne pourrait leur reprocher d'appliquer ces textes. B ajoute que ces antichrists n'avaient qu'à faire un pas de plus pour contraindre à l'obéissance, en s'appuyant sur ces versets. Une fois admis que le royaume était établi et que son règne était en cours, on empêchait aussi de chercher le vrai chef de l'Église, qui établira le vrai royaume, brisera les gouvernements imparfaits, instaurera la justice sur la terre et fera fléchir tout genou à la gloire de Dieu.[280]

Les versets suivants disent que la bête fait de grands signes, jusqu'à faire descendre le feu du ciel devant les hommes (Apocalypse 13:13). Ce gouvernement, comme la papauté, prétend à un pouvoir céleste, et ses condamnations sont reçues comme venues du ciel, tels des jugements ou un feu appelé sur les coupables. La bête séduit les habitants de la terre par les signes qu'il lui est donné de faire en présence de la première bête (Apocalypse 13:14). A distingue la terre, qui symbolise ceux qui obéissent à la bête et la soutiennent, des « habitants de la terre », qu'il comprend comme les chrétiens indépendants, qui ne soutiennent aucun de ces deux régimes.[281]

L'image de la bête

La bête dit aux habitants de la terre de faire une image à la première bête, celle qui avait reçu le coup d'épée et vivait (Apocalypse 13:14). L'Église d'Angleterre a conseillé cette image par son exemple. De 1800 à 1846, de nombreuses sectes nouvelles apparaissent, alors qu'auparavant elles étaient peu nombreuses et bien en vue. Les anciennes confessions s'en inquiètent. À mesure que la Bible est lue par les masses, des individus se sentent libres de prêcher ce qu'ils y trouvent, sans égard pour les credo et les vues des sectes plus anciennes, et les protestants se divisent en fragments. Ils cherchent alors comment freiner cette tendance à la pensée individuelle sur l'enseignement de la Bible. Selon A, ils veulent arrêter ce que Dieu désire, à savoir que chacun soit libre de toute contrainte et que sa foi repose sur la Parole de Dieu, et non sur les vues d'autrui, les décisions des conciles ou des presbytères, celles du pape ou celles du chef de l'Église anglaise.[282]

Seules l'Église romaine et l'Église épiscopale pouvaient réduire ces prédicateurs au silence, puisqu'elles se réclamaient de la « succession apostolique », transmise par l'ordination, qui donnait à leurs ministres seuls le pouvoir de prêcher et d'administrer les « sacrements », les autres étant de faux clercs. Les autres confessions, qui se contentent de mettre leurs prédicateurs à part par la prière, ne pouvaient pas dire qu'ils étaient moins autorisés par Dieu que leur propre clergé. L'exemple de l'Église d'Angleterre montrait toutefois le prestige que lui valait son autorité sur le respect dû à son clergé et à ses enseignements. Les confessions ont ressenti le besoin d'une norme de doctrine commune, soutenue par toutes, qui donnerait du poids à leurs enseignements et unirait leur influence contre tout progrès de la connaissance ou toute nouvelle phase de la vérité. Elles pourraient ainsi dire aux dissidents : l'opinion de tous les protestants est contre vous, vous êtes des hérétiques, nous vous éviterons et ne vous appellerons plus frères.[283]

Cette norme est créée en 1846 avec l'« Alliance évangélique ». Parmi ses buts, selon A le principal, figure celui de « promouvoir entre les différentes confessions évangéliques une coopération efficace dans les efforts pour repousser les ennemis et les dangers communs ». B comprend que A ne s'oppose pas aux chrétiens de l'Alliance, mais à leur tentative de museler la vérité. A confirme : il ne dit pas qu'ils se sont ligués exprès contre le développement de la vérité, et il ne le dirait pas non plus des catholiques, mais leur action suit la tactique de la papauté, et dans cette Alliance ils ont fait l'« image de la bête ». Cette image a largement réussi : très peu de confessions sont nées depuis, et l'Alliance a tracé pour les esprits une ligne qui sépare ce qui est évangélique de ce qui ne l'est pas, que ce soit conforme à la Bible ou non. Elle tend aussi à séparer nettement le clergé des laïcs, comme s'ils étaient de races différentes.[284]

A voit la ressemblance entre l'image et la bête papale dans le fait que la papauté l'a reconnue comme une copie honorable : le pape a envoyé ses « salutations » à la dernière réunion de l'Alliance évangélique, en 1879. Les délégués, oubliant les principes qui avaient fondé la protestation contre l'Église papale, « l'Église prostituée », l'Antichrist et l'homme de péché, se sont sentis flattés de cette attention au lieu de s'alarmer. Un pasteur presbytérien en vue, présent à cette réunion, a évoqué ces salutations avec un plaisir évident devant le rédacteur.[285]

Les titres honorifiques du clergé (« Révérend », « Docteur en théologie ») sont une autre caractéristique de la bête reprise par l'image. Jésus a dit : « Ne vous faites pas appeler Rabbi ; car un seul est votre Maître, le Christ, et vous êtes tous frères » (Matthieu 23:8). Au début de leur existence, les confessions, plus remplies de l'esprit du Christ, ne prenaient pas de titres pompeux : on disait John Knox, Martin Luther, John Wesley. Ces hommes, simples comme Jésus et les apôtres, étaient les serviteurs (ministres) de l'Église, et Dieu bénissait leur ministère. Aujourd'hui, selon A, les membres du clergé sont des seigneurs, avides d'approbation. L'orgueil et l'esprit du monde ont fait disparaître la piété vivante et la puissance. Ils perdent aussi le don d'enseigner la Parole, car Dieu « fait grâce aux humbles ». Les ministres de toutes les confessions avouent leur ignorance de la Parole et renvoient aux premiers réformateurs, reconnaissant ainsi qu'ils ont moins de lumière qu'eux.[286]

L'orgueil a toujours freiné la croissance spirituelle, comme le dit Jésus : « Comment pouvez-vous croire, vous qui recevez votre gloire les uns des autres ? » (Jean 5:44). Leur lumière baisse parce qu'ils ont rejoint l'image et souscrit à des credo du quinzième siècle, qui, comme le soulier de fer des Chinoises, n'admettent aucune croissance : un soulier un peu plus grand que celui de la papauté, mais de même nature. La papauté a établi une hiérarchie cléricale qui domine l'héritage de Dieu, au lieu de servir ses frères. Paul demande de grandir en tout vers celui qui est la tête, le Christ, de qui tout le corps, bien ajusté, tire sa croissance (Éphésiens 4:15-16). A précise que chaque jointure désigne chaque membre, non le seul clergé.[287]

Comme la papauté a placé un sacerdoce au-dessus de l'Église, le protestantisme a établi presque le même, et le corps n'a pas la possibilité de s'édifier lui-même par la participation de chaque membre. La liberté dans les réunions de prière n'est qu'apparente : le pasteur ordonné veille à ce que rien de contraire à l'enseignement de son Église ne soit exprimé et réduit au silence le membre audacieux, car le credo de l'Église fait loi, non la Parole de Dieu. Si cela ne suffit pas, un procès d'Église et l'excommunication, que A met entre crochets avec les mots « le tuer », suivent. Ce procès montre une autre ressemblance avec la bête : l'enseignement de l'organisation est placé au-dessus de la Parole de Dieu, puisque l'accusé est jugé selon « les autorités » de son Église.[288]

Il est donné à la seconde bête de donner la vie à l'image de la première (Apocalypse 13:15). A rappelle l'importance attachée à la « succession apostolique », vertu supposée transmise par l'imposition des mains des évêques à travers des siècles de corruption papale. Elle appartient à l'Église romaine et à l'Église anglaise, qui s'est d'abord séparée de la papauté plutôt que réformée. Beaucoup, même parmi le clergé, vénèrent cette cérémonie, que ces deux Églises ne sont pas hostiles à favoriser. Lors de l'introduction du méthodisme aux États-Unis, la superstition de John Wesley sur ce point a causé de grandes difficultés : il refusait que le « sacrement » soit donné par d'autres que des ministres ordonnés par un évêque épiscopalien. Jusqu'en 1784, les méthodistes ne pouvaient donc le recevoir que de ministres épiscopaliens. La guerre d'indépendance a poussé les prédicateurs méthodistes vers l'autonomie. Wesley a demandé à l'Église anglaise d'ordonner au moins un ministre méthodiste pour l'Église américaine, puis, désespéré, a fait de son mieux pour bricoler une « succession apostolique » : avec deux autres ministres, qui n'étaient pas évêques, il a ordonné Thomas Coke évêque, d'où provient la charge d'évêque dans l'Église épiscopale méthodiste. A cite cet épisode pour montrer la superstition de grands hommes comme les Wesley.[289]

Parmi les confessions alliées, seule l'Église épiscopale possédait la succession, et sa reconnaissance de l'Alliance (l'image) lui a donné vie, souffle et autorité, de sorte que l'image parle et fait tuer ceux qui ne l'adorent pas (Apocalypse 13:15). Le culte et la mise à mort sont symboliques, comme l'image. Quiconque refuse de s'incliner devant les décrets de l'Alliance évangélique est tenu pour hérétique, évité et rejeté par tous les « orthodoxes », c'est-à-dire par ceux qui adorent ses décrets et n'admettent rien de plus ni de moins que ses neuf articles de credo. Chaque confession trouve dans l'Alliance un appui et peut se faire la porte-parole de l'image pour dénoncer comme hérésie tout ce qui n'est pas dans ce credo général et pour retrancher, ou décapiter ecclésiastiquement, ceux qui diffèrent (voir Apocalypse 20:4). Être retranché d'une Église implique désormais d'être séparé de toutes les Églises orthodoxes, donc d'être tenu pour hérétique et non pour fils de Dieu.[290]

A répond que cela vaut pour ceux qui voient dans ces institutions terrestres les vraies Églises. Ceux qui ne considèrent que l'organisation céleste, cherchent l'approbation du seul vrai chef de l'Église et ne reconnaissent comme limite de la foi et de la connaissance que sa Parole, ne peuvent adorer ni la bête ni son image, et « adorent Dieu » seul. Le culte de l'image empêche des centaines de personnes de voir la beauté de la Parole de Dieu : la discipline d'Église est si stricte et si respectée qu'un regard ou une moue suffisent à avertir que la pensée indépendante est dangereuse et qu'on risque de passer pour incrédule. A souhaiterait que tous voient que ces organisations locales ne sont pas l'Église, laquelle comprend tous les chrétiens dont les noms sont écrits au ciel, et que, lorsqu'elles s'interposent entre les enfants et leur Père ou mettent leur credo à la place de la Parole de Dieu, leur autorité prétendue ne doit être ni reconnue ni tolérée, et qu'il est du devoir des chrétiens de la blâmer comme un péché.[291]

Le nom de la bête ou le nombre de son nom

La bête fait que tous, petits et grands, riches et pauvres, libres et esclaves, reçoivent une marque sur la main droite ou sur le front, et que nul ne puisse acheter ou vendre sans cette marque, le nom de la bête ou le nombre de son nom (Apocalypse 13:16-17). Toutes les classes de chrétiens doivent s'incliner et prouver leur soutien à l'image et leur dévouement à ses intérêts et à ses lois : soit par une profession publique et ouverte d'appartenance à l'Alliance, donc de soutien (la marque sur le front), soit au moins par une aide et une influence données aux principes de l'organisation de l'image (le soutien de la main droite).[292]

L'achat et la vente sont symboliques et désignent le commerce des choses spirituelles. Nul n'a le droit d'enseigner, de prêcher, de baptiser ou d'administrer les emblèmes de la mort du Seigneur s'il n'est autorisé par un membre orthodoxe de l'image, et les actes de ceux qui n'ont pas cette autorisation ne sont pas jugés valides. B voit dans cet ensemble un accord remarquable. L'Église anglaise est une bête au même titre que la papauté, avec des caractères différents, et l'Alliance évangélique en est l'image parfaite. B la compare à ce qu'on appellerait en politique ou en affaires un « cartel », un monopole religieux organisé pour empêcher d'autres de chercher la vérité.[293]

Le verset 17 indique que la marque est le nom de la bête ou le nombre de son nom, et le verset 18 semble indiquer que ce nom et ce nombre sont en quelque sorte un secret : le déchiffrer, c'est montrer une connaissance correcte des symboles précédents. Le texte dit : « Ici est la sagesse. Que celui qui a de l'intelligence calcule le nombre de la bête, car c'est un nombre d'homme ; et son nombre est 666 » (Apocalypse 13:18).[294]

B demande si A a su déchiffrer le nom et le nombre, car les nombreux essais dont il a entendu parler lui ont tous paru déraisonnables. A éprouve la même difficulté. Un peu plus d'un an auparavant, il avait parlé de ce chapitre à un petit groupe sans nom « de cette voie », à Lynn, dans le Massachusetts, et avait terminé en disant qu'il n'avait jamais vu d'explication satisfaisante du 666. Il pensait avoir donné une analyse correcte des symboles du chapitre, mais ne pouvait y voir de la sagesse tant qu'il n'interprétait pas le nombre. Il avait suggéré que, si la compréhension du temps présent comme la « moisson » de l'âge était juste, et si l'application générale des symboles l'était aussi, le nombre serait bientôt compris. Il avait invité tous à examiner la question, car le Seigneur se plaît parfois à donner la sagesse par les plus faibles de ses enfants : « Par la bouche des enfants et de ceux qui sont à la mamelle tu as fait éclore la louange » (Psaumes 8:3).[295]

Environ trois mois plus tard, A reçoit une longue lettre d'un des « frères réfléchis » de Lynn, qui pense détenir la clé du nombre 666. A la juge adaptée : elle « s'ajuste à la serrure » en tous points. Le raisonnement rapporté part du fait que Jésus, qui a donné cette révélation (Apocalypse 1:1), savait que le symbole ne serait compris qu'à l'époque présente, puisque l'image n'a été faite qu'en 1846. Il savait aussi que l'anglais serait la langue d'environ quatre cinquièmes de ses enfants en quête de vérité au « temps de la fin », et que peu de sages, de puissants ou de savants figureraient parmi le « petit troupeau ». Le nombre doit donc pouvoir être calculé par tous, comme les autres nombres symboliques de Daniel et de l'Apocalypse, et la méthode consiste à l'appliquer aux lettres anglaises. Une note précise que cette application, la première en anglais connue du rédacteur, est reproduite pour son intérêt historique. Elle ajoute que, les plus anciens manuscrits grecs écrivant le nombre « six cent soixante-six » en toutes lettres, toute explication fondée sur « six plus six plus six » est jugée inacceptable, et que Russell a approuvé plus tard, dans les Études dans les Écritures, volume VII, l'explication qui y figure.[296]

Le nombre est d'abord appliqué à la première bête. Le « système » que Paul appelle l'homme de péché, en anglais « Roman Catholic power », donne 666 selon la valeur attribuée aux lettres. Il en va de même pour « Roman Catholic Beast », pour « Roman Catholic women » (la « femme » d'Apocalypse 17:18), pour « Holy Catholic Church », nom que la papauté se donne, et pour « The Mother of Harlots », la « mère des prostituées » d'Apocalypse 17:5. La seconde bête voulait porter exactement le même nom et revendiquait le droit exclusif à « Holy Catholic church ». Elle est aussi connue sous les noms « English State Church », « The Episcopal Church », « Episcopalian Church » et « The Church of England », qui donnent tous 666.[297]

Cette solution paraîtra à certains trop simple pour être retenue. Dieu agit pourtant ainsi, cachant la vérité sous le voile de sa simplicité, de sorte qu'elle semble folie au Grec (le sage selon le monde) et soit puissance et sagesse de Dieu pour ceux qui croient (1 Corinthiens 1:23). Ceux-là croient non sans preuves, mais sur la preuve la plus solide, l'accord de la Parole de Dieu.[298]

L'image oblige tous ceux qui se disent liés à elle, ou qu'elle reconnaît le droit de « vendre et acheter », c'est-à-dire d'enseigner, à adopter un credo qui les marque du nom de la bête ou du nombre de son nom. Beaucoup prennent le nom en récitant dans leur credo « Je crois en la sainte Église catholique », ce qui donne 666. Épiscopaliens, méthodistes, presbytériens et d'autres se marquent ainsi ouvertement sur le front par leurs credo. D'autres soutiennent le principe général en s'organisant sous divers noms de sectes (la marque sur la main). Une fois réunies dans l'image, car nul n'entre dans l'Alliance évangélique sans appartenir à une telle secte, toutes sont désignées collectivement comme les « Protestant Churches », autre expression qui donne 666. Un groupe qui s'organiserait, même en protestant plus que tout autre contre les erreurs de Rome, de l'image et de la seconde bête, ne serait pas compté parmi les Églises protestantes, faute d'être reconnu comme orthodoxe. À qui demanderait s'il s'agit d'une Église protestante, on répondrait qu'elle n'est pas « évangélique » et n'a pas de credo permettant à l'Alliance de trancher.[299]

B trouve cela remarquable. Il voit que certains portent la marque sur le front par leurs credo, leurs formes et leurs titres. Il voit aussi que beaucoup des plus ardents travailleurs de l'Église nominale œuvrent pour leur propre branche de l'image, et que ce qui se donne pour un travail pour Jésus peut être un dévouement à l'édification d'une secte ou à une charge imposée par des hommes. Il demande cependant de distinguer ces organisations des personnes qui y sont liées et dont certaines paraissent avoir beaucoup de l'esprit du Christ. A approuve. Il ajoute qu'un bon nombre de personnes, encore rattachées à ces organisations marquées par la bête, en désapprouvent le fond, tiennent pour antichrist tout ce qui prend la place du vrai chef de l'Église et refusent d'adorer conférences, presbytères ou papes pour « adorer Dieu ». Elles découvrent que l'appartenance à la vraie Église, dont les noms sont écrits au ciel, ne dépend pas de l'exclusion prononcée par les organisations humaines, et que la vraie communion des saints repose sur l'amour et l'intérêt commun pour le chef, non sur des credo.[300]

B demande ensuite si l'Église juive, tenue pour l'ombre de l'Église nominale de l'Évangile, offre un parallèle au culte de l'image. A répond que Israël a été emmené captif à Babylone, où une image a été dressée et où tous ont reçu l'ordre de l'adorer. Babylone est un type de l'Église nominale, d'où le nom donné à celle-ci dans l'Apocalypse. La papauté était « Babylone la GRANDE » (Apocalypse 17:5), mais au temps de la « moisson » le Seigneur nomme Babylone l'ensemble du système, car toutes les réformes n'ont été que partielles. Comme dans le type, l'ordre d'adorer le chef de Babylone (la papauté) vient d'abord, puis celui d'adorer une image. Dans le premier épisode, Daniel seul refuse d'adorer un autre que le vrai Dieu (Daniel 6:7). Dans le second, trois « Israélites véritables » refusent d'adorer l'image (Daniel 3:18). Les vrais croyants qui n'adorent pas l'image seraient de même trois fois plus nombreux que ceux qui n'adoraient pas la bête.[301]

Pour leur refus, les trois furent jetés dans la fournaise ardente. Dans l'antitype, ceux qui n'adorent pas l'image sont liés, entravés, leur influence limitée, et ils se trouvent vite dans une « fournaise » de tribulation, dans leur famille, leur communauté ou leurs affaires. Ce sont ceux que l'Apocalypse dit « tués » et empêchés d'acheter et de vendre. Ils ne sont pourtant pas atteints par le feu : il apparaîtra bientôt qu'ils ne sont pas liés et qu'avec eux se trouve la forme du quatrième, le vrai chef. Ceux qui ne s'inclinent pas quand tous s'inclinent, sourds à la musique enchanteresse du moment (Daniel 3:6), sont les vainqueurs. Comme dans le type la délivrance est venue, la délivrance viendra dans l'antitype, avec la gloire de la première résurrection, pour ceux qui « n'ont pas adoré la bête ni son image et n'ont pas reçu sa marque sur leur front ni sur leur main : ils vécurent et régnèrent avec le Christ mille ans » (Apocalypse 20:4-6). Le texte se termine par quatre vers invitant à oser être un Daniel, à tenir seul et à affirmer ouvertement sa décision.[302]

Rançon ou pardon : lequel ?

Faute de distinguer la rançon du pardon, beaucoup de chrétiens cultivés citent des textes sur le rachat de la tombe, de la mort ou « à prix d'argent », par le sang précieux du Christ, et parlent dans le même souffle du pardon gracieux de toutes les offenses du Père. Or ces deux idées sont présentées comme exactement opposées.[303]

Le dictionnaire de Webster est invoqué pour les définitions. Rançonner, c'est racheter de la captivité ou libérer en payant un équivalent. Racheter, c'est reprendre possession en payant un prix fixé. Pardonner, c'est remettre la peine, laisser passer sans punition, s'abstenir d'exiger une peine. Les deux ne peuvent pas être vrais de la même chose. Si Jésus a racheté les hommes en payant un équivalent, Dieu ne les a pas pardonnés : il n'a pas laissé les péchés passer sans punition, mais a « fait retomber sur lui l'iniquité de nous tous » (Ésaïe 53:6), car « le Christ est mort pour nos péchés, selon les Écritures » (1 Corinthiens 15:3).[304]

La confusion vient de l'emploi de « pardonner » et de « remettre » comme synonymes. Selon Webster, « remettre » (forgive) signifie d'abord abandonner, céder, cesser de ressentir du ressentiment, cesser d'imputer, et seulement ensuite, au sens courant, pardonner. Remettre dit donc moins que pardonner : une créance est cédée à un autre. Jéhovah a ainsi cédé à Jésus les droits de la Justice sur l'humanité, et Jésus a acheté les hommes de son sang précieux. Les hommes ont été réconciliés avec Dieu par la mort de son Fils parce que Dieu a cessé de ressentir du ressentiment envers eux, la rançon prévue par lui-même ayant été payée. « Dieu était dans le Christ, réconciliant le monde avec lui-même, ne leur imputant pas leurs offenses » : les péchés avaient été imputés à l'humanité jusqu'à la mort de Jésus, puis Dieu a cessé de les imputer. Dieu n'a pas pardonné, c'est-à-dire renoncé à exiger la peine. Le Christ a porté nos péchés en son corps sur le bois (1 Pierre 2:24), et Dieu remet librement pour l'amour du Christ, parce que celui-ci a payé la peine et pleinement satisfait la Justice.[305]

Dieu n'a pas voulu détruire les hommes, ni Jésus apaiser sa colère. L'amour de Dieu pour le monde est la cause du rachat : « Dieu a tant aimé le monde qu'il a donné son Fils unique ». Tout le plan vient de Dieu (Romains 11:36). Dieu n'a pas non plus contraint le juste à mourir pour les injustes, car la Justice ne pourrait punir l'un pour le péché d'un autre. Jésus a donné sa vie de lui-même, non par crainte de la colère divine ni par contrainte, mais pour la joie qui lui était réservée : la promesse d'une haute exaltation, la gloire, l'honneur et l'immortalité, la joie de racheter et de rétablir l'humanité et d'amener beaucoup de fils à la gloire. Il « a souffert la croix » (Hébreux 12:2).[306]

Les mots grecs apoluo, aphiemi et aphesis, traduits par « remettre », « remis » et « rémission » dans le Nouveau Testament, ont le même sens que les mots français correspondants. Selon Young, ils signifient « laisser aller » ou « renvoyer ». Ils ne veulent pas dire renvoyer sans équivalent ni libérer le pécheur sans condition. Dieu libérera les prisonniers de la mort parce qu'il a trouvé une rançon (Job 33:24). Jésus s'est donné en rançon (prix équivalent) pour tous (1 Timothée 2:6), et tous ceux qui sont dans les tombeaux, prisonniers de la fosse, entendront sa voix et en sortiront.[307]

Le mot « pardon » n'apparaît pas dans le Nouveau Testament, mais un mot grec de sens voisin, charizomai (écrit « Karazomai » dans le texte), signifie remettre gratuitement. Il n'est employé que douze fois, et ses emplois confirment l'idée que Dieu ne pardonne pas sans condition. Quatre passages décrivent un pardon gratuit : « vous pardonnant les uns aux autres… comme le Christ vous a pardonné » (Colossiens 3:13), et dans la parabole de Luc 7:42-43, celui qui, n'ayant rien à payer, a fait grâce de la dette aux deux débiteurs, et celui à qui il a été le plus remis. Dans ces cas, celui qui remet librement est le Christ ou les disciples, non Jéhovah. Jésus était en train de payer le prix de rançon de Simon, de Marie et d'autres, et, sachant que la Justice serait satisfaite, pouvait pardonner librement en tant qu'acheteur.[308]

Le raisonnement final porte sur la justice de Dieu. Si la peine de mort infligée à l'homme était juste il y a 6000 ans, elle l'est toujours et le sera toujours. Si elle était trop sévère et que Dieu en dispensait le pécheur, cela prouverait que Dieu était ou est injuste. Puisqu'il était juste de priver l'humanité de la vie à cause du péché, il serait toujours injuste de la rendre sans que le péché ait été payé et annulé. Seul un être de même nature, dont le droit à la vie n'avait pas été perdu, pouvait le faire en se donnant comme substitut ou rançon. Selon l'Écriture, « il n'y a point de juste, pas même un seul » : nul n'a donc droit à la vie devant la justice, et Dieu ne pouvait justement accorder pardon et vie à ceux que sa propre Justice avait condamnés. La Miséricorde et l'Amour ne peuvent l'emporter sur la Justice : l'Amour a fourni la rançon (1 Jean 4:10), et la Miséricorde se sert du même Christ, tête et corps, pour bénir le monde des hommes. Deux vers affirment la fermeté de la Justice, « comme les montagnes gardent leurs fondations ».[309]

Ce principe de justice fonde la confiance dans toutes les promesses de Dieu, qui est le même hier, aujourd'hui et toujours, sans variation ni ombre de changement (Jacques 1:17). S'il avait condamné à l'époque d'Adam puis annulé sa décision 6000 ans plus tard, rien n'assurerait qu'il ne changerait pas encore et ne renverrait pas les hommes en prison de la mort en révoquant le pardon de certains ou de tous. L'unique fondement de l'espérance est que le Christ est mort pour les hommes.[310]

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Références

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