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La Tour de Garde de Décembre 1882

De Tj-encyclopédie
La Tour de Garde de Décembre 1882
Revue La Tour de Garde
Date 1882
Auteur(s) Maria Russell, A. Agens, William I. Mann, John C. Sunderlin
Année 1882
Langue Anglais
Pays États-Unis

Ce numéro s'adresse en grande partie à des lecteurs qui découvrent la revue. Le numéro d'octobre a été envoyé à des centaines de milliers de personnes et a provoqué un afflux de lettres. Il faut donc expliquer à ces nouveaux venus pourquoi des vérités présentées comme bibliques ont échappé aux réformateurs et aux Églises. Il faut aussi leur dire comment lire la Bible sans passer par les credos.

La plus grande partie du numéro défend la rançon : la mort de Jésus est le prix payé pour libérer les hommes de la condamnation d'Adam. Une liste de textes à étudier, un long exposé sur la chute et le relèvement de l'homme, une mise au point sur le mot « propitiation » et une étude du premier chapitre de Jean soutiennent tous cette doctrine. Ils traitent aussi de la nature du Christ, avant, pendant et après sa vie humaine. Cette défense prend un tour personnel. Le Zion's Day Star est un journal que la revue recommandait encore récemment. Il est désormais désavoué publiquement : il nie la rançon et la naissance virginale de Jésus.

Le reste du numéro applique ces convictions à la vie des croyants. Maria Russell montre que l'amour véritable oblige à dénoncer l'erreur. John C. Sunderlin attribue la maladie et la douleur à Satan, et non à Dieu. Une réponse aux lecteurs demande au « petit troupeau » de ne pas voter et de ne pas exercer de fonctions publiques. Le numéro donne aussi deux signes jugés favorables : un appel juif à la colonisation de la Palestine, et l'adhésion du pasteur Lyman Abbott à l'idée que les méchants sont détruits au lieu d'être tourmentés sans fin.

Analyse

Croyances

Une vérité qui grandit, jugée par la Bible seule

L'éditorial d'ouverture répond à une objection simple : si ces interprétations sont justes, pourquoi les grands chrétiens du passé ne les ont-ils pas vues ? La réponse est que Dieu ne donne la lumière qu'au moment où elle devient utile. Les réformateurs ont donc eu raison pour leur temps, mais pas pour le nôtre.[1] La phrase visée est celle-ci : « Knox, Calvin, Luther, Wesley et d'autres furent, croyons-nous, des disciples qui suivirent les traces du Seigneur ». Elle ne condamne pas les réformateurs. Elle reproche aux chrétiens d'étudier leur théologie au lieu de la Bible.[2] Schulz et de Vienne citent ce passage. Ils jugent l'expression « compréhension progressive » plus exacte que « révélation progressive », puisque aucun texte nouveau n'est révélé : seule la lecture de la Bible s'améliore.[3] Selon les mêmes auteurs, l'argument est ancien en Amérique. En 1620, John Robinson, pasteur des Pères pèlerins à Leyde, reprochait déjà aux luthériens de « s'arrêter là où Luther les avait laissés », et aux calvinistes de faire de même avec Calvin.[4] Penton résume la position de Russell dans les mêmes termes. Les fidèles de la Réforme ont marché dans la lumière de leur temps, mais le protestantisme n'a pas avancé avec elle.[5]

Si la lumière grandit, il faut un moyen de distinguer une vraie découverte d'une simple opinion. Ce moyen est la Bible elle-même, présentée comme « un tout harmonieux qui s'interprète lui-même ».[6] La liste de textes de W. I. Mann sur l'expiation applique ce principe. On relève tous les passages sur un sujet, puis on confronte chaque théorie à chacun d'eux. Une théorie qui en contredit un seul est rejetée.[7] Schulz et de Vienne rappellent que l'idée d'une Bible qui s'explique elle-même était très répandue en Amérique. Elle agaçait pourtant le clergé instruit, qui considérait l'interprétation comme son domaine propre.[8] William Miller posait déjà cette règle. Selon Crompton, Miller tenait l'Écriture pour « son propre interprète » et expliquait un passage en le comparant à d'autres.[9]

La même méthode sert à défendre le texte biblique contre le Day Star. Ce journal suggère que les premiers chapitres de Matthieu et de Luc ont été ajoutés par la papauté. La revue répond que les plus anciens manuscrits contiennent ces chapitres. Elle ajoute que déclarer « ajouté » tout texte qui gêne une théorie détruirait la Bible.[10] La revue elle-même retirait pourtant certains passages de la Bible, mais toujours sur la foi des manuscrits. En décembre 1879, elle écartait la première phrase d'Apocalypse 20:5, parce qu'elle « ne se trouve pas dans trois des plus anciens manuscrits ».[11] Le critère reste donc le même : on peut écarter un passage absent des manuscrits anciens, pas un passage qui contredit une doctrine. Ces manuscrits étaient alors récemment accessibles. Tischendorf avait publié un fac-similé du Sinaïtique en 1862.[12] L'édition complète du Vatican, en six volumes, paraissait à Rome depuis 1868 et ne s'était achevée qu'en 1881.[13] Cela explique la remarque de la revue : l'Emphatic Diaglott était prêt à imprimer avant que le texte complet du Sinaïtique soit disponible.[14]

Adam mortel, Satan auteur du mal, un Dieu qui n'aime pas le péché

« L'héritage de l'homme » s'ouvre sur une précision qui sert ensuite à toute la doctrine de la rançon. Adam n'est pas créé immortel. Il est « mortel », et seule la nourriture des arbres du jardin entretient sa vie.[15] La mort n'arrive donc pas d'un coup. Elle résulte de l'expulsion d'Adam, coupé de ces arbres. Le « jour » de Genèse 2:17 désigne une période, ce qui explique qu'Adam ait vécu 930 ans après sa faute.[16] Cette lecture vient de la tradition de George Storrs. En 1837, Storrs avait lu une brochure de Henry Grew et en avait conclu que l'homme ne possède pas d'âme immortelle.[17] Elle était courante chez d'autres prédicateurs de l'époque. En 1881, le baptiste William Brookman, de Toronto, expliquait aussi que la mort d'Adam venait de ce qu'il avait perdu le droit de manger de l'arbre de vie.[18] Si Adam n'a perdu qu'une vie humaine entretenue par Dieu, il suffit d'une vie humaine parfaite pour racheter cette perte.[19]

L'article de J. C. Sunderlin tire de ce récit une conséquence pratique. Puisque la mort vient de Satan, la maladie et la douleur viennent aussi de lui. L'auteur vise les pasteurs qui, aux enterrements, présentent la mort comme une volonté de la Providence.[20] Le sujet touchait Sunderlin de près. Malade depuis l'automne 1881, il disait encore en octobre-novembre 1882 prendre jusqu'à six doses de morphine pour supporter la douleur.[21] La question de la souffrance divisait alors les protestants américains. Heather Curtis montre que, vers 1850-1860, la piété demandait d'accepter la douleur, car elle passait pour sanctifier le croyant. Les partisans de la guérison divine affirmaient au contraire que la foi pouvait obtenir la guérison du corps.[22] Sunderlin prend une position entre les deux. Comme les partisans de la guérison, il attribue la maladie à Satan. Comme la piété ancienne, il pense que la souffrance profite au croyant, parce que Dieu la tourne en instruction.[23] En août 1882, la revue avait déjà demandé aux consacrés de ne pas réclamer leur propre guérison et de se contenter de la grâce, comme Paul avec son « écharde ».[24] Sur Hébreux 12:6, la lecture de Sunderlin s'écarte de celle de juillet 1882. Ce numéro-là tenait le châtiment pour une marque réservée aux fils, en citant le verset complet : celui que le Seigneur aime, « il le châtie, et il frappe de verges tout fils qu'il reçoit ».[25] Pour Sunderlin, « châtier » veut seulement dire instruire. Aucun texte biblique ne permet de croire que le Père inflige des peines au corps ou envoie la douleur et la mort.[26]

L'article de Mme C. T. Russell règle une question voisine : comment un Dieu d'amour peut-il laisser régner le mal ? Sa réponse est que Dieu n'a jamais aimé les pécheurs en tant que pécheurs. Il aimait la perfection de l'être qu'il avait créé. Après la chute, son amour a eu pitié, sa justice a condamné, et sa sagesse a voilé son amour jusqu'au rétablissement.[27] La formule est plus restrictive que celle de février 1880. La revue disait alors : « C'est une grande erreur de penser que Dieu ait jamais haï l'homme, ou qu'il le haïra jamais ». Elle ajoutait que Dieu nous aimait alors que nous étions pécheurs.[28] Le trio amour, justice et sagesse n'est pas propre au groupe. Schulz et de Vienne montrent que Russell avait repris cette description des qualités de Dieu à la prédication presbytérienne et congrégationaliste, qui l'employait au moins depuis Thomas Goodwin, au XVIIe siècle.[29] Storrs, dans un sermon intitulé « Dieu est amour », allait plus loin : toute doctrine contraire à l'amour de Dieu est fausse, et même la mort du pécheur est une preuve d'amour.[30] Mme Russell tire de l'amour une autre conséquence : aimer, c'est aussi exposer l'erreur. Une affection qui ne prévient pas d'un danger est qualifiée d'hypocrisie.[31] Cette définition prépare la critique publique du Day Star, publiée quelques pages plus loin.[32] Le sociologue Joseph Zygmunt juge que Maria Russell connaissait assez la doctrine et l'Écriture pour servir de porte-parole sur les questions doctrinales et morales.[33]

Le Christ, une créature qui équivaut à Adam

L'étude « Considérez-le » sur Jean 1 fait du Fils la première créature de Jéhovah. Le mot logos y désigne d'abord le plan de Dieu, puis le Fils qui exprime ce plan. Le Fils est appelé « un dieu », c'est-à-dire un « puissant », tandis que le nom de Jéhovah est réservé au Père.[34] Le même raisonnement s'applique au Psaumes 82. Les « dieux » qu'il mentionne y désignent l'Église, les fils de Dieu, dont Jésus est le chef.[35] Penton a relevé cette lecture dès décembre 1881, dans un article sur le verset 6 de ce psaume. Il y voit une doctrine de la divinisation des membres de l'Église.[36] Le titre de « Tout-Puissant » d'Apocalypse 1:8 est lui aussi appliqué à Jésus, mais comme un pouvoir reçu de Jéhovah. La gloire de Jésus est même dite plus grande parce qu'il n'est pas Jéhovah et qu'il obéit pleinement.[37] En juillet 1882, la revue avait rejeté ouvertement la Trinité. Penton juge que Russell rompait alors avec le protestantisme évangélique.[38] Schulz et de Vienne nuancent : Russell n'était pas arien, et il admettait encore un culte rendu au Christ qui glorifiait Dieu.[39]

Le Fils passe par trois natures. Il est d'abord un être spirituel glorieux. Il devient ensuite un homme parfait. Il est enfin élevé à la nature divine.[40] Le baptême marque une étape précise. L'esprit y engendre en Jésus la nature divine, qui ne naîtra pleinement qu'à la résurrection. Jusqu'à sa mort, Jésus est donc un « être double » : un homme à l'extérieur, qui use sa vie pour les autres, et un être divin à l'intérieur.[41] La revue avait hésité sur ce point. En juin 1880, une mise au point de Paton disait que Jésus n'avait jamais eu deux natures en même temps, mais l'une après l'autre.[42] En octobre 1880, un autre article affirmait au contraire que Jésus avait porté à la fois la nature divine et la nature humaine.[43] L'« être double » se place entre les deux : la nature divine n'est encore qu'engendrée, la nature humaine reste la seule vie de Jésus. Ce schéma rappelle celui de George Stetson. Selon Blandre, Stetson distinguait déjà une période allant du baptême à la croix, pendant laquelle l'esprit saint était « ajouté » à la vie humaine de Jésus.[44] Selon Macmillan, les premiers Étudiants de la Bible avaient conclu que Jésus n'était pas « en partie homme et en partie Dieu », mais un homme parfait, devenu divin après sa résurrection.[45]

La conception virginale découle de ce besoin d'un homme exactement égal à Adam. La vie de Jésus vient de son Père, Dieu, et non d'Adam. Elle est donc parfaite et n'a pas été condamnée. Marie ne l'a pas plus souillé que la poussière n'a souillé Adam.[46] Le Day Star soutient au contraire que Jésus était fils de Joseph. Il en découle que Jésus était pécheur et soumis à la malédiction d'Adam. Il ne pouvait donc plus payer la rançon.[47] Stetson défendait déjà la position inverse. Pour lui, Jésus, engendré du Saint-Esprit, était exempt de la condamnation et pouvait offrir une vie humaine non condamnée, « vie pour vie ».[48]

L'exaltation de Jésus est enfin présentée comme la récompense de son humilité. L'orgueil de Satan, qui voulut prendre le trône de Jéhovah, s'oppose à l'humilité de Jésus, qui ne chercha pas à usurper l'égalité avec Dieu.[49] La traduction retenue pour Philippiens 2:6 porte sur un seul mot grec, harpagmos. Ce mot n'apparaît qu'une fois dans le Nouveau Testament. Il vient d'une racine qui signifie « piller » et veut dire « action de saisir ». Le dictionnaire de Thayer renvoyait alors au commentaire de J. B. Lightfoot sur les Philippiens, paru en 1868.[50] En retenant « ne médita pas une usurpation », la revue choisit le sens le plus éloigné de toute égalité avec Dieu. Elle en tire aussi une leçon pour les croyants : s'humilier, perdre sa réputation et ses biens, c'est s'assurer d'être élevé avec le Christ.[51]

La rançon payée, la réconciliation encore à venir

L'expiation est découpée en deux temps. La croix paie la rançon, c'est-à-dire la peine du péché d'Adam. La réconciliation de l'humanité avec Dieu, en revanche, commence au baptême de Jésus et ne s'achève qu'à la fin du règne de mille ans.[52] Le mot anglais atonement y est lu comme at-one-ment, le fait de réunir deux parties, Dieu et l'humanité.[53] Une expiation achevée à la fin des temps existait déjà dans le milieu adventiste. Selon Schulz et de Vienne, O. R. Crosier enseignait dès 1846 que l'acte final de l'expiation aurait lieu à la fin, lors du règne des saints. Des éléments de cette idée sont passés chez Nelson Barbour puis chez Russell.[54] En juillet 1875, Barbour écrivait déjà que l'expiation ne serait pas complète avant le retour du Christ.[55]

L'étude « Christ, notre propitiation » vise ceux qui ne voient dans la mort de Jésus que le « lieu » où Dieu accorde son pardon. Pour la revue, le mot grec hilasmos veut dire « ce qui apaise ». Elle cite le dictionnaire de Webster : apaiser la colère d'une personne offensée.[56] Le second mot, hilasterion, désigne le couvercle de l'arche. Dans la traduction grecque de l'Ancien Testament, il rend en effet l'hébreu kapporeth, la « couverture ».[57] En défendant l'idée d'une colère divine à apaiser, la revue va plus loin qu'en février 1880. Elle refusait alors de décrire la mort du Christ comme le moyen d'apaiser « la colère de Dieu, comme s'il avait été irrité et haïssait l'homme ».[58] La cible est la même qu'en 1878. Penton rapporte que Barbour avait comparé la mort du Christ, comme paiement des péchés, au fait de transpercer une mouche d'une épingle pour punir la faute d'un enfant.[59] Schulz et de Vienne citent la formule de Barbour en août 1878 : la « substitution » est « la plus odieuse de toutes » les théories.[60]

La rançon fixe aussi la limite de la communion entre croyants. Les Étudiants de la Bible ne se séparent pas d'un chrétien pour une différence d'opinion. Ils s'en séparent quand il nie la rançon, car il devient alors un « ennemi de la croix » (Philippiens 3:18) et l'un des faux docteurs de 2 Pierre 2:1.[61] Le Day Star d'A. D. Jones était encore un allié quelques mois plus tôt. En janvier-février 1882, la revue annonçait un article de Jones sur Apocalypse 14:13.[62] En mai 1882, Russell défendait le premier numéro du Day Star contre l'Advent and Sabbath Advocate.[63] Les historiens du mouvement rapportent qu'en un an le Day Star en vint à rejeter le sacrifice du Christ. Ce récit vient toutefois de sources proches de Russell, et peu de numéros du Day Star ont été conservés.[64] Penton explique que Russell avait pris la tête du groupe en 1878 moins par ambition que pour défendre la rançon, qu'il tenait pour une doctrine fondamentale.[65]

Le petit troupeau, préparé par l'épreuve

Le « petit troupeau » est l'épouse et le corps du Christ. Il abandonne sa nature humaine, sa volonté comme son corps, et reçoit la nature divine.[66] Le reste du monde dépend de lui. La mort ne peut pas être détruite avant que l'Église soit parfaite, comme le dit Hébreux 11:40 : « sans nous ils ne parviendraient pas à la perfection ».[67] Crompton décrit le rôle que Russell prête à ce groupe : au ciel, sous le Christ, ses membres seront les juges de l'humanité ressuscitée.[68] Schulz et de Vienne datent de 1877, au temps de la collaboration avec Barbour, l'idée d'une Église d'une nature différente, qui bénira Israël puis toutes les nations.[69] Le Christ est dit former encore ce petit troupeau « par l'épreuve de la foi et de la patience ».[70] Or, depuis avril 1882, la revue enseigne que personne ne peut plus entrer au festin des noces depuis le 2 octobre 1881.[71] L'épreuve décrite concerne donc ceux qui étaient déjà entrés avant cette date.

Cette épreuve purifie l'Église. Pendant sa présence, le Christ est comparé à l'affineur de Malachie 3:1-4. Sa purification touche aussi la politique, la société et la science, mais elle commence par l'Église.[72] Selon Daniel 11:35, certains « de ceux qui ont de l'intelligence » tombent pour que les autres soient éprouvés. Leur chute ôte aux fidèles toute confiance dans la sagesse humaine et les ramène au fondement : le Christ est mort pour nos péchés.[73] Barbour avait déjà donné ce sens aux défections de 1878. Il annonçait que les anges rassembleraient le blé, non dans un lieu, mais « dans une condition de victoire sur le monde ».[74] La souffrance physique a enfin une utilité pour l'avenir. Selon Sunderlin, les futurs dirigeants du monde auront connu eux-mêmes ses faiblesses.[75]

Quatre dominations et des gouvernements soumis à Satan

« L'héritage de l'homme » découpe l'histoire selon celui qui domine la terre. L'homme règne d'abord sous Dieu. La mort et le mal règnent ensuite sous Satan. Le Christ règne avec justice. L'homme rétabli retrouve enfin sa domination.[76] Ce découpage ne reprend pas celui de Barbour. Penton rappelle que Les Trois Mondes divisait l'histoire en trois « mondes », eux-mêmes partagés en âges, afin de pouvoir dater chaque âge.[77] Les quatre dominations ne portent aucune date. Elles servent à dire qui gouverne la terre et par quels moyens.[78]

Pendant la domination de Satan, tous les gouvernements sont les siens. Les personnes, les institutions et les gouvernements qui favorisent la mort, la dégradation et l'oppression du droit sont appelés « les agents de Satan ».[79] La statue de Daniel 2 sert à dresser le portrait de ces royaumes, fondés sur le crime et la guerre. En mars 1880, la même statue servait surtout de calendrier : le royaume du Christ devait s'établir en trois temps jusqu'en 1914.[80] L'idée de nommer Rome « le dragon » est ancienne dans le milieu adventiste. Selon Blandre, Jonas Wendell identifiait déjà le dragon d'Apocalypse 12 à l'Empire romain.[81] John H. Paton, dans The Day Dawn, écrivait que Jean avait nommé « le Diable » la quatrième bête de Daniel.[82] Seul Israël échappait à ce règne. Il était le type de l'Israël spirituel, l'Église.[83] Ézéchiel 21:27 marque la fin de cette exception, lorsque le dernier roi de Juda perd sa couronne. En mars 1880, le même verset servait au contraire à présenter le retour des Juifs en Palestine comme une preuve de la royauté du Christ.[84]

La présence, la moisson et le temps de détresse

Le Christ est présent, et la moisson sépare le blé de l'ivraie dans l'Église nominale.[85] Pourtant, il n'exerce pas encore sa puissance. Il détient le pouvoir sur le mal depuis sa résurrection, mais il le laisse agir, car le mal sert à former son corps. Il ne « prendra sa grande puissance » qu'au moment où l'Église sera complète, au son de la septième trompette.[86] En mars 1880, la revue disait au contraire que le Christ était entré dans sa dignité royale au printemps 1878.[87] En juillet 1880, elle plaçait ce couronnement en 1878, avant le jour de colère.[88] L'Église est dite « presque complète ». Si Paul vivait aujourd'hui, ajoute l'auteur, il annoncerait que l'âge de l'Évangile s'achève.[89]

L'actualité sert de preuve. Les nihilistes de Russie, les partisans de la Ligue agraire en Irlande, les socialistes d'Allemagne et de France, et la lutte entre capital et travail aux États-Unis confirment que le « jour du Seigneur » est un jour de détresse.[90] Les exemples sont récents. Le tsar Alexandre II avait été tué par des nihilistes le 13 mars 1881. La Ligue agraire, fondée en octobre 1879 par Michael Davitt et Charles Stewart Parnell, pratiquait la grève des loyers et le boycott.[91] Elle avait été interdite le 20 octobre 1881, et Parnell emprisonné.[92] L'idée d'un temps de détresse né de la révolte des pauvres vient de Barbour. Blandre résume ainsi Les Trois Mondes : la faim et le chômage tourneraient les travailleurs contre les capitalistes, et les hommes, poussés par les démons, détruiraient l'ordre politique et social.[93] Le Christ prend cependant le parti des opprimés, qui contribuent eux-mêmes à leur libération.[94] Tony Wills décrit la même lecture chez Russell : le Christ prépare les masses pour en faire les armes de sa guerre contre les gouvernements, sans que Russell approuve la violence.[95]

Le progrès technique reçoit le même sens. L'imprimerie, la vapeur et l'électricité sont des moyens que Dieu prépare pour le règne de justice. Pour l'instant, l'égoïsme empêche ces inventions de profiter à tous, et les armées n'ont jamais été aussi bien préparées à la guerre.[96] Barbour voyait déjà dans les chemins de fer l'accomplissement de Nahum 2:4.[97] Selon Blandre, Russell écrivait dès 1877 que les inventions supprimaient des emplois et nourrissaient la détresse, mais qu'elles profiteraient plus tard à tous.[98]

Le rétablissement et la seconde chance

Le plan s'achève par le retour de la terre à l'état d'Éden. Tous les hommes, rachetés par le Christ, reviennent à la vie. Israël selon la chair devient la première nation de la terre, et la Nouvelle Jérusalem, c'est-à-dire l'Église, éclaire tous les peuples.[99] La « vraie lumière » de Jean 1:9, qui éclaire « tout homme », n'éclaire donc pas encore tout le monde. Elle n'éclaire aujourd'hui que les croyants. Elle éclairera tous les hommes quand la ville sur la montagne sera établie.[100] Barbour donnait déjà un rôle à part à Israël. Selon Blandre, il voyait les Juifs, rétablis en Israël, comme les premiers ressuscités de la seconde résurrection, et il confiait l'œuvre du rétablissement à la « maison charnelle d'Israël ».[101]

Ce rétablissement donne une seconde chance à ceux qui sont morts sans connaître le Christ. Un lecteur de Londres croit voir cette idée gagner jusqu'à Spurgeon. Il dit l'avoir entendu laisser entendre qu'une chance pourrait exister dans un autre âge, et pense que le prédicateur a lu Food for Thinking Christians et « le fait connaître avec douceur ».[102] Le choix de Spurgeon a un sens pour Russell. Dans sa jeunesse, Russell admirait ce prédicateur baptiste précisément pour ses sermons enflammés sur l'enfer.[103] Les Églises protestantes rejetaient alors l'idée d'une épreuve après la mort. Pour elles, le sort de chacun est fixé à sa mort, selon Luc 16:19-31 et Hébreux 9:27.[104] En 1878, l'ancien adventiste Charles E. Barnes avait dénoncé comme une « seconde probation » le sermon d'A. P. Adams sur le rétablissement de toutes choses.[105] Crompton précise la portée de cette espérance chez Russell : la rançon ne garantit pas à tous la vie éternelle, mais une seconde épreuve d'obéissance dans des conditions parfaites.[106]


Organisation et histoire

Une petite équipe à Pittsburgh, payée par les lecteurs

À la fin de 1882, la revue est tirée à 20 000 exemplaires.[107] Au début de l'année, le tirage était de 10 000 exemplaires, après l'épuisement des numéros de la fin de 1881 tirés à 6 000.[108] Le tirage a donc doublé en moins d'un an. Le courrier augmente aussi. En décembre 1881, la rédaction recevait 40 à 50 lettres par jour.[109] Un an plus tard, elle en reçoit 500 à 600 par semaine.[110] Pour traiter ce courrier, le rédacteur dispose de quatre aides. C'est l'un des rares chiffres qui donnent la taille réelle du bureau de Pittsburgh à cette époque. Les lettres restées sans réponse sont nombreuses. Les lecteurs doivent donc prendre les lettres publiques du rédacteur, imprimées dans la revue, comme une réponse à leur propre courrier. Seules les questions personnelles appellent une réponse privée.[111] La revue remplace ainsi la correspondance avec chacun. Une même réponse s'adresse à des milliers de lecteurs à la fois.

Les textes signés montrent le petit cercle qui écrit autour de Russell. L'article sur l'amour est signé « Mme C. T. Russell ».[112] Maria Russell est la femme du rédacteur. Le sociologue Joseph Zygmunt la décrit comme une femme qui connaissait à fond la doctrine du groupe et la Bible. Selon lui, elle écrivait aussi bien que Russell et pouvait parler et écrire en son nom sur les questions de doctrine et de morale.[113] La liste de textes bibliques sur l'expiation est signée W. I. Mann.[114] Mann figurait déjà parmi les cinq collaborateurs réguliers annoncés dans le premier numéro de juillet 1879. Selon Schulz et de Vienne, il est le seul des cinq à écrire encore pour la revue en 1882.[115] L'article sur « l'ennemi » est signé J. C. Sunderlin.[116] Ce texte de Sunderlin vient après plusieurs mois de maladie. En septembre 1882, il allait mieux mais ne pouvait encore ni écrire ni prêcher.[117] Le mois suivant, il disait prendre jusqu'à six doses de morphine par jour à cause de la douleur.[118] Le poème est signé par une lectrice du New Jersey, Mme A. Agens.[119] Les auteurs sont donc la femme du rédacteur, un collaborateur de la première heure, un ancien pasteur malade et une lectrice. En dehors de ce cercle, aucun prédicateur ni aucun pasteur ne signe d'article.

L'argent vient des lecteurs. Le numéro remercie pour des dons de toutes tailles, dont 100 dollars envoyés sans signature par un Étudiant de la Bible allemand. La rédaction espère recevoir son adresse.[120] Ces dons arrivent sans appel public. Au début de l'année, la revue affirmait ne jamais solliciter de dons.[121] Ce refus remonte à l'enfance de Russell. À treize ans, il avait vendu des billets de loterie pour une kermesse de son Église congrégationaliste. Il en avait gardé l'impression d'avoir mendié. Il décida alors de ne plus jamais réunir d'argent autrement que par des dons volontaires.[122] Ce mode de financement rend la revue dépendante de l'humeur des lecteurs. Schulz et de Vienne notent qu'en 1882, le mouvement se divise, que des donateurs se retirent et que les recettes s'effondrent.[123] Le don anonyme de 100 dollars arrive dans cette situation.

Une prédication par l'imprimé, confiée aux lecteurs

Cette petite équipe fait imprimer des tirages énormes. Le numéro précédent est tiré, selon ce qui en est dit en décembre, à 200 000 exemplaires. Il est expédié depuis New York pour gagner du temps et de l'argent.[124] Ce chiffre est celui annoncé à la fin de l'été pour le numéro missionnaire d'octobre.[125] Le numéro d'octobre-novembre parlait pourtant de 400 000 exemplaires envoyés.[126] Les deux chiffres ne concordent pas. La revue ne s'explique pas sur cet écart. Ce numéro missionnaire avait été adressé aux quelque 90 000 directeurs d'écoles du dimanche des États-Unis, toutes Églises confondues.[127] L'impression à New York n'est pas une nouveauté. En 1881, la Société avait déjà payé des imprimeurs new-yorkais, dont Burr Printing, pour Food for Thinking Christians.[128]

En décembre, le numéro d'octobre change de rôle. Il est réimprimé à 100 000 exemplaires, sans date, pour servir de numéro missionnaire. Une autre édition de 100 000 exemplaires est prévue.[129] Sans date, le numéro peut circuler des mois sans paraître périmé. Il devient une brochure que l'on garde en réserve et que l'on distribue au fil des occasions. Les lecteurs peuvent en commander gratuitement autant qu'ils peuvent en distribuer « avec discernement ».[130] La diffusion dépend donc d'eux. La revue décrit des milliers de « saints » qui prêchent en prêtant la revue, en la lisant à d'autres et en l'expliquant.[131] Le lecteur de Stanwood, dans le Michigan, montre jusqu'où va cet engagement. Il a distribué ses exemplaires de Food for Thinking Christians (« Nourriture pour les chrétiens qui réfléchissent »). Il prend aussi la parole en public deux ou trois fois par semaine. Il se juge pourtant incapable et pense renoncer. Le rédacteur ne lui envoie pas de prédicateur. Il lui répond par deux versets qui l'encouragent à continuer et à étudier.[132] Aucune congrégation organisée ne prend ce lecteur en charge. Il reste seul face à son auditoire, avec la revue et la Bible. Schulz et de Vienne décrivent les réunions de lecteurs de ces années comme des groupes mouvants, où l'accord sur la doctrine n'était pas exigé.[133]

La diffusion vise aussi des lecteurs qui ne lisent pas l'anglais. Un lecteur de Berne, en Pennsylvanie, demande un texte en allemand. Il pense en distribuer des milliers. Le rédacteur cherche un Étudiant de la Bible allemand capable de traduire le numéro d'octobre. Il ajoute qu'une « traduction suédoise est aussi très demandée ».[134] Schulz et de Vienne placent dans cet avis le point de départ de l'œuvre de la revue auprès des immigrés de langue allemande et suédoise aux États-Unis.[135] Le texte ne précise pas de quelle Berne il s'agit. Le canton de Bern, dans le comté de Berks, était peuplé surtout de paysans allemands depuis 1733.[136] Rien ne prouve toutefois que le lecteur habitait là. La revue ne propose ni de traducteur salarié ni de budget. Elle attend qu'un lecteur se propose, comme pour la distribution.

Le projet de Nouveau Testament poursuit le même but : mettre à bas prix des textes entre les mains des lecteurs. La revue prépare une édition qui signale les variantes et les omissions des trois plus anciens manuscrits grecs : le Sinaïtique, le Vatican et l'Alexandrin.[137] En janvier 1880, la revue recommandait déjà un ouvrage de ce genre : le Nouveau Testament de Tischendorf, version anglaise courante avec en notes les leçons des trois mêmes manuscrits.[138] Tischendorf avait publié cette édition à Leipzig en 1869.[139] En 1882, la revue veut produire elle-même ce qu'elle se contentait de conseiller. Elle reconnaît la limite de l'Emphatic Diaglott, l'outil habituel de ses lecteurs : il donne en notes les leçons du Vatican, mais il était prêt à imprimer avant que le texte complet du Sinaïtique soit connu.[140] Benjamin Wilson avait publié le Diaglott en 1864, et c'était le livre de référence de Russell.[141] Tischendorf avait publié le fac-similé du Sinaïtique en 1862.[142]

Dire qui fait partie du mouvement et se donner une influence

Quand la diffusion s'étend, la revue doit dire avec qui elle reste unie. Elle retire publiquement sa recommandation du Zion's Day Star.[143] Ce périodique est celui d'A. D. Jones, l'un des collaborateurs de la première heure. En novembre 1881, Russell avait annoncé sa création à New York et lui avait souhaité bonne chance.[144] Au début de 1882, la revue annonçait un article de Jones en accord avec ses propres vues.[145] En avril, elle écrivait encore que le Day Star brillait de plus en plus.[146] Le premier désaccord public date de septembre 1882. Il portait alors sur un point secondaire : le Day Star distinguait le corps du Christ et son épouse.[147] Trois mois plus tard, la rupture porte sur la rançon et sur la naissance de Jésus.[148] Tony Wills situe à la fin de 1882 le moment où Jones adopte les vues de Paton sur la rançon et doute de la fiabilité d'une partie du Nouveau Testament.[149] Selon Schulz et de Vienne, l'idée que Jésus était le fils naturel de Joseph surprit tout le monde quand Jones l'exprima par écrit en 1882.[150] Le Day Star avait une large audience : il envoyait des milliers d'exemplaires d'essai, et l'un d'eux fit changer d'avis un pasteur méthodiste du Texas en mai 1882.[151] La recommandation retirée avait donc envoyé des lecteurs vers un journal concurrent.

La revue fixe aussi une règle. Les Étudiants de la Bible ne rompent pas avec un chrétien pour une différence d'opinion. Ils rompent avec celui qui nie la rançon.[152] Le rédacteur se dit ouvert à tous ceux qui bâtissent sur le Christ, même mal. Il promet de recommander de nouveau le Day Star si celui-ci revient à la rançon.[153] Aucune sanction n'existe contre un collaborateur. La seule arme est la recommandation, que le rédacteur donne ou retire devant tous les lecteurs. Le même verset de 2 Pierre 2:1 sur les faux docteurs qui « renient le Maître qui les a achetés » visait déjà, en octobre 1879, ceux qui niaient que Jésus ait pris la place des hommes dans la mort.[154] La cible était alors Nelson Barbour, qui avait nié en 1878 que la mort du Christ paie le péché d'Adam.[155] En 1882, le verset sert contre un ancien allié. Penton constate qu'après le départ de Barbour, puis celui de Paton, Jones était le dernier des premiers proches de Russell à rester en communion avec lui. Après sa rupture, Russell reste seul à la tête des lecteurs de la revue.[156] Le rédacteur prévoit qu'on l'accusera d'intolérance. Il répond par avance que ces lignes lui coûtent plus à écrire qu'à lire.[157]

Face aux grandes Églises, la revue se donne au contraire l'image d'une influence qui grandit. Elle publie la lettre d'un lecteur de Londres sur un sermon de Spurgeon, au Tabernacle. Spurgeon y aurait laissé entendre qu'une chance de salut pourrait exister dans un autre âge. Le lecteur juge que le prédicateur a « beaucoup changé dans ce qu'il prêche depuis que je le connais », et qu'il a lu Food for Thinking Christians.[158] Le choix de Spurgeon n'est pas neutre pour Russell. Jeune homme, il admirait ce prédicateur baptiste pour la franchise de ses sermons sur l'enfer.[159] Le lien entre ce sermon et le livre de Russell repose seulement sur l'impression du lecteur de Londres. Un lecteur de Titusville, en Floride, va plus loin : selon lui, cette vérité atteint plus ou moins « toutes les chaires de la région ».[160] Schulz et de Vienne notent que des pasteurs se sentaient obligés de réfuter ces idées et que certains en reprenaient une partie sans les approuver.[161] Les mêmes auteurs soulignent que les adversaires du clergé surestimaient alors le nombre des lecteurs de la revue, en réalité très faible.[162] La revue tire elle-même la leçon de ces lettres avec l'exemple d'Élie : on peut se croire seul, mais d'autres ne se courbent ni devant Baal ni devant Babylone.[163] Dans le même numéro, un allié est écarté et des inconnus des grandes Églises sont comptés parmi ceux qui pensent comme la revue.


Contenu

Aux nouveaux lecteurs

La revue se présente sans collaborateurs titrés ni célèbres. Elle propose la Bible comme Parole de Dieu et veut détourner certains enfants de Dieu de la confusion des préceptes et des doctrines qui règne entre les sectes chrétiennes. Elle les invite à l'harmonie et à la simplicité qui viennent de l'étude d'une Bible acceptée comme un tout cohérent, qui s'interprète elle-même.[164]

Les lecteurs du numéro précédent ont vu des textes bibliques appliqués plus précisément qu'à l'ordinaire. Pour expliquer que ces vérités n'aient pas été reconnues plus tôt, la revue décrit un plan de Dieu révélé par étapes. Dans les temps anciens, seul un schéma général en fut donné, sans détails. Les détails commencent à être reconnus à partir de la Pentecôte. La lumière est dite briller avec un éclat particulier à la fin des âges : à la fin de l'âge juif, qui est le début de l'âge de l'Évangile, Matthieu, Marc, Luc, Jean, Pierre et Paul ont appliqué à leur époque des prophéties écrites des siècles auparavant (1 Corinthiens 10:11).[165] De la même façon, la fin de l'âge de l'Évangile et l'aube de l'âge du Millénium doivent apporter une lumière abondante sur les plans de Dieu pour l'âge qui vient.[166]

Ces vérités ont été peu perçues jusqu'ici, comme l'appel des Gentils à l'héritage de la promesse faite à Abraham l'a été jusqu'à l'aube de l'âge de l'Évangile (Actes 11:18 ; Éphésiens 3:5-6 ; Galates 3:29). Les prophéties ne se comprennent qu'à mesure qu'elles arrivent à échéance : la lumière est semée pour le juste, puis elle se lève et se déploie peu à peu.[167]

L'opposition de nombreux chrétiens vient, selon la revue, de ce qu'ils ignorent ce caractère progressif de la révélation. Ils pensent que les hommes pieux du passé possédaient toute la vérité utile. Knox, Calvin, Luther et Wesley sont présentés comme des disciples sincères du Christ, mais la lumière due à leur époque est jugée moindre que celle de la nôtre. Beaucoup de chrétiens sont donc accusés de rester dans une relative obscurité parce qu'ils étudient la théologie de ces hommes au lieu de la Parole de Dieu.[168] D'autres ne lisent la Bible que pour l'ajuster à leur credo. La revue les invite à ne tenir aucun enseignement humain pour une autorité, à juger tout ce qu'ils entendent d'après l'Écriture et à n'admettre une croyance que si un texte biblique la garantit.[169]

L'Église nominale d'aujourd'hui est comparée à l'Église juive de la fin de son âge : elle repousse chaque rayon de lumière nouvelle parce qu'il contredit une théorie ou un article de son credo. Absorbée par ses propres plans de conversion du monde, elle refuse d'entendre que Dieu a une manière plus vaste de traiter le mal et d'instruire le monde. Satan est dit favoriser la confusion « de Babel » des sectes et stimuler un zèle « qui n'est pas selon la connaissance », pour empêcher d'entendre la voix de Jéhovah (Psaumes 46:10). Le royaume viendra non par les efforts humains, mais quand Dieu donnera aux saints avec le Christ les nations en héritage (Daniel 2:35, Daniel 2:44 ; Daniel 7:18, Daniel 7:27).[170]

Vue d'ensemble des épreuves de l'Église

Malgré les circonstances décourageantes et l'épreuve de foi qui touche la maison de la foi, la revue exprime sa confiance : « le Seigneur connaît ceux qui sont à lui ». Pendant les jours du Fils de l'homme, c'est-à-dire pendant la présence du Christ, celui-ci est dit siéger comme un affineur qui purifie l'argent (Malachie 3:1-4). Cette purification touche toutes choses, politiques, sociales, scientifiques et religieuses, et commence par l'Église, le « temple de Dieu ».[171]

Puisque la période présente est la transition entre l'âge de l'Évangile et l'âge du Millénium, appelé « le jour du Seigneur », ces épreuves n'ont rien d'étonnant (1 Pierre 4:12-17). Le mot « jugement » désigne tantôt le processus d'épreuve, tantôt le verdict. Au premier sens, le jugement de l'Église commence avec l'âge de l'Évangile ; au second, il appartient à la fin de l'âge, la moisson. L'épreuve en cours sépare le blé de l'ivraie dans l'Église nominale, et les fidèles entendent déjà le « bien, c'est bien » et entrent dans la joie de leur Seigneur.[172]

Les lecteurs sont invités à revêtir l'armure complète de la Parole de Dieu pour tenir ferme (Éphésiens 6:13 ; Psaumes 91:7). Selon Daniel 11:35, certains « de ceux qui ont de l'intelligence » tomberont pour que les autres soient éprouvés, purifiés et blanchis. Cette secousse retire tout appui terrestre et toute confiance en la sagesse humaine. Elle attache certains plus étroitement à l'enseignement du Maître et les pousse à examiner chaque idée, pour vérifier qu'elle repose sur le fondement : le Christ est mort pour nos péchés.[173]

Courrier et diffusion

Parmi les encouragements reçus, un lecteur de Londres raconte sa visite au Tabernacle de Spurgeon. Le prédicateur y a laissé entendre que ceux qui ne seraient pas amenés à la lumière dans cet âge pourraient avoir une chance dans un autre, tout en recommandant de se convertir tout de suite pour être sûr. Le lecteur juge que Spurgeon a beaucoup changé depuis qu'il le connaît et qu'il a lu le livre Food for Thinking Christians (« Nourriture pour les chrétiens qui réfléchissent »), dont il croit reconnaître l'esprit chez plusieurs chefs de la pensée de la chaire. Un lecteur de Titusville estime de son côté que cette vérité atteint peu ou prou toutes les chaires de sa région. La revue y voit un encouragement : comme Élie, on peut se croire seul, mais d'autres ne se courbent ni devant Baal ni devant Babylone.[174]

Le numéro est tiré à 20 000 exemplaires. Le courrier reçu atteint depuis quelque temps 500 à 600 lettres par semaine, et quatre personnes y répondent en plus du rédacteur. Beaucoup de lettres restent donc sans réponse, et les lecteurs sont invités à prendre les lettres publiques du rédacteur dans la revue comme réponse, sauf pour les questions particulières.[175]

Le numéro précédent a été imprimé à 200 000 exemplaires, expédiés de New York par souci d'économie et de rapidité. À son retour à Pittsburgh, la rédaction a trouvé des mots aimables et des dons de tailles diverses, dont 100 dollars envoyés par un frère allemand qui n'a pas signé et dont on espère l'adresse. Une nouvelle édition de 100 000 exemplaires du numéro d'octobre est lancée, désormais sans date, comme numéro missionnaire ; une autre de 100 000 est prévue ensuite. Les lecteurs peuvent en commander gratuitement autant qu'ils peuvent en distribuer avec discernement. Des milliers de saints sont dits prêcher la bonne nouvelle en prêtant la revue, en la lisant et en l'expliquant à d'autres.[176]

Plusieurs extraits de lettres sont publiés. Un lecteur de Stanwood (Michigan) rapporte que les exemplaires de Food reçus ont été distribués et ont conduit un certain nombre de personnes à la lumière. Il parle aux gens deux ou trois fois par semaine, mais sent son incapacité et envisage de cesser de parler en public. Le rédacteur lui répond par Philippiens 4:19 et 2 Timothée 2:15. Un lecteur de Berne (Pennsylvanie) demande une brochure en allemand et pense en distribuer des milliers. Le rédacteur souhaite qu'un frère allemand compétent traduise le numéro d'octobre ; une traduction suédoise est aussi très demandée.[177]

L'amour défini

L'amour est défini comme la tendresse et l'affection portées à ce qui inspire admiration et respect. Ce qui n'est pas aimable ne peut être aimé au vrai sens du mot, et il est un reflet de la ressemblance divine, éveillé par ce qui est noble, pur et bon. Dieu en est la plus grande illustration ; c'est la loi de son être, appelée à régir tout l'univers.[178]

À la question de savoir comment Dieu peut aimer les pécheurs, la réponse est que Dieu n'a jamais aimé les pécheurs en tant que tels. Il aimait la perfection de l'être qu'il avait créé. Quand celui-ci a perdu son excellence sous la tentation, cet amour a eu pitié de sa chute, tandis que la justice le condamnait, et il a conçu le plan de son relèvement.[179] Depuis six mille ans, Dieu laisse l'adversaire dominer les hommes : famine, peste, haine, guerre et sang ont rempli la terre. Quand le Libérateur promis viendra, il régnera avec une verge de fer et brisera les royaumes de la terre. Les hommes voient donc Dieu comme un ennemi, alors que « Dieu est amour ». Son amour est voilé, mais il sera révélé dans la restauration de l'état d'Éden : « les rachetés du Seigneur », c'est-à-dire toute l'humanité, reviendront à Sion, l'Église dans la puissance du royaume, avec des chants. La sagesse de Dieu voile ainsi souvent son amour.[180]

L'amour véritable et la dénonciation de l'erreur

Selon la revue, l'amour vrai protège, mais il juge aussi avec justice et cherche à faire disparaître un défaut en l'exposant à la lumière. Une fausse idée de l'amour, répandue chez la plupart des chrétiens, sert à l'adversaire pour couvrir les erreurs les plus dangereuses : qui les touche avec l'épée de l'Esprit, la Parole de Dieu, passe pour dépourvu de charité.[181] Jésus, plein de l'amour de Dieu, a pourtant parlé avec force contre les malfaiteurs (Matthieu 23:13-33) et a dit à Pierre : « Retire-toi de moi, Satan » (Matthieu 16:23). Paul a de même résisté à Pierre en face (Galates 2:11), et la sympathie qui unissait les deux hommes (2 Pierre 3:15) montre que le reproche fut reçu avec douceur. Paul a aussi mis l'Église en garde contre les « nombreux » ennemis de la croix du Christ (Philippiens 3:18).[182]

À l'objection « ne jugez pas », la réponse est que condamner d'après l'autorité humaine serait mal, mais qu'appliquer le jugement de Dieu exprimé dans sa Parole est un devoir. Les descriptions des mauvaises actions et des fausses doctrines sont données pour que l'homme de Dieu soit « parfaitement équipé » pour reprendre et corriger (2 Timothée 3:16-17). Chaque enfant de Dieu doit donc distinguer le bien du mal et le vrai du faux. Les références données sont 1 Corinthiens 5:3, Galates 2:11, 1 Thessaloniciens 5:21, 2 Timothée 4:2 et 1 Corinthiens 6:2-3.[183] Paul, dont le zèle pour la pureté de la doctrine a été mal compris, répond aux Corinthiens qu'il est peu de chose d'être jugé par eux, car « celui qui me juge, c'est le Seigneur » (1 Corinthiens 4).[184]

Face à un ennemi invisible, rusé et puissant, une profession d'amour qui n'avertit pas d'un danger est qualifiée d'hypocrisie. La « nouvelle créature en Christ » est un joyau de valeur infinie (1 Jean 5:1). Les lecteurs sont exhortés à une affection fraternelle, à reprendre et à exhorter « avec toute patience », dans un esprit de douceur, en se souvenant que l'amour « ne se vante pas » et « ne pense pas le mal ». C'est par cet amour mutuel que tous reconnaîtront les disciples de Jésus, et que les croyants brilleront comme des lumières au milieu d'une nation perverse. L'article est signé de Mme C. T. Russell.[185]

Notre nouveau nom

Un poème de Mme A. Agens (New Jersey) s'adresse au « céleste Époux ». Il demande si l'on pourra porter son nom et partager son royaume, et imagine le « bien, c'est bien » à la fin de la course. Le Seigneur y promet sa gloire à ceux qui souffrent avec lui et la vie à son épouse. Les croyants renoncent aux honneurs de la terre pour porter son nom et être reconnus comme son épouse. Ce nom est dit supérieur à tous les autres, et tout langage sur terre célébrera « le Seigneur notre justice ».[186]

Une lecture biblique : l'expiation

L'expiation est de nouveau à l'étude, et la revue ne veut pas l'empêcher : une doctrine qui repose sur la Parole de Dieu peut être tenue sans crainte. Beaucoup d'enfants de Dieu s'appuient trop sur « le bras de la chair », et Dieu va, croit-on, les en détacher. Une Bible de référence, une concordance complète, un cœur en prière, un esprit honnête, du temps et de la patience suffisent pour étudier la question.[187]

La méthode proposée consiste à dresser la liste de tous les textes trouvés et à confronter toute théorie de l'expiation, d'où qu'elle vienne, à chacun : si elle concorde, on la croit ; sinon, on la rejette. La Parole de Dieu doit mettre fin à toute controverse. Les textes sont classés selon ce que Jésus a fait : il est mort pour nous (1 Thessaloniciens 5:10 ; Romains 5:8), pour tous (2 Corinthiens 5:14-15 ; Jean 11:50-52) et pour nos péchés (1 Corinthiens 15:3 ; 1 Pierre 2:24). Il nous a justifiés, ce que ni la loi ni nos œuvres ne pouvaient faire (Galates 2:16 ; Romains 3:20 ; Romains 3:27-28), la foi en son œuvre justifiant (Galates 3:13-14 ; Romains 4:24).[188]

Il nous a achetés (1 Corinthiens 6:20), rachetés (1 Pierre 1:18-20), payé la rançon (Matthieu 20:28 ; 1 Timothée 2:6), lavés (Apocalypse 1:5 ; 1 Jean 1:7), sanctifiés (Hébreux 13:12 ; Éphésiens 5:26) et sauvés (1 Corinthiens 1:21 ; 1 Timothée 1:15). Il a été offrande et sacrifice pour nous (Hébreux 9:28 ; Hébreux 10:10 ; Éphésiens 5:2 ; 1 Corinthiens 5:7). Il n'a pas connu le péché (1 Jean 3:5 ; Hébreux 4:15) et il a été fait péché, c'est-à-dire offrande pour le péché, pour nous (2 Corinthiens 5:21 ; 1 Pierre 2:22-24). Son sang nous a achetés (1 Pierre 1:2), acquis (Actes 20:28), rachetés (Apocalypse 5:9), justifiés (Romains 5:9) et sauvés (Actes 4:12). Cette liste est signée de W. I. Mann.[189]

L'héritage de l'homme

Dieu a créé l'homme avec des qualités semblables aux siennes. Les qualités de justice et de jugement le destinent à gouverner, celles de miséricorde et d'amour font de lui un souverain raisonnable, bon et sage. Adam, premier roi de la terre, est ainsi décrit comme une image de son Créateur, non par le corps mais par l'esprit et le sens moral. Il reçoit autorité sur la terre, comme Dieu règne sur toutes choses, selon Genèse 1:26. Il se place un degré au-dessous des anges et au-dessus des animaux, d'après Psaumes 8:5-6. Étant parfait, il est en parfait accord avec la volonté de Dieu. Cet héritage, il le perd.[190]

Adam désobéit à son souverain, et le péché ne peut rester impuni : la peine légitime en est la mort. L'homme est « mortel », c'est-à-dire exposé à la mort s'il désobéit, mais Dieu a prévu tout ce qu'il faut à son bien-être dans le jardin d'épreuve. « Chaque arbre du jardin » fournit une nourriture qui suffit à compenser toutes les pertes du corps et aurait conservé indéfiniment sa vigueur, ce qui aurait été la vie éternelle. Le mot « jour » de Genèse 2:17 désigne une période, comme les jours de la création ou les quarante ans au désert ; la note marginale donne « en mourant tu mourras ». La sentence s'exécute non par un coup de foudre mais par l'expulsion d'Adam, un ange lui interdisant l'accès aux arbres de vie (Genèse 3:24). Le jardin « préparé » est présenté comme l'image de ce que sera toute la terre aux « temps du rétablissement de toutes choses ».[191]

Chassé dans un monde laissé à l'état de « maudit », Adam gagne sa nourriture à la sueur de son visage et apprend ce qu'est le mal. Il a sans doute souhaité retourner en Éden. Le plan de Dieu est plus large : toute la race doit apprendre individuellement l'amertume du péché, puis être ramenée à l'état d'Éden, le péché étant alors banni pour toujours. Après 930 ans de lutte, Adam meurt. Il reste prisonnier de la mort, avec toute la race, jusqu'à ce que le second Adam, qui détient « les clefs de la mort et du séjour des morts » (Apocalypse 1:18), prenne sa grande puissance et libère « les prisonniers de la fosse ».[192]

La privation de nourriture a aussi affaibli les facultés mentales d'Adam, la pensée dépendant de la vitalité du corps. Ses qualités morales ont souffert le plus : la bienveillance (l'amour), caractéristique de l'image de Dieu, est supplantée par le désir d'acquérir (l'égoïsme) et l'esprit de combat. Les qualités supérieures déclinent, les qualités inférieures, communes aux animaux, se développent. Sa domination sur les animaux disparaît : l'homme craint aujourd'hui les bêtes sauvages, et seul l'occasionnel dompteur conserve un reste de l'autorité d'Adam. C'est la fin de la première dynastie de la terre. La mort règne alors, sous « celui qui a le pouvoir de la mort, c'est-à-dire le diable », « le prince de ce monde ». Elle dure tant qu'il y a du péché à punir, ou jusqu'à ce que toute la race soit réduite à l'état sans vie.[193]

Jéhovah a prévu un libérateur : le Fils de Dieu a été manifesté « pour détruire les œuvres du diable » (1 Jean 3:8 ; Hébreux 2:14). Satan et la mort agissent selon une loi de l'univers : aucun pécheur ne doit vivre et chaque créature doit être parfaite dans son propre plan d'existence. Le libérateur doit donc satisfaire cette loi, ce que les hommes déchus ne peuvent faire eux-mêmes. Dieu a condamné toute la race pour la désobéissance d'un seul homme et prévu un autre homme, sans péché, qui se donnerait « en rançon pour tous », de sorte que par l'obéissance d'un seul tous seraient justifiés (Romains 5:19). Comme « il n'y a point de juste, pas même un seul », et que l'homme a appris son impuissance, « sa détresse devint l'occasion de Dieu ». Le choisi est le chef de la création de Dieu, supérieur aux anges et aux archanges (Hébreux 1:5-8), « le commencement de la création de Dieu » (Apocalypse 3:14). Cette tâche n'est pas pénible pour lui : un être en parfait accord avec Jéhovah aime accomplir sa volonté, et l'amour pour l'humanité fait partie de la « joie qui lui était réservée » (Hébreux 12:2).[194]

Cette joie comprend aussi de conduire « plusieurs fils à la gloire », c'est-à-dire une partie de la race, le « petit troupeau ». Ceux qui sont conduits par l'esprit de Dieu sont fils de Dieu (Romains 8:14). Ils peuvent être comptés comme l'épouse du Christ et entrer dans la famille céleptienne, lui étant leur chef ou « capitaine de leur salut ». Le Christ doit aussi recevoir, en raison de son obéissance, un honneur plus élevé, jusqu'à partager la nature divine (Philippiens 2:8-9 ; Jean 5:23).[195]

Pour racheter l'homme, le Christ doit devenir un homme en tout point, de « chair et de sang » (Hébreux 2:14), un homme parfait placé là où Adam s'était tenu. Comme par un homme est venue la mort, par un homme vient la résurrection (1 Corinthiens 15:21). Il ne prend pas la nature des anges. Né d'une vierge, il est le fruit d'un acte créateur de Dieu comparable à la création d'Adam. Descendant d'Adam, il aurait été sous la malédiction de la mort et incapable de garder la loi. Il atteint la maturité légale à trente ans et offre sa vie parfaite en rançon, selon Hébreux 10:7. Son baptême dans l'eau représente en type sa mort et sa résurrection.[196]

Au baptême, la mort n'a pas encore eu lieu mais elle est tenue pour accomplie, comme pour les croyants lorsqu'ils s'engagent. Les pouvoirs de la nouvelle nature, ceux du corps spirituel qu'il aura à la fin, lui sont donnés dès la consécration de son corps humain. L'esprit descend et la voix céleste proclame Matthieu 3:17, ce qui marque sa nouvelle naissance au plan spirituel et à la nature divine. Dès lors, Jésus est un être double : l'homme extérieur, dont la vie est dépensée pour les autres, et l'être intérieur, divin, animé par l'esprit de Dieu (Jean 14:10 ; Jean 14:24). Il est le modèle du « petit troupeau », son épouse et son corps : les croyants doivent se livrer à Dieu et être baptisés dans sa mort pour être engendrés de l'esprit, la plénitude venant quand ils seront délivrés de la condition charnelle. Ceux qui sont conduits par l'esprit jusqu'à la mort deviennent fils de Dieu, Dieu opérant en eux « le vouloir et le faire » (Philippiens 2:13).[197]

Les lecteurs, « nouvelles créatures » en Jésus-Christ, sont invités à puiser du courage dans la vie du Maître : « Considérez celui qui a enduré contre sa personne une telle opposition de la part des pécheurs » (Hébreux 12:3). Gethsémané, Pilate, la croix, l'abandon de ses proches sont rappelés à ceux qui supportent l'hostilité du monde, d'autant que le Christ a été tenté en tout point comme eux, sans péché (Hébreux 4:15). Sa volonté humaine, bien que remise à Dieu au baptême, a ressenti la crucifixion et il a eu besoin de la « grâce pour être secouru dans le temps convenable » pour la maintenir en accord avec la volonté de l'être nouveau, le divin (Matthieu 26:39).[198]

Ce processus de mort dure les trois ans et demi du ministère, de la consécration au baptême jusqu'au cri de la croix : « Tout est accompli » (Jean 19:30). Ce cri ne désigne pourtant pas l'achèvement de l'expiation. Celle-ci, « le fait de rendre un deux parties » — Dieu d'un côté, l'humanité de l'autre —, demande deux choses. D'abord, la justice doit être satisfaite par une rançon donnée pour le pécheur, faute de quoi Dieu ne pourrait jamais reconnaître à l'homme le droit de vivre. Ensuite, l'homme doit être ramené à sa perfection originelle, à l'image de Dieu, pour être en accord avec la volonté divine. Cette œuvre commence avec Jésus et ne s'achève qu'à la fin du règne millénaire, quand il remet toutes choses au Père après avoir détruit toute opposition (1 Corinthiens 15:24-28). Le cri de la croix ne concerne que la première partie, le paiement de la rançon : la peine du péché d'Adam est acquittée, et le Christ est « victime expiatoire pour nos péchés, et non seulement pour les nôtres, mais aussi pour ceux du monde entier » (1 Jean 2:2).[199]

Ayant acheté la race de son propre sang, le Christ la possède : les hommes, pécheurs sans droit à la vie, sont des êtres rachetés contre lesquels la justice n'a plus de réclamation, et ils peuvent être rendus à la vie parfaite quand il le décide (Jean 5:28 ; Apocalypse 1:18). Pourtant, près de deux mille ans après le paiement, la mort règne toujours. Le Christ a un plan pour une partie des rachetés : par l'épreuve de la foi et de la patience, il forme et sépare du monde un « petit troupeau » qu'il associera à lui comme épouse. Ce peuple particulier, zélé pour les bonnes œuvres et marchant sur ses traces de renoncement, abandonne sa nature humaine, volonté et corps, et reçoit à la place la nature divine.[200]

Quand l'Église, corps du Christ, sera rendue parfaite par les souffrances et unie à lui, événement que la revue croit « si proche », commencent le grand œuvre et le règne du nouveau monarque de la terre, le second Adam. Il détient le pouvoir sur le mal depuis sa résurrection, mais ne l'exerce pas encore, car le mal est nécessaire au développement de son corps. Il prendra sa grande puissance et régnera lorsque l'Église sera complète (Apocalypse 11:17), ce qui est situé à la fin de l'âge de l'Évangile, au son de la septième trompette symbolique. Le Christ règne « aux siècles des siècles » (Apocalypse 11:15), avec le Père, et l'Église avec lui, « au-dessus de toute principauté ». Le règne exercé pour soumettre la terre se limite en revanche au temps nécessaire pour ramener toute la terre à l'accord avec Dieu : « il faut qu'il règne jusqu'à ce qu'il ait mis tous ses ennemis sous ses pieds », le dernier ennemi détruit étant la mort. Le Fils sera ensuite soumis à celui qui lui a tout soumis, « afin que Dieu soit tout en tous ».[201]

L'homme, rétabli dans sa domination première, sera reconnu comme seigneur par toute créature inférieure, et tout homme reconnaîtra « Jésus-Christ comme Seigneur, à la gloire de Dieu le Père » (Philippiens 2:11). Ainsi s'achèvera l'œuvre commencée au baptême de Jésus et terminée avec le règne millénaire (Apocalypse 20:6), qualifiée d'« at-one-ment » (réconciliation). Alors « la connaissance du Seigneur remplira toute la terre » et la volonté de Dieu s'accomplira sur la terre comme au ciel. Cette perspective découle du mot « rétablissement » et du raisonnement de Paul en Hébreux 2:6-9 : l'homme couronné de gloire a perdu sa domination, et au bout de six mille ans « nous ne voyons pas encore que toutes choses lui soient soumises ». Un commencement est visible dans le fait que « nous voyons Jésus », fait un peu inférieur aux anges pour « goûter la mort pour tous ». Si Paul vivait aujourd'hui, ajoute la revue, il dirait que l'Église, son corps, est presque complète, que l'âge de l'Évangile, celui des souffrances avec lui, s'achève et que l'âge millénaire, où l'on « vivra et régnera avec le Christ mille ans », se lève.[202]

Ceux qui espèrent faire partie de l'épouse se réjouissent du moment tout proche où ils seront changés, quittant la forme et la nature humaines pour devenir semblables au corps glorieux du Christ. Leur développement et leur changement, comme corps du grand libérateur, sont une condition préalable : la mort ne peut être détruite ni la race libérée avant qu'ils soient parfaits sur le plan spirituel, car « sans nous ils ne parviendraient pas à la perfection » (Hébreux 11:40). Le monde lui-même attend, même sans le savoir, « la manifestation des fils de Dieu » (Romains 8:19 ; Romains 8:22), le Soleil de justice qui se lève avec la guérison dans ses ailes.[203]

La terre aura donc connu quatre puissances dominantes : l'homme sous Dieu, la mort et le mal sous Satan, la justice sous le Christ, puis de nouveau l'homme sous Dieu une fois rétabli. Dans les deux règnes intermédiaires, ceux de Satan et du Christ, les souverains sont invisibles et leur pouvoir ne se reconnaît qu'à ses effets. Le diable, « prince de ce monde », a dégradé l'homme en tout, et son succès est visible dans le péché, la misère et la mort, ses agents étant ses serviteurs (Romains 6:16). « Nous affirmons que toutes les personnes, institutions ou gouvernements qui aident l'œuvre de mort et de dégradation et l'oppression du droit et de la vérité sont les agents de Satan ».[204]

Dieu range tous les gouvernements actuels de la terre parmi ceux de Satan, qui ne tolérerait aucun gouvernement en désaccord avec lui tant qu'il garde le contrôle, c'est-à-dire jusqu'à la fin de l'âge, quand le Rédempteur prendra sa grande puissance. Israël fait exception parmi les nations (« Je n'ai connu que vous parmi toutes les familles de la terre », Amos 3:2), la revue l'expliquant par son rôle de type du véritable Israël spirituel, l'Église, dans le monde sans être du monde. Mais Dieu a abandonné cette nation comme les autres lors de la captivité à Babylone, par la parole adressée au dernier prince régnant : « Ôte le diadème, enlève la couronne… je la renverserai, renverserai, renverserai, jusqu'à ce que vienne celui à qui appartient le jugement, et je lui donnerai la couronne » (Ézéchiel 21:27), c'est-à-dire au Christ.[205]

Dieu montre alors à Nebucadnetsar le gouvernement humain sous la forme d'une grande statue : la tête est le gouvernement de Nebucadnetsar, la poitrine et les bras le gouvernement médo-perse, le ventre et les cuisses le gouvernement grec, les jambes et les pieds le dernier gouvernement terrestre, l'Empire romain, qui continue sous une forme divisée. Il sera suivi du Royaume du Messie, le royaume des cieux, qui « brisera et consumera tous ces royaumes » (non les peuples) et subsistera éternellement (Daniel 2:44). Pour l'homme naturel, ces royaumes ont paru glorieux et sont encore vantés par le monde, leurs hauts faits de sang et de violence étant célébrés dans la prose et les vers. Leur histoire est présentée comme une suite de crimes et de morts, chaque héros réclamant plus d'honneur que le précédent pour avoir massacré plus de semblables et fait plus de veuves et d'orphelins. Dieu les montre au prophète Daniel sous la forme de bêtes (Daniel 7), car ce sont des gouvernements « bestiaux » qui représentent bien, par leur pouvoir de mal et de mort, leur maître le diable.[206]

Le quatrième gouvernement, l'Empire romain, est si lié à Satan que, dans l'Apocalypse, Jésus le désigne presque toujours par « le dragon », « le serpent ancien, qui est le diable et Satan », c'est-à-dire par les noms de son prince.[207]

Dieu laisse le mal triompher pour le moment et s'en sert pour punir le péché, mais il le garde sous sa direction : il « fait servir la colère de l'homme à sa louange » et retient ce qui en reste. Les inventions et les arts des trois derniers siècles (machines, imprimerie, vapeur, électricité) sont présentés comme des moyens que Dieu prépare pour bénir l'humanité pendant le règne de justice à venir. Ils éclairent déjà l'intelligence et, en rendant les hommes plus dépendants les uns des autres, favorisent la sympathie et la fraternité.[208]

Ces progrès ne sont cependant que des secours temporaires. Satan peut encore dresser les nations les unes contre les autres sous prétexte d'honneur, et les armées permanentes sont plus nombreuses et mieux préparées à la destruction mutuelle qu'à aucune autre époque. La science n'apporte pas encore ses bienfaits futurs parce que l'avarice (l'égoïsme) a chassé l'amour et la bienveillance : le capital et le pouvoir s'unissent pour opprimer les pauvres, qui méprisent et envient les riches. Les masses, qui s'instruisent, cherchent à s'unir pour se protéger, surtout en Europe, où rois, empereurs, nobles et propriétaires vivent dans le luxe pendant que d'autres survivent avec de la farine, des pommes de terre et du sel. Tout le reste de leur gain sert à payer l'impôt qui nourrit des gouvernements corrompus, comparés à de grands furoncles qui absorbent la force de l'humanité. Satan règne donc toujours et change seulement de tactique.[209]

Selon la Parole de Dieu, le nouvel âge s'ouvrira par un soulèvement général de l'humanité et le renversement des gouvernements. Dans ce combat, le Christ et ses saints d'une part, Satan et ses anges d'autre part, auront chacun une armée sur terre. Celle de Satan sera formée des rois, des chefs, des riches et des puissants (Apocalypse 19:19). Le Christ prendra le parti des opprimés, qui serviront en partie d'agents de leur propre libération.[210]

Capital et travail

Les préparatifs de cette période de détresse sont décrits comme visibles partout. Aux États-Unis, pays pourtant moins opprimé que d'autres, le capital et le travail se dressent l'un contre l'autre : le travail craint d'être écrasé s'il ne s'organise pas, le capital craint de perdre sa suprématie. À l'étranger, les nihilistes de Russie, les partisans de la Ligue agraire et les libéraux de Grande-Bretagne et d'Irlande, les socialistes et communistes d'Autriche, d'Allemagne et de France confirment ce que la foi a vu dans la prophétie : « le jour du Seigneur est un jour de détresse », et l'on est dans la « moisson » de l'âge de l'Évangile, le principal moissonneur étant présent et la séparation du blé et de l'ivraie s'opérant dans l'Église.[211]

La restauration

La troisième dynastie de la terre, comme la deuxième, sera le gouvernement d'une puissance invisible agissant par des agents visibles. Satan règne aujourd'hui sans être vu ; alors « le Christ de Dieu » régnera de même. Au péché succédera la justice, et tout homme qui se mettra en accord avec la vérité sera compté comme serviteur de Dieu. Les royaumes de ce monde, renversés (Daniel 2:44), seront rétablis sur des principes de justice et d'équité, fondés sur l'amour de Dieu et du prochain.[212]

La première nation de la terre à cette époque sera Israël selon la chair, élevé au-dessus des autres, « la joie de toute la terre ». Les autres nations viendront ensuite, selon leur conformité à la loi du Royaume. La lumière émanant de la ville spirituelle, l'Église, la Nouvelle Jérusalem (Apocalypse 21), bénira tous les peuples. Après avoir détruit toute opposition et amené les hommes à la perfection, le troisième empire laissera place au quatrième, qui est le premier rétabli : l'homme seigneur de la terre, lui-même parfaitement soumis au Roi des rois, pour que « Dieu soit tout en tous ».[213]

Christ, notre propitiation

Certains soutiennent que le mot « propitiation » signifie seulement que Jésus fut le canal par lequel Dieu accorda son pardon, le « propitiatoire » ou lieu de miséricorde. Selon eux, l'idée admise d'une satisfaction ou d'un apaisement pour les péchés serait fausse. Ils s'appuient sur le fait que le même mot est rendu par « propitiation » en Romains 3:25 et par « propitiatoire » en Hébreux 9:5.[214]

La revue s'oppose à cette lecture, qu'elle juge contraire à ce que savent les hellénistes. En 1 Jean 2:2 et 1 Jean 4:10, le mot grec est hilasmos, défini par de bons spécialistes comme « ce qui apaise ». Ce sont les deux seuls emplois du mot dans la Bible, et aucune traduction connue n'emploie un autre terme que « propitiation ». La revue cite le dictionnaire de Webster : « l'acte d'apaiser la colère et de gagner la faveur d'une personne offensée ». À la lumière de cette définition, elle conclut qu'un rédempteur et une rançon étaient nécessaires.[215]

Pour Hébreux 9:5 et Romains 3:25, le mot grec est différent, hilasterion, mais apparenté au premier. Young le traduit par « lieu d'apaisement ». Dans le Tabernacle, le couvercle d'or de l'Arche recevait le sang du sacrifice pour le péché, que Dieu acceptait en satisfaction pour les péchés des sacrificateurs inférieurs et d'Israël (type de l'Église et du monde). Ce couvercle s'appelait « propitiatoire » parce que, par disposition divine, la miséricorde y était obtenue. L'hébreu kapporeth signifie « lieu de couverture (du péché) ». Le texte cite aussi la traduction de Rotherham : « que Dieu a destiné à être un couvercle propitiatoire par la foi en son sang ».[216]

Considérez-le

Tous les regards se sont tournés vers Jésus de Nazareth : quatre mille ans d'attente d'un libérateur annoncé par les prophètes et chanté par les poètes, puis presque deux mille ans de questions. Fils d'une humble mère, enfant remarquable par son intelligence et son intégrité, homme de trente ans sortant de l'obscurité, il rassemble en trois ans et demi quelques disciples, avant une mort brutale qui ruine leur espoir : « Nous espérions que c'était lui qui délivrerait Israël. » Ses paroles frappaient ses auditeurs (« Jamais homme n'a parlé comme cet homme »). Certains le prenaient pour un prophète ressuscité, d'autres pour le grand Prophète promis, d'autres pour un imposteur et un fanatique, alors qu'il se disait Fils de Dieu et Christ. Aucun autre personnage de l'histoire n'a attiré une telle attention, alors que sa carrière fut brève et sans aucun signe de grandeur mondaine.[217]

Le premier chapitre de l'Évangile de Jean sert de base. Le mot grec logos, rendu par « Parole » aux versets 1 et 14, signifierait plutôt « intention », « plan », « dessein » ou « expression ». Des emplois du même mot sont cités en ce sens : Actes 10:29, Actes 4:29, Actes 8:4, Actes 18:11, Marc 4:20 et Matthieu 24:35. Jean 1:1 se comprend alors ainsi : au commencement, quand Jéhovah seul existait, il y avait le plan de Dieu, formé dans sa pensée avant toute expression (Luc 14:28-31 ; Apocalypse 4:11). « La Parole était avec Dieu » : le plan n'existait encore que dans sa pensée.[218]

« La Parole était Dieu » : le terme logos s'applique aussi à l'expression du plan. Celui-ci s'est exprimé pour la première fois dans la création de « celui qui est le commencement de la création de Dieu », « premier-né de toute la création » (Apocalypse 3:14 ; Apocalypse 1:5 ; Colossiens 1:15), qui devint ensuite l'homme Jésus. Exalté à la nature divine, il s'appelle encore « la Parole de Dieu » (Apocalypse 19:13). Cet être est appelé « un dieu », car le mot signifie « puissant », mais pas toujours le Tout-Puissant. Il traduit quatre mots hébreux (el, ellah, elohim, adonai) et s'applique au Père, à Jésus, aux anges et aux hommes (Deutéronome 10:17 ; Genèse 32:24 ; Genèse 32:30 ; Juges 13:21-22 ; Exode 7:1). Dans le Psaumes 82, le premier « Dieu » désigne Jéhovah, les autres « dieux » désignent l'Église, les fils de Dieu, dont Jésus est le chef (Jean 10:35). Le nom « Jéhovah », lui, est propre au Père et n'est jamais appliqué à un autre (Exode 6:3) ; la version courante le perd en le rendant par « le Seigneur ».[219]

Le Fils est appelé « la Parole » parce que Jéhovah a révélé son plan par lui. La revue évoque une coutume orientale : un officier, dit « la Parole » ou « la Voix » du roi, se tenait sur les marches du trône et transmettait aux juges et aux serviteurs les ordres que le roi donnait derrière un rideau. Le mot désigne d'abord le plan de Dieu, puis le messager de ce plan.[220]

Aux versets 2 et 3, le Fils, premier et principal des créatures de Jéhovah, est l'agent par lequel tout a ensuite été créé. Jéhovah n'a pas de commencement (Psaumes 90:2) : le « commencement » désigne celui de la création. « En lui était la vie » ne signifierait pas que l'agent de la création possédait la vie, ce qui serait évident. Le Fils avait quitté sa gloire préhumaine et était devenu homme ; à trente ans, il a consacré son être humain à la mort et reçu les arrhes de son exaltation, l'engendrement de l'esprit à la nature divine, à laquelle il naît dans la résurrection. Cette vie divine, il ne l'avait jamais possédée avant. La revue renvoie au livre Food for Thinking Christians (« Nourriture pour les chrétiens qui réfléchissent »), p. 134.[221]

« Cette vie était la lumière des hommes » : elle luit dans les ténèbres, que les ténèbres n'ont pas saisie. Le monde n'a pas connu Jésus et les siens, la nation juive, ne l'ont pas reçu (versets 10-11). Pourtant « la vraie lumière éclaire tout homme venant dans le monde » (verset 9). Cette lumière n'a pas encore éclairé tout homme : elle n'éclaire que ceux qui l'ont reçu et ont cru en son nom (verset 12), auxquels il donne le privilège de devenir fils de Dieu s'ils suivent ses traces en sacrifiant la nature humaine. Pendant tout l'âge de l'Évangile, ces croyants sont des « lumières dans le monde » (Philippiens 2:15), mais le monde ne comprendra pas tant que Jésus et tous les membres de la compagnie des vainqueurs, la Cité céleste (Apocalypse 21:2), ne seront pas « une ville située sur une montagne » qui ne peut être cachée (Matthieu 5:14). Cette ville sera établie au sommet des montagnes, toutes les nations y afflueront (Ésaïe 2:2) et marcheront à sa lumière (Apocalypse 21:24). La lumière du Christ divin, tête et corps, éclairera alors tout homme. Les versets 6, 7, 8 et 15 sont donnés comme preuve de cette interprétation : Jean vient six mois avant le baptême de Jésus et son engendrement à la nature divine, et annonce celui qui vient après lui et « était avant lui ».[222]

Jésus était déjà venu comme homme et existait avant Jean, non comme homme, puisque Jean avait six mois de plus, mais dans sa condition préhumaine glorieuse. Il vient « après » la prédication de Jean au moment de sa consécration et de son baptême typique, comme l'Oint, le Christ, Fils engendré de Dieu et lumière du monde.[223]

Au verset 14, « la Parole a été faite chair » : le texte revient sur ce que le verset 3 disait de la gloire préexistante et sur ce que le verset 4 disait de la vie divine destinée à éclairer tous les hommes. Il raconte comment le Fils a quitté la gloire qu'il avait auprès du Père, renoncé à son être spirituel et est devenu homme. « Nous avons contemplé sa gloire », celle de son humanité parfaite, qui brillait tant par contraste avec les hommes imparfaits qu'il semblait le fils unique d'un être parfait. Il était en effet une nouvelle création de Dieu, la seconde création humaine directe après Adam : Jésus est né de la vierge Marie, comme Adam de la terre vierge. Une note précise que la vie de Jésus ne lui vient pas d'Adam mais de son Père, Dieu, de sorte qu'elle était parfaite et non perdue ; il n'a pas été plus souillé par Marie qu'Adam par la poussière dont il fut formé.[224]

Parfait, Jésus était « plein de grâce (faveur) et de vérité » et jouissait de la faveur constante de Dieu, qui lui faisait connaître ses plans. Les croyants ont reçu de cette plénitude (verset 16), parce qu'ils sont justifiés par la foi en son sang. Jésus les fait passer de la condamnation à la faveur et à la communion avec Dieu, « justifiés gratuitement de toutes choses ». « Grâce pour grâce » désigne deux faveurs successives : d'abord la justification par la foi, qui fait passer de l'état de rebelle à celui de justifié ; puis l'appel à partager la nature divine, à devenir héritier de Dieu et cohéritier de Jésus en souffrant avec lui (Romains 5:2).[225]

Le verset 17 oppose l'âge juif à l'âge de l'Évangile. Dans le premier, seule la Loi fut donnée, ombre des biens à venir, qui ne pouvait donner la vie faute d'hommes capables d'en remplir les exigences. La « grâce » est le paiement de la rançon, et la « vérité » la connaissance du plan de Dieu et de l'appel qui s'y révèle. Ces deux faveurs viennent par Jésus-Christ, dont l'apparition « a mis en lumière la vie (le « rétablissement » de l'humanité à la perfection) et l'immortalité (la haute vocation des croyants) » (2 Timothée 1:10). Cette grâce et cette connaissance appartiennent à l'âge de l'Évangile seulement. Le chapitre présente ainsi la biographie de la Parole, d'abord être spirituel glorieux, puis homme parfait, aujourd'hui divin immortel « souverainement élevé », que tous doivent honorer comme le Père. La revue cite deux vers selon lesquels le monde entier l'aimerait s'il le connaissait, et annonce l'aube du jour où cette connaissance remplira la terre. Les croyants sont invités à considérer l'amour du Père qui les appelle fils de Dieu avec lui (1 Jean 3:1).[226]

Pourquoi cette exaltation

Pourquoi une créature de Dieu est-elle élevée si haut au-dessus des autres ? Paul répond que Dieu a le droit de faire un vase pour un usage plus honorable et un autre pour un usage moindre, et de montrer les richesses de sa gloire sur les vases préparés pour la gloire (Romains 9:21-23). Les anges sont parfaits sur leur plan d'existence, les hommes sur un plan un peu inférieur, Jésus plus haut encore, et chacun se réjouit de sa perfection pour la gloire de Dieu.[227]

L'exaltation supplémentaire de Jésus s'explique par un principe du gouvernement de Dieu, rappelé par Jésus et Pierre : « Dieu résiste aux orgueilleux, mais il fait grâce aux humbles », et « quiconque s'élève sera abaissé ». Un être élevé au-dessus des autres l'est pour leur bénédiction et leur service : « Le plus grand parmi vous sera votre serviteur » (Matthieu 23:11-12). Paul oppose l'orgueil et l'ambition de Satan, qui voulut s'élever au-dessus des étoiles (fils) de Dieu et usurper le trône de Jéhovah, à l'humilité de Jésus qui, « existant en forme de Dieu » (un puissant être spirituel), ne songea pas à une usurpation pour être semblable à Dieu, mais se dépouilla, prit la forme d'un esclave, se fit semblable aux hommes, s'humilia et fut obéissant jusqu'à la mort sur la croix (Philippiens 2:6-8, traduction du Diaglott). C'est « pourquoi » Dieu l'a souverainement élevé. Une note donne plusieurs traductions du mot grec harpagmon (Clarke, Stuart, Sharpe, Kneeland, Dickenson, Turnbull) et retient celle de Turnbull, adoptée par l'Emphatic Diaglott : « ne médita pas une usurpation ».[228]

Après sa résurrection, Jésus déclare : « Tout pouvoir m'a été donné dans le ciel et sur la terre. » Le poids éternel de sa gloire est d'autant plus grand qu'il n'est pas Jéhovah, mais seulement son agent honoré, qui lui obéit pleinement. Les paroles à Jean à Patmos (Apocalypse 1:8 ; Apocalypse 1:11 ; Apocalypse 1:18) se comprennent alors : « Je suis l'alpha et l'oméga… le Tout-Puissant », tout-puissant parce que Jéhovah lui a donné tout pouvoir ; il détient « les clefs de la mort et du séjour des morts ». Tout le plan de Jéhovah s'accomplit en lui, alpha à la création et oméga dans l'avenir révélé.[229]

L'exemple de l'humiliation puis de l'exaltation de Jésus doit éviter aux croyants de se lasser. Ils sont appelés à devenir son épouse et à être cohéritiers de celui que Dieu a établi héritier de toutes choses. Apprécier cet appel, c'est se défaire de tout fardeau ; s'humilier sous la main de Dieu, c'est s'assurer d'être élevé en temps voulu pour être « l'épouse, la femme de l'Agneau » (1 Pierre 5:6 ; Apocalypse 21:9). Avec cette espérance, les lecteurs sont exhortés à traîner leur réputation terrestre dans la poussière, à accepter joyeusement la perte de leurs biens, à garder leurs vêtements sans tache du monde et à rendre leur appel certain en étant « fidèles jusqu'à la mort ».[230]

Un devoir pénible

Moins d'un an plus tôt, et à plusieurs reprises depuis, la revue a recommandé chaleureusement à ses lecteurs le périodique Zion's Day Star. Cette recommandation est désormais regrettée, car elle oblige à déclarer le contraire.[231]

Les Étudiants de la Bible ne rompent pas la communion avec des chrétiens pour de simples différences d'opinion. La limite est franchie quand on nie le fondement du christianisme : ceux qui le font deviennent « ennemis de la croix de Christ » (Philippiens 3:18). Au moment de la recommandation, le Day Star enseignait que la mort de Jésus était le prix de la rançon payée pour libérer l'humanité du péché et de sa peine, la mort. Son rédacteur avait même refusé les articles d'un correspondant du Michigan qui rejetait l'idée d'être « achetés à un prix, le sang précieux du Christ ». Le Day Star s'est depuis rangé du côté de ceux qui nient que le Seigneur les ait achetés.[232]

Le Day Star affirme aussi que Jésus était fils de Joseph autant que de Marie. Il en découle que Jésus était pécheur comme tout homme, marqué par l'imperfection et la malédiction d'Adam, et « enfant de colère » par nature. Il ajoute que la différence entre Jésus et les membres de son corps est moins grande qu'on ne le suppose, ce qu'il appelle une « grande vérité ». Il laisse en outre entendre que les premiers chapitres de Matthieu et de Luc sont des ajouts papaux destinés à prouver l'« immaculée conception ».[233]

Ces insinuations sont contestées : les manuscrits les plus anciens et les plus sûrs contiennent ces chapitres, qui rapportent la conception miraculeuse et la naissance de Jésus, accomplissement de la prophétie de la vierge qui concevra et enfantera Emmanuel. Déclarer interpolé tout texte qui contredit une théorie détruirait la Bible comme enseignement. Une note annonce que la revue prépare, à bas prix, un Nouveau Testament indiquant les variantes et omissions des trois plus anciens manuscrits grecs : le Sinaïtique, le Vatican et l'Alexandrin. L'Emphatic Diaglott donne déjà les variantes du Vatican en notes, mais il était prêt à imprimer avant que le texte complet du Sinaïtique soit disponible.[234]

Que le Day Star ne professe pas les formes les plus ouvertes d'incrédulité ne le rend pas moins nuisible. Les apôtres parlent peu de l'incrédulité du monde, mais avertissent souvent de ceux qui introduiront l'incrédulité dans l'Église en secret. Pierre annonce de faux docteurs qui « introduiront en secret des hérésies de destruction, reniant même le Maître souverain qui les a achetés » (2 Pierre 2:1, traduction littérale du Diaglott).[235]

Le rédacteur de la Tour de Garde prévoit d'être accusé d'intolérance et de mauvais motifs. Il répond que son affection pour le rédacteur du Day Star reste vive et que ces lignes lui coûtent plus à écrire qu'elles ne coûtent à lire. Il s'en remet au jugement du Seigneur, comme Paul (1 Corinthiens 4:3-4). D'autres publications enseignent à peu près la même chose sans être combattues publiquement. Si le Day Star revenait au fondement de la foi, la rançon donnée pour les péchés, il serait de nouveau mentionné avec approbation. La revue se dit neutre sur aucune doctrine, mais favorable à la largeur d'esprit envers tous les chrétiens qui bâtissent sur le Christ, même mal. Ici, la rançon est en cause : se taire aurait été plus facile, mais le devoir envers Dieu a primé.[236]

L'ennemi

Des lecteurs ont demandé ce que signifiait, dans une lettre publiée en octobre, la maladie « voulue pour le mal par l'ennemi », et qui est cet ennemi. Le rédacteur explique que cette question s'explique par l'enseignement courant selon lequel la maladie et la mort relèvent de la Providence de Dieu, comme le disent les pasteurs aux enterrements. Il précise que la lettre n'avait pas été rédigée pour la publication. Elle disait que la maladie, la douleur et les ténèbres, bien que voulues pour le mal par l'ennemi, font partie des « toutes choses » qui concourent au bien.[237]

L'ennemi est Satan. Dans le livre de Job, il souhaite que Dieu frappe Job pour ruiner sa confiance ; Dieu ne le fait pas, mais permet à Satan d'agir tout en consolant et en fortifiant Job. Jésus guérit ceux qui étaient « sous l'empire du diable » (Actes 10:38), l'adversaire rôde comme un lion rugissant (1 Pierre 5:8) et le diable a le pouvoir de la mort (Hébreux 2:14). Satan est donc la cause de la maladie, de la douleur et de la mort. Il ne fait jamais de bien : selon l'estimation de Dieu, les agents sont jugés sur ce qu'ils ont l'intention de faire, non sur ce qu'ils accomplissent (Matthieu 5:28 ; 1 Jean 3:15). L'œuvre de Satan, la maladie et la douleur, aboutit à la mort. Ce qui sauve est la foi en la sagesse et l'amour du Père, qui retire le croyant de la ruine, et c'est ce que Paul veut dire en parlant de la « légère affliction du moment » qui produit un poids éternel de gloire (2 Corinthiens 4:17-18).[238]

Il ne faut donc jamais présenter la maladie, la douleur et la mort comme des manifestations de la providence de Dieu, alors que Jésus a consacré une grande part de son temps à les défaire. Elles manifestent l'envie et la malice de Satan, dont l'œuvre est une ruine totale ; toute l'espérance repose sur la résurrection. « Le Fils de Dieu a paru afin de détruire les œuvres du diable » (1 Jean 3:8). La résurrection du Christ et le soutien de l'esprit dans la souffrance garantissent la destruction finale de l'ennemi et la libération de la mort : ce sont les arrhes de l'héritage jusqu'à la rédemption de la possession acquise (Éphésiens 1:14). L'auteur compare avec un ennemi qui arracherait un jeune arbre fruitier pour le tuer : si le propriétaire le replantait et y greffait de meilleurs fruits, l'ennemi n'aurait droit à aucun remerciement.[239]

À l'objection de Hébreux 12:6 (« Celui que le Seigneur aime, il le châtie »), la réponse est que « châtier » signifie instruire et former : Dieu transforme les souffrances en bénédictions par l'action consolante de son esprit. Quand un fils s'égare ou néglige son devoir, il perd la paix de l'esprit, pleure, se repent, revient à la volonté de Dieu et retrouve son sourire : il a été « corrigé ». Mais l'Écriture ne donne aucun appui à l'idée que le Père inflige des peines corporelles, envoie la douleur ou la mort.[240]

Quant à Ésaïe 53:4, il dit que les hommes ont estimé le Christ « frappé de Dieu et affligé », alors qu'il portait leurs souffrances. De même, ceux qui souffrent avec le Christ et complètent ses afflictions sont souvent crus « frappés de Dieu », comme les amis de Job le pensaient de lui. Selon l'auteur, J. C. Sunderlin, toute souffrance physique du « corps du Christ » vient de Satan, mais est tournée en instruction et en discipline, au profit du monde dans l'âge à venir, les futurs dirigeants ayant éprouvé les infirmités du monde.[241]

Colonisation de la Palestine

Un extrait du Jewish Chronicle défend le mouvement de colonisation juive. Il le juge irrésistible : à défaut de l'arrêter, il faut le guider. Les Juifs tiennent depuis près de deux mille ans que l'achèvement de leurs souffrances viendra avec la possession de la terre de leurs pères. Le retour ne se fera pas par des moyens mystérieux étrangers à l'action des hommes : Dieu agit par la volonté humaine, et les prophéties s'accompliront par des volontés et des énergies humaines. Quelques colonies en Palestine peuvent paraître un petit projet, mais de tels débuts engendrent souvent de grands événements et rappellent la possibilité d'un retour plus large.[242]

Le Dr Abbott sur l'« immortalité conditionnelle »

Lyman Abbott, rédacteur du Christian Union, déclare dans un éditorial qu'il croit probable la doctrine de l'immortalité conditionnelle et de l'anéantissement des méchants incorrigibles. Il ne voit dans le Nouveau Testament aucun visage menaçant ni cri de rage montant d'une prison de désespoir lors du triomphe final du Christ. Il juge de plus en plus étrangère à la Bible l'idée d'un péché sans fin et se réjouit de l'espérance d'un temps où la « terrible tragédie du péché et de la douleur » prendra fin. Si l'on croit à la condamnation sans espoir des pécheurs incorrigibles et à la gloire intacte du royaume d'amour, conclut-il, il faut croire à leur anéantissement.[243]

Abbott observe que le feu, dans la Bible, symbolise d'ordinaire la destruction et non le tourment : la paille, l'ivraie et l'arbre stérile sont jetés au feu pour être détruits. Le feu de l'enfer du Nouveau Testament est celui de la géhenne, entretenu hors des murs de Jérusalem pour détruire les ordures de la ville ; le ver qui ne meurt pas et le feu qui ne s'éteint pas sont des emblèmes de destruction. Il ne trouve rien qui autorise à croire que Dieu maintienne ses créatures en vie pour toujours afin qu'elles demeurent dans le péché et la misère. L'immortalité est un don de Dieu par Jésus-Christ, que seul peut revêtir celui qui devient participant de la nature divine ; la vie éternelle est une vie éternelle, la mort éternelle une mort éternelle, la destruction éternelle une destruction sans remède. Abbott tient cette lecture pour la plus naturelle et la plus simple.[244]

Questions et réponses

À la question de savoir s'il faut voter ou exercer une charge publique, la réponse invoque la parole de Jésus : « Rendez à César ce qui est à César, et à Dieu ce qui est à Dieu » (Matthieu 22:21). Celui qui a changé d'allégeance du monde vers le ciel, qui n'est « pas du monde » et dont « le droit de cité est dans les cieux » (Jean 17:16 ; Philippiens 3:20), est étranger et pèlerin, et ne doit réclamer que les faveurs accordées aux étrangers. Celui qui est entièrement consacré à Dieu n'a ni temps ni influence à consacrer à la politique. Les gouvernements actuels étant ceux du « prince de ce monde », appelés à être brisés pour faire place au Royaume de Dieu, le croyant n'a plus de raison de s'y mêler. Le « petit troupeau » est de toute façon trop petit pour que ses votes comptent : le monde doit gérer son gouvernement pendant que les croyants attendent le leur.[245]

Sur Hébreux 6:4-6, la réponse est que Jésus est mort non pour permettre de pécher volontairement, mais pour libérer la race humaine de la condamnation et de la faiblesse subies sans l'avoir voulu à la suite de la chute d'Adam. Son sacrifice couvre tous les péchés qui découlent de la faiblesse et de l'ignorance héritées d'Adam. En revanche, aucun espoir n'est offert, ni dans cet âge ni dans le suivant, à ceux qui, pleinement éclairés, ayant goûté la bonne parole de Dieu et les puissances de l'âge à venir, pèchent volontairement et rejettent sciemment le Fils de Dieu et son sang purificateur. Ceux-là méritent la seconde mort : avec mille occasions, ils resteraient probablement des adversaires de Dieu, comme Satan, qui malgré toutes les manifestations de la bonté de Dieu reste un adversaire.[246]

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Références

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  113. ↑ ZYGMUNT Joseph, Jehovah's Witnesses: A study of symbolic and structural elements in the development and institutionalization of a sectarian sect, thèse, 1967, p. 384. Original : « thoroughly versed in the group's doctrine and Scripture and possessed writing skills which Russell himself could hardly match, she was amply trusted to act as spokesman and editor on doctrinal and moral issues. »
  114. ↑ « Une lecture biblique : l'expiation », p. 416
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  232. ↑ La Tour de Garde de Décembre 1882, p. 423
  233. ↑ La Tour de Garde de Décembre 1882, p. 423
  234. ↑ La Tour de Garde de Décembre 1882, p. 423
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  238. ↑ La Tour de Garde de Décembre 1882, p. 423
  239. ↑ La Tour de Garde de Décembre 1882, p. 424
  240. ↑ La Tour de Garde de Décembre 1882, p. 424
  241. ↑ La Tour de Garde de Décembre 1882, p. 424
  242. ↑ La Tour de Garde de Décembre 1882, p. 424, citant le Jewish Chronicle
  243. ↑ La Tour de Garde de Décembre 1882, p. 424, citant le Christian Union
  244. ↑ La Tour de Garde de Décembre 1882, p. 424, citant le Christian Union
  245. ↑ La Tour de Garde de Décembre 1882, p. 424
  246. ↑ La Tour de Garde de Décembre 1882, p. 424

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