Procès contre Ross
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En 1912, le révérend J.J. Ross, pasteur d'une Église baptiste à Hamilton, en Ontario, publia la brochure Some Facts about the Self-Styled 'Pastor' Charles T. Russell, dénonçant Russell, sur plusieurs points: entre autres griefs, celui-ci faisait la promotion de doctrines contredisant le christianisme, et n'avait aucune qualifications en tant que ministre et s'enrichissait, ce qui poussa Russell à intenter un procès contre Ross au motif de diffamation. L'action fut toutefois classée sans suite; toutefois, les réponses de Russell lors de son interrogatoire par l'avocat de Ross, rapportées de façon déformée, amenèrent de nombreux critiques à affirmer que Russell s'était rendu coupable de parjure, ce que dément un examen plus approfondi de la transcription du procès.
Historique
Note: la présentation ci-dessous est celle de Ross.
La brochure de Ross fut publiée en juin 1912. Le 2 décembre de la même année, Russell engagea des poursuites judiciaires à l'encontre de Ross et le fit assigner à comparaître. Le 9 décembre, le magistrat George H. Jelfs, de la Cour de police de Hamilton se chargea de l'enquête préliminaire mais sans contre-interrogatoire de Russell; finalement, le magistrat renvoya la cause aux assises car il estima qu'il n'avait pas le pouvoir de s'en occuper. Une somme de 500 $ fut demandée à Russell en guise de caution afin qu'il se présente à Hamilton lors de la prochaine session de la Cour supérieure de l'Ontario. Toutefois, le juge en chef Meredith de Toronto annula la décision comme étant irrégulière et illégale. Russell revint donc à Hamilton et soumit à nouveau le cas au magistrat George H. Jelfs. L'affaire reprit le 7 février 1913 en l'absence de Russell, alors en voyage hors des États-Unis.[1]
L'avocat de Ross, George Lynch Staunton, K.C., demanda à ce que Russell vienne à Hamilton et soit soumis à un contre interrogatoire, car Ross craignait que le pasteur ne vienne pas témoigner lors du procès comme ce fut le cas dans l'affaire du "blé miraculeux".[2] À cette époque, Ross reçut de la part de S.F. Washington, le conseiller de l'accusation, un marché: Russell acceptait de laisser tomber les poursuites si Ross formulait des excuses; ce dernier répondit qu'il préférait encore une lourde amende ou la prison. Ross fut autorisé à faire venir Russell à témoigner et à cette fin, lui écrivit une lettre datée du 18 février 1913 le pressant de venir à la prochaine audition fixée au 28 février.[3]
(suite à compléter)
Au cours de l'interrogatoire du 17 mars 1913, Russell déclara qu'il avait fréquenté l'école publique pendant seulement sept ans, et qu'il avait quitté celle-ci quand il avait environ quatorze ans. Russell admit qu'il ne savait rien du latin et de l'hébreu, et qu'il n'avait jamais pris de cours de philosophie ou de théologie, et qu'il n'avait jamais fréquenté les écoles d'enseignement supérieur. Les journaux de Hamilton et Toronto signalèrent les allégations faites par Ross, mais ne formulèrent pas d'accusation d'inconduite de la part de Russell, et critiquèrent Ross pour son comportement personnel et son attitude non professionnelle.[4][5] En réponse aux accusations de Ross qui prétendait que Russell s'était parjuré, ce dernier déclara au travers de diverses sources imprimées et publiques qu'il n'avait jamais revendiqué une quelconque connaissance de la langue grecque (voir plus bas), mais simplement qu'il connaissait l'alphabet. Il croyait que son ordination venait "de Dieu", selon le "modèle biblique", ne nécessitant pas l'approbation confessionnelle, et que son élection annuelle comme "pasteur" par plus de 500 congrégations dans le monde entier faisait de lui quelqu'un d'"ordonné", ou choisi, pour être ministre de l'Évangile. [6]
Valeur de ces accusations
L'accusation faite par Ross selon laquelle Russell se serait parjuré lors du procès a été reprise de nombreuses fois, à tel point qu'elle constitue l'un des controverses fréquemment mises en avant pour discréditer Russell. Certains critiques religieux, dont Walter Martin, Gérard Hébert et Ken Guindon, ont longuement discuté ce sujet tout en ne se rapportant qu'à la version de Ross.
Pourtant, comme le fit remarquer le sociologue italien Massimo Introvigne, "une lecture attentive des sources — rarement consultées par ceux qui, pendant des années, ont répété la version la plus courante de l'affaire — montre qu'en réalité l'avocat de Ross avait simplement demandé à Russell (et avait reçu une réponse affirmative), s'il connaissait l'alphabet grec".[7] De même, l'historien James Penton écrivit que, dans cette histoire, "c'était Ross, non Russell, qui portait un faux témoignage"; en effet, dans la deuxième version de sa brochure, "Ross déforma les propos de son avocat lorsqu'il demanda à Russell s'il 'connaissait le grec'", alors qu'en réalité il lui avait demandé dans un premier temps si c'était l'alphabet grec qu'il connaissait, à quoi Russell avait répondu "oui", sans faire d'autres prétentions sur sa connaissance de cette langue. Ainsi, "Ross déforma la vérité".[8]
Malgré cette rectification, certains, dont Alan Rogerson et des critiques de Russell — qui rapportent l'exacte demande de l'avocat, à savoir si Russell connaissait l'alphabet grec — estiment que ce dernier s'est bel et bien parjuré par le fait qu'il fut incapable de déchiffrer les lettres quelques instant après, lorsqu'on lui montra la page 447 du Nouveau Testament en grec.[9] Il est vrai que Russell affirma connaître l'alphabet grec, mais n'identifia pas les lettres, selon la transcription du procès. Toutefois, comme le note James Parkinson en se basant sur une thèse non publiée de l'ex-Témoin suédois Ditlief Felderer, "Russell fut interrompu à ce moment et ne fut pas autorisé à s'expliquer". On ne sait même pas s'il eut le temps de voir le livre que l'avocat lui présentait; en conséquence, on ne peut pas juger si sa prétention de connaître les lettre grecques était véridique ou pas.[10]
De même, l'accusation selon laquelle Russell se serait parjuré sur la question relative à son ordination est également récusée par l'historien Timothy White, car comme il l'écrivit après avoir considéré la transcription du procès, ce qui est interprété comme un parjure était "simplement une question différence sur l'"ordination" [telle qu'elle comprise par] Russell et [par] l'avocat de Ross".[11]
De plus, les récits ultérieurs, qui se basaient bien souvent sur le compte rendu fourni par Ross dans sa brochure, prétendirent que Russell "avait été trouvé coupable des charges faites contre lui". En réalité, il n'y avait pas de charge contre Russell dans le cas de ce procès puisque, comme l'écrivit Joseph Rutherford (à compléter).
Enfin, l'idée qui se dégageait de la brochure de Ross était que Russell avait été reconnu coupable de parjure par la cour, mais la réalité était que ce ne fut pas le cas puisque la cour se contentait d'estimer si la demande de Russell (c'est-à-dire la poursuite contre Ross au motif de diffamation) était fondée ou pas. Cette allégation n'était en fait qu'une interprétation personnelle de Ross des événements déjà eux-mêmes déformés.
Réponse de Russell
En 1914, un adepte du nom de E.J. Cowards fit publier la réponse de Russell à l'une de ses lettres dans le journal The Port-of-Spain Gazette, à Trinidad. Cette initiative était motivée par un désir de donner aux Étudiants de la Bible des idées pour répondre aux accusations; de plus un fidèle de Grenade avait rapporté à Cowards que certains membres proéminents de la dénomination des Frères de Plymouth faisaient circuler la brochure de Ross, bien que peu l'achetaient en raison de son coût (10 cents). Voici la lettre de Russell:[12]
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"Je suis assez familier avec le laïus diffamatoire publié par le révérend J.J. Ross. Au Canada, ils ont seulement deux lois régissant la diffamation. Sous l'une, le falsificateur peut être puni par l'évaluation des dommages et de l'argent. En vertu de l'autre, la diffamation criminelle, il est sujet à l'emprisonnement. J'ai engagé une poursuite contre le Rév. Ross en vertu de l'acte criminel, sur les conseils de mes avocats, parce que, comme il n'a pas de propriété, une action pour dommages-intérêts ne l'intimiderait pas, ni ne l'arrêterait. Le tribunal inférieur le reconnut coupable de diffamation. Mais quand l'affaire alla devant le second juge, celui-ci en appela à un précédent anglais, dans lequel il fut jugé que la diffamation criminelle ne fonctionnait que dans un cas où le jury estimait qu'il y avait danger d'émeutes ou de violences. Comme il n'y avait pas de danger que moi-même ou les amis recourent à des émeutes, l'affaire a été rejetée. Je pouvais encore apporter mon action pour des dommages financiers, mais cela m'aurait été coûteux et impuissant à l'égard du Rév. Ross. "Cependant, il est en train d'avoir des problèmes. Depuis qu'il a commencé à m'attaquer, il a divisé les deux congrégations baptistes, l'une à Toronto, l'autre à Hamilton. La dernière fois que j'ai entendu parler de lui, il était à London, Ont., Et de nouveau en difficulté avec sa congrégation. Un esprit de mensonge est assurément un boomerang. "Concernant mon éducation en grec et en hébreu: Non seulement je ne prétend pas avoir une connaissance très particulière de l'une ou l'autre langue, mais je prétends que pas un seul ministre sur un millier est soit un érudit en hébreu ou en grec. Être en mesure de préciser quelques mots grecs n'a pas de valeur terrestre. Ni il n'est nécessaire d'étudier plus ces langues, afin d'avoir une connaissance de la Bible. Nos amis presbytériens ont sorti à grands frais Analytical Hebrew, Chaldaic, Greek and English Lexicon Concordance de Young, que n'importe qui peut procurer. Et nos amis méthodistes ont publié une œuvre similaire - Analytical Concordance and Lexicon de Strong. Et il y a une encore plus ancienne intitulée Englishman's Hebrew, Chaldaic, Greek and English Lexicon and Concordance. En outre, Greek Lexicon de Liddell et Scott est une autorité standard. Leurs prix ne sont pas au-delà de la portée de l'homme moyen. Par ces travaux, l'information scientifique en rapport avec le texte original de la Bible peut être obtenu. J'ai ces œuvres, toutes les quatre, et les aient utilisées fidèlement. Très peu de professeurs de collège, même, se risqueraient à donner une traduction critique de n'importe quel texte de l'Écriture, sans consulter ces œuvres mêmes de référence, qui sont la norme. Simplement apprendre à lire le grec et l'hébreu, sans un cours de six ans dans leurs grammaires est plus susceptible d'entraver que d'aider dans l'étude de la Bible; loin de mieux acquérir la connaissance reconnue à laquelle j'ai fait allusion. "En outre, je vous rappeler les nombreuses traductions de la Bible qui existent encore aujourd'hui — toutes très bonnes. Je les ai toutes t les juger utiles dans la comparaison dans l'étude d'un texte — l'une donnant parfois une pensée qu'une autre ne peut pas. L'autre jour, par curiosité, j'ai compté des bibles dans différentes traductions, etc, dans mon étude et j'ai trouvé que j'en ai 32. (...) "Et quant à la manière dont j'ai obtenu mon éducation - il me semble de peu de conséquence. J'en ai assez de servir mes propres buts, et, apparemment, trop à plaire le Rév. Ross et d'autres de son genre, qui, ne sachant pas comment répondre à mes enseignements théologiques, ne tentent pas du tout de le faire, mais se contentent de m'accuser d'ignorance. Comme je lisais ses calomnies infâmes, je pensais à ce que le Nouveau Testament dit de Saint Pierre et Saint Jean. Ils étaient si terriblement ignorants que tous les gens s'aperçurent qu'ils étaient "des hommes ignorants et illettrés." S'ils vivaient aujourd'hui, je suppose que le pasteur Ross et Cie seraient après eux pour les démasquer comme n'ayant pas été ordonnés par les baptistes et ne sachant rien de toute façon. [La suite n'a pas été publiée dans le journal] "Je n'ai pas besoin de pas vous dire combien absurdement fausses sont les accusations du Rév. Ross en rapport avec mon ordination, mais vraiment, il semble étrange de voir comment peu de gens utilisent leurs facultés de réflexion sur ces questions — combien quelques-uns qui liraient les déclaration du Rév. Ross verraient leur absurdité. Par exemple, il est un baptiste et a été autorisé ou ordonné par les baptistes — pas par les méthodistes, les presbytériens, les luthériens, les catholiques ou les épiscopaliens. Est-ce qu'un épiscopalien reconnaîtrait l'ordination du Rév. Ross? Sûrement pas! Est-ce qu'un catholique reconnaît son ordination? Bien sûr que non. Ordination signifie simplement autorisation. Les catholiques autoriseront ou ordonneront, seulement ceux qui appartiennent à leur foi. Les baptistes ordonneront, ou autoriseront, seulement ceux qui sont baptistes. Quelle folie, donc, de parler de l'ordination de leur point de vue! Mais l'ordination de mon point de vue, du point de vue biblique, le point de vue d'un nombre croissant d'étudiants de la Bible dans tout le monde, est différent. Il s'agit d'une ordination divine. Mais nos amis baptistes et nos amis méthodistes diraient qu'ils reconnaissent aussi l'ordination de la Bible, qu'ils ne sont pas seulement dépendants les uns des autres. Mais nous mles mettons au défi de prouver qu'ils aient jamais eu une ordination divine ou qu'ils y aient jamais penser. Ils ne font que penser à une ordination sectaire, ou autorisation, chacun de sa propre secte ou parti. (...) "Qu'est-ce donc que l'ordination appropriée d'un ministre de Jésus-Christ, et comment peut-elle être obtenue, selon la Bible? Nous répondons que l'ordination de Dieu, ou autorisation, d'un homme à prêcher est par l'impartation de l'Esprit Saint sur lui. Celui qui a reçu le Saint-Esprit a reçu le pouvoir et l'autorité d'enseigner et de prêcher au nom de Dieu. Celui qui n'a pas reçu le Saint-Esprit n'a pas l'autorité divine ou la sanction à sa prédication. En d'autres termes, il est n'est pas ordainé au plus haut, plus vrai sens de ce mot. "Quel est le secret de l'opposition et de la calomnie qui est élévée contre moi et contre tous ceux qui, comme moi, sont étudiants de la Bible? Il y a de la malice, de la haine, de l'envie, des querelles, de la part de ceux qui en sont encore à étreindre l'absurdité de l'âge des ténèbres et qui négligent la vraie étude de la Bible. Ils voient que leur influence est en déclin. (...)" |
Ressources sur le sujet
- Erreur lors de la création de la vignette : Fichier manquant Ross, J.J. (1913) (anglais), Some Facts and More Facts about Self-styled "Pastor" Charles T. Russell, Philadelphie, format pdf
Références
- ↑ Ross, 1993, p. 9
- ↑ Ross, 1913, p. 10
- ↑ Ross, 1913, pp. 11,12
- ↑ The Hamilton Spectator (anglais), 9 décembre 1912; 7 février et 17,18 et 22 mars 1913
- ↑ The Toronto Globe, 18 mars 1913
- ↑ WTBTS (1993) (anglais), Les Témoins de Jéhovah: Prédicateurs du Royaume de Dieu, p. 560
- ↑ Introvigne, Massimo (1990), Les Témoins de Jéhovah, Le Cerf, pp. 38,39
- ↑ Penton, James M. (1997, 2è éd.) (anglais), Apocalypse Delayed: The Story of Jehovah's Witnesses, Toronto: University of Toronto Press, p. 43 (ISBN 978-0-8020-7973-3)
- ↑ Rogerson, Alan (1969) (anglais), Millions Now Living Will Never Die: A Study of Jehovah's Witnesses, Londres: Constable, p. 27 (SBN 09-455940-6)
- ↑ Parkinson, James (1975) (anglais), The Bible Student Movement in the Days of CT Russell, p. 45
- ↑ Wills, Tony (2006, 2è éd.) (anglais), A People for His Name: A History of Jehovah's Witnesses and an Evaluation, Morrisville: Lulu, p. 273 (ISBN 978-1-4303-0100-4)
- ↑ La Tour de Garde (anglais) 15 septembre 1914, R5543,5544, pp. 286,287
