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La Tour de Garde de mai 1881

De Tj-encyclopédie
La Tour de Garde de mai 1881
Revue La Tour de Garde
Date 1881
Année 1881
Éditeur Watch Tower Bible and Tract Society

Ce numéro de mai 1881 se concentre sur la distinction entre deux catégories de personnes dans le projet divin : ceux qui, comme Abraham, ont reçu des promesses terrestres et une justification par la foi, et ceux qui, appelés durant l'âge de l'Évangile, sont invités à devenir « participants de la nature divine » et cohéritiers avec Jésus-Christ. Cette distinction structure la majorité du numéro, qui déploie une lecture typologique des figures de l'Ancien Testament pour montrer qu'Abraham, Isaac, Jacob, Moïse et les prophètes, aussi grands soient-ils, n'ont pas reçu les mêmes promesses que l'Église.

Le numéro aborde aussi des questions de méthode biblique — comment lire les Écritures, comment distinguer les différents sens du mot grec parousia — et publie des correspondances avec des lecteurs, dont une lettre évoquant des guérisons attribuées à la foi. Une brève section finale traite d'une brochure distribuée à l'époque, intitulée « Nourriture pour les chrétiens pensants ».[1]

Analyse

Croyances

Un salut pour tous, rangé par « ordres »

Le plus long développement du numéro est signé J. C. S. Il cherche à mettre d'accord trois camps qui se disputent depuis longtemps : les calvinistes, les arminiens et les universalistes.[2] Ces initiales correspondent à celles de John C. Sunderlin, ancien pasteur méthodiste, qui écrit pour la revue depuis mars 1881.[3] L'image retenue est celle du drapeau américain : chaque camp tient une seule bande de couleur et la prend pour le drapeau entier.[4] Le camp « universaliste » visé existe bien aux États-Unis. Depuis les années 1820, il est lui-même divisé : Hosea Ballou nie toute punition après la mort, tandis que les « restaurationnistes » admettent une punition limitée dans le temps.[5]

Pour réconcilier ces camps, l'auteur restreint ce que tout le monde reçoit. Tous les hommes retrouvent en Christ ce qu'ils ont perdu en Adam, c'est-à-dire une vie naturelle, et non une vie éternelle. Cette vie reste soumise à l'obéissance.[6] L'idée n'est pas propre à ce numéro. En juillet 1879 déjà, le second Adam ne rendait à tous que la vie naturelle, et le corps spirituel restait réservé aux croyants.[7] En février 1880, le même verset de 1 Corinthiens 15:22 annonçait le retour de toute l'humanité à la vie, sans promettre le même sort à chacun.[8] J. C. S. reprend cette distinction et lui donne un nom tiré de Paul : un salut « combien plus », réservé à ceux qui croient.[9]

La manière de réconcilier les trois camps mérite attention. Dans Food For Thinking Christians (1881), le désaccord se règle en plaçant chaque doctrine dans une époque différente : l'élection vaut pour l'âge actuel, la grâce offerte à tous pour le millénium.[10] J. C. S. passe par un autre chemin. Il ne parle pas d'époques, mais de rangs d'êtres, les « ordres » de 1 Corinthiens 15:23 et de 1 Corinthiens 15:39.[11] La prédestination devient alors une loi fixée d'avance : la vie éternelle pour qui la cherche avec persévérance, la colère pour qui refuse la vérité.[12] Ce n'est plus un choix de Dieu portant sur des personnes. Le mois précédent, Paton présentait déjà l'élection comme un choix fait au cours de l'histoire, et non comme un décret éternel.[13] En août 1879, l'élection était un choix pour une fonction de prêtre, et non pour un salut réservé à quelques-uns.[14] Storrs, vers 1874, refusait déjà qu'une grande partie des hommes soit destinée d'avance à l'enfer.[15]

La désobéissance qui mérite la colère est réservée à ceux qui connaissent la vérité. Un enfant n'est pas puni pour un ordre qu'il ignore, et Dieu agit de même.[16] Storrs soutenait en 1871 la même idée : Dieu ne condamne pas les ignorants, et l'épreuve de la plupart des hommes reste à venir.[17] Le numéro de novembre 1879 résumait cet ordre ainsi : sauver d'abord, instruire ensuite.[18]

Ce cadre sert aussi à écarter les doctrines jugées indignes d'un Dieu qui restaure. La pénitence, la succession des papes, la confession au prêtre, l'absolution et le purgatoire sont rangés parmi ce que Paul n'aurait jamais défendu.[19] Le tableau calviniste d'une humanité livrée à une nuit de tourment éternel est rejeté de la même façon.[20] Ce refus a une histoire personnelle. En 1868, la foi de Russell avait vacillé quand un incroyant lui avait demandé comment un Dieu juste pouvait tourmenter les hommes sans fin.[21][22] La lettre venue de Bristol montre un lecteur qui tire lui-même les conséquences : il rejette la Trinité et le tourment éternel, et s'attend à devoir quitter les « Frères ».[23] Un mois plus tôt, la revue rejetait le passage de 1 Jean 5:7, présenté comme le seul appui biblique de la Trinité.[24]

Deux semences, deux natures, deux espérances

Abraham reçoit ici une place précise. Il est le vrai père d'une semence terrestre, et seulement l'image du Père de la semence spirituelle.[25] En mars 1881, Russell distinguait déjà deux semences : celle de la chair, les douze tribus, et celle de la promesse, avec Ismaël et Isaac pour types. Il réservait alors les promesses à la seule semence spirituelle.[26][27] Le partage change en mai. Isaac figure désormais le Fils, Rébecca l'Église. Et les promesses terrestres faites à Abraham, comme la possession de Canaan, sont prises à la lettre : elles s'accompliront pour lui et pour une semence humaine.[28] Storrs, en 1871, lisait déjà la promesse faite à Abraham comme une bénédiction pour toute la race humaine, ce qui supposait la résurrection des morts restés ignorants.[29] En 1842, une conférence millérite avait au contraire refusé tout retour des Juifs « charnels » en Palestine.[30] Le numéro se range du côté de Storrs.

Pour montrer que l'appel céleste est réservé à l'Église, l'auteur s'appuie sur ce que les prophètes ne savaient pas. Daniel prie sans recevoir d'explication, et même les anges ignorent ce que Dieu prépare.[31] Le savoir de l'Église passe ainsi avant celui des prophètes. Cela rejoint l'idée, exposée en février 1881, d'une lumière qui s'ajoute avec le temps sans jamais contredire la précédente.[32]

L'action de l'esprit saint change selon les époques. Chez les prophètes, il prend possession de l'homme comme une simple force, à la manière de Balaam selon Nombres 22:38. Dans l'Église, il guide vers la vérité.[33] L'image de l'huile versée sur Aaron puis descendant sur le corps reprend un exposé de Russell de novembre 1880 : l'esprit donné au Christ coule ensuite sur toute l'Église.[34] En janvier 1881, Jean 7:39 servait déjà à montrer que l'esprit ne pouvait venir avant que la rançon soit payée et Jésus glorifié.[35] La prophétie de Joël 2:28-29 est partagée en deux temps. Les serviteurs reçoivent l'esprit pendant l'âge actuel, « toute chair » le recevra plus tard.[36] Robert Crompton résume ainsi l'enseignement de Russell : seul le « petit troupeau » reçoit l'esprit dans l'âge actuel, et l'esprit sera répandu sur tous au millénium.[37]

Sur le sort des prophètes, le numéro rompt avec une position récente. En décembre 1880, la construction du temple spirituel commençait en 1874 par l'entrée des prophètes, Daniel en tête, dans une condition spirituelle semblable au corps glorieux du Christ.[38] En mai 1881, les patriarches et les prophètes ne peuvent pas recevoir de nature spirituelle, faute d'avoir été engendrés de l'esprit. Ils ressuscitent comme des hommes parfaits.[39] La réponse sur Apocalypse 11:18 va dans le même sens. Que les prophètes soient nommés en premier ne fait pas d'eux les ressuscités de la « première résurrection ». Celle-ci est « première » au sens de principale.[40] En avril 1881, l'article défini grec servait déjà à réserver « la » résurrection à l'Église.[41] Selon James Penton, Russell tenait que ces fidèles d'avant le Christ, d'Abel à Jean le Baptiste, ressusciteraient sur terre pour organiser le royaume humain.[42] L'exclusion de Jean le Baptiste hors de l'Épouse, ici, s'accorde avec ce partage.

Entre le « petit troupeau » et le monde se tient un groupe intermédiaire. Ceux qui viendront frapper après la fermeture de la porte seront accueillis, mais rangés dans la « grande foule ».[43] La moisson d'Apocalypse 14:15 est d'ailleurs dédoublée entre ces deux groupes.[44] En décembre 1880, cette multitude formait déjà une classe céleste de second rang, sans la gloire du trône.[45] En novembre 1880, elle était comparée à un grain encore vert laissé sur place.[46] Penton confirme que Russell promettait à ce groupe une résurrection spirituelle, mais pas la première.[47]

Un royaume en deux étages et ses premiers signes

La Nouvelle Jérusalem décrit un royaume à deux étages. Le Christ et l'Épouse, devenus invisibles, gouvernent par des agents humains, comme Satan se sert aujourd'hui des gouvernements.[48] En novembre 1880, l'« air » de la rencontre avec le Seigneur désignait déjà le pouvoir politique.[49] L'image est reprise ici dans l'autre sens : le Christ et l'Église prennent la place des puissances qui gouvernent. Barbour, en 1875, décrivait déjà un âge de mille ans de restitution dont le travail serait confié à la « maison charnelle d'Israël », sans concerner ceux qui sont « en Christ ».[50] En mai 1881, ce rôle terrestre revient d'abord aux patriarches relevés parfaits, avec un siège probable en Canaan.[51] Russell écrivait en 1877 que le second avènement couvre une période qui inclut tout le règne de mille ans.[52]

Le monde entier est ensuite mis à l'épreuve pour une vie humaine, celle qu'avait Adam. Ceux qui ne se mettent pas en accord avec les lois du royaume sont détruits à la fin.[53] En mars 1881, la parabole des brebis et des boucs décrivait déjà le jugement d'une humanité rendue à la vie et à la domination d'Adam.[54] Crompton note que, chez Russell, ce retour à la perfection se fait peu à peu et passe d'abord inaperçu.[55]

Les guérisons par la prière sont lues comme les premiers signes de ce royaume. Elles viennent de Dieu, et non de Satan, qui détient le pouvoir de la mort.[56] Le phénomène est alors très visible aux États-Unis. Le médecin Charles Cullis publie Faith Cures en 1879, et Carrie Judd The Prayer of Faith en 1880.[57] Carrie Judd attribuait sa propre guérison aux prières de Sarah Mix.[58] L'historienne Heather D. Curtis a étudié ce mouvement à partir des archives de Cullis et de Carrie Judd.[59] Dans l'entourage de Russell, Jennie Smith avait retrouvé l'usage de ses jambes en 1878 et y voyait une guérison divine. Russell était alors ouvert à ce genre de récit.[60] En novembre 1880 pourtant, il écrivait que les dons visibles de l'esprit avaient cessé depuis Corneille. Cette discussion venait justement de l'intérêt des lecteurs pour la guérison par la foi, et Conley en était convaincu.[61] En mai 1880, la revue admettait que des dons de foi et de miracles puissent être accordés à quelques-uns.[62] Mai 1881 accepte ces guérisons comme réelles, mais les classe sous l'œuvre spirituelle et les rattache au millénium.[63]

Ces guérisons servent aussi à juger les Églises. Leurs auteurs sont rarement liés à l'Église nominale, et après l'automne elles ne viendraient plus que de l'extérieur de celle-ci.[64] Les petits groupes d'étude découverts depuis six mois sont présentés comme déjà sortis de Babylone et prêts à entendre le message de la présence.[65]

Dater la moisson : présence invisible, ombres et pyramide

L'exposé sur les mots grecs est signé B. W. K., c'est-à-dire Benjamin W. Keith. En février 1881, la revue lui attribuait la découverte, dans l'Emphatic Diaglott, du sens de « présence » pour le mot parousia.[66] Ici, Keith appuie lui-même ce sens sur Liddell et Scott, sur la concordance de Young et sur le commentaire de Whedon.[67] Il dit étudier la question des dates depuis 1867.[68] La lecture de parousia comme « présence » est pourtant plus ancienne. Le pasteur anglais Robert Govett la défendait déjà, et Russell l'a sans doute reçue par Joseph Seiss.[69] Keith précise qu'il n'a jamais enseigné une présence du Christ en chair sur terre.[70] En mai 1880, la question de Matthieu 24:3 portait déjà sur le signe de la « présence » et excluait un retour en chair.[71] Raymond Franz souligne qu'une présence invisible ne peut être ni prouvée ni réfutée.[72]

Keith fait coïncider trois mots : la fin, la moisson et la présence désignent une seule période.[73] Qui doute de la présence devrait, par cohérence, douter aussi de la moisson.[74] Le calcul du Jubilé qui fixe le début à l'automne 1874 n'est pas refait. Le lecteur est renvoyé à The Day Dawn, comme en janvier 1881.[75] Barbour plaçait le 22 octobre 1874 au début d'une moisson et d'un temps de troubles de quarante ans.[76] Keith met en garde contre l'abandon des anciens repères. En février 1881, la revue soutenait déjà qu'une lumière nouvelle s'ajoute aux anciennes sans les éteindre.[77]

Le « jour du Seigneur » dure quarante ans, de 1874 à 1914.[78] En septembre 1879, ces quarante ans partaient encore de 1873.[79] Le point de départ est désormais aligné sur 1874, comme en janvier 1881.[80] La division en sept années de faveur puis trente-trois années de chute reprend la moisson juive, de l'an 30 à l'an 70.[81] Ce parallèle vient de Barbour. Il tirait d'Ésaïe 40:2 l'idée que l'âge chrétien serait le « double » de l'âge juif, de même durée.[82] En octobre 1879, la revue comptait 1 845 ans pour chacune des deux périodes.[83] Le rejet de l'Église nominale en 1878, trois ans et demi après 1874, était déjà posé en novembre 1879.[84]

La Grande Pyramide de Gizeh vient appuyer ces dates. La grande galerie mesurerait 1874 pouces en haut, 1878 à mi-hauteur et 1881 à la base.[85] Barbour lisait déjà la pyramide en janvier 1876, avec l'aide de Charles Piazzi Smyth. Il donnait alors à 1881 un tout autre sens : le début du retour d'Israël en Terre sainte.[86] L'expression qui désigne l'édifice, « un miracle de pierre », est le titre du livre de Joseph Seiss paru en 1877.[87][88] L'Écossais Robert Menzies avait proposé dès 1865 de lire la grande galerie comme un calendrier de l'ère chrétienne.[89] Le numéro accorde à la pyramide un « grand respect », sans y fonder la foi. Pour les historiens Schulz et de Vienne, elle n'est pas un pilier de la doctrine de Russell.[90] Un détail montre comment la lecture suit les événements. L'ouverture située à 1874 pouces avait d'abord été comprise comme l'enlèvement de l'Église. Rien ne s'étant produit, elle devient le moment où l'Époux est venu.[91] Penton rappelle que de nombreux catholiques et protestants s'intéressaient alors aux pyramides.[92]

La prophétie de Mother Shipton annonçant la fin du monde pour 1881 est rejetée comme une fable.[93] Ces vers étaient en effet un faux. Charles Hindley les avait ajoutés en 1862 à une vie de Mother Shipton, et il l'avait avoué au printemps 1873.[94] Les adventistes qui attendent le Christ en 1881 sont réfutés comme en mai 1880 : aucune période prophétique ne s'achève cette année-là.[95] En juillet 1880, Barbour était lui-même désigné comme celui qui annonçait un Christ en chair après 1881.[96]

1881 : la porte se ferme, Babylone est rejetée

Le numéro annonce que la possibilité d'entrer dans l'Épouse prend fin à l'automne 1881.[97] Penton cite ce passage comme l'expression la plus nette de cette attente. Melvin Curry, cité par lui, y voit un double effet : détourner de la déception de 1878 et pousser à la prédication.[98] L'échéance n'est pas récente. Mai 1880 la fixait déjà, par comparaison avec l'an 36, quand l'Évangile cessa d'être réservé aux Juifs.[99] Décembre 1880 la plaçait « dans moins d'un an ».[100] Crompton explique ce parallèle : la conversion de Corneille en l'an 36 a pour pendant la fin du haut appel en 1881.[101]

La précision « non la porte de la miséricorde » distingue cette attente de celle des millérites. Pour eux, la porte fermée du 22 octobre 1844 signifiait la fin de la grâce pour le monde.[102] Ici, seule se ferme l'entrée dans l'Épouse. Le reste des hommes garde sa chance au millénium.[103]

Sur le changement des croyants vivants, le numéro se montre plus prudent qu'en janvier 1881. Ce mois-là, l'automne 1881 était à la fois la date de la porte fermée et celle du changement des vivants en êtres spirituels.[104] En mars 1881, l'éditeur avait déjà corrigé A. D. Jones : ce changement se ferait « en un clin d'œil », et non peu à peu.[105] En mai, la date de la porte est maintenue, mais celle du changement est laissée ouverte. Il n'aura pas lieu avant le 2 octobre 1881, et aucune preuve biblique n'est revendiquée pour une date plus précise.[106] Raymond Franz relève que la revue avait présenté l'automne 1881 comme le moment probable de l'enlèvement des élus.[107]

« Si j'en étais sûr » répond aux lecteurs qui voudraient une certitude sur la date avant de tout sacrifier. L'engagement demandé vaut pour l'éternité, et non pour quelques mois.[108] La consécration est ainsi séparée de la réussite de la date. L'urgence se traduit aussi en consigne : répandre la lumière est désigné comme le travail important de l'époque.[109] Les brochures publiées depuis février 1881 visaient à toucher le plus de monde possible avant la fin de l'année.[110]

L'Église nominale est comparée à l'Église juive. Elle a été le porte-parole de Dieu jusqu'à son rejet en 1878, et la vérité passe désormais par d'autres voies.[111] Le rejet daté du printemps 1878 avec Apocalypse 3:16 figurait déjà en novembre 1879.[112] Janvier 1881 demandait que tous les membres de l'Épouse soient sortis des Églises avant l'automne.[113] Avril 1881 appliquait le nom de Babylone à toute l'Église nominale, et pas seulement à Rome.[114] George Chryssides note que Russell définissait Babylone comme « l'Église nominale ».[115] L'appel à en sortir a un précédent. Pendant l'été 1843, le millérite Charles Fitch rangeait déjà dans Babylone toutes les Églises protestantes hostiles au retour du Christ.[116] La réponse sur 2 Corinthiens 6:17 fait le même lien. Les idoles modernes sont le spiritisme, l'amour libre et l'incrédulité, mais plus encore les coutumes mondaines de l'Église nominale.[117]

Vivre l'appel céleste : sacrifice, Pâque et place des femmes

L'appel céleste demande de sacrifier la nature humaine pour obtenir la nature divine.[118] L'appui principal est Romains 12:1, déjà cité en novembre 1880.[119] En mai 1880, cette consécration était décrite comme la mort réelle des désirs, suivie du don du temps et des biens.[120] La question posée aux disciples en Marc 10:38, boire la coupe du Seigneur, sert ici de modèle à chaque consacré.[121] Tony Wills décrit cette doctrine chez Russell : à la consécration, Dieu engendre un esprit nouveau dans le croyant, signe qu'il l'appelle au ciel.[122]

La commémoration de la mort du Christ est célébrée chaque année à sa date anniversaire. Le 14 avril est retenu d'après le calendrier juif et l'observation de la lune.[123] Russell a repris de Storrs cette célébration annuelle le 14 nisan.[124] Zoe Knox rattache ce choix à la tradition adventiste, qui liait la date du Mémorial à la Pâque juive.[125] En avril 1881, la célébration était fixée chez Conley, et son rythme annuel justifié par la Pâque.[126] Le compte rendu de mai parle d'une vingtaine de lieux. Schulz et de Vienne notent que ces groupes ne s'accordaient pas encore sur la date ni sur la manière de célébrer.[127] L'objection d'une sœur, qui y voit un retour à la Loi, reçoit une réponse nette : il s'agit du repas du Seigneur, et non de la Pâque de la Loi.[128] Le pain est lu comme la vérité qui donne la force de se sacrifier.[129] En avril 1880, Russell lisait déjà le repas comme une leçon sur l'Église : « discerner le corps » voulait dire discerner l'Église.[130]

La place des femmes est réglée dans la rubrique des questions. Le silence de 1 Corinthiens 14:34 ne vaut que pour les réunions publiques où l'on débat.[131] Interdire aux femmes de prier ou d'enseigner en privé est jugé une erreur.[132] L'ordre entre l'homme et la femme reste pourtant présenté comme l'image du Christ et de l'Église.[133] Schulz et de Vienne relèvent dans cette réponse un appel à « l'opinion de la plupart des hommes et des femmes qui réfléchissent ». Ils y voient un rapport ambigu à l'autorité : l'opinion commune est invoquée quand elle va dans le sens de Russell.[134] Le milieu adventiste d'où vient le mouvement avait déjà admis des prédicatrices. Lucy Maria Hersey avait obtenu cette liberté et converti Jonas Wendell.[135]


Organisation et histoire

Sortir des Églises avant la fermeture de la porte

Le rejet des Églises établies n'apparaît pas pour la première fois en mai 1881. Dès novembre 1879, le printemps 1878 était présenté comme la date où l'Église nominale avait été abandonnée. Elle cessait alors d'être le porte-parole de Dieu.[136] En mars 1880, le croyant devait déjà se séparer de l'esprit mondain des Églises.[137] En janvier 1881, tous les membres de l'Épouse devaient en être sortis avant l'automne.[138] En avril 1881, Babylone désignait toute l'Église nominale, et plus seulement Rome.[139] Le numéro de mai reprend donc un acquis. Il le transforme en calendrier précis : la proclamation s'adresse à toute l'Église de 1874 à 1878, puis seulement aux individus jusqu'en octobre 1881.[140]

Ce calendrier a une conséquence pratique immédiate. Il fixe un délai pour quitter sa paroisse. Il fixe aussi le statut de ceux qui arriveront trop tard. Après octobre, les nouveaux venus seront accueillis et aidés, mais ne seront pas comptés dans l'Épouse.[141] Russell l'écrit nettement : « avec cette année la compagnie sera comptée complète, et la porte de ce haut appel (non la porte de la miséricorde) fermée pour toujours ».[142] Le groupe prévoit ainsi deux rangs pour ses futurs membres, selon leur date d'arrivée. Russell refuse pourtant de se poser en juge. Il dit ne vouloir ni imposer une doctrine ni exclure quiconque. Le classement des retardataires dans la « grande foule » reviendrait au Seigneur seul.[143] L'historien James Penton cite précisément ce passage de mai 1881. Il y voit la preuve que Russell ne pensait pas alors fonder une Église durable, puisqu'il s'attendait à être lui-même changé en être spirituel dans l'année.[144] Penton rapporte aussi l'avis de Melvin Curry : cette échéance proche détourne l'attention de la déception de 1878 et pousse les fidèles à prêcher davantage.[145] La même idée apparaissait déjà en décembre 1880, quand l'appel devait se terminer « dans moins d'un an ».[146]

L'appel à quitter Babylone a une histoire plus ancienne. Pendant l'été 1843, le millérite Charles Fitch avait appliqué Apocalypse 18:4 à toutes les Églises protestantes qui refusaient le message du retour du Christ. Jusque-là, les protestants réservaient le nom de Babylone à la papauté.[147] George Storrs avait repris cet appel en déconseillant aux millérites de fonder une nouvelle Église.[148] Le groupe de Pittsburgh hérite de ce vocabulaire. Il ajoute une date limite, que les millérites n'avaient pas fixée.

La sortie des Églises laisse une question ouverte : par qui la vérité passe-t-elle désormais ? La réponse reprend l'image de l'Église juive « laissée désolée ». L'Église chrétienne nominale a été le canal reconnu de la vérité divine. Elle ne l'est plus, et « l'Église juive fut le porte-parole de Dieu jusqu'à ce qu'elle soit laissée désolée ».[149] Le texte ne nomme pas le nouveau canal. Mais la vérité doit passer « par d'autres voies », et la revue est le seul organe qui annonce cette fermeture. La revendication reste implicite. Elle donne pourtant au petit groupe une raison d'exister à côté des dénominations qu'il quitte. La réponse à une question sur 2 Corinthiens 6:17 va dans le même sens : rester dans les Églises reviendrait à devenir soi-même adorateur d'idoles.[150]

Se situer parmi les attentes de la fin et les dissidents

Une fois la rupture posée, le groupe doit se distinguer des autres milieux qui attendent la fin. L'année 1881 attire alors plusieurs pronostics. Les « adventistes du second avènement » voient arriver à leur terme les périodes prophétiques qu'ils calculaient. Ils attendent encore un Christ visible, en chair.[151] La réponse reprend la ligne déjà tracée en mai 1880 : la présence invisible du Christ depuis 1874 sépare le groupe du reste du milieu adventiste.[152] Le même numéro de mai 1880 réfutait déjà ceux qui attendaient le Christ en chair pour 1881.[153] Russell avait écrit sa brochure de 1877 par regret des adventistes qui annonçaient un monde brûlé en 1873 ou 1874.[154] Le groupe garde pourtant leur date de 1874. Il revendique l'héritage du calcul, mais refuse l'événement que les adventistes en attendaient. Selon Schulz et de Vienne, la presse locale appelait volontiers « adventistes » les lecteurs de la revue, et ceux-ci s'en défendaient vivement.[155]

Deux autres attentes populaires sont traitées de façon inégale. La prophétie de Mother Shipton est rangée parmi les « fables de bonnes femmes ».[156] Le mépris était fondé. Les vers sur 1881 avaient été écrits par le libraire Charles Hindley, qui les avait insérés en 1862 dans une prétendue réimpression ancienne. Hindley avait reconnu la supercherie en 1873.[157] Ces vers circulaient pourtant dans toute l'Angleterre à l'approche de 1881.[158] La Grande Pyramide, elle, reçoit un « grand respect », même si la foi n'est pas censée reposer sur elle.[159] Schulz et de Vienne citent cette phrase de 1881 comme la position de Russell sur ce monument.[160] L'expression « un miracle en pierre » reprend le titre du livre du pasteur luthérien Joseph Seiss, que Bernard Blandre compte parmi les sources essentielles de Russell.[161] Dès janvier 1876, Barbour tirait déjà de la pyramide une liste de dates qui comprenait 1881.[162] Penton rappelle que Seiss, Storrs et Barbour partageaient cet intérêt, comme beaucoup de catholiques et de protestants de l'époque.[163] Le groupe sépare donc deux traditions. Il rejette le faux populaire, mais garde la pyramide transmise par ses propres maîtres.

Envers les milieux de la guérison par la foi, le ton est plus ouvert. Les guérisons du « Pink Cottage » sont attribuées à Dieu, et non à Satan. Ceux qui les pratiquent sans partager la chronologie du groupe ne doivent pas être repoussés. Le texte s'appuie sur la parole de Jésus : qui n'est pas contre vous est pour vous.[164] Russell établit pourtant un ordre de valeur. Ouvrir les yeux de l'esprit vaut mieux que guérir des aveugles, et former la « nouvelle créature » vaut mieux que réparer le corps.[165] Le « Pink Cottage » n'est pas identifié. Il ressemble aux maisons de guérison qui s'ouvrent alors aux États-Unis, comme la « Faith Cottage » d'Ocean Grove vers 1880.[166] L'historienne Heather D. Curtis a étudié ces lieux, où l'on logeait les malades pour prier avec eux.[167] Selon Schulz et de Vienne, Russell était alors ouvert à la réalité de ces guérisons.[168] L'intérêt venait du cercle même de Pittsburgh : William Henry Conley était convaincu par le mouvement de guérison par la foi.[169]

Cette bienveillance a aussi un but de recrutement. Depuis six mois, la rédaction dit découvrir dans beaucoup de villes de petits groupes qui étudient la Bible en dehors des Églises. Ces groupes n'ont pas encore entendu parler de la moisson, mais ils seraient prêts à la recevoir. Beaucoup de partisans de la guérison par la foi en feraient partie.[170] Ce repérage correspond à ce que les sociologues Rodney Stark et William Sims Bainbridge ont observé plus généralement. On entre dans un groupe religieux nouveau surtout par des liens personnels qui existent déjà, plus que par l'adhésion à une doctrine.[171] Schulz et de Vienne arrivent à une conclusion voisine pour 1881 : les groupes qui célèbrent le Mémorial se trouvent là où existait déjà un intérêt barbourite, adventiste ou « âge à venir ». Ils ne sont pas nés de la prédication de Russell.[172]

La lettre du cocher de Bristol montre ce parcours à l'échelle d'une personne. Converti dans l'Église d'Angleterre, il est passé chez les wesleyens, puis chez les Frères. Il s'attend à quitter ces derniers parce qu'il rejette la Trinité et le tourment éternel.[173] Il a reçu des brochures avant de savoir que la revue existait.[174] La doctrine voyage donc par l'imprimé, avant tout contact avec un groupe ou un prédicateur. Le lecteur se dit même prêt à prêcher dans la rue si les salles lui sont fermées.[175]

Diffuser le message : brochures, bénévoles et livres savants

Ce recrutement repose sur une petite machine d'impression. Le tract n° 5, « Le chemin étroit vers la vie », est disponible en grande quantité. Les tracts 6 et 7 sont annoncés. Les tracts 1 à 4 sont presque épuisés et doivent être réimprimés ensemble avec des ajouts.[176] Selon Schulz et de Vienne, le tract n° 5 reprend presque sans changement un article d'octobre 1880.[177] Les articles de la revue deviennent ainsi des brochures. La série avait commencé en janvier 1881, avec un premier supplément et des envois par paquets de vingt-cinq.[178] En mars, chaque lecteur devait lire les brochures avant de les transmettre.[179] Les renvois à The Day Dawn pour le calcul du Jubilé suivent la pratique déjà établie en janvier 1881.[180]

Ces écrits doivent être portés par des gens. En avril 1881, la Watch Tower Tract Society avait lancé l'appel « 1 000 prédicateurs demandés ».[181] Les colporteurs recevaient brochures et livres gratuitement. Ils gardaient l'argent des ventes de The Day Dawn pour vivre et reversaient le surplus.[182] Cette formule explique la confusion que le numéro de mai doit corriger. Certains lecteurs ont présenté l'appel à leurs proches comme une offre d'emploi d'agent commercial.[183] La rédaction trace alors la limite : elle cherche des ouvriers qui travaillent « pour un salaire céleste, plutôt que pour le prix d'un journal ou d'un livre ».[184] Le même homme peut vendre un livre et prêcher. La différence tient à son intention, que personne ne peut vérifier de l'extérieur. Le rectificatif montre qu'un mois après l'appel, cette différence n'allait pas de soi pour les lecteurs.

Le message qui circule conteste le protestantisme de son temps. Il s'appuie pourtant sur les outils savants de ce même protestantisme. Le sens de parousia repose sur le dictionnaire grec de Liddell et Scott, sur la concordance de Young et sur le commentaire de Whedon.[185] La concordance de Robert Young venait de paraître à Édimbourg en 1879. Elle classait les références selon les mots hébreux et grecs d'origine.[186] Daniel Whedon était un méthodiste, défenseur du libre arbitre contre le calvinisme. Il avait achevé son commentaire du Nouveau Testament en 1880.[187] Le même numéro rejette la position arminienne sur le salut, mais il cite un arminien pour appuyer la présence invisible. La rubrique des questions se termine sur une citation du théologien écossais Thomas Chalmers.[188] Le groupe emprunte donc le crédit de livres que ses lecteurs protestants connaissent déjà.

Tenir ensemble des groupes dispersés

Les groupes nés de cette diffusion n'ont ni statut ni structure commune. Un rite les relie : la commémoration de la mort du Christ, fixée au 14 avril. Le numéro d'avril l'avait annoncée chez W. H. Conley, à Allegheny.[189] Penton rattache cette célébration annuelle à George Storrs, qui la tenait à la date supposée de la mort du Christ, le 14 nisan.[190] A. D. Jones rend compte d'une réunion à Newark avec cinquante à soixante participants. D'après les lettres reçues, la célébration aurait eu lieu dans une vingtaine d'endroits.[191] Russell devait lui aussi se rendre à Newark, mais il n'a pas pu le faire.[192] Schulz et de Vienne jugent prudemment ce chiffre de vingt. Les groupes ne s'accordaient encore ni sur la date ni sur la manière de célébrer, et beaucoup n'envoyaient pas de compte rendu.[193] Le numéro confirme ce désaccord. Un ou deux frères ont suivi le 12 avril des calendriers imprimés. Une sœur reproche à la revue de revenir à la Loi juive.[194] C'est la rédaction qui tranche dans les deux cas. Elle explique la méthode juive d'observation de la lune, puis précise qu'il ne s'agit pas d'une loi.[195]

La place des femmes dans les réunions passe aussi par le courrier des lecteurs. Russell avait reçu une première question sur 1 Corinthiens 14:34 en février 1881. Il y avait répondu que ce texte n'avait jamais été ignoré « impunément ».[196] La question revient en mai, avec d'autres versets, et la réponse s'assouplit. Le silence demandé par Paul viserait seulement les grandes réunions publiques où l'on débattait. Interdire aux femmes de prier ou d'enseigner dans les réunions privées serait « porter la règle à l'excès, ce que nous regardons comme une erreur ».[197] Le partage est net : aux hommes la parole publique, aux femmes l'aide et l'enseignement en petit groupe.[198] Schulz et de Vienne notent que cette réponse décevait les adventistes favorables aux prédicatrices, mais restait plus libérale que beaucoup d'autres à l'époque.[199] En trois mois, la règle a changé d'une réponse à l'autre, et c'est toujours le rédacteur qui la fixe.

Ces questions sont adressées nommément au « frère Russell ».[200] Le courrier fait déjà de lui l'arbitre des usages. Il reste entouré d'un petit cercle de collaborateurs qui signent de leurs initiales. Les initiales J. C. S. désignent John C. Sunderlin, auteur de « Je n'ai pas honte de l'Évangile » selon Schulz et de Vienne.[201] Cet ancien pasteur méthodiste avait été invité à écrire pour la revue en mars 1881.[202] B. W. K. désigne Benjamin W. Keith, déjà mentionné parmi les collaborateurs en juillet 1879.[203] En février 1881, la revue lui attribuait la découverte du sens de parousia comme « présence ».[204] Keith signe ici lui-même et rappelle qu'il étudie la question des temps depuis 1867.[205] Il précise aussi n'avoir jamais enseigné que le Christ marchait physiquement sur terre.[206] L'autorité se partage donc encore entre plusieurs plumes. Mais le rédacteur garde le dernier mot, comme lorsqu'il avait corrigé publiquement Albert D. Jones en mars 1881.[207]


Contenu

La bonne nouvelle annoncée à Abraham

La notion de « bonne nouvelle » (traduction littérale du mot « gospel ») se décompose en plusieurs éléments distincts : des principes élémentaires et des enseignements plus avancés[208]. La justification par la foi, puis le rétablissement de l'humanité par le sacrifice du Christ, sont présentés comme la bonne nouvelle annoncée à Abraham selon Romains 4:3, destinée à devenir un jour celle du monde entier durant le millénium, conformément à 1 Timothée 2:6 et à Apocalypse 14:6[209].

Une seconde dimension de cette bonne nouvelle est réservée exclusivement à l'âge de l'Évangile : l'appel adressé à certains humains à devenir la « fiancée », « l'épouse de l'Agneau », à devenir « participants de la nature divine » selon 2 Pierre 1:4, à cesser d'être de simples hommes pour devenir « de nouvelles créatures en Christ Jésus » selon 2 Corinthiens 5:17, et à devenir « héritiers de Dieu, cohéritiers avec Jésus-Christ notre Seigneur »[210]. Cet appel, désigné comme « notre appel céleste », est présenté comme devant être rendu sûr par le sacrifice de la nature humaine, en vue du prix recherché : « gloire, honneur et immortalité »[211].

Cette promesse de cohéritage et d'immortalité n'aurait jamais été offerte à Abraham ni révélée dans les âges passés, s'appuyant sur 2 Timothée 1:10 selon lequel c'est Jésus-Christ qui a mis en lumière la vie et l'immortalité par la bonne nouvelle[212]. Le « corps du Christ » est annoncé comme devant être complété durant cet âge, l'épouse étant développée jusqu'au mariage de l'Agneau évoqué en Apocalypse 19:7[213]. Abraham est ainsi désigné comme le père de « la Semence qui est le Christ » selon Galates 3:29, sans pour autant appartenir lui-même à cette Semence[214].

L'onction par l'esprit saint est présentée comme n'ayant jamais eu lieu avant Jésus de la même manière qu'elle se produit sur l'Église. David et Aaron, bien que désignés comme « l'oint du Seigneur », ne sont considérés que comme des types, oints d'une huile elle-même typique de l'esprit saint, l'un préfigurant le Christ dans sa fonction de roi, l'autre dans sa fonction de prêtre[215]. L'esprit de Dieu agissant sur les prophètes durant l'âge juif est distingué de son action sur l'Église durant l'âge de l'Évangile : chez les prophètes, il s'agissait d'une simple force prenant possession du prophète, comme l'illustre Nombres 22:38, sans jamais agir comme « un consolateur » guidant vers la compréhension de la vérité, fonction propre à l'action actuelle de l'esprit[216]. Cette onction est désignée comme le sceau ou la preuve que la nouvelle créature est engendrée à la nature divine, gage de sa délivrance finale ou naissance sous une forme spirituelle[217].

Les mystères écrits par l'esprit à travers les prophètes n'auraient pas été révélés à ces derniers eux-mêmes, étant réservés à l'Église — Jésus et son corps — et ne devant être compris qu'une fois celle-ci complète, selon la formule « le mystère de Dieu... achevé » [218]. L'exemple de Daniel, qualifié de « grandement aimé », qui pria des semaines durant pour comprendre certaines de ses propres prophéties sans recevoir d'explication de l'esprit, mais seulement la visite d'un ange lui annonçant que la chose resterait scellée jusqu'au temps fixé, est cité en référence à Daniel 12:9[219]. Même les anges, selon le raisonnement développé à partir de 1 Corinthiens 2:9,13, n'auraient pas eu accès à la compréhension de ce que Dieu réserve à ceux qui l'aiment, ce qui n'a été révélé qu'à l'Église par son esprit.

L'interprétation de 1 Pierre 1:10 est développée pour montrer que les prophètes ont annoncé d'avance les souffrances du Christ sans que celles-ci leur soient jamais comptées comme faisant partie des souffrances du Christ proprement dites, à la différence de celles de l'Église, invitée selon Romains 8:17 à souffrir avec lui afin d'être aussi glorifiée avec lui[220]. Jésus est désigné comme « Chef », « Conducteur » et « Capitaine de notre salut », celui dont l'Église doit suivre l'exemple selon 1 Pierre 2:21, de sorte qu'Abraham et les prophètes, s'ils appartenaient au Christ, en feraient de Jésus leur simple continuateur — ce que le raisonnement rejette explicitement, affirmant au contraire que c'est la tête qui a souffert en premier, le corps suivant ensuite pour « combler ce qui reste des afflictions du Christ » selon Colossiens 1:24[221].

L'onction de l'Église par l'esprit saint est rattachée à la Pentecôte, où Jésus glorifié aurait transmis à son corps ce qu'il avait lui-même reçu sans mesure du Père, selon l'explication de Pierre en Actes 2:33[222]. Cette venue de l'esprit saint comme témoin de la condition de fils et comme guide vers toute vérité est présentée comme conditionnée par la glorification préalable de Jésus, en appui sur Jean 7:39 et sur les paroles de Jésus rapportées en Jean 16:7 et Jean 15:26[223]. Le fait que l'Église soit elle-même qualifiée d'« ointe » s'appuie sur 1 Jean 2:27 et sur 2 Corinthiens 1:21, cités à l'appui de l'idée que la récompense promise au Christ, commencée avec la tête et devant s'achever avec le dernier membre durant cet âge, diffère de celle réservée à Abraham, aux prophètes et à tous les anciens hommes fidèles[224].

Quelque chose de meilleur pour nous

Cet article s'ouvre sur la question posée à Jésus en Jean 8:53 : « Es-tu plus grand que notre père Abraham qui est mort, et les prophètes qui sont morts ? Qui prétends-tu être ? » [225]. Né de la semence d'Abraham par sa mère, Jésus aurait porté cette nature humaine jusqu'à l'âge de trente ans, moment où, lors de son baptême, il se serait consacré à Dieu en sacrifice vivant, étant dès lors engendré de l'esprit et scellé comme nouvelle créature, participant de la nature divine, sa nature humaine abrahamique étant alors la chose sacrifiée[226]. C'est cette distinction qui expliquerait pourquoi Jésus, dans cet échange avec les pharisiens, désigne Abraham comme leur père et Dieu comme son propre Père[227].

Abraham, devenu héritier de la justice par la foi selon le raisonnement développé, aurait été « justifié librement de toutes choses » sans que sa nature humaine en soit changée — restant un homme, bien que juste[228]. Ceux qui deviennent héritiers de Dieu et cohéritiers avec Jésus-Christ suivraient Abraham jusqu'à ce point commun de la justification par la foi, avant d'aller plus loin en se présentant eux-mêmes en sacrifices vivants à l'appel de Dieu, à l'image de Jésus, pour devenir à leur tour « participants de la nature divine »[229]. Ces promesses « excellemment grandes et précieuses » n'auraient jamais été entendues ni par Abraham ni par les prophètes, qui n'étaient donc pas appelés à courir pour ce prix.

Abraham, Isaac et Jacob sont présentés comme tirant l'essentiel de leur grandeur de leur rôle de types de réalités spirituelles : Abraham préfigurant le Père céleste, Isaac le fils de la promesse préfigurant le Fils de Dieu, et Rébecca, femme d'Isaac, préfigurant l'épouse de Jésus — l'Église, appelée à devenir prochainement cohéritière de l'héritage du Père avec lui[230]. Les promesses faites à Abraham, d'apparence purement terrestre jusqu'à ce que l'esprit, par l'intermédiaire de Paul, en révèle la portée plus large, sont interprétées comme devant se réaliser littéralement selon les termes mêmes employés envers Abraham, tout en renvoyant au-delà du type vers celui qu'il préfigurait — le véritable Père du véritable Isaac, « le Père des fidèles », qui appelle lui-même l'Église à devenir l'épouse de son Fils unique et héritière de toutes choses[231]. La formule « en toi et en ta postérité seront bénies toutes les familles de la terre » est ainsi relue non plus à l'adresse du type Abraham, mais à l'adresse du Père lui-même, Abraham n'étant en aucun cas partie de « la Semence », mais seulement son père au sens typique, puisque, selon le texte cité, « un seul est votre Père, c'est Dieu »[232].

Dieu n'aurait ainsi commis aucune injustice envers Abraham en lui faisant des promesses dont la portée véritable lui restait cachée : ces promesses, de nature terrestre telles qu'Abraham devait les comprendre, auraient été volontairement conçues par une prescience divine pour contenir, cachées en elles, des bénédictions et une semence spirituelles supérieures, destinées à n'être révélées à l'Église, en son temps, que par l'intermédiaire de Paul[233].

La Semence promise serait réduite à être unique si l'on s'arrêtait à la lettre, alors que la logique interne de l'argumentation distingue plusieurs semences dans ces promesses mêmes faites à Abraham : une semence terrestre, aussi nombreuse que la poussière de la terre et le sable du bord de la mer, et une semence spirituelle, assimilée aux étoiles du ciel[234]. Jean le Baptiste, désigné par Jésus comme le plus grand des prophètes selon Matthieu 11:11, ne revendique pourtant pour lui-même aucune part dans l'Épouse : il se présente en Jean 3:29 comme l'ami de l'Époux qui se réjouit d'entendre sa voix, et non comme l'Époux lui-même[235]. De même, Moïse est présenté par Paul en Hébreux 3:5-6 comme un serviteur fidèle dans la maison de Dieu, alors que le Christ y est fils, à la tête de cette maison dont l'Église ferait elle-même partie[236].

De cette distinction découle une explication de la résurrection des patriarches et des prophètes : n'ayant jamais été engendrés de l'esprit, puisque cet engendrement n'aurait commencé qu'avec Jésus, aucun d'eux ne pourrait parvenir à la naissance d'une nature spirituelle comparable à celle des anges ou du corps glorifié du Christ[237]. Appartenant à la famille humaine, ils seraient relevés comme des êtres humains parfaits, leur foi les ayant déjà justifiés et déclarés libres du péché, de la maladie et de la mort, à la différence du reste de l'humanité qui devrait prouver son obéissance pendant le règne millénaire avant d'atteindre progressivement la perfection[238]. Cette distinction entre « corps célestes » et « corps terrestres » est appuyée sur 1 Corinthiens 15:40, chacun possédant sa propre gloire[239]. Relevés dans la perfection de leur être, ces hommes domineraient naturellement le reste de l'humanité, dégradée par le péché, et reprendraient la position originellement donnée à Adam, « un peu au-dessous des anges », couronné de gloire et d'honneur et chargé de dominer les œuvres des mains de Dieu, selon Hébreux 2:7 et Genèse 1:28[240].

La Nouvelle Jérusalem

La Nouvelle Jérusalem est présentée comme une figure du royaume de Dieu à venir, représentant à la fois des êtres spirituels et des êtres terrestres[241]. Lorsqu'elle apparaît pour la première fois en Apocalypse 21:2, elle ne contiendrait encore que l'Épouse, n'étant pas encore descendue sur terre mais venant « de Dieu, hors du ciel »[242]. Dès le début du règne du Christ, la domination de Dieu commencerait à renverser le mal et à établir la justice, jusqu'à ce qu'à la fin du temps de détresse cette cité atteigne la terre et s'y établisse durant le règne millénaire, dont elle constitue la figure[243].

Le Seigneur et son Épouse, devenus invisibles à l'humanité du fait de leur nouvelle nature spirituelle, sont désignés comme les véritables dirigeants de la terre, assimilés aux nouvelles « puissances de l'air », mais agissant par l'intermédiaire d'agences terrestres pour gouverner, bénir et restaurer l'humanité — de la même manière que l'actuel « prince de la puissance de l'air » se sert aujourd'hui d'agences humaines, gouvernements et hommes, pour opprimer et dégrader[244]. Une véritable « réforme du service civil » s'instaurerait alors, où seuls des êtres parfaits seraient autorisés à occuper une fonction ou à être associés au gouvernement, chaque être terrestre étant assisté dans son approche de la Nouvelle Jérusalem dès qu'il apprend la bonté et l'amour de Dieu[245]. Rien d'impur ne pourrait y entrer, ni quiconque pratique l'abomination ou le mensonge, mais seulement ceux qui sont inscrits dans le livre de vie de l'Agneau, selon Apocalypse 21:26[246].

Le monde entier serait ainsi mis à l'épreuve pour la vie — la vie en tant qu'être humain, telle que l'avait Adam — la condition posée étant son entrée en pleine harmonie avec le royaume et ses lois d'amour envers Dieu et envers les hommes ; quiconque n'y serait pas entré à la fin de l'âge serait détruit, selon Apocalypse 20:14-15[247]. Le royaume de Dieu, qui « ne vient pas de manière visible », commencerait ainsi comme une puissance spirituelle invisible avant de développer progressivement des représentants humains visibles, jusqu'à s'étendre sous tous les cieux et remplir toute la terre, selon Daniel 2:35[248]. Les êtres spirituels y auraient pour tâche de superviser et de récompenser par la perfection et la vie continue tous ceux qui se montreraient dignes, délivrés de la servitude de la corruption — maladie et mort — pour entrer dans la liberté glorieuse des fils de Dieu, liberté dont Adam aurait joui avant que le péché ne le lie à la mort[249]. L'humanité, de son côté, aurait aussi un rôle à jouer dans la restitution glorieuse de toutes choses, en coopération avec l'Agneau, l'esprit et l'Épouse[250].

Cette articulation permettrait de comprendre pourquoi, sans sainteté, nul ne pourrait voir le Seigneur — puisque voir le Seigneur « comme il est » suppose de lui devenir semblable, donc d'être soi-même un être spirituel — alors que les hommes verraient malgré tout les patriarches, conformément à la parole attribuée à Jésus en Luc 13:28 : « Vous verrez Abraham, Isaac et Jacob dans le royaume de Dieu » [251]. La phase terrestre du royaume est présentée comme la seule qui ait jamais été révélée jusqu'à ce que Jésus enseigne l'existence d'un royaume supérieur, inaccessible à la chair et au sang[252]. C'est ce royaume terrestre, déjà établi à une échelle réduite sous David, que les Juifs du temps de Jésus revendiquaient encore représenter ; la formule « vous-mêmes serez jetés dehors » impliquerait ainsi qu'ils étaient bien, en un sens, à l'intérieur de ce royaume terrestre — en tant que nation typiquement purifiée par des sacrifices typiques, préfigurant ce royaume terrestre futur où n'entreraient que ceux purifiés de tout péché par les « meilleurs sacrifices »[253].

Abraham, Isaac, Jacob et l'ensemble des prophètes, justifiés par la foi et relevés comme hommes parfaits, en pleine harmonie avec Dieu, constitueraient ainsi les premiers de l'élément terrestre du royaume. La perfection de l'élément spirituel devant précéder la possibilité de l'élément humain, la formule attribuée à Jésus selon laquelle « les derniers (l'Église de l'Évangile) seront les premiers, et les premiers (Abraham, les prophètes) seront les derniers » trouve ici son explication, d'après Luc 13:28-30[254].

Les promesses faites à Abraham sont ensuite reprises une à une pour vérifier leur compatibilité avec cette lecture. En Genèse 12:1-3, Dieu ordonne à Abraham de quitter la Chaldée pour un pays qu'il lui montrera, promettant de faire de lui une grande nation, de bénir ceux qui le béniront et de maudire celui qui le maudira, et qu'en lui seront bénies toutes les familles de la terre — promesse jugée réalisable si Abraham est placé à la tête du royaume terrestre[255]. En Genèse 13:15-16, Dieu promet à Abraham le pays qu'il voit, pour lui et sa postérité à jamais, et une descendance aussi nombreuse que la poussière de la terre, ce qui est jugé incompatible avec une référence au « petit troupeau »[256]. En Genèse 17:7-8, Dieu promet à Abraham et à sa descendance le pays de Canaan en possession éternelle, et en Genèse 22:17, il promet de multiplier sa descendance comme les étoiles du ciel et comme le sable du bord de la mer, cette descendance devant posséder la porte de ses ennemis et devenir source de bénédiction pour toutes les familles de la terre[257]. L'examen conclut qu'à moins de reconnaître plus d'une semence dans ces promesses — une semence terrestre et une semence spirituelle —, leur accomplissement demeurerait incompréhensible.

La descendance promise à Abraham est présentée comme comportant deux catégories distinctes — une semence terrestre, nombreuse « comme le sable », et une semence spirituelle, le Christ et le petit troupeau sous son autorité — cette distinction entre les deux semences n'étant selon ce raisonnement connue que par la révélation donnée à travers Paul en Galates 3:29[258]. En Romains 4:16, Paul est lu comme mentionnant ces deux semences lorsqu'il affirme que la promesse de Dieu repose sur la foi afin d'être assurée à toute la descendance, non seulement à celle qui est sous la loi, mais aussi à celle qui est de la foi d'Abraham, « père de nous tous »[259]. Une lecture marginale du texte est retenue comme transmettant l'idée véritable : Abraham serait le père réel de l'une des deux semences, et une image du Père de l'autre, Dieu lui-même[260].

Le discours d'Étienne, désigné comme le second martyr chrétien après Jésus, est ensuite cité d'après Actes 7:1-6 : le Dieu de gloire serait apparu à Abraham lui ordonnant de quitter son pays pour celui qu'il lui montrerait, sans toutefois lui donner alors le moindre héritage, « pas même de quoi poser le pied »[261], tout en promettant cette terre à sa descendance, laquelle séjournerait quatre cents ans en pays étranger et y serait réduite en servitude. De cette parole, il faudrait retenir qu'il existe bien une semence terrestre destinée à des bénédictions terrestres en tant qu'hommes, la promesse à Abraham l'associant particulièrement à cette semence-là, et non à la semence supérieure dont le père est Dieu[262].

Les espérances d'Abraham sont ensuite développées à partir de Hébreux 11:8-17 : appelé à partir vers un héritage qu'il recevrait plus tard, il aurait obéi sans savoir où il allait, séjournant dans le pays de la promesse avec Isaac et Jacob, cohéritiers de la même promesse, parce qu'il attendait « la cité qui a des fondements, dont Dieu est l'architecte et le constructeur »[263]. Morts dans la foi sans avoir reçu l'accomplissement des promesses mais les ayant vues de loin, Abraham et les siens se seraient reconnus étrangers et voyageurs sur la terre, désirant un pays meilleur, c'est-à-dire céleste — identifié ici à Canaan dans le royaume céleste —, ce qui justifierait que Dieu ne rougisse pas d'être appelé leur Dieu, « car il leur a préparé une cité »[264]. Cette cité vers laquelle Abraham et les prophètes sont annoncés comme se dirigeant est identifiée au royaume millénaire, dans lequel ils seraient les premiers à entrer sur le plan terrestre, son siège de gouvernement terrestre devant vraisemblablement se situer en Canaan, le pays même où ils avaient séjourné comme étrangers[265].

David, Samson, Rahab et les prophètes sont ajoutés par Paul à cette liste d'hommes de foi ayant réussi diverses entreprises grâce à leur confiance en Dieu, et appelés eux aussi à recevoir une récompense dans « la cité » en préparation ; pourtant, malgré ce témoignage rendu par leur foi, Paul précise qu'ils n'ont pas reçu la promesse — c'est-à-dire le « grand appel » —, Dieu ayant prévu quelque chose de meilleur pour les chrétiens, afin qu'eux, sans ces derniers, ne parviennent pas à la perfection[266]. Autrement dit, les patriarches ne recevraient l'accomplissement parfait des promesses qui leur sont faites qu'après que la Semence, le Christ, aura d'abord reçu sa récompense, et après la descente de la Nouvelle Jérusalem[267].

Un lecteur imaginaire est interpellé sur le ton d'une objection — « Es-tu plus grand que notre père Abraham... et les prophètes ? » — à laquelle il est répondu par les mots attribués à Jésus : « Si je m'honore moi-même, mon honneur n'est rien ; c'est mon Père qui m'honore »[268]. Aucun croyant n'aurait pu imaginer de lui-même recevoir un « grand appel » d'une telle portée, mais la lecture des promesses divines rendrait indigne de ne pas les croire, les confesser et les accepter avec reconnaissance[269]. Devant le caractère exclusif de l'appel à devenir cohéritiers de « gloire, honneur et immortalité », l'exhortation est lancée de se dépouiller de tout fardeau pour courir vers ce prix, jugé presque incompréhensible pour l'esprit humain même en comparaison du sort réservé aux patriarches ; la certitude de la justification par la mort du Christ et du caractère officiel de l'appel, « de Dieu en Christ Jésus », sont invoquées pour encourager à accomplir son alliance, à présenter son corps en sacrifice vivant tant que le temps du sacrifice n'est pas achevé, et à rendre sûrs son appel et son élection en se soumettant à Dieu[270].

Je n'ai pas honte de l'Évangile

Un commentaire est développé à partir de Romains 1:16, où Paul déclare n'avoir pas honte de l'Évangile du Christ, « puissance de Dieu pour le salut de quiconque croit, du Juif d'abord puis du Grec »[271]. Le mot évangile est rappelé comme signifiant bonne nouvelle, message de joie, quelque chose d'assez important pour avoir provoqué un changement radical chez Paul, lequel avait auparavant persécuté les disciples de « cette voie » jusque dans des villes étrangères et approuvé leur mise à mort[272]. Ce changement ne tiendrait pas à une transformation de l'Évangile lui-même, mais à une meilleure connaissance qu'en aurait acquise Paul — principe valable, selon ce raisonnement, pour quiconque approfondit sa connaissance de l'Évangile du Christ, qui n'en estimerait alors que davantage la valeur[273]. L'anticipation d'un séjour de Paul à Rome, « cité impériale, maîtresse du monde », est présentée comme la raison pour laquelle il tenait à ne parler publiquement que de ce dont il n'avait pas honte[274], cette conviction s'étant manifestée non seulement dans ses paroles mais aussi dans ses actes.

L'esprit de Paul est décrit comme ayant perçu dans l'Évangile du Christ quelque chose d'infiniment supérieur à tout le reste, et la question est posée de savoir s'il aurait pu tenir le même discours en voyant l'évolution ultérieure de la chrétienté sous l'effet de l'orgueil et de la superstition — en particulier s'il avait pu contempler, depuis la tribune orthodoxe de l'époque contemporaine, l'amas de « bois, foin, chaume » bâti sur le fondement qu'est le Christ[275]. L'hypothèse est formulée que si « l'Église mère », fière de revendiquer Paul comme saint patron et d'avoir donné son nom à nombre de ses églises, lui exposait par la voix de ses dignitaires les doctrines de la pénitence, de la succession papale, de la confession des péchés au prêtre, de l'absolution et de l'état des morts au purgatoire, il n'aurait pu les approuver en affirmant n'en avoir pas honte[276].

La doctrine de la prédestination, telle que soutenue par les milieux calvinistes, est ensuite examinée à travers Romains 8:29, Romains 8:33 et Romains 9:15, Romains 9:24, textes invoqués pour soutenir que Dieu aurait de toute éternité destiné un petit nombre à la faveur divine — naissance en pays chrétien, entourage chrétien — tandis que la majorité, par le même décret éternel, serait née dans l'obscurité morale, liée par l'hérédité et les associations corrompues, condamnée à sombrer dans une nuit de tourment éternel « sans un seul rayon d'espoir réconfortant, sans une étoile de jour naissant », pendant que les justes, depuis leurs sièges glorieux, contempleraient cette manifestation de la sagesse, de la justice et de la puissance de Dieu et l'en loueraient[277]. Une telle conception est jugée impossible à concilier avec l'idée que Paul aurait pu en être le défenseur ou s'en déclarer non honteux[278]. La question est ensuite posée de savoir s'il aurait accueilli avec plus de faveur la position des milieux arminiens, pour qui le même décret aurait certes été prononcé, mais la rançon aurait été prévue en vue du salut de tous — le développement de cette alternative restant interrompu à la fin de la tranche examinée.

La position arminienne sur le salut universel offert mais non garanti est rejetée comme inconciliable avec l'idée que des « millions mourant de faim » n'auraient jamais même entendu parler d'un salut qui leur aurait pourtant été destiné[279]. L'effort missionnaire arminien est décrit comme consistant à informer les quelques créatures assez favorisées pour en entendre parler qu'un souper est préparé pour elles, tandis que les autres doivent périr de faim ; une telle nouvelle, une fois examinée froidement, ne pourrait raisonnablement être qualifiée de bonne nouvelle[280].

Une troisième position, universaliste, est examinée à partir de 1 Corinthiens 15:22, où Paul écrit que « comme en Adam tous meurent, de même en Christ tous seront rendus à la vie »[281]. Ce texte est présenté comme fondant la conviction que tous les êtres humains, par un moyen ou un autre, au moment de la mort ou après, seraient finalement sauvés, Christ ayant goûté la mort « pour tout homme » sans que sa mort puisse avoir été vaine pour quiconque[282]. Il est toutefois relevé que les défenseurs de cette position s'attardent peu sur Romains 12:14 (donné ici comme la référence du texte cité, « sans la sainteté nul ne verra le Seigneur »), et préféreraient voir meurtriers et voleurs occuper un compartiment à part dans les nombreuses demeures plutôt que de les voir purement et simplement sauvés[283].

Aucune des trois positions — calviniste, arminienne, universaliste — n'est présentée comme entièrement fausse ni comme entièrement vraie : chacune est comparée à un morceau isolé du drapeau américain, rouge, blanc ou bleu, dont le détenteur croirait à tort détenir la seule couleur véritable alors que le drapeau complet se compose des trois réunies dans une proportion donnée[284]. L'élection et la prédestination, le libre arbitre, et le salut universel sont ainsi tous les trois reconnus comme enseignés avec la même clarté par des textes bibliques distincts, chaque camp ne voyant que le texte qui confirme sa propre position sans parvenir à percevoir celui des deux autres[285].

Le développement conclut provisoirement par l'examen du texte universaliste 1 Corinthiens 15:22, jugé sans réplique possible quant à l'universalité de la mort transmise par Adam et de la vie rendue possible par Christ, à condition de bien distinguer la nature de cette vie. La question posée est de savoir comment « tous » meurent en Adam, ce qui ramène à examiner comment « tous » vivaient en Adam : non d'une vie spirituelle ni éternelle, mais d'une vie naturelle dont la continuation était conditionnée à l'obéissance[286]. Adam n'aurait donc perdu que cette vie naturelle conditionnelle, et c'est cette même vie, et non une vie supérieure, que l'humanité recevrait de nouveau par le second Adam, Christ — ce salut universel ainsi circonscrit étant qualifié de « très bon », conforme à la déclaration divine, mais laissé ouvert à un développement ultérieur concernant une vie plus élevée, pour ceux qui choisiraient de ne pas s'arrêter à ce seul bénéfice[287].

La vie restaurée par le second Adam n'est donc présentée que comme une étape, à laquelle une distinction s'ajoute entre ses bénéficiaires : la résurrection évoquée au verset 23 situe chacun « dans son propre ordre, Christ les prémices, ensuite ceux qui sont de Christ à sa venue »[288]. De cette hiérarchie d'« ordres » ou de rangs d'existence, confirmée selon ce raisonnement par 1 Corinthiens 15:39 et les versets suivants, il est déduit que le fait que tous soient rendus à la vie par Christ n'implique pas qu'ils parviennent tous au même genre d'être, puisque chacun est ramené à la vie et prend sa place « selon l'ordre »[289], de même que « ce qui est terrestre, tel sont aussi ceux qui sont terrestres ; et ce qui est céleste, tel sont aussi ceux qui sont célestes »[290].

Cette pluralité d'ordres, combinée à l'idée que tous sont ramenés à la restauration de ce qui avait été perdu en Adam, permet de concevoir que la volonté humaine puisse chercher à obtenir une position dans l'un ou l'autre de ces ordres, et qu'il puisse y avoir, de la part de Dieu, une sélection parmi ses créatures — qu'on l'appelle « élection » ou « prédestination » — de ceux qui se révèlent aptes ou préparés aux différents degrés ou rangs d'existence[291]. La prédestination est ainsi redéfinie comme l'établissement d'une loi selon laquelle « la vie éternelle » est donnée « à ceux qui, par une persévérance patiente dans le bien, recherchent la gloire, l'honneur et l'immortalité », d'après Romains 2:7, tandis que « l'indignation et la colère, la tribulation et l'angoisse » attendent, selon Romains 2:8-9, « ceux qui sont contentieux et n'obéissent pas à la vérité, mais obéissent à l'injustice »[292].

La désobéissance ainsi visée est restreinte à ceux qui connaissent la vérité : un enfant n'est pas tenu pour désobéissant avant d'avoir transgressé un commandement connu, et il en est de même pour Dieu, qui « a pitié de ceux qui le craignent comme un père a pitié de ses enfants »[293]. Beaucoup craignent Dieu sans bien le connaître ni savoir ce qui est commandé, et ne peuvent donc ni obéir à la vérité ni encourir la colère divine ; ceux-là accèdent seulement à la vie non éternelle, celle perdue en Adam sans choix de leur part et restaurée par le second Adam sans choix de leur part non plus, conformément à Hébreux 2:9, où le Christ « par la grâce de Dieu » goûte la mort « pour tout homme »[294]. L'amour de Dieu est rappelé comme s'étant manifesté alors même que les hommes étaient encore pécheurs et ennemis, d'après Romains 5:8-10.

À l'objection selon laquelle Paul qualifierait l'Évangile de « puissance de Dieu pour le salut de tout homme qui croit », une distinction est introduite entre la réconciliation — commune à tous, ramenés à la condition adamique sans connaissance préalable de la nature du péché ni de la mort — et un salut supplémentaire, « much more », réservé à ceux qui croient, d'après Romains 5:10[295]. Les calvinistes et les arminiens sont alors invités à constater que ces textes, qu'ils auraient dû « étirer et tordre » pour les faire entrer dans leurs systèmes respectifs, n'ont plus besoin de l'être une fois cette distinction d'ordres admise[296]. Ceux que Dieu « a connus à l'avance » seraient ceux disposés par le désir, la foi et la persévérance dans le bien, chacun selon son ordre, et c'est pour cela que l'Évangile, bonne nouvelle, est présenté comme la puissance de Dieu pour le salut de tout homme qui croit, « au Juif premièrement, puis aussi au Grec », le Juif venant en premier parce qu'il croit en premier, non en vertu d'une appartenance extérieure mais intérieure, selon Romains 2:28-29[297]. L'exhortation finale invite à désirer davantage, étudier davantage la parole de Dieu, croire davantage, afin d'obtenir ce salut « combien plus », en citant 1 Corinthiens 2:9-10 sur ce que « l'œil n'a pas vu, ni l'oreille entendu », préparé par Dieu pour ceux qui l'aiment et révélé par son Esprit. Le texte est signé des initiales J. C. S.[298]

Comment lis-tu ?

Un poème est annoncé sous ce titre, accompagné d'une note indiquant qu'il a été reproduit dans le numéro d'octobre 1882, auquel le lecteur est renvoyé[299].

Une lettre intéressante

Une lettre envoyée depuis Bristol, en Angleterre, est reproduite dans son intégralité. Son auteur, un conducteur de fiacre selon ses propres mots, raconte avoir écrit en pensant correspondre directement par courrier, ignorant jusque-là que Zion's Watch Tower fût un périodique[300]. Il joint trois dollars pour s'abonner à trois exemplaires du périodique et pour couvrir l'envoi de plusieurs exemplaires de Food for Thinking Christians[301] et du Tabernacle Tract.

Il décrit un cheminement religieux marqué par plusieurs appartenances successives : d'abord converti à l'Église d'Angleterre, puis passé chez les wesleyens après quelques mois seulement, puis chez les « Frères » (Brethren), dont il reste membre au moment d'écrire tout en pressentant que cette appartenance ne durera pas non plus, du fait de son rejet de la doctrine de la Trinité et du tourment éternel, incompatible selon lui avec le maintien de cette communion[302]. Il mentionne aussi avoir participé à une mission de prédication auprès des classes les plus pauvres des quartiers défavorisés de la ville, interrompue pour raisons de santé, épisode qu'il relit après coup comme une intervention providentielle[303]. Il se dit doté d'un don pour la prédication et prêt à l'exercer dans les rues et les lieux publics si les salles venaient à lui être fermées, tout en reconnaissant avoir besoin d'un accompagnement comparable à celui d'Aquila et Priscille.

La lecture des publications reçues est décrite comme ayant transformé sa compréhension de la Bible, désormais perçue comme « une mine de richesses » et non plus comme un livre écrit dans une langue morte[304]. Il évoque une conversation tenue la veille avec un jeune ami à propos d'un article paru dans le numéro précédent, intitulé « Si le grain de blé ne meurt »[305], au cours de laquelle l'Esprit lui aurait, selon ses propres termes, montré les choses de Christ. La lettre se clôt par une formule de salutation et un post-scriptum où l'auteur, se présentant comme conducteur de fiacre, dit vivre dans l'émerveillement devant la faveur qui lui est faite, en rapportant cette expérience à 1 Corinthiens 1:21[306].

Suntelia, Thérismos, Parousia

Trois mots grecs employés par le Christ et les apôtres sont annoncés comme porteurs d'un sens précis et fixe, à la différence de leur rendu habituel en anglais : leur traduction littérale est donnée comme étant respectivement « fin », « moisson » et « présence »[307]. L'examen de ces trois termes est annoncé comme devant suivre, sans que son développement figure dans les pages reproduites ici.

L'examen des trois termes grecs se poursuit directement par l'analyse de chacun d'eux. Suntelia, rendu par « fin », est signalé comme apparaissant six fois dans le texte grec, dont une occurrence en Hébreux 9:26 appliquée au sacrifice du Christ ; les cinq autres occurrences, situées en Matthieu 13:39, Matthieu 13:40, Matthieu 13:49, Matthieu 24:3 et Matthieu 28:20, sont rattachées à la fin de l'âge de l'Évangile[308]. La moisson est assimilée à cette fin de l'âge, Matthieu 13:30 étant invoqué pour montrer qu'il s'agit d'une période de temps durant laquelle un travail doit s'accomplir[309].

Therismos, traduit par « moisson », est relevé treize fois dans le texte grec, notamment en Matthieu 9:37, Matthieu 9:38, Matthieu 13:30, Matthieu 13:39, Marc 4:29, Luc 10:2, Jean 4:35 et Apocalypse 14:15[310]. Le passage d'Apocalypse 14:15 est rapproché de deux moissons distinctes, l'une concernant le « petit troupeau », l'autre la « grande foule » ; le mot hébreu « gatsir » est présenté comme l'équivalent de Therismos, et Joël 3:18 est relié à cette même moisson, éventuellement en référence d'abord à la moisson juive.

Parousia, rendu invariablement par « présence », est appuyé sur l'autorité du dictionnaire grec de Liddell et Scott ainsi que sur la concordance analytique de Young ; le commentaire de Whedon est cité pour affirmer que « Le mot Parousia ne signifie jamais, dans tout le Nouveau » Testament autre chose que la présence, et jamais l'acte de venir[311]. La traduction par « venue » dans la version courante de la Bible anglaise est dénoncée comme une erreur commise vingt fois, dont quatorze au moins appliquées à la présence du Christ à la fin de l'âge ; les passages concernés sont énumérés : Matthieu 24:3, Matthieu 24:27, Matthieu 24:37, Matthieu 24:39, 1 Corinthiens 15:23, 1 Thessaloniciens 2:19, 1 Thessaloniciens 3:13, 1 Thessaloniciens 4:15, 1 Thessaloniciens 5:23, 2 Thessaloniciens 2:1, 2 Thessaloniciens 2:8, 2 Thessaloniciens 2:9, Jacques 5:7, Jacques 5:8, 2 Pierre 1:16, 2 Pierre 3:4 et 1 Jean 1:28[312]. La question posée en Matthieu 24:3 est reformulée ainsi : quel sera le signe de la Parousia (présence) du Christ et de la Suntelia (fin) de l'aion (âge) ? La réponse qui suit dans l'Évangile est présentée comme portant à la fois sur des événements précédant cette présence et sur des signes devant se produire pendant elle-même, l'ensemble s'adressant aux « yeux de l'intelligence » évoqués en Éphésiens 1:18 plutôt qu'aux yeux physiques.

La conclusion tirée de cet examen lexical établit que la moisson (Therismos) et la fin de l'âge (Suntelia) coïncident, et que la présence (Parousia) se situe également dans cette même fin de l'âge — non pas l'une précédant l'autre, mais les trois désignant une seule et même période[313]. Quiconque doute de la présence du Christ est invité, par cohérence, à douter également de la moisson. Le travail de séparation propre à la première partie de la moisson est donné comme en cours et proche de son achèvement. L'argument prophétique censé établir que la moisson et la présence ont commencé à l'automne 1874 est désigné comme celui du Jubilé ; l'auteur, signant « B. W. K. », précise étudier la question des temps prophétiques depuis 1867 et être associé depuis cette date au mouvement lié à l'accomplissement de ces mesures prophétiques[314]. Le développement de l'argument du Jubilé est renvoyé à l'ouvrage The day dawn or the gospel in type and prophecy, vol. 2 (1880), et les 1335 jours de Daniel 12 sont mentionnés comme ayant été prolongés à leur terme maximal pour s'accorder avec cette chronologie. Une mise en garde est adressée contre l'abandon trop rapide des anciens repères, avec un avertissement tiré de 2 Pierre 3:4 contre ceux qui s'en détourneraient.

La présence du Christ est explicitement distinguée d'une présence corporelle visible sur terre : il est précisé que l'auteur n'a jamais cru ni enseigné que le Christ marchait physiquement sur terre durant cette période, le terme « présence » désignant plutôt l'exercice d'un nouveau rôle de surveillance de la moisson, le Fils de l'homme ayant semé la graine selon Matthieu 13:37 puis envoyé des moissonneurs selon Matthieu 13:41[315]. Ceux qui comprennent l'enseignement de la loi relative au jour des propitiations, décrit en Lévitique 16, ne doivent pas s'attendre à voir le Christ dans la chair. La partie de la moisson concernant le petit troupeau est donnée comme proche de son terme, sans que cela affecte les conditions requises pour accéder au statut d'épouse, résumées par l'exigence de se considérer mort au péché, à Satan, à soi-même et au monde, et vivant pour Dieu.

L'année 1881

L'année 1881 est présentée comme susceptible de devenir notable si se réalisaient les attentes de divers groupes religieux, en particulier les « adventistes du second avènement » dont les applications des périodes prophétiques — les « 2300 jours », les « 1335 jours » et les 1260 jours — sont données comme toutes arrivées à leur terme sans résultat visible[316]. Ces milieux, parce qu'ils attendent que Jésus redevienne un homme et leur apparaisse dans la chair, sont décrits comme incapables de discerner qu'il est déjà présent en tant qu'être spirituel, faute d'avoir les « yeux de l'intelligence » ouverts ; à défaut, ils pourraient réaliser que ces périodes prophétiques se sont accomplies et que la moisson de l'âge, désignée comme « le jour du Seigneur », est arrivée.

Un parallèle est établi entre la situation actuelle et celle du premier avènement : de même que l'Église juive officielle n'a pas su reconnaître la présence de Jésus lors de sa première venue, selon l'expression « ils n'ont pas connu le temps de leur visitation », seuls les « Israélites véritables, en qui il n'y avait pas de fraude » l'ont accueilli, tandis que les autres ont trébuché ; un phénomène de séparation comparable est annoncé comme à l'œuvre à l'époque du second avènement, un travail de « criblage » mettant à l'épreuve chacun selon qu'il aime la vérité et la liberté, ou l'erreur et la servitude[317]. L'acceptation des positions dominantes est présentée comme procurant l'approbation des personnes respectées, tandis que s'en écarter expose à un traitement comparable à celui subi par les disciples lors du premier avènement, lorsque les grands prêtres et les pharisiens ont réprouvé ceux qui recevaient les paroles du Maître et fait exclure leurs noms comme mauvais.

Les attentes centrées sur 1881 chez les adeptes de « l'Église du second avènement » et d'autres dénominations sont rattachées à deux sources jugées peu fiables : d'une part une prophétie attribuée à Mother Shipton, citée en vers, « Le monde jusqu'à une » fin viendra, en dix-huit cent quatre-vingt-un ; d'autre part les mesures de la grande galerie de la Grande Pyramide de Gizeh, évaluée à 1881 pouces pyramidaux, interprétés comme signifiant que la dispensation de l'Évangile durerait 1881 ans[318]. Ces fondements sont qualifiés de faibles, puisqu'aucune période prophétique proprement dite n'est mobilisée à leur appui, toutes étant déjà arrivées à échéance ; la conviction que le Seigneur est présent est au contraire rattachée à « la parole prophétique rendue plus sûre » évoquée par Pierre, en référence à 2 Pierre 1:19.

L'attente de certains milieux adventistes selon laquelle Jésus reviendrait visiblement cette année-là est explicitement écartée : aucune venue de Jésus n'est annoncée pour 1881 ni pour aucune autre année, puisque toutes les périodes prophétiques relatives à la venue du Christ sont données comme s'étant achevées au plus tard à l'automne 1874, moment où sa présence aurait débuté pour se poursuivre durant tout l'âge millénaire[319]. Cette présence est présentée comme devant se révéler progressivement à l'intelligence des hommes durant les quarante années du « jour du Seigneur », calculées de 1874 à 1914, les uns la discernant déjà par la parole prophétique, les autres devant la reconnaître plus tard par le jugement exercé sur la « Sion nominale » et sur le monde[320]. Aucun changement du corps du Christ en êtres spirituels n'est revendiqué pour cette année précise, même si un tel changement est annoncé comme devant survenir à un moment non précisé, mais jamais avant l'automne 1881.

L'âge juif tout entier est présenté comme une « ombre » prophétique de l'âge de l'Évangile sur chaque point : Israël et ses douze fils préfigurant le véritable Israël de Dieu et ses douze disciples, les sacrifices typiques préfigurant les « meilleurs sacrifices » offerts durant cet âge, la durée des deux âges étant identique, leur terme commun étant une « moisson », Jésus étant présent comme Moissonneur dans l'une comme dans l'autre[321]. La manière inattendue de la première venue du Christ, qui en a fait une « pierre d'achoppement » pour l'Église nominale d'alors, selon Ésaïe 8:14, est donnée comme se reproduisant de façon identique dans l'âge présent, pour les deux maisons d'Israël — la maison nominale des serviteurs dont Moïse était le chef, et la maison nominale des fils dont le Christ est le chef, selon Hébreux 3:5-6. La moisson de la maison juive est divisée en deux parties : sept années de faveur envers l'Église, suivies de trente-trois années de colère et de trouble sur ce qui avait alors été rejeté et laissé désolé, période durant laquelle le blé fut rassemblé. Ce parallèle fonde l'attente que la moisson du présent âge, commencée en 1874, suivra le même schéma : sept années de faveur envers l'Église, suivies de trente-trois années de chute et de destruction frappant la compagnie « Babylone », achevant la séparation complète du blé et de l'ivraie[322].

Les sept années de faveur, débutant en 1874, sont données comme devant se terminer en 1881, vers le 2 octobre. La nature de cette faveur est éclairée par le parallèle avec la soixante-dixième semaine accordée à Israël charnel : Jésus y était présent — « il est venu chez les siens, et les siens ne l'ont point reçu » — mais cette offre constituait elle-même une faveur, malgré son rejet par l'Église nominale. Cette première partie de l'œuvre, consistant à s'offrir à la maison nominale, aurait duré trois ans et demi, jusqu'à cinq jours avant la mort du Christ, moment où il se serait adressé à elle en disant avoir voulu rassembler ses enfants comme une poule rassemble sa couvée sous ses ailes, concluant que leur maison leur serait laissée désolée, selon Matthieu 23:38. Durant les trois ans et demi restants de cette semaine d'alliance, la faveur se serait poursuivie sous une autre forme, non plus un appel à la maison nominale « laissée désolée », mais un appel adressé aux individus purs et véritables qu'elle contenait, à en sortir — la prédication des apôtres étant restée confinée aux Juifs durant ces trois ans et demi suivant la Pentecôte. L'appel évangélique consistait alors à se ranger du côté du Seigneur, séparé du judaïsme, et à « demeurer fermes dans la liberté dont Christ vous a affranchis ».

Le parallèle appliqué à l'époque présente établit que durant les trois ans et demi suivant 1874, la proclamation de Jésus comme Époux présent aurait été adressée à l'Église tout entière, l'esprit s'adressant à la Sion nominale dans son ensemble selon les termes d'Apocalypse 3:18, invitant à acheter de l'or éprouvé par le feu et des vêtements blancs, et avertissant que ceux que le Seigneur aime, il les réprimande et les châtie[323]. Cette présence et cet appel n'ayant pas été entendus, les « docteurs en théologie » s'y opposant pour l'essentiel comme les « docteurs de la Loi » l'avaient fait dans l'ombre prophétique, le rejet de l'Église nominale présente est daté de 1878, trois ans et demi après 1874, par les mots d'Apocalypse 3:16 : « parce que tu n'es ni froid ni chaud, je te vomirai de ma bouche ». L'Église juive est présentée comme ayant été le porte-parole de Dieu jusqu'à son abandon, la vérité divine passant ensuite par un autre canal ; de la même façon, l'Église chrétienne nominale aurait été jusque-là ce canal reconnu, mais ne le serait plus désormais, la vérité devant désormais transiter par d'autres voies[324].

Depuis 1878, et pas avant cette date, un appel est annoncé comme adressé aux enfants de Dieu à l'intérieur des Églises nominales, les invitant à en sortir vers une position de liberté leur permettant de servir pleinement Dieu et d'étudier sa parole, sur le fondement d'Apocalypse 18:2-4 déclarant Babylone tombée et devenue l'habitation de démons. La faveur présente, dont le terme est fixé à octobre 1881, ne s'adresse plus à l'Église nominale mais aux individus qui s'y trouvent, afin qu'ils en sortent et accueillent le Seigneur désormais présent, selon la promesse d'Apocalypse 3:20 adressée à tout homme, et non à une Église, qui ouvrirait la porte. Toute prétention à dogmatiser ou à exclure quiconque est écartée, mais la faveur qui s'achève à l'automne est identifiée à l'entrée dans la compagnie de l'Épouse : la porte de cette faveur est donnée comme actuellement ouverte à qui consacre et abandonne tout, pouvant ainsi entrer aux noces et devenir membre de l'Épouse, mais la compagnie serait comptée complète avec cette année, et la porte de ce « saint appel » — non la porte de la miséricorde — fermée pour toujours[325].

La parabole de Matthieu 25:10, selon laquelle l'Époux vint et ceux qui étaient prêts entrèrent avec lui aux noces, la porte étant ensuite fermée, est lue comme signifiant que l'Époux serait venu en 1874, que les consacrés seraient depuis lors entrés progressivement dans une condition de lumière concernant sa présence et dans la préparation du mariage, et que cette année marquerait la fermeture de la porte d'opportunité pour rejoindre cette compagnie[326]. Une note de bas de page renvoie, pour un éclairage ultérieur sur ce sujet, à l'ouvrage Scripture Studies, volume III. Le discours de Luc 13:24 sur l'effort à faire pour entrer par la porte étroite, avant que le maître de maison ne se lève et ferme la porte, est également rapproché de cette fermeture, ceux qui frapperaient alors en vain recevant la réponse qu'ils ne sont pas reconnus. Aucun signe extérieur précis de cette fermeture n'est annoncé à l'avance, si ce n'est l'attente d'en constater quelque indice. Sur la base de cette même « ombre » prophétique indiquant que la porte ne se fermerait pas avant cet automne, l'affirmation est maintenue que les vivants ne seraient pas changés avant cette échéance ; quant à la date exacte du changement attendu — de naturel à spirituel, de mortel à immortel — aucune preuve biblique n'est revendiquée au-delà du fait qu'il surviendrait à un moment postérieur au 2 octobre 1881, avant le déclenchement des sept dernières plaies dont l'exécution est annoncée comme devant être confiée aux vivants changés[327].

Ces attentes sont explicitement distinguées de celles d'autres milieux intéressés par cette même année. La prophétie attribuée à Mother Shipton, annonçant la fin du monde pour 1881, est écartée comme relevant des « fables de bonnes femmes » [328]. Les enseignements tirés de la Grande Pyramide de Gizeh reçoivent en revanche un traitement différent, qualifié de grand respect sans que la foi s'y trouve fondée ; l'édifice est désigné par l'expression « Un miracle en » Stone, présenté comme une œuvre de Dieu et non un plan humain, jugée en parfait accord avec le plan divin tel qu'il ressort de l'Écriture. Sa structure est décrite comme comportant un passage d'entrée descendant vers une fosse représentant la voie large menant à la destruction, suivi d'un passage ascendant représentant la dispensation de la Loi, qui s'élargit en une « grande galerie » sept fois plus haute représentant l'âge de l'Évangile ; à trente-trois pouces du début de cette grande galerie se trouve un puits représentant la mort et la résurrection de Jésus, d'où part un autre passage descendant rejoignant le passage d'entrée près de la fosse.

L'interprétation de la grande galerie de la pyramide se poursuit directement par la lecture des dimensions attribuées à sa partie haute : la restauration de tous les hommes hors de la « fosse horrible » de la mort, par et à cause de la mort de Jésus, y est donnée comme préfigurée[329]. La grande galerie mesure, selon ces calculs, 1874 pouces de long en haut, 1878 pouces à une rainure creusée dans ses parois à mi-hauteur, et 1881 pouces à la base, le mur du fond supérieur étant en surplomb ou incliné vers l'avant[330]. Ces trois dates distinctes — 1874, 1878 et 1881 — marquées par la pyramide à la fin de la grande galerie sont présentées comme corroborant l'enseignement biblique selon lequel les faveurs et privilèges de l'Évangile prennent fin durant ces sept années et cesseront entièrement cette année-là.

Deux autres éléments de la pyramide sont avancés comme venant appuyer l'Écriture. Au sommet de la grande galerie, à l'endroit précis qui mesure 1874 pouces, une ouverture ou passage est signalée, d'abord envisagée comme représentant le changement ou l'enlèvement de l'Église en êtres spirituels ; cette interprétation est cependant écartée, un tel changement étant alors attendu dès 1874 sans qu'aucune transformation n'ait eu lieu, ce qui conduit à y voir plutôt le lieu où l'Époux serait venu en tant qu'être spirituel, en accord avec l'enseignement des prophètes[331]. L'idée que la présence du Christ constituerait une pierre d'achoppement pour beaucoup dans l'Église nominale trouve également son illustration dans la pyramide : à l'extrémité supérieure de la grande galerie, un énorme bloc de pierre fait saillie dans le passage, rendant impossible toute progression sans que le voyageur n'escalade avec difficulté jusqu'à son niveau — image reliée au fait que beaucoup trébuchent et que la progression de tous semble dépendre de leur reconnaissance de la présence du Christ.

Si j'en étais sûr

Une disposition est relevée chez certains à conditionner leur engagement total à l'assurance que le changement surviendra cet automne-là, estimant qu'ils seraient alors prêts à tout endurer, à porter n'importe quelle croix et à renoncer à eux-mêmes[332]. Cette attitude est jugée erronée : l'appel à la « haute vocation » est présenté comme conditionné non pas à faire la volonté de Dieu pendant quelques mois seulement, mais pour l'éternité entière — engagement auquel la formule de Luc 22:42, « non pas ma volonté, mais la tienne », est opposée comme réponse appropriée à toute hésitation. La grâce du Seigneur est rappelée comme suffisante, en écho à 2 Corinthiens 12:9, ayant déjà prouvé sa suffisance par le passé et méritant la même confiance pour l'avenir ; les trois années précédentes sont évoquées comme ayant apporté un festin quotidien de nourriture céleste, renforçant la conviction spirituelle des consacrés, tandis que l'absence d'un tel renforcement est désignée comme signe de ne pas marcher pleinement dans la lumière de la consécration totale.

À ceux qui conditionnent leur sacrifice — biens, temps, talents, réputation — à la certitude d'obtenir le prix, par crainte de perdre leur trésor terrestre sans être jugés dignes d'une place dans la compagnie de l'Épouse, la réponse opposée invoque Matthieu 14:31 et 1 Thessaloniciens 5:24 : « fidèle est celui qui vous appelle, et qui le fera aussi ». L'assurance d'obtenir ce que Dieu a promis, lui qui ne peut mentir, est affirmée comme totale à condition de sacrifier tout ; l'objet même de l'âge présent est désigné comme consistant à développer, parmi d'autres, ceux qui mettront leur confiance dans sa grâce immuable. Celui qui jugerait le prix trop coûteux par rapport à son peu de bien n'est pas pressé d'échanger, mais celui qui le voit valoir un million de fois ce qui lui est demandé est invité à vendre tout ce qu'il possède pour l'acquérir ; l'occasion de cet échange, si l'interprétation retenue est correcte, prendrait fin avec cet automne-là.

Ceux qui ne procéderaient pas à cet échange sont avertis qu'ils le regretteraient bientôt, voyant leurs biens leur échapper durant le temps de trouble à venir ; ceux qui viendraient frapper après coup, désirant alors être admis, seraient dans la situation décrite en Luc 13:25, où le maître de maison a déjà fermé la porte. Ce qu'il convient d'attendre à partir d'octobre 1881 n'est pas précisé avec certitude, mais l'anticipation porte sur le fait que les sept années de moisson, insérées dans une période totale de quarante ans, ayant constitué un temps de faveur pour l'Église, les années suivantes manifesteraient au contraire un manque de faveur, entraînant l'effondrement rapide de l'Église nominale ; beaucoup de ceux qui auraient entendu parler de ces enseignements sans oser braver la réprobation d'une organisation ecclésiale populaire et prospère se trouveraient alors libérés et commenceraient à frapper et à s'enquérir[333]. L'accueil de ces personnes est annoncé comme devant se faire avec plaisir et assistance, mais sans reconnaissance de leur part dans la compagnie de l'Épouse ; il n'appartient pas à l'auteur de juger, cette compréhension étant présentée comme relevant de l'enseignement de la parole divine, le jugement final revenant au Seigneur de leur faire savoir qu'ils appartiennent à la « grande foule » et non au « petit troupeau » à qui il plaît au Père de donner le royaume, selon Luc 12:32.

Dans diverses Églises se trouveraient des saints de Dieu consacrés et sanctifiés, mais ignorants de sa présence et de la moisson, en désaccord avec l'esprit du monde et l'influence de l'argent qui gouverne l'Église sans pour autant entendre encore la voix du Seigneur les appelant à sortir, selon Apocalypse 18:4. Ces personnes sont données comme devant être amenées à reconnaître la présence du Seigneur et l'arrivée du temps de la moisson ou de la séparation avant la fermeture de la porte, ce qui mettrait à l'épreuve leur consécration, tous ceux pleinement consacrés suivant alors la voix du Berger pour sortir. À ceux qui cherchent à tout sacrifier, la diffusion de cette lumière et de ces vérités est désignée comme le travail important de cette époque, selon le principe qu'une lumière donnée par Dieu n'est pas destinée à être cachée sous un boisseau ni dissimulée par crainte, mais à être propagée ; la prière invoquée est celle de Matthieu 9:38, demandant au Seigneur de la moisson d'envoyer des ouvriers dans sa moisson. L'espérance de la gloire future est présentée comme compatible avec la jouissance des privilèges présents de souffrance et de renoncement à soi en tant que membre du corps du Christ pour les autres membres.

Notre Pâque

La commémoration de la mort du « Christ notre Pâque », célébrée à son anniversaire le 14 avril et annoncée dans le numéro précédent, est décrite comme ayant constitué, selon l'habitude, une « saison bénie », moment de souvenir de l'agonie du Seigneur pour les péchés des fidèles et de leur rédemption par son sang[334]. Le caractère acceptable de la rançon conduit à la pleine conscience du pardon reçu, reprenant les mots de Paul en Romains 8:31-34 : « si Dieu est pour nous, qui sera contre nous ». Dieu ayant lui-même purgé les fidèles du péché par cette disposition, nul ne saurait prétendre que cela n'a pas été accompli pleinement et correctement ; la question de savoir qui condamnerait reçoit pour seule réponse le rappel que c'est le Christ qui est mort, ayant payé la dette, et dont le sacrifice est tenu pour acceptable.

La justification ainsi obtenue conduit au rappel de l'exhortation de Paul, en Romains 12:1, à présenter son corps en sacrifice vivant, saint et agréable à Dieu, comme un acte de service raisonnable, fondé sur les miséricordes divines, en particulier celle d'avoir fourni Jésus comme rançon et d'avoir ainsi justifié les croyants. La signification des mémoriaux de la mort du Christ institués par Jésus lui-même — le pain et le vin — est présentée comme enseignant la même leçon de consécration et de sacrifice : le corps d'abord brisé et le sang versé pour le péché afin de justifier, puis le pain, identifié à la vérité selon la formule « je suis la vérité », offert pour donner la force nécessaire au sacrifice demandé[335]. Les promesses d'accéder, en tant que cohéritiers de Jésus-Christ, à la « nature divine » et au royaume sont données comme accompagnées de l'indication de la manière de les obtenir, selon Romains 8:17 : si les fidèles souffrent avec lui, ils seront aussi glorifiés avec lui.

Les disciples désireux d'occuper les places d'honneur aux côtés de Jésus reçoivent, dans l'épisode rapporté en Marc 10:38-39, la question de savoir s'ils peuvent boire la coupe qu'il doit boire et être baptisés du baptême dont il doit être baptisé ; leur réponse affirmative sert de modèle à l'engagement attendu de tout consacré, interrogé de la même façon sur sa disposition à boire la coupe du Seigneur[336]. La certitude que la grâce divine suffit à soutenir cet engagement est reprise une seconde fois, citant la promesse selon laquelle Dieu œuvre lui-même dans le croyant « pour vouloir et pour faire » son bon plaisir, en référence à Philippiens 2:13.

Un compte rendu de frère A. D. Jones rapporte une réunion jugée particulièrement intéressante et profitable tenue à Newark, dans le New Jersey, réunissant les frères de la localité et certains venus de villes voisines, au cours de laquelle « Notre Pâque » a été célébrée par un groupe estimé entre cinquante et soixante participants[337]. Plusieurs lettres reçues indiquent que cette commémoration a été célébrée de façon assez générale par les petits groupes dispersés de « ceux de cette voie », dans une vingtaine d'endroits selon une estimation avancée ; l'ensemble des correspondants évoque un sentiment de solennité et de justesse attaché à la célébration tenue le jour anniversaire plutôt qu'à toute autre date.

Une divergence est rapportée au sujet de la date retenue, un ou deux frères faisant remarquer que le calendrier populaire plaçait l'événement le 12 avril plutôt que le 14. La réponse apportée précise que les calendriers imprimés reposent le plus souvent sur des calculs astronomiques, rarement en accord exact avec la méthode juive, fondée sur l'observation directe[338]. Certains almanachs publiant le calendrier juif ont été utilisés pour déterminer la date du quatorzième jour du premier mois selon ce calendrier ; la lune, symbole de la Loi ou de la nation juive — pleine au moment de la présence de Jésus, puis déclinante dès qu'il les eut abandonnés et qu'il mourut — se trouvait pleine le 14 avril et commençait alors à décroître, ce qui a déterminé le choix de cette date.

Une lettre d'une sœur exprimant sa désapprobation interroge sur la cohérence qu'il y aurait à revenir à la Loi pour la célébration de la Pâque sans l'appliquer en tout le reste. La réponse précise qu'il ne s'agissait nullement de l'observance de la Pâque telle qu'instituée par la Loi, mais de l'observance du « Souper du Seigneur » à sa place, cette pratique n'étant pas non plus présentée comme une loi, le Christ étant « la fin de la Loi pour la justice » de tout croyant, selon Romains 10:4 et Romains 7:6. La légitimité de célébrer la mort de l'Agneau le jour anniversaire est néanmoins affirmée, puisque, selon la formule paulinienne, « chaque fois que vous faites cela, vous annoncez » la mort du Seigneur.

La Guérison par la Foi de « Pink Cottage »

Des informations relatives à des guérisons jugées remarquables, obtenues en réponse à des prières de foi dans diverses régions du pays, sont signalées, l'une d'elles concernant plusieurs cas survenus à l'établissement dit « Pink Cottage » de guérison par la foi[339]. Un frère ayant transmis ces informations demande si de telles guérisons proviennent de Dieu ou du pouvoir de Satan ; la réponse rappelle que celui qui détient le pouvoir de la mort, c'est-à-dire le diable, l'exerce rarement pour restaurer la vie et la santé, et jamais, selon l'avis exprimé, en réponse aux prières sincères des enfants de Dieu — ce qui conduit à attribuer à Dieu tout cas de guérison où les prières de saints sont l'instrument employé.

Le doute de certains sur l'origine divine de ces guérisons, nourri par le constat que plusieurs des personnes ainsi employées restent dans l'ignorance du plan de Dieu, du temps de la moisson et de la présence du Seigneur, est comparé à l'attitude des disciples ayant voulu interdire à un homme de chasser des démons au nom de Jésus parce qu'il ne se joignait pas à eux, épisode rapporté en Luc 9:50 où la réponse de Jésus — ne pas l'interdire, car qui n'est pas contre vous est pour vous — est opposée à ce réflexe d'exclusion. L'existence, dans l'école du Christ, de classes diverses dont l'instruction relève du maître principal est invoquée pour justifier que chaque classe progresse selon ses capacités et sa disposition[340].

Un classement de préférence est néanmoins établi entre ces formes de service : l'ouverture d'yeux aveugles naturels est jugée honorable, mais le fait d'être employé à donner la vue et l'intelligence spirituelles sur la parole, le plan et l'amour de Dieu est désigné comme plus honorable encore ; de même, restaurer et perfectionner l'ancien corps humain est qualifié de grand, mais être employé à édifier et perfectionner la nature nouvelle, en montrant comment sacrifier l'humain pour obtenir une nature et une forme divines, est jugé plus grand encore. Les deux formes de service sont néanmoins présentées comme également agréables à Dieu, chacun étant libre de choisir celle qu'il estime la plus excellente, sans pour autant interdire à quiconque de suivre une voie différente.

Un trait jugé remarquable est relevé : très peu de ceux employés par le Seigneur à la guérison physique se trouvent identifiés à l'Église nominale, la plupart étant au contraire en désaccord et en rupture de sympathie avec sa mondanité dégénérée et son manque de foi[341]. Une découverte faite au cours des six derniers mois est rapportée à ce sujet : de petites compagnies d'hommes et de femmes se réuniraient régulièrement, dans de nombreuses villes et villages, pour l'étude de la parole de Dieu, sans être aussi pleinement instruites du plan divin, de l'époque actuelle ni de la séparation de la moisson, mais ayant ressenti la froideur mortelle de l'Église nominale et le manque de « nourriture au temps convenable », tandis que les pasteurs subalternes se comporteraient en mercenaires auxquels les brebis n'appartiennent pas, prêchant pour satisfaire les « oreilles qui aiment à entendre » de congrégations largement inconverties[342].

Ces brebis seraient ainsi en train de se regrouper en petites bandes afin d'être nourries directement par le « souverain Berger » lui-même ; déjà consacrées et suivant sa direction, elles seraient par ce fait même déjà sorties de Babylone, et en cela, en avance sur certains disposant d'une connaissance plus étendue. Ces personnes, pour autant qu'on ait pu les rencontrer, apparaissent préparées précisément à recevoir l'enseignement sur la présence du Moissonneur et l'œuvre de séparation de la moisson actuellement en cours, et un grand nombre de personnes attachées à la guérison par la prière de foi se compterait parmi elles.

La prophétie de Joël citée par Pierre à la Pentecôte — l'annonce que Dieu répandrait son Esprit sur toute chair, que les fils et les filles prophétiseraient, que les jeunes gens auraient des visions et les vieillards des rêves, et que même sur les serviteurs et les servantes l'Esprit serait répandu en ces jours, les faisant prophétiser — est relue comme comportant un double caractère[343]. Une partie concernerait les serviteurs et servantes — rendu littéralement par esclaves, hommes et femmes liés par une alliance au Seigneur selon le texte grec — tandis que l'autre partie concernerait toute chair ; de même, une partie se serait accomplie en certains jours, les « jours de l'Évangile », l'autre devant s'accomplir après ces jours. Le rapprochement avec Joël 2:28-29 est présenté comme rendant cette distinction plus nette : la prophétie aurait commencé à s'accomplir à la Pentecôte, où les serviteurs et servantes commencèrent à prophétiser, c'est-à-dire à instruire, pratique qui se serait poursuivie tout au long de cet âge chez ceux qui reçoivent l'Esprit de vérité, désignés comme les canaux privilégiés par lesquels la vérité se diffuse, selon la promesse de Jésus que l'Esprit de vérité, une fois venu, conduirait dans toute la vérité.

La partie finale sur la guérison par la foi se poursuit directement par l'énoncé de la limite temporelle attendue pour ce phénomène : son achèvement ne surviendrait qu'avec l'accomplissement complet du petit troupeau, le sacrifice terminé et le plein prix de la rançon payé pour tous les hommes, moment où l'humanité entière cesserait d'être traitée comme pécheresse pour être traitée comme des fils humains pardonnés[344]. Cette progression graduelle est présentée comme la manière habituelle d'agir de Dieu : les pouvoirs de foi actuellement accordés à certains sont désignés comme une préparation à l'octroi de ce même pouvoir à quiconque l'exercerait, c'est-à-dire « toute chair ». L'Esprit de Dieu est décrit comme opérant différemment selon les époques et les œuvres : chez les prophètes, il donnait une parole sur des vérités non comprises ; durant l'âge de l'Évangile, son rôle consiste à apporter par la Parole la preuve de l'appel à devenir des êtres spirituels semblables au corps glorieux du Christ, selon le « mystère » évoqué en Éphésiens 3:9 et Éphésiens 5:32.

Une fois ce travail achevé et l'Épouse du Christ — ainsi que la « grande compagnie » des vierges, ses compagnes — rassemblée au complet, l'Esprit est annoncé comme devant accomplir une œuvre encore différente : répandu « sur toute chair », il amènerait le monde à connaître sa justification en tant qu'hommes, les conduisant à rêver des rêvesdes visions et prophétiser, c'est-à-dire enseigner, et à comprendre les vérités de Dieu concernant leur restitution à la perfection humaine[345]. La guérison des maux et des souffrances terrestres serait alors accomplie en réponse aux prières de foi, tendant à unir le monde dans l'harmonie et l'amour avec son Créateur ; l'Épouse y jouerait un rôle important, non encore pleinement compris, en se joignant à l'Esprit pour inviter quiconque entend à venir librement boire de l'eau de la vie.

Les guérisons déjà constatées sont ainsi interprétées comme un commencement des bénédictions millénaires, appelées à se multiplier surtout parmi les « pauvres de ce monde riches en foi », et probablement, après cet automne, à n'être accordées que par l'intermédiaire de personnes extérieures à l'Église nominale — preuve supplémentaire que celle-ci ne serait plus reconnue de Dieu et que ceux qui s'y trouvent seraient rendus « participants de ses péchés » selon Apocalypse 18:4.

Questions et réponses

Une série de questions de lecteurs reçoit réponse sous cette rubrique. La première porte sur l'interprétation d'Apocalypse 11:18, où sont mentionnés la résurrection des prophètes et des saints ainsi que de ceux qui craignent le nom de Dieu, petits et grands ; la question posée est de savoir si ces catégories correspondent aux « ordres » évoqués par Paul en 1 Corinthiens 15:23, « chacun dans son propre ordre », et si la mention des prophètes en premier impliquerait qu'ils constituent la « première résurrection ». La réponse écarte cette lecture : l'expression « première résurrection » est qualifiée de première au sens de principale ou de chef, non au sens chronologique, puisque Jésus est désigné comme le commencement de cette résurrection selon Actes 26:23 alors même que des prophètes avaient déjà ressuscité des morts avant lui[346]. Aucun de ces cas antérieurs n'aurait toutefois impliqué une résurrection en corps spirituel, Jésus étant le premier de cet ordre, et seuls ceux qui ressuscitent à sa ressemblance — êtres spirituels et immortels — sont dits participer à cette résurrection « première » ou « la plus excellente ».

Une question adressée directement au frère Russell porte sur Philippiens 4:3, où Paul demande qu'on aide les femmes qui ont travaillé avec lui dans l'Évangile et dont les noms sont dans le livre de vie, ainsi que sur Actes 1:14, mentionnant les femmes priant d'un commun accord avec les disciples, et sur 1 Corinthiens 11:5, évoquant toute femme qui prie ou prophétise. La réponse reconnaît que les femmes ont accompli une œuvre approuvée et appréciée des apôtres et du Seigneur à cette époque, mais estime qu'elles s'exprimaient surtout lors des réunions de moindre taille ; l'instruction de Paul de garder le silence dans les assemblées est rattachée aux réunions publiques où se tenaient des débats, contexte dans lequel une voix de femme aurait paru déplacée[347]. Cette restriction est toutefois jugée avoir été poussée à l'excès par certains, jusqu'à interdire aux femmes de prier ou d'enseigner en toute occasion, même dans des assemblées privées de chrétiens, ce qui est qualifié d'erreur. L'ordre entre l'homme et la femme, image du Christ et de son Épouse l'Église, est présenté comme la règle biblique constante malgré des exceptions dans la nature ; cet ordre expliquerait pourquoi les hommes auraient généralement reçu la part la plus active et publique du ministère, les femmes celle de l'assistance et de l'enseignement plus privé, les deux étant également agréables à Dieu.

Une troisième question, également adressée au frère Russell, demande une explication de 2 Corinthiens 6:17. La réponse situe cette citation vétérotestamentaire dans l'argumentation de Paul en faveur de la séparation des chrétiens d'avec les incroyants, l'Église étant un temple de Dieu incompatible avec toute association avec les idoles[348]. Cette séparation est d'abord entendue comme personnelle, à l'égard du péché, mais elle est surtout rattachée par Paul, selon l'interprétation retenue, au refus de toute association avec de faux systèmes religieux : le paganisme de son temps en constituait l'équivalent, et son équivalent moderne est identifié au spiritisme, au « freelovisme » et à l'incrédulité, mais plus encore aux pratiques et coutumes mondaines de l'Église chrétienne nominale actuelle, désignée comme « Babylone » de la parole divine. L'appel à sortir de Babylone, déjà évoqué, est repris ici comme l'application contemporaine de cette exhortation paulinienne, l'injonction de ne pas être participant de ses péchés ni de recevoir de ses fléaux devant être obéie à tout prix sous peine de devenir soi-même adorateur d'idoles.

Une citation du théologien écossais Thomas Chalmers conclut cette rubrique, invitant à regarder les erreurs d'autrui avec compassion plutôt qu'avec colère, au vu des luttes et tentations traversées par chaque cœur ayant péché et souffert[349].

Une méprise

Un rectificatif est apporté au sujet d'un article précédent intitulé « 1000 prédicateurs demandés », qui avait suscité de nombreuses réponses favorables et conduit certains lecteurs à s'engager dans la prédication et l'enseignement de maison en maison[350]. Cet appel reste ouvert à toute personne dans la même disposition. Une confusion est cependant signalée : certains auraient compris cet appel comme une recherche de démarcheurs ou d'agents commerciaux réguliers, le présentant à leurs proches comme une occasion d'emploi. Cette lecture est explicitement corrigée : l'appel vise des ouvriers travaillant pour un salaire céleste, non pour le prix d'un journal ou d'un livre si utile soit-il, capables d'expliquer la publication et le plan divin en prêchant le message : « Le royaume des cieux est proche, repentez-vous », selon Matthieu 3:2[351].

Supplément de tract n° 5

La parution d'un nouveau tract numéroté 5, intitulé « Le chemin étroit vers la vie », est annoncée comme destinée à une large diffusion, dans l'espoir qu'il serve de « collyre » aux yeux de nombreux lecteurs afin de leur faire voir « les richesses incomparables de sa grâce dans sa bonté envers nous »[352]. Un souhait est formulé pour les lecteurs, reprenant Éphésiens 1:17-19, que le Père de gloire leur donne un esprit de sagesse et de révélation dans sa connaissance, les yeux de leur intelligence étant éclairés pour connaître l'espérance de son appel, les richesses de la gloire de son héritage parmi les saints et la grandeur de sa puissance. La disponibilité du tract en grande quantité est signalée, les lecteurs étant invités à en commander autant qu'ils pourront en utiliser. La parution prochaine des tracts numérotés 6 et 7 est annoncée, tandis que les tracts 1 à 4, publiés en grand nombre mais dont le stock est signalé comme presque épuisé face à la demande, sont annoncés comme devant être réimprimés ensemble sous une même couverture avec des éléments supplémentaires, delai repoussé à juillet ou août.

Voir aussi

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Illustrations du numéro

Références

  1. ↑ La Tour de Garde de mai 1881, p. 217–224
  2. ↑ La Tour de Garde de mai 1881, p. 220-222
  3. ↑ La Tour de Garde de Mars 1881, p. 8.
  4. ↑ « le rouge, le blanc et le bleu, réunis dans une certaine proportion, forment le drapeau »
  5. ↑ Restorationist Controversy — Dictionary of Unitarian & Universalist Biography, consulté en 2026.
  6. ↑ « une vie naturelle dont la continuation était conditionnée à l'obéissance »
  7. ↑ La Tour de Garde de juillet 1879, p. 8.
  8. ↑ La Tour de Garde de Février 1880, p. 76.
  9. ↑ « combien plus, étant réconciliés, serons-nous sauvés par sa vie »
  10. ↑ Food For Thinking Christians (1881), p. 48-51.
  11. ↑ La Tour de Garde de mai 1881, p. 222
  12. ↑ La Tour de Garde de mai 1881, p. 222
  13. ↑ La Tour de Garde de avril 1881, p. 207.
  14. ↑ La Tour de Garde de août 1879, p. 24.
  15. ↑ BLANDRE Bernard, La préhistoire des témoins de Jéhovah, p. 70-72.
  16. ↑ « il a pitié de ceux qui le craignent comme un père a pitié de ses enfants »
  17. ↑ BLANDRE, La préhistoire des témoins de Jéhovah, op. cit., p. 67-69.
  18. ↑ La Tour de garde de novembre 1879, p. 47.
  19. ↑ « le bois, le foin, le chaume » bâtis sur le fondement qu'est le Christ
  20. ↑ La Tour de Garde de mai 1881, p. 220
  21. ↑ SCHULZ et DE VIENNE, Separate Identity, vol. 1, p. 34-35.
  22. ↑ WILLS Tony, A People for His Name, chap. 2 « Charles Taze Russell ».
  23. ↑ « la doctrine de la Trinité et du tourment éternel »
  24. ↑ La Tour de Garde de avril 1881, p. 207.
  25. ↑ La Tour de Garde de mai 1881, p. 218 et 220
  26. ↑ SCHULZ et DE VIENNE, Separate Identity, vol. 2, p. 39-40.
  27. ↑ La Tour de Garde de Mars 1881, p. 7.
  28. ↑ La Tour de Garde de mai 1881, p. 218-220
  29. ↑ BLANDRE, La préhistoire des témoins de Jéhovah, op. cit., p. 67-69.
  30. ↑ SCHULZ et DE VIENNE, Separate Identity, vol. 1, p. 59-60.
  31. ↑ La Tour de Garde de mai 1881, p. 218
  32. ↑ La Tour de Garde de février 1881, p. 188.
  33. ↑ La Tour de Garde de mai 1881, p. 217
  34. ↑ SCHULZ et DE VIENNE, Separate Identity, vol. 2, p. 42-43.
  35. ↑ La Tour de Garde de janvier 1881, p. 182.
  36. ↑ « le double caractère de cette prophétie »
  37. ↑ CROMPTON Robert, Counting the Days to Armageddon, p. 32-33.
  38. ↑ La Tour de Garde de décembre 1880, p. 172.
  39. ↑ « ils seront relevés comme des hommes parfaits »
  40. ↑ « première au sens de principale, de chef »
  41. ↑ La Tour de Garde de avril 1881, p. 205.
  42. ↑ PENTON M. James, Apocalypse Delayed, p. 280-281.
  43. ↑ La Tour de Garde de mai 1881, p. 225
  44. ↑ La Tour de Garde de mai 1881, p. 223
  45. ↑ La Tour de Garde de décembre 1880, p. 172.
  46. ↑ La Tour de Garde de novembre 1880, p. 152.
  47. ↑ PENTON, Apocalypse Delayed, op. cit., p. 280-281. Original : « he believed that they would also have a spiritual resurrection, although it would not be the first one. »
  48. ↑ « les nouvelles puissances de l'air »
  49. ↑ La Tour de Garde de novembre 1880, p. 152.
  50. ↑ BLANDRE, La préhistoire des témoins de Jéhovah, op. cit., p. 133-134.
  51. ↑ La Tour de Garde de mai 1881, p. 220
  52. ↑ PENTON, Apocalypse Delayed, op. cit., p. 26-27.
  53. ↑ La Tour de Garde de mai 1881, p. 219
  54. ↑ La Tour de Garde de Mars 1881, p. 1.
  55. ↑ CROMPTON, Counting the Days to Armageddon, op. cit., p. 40-41.
  56. ↑ La Tour de Garde de mai 1881, p. 226
  57. ↑ Divine disruption — Christian History Institute, consulté en 2026.
  58. ↑ Sarah Mix — Healing and Revival, consulté en 2026.
  59. ↑ Faith in the Great Physician — Practical Matters, consulté en 2026.
  60. ↑ SCHULZ et DE VIENNE, Separate Identity, vol. 1, p. 322-323.
  61. ↑ SCHULZ et DE VIENNE, Separate Identity, vol. 2, p. 42-43.
  62. ↑ La Tour de Garde de mai 1880, p. 103.
  63. ↑ La Tour de Garde de mai 1881, p. 226-227
  64. ↑ « en désaccord avec sa mondanité dégénérée et son manque de foi »
  65. ↑ La Tour de Garde de mai 1881, p. 226
  66. ↑ La Tour de Garde de février 1881, p. 188.
  67. ↑ La Tour de Garde de mai 1881, p. 223
  68. ↑ « étudiant la question des temps depuis 1867 »
  69. ↑ PENTON, Apocalypse Delayed, op. cit., p. 24-27.
  70. ↑ « je n'ai jamais cru ni enseigné que le Christ marchait sur la terre »
  71. ↑ La Tour de Garde de mai 1880, p. 98.
  72. ↑ FRANZ Raymond, Crise de conscience, p. 224-225.
  73. ↑ La Tour de Garde de mai 1881, p. 223
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  76. ↑ BLANDRE, La préhistoire des témoins de Jéhovah, op. cit., p. 183-185.
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  79. ↑ La Tour de Garde de septembre 1879, p. 26.
  80. ↑ La Tour de Garde de janvier 1881, p. 2.
  81. ↑ « suivies de trente-trois années de chute et de destruction »
  82. ↑ PENTON, Apocalypse Delayed, op. cit., p. 29-31.
  83. ↑ La Tour de Garde de octobre 1879, p. 39.
  84. ↑ La Tour de garde de novembre 1879, p. 46.
  85. ↑ « 1874 pouces de long en haut »
  86. ↑ BLANDRE, La préhistoire des témoins de Jéhovah, op. cit., p. 138-139.
  87. ↑ La Tour de Garde de mai 1881, p. 224
  88. ↑ BLANDRE, La préhistoire des témoins de Jéhovah, op. cit., p. 28-30.
  89. ↑ Grande Pyramide de Gizeh.
  90. ↑ SCHULZ et DE VIENNE, Separate Identity, vol. 1, p. 172-173.
  91. ↑ « l'Époux est venu en tant qu'être spirituel »
  92. ↑ PENTON, Apocalypse Delayed, op. cit., p. 64-66.
  93. ↑ La Tour de Garde de mai 1881, p. 224
  94. ↑ Shipton, Mother — Dictionary of National Biography, Wikisource, consulté en 2026.
  95. ↑ La Tour de Garde de mai 1880, p. 103.
  96. ↑ La Tour de Garde de juillet 1880, p. 113.
  97. ↑ « avec cette année la compagnie sera comptée complète, et la porte de ce haut appel (non la porte de la miséricorde) fermée pour toujours »
  98. ↑ PENTON, Apocalypse Delayed, op. cit., p. 35-37. Original : « The effect of this short-term prediction was twofold: it served to turn the attention of the Bible Students away from the disappointment of 1878, and it provided an impetus for increased evangelistic activity. »
  99. ↑ La Tour de Garde de mai 1880, p. 103.
  100. ↑ La Tour de Garde de décembre 1880, p. 172.
  101. ↑ CROMPTON, Counting the Days to Armageddon, op. cit., p. 46-47.
  102. ↑ The Shut Door Documents — Ellen G. White Estate, consulté en 2026.
  103. ↑ La Tour de Garde de mai 1881, p. 224-225
  104. ↑ La Tour de Garde de janvier 1881, p. 6.
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  106. ↑ La Tour de Garde de mai 1881, p. 224
  107. ↑ FRANZ, Crise de conscience, op. cit., p. 228-229.
  108. ↑ « je serais disposé à endurer n'importe quoi »
  109. ↑ La Tour de Garde de mai 1881, p. 225
  110. ↑ SCHULZ et DE VIENNE, Separate Identity, vol. 2, p. 220-221.
  111. ↑ « le porte-parole de Dieu jusqu'à ce qu'elle soit laissée déserte »
  112. ↑ La Tour de garde de novembre 1879, p. 46.
  113. ↑ La Tour de Garde de janvier 1881, p. 2.
  114. ↑ La Tour de Garde de avril 1881, p. 213.
  115. ↑ CHRYSSIDES George, Historical Dictionary of JW, p. 13-14.
  116. ↑ Another look at Babylon — Ministry Magazine, consulté en 2026.
  117. ↑ La Tour de Garde de mai 1881, p. 227
  118. ↑ La Tour de Garde de mai 1881, p. 217-218
  119. ↑ La Tour de Garde de novembre 1880, p. 152.
  120. ↑ La Tour de Garde de mai 1880, p. 99.
  121. ↑ « Êtes-vous capables de boire la coupe que je bois ? »
  122. ↑ WILLS Tony, A People for His Name, chap. 7 « The Christian and the Church », section « Spiritual Begettal ».
  123. ↑ « la méthode juive, fondée sur l'observation à l'œil »
  124. ↑ PENTON, Apocalypse Delayed, op. cit., p. 17-18.
  125. ↑ KNOX Zoe, Jehovah's Witnesses and the Secular World, p. 50 du PDF.
  126. ↑ La Tour de Garde de avril 1881, p. 207.
  127. ↑ SCHULZ et DE VIENNE, Separate Identity, vol. 2, p. 158-159.
  128. ↑ La Tour de Garde de mai 1881, p. 226
  129. ↑ La Tour de Garde de mai 1881, p. 225
  130. ↑ PENTON, Apocalypse Delayed, op. cit., p. 485 du PDF.
  131. ↑ « les réunions publiques où se tenaient des débats »
  132. ↑ La Tour de Garde de mai 1881, p. 227
  133. ↑ La Tour de Garde de mai 1881, p. 227
  134. ↑ SCHULZ et DE VIENNE, Separate Identity, vol. 2, p. 39-40. Original : « This is the opinion of most thinking men and women to-day, though we think that it has by many been carried to an extreme. »
  135. ↑ SCHULZ et DE VIENNE, Separate Identity, vol. 1, p. 66.
  136. ↑ La Tour de garde de novembre 1879, p. 46.
  137. ↑ La Tour de Garde de mars 1880, p. 80.
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  140. ↑ La Tour de Garde de mai 1881, p. 224
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  142. ↑ La Tour de Garde de mai 1881, p. 224
  143. ↑ La Tour de Garde de mai 1881, p. 224-225
  144. ↑ PENTON M. James, Apocalypse Delayed, p. 35-37. Original : « We believe the door of favor is now open and any who consecrate all and give all, can come into the wedding and become members of the Bride, but that with this year the company will be reckoned complete and the door to that high calling (not the door of mercy) closed forever. »
  145. ↑ PENTON, Apocalypse Delayed, op. cit., p. 35-37. Original : « it served to turn the attention of the Bible Students away from the disappointment of 1878, and it provided an impetus for increased evangelistic activity. »
  146. ↑ La Tour de Garde de décembre 1880, p. 172.
  147. ↑ Charles Fitch, Wikipédia, consulté en 2026.
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  154. ↑ BLANDRE Bernard, La préhistoire des témoins de Jéhovah, p. 166-167.
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  163. ↑ PENTON M. James, Apocalypse Delayed, p. 64-66.
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  213. ↑ La Tour de Garde de mai 1881, p. 217
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  220. ↑ La Tour de Garde de mai 1881, p. 218
  221. ↑ La Tour de Garde de mai 1881, p. 218
  222. ↑ La Tour de Garde de mai 1881, p. 218
  223. ↑ La Tour de Garde de mai 1881, p. 218
  224. ↑ La Tour de Garde de mai 1881, p. 218
  225. ↑ La Tour de Garde de mai 1881, p. 218
  226. ↑ La Tour de Garde de mai 1881, p. 218
  227. ↑ La Tour de Garde de mai 1881, p. 218
  228. ↑ La Tour de Garde de mai 1881, p. 218
  229. ↑ La Tour de Garde de mai 1881, p. 218
  230. ↑ La Tour de Garde de mai 1881, p. 218
  231. ↑ La Tour de Garde de mai 1881, p. 218
  232. ↑ La Tour de Garde de mai 1881, p. 218
  233. ↑ La Tour de Garde de mai 1881, p. 218
  234. ↑ « comme la poussière de la terre »
  235. ↑ « Celui qui a l'Épouse est l'Époux »
  236. ↑ La Tour de Garde de mai 1881, p. 219
  237. ↑ La Tour de Garde de mai 1881, p. 219
  238. ↑ « relevés comme des hommes parfaits »
  239. ↑ La Tour de Garde de mai 1881, p. 219
  240. ↑ La Tour de Garde de mai 1881, p. 219
  241. ↑ « est une figure de »
  242. ↑ La Tour de Garde de mai 1881, p. 219
  243. ↑ La Tour de Garde de mai 1881, p. 219
  244. ↑ « puissances de l'air »
  245. ↑ « une véritable réforme du service civil »
  246. ↑ La Tour de Garde de mai 1881, p. 219
  247. ↑ La Tour de Garde de mai 1881, p. 219
  248. ↑ La Tour de Garde de mai 1881, p. 219
  249. ↑ « la servitude de la corruption »
  250. ↑ La Tour de Garde de mai 1881, p. 219
  251. ↑ La Tour de Garde de mai 1881, p. 219
  252. ↑ La Tour de Garde de mai 1881, p. 219
  253. ↑ « les meilleurs sacrifices »
  254. ↑ La Tour de Garde de mai 1881, p. 219
  255. ↑ « Sors de ton pays »
  256. ↑ « comme la poussière de »
  257. ↑ « comme les étoiles du ciel »
  258. ↑ « comme le sable »
  259. ↑ « père de nous tous »
  260. ↑ La Tour de Garde de mai 1881, p. 220
  261. ↑ « pas même de quoi poser le pied »
  262. ↑ La Tour de Garde de mai 1881, p. 220
  263. ↑ « qui a des fondements »
  264. ↑ « il a préparé »
  265. ↑ La Tour de Garde de mai 1881, p. 220
  266. ↑ « quelque chose de meilleur »
  267. ↑ La Tour de Garde de mai 1881, p. 220
  268. ↑ « c'est mon Père »
  269. ↑ La Tour de Garde de mai 1881, p. 220
  270. ↑ « rendre sûrs votre appel et votre élection »
  271. ↑ « puissance de Dieu pour le salut »
  272. ↑ La Tour de Garde de mai 1881, p. 220
  273. ↑ La Tour de Garde de mai 1881, p. 220
  274. ↑ « maîtresse du monde »
  275. ↑ « bois, foin, chaume »
  276. ↑ La Tour de Garde de mai 1881, p. 220
  277. ↑ « sans un seul rayon d'espoir réconfortant »
  278. ↑ La Tour de Garde de mai 1881, p. 220
  279. ↑ « millions mourant de faim »
  280. ↑ « une très bonne nouvelle »
  281. ↑ « de même en Christ tous seront rendus à la vie »
  282. ↑ La Tour de Garde de mai 1881, p. 221
  283. ↑ « sans la sainteté nul ne verra le Seigneur »
  284. ↑ « rouge, blanc et bleu »
  285. ↑ La Tour de Garde de mai 1881, p. 222
  286. ↑ « conditionnée à l'obéissance »
  287. ↑ « très bon »
  288. ↑ « dans son propre ordre »
  289. ↑ « selon l'ordre »
  290. ↑ La Tour de Garde de mai 1881, p. 222
  291. ↑ « Élection » ou « Prédestination »
  292. ↑ « l'indignation et la colère »
  293. ↑ « a pitié de ceux qui le craignent »
  294. ↑ « goûte la mort pour tout homme »
  295. ↑ « combien plus, étant »
  296. ↑ « étirer et tordre »
  297. ↑ « au Juif premièrement »
  298. ↑ La Tour de Garde de mai 1881, p. 223
  299. ↑ « reproduit dans le numéro »
  300. ↑ « était un journal »
  301. ↑ Food for Thinking Christians (1881).
  302. ↑ « doctrine de la Trinité »
  303. ↑ « la main de mon Père me retenant »
  304. ↑ « une mine de richesses »
  305. ↑ « grain de blé meure »
  306. ↑ La Tour de Garde de mai 1881, p. 223
  307. ↑ « fin, moisson, et »
  308. ↑ « Suntelia, fin »
  309. ↑ La Tour de Garde de mai 1881, p. 223
  310. ↑ « Therismos (moisson qui récolte) »
  311. ↑ « Commentaire de Whedon »
  312. ↑ La Tour de Garde de mai 1881, p. 223
  313. ↑ « concluant que c'est la même »
  314. ↑ « étudiant la question du temps depuis »
  315. ↑ « jamais cru ni enseigné »
  316. ↑ « adventistes du second avènement »
  317. ↑ « travail de criblage se poursuit »
  318. ↑ « grande galerie »
  319. ↑ « se sont achevées à et »
  320. ↑ « jour du »
  321. ↑ « ombre prophétique de »
  322. ↑ « suivies de trente-trois années de »
  323. ↑ « je te conseille d'acheter de »
  324. ↑ « porte-parole jusqu'à ce qu'elle soit laissée »
  325. ↑ « fermée pour toujours »
  326. ↑ « la porte d'opportunité de rejoindre cette compagnie se fermera »
  327. ↑ « exécuter les jugements écrits »
  328. ↑ La Tour de Garde de mai 1881, p. 224
  329. ↑ « fosse horrible »
  330. ↑ « 1874 pouces de long »
  331. ↑ « l'Époux est venu en »
  332. ↑ « je serais disposé à endurer n'importe quoi »
  333. ↑ « s'effondrera rapidement »
  334. ↑ « saison bénie »
  335. ↑ « je suis la vérité »
  336. ↑ « Êtes-vous capables de boire »
  337. ↑ « Notre Pâque »
  338. ↑ « fondée sur l'observation visuelle »
  339. ↑ « Pink Cottage »
  340. ↑ « classes diverses, et »
  341. ↑ « mondanité dégénérée et manque de foi »
  342. ↑ « nourriture au temps convenable »
  343. ↑ « double caractère de cette »
  344. ↑ « le sacrifice terminé et le plein »
  345. ↑ « répandu sur toute chair »
  346. ↑ « première au sens »
  347. ↑ « réunions publiques où »
  348. ↑ « quelle association convient entre »
  349. ↑ « Le peu que j'ai vu »
  350. ↑ « 1000 prédicateurs demandés »
  351. ↑ « salaire céleste, plutôt que »
  352. ↑ « LE CHEMIN ÉTROIT VERS »

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