George Stetson
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George Washington Stetson (1814–1879) était un médecin, enseignant et prédicateur adventiste américain qui joua un rôle déterminant dans la formation doctrinale du jeune Charles Taze Russell, fondateur du mouvement des étudiants de la Bible dont sont issus les Témoins de Jéhovah. Proche collaborateur de Jonas Wendell et associé de George Storrs, il fut l'un des principaux vecteurs de transmission des doctrines adventistes au groupe d'Allegheny.
Biographie
Origines et conversion
George Washington Stetson naquit en 1814. Les sources le signalent successivement comme receveur des postes à Olena, près de Norwalk (Ohio), puis comme médecin à New London, dans le même État, entre 1851 et 1855.[1]
C'est un sermon d'un prédicateur calviniste, décrivant le sort des nourrissons non baptisés condamnés aux tourments de l'enfer, qui détermina son orientation religieuse : horrifié par cette doctrine, il choisit d'adhérer à l'Église méthodiste.[2]
Engagement dans l'adventisme
On ignore la date précise à laquelle Stetson adopta les croyances adventistes. Deux lettres qu'il adressa au périodique Crise Mondiale (World's Crisis) en 1861 le présentent comme nouvellement intéressé par ces idées. En 1866, il évoqua des expériences vécues « durant les dix dernières années », ce qui ferait remonter son engagement vers 1856.[3]
Dès 1863, il dirigeait à Norwalk (Ohio) une congrégation en association avec Jonas Wendell.[4] La situation confessionnelle de Stetson était caractéristique des ambiguïtés du milieu adventiste de l'époque : en 1864, il prêcha dans une congrégation dite Église du Christ rattachée aux adventistes de l'Âge à venir, à Fairfield (Ohio) ; en 1865, il était brièvement pasteur chrétien-adventiste à Norwalk. En 1867, il collabora avec Wendell et fut élu pasteur d'une congrégation commune.[5]
Cette position à cheval sur plusieurs courants suscita des tensions. En 1866, il dut répondre par lettre à Miles Grant, éditeur du World's Crisis, qui l'accusait de ne recevoir que des prédicateurs de l'Âge à venir. Stetson déclara qu'il accueillait tous ceux qui enseignaient que le Christ est mort pour les péchés de l'humanité, et que le caractère chrétien constituait le seul critère d'appartenance — tout en admettant que les trois quarts de ses membres appartenaient effectivement au courant Âge à venir.[6]
En 1863, les doctrines officiellement adoptées par sa congrégation de Norwalk étaient les suivantes : le retour personnel et le règne millénaire du Christ sur la Terre ; la résurrection des justes et la transformation des saints vivants en immortels au début du millénaire ; l'inconscience comme état intermédiaire entre la mort et la résurrection, pour les justes comme pour les méchants ; la seconde mort — extinction éternelle de l'être — pour les impies qui refuseraient le Christ ; et une opportunité de salut pour ceux qui seraient morts dans l'ignorance du plan divin.[7]
Activité à Allegheny et rencontre avec Russell
En 1872, Stetson était à Allegheny (Pennsylvanie) où il secondait le pasteur George Darby Clowes dans la consolidation de la congrégation locale. Dans une lettre publiée le 27 août 1872 par l'Advent Christian Times, il écrivait qu'il avait été appelé à Pittsburgh dix mois plus tôt, que les réunions se tenaient chaque dimanche à Quincy Hall et qu'on pourrait citer « dix ou douze » frères particulièrement actifs.[8] Le Crise Mondiale du 11 décembre 1872 le mentionne parmi les animateurs de réunions religieuses, indiquant qu'il officiait « chaque dimanche matin et soir » au Quincy Hall, 127 Lacock Street, Allegheny.[9] Cette congrégation ne doit pas être confondue avec la classe biblique que Russell réunissait à la même époque : Schulz et de Vienne montrent que c'étaient deux groupes distincts (voir Premier Cercle d'Allegheny).[10]
C'est à cette époque que Stetson devint un mentor intellectuel pour Russell. Russell lui-même en témoigna rétrospectivement dans son « article autobiographique », en mentionnant « avec reconnaissance l'aide rencontrée auprès des frères George Stetson et George Storrs » et en précisant que « l'étude de la Parole de Dieu avec ces chers frères nous amena pas à pas dans des pâturages plus verts ».[11]
De fin août 1872 à mai 1873, Stetson œuvra pour une congrégation se donnant le nom d'Église de Dieu chrétienne adventiste (Advent Christian Church of God), appellation combinant les deux dénominations adventistes principales.[12]
Collaboration avec Wendell et ministère à Edinboro
Une lettre publiée le 23 avril 1873 dans le Crise Mondiale signale que Jonas Wendell avait collaboré avec Stetson l'hiver précédent, leur coopération ayant permis de revigorer la congrégation d'Edinboro (Pennsylvanie).[13] Stetson prononça l'oraison funèbre de Wendell lors de ses obsèques en août 1873.[14]
À partir de mai 1873 et jusqu'à sa mort, Stetson exerça la fonction de pasteur à Edinboro, où il attira 58 nouveaux membres.[15]
Mort et obsèques
George Washington Stetson mourut le 9 octobre 1879 à son domicile d'Edinboro.[16] Ses obsèques rassemblèrent quelque 1 200 personnes, dont les pasteurs des environs. Sa dernière volonté avait été que Charles Taze Russell prononçât son oraison funèbre — ce que ce dernier fit, avec l'approbation de la communauté chrétienne-adventiste qui désignait alors Russell comme « frère C.T. Russell, de Pittsburgh ».[17]
Doctrines
La résurrection universelle
Stetson se préoccupa tôt de la question de l'universalité de la résurrection, sujet alors débattu entre les différentes tendances adventistes. Le Héraut de la Vie (Herald of Life) du 12 août 1868 conserve une question qu'il adressa à George Storrs à ce sujet : Stetson y exprimait son trouble face à la thèse selon laquelle seuls les justes ressusciteraient, et demandait l'avis de son collègue.[18] Il approfondit ensuite sa réflexion dans trois articles publiés dans le Crise Mondiale des 6, 13 et 20 septembre 1871.[19]
Il y développait notamment la thèse du salut des enfants morts en bas âge : n'ayant commis aucun péché personnel et étant morts avant l'âge de discernement, ils bénéficieraient, comme l'ensemble de l'humanité rachetée par le sacrifice du Christ, d'une nouvelle naissance après la résurrection.[20]
La doctrine de la rançon
C'est dans deux articles publiés dans les éditions des 18 et 25 décembre 1872 du Crise Mondiale que Stetson exposa sa conception de la rançon.[21] Selon lui, la punition du péché était l'anéantissement : le corps retournant à la poussière, la vie à la mort. La vie perdue par Adam était la « vie-sang » (blood life) ; c'est donc cette même vie-sang, exempte de condamnation car engendrée du Saint-Esprit, que Jésus avait sacrifiée pour racheter l'humanité.[22]
Cette doctrine de la rançon, publiée en décembre 1872, est la même année que celle à laquelle Russell affirma avoir découvert ce principe — ce qui amena les historiens à établir une filiation directe entre l'enseignement de Stetson et la théologie russellite.[23]
Influence sur Charles Taze Russell
L'influence de Stetson sur Russell, longtemps sous-estimée en raison des formulations ambiguës de l'« article autobiographique », est aujourd'hui reconnue par les historiens du mouvement. Bernard Blandre et les chercheurs B.W. Schulz et Rachael de Vienne ont mis en évidence la filiation doctrinale entre les écrits de Stetson et les « découvertes » du groupe d'Allegheny.[24]
Les points communs sont nombreux : le règne millénaire du Christ sur la Terre, la vocation de l'Église à régner avec lui, la résurrection universelle fondée sur la rançon payée par Jésus, l'immortalité conditionnelle, la distinction entre Jésus-homme mort sur la croix et le Christ ressuscité à l'état spirituel et invisible, et la possibilité de salut pour les enfants morts jeunes.[25]
Russell avait reconnu sa dette, tout en cherchant à minimiser son appartenance à l'adventisme : dans son « article autobiographique », il présente sa découverte de la rançon comme postérieure à l'aide que lui avait apportée Stetson, alors même que les textes de ce dernier sur ce sujet avaient paru dès décembre 1872.[26] Penton relève que Stetson transmit à Russell les doctrines néo-ariennes défendues par Henry Grew, notamment la conception non trinitaire de l'expiation.[27]
Sa congrégation de Norwalk (1863) peut être considérée comme un modèle doctrinal pour les congrégations qui se constituèrent ensuite sous la direction de Russell.[28]
Bibliographie
- Bernard Blandre, La préhistoire des témoins de Jéhovah, Sarreguemines, Éditions de l'AEIMR.
- Bernard Blandre, « De George Stetson à Charles Taze Russell », Mouvements Religieux, novembre-décembre 2015.
- B.W. Schulz et Rachael de Vienne, Identité Séparée (Separate Identity), vol. I, p. 80-89 et 158-160.
- M. James Penton, Apocalypse retardée (Apocalypse Delayed), p. 15-16.
- James Parkinson, The Bible Student Movement in the Days of C.T. Russell, 3e éd., 1999 (éd. précédentes 1993 et 1996) ; Blandre cite sous ce titre un polycopié de « Jonathan Ross », Sunnyvale (Cal.), 1980.
- George Chryssides, Dictionnaire historique des Témoins de Jéhovah (Historical Dictionary of Jehovah's Witnesses), 2007, p. 126-127.
Références
- ↑ Bernard Blandre, La préhistoire des témoins de Jéhovah, Éditions de l'AEIMR, p. 98 ; d'après B.W. Schulz et Rachael de Vienne, Identité Séparée (Separate Identity), vol. I, p. 80-89.
- ↑ Blandre, op. cit., p. 98.
- ↑ Blandre, op. cit., p. 98.
- ↑ Blandre, op. cit., p. 98, d'après les Traités de George Stetson (Treatises of George Stetson), document daté du 18 janvier 1863.
- ↑ Blandre, op. cit., p. 100.
- ↑ Blandre, op. cit., p. 100-101.
- ↑ Doctrines de l'église de Stetson (Doctrines of Stetson's church), 18 janvier 1863, in Traités de George Stetson (Treatises of George Stetson) ; cité par Blandre, op. cit., p. 98-99.
- ↑ Advent Christian Times, 27 août 1872, p. 31 : « It is now ten months since I was called and came to Pittsburg, Pa., to labor […] the brethren are meeting together in harmony and holding public service regularly in Quincy Hall, No. 127 Leacock st., Allegheny, every Sunday at 10:30 A. M. and 7:30 P. M. […] We might give the names of some ten or a dozen Brn. who are especially assiduous workers ». Lettre attribuée à Stetson par B. W. Schulz et Rachael de Vienne, A Separate Identity, vol. 1, p. 91 : « We can date Stetson's presence in Pittsburgh and Allegheny City by a letter he addressed to the editor of The Advent Christian Times appearing in its August 27, 1872, issue. » Bernard Blandre, La préhistoire des témoins de Jéhovah, p. 163, la date du 27 juillet 1872 et l'attribue à l'Advent Christian Witness ; Schulz et de Vienne, vol. 1, p. 91, note 147 : « This quotation is most often cited as coming from The Advent Christian Witness, a journal that did not then exist. »
- ↑ Crise Mondiale (World's Crisis), 11 décembre 1872 ; cité par Blandre, op. cit., p. 163.
- ↑ B. W. Schulz et Rachael de Vienne, A Separate Identity, vol. 1, p. 151 : « The assumption of some who wish to turn Russell into an Adventist that the Allegheny Bible Class and the Quincy Hall Congregation were the same entity is incorrect. The Quincy Hall adherents weren't Adventists. They were a One Faith congregation, and they were in fact separate from the Bible Class. »
- ↑ C.T. Russell, « article autobiographique », in La Vérité…, p. 10 ; cité par Blandre, op. cit., p. 160-161.
- ↑ Blandre, op. cit., p. 101.
- ↑ Crise Mondiale (World's Crisis), 23 avril 1873 ; cité par Blandre, op. cit., p. 100 et 163.
- ↑ M. James Penton, Apocalypse retardée (Apocalypse Delayed), p. 16 ; d'après le World's Crisis, 10 septembre 1873.
- ↑ Blandre, op. cit., p. 100, d'après la note nécrologique parue dans le World's Crisis ; nécrologie signée N. White, World's Crisis, 5 novembre 1879, p. 102 (Jerome, « The Rainbow », Truth History, 1er décembre 2025, note iii : « See Stetson's obituary in ZWT November 1879 page 2, and World's Crisis, 5 November 1879, page 102 », truthhistory.blogspot.com).
- ↑ La Tour de Garde de Sion (Zion's Watch Tower), novembre 1879, p. 46 (réédition de 1919) ; cité par Blandre, op. cit., p. 164, note 155.
- ↑ nécrologie signée N. White, World's Crisis, 5 novembre 1879, p. 102 (Jerome, « The Rainbow », Truth History, 1er décembre 2025, note iii : « See Stetson's obituary in ZWT November 1879 page 2, and World's Crisis, 5 November 1879, page 102 », truthhistory.blogspot.com). Schulz et de Vienne (vol. 1, p. 94, note 156) et Blandre la datent du 11 octobre 1879, date impossible : Stetson mourut le jeudi 9 octobre, les obsèques eurent lieu le dimanche suivant, et la nécrologie rapporte déjà les paroles de Russell aux obsèques (« Words of comfort were spoken by Bro. C.T. Russell, of Pittsburgh, Pa. », citée par Schulz et de Vienne, vol. 1, p. 94) ; La Tour de Garde de Sion, novembre 1879, p. 46 ; cités par Blandre, op. cit., p. 164, note 155 ; voir aussi « Jonathan Ross », Le Mouvement des étudiants de la Bible au temps de C.T. Russell (The Bible Student Movement in the days of C.T. Russell), Sunnyvale (Cal.), polycopié, 1980, p. A 2, cité par Blandre, p. 164, note 154 ; l'ouvrage connu sous ce titre est de James Parkinson (3e éd., janvier 1999, éd. précédentes 1993 et 1996 : « Third Edition, 1999 January (Previous editions in 1993, 1996) (James Parkinson) », Herald Magazine), dont l'édition de 1999 ne parle pas des obsèques de Stetson.
- ↑ Héraut de la Vie et du Royaume à venir (Herald of Life and the Coming Kingdom), 12 août 1868 ; cité par Blandre, op. cit., p. 101.
- ↑ George W. Stetson, « Damnation infantile » (Infant Damnation), Crise Mondiale (World's Crisis), 6 septembre 1871 ; « Salut infantile » (Infant Salvation), 13 septembre 1871 ; « Rédemption infantile » (Infant Redemption), 20 septembre 1871 ; cités par Blandre, op. cit., p. 101-102.
- ↑ Blandre, op. cit., p. 102-103.
- ↑ George Stetson, « La Rançon » (The Ransom) et « La Rançon II » (The Ransom II), Crise Mondiale (World's Crisis), 18 et 25 décembre 1872 ; cités par M. James Penton, Apocalypse retardée (Apocalypse Delayed), note 12, p. 403.
- ↑ Blandre, op. cit., p. 103.
- ↑ Penton, op. cit., p. 16 ; Blandre, op. cit., p. 161-162 ; Schulz et de Vienne, Identité Séparée (Separate Identity), vol. I, p. 158-160.
- ↑ Schulz et de Vienne, Identité Séparée, vol. I, p. 158-160 ; Blandre, op. cit., p. 161-163.
- ↑ Blandre, op. cit., p. 162-163.
- ↑ Blandre, op. cit., p. 161-162.
- ↑ Penton, op. cit., p. 16.
- ↑ Penton, op. cit., p. 16 ; Blandre, op. cit., p. 163-164.

