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La Tour de Garde de juillet 1882

De Tj-encyclopédie
La Tour de Garde de juillet 1882
Revue La Tour de Garde
Date 1882
Année 1882
Langue Anglais
Pays États-Unis

Ce numéro ouvre la quatrième année de la revue. La plus grande partie traite de l'esprit saint. La question est réglée en deux temps. D'abord, Jéhovah est présenté comme le seul Dieu éternel et Jésus comme un fils qui lui est inférieur. Ensuite, l'esprit saint n'est pas une personne : c'est l'esprit, la pensée et la puissance de Dieu, qui agit à travers ses agents.

Pour défendre cette position, le rédacteur reprend une à une une série de versets de la Bible qu'un pasteur baptiste de Philadelphie lui a envoyés. Chacun de ces versets est censé prouver que l'esprit est une personne. Le même raisonnement sert ensuite à des questions pratiques : comment un croyant sait qu'il est enfant de Dieu, pourquoi il est inutile de prier pour un nouveau baptême de l'esprit, et quelle effusion de l'esprit reste attendue pour l'humanité dans l'âge à venir.

Autour de ce dossier, le numéro rassemble des nouvelles des lecteurs et des prédicateurs itinérants. On y trouve aussi une lettre du romancier Charles Reade sur le retour des Juifs en Palestine, une méditation sur le « mystère » de l'Église qui renvoie à l'année 1914, et des réponses au courrier. L'une de ces réponses porte sur la fermeture, en 1881, de la porte du haut appel.

Analyse

Croyances

Un seul Dieu, un Fils créé, un esprit sans personne

Le rejet de la Trinité repose sur une affirmation : seul le Père est Dieu, « d'éternité en éternité ».[1] Cette position a des antécédents identifiés chez les précurseurs du mouvement. Selon Bernard Blandre, Henry Grew contestait déjà la Trinité en 1824, à partir de Marc 13:32, où le Fils ignore le jour que seul le Père connaît.[2] Carl Olof Jonsson montre que Russell et ses proches ont repris des adventistes l'immortalité conditionnelle, l'antitrinitarisme et l'attente d'un « âge à venir ».[3] Le milieu de Russell n'avait pourtant pas toujours tenu cette ligne : en 1877, Three Worlds attaquait les christadelphiens pour leur refus de faire de l'esprit saint une personne.[4]

L'argument historique contre la Trinité s'appuie sur des sources extérieures. La doctrine est datée du troisième siècle et rapprochée de l'hindouisme, avec renvoi au Religious Dictionary d'Abbott et Conant.[5] Le passage des trois témoins de 1 Jean 5:7 est rejeté comme un ajout absent des manuscrits antérieurs au cinquième siècle, que la Version révisée vient d'omettre.[6] En avril 1881, la revue attribuait ce même ajout à la papauté et le datait du dixième siècle.[7] L'argument de juillet 1882 prend appui sur l'omission décidée par des traducteurs trinitaires eux-mêmes. L'histoire du texte confirme que le passage manquait aux manuscrits grecs : Érasme l'avait laissé de côté en 1516 et en 1519, et ne l'a ajouté qu'en 1522, sous la pression de ses critiques.[8]

La lecture de Philippiens 2:6 change de traduction. L'Emphatic Diaglott (« Diaglott emphatique ») sert à dire que Jésus n'a pas songé à usurper l'égalité avec Dieu, contre la version du roi Jacques.[9] En septembre 1881, la revue citait encore le verset dans la version du roi Jacques, où le Christ « n'a pas regardé comme une proie à arracher d'être égal avec Dieu », et en corrigeait le sens par des crochets.[10] Juillet 1882 rapproche aussi cette prétention à l'égalité de celle de Satan en Ésaïe 14:12-14.[11]

Le récit de la vie du Fils explique pourquoi il n'est pas égal au Père. Premier être créé, il voit son principe de vie transféré dans le sein de Marie. Il est alors un homme parfait, et rien de plus.[12] Il ne reçoit la nature divine qu'à sa résurrection, en récompense de son obéissance.[13] En octobre 1880, un autre article affirmait au contraire que Jésus avait porté en même temps la nature divine et la nature humaine.[14] Le récit de juillet 1882 rejoint plutôt George Stetson, qui soutenait au début des années 1870 que Jésus n'avait jamais eu deux natures à la fois.[15] Selon Tony Wills, Russell tirait de Apocalypse 3:14 et de Colossiens 1:15 la preuve que Jésus avait été créé, ce qui le séparait de Dieu.[16]

Ce récit lie la Trinité à la rançon. Si le Père et le Fils sont un seul être, et si Dieu ne peut mourir, Jésus n'aurait fait que semblant de mourir.[17] S'il est vraiment mort, le Père serait mort avec lui, et personne n'aurait pu le ressusciter.[18] Le refus de la Trinité protège donc la réalité de la mort du Christ, dont dépend le prix payé pour Adam.

La même logique vaut pour l'esprit saint. Puisque seul le Père est Dieu, l'esprit est son influence, sa force en action, et non une troisième personne.[19] James Penton date de 1882 l'enseignement de Russell selon lequel l'esprit saint n'est pas une personne mais la force active de Dieu.[20] L'idée avait des précédents. Blandre rappelle que les sociniens voyaient déjà dans l'esprit la puissance que Dieu communique.[21] En 1879, George Storrs reproduisit dans le Bible Examiner un article de Charles Linnaeus Ives pour qui l'esprit était une force utilisée par Dieu, et il le jugea « fort, sinon irréfutable ».[22] Bernhard Schulz et Rachael de Vienne estiment que cet article a influencé la position de Russell.[23]

L'exposé répond aussi au langage employé jusque-là dans le milieu. En 1880, Paton parlait encore de l'esprit comme d'un « Il », le Consolateur que Jésus « enverra ».[24] Juillet 1882 explique ce pronom masculin : Dieu, dont c'est l'esprit, est lui-même considéré comme masculin.[25] Les dix-huit objections d'un pasteur baptiste de Philadelphie reçoivent toutes la même réponse : chaque passage s'explique sans faire de l'esprit une personne.[26] L'argument le plus souvent répété vient de 1 Corinthiens 2:12. L'« esprit du monde » n'est pas une personne, et l'esprit de Dieu, placé en face de lui, n'en est donc pas une non plus.[27] L'argument tiré de Galates 1:1 va dans le même sens. Paul y fonde son autorité sur le Père et sur Jésus, sans nommer l'esprit, ce qui serait une faute si l'esprit était la personne qui l'a envoyé.[28]

L'esprit dans la vie du croyant consacré

Puisque l'esprit est la pensée de Dieu, recevoir l'esprit veut dire penser comme Dieu. La consécration marque le début de l'engendrement : l'esprit humain qui se soumet devient peu à peu un esprit saint. Le croyant devient alors une « nouvelle créature ».[29] Cet engendrement ne s'achève qu'à la résurrection, quand la nouvelle créature reçoit un corps spirituel.[30] Cette attente vient du groupe de Barbour : dès 1875, Paton y décrivait la nouvelle naissance des élus comme un changement de nature, et non comme une conversion.[31] Wills précise que, pour Russell, la nouvelle pensée était une véritable création de Dieu, placée dans le seul croyant engendré de l'esprit.[32] La lecture de Romains 8:26 dérive de cette conception. Celui qui gémit n'est pas l'esprit de Dieu. C'est l'esprit des saints, enfermé dans un corps qui garde les défauts hérités d'Adam.[33]

La question de savoir si l'on est enfant de Dieu reçoit une réponse précise. Pour John Wesley, le « témoignage de l'Esprit » était une impression intérieure par laquelle l'Esprit atteste directement au croyant qu'il est enfant de Dieu.[34] Juillet 1882 refuse de fonder la filiation sur la paix intérieure, que les païens et les gens du monde possèdent aussi.[35] Il lui oppose des signes que chacun peut vérifier : une consécration complète, la correction reçue de Dieu, l'absence de faute volontaire, la persécution, la victoire sur le monde, la connaissance de la vérité présente.[36] En septembre 1879, la revue voyait encore le témoignage de l'Esprit dans l'amour et dans le don de l'esprit, selon 1 Jean 4:13.[37] La persécution comme preuve se trouvait déjà dans une lettre de conseil de Russell, pour qui être chassé des Églises était un « témoignage de l'Esprit » qu'on suivait la voie étroite.[38] Selon la revue, neuf dixièmes des persécutions subies par Jésus venaient de religieux. Le croyant persécuté par les Églises reçoit donc une preuve de sa filiation.[39]

Le même refus de l'émotion s'applique à la sanctification. La seule sanctification reconnue est celle de la pensée par la foi en la vérité, selon Jean 17:17.[40] La réponse vise le mouvement méthodiste de sanctification, sur lequel un lecteur pose la question.[41] À la même époque, le mouvement dit de la « vie supérieure », lancé en 1873 par Robert Pearsall Smith, Hannah Whitall Smith et W. E. Boardman, enseignait qu'après sa conversion le chrétien devait vivre une seconde rencontre avec l'Esprit pour devenir saint.[42] Juillet 1882 divise la sanctification en deux parties : la consécration, puis sa mise en pratique au jour le jour.[43] Wills retrouve cette distinction chez Russell : une décision prise au début, puis un travail lent de changement du caractère.[44]

Le baptême de l'Esprit est limité à trois événements : Jésus, la Pentecôte et Corneille.[45] La formule est sans détour : « Depuis Corneille, il n'y a plus eu de tels baptêmes ni de manifestations extérieures de la faveur de Dieu ». Cette limite répond aux réunions de prière pour un nouveau baptême de l'Esprit.[46] Ces réunions sont alors nombreuses dans le protestantisme anglophone : la première convention de Keswick, en Angleterre, a réuni en 1875 quelques centaines de personnes pour des réunions de prière consacrées à la « sainteté pratique ».[47] Schulz et de Vienne notent que ces débats sont nés chez les lecteurs de la revue de l'intérêt pour la guérison par la foi : Russell s'y intéressait, et William H. Conley en était convaincu.[48] Les dons miraculeux disparaissent avec les apôtres, seuls capables de les transmettre par l'imposition des mains. Paul, et non Matthias, est désigné comme le remplaçant de Judas.[49] Le livre des Actes nomme pourtant Matthias à cette place (Actes 1:26).

Le péché impardonnable marque la limite de l'action de l'esprit. Il consiste à attribuer à Satan, en connaissance de cause, une œuvre de Dieu, comme les pharisiens devant la guérison d'un démoniaque.[50] En septembre 1880, la revue disait que ce péché ne pouvait être commis que par ceux qui avaient déjà reçu l'esprit et connu la vérité.[51] Un an plus tard, elle répétait que seuls les saints, déjà rachetés et éclairés, pouvaient le commettre.[52] Juillet 1882 l'applique au contraire à des pharisiens, qui n'avaient pas reçu l'esprit.[53] Ce péché n'est pardonné ni dans la vie présente ni au Millénium, et il appelle des châtiments.[54] Barbour avait déjà fait de ce péché la seule exception à l'épreuve promise dans le monde à venir, dans un article publié par Storrs en 1876.[55]

Une compréhension qui progresse, un calendrier qui se ferme

Le rédacteur nie toute révélation nouvelle : Dieu a cessé de révéler avec les écrits de Jean à Patmos. Seule la compréhension de ces écrits progresse.[56] La lumière à venir « ne s'opposera pas à la lumière passée, mais s'accordera avec elle ». Paton faisait la même distinction en 1880 : l'esprit a d'abord inspiré les auteurs de la Bible, puis il aide l'Église à la comprendre.[57] Schulz et de Vienne rattachent cette attente à la doctrine de la « vérité présente », tirée de 2 Pierre 1:12, que des auteurs protestants appliquaient déjà aux prophéties non encore accomplies.[58] Jonas Wendell, dont le groupe a contribué à former le jeune Russell, avait publié en 1870 The Present Truth, or Meat in due Season (« La vérité présente, ou la nourriture au temps convenable »).[59]

Cette compréhension progressive s'attache à un calendrier. La sixième trompette de l'Apocalypse s'est achevée le 11 août 1840 ; la septième sonne depuis, et le « mystère de Dieu », c'est-à-dire l'Église, s'achève pendant qu'elle sonne.[60] La date de 1840 vient des millérites. Josiah Litch, médecin et pasteur méthodiste rallié à William Miller, avait annoncé au début de 1840 que la puissance ottomane tomberait le 11 août de cette année, fin de la sixième trompette.[61] Miller écrivait déjà en 1831 qu'on allait vivre le temps de la septième trompette.[62] Juillet 1882 garde ce repère et y ajoute la fin de la période, fixée en 1914.[63] Le « mystère d'iniquité » de 2 Thessaloniciens 2:7 s'oppose au « mystère de Dieu » et désigne la papauté et les Églises qui en sont issues.[64]

La fermeture de la porte du haut appel en octobre 1881 oblige à répondre à une question pratique : comment expliquer qu'il y ait encore des conversions ? La réponse distingue deux choses : « La conversion n'est pas la porte, et elle n'a rien à voir avec notre haut appel ». Schulz et de Vienne voient dans cette doctrine une conséquence de l'échec de 1881 : le changement des saints n'ayant pas eu lieu, Russell place à cette date un événement invisible, la fermeture de la porte.[65] Penton rappelle qu'en mai 1881 Russell attendait encore pour cette année-là l'enlèvement des saints, dont il pensait faire partie.[66] La fermeture ne rend pas la prédication inutile : Robert Crompton montre que les appelés doivent encore confirmer leur réponse dans le temps qui leur reste.[67] Juillet 1882 en tire la conséquence pour les lecteurs : ceux qui se sont consacrés avant octobre 1881 doivent courir plus vite, et ceux qui se consacrent après ne reçoivent que l'espérance terrestre d'Abraham.[68]

La même lecture chiffrée de la Bible s'applique à la Genèse. Les six jours de la création durent chacun sept mille ans, soit quarante-deux mille ans.[69] Penton explique le raisonnement : si un jour vaut mille ans pour Dieu (Psaumes 90:4), la semaine de l'histoire humaine dure sept mille ans, et chacun des jours qui la précèdent doit avoir la même durée.[70]

Après l'Église : Israël, puis toute l'humanité

La lettre du romancier Charles Reade lit les persécutions des Juifs de Russie comme un rappel de la Providence : leur pays n'est pas en Europe.[71] Reade avait écrit au Daily Telegraph une lettre intitulée « Les violences contre les Juifs en Russie ».[72] Le contexte est précis. Le 15 mai 1882, Alexandre III signe les « Règlements provisoires », qui interdisent aux Juifs de s'installer hors des villes et des bourgs.[73] Le 1ᵉʳ février 1882, des réunions s'étaient tenues à New York et à Londres pour soutenir les Juifs opprimés de Russie.[74] Ce retour des Juifs n'allait pas de soi dans le milieu adventiste. En 1842, une conférence millérite à Boston avait condamné l'idée d'un retour des Juifs en Palestine comme un « piège », et Storrs avait écrit contre elle en 1843.[75] Barbour l'avait reprise dès 1875 : il confiait l'œuvre de restauration du Millénium à la « maison charnelle d'Israël ».[76] En septembre 1879, la revue prévoyait que les Juifs iraient en Palestine non par respect des promesses de Dieu, mais par flair, pour mettre leurs biens à l'abri.[77] La lettre de Reade, reproduite en juillet 1882, présente au contraire ce retour comme l'accomplissement de prophéties claires.[78]

Après l'achèvement de l'Église, l'esprit doit être répandu sur « toute chair », Israël d'abord, selon Joël 2:28-32 et Zacharie 12:10.[79] Cette seconde effusion marquera le lien des hommes avec Dieu comme fils humains, et non comme fils spirituels.[80] En mai 1880, la revue attendait encore une « pluie de l'arrière-saison », une effusion particulière de l'esprit sur l'Église à la fin de l'âge présent.[81] Juillet 1882 réserve toute effusion future au Millénium. Crompton résume la doctrine de Russell : l'esprit n'est donné qu'au « petit troupeau » pendant l'âge de l'Évangile, et ce n'est qu'au Millénium que le reste des hommes pourra répondre à l'Évangile.[82]

Les titres d'« Emmanuel », de « Père éternel » et de « Prince de la paix » reviennent au Christ complet, tête et corps.[83] En 1880, Paton appliquait « Emmanuel, Dieu avec nous » au seul Christ, représentant de son Père.[84] En décembre 1881, la revue citait ces mêmes titres d'Ésaïe 9:6 pour accuser le pape de les usurper.[85] Blandre montre que Russell identifiait dès 1877 le royaume de Dieu au Christ collectif, dont Jésus est la tête et l'Église le corps.[86]

Prêcher sans ordination

Tout croyant consacré a reçu la même mission : « nous avons tous reçu la mission de prêcher la bonne nouvelle ». Les croyants sont dispersés pour que leur lumière brille, comme les chrétiens d'Actes 8:1.[87] En avril 1882, la revue citait le verset voisin, Actes 8:4, dans un autre but : montrer que le mot grec logos désigne le plan de Dieu.[88] La réponse sur Actes 13:2 applique la même règle au ministère public. L'appel vient de la consécration, et une capacité particulière d'enseigner vaut appel particulier de l'esprit saint.[89] Wills note que, pour Russell, l'ordination se passait entre l'individu et Dieu, sans cérémonie, et qu'aucun homme ne pouvait l'accorder ni la retirer.[90] Grew refusait déjà de distinguer le clergé des laïcs dans une congrégation.[91]


Organisation et histoire

Une porte fermée qui laisse la prédication continuer

Un lecteur demande comment des conversions peuvent encore avoir lieu si la porte du haut appel s'est fermée en octobre 1881.[92] Sa question vient d'une attente déçue. Russell attendait pour l'automne 1881 le changement des saints vivants en êtres spirituels, et il comptait lui-même parmi eux.[93] Comme rien ne se produit, il place à cette date, selon Schulz et de Vienne, un événement que personne ne peut voir : la fermeture de la porte du haut appel. Le lecteur pense aux conversions qui ont lieu dans les Églises établies, mais Russell laisse ce point de côté dans sa réponse.[94] La réponse distingue deux choses. La conversion reste ouverte jusqu'à la fin du Millénium. L'appel à devenir cohéritier du Christ, lui, est clos.[95] La prédication garde donc une raison d'être. Robert Crompton montre que les appelés doivent encore confirmer leur réponse dans le temps qui leur reste.[96] Melvin Curry, cité par Penton, note que l'échéance de 1881 avait même poussé les lecteurs à prêcher davantage.[97]

La réponse règle ensuite ce que l'on dit aux nouveaux venus. Les rédacteurs, qui se présentent comme des « ambassadeurs », demandent aux croyants justifiés pas encore consacrés de se consacrer tout de suite. Ils ne leur promettent pas le prix céleste. Ils leur offrent les bénédictions terrestres promises à ceux qui ont couru avant Jésus, à commencer par Abraham.[98] En avril 1882, la consigne donnée à ces nouveaux venus était plus modeste : vivre honnêtement, s'abstenir du péché selon ses forces, sans être appelé à sacrifier ses plaisirs innocents.[99] En juillet, la consécration leur est de nouveau demandée, mais sans la récompense qui l'accompagnait avant octobre 1881.[100] Le même calendrier fixe aussi le début de l'appel à quitter les Églises : cet appel n'aurait pas pu être lancé avant 1878, début de la « moisson ».[101]

Quitter les Églises sans entrer dans une autre

Les Églises officielles sont décrites comme pénétrées par l'esprit du monde. Selon le numéro, les conversions y ont presque cessé.[102] Le rédacteur pense pourtant qu'il reste dans la plupart de ces Églises quelques consacrés. Il les presse d'obéir à l'ordre d'Apocalypse 18:4 : « Sortez du milieu d'elle, mon peuple ».[103] En novembre 1879, un lecteur demandait s'il devait quitter son Église. La revue répondait alors avec prudence qu'il fallait d'abord se séparer du monde.[104] En juillet 1882, la sortie des Églises devient une consigne directe. Les Questions et réponses demandent en plus de rejeter « toutes les entraves des organisations terrestres ».[105] James Penton explique ce durcissement. Russell admettait qu'on puisse appartenir à la vraie Église en restant dans une confession. Il demandait pourtant aux vrais chrétiens, surtout après 1881, de quitter le « christianisme nominal » pour se joindre aux Étudiants de la Bible, mais de leur plein gré.[106]

Le lecteur qui quitte son Église ne trouve pas d'autre Église à sa place. En 1881, la revue expliquait déjà qu'il était inutile de rejoindre une organisation terrestre pour que son nom soit inscrit dans l'Église. Ses lecteurs formaient selon elle une organisation visible sur le modèle de l'Église primitive, avec Jésus pour seul chef et sans liste de membres sur terre.[107] En juillet 1882, une consigne pratique s'ajoute. Beaucoup de lecteurs voudraient se rapprocher les uns des autres pour se soutenir. Le rédacteur juge ce désir contraire au plan de Dieu : les croyants sont dispersés, comme les chrétiens d'Actes 8:1, pour que leur lumière brille là où ils vivent.[108] Cette consigne n'interdit pas les réunions locales. Au début de 1882, la revue conseillait aux lecteurs de tenir chez eux une étude biblique, le dimanche et un soir de semaine.[109] Schulz et de Vienne montrent d'ailleurs que les petits groupes de lecteurs se formaient d'eux-mêmes, là où existaient déjà des gens intéressés, sans que Russell les organise.[110]

Ces lecteurs dispersés reçoivent aussi la charge de prêcher. Les demandes de prédicateurs venues de loin ne peuvent pas toutes être satisfaites. Elles sont notées pour plus tard.[111] La réponse renvoie la tâche aux lecteurs eux-mêmes : « nous sommes tous chargés de prêcher la bonne nouvelle », et l'appel « Allez aussi dans ma vigne » vise chaque consacré.[112] Russell répétait cette idée depuis l'article « Oints pour prêcher » de l'été 1881. Selon Tony Wills, il y affirmait que seuls des prédicateurs feraient partie du petit troupeau.[113] La huitième objection examinée dans le numéro fixe une limite. Tous les consacrés sont appelés à prêcher selon leurs moyens. Seule une aptitude particulière à enseigner la Bible vaut appel au ministère public.[114] Schulz et de Vienne relèvent la même distinction dans l'article de juin 1882 sur les enseignants humains : chaque membre consacré est ministre en un sens, mais tous ne sont pas faits pour enseigner.[115]

La revue, ses livres et quelques prédicateurs

Le numéro ouvre le quatrième volume de la revue. Le rédacteur constate à la fois une opposition qui grandit et un courrier qui augmente. Les nouveaux convaincus y perdent des amitiés humaines, « perte que la vérité compense largement ».[116] En juin, deux pasteurs, dont un luthérien, ont demandé des exemplaires de Food for Thinking Christians (« Nourriture pour les chrétiens qui réfléchissent ») pour leurs paroisses. L'un d'eux pense quitter l'Église protestante méthodiste avec une partie de ses fidèles.[117] En février 1882, Maria Russell expliquait au contraire à une correspondante que le sacrifice exigé détournait la plupart des pasteurs de cette doctrine.[118] Ces pasteurs arrivent par la brochure. À l'automne 1881, environ 1 200 000 exemplaires en avaient été distribués en quelques mois aux États-Unis et en Grande-Bretagne, souvent devant la porte des églises.[119] Selon Schulz et de Vienne, Russell écrit en juillet 1882 qu'il n'a ni le temps ni l'argent pour réimprimer en tract tous les numéros que ses lecteurs réclament.[120]

Les anciens numéros deviennent ainsi un bien à conserver. Les lecteurs ne doivent « jamais donner les anciens numéros : il faut s'y reporter souvent »; ils peuvent les prêter.[121] En février 1882, la consigne de prêter plutôt que de donner visait les tracts et les numéros distribués aux chrétiens de l'entourage, avec une liste des emprunteurs.[122] En juillet, la consigne porte sur la collection personnelle du lecteur. Elle lui sert de réserve de réponses : beaucoup des questions en attente sont déjà traitées, selon le rédacteur, dans les numéros et brochures que les lecteurs possèdent.[123] Les numéros anciens manquaient. En avril 1882, la revue avait renoncé à réimprimer ceux d'octobre à décembre 1881, dont les articles devaient entrer dans un livre.[124] Ce livre, Millennial Day Dawn (« L'Aurore du Millénium »), est annoncé deux fois en juillet comme l'ouvrage qui exposera les preuves prophétiques.[125] En mai, la revue précisait qu'il ne serait pas une révision du Day Dawn de Paton, mais un livre différent.[126]

Quelques prédicateurs itinérants relaient ce travail. Benjamin Keith reprend sa tournée dans le Michigan, puis doit passer à Pittsburgh.[127] En mai, il l'avait interrompue après la mort d'un jeune enfant.[128] Schulz et de Vienne identifient le « frère Lawver » du Missouri comme J. S. Lawver. Ils citent l'annonce de son départ vers le Kansas et le Texas parmi les rares traces de ces prédicateurs oubliés par les historiens.[129] McCormack s'installe à Chicago. Les amis de la ville sont invités à l'accueillir et à lancer des réunions avec lui.[130] John Sunderlin, de nouveau alité, ne peut pas envoyer la suite de son article.[131] En mars 1882, la revue attribuait déjà son épuisement à l'organisation de la distribution de Food en Grande-Bretagne et en Irlande.[132] L'essentiel de la diffusion reste entre les mains des lecteurs. Schulz et de Vienne citent un lecteur de l'Ohio qui, en janvier 1882, distribuait lui-même la brochure autour de lui. Ils rappellent aussi qu'en juin 1882, deux Étudiants de la Bible de Pittsburgh, Leigh et Spears, descendaient l'Ohio en barque pour la diffuser dans les villes riveraines.[133]

Une doctrine discutée par lettres et par livres

L'exposé sur l'esprit saint part de textes envoyés par un pasteur baptiste de Philadelphie. Le rédacteur les examine un par un et numérote ses réponses jusqu'à la dix-huitième objection.[134] Environ « vingt-cinq questions » de lecteurs restent en attente.[135] En décembre 1879, Russell écrivait qu'il publiait rarement les lettres de ses correspondants, faute de place, et qu'il ne pouvait pas toutes y répondre.[136] En 1882, les objections d'un pasteur d'une autre Église donnent leur plan à la plus grande partie du numéro.[137] Penton date de 1882 l'enseignement de Russell selon lequel l'esprit saint n'est pas une personne, mais la force agissante de Dieu.[138] Il note que le même numéro contient aussi un long article contre la Trinité.[139] Le Day Dawn de Paton, paru en 1880 et que la revue veut remplacer par son propre livre, présentait encore l'Esprit comme le représentant du Christ, envoyé par le Père en son nom.[140]

Les arguments s'appuient sur des ouvrages extérieurs au mouvement. Pour Philippiens 2:6, le rédacteur préfère la traduction de lEmphatic Diaglott (« Diaglott emphatique ») à la version du roi Jacques.[141] Bernard Blandre présente ce Nouveau Testament grec-anglais, publié en 1864 par Benjamin Wilson, comme le livre de référence de Russell. Wilson venait d'un groupe adventiste qui attendait « l'âge à venir » et qui niait l'immortalité naturelle de l'homme.[142] Pour dater la Trinité, une note renvoie au dictionnaire d'Abbott et Conant.[143] Il s'agit dA Dictionary of Religious Knowledge (« Dictionnaire de connaissances religieuses »), publié à New York en 1875 sous la direction de Lyman Abbott, pasteur congrégationaliste.[144] Une réponse aux lecteurs renvoie aussi aux Luther's Works (« Œuvres de Luther ») pour la vingt-septième thèse du réformateur sur l'immortalité.[145]

La Version révisée du Nouveau Testament sert d'argument. Ses traducteurs, pourtant trinitaires, ont omis sans commentaire le passage de 1 Jean 5:7-8 sur les trois témoins « dans le ciel ».[146] En avril 1881, la revue annonçait cette traduction avec méfiance : elle la jugeait meilleure que la version du roi Jacques, mais craignait qu'elle serve d'arme aux incrédules.[147] En août 1881, après sa parution, la revue la jugeait « meilleure en fait que nous ne l'attendions ».[148] Un an plus tard, son omission sert de preuve contre la Trinité. Le passage manquait déjà dans les manuscrits grecs dont disposait Érasme en 1516. Érasme ne l'avait ajouté qu'en 1522, en doutant de son authenticité.[149]

L'actualité juive lue dans la presse anglaise

La lettre du romancier Charles Reade est reprise d'un journal anglais.[150] La bibliographie judaïque de Singerman signale que Reade avait écrit au Daily Telegraph, vers 1881, une lettre intitulée « Violences contre les Juifs de Russie », reprise ensuite dans ses œuvres.[151] Rien ne permet de dire si c'est la même lettre. Le sujet occupait alors la presse et le Parlement britanniques. Le 20 février 1882, la Chambre des communes débattait de la persécution des Juifs en Russie.[152] Le 15 mai 1882, Alexandre III signait les « lois de mai », qui interdisaient aux Juifs de s'installer hors des villes et des bourgs.[153] Zoe Knox explique que Russell citait volontiers les commentaires de la presse sur la Palestine pour montrer que ces faits retenaient l'attention de tous.[154]

Reade propose un plan concret : offrir des navires, des marins et de l'argent si les chefs juifs décident de coloniser la Palestine à partir de la Russie.[155] En avril 1882, William Mann rappelait que l'émigration des Juifs russes vers l'Amérique n'était pas le retour annoncé, et que les Juifs seraient rassemblés « un à un ».[156] En mai, la revue notait les sociétés d'émigration formées en Roumanie et en Russie sans se prononcer sur les moyens du retour.[157] En juillet, elle laisse une section entière à un auteur extérieur qui défend une colonisation organisée, sans y ajouter de réserve.[158] Reade voit dans la persécution un avertissement de la Providence. Robert Crompton montre que Russell lisait de la même façon ces persécutions comme un signe de faveur, puisqu'elles poussaient les Juifs vers la terre de leurs ancêtres.[159] Cette attente d'un retour réel des Juifs en Palestine sépare la revue des adventistes issus de William Miller. Une conférence millérite tenue à Boston en mai 1842 condamnait déjà l'idée d'un retour des Juifs « charnels » en Palestine. Les partisans de « l'âge à venir », dont venaient plusieurs lecteurs de la revue, la défendaient au contraire.[160] Barbour l'avait lui-même adoptée en 1875, en confiant à la « maison charnelle d'Israël » l'œuvre de restauration de l'âge à venir.[161] Voir aussi Sionisme.[162]


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Vue depuis la Tour

Le numéro ouvre le quatrième volume et la quatrième année de la revue. Le rédacteur remercie Dieu des progrès accomplis dans la compréhension de sa Parole et s'attend, selon cette Parole, à ce que la lumière nouvelle s'accorde avec la lumière passée : elle sera « de la même sorte », sans changer de nature.[163] Aucune année précédente n'aurait offert des perspectives aussi favorables : l'opposition grandit de toutes parts, mais les encouragements aussi, et la diffusion de la vérité parmi les enfants de Dieu compense l'hostilité rencontrée.[164]

Le courrier reçu témoigne d'un intérêt croissant pour l'étude des Écritures. La lumière de la présence du Seigneur atteint d'autres enfants de Dieu, ce qui les fait progresser dans la grâce, la connaissance et l'amour de Dieu, au prix de la perte d'amitiés humaines.[165] En juin, deux pasteurs, dont un luthérien, ont demandé une provision de « Nourriture » (Food for Thinking Christians (« Nourriture pour les chrétiens qui réfléchissent »)) pour leurs paroisses. L'un d'eux dit n'avoir jamais vu des gens aussi affamés, compte retirer de l'Église protestante méthodiste et pense qu'une partie de ses fidèles le suivra.[166]

De nombreux lecteurs demandent des prédicateurs, mais les demandes lointaines ne peuvent pas toutes être satisfaites ; elles sont notées pour plus tard. Tout croyant consacré reçoit la mission de prêcher la bonne nouvelle : l'appel « Allez aussi dans ma vigne » s'adresse à chacun, et il doit chercher à la source la sagesse et la grâce pour être utile à son entourage.[167] Le désir de se rassembler pour se soutenir sur le chemin étroit ne correspond pas, selon le rédacteur, au plan de Dieu : les croyants sont dispersés pour que leur lumière brille, comme le furent les chrétiens de Actes 8:1.[168] Celui qui veut être utilisé par le Seigneur doit s'assurer que sa consécration est complète, commencer à annoncer le message du mieux possible et se montrer très humble, car « Le Seigneur abhorre les orgueilleux, mais il accorde sa grâce aux humbles ».[169]

Le numéro donne aussi des nouvelles de collaborateurs. John Sunderlin, de nouveau malade et alité, enverra la suite de son dernier article si le Seigneur le permet ; les lecteurs sont invités à prier pour lui.[170] Benjamin Keith est en route pour un voyage dans le Michigan, interrompu auparavant, puis passera à Pittsburgh. M. Lawver, du Missouri, part vers le 1er juillet pour le Kansas et le Texas. M. McCormack s'installe à Chicago, présentée comme un bon champ de travail ; les amis de cette ville sont invités à l'accueillir et à y commencer des réunions.[171]

Une grande partie du numéro est consacrée à l'esprit saint, sujet sur lequel les lecteurs ont beaucoup posé de questions. Une vingtaine de questions restent sans réponse et seront traitées peu à peu. Les lecteurs sont invités à relire leurs anciens numéros et brochures, à ne jamais donner les anciens numéros mais à les prêter.[172]

L'aspect prophétique de la persécution des Juifs

Le texte reproduit une lettre du romancier Charles Reade, publiée dans un journal anglais et présentée comme émanant d'un écrivain célèbre dont la conversion remarquable date de l'année précédente.[173] Reade soutient que les prophéties sont claires sur deux points : les Juifs reprendront possession de la Palestine, qu'ils domineront du Liban à l'Euphrate, et cet événement ouvrira une série de changements qui amélioreront le sort de l'humanité souffrante et de la création entière. La date est incertaine, mais il juge déraisonnable de la croire lointaine, et il appelle les hommes sages à observer les signes avant-coureurs.[174]

Il voit dans la persécution soudaine des Juifs de Russie un de ces signes, un rappel de la Providence que leur cité durable n'est pas en Europe. Il s'étonne de l'indifférence actuelle des Juifs, alors que leurs pères priaient, comme Daniel, fenêtres ouvertes vers Jérusalem, et que le pouvoir turc céderait des terres à un dixième de leur valeur.[175] Il propose deux explications : dispersés parmi des peuples qu'il juge moins intelligents, les Juifs prospèrent individuellement mieux qu'ils ne le feraient dans un pays à eux ; et, cantonnés depuis des siècles à un petit nombre de métiers pacifiques, ils doutent de pouvoir devenir une nation complète, avec soldats, marins, commerçants et paysans.[176]

Reade répond que le séjour parmi des nations jugées inférieures a aussi ses inconvénients, comme le montrent les massacres en Russie, où trois millions de Juifs craignent pour leur vie et leurs biens. La Palestine peut être colonisée à partir de ce pays, et le reste suivrait. Il juge les Juifs capables de tout, puisque leur histoire les montre guerriers, écrivains, bâtisseurs, marchands, législateurs et agriculteurs.[177] Il annonce qu'ils seront grands dans les arts de la paix et de la guerre, que leurs ennemis fondront devant eux, que la nation qui les aidera sera bénie et celle qui les persécute servira d'exemple. Il propose donc d'offrir navires, marins et argent si les chefs juifs décident de coloniser la Palestine depuis la Russie, ce qui serait un meilleur placement que les emprunts égyptien, brésilien ou péruvien.[178]

Le mystère accompli

Le texte part d'Apocalypse 10:7 : aux jours de la voix du septième ange, « le mystère de Dieu » doit être achevé. Dieu a gardé caché une partie de son plan, la plus riche. Aux âges patriarcal et juif, seule une petite part du plan, la part terrestre, a été révélée. Les apôtres parlent d'un mystère qui, selon Éphésiens 3:4-5, Colossiens 1:26-27 et 1 Pierre 1:10-12, n'était pas connu des générations passées et n'est manifesté qu'aux saints. Le plan de Dieu est complet depuis avant la fondation du monde, mais il n'est dévoilé que progressivement à l'Église, et ce dévoilement ne sera terminé qu'à la fin de l'âge de l'Évangile, sous la septième trompette.[179]

Le rédacteur déclare ne revendiquer aucune révélation nouvelle : les révélations de Dieu aux saints sont closes avec les écrits de Jean à Patmos. Seule la compréhension de ces paroles progresse à travers l'âge, comme le promet Jésus en Jean 16:12-13 et Jean 14:26 : l'esprit de vérité guidera les disciples vers toute la vérité.[180]

Les trompettes de l'Apocalypse, citées aussi en 1 Corinthiens 15:52 et 1 Thessaloniciens 4:16, désignent une série d'événements, dont les preuves figureront dans le futur Millennial Day Dawn (« L'Aurore du Millénium »). La sixième s'est achevée le 11 août 1840 ; depuis, le monde vit sous la « septième trompette », ou « dernière trompette », ou « trompette de Dieu », qui dure jusqu'à ce que les royaumes de ce monde deviennent, après un grand temps de détresse, ceux du Seigneur. Cela ne sera pleinement accompli qu'en 1914. Cette période est appelée trompette de Dieu probablement parce que Dieu y exerce sa puissance sur les nations et réduit en poudre les erreurs qui ont fait de sa Parole une chose vide. Dieu y achève aussi le mystère en amenant ses saints à comprendre pleinement ses plans, ce qui expliquerait la lumière et la nourriture données aux membres du corps du Christ.[181]

Le mot « mystère » désigne aussi l'Église. L'Église véritable est « le mystère de Dieu » et la fausse Église « le mystère d'iniquité » : la première incarne le plan de Dieu, la seconde l'erreur et le plan de Satan. Le mystère d'iniquité a commencé du temps de Paul, s'est développé en la papauté et ses organisations filles, et doit être consumé par la vérité lors de la présence du Seigneur (2 Thessaloniciens 2:7-8). Le mystère de Dieu a commencé avec Jésus et s'enrichit de chaque vrai membre de son corps : c'est le « Christ (l'oint) en vous » de Colossiens 1:27. Comme Jésus, que le monde ne distinguait pas des autres hommes bien que l'esprit de Dieu fût en lui (Éphésiens 5:32), les saints demeurent un mystère pour le monde, qui ne reconnaît pas en eux des « fils de Dieu » ni des « participants de la nature divine » (1 Jean 3:1).[182]

Ce mystère, cette compagnie de fils engendrés par Dieu, va très bientôt être achevé. L'Église des premiers-nés, dont Jésus est le chef, cessera d'être Dieu manifesté dans la chair et sera glorifiée tout entière : elle « resplendira comme le soleil dans le royaume de son Père » (Matthieu 13:43) et se lèvera avec puissance pour bénir toutes les familles de la terre, le Juif d'abord, puis le Gentil. Les croyants soupirent après cet achèvement, qui est aussi celui dont dépend la délivrance du monde de la douleur et de la mort (Romains 8:19-24).[183]

Le voile mis sur le dessein de Dieu est jugé nécessaire : si les chefs religieux des Juifs avaient su que Jésus était l'oint de Dieu, ils n'auraient pas crucifié le Seigneur de gloire (1 Corinthiens 2:7-8), et si les dirigeants du monde et de l'Église nominale avaient reconnu le corps de l'oint, ils ne lui auraient pas fourni l'occasion de souffrir avec sa Tête. Paul a reçu des révélations sur ce mystère (Éphésiens 3:3-9) et fixe les conditions pour en devenir membre : partager les souffrances du Christ pour partager sa gloire, et mourir au monde, à ses ambitions et à ses prix.[184]

Le rédacteur croit l'achèvement de l'Église tout proche. Par leurs engagements, les lecteurs sont candidats à une couronne de vie et à une place sur le trône du royaume. Ils sont exhortés à affermir leur appel et leur élection en courant leur course comme des sacrifices vivants pour l'Évangile, en se débarrassant de tout fardeau, afin d'être parmi les membres glorifiés. Devenus alors Jéhovah, agents de bénédiction pour toutes les familles de la terre, ils ne seront plus un mystère. Un poème tiré d'une autre source clôt le texte et exhorte le saint à se lever, à veiller, à prier et à combattre jusqu'à recevoir la couronne.[185]

« Écoute, Israël ! Jéhovah notre Dieu est un seul Jéhovah »

Les lecteurs sont rappelés dans leur croyance en Jéhovah, en Jésus et en l'esprit saint, avec le rejet, comme totalement contraire à la Bible, de l'enseignement selon lequel ces trois seraient trois dieux en une personne ou un Dieu en trois personnes. La Trinité est datée du troisième siècle et rapprochée des doctrines païennes de l'époque, en particulier de l'hindouisme ; une note renvoie au Religious Dictionary d'Abbott et Conant, qui situe l'élaboration de la doctrine au début du quatrième siècle et la dit très marquée dans l'hindouisme et discernable dans d'autres mythologies anciennes.[186]

Le seul passage jamais invoqué pour prouver l'unité du Père, du Fils et de l'esprit est une partie de 1 Jean 5:7-8. Elle n'apparaît que dans des manuscrits postérieurs au cinquième siècle, et tous les trinitaires la reconnaissent comme une « falsification ». Les traducteurs de la « Version révisée » récemment publiée l'ont omise sans commentaire, bien qu'ils aient été eux-mêmes trinitaires. Protestants et catholiques tiennent la doctrine de la papauté, sans pouvoir citer un mot de l'Écriture à l'appui, et l'Alliance évangélique déclare hérétique quiconque la refuse.[187]

Le rédacteur propose de laisser de côté les credos et les traditions d'hommes pour s'en tenir à la « forme des saines paroles » de 2 Timothée 1:13. Paul affirme « un seul Dieu et Père de tous » (Éphésiens 4:6) et, en 1 Corinthiens 8:5-6, qu'il y a un seul Dieu, le Père, de qui viennent toutes choses, et un seul Seigneur, Jésus-Christ, par qui elles existent. Le Père est la cause première de tout ; Jésus, « le commencement de la création de Dieu » (Apocalypse 3:14), est l'agent de Jéhovah dans tout ce qui a été fait (Jean 1:3).[188]

Jésus se dit lui-même un fils obéissant, qui ne fait pas sa propre volonté mais celle du Père et ne peut rien faire de lui-même (Jean 5:19 ; Jean 14:10). Son « moi et le Père nous sommes un » (Jean 10:30) est expliqué par sa prière pour que ses disciples soient un de la même façon (Jean 17:11) : il s'agit d'une unité d'esprit et de pensée, comparable à celle de l'homme et de la femme unis de cœur.[189]

Affirmer que le Père et le Fils sont un seul être, égaux en tout, contredit les paroles de Jésus : « Mon Père est plus grand que moi » (Jean 14:28). Dieu est aussi le Père et le Dieu des disciples (Jean 20:17). Une traduction plus exacte de Philippiens 2:6, celle de l'Emphatic Diaglott (« Diaglott emphatique »), dit que Jésus, bien qu'en forme de Dieu, n'a pas songé à usurper une égalité avec Dieu, à l'inverse de la version du roi Jacques. Cette prétention à l'égalité est celle de Satan, qui disait « Je serai semblable au Très-Haut » (Ésaïe 14:12-14). D'autres textes vont dans le même sens : Matthieu 23:9, 1 Pierre 1:3, Éphésiens 3:9-11, Galates 1:3-4 et Romains 16:25-27.[190]

En résumé, l'Écriture enseigne qu'il n'y a qu'un seul Dieu et Père éternel, « d'éternité en éternité » (Psaumes 90:2 ; Romains 16:26-27).[191]

Avant d'être créé, le Fils était déjà « le commencement de cette création », appelé ensuite Jésus. Il est inférieur au Père, mais supérieur à toutes les créatures venues après lui, et il a été l'agent de Jéhovah dans leur création. L'humanité a besoin d'un rédempteur. En accord avec le désir du Père, mais sans contrainte, le premier Fils créé de Dieu voit son principe de vie transféré miraculeusement dans le sein de Marie. Il naît, grandit et devient un homme parfait. Sa vie ne vient donc pas de la lignée humaine et n'est pas celle que le péché d'Adam a fait perdre.[192]

À trente ans, selon la Loi, il est un homme parfait et pleinement formé. Il se consacre aussitôt à la volonté du Père, en s'offrant lui-même en sacrifice vivant pour les hommes, au moment de son baptême. Le sacrifice est accepté et il est rempli de l'esprit saint du Père (Matthieu 3:16-17). La puissance de Dieu vient alors sur lui (Actes 10:38), et c'est à elle qu'il se réfère sans cesse. Elle se manifestera plus tard par Pierre, Paul et d'autres, mais chez Jésus elle est plus marquée : étant un homme parfait, il reçoit l'esprit sans mesure, alors que les membres imparfaits de son Église n'en reçoivent qu'une mesure.[193]

Son ministère de sacrifice prend fin à la croix. À sa résurrection, il n'est plus un être humain mais une « nouvelle créature » parfaite, qui participe depuis à la nature divine et qui est donc de la même essence que le Père. Cette condition élevée est présentée comme la récompense de son obéissance (Philippiens 2:8-9). Elle implique une gloire supérieure à celle qu'il avait avant de devenir homme, sans quoi il n'y aurait pas eu d'élévation. Possédant la nature divine immortelle, il ne peut plus mourir. C'est le Jésus ressuscité, et non le Jésus sacrifié, qui déclare : « Tout pouvoir m'a été donné dans le ciel et sur la terre ».[194]

Contre ce récit biblique jugé simple, la doctrine qui fait du Père et du Fils une seule personne est accusée de mener à des contradictions. Jésus aurait joué la comédie en priant un Père céleste qui serait lui-même. La tentation par le diable (Matthieu 4:1-11) serait une farce, puisque Dieu ne tente personne et n'est tenté par personne. Si Dieu est immortel et si Jésus est le Père, Jésus n'aurait fait que semblant de mourir. Les déclarations de Jésus, des prophètes et des apôtres sur sa mort et sa résurrection deviendraient alors fausses, et les apôtres de faux témoins pour avoir dit que Dieu l'a ressuscité.[195]

Si l'on admet au contraire que Jésus est réellement mort, la difficulté demeure pour ceux qui tiennent leurs trois dieux pour une seule personne : tous seraient morts, et nul n'aurait pu les ressusciter. Cela contredit 1 Thessaloniciens 1:10, où le Père ressuscite Jésus, car si le Père et le Fils sont le même être, le Père était mort. Le rédacteur refuse de contredire les apôtres, les prophètes et Jésus, et de renier le bon sens, pour garder un dogme venu des « âges sombres » par une Église corrompue. Il cite Ésaïe 8:20 : « À la loi et au témoignage ! » Père et Fils sont deux personnes distinctes, unies par la pensée, le but et l'objectif.[196]

L'esprit saint

L'Église nominale, papale comme protestante, affirme que l'esprit saint est une personne, tout en soutenant que les trois personnes n'en font qu'une : un grand « mystère ». Ce mystère est tenu pour caractéristique de Babylone, la « confusion ». Pour qui se tourne vers la Parole de Dieu, tout devient clair. La définition retenue doit satisfaire toutes les conditions connues et s'accorder avec tous les passages bibliques sur le sujet. Elle est ensuite confrontée à des textes que l'on croit opposés à elle, envoyés pour explication par un pasteur baptiste de Philadelphie.[197]

Selon cette définition, l'esprit saint n'est pas une personne distincte. Il est l'esprit ou l'influence de Dieu, la force motrice de la Divinité, exercée partout et à son gré. Ce que Dieu accomplit par des agents est aussi vraiment son œuvre que s'il agissait directement, comme un entrepreneur « construit » une maison sans toucher un outil. Quand Genèse 2:4 dit que Jéhovah a créé les cieux et la terre, il faut comprendre qu'il a employé divers agents : « Il parla, et la chose arriva ; il ordonna, et elle exista » (Psaumes 33:6-9). La création a pris du temps, six jours qui, d'après d'autres passages, durent chacun sept mille ans, soit quarante-deux mille ans au total.[198]

Tout vient du Père par son énergie ou son esprit, mais cette énergie s'exerce par le Fils (Jean 1:3 ; Hébreux 1:8-12). Or Genèse 1:2 attribue la puissance créatrice à l'Esprit de Dieu qui planait sur les eaux. Il est donc raisonnable d'y voir l'esprit de Jéhovah agissant par son Fils, selon le plan de Dieu exécuté par lui.[199]

L'esprit s'exerce aussi par les prophètes, qui « parlèrent poussés par l'esprit saint » (2 Pierre 1:21), le plus souvent sans comprendre le sens de leurs paroles (1 Pierre 1:12). L'esprit agissait sur eux, mais n'était pas en eux. À cette époque de service (Hébreux 3:5 ; Galates 4:4-7), le serviteur fidèle transmettait le message tel qu'on le lui confiait. Pendant l'âge de l'Évangile, les fils de Dieu sont admis à la communion du Père, connaissent ses plans et reçoivent son esprit, ce qui les rend collaborateurs. Le serviteur « ne sait pas ce que fait son maître », alors que le fils de confiance est mis au courant de ses projets.[200]

Le pronom masculin appliqué à l'esprit saint s'explique par le fait que Dieu, dont c'est l'esprit, est considéré comme masculin, signe de force. Il est « saint » parce que Dieu est saint et qu'il existe d'autres esprits, ou influences, de même nature mais mauvais. Il est appelé « Esprit de vérité » par opposition à l'esprit d'erreur (1 Jean 4:6). Satan, prince du mal pour le temps présent, exerce son influence sur ses serviteurs d'une façon semblable à celle dont l'esprit de Dieu agit sur ses enfants : c'est « l'esprit qui agit maintenant dans les fils de la désobéissance » (Éphésiens 2:2). Le nombre sept, signe de perfection, explique les « sept esprits » de Dieu (Apocalypse 1:4 ; Apocalypse 3:1) et les sept esprits mauvais (Matthieu 12:45). L'influence du mal procède du « père du mensonge », celle de la vérité du Père céleste (Jean 15:26).[201]

L'homme est en partie indépendant de ces deux influences. Il a un esprit propre (1 Corinthiens 2:11), mais reste exposé aux influences extérieures. Dieu permet pour le moment que le mal l'emporte en partie, pour mettre à l'épreuve et former le « corps de Christ » et pour discipliner l'humanité. Satan se déguise en ange de lumière et présente ses serviteurs comme des saints (2 Corinthiens 11:14-15). Sous prétexte d'honorer davantage Jésus, il amène beaucoup de gens à des doctrines non bibliques et obscurcit des vérités glorieuses.[202]

Quand l'esprit humain se soumet à Dieu, il commence à se changer en esprit saint, semblable à celui de Dieu. Les croyants sont ainsi transformés en « nouvelles créatures » par le renouvellement de leur intelligence (Romains 12:2 ; 2 Corinthiens 3:18). C'est l'engendrement par l'esprit, début de la vie divine, qui commence, comme pour Jésus, au moment de la consécration. Dieu reconnaît alors ces personnes pour ses fils. En se livrant par l'esprit, on livre tout l'être, puisque l'esprit commande le reste. Ceux qui se remettent à Dieu sont « conduits par Dieu » et « enseignés par Dieu », et peuvent recevoir l'« esprit de sagesse » et de révélation (Éphésiens 1:17-18).[203]

Par contraste, Satan est l'adversaire de Dieu et des saints, et son influence s'exerce contre l'Église, non ouvertement mais sous l'apparence de l'Esprit de Dieu. Sous forme d'« esprit de crainte », il pousse certains à croire qu'il est téméraire de penser que Christ est mort pour tous et que tous seront libérés de la mort, ou que leurs propres péchés ne sont pas pardonnés. L'esprit d'erreur, de crainte et de servitude contredit ainsi l'esprit de vérité, pour lequel « il n'y a maintenant aucune condamnation pour ceux qui sont en Jésus-Christ » (Romains 8:1). L'esprit de Dieu mène à la paix, à la joie et à la foi dans les gloires promises, tandis que l'esprit d'erreur mène à la foi en des choses non promises, à la joie dans les plaisirs terrestres et à la paix dans le sommeil, « esprit d'assoupissement ». Il est aussi appelé « esprit séducteur » (1 Timothée 4:1). Le texte laisse à chacun le soin de juger, d'après la Parole, jusqu'où Satan a réussi à séduire les enfants de Dieu. « L'esprit du monde » est un autre nom de l'esprit d'erreur, car le monde est largement sous la domination du prince de ce monde. Les croyants sont invités à éprouver les esprits (1 Jean 4:1 ; 1 Jean 4:6), non d'après leurs prétentions, mais d'après la Parole de Dieu.[204]

Ceux qui ont l'esprit de Dieu sont dits spirituels, par opposition aux hommes charnels. La « nouvelle créature » reste liée au corps humain d'humiliation. À la destruction de la « maison terrestre », elle reçoit un corps spirituel glorieux (2 Corinthiens 5:1), non pas tous les hommes, mais ceux qui sont engendrés par l'esprit de vérité. La résurrection est la naissance de la nouvelle création, dont Jésus est le premier-né (Apocalypse 1:5). Les croyants seront alors des êtres spirituels, d'esprit et de corps, semblables aux anges et à Dieu, qui est un esprit, une Intelligence céleste.[205]

Cette définition éclaire 1 Corinthiens 2:9-16. Avoir l'esprit de Dieu pousse à sonder ses « profondeurs », c'est-à-dire à étudier pour connaître et faire sa volonté. L'homme naturel ne reçoit pas les choses de l'esprit de Dieu, qu'on ne discerne que spirituellement, en comparant les choses spirituelles avec les spirituelles. L'homme spirituel juge toutes choses et sacrifie les choses humaines, tenues pour des ordures, afin de gagner les spirituelles. Aucun homme naturel ne comprend ses motifs, et les croyants passent pour des fous aux yeux du monde (1 Corinthiens 4:10).[206]

L'esprit du Christ est le même que celui de Dieu, car le Christ a sacrifié son propre esprit et a été rempli de celui de Dieu (Romains 15:3). Les paroles de Jésus sont « esprit et vie » : elles expriment la pensée de Dieu. Le « Sondez les Écritures » est présenté comme un privilège et non comme un devoir. Les « vases de terre » sont imparfaits et fuient, de sorte que l'esprit du monde, qui nous entoure, les remplit vite si on s'éloigne de la source de la vérité. Il faut donc rester près de cette source pour ne pas « éteindre » l'esprit de Dieu. Ainsi, ce que l'homme naturel ne peut savoir est accessible à ceux qui reçoivent l'esprit de Dieu. Ils sont invités à avoir la pensée qui était en Jésus-Christ, car « si quelqu'un n'a pas l'esprit de Christ, il ne lui appartient pas » (Romains 8:9).[207]

L'esprit saint ne doit pas être confondu avec ses fruits ni avec ses dons. Sa possession produit toujours des fruits, comme la patience, la douceur et l'amour. Au début de l'âge, elle s'accompagnait aussi de dons miraculeux : enseignement, langues, miracles (1 Corinthiens 12:1-31). Ceux-ci ont en grande partie disparu, avec leur nécessité, sauf le don d'enseignement, qui reste utile au corps. Le rédacteur rappelle que les traducteurs de la Bible du grec à l'anglais étaient trinitaires et ont traduit en accord avec leur croyance.[208]

Objections examinées

Trois textes que le pasteur n'a pas cités sont d'abord examinés. « N'éteignez pas l'esprit » (1 Thessaloniciens 5:19) : le verbe grec traduit par « éteindre » se rapporte, dans les huit emplois du Nouveau Testament, à un feu ou une lumière. Les croyants, qui ont l'esprit de Dieu, sont « la lumière du monde » (Matthieu 5:14), et leur lumière s'éteindrait s'ils se laissaient séduire par l'esprit du monde (Matthieu 6:23).[209]

« N'attristez pas l'esprit saint de Dieu, par lequel vous avez été scellés pour le jour de la rédemption » (Éphésiens 4:30). Sceller signifie marquer. Les enfants du monde portent la marque de l'esprit du monde, les « nouvelles créatures » celle de l'esprit de Dieu, visible dans les paroles, les pensées et les actes dès la consécration, et de plus en plus nette avec la croissance dans la grâce, la connaissance et l'amour. L'apôtre demande de ne rien faire qui blesse la conscience : « N'attristez pas l'esprit [la pensée] de Dieu [en vous] ».[210]

Troisième texte : l'esprit de vérité « ne parlera pas de lui-même, mais dira tout ce qu'il aura entendu » (Jean 16:13). Les disciples, Juifs et hommes naturels, attendaient un libérateur et un royaume humains. Jésus leur annonce sa mort, son départ vers un pays lointain pour recevoir le royaume, puis son retour (Luc 19:12). Il leur promet un Consolateur, envoyé par le Père en son nom, qui n'est pas un autre Messie ni un enseignant différent. Il n'enseignera donc pas indépendamment de Jésus, mais développera ce que Jésus a dit, sans détourner de lui. Cet Esprit de vérité a montré à l'Église, pendant tout l'âge, de plus en plus de la gloire à venir et du plan de Dieu, et Jésus en a ainsi été glorifié.[211]

Première objection, tirée de Jean 14:26 (le Consolateur, l'Esprit saint, que le Père enverra au nom de Jésus). Le fait que le Père l'envoie montre qu'il est sous son autorité, comme nos facultés sont sous notre contrôle (1 Corinthiens 14:32). « Ghost » est jugé une mauvaise traduction de pneuma, habituellement rendu par « esprit ». Seuls ceux qui ont suivi les traces de Jésus et reçu l'esprit de Dieu comprennent ces paroles. L'esprit du Christ conduit à sonder les Écritures et aide dans les faiblesses, pour que l'on ait de l'espérance dans les afflictions présentes (Romains 8:26 ; Romains 15:4).[212]

Deuxième objection, tirée de Actes 2:4 : les disciples remplis de l'esprit saint parlent en d'autres langues. Ils sont remplis de l'esprit ou de la pensée de Dieu, et Dieu agit aussi sur eux en leur conférant des dons particuliers dans un but précis. Il paraît absurde de parler d'une personne présente en plusieurs centaines de personnes, ce que l'on est pourtant obligé de dire à cause d'une théorie non biblique.[213]

Troisième objection : Pierre demande à Ananias pourquoi Satan a rempli son cœur pour qu'il mente à l'Esprit saint (Actes 5:3). Satan avait rempli Ananias de son esprit de convoitise, et Dieu avait rempli Pierre du sien, dont l'un des dons était le discernement des esprits (1 Corinthiens 12:10). Le verset 3 parle de mentir à l'Esprit saint, le verset 5 de mentir à Dieu : Esprit saint désigne donc la pensée de Dieu, qu'elle soit dans le Père ou dans ses représentants.[214]

Quatrième objection : « Vous vous êtes accordés pour tenter l'Esprit du Seigneur » (Actes 5:9). Le mensonge de la femme d'Ananias est compté non comme dirigé contre Pierre et l'Église en tant qu'hommes, mais contre Dieu, dont Pierre est l'agent et le représentant par l'Esprit.[215]

Cinquième objection : celui qui parle contre l'Esprit saint ne sera pardonné ni dans ce monde ni dans le monde à venir (Matthieu 12:32). Jésus venait de chasser un démon par la puissance de Dieu. Les pharisiens, ne pouvant nier le miracle, disent qu'il agit par la puissance du diable. Jésus répond qu'il agit par l'Esprit [l'influence ou la puissance] de Dieu (Matthieu 12:28), et leur reproche leur malice. Ils pouvaient être pardonnés d'avoir pris Jésus pour un imposteur, mais non d'avoir attribué à Satan une bonne œuvre. Ce péché doit être puni ; il ne sera pardonné ni dans la vie présente ni dans la suivante, l'âge du Millénium, et il suppose plus que la dépravation adamique : il appelle des châtiments. Le texte renvoie à Food for Thinking Christians (« Nourriture pour les chrétiens qui réfléchissent »), p. 50, sur le péché impardonnable.[216]

Sixième objection : « L'Esprit dit à Philippe : Avance et joins-toi à ce char » (Actes 8:29). Rien n'y exige un autre Dieu : l'influence de Dieu a pu l'indiquer à Philippe de diverses manières, que le texte ne précise pas et qui importent peu.[217]

Septième objection : « L'Esprit lui dit : Voici trois hommes qui te cherchent » (Actes 10:19). La même réponse s'applique. Il importe peu de savoir comment la puissance de Dieu a transmis l'information à Pierre : peut-être comme une pensée inspirée, peut-être par les voix des hommes et les trois visions.[218]

Huitième objection : « L'Esprit saint dit : Mettez-moi à part Barnabas et Saul » (Actes 13:2). La manière n'est pas indiquée ; il est probable que les deux hommes aient été appelés et mis à part comme le sont aujourd'hui tous les vrais ministres de Dieu. Tous les enfants de Dieu pleinement consacrés (engendrés) sont appelés à prêcher, chacun selon ses capacités, et l'Esprit leur dit : « Pourquoi restez-vous oisifs ? […] Allez aussi à la vigne ». Une capacité particulière d'enseigner la Parole est reconnue comme un appel particulier de l'Esprit saint au ministère public. Dans Galates 1:1, Paul fonde son autorité sur Jésus-Christ et le Père et ignore entièrement l'Esprit saint, ce qui serait inexcusable si l'Esprit était une personne, et même LA personne qui l'a nommé. Cela devient cohérent si l'Esprit saint est l'influence sainte venue du Père ou du Fils, ou des deux ensemble, dont la volonté et les desseins ne font qu'un.[219]

Neuvième objection : « Il a semblé bon à l'Esprit saint et à nous » (Actes 15:28). La décision prise est le jugement de l'Église, conforme à la volonté et au plan de Dieu. Jacques, principal orateur de l'assemblée, donne la clé de la manière dont la pensée de Dieu a été connue, selon une méthode qui reste la même aujourd'hui : il argumente à partir du récit de Pierre sur la conduite de Dieu envers Cornélius et d'une prophétie non encore accomplie (Actes 15:13-18). La conclusion qu'il en tire, acceptée par toute l'Église, est tenue pour l'enseignement de l'Esprit saint.[220]

Dixième objection : « Ils furent empêchés par le Saint-Esprit d'annoncer la parole en Asie » (Actes 16:6). Rien n'y indique que l'esprit saint soit une personne. La manière dont la puissance de Dieu a détourné les apôtres de l'Asie n'est pas précisée : peut-être des circonstances défavorables, peut-être une vision. Un exemple de ces moyens figure au verset 9, où Paul voit en songe un Macédonien qui lui demande de venir l'aider, ce dont ses compagnons concluent que le Seigneur les appelle à prêcher en Macédoine. La conduite de Dieu à cette époque ressemblait ainsi davantage à celle d'aujourd'hui qu'on ne le croit parfois.[221]

Onzième objection : « L'Esprit saint m'atteste de ville en ville que des chaînes et des tribulations m'attendent » (Actes 20:23). Rien n'y suggère une personne. Les moyens par lesquels la puissance de Dieu a renseigné Paul sont illustrés en Actes 21:4, Actes 21:11 et Actes 21:14. La treizième objection, « Voici ce que dit le Saint-Esprit » (Actes 21:11), reçoit la même réponse.[222]

Douzième objection : « Le troupeau sur lequel le Saint-Esprit vous a établis surveillants » (Actes 20:28). Paul s'adresse à l'Église, qui reçoit de Dieu des charges diverses : « Dieu a établi dans l'Église, premièrement des apôtres, deuxièmement des prophètes, troisièmement des docteurs » (1 Corinthiens 12:28). Selon 1 Corinthiens 12:6-7, c'est le même Dieu qui opère tout en tous. Ce passage explique comment Dieu, par son esprit saint, met à part des hommes pour les fonctions qu'il juge utiles à l'Église.[223]

Les quatorzième, quinzième et seizième objections portent sur 1 Corinthiens 2:10-14 : Dieu a révélé ses « profondeurs » par son esprit, que sonde l'Esprit, et le Saint-Esprit enseigne les paroles que la sagesse humaine ne donne pas. L'esprit ou la pensée de Dieu en ses enfants leur fait comprendre ses plans. Paul compare l'esprit venu de Dieu à « l'esprit du monde », qui influence l'homme naturel. Comme l'esprit du monde est une mentalité mondaine et non une personne, l'esprit de Dieu en ses enfants n'en est pas une non plus. L'homme rempli de l'esprit du monde ne peut voir les choses glorieuses que Dieu a préparées pour ceux qui l'aiment. Le texte propose un critère : avoir été instruit, par la Parole, de « choses profondes » qu'un homme mondain n'apprécie pas. Il reproche à la grande majorité des enseignants officiels de se vanter de leur ignorance des plans de Dieu, preuve selon lui qu'ils n'ont pas sa pensée.[224]

Les gémissements inexprimables

Dix-septième objection : « L'Esprit lui-même intercède pour nous par des gémissements inexprimables » (Romains 8:26-27). Ce passage est jugé mal compris. Si l'esprit saint était une personne toute-puissante, on comprendrait mal qu'il ne puisse que gémir, et des chrétiens redoublent leurs propres gémissements pour pallier cette prétendue faiblesse. Le texte soutient qu'il ne s'agit pas de l'esprit de Dieu qui supplie, mais de l'esprit des saints, qui ne trouve pas toujours ses mots.[225]

Paul vient de parler de l'humanité qui gémit dans ses chaînes et sera libérée quand l'Église sera manifestée comme fils de Dieu. Il passe ensuite à l'Église, qui gémit en attendant l'adoption (Romains 8:19-23). L'esprit renouvelé des croyants est saint, mais leur corps garde les imperfections d'Adam. Comme « nouvelles créatures », ils gémissent sous ce fardeau. Aux yeux de Dieu, ils sont comptés comme spirituels et saints, et seuls sont retenus contre eux les actes de la chair auxquels leur pensée consent.[226]

Le verset 26 est reformulé ainsi : l'esprit des croyants, c'est-à-dire leur pensée sainte, supplée à leurs faiblesses, car ils ne savent pas prier comme il faut. Dieu, qui sonde les cœurs, connaît l'inclination de cet esprit (le mot grec est phronema) et accepte les désirs du cœur, non les imperfections du « vase de terre ». Le texte évoque le chrétien surpris en faute qui, sans mots, gémit devant Dieu et reçoit la force en réponse. D'où la conclusion de Romains 8:31 : « Si Dieu est pour nous, qui sera contre nous ? »[227]

Le témoignage de l'Esprit

Dix-huitième objection : « L'Esprit lui-même atteste à notre esprit que nous sommes enfants de Dieu » (Romains 8:16). Le verset indique au contraire que, comme chaque homme a un esprit, Dieu a le sien, ainsi que le montre 1 Corinthiens 2:11-12. Le sujet est ensuite approfondi : comment savoir que l'on est enfant de Dieu ? Les calvinistes, qui rejettent la certitude d'être fils, chantent leur inquiétude, ce que le texte attribue à une mauvaise compréhension de l'élection. D'autres chrétiens fondent leur filiation sur leur paix intérieure ou leur prospérité, en oubliant que Jésus annonce la tribulation dans le monde. Quand vient l'heure sombre, leur « témoignage » s'effondre, d'autant que les païens et les gens du monde ont eux aussi la paix de l'esprit. La cause en serait une conception non biblique de l'Esprit.[228]

La pensée de Dieu se connaît par ses paroles et ses actes, comme celle d'un homme. Selon la Parole, quiconque vient à Dieu par Jésus est accepté (Hébreux 7:25). La première question est de savoir si l'on s'est entièrement consacré à Dieu, vie, temps, talents et influence. Si oui, on est devenu à cet instant même enfant de Dieu, membre du vrai cep (Jean 15:1), donc de l'Église, corps du Christ. Rester dans le cep dépend de la croissance et du fruit : le sarment sans fruit est retranché, celui qui en porte est taillé. Le manque de correction trahit l'absence de filiation (Hébreux 12:8). Les afflictions touchent aussi le monde et ne sont une marque de filiation que pour ceux qui se sont pleinement consacrés. La discipline varie : un regard suffit à certains enfants, d'autres doivent être châtiés plusieurs fois. Ceux qui se jugent eux-mêmes ont moins besoin de châtiment (1 Corinthiens 11:31). Cette consécration entière caractérise les vainqueurs jugés dignes d'être cohéritiers de Jésus-Christ.[229]

Le texte énumère d'autres témoignages de l'Esprit que chacun peut vérifier en lui-même. Être taillé en est un. Un autre : « Quiconque est né de Dieu ne pèche pas » (1 Jean 5:18), c'est-à-dire qu'il peut être surpris en faute ou se tromper, mais ne transgresse jamais volontairement la volonté de Dieu. Un troisième : les vrais sarments ne sont pas du monde, et « tous ceux qui veulent vivre pieusement en Jésus-Christ seront persécutés » (2 Timothée 3:12 ; Jean 15:19). Le « monde » désigne tous les esprits mondains. Selon le texte, neuf dixièmes des persécutions subies par Jésus venaient de religieux professants, qui l'ont traité de Béelzébul (Matthieu 10:25), et les croyants peuvent s'attendre à la même expérience. S'il s'était associé à leur pharisaïsme ou s'était tu, Jésus n'aurait pas été haï.[230]

Autres témoignages : celui qui a honte de Jésus et de ses paroles sera renié par lui (Marc 8:38) ; quiconque est né de Dieu vainc le monde, et cette victoire est la foi (1 Jean 5:4). On ne vainc pas le monde par la flatterie, ni en participant à ses folies, ni en dirigeant une école du dimanche ou en rejoignant une Église sectaire, mais en marchant par la foi, les yeux fixés non sur la popularité, le faste ou la grandeur des dénominations, mais sur la couronne, le trône et l'Église dont les noms sont écrits dans les cieux (2 Corinthiens 4:18). Enfin, l'enfant de Dieu n'ignore pas sa Parole, connaît la vérité présente et a quelque notion des « choses à venir ». En grandissant, il ajoute la foi, la vertu, la connaissance, la charité, et ne reste ni stérile ni inactif (2 Pierre 1:5-11 ; Jean 16:12-15). On ne grandit pas en amour plus vite qu'en connaissance, ni en faveur sans suivre les instructions de Dieu, d'où l'appel à « sonder les Écritures » (2 Timothée 3:17). Un jeune sarment ne doit pas porter de fruits tout de suite, mais bourgeonner ; un chrétien avancé doit retrouver en lui tous ces témoignages. S'il en manque un, il lui est conseillé de s'appliquer à l'acquérir, pour ne plus chanter « C'est un point que je voudrais connaître » mais savoir.[231]

Sanctifiés par l'Esprit

Sur 1 Corinthiens 6:11 (« Vous avez été lavés, sanctifiés, justifiés au nom du Seigneur Jésus et par l'Esprit de notre Dieu »), la sanctification signifie une mise à part. Ceux qui sont mis à part pour Dieu, entièrement consacrés, doivent d'abord être justifiés, c'est-à-dire purifiés du péché adamique en acceptant par la foi que « Christ est mort pour nos péchés selon les Écritures ». Justifiés, ils ont la paix avec Dieu et peuvent faire des œuvres qui lui plaisent. La preuve de leur acceptation est le témoignage de l'esprit de vérité dans la Parole, et le « sceau » et le « témoignage » intérieurs, c'est-à-dire leur pensée transformée.[232]

La sanctification comporte deux parties : la consécration, puis son accomplissement dans la vie quotidienne. La force pour tenir les vœux de consécration est l'esprit ou la pensée de Dieu, reçu par l'étude et l'obéissance aux paroles du Père. Ce lien entre sanctification et vérité est appuyé par 1 Thessaloniciens 5:23, 1 Pierre 1:2, Éphésiens 5:26 (le Christ purifie l'Église par la Parole) et Jean 17:17 (« Sanctifie-les par ta vérité ; ta parole est la vérité »). Les sanctifiés sont comptés comme nouvelles créatures et appelés « sanctifiés en Christ » (1 Corinthiens 1:2). C'est par cette sanctification qu'ils sont un, selon Hébreux 2:11.[233]

L'Esprit convaincra le monde

Selon Jean 16:8-11, l'Esprit de vérité « convaincra le monde en ce qui concerne le péché, la justice et le jugement ». L'esprit de Dieu n'est pas dans les enfants du monde, dont l'esprit est « l'esprit du monde » ou « l'inclination de la chair, inimitié contre Dieu » (Romains 8:7). Il se trouve chez les croyants seuls, où il est un sceau et une marque de filiation (Éphésiens 1:13 ; Romains 8:9 ; Romains 8:15).[234]

Comment cet esprit convainc-t-il le monde ? En faisant de l'Église la lumière du monde. La lumière qui émane du vrai chrétien condamne les ténèbres. Jésus, oint de l'Esprit, se déclare « la lumière du monde » (Jean 8:12 ; Jean 9:5), puis dit la même chose de son Église (Matthieu 5:14-16 ; Éphésiens 5:8 ; 1 Thessaloniciens 5:5 ; 2 Corinthiens 4:6 ; Philippiens 2:15). L'esprit n'agit donc pas directement sur le monde mais par la lumière réfléchie de ceux qui le possèdent, car l'homme naturel ne reçoit pas les choses de l'Esprit (1 Corinthiens 2:14). Paul demande de ne pas participer aux œuvres infructueuses des ténèbres mais de les dénoncer, car tout ce qui est dénoncé est mis en évidence par la lumière (Éphésiens 5:8-13). La vie sanctifiée d'un saint éclaire ainsi ceux qui la voient sur ce qu'est le péché et la justice, et les amène à penser à un jugement à venir où la justice sera récompensée et le péché puni.[235]

Quand « la lumière qui est en toi devient ténèbres », comme le dit Matthieu 6:23, c'est la situation des Églises officielles de « Babylone ». Pour avoir pris les credos et les traditions des hommes et négligé la Parole, elles ont l'« esprit de crainte » et de servitude, ont perdu l'« esprit de vérité » et reçu l'« esprit d'erreur ». Sans pouvoir de séparation, elles sont imprégnées de l'esprit du monde et ne reprennent plus le monde. Les gens du monde se sentent à peine repris par l'Église nominale et se jugent supérieurs à la majorité de ses membres, ce qui explique, selon le texte, que les conversions aient presque cessé.[236]

L'Église véritable a toujours été une lumière qui brille dans les ténèbres. Celles-ci reconnaissent le reproche mais ne le comprennent pas, et persécutent donc les porteurs de lumière, qui ne connaissent ni le Père ni le Fils (Jean 16:3). Sa mission est de faire briller la vérité et de dénoncer le mal, surtout dans les systèmes religieux nominaux et chez les professants. Le texte croit qu'il reste dans la plupart de ces « bottes » ou sectes (Matthieu 13:30) quelques grains de blé, des consacrés chez qui l'esprit de vérité réside encore. Il les presse de voir que leur lumière est cachée dans la masse mondaine. Pour eux, Dieu fait entendre de toutes parts la voix de Apocalypse 18:4 : « Sortez du milieu d'elle, mon peuple ».[237]

Cet appel est dit actuel parce que l'on est dans la « MOISSON », qui est « la fin de l'âge » : il ne pouvait être lancé avant 1878. Le moment est venu d'exécuter l'ordre « Rassemblez-moi mes saints, ceux qui ont fait alliance avec moi par le sacrifice » (Psaumes 50:5). Cela est dit clairement établi par les prophéties, développées plus longuement dans le futur Millennial Day Dawn (« L'Aurore du Millénium »).[238]

Une erreur courante

Parmi les enfants de Dieu, une erreur courante vient d'une conception inexacte de l'esprit saint : croire nécessaires de fréquents baptêmes de l'Esprit. L'exhortation « Soyez remplis de l'Esprit » (Éphésiens 5:18) est approuvée, car il faut sans cesse puiser à la source pour renouveler le contenu des « vases de terre », très défectueux, d'où l'esprit du Christ s'échappe facilement sous la pression de l'esprit du monde. Mais être rempli de l'Esprit est très différent d'être baptisé de l'Esprit.[239]

À la connaissance du rédacteur, il n'y a eu que trois baptêmes de l'Esprit : celui de Jésus, celui des disciples à la Pentecôte et celui de Corneille et de sa famille. Ces trois baptêmes n'en font qu'un, comme le montre le type lévitique : l'huile sainte de l'onction était versée sur la tête et coulait sur le corps. Le même Esprit, donné à Jésus, la Tête, est descendu sur l'Église à la Pentecôte et coule depuis sur tous ceux qui lui appartiennent. Dans ces trois cas, la manifestation extérieure attestait que Dieu les reconnaissait comme siens, et des « dons » accompagnaient la réception pour convaincre l'homme naturel (1 Corinthiens 14:22).[240]

Aujourd'hui, l'esprit ou la pensée de Dieu est reçu sans dons ni manifestation extérieure. Ces manifestations sont consignées dans la Parole et, sauf rares exceptions, ne se voient plus dans les personnes. Paul dit qu'on peut avoir des dons, ou être mû par l'Esprit, en étant presque dépourvu d'amour et de sacrifice, et n'être qu'« une cymbale retentissante » (1 Corinthiens 13:1). Les dons n'étaient donc pas la marque d'une faveur particulière. Le « témoignage » intérieur de l'Esprit vaut mieux, comme critère de la condition spirituelle, que le pouvoir de déplacer des montagnes, de parler en langues ou de faire des miracles sans accord intérieur avec la Parole. Depuis Corneille, il n'y a plus eu de tels baptêmes ni de manifestations extérieures de la faveur de Dieu, mais seulement le témoignage invisible de l'Esprit de vérité à notre esprit.[241]

Cette absence s'explique par l'image de deux pièces fermées de l'Église : l'une représente les croyants juifs, l'autre les croyants des nations. Elles devaient être ouvertes une fois, après quoi les portes restaient ouvertes. Pierre a ouvert la première à la Pentecôte pour les Juifs croyants (Actes 2:14-41).[242]

Pierre ouvre la seconde pièce environ trois ans et demi plus tard, quand vient le moment fixé par Dieu pour recevoir les croyants des nations aux mêmes privilèges de fils : il est envoyé chez Corneille, premier converti non juif (Actes 10:1-48). Il se sert ainsi des « clés du royaume des cieux » (l'Église) et ouvre la voie comme Jésus l'avait annoncé (Matthieu 16:19). Les clés représentent le pouvoir et l'autorité. Il en fallait plus d'une, car Juifs et non-Juifs étaient jusque-là entièrement séparés et ne formaient pas un même corps d'héritiers. L'acceptation des croyants juifs a été indiquée une fois pour toutes à la Pentecôte, et celle des croyants des nations l'a été clairement avec Corneille. Rien dans l'Écriture n'indique que ces baptêmes aient été répétés.[243]

Certains se réunissent pourtant pour prier et « agoniser » en vue d'un baptême de l'esprit comparable à celui de la Pentecôte. Ils croient que les saints ne possèdent plus ce que possédaient les premiers disciples, alors que seuls les dons de l'Esprit font défaut. Cette attitude est jugée erronée : elle regarde aux choses visibles plutôt qu'aux choses invisibles et éternelles. À l'entrée dans l'âge spirituel, il fallait un signe que l'homme naturel puisse reconnaître. Les dons servaient à convaincre l'homme naturel (1 Corinthiens 14:22), tandis que le « témoignage » de l'Esprit était destiné aux saints. L'Église entière avait les dons, mais tous ne les ont pas reçus à la Pentecôte ni par un baptême de l'esprit. Seuls les onze apôtres et Paul, choisi pour remplacer Judas, pouvaient les transmettre par l'imposition des mains (Actes 8:13-19), et ceux qui les recevaient ne pouvaient pas les transmettre à leur tour.[244]

Prier pour un nouveau baptême de l'esprit est contraire à la Parole de Dieu, mais prier pour rester rempli de l'esprit est légitime : le Père céleste donne plus volontiers l'esprit à ceux qui le demandent que des parents ne donnent de bonnes choses à leurs enfants (Luc 11:13). La comparaison est faite avec la nourriture quotidienne : on prie pour obtenir le pain, mais Dieu met à portée de main les moyens de se le procurer, et celui qui ne mange pas d'une table garnie meurt de faim. De même, l'« Esprit de vérité » est prêt à remplir les croyants, à condition qu'ils se nourrissent de la Parole. Jésus dit : « Les paroles que je vous dis sont esprit et vie » (Jean 6:63), et le prophète écrit : « Tes paroles se sont trouvées et je les ai mangées » (Jérémie 15:16). Prier pour l'esprit en négligeant la Parole est donc inutile. Beaucoup de ceux qui se réunissent souvent pour demander l'esprit restent « de petits enfants en Christ » et cherchent des signes extérieurs plutôt que le témoignage intérieur de la Parole de vérité.[245]

L'exhortation « Soyez remplis de l'Esprit » (Éphésiens 5:18) indique que cela dépend entièrement des croyants, puisque les portes ont été ouvertes à la Pentecôte et chez Corneille. La parole « Il vous baptisera du Saint-Esprit et de feu » (Matthieu 3:10-12) est adressée aux Juifs en tant que nation, et c'est Jésus qui baptise. Ceux qui l'ont reçu sont baptisés de l'esprit à la Pentecôte ; les autres sont baptisés de feu, c'est-à-dire de détresse. Ce feu est la période de troubles qui a détruit la nation en l'an 70 et que les prophètes avaient souvent annoncée. L'arbre stérile jeté au feu et la paille brûlée représentent ceux qui « n'ont pas connu le temps où Dieu les a visités » (Luc 19:41-44).[246]

Une autre effusion à venir

Une nouvelle effusion de l'esprit de Dieu, accompagnée de dons remarquables, est annoncée pour l'avenir. Elle ne sera pas identique à la première en tous points. Les baptêmes et les dons du début de l'âge attestaient que leurs bénéficiaires étaient des fils de Dieu sur le plan spirituel, des « nouvelles créatures ». La prochaine effusion sera le signe d'un lien avec Dieu comme fils humains, non comme fils spirituels.[247]

Le dessein de Dieu est de restaurer, par le Christ et dans l'âge à venir, tous les humains qui y consentent, de l'état de pécheurs à celui de fils humains, position qu'Adam occupait avant son péché (Luc 3:38). C'est la « restitution » dont parle Pierre (Actes 3:21). Auparavant, Dieu prélève des fils qui changent de nature et deviendront, à la résurrection, des êtres spirituels parfaits. Puisque ces deux familles sont des fils, Dieu doit les reconnaître l'une et l'autre. Il l'a fait pour la première au début de l'âge, et le rédacteur pense qu'il le fera bientôt pour les fils terrestres, à l'ouverture de leur âge.[248]

Le prophète Joël mentionne les deux effusions (Joël 2:28-32). Pierre y voit un accomplissement à la Pentecôte, et c'est exact pour l'essentiel, mais pas en totalité : Dieu y répand son esprit sur ses serviteurs et servantes, non sur « toute chair », puisque seuls ceux qui ont reçu Jésus et sont devenus fils par consécration l'ont reçu. En transposant les mots de Joël, on distingue les deux effusions. La première concerne les serviteurs et servantes de ces jours-là, la Pentecôte. La seconde vient « ensuite » : l'esprit sera répandu sur toute chair, et fils et filles prophétiseront, les vieillards auront des songes et les jeunes gens des visions. Dans l'accueil de ces fils terrestres, Israël vient en premier : « au Juif d'abord, puis au Grec ». En ce jour, Dieu répandra sur Israël l'esprit de grâce et de supplication, et ils regarderont celui qu'ils ont percé (Zacharie 12:10).[249]

Il est jugé juste que l'homme retrouve l'harmonie avec la pensée de Dieu. Créé à l'image de Dieu (une ressemblance mentale), l'homme a vu cette image abîmée par le péché, au point de ressembler plus à Satan. Dans l'âge à venir, sous l'influence de la vérité et le règne du Christ, les cœurs de pierre deviendront des cœurs de chair, c'est-à-dire des esprits humains justes (Ézéchiel 11:19), et la ressemblance avec Satan fera place à la ressemblance originelle avec Dieu. Ceux qui auront alors l'esprit de Dieu et son témoignage ne seront appelés ni à souffrir ni à régner comme ceux qui sont appelés aujourd'hui à l'héritage céleste.[250]

L'Esprit leur attestera que les « noces de l'Agneau » sont venues (accomplies), que le « petit troupeau » choisi pour le plan spirituel est complet et qu'il est la puissance qui, avec Jésus pour tête, les bénit. L'Esprit atteste aux nouvelles créatures d'aujourd'hui qu'elles doivent souffrir pendant que les méchants prospèrent ; il attestera à celles de l'âge suivant que le corps du Christ a achevé la mesure de ses souffrances. Au lieu de leur dire qu'il faut abandonner maisons et terres pour gagner un héritage céleste, il leur dira que celui qui sert Dieu sera béni, bâtira des maisons et les habitera, plantera des vignes et en mangera le fruit, et jouira longtemps du travail de ses mains (Ésaïe 65:22), que les justes fleuriront et que les méchants, les pécheurs volontaires, seront retranchés de la vie.[251]

Ce changement après la sélection du corps du Christ vient de ce que le Christ aura alors pris sa grande puissance et que le règne de Dieu aura commencé, comme le montre Malachie 3:14-18. Aujourd'hui, on appelle les orgueilleux heureux, ce qui cause de la perplexité jusqu'à ce que les « joyaux » soient rassemblés. Ensuite, on discernera entre le juste et le méchant : les orgueilleux seront abaissés, les humbles élevés, les méchants retranchés de la vie, et « en son jour » les justes fleuriront.[252]

Questions et réponses

Un lecteur demande comment des conversions peuvent encore avoir lieu si la porte du haut appel s'est fermée en 1881, et si le mouvement de sanctification des méthodistes correspond au « haut appel ». La réponse est que la fermeture d'octobre 1881 n'a jamais été présentée comme la fin des conversions. La conversion du monde en général est une œuvre propre à l'âge du Millénium qui s'ouvre. Convertir, c'est faire passer d'une chose à une autre : convertir un homme bon en ferait un méchant, convertir un transgresseur incrédule en fait un serviteur croyant. Le monde étant esclave du péché, le convertir revient à en faire un serviteur de la justice. Jésus est mort pour que tous soient convertis à Dieu, et la bonne nouvelle doit être annoncée à tous en son temps. Les conversions n'appartiennent donc pas au seul âge de l'Évangile, et la porte de la conversion ne peut se fermer avant la fin du Millénium. L'Église nominale, faute de vérité et riche en erreurs, perd son pouvoir sur le monde, même pour le convertir à la morale, et presque toutes les récentes recrues sont des enfants de l'école du dimanche.[253]

La conversion n'est pas la porte du haut appel. Elle est une étape nécessaire que tout pécheur et incrédule doit franchir avant d'entrer par la « porte étroite » et le « chemin resserré » vers le grand prix offert pendant l'âge de l'Évangile. Le texte cite : « Repentez-vous et convertissez-vous, pour que vos péchés soient effacés » (Actes 3:19). Une fois libéré du péché, « justifié par la foi », on se trouve sur le terrain de l'innocence. Tant que la porte étroite était ouverte, tout croyant ainsi libéré par la foi en la rançon de Jésus pouvait y entrer en se présentant comme « sacrifice vivant » à Dieu.[254]

Jésus, le Chef et Précurseur, est le premier à avoir franchi cette porte et couru la course. Il n'avait pas besoin d'attendre une rançon pour ses propres péchés, étant « saint, innocent, séparé des pécheurs » et sans péché en lui. Il y est entré en se consacrant en sacrifice vivant à son baptême. Le chemin est resté ouvert jusqu'en octobre 1881, et tout croyant justifié a été invité à prendre sa croix, à suivre le Chef, à partager ses souffrances et à devenir semblable à lui dans sa mort. « Il y en a peu qui le trouvent », parce que, faute d'étude ou de foi en la Parole, peu estiment assez le grand prix pour accepter de porter la croix, en méprisant la honte et le mépris du monde.[255]

Selon cette compréhension, tous les croyants justifiés qui s'étaient consacrés entièrement, esprit et corps, avant octobre 1881 sont sur le « chemin étroit » et doivent continuer à courir conformément à leur alliance pour obtenir le prix. On attend, dans la condition humiliée actuelle, la perfection des membres du corps, en espérant que le Seigneur, la tête, glorifiera son CORPS quand l'épreuve sera finie. Pour les mûrir rapidement, la lumière de la vérité, le « soleil de la moisson », brille plus fort que jamais.[256]

À propos de la seconde question, sanctifier veut dire mettre à part, et les idées sur la sanctification sont nombreuses et variées. Beaucoup sont sanctifiés pour l'erreur, presque sans vérité, mis à part pour réaliser un plan personnel issu de traditions humaines. La seule sanctification reconnue par l'Écriture comme conforme à la volonté de Dieu est celle de l'esprit (la pensée) par la foi en la vérité (2 Thessaloniciens 2:13). Paul, Jésus (Jean 17:17) et Jacques (Jacques 1:18) enseignent la même chose.[257]

Il existe donc beaucoup de fausse sanctification. Certains sont sanctifiés par moins de vérité que ce qui a été reçu, mais, s'ils sont des enfants de Dieu, le Père leur donnera la « nourriture en temps voulu ». Tous les consacrés qui possèdent une part de l'esprit de vérité désirent des vérités plus avancées au lieu de s'y opposer. À ceux qui ont été sanctifiés par peu de vérité et se sont réellement donnés à Dieu, les rédacteurs, comme ambassadeurs, demandent de ceindre les reins de leur pensée, de courir avec une vigueur nouvelle pour le prix du haut appel et de rejeter toutes les entraves des organisations terrestres, pour courir en hommes libres du Christ. Ils exhortent aussi les croyants justifiés non encore consacrés à se consacrer maintenant, mais sans leur offrir en espérance le prix céleste. Ils leur montrent le prix de tous ceux qui ont couru avant Jésus, à commencer par Abraham : des bénédictions terrestres futures.[258]

Un lecteur demande pourquoi le numéro de février dit que les réformateurs étaient des hommes sans titre, alors que Martin Luther était docteur en théologie avant de mener la Réforme. Réponse : il l'était avant de réformer, mais on l'a traité d'hérétique après.[259]

Un autre lecteur ne trouve pas, dans la 27e thèse de l'Église luthérienne, l'idée que l'homme n'est pas immortel par nature. Réponse : l'Église luthérienne a modifié ces thèses, et si elle a une 27e thèse, ce n'est pas celle de Luther. Elle a écarté la sienne parce qu'elle enseignait que l'homme n'est pas immortel par nature, l'immortalité étant promise aux seuls vainqueurs. La référence donnée est les Œuvres de Luther (Luther's Works), vol. 2, p. 106-107, où il défend sa 27e thèse.[260]

Un dernier lecteur demande si Jésus a déjà été appelé Emmanuel (« Dieu avec nous »), et si ce nom ne s'applique pas au Christ complet, tête et corps, quand il sera élevé et présent auprès du monde. Réponse : il en va de ce nom comme du titre de « Père éternel ». Les membres du corps du Christ sont engendrés par « le Dieu et Père de notre Seigneur Jésus-Christ » (1 Pierre 1:3) et sont donc membres du corps de ce « Père éternel », donneur de vie au monde. Il en est de même du titre « Prince de la paix » : les croyants en sont membres, cohéritiers avec Jésus-Christ leur Seigneur et Chef, s'ils souffrent avec lui.[261]

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Références

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