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La Tour de Garde de juin 1882

De Tj-encyclopédie
La Tour de Garde de juin 1882
Revue La Tour de Garde
Date 1882
Auteur(s) John C. Sunderlin, William I. Mann
Année 1882
Langue Anglais
Pays États-Unis

Les attentats en Russie, les grèves en France et la course aux armements en Europe sont lus comme les signes d'un monde qui approche de sa fin. Dans cette lecture, l'année 1914 marque la fin des « temps des Gentils ». Les gouvernements actuels sont présentés comme les royaumes de Satan, appelés à tomber. L'Église doit rester à l'écart des pouvoirs en place comme de leurs adversaires.

La plus grande partie des pages défend la doctrine des Étudiants de la Bible contre l'enseignement des grandes Églises. La mort est la peine du péché, et non une vie éternelle dans les tourments. La résurrection est comprise comme le retour de l'homme à la perfection perdue par Adam. La Trinité est rejetée. Le passé de l'Église est relu à travers le message adressé à Pergame dans l'Apocalypse. L'époque de Constantin y est présentée comme celle où des croyances païennes sont entrées dans le christianisme.

Le numéro répond aussi à des lecteurs et à un contradicteur. Un rédacteur du Bible Banner, revue adventiste, conteste l'affirmation selon laquelle une phrase d'Apocalypse 20:5 est absente des manuscrits anciens. La réponse de la revue repose sur l'âge et le contenu de ces manuscrits. Les questions de lecteurs portent sur le sort des enfants morts, l'Église grecque, le baptême et le mot « âme ». Le baptême dans le Christ y est déclaré impossible depuis octobre 1881.

Analyse

Croyances

Lire la Bible : types, manuscrits et langage humain de Dieu

Les auteurs du numéro lisent la loi de Moïse et l'Apocalypse comme des types. Selon J. C. Sunderlin, l'agneau pascal est le type de l'« Agneau de Dieu ». Les « types et ombres » du culte juif annonçaient pendant des siècles les « biens à venir ».[1] Paton avait fixé une règle en 1880 : il faut « trouver » les types, pas les « fabriquer ».[2] Dans le message à Pergame, W. I. Mann fait de la manne cachée le type de la Parole de Dieu, et peut-être du Christ, « pain de vie ». Il y voit la promesse d'une vie cachée, à l'abri des persécutions.[3] En 1881, Tabernacle Shadows lisait la même manne autrement : parce qu'elle ne se gâtait pas, elle représentait l'immortalité promise aux membres de l'Église.[4]

Les auteurs ne se contentent pas d'interpréter le texte biblique. Ils retirent aussi un verset de la Bible. La première phrase d'Apocalypse 20:5 place le retour à la vie des « autres morts » après les mille ans. Si elle était authentique, le monde ne pourrait pas être rendu peu à peu à la vie pendant le règne du Christ. C'est pourquoi la phrase est déclarée ajoutée, puisqu'elle contredit le « rétablissement de toutes choses » (Actes 3:21).[5] En septembre 1881, la revue expliquait cet ajout par l'intérêt de la papauté, qui prétendait régner déjà comme royaume de Dieu.[6] En juin 1882, l'argument repose seulement sur les manuscrits : le compte des siècles, le manuscrit du Vatican n° 1160 cité par le Diaglott et la version syriaque.[7] Une partie de ces faits est exacte. Le commentateur William Kelly signale lui aussi l'absence de la phrase dans le Codex sinaïtique, dans la version syriaque et dans le manuscrit du Vatican n° 1160.[8] L'argument tiré de la Peshitta est plus faible. Le Nouveau Testament de la Peshitta ne contient pas l'Apocalypse du tout. Le silence de cette version ne prouve donc rien sur un verset de ce livre.[9] Dans l'article « Anastasis », l'auteur reste pourtant prudent. Il propose une autre explication du verset pour les lecteurs qui le tiennent pour authentique.[10]

La troisième règle de lecture concerne les passages où Dieu « se repent ». Pour Sunderlin, Dieu connaît tout d'avance et ne change jamais d'avis. Quand la Bible dit qu'il se repent, elle parle comme les hommes voient les choses, à la manière de l'enfant qui croit que son père a changé de projet en repiquant ses pommiers.[11] Paton employait déjà cette explication en 1880. Il écrivait que le Dieu « immuable » est dit se repentir, comme on dit que le soleil se lève et se couche, et que ce n'est pas un mensonge.[12] Sunderlin reprend l'image du soleil et y ajoute l'exemple des pommiers. Il tire aussi une leçon de son explication : l'homme, qui sait peu de chose, doit changer d'avis. Seul Dieu en est dispensé.[13]

L'homme est mortel : la mort met fin à l'être

L'article sur le salaire du péché fait d'Adam un être entièrement terrestre. L'écart entre l'homme et les anges est déclaré plus grand que l'écart entre un poisson et un cheval. Adam n'avait pas de nature spirituelle et ne pouvait donc pas en perdre la vie.[14] Cette idée écarte une explication courante : la menace faite à Adam visait une « mort spirituelle », suivie de la mort du corps puis d'une « mort éternelle » de tourments. Dans la réponse sur 1 Rois 17:22, le mot hébreu nephesh s'applique aussi aux animaux et aux poissons. Les traducteurs sont accusés d'écrire « âme » seulement là où ce mot sert la théologie des Églises.[15] Le credo en usage chez ces croyants à la même époque disait la même chose plus nettement : la mort des justes comme des méchants est une absence de conscience, et la seconde mort détruit l'être.[16]

Adam n'était pas immortel. Il serait resté en vie en mangeant le fruit des arbres de vie du jardin. Dieu a appliqué la peine en l'éloignant de ces arbres et en maudissant la terre, dont les produits ne pouvaient plus entretenir sa vie.[17] Paton expliquait déjà en 1880 qu'Adam, privé du fruit qui conservait la vie, ne pouvait que vivre sa vie naturelle puis retourner à la poussière.[18] Le même livre faisait du Christ l'antitype de l'arbre de vie.[19] En juin 1882, les arbres restent seulement une nourriture terrestre.

Puisque l'homme est mortel, le salaire du péché est la mort, et non une vie sans fin dans les tourments. La réponse sur Matthieu 25:46 en tire une précision tirée du vocabulaire grec. Le mot kolasis, rendu par « punition », veut dire « restriction » chez Young, « élagage » chez Liddell et Scott, « retranchement » dans le Diaglott. La punition éternelle devient un retranchement de la vie, placé à la fin du Millénium.[20] Le tourment éternel est aussi rangé parmi les « pierres d'achoppement » de Balaam dans le message à Pergame.[21]

La rançon : un homme condamne tous les autres, un autre les rachète

La rançon répond à une objection : il semble injuste que tous les hommes soient condamnés pour la faute d'un seul. La réponse se fait par un calcul. Si chaque homme avait été mis à l'épreuve comme Adam, plus de la moitié aurait échoué. Il aurait fallu autant de remplaçants pour mourir à leur place. Condamner tous les hommes par un seul et les racheter par un seul est donc jugé plus sage.[22] L'objection de l'injustice avait déjà été soulevée dans le milieu de Barbour. En 1878, Barbour rejetait comme injuste l'idée qu'un innocent soit puni à la place des coupables.[23]

Si le Christ a payé la rançon, pourquoi les croyants meurent-ils encore ? Paton répondait en 1880 qu'une rançon payée pour sortir de la mort ne dispense pas de mourir.[24] La réponse de juin 1882 part d'une autre idée. Tous les hommes naissent pécheurs, car un père mourant ne peut pas engendrer des enfants parfaits. Les croyants ne sont donc sauvés qu'« en espérance ». Leur salut réel n'arrive qu'au terme de l'âge du sacrifice.[25]

Ce délai tient au rôle donné à l'Église. Les membres du corps offrent leur nature humaine, déjà rendue sans péché par le sang du Christ, et non leurs péchés. Ils complètent ainsi « le prix de la rançon du monde ».[26] La revue appuie cette lecture sur Romains 6:10. En octobre 1880, le même passage décrivait la mort au péché que représente le baptême.[27] L'idée d'une Église qui complète le prix de la rançon s'écarte aussi de mars 1880. Les membres du corps devaient alors compléter les souffrances du Christ, mais seuls la mort et le sang de Jésus formaient le prix de la rançon.[28] L'idée que le corps doive souffrir avec la tête remonte à Benjamin Keith, qui l'écrivait en octobre 1878 dans le Herald of the Morning.[29]

Résurrection, Millénium et deux espérances

La rançon permet de rendre la vie à tous les morts. L'article « Anastasis » appuie la doctrine de la résurrection sur le sens du mot grec : « remettre debout », « reconstruire », « restaurer ». La résurrection désigne alors le relèvement de l'homme jusqu'à la perfection d'Adam, et ce relèvement peut durer mille ans.[30] Le sens donné au mot correspond au dictionnaire : anastasis veut dire d'abord « action de se relever ».[31] L'auteur en tire une conséquence moins attendue. Lazare, la fille de Jaïrus ou le fils de la veuve de Naïn ne sont pas « ressuscités ». Ils ont seulement retrouvé pour un temps une vie qui allait de nouveau finir.[32]

La résurrection se fait par rangs, d'après 1 Corinthiens 15:23. Le Christ, tête et corps, est relevé le premier jusqu'à la nature divine. Les vivants du « petit troupeau » sont changés en un instant. Ceux qui sont « au Christ lors de sa parousia » forment le second rang : c'est le monde, relevé pendant les mille ans de la présence.[33] Les prophètes et les patriarches forment une classe à part. Ils ne reçoivent pas l'appel céleste, mais deviennent tout de suite des hommes parfaits. Ils dominent alors sur des hommes encore imparfaits.[34] En décembre 1880, au contraire, la construction du temple spirituel commençait par l'entrée des prophètes dans la condition spirituelle.[35]

L'appel du « petit troupeau » à la nature divine ne change pas le premier projet de Dieu. Dieu veut toujours une terre peuplée d'hommes parfaits. Adam, même sans péché, ne serait jamais allé au ciel.[36] La réponse sur les enfants morts en bas âge applique ce partage. Un enfant qui ne peut pas comprendre la doctrine ne peut pas être engendré de l'esprit. Il appartient donc au monde à restaurer sur la terre.[37] Le Millénium vient par l'établissement de ce royaume. Il ne vient pas de l'influence chrétienne sur le monde, comme le croient selon le numéro une grande partie des Églises établies.[38]

Entrer dans le corps du Christ et y servir

Le baptême est la porte du corps du Christ. Depuis octobre 1881, ce baptême dans la mort du Christ n'est plus possible. Ceux qui s'étaient consacrés avant cette date sont invités à se faire baptiser dans l'eau, comme signe de leur consécration. Les nouveaux venus peuvent recevoir le « baptême de Jean », signe de repentir et de retour à Dieu.[39] La fermeture de la porte du « haut appel » a donc une conséquence pratique. Les croyants arrivés après octobre 1881 se voient proposer un autre baptême, qui ne fait pas entrer dans le corps.

À l'intérieur du corps, la tête répartit les fonctions. Jean et Paul sont « l'œil » de l'Église. Presque tous les apôtres ont « l'oreille », c'est-à-dire la compréhension du plan de Dieu. Pierre et Jacques ont surtout « la bouche ». Les pieds représentent les évangélistes, les mains les pasteurs.[40] Dans le vrai corps de l'époque présente, les membres qui ont « l'oreille » expliquent les prophéties et guident vers la « nourriture au temps convenable ».[41] En octobre 1880, le serviteur qui distribue cette nourriture en Matthieu 24:45 désignait une « petite compagnie ».[42] En juin 1882, ce rôle revient à quelques membres choisis par Dieu, qui se sert de certains hommes plus que d'autres.[43] L'expression vient du milieu adventiste. Jonas Wendell avait publié en 1870 La Vérité présente, ou la Nourriture de saison.[44]

L'apostasie des Églises : Pergame, la Trinité et les credo

Les doctrines rejetées dans les sections précédentes reçoivent une origine historique. W. I. Mann lit le message à Pergame comme l'époque de Constantin. L'Église, devenue populaire, se mêle au paganisme. La philosophie de Platon donne naissance à l'immortalité de l'âme, au purgatoire, au culte de Marie et des saints.[45] Barbour plaçait déjà Pergame à la conversion de Constantin en 1877. Il traduisait son nom par « élevé ».[46] Mann y ajoute « terrestre » : l'Église n'est élevée qu'aux yeux du monde.[47] Le martyr Antipas devient « contre le père », c'est-à-dire opposé au pape. Ce nom est d'ordinaire compris comme « semblable au père ».[48]

La Trinité fait partie de ces inventions. Selon Mann, les « pago-chrétiens » forgent une doctrine de trois dieux pour remplacer les nombreux dieux païens.[49] La rubrique des questions répond de la même façon. Le Père et le Christ sont deux êtres, unis seulement par l'accord de leur volonté. L'esprit saint est l'influence de Dieu, comme il existe un esprit du monde.[50] En décembre 1880, le Christ était déjà présenté comme une créature, mais la Trinité n'était pas attaquée de front.[51] En juillet-août 1881, la critique de la Trinité comme « dogme païen » venait d'un auteur extérieur, H. V. Reed, cité par la revue.[52] En juin 1882, la revue répond elle-même. Barbour, en 1877, reprochait encore aux christadelphiens de nier la personne de l'esprit saint.[53]

La place de l'Église grecque montre une tension entre deux auteurs du numéro. Dans le message à Pergame, l'épée du Christ coupe Babylone en deux : l'Église romaine et l'Église grecque.[54] La rubrique des questions dit au contraire que l'Église grecque n'a presque pas de place dans la prophétie, qui vise surtout l'Église de Rome et ses filles.[55] En novembre 1879, l'Église grecque, Église d'État en Russie, comptait parmi les Églises unies au monde qui forment Babylone.[56]

La critique des credo conclut cette partie. Sunderlin a été pasteur méthodiste avant de rejoindre la revue.[57] Il reproche aux Églises de juger leurs membres d'après leur « Discipline » ou leurs « Règlements » plutôt que d'après la Bible.[58] L'article sur les credo prend pour exemple les obsèques de Jesse James. Les pasteurs y espèrent la miséricorde de Dieu pour un assassin, alors qu'ils prêchent le tourment éternel. Selon le numéro, cette contradiction montre que les Églises ne croient pas vraiment à leur doctrine.[59] Le récit donné ne correspond pas aux sources sur ces obsèques. Jesse James est tué le 3 avril 1882. Ses obsèques ont lieu le 6 avril dans l'église baptiste de Kearney, au Missouri.[60] Un seul jeune pasteur baptiste prêche, et son sermon ne parle pas du mort.[61]

Les dates prophétiques et le retour des Juifs

L'actualité de 1878 sert de preuve. Un Juif premier ministre d'Angleterre, le congrès de Berlin et le droit des Juifs à posséder des terres en Palestine montrent le retour de la faveur de Dieu vers eux.[62] Plusieurs de ces faits sont inexacts ou plus anciens que 1878. Disraeli était né juif, mais il avait été baptisé dans l'Église anglicane à douze ans.[63] Le droit des étrangers à acheter des terres dans l'Empire ottoman date d'une loi de 1867. Un protocole l'a confirmé en 1874.[64] En 1878, l'accord anglo-turc donne à la Grande-Bretagne le contrôle de Chypre, et non une protection sur la Palestine.[65]

La date de 1878 avait d'abord désigné un autre événement. Barbour annonçait pour le printemps 1878 l'enlèvement des croyants au ciel.[66] Penton décrit ce raisonnement chez les Étudiants de la Bible : la date était juste, mais on s'était trompé sur ce qui devait arriver.[67] La revue affirme aussi que ces événements avaient été annoncés en 1876 par ses rédacteurs.[68] La date de 1914 venait pourtant de Barbour, qui l'avait publiée dans le Herald of the Morning de septembre 1875.[69]

1914 marque la fin des temps des Gentils. D'après Luc 21:24, les Juifs n'auront pas de nation indépendante avant cette date. La revue en tire une précision : la chute des gouvernements peut être plus lente qu'il n'y paraît, et il reste assez de temps pour rassembler les Juifs et rebâtir Jérusalem.[70]

Le temps de détresse et l'Église face aux gouvernements

Les gouvernements de la terre sont présentés comme ceux de Satan, « prince de ce monde ». Les grèves, les nihilistes et les armées européennes sont les « douleurs de l'accouchement » qui précèdent le royaume.[71] Les chiffres donnés sur les armées sont proches de ceux de l'époque. La revue compte 427 274 soldats allemands. Une statistique officielle en donne 422 589 pour 1880.[72] Dieu se sert des peuples pour renverser ces gouvernements. Comme les Romains en l'an 70, cette armée ne connaîtra pas Dieu mais accomplira ses desseins.[73]

Les Églises établies se rangeront du côté des gouvernements. Le droit divin des rois vient de la papauté, et les protestants, en le soutenant, reconnaissent l'antichrist. D'après Apocalypse 19:19-20, les Églises s'uniront aux gouvernements pour maintenir les peuples dans la servitude.[74]

Pour les croyants, la revue en tire une règle de conduite. L'Église se soumet aux « autorités supérieures » (Romains 13:1), sauf en matière de conscience. Elle ne prend parti ni pour les gouvernements ni pour ceux qui les combattent : « l'armée de Dieu est en train de se rassembler, et son Église doit se tenir à l'écart ».[75] Paton demandait déjà en 1880 d'être soumis aux autorités, parce que le royaume du chrétien n'est pas de ce monde.[76] En juin 1882, la revue ajoute que les croyants doivent rester à l'écart des deux camps du conflit qui s'annonce.


Organisation et histoire

Des enseignants choisis par Dieu dans une Église sans clergé

Le Christ est présenté comme la seule tête de l'Église, et cette Église comme une compagnie visible « sans chef visible ».[77] Le corps du Christ a pourtant des « yeux », des « oreilles » et une « bouche ». Ce sont des membres que Dieu charge de voir son plan, d'expliquer les prophéties et de conduire les autres vers la « nourriture au temps convenable ».[78] Dieu se sert de certains hommes « bien plus que d'autres » pour enseigner, même si chaque membre consacré est ministre en un sens.[79] Les autres membres soutiennent ces ouvriers par leurs biens, leurs prières et leur influence.[80]

Ce partage des rôles répond à une difficulté réelle. Selon Schulz et de Vienne, certains lecteurs soutenaient alors que les chrétiens oints n'avaient besoin d'aucun enseignant humain, en s'appuyant sur 1 Jean 2:27.[81] Les deux historiens rappellent que cette idée circulait dans le protestantisme depuis le XVIe siècle, et qu'elle visait l'autorité des credo et des clergés.[82] Ils jugent toutefois qu'on ne peut que supposer que ces lecteurs réagissaient contre l'autorité des Églises qu'ils avaient quittées.[83] En 1880, The Day Dawn de Paton admettait déjà des enseignants établis par l'Esprit, à condition que toute parole humaine soit vérifiée par la Bible.[84] En juin 1882, l'accent porte sur le choix de Dieu : les apôtres ont été pris parmi des pêcheurs presque illettrés, et non dans les « séminaires de théologie ».[85]

L'histoire officielle des Témoins de Jéhovah, écrite bien plus tard, dit que Russell tenait à ce qu'il n'y ait pas de clergé parmi les Étudiants de la Bible. Elle ajoute qu'il jugeait d'abord inutile de rétablir des anciens, puisque le Christ présent dirigeait lui-même la moisson.[86] Penton note aussi que le mouvement avait, à ses débuts, très peu des marques d'organisation d'une secte ou d'une dénomination.[87] L'expression « nourriture au temps convenable » désignait alors une tâche commune. Wills rapporte qu'en 1881 Russell voyait chaque membre du corps du Christ occupé, directement ou non, à donner cette nourriture à la maison de la foi.[88]

Dans les faits, cette fonction d'enseignement est tenue par un petit cercle. L'article « Changez d'avis » est signé J. C. Sunderlin, et l'étude sur Pergame porte les initiales W. I. M.[89] Ces initiales désignent William I. Mann, qui figurait parmi les collaborateurs réguliers de la revue en 1881 avec Sunderlin.[90] L'étude sur Pergame renvoie aussi à l'article de Jones paru en mars.[91] Jones était pourtant parti pour New York à l'automne 1881 afin de lancer sa propre revue.[92] En mai 1882, la revue le citait seulement comme ancien éditeur de Day Dawn.[93] Schulz et de Vienne datent de l'automne 1881 le début d'une crise interne marquée par les départs de Paton et de Jones.[94] Ce texte de Jones sert encore de référence en juin 1882.[95] Depuis janvier 1882, tout article devait de toute façon recevoir l'accord de deux des personnes les mieux instruites des Écritures avant d'être publié.[96]

Les réponses aux lecteurs renvoient enfin à des livres pour les questions de fond. La distinction entre immortalité et vie continue renvoie à Food for Thinking Christians, p. 11 et 134. La question de la mort de Jésus renvoie à Why Evil Was Permitted (« Pourquoi le mal a été permis ») et à Millennial Day Dawn (« L'aurore du Millénium »).[97] Ce dernier livre n'était encore qu'un projet. En avril 1882, il devait réunir les textes de plusieurs collaborateurs sans aucun nom d'auteur.[98] Penton estime que Food for Thinking Christians et Tabernacle Teachings (« Enseignements du tabernacle ») ont posé la base de la doctrine propre de Russell, bien au-delà de ses calculs sur la fin.[99] Le refus d'un clergé va donc de pair avec une petite équipe d'auteurs et une courte liste de livres de référence.[100]

Un mouvement qui vit du courrier, des dons et des voyages

La rubrique des questions relie le rédacteur à des lecteurs dispersés. Plusieurs réponses sont promises pour plus tard : sur Ésaïe 13:9-13, sur l'esprit saint et sur les passages qui sembleraient contredire l'explication de la mort.[101] Une réponse revient aussi sur l'article de mars au sujet de Matthieu 25:46.[102] La revue suit donc ses lecteurs d'un mois à l'autre. Le volume du courrier était alors important : dès décembre 1881, la revue recevait quarante à cinquante lettres par jour.[103]

Ces lettres montrent comment la revue se répand. Un fragment déchiré, trouvé autour d'un paquet d'épicerie, conduit un lecteur à s'abonner, puis à prêter la revue à ses voisins.[104] Un pasteur de Nottingham commande une douzaine d'exemplaires de Food for Thinking Christians et autant de Tabernacle Teachings.[105] Des milliers d'exemplaires de Food avaient été distribués dans cette ville à l'automne 1881.[106] Wills compte environ 1 200 000 exemplaires de ce petit livre envoyés en quelques mois aux États-Unis et en Grande-Bretagne, gratuitement pour le public.[107] Selon Chryssides, Food for Thinking Christians était le texte que les premiers colporteurs distribuaient de préférence.[108]

L'argent suit le même chemin que les livres. Un Anglais devenu moqueur, gagné par Food, verse 25 dollars au fonds des tracts.[109] Quatre lecteurs paient un Diaglott à un pasteur noir, et le surplus va au même fonds.[110] Ce fonds dépend de la Zion's Watch Tower Tract Society, organisée le 16 février 1881.[111] En janvier-février 1882, la revue disait avoir reçu 35 391,18 dollars de dons libres, sans aucun appel à l'aide.[112] Ces dons s'ajoutaient aux sommes promises en février 1881 par Russell, Jones, Conley et J. L. Russell.[113] L'association n'avait alors aucun statut juridique.[114]

Quelques prédicateurs itinérants complètent la diffusion. Sunderlin tient des réunions près d'Arlington, dans l'État de New York.[115] En mars 1882, il sortait à peine de cinq mois de maladie.[116] Leigh et Spears descendent l'Ohio en bateau et restent une semaine dans chaque ville, jusqu'à Cincinnati ou Saint-Louis.[117] Leigh se préparait à prêcher depuis janvier 1882 avec Boyer, à Pittsburgh.[118] En mai, il était sur le point de partir.[119] Wills relève ce voyage sur l'Ohio comme exemple du travail itinérant de l'été 1882.[120] Une lettre de Mulhollon attribue enfin une conversion à la visite de Keith, un an et demi plus tôt.[121]

Quitter les Églises et disputer les lecteurs adventistes

Les lettres les plus détaillées racontent des départs d'Églises. Un intendant et responsable de classe méthodiste épiscopal du Texas démissionne après avoir lu Food for Thinking Christians.[122] Un pasteur méthodiste renonce à sa charge, car son Église fait désormais partie pour lui de « l'Image de la Bête ».[123] Il raconte avoir été tenté de garder son « parchemin », la preuve de son autorité de pasteur.[124] Sunderlin, auteur d'un article du même numéro, avait lui-même quitté le ministère méthodiste et repris son métier de photographe.[125] En mars 1882, un autre pasteur méthodiste, identifié par Schulz et de Vienne comme Samuel T. Tackabury, avait rejoint les prédicateurs du mouvement.[126]

Ces départs suivent une consigne ancienne. En novembre 1879, la revue conseillait déjà de quitter une Église unie au monde.[127] Penton explique que Russell jugeait possible d'être un vrai chrétien dans les Églises de la chrétienté. Mais il demandait aux vrais chrétiens de les quitter, surtout après 1881, et de se joindre librement aux Étudiants de la Bible.[128] Le pasteur méthodiste de juin 1882 dit servir l'Église « dont les noms sont écrits dans les cieux ».[129] En avril 1882, la revue refusait déjà tout nom de secte.[130]

Le mouvement dispute aussi ses lecteurs aux autres adventistes. Un lecteur doute de Food au sujet de la première phrase d'Apocalypse 20:5 et écrit au Bible Banner.[131] Food for Thinking Christians attribuait cette phrase à un ajout fait au service de la papauté.[132] Le Bible Banner était une revue des Advent Christians, fondée en 1871 par Homer A. King puis confiée à des pasteurs de cette Église.[133] King écrivait déjà à la revue de Russell en avril 1880, au sujet des lois russes contre les Juifs.[134] En 1882, le Bible Banner était dirigé par Daniel T. Taylor.[135] Taylor, né en 1823, avait suivi le mouvement de William Miller avant de devenir prédicateur et écrivain des Advent Christians.[136] Il avait publié en 1855 une histoire de la croyance au règne du Christ sur la terre.[137] Selon Schulz et de Vienne, c'est la seule critique de Food à laquelle Russell répond directement. Ils jugent la réponse de Taylor fautive sur certains faits, mais précise et utile.[138] Le même lecteur passe donc d'une revue adventiste à l'autre, et la revue de Russell défend sa crédibilité devant lui.[139]

L'actualité comme preuve et la consigne de neutralité

Les rédacteurs lisent l'actualité de 1882 comme la preuve qu'ils avaient raison. Ils citent l'assassinat en plein jour de représentants britanniques en Irlande.[140] Il s'agit des meurtres de Lord Frederick Cavendish et de Thomas Burke à Phoenix Park, à Dublin, le 6 mai 1882.[141] Ils parlent aussi des Juifs persécutés en Russie.[142] Une vague de pogroms frappait le sud de l'Empire russe depuis 1881, et les « lois de mai » du 15 mai 1882 interdisaient aux Juifs de s'installer hors des villes et des bourgs.[143]

Selon les rédacteurs, ces événements avaient été annoncés dès 1876, et on s'était alors moqué d'eux en leur demandant s'ils étaient prophètes.[144] En 1876, Russell venait de rencontrer Barbour et d'accepter ses calculs.[145] En 1877, Barbour, Paton et Russell faisaient ensemble des tournées de conférences sur le retour des Juifs et le « temps de détresse ».[146] Barbour n'est pas nommé en juin 1882 : la revue garde pour ses propres rédacteurs le mérite de cette annonce.[147]

Le droit des Juifs à posséder des terres en Palestine est rattaché à 1878 et au congrès de Berlin.[148] Crompton montre que Russell voyait dans les nouvelles lois turques sur les étrangers, et dans les persécutions de Roumanie, d'Allemagne et de Russie, des signes que la faveur de Dieu revenait aux Juifs.[149] La loi ottomane qui ouvrait aux étrangers la propriété des terres datait pourtant de 1867, et un protocole l'avait confirmée en 1874.[150]

Les chiffres des armées européennes donnés par la revue sont proches de ceux de l'époque. La revue compte 427 274 soldats en Allemagne.[151] Une statistique allemande de 1880 en donne 422 589.[152]

De cette lecture des événements découle une règle de conduite. L'Église doit obéir aux « autorités supérieures », sauf en matière de conscience.[153] Les premiers Étudiants de la Bible voyaient dans ces autorités les gouvernants de ce monde.[154] La revue demandait déjà en septembre 1879 d'obéir aux autorités tant qu'elles dureraient.[155] The Day Dawn de Paton rappelait aussi que l'union de l'Église et de l'État avait conduit aux persécutions.[156]

En juin 1882, la consigne précise la place de l'Église dans la crise attendue. Les masses du monde forment « l'armée de Dieu », qui renversera l'oppression sans connaître Dieu.[157] L'Église, elle, doit « se tenir à l'écart » des gouvernements comme de leurs adversaires.[158] En décembre 1880, la revue disait au contraire que le Christ soutiendrait et mènerait à la victoire l'armée terrestre opposée aux rois et aux riches, rangés dans l'armée de Satan.[159] En juin 1882, les fidèles ne prennent parti pour aucun des deux camps, puisqu'ils ne sont « pas du monde ».[160]


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Vue depuis la Tour

L'agitation politique et sociale de l'époque est présentée comme un signe que les espérances des lecteurs approchent de leur réalisation. Parmi les faits cités figurent l'assassinat en plein jour de représentants de la Grande-Bretagne en Irlande, l'audace des nihilistes en Russie et le report du couronnement du tsar. Deux attentats contre le tsar auraient été déjoués : l'un devait provoquer une explosion par l'électricité, l'autre utiliser des capsules explosives portées par des nihilistes et lancées pendant les acclamations. Les Juifs restent persécutés en Russie et quittent le pays. La Prusse, qui avait expulsé les évêques de la papauté quelques années plus tôt, ressent l'agitation socialiste et accueille de nouveau l'Église de Rome, dans l'espoir de mieux tenir son peuple. La France est menacée par des grèves.[161]

Aux États-Unis, le capital et le travail s'opposent de plus en plus. Les petites gens se méfient de la croissance rapide des grandes sociétés et des monopoles, les grèves se multiplient et les capitalistes, habitués aux gros revenus et au luxe, estiment ne pouvoir céder aux ouvriers une plus grande part des bénéfices.[162] Les ouvriers réclament davantage de bien-être, qu'ils n'obtiendront pas avant la fin des « temps des Gentils » et l'établissement du royaume du Christ. « Toute la création soupire et souffre » en attendant la manifestation des fils de Dieu, c'est-à-dire la glorification du « petit troupeau », qui doit la délivrer de l'esclavage du péché et de la mort.[163]

La revue dit éprouver de la sympathie pour toutes les classes en difficulté : les rois dans leur droit divin supposé, les peuples dans leur désir de liberté, les capitalistes dans leur souci de leur rang, l'ouvrier dans sa conviction que tous les hommes sont créés libres et égaux. Tant que l'égoïsme gouverne les hommes, leurs intérêts s'opposent, et seul l'établissement du royaume de Dieu peut régler correctement leurs droits.[164] L'Église, catholique comme protestante, est décrite comme largement dominée par les gouvernements et les riches. Elle deviendra leur instrument et leur porte-parole, et tous tomberont ensemble en combattant Dieu et la liberté.[165]

Ces événements avaient été annoncés en 1876. Selon la revue, on s'était alors moqué des rédacteurs en leur demandant s'ils étaient prophètes. Ils répondaient que la Parole de Dieu, comme un télescope, montrait ces choses à l'œil de la foi. Ils annonçaient aussi que la faveur de Dieu quitterait l'Église nominale, tout en restant accordée aux individus réellement consacrés, et reviendrait aux Juifs en 1878, d'après Paul et les prophètes.[166] L'année 1878 est mise en relation avec plusieurs faits : un Juif premier ministre d'Angleterre, le congrès de Berlin et la mise de la Palestine sous la protection britannique. Depuis, les Juifs peuvent y posséder des terres, un privilège qu'ils n'avaient pas eu depuis plus de 1800 ans. Persécutés et chassés par divers peuples, beaucoup partent pour la Palestine.[167]

Les « temps des Gentils » ne se terminent pourtant qu'en 1914, d'après la Bible, de sorte que le renversement des gouvernements peut être plus lent qu'il ne semble. Les troubles sont comparés aux douleurs de l'accouchement, chacune plus forte que la précédente jusqu'à la délivrance complète. Cette image, que Paul emploie, désigne la naissance d'un nouvel âge, qui entraîne douleur et mort pour l'âge présent, ses systèmes corrompus et ses coutumes.[168] Puisque, selon les paroles de Jésus, Jérusalem sera foulée par les Gentils jusqu'à l'accomplissement de leurs temps, les Juifs n'auront pas d'existence nationale indépendante avant 1914. Il reste donc assez de temps pour leur rassemblement et la reconstruction de Jérusalem sur ses ruines.[169]

Ces enseignements ne sont reconnus que par ceux qui sont « enseignés de Dieu », c'est-à-dire un « petit troupeau » d'amis particulièrement favorisés à qui les plans du Grand Architecte ont été montrés.[170]

Le courrier reçu montre, selon la revue, la progression de la « vérité ». Une lettre de l'Ouest raconte qu'un fragment déchiré de la Zion's Watch Tower (« Tour de Garde de Sion »), trouvé autour d'un paquet d'épicerie, a nourri un lecteur et lui a donné envie d'en lire davantage. Un ami du Massachusetts lui a ensuite donné l'adresse de la revue, et ce lecteur en prête désormais à ses voisins. Les lecteurs aiment raconter la bonne nouvelle, comme l'Église primitive, et la revue cite un petit poème dont le dernier vers dit que le jubilé dure mille ans.[171]

Deux cas de réponse immédiate sont rapportés. Un frère du Texas, intendant et responsable de classe dans l'Église méthodiste épiscopale, a lu avec soin Food for Thinking Christians (« Nourriture pour les chrétiens qui réfléchissent »), s'est senti convaincu de son devoir, a démissionné de l'Église et s'est dit libre en Christ, sorti des barrières des credos pour étudier la Bible sans traditions humaines. Un pasteur méthodiste a lu les numéros de décembre et de janvier de la revue et conclu que sa vieille Église méthodiste fait partie de « l'Image de la Bête ». Il a rompu son engagement et s'est mis au service de l'Église « dont les noms sont écrits dans les cieux ». Selon lui, Satan lui avait suggéré de garder son « parchemin » comme preuve de son autorité de pasteur, mais il a jugé qu'une commission du Seigneur valait davantage.[172]

La revue s'adresse surtout aux brebis déjà dans le bercail, qui manquent de nourriture, et apprend rarement l'effet de cette « méthode forte » sur les gens du monde. Elle cite trois cas. Un Anglais, devenu moqueur après avoir perdu toute confiance dans les croyants, a reçu Food, s'est enthousiasmé pour le caractère de Dieu et son plan, a versé 25 dollars au fonds des tracts et a donné ou prêté de nombreux exemplaires. Un autre lecteur, auparavant blasphémateur et incroyant, annonce qu'il sera désormais un homme réformé.[173]

Le compte rendu des prédicateurs itinérants mentionne que Sunderlin a tenu des réunions intéressantes près d'Arlington (New York) et que Leigh et Spears sont partis en bateau sur l'Ohio pour visiter les villes riveraines jusqu'à Cincinnati ou Saint-Louis, une semaine dans chacune, ce qui doit durer tout l'été ou plus.[174] Des extraits de lettres suivent. Un pasteur de Nottingham demande une douzaine d'exemplaires de Food for Thinking Christians et autant de Tabernacle Teachings (« Enseignements du tabernacle »), et prête sa revue chaque mois. Un lecteur de Mulhollon (New York), ancien ivrogne et blasphémateur, dit que les enseignements apportés un an et demi plus tôt par Keith l'ont fait passer de la route large de la perdition à celle de la vie. Il se dit engendré de l'esprit et prêt à présenter sa vie et son corps en sacrifice vivant.[175] Enfin, un pasteur noir qui désirait un Diaglott en a reçu un, quatre personnes ayant envoyé le paiement ; le surplus a été versé au fonds des tracts.[176]

« Changez d'avis »

L'article, signé J. C. Sunderlin, commente Matthieu 3:2 et renvoie à la Concordance de Young pour le mot « repentir », qui signifie ici « changer d'avis ». Il commence par décrire deux caractères extrêmes. L'homme changeant inspire la méfiance, parce que sa conduite d'aujourd'hui ne dit rien de celle de demain. L'homme qui ne change jamais est « fossilisé » : il est sage à ses propres yeux, refuse l'instruction et laisse le monde avancer sans lui. L'auteur juge le second peut-être plus à éviter, car il peut avoir toujours tort, alors que le premier a raison au moins une partie du temps.[177]

Changer d'avis est nécessaire à toute créature limitée, puisque sa connaissance est imparfaite. Celui qui ne change jamais d'avis n'ajoute rien à son savoir ou est un fanatique. Seul Dieu, tout-puissant, parfaitement sage et éternel, ne change pas d'avis, parce que sa connaissance est parfaite.[178] L'objection tirée du texte biblique où Dieu se repent d'avoir fait l'homme reçoit une réponse par un exemple. Un petit garçon voit son père semer des pépins de pomme, puis repiquer les jeunes arbres, et demande pourquoi il ne les a pas plantés dès le départ là où il les voulait. Le père répond qu'il les voulait là d'abord, mais veut maintenant leur donner plus de place. Pour l'enfant, qui ignore le plan, le père a changé de dessein, alors que tout était prévu depuis le début. Dieu parle de même selon ce que nous comprenons, comme nous disons que le soleil se lève et se couche alors que ce n'est qu'une apparence.[179]

Plus la connaissance et la grâce augmentent, plus on change d'avis. Cela n'oblige pas à condamner toutes ses opinions passées : l'esprit évolue comme l'arbre qui passe de la jeune pousse aux grandes branches, puis des fleurs aux fruits.[180]

Le moment où Jean-Baptiste parle est l'un de ces temps où des changements importants s'imposent. Le Fils de Dieu est envoyé pour faire comprendre aux hommes la signification des « types et ombres » du culte juif, qui annonçaient depuis des siècles les « biens à venir ». L'agneau pascal doit être remplacé par l'Agneau de Dieu, dont il était le type. À cette époque, l'Église juive observait la loi cérémonielle plus strictement que jamais, payant la dîme de la menthe et de l'aneth, mais sans grand remords pour les pires immoralités. Elle ne comprenait sans doute pas le sens spirituel de ces formes, où elle pensait trouver la vie éternelle. Jean l'invite donc à « changer d'avis » (en traduisant « réformez-vous », d'après le Diaglott) parce que « la majesté royale des cieux s'est approchée ».[181]

L'Église chrétienne nominale actuelle est jugée dans une situation semblable. Chaque confession observe à la lettre ses propres règlements, qui sont les lois formulées par ses dirigeants et non les exigences de Dieu. Elles ont bâti sur le bon fondement, mais avec du foin, du bois et du chaume.[182] Certains jugent qu'il suffit d'être sur le bon fondement, mais Jésus a montré l'importance de bâtir sur le roc, et Paul celle de bâtir avec de bons matériaux. De même, se contenter d'être sauvé ne suffit pas : personne ne raisonnerait ainsi pour sa maison, car, même heureux d'échapper à l'incendie, chacun préfère une maison qui n'a pas brûlé. Un membre d'une de ces sociétés accusé d'une faute est d'ailleurs jugé d'après le règlement de cette société, sa « Discipline » ou ses « Règlements ».[183]

Pendant les siècles obscurs, l'Église, unie au monde dans une alliance adultère, a vu la lumière qui était en elle devenir ténèbres. La Parole de Dieu est devenue un moyen de gain, et la vérité a servi à rendre le faux acceptable. L'Église nominale se croit « riche, ayant besoin de rien », mais le Seigneur la voit « pauvre, aveugle et nue », et ses actes ressemblent à ceux que décrit Malachie 1:13.[184]

À l'objection « de quoi notre Église doit-elle se repentir ? », puisqu'elle enseigne que les hommes doivent se repentir de leurs péchés pour être sauvés, l'auteur répond en interrogeant l'idée de salut qu'elle propose : chants de louange, adoration de la majesté de Dieu, peut-être un peu plus de connaissance de ses attributs. Tout cela fait partie du « grand salut », mais en donne une représentation maigre du point de vue biblique, tel que l'auteur le voit « humblement ». Quant à ceux qui n'atteignent pas ce salut, on enseigne que Dieu les tourmentera misérablement à jamais. L'auteur appelle ceux qui ont de telles idées de Dieu et du salut à « changer d'avis » et d'actions, à la lumière de l'approche de « la majesté royale des cieux ». L'article se poursuit dans un numéro suivant.[185]

Poème : le chemin vers la gloire

Deux courtes strophes closent la page. La première décrit un voyage dans un désert triste et sauvage, où les pensées de Celui sur qui l'on s'appuie font à peine remarquer les peines du chemin. La seconde parle de la gloire comme d'un prix contemplé, espérance des jours à venir, qui éclaire d'une lumière céleste l'œil mouillé de larmes.[186]

Les sept Églises : le message à Pergame

Le nom de Pergame est analysé à partir de ses racines supposées : « Per » serait un article d'insistance, équivalent à « très », et « Ga » signifierait « terrestre », comme dans le nom de Perga (Actes 13:13). Pergame voudrait donc dire « hauteur terrestre ». La ville de l'époque de Jean, à qui le message s'adresse littéralement, est une cité de la province romaine d'Asie, où le parchemin fut perfectionné. Elle possédait une bibliothèque de 200 000 volumes et un temple d'Esculape, dieu de la médecine.[187]

La période de Pergame commence quand Constantin embrasse officiellement le christianisme. Devenu populaire, celui-ci devient la religion nominale du peuple. L'Église de cette période est « exaltée », mais seulement d'un point de vue terrestre. Les persécutions ayant cessé, la politique de l'empereur devient celle des prêtres et du peuple, et l'Église nominale se remplit de gens qui suivent la mode. Mosheim est cité : malgré le zèle de nombreux hommes de bien, la pureté de leur vie, les traductions et commentaires de la Bible, et la valeur propre du christianisme face au paganisme, le désir de plaire à l'empereur et à ses successeurs et d'être du côté populaire explique surtout la croissance soudaine de l'Église nominale.[188]

Des philosophes païens, jugeant habile de rejoindre la religion montante, cherchent des points communs entre christianisme et paganisme pour les fondre ensemble. Beaucoup veulent former une religion intermédiaire entre l'ancienne théologie et la nouvelle doctrine, en soutenant que les vérités enseignées par le Christ étaient déjà cachées par les prêtres des dieux sous des cérémonies et des fables. L'ancienne théologie ayant de nombreux dieux et demi-dieux, ces « pago-chrétiens » (le mot est forgé par l'auteur) reconstruisent la liste pour la nouvelle. La doctrine de trois dieux est alors inventée : le Père, le Fils et le Saint-Esprit, auxquels s'ajoute la déesse Marie. Pour égaler le nombre des divinités païennes, les apôtres morts et un nombre illimité de martyrs et d'anges, réels ou imaginaires, sont canonisés. Mosheim est encore cité : les processions et supplications païennes entrent dans le culte chrétien, et les vertus attribuées aux temples, aux purifications et aux statues païennes passent aux églises, à l'eau consacrée et aux images des saints. Une citation de l'Encyclopædia Britannica ajoute que le penchant des convertis païens pour les fêtes de leurs ancêtres était invincible, de sorte qu'il parut nécessaire d'adapter les anciens usages au nouveau culte plutôt que de les supprimer.[189]

Toutes les doctrines « viles » qui ont imprégné l'Église papale et qui imprègnent encore le protestantisme auraient leur origine à cette époque. La philosophie de Platon est greffée comme un parasite sur la souche biblique. Ce « champignon », planté par Satan en Éden (Genèse 3:4) et arrosé par les Égyptiens, a produit selon l'auteur le purgatoire, le péché éternel, le tourment éternel, le culte de Marie, le culte des saints, la transmigration, le mahométisme, le swedenborgianisme et le mormonisme.[190]

Le message commence par les mots du Christ, « celui qui a l'épée aiguë à deux tranchants ». Le Christ apparaît comme un chef qui surgit auprès du petit groupe de fidèles assiégés. L'épée à deux tranchants est la Parole de Dieu (Éphésiens 6:17 ; Hébreux 4:12), arme offensive et défensive : un tranchant se tourne vers l'ennemi, l'autre vers celui qui la manie, ce qui est un avertissement pour ceux qui s'en servent maladroitement. Les fidèles de cette période travaillent beaucoup et avec zèle, malgré une forte opposition. Le lieu « où est le trône de Satan » désigne le siège du paganisme, devenu la papauté avec un simple changement de nom.[191]

La fidélité de ces croyants est d'autant plus remarquable qu'il y a alors plus d'enseignants et de controverses que jamais. Renaît la vieille dispute sur « qui sera le plus grand » : les évêques de Rome, d'Antioche, d'Alexandrie et de Constantinople, appelés patriarches, rivalisent, et la suprématie se partage finalement entre Rome et Constantinople. L'Église nominale se scinde en deux, surtout sur le culte des images : les partisans des images se rangent derrière l'évêque de Rome, appelé pape (du latin papa, « père »), et les briseurs d'images forment l'Église grecque sous le patriarche de Constantinople.[192]

« Antipas », fidèle témoin du Christ mis à mort, est interprété d'après le grec : anti signifie « contre » et papas « père ». Antipas serait donc « contre le père », opposé au pape ou au patriarche. Le Christ y louerait ceux qui, obéissant à l'ordre « n'appelez personne père », ont combattu la naissance de la papauté et de ses « pères saints » et « révérends », qui prétendent à une sainteté, un privilège et une autorité supérieurs pour expliquer la Parole de Dieu.[193]

Le reproche concernant l'enseignement de Balaam renvoie à l'histoire de Nombres 22:1 et des chapitres suivants : les rois de Madian et Balak, roi de Moab, ne parviennent pas à vaincre Israël par les armes et engagent Balaam pour le maudire. Balaam n'y arrive pas, mais, sachant pourquoi Israël a la faveur du Seigneur, conseille à Balak de l'entraîner au péché, ce qui provoque une plaie qui fait périr 24 000 hommes. Le sens spirituel est le suivant : les doctrines du tourment éternel, de l'existence sans fin du péché et des pécheurs, et celle du passage rapide du lit de mort au ciel sont des pierres d'achoppement pour l'Église. L'hommage rendu aux rites païens christianisés, les prières aux morts, les lieux, jours et personnes sacrés, l'union avec les pouvoirs terrestres sont, de l'avis de l'auteur, un « service de Baal-am ».[194]

La doctrine des Nicolaïtes, déjà signalée dans le message à Éphèse, se développe à cette période. Nicolas signifierait « vainqueur du peuple ». Dans l'Église de Rome, les laïcs sont aussi soumis au pape, en matière spirituelle et temporelle, que les sujets d'un conquérant, alors qu'il n'y a qu'un Seigneur, un Maître, un Père et que tous sont frères (Matthieu 23:8-12). L'ordre « sondez les Écritures » vaut pour tous, et la mission de prêcher la bonne nouvelle s'adresse à tous ceux qui ont reçu l'Esprit ; celui qui n'a pas l'Esprit du Christ n'est pas à lui et ne peut être qu'un aveugle qui guide des aveugles.[195]

Dans l'appel « Repens-toi, sinon je viendrai à toi bientôt et je combattrai contre eux avec l'épée de ma bouche », les pronoms « toi » et « eux » sont distingués, comme « vous » et « eux » dans 1 Thessaloniciens 5:1-4 : le Seigneur parle à son Église par « toi » et du monde par « eux ». Il a délivré les siens de Babylone, les portant sur des ailes d'aigle (Apocalypse 12:14) jusqu'au désert, loin du serpent, Satan. Il vient à Babylone avec l'épée, qui la coupe en deux : les Églises romaine et grecque.[196]

La promesse au vainqueur comprend d'abord la manne cachée. Elle rappelle la coupe d'or pleine de manne placée dans l'arche de l'alliance, mémorial de la fidélité de Jéhovah envers son peuple dans le désert, et garantit à l'Église de Pergame que celui qui veillait sur Israël littéral veillerait sur elle pendant la marche pénible qui allait commencer. La manne est le type de la nourriture spirituelle, la Parole de Dieu, et peut-être aussi du Verbe vivant, le vrai pain de vie descendu du ciel (Jean 6:47-51). Elle promet une vie cachée avec le Christ en Dieu, hors d'atteinte des persécutions.[197]

La pierre blanche porte un nom nouveau que nul ne connaît sauf celui qui la reçoit. Elle assure aux saints, pendant les 1260 jours de l'épreuve, rejetés par le monde et traités d'hérétiques par l'Église, que le sceau de Dieu est sur eux. Le sceau ou anneau-cachet est l'emblème de l'autorité (Genèse 41:41-42 ; 1 Rois 21:8 ; Esther 3:10-12) : le remettre, c'était investir de tout le pouvoir de son propriétaire. C'est donc une des promesses de cohéritage avec le Christ, réservée aux vainqueurs. La couleur blanche indique la pureté du règne (Aggée 2:23 ; Cantique des Cantiques 8:5-6). Le nom gravé est celui que le Seigneur a pris en commençant son règne, désormais révélé aux membres de son corps : « Roi des rois et Seigneur des seigneurs ». Une référence renvoie à l'article de Jones dans le numéro de mars. L'article est signé W. I. M.[198]

Anastasis : la résurrection

Le texte de départ est 1 Corinthiens 15:21-22, cité d'après le Diaglott : par un homme vient la mort, par un homme aussi vient la résurrection (anastasis) des morts ; comme tous meurent en Adam, tous seront rendus à la vie par l'Oint. La résurrection est présentée comme le remède de Dieu à la malédiction du péché. Récemment seulement, le sens profond du mot a été reconnu. Jusque-là, on l'appliquait à la remise d'une étincelle de vie à un mort, comme dans les actes d'Élie envers le fils de la veuve (1 Rois 17:22), de Paul envers le jeune homme tombé d'une fenêtre (Actes 20:9-10) et de Jésus envers la fille de Jaïrus, le fils de la veuve de Naïn et Lazare (Marc 5:41-42 ; Luc 7:14-15 ; Jean 11:43-44). Or l'Écriture n'appelle jamais ces retours à la vie des « résurrections ». Le lexique grec de Liddell et Scott définit anastasis par « action de remettre debout », « reconstruction », « restauration », ce qui est plus large que l'usage qu'on en faisait.[199]

L'humanité avait perdu tout droit à la vie par la désobéissance d'Adam. L'existence perdue était l'existence parfaite donnée à Adam, notre représentant, et toutes les imperfections actuelles font partie de la peine de mort. Depuis 6 000 ans, la race est mourante : Adam parfait n'a perdu la dernière étincelle de vie qu'à 930 ans, alors que nous naissons avec une étincelle dont la durée moyenne est de 30 ans. Cet état est appelé « mort » par l'Écriture avant même l'entrée dans la tombe (Psaumes 23:4 ; Matthieu 8:22 ; 2 Corinthiens 5:14). L'homme était au départ au sommet de la montagne de la vie, parfait et en communion avec son Créateur, qui trouvait son œuvre « très bonne ». La résurrection est donc le « relèvement », la « reconstruction », la « restauration » de l'humanité jusqu'à la perfection de sa nature, telle que la représentait Adam. La seconde moitié du texte précise la première : « tous seront rendus à la vie » signifie restaurer ce qui a été perdu, c'est-à-dire l'existence parfaite.[200]

Le mot n'impose aucune limite de temps. Toute la race sera ressuscitée, mais pas forcément en un instant : l'Écriture parle de « temps de rétablissement » et d'une œuvre de mille ans. La résurrection de l'humanité se fait donc progressivement et n'est achevée qu'à la fin des mille ans. L'auteur y voit une autre explication possible de la première partie d'Apocalypse 20:5, pour ceux qui pensent qu'elle est authentique, lui-même la tenant pour une interpolation.[201]

Paul distingue deux conditions parmi les êtres rendus parfaits. À la question « avec quel corps reviennent-ils ? », il répond par l'exemple du grain (versets 36-38) : le corps semé n'est pas celui qui lève, mais la nature est la même, ainsi que la personnalité identique, capable de se souvenir de son ancien état dégradé (Psaumes 22:27 ; Ézéchiel 16:61 ; Zacharie 12:10) et de glorifier Dieu. Il y a plusieurs sortes de semences, donc plusieurs sortes de corps. La grande majorité de la race est une semence humaine et aura un corps humain. Un petit nombre, le « petit troupeau », a changé de nature et a été engendré de Dieu : c'est une semence spirituelle qui aura un corps spirituel (verset 48). Le corps humain ressuscité sera semblable à celui qui est tombé en décomposition, mais non formé des mêmes atomes (verset 37). Ceux qui ont porté l'image de l'homme terrestre, après y avoir renoncé pour devenir des « nouvelles créatures », porteront l'image du céleste.[202]

La nature du corps spirituel reste inconnue : « il n'a pas encore été manifesté ce que nous serons », mais on sera semblable à Jésus tel qu'il est maintenant, car on le verra tel qu'il est (1 Jean 3:2). On peut se faire une idée assez claire de l'humanité parfaite, puisque, sans l'imperfection, elle serait « très bonne ». Pour les nouvelles créatures de la nature divine, 1 Corinthiens 15:42-44 donne quelques qualités : semé dans la corruption, il ressuscite dans l'incorruptibilité ; semé dans le déshonneur, dans la gloire ; semé dans la faiblesse, dans la puissance ; semé corps animal, il ressuscite corps spirituel. Elles sont semblables au Christ, image exacte de la personne du Père, que nul homme n'a vu ni ne peut voir (1 Timothée 6:16). Cette perspective incite à se demander quelle épreuve il faut subir pour être jugé digne de tels honneurs, et à se purifier comme il est pur.[203]

Cette perfection n'est pas ce que le monde recevra : c'est « LA résurrection des morts », c'est-à-dire la résurrection principale de la classe principale. Elle commence avec Jésus, tête de l'Église qui est son corps, tête du Christ. Il a été rendu parfait par la souffrance de la mort (Hébreux 2:10). Sa résurrection est la première : nul avant lui n'avait été relevé complètement hors de l'emprise de la mort, vers la perfection humaine ou divine. Il est « les prémices de ceux qui se sont endormis ». Elle est appelée « sa résurrection » parce que les membres de son corps y auront part avec leur tête. L'Écriture l'illustre par la naissance : la tête est née il y a plus de 1800 ans, mais le corps n'est pas encore entièrement délivré. Les derniers membres, « les pieds », gémissent encore en attendant l'adoption, la rédemption du corps entier du Christ (Romains 8:23 ; Ésaïe 66:9). Le « petit troupeau » des vainqueurs du monde, qui aura part à la première résurrection et régnera mille ans (Apocalypse 20:6), connaîtra les mêmes changements que Jésus lorsque Dieu l'a exalté au-dessus des anges.[204]

Tel est l'espoir de Paul et celui des rédacteurs : perdre toutes choses, les tenir pour des ordures afin de gagner le Christ, de le connaître « et la puissance de sa résurrection ». Partager ses souffrances et sa mort doit permettre d'atteindre l'ex-anastasis, la « résurrection hors d'entre les morts », c'est-à-dire la perfection principale (Philippiens 3:8-11).[205]

L'ordre des résurrections

La perfection principale, celle du Christ, vient d'abord ; l'amélioration de l'humanité jusqu'à la perfection humaine suit pendant l'âge du Millénium. Paul le dit en ces termes : « chacun en son rang ; Christ les prémices, ensuite ceux qui sont au Christ lors de sa parousia (présence) ». Il y a donc deux rangs : le Christ (tête et corps), premier à atteindre la perfection, qui est divine ; puis une autre classe, perfectionnée pendant la présence. Cette présence dure tout l'âge du Millénium, car le Christ doit régner jusqu'à avoir mis fin à toute autorité et à toute opposition, et ramené toutes choses en harmonie avec Dieu (Apocalypse 20:6). Pendant ce temps, il bénit l'humanité par la vérité et la connaissance. Tous ceux qui, durant ce règne, le veulent bien, pourront se mettre en harmonie avec lui et le reconnaître Seigneur de tous : ils deviennent ainsi « ceux qui sont au Christ » durant sa présence et sont élevés à la perfection de leur nature humaine.[206]

Le relèvement peut être instantané ou graduel selon le sens du mot. Pour le monde en général, il demande une longue période, durant laquelle les hommes apprennent à vaincre le mal sous la conduite d'aides et d'enseignants compétents. Deux classes font exception : elles ont appris ces leçons dans la vie présente, sous la domination du mal, et atteignent leur état parfait à l'instant du retour à la vie.[207]

La première, la principale, est celle des membres du corps du Christ, qui ont combattu le bon combat, terminé leur course d'entraînement et leur œuvre de sacrifice jusqu'à la mort, et à qui est réservée la couronne de justice. Leur anastasis n'arrive pas à tous au même instant, mais est instantanée pour chacun. Les morts en Christ ressuscitent et sont rendus parfaits d'abord ; puis les vivants qui restent partagent la même anastasis sans dormir un seul instant dans la mort. Ils sont changés en un instant, en un clin d'œil, de la tente terrestre qui se dissout dans la mort à leur demeure venue du ciel, leur corps spirituel glorieux. La résurrection des endormis en Jésus, le changement des membres vivants et la résurrection de Jésus forment ensemble la première (principale) anastasis. Ceux qui y ont part sont « bénis et saints », la seconde mort n'a pas de pouvoir sur eux, et ils seront prêtres de Dieu et du Christ et régneront mille ans (Apocalypse 20:6).[208]

La seconde classe, moins en vue mais très estimée de Dieu, comprend les prophètes et patriarches des âges précédents. Ils ont combattu eux aussi, mais un autre combat que celui de l'âge de l'Évangile. Ils n'ont jamais reçu l'appel céleste, n'ont pas été invités à changer leur nature humaine en nature divine, mais ils se sont attachés aux promesses terrestres. Moïse fut fidèle comme serviteur dans toute la maison, mais le Christ comme Fils sur sa propre maison, qui est « nous » (Hébreux 3:6). Tous ces anciens sont morts dans la foi sans recevoir l'accomplissement des promesses ; Abraham n'avait reçu aucun terrain où poser le pied (Actes 7:5). Dieu les a laissés se reposer pendant qu'il développait l'Église de l'Évangile, par les « meilleures promesses », célestes, comme une sorte de prémices de ses créatures (Jacques 1:18). Aussi Paul dit-il qu'ils ne parviendront pas à la perfection sans nous, Dieu ayant prévu quelque chose de meilleur pour nous (Hébreux 11:39-40).[209]

L'anastasis du Christ précède toutes les autres, car c'est par lui que toutes choses sont rétablies. Abraham, Isaac, Jacob, les prophètes et les vainqueurs des âges passés seront rendus rapidement, ou instantanément, parfaits dans leur nature humaine. Ils domineront alors, comme hommes parfaits, sur des hommes imparfaits, et béniront toutes les familles de la terre en agents de la SEMENCE spirituelle qui est le Christ, image exacte du Dieu invisible (Colossiens 1:15 ; Hébreux 1:3). La bénédiction de la restauration vient d'abord par le Christ.[210]

Les armées européennes

Une grande partie des Églises établies pense que le Millénium, où « une nation ne lèvera plus l'épée contre une autre » et où l'on n'apprendra plus la guerre, approche et sera amené par l'influence chrétienne actuelle. Le numéro tient lui aussi le Millénium pour « proche, aux portes », mais par un tout autre moyen : l'établissement du royaume pour lequel on a toujours appris à prier, « que ta volonté soit faite sur la terre comme au ciel ». Cet établissement suppose d'abord la présence et l'exaltation du nouveau Roi, le Christ complet. Celui-ci détrône et lie Satan, l'ancien prince de la puissance de l'air, puis renverse définitivement les gouvernements et les institutions actuels, jugés mauvais, injustes et oppresseurs. Par le tumulte des factions rivales, il les brise « comme un vase de potier » (Apocalypse 20:2 ; Psaumes 149:8 ; Ézéchiel 21:27 ; Psaumes 2:9 ; Jérémie 13:14).[211]

Les signes extérieurs qui soutiennent ces vues sont rarement mentionnés, car la revue veut orienter l'attention vers « les choses qu'on ne voit pas », perçues par les yeux de la foi dans la Parole de Dieu. Cette connaissance permet de voir venir des événements encore invisibles au monde, ce que Jésus annonçait en disant que l'esprit de vérité ferait connaître « les choses à venir » (Jean 16:13). Voir l'Écriture s'accomplir peu à peu est présenté comme un réconfort et un soutien pour la foi. Des chiffres sont donc donnés sur l'état des nations européennes.[212]

En temps de paix, les armées permanentes comptent 715 000 hommes en Russie, 498 483 en France, 427 274 en Allemagne, 252 535 en Autriche-Hongrie et 202 271 en Italie. Les puissances moindres (Turquie, Espagne, Norvège, etc.) en réunissent 643 000, et la Grande-Bretagne environ 250 000. L'Europe entretient ainsi près de 3 000 000 de soldats, ainsi qu'une marine de 250 cuirassés et de plusieurs centaines de navires en bois. À ces troupes s'ajoutent des réserves d'hommes entraînés, mobilisables aussitôt : 2 252 116 en Russie, 1 500 000 en Allemagne, 1 230 000 en France, 1 220 000 en Autriche-Hongrie (armée et marine), 664 105 en Italie, et environ 2 500 000 pour la Grande-Bretagne et les petites puissances. Cela représente plus de 12 000 000 d'hommes dans la force de l'âge, prêts à agir. La revue cite la formule « l'Europe est un immense camp permanent » et juge la scène affligeante : ces hommes, formés aux instruments de mort, sont prêts à s'entretuer sur un signe d'empereurs, de tsars et de rois. Elle ajoute que, aux yeux du Père, il est bon que les hommes connaissent par l'amertume les maux de la guerre, afin que tous en viennent à aimer le règne du « Prince de la paix » une fois ces gouvernements renversés.[213]

Certains affirment que ces gouvernements sont chrétiens et que leurs rois règnent par délégation divine. Cette idée vient, selon la revue, de la papauté : elle a mis au pouvoir les ancêtres de la plupart des souverains actuels et s'est présentée comme le « royaume de Dieu », habilité à désigner les dirigeants de la terre. Les gouvernements s'accrochent à cette prétention, qui leur sert de « puissante chaîne » pour tenir leurs peuples, et signent leurs proclamations « par la grâce de Dieu », comme le roi Guillaume de Prusse. La papauté, qui se dit infaillible et n'a plus de pouvoir temporel, soutient ce principe et n'ose offenser aucun souverain. Les protestants, sans y penser, appuient ses décisions sur ce point et reconnaissent ainsi l'antichrist. La Bible annonce, selon la revue, que dans la lutte imminente entre les peuples et leurs dirigeants désignés par la papauté, les Églises établies s'uniront aux gouvernements pour maintenir les peuples dans la servitude (Apocalypse 19:19-20).[214]

Tout indique au contraire que ces gouvernements sont ceux de Satan, établis et soutenus par leur prince, « le prince de ce monde » (Jean 14:30 ; Jean 12:31), comme leurs actes le montrent. Ils doivent donc disparaître pour laisser place au royaume de Dieu, où « le juste fleurira » (Psaumes 72:7). L'humanité gémit sous eux, mais Satan sera bientôt lié, ses empires renversés et le royaume donné au « peuple des saints du Très-Haut » sous le Christ (Daniel 7:27 ; Romains 8:22).[215]

L'Église reçoit pourtant l'ordre de se soumettre aux « autorités supérieures », car « les autorités qui existent ont été instituées de Dieu » (Romains 13:1). Dieu permet pour un temps que Satan soit prince de ce monde et que les gouvernements de sa façon règnent, jusqu'à ce que « le royaume du monde » devienne celui du Seigneur et de son Oint au son de la septième trompette (Apocalypse 11:15). L'Église ne doit leur résister qu'en matière de conscience. Comme les Temps des Gentils ont presque achevé leur cours, leur chute est proche. Dieu rassemble pour cela son armée, les masses du monde, qui renverseront toute forme de mal et d'oppression. Comme lors de la ruine de Jérusalem en 70, cette armée ne connaîtra pas Dieu mais accomplira ses desseins. La revue précise que « l'armée de Dieu est en train de se rassembler, et son Église doit se tenir à l'écart » des gouvernements en place comme de leurs adversaires, puisque les croyants ne sont « pas du monde » et ont leur citoyenneté dans les cieux (Jean 17:16 ; Philippiens 3:20).[216]

L'accomplissement de Joël 3:10-16 est dit proche, et avec lui viendra celui d'Ésaïe 2:2-4. Mais il faut d'abord rassembler hors de la sphère terrestre le « petit troupeau », l'épouse du Christ. Ce rassemblement hors de la masse que les hommes appellent l'Église, pleine d'ivraie et corrompue par l'orgueil du monde, s'accompagne d'une secousse, d'un déracinement et d'un bouleversement complet, car le jugement doit commencer par la maison de Dieu.[217]

Le salaire du péché, c'est la mort

Selon la revue, la formule « le salaire du péché, c'est la mort » est claire et simple, et pourtant beaucoup de ceux qui disent recevoir la Bible la contredisent. Ils soutiennent que ce salaire est la vie éternelle dans les tourments. Cette idée est enseignée depuis l'enfance, figure dans les credo des Églises, et douter du tourment éternel de tous ceux qui ne sont pas de vrais chrétiens est présenté comme l'un des premiers pas vers l'incrédulité. Une très grande majorité de chrétiens, dit la revue « avec tristesse et honte », n'a jamais sondé les Écritures (2 Timothée 3:15) : elle a seulement retenu quelques textes, lus à la lumière des credo. Il lui faut alors appeler « Dieu d'amour » un Père qui aurait prévu et arrangé le supplice d'une grande partie de la race, et feindre de l'aimer pour ne pas faire partie des tourmentés. La revue y voit la raison pour laquelle tant de gens honorent Dieu des lèvres alors que leur cœur est loin de lui, et pour laquelle certains, délivrés de cette crainte, deviennent des incrédules blasphémateurs qui tiennent toute religion pour une fraude.[218]

La difficulté vient de ce que les traditions humaines reçoivent l'autorité qui appartient à la seule Parole de Dieu. D'après les textes cités, Dieu a donné l'existence et peut la retirer à qui en use mal (Ézéchiel 18:4 ; Ecclésiaste 9:5 ; Ecclésiaste 9:10 ; Psaumes 145:20 ; Psaumes 146:4). Le salaire des pécheurs est la mort, c'est-à-dire l'extinction de la vie, et celui de ceux qui vivent en harmonie avec sa volonté est la vie éternelle. « L'âme qui pèche, c'est elle qui mourra » (Ézéchiel 18:20). Dieu met devant l'homme la vie et la mort, et l'invite à choisir la vie (Deutéronome 30:19 ; Ézéchiel 18:32).[219]

L'extinction de l'être est jugée comme une peine à laquelle on ne peut raisonnablement s'opposer. Créé parfait, l'homme pouvait distinguer le bien du mal et se forger un caractère conforme à son choix ; Dieu lui avait laissé cette liberté en lui disant ce qui était sa volonté et ce qu'il adviendrait. La revue rappelle qu'il dit à Adam, selon la marge de Genèse 2:17, « le jour où tu en mangeras, tu mourras en mourant ». Les lois de Dieu sont les meilleures, et les intérêts des hommes sont si liés que le mal d'un seul fait souffrir les autres. C'est donc une mesure sage et miséricordieuse que de ne laisser vivre personne dont l'abus de la vie nuirait à lui-même et aux autres.[220]

Une cause de la confusion tient à ce que la mort frappe indifféremment le saint et le pécheur. Beaucoup en concluent que le salaire du péché doit être une autre mort que celle qu'on voit autour de soi, et l'imaginent comme une vie de tourments, « une mort qui ne meurt jamais ». Les théologiens modernes parlent alors de plusieurs morts et divisent l'homme en plusieurs êtres : pour eux, ce que Dieu dit à Adam et ce qui lui arriva après sa faute fut la mort spirituelle ; 930 ans plus tard vint la mort physique, puis la menace d'une mort éternelle, état de torture. La revue s'oppose à cette division de l'homme en un être spirituel, un être physique et quelque chose qui survit aux deux. Selon elle, l'idée qu'Adam ait pu perdre un être spirituel vient d'une confusion entre êtres humains et êtres spirituels : la Bible présente deux ordres d'êtres différents, et l'écart entre l'homme et les anges est plus grand qu'entre un poisson et un cheval. Adam, humain, était « terrestre, tiré de la terre » (1 Corinthiens 15:47), et Dieu l'avait voulu ainsi, adapté à la terre par nature, ce que prouve l'appréciation « très bon » et la domination sur les choses terrestres (Genèse 1:26 ; Psaumes 8:6). N'ayant pas de nature spirituelle, il ne pouvait en perdre la vie ; personne ne peut citer un texte qui dise le contraire. Parler de la mort d'un homme à une nature qui n'est pas la sienne reviendrait à parler d'un poisson qui mourrait à la vie d'un cheval.[221]

Adam est mort uniquement comme homme. Après sa faute et son renvoi du jardin d'Éden, il a perdu peu à peu les perfections du corps et de l'esprit qui faisaient de lui le chef des animaux inférieurs. Sa force le fit vivre 930 ans, puis la mort fut complète : il est inanimé et, pour ce qu'il en sait ou en sent, « comme s'il n'avait jamais été ». La parole de Dieu est ainsi illustrée en lui : le salaire du péché est la mort.[222]

On demande si Adam serait mort de toute façon, et, sinon, comment il aurait pu aller au ciel. La réponse est négative : sans péché, Adam n'aurait pas connu la mort mais aurait vécu sur la terre. Dieu n'a promis nulle part de l'emmener au ciel, et Adam n'en avait ni l'espoir ni le désir, car sa nature humaine le portait à vivre sur la terre et à en jouir, ce qui était aussi la volonté de Dieu. L'appel d'un « petit troupeau » de l'humanité à la nature spirituelle, divine, comme nouvelles créatures, ne change pas le plan original. Le projet d'une terre peuplée d'hommes parfaits subsiste et sera accompli. Ce n'est que durant l'âge de l'Évangile, depuis que Jésus a été élevé à la nature divine à sa résurrection, que Dieu appelle des hommes à devenir participants de la nature divine et cohéritiers de Jésus-Christ. La condition pour revendiquer ces promesses est de mourir aux buts, espoirs, motifs et plaisirs terrestres, et d'offrir en sacrifice vivant la nature humaine, et non ses péchés.[223]

Une autre objection : si Adam n'aurait pas dû mourir sans péché, n'était-il pas immortel ? La revue répond que non, et renvoie pour la distinction entre immortalité et vie continue à Food for Thinking Christians (« Nourriture pour les chrétiens qui réfléchissent »), p. 11 et 134. Sa vie se serait poursuivie en mangeant des arbres de vie du jardin, dont le fruit contenait de quoi soutenir la vie humaine. Dieu a exécuté la peine en séparant l'homme de ces arbres : les forces vitales d'Adam s'épuisèrent au travail, et les produits de la terre maudite ne suffisaient pas à combler cette perte. La terre fut maudite à cause de l'homme, pour qu'elle ne puisse pas entretenir sa vie.[224]

Reste la question de savoir pourquoi tous meurent, saints comme pécheurs, si la mort physique est la peine du péché. La réponse reprend les mots de l'apôtre : la mort a passé sur tous les hommes parce que tous ont péché (Romains 5:12). On meurt parce qu'on est né pécheur, sans que ce soit une faute personnelle : c'est la suite d'une loi établie par Dieu dans la création de la race, qui devait se multiplier. Adam devait remplir la terre d'êtres parfaits comme lui. Mais dès qu'il commença à décliner, il perdit la capacité d'engendrer des enfants parfaits et sans péché, car une race pure ne peut venir d'une tête pécheresse et mourante. Toute sa postérité à naître a donc partagé le salaire du péché.[225]

Il semble d'abord injuste que tous soient condamnés pour un acte auquel aucun n'a pris part. L'explication de Dieu lève la difficulté, d'après la revue : il a condamné tous les hommes à cause du péché d'un seul, afin de faire miséricorde à tous et de les racheter par un seul sacrifice, décidé avant la fondation du monde (Romains 5:18-19 ; Romains 11:32). Si chaque homme avait subi une épreuve comme celle d'Adam, plus de la moitié de ses milliards d'enfants auraient probablement fait comme lui. Chacun aurait été condamné, et autant de substituts consentants auraient dû devenir hommes et mourir pour payer la peine de chacun. Le plan retenu, qui condamne tous par un seul représentant pour justifier par un autre représentant, un rédempteur, est donc jugé bien plus sage. La revue s'écrie : « Ô profondeur de la richesse, de la sagesse et de la connaissance de Dieu ! ».[226]

Tous meurent donc parce que tous sont pécheurs par nature. La Rançon des croyants a été payée par la mort de Jésus, mais ils ne sont pas encore sauvés de la peine du péché, la mort. Ils ont seulement l'assurance, par les promesses de Dieu, que leur rançon est payée et qu'ils seront sauvés de la mort par une résurrection au temps voulu. Leurs avantages actuels ne sont pas réels : ils partagent les misères de la malédiction avec le monde, mais par la foi, car « nous sommes sauvés en espérance » (Romains 8:23-24). Cette espérance d'une vie future dans la promesse de la résurrection, que seuls les croyants possèdent, sert d'ancre contre les doutes du monde. Les croyants sont de plus « justifiés de toutes choses » (Actes 13:39) : ils peuvent aller à Dieu comme sans péché et l'appeler Père, comme Adam avant sa faute, reconnus comme fils humains (Luc 3:38).[227]

La peine, la mort, se prolonge jusqu'à la fin complète de l'âge de l'Évangile, appelé aussi âge du sacrifice. Durant cet âge, tous les croyants qui le désirent peuvent s'unir au Christ dans le sacrifice de leur humanité et participer ainsi à la divinité. Quand cette œuvre sera achevée, ce qui paiera entièrement le prix de la rançon du monde, viendra le temps du Salut au sens réel. L'Église, les nouvelles créatures, sera sauvée la première de la mort. Sa résurrection est dite première (principale), parce qu'elle élève au plan divin, spirituel. Elle a commencé avec Jésus, la tête, et s'achèvera quand l'Église, son corps, sera élevée au même état. Seul le « petit troupeau » y a part, et Paul y aspirait (Philippiens 3). Suivra le salut effectif du monde par une Résurrection, qui rendra aux hommes la vie dans l'espoir que, mieux capables d'en apprécier la valeur, ils « choisiront la vie » en harmonie avec les lois de Dieu. La mort apparaît ainsi comme une chose simple : l'homme est mort, et Dieu le sauve en payant sa rançon et en lui rendant la vie. La revue annonce qu'elle expliquera plus tard les passages censés contredire cette explication.[228]

Credo théoriques et credo pratiques

Les Églises prêchent avec insistance que les crimes et les péchés seront punis par un supplice éternel sans échappatoire ni pitié, et que, « étroite est la porte et resserré le chemin qui mène à la vie, et il y en a peu qui la trouvent » (Matthieu 7:14), la grande masse de l'humanité se trouve sur la route large qui mène à ce supplice. Leurs actes contredisent pourtant cet enseignement. Des parents dont les enfants ne suivent pas le chemin étroit restent indifférents. Des pasteurs qui prêchent ainsi mangent, boivent et se réjouissent, et se contentent de prêcher sur « les beautés de la nature », « l'anti-mormonisme » ou « Longfellow, notre grand poète ». Ils se rassurent en pensant que Dieu fera justice et aura pitié de leurs fils, de leurs filles, de leurs parents et amis. L'espoir principal est que le pécheur, peut-être au moment de mourir, dira ou pensera : « Que Dieu pardonne ma vie de péché ! ».[229]

Un exemple récent est celui de « Jesse James », hors-la-loi, voleur et assassin notoire, qui a terrorisé le Missouri pendant des années à la tête d'une bande. Abattu depuis peu d'un coup de feu, il n'aurait plus parlé et n'aurait gardé conscience que peu de temps. Il a eu des obsèques dans une église presbytérienne, avec trois pasteurs. Ceux-ci ont rappelé certains traits « honorables et virils » de son caractère et exprimé l'espoir que Dieu lui fasse miséricorde, car il avait peut-être dit, dans ses moments de conscience après le coup de feu : « Ô Dieu, aie pitié de moi, pécheur ». La revue ne reproche pas le désir d'une place plus supportable pour lui que celle que l'Église a décrite et dépeinte pour le pécheur, mais demande où est la logique d'une telle conduite. Elle y voit l'effort de concilier des traditions humaines, mises en credo à l'époque obscure du Moyen Âge, avec le bon sens et la raison des temps présents. Si ces Églises abandonnaient leurs credo humains et laissaient la Parole de Dieu s'interpréter elle-même, tout deviendrait clair, harmonieux et cohérent.[230]

Des enseignants humains sont nécessaires

Le texte d'Éphésiens 4:11-13 sert de point d'appui : Dieu a donné des apôtres, des prophètes, des évangélistes, des bergers et des enseignants pour la formation complète des saints en vue de l'œuvre du service, de l'édification du corps de l'Oint, jusqu'à l'unité de la foi et de la connaissance du Fils de Dieu. Il en ressort qu'on peut être saint, c'est-à-dire consacré, avant d'être en pleine harmonie avec les plans de Dieu ou d'avoir atteint son plein développement en connaissance et en foi. Dieu veut aussi que les croyants ne restent pas des bébés en Christ mais « croissent dans la grâce et la connaissance » (Éphésiens 4:15). Cette croissance doit se poursuivre jusqu'à ce que tout le corps ait été ainsi formé « pour l'œuvre du service ».[231]

Pour aider les croyants, Dieu a prévu des apôtres, des prophètes, des évangélistes, des pasteurs et des enseignants. Ceux qu'il a choisis dans l'Église primitive l'ont été, d'après la revue, surtout pour leur consécration entière à sa volonté et à son service, non pour leur savoir, leur sagesse mondaine ou leurs dons naturels. Jésus a laissé de côté les « séminaires de théologie », leurs « écoles des prophètes », leurs docteurs en théologie et leurs étudiants, et a choisi de simples « Israélites sans fraude », dont des pêcheurs plutôt illettrés. Dieu choisit ainsi les choses faibles pour confondre les puissantes. Il a toujours donné à son Église des ministres et des aides. Jésus leur donne une commission que tous les saints peuvent connaître et lire : son esprit de sacrifice de soi pour les brebis, et la capacité de les nourrir en leur expliquant les Écritures de façon harmonieuse.[232]

Que Dieu mette à part ou suscite des enseignants pour l'Église ressort des Écritures (1 Corinthiens 12:27-31 ; 2 Timothée 2:2) et de sa façon d'agir : durant l'âge de l'Évangile, il s'est servi de certains hommes bien plus que d'autres pour enseigner et édifier le corps du Christ. Jésus était un enseignant envoyé de Dieu, et les disciples furent envoyés prêcher, enseigner et baptiser. La revue admet que tout membre consacré du corps du Christ est ministre en un sens et reçoit l'onction de prêcher la bonne nouvelle, mais les membres sont adaptés à des parties différentes de l'œuvre, comme les membres et les offices du corps humain, qui illustre le corps du Christ, l'Église.[233]

La tête du corps est passée de la condition terrestre à la condition spirituelle. En elle se concentrent la connaissance et la sagesse qui doivent diriger les affaires des membres de chair sur le plan terrestre. Elle y pourvoit en déléguant à certains membres diverses qualités de la tête. Les plus hautes fonctions confiées pour l'usage de tout le corps sont celles de l'œil, de l'oreille et de la bouche : les deux premières transmettent l'information, la dernière l'expression. Elles correspondent à certaines fonctions majeures de l'Église. D'abord l'œil, pour voir : Jean et Paul sont désignés comme les deux membres qui ont peut-être joui le plus de cette qualité de la tête. Jésus a reçu du Père une révélation sur les événements à venir (Apocalypse 1:1) et l'a fait connaître à Jean, qui a ainsi été l'œil de l'Église ; c'est par lui qu'on voit se dérouler cette révélation au fur et à mesure qu'elle est due. Paul avait lui aussi cette fonction.[234]

Paul est présenté comme « l'œil » le plus clair que l'Église ait jamais eu. Il n'a pas pu faire connaître tout ce qu'il a vu (2 Corinthiens 12:4), mais ses visions ont élargi sa connaissance du plan de Dieu pour le passé, le présent et les « âges à venir ». Ses écrits ont de ce fait une profondeur et une richesse qu'aucun autre auteur du Nouveau Testament n'atteint. Dans Romains 11:25-33, à propos du rejet d'Israël selon la chair et de sa restauration future par l'intermédiaire de l'Église, il semble au bord de révélations que seule l'époque présente permettrait de comprendre pleinement. Éphésiens 2:6-7 et Éphésiens 3:3-6 montrent aussi la valeur de ce que cet « œil » a vu sur la formation du corps du Christ et son œuvre dans les âges à venir.[235]

L'« oreille » est un don moins honorable que l'œil, mais très désirable. Presque tous les apôtres l'ont possédé, ainsi que certains membres du corps au long de l'âge. Il consiste à comprendre et à apprécier la Parole et le plan de Dieu. C'est grâce à lui que Paul, Pierre et les autres ont pu montrer l'accomplissement des prophéties. La « bouche », c'est-à-dire l'art de s'exprimer, est une troisième qualité de la tête déléguée à des membres. Elle est surtout notable chez Pierre et Jacques. Paul, grand raisonneur doté de l'œil et de l'oreille, était inférieur à Apollos et à d'autres pour l'éloquence (1 Corinthiens 14:3 ; Actes 18:24 ; 2 Corinthiens 11:6).[236]

Ces qualités de la tête subsistent chez les vrais membres du vrai corps du Christ. Dieu se sert encore de certains canaux pour bénir et édifier tout le corps, mais l'honneur de ces membres consiste à rendre plus de service que les autres. Selon 1 Corinthiens 12:7, la manifestation de l'esprit est donnée « pour le bien de TOUS ». Avoir été utilisé comme ministre du corps ne garantit pas la victoire finale : Paul lui-même veillait à ne pas devenir « rejeté » du haut appel après avoir prêché aux autres.[237]

D'autres places honorables existent dans le corps, celles des mains et des pieds, qui appartiennent au corps et non à la tête. Les pieds avancent et représentent l'œuvre missionnaire des évangélistes. Les mains soignent, protègent, aident et nourrissent le corps, ce qui correspond au travail des pasteurs. Le tronc représente la masse de l'Église. Le corps du Christ se construit et se fortifie par la nourriture spirituelle, et il transmet sa force aux membres qui le servent : prophètes, enseignants, évangélistes et pasteurs.[238]

Cette vue conduit à une conclusion : les vrais membres du vrai corps sont très peu nombreux. Dieu a voulu que le corps soit formé de tels membres, que chacun contribue à l'édification de tous, et c'est ce que font les vrais membres à mesure qu'ils perçoivent leur capacité et leur privilège. Le corps doit croître jusqu'à la pleine stature de l'Oint, et chacun est invité à s'examiner pour savoir s'il demeure dans ce corps comme membre actif.[239]

Les grandes organisations qui portent le nom du Christ mais refusent sa direction et ses enseignements n'ont rien de commun avec ses vrais disciples. Elles ont leurs chefs, leurs prophètes et leurs pasteurs, mais ce ne sont pas les vrais (Ésaïe 9:15 ; Ésaïe 29:9-13 ; Jérémie 23:16-32). Leurs grands troupeaux ne sont pas tous des brebis. Ces troupeaux de brebis nominales ne supporteront plus la saine doctrine et se donneront des enseignants « aux oreilles qui démangent » (2 Timothée 4:3-4). Les lecteurs sont mis en garde contre leur apparence de piété sans la puissance (2 Timothée 3:5), qui tromperait les élus eux-mêmes si c'était possible.[240]

Aux yeux du monde, le vrai corps du Christ est un mystère : une compagnie visible sans chef visible, unie non par un lien visible mais par l'esprit invisible de sa tête, dans un travail de sacrifice de soi. Il garde les qualités représentatives de la tête. Il a des yeux, puisqu'il regarde les plans de Dieu à travers ceux des apôtres sans leur préférer les traditions des hommes. Il a des oreilles, car il compte des membres chargés de lui expliquer les prophéties et les paroles obscures et de le diriger vers la « nourriture au temps convenable ». Il a des pasteurs, et d'autres membres qui, sans être des ouvriers spéciaux, fortifient les mains et les genoux et honorent la tête en soutenant ces ouvriers de leurs biens, de leurs prières et de leur influence.[241]

Les lecteurs sont exhortés à chercher les meilleurs dons (1 Corinthiens 12:14-20 ; 1 Corinthiens 14:3). Toute promotion à une place plus haute dans le corps dépend de la fidélité avec laquelle on se sert de ses capacités actuelles. Personne ne doit mépriser la charge d'intendant des biens de ce monde : bien remplie, elle peut mener à celle de dispensateur des choses spirituelles. Le plan de Paul pour les contributions est recommandé à tous, même aux plus pauvres (1 Corinthiens 16:2 ; 2 Corinthiens 3:1-8 ; 2 Corinthiens 9:1-9).[242]

Une critique

Un lecteur a douté de ce que Food for Thinking Christians (« Nourriture pour les chrétiens qui réfléchissent ») dit de la première phrase d'Apocalypse 20:5 : « Le reste des morts ne revint pas à la vie jusqu'à ce que les mille ans soient accomplis ». Ce passage serait apocryphe et absent de tous les manuscrits antérieurs au cinquième siècle. Il a écrit au Bible Banner, périodique adventiste du second avènement. Le 4 mai 1882, l'ancien D. T. Taylor y a répondu que la phrase manque dans le Codex sinaïtique (vers 331-350 apr. J.-C.), le plus ancien manuscrit connu du Nouveau Testament, mais que Tischendorf y voit une simple erreur. Selon lui, le manuscrit alexandrin (vers 450) contient le texte, sauf deux mots, et le manuscrit du Vatican (vers 350) le contient en entier.[243]

La réponse de la revue commence par la date. Le cinquième siècle commence en 401, comme le quatrième commence en 301 et le dix-neuvième en 1801. Un manuscrit écrit en 450 n'est donc pas antérieur au cinquième siècle, et le manuscrit alexandrin ne contredit pas l'affirmation.[244]

Quant au manuscrit du Vatican, la revue le dit incomplet : selon Tischendorf, qu'elle cite comme meilleure autorité sur les manuscrits anciens, il s'arrête en Hébreux 9:14, et manquent donc les épîtres à Timothée, à Tite et à Philémon ainsi que l'Apocalypse. La Bibliothèque vaticane possède d'autres manuscrits, mais aucun n'est assez ancien pour faire autorité. Le Diaglott complète l'Apocalypse par le manuscrit du Vatican n° 1160, écrit vers le onzième siècle, et celui-ci ne contient pas la phrase contestée, comme l'indique la note du Diaglott sur Apocalypse 20:5.[245]

Que Tischendorf, qui a découvert le Codex sinaïtique, y voie une « simple erreur » ne pèse pas, répond la revue : celui qui trouve un livre n'en sait pas plus qu'un autre sur ce point. L'absence de la phrase dans tous les manuscrits antérieurs au cinquième siècle, et sa contradiction avec les passages qui placent le « rétablissement de toutes choses » à la venue de Jésus, avant la fin de son règne (Actes 3:21), prouvent qu'il s'agit d'une interpolation. La version syriaque Peshito, rédigée à la fin du premier ou au début du deuxième siècle et plus ancienne que tout manuscrit grec existant, rejette aussi cette phrase.[246]

Questions et réponses

Les enfants morts en bas âge n'obtiennent un corps spirituel que s'ils ont été engendrés de l'esprit : ils naissent alors de l'esprit à la résurrection. Dans le cas contraire, ils gardent la nature humaine et auront part au rétablissement de toutes choses, avec la possibilité d'atteindre la perfection humaine. L'engendrement de l'esprit passe par la parole de vérité (Jacques 1:18) ; un enfant incapable de comprendre au moins les premiers principes de la doctrine du Christ ne peut donc pas être engendré ainsi ni amené à se consacrer en sacrifiant sa nature humaine.[247]

L'Église grecque n'a pas de place dans la prophétie, ou n'en a guère. Dieu a limité ses déclarations prophétiques à quelques gouvernements, ceux de l'image de Daniel et des quatre bêtes, qui se réduisent presque tous aux nations d'Europe, restes de l'Empire romain. Pour des raisons probablement semblables, les prophéties sur les religions visent surtout celle qui a reçu le siège de la bête (Apocalypse 13:2), l'Église de Rome et ses filles (Apocalypse 17:5). Le confucianisme, le bouddhisme, l'islam et l'Église grecque, dont certains sont plus grands, ne sont presque pas mentionnés.[248]

Sur Romains 6:10 (« il est mort au péché une fois »), le Diaglott traduit « par le péché » et le Nouveau Testament syriaque de Murdoch « pour le péché ». Jésus est mort pour le péché, à cause de lui. Il en va de même des membres de son corps qui partagent sa mort (Romains 6:11) : il ne s'agit pas d'offrir des péchés en sacrifice, car Jésus « n'a pas connu le péché ». Il a donné une nature sans péché pour les péchés des autres. Les membres, pécheurs comme tous, ont été rachetés par son sang ; une fois leurs fautes effacées, ils présentent à leur tour une offrande sans péché, c'est-à-dire leur nature humaine, pour partager sa mort et compléter le prix de la rançon du monde. Les versets 11 à 13 invitent à se tenir pour mort à la nature pécheresse, enterrée à la mort du Christ, à se considérer comme vivants, justifiés, depuis sa résurrection, puis à se présenter à Dieu en sacrifices vivants.[249]

À propos de Philippiens 3:21 (« Il changera notre corps vil afin qu'il soit semblable à son corps glorieux »), un lecteur demande si ce verset contredit l'idée que les corps des saints seront entièrement nouveaux et spirituels à la résurrection. Réponse : le corps à changer n'est pas le corps personnel de chaque croyant, sinon le texte dirait « nos corps vils ». Il s'agit d'un seul corps, celui du Christ, composé de nombreux membres. Le contexte oppose deux catégories de prétendus chrétiens. Paul s'érige en modèle des vrais disciples, qui suivent le Christ dans le renoncement à soi (versets 15-17). Il dénonce les « ennemis de la croix du Christ », dont « le dieu est le ventre » et qui « ne pensent qu'aux choses de la terre » (versets 18-19). Le vrai corps, au contraire, tient pour perte toutes les gloires terrestres (versets 7-15). Misérable et rejeté aux yeux des hommes, il sera reconnu et élevé à la gloire par sa vraie tête, d'où l'exhortation de Philippiens 4:1. La revue cite la traduction syriaque de Murdoch : « Notre intérêt est dans le ciel, d'où nous attendons notre vivificateur, notre Seigneur Jésus le Messie, qui changera le corps de notre abaissement pour qu'il ait la ressemblance du corps de sa gloire ».[250]

Sur 1 Rois 17:22, le mot hébreu rendu par « âme » est nephesh, qui signifie être, vie ou existence : « la vie de l'enfant revint en lui ». Les théologiens ont entouré le mot « âme » de mystère, au point de faire croire qu'une personne intelligente vit dans l'homme. Le même mot nephesh s'emploie à plusieurs reprises pour les animaux et les poissons, ce que la traduction anglaise cache au lecteur ordinaire : les traducteurs le rendent alors généralement par « souffle » ou « vie ». Pour l'homme aussi, ils emploient parfois « souffle » ou « vie » quand rien d'autre n'a de sens, mais préfèrent « âme » partout où ce mot paraît soutenir les enseignements de la théologie.[251]

Sur le baptême, le baptême dans le Christ est considéré comme n'étant plus possible depuis octobre 1881. Ceux qui avaient auparavant accompli le vrai baptême dans la mort, la consécration, sont encouragés à en faire l'illustration extérieure par l'immersion dans l'eau. Le « baptême de Jean » reste possible pour qui le désire : signe extérieur de repentir et de retour à Dieu, il lave symboliquement du péché. C'est le seul que reconnaissent la plupart des chrétiens, qui « ne connaissent que le baptême de Jean », car très peu connaissent le baptême plus élevé dans la mort du Christ, qui fait entrer dans son corps.[252]

À la question de savoir pourquoi Jésus devait mourir si Dieu n'a jamais maudit l'homme pour son péché, la réponse est que Dieu l'a bien maudit : la sentence était « tu mourras certainement ». Le sujet est traité dans Why Evil Was Permitted (« Pourquoi le mal a été permis ») et dans Millennial Day Dawn (« L'aurore du Millénium »). Ceux qui cherchent la vérité comme on cherche l'argent la trouveront (Proverbes 2:2-11). Une question sur Ésaïe 13:9-13 est renvoyée à une réponse ultérieure.[253]

Sur Matthieu 25:46 (article de mars), le mot grec rendu par « punition » est kolasis. Young le définit comme « restriction », Liddell et Scott comme « élagage », et B. Wilson, dans le Diaglott, le traduit par « retranchement ». La punition en question est donc une restriction éternelle ou un retranchement de la vie, dont les condamnés se sont montrés indignes. Cette destruction est placée à la fin de l'âge du Millénium.[254]

Interrogée sur l'existence de trois personnes en un seul Dieu, la revue répond que la Bible parle d'un seul Dieu, le Père de notre Seigneur Jésus-Christ, de qui viennent toutes choses, et d'un seul Seigneur Jésus-Christ, que Dieu a hautement élevé et à qui il a donné un nom au-dessus de tout nom. Ce sont deux êtres, et non un seul, unis seulement par l'harmonie. L'esprit de Dieu, appelé aussi esprit du Christ et esprit de vérité, n'est pas une personne, pas plus que l'esprit des démons, l'esprit du monde ou l'esprit de l'Antichrist. Il représente l'influence, la puissance ou la volonté de Dieu, comme les autres celles de Satan et du monde. Les traducteurs du Nouveau Testament, par parti pris, l'ont rendu autant qu'ils le pouvaient comme s'il s'agissait d'une personne. La revue promet d'y revenir.[255]

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Références

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  218. ↑ La Tour de Garde de juin 1882, p. 362
  219. ↑ La Tour de Garde de juin 1882, p. 363
  220. ↑ La Tour de Garde de juin 1882, p. 363
  221. ↑ La Tour de Garde de juin 1882, p. 363
  222. ↑ La Tour de Garde de juin 1882, p. 363
  223. ↑ La Tour de Garde de juin 1882, p. 363
  224. ↑ La Tour de Garde de juin 1882, p. 363
  225. ↑ La Tour de Garde de juin 1882, p. 363
  226. ↑ La Tour de Garde de juin 1882, p. 363
  227. ↑ La Tour de Garde de juin 1882, p. 363-364
  228. ↑ La Tour de Garde de juin 1882, p. 364
  229. ↑ La Tour de Garde de juin 1882, p. 364
  230. ↑ La Tour de Garde de juin 1882, p. 364
  231. ↑ La Tour de Garde de juin 1882, p. 364
  232. ↑ La Tour de Garde de juin 1882, p. 364
  233. ↑ La Tour de Garde de juin 1882, p. 364
  234. ↑ La Tour de Garde de juin 1882, p. 364
  235. ↑ La Tour de Garde de juin 1882, p. 365
  236. ↑ La Tour de Garde de juin 1882, p. 365
  237. ↑ La Tour de Garde de juin 1882, p. 365
  238. ↑ La Tour de Garde de juin 1882, p. 365
  239. ↑ La Tour de Garde de juin 1882, p. 365
  240. ↑ La Tour de Garde de juin 1882, p. 365
  241. ↑ La Tour de Garde de juin 1882, p. 365
  242. ↑ La Tour de Garde de juin 1882, p. 365
  243. ↑ La Tour de Garde de juin 1882, p. 365
  244. ↑ La Tour de Garde de juin 1882, p. 365-366
  245. ↑ La Tour de Garde de juin 1882, p. 366
  246. ↑ La Tour de Garde de juin 1882, p. 366
  247. ↑ La Tour de Garde de juin 1882, p. 366
  248. ↑ La Tour de Garde de juin 1882, p. 366
  249. ↑ La Tour de Garde de juin 1882, p. 366
  250. ↑ La Tour de Garde de juin 1882, p. 366
  251. ↑ La Tour de Garde de juin 1882, p. 366-367
  252. ↑ La Tour de Garde de juin 1882, p. 367
  253. ↑ La Tour de Garde de juin 1882, p. 367
  254. ↑ La Tour de Garde de juin 1882, p. 367
  255. ↑ La Tour de Garde de juin 1882, p. 367

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