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La Tour de Garde de avril 1882

De Tj-encyclopédie
La Tour de Garde de avril 1882
Revue La Tour de Garde
Date 1882
Auteur(s) John C. Sunderlin, Benjamin W. Keith, William I. Mann
Année 1882
Langue Anglais
Pays États-Unis
Éditeur Charles Taze Russell

Les lecteurs y apprennent que tous les membres du groupe, hommes et femmes, prêchent. Un livre est en préparation pour exposer leurs positions. Plusieurs études bibliques traitent de la venue du Christ et de l'appel des chrétiens. Elles portent sur le prologue de l'Évangile de Jean, sur l'annonce du retour de Jésus en Actes 1:11, sur « cette génération » de Matthieu 24:34 et sur les paraboles du festin. Une série d'articles sur les sept Églises de l'Apocalypse commence.

La date du 2 octobre 1881 revient dans plusieurs articles. Ce jour-là, la porte de l'appel céleste est déclarée fermée. On ne doit donc plus inviter personne à rejoindre la classe qui régnera avec le Christ. Ceux qui sont déjà entrés doivent se préparer pour les noces. Ceux qui s'intéressent au message après cette date sont placés dans la même situation qu'Abraham. Le pogrom contre les Juifs de Russie est présenté comme un signe de la présence du Christ. La mort du président Garfield, malgré les prières de toutes les Églises, est aussi donnée comme un signe.

Le groupe refuse de porter un nom de dénomination. Il n'a pas d'autre credo que la Bible. Les Églises sont accusées d'empêcher leurs fidèles de réfléchir. Elles occupent leur temps avec des réunions et des kermesses. La doctrine du tourment éternel est rejetée comme contraire à l'amour de Dieu. Pour le montrer, le numéro cite un sermon de Jonathan Edwards.

Analyse

Croyances

La Bible seule et un Dieu d'amour contre les credos

À la question du nom qu'ils se donnent, les Étudiants de la Bible répondent qu'ils n'en ont pas. Ils refusent aussi tout credo, et se disent prêts à modifier leur croyance quand la lumière augmente.[1] Raymond Franz cite cette réponse d'avril 1882. Elle montre selon lui l'état d'esprit des premiers Étudiants de la Bible : aucun « enclos » de croyances, aucune règle pour exclure ceux qui pensent autrement.[2] George Storrs, que Russell lisait, refusait déjà le titre de « révérend », les noms de dénomination et les credos. Il voyait dans ces credos l'œuvre d'hommes faillibles. Sa congrégation de Philadelphie s'appelait simplement « Église de Dieu ».[3] La phrase de John Bunyan contre les noms de parti, venus « de l'enfer et de Babylone », vient de Paroles pacifiques et vraies. Bunyan y répondait aux critiques de son livre sur le baptême et la communion.[4]

Les credos sont accusés de déformer le caractère de Dieu.[5] Le tourment éternel est le principal exemple de cette déformation. Si Dieu est amour, il ne peut pas torturer ses créatures sans fin. Il a le droit de leur retirer la vie, mais seul un démon infligerait un tourment sans espoir.[6] Storrs avait écrit un sermon intitulé « Dieu est amour ». Il y affirmait que toute doctrine contraire à cet amour est fausse. Faire mourir le pécheur était même, pour lui, une preuve d'amour, puisque la mort lui épargne une souffrance sans fin.[7] Russell avait suivi un chemin personnel vers cette conclusion. Selon Penton, il se demandait depuis son adolescence comment un Dieu d'amour pouvait punir les pécheurs par des tourments infinis.[8] Il en avait conclu qu'il y avait « quelque chose de faux » dans la Bible ou dans « nos credos » bâtis sur elle.[9] Le lien entre le refus des credos et le refus de l'enfer remonte donc à sa propre crise de foi.

La réponse sur Matthieu 25:46 retourne l'argument favori des défenseurs de l'enfer. Ceux-ci observent que le même adjectif grec qualifie la peine et la vie. Ils en déduisent que la peine dure aussi longtemps que la vie.[10] La rédaction accepte cette égalité de durée. Elle change seulement la nature de la peine : la mort sans résurrection, opposée à la vie éternelle.[11] Jonathan Edwards est cité de mémoire, sans titre de sermon ni date.[12] Son sermon le plus célèbre sur l'enfer, Les pécheurs entre les mains d'un Dieu en colère, fut prêché à Enfield, dans le Connecticut, le 8 juillet 1741, pendant le Grand Réveil.[13] La rédaction prend Edwards comme exemple d'un esprit faussé par le credo. Elle juge qu'un chrétien heureux de voir souffrir les damnés serait pire qu'un démon.[14]

Le Fils, la rançon et deux formes de salut

Le commentaire de Jean 1:1 donne trois sens successifs au mot « logos ». C'est d'abord le plan de Dieu, puis l'expression de ce plan, c'est-à-dire la création du Fils, enfin le messager qui fait connaître le plan.[15] Dans la ligne mot à mot de l'Emphatic Diaglott, Benjamin Wilson plaçait « un dieu » sous le mot grec theos de ce verset, à cause de l'absence d'article.[16] L'auteur de l'article ne prend pas ce chemin. Il explique que le mot « Dieu » signifie « puissant ». Il s'applique donc aussi aux anges, aux hommes et même à Moïse (Exode 7:1).[17] Seul le nom de Jéhovah reste réservé au Père. La version anglaise courante le fait disparaître en le rendant par « le Seigneur ».[18] Le Psaumes 82:6 sert à appeler « dieux » les membres de l'Église. Penton relève qu'en décembre 1881, un article intitulé « Vous êtes des dieux » partait du même verset. Les croyants engendrés à la nature divine y étaient appelés des êtres divins, Jésus étant le premier-né.[19] En avril 1882, une précision s'ajoute : ces « dieux » meurent comme les autres hommes.[20]

La vie de Jésus est découpée en trois états. Il est d'abord un être spirituel auprès du Père. Il devient ensuite un homme parfait. À trente ans, lors de son baptême, il reçoit l'engendrement à la nature divine, qu'il n'avait jamais eue.[21] Bernard Blandre montre que George Stetson, qui prêchait à Allegheny en 1872, distinguait déjà le Jésus homme mort sur la croix du Christ ressuscité à l'état spirituel.[22] L'homme Jésus est appelé la seconde création humaine directe après Adam.[23] Il est donc l'égal exact d'Adam avant la faute. Il peut ainsi payer la rançon pour lui. Russell disait avoir compris en 1872-1873 que la rançon était un « prix équivalent » payé pour tous. Il y voyait l'appui de l'espérance d'une restauration de tous les hommes.[24] La parabole de la mine d'or, signée par John C. Sunderlin, reprend cette idée sous forme de récit. Le Christ paie le prix, et ceux qu'il a libérés doivent tout abandonner pour devenir ses associés.[25]

Le salut prend alors deux formes. Réconcilier, c'est remettre d'accord deux êtres qui existent déjà, Dieu et l'homme. Aucun d'eux ne change de nature. La rançon rend donc à l'homme l'humanité parfaite qu'il avait perdue.[26] Seuls ceux qui sacrifient leur nature humaine pendant l'âge présent reçoivent la nature divine. C'est le sens donné à l'expression « grâce pour grâce » de Jean 1:16.[27] Selon Schulz et de Vienne, Russell en vint en 1877, au temps de sa collaboration avec Barbour, à donner à l'Église une nature distincte et céleste. Le reste de l'humanité devait vivre dans un paradis terrestre.[28] Ils notent aussi que le livre de Henry Dunn sur le destin de la race humaine était reconnu par Storrs et par Russell comme une aide pour penser « deux saluts ».[29] Ce partage reçoit ici une conséquence pratique. Celui qui ne s'est jamais consacré se retrouve dans la situation d'Abraham. Il n'a plus à sacrifier ses plaisirs innocents et doit seulement mener une vie droite en attendant le règne de justice.[30] Robert Crompton résume ce point chez Russell : ne pas être choisi pour le « haut appel » ne signifie pas être condamné, car le jugement du monde n'a lieu qu'au millénium.[31]

Le Christ déjà présent et la fin de l'âge

L'article de Benjamin W. Keith sur Actes 1:11 porte sur l'expression grecque hon tropon, « de la même manière ». Keith relève trois autres passages où elle apparaît. Il en conclut qu'elle ne décrit pas une manière identique. Elle exprime seulement une certitude : Jésus reviendra aussi sûrement qu'il est parti.[32] Le verset ne dit donc rien de la manière du retour.[33] En février 1881, le même verset servait au contraire à montrer que le Christ revient en silence, sans que le monde le remarque.[34] Tony Wills résume ainsi la lecture de Russell : le Christ revient « de la même manière » qu'il est parti, sans bruit et sans éclat.[35] Les adversaires de cette doctrine lisaient la même expression comme l'annonce d'un retour visible et corporel, au mont des Oliviers.[36] Keith retire au verset le rôle de preuve et le neutralise. Il renvoie la question de la manière à d'autres textes.[37] Keith est aussi celui qui avait remarqué, dans l'Emphatic Diaglott, que le mot parousia y était rendu par « présence ».[38] Penton fait remonter l'idée d'une présence invisibleà des commentateurs britanniques comme Henry Drummond et Robert Govett, qui lisaient déjà parousia comme « présence ».[39] Raymond Franz note qu'une présence invisible est presque impossible à réfuter. Elle permettait aux adventistes liés à Barbour de garder la date de 1874 tout en reconnaissant s'être trompés sur les événements attendus.[40]

Le Roi étant présent, la fin de l'âge est déjà arrivée. John C. Sunderlin le montre à partir de « cette génération » de Matthieu 24:34. Il oppose le mot « génération » à la « régénération » de Matthieu 19:28. Jésus serait donc présent avant la régénération, et avant que les gens de l'âge actuel ne disparaissent.[41] Nelson Barbour, en 1871, appliquait le verset à la génération qui avait vu l'obscurcissement du soleil de 1780 et la pluie d'étoiles filantes de 1833.[42] En 1877, Three Worlds parlait de la génération « qui voit ces choses », c'est-à-dire la dernière.[43] Les commentateurs protestants les plus lus, comme Albert Barnes, voyaient dans « cette génération » les contemporains de Jésus et la destruction de Jérusalem. John Gill y lisait la fin de l'État juif.[44] Sunderlin écarte aussi l'idée d'un accomplissement lors de la Transfiguration.[45] Il juge que l'Évangile a déjà été prêché au monde entier. Le verbe grec de « alors viendra la fin » signifierait « être là », d'après la concordance de Young.[46] Sunderlin présente cette lecture comme un argument contre ceux qui placent le retour du Christ après le millénium.[47]

La série sur les sept Églises de l'Apocalypse donne à cette fin de l'âge sa place dans l'histoire. Les sept messages s'adressent à sept périodes successives de l'Église. Éphèse est celle des apôtres.[48] Richard C. Trench rattachait cette lecture à Joseph Mede et à Campegius Vitringa. Pour eux, les sept lettres traçaient l'histoire de l'Église de l'ascension au retour du Christ.[49] Penton rappelle que Three Worlds présentait déjà les sept Églises comme sept âges, Laodicée formant la dernière phase.[50] Le nom des « Nicolaïtes » est rapproché en grec de deux mots, « vaincre » et « peuple ». On y voyait souvent une critique d'un clergé qui domine les fidèles. Une autre explication en faisait un jeu de mots avec Balaam.[51] L'article retient les deux à la fois. Les Nicolaïtes désignent ceux qui aiment dominer sur l'héritage du Seigneur.[52] La lumière abondante du temps présent est attribuée au retour du Christ, présent en personne dans son Église.[53]

L'actualité lue comme preuve de la présence

William I. Mann cherche des signes de cette présence dans les journaux.[54] Le président Garfield fut blessé par balle par Charles Guiteau le 2 juillet 1881, et mourut le 19 septembre suivant. Guiteau présentait son crime comme « l'acte de Dieu ».[55] Pour Mann, le procès de l'assassin discrédite la profession chrétienne.[56] Les prières de toutes les Églises et du pape pour la vie du président sont restées sans effet. Mann y voit la preuve que Dieu a abandonné Babylone.[57] L'historien Paul Boyer a montré comment les croyants prophétiques américains lisent l'actualité comme des « signes des temps ».[58] Babylone désigne ici toutes les Églises, catholique et protestantes ensemble.[59] George Chryssides note que le protestantisme de l'époque réservait ce nom à l'Église catholique, alors que Russell l'appliquait à « l'Église nominale ».[60] Blandre signale cependant que certains auteurs protestants plus anciens, comme John Bacon, voyaient déjà le protestantisme dans une bête de l'Apocalypse.[61]

Les pogroms de Russie sont lus comme le « temps de la détresse de Jacob » de Jérémie 30:7.[62] En 1877, Three Worlds appliquait déjà ce verset aux douze tribus délivrées pendant le temps de détresse, l'épouse du Christ y échappant.[63] En avril 1882, la détresse annoncée est rattachée à des faits datés et chiffrés.[64] Ces pogroms donnèrent naissance en 1881 au mouvement des Amants de Sion, qui encourageait l'installation des Juifs en Palestine.[65] Zoe Knox explique que Russell voyait dans les persécutions en Roumanie et en Russie, et dans l'émigration qui en résultait, des signes du retour de la faveur divine envers Israël.[66] Mann ajoute deux précisions. L'émigration vers l'Amérique n'est pas le retour annoncé. Le rassemblement se fera « un à un » (Ésaïe 27:12), en plus de trente ans.[67] En juin 1880, la revue plaçait la fin des temps des Gentils environ trente-cinq ans après le printemps 1880.[68] En juillet 1880, la revue mettait en garde contre les projets de colonies en Palestine, menés par des chrétiens de Nouvelle-Angleterre.[69] En avril 1882, les travaux d'amélioration en Palestine sont au contraire présentés comme l'œuvre du Seigneur présent.[70] Mann reste prudent sur les chiffres. Il juge les rapports sur les pogroms sans doute exagérés.[71] Le mouvement s'intéresse alors au retour des Juifs comme preuve de la présence du Christ.[72]

1881 : la porte fermée et le tri des appelés

Les deux articles sur les paraboles des noces donnent une date précise à la fin de l'appel : le 2 octobre 1881.[73] En décembre 1880, ce terme était calculé à partir des sept années de construction du temple de Salomon, ramenées à la période 1874-1881.[74] En mai 1881, la porte qui devait se fermer était celle du haut appel, et non celle de la miséricorde.[75] En avril 1882, la porte fermée devient celle de la salle du festin, et non celle du royaume.[76] Personne ne peut plus être engendré de l'Esprit. Ceux qui étaient déjà entrés gardent le temps de se préparer au mariage.[77] Il n'est plus convenable d'inviter quelqu'un à ce festin.[78] Melvin Curry, cité par Penton, juge que l'annonce de cette échéance avait détourné les lecteurs de la déception de 1878. Elle avait aussi poussé à prêcher davantage.[79] Penton ajoute que Russell attendait pour 1881 l'enlèvement des saints, dont il pensait faire partie.[80] Selon Schulz et de Vienne, l'enlèvement ne s'étant pas produit, Russell conclut que quelque chose d'autre s'était passé : la porte s'était fermée.[81]

La porte fermée ouvre une inspection des invités.[82] Le vêtement de noces y désigne le seul mérite du Christ, dont il faut être revêtu après avoir été racheté.[83] En octobre 1879, le même vêtement désignait le caractère chrétien, et non une doctrine exacte.[84] L'inspection sépare trois groupes. Les vainqueurs forment l'épouse. La grande foule d'Apocalypse 7:9 forme les compagnes de l'épouse. Le petit groupe sans robe est jeté dans les ténèbres du monde.[85] Les « vierges, ses compagnes » du Psaumes 45:14 servent à nommer la grande foule, invitée au souper après les noces.[86] Storrs distinguait déjà un « petit troupeau » de saints et une « grande foule » rassemblée dans un âge futur.[87] En 1880, The Day Dawn de Paton relevait que l'épouse n'est jamais nommée dans les paraboles de Jésus, où l'Église paraît comme invitée.[88] En avril 1882, l'épouse se trouve parmi les invités et en sort lors de l'inspection.[89] Penton précise que la « grande compagnie » de Russell reçoit une résurrection spirituelle, mais non la première.[90]

La même date règle le sort des morts. Ceux qui sont morts avant le 2 octobre 1881 ont « dormi ». Ceux qui meurent ensuite sont changés aussitôt, et la mort devient pour eux une bénédiction (Apocalypse 14:13).[91] En janvier 1881, la résurrection des « morts en Christ » était placée en 1874, avec Daniel et l'ordre des prophètes.[92] En avril 1882, l'exaltation des membres endormis est présentée comme déjà accomplie. Celle des membres vivants est annoncée comme imminente.[93] En attendant, ces vivants restent sur terre pour sonner la trompette de la vérité.[94] Penton montre que Manuel Lacunza décrivait déjà les saints vivants enlevés « en un instant », avec les morts ressuscités.[95] Dans l'enseignement du mouvement, la résurrection des saints se trouve ainsi rattachée au calendrier de la fin.[96]

La conduite du croyant

Le texte signé R. W. décrit un croyant purifié. Il n'a pas besoin de commencer ses prières par la confession de ses péchés, car il ne ressent aucune condamnation.[97] L'auteur cite John Wesley.[98] Dans son Exposé simple de la perfection chrétienne, publié en 1766, Wesley présentait la perfection comme un « amour parfait » reçu par la grâce. Ce livre a nourri le mouvement méthodiste de sainteté.[99] En juillet 1880, la revue refusait une sanctification « instantanée, comme certains l'enseignent ». Elle la décrivait comme une purification continue par la Parole.[100] Penton explique que Russell et ses associés voulaient former un petit troupeau par une sanctification progressive du caractère.[101] Le texte de R. W. s'écarte de cette lecture et se rapproche du vocabulaire méthodiste.[102]

La parabole de la corde vient d'une revue méthodiste, le N. E. Methodist.[103] Elle décrit une liberté qui s'exerce dans les limites fixées par Dieu. Sans ces limites, la liberté que donne le péché mène à la chute.[104] Le numéro emprunte ainsi à des auteurs méthodistes alors même qu'il rejette tous les noms d'Églises.[105]


Organisation et histoire

Un groupe sans nom, sans credo et sans clergé

Les lecteurs de la revue n'ont pas de nom propre en 1882. À un lecteur qui demande à quelle confession ils appartiennent, la rédaction répond qu'ils refusent tout nom de secte. Ils ne gardent que des noms généraux, comme « Église du Christ » ou « chrétiens ».[106] Ils n'ont aucun credo qui les lierait entre eux ou qui servirait à exclure les autres. Ils se disent prêts à changer leur croyance à mesure que leur compréhension progresse.[107] Raymond Franz cite cette réponse d'avril 1882. Selon lui, le groupe n'a alors ni « enclos » de croyances ni règle d'exclusion, et ses membres se reconnaissent seulement comme des « étudiants de la Bible ».[108]

Ce refus du nom vient du milieu où le groupe s'est formé. George Storrs, que Russell lisait, refusait déjà le titre de « révérend » et tout nom de dénomination. Sa congrégation de Philadelphie s'appelait simplement « Église de Dieu ».[109] En août 1881, Augustus Bergner, de Newark, déclarait au New York Sun appartenir à « une compagnie de chrétiens qui n'ont pas de nom commun ».[110] À Pittsburgh, Russell avait répondu dès 1876, quand on commençait à l'appeler « Elder Russell », que le groupe continuerait « sans titres », car tous étaient un en Christ.[111]

Pour montrer que ce refus est ancien, la rédaction cite John Bunyan.[112] La phrase vient d'un écrit de 1673 où Bunyan répondait à deux baptistes, T. Paul et W. Kiffin. Ceux-ci lui reprochaient d'admettre à la communion des croyants qui n'avaient pas été baptisés adultes.[113] La rédaction reprend ainsi un auteur qui défendait la communion entre chrétiens de convictions différentes. Elle se dit elle-même en communion avec tous les chrétiens en qui elle reconnaît l'esprit du Christ.[114]

Sans clergé, la prédication revient à tous les membres. Cette explication a été donnée à un pasteur méthodiste qui demandait pourquoi le mouvement se répandait. Les femmes prêchent comme les hommes, chacun selon ses moyens.[115] En mai 1881, la revue jugeait que le silence demandé par Paul aux femmes ne visait que les grandes réunions publiques.[116] En avril 1882, les femmes sont comptées parmi les prédicateurs du groupe. Ces prédicateurs sans salaire sont opposés aux trois quarts du « clergé », accusés de prêcher le tourment éternel pour un salaire.[117] James Penton souligne que le groupe de Russell se distingue alors par cette insistance à former une fraternité de prédicateurs. Il précise que la prédication n'est pas encore le premier devoir des membres : le but principal reste de rassembler un petit troupeau de saints, qui deviennent de « nouvelles créatures » en se sanctifiant peu à peu.[118]

Ce groupe sans clergé suit pourtant de près les Églises de Pittsburgh. Le 6 mars, un docteur Bittinger, de Sewickley, lit un exposé sur le retour du Christ chez Paul devant l'Association évangélique, à la Première Église presbytérienne. La revue y voit un progrès vers ses propres idées.[119] L'orateur est probablement Joseph Baugher Bittinger (1823-1885), docteur en théologie et pasteur presbytérien à Sewickley, près de Pittsburgh.[120] En août 1881, un correspondant du Chicago Tribune rapportait que plusieurs pasteurs « orthodoxes » de Pittsburgh avaient attaqué sans ménagement la prédication de Russell.[121] En mars 1882, la revue répondait encore aux pasteurs qui ordonnaient de brûler ses écrits.[122] L'éloge d'un pasteur presbytérien local tranche avec ces conflits. Le sociologue Joseph F. Zygmunt a étudié la façon dont le mouvement forge son identité en se situant face aux Églises établies.[123]

Des prédicateurs itinérants et des groupes locaux

Les prédicateurs du groupe sont désignés par leur nom et par leur itinéraire. A. D. Jones donne une série de discours à Newark et en prépare à New York et à Brooklyn. Tackabury doit tenir des réunions dans l'ouest de l'État de New York.[124] En mars 1882, la revue annonçait l'arrivée d'un pasteur méthodiste parmi ses prédicateurs. Schulz et de Vienne l'identifient comme Samuel T. Tackabury.[125] Un mois plus tard, il reçoit déjà une région à parcourir.

Les autres prédicateurs travaillent selon leur métier et leur milieu. Graves, voyageur de commerce, prêche dans les trains et distribue Nourriture pour les chrétiens qui réfléchissent[126] depuis six mois. Boyer reste à Pittsburgh pour travailler auprès de ses anciens compagnons du mouvement de tempérance.[127] Au début de 1882, Boyer et Leigh se préparaient encore à prêcher à Pittsburgh.[128]

La tournée de B. W. Keith mène de Buchanan, le 2 avril, à Détroit, le 2 mai.[129] Schulz et de Vienne relèvent que toutes les étapes du Michigan sont des lieux marqués par la prédication de John H. Paton. Buchanan est la ville où Lizzie A. Allen servait de « pasteur ». Almont est la ville de la petite Église de Paton.[130] Or Paton s'est séparé de Russell en 1881 sur la question de la rançon.[131] La tournée de Keith visite donc les lecteurs d'un ancien collaborateur.

Le réseau regarde aussi vers la Grande-Bretagne. Des lecteurs anglais demandent des prédicateurs, et la rédaction juge qu'un ou deux devraient s'établir à Londres.[132] À l'automne 1881, Russell avait envoyé J. C. Sunderlin puis J. J. Bender au Royaume-Uni pour imprimer et faire distribuer Nourriture pour les chrétiens qui réfléchissent. Sunderlin était rentré aux États-Unis début novembre.[133] À Londres, environ 500 garçons avaient distribué la brochure à la porte des églises.[134] En avril 1882, cette distribution a produit des lecteurs, mais aucun prédicateur n'est installé sur place. Les lettres qui arrivent sont nombreuses : « des milliers de lettres venues de toutes les parties de ce pays et de Grande-Bretagne » montrent, selon la revue, que les gens refusent de « cesser de penser ».[135]

Autour de la rédaction, un groupe local se réunit régulièrement. Un ancien d'une Église d'Allegheny City est venu deux fois aux réunions de l'après-midi du groupe. Son pasteur l'a alors visité, puis a fixé une réunion à la même heure dans son Église et lui en a confié la direction.[136] Depuis avril 1881, la revue annonçait des réunions publiques le dimanche à 15 heures au Curry Institute Hall de Pittsburgh, et le mercredi soir au 80 Cedar Avenue, à Allegheny.[137] Une mère de Pittsburgh assiste aussi à ces réunions avec son fils.[138]

Le Mémorial relie ces groupes entre eux. Il tombe le dimanche 2 avril après 18 heures, selon le calcul du numéro précédent. Les groupes de trois personnes ou plus qui le célèbrent doivent l'annoncer à la revue par carte postale.[139] Le numéro de mars 1882 fixait la réunion d'Allegheny chez J. L. Russell, au 80 Cedar Avenue.[140] Keith célèbre de son côté le Mémorial à Buchanan, pendant sa tournée.[141] En 1881, Russell estimait que la commémoration avait eu lieu dans une vingtaine d'endroits. Schulz et de Vienne notent que les groupes ne s'accordaient alors ni sur la date ni sur la manière de la célébrer, et que tous n'envoyaient pas de compte rendu.[142] En 1882, une date unique et une carte de compte rendu donnent à la rédaction un moyen de connaître ces groupes.

L'imprimé au service des lecteurs

La revue vend des livres. L'Emphatic Diaglott est proposé à 1,50 dollar, port compris, pour 83 exemplaires abîmés aux pages de garde. Une centaine d'exemplaires de l'ancien Day Dawn sont soldés à 50 cents.[143] Les lecteurs sont invités à se priver de certains luxes de nourriture ou de vêtements pour acheter ces aides à l'étude.[144] En avril 1881, Day Dawn de J. H. Paton se commandait chez l'auteur, à Almont.[145] Selon Tony Wills, Russell avait demandé ce livre à Paton et en avait confié l'édition à Jones.[146] En 1882, la revue écoule elle-même les derniers exemplaires, après le départ de Paton.

La diffusion repose sur la poste et sur l'abonnement gratuit des pauvres. Les abonnés qui ne reçoivent pas leur numéro, qu'ils paient ou figurent sur la liste des « pauvres du Seigneur », doivent écrire une carte postale.[147] Schulz et de Vienne n'ont trouvé cette gratuité que dans trois périodiques : l'Herald of the Morning, la revue de Russell et le Zion's Day Star.[148] Fin 1881, Russell expliquait que le prix d'abonnement ne couvrait qu'environ les deux tiers des frais du journal.[149]

Plusieurs auteurs signent leurs articles. R. W., J. C. Sunderlin, W. I. Mann et B. W. Keith signent chacun au moins un texte. Un article sur la liberté chrétienne est repris du N. E. Methodist.[150] Mann, Keith et Sunderlin figuraient déjà sur la liste des collaborateurs réguliers de juillet-août 1881.[151] Depuis le début de 1882, tout article doit être approuvé par au moins deux des personnes les mieux informées des Écritures avant d'être imprimé.[152] Les textes signés de ce numéro ont donc passé ce contrôle.

Le projet de Millennial Day Dawn (« Aurore du Millénium ») prolonge ces pratiques. Le livre doit réunir les textes de plusieurs collaborateurs, sans nom d'auteur. Les raisons données sont de freiner l'orgueil de ceux qui « ont écrit un livre » et d'apprendre aux lecteurs à ne s'appuyer sur aucun homme. Le prix doit couvrir seulement le coût, probablement 50 cents relié toile.[153] Le livre remplace Day Dawn, dont l'édition de 1880 est épuisée et qui portait le nom de Paton.[154] À cause de ce projet, la rédaction renonce à republier les numéros d'octobre, novembre et décembre 1881 : leurs trois articles principaux entreront dans le livre.[155] Selon Schulz et de Vienne, la diffusion de Nourriture pour les chrétiens qui réfléchissent avait coûté 42 000 dollars de dons volontaires.[156] Ils notent aussi qu'en 1882 Russell manquait de temps et d'argent pour rééditer tous les numéros que les lecteurs réclamaient.[157]

La « porte » fermée et la consigne donnée aux nouveaux venus

La date du 2 octobre 1881 revient dans plusieurs articles et réponses. Depuis ce jour, personne ne peut plus entrer au festin des noces. Aucune invitation au « haut appel » ne doit plus être lancée.[158] En mai 1881, la revue annonçait que les retardataires seraient accueillis, mais non comptés dans l'Épouse.[159]

En avril 1882, la rédaction précise ce qu'il faut dire à ces nouveaux venus. Celui qui s'est consacré avant le 2 octobre 1881 doit continuer avec plus de zèle. Celui qui ne s'est jamais engagé reçoit le message d'Abraham : vivre honnêtement, en communion avec Dieu, et s'abstenir du péché selon ses forces. Il n'est plus appelé à sacrifier ses plaisirs et ses aises innocents.[160] La prédication du réseau change donc de contenu pour ceux qui découvrent le groupe après cette date.

Les historiens rattachent cette date à une attente déçue. Russell attendait pour 1881 le changement des saints vivants en êtres spirituels.[161] Selon Schulz et de Vienne, ce changement n'ayant pas eu lieu, Russell place à cette date un événement que personne ne peut voir : la fermeture de la porte du haut appel.[162] Melvin Curry, cité par Penton, juge que cette échéance avait aussi poussé les lecteurs à prêcher davantage.[163] Robert Crompton explique que la fin de l'appel en 1881 ne rendait pas la prédication inutile : ceux qui avaient été appelés devaient encore confirmer leur appel.[164] Le sociologue Joseph Zygmunt a étudié comment le mouvement réinterprétait ainsi ses prophéties qui ne se réalisaient pas.[165]


Contenu

Vue depuis la Tour de Garde

La connaissance de l'amour de Dieu et de la grandeur de ses plans est présentée comme en progrès chez ses enfants « véritablement consacrés ». Deux causes sont avancées : le progrès de la civilisation a préparé les hommes à une compréhension moins païenne de l'enseignement biblique, et tous les membres du groupe sont des prédicateurs, « du plus petit au plus grand ». Cette seconde explication a été donnée à un pasteur méthodiste. Les femmes comme les hommes prêchent, chacun selon ses moyens, le Christ crucifié et les bienfaits de sa mort pour chaque homme. Leur prédication, souvent modeste, montre selon la revue la valeur de la rançon mieux que les discours fleuris de trois quarts du « clergé ».[166]

Les prédicateurs du groupe disent prêcher parce qu'ils ne peuvent garder la bonne nouvelle pour eux. Ceux qui annoncent les « mauvaises nouvelles » du tourment éternel sont présentés comme n'y étant poussés que par des salaires plus élevés que ceux qu'ils obtiendraient autrement pour le même travail.[167] Tous ceux qui croient « cette voie » font de la prédication le but principal de leur vie, par la parole, la lettre, l'habit, la manière, le regard et les actes. Tous ont reçu la même mission, fondée sur le commandement d'aller dans le monde entier et sur l'onction décrite en Ésaïe 61:1.[168]

La « bonne nouvelle » est que Jésus est mort et qu'il y a rémission des péchés. Dieu l'a élevé comme « Prince et Sauveur » dont le royaume sera bientôt reconnu sur toute la terre. Pendant son règne, il élèvera les humbles et bénira le monde en le sauvant de la mort et du péché. Les adversaires de ce message n'oseraient pas l'exposer honnêtement, de peur qu'on y voie que « Dieu est amour ».[169]

Certains croyants hésitent à parler de ce plan aux gens du monde, de peur que, libérés de la crainte du tourment éternel, ils ne deviennent pires. La revue juge cette crainte sans fondement. D'une part, les gens ne croient plus à ce lieu et en sont rarement retenus. D'autre part, si peu d'adultes, hors les enfants des écoles du dimanche, deviennent chrétiens parce qu'ils perçoivent la faiblesse des enseignements des Églises. Affirmer que Dieu est tout-puissant, sage et aimant, tout en soutenant que neuf dixièmes de l'humanité, ou même un dixième, gémiront éternellement hors de sa portée, leur paraît contradictoire et absurde.[170]

Un exemple est rapporté dans la ville de Pittsburgh. Une mère, qui assistait aux réunions du groupe, avait un fils peu intéressé par le christianisme. Elle tenta de lui cacher une brochure qu'elle lisait, puis le trouva en train de la lire. Elle craignait qu'en apprenant que le tourment éternel n'est pas une doctrine biblique, il devienne plus indifférent encore. Il déclara au contraire que c'était la chose la plus sensée qu'il eût lue et que, si la Bible enseignait cela, il voudrait être chrétien.[171]

Les ouvriers « publics » du groupe font état de progrès. Frère A. D. Jones donne une série de discours à Newark (New Jersey) et prépare la même chose à New York et à Brooklyn. Frère Tackabury doit parcourir l'ouest de l'État de New York pour tenir des réunions. Frère Graves, voyageur de commerce, prêche aussi dans les trains et distribue des tracts : il a diffusé « Food » (Nourriture pour les chrétiens qui réfléchissent) pendant six mois. Frère Boyer reste à Pittsburgh pour un travail de mission auprès de ses anciens compagnons du mouvement de tempérance et pour étudier la Bible. Frère Keith, après des séjours à Lynn, Newark, Chambersburg et Pittsburgh, part vers l'ouest : un calendrier de visites dans le Michigan est donné, de Buchanan le 2 avril à Détroit le 2 mai. Il doit commémorer à Buchanan, le dimanche soir 2 avril, la mort de l'agneau pascal.[172] Des lecteurs d'Angleterre ont demandé des prédicateurs ; la revue estime qu'un ou deux devraient s'établir à Londres.[173]

Aurore du Millénium

Un nouveau livre, Millennial Day Dawn (« Aurore du Millénium »), est annoncé. Il reprend une partie de textes déjà publiés et beaucoup de matière nouvelle : l'exposé du plan de Dieu, l'explication des principaux symboles de l'Apocalypse, des commentaires sur les « paraboles et paroles obscures » de Jésus et des apôtres, et les preuves bibliques du calendrier qui situent l'époque présente. Il doit aussi servir d'ouvrage de référence sur presque tous les sujets théologiques.[174]

Le livre rassemblera des textes de plusieurs frères connus des lecteurs, sans nommer aucun auteur. Quatre raisons sont données : profiter des talents de chacun, freiner l'orgueil personnel des hommes « qui ont écrit un livre », apprendre aux lecteurs à ne s'appuyer sur aucun homme mais à tout vérifier par la Bible, et mettre en valeur Dieu comme auteur de la vérité. Le prix doit couvrir à peu près le coût et l'envoi, probablement 50 cents pour la reliure toile.[175]

Ce livre est rendu nécessaire par l'épuisement de l'édition de Day Dawn de 1880 et par les « joyaux de vérité » découverts depuis. Le nouveau titre doit se distinguer de l'ancien tout en s'en rapprochant ; il pourra être abrégé en « Day Dawn » une fois l'ancienne édition épuisée. Une centaine d'exemplaires de l'ancien livre, reliés toile, sont soldés à 50 cents.[176]

Les sept Églises

L'Apocalypse est décrite comme une suite de tableaux de l'histoire de la terre depuis la première venue du Christ, souvent en groupes de sept étapes, certains groupes se déroulant en parallèle. Les sept messages aux sept Églises sont donc interprétés comme adressés à sept périodes successives de l'histoire de l'Église. L'accord entre la prophétie et cette histoire est présenté comme une preuve de l'inspiration du livre.[177]

Les sept villes citées en Apocalypse 1:11 auraient été choisies pour la signification de leurs noms. La province romaine d'Asie, dit le texte, tire son nom d'un mot signifiant « boueux » ou « marécageux », ce qui évoque le chemin de l'Église pendant 1800 ans, souvent parcouru dans l'obscurité. Une note de rédaction précise que cette définition, attribuée à un frère Mann, n'a pu être confirmée.[178]

Éphèse, capitale de la province, représente la première période, celle de l'Église du Christ et des apôtres. Les écrits laissés par Matthieu, Pierre, Jacques, Jean et Paul sont tenus pour inspirés, car ces messagers étaient tenus dans la main droite du Christ. Seul l'esprit de celui qui a marché avec son Église peut éclairer les messages ; la lumière actuelle, abondante, est attribuée à sa présence personnelle retrouvée dans l'Église.[179]

Le Seigneur loue Éphèse pour avoir éprouvé ceux qui se disaient apôtres et ne l'étaient pas. Cette épreuve n'était permise qu'à cette Église, qui seule possédait le pouvoir surnaturel de discerner les esprits, comme le montrent Ananias et Saphira, Simon et Élymas. Après la mort de ces hommes doués, l'ennemi a semé l'ivraie parmi le blé, et le commandement était de laisser croître les deux jusqu'à la moisson. Les serviteurs ont néanmoins tenté d'arracher l'ivraie et arraché du blé. À la moisson actuelle, l'ivraie est révélée et liée en « bottes » sectaires avant le feu.[180]

La période d'Éphèse court jusqu'au moment où l'Église commence à perdre son premier amour. Les « Nicolaïtes » dont le Christ hait les œuvres sont expliqués par le sens du nom en grec, que le texte rapproche de Balaam en hébreu : « conquérant » ou « seigneur du peuple ». Ils représentent ceux qui, aux périodes d'Éphèse et de Pergame, aimaient dominer sur l'héritage du Seigneur. L'invitation « Que celui qui a des oreilles entende » signale des messages destinés aux seuls vainqueurs, car deux classes existent dans l'Église : le chrétien nominal et le vainqueur. À ces derniers est promis le repos et la vie « dans le Paradis de Dieu ». L'étude doit se poursuivre dans un numéro suivant.[181]

Aide pour les étudiants de la Bible

L'Emphatic Diaglott est recommandé comme la meilleure aide connue pour l'étude biblique. Il contient le Nouveau Testament grec de Griesbach, une traduction anglaise mot à mot placée sous le texte grec, et une version arrangée d'après trois très anciens manuscrits grecs. Il est jugé la traduction du Nouveau Testament la plus précieuse disponible, tant pour l'étudiant en anglais que pour celui en grec.[182]

Il était jusque-là proposé aux lecteurs au prix de gros de 2,95 dollars (reliure toile), contre 4 dollars au détail. Un lot de 83 exemplaires neufs, seulement abîmés aux pages de garde, est offert à 1,50 dollar, port compris, par ordre d'arrivée des commandes. Les lecteurs sont invités à se priver de certains luxes de nourriture ou de vêtements pour se procurer ces aides.[183]

La ligne invisible

Le texte, repris du N. E. Methodist, affirme que les contraintes de l'Évangile donnent la liberté parfaite. Il l'illustre par le souvenir d'un ouvrier qui réparait le toit d'une grange en marchant sans échafaudage, retenu par une corde attachée à sa taille que le propriétaire tenait de l'autre côté. Lorsqu'il voulait descendre, il criait « Plus de corde ! », et le propriétaire en lâchait un peu ; pour remonter, la corde se tendait. Cette contrainte lui donnait la liberté de travailler sans se tuer.[184]

Dieu laisse de même le croyant aller et venir en lui entourant de ses protections. Ses liens tirent toujours vers le haut. La liberté que le péché donne serait celle qu'aurait l'ouvrier si la corde se rompait : celle de perdre l'équilibre et de tomber. Celui qui accepte les restrictions divines « marchera librement » et aura un témoignage de sécurité et de paix que ni gardes armés ni murailles ne pourraient assurer.[185]

Avis aux abonnés et au sujet du Mémorial

Les abonnés qui ne reçoivent pas leur numéro, qu'ils aient payé ou figurent sur la liste des « pauvres du Seigneur », sont invités à écrire une carte postale. Les retards viennent souvent des bureaux de poste ruraux ou d'adresses incomplètes ou illisibles.[186]

La décision de publier Millennial Day Dawn entraîne l'abandon du projet de republier les numéros d'octobre, novembre et décembre 1881 : leurs trois articles principaux paraîtront dans le livre.[187]

Le dimanche 2 avril, après 18 heures, tombe l'anniversaire du « Souper du Seigneur », daté ainsi selon le calcul du numéro précédent. Les lecteurs sont invités à le célébrer ce soir-là, et les groupes de trois personnes ou plus qui le font sont priés d'en informer la revue par carte.[188]

Nous sommes chers à Dieu

Ce poème, signé R. W., exprime la conviction que les chrétiens qui se rencontrent et se quittent sont « chers à Dieu ». Les futurs « princes » sont décrits comme déguisés, chers à l'Éternel comme son Fils premier-né. Le poème conclut que l'amour doit lier les croyants malgré leurs faiblesses, mener à reprendre avec amour et prière ceux qui regardent en arrière vers les charmes du monde, et pousser à tout faire pour ceux qui sont si chers à Dieu.[189]

Les richesses des saints

Dans une lettre reçue par la revue, un correspondant compare les richesses du « petit troupeau », héritage reçu par le Christ, à une histoire. Endetté, il a été jeté en prison par son créancier. Un ami a racheté la créance et l'a libéré. Cet ami a ensuite acheté une mine d'or pour 100 000 dollars, dont la valeur développée serait de plusieurs millions, et a proposé aux anciens prisonniers de devenir associés à parts égales, lui restant à la direction, à condition qu'ils y mettent tout ce qu'ils ont.[190]

Comme ils ne possédaient que des haillons, l'ami a répondu que leur richesse était leur valeur personnelle : il fallait des personnes de bonne volonté qui consacrent leur temps et leurs talents au développement de la mine, et ceux qui lui doivent de la reconnaissance seraient les plus fidèles. Il les vêtirait de ses propres vêtements le moment venu. Une formation préalable était toutefois exigée, avec connaissance des éléments de la nature et des dangers et souffrances à traverser, avant un travail de direction agréable et profitable. Les termes ont été signés devant témoins.[191]

Dans cette parabole, l'homme est en faillite et en prison, le Christ paie le prix de la mine, et la copropriété demande de tout abandonner. L'éducation disciplinaire « comme par le feu » représente les conditions de la haute vocation. Peu l'accepteront et peu partageront cette gloire. L'auteur, J. C. Sunderlin, cite Romains 8:18-19 : les souffrances du temps présent ne sont pas comparables à la gloire qui sera révélée.[192]

La Parole de Dieu

Le mot grec « logos », traduit par « parole » en Jean 1:1 et Jean 1:14, est rendu par « intention », « plan », « dessein » ou « expression ». Cette définition est appliquée à plusieurs passages où le même mot apparaît : Actes 10:29, Actes 4:29, Actes 8:4, Actes 18:11, Marc 4:20 et Matthieu 24:35.[193]

Selon cette lecture, « au commencement », quand Jéhovah existait seul, « la parole » est le plan de Dieu. Ce plan est déjà défini et mûri dans sa pensée avant toute réalisation. Dieu a d'abord calculé le coût de son œuvre, tout devant aboutir à son honneur et à sa gloire (Luc 14:28-31 ; Apocalypse 4:11). « La parole était avec Dieu » signifie que le plan n'existait encore que dans la pensée de Jéhovah.[194]

Dans « la parole était Dieu », le mot « logos » désigne aussi l'expression du plan. Cette expression est la création de celui qui est « le commencement de la création de Dieu » et « le premier-né de toute créature », qui devint ensuite l'homme Jésus (Apocalypse 3:14 ; Apocalypse 1:5 ; Colossiens 1:15). Il est maintenant élevé à la nature divine et son nom est « la Parole de Dieu » (Apocalypse 19:13).[195]

Le mot « Dieu » signifie « puissant », sans toujours désigner le Tout-Puissant. Il traduit quatre mots hébreux (el, elah, elohim, adonai) et s'applique aussi bien au Père céleste qu'à Jésus, aux anges et aux hommes (Deutéronome 10:17 ; Genèse 32:24 ; Genèse 32:30 ; Juges 13:21-22 ; Jérémie 16:13 ; Exode 7:1). Dans le Psaumes 82:1, le premier « Dieu » désigne Jéhovah, les autres « dieux » désignent l'Église, les fils de Dieu, dont Jésus est le chef. Les croyants meurent pourtant comme les autres hommes (Psaumes 82:6 ; Jean 10:35 ; 2 Corinthiens 4:11). Le nom « Jéhovah » est présenté comme le nom propre du Père, jamais appliqué à un autre être (Exode 6:3) ; la version courante le perd en le rendant par « le Seigneur ».[196]

Le Fils est appelé « la Parole » parce que Jéhovah a fait connaître son plan par lui. Une coutume orientale est évoquée : le roi, caché derrière un rideau, communiquait ses ordres à un officier appelé « la Parole » ou « la Voix du roi », qui les transmettait aux juges et aux serviteurs. Le mot désigne d'abord le plan de Dieu, puis le messager de ce plan.[197]

Aux versets 2 et 3, le Fils est le premier et le principal des créatures de Jéhovah, honoré comme l'agent par qui tout le reste a été créé. Jéhovah n'a pas de commencement (Psaumes 90:2) ; le « commencement » désigne donc celui de la création.[198]

L'expression « en lui était la vie » est interprétée à partir de la vie de Jésus homme. Après avoir quitté la gloire de sa condition antérieure, il a vécu trente ans comme homme et consacré son être humain à la mort. Il a alors reçu la promesse de son élévation, l'engendrement de l'Esprit à la nature divine, à laquelle il est né à la résurrection. À partir de ses trente ans, il possède cette vie divine qu'il n'avait jamais eue. Cette vie est « la lumière des hommes ».[199]

Le monde ne l'a pas connu, et son peuple, la nation juive, ne l'a pas reçu (Jean 1:10-11). La « vraie lumière qui éclaire tout homme » n'éclaire pas encore tout le monde (Jean 1:9). Elle n'éclaire pour l'instant que ceux du verset 12, qui l'ont reçu et ont cru en son nom. Ceux-là reçoivent le privilège de devenir fils de Dieu, à condition de suivre ses traces en sacrifiant leur nature humaine. Pendant l'âge de l'Évangile, ils sont « des flambeaux dans le monde » (Philippiens 2:15). Le monde ne comprendra la lumière que lorsque Jésus et tous les membres de son corps, qui forment la cité céleste (Apocalypse 21:2), seront comme « une ville située sur une montagne » (Matthieu 5:14). Cette cité sera établie au sommet des montagnes et toutes les nations y afflueront (Ésaïe 2:2 ; Apocalypse 21:24). La vraie lumière éclairera alors tout homme.[200]

Les versets 6, 7, 8 et 15 sont cités à l'appui de cette interprétation. Jean est venu six mois avant le baptême de Jésus et son engendrement à la nature divine, et il annonçait la lumière à venir. Jésus existait avant lui, non comme homme puisque Jean était son aîné de six mois, mais dans sa condition glorieuse d'avant sa vie humaine. Il est venu après Jean en tant qu'Oint, le Christ, Fils de Dieu engendré, au moment de sa consécration et de son baptême typique.[201]

Le verset 14 (« la Parole a été faite chair ») revient en arrière : il raconte comment le Fils a quitté la gloire qu'il avait auprès du Père, abandonné son être spirituel et pris la condition d'homme. Sa « gloire » est celle de son humanité parfaite, qui brillait par contraste avec les hommes imparfaits. Il apparaissait comme le fils unique d'un être parfait. Il est présenté comme une nouvelle création de Dieu, la seconde création humaine directe après Adam, bien que né de la vierge Marie alors qu'Adam fut formé de la poussière. Étant parfait, Jésus est « plein de grâce (faveur) et de vérité » : Dieu lui faisait connaître ses plans.[202]

Le verset 16 (« nous avons tous reçu de sa plénitude ») signifie que les croyants reçoivent la même faveur de Dieu que Jésus, en raison de leur justification par la foi en son sang. « Grâce pour grâce » désigne deux faveurs successives : le passage de l'état de rebelle à celui de justifié, puis l'appel à participer à la nature divine et à être cohéritier de Jésus en souffrant avec lui (Romains 5:2 ; Romains 8:18).[203]

Au verset 17, la Loi donnée par Moïse, ombre des biens à venir, ne pouvait pas donner la vie, personne ne pouvant répondre à ses exigences. La « grâce » est le paiement de la rançon, et la « vérité » la connaissance du plan de Dieu et de la haute vocation. Ces deux faveurs sont propres à l'âge de l'Évangile. L'apparition de Jésus a fait paraître la vie (la « restitution » de l'humanité à la perfection) et l'immortalité (la haute vocation des croyants) (2 Timothée 1:10). Le passage se termine par l'espoir que la connaissance du Sauveur remplira bientôt la terre, et par un appel aux disciples, appelés fils de Dieu comme cohéritiers.[204]

La vérité se répand

Le 6 mars, lors d'une réunion de l'Association évangélique locale dans la Première Église presbytérienne de Pittsburgh, le Dr Bittinger, de Sewickley, a lu pendant plus d'une heure un exposé sur « l'eschatologie de saint Paul ». Sa conclusion est citée. Il y constate l'importance que Paul donne à la venue du Christ, la valeur pratique de cette doctrine pour l'exhortation, la consolation et la vigilance, et le fait que, pour Paul et les premiers chrétiens, le retour du Christ tenait la place du ciel dans la conception populaire. Les premiers chrétiens attendaient un libérateur ; l'Église moderne fuit une colère qui la poursuit. Il demande si la doctrine a perdu sa vertu ou si l'Église s'est éloignée de la foi transmise aux saints. La revue y voit un net progrès vers la vérité et rapproche l'orateur de ceux qui découvrent que le « lit » du credo est trop court (Ésaïe 28:20).[205]

Un réveil est annoncé : des milliers de lettres venues des États-Unis et de Grande-Bretagne montrent que les gens refusent d'« arrêter de penser » ou de « brûler le livre » sur l'ordre des sectaires. Les pasteurs sont accusés de vouloir des troupeaux endormis et de crier au « POISON » dès que les brebis cherchent une nourriture biblique. Les fidèles qui s'adonnent aux plaisirs ou aux affaires du monde ne sont pas inquiétés, mais ceux qui étudient la Parole de leur Père reçoivent des prières, des reproches et des menaces. L'argument « Venez, raisonnons ensemble » (Ésaïe 1:18), « Sondez les Écritures » et l'affirmation que les Écritures « peuvent rendre sage » sont opposés à l'ordre de « cesser de penser » et de devenir des machines dirigées par les écoles de théologie.[206]

L'activité des Églises est présentée comme un piège de Satan : kermesses, fêtes, loteries d'église pour éponger une dette, trois réunions le dimanche et quatre ou cinq dans la semaine. Elle absorbe le temps libre, lasse les gens des choses religieuses et ne leur laisse aucun moment pour étudier la Bible. Les réunions apaisent sans nourrir, et Satan, ne pouvant faire faire le mal, fait travailler les gens au point qu'ils reçoivent peu de bien et aucune vérité. Un exemple est donné à Allegheny City : un ancien d'Église venu deux fois aux réunions de l'après-midi de la revue, repéré comme une brebis près de quitter l'enclos, a reçu la visite de son pasteur. Quelques jours plus tard, une réunion a été fixée à la même heure dans son Église et il en a été nommé responsable. Il existe toutefois des pasteurs honnêtes.[207]

Les lecteurs sont invités à tester leur pasteur en lui demandant de montrer en quoi l'enseignement fondé sur la Bible est faux. S'il répond « arrête de penser » ou « brûle le livre », il ne peut pas répondre honnêtement. Les critiques viennent de la même expérience que celle de Jésus, des apôtres et des réformateurs Knox, Wesley et Luther. Il faut répondre par « Ainsi dit le Seigneur » et demander des preuves bibliques, en étudiant soi-même (2 Timothée 2:15 ; 1 Pierre 3:15). Les pasteurs sont décrits comme n'ayant que leurs titres et leur théologie, avec très peu de connaissance biblique (Ésaïe 29:10-14). Les lecteurs doivent puiser à la source du Berger en chef et donner aux autres sans craindre d'enfreindre un brevet théologique.[208]

Ayez en vous les sentiments qui étaient en Jésus-Christ

Le texte recommande de ne pas s'impatienter envers ceux qui nient la doctrine sur laquelle l'auteur, signé R. W., s'appuie (la sanctification) ou qui mettent en doute l'expérience de ses bienfaits. De bonnes personnes la comprennent autrement, à cause de leur éducation. L'impatience ne ferait que les confirmer dans leur opposition. La sainteté et la vérité provoquent l'opposition la plus forte, qui vient surtout de croyants pratiquants : Jésus fut accusé de blasphème par les Juifs et les pharisiens. Wesley est cité : ceux qui aiment Dieu de tout leur cœur doivent s'attendre à l'opposition de professants installés depuis vingt ans dans une ornière. L'opposition ne doit pas être recherchée, ni crainte, et doit être supportée avec douceur.[209]

Les querelles avec les autres chrétiens sont à éviter : mieux vaut ne rien répondre que s'emporter. Le travail pour le Seigneur laisse peu de temps pour se disputer, selon Collins. Chercher à se justifier de toute critique affaiblit la réputation plutôt que de la défendre. Il faut montrer envers les autres la charité qu'on attend pour soi, sans chercher leurs défauts : ceux qui en trouvent le plus chez les autres en ont généralement le plus eux-mêmes.[210]

Il est conseillé de ne pas trop penser aux opposants, sauf pour prier pour eux ou chercher comment leur présenter la vérité. Le lecteur doit se rappeler qu'il se tenait lui-même sur le même terrain, qu'il a manifesté la même opposition et qu'il a été aussi lent à venir à la vérité. La prière personnelle quotidienne est jugée indispensable, en commençant chaque jour par un temps de communion avec Dieu. Le croyant purifié n'a pas à commencer ses prières par la confession des péchés, puisqu'il vit dans l'acceptation constante de Dieu et ne ressent aucune condamnation. Il mène une vie du Christ, faite de fruits, de victoire sur le tentateur, de paix, de joie et d'espérance.[211]

Le même Jésus

Actes 1:11 est présenté comme un passage très discuté et mal compris : « Cet Jésus, qui a été enlevé au ciel du milieu de vous, viendra de la même manière dont vous l'avez vu aller au ciel. » Pour les lecteurs instruits sur « le Tabernacle et ses enseignements », il n'y a pas à regarder le ciel en attendant de voir Jésus revenir dans la chair. Les yeux de cet âge sont ceux de l'intelligence (Éphésiens 1:18), et même si l'on a connu le Christ selon la chair, on ne le connaît plus ainsi (2 Corinthiens 5:16).[212]

Il en va pour le chef comme pour les membres du corps : Jésus a donné son corps animal en sacrifice, ce corps a été dissous, et il a reçu un corps nouveau, une maison non faite de main d'homme (2 Corinthiens 5:1). Ayant sacrifié sa nature humaine, il a reçu la nature divine. 1 Corinthiens 15:35 et 1 Corinthiens 15:38 sont cités : la semence mise en terre ne reçoit pas le corps qu'elle aura, Dieu donne à chaque semence son propre corps. Le monde, semé avec la semence naturelle (la nature humaine), ressuscitera avec des corps naturels, tandis que la nature divine est une semence nouvelle qui demande un corps nouveau. Avant sa crucifixion, Jésus portait le trésor de la nature divine dans un vase de terre (2 Corinthiens 4:7).[213]

Le mot « même » est absent du passage dans l'Emphatic Diaglott, où il ne figure pas dans le grec. L'expression sur laquelle butent les lecteurs est « de la même manière » (en grec hon tropon). Pour la tester, l'article relève les autres passages où ce terme apparaît : 2 Timothée 3:8 (Jannès et Jambrès résistèrent à Moïse, « ainsi » ces hommes résistent à la vérité), Actes 7:28 (« Veux-tu me tuer, comme tu as tué hier l'Égyptien ? ») et Matthieu 23:37 avec Luc 13:34 (la poule qui rassemble ses poussins). Personne, observe l'auteur, ne soutient une identité de manière exacte dans ces versets, surtout le dernier. Le sens est que, aussi sûrement qu'une chose a été faite, une autre le sera. Dans Actes 1:11, la déclaration des anges revient donc à dire que Jésus est parti comme il l'avait annoncé et qu'il reviendra comme il l'a promis. Le passage ne dit rien de la manière du retour, qui est précisée par d'autres textes. Selon l'auteur, l'« étoile du jour » (en grec phosphoros, « porteur de lumière ») s'est levée (2 Pierre 1:19), et il est contraire aux types de l'Ancien Testament comme aux déclarations du Nouveau d'attendre un retour de Jésus dans la chair. L'homme naturel ne perçoit pas les choses de l'Esprit (1 Corinthiens 2:14). L'article est signé B. W. Keith.[214]

Un regard depuis l'autre côté de la tour de garde

Les « veilleurs » qui sont dans la lumière ont proclamé, il y a quelques années, que le « jour du Seigneur » était venu, que le Roi des rois était arrivé et présent, et qu'il avait commencé à régner. Les signes extérieurs étaient alors très rares, et des moqueurs, comme l'annonçaient les Écritures, ont demandé : « Où est la promesse de sa présence ? » Les veilleurs ont également annoncé que les peuples opprimés se soulèveraient contre les gouvernements, que les « temps du rétablissement » avaient commencé, que les Juifs commenceraient à retourner dans leur pays et que Babylone était tombée, d'où l'appel à en sortir.[215]

L'auteur, W. I. Mann, de Pittsburgh (Pennsylvanie), affirme que les signes se multiplient. Il rapproche 2 Timothée 3:1-7 de l'époque présente : une littérature immonde inonde le pays, la presse quotidienne s'est mise à enrober les faits divers de détails sordides, et des garçons qui n'ont pas encore quinze ans manient le revolver. Les peuples du monde réclament leurs droits comme jamais auparavant, et l'Irlande n'est pas seule dans ce cas. Le tsar de Russie, surnommé « l'empereur reclus » parce qu'il n'ose pas sortir, n'est pas encore couronné, un an après son avènement, des complots ayant été découverts. Faute de pouvoir le tuer, les Russes pillent et massacrent les Juifs. L'article cite un chiffre : 16 000 000 de livres (80 millions de dollars) de biens perdus dans le sud de la Russie, 100 000 Juifs sans abri, 40 meurtres et 225 femmes torturées dans 45 localités où des statistiques fiables ont pu être recueillies. L'auteur pense que ces rapports sont sans doute exagérés.[216]

Ces événements sont interprétés comme l'accomplissement de « le temps de la détresse de Jacob » (Jérémie 30:7, que le texte imprimé cite sous la forme « Jer. 60:7 »). L'émigration des Juifs vers l'Amérique n'est pas le retour dans leur pays : selon Ésaïe 27:12, ils seront rassemblés « un à un », et il reste plus de 30 ans pour achever cette œuvre. Les récents projets d'amélioration en Palestine montrent que le Seigneur présent a commencé aussi ce travail.[217]

Quant à Babylone, plusieurs signes de sa chute sont relevés. Le respect pour les anciens credos disparaît. Chez certains, cela provoque une recherche de la vérité, chez d'autres du scepticisme, de l'insouciance et de l'hypocrisie, et chez les masses l'incrédulité. Le procès de Guiteau, l'assassin du président Garfield, est présenté comme un instrument qui a jeté le discrédit sur la profession chrétienne. L'Église perd son pouvoir, les « étoiles » tombent, et bientôt aucune lumière ne subsistera (Apocalypse 18:23). Les « marchands » (les prêtres) se plaignent que personne n'achète plus leur marchandise. Une coupure du New York Herald montre que certaines dénominations n'ont pas gagné en moyenne un nouveau membre par église durant l'année écoulée, et que le nombre des fidèles ne suit pas la croissance de la population. Un statisticien des missions se réjouit tellement des succès chez les païens, où un chef commande et où tout son peuple est recensé d'un coup, qu'il prétend que le monde sera converti en quelques années si le christianisme tient seulement ses positions chez lui. Mann y voit « l'aveu que ce qui est prêché convient aux sauvages ignorants, mais est rejeté par les gens intelligents et civilisés ». Il estime que les meilleurs esprits ont dépassé les credos : certains, faute de voir toute la vérité, sont partis à la dérive, d'autres attaquent l'erreur avec la lumière qu'ils ont.[218]

Un événement récent prouverait que la maison a été laissée déserte. Presque toute la nation américaine a prié pour la vie du président Garfield, toutes les Églises orthodoxes des États-Unis comprises, et même le pape, dont les prières se sont mêlées à celles d'Ingersoll et des Églises protestantes, sans être exaucées. L'un des deux est devenu infidèle, et l'auteur se demande si ce n'est pas plutôt que la main a écrit sur les murs de Babylone : « Compté, compté, pesé, divisé », et « Ichabod » en lettres de feu.[219]

Cette génération

Matthieu 24:34 (« cette génération ne passera pas que toutes ces choses n'arrivent ») a longtemps embarrassé J. C. Sunderlin, qui pense en avoir trouvé la solution. Les disciples avaient interrogé Jésus sur la destruction de Jérusalem, sur le signe de sa présence et sur la fin de l'âge. L'auteur écarte l'idée que la prophétie se soit accomplie lors de la transfiguration, puisque Jésus a donné des signes allant jusqu'à la fin de l'âge, ce que la transfiguration, six jours plus tard, ne pouvait accomplir.[220]

Jésus ne parlait pas à la foule et s'exprimait en langage clair, sans symbole. Toute la difficulté tient au mot « génération », dont la clé se trouve dans Matthieu 19:28 : « lors de la régénération, quand le Fils de l'homme siégera sur le trône de sa gloire ». Sunderlin comprend que Jésus oppose « génération » à « régénération » : il serait présent avant la régénération et avant que les gens de cet âge ne disparaissent, car, comme aux jours du déluge, ainsi sera la présence du Fils de l'homme. Cette lecture s'accorde selon lui avec l'enseignement du retour avant le millénium et contredit le point de vue d'un retour après le millénium.[221]

Sunderlin demande si « toutes ces choses » sont accomplies, ou presque. L'évangile du royaume a été prêché dans le monde entier pour servir de témoignage, et il juge que c'est fait. « Alors viendra la fin », c'est-à-dire la fin de l'âge, la moisson (Matthieu 13:39). Le verbe grec hèkô est traduit « être venu, être là », d'après la Young's Analytical Concordance. Les lecteurs sont exhortés à ne pas abandonner leurs réunions, à mesure qu'ils voient « le jour » approcher (Hébreux 10:23-25). La fin du jour de l'Évangile est arrivée, un autre « jour » approche (Hébreux 4:8).[222]

Le grand festin

Le grand souper de Luc 14:16-22 (que le texte imprimé cite comme « Luc 4:16-22 », d'après l'Emphatic Diaglott) est distingué du festin que Dieu prépare pour tous les peuples, annoncé en Ésaïe 25:6-9. Ce dernier festin suivra l'établissement de la montagne, c'est-à-dire du Royaume du Seigneur, et apportera le salut de l'ignorance et de la mort adamique. Le festin de la parabole concerne l'âge présent et non le suivant. Il n'est pas destiné à tous, mais aux « élus » parmi les nombreux appelés (Matthieu 22:14).[223]

Les premiers invités sont les représentants de la nation juive. Justifiés de façon typique par des sacrifices typiques, ils étaient considérés comme amis de Dieu. Quand le moment est venu, Dieu a envoyé Jésus, qui à son tour a envoyé d'autres messagers, pour dire : « Le royaume de Dieu est proche. » Le premier appel atteint les prêtres, les scribes, les pharisiens et les docteurs de la Loi, qui connaissaient l'annonce du festin. Les pharisiens, qui aimaient l'argent, se sont moqués de Jésus (Luc 16:14). Ils avaient leurs propres plans et n'en voulaient pas d'autres. Jésus s'est alors consacré aux classes inférieures, « qui ne connaissent pas la loi » (Jean 7:49). Il a dit aux premiers invités que les publicains et les prostituées entreraient avant eux dans le royaume (Matthieu 21:31), et qu'ils verraient Abraham, Isaac et Jacob dans le royaume tandis qu'eux-mêmes seraient jetés dehors. Le peuple l'écoutait avec plaisir (Marc 12:37), mais ceux qui avaient refusé étaient irrités qu'il enseigne le peuple (Actes 4:2), et Jésus leur reprochait de ne pas entrer et d'empêcher d'entrer ceux qui le voulaient (Matthieu 23:13). Cette application des deux premiers appels suit la parabole : une simple mention aux invités, puis, après leur refus, l'invitation aux aveugles, boiteux et infirmes moraux de la même ville. Jésus est venu chez lui, les siens ne l'ont pas reçu, mais ceux qui l'ont reçu ont obtenu le pouvoir de devenir fils de Dieu (Jean 1:12).[224]

Ce second appel est resté le seul pendant plusieurs années, mais les Juifs dignes ne suffisaient pas à remplir le nombre des convives. Le serviteur, qui est le corps du Christ, est alors envoyé hors de la ville, hors de Judée, sur les routes et le long des haies, c'est-à-dire chez les Gentils, pour les presser d'entrer. Le mot rendu par « contraindre » dans l'ancienne version est traduit « presser » dans le Diaglott. Le serviteur qui appelle le monde est toujours le Christ, tête ou corps, et celui qui guide le Christ est toujours le Saint-Esprit (Matthieu 16:15).[225]

Les lecteurs se situent dans ce troisième appel. Les Gentils étaient enfants de colère, étrangers à la communauté d'Israël, mais le sang du Christ les a rapprochés de Dieu. Justifiés par la foi, ils portent la robe de la justice du Christ. Le festin auquel ils sont invités est spirituel et porte sur des biens à venir. Il commence dès que l'on accepte l'appel, par l'espérance et la foi, et suppose de renoncer aux espoirs et aux buts du monde, dans la mesure où l'on s'en détache. L'invitation est restée ouverte tout au long de l'âge, jusqu'à la fermeture de la porte, le 2 octobre 1881. Depuis cette date, personne ne peut plus entrer au festin spirituel, c'est-à-dire être engendré de l'Esprit et capable de comprendre les choses spirituelles. Ceux qui sont dans la salle des invités ont encore du temps pour poursuivre leur préparation au mariage. Un autre festin se prépare pour tous les peuples.[226]

Venir à ce festin entraîne le mépris du monde et la perte de son estime. Aux joies de la promesse s'ajoute le calice de l'épreuve et de la mort, comme pour la Tête, Jésus (Marc 10:39). Depuis la fin du troisième appel, il n'est plus convenable d'inviter à ce festin : la porte est fermée définitivement. Tous les invités étant entrés, le festin réel, la réalisation des espérances, est proche.[227]

Le festin des noces

La parabole de Matthieu 22:1-7 (roi qui prépare des noces pour son fils) est jugée peut-être identique à celle de Luc, peut-être non, mais elle couvre dans les deux cas le même temps, l'âge de l'Évangile. Jésus a d'abord invité Israël en tant que nation, représentée par les dirigeants et les chefs des prêtres, par l'intermédiaire de ses disciples. Ceux-ci ont été ignorés. Un second message, envoyé à la Pentecôte par d'autres serviteurs, a lui aussi été méprisé, et plusieurs apôtres ont été insultés et tués. Avant la Pentecôte, les disciples étaient de simples hommes justifiés. Depuis ce jour, ils sont de NOUVELLES créatures engendrées de Dieu (1 Pierre 1:3). La ville, c'est-à-dire l'organisation politique juive, a été livrée au « feu » de la colère et détruite par l'armée de Titus en 70. Comme dans Luc, deux invitations ont été faites aux Juifs, et la troisième, l'appel de l'Évangile dans l'âge présent, s'adresse aux Gentils.[228]

Les « chemins publics » où les serviteurs rassemblent « bons et mauvais » représentent le monde des Gentils, où l'invitation est lancée depuis plus de 1 800 ans. Tous reçoivent une robe, la justice du Christ, si bien que leur condition passée n'importe pas : tous sont à égalité au festin, pourvu qu'ils soient revêtus par la foi de cette justice. Comme chez Luc, le festin est à la fois présent, fait d'espérance et de joie mêlées d'amertume, et futur, fait du partage de la joie éternelle avec Jésus. Il s'agit ici d'un festin de noces : le Fils du roi, Jésus-Christ, doit se marier, et l'épouse se trouve parmi les invités. Ceux qui ont beaucoup sacrifié sont désignés comme les vainqueurs, destinés à être unis au Fils du roi, lui-même vainqueur.[229]

Le Fiancé, devenu « héritier de toutes choses », entre en fonction comme roi à ce moment. Avant le mariage, il inspecte les invités et choisit les vainqueurs (Apocalypse 3:21). Parmi eux, il trouve trois classes : les vainqueurs ou l'épouse, les invités ou amis, et un homme sans vêtement de noces, c'est-à-dire des gens qui n'ont pas compris qu'il faut avoir été achetés, rachetés et revêtus du seul mérite du Christ pour participer au festin. Ce petit groupe sans robe est privé de ses privilèges d'invité, lié et jeté dans les ténèbres du dehors, le monde. Aux vainqueurs, le roi donne son nom et une part de tout ce qu'il possède en les unissant à lui. Ils deviennent héritiers de Dieu et cohéritiers de Jésus-Christ.[230]

Après le mariage, une « grande foule » de compagnons aimés de l'épouse dira : « Réjouissons-nous, soyons dans l'allégresse, et donnons-lui gloire, car les noces de l'Agneau sont venues et son épouse s'est préparée » (Apocalypse 19:7). Ces personnes, qui ne sont pas des vainqueurs ni de l'épouse, sont néanmoins aimées du Fiancé et de l'épouse. Elles sont la grande foule d'Apocalypse 7:9, appelée dans Psaumes 45:14 « les vierges, ses compagnes », qui entreront dans le palais du roi avec joie (Psaumes 45:15). Elles seront les invitées du grand souper, après les noces, et jouiront du festin avec la famille royale (Apocalypse 19:9).[231]

Matthieu 25:1-10 paraît montrer la fin de l'âge : certains sont entrés pendant tout l'âge, puis le Fiancé-Roi vient et ceux qui sont prêts, parmi les vivants, entrent avec lui.[232]

Le Fiancé-Roi est venu et ceux qui devaient aller au souper sont entrés avec lui : « La porte fut fermée » (Matthieu 25:10). Depuis l'arrivée du roi, l'inspection des invités est présentée comme en cours. Cette période est désignée comme un temps d'épreuve. Il s'agit de savoir qui sera jeté dans les « ténèbres du dehors », la condition du monde, pour avoir renié l'achat opéré par le Seigneur en retirant la robe de noces. Il s'agit aussi de savoir qui sera jugé digne de « se tenir debout » devant le Fils de l'homme comme son épouse. Les lecteurs sont invités à revêtir toute l'armure de Dieu pour pouvoir tenir.[233]

À ceux qui demandent s'ils peuvent encore participer au souper des noces, la réponse est la suivante. Celui qui a entendu l'invitation de l'Évangile et a commencé à se nourrir des promesses avant la fermeture de la porte, le 2 octobre 1881, a encore la possibilité de rendre sûrs son appel et son élection, jusqu'à la position la plus haute, celle d'épouse de l'Agneau. Pendant l'inspection, chacun est invité à se débarrasser de tout fardeau et à courir avec persévérance vers le prix de son haut appel.[234]

Questions et réponses

Le nom des Étudiants de la Bible

À un lecteur qui demande quel nom ils se donnent et à quelle confession ils appartiennent, la réponse est qu'ils ne reconnaissent aucun nom de secte. S'appuyer sur 1 Corinthiens 3:1-4, où se dire de Paul ou d'Apollos est signe de charnalité, interdit de se dire baptiste ou méthodiste. Quiconque a été baptisé dans l'Église dont Jésus est l'unique Chef n'a droit qu'à des noms généraux comme « Église du Christ », « chrétiens » ou « Église des premiers-nés ». Les Étudiants de la Bible déclarent n'avoir aucun credo qui les lie entre eux ou écarte les autres : la Bible est leur seule règle. Ils se disent prêts à compléter ou modifier leur croyance à mesure que la lumière augmente.[235]

Ils se disent en communion avec tous les chrétiens en qui ils reconnaissent l'esprit du Christ, surtout ceux pour qui la Bible est la seule règle. Ils n'exigent pas que tous voient comme eux, puisque la croissance en grâce et en connaissance est lente. Seules les sentinelles de Sion sont censées voir « œil à œil » (Ésaïe 52:8) avant que vienne ce qui est parfait (1 Corinthiens 13:10). Si tous les chrétiens se libéraient des credos imposés, la vérité, la connaissance et la vraie communion fraternelle en résulteraient, et l'orgueil de secte disparaîtrait. Les credos sont dénoncés comme des liens qui se contredisent entre eux mais s'accordent pour déformer la Parole et le caractère de Dieu, empêchent de connaître Dieu et de l'adorer en esprit et en vérité, et privent les enfants de Dieu de joie et de paix. Le sectarisme est qualifié de piège du diable, et les rédacteurs affirment « crier à pleine voix » sans ménagement pour libérer les croyants.[236]

Pour montrer que d'autres l'ont pensé avant eux, ils citent John Bunyan, auteur du Voyage du pèlerin. Il disait vouloir être appelé chrétien ou croyant, et jugeait que les titres de sectes comme anabaptiste, presbytérien ou indépendant venaient « de l'enfer et de Babylone », non d'Antioche ni de Jérusalem. Bunyan est présenté comme un chrétien dont le credo était la Bible, emprisonné en 1660 à Bedford par l'Église d'Angleterre pour cette raison.[237]

La perfection typique des Juifs

À la question de savoir si la perfection typique des Juifs était le perfectionnement de l'homme visé par leurs sacrifices, la réponse est que les sacrifices, le peuple et la réconciliation étaient tous typiques des vrais sacrifices, de tous les peuples et de la réconciliation du monde. Réconcilier, c'est remettre en harmonie deux êtres déjà existants, Dieu et l'homme. Grâce à la rançon et à la réconciliation, l'homme doit être libéré de la mort et rétabli dans la perfection, sans changement de nature ni pour Dieu ni pour l'homme. Le bienfait de la rançon est donc la restitution de ce que l'homme possédait : l'humanité parfaite. Le changement de nature, devenir de nouvelles créatures, n'a lieu que durant le présent âge et résulte du sacrifice de soi après la justification.[238]

Les morts bienheureux et la porte fermée

Un lecteur ne voit pas comment accorder l'article de décembre, « Les bienheureux morts », avec celui intitulé « La porte fut fermée ». La réponse : tous ceux qui sont morts avant le 2 octobre 1881 sont entrés dans un « sommeil », ou condition « dévêtue », en attendant le moment où leur Seigneur les réveillerait en résurrection ou les revêtirait de leur corps spirituel, leur « maison venue du ciel ». Mourir n'était pas une bénédiction. Mais depuis que les vivants sont arrivés au temps où l'on peut passer du tabernacle terrestre au corps spirituel sans un instant de sommeil, la mort est une bénédiction. Ce changement « en un instant » est un privilège jamais connu auparavant. Le texte appliqué à cela est Apocalypse 14:13 : « Heureux les morts qui meurent dans le Seigneur dès maintenant », en lien avec 2 Corinthiens 5:1-4.[239]

L'humain doit mourir, comme Jésus l'a montré (2 Pierre 1:14), mais la vie nouvelle cachée avec le Christ ne meurt pas, même si elle a dormi jusqu'ici. L'exaltation des membres du Christ endormis est présentée comme déjà accomplie, celle des membres vivants comme imminente. Les vivants, laissés jusqu'à la présence, ne précèdent pas ceux qui dorment : ceux-ci ressuscitent d'abord, puis les vivants sont changés en un instant, à la condition immortelle semblable au corps glorieux du Christ. Le corps de chair, consacré à la mort, doit mourir entièrement ; mais les nouvelles créatures qui l'habitent ne mourront pas et n'auront même pas à dormir. Elles deviendront aussitôt plus vivantes que jamais, la mortalité étant « engloutie par la vie ». En attendant, les membres restent comme porte-parole et prêtres de Dieu pour sonner la trompette de la vérité, jusqu'à ce que les Lévites en robe blanche (les croyants justifiés avancés) apprennent à chanter le cantique de la restitution et de la plénitude du salut (2 Chroniques 5:12-14).[240]

La porte fermée n'est pas celle du royaume mais celle de la salle du festin. Le mariage, pas encore accompli, est sur le point de l'être. L'épouse emploie les moments présents à se préparer, et plus aucun invité n'est admis.[241]

Que dire à ceux qui demandent encore quoi faire ?

Si la porte du « haut appel » est fermée, que répondre à celui qui demande : « Seigneur, que veux-tu que je fasse ? » Pour qui s'est déjà consacré en sacrifice et est entré dans l'alliance comme nouvelle créature, la réponse est de continuer avec plus de zèle, de mourir au monde, afin d'être trouvé fidèle jusqu'à la mort lors de l'inspection du roi.[242]

Pour qui ne s'est jamais engagé, la situation est celle d'Abraham. Il possède l'Évangile, la bonne nouvelle de bénédictions terrestres à venir pour tous ceux qui aiment et obéissent à Dieu. C'est l'« Évangile éternel » : le prix du péché est payé et tous peuvent se mettre en harmonie avec leur Créateur et vivre. Dieu l'a annoncé à Abraham : « En ta postérité seront bénies toutes les nations de la terre » (Genèse 22:18 ; Actes 3:25). L'âge de l'Évangile y avait ajouté l'invitation à devenir membre de la postérité spirituelle de celui qu'Abraham représentait, Jéhovah, pour être les instruments de la bénédiction (Galates 3:29 ; Romains 11:31-32). Cet appel prend fin quand tous les membres de cette postérité ont été choisis. Le message redevient alors celui d'Abraham. À ces personnes est donné le conseil de mener une vie moralement bonne, en communion avec Dieu, de promouvoir tout bien selon leurs moyens, de s'abstenir du péché dans la mesure de leurs forces, sachant que le prix de la rançon couvre les faiblesses inévitables venues d'Adam. Elles ne sont plus appelées à sacrifier leurs plaisirs et leurs aises innocents, et prendront bientôt part aux bénédictions du règne de justice.[243]

La bonne nouvelle de la justification et de la rédemption, avec l'appel à la foi, à la repentance et à l'obéissance, est celle que l'Église nominale proclame depuis toujours, bien que mêlée d'erreurs et de superstitions au point que beaucoup n'y voient pas une bonne nouvelle. Très peu ont compris qu'ils pouvaient sacrifier des choses auxquelles ils avaient droit comme hommes, ou ont réalisé un engendrement à une nature nouvelle. La différence relevée tient au caractère de Dieu : il n'est pas un démon au cœur de pierre, injuste et impitoyable, mais un Dieu d'AMOUR, riche en MISÉRICORDE, qui a tant aimé le monde qu'il a donné son Fils pour que tous parviennent à la connaissance de la vérité et soient ramenés à la perfection et au bonheur. À cette fin sont prévus les « siècles à venir », où il montrera les richesses surabondantes de sa grâce (Éphésiens 2:7).[244]

Matthieu 25:46 et le châtiment éternel

Sur Matthieu 25:46, la réponse est que le châtiment et la récompense ont la même durée. La récompense est la vie ; la nature du châtiment n'est pas précisée dans ce passage. On le tient généralement pour un tourment sans fin, à partir d'expressions symboliques de l'Apocalypse que les lecteurs avouent ne pas comprendre. La Bible ne dit nulle part que le châtiment du péché est le tourment. Elle dit : « L'âme qui pèche mourra » et « Le salaire du péché, c'est la mort, mais le don de Dieu, c'est la vie éternelle » (Ézéchiel 18:4 ; Romains 6:23). Le « châtiment éternel » est donc la mort sans délivrance ni résurrection, opposée à la vie éternelle des justes. La vie vient de Dieu, qui ne la promet qu'aux justes. Il a le droit de priver de vie les créatures qui n'en usent pas selon sa volonté, mais seul un démon de la pire espèce pourrait infliger un tourment éternel et sans espoir. Satan est désigné comme celui qui, depuis le début, déforme le caractère et la parole de Dieu et a trompé beaucoup de saints sur ce point. Les lecteurs sont invités à étudier la Parole à la lumière qu'elle jette sur elle-même, sans laisser les credos et traditions humaines fausser leur esprit.[245]

Pour montrer jusqu'où l'esprit peut être faussé, les rédacteurs citent de mémoire Jonathan Edwards, grand prédicateur de la Nouvelle-Angleterre. En prêchant sur le châtiment éternel des méchants, qu'il décrivait comme misère et torture, il aurait peint la scène avec tant d'effroi que des fidèles, en criant, se seraient levés d'un bond pour s'agripper aux piliers de l'église. S'adressant aux chrétiens, il leur aurait dit que leurs cœurs ne souffriraient plus pour leurs amis et leurs enfants, qu'ils regarderaient du haut des remparts du ciel les damnés dans leur supplice éternel et loueraient Dieu plus fort encore. Cette prédication est qualifiée de blasphème contre les hommes et contre le Dieu d'amour. Quiconque pourrait se réjouir éternellement aux dépens de la misère éternelle d'autrui serait trop misérable pour mériter le nom de démon. Si ressembler au Chef glorieux devait supprimer toute pitié et tout amour, mieux vaudrait espérer ne jamais atteindre cette ressemblance. Le lecteur est invité à penser à un fils, une fille, un frère, une sœur, un parent ou un ami mort sans avoir marché sur le « chemin étroit », et à se demander comment il pourrait mêler des cris de joie à ses cris d'angoisse.[246]

Une telle prédication n'effraie plus les gens : le tableau est jugé si éloigné de la vérité que tout esprit sans préjugé, dans l'Église comme hors d'elle, y voit le contraire du caractère d'un Dieu d'amour. Sans que la Bible ni les credos aient changé, les théologiens ont en général abandonné la théorie du feu et parlent désormais de remords de conscience, tout en ajoutant, pour alarmer, que ces remords seront plus terribles que les flammes. Beaucoup de sectaires, imitant l'idée qu'ils se font de Dieu, deviennent durs et sans amour et font régner la crainte dans leur famille. Les mauvais effets de ces idées monstrueuses sur la société civilisée sont jugés incalculables. Tous les peuples païens se représentent leurs dieux sous des traits horribles, et les chrétiens, même sans images, s'en font une représentation mentale effrayante. Les rédacteurs s'étonnent que toute personne intelligente n'ait pas été poussée à l'incrédulité et pensent que beaucoup sont sceptiques sans l'avouer.[247]

Dans la Parole de Dieu, le mal est montré comme permis pour de bonnes raisons. Le « petit troupeau » en cours de formation ne se réjouira pas de la misère de quatre-vingt-dix-neuf centièmes de ses semblables : il louera Dieu et manifestera les richesses surabondantes de sa grâce dans les âges à venir, en bénissant toutes les familles de la terre.[248]

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Références

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  79. ↑ PENTON M. James, Apocalypse Delayed, op. cit., p. 36-37. Original : « it served to turn the attention of the Bible Students away from the disappointment of 1878, and it provided an impetus for increased evangelistic activity. »
  80. ↑ PENTON M. James, Apocalypse Delayed, op. cit., p. 36-37.
  81. ↑ SCHULZ et DE VIENNE, Separate Identity, vol. 2, p. 238-239. Original : « Translation did not occur, but something must have, so Russell postulated that the door to 'the high calling' must have shut in the fall of 1881. »
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