Basculer le menu
Changer de menu des préférences
Basculer le menu personnel
Non connecté(e)
Votre adresse IP sera visible au public si vous faites des modifications.

La Tour de Garde de Juillet 1883

De Tj-encyclopédie
La Tour de Garde de Juillet 1883
Revue La Tour de Garde
Date 1883
Auteur(s) William I. Mann, John C. Sunderlin, P. D. Lane
Année 1883
Langue Anglais
Pays États-Unis

Ce numéro clôt le quatrième volume de la revue. Il répond d'abord aux objections de lecteurs qui découvrent l'enseignement de Russell. La plupart portent sur le sort des méchants, sur la résurrection et sur le vin de la Cène. Les réponses défendent une punition limitée à la mort, une épreuve accordée à tous pendant le Millénium et l'usage du vrai vin au repas du Seigneur.

Une autre partie du numéro attaque les Églises de l'époque. Elle vise leurs noms de dénominations, leurs écoles du dimanche, la formation de leurs pasteurs et leur appui aux rois. William I. Mann leur applique les messages aux Églises de Philadelphie et de Laodicée de l'Apocalypse. Il oppose à ces Églises le « petit troupeau » qui reconnaît déjà la présence invisible du Christ.

Le numéro termine aussi la série sur les sept dernières plaies. Ces plaies sont lues comme des malheurs qui frappent la papauté, les autres Églises et les gouvernements. Un ordre du pape aux catholiques d'Irlande sert d'exemple tiré de l'actualité du mois.

Analyse

Croyances

Une présence invisible et la dernière Église

Le Christ est tenu pour présent, mais personne ne le voit. Les deux commentaires signés par W. I. Mann sur les Églises de Philadelphie et de Laodicée tirent cette présence des verbes de l'Apocalypse. À Sardes, le Christ dit « je viendrai ». À Philadelphie, il dit « je viens bientôt ». À Laodicée, il frappe à la porte, ce qu'il ne pourrait pas faire s'il n'était pas déjà là.[1] Ces trois verbes servent à situer le lecteur dans la dernière période de l'histoire de l'Église.[2] La même idée revient dans l'exposé de la sixième plaie. Le verset « Voici, je viens comme un voleur » (Apocalypse 16:15) y est lu comme une parenthèse placée avant le rassemblement des rois. Le Seigneur est donc présent avant que la guerre se prépare, et seuls ceux qui veillent le savent.[3]

Le découpage des sept Églises en époques successives figure déjà dans Three Worlds (1877), le livre de Nelson Barbour financé par Russell. Barbour y faisait aller Philadelphie de Luther jusqu'à 1798, début du « temps de la fin ». Laodicée y désignait l'Église du « jugement ».[4] En juillet 1883, Philadelphie commence bien avec la Réforme, mais sa période ne se ferme pas en 1798. Beaucoup de personnes vivantes en gardent les traits, et les Églises actuelles persécutent encore « la bande philadelphienne ».[5] Les lecteurs de la revue deviennent ainsi les héritiers directs de Luther devant la Diète de Worms. Comme lui, ils refusent d'obéir aux papes et aux conciles sans preuve tirée de la Bible.[6]

La présence a une conséquence pratique, que la réponse au lecteur de l'Illinois explique. L'œuvre qui consistait à mettre à part un « peuple particulier », cohéritier du Christ, est terminée. Il reste deux tâches : affermir ceux qui se sont déjà consacrés, et annoncer au monde que le salut est offert à tous.[7] La revue compare cette situation à la fin de l'âge juif. Jésus n'avait pas alors prêché les peines de la Loi, puisqu'il allait les porter lui-même. Il avait préparé ses disciples aux bienfaits de l'âge suivant. Cette comparaison explique au lecteur pourquoi la revue parle surtout de l'amour de Dieu.[8] Robert Crompton montre que, pour Russell, la fin de l'appel céleste ne rendait pas la prédication inutile : ceux qui avaient été appelés devaient encore confirmer leur réponse.[9]

Babylone jugée : Églises, papauté et rois

Si le Christ est présent, les coupes d'Apocalypse 16 décrivent des événements en cours. L'Euphrate de la sixième plaie représente les peuples qui soutiennent la papauté par leur influence et leur argent. Leur départ assèche le fleuve.[10] La revue en voit un signe dans le mois écoulé : le pape a demandé aux catholiques d'Irlande de cesser leur hostilité envers l'Angleterre, et certains ont proposé de ne plus verser le denier de Saint-Pierre.[11] En 1877, Three Worlds rattachait au contraire la sixième plaie à la « question d'Orient ». Le partage de la Turquie d'Europe devait y hâter l'assèchement de l'Euphrate et ouvrir la voie au retour des Juifs.[12] Cette lecture était celle des commentateurs protestants qui lisaient l'Apocalypse comme une histoire suivie. Edward Bishop Elliott, leur principal représentant, voyait dans l'assèchement du fleuve le déclin de l'Empire ottoman.[13] En juillet 1883, le fleuve devient la foule des fidèles catholiques. La papauté provoque elle-même leur départ en se rangeant du côté des rois contre le désir de liberté des peuples.[14] Les « rois du soleil levant » ne sont plus des souverains d'Orient : ce sont les saints, qui régneront avec le Christ.[15]

La septième plaie reprend une autre idée de Three Worlds. Barbour y voyait déjà la « grande ville » se diviser en trois parties : monarchique, religieuse et républicaine.[16] En juillet 1883, les trois parties sont la papauté, les autres religions qui enseignent l'erreur et le pouvoir civil. Chacune cherche de son côté à rétablir l'ordre, sans y parvenir.[17] Les trois esprits semblables à des grenouilles enseignent deux choses : le « droit divin des rois » et l'« autorité du clergé ». Harmaguédon, traduit par « montagne de destruction », est le lieu où l'Église et l'État, unis contre les masses, sont détruits ensemble.[18]

L'Église nominale perd toute autorité. Laodicée, tiède, est rejetée comme porte-parole du Seigneur.[19] Ses pasteurs sont fabriqués dans les écoles « comme des journaux ». La sagesse que l'Esprit donne gratuitement va à un petit troupeau, désigné comme le « nouveau porte-parole » de Dieu.[20] Les clés n'ont été prêtées à Pierre que pour ouvrir la porte aux Juifs, puis aux païens. Le Christ les a reprises, et lui seul ouvrira les portes du hadès. Aucun « successeur de saint Pierre » n'a ce pouvoir.[21] L'école du dimanche reçoit le même jugement. À l'automne 1882, la revue avait été envoyée aux quatre-vingt-dix mille directeurs d'écoles du dimanche des États-Unis et leur était présentée comme utile.[22] En juillet 1883, les leçons uniformes sont décrites comme une ruse de Satan. Elles servent, selon la revue, à empêcher l'étude libre de la Bible, qui ferait éclater les credos.[23]

Les rois tombent avec Babylone. Le protestantisme a rejeté les indulgences de Rome, mais il a gardé le droit de couronner et de désigner les rois. La revue range ce droit parmi les marques de la Bête.[24] Le récent couronnement du tsar par l'Église orthodoxe en donne un exemple.[25] Les rois sont nommés par Satan, « prince de ce monde », et pourtant les chrétiens doivent leur obéir jusqu'à ce que « les saints prennent possession du royaume » (Daniel 7:27).[26] La revue trace une limite à cette obéissance. Le chrétien se soumet, mais il ne dit pas que ces rois règnent « par la grâce de Dieu ». Se taire sur ce point, c'est consentir à la fraude.[27]

La rançon payée par le Juge lui-même

Le commentaire d'Éphésiens 2:14-16 donne un sens précis à l'« inimitié ». Elle vient de Dieu envers les hommes, et non des hommes envers Dieu. C'est la condamnation prononcée contre Adam.[28] Dieu y apparaît comme un juge qui doit appliquer la loi, même contre lui-même. La revue cite l'exemple d'un juge de Pennsylvanie qui s'est condamné lui-même à l'amende. Dieu paie ensuite la dette de la race condamnée en donnant son Fils.[29] Cette lecture répond à une querelle en cours. En mai 1883, la revue citait un journal rival selon lequel chaque homme se réconcilie avec Dieu en détruisant en lui-même l'« inimitié », c'est-à-dire ses penchants charnels.[30] En juillet, la réconciliation est acquise une fois pour toutes par la mort du Christ, avant toute conduite du croyant.[31] En 1880, John Paton écrivait lui-même dans The Day Dawn que la race humaine, vendue à un ennemi, était « comptée ennemie ». Il ajoutait qu'elle était réconciliéepar la mort du Fils, et non par la conversion de chacun.[32] En juillet 1883, la revue défend donc contre ses adversaires une explication que Paton donnait trois ans plus tôt.[33]

Si Dieu condamne en juge, la peine est la mort, et non une vie de tourment. La réponse au lecteur de l'Illinois le dit nettement : le coupable n'est pas tenu pour innocent, mais sa sentence est la mort, qui a atteint tous les hommes.[34] La revue ne renonce pas pour autant à la « colère à venir ». Elle affirme que le « jour de vengeance » est déjà commencé.[35] Les punitions de Dieu sont présentées comme des corrections. Seuls les incorrigibles meurent de la seconde mort.[36] La même lecture vaut pour la Géhenne de Marc 9:43-47. Elle désigne une destruction complète, selon l'article de J. F. Smith paru en mai, auquel renvoie l'exposé sur le sel.[37]

La rançon commande aussi la raison de l'incarnation. Un journal reçu en échange disait que Jésus s'était fait homme pour enseigner les choses du ciel. La revue répond par Jean 3:12 : Jésus a parlé de choses terrestres, et les choses spirituelles n'ont été révélées qu'à la Pentecôte, par l'Esprit.[38] Il fallait que le Christ devienne homme pour une seule raison : donner une vie humaine en échange de celle d'Adam.[39]

Deux natures et plusieurs classes de sauvés

Le même journal affirmait que Jésus était remonté au ciel « enrichi » par son humanité. La revue répond que son humanité est entièrement abandonnée. La chair et le sang n'héritent pas du royaume, et les natures humaine et divine ne se mélangent pas plus que des pommes et des pois.[40] En octobre 1880, la revue disait au contraire que le Christ avait porté en même temps la nature divine et la nature humaine.[41] La réponse de juillet 1883 contredit aussi l'enseignement des grandes Églises protestantes. La Confession de foi de Westminster affirme que le Christ est ressuscité avec le corps dans lequel il a souffert, et qu'il est monté au ciel avec ce corps.[42]

Le commentaire sur Laodicée combat deux adversaires à la fois. La Trinité y est déclarée « totalement opposée » à la Bible.[43] Les unitariens sont blâmés pour l'erreur inverse : ils nient que le Christ ait existé avant sa naissance de Marie. La revue leur oppose sept passages, dont Jean 8:58 et Colossiens 1:15-17.[44] Le Christ est ainsi un être distinct du Père, qui existait avant d'être homme et qui n'est plus homme depuis sa résurrection.[45]

La séparation des natures sert aussi à classer les sauvés. L'Épouse, choisie parmi les Gentils, partage le trône du Christ.[46] Une seconde compagnie est sauvée « comme au travers du feu », selon 1 Corinthiens 3:15. En juillet 1883, cette classe est identifiée au « temple » de la septième plaie. Elle reconnaît l'action de Dieu seulement quand Babylone est détruite, et elle s'écrie alors : « C'en est fait ».[47] Cette classe perd le prix promis aux vainqueurs de la Bête, mais elle n'est pas perdue.[48]

On entre dans le petit troupeau par un sacrifice. J. C. Sunderlin lit Marc 9:49 à la lumière de Lévitique 2:13 : le sel conserve l'offrande, et il représente la fidélité qui garde intact le corps offert en « sacrifice vivant ».[49] Le commentateur presbytérien Albert Barnes jugeait ce verset l'un des plus difficiles du Nouveau Testament. Il rejetait la lecture courante, selon laquelle le feu conserverait les méchants en enfer comme le sel conserve la viande. Il proposait de rapprocher le verset du sel des sacrifices : les épreuves préparent les apôtres à être offerts à Dieu.[50] Sunderlin va plus loin que Barnes. Il fait du « feu » la rupture avec le monde et avec toute Église mondaine, que le consacré doit trancher lui-même.[51]

Le Millénium, temps d'épreuve pour les ressuscités

Les ressuscités sont jugés pendant les mille ans. La réponse au lecteur de l'Illinois lit dans Apocalypse 20:1 à Apocalypse 22:5 six visions d'une même période. Le monde y est jugé « selon ses œuvres », alors que l'Église est jugée aujourd'hui « selon sa foi ».[52] Le mot grec krisis est rendu par « épreuve ».[53] Barbour enseignait déjà en 1877 que le jugement est une épreuve qui a lieu pendant la vie mise à l'essai : pour l'Église maintenant, pour le monde ensuite.[54]

Pour placer la résurrection pendant les mille ans, la revue écarte la phrase d'Apocalypse 20:5 sur « le reste des morts ». En septembre 1881, elle attribuait cet ajout à la papauté, qui prétendait régner déjà comme royaume de Dieu.[55] En juillet 1883, l'ajout est attribué à un copiste du cinquième siècle qui aurait noté sa pensée dans la marge. La phrase dirait d'ailleurs vrai « par hasard » : le monde ne revient pleinement à la vie qu'à la fin des mille ans, quand il atteint la perfection.[56]

La nouvelle ponctuation de Luc 23:43 place le Paradis sur la terre rétablie. La virgule est mise après « aujourd'hui », et le voleur entrera au paradis quand le royaume sera établi.[57] La revue justifie ce déplacement en affirmant que la ponctuation a été inventée il y a environ quatre cents ans.[58] Un article de la revue adventiste Ministry situe l'apparition de la virgule au IXᵉ siècle. Selon cet article, on l'a placée avant « aujourd'hui » parce qu'on croyait que le fidèle reçoit sa récompense dès sa mort.[59]

Le retour des Juifs en Palestine est rattaché à la même restitution. La revue reproduit un texte du Jewish Messenger.[60] Cet hebdomadaire de New York avait été fondé en 1857 par le rabbin Samuel Myer Isaacs. Il défendait le judaïsme orthodoxe et était dirigé depuis 1878 par son fils, Abram S. Isaacs.[61] Le texte présente la Palestine comme une nécessité politique, qui donnerait aux Juifs un État et un passeport. Il précise que les Juifs nés en Amérique resteraient américains.[62] La revue reprend sans commentaire cette argumentation politique comme un signe de l'accomplissement des prophéties.[63]

Le vin du Mémorial et la discipline des consacrés

Le Repas du Seigneur se célèbre une fois par an, à la place de la Pâque juive.[64] La question du vin y a changé plusieurs fois. En mars 1882, la revue conseillait du jus de raisin sec.[65] En mai 1882, elle imposait le vin.[66] En juillet 1883, le vin fermenté est jugé conforme à la Bible, mais le jus de raisin sec reste proposé à ceux qui s'en méfient. Une seule personne en a pris à la dernière célébration.[67] La revue s'oppose ici aux partisans de la tempérance, qu'elle soutient pourtant.[68] Dès 1849, le professeur congrégationaliste Moses Stuart soutenait que la Bible parle de deux vins et ne loue que le vin non fermenté. En 1883, le pasteur méthodiste Leon Field publiait Oinos, où il affirmait que Jésus avait fait du jus de raisin à Cana.[69] La revue répond à cette thèse par le grec : gleukos n'apparaît qu'une fois, et oinos désigne partout ailleurs un vin qui enivre.[70]

Deux courts textes règlent la conduite des consacrés. Le premier condamne la médisance par omission, à l'exemple d'Absalom, qui a nui à son père sans dire une parole contre lui.[71] Le second attribue à Satan les affaires, les soucis domestiques et les loisirs qui détournent de l'étude. Chaque emploi du temps doit être comparé à l'étude de la Parole de Dieu.[72]


Organisation et histoire

Un bureau qui fixe la doctrine dans des livres

En juillet 1883, la rédaction n'a aucune nouvelle à annoncer. Tout le temps libre du bureau de la Tour va à un livre en préparation, Millennial Day Dawn (« L'Aurore du Millénium »).[73] En avril 1882, ce livre devait réunir sans nom d'auteur les textes de plusieurs collaborateurs et remplacer The Day Dawn de John H. Paton.[74] En janvier 1883, il était encore espéré pour le printemps.[75] En juillet, aucune date n'est plus donnée. Le retard s'explique, selon la rédaction, par la nécessité d'un ouvrage complet et clair.[76] Le besoin d'un livre propre au bureau est devenu plus pressant. En mai 1883, la revue a rompu publiquement avec Paton, qui conteste désormais la rançon.[77] Or son Day Dawn servait depuis avril 1881 de livre de vente aux colporteurs.[78]

En attendant ce livre, la doctrine repose sur deux écrits sortis du bureau de Russell : Food for Thinking Christians (« Nourriture pour les chrétiens qui réfléchissent ») et Tabernacle (« Le Tabernacle »). Le lecteur de Stones Prairie a reçu les deux. La réponse à ses objections le renvoie à la quatrième partie de Food et à sa page 124, sans refaire toute la démonstration.[79] Selon James Penton, ces deux écrits ont posé les bases de la doctrine de Russell. Food exposait déjà ses idées sur la rançon, la prédestination, la résurrection, la présence du Christ et le « plan des âges » ; Tabernacle l'aidait à définir l'Église.[80]

Le bureau fournit aussi aux lecteurs des instruments d'étude. La revue a procuré à beaucoup d'entre eux la Bible Variorum. Elle regrette que cette édition ne signale pas l'absence d'Apocalypse 20:5 dans le manuscrit sinaïtique.[81] Cette Bible anglaise, publiée à Londres par Eyre et Spottiswoode à partir de 1876, donnait un grand nombre de variantes et de traductions possibles, réunies par T. K. Cheyne, S. R. Driver, R. L. Clarke et Alfred Goodwin.[82] La revue met ainsi entre les mains de ses lecteurs les outils des savants. Mais elle garde le dernier mot sur leur usage : elle refuse l'avis de Tischendorf, pourtant découvreur du manuscrit sinaïtique, sur ce que ce manuscrit aurait dû contenir.[83]

Plusieurs collaborateurs signent encore. Les initiales W. I. M. figurent sous les commentaires sur Philadelphie et sur Laodicée, et sous « Nos obstacles ».[84] William I. Mann figurait déjà parmi les collaborateurs du premier numéro.[85] J. C. Sunderlin signe l'article sur le sacrifice « salé de feu ».[86] Malade depuis son retour d'Angleterre à l'automne 1881, il ne pouvait plus ni écrire ni prêcher en septembre 1882.[87] Un frère Smith, enfin, est présenté comme un membre de la rédaction : son article de mai sur le « tourment éternel » sert de base à l'explication de Marc 9:43-47.[88] Ces plumes multiples passent toutes par un même contrôle. Depuis le début de 1882, tout article doit recevoir l'accord d'au moins deux personnes jugées les mieux instruites des Écritures avant d'être imprimé.[89]

Cette règle éclaire la polémique contre un journal reçu en échange. Ce journal a publié un correspondant pour qui Jésus est remonté au ciel « enrichi » par son humanité.[90] Son éditeur refuse d'en être tenu pour responsable. La revue lui répond qu'un journal enseigne, et que son éditeur n'a pas le droit de publier ce qu'il n'approuve pas : il en répond devant l'Église et devant son chef.[91] En juillet 1879, le rédacteur de la revue déclarait au contraire ne pas répondre de toutes les opinions de ses correspondants, ni de chaque phrase des articles repris d'autres périodiques.[92] Quatre ans plus tard, la revue exige d'un autre éditeur ce qu'elle refusait de promettre pour elle-même. Elle se pense désormais comme la garante de tout ce que lisent ses abonnés. La même réponse au lecteur de Stones Prairie confie aux « serviteurs fidèles et sages », au pluriel, la tâche de distribuer la « nourriture au temps convenable ».[93] Tony Wills montre qu'en 1881 et 1882, Russell appliquait encore ce verset à tous les chrétiens consacrés, chargés de nourrir les croyants de la chrétienté.[94]

Recruter par la lettre et la revue gratuite

Faute de nouvelles, la rédaction donne plus de place aux extraits de lettres.[95] En décembre 1879, Russell expliquait qu'il publiait rarement le courrier, faute de place et parce que les lettres contenaient trop de compliments.[96] En 1883, ces lettres servent à montrer qui rejoint la revue. Un ancien ministre méthodiste protestant de 63 ans écrit : « je me suis finalement retiré, et depuis dix-huit ans je me tiens en dehors des Églises nominales ».[97] Schulz et de Vienne notent que la lettre ne porte aucun lieu.[98]

Les autres correspondants ont des profils voisins. Un homme de près de 78 ans, pauvre, lit la revue grâce à un frère et propose d'en distribuer. Un jeune pasteur baptiste de Floride demande Food et dit avoir déjà prêché seul certaines de ces idées. L'ancien méthodiste réclame lui aussi des exemplaires pour les répandre autour de lui.[99] Le lecteur de Stones Prairie se dit prêt à prêcher cet enseignement si ses trois objections reçoivent une réponse.[100] La revue et ses brochures passent donc de main en main, portées par les lecteurs eux-mêmes. Schulz et de Vienne estiment que la plupart des petits groupes de lecteurs existaient avant de connaître la revue ; Russell ne les fondait pas, il les encourageait à se réunir pour étudier.[101] Zoe Knox résume leur travail : ils décrivent le passage de lecteurs dispersés à une communauté d'Étudiants de la Bible aux croyances communes.[102] Un phénomène comparable a été observé chez les adventistes du septième jour : l'historienne Jeri Wieringa montre que leur presse, notamment la Review and Herald, a permis de former une Église à partir de millérites dispersés après 1844.[103]

Les pasteurs qui écrivent arrivent sans aucune consécration par le mouvement. La revue n'en demande pas. Dans le commentaire sur Laodicée, elle compare la formation des pasteurs des Églises à la fabrication d'un journal : du papier vierge passe dans une machine, reçoit son impression et part timbré. Elle oppose à ce canal « un nouveau porte-parole » suscité par Dieu, un petit troupeau qui diffuse la vérité sans crainte.[104] Le jeune baptiste qui a prêché seul certaines idées de la revue correspond à ce portrait. Schulz et de Vienne relèvent que les pasteurs ralliés restent peu nombreux, mais que leur parole, encore très respectée, ouvrait plus facilement les oreilles que celle d'un forgeron ou d'une couturière.[105]

La revue lit dans la presse religieuse le déclin des Églises d'où viennent ces lecteurs. Elle reproduit un texte du Catholic Mirror sur l'Assemblée générale presbytérienne de Saratoga : 500 des 5 741 congrégations n'ont pas de pasteur, et dans douze collèges, seuls 19 % des étudiants se sont tournés vers le ministère.[106] Le constat sur les protestants vient ici d'un journal catholique. En mars 1882, Russell citait déjà le New York Herald sur le très faible nombre de nouveaux membres des Églises presbytériennes du Nord.[107] Selon Schulz et de Vienne, certaines Églises américaines déclinaient réellement à cette époque, en particulier les presbytériennes.[108] La revue dispute aussi aux Églises le terrain de l'étude biblique. Un ancien surintendant d'école du dimanche accuse les leçons uniformes d'occuper les adultes avec la géographie de la Palestine pour empêcher l'étude libre.[109] Au début de 1882, la revue proposait à ses lecteurs une autre formule : une étude en petit groupe, le dimanche et un soir de semaine, chacun avec sa Bible et ses ouvrages de référence.[110]

Ce que la revue demande à ses lecteurs

Une fois le lecteur gagné, la revue règle l'emploi de son temps. Dans « Nos obstacles », signé W. I. M., Satan détourne de la vérité par les affaires, les espoirs de réussite, les soucis du foyer, les petites réformes, les distractions et les loisirs.[111] Le lecteur doit soumettre chaque demande sur son temps à deux questions. Cette occupation rend-elle plus gloire à Dieu que l'étude de sa Parole ? Si elle est nécessaire, comment l'expédier au plus vite pour se consacrer à l'œuvre de Dieu ?[112] En février 1881, un texte de la revue fixait un temps précis : une heure par jour d'étude sérieuse avec la Bible et la Tour.[113] En 1883, la règle ne porte plus sur une heure fixe : elle porte sur chaque occupation de la journée. Schulz et de Vienne rapprochent cette consigne d'un article de Russell contre la consécration aux affaires, à la famille, à la tempérance ou à l'école du dimanche, reproduit sans commentaire en octobre-novembre 1882 parce que le problème persistait.[114]

La consigne vise aussi des causes que la revue approuve. Dans le même numéro, elle se ditfavorable à l'abstinence totale et donne sa sympathie aux prohibitionnistes.[115] Elle doute pourtant qu'une interdiction de l'alcool soit votée avant que Satan ne soit lié.[116] La cause reste donc bonne en principe, mais le lecteur ne doit pas y engager son temps, puisque les « petites réformes » comptent parmi les obstacles placés par Satan.[117] En avril 1882, le prédicateur Boyer restait encore à Pittsburgh auprès du mouvement de tempérance.[118] L'étude placée au-dessus de toute autre occupation est celle de la Bible lue avec les écrits du bureau : Food, Tabernacle et la revue elle-même, à laquelle le lecteur de Stones Prairie est renvoyé pour chaque objection.[119]


Contenu

Vue depuis la Tour

L'équipe de la rédaction n'a aucune nouvelle particulière à signaler : la situation est la même qu'au dernier numéro. Elle consacre donc plus de place aux extraits de lettres, qui donnent des nouvelles de divers « postes de garde » du camp du Seigneur et du bien-être du « petit troupeau ».[120] Toutes les heures libres du bureau de la Tour vont à la préparation du livre annoncé, Millennial Day Dawn (« L'Aurore du Millénium »). Selon la rédaction, un tel ouvrage doit être complet et clair, et ne peut donc pas être écrit trop vite.[121]

Plusieurs lecteurs écrivent. Un homme de près de 78 ans, au service du Seigneur depuis cinquante ans et se disant pauvre, lit la revue depuis presque un an grâce à un frère et propose de distribuer des exemplaires. Un jeune pasteur baptiste de Floride, qui prêche depuis trois ans environ, vient de recevoir deux numéros. Il se dit « étonné » et « ravi », demande la brochure Food for Thinking Christians (« Nourriture pour les chrétiens qui réfléchissent »), et déclare ne pas être satisfait de l'orthodoxie. Il constate avoir prêché seul certaines des idées qu'il trouve dans la revue. Un ancien ministre méthodiste protestant de 63 ans a quitté son Église, puis s'est tenu depuis dix-huit ans en dehors des Églises « nominales ». Il a relu plusieurs fois Food for Thinking Christians et demande des exemplaires pour les distribuer autour de lui.[122]

Une lettre et sa réponse

Un lecteur de Stones Prairie (Illinois) a reçu les brochures Food et Tabernacle (« Le Tabernacle ») ainsi que deux numéros de la revue. Il y trouve de très belles explications de la Bible, mais il pense que l'enseignement s'écarte de celle-ci sur trois points. Premièrement, il juge qu'il ne donne aucune raison aux pécheurs de « fuir la colère à venir », car la Bible équilibre l'amour et la miséricorde de Dieu avec sa sainteté et sa justice. Deuxièmement, elle annonce selon lui une seconde apostasie après le Millénium, en Apocalypse 20:7-9. Troisièmement, elle placerait la résurrection générale après le Millénium et même après cette apostasie, alors que l'enseignement de la revue la situe pendant le Millénium. Il se dit prêt à adopter et à prêcher cet enseignement si ces points sont harmonisés avec la Bible.[123]

La colère à venir et la justice de Dieu

La réponse affirme que la revue prêche une « colère à venir » et que le « jour de vengeance de notre Dieu » est déjà arrivé, avec renvoi à Food for Thinking Christians, quatrième partie, et à plusieurs pages de la brochure.[124] Elle refuse en revanche l'idée d'un tourment éternel pour tous sauf les saints. Cette idée vient, selon elle, de doctrines « païennes » greffées sur le christianisme pendant le Moyen Âge, et de symboles de l'Apocalypse et de paraboles de Jésus transformés en une doctrine « diabolique » qui calomnie le caractère de Dieu.[125]

Dieu « ne tiendra nullement le coupable pour innocent » : la sentence est la mort, qui a atteint tous les hommes, et non la vie dans le tourment. La justice et la sainteté de Dieu se sont manifestées dans cette condamnation. Quatre mille ans plus tard, son amour s'est manifesté dans le don de son Fils, qui a payé la peine (la mort). Tous sont ainsi justifiés pour revivre, et ceux qui sont dans les tombeaux en sortiront, les uns pour la vie, les autres pour le jugement, que la réponse traduit par « épreuve » (krisis).[126] Si Félix a tremblé devant Paul, c'est qu'il se savait coupable de fautes et d'injustices, et non à cause d'un tourment éternel. Paul enseignait, comme la revue, que chaque acte, bon ou mauvais, recevra une juste rétribution.[127]

La réponse ajoute que l'époque présente met en avant certains aspects de l'Évangile. Les « serviteurs fidèles et sages » doivent donner la « nourriture au temps convenable » selon Matthieu 24:45. La sévérité de Dieu a été trop soulignée et sa bonté presque oubliée, ce qui explique que la revue semble d'abord ne montrer que son amour. Elle renvoie à la rubrique « Les plaies », qui montre aussi sa sévérité.[128] Les punitions de Dieu sont présentées comme destinées à corriger, et seuls les incorrigibles seront détruits par la seconde mort.[129]

La réponse déclare aussi que l'œuvre particulière de séparation d'un « peuple particulier » appelé à suivre les traces de Jésus et à devenir cohéritier avec lui est terminée. Il reste à encourager les membres vivants de ce peuple à tenir leurs vœux de consécration, et à annoncer au monde l'ampleur du salut pour tous les hommes. Le Royaume des cieux est « à la porte » dans sa plénitude et sa gloire, et entre déjà en puissance. Cette œuvre est comparée à celle de Jésus à la fin de l'âge juif : il n'a pas présenté les peines de la Loi, puisqu'il allait les porter, mais préparé ses disciples aux bienfaits de l'âge de l'Évangile.[130]

La seconde apostasie et les six visions de l'Apocalypse

Sur la deuxième objection, la réponse estime que le lecteur a mal compris la position de la revue, qui croit bien à l'apostasie d'Apocalypse 20:7-9. Elle en parle peu, parce que personne parmi ses lecteurs ne s'y trouvera, et renvoie à Food, page 124.[131]

Sur la troisième, elle y voit une erreur très répandue, née d'une mécompréhension des symboles de l'Apocalypse. D'Apocalypse 20:1 à Apocalypse 22:5, elle lit six visions différentes de la même période, l'âge du Millénium.[132]

La première vision montre le mal retenu pendant mille ans, puis son bref triomphe permis à la fin (Apocalypse 20:1-3). La deuxième montre l'élévation des saints, leur règne de mille ans et la destruction des incorrigibles à la fin (Apocalypse 20:4-10).[133] La troisième montre le jugement du monde devant le trône blanc (Apocalypse 20:11-15). Les cieux et la terre symboliques actuels s'enfuient alors pour laisser place à de nouveaux cieux (gouvernements) et à une nouvelle terre (société). Les livres, c'est-à-dire les Écritures, sont ouverts et rendus clairs. Le monde est alors jugé « selon ses œuvres », alors que l'Église est jugée aujourd'hui « selon sa foi ». Un autre « livre de vie » est ouvert, celui du monde, tandis que celui de l'Église, en cours de remplissage, porte les noms des héritiers de la gloire, de l'honneur et de l'immortalité. Ceux du monde jugés dignes de l'existence humaine parfaite y sont inscrits, les autres étant retranchés dans la seconde mort, appelée symboliquement l'étang de feu.[134]

La quatrième vision (Apocalypse 21:1-8) montre le bonheur du Millénium : la Nouvelle Jérusalem, l'Église glorifiée ou épouse, gouverne les hommes en représentante de Dieu, supprime leurs peines et donne l'eau de la vie aux obéissants et la seconde mort aux désobéissants. La cinquième (Apocalypse 21:9-27) montre surtout l'Église glorifiée, dont la lumière (la vérité) guide les nations (v. 24). Ceux qui profitent de l'occasion entrent dans le Royaume de Dieu, dans sa phase terrestre, tandis que les ouvriers d'iniquité subissent la seconde mort. La sixième (Apocalypse 22:1-5) présente sous le symbole d'un fleuve la bénédiction du Seigneur, qui passe par la diffusion de la vérité à partir de la cité de Dieu, l'Église glorifiée, et aboutit à effacer la malédiction et à rétablir la communion de l'humanité avec Dieu.[135]

La réponse se termine par Proverbes 2:4-5 : le Seigneur bénira tout chercheur de vérité sincère, « vrai Israélite », pour qui seul la vérité a été écrite.[136]

La proposition contestée

La première proposition d'Apocalypse 20:5 (« Mais le reste des morts ne revint pas à la vie jusqu'à ce que les mille ans fussent accomplis ») est contestée. La revue soutient que ce texte n'est appuyé par aucune autorité antérieure au milieu du cinquième siècle. Il est absent des plus anciens manuscrits et de la version syriaque. Le manuscrit sinaïtique, présenté comme le plus ancien, le plus complet et le meilleur des manuscrits grecs du Nouveau Testament, ne le contient pas, pas plus que le manuscrit du Vatican n° 1160 et plusieurs manuscrits plus récents.[137]

Un journal consulté signale que le professeur Tischendorf, qui a trouvé le manuscrit sinaïtique, voit dans cette omission une simple erreur du copiste. La revue refuse cet avis. Selon elle, celui qui a découvert un manuscrit vieux de seize cents ans n'est pas mieux placé que les autres pour dire ce qu'il devrait contenir. Elle ajoute que l'exactitude remarquable de ce manuscrit rend peu probable une telle négligence, et que, si l'on accepte pour chaque clause omise l'excuse de l'erreur de copie, la découverte des manuscrits anciens devient inutile.[138] Elle écrit qu'elle ne laissera pas le professeur « corriger » le manuscrit pour elle, car elle ne peut admettre son autorité pour « ajouter aux paroles de la prophétie de ce livre ».[139] Elle regrette aussi que la Bible Variorum, qu'elle a fournie à beaucoup de lecteurs, n'indique pas, dans ce cas, que le manuscrit sinaïtique omet la clause.[140]

Même si la clause était authentique, elle s'accorderait avec l'enseignement de la revue. D'après le sens du mot grec anastasis (« résurrection »), exposé dans le numéro de juin 1882, sortir du tombeau, comme Lazare, n'est pas la résurrection, qui est un relèvement jusqu'à la vie parfaite, avec tout le processus de restitution pendant le règne du Christ. Comme le monde n'atteindra la perfection qu'à la fin du Millénium, les « autres morts » ne revenaient pleinement à la vie qu'à ce moment. La revue maintient néanmoins que la clause correspond à la vérité par hasard plutôt que par inspiration, et attribue son ajout à un copiste du cinquième siècle qui aurait noté sa pensée en marge.[141]

Un mot aux chrétiens

Ce poème, placé sous Jean 17:21 (« Afin qu'ils soient tous un »), critique les noms de dénominations (« baptiste », « indépendant », « méthodiste », etc.). Il leur oppose le seul nom de Jésus, qui seul est sanctionné par la Bible et chanté au ciel. Les noms de sectes y sont accusés de susciter la jalousie et des querelles, et de rassembler autour d'un étendard au lieu du Seigneur.[142]

Le poème s'en prend aussi au titre de « Révérend », qui revient selon lui à Dieu seul, au pasteur payé et revêtu de vêtements sacerdotaux, et aux édifices somptueux appelés « sanctuaire », « maison de Dieu » ou « temple », noms que les apôtres n'ont pas connus. La seule vraie « demeure des saints » est l'Église achetée par le Christ, qui est dans le temple dressé par le ciel. Ni l'architecture, ni l'éloquence, ni les orgues, ni les vêtements somptueux ne plaisent au Père, car Dieu regarde le cœur. Le poème invite le chrétien à vérifier ces affirmations dans la Parole de Dieu.[143]

Contre la médisance par omission

Un court texte met en garde contre la forme « négative » de la médisance, la plus irréfléchie. Absalom en est l'exemple : sans aucune parole mauvaise contre son père, il lui a causé un tort bien plus grand par des insinuations, sa manière de présenter les choses et son attitude. Le lecteur est invité à se garder des omissions de parole bienveillante, d'une hésitation éloquente, du langage de l'expression et du regard.[144]

Leçons internationales de l'école du dimanche

Un journal se réjouit des progrès de l'étude biblique depuis l'adoption des leçons uniformes : sept millions de jeunes d'Amérique du Nord étudient chaque semaine le même passage. La revue répond que ce jugement est faux, qu'il s'agit d'une « illusion » de Satan, belle à l'extérieur mais vide.[145]

La diffusion de l'instruction oblige les Églises à invoquer une autorité supérieure aux credos humains, et cette autorité ne peut être que la Bible. Selon la revue, toutes les confessions veulent à la fois répondre à cette demande et empêcher l'étude indépendante des Écritures, car leurs doctrines s'effondreraient si les gens étudiaient seuls. Chaque Église publie donc des feuilles de leçons avec questions et réponses conformes à son credo, et, par accord mutuel, toutes retiennent les mêmes versets. Cela donne, surtout aux enfants, l'impression que toutes les confessions s'accordent sur le sens de la leçon.[146]

L'auteur, ancien professeur et surintendant d'école du dimanche, juge que tout le bien de ce dispositif reste en surface. Selon lui, la séance se passe à chanter, appeler les noms, distribuer des tickets de récompense, échanger des livres, collecter des dons et parler de la fête de Noël ou du pique-nique, si bien qu'il s'agit d'exercices et non d'étude biblique. Il estime qu'une jeune enseignante non convertie, qui croit ainsi servir le Christ, s'endurcit le cœur et convainc ses élèves que la religion est une imposture.[147]

Les leçons uniformes ont aussi un effet sur les jeunes. Selon la revue, les enfants d'Amérique du Nord qui suivent ces leçons y reçoivent, surtout les garçons, une première initiation à des « impostures » religieuses qui font naître en eux des doutes sur la Bible et sur le christianisme. L'auteur estime qu'au moins la moitié des garçons des écoles du dimanche sont de jeunes incrédules, rendus tels par les impostures du sectarisme et sa fausse présentation de la Bible. Chez les filles, l'école du dimanche développerait l'orgueil, le goût de la parure et le désir de distractions.[148]

Les leçons uniformes servent aussi Satan et les Églises auprès des adultes. Autrefois, les professeurs de classes bibliques réunissaient chaque dimanche des adultes qui choisissaient eux-mêmes leurs sujets d'étude. Même liés par les préjugés de leur confession, ils laissaient une place à la Parole de Dieu, et il arrivait qu'une part de vérité soit transmise. Selon la revue, l'étude libre ferait vite éclater les systèmes de « Babylone » : ceux qui étudieraient dépasseraient ceux qui s'appuient sur les credos du quinzième siècle et franchiraient les barrières des confessions. Les leçons uniformes retiendraient donc ces classes avec des questions sur la géographie de la Palestine, les mœurs et les costumes, mêlées à quelques questions de morale qui n'ouvrent aucune discussion et ne mènent à aucune distinction entre vérité et erreur.[149]

Vingt minutes par dimanche donnent aux adultes l'illusion d'obéir à l'ordre « Sondez les Écritures ». La revue leur oppose les traditions des hommes, qui aveuglent, et reprend l'appel « Sortez de [Babylone], mon peuple », pour ne pas partager ses péchés ni ses fléaux.[150]

Détruisant l'inimitié

Le commentaire porte sur Éphésiens 2:14-16, cité dans la traduction de Rotherham. Paul s'adresse à des convertis issus des nations païennes et montre que, aux yeux de Dieu, la différence entre Juif et païen a pris fin. Le Juif jouissait d'une faveur particulière par les sacrifices pour le péché, qui étaient typiques de la faveur réelle dont jouit l'Église de l'Évangile grâce à un meilleur sacrifice et à une meilleure alliance. Les païens, autrefois éloignés, sont rapprochés « par le sang du Christ ».[151]

Le Juif a reçu une bénédiction par ce même sang. La Loi lui promettait la vie s'il pouvait l'observer (Romains 10:5 ; Galates 3:12). Aucun n'y est parvenu, non par défaut de la Loi, qui était « sainte, juste et bonne » (Romains 7:12), mais à cause des penchants au péché et de l'organisme imparfait hérités d'Adam. La Loi, qui devait le bénir, l'a donc condamné ; elle est ainsi tenue pour son ennemie et désignée par « l'inimitié », c'est-à-dire l'opposition ou la condamnation. L'avantage du Juif est d'avoir eu le premier l'occasion du haut appel de l'Évangile et d'avoir le premier appel lors de la restitution ; certains issus de ce peuple ont été formés pour le royaume spirituel, d'autres pour le royaume terrestre.[152]

Le Christ, « notre paix », a réglé la condamnation de la Loi qui pesait sur les Juifs. Il a satisfait aux exigences de la Loi violée par Adam, qui condamnait Juifs et païens, et il a ôté le joug de l'alliance de la Loi sous laquelle la vie était inaccessible, pour offrir la vie en don. La malédiction originelle et la malédiction secondaire de la Loi, qui séparait Juifs et païens comme une cloison, sont supprimées, si bien que tous ont accès à Dieu par son sang. Le but est qu'il n'y ait plus ni Juif ni païen, mais des hommes recréés dans un moule nouveau, alors que le moule adamique a été gâté par le péché dès l'origine.[153]

L'inimitié venait de Dieu envers les hommes, et non l'inverse. Ce n'est pas Adam qui s'est irrité contre Jéhovah : Dieu a maudit le sol et condamné l'homme et la femme au travail, à la douleur et à la mort. L'inimitié détruite par Jésus, qui a goûté la mort pour tout homme, est cette peine de la loi violée. Une fois les hommes libérés de la condamnation par la rançon, ils sont justifiés pour la vie et le bonheur d'avant la malédiction, et la résurrection de tous est assurée en son temps.[154]

La Bible présente Dieu sous plusieurs caractères : le Père qui a pitié de ses enfants et le Juge de toute la terre, qui « ne tient pas le coupable pour innocent ». Dans la question du péché, il apparaît comme Juge. Un juge doit appliquer la loi, même contre un proche ou contre lui-même ; la revue cite le cas d'un juge de Pennsylvanie qui, ayant violé sans le savoir une loi de l'État, s'est condamné lui-même à l'amende. Jéhovah devait de même condamner Adam, et il a chassé le couple du jardin vers une terre stérile, laissée dans cet état parce que Dieu en prévoyait la nécessité : elle serait la prison où l'homme épuiserait sa vie condamnée et comprendrait l'amertume de la désobéissance.[155]

Le condamné peut voir dans le juge un ennemi sans pitié et ignorer l'amour qui se cache derrière le visage sévère du magistrat. Seuls ceux qui ont entrevu le plan de Dieu pour libérer le prisonnier qu'il avait lui-même justement condamné mesurent l'amour du Juge. Celui-ci a d'abord fait entendre la réprobation de la Loi contre le péché, pour convaincre de la gravité du péché, puis a montré son amour en fournissant lui-même la rançon (1 Jean 4:9). L'amour du Juge ressort d'autant mieux sur le fond d'une justice inflexible.[156]

Cette idée éclaire Romains 5:10 : réconciliés par la mort du Fils quand ils étaient ennemis, c'est-à-dire condamnés devant le Juge et leur peine payée, les croyants seront sauvés par sa vie. Celui qui a payé la rançon sortira les hommes de la prison de la mort, et le Juge approuvera leur liberté. Dans Romains 8:31-34, Paul montre de la même façon que la condamnation a fait place à la justification : c'est Dieu qui justifie, il n'existe pas de tribunal supérieur, et personne ne peut accuser les élus. À qui prétendrait que les croyants sont encore coupables, il suffit de répondre que le Christ est mort, ressuscité, et qu'il intercède. Romains 3:22-26 développe le même thème : tous ont péché, Dieu a présenté Jésus comme propitiation par son sang pour manifester sa justice, afin d'être « juste » et de justifier celui qui croit en Jésus. Le Juge a ainsi payé la dette de la race condamnée pour la libérer sans violer ses propres lois.[157]

L'inimitié qui interdisait l'approche de Dieu étant levée par le sang de la croix, tous peuvent venir à lui, la rançon ayant réglé définitivement les exigences de la justice. Pendant l'âge de l'Évangile, et pendant l'âge suivant, Dieu envoie des messagers pour annoncer cette réconciliation : « nous faisons donc la fonction d'ambassadeurs pour Christ » (2 Corinthiens 5:20).[158]

Les sept Églises : Philadelphie

Le commentaire de Apocalypse 3:7-13 rattache Philadelphie, nom qui signifie « amour d'un frère », à la grande Réforme ; selon la revue, beaucoup de personnes vivantes en possèdent encore les caractères. Au début de la Réforme, Rome se disait seule sainte et vraie, détentrice des « grâces assurées de David », du pouvoir de lier et de délier et d'ouvrir ou fermer les portes du ciel, seule synagogue véritable, cité de Dieu et seule habilitée à porter son nom.[159]

Celui qui parle n'a pas remis ses prérogatives à des hommes faillibles. Il a prêté les clés à Pierre pour ouvrir la porte aux Juifs, à la Pentecôte, puis aux païens, à Césarée, environ trois ans et demi plus tard (Actes 2:10). Pierre est mort et le Maître garde les clés ; lui seul ouvrira les portes du hadès et de la mort pour libérer les captifs. Aucun « successeur de saint Pierre » ne l'a fait ni ne le peut.[160]

La « porte ouverte » que nul ne peut fermer est rapprochée de l'œuvre de la Pentecôte et de celle de Luther et de ses amis : la Réforme marque le début d'une ère nouvelle, la séparation du vrai et du faux. Le « petit troupeau » des réformateurs n'avait qu'« un peu de force » face à de puissants ennemis, mais il savait détenir la vérité. La revue cite la déclaration de Luther devant la Diète de Worms, face à Charles Quint : sans conviction par les Écritures, il ne peut ni ne veut se rétracter, car il ne met sa foi ni dans les papes ni dans les conciles, qui se sont souvent trompés et contredits. Elle juge cette période symbolique non limitée à ces débuts : les Églises actuelles persécutent encore les membres de la bande philadelphienne, mais l'œuvre est celle du Seigneur.[161]

Les opposants qui se disent l'Église de Dieu sont désignés comme la « synagogue de Satan ». Quand « l'heure de l'épreuve » qui vient sur le monde entier aura humilié leur orgueil, ils sauront qui étaient les élus et viendront se prosterner à leurs pieds. Les fidèles, entièrement consacrés et « crucifiés », en seront préservés, selon Psaumes 91 et Luc 21:34-36.[162]

La promesse « je viens bientôt » est liée à la manière du retour. Beaucoup croient depuis des années vivre le temps du « bientôt », mais, ne reconnaissant ni la manière de la venue ni l'état de la présence, ils attendent encore et répondent qu'ils sauront quand il viendra, citant « ce même Jésus ». La revue rappelle que le même Jésus n'était pas reconnu après sa résurrection par ceux qui l'avaient vu chaque jour pendant des années. Glorifié depuis son ascension, il s'est laissé entrevoir par Saul de Tarse, qui a mis trois jours à s'en remettre et n'a retrouvé la vue que par miracle ; on ne le verra tel qu'il est que lorsqu'on lui sera semblable (1 Jean 3:2).[163]

Ceux qui s'accrochent à la chair risquent de voir le Christ venir « comme un voleur », en silence et dans un corps spirituel, donc invisible, et de donner la couronne à un autre (verset 11). Le vainqueur sera fait « colonne dans le temple de [son] Dieu » : pendant la période de Philadelphie, surtout à ses débuts et à sa fin, les fidèles ont dû sortir du temple nominal pour trouver la liberté, ou en ont été chassés pour leur témoignage direct. Leurs noms, rejetés comme mauvais, seront reconnus pour toujours ; ils étaient traités d'infidèles et d'hérétiques et ne passaient ni pour enfants de Dieu ni pour chrétiens. La rubrique est signée W. I. M.[164]

Les sept Églises : Laodicée

Le commentaire de Apocalypse 3:14-22 traduit Laodicée par « un peuple éprouvé ou jugé », éprouvé et trouvé insuffisant. Le mot « Amen », que Jésus place en tête de ses annonces importantes, désigne celui qui parle. L'expression « le commencement de la création de Dieu » indique que le message s'adresse surtout à ceux qui portent son nom mais nient la vérité sur lui.[165]

La question de Matthieu 22:42, « Que pensez-vous du Christ ? De qui est-il fils ? », a reçu de nombreuses réponses. La doctrine de la trinité est déclarée « totalement opposée » à l'Écriture et privée de tout texte raisonnable une fois écartée l'interprétation courante de 1 Jean 5:7 et comprise celle de Jean 1:1 ; la lecture de Jean 17 est conseillée. Les unitariens et d'autres rabaissent le Seigneur en niant son existence avant sa conception en Marie ; la revue les renvoie à Matthieu 22:45, Jean 1:14-15, Jean 3:13, Jean 8:58, 2 Corinthiens 8:9, Colossiens 1:15-17 et Philippiens 2:6-7.[166]

Le verset « tu n'es ni froid ni bouillant » décrit l'Église nominale d'aujourd'hui. Elle a du zèle, mais « non selon la connaissance ». Elle a organisé ses armées, développé ses rouages et multiplié ses biens, sans que l'ennemi recule. Son but proclamé est de convertir les pécheurs, c'est-à-dire d'engendrer spirituellement des enfants ; la revue lui prête les mots du prophète : elle a été en travail et n'a enfanté que du vent, sans apporter de délivrance à la terre. Ces paroles sont dites, précise-t-elle, une fois que cette Église a reconnu la présence du Seigneur. Ni chaude ni froide, elle inspire le dégoût et est rejetée comme porte-parole du Seigneur.[167]

Pour devenir pasteur ou prêtre dans l'Église nominale, il faut apporter une provision de sagesse humaine, que Paul méprisait (1 Corinthiens 1:17 ; 1 Corinthiens 2:16). La sagesse cachée, que l'Esprit enseigne aux hommes mûrs, ne s'apprend pas « dans les écoles » mais est donnée gratuitement par Dieu. Les pasteurs sont donc fabriqués comme des journaux : du papier vierge passe dans une machine, reçoit des impressions, est emballé, timbré et expédié. La revue affirme ne trouver dans les Écritures aucun cas où Dieu envoie quelqu'un par un tel canal. Dieu a suscité « un nouveau porte-parole » et répand une lumière croissante sur un petit troupeau prêt à la recevoir et à la diffuser sans crainte, qui n'a qu'un but, la gloire de Dieu. Ailleurs il ne reste que les reflets d'une gloire passée, une fumée éclairée par la main qui écrit sur le mur : MENE, TEKEL, UPHARSIN.[168]

L'Église nominale dit : « je suis riche, et je n'ai besoin de rien ». Elle se croit détentrice de toute la lumière spirituelle du monde et juge les autres trop pauvres pour rien ajouter à ses biens ; la revue la rapproche de celle qui dit : « je siège en reine, je ne serai pas veuve » (Apocalypse 18:7). Aveugle, elle ne reconnaît pas son portrait. Comme la maison juive est tombée pour n'avoir pas connu le temps de sa visite (Luc 19:44), son pendant de l'âge actuel tombera de même. La visite, ou présence, du Seigneur est « une pierre d'achoppement » pour les deux maisons d'Israël (Ésaïe 8:14 ; Hébreux 3:5-6). La maison charnelle n'a pas reconnu sa présence dans la chair ; la maison spirituelle refuse de reconnaître sa présence dans un corps spirituel, que seuls « les yeux de l'intelligence » peuvent discerner. Quand l'Église nominale connaîtra la présence du Seigneur, elle verra sa propre misère, sa pauvreté et sa nudité.[169]

Face à l'objection que les Églises reposent sur le Rocher qu'est le Christ, la revue répond que la majorité de leurs membres ne le connaissent pas, et que ceux qui sont fondés sur lui doivent subir les conséquences de leur refus d'obéir. L'appel reste : « Sortez de [Babylone], mon peuple ». Celui qui bâtit avec du bois, du foin et du chaume au lieu d'or, d'argent et de pierres précieuses subira une perte et sera « sauvé comme au travers du feu » (1 Corinthiens 3:11-15 ; Sophonie 1:18). L'or à acheter est la sagesse d'en haut, le vêtement blanc la justice du Christ, le collyre l'aide de l'Esprit pour comprendre la Parole.[170]

Les verbes traduits par « reprendre » et « châtier » sont, selon la revue, beaucoup plus forts en grec : le premier signifie reprocher, couvrir de honte, déshonorer ; le second, former ou éduquer comme un enfant ou un jeune. Le verset devient : « Tous ceux que j'aime, je les déshonore et je les forme ; sois donc zélé et repens-toi. » Les enseignants orgueilleux des Églises populaires n'entendent pas cet appel, et certains qui ont vu et entendu refusent de suivre « le chemin que leur chef a suivi ». Un cantique sur les voyageurs méprisés du chemin étroit, « enfants d'un Roi » et héritiers de couronnes immortelles, est cité. La rubrique s'achève sur Apocalypse 3:20 : « Voici, je me tiens à la porte, et je frappe. »[171]

Le Seigneur est revenu à l'insu de l'Église de Laodicée : il se tient à la porte, ce qu'il ne pourrait faire s'il n'était pas présent. À Sardes il dit « je viendrai », à Philadelphie « je viens bientôt », à Laodicée il frappe à la porte. La revue renvoie au Cantique des Cantiques 5:3 pour la réponse de ceux qui ne se lèvent pas. Le « petit troupeau » reçoit une abondance continue de vérité parce que le Maître est entré, s'est ceint et le sert lui-même. Le Soleil de justice est levé, et ceux qui sont sur la montagne et sur les toits sont déjà baignés de ses rayons.[172]

Les mots « si quelqu'un entend ma voix » ne parlent pas de surdité : si les gens avaient veillé, ils auraient entendu. Jésus avait annoncé qu'il viendrait comme un voleur sans dire l'heure, et son seul ordre était de veiller. L'Église nominale a dormi à son poste. Elle paraît encore puissante et honorée, tandis que les chercheurs de vérité sont méprisés pour avoir osé relever les fautes d'une Église mondaine. Mais le décret est lancé et la chute a commencé. À « celui qui vaincra », la promesse de Apocalypse 3:21 assure une place sur le trône du Christ. L'Église nominale se représente ce trône comme un lieu vaporeux, hors du temps et de l'espace, où l'on passe l'éternité à faire de la musique. Selon la revue, les agents de Dieu sont au contraire toujours actifs. Le Christ a son propre trône et ceux qui l'ont suivi par le chemin de la croix le partageront. L'article est signé W. I. M.[173]

Le voleur

Sur Luc 23:42-43, la revue écarte la lecture selon laquelle Jésus aurait élu l'un des deux malfaiteurs pour le ciel et condamné l'autre aux tourments éternels : si le salut était une loterie de ce genre, ceux qui le croient auraient peu de reproches à faire aux loteries d'Église. Jésus est exécuté pour trahison envers César, pour s'être dit roi, alors qu'il avait déclaré que son royaume n'était « pas de ce monde ». L'inscription au-dessus de sa tête, en trois langues, dit : « Celui-ci est le roi des Juifs ». Un seul des deux voleurs ne se moque pas de lui. La revue lui prête ce raisonnement : cet homme vit près de Dieu, qui peut affirmer que ses prétentions sont sans fondement ? Il n'avait sans doute aucune idée précise de Jésus, un simple espoir auquel se raccrocher. Lui accorder davantage serait le placer, pour la foi, devant les apôtres, qui avaient fui et qui diront trois jours plus tard : « Nous espérions que ce serait lui qui délivrerait Israël. »[174]

Le voleur demande une faveur pour le moment où Jésus aura atteint son royaume. Le mot traduit par « en vérité » est le grec « amen », « qu'il en soit ainsi ». Jésus ne nie pas qu'il ait un royaume, il approuve la requête. La revue déplace la virgule : « Je te le dis aujourd'hui [en ce jour sombre où je parais un imposteur sur le point de mourir comme un criminel], tu seras avec moi dans le Paradis. » Quand le Seigneur aura établi son royaume, le voleur sera donc rappelé et se trouvera dans le Paradis. Jésus aurait pu lui expliquer qu'il payait alors la rançon de ses péchés, de ceux de l'autre voleur, de la foule et de tous les hommes, morts ou à naître, puisqu'il a « goûté la mort pour tous » et que, comme tous meurent en Adam, tous seront rendus à la vie en Christ, avec la possibilité de revenir à la condition d'Éden perdue par le péché du premier homme.[175]

Le jardin d'Éden est présenté comme une illustration de la terre parfaite délivrée de la malédiction. Le mot « paradis » est d'origine perse, non grecque, et signifie « jardin » ; la Septante traduit Genèse 2:8 par « Dieu planta un paradis en Éden ». Quand Jésus aura établi son royaume et lié le mal, la terre devient un paradis où entrent les deux voleurs et tous ceux qui sont dans la tombe, et où ils peuvent vivre toujours en obéissant à ses lois. Les paroles bienveillantes dites à ce moment sombre ne resteront pas sans récompense, pas plus qu'un verre d'eau froide donné à ceux que le Roi « n'a pas honte d'appeler ses frères ».[176]

La revue justifie le déplacement de la virgule : la ponctuation de la Bible n'est pas inspirée, les auteurs bibliques n'en utilisaient pas et elle a été inventée il y a environ quatre cents ans. Seule cette ponctuation s'accorde avec le reste de l'Écriture. Avec la lecture habituelle, Jésus et le voleur seraient allés ensemble quelque part ce jour-là, ce que contredisent Luc 24:46, Jean 20:17 et Jean 3:13. Dans ce dernier verset, les mots « qui est dans le ciel » sont une interpolation, selon les plus anciens manuscrits.[177]

Enrichi par l'humanité

Un journal reçu en échange explique que Jésus s'est fait homme pour apprendre notre langue et nous l'enseigner, et qu'il est remonté auprès de Dieu « enrichi par la possession de l'humanité ». La revue juge cette thèse presque trop absurde pour être critiquée : si l'humanité enrichissait, les anges ou le Père lui-même pourraient aussi s'en enrichir. L'auteur de ce journal a une estime trop haute de l'humanité et trop basse de la nature spirituelle. D'après l'Écriture, l'homme parfait, tel qu'Adam puis Jésus, est « un peu inférieur aux anges », qui occupent pourtant le plus bas rang du plan spirituel (Psaumes 8:5 ; Hébreux 2:9).[178]

L'idée que Jésus soit venu enseigner les choses du ciel est aussi écartée. Jésus lui-même dit avoir parlé de choses terrestres et douter qu'on le croie s'il parlait de choses célestes (Jean 3:12). La révélation des choses spirituelles date de la Pentecôte, après son départ, quand le Consolateur guide dans toute la vérité (Jean 16:7, Jean 16:12-13). Jésus aurait pu enseigner ces choses depuis le ciel, de sorte que sa venue comme homme a une autre raison. Selon Paul, il s'est humilié en devenant homme pour racheter les hommes, se donner en rançon pour tous et goûter la mort pour chacun ; après quoi il a été élevé au plus haut rang du plan spirituel et rendu participant de la nature divine (1 Timothée 1:15 ; Matthieu 20:28 ; 1 Timothée 2:6 ; Actes 20:28).[179]

Il a été « mis à mort selon la chair, mais rendu vivant selon l'esprit » (1 Pierre 3:18), et les croyants ne le connaissent plus « selon la chair » (2 Corinthiens 5:16). Son humanité est entièrement abandonnée, comme le sera la nôtre, puisque « la chair et le sang ne peuvent hériter du royaume de Dieu » (1 Corinthiens 15:50). Les croyants doivent être transformés à l'image de Jésus, qui n'est pas humaine mais « l'empreinte de la personne du Père ». Les natures ne se mélangent pas, pas plus que les pommes, les pommes de terre et les pois, ou les chevaux, les chiens et les poissons ; la nature humaine et la nature divine restent distinctes, comme l'indique 1 Corinthiens 15:38-41.[180]

L'éditeur du journal en question demande pourquoi on le tiendrait pour responsable des propos de ses correspondants. La revue répond que c'est le journal qui enseigne : sauf s'il approuve ce propos qu'elle qualifie de non-sens, l'éditeur n'a pas le droit de le publier, et il a une responsabilité envers l'Église et son chef. Elle compare cet éditeur à un cuisinier qui servirait à table un plat préparé par un subalterne en sachant qu'il contient un aliment nocif et vénéneux.[181]

Le droit divin des rois

Pendant l'âge juif, Jéhovah était le roi d'Israël : le Très-Saint du tabernacle, puis du temple, représentait son trône, d'où il rendait ses décisions par l'intermédiaire de la prêtrise. Cette organisation est présentée comme typique de celle de l'âge de la restitution. Le peuple murmure et réclame un roi comme les nations païennes ; Dieu cède et donne Saül, David et les autres, qui ne font que le représenter. La revue cite 1 Chroniques 29:23 : « Salomon s'assit sur le trône de Jéhovah comme roi à la place de David, son père. » À cause du péché, Dieu retire son trône (Ézéchiel 21:26) et promet le Messie comme vrai roi, non seulement d'Israël mais du monde entier. Venu chez les siens, il est rejeté par la nation, comme annoncé. Dieu se tourne alors vers les autres nations, les Gentils, pour y choisir un cabinet d'assistants officiels du royaume.[182]

Ces appelés d'entre les Gentils forment l'Épouse, la femme de l'Agneau, cohéritière du royaume. Pour l'heure, ils ne peuvent pas régner : ils doivent souffrir, être rejetés et méprisés, et se soumettre aux autorités terrestres jusqu'à ce que vienne « le temps où les saints prendront possession du royaume » (Daniel 7:27). Cela n'arrivera que lorsque le Seigneur prendra sa grande puissance et régnera. Son royaume brisera et consumera les gouvernements mauvais actuels, qui seront mis en pièces comme des vases de potier (Daniel 2:44 ; Apocalypse 2:27 ; Psaumes 2:9).[183]

Les gouvernements ont d'abord persécuté l'Église, comme Jésus l'avait annoncé : « Quiconque veut vivre pieusement subira la persécution. » Certains, croyant améliorer le plan de Dieu, ont préféré faire entrer l'Église dans une position de règne. En s'alliant aux empires terrestres, ils y ont réussi, et la papauté s'est trouvée exaltée comme « maîtresse et reine des nations » (Apocalypse 17:5 ; Apocalypse 18:8). La revue en tire un bilan : l'honneur a remplacé la souffrance, l'orgueil l'humilité, l'erreur la vérité, et l'Église persécutée est devenue persécutrice de ceux qui condamnaient ses honneurs illégitimes. Pour justifier sa conduite, elle a inventé des sophismes et des théories, se persuadant puis persuadant les nations que le règne de mille ans du Christ était arrivé et que les papes étaient ses représentants.[184]

Il n'y avait qu'un pas pour déclarer l'Église infaillible, et un autre pour attribuer l'infaillibilité au pape, vicaire du Christ. Pendant des siècles, elle a ajouté des prétentions et inventé des tourments et des purgatoires pour soutenir son influence et son autorité, jusqu'à ce que « toutes les nations s'enivrent » de ses doctrines erronées (Apocalypse 17:2). Les rois d'Europe ne pouvaient accepter une couronne sans sa permission, ou sans que ses ministres ne célèbrent la cérémonie, et le pape revendiquait le titre de « Roi des rois et Seigneur des seigneurs ». Le protestantisme a protesté contre plusieurs de ses vices, ses indulgences et ses anathèmes, mais a gardé le droit de régner sur les rois et de les désigner, que la revue range parmi les marques de la Bête. Les sectes protestantes sont à leur tour appelées prostituées (Apocalypse 17:5), à l'exemple de l'union illégitime de leur mère avec le monde.[185]

Le récent couronnement du tsar de Russie par l'autorité de l'Église grecque catholique, dont il est le chef, en est une illustration. Chaque tête couronnée d'Europe règne avec la sanction d'une institution religieuse, et comme personne ne conteste ce principe, les souverains actuels et leurs prétentions sont approuvés par toutes les sectes importantes. Les rois prétendent régner « par la grâce de Dieu », ce que la revue qualifie de blasphème : au nom de Dieu, des hommes méchants accèdent au pouvoir, concluent et rompent des alliances, se déclarent la guerre, massacrent des milliers de personnes et plongent des milliers de foyers dans la misère. Les chrétiens ne contestent pas leur nomination ni l'exercice de leur pouvoir, puisqu'ils doivent pour le moment être soumis aux autorités que Dieu laisse en place. Mais il ne faut pas dire « par la grâce de Dieu » ni cautionner au nom du christianisme ceux dont la nomination vient du prince de ce monde, Satan, dont ils servent les intérêts (Jean 14:30).[186]

Cette fraude, pratiquée au nom du christianisme, passe presque sans contestation chez les chrétiens et place leurs sympathies du côté de l'oppression plutôt que de la liberté humaine. La question ne restera pas longtemps endormie : les irréligieux vont bientôt la soumettre à leur raisonnement et agir selon leurs convictions, à mesure qu'ils verront la tromperie des religieux. Comme preuve de cette évolution des esprits, la revue cite le New York Post : parmi les croyances étranges de l'humanité, aucune n'est plus étrange que celle qui fait choisir par Dieu, avec soin, des membres très ordinaires de l'espèce, souvent maladifs, stupides et vicieux, pour régner sur de grandes communautés comme ses représentants sur terre.[187]

Voir ce mal sans le dénoncer, c'est y participer, car le silence vaut consentement. Certains conseillent la prudence par crainte des conséquences d'un changement. La revue répond que la crainte du Seigneur est le commencement de la sagesse, mais qu'elle cède quand on est en harmonie avec lui, car « l'amour parfait bannit la crainte ». La prudence telle que le monde la pratique, qu'elle préfère appeler « politique », a toujours gêné la vérité : Dieu cache sa sagesse aux sages et la révèle à ceux qui la proclament sans réserve (Luc 10:21). Le changement est de toute façon inévitable, la bouche du Seigneur l'ayant annoncé, et ceux qui apprécient le passage de la domination du prince des ténèbres à celle du Soleil de justice ne peuvent que le souhaiter.[188]

Votre sacrifice est-il salé ?

Le sel sert de symbole à la fidélité, l'amitié, l'incorruptibilité, la stérilité, la désolation perpétuelle et la conservation. Il pénètre vite les matières végétales et animales, se diffuse dans toute la masse et empêche la putréfaction. Le verset Marc 9:49 (« chacun sera salé de feu, et tout sacrifice sera salé de sel ») est lu en liaison avec les versets 43 à 47, dont le sens est donné par un frère de la rédaction, Smith, dans le numéro de mai, à la rubrique « Tourment éternel ». Jésus parle ici non à la foule mais au petit groupe qu'il a choisi. La « main » et le « pied » à retrancher symbolisent les facultés qui détournent de l'exigence de la loi de la vie ; la Géhenne, rendue par « enfer », symbolise la destruction complète. Mieux vaut couper la moitié de ces facultés que d'en garder le double pour sa destruction. Le petit mot « car » du verset 49 relie ces versets : Dieu n'acceptant ni un cœur partagé ni un service partagé, il faut retrancher ce qui fait offenser, car « chacun sera salé de feu ».[189]

Cette expression décrit la condition de celui qui obéit à l'ordre de se séparer de tout ce qui offense, comme le montre le passage parallèle de Luc 14:34, où plusieurs des plus anciens manuscrits (dont le Sinaïtique et le Vatican) ajoutent « donc » après « sel ». Renoncer à tout pour être disciple du Christ est compris comme le sel de l'épreuve par le feu et de la séparation : il est bon, si le sel n'a pas perdu sa saveur. Celui qui reste attaché au monde, à ses manières, à ses pensées, à ses fréquentations, à une organisation d'Église mondaine, ou à tout ce qui est étranger à la parole et à l'esprit du Christ, et s'y sent chez lui, voit son sel perdre sa saveur. Le Maître a été ainsi « salé », et il suffit que le disciple soit comme son Maître. Tout disciple doit passer par l'épreuve de l'amputation, laisser consumer les scories des mauvais désirs et laisser l'œuvre séparatrice de la Parole agir jusqu'à « la division de l'âme et de l'esprit », c'est-à-dire de la vie mondaine et de la vie divine. Perdre sa vie mondaine et sectaire est un gain, car « celui qui voudra sauver sa vie la perdra ».[190]

Chaque lien avec le monde, les faussetés ou le mal doit être tranché par « l'épée de l'Esprit, qui est la parole de Dieu » ; pendant cette épreuve douloureuse, le croyant est invité à ne pas s'en étonner et à se réjouir de participer aux souffrances du Christ (1 Pierre 4:12-13). Ces souffrances ne servent pas à la réconciliation avec Dieu, déjà acquise par la mort de son Fils ; réconcilié, on est « sauvé par sa vie », qui prospère en celui dont la partie fautive a été légalement retranchée.[191]

Une fois cette partie corrompue écartée, les croyants peuvent, selon l'exhortation de l'apôtre, présenter leurs corps, comptés comme humainement parfaits, en « sacrifice vivant » (Romains 12:1). Le type exigeait que le sel accompagne le sacrifice : « Avec toutes tes offrandes, tu offriras du sel » (Lévitique 2:13). Le sel symbolise ici la fidélité, la loyauté et l'incorruptibilité. Le sacrifice du corps est consacré à la mort et compté pour mort au monde. Il faut le saupoudrer de sel de fidélité, pour qu'aucun oiseau de proie impur ni aucune bête sauvage de passion ne l'emporte et qu'il ne se corrompe pas devant Dieu. Tant qu'il est conservé ainsi, il est un sacrifice « saint » : non pas un agneau boiteux ou aveugle, mais un sacrifice qui répond aux exigences de la loi de Dieu.[192]

Le Christ s'est donné « en offrande et en sacrifice à Dieu, comme un parfum de bonne odeur », parfum dû à la fidélité envers celui qui l'avait établi. Qui néglige le sel voit son sacrifice, autrefois acceptable, devenir offensant par la corruption, c'est-à-dire l'infidélité, et reçoit une malédiction au lieu d'une bénédiction. L'article se termine par l'invitation à se soumettre, et même à se porter volontaire, pour être « salé de feu », afin d'offrir un sacrifice « salé de sel », avec la citation de Zacharie 13:9 : Dieu fera passer par le feu la troisième partie (pas nécessairement un tiers), l'affinera comme l'argent et l'éprouvera comme l'or ; ils invoqueront son nom et il les exaucera. Cet article est signé J. C. Sunderlin.[193]

Le pain et le vin

Un lecteur, P. D. Lane, approuve l'article d'avril sur la Pâque. Il tient le repas du Seigneur pour le substitut chrétien de la Pâque juive, à célébrer chaque année. Il demande quel vin employer : le levain étant le type du péché, le vin fermenté lui paraît impur et impropre à représenter le sang du Christ. Il souhaite un vin frais et pur, non celui qui « mord comme un serpent » et « pique comme une vipère ».[194]

La réponse commence par une réserve : la revue s'était abstenue jusque-là de traiter ce sujet pour ne pas gêner la cause de l'abstinence totale, qu'elle soutient. Elle juge que le climat et le rythme de vie agité de l'époque poussent à l'abus d'alcool, et que la plupart des alcools fabriqués sont frelatés. Elle donne donc sa sympathie aux prohibitionnistes, pour faire appliquer les lois contre les falsificateurs, ou pour faire voter une interdiction totale de la fabrication et de la vente, ce dont elle doute ; selon elle, cela n'arrivera pas avant que Satan, le prince de ce monde, soit lié.[195]

Elle déclare pourtant devoir dire ce qu'elle tient pour vrai. Les partisans de la tempérance affirment que le vin bu et fait par Jésus était du simple jus de raisin, un autre mot grec désignant cette boisson. La revue répond que c'est une erreur. Le mot grec gleukos, « vin doux » ou jus de raisin, n'apparaît qu'une fois dans le Nouveau Testament (Actes 2:13), et son emploi y suggère qu'en excès il trouble l'esprit. Partout ailleurs, le mot traduit par « vin » est oinos, le vin de raisin ordinaire, qui enivre en excès ; la revue renvoie à Éphésiens 5:18, 1 Pierre 4:3, Luc 1:15 et Luc 7:33-34.[196]

À l'objection que le vin contient du levain et ne peut donc être celui de la Cène, la revue oppose la distinction faite par les scientifiques entre la fermentation alcoolique, ou vineuse, et la fermentation putride. La première chasse les impuretés et produit un liquide doux et agréable. La seconde produit l'aigreur puis la pourriture ; c'est celle qui lève le pain, la cuisson arrêtant très tôt la croissance du champignon. L'usage juif va dans le même sens, puisque les Juifs boivent du vrai vin à la Pâque et écartent le levain. Le jus non fermenté est exclu pour une autre raison : la vendange se faisait en septembre et octobre en Palestine et la Pâque tombait six mois plus tard, de sorte que le vin d'octobre avait forcément fermenté en avril.[197]

Jésus déclare que le vin vieux est meilleur que le nouveau (Luc 5:39 ; Jean 2:10). La parabole du vin nouveau mis dans de vieilles outres, qui éclatent sous la pression des gaz, montre elle aussi que le vin fermentait. Comme le climat et la pureté des alcools diffèrent de ceux du temps de Jésus, la revue recommande à qui craindrait de goûter du vin pour le mémorial de la mort du Seigneur d'utiliser du jus de raisin sec, qui n'est pas du vin mais bien un « fruit de la vigne ». Elle en fournit chaque année, mais une seule personne en a pris à la dernière célébration.[198]

Les sept dernières plaies (suite et fin)

Une note de bas de page précise que Russell a plusieurs fois exprimé, les années suivantes, l'opinion que cet article, écrit avant l'apparition des plaies elles-mêmes, était prématuré, et renvoie au tome VII des Études dans les Écritures.[199]

La cinquième plaie

Le texte d'Apocalypse 16:10-11 (la coupe versée sur le trône de la Bête, dont le royaume est plongé dans les ténèbres) est lu comme un malheur frappant la papauté, la Bête : moins la masse des catholiques que ses dirigeants, le clergé qui forme le « pouvoir du trône ». Ses murailles sont plus hautes et ses prétentions à l'autorité divine et à l'infaillibilité plus anciennes que celles du protestantisme, sa fille ; elle échappe donc plus longtemps à la lumière croissante du « Jour du Seigneur ». Les ténèbres désignent l'incertitude et la perte de l'ancienne unité. Les langues de la papauté sont ses décrets et ses déclarations, passés et à venir ; se les mordre signifie se contredire et renier ses déclarations antérieures, soit par un revirement, soit par des controverses entre dirigeants vivants, probablement les deux. En voulant justifier ces contradictions, la papauté déshonorerait davantage le caractère de Dieu, ce qui est le sens de « blasphémer ».[200]

Comme illustration, la revue cite la reconnaissance actuelle, par la papauté, des gouvernements protestants d'Europe, qu'elle n'a pas créés et qu'elle a autrefois maudits en encourageant ses fidèles à les détruire. Ayant perdu tout pouvoir temporel, elle sent qu'elle doit ménager des gouvernements qu'elle ne peut plus prétendre contrôler pour conserver son influence spirituelle. Après avoir eu « une bouche qui disait de grandes choses » (Daniel 7:8 ; Daniel 7:25 ; Apocalypse 13:5), il est normal qu'elle doive manger ses propres paroles.[201]

La sixième plaie

La coupe versée sur « le grand fleuve, l'Euphrate », dont l'eau se dessèche pour préparer la voie des rois venant du soleil levant (Apocalypse 16:12), est expliquée par la prise de Babylone. La ville littérale était bâtie sur l'Euphrate, dont elle tirait sa richesse. Pour délivrer les Israélites qui y étaient captifs, Dieu avait désigné le général mède Cyrus (Ésaïe 45:1-5 ; Daniel 5:30-31), qui détourna le fleuve dans un autre lit et entra par l'ancien, sous les portes, avec son armée.[202]

« Babylone » désigne l'ensemble de l'Église nominale, et plus précisément « la mère des prostituées » (Apocalypse 17:5), dont le système repose sur le « grand fleuve ». Les eaux représentent les peuples qui soutiennent la papauté par leur influence et leur argent, et dont Babylone tire ses revenus, ce que confirme Apocalypse 17:15 : « les eaux que tu as vues, où la prostituée est assise, sont des peuples, des foules, des nations et des langues ». Les millions de sujets de la papauté se détacheront de l'autorité de l'Église, ce qui tarira ses revenus et conduira à sa destruction complète ; l'assèchement demandera probablement des années.[203]

La cause directe est la relation entre la papauté et les royaumes de la terre. À l'époque de sa prospérité, se disant vicaire du Christ, elle nommait les rois et les sujets avaient le droit de se révolter contre tout gouvernement non reconnu par elle. Ayant perdu son pouvoir, elle ne soutient plus cette prétention et cherche à se concilier tous les royaumes, ceux qu'elle a nommés comme ceux que d'autres Églises ont approuvés. Elle se range ainsi du côté de ces royaumes et contre le désir de liberté des peuples. Lorsque la religion et l'État se seront rapprochés davantage, les masses secoueront le joug de l'Église comme celui de l'État, tous deux ligués contre leurs idées de liberté et d'égalité. Privée de l'appui du peuple, l'organisation de Babylone deviendra faible et impuissante.[204]

La revue y voit un signe dans le mois écoulé : le pape a publié une bulle ordonnant aux prêtres et aux fidèles d'Irlande de cesser leur hostilité envers les lois et le gouvernement de l'Angleterre, dont le pouvoir n'a pas été établi par la papauté et l'a même été en violation de ses lois et de ses prétentions. L'orateur Charles O'Brien déclare lors d'une réunion publique que le peuple irlandais ne sera dirigé ni par Rome ni par Westminster, et l'on propose de « boycotter le pape » en refusant le denier de Saint-Pierre. La revue y voit le début de l'assèchement d'un affluent du grand fleuve : puisque Dieu a donné le symbole, il s'accomplira, et « il se hâte grandement ».[205]

L'assèchement prépare « la voie des rois du soleil levant ». Ces rois sont les saints qui régneront avec le Christ comme « rois et prêtres » sur la terre. Ils viennent non pas vers le soleil levant mais depuis lui, en apportant la lumière, la liberté et la joie à la création qui gémit, selon Malachie 4:2 (« le Soleil de justice se lèvera, et la guérison sera dans ses ailes »). Tous ces changements préparent l'humanité au règne de la justice, le royaume voulu par Dieu devant remplacer ceux que l'Antichrist a voulu autoriser.[206]

De la bouche du dragon, de la bête et du faux prophète sortent trois esprits impurs semblables à des grenouilles (Apocalypse 16:13). Le dragon est le pouvoir civil, surtout celui de l'ancienne Rome ; la bête est toujours la papauté ; le faux prophète est un symbole qui remplace la bête à deux cornes et l'image de la bête, et désigne tous les enseignements erronés, « orthodoxes » comme considérés comme hétérodoxes. Ces trois groupes donnent un même enseignement, dont la revue cite les dogmes : le « droit divin des rois », l'« autorité du clergé » et l'obligation pour l'humanité de s'y soumettre. Beaucoup de ces rois, ecclésiastiques et partisans sont sincères mais s'opposent à Dieu, faute de savoir qu'ils sont dans l'heure de son jugement et que le temps où ces gouvernements seront remplacés est venu. Les gouvernements « bestiaux » céderont la place au royaume de Dieu, et les temps des Gentils prendront fin en étant accomplis ; les saints, entièrement consacrés à la Parole et à la volonté de Dieu, doivent maintenant le comprendre, tandis que « nul des méchants ne comprendra ».[207]

Les grenouilles ont l'air sage, une grande bouche, sont gonflées d'orgueil et ne font que coasser. Les trois groupes proclameront ces doctrines avec de grands mots, un air de sagesse supérieure et beaucoup de croassements, c'est-à-dire des avertissements et des menaces sur les désastres que provoquerait tout changement. Ce croassement, déjà commencé, augmentera avec les ténèbres de la détresse, et on l'entendra dans toutes les voix religieuses et politiques, dans les responsables comme dans la presse, peu d'indépendants plaidant le droit ou annonçant que le temps du règne de la justice est venu.[208]

Ces « esprits de démons qui font des signes » sont les doctrines des démons, la théorie du diable sur les gouvernements mauvais actuels, indirectement nommés par Satan. Ils fournissent des preuves apparemment plausibles des droits des rois et du clergé, notamment la désignation par Dieu de rois et de prêtres sur Israël selon la chair, qui était pourtant typique de l'Église et non des systèmes du monde (1 Pierre 2:9). Ils vont vers « les rois de toute la terre habitée » pour les rassembler pour la guerre du grand jour (Apocalypse 16:14). Ces rois comprennent les princes, les généraux, les « rois de la finance », les princes marchands et les grands parmi les enseignants religieux, qui s'encouragent mutuellement. Sans cette unité, chaque classe aurait senti la faiblesse de ses prétentions et la vérité aurait pu l'emporter plus facilement, mais dans leur union elle trouve la force de garder le peuple sous leur emprise.[209]

Ils sont rassemblés au lieu appelé en hébreu « Harmaguédon » (Apocalypse 16:16), traduit par « montagne de destruction » : ces systèmes d'Église et d'État, unis contre les masses et leurs libertés, seront totalement détruits. Le verset 15 est lu comme une parenthèse : « Voici, je viens comme un voleur ! Heureux celui qui veille et garde ses vêtements, afin qu'il ne marche pas nu et qu'on ne voie pas sa honte ». À l'heure où cette doctrine paraît unir tous les partisans de l'ordre, du côté des rois et du clergé, le Seigneur est donc déjà présent, secrètement, et inconnu des seuls veilleurs. Seuls ceux qui lui appartiennent et veillent à la lumière de sa Parole ne sont pas trompés par cet enseignement impur, et comprennent sa présence et la nécessité de la chute annoncée. Le placement du verset indique que le Seigneur est présent avant que l'enseignement impur ne commence à rassembler les rois pour leur destruction.[210]

La septième plaie

La coupe versée sur l'air est suivie d'une grande voix venant du temple de Dieu : « C'en est fait » (Apocalypse 16:17). Le chiffre sept symbolise l'achèvement : cette plaie clôt la détresse, démasque entièrement les tromperies de Satan et lie ou détruit sa puissance. Elle amène une conviction chez certains. Lorsque le temple, c'est-à-dire l'Église nominale, a été vu pour la dernière fois, il se remplissait de fumée et chassait les messagers fidèles de la vérité en leur disant : « allez, versez les plaies, faites ce que vous pouvez » (Apocalypse 15:8 ; Apocalypse 16:1), sûr de sa force. À présent il dit : « C'est fait ». Il reconnaît la vérité de ce qu'avaient dit ces messagers rejetés, qui annonçaient les ténèbres, la grande détresse et l'écroulement de ses systèmes. Babylone est détruite, comme une grande meule jetée à la mer, pour ne plus remonter.[211]

Cette classe du temple, qui finit par reconnaître l'action de Dieu quand ces systèmes sont détruits, est celle que la revue appelle ailleurs la seconde compagnie. Elle perd le prix promis aux vainqueurs de la Bête (Apocalypse 20:4) mais est « sauvée comme par le feu » (1 Corinthiens 3:15) au jour du Seigneur Jésus. Ce résultat fait désirer la destruction des systèmes oppresseurs décrits dans les versets suivants.[212]

Les éclairs, les tonnerres et les voix décrivent l'effet sur l'humanité : les éclairs, la diffusion du savoir (Psaumes 97:4) ; les voix, les proclamations et les discussions de ceux qui sont éclairés ; les tonnerres, les tumultes qui accompagnent cet éclairement. Le grand tremblement de terre, tel qu'il n'y en a jamais eu depuis qu'il y a des hommes, symbolise la plus grande révolution de l'histoire : toute montagne et toute colline (les puissants) sont abaissées, les vallées (les humbles) élevées, pour mettre l'humanité à un même niveau avant le règne du Christ. Chaque plaie précédente allait vers cette fin, et la dernière renverse l'alliance triple de la sixième plaie : la Bête (papauté), le faux prophète (autres religions enseignant l'erreur) et le dragon (pouvoir civil). La « grande ville », qui représente ces trois éléments unis pour dominer le monde, se divise en trois parties, chacun adoptant une politique propre pour rétablir l'ordre social, sans succès, ce qui précipite la crise : « la ville des nations s'écroula » (Apocalypse 16:18-19).[213]

Les royaumes tombent, mais l'élément religieux n'échappe pas : « Babylone la grande vint en mémoire devant Dieu, pour lui donner la coupe du vin de l'ardeur de sa colère ». Le plus fort de la détresse, le « vin » ou l'extrait de la colère, s'abat donc sur Babylone plus que sur le pouvoir politique. Les îles qui s'enfuient (Apocalypse 16:20) symbolisent les gouvernements républicains, organisations de peuples un peu au-dessus du niveau de la « mer ». Les montagnes, ou royaumes, disparaissent d'abord, selon Psaumes 97:5 : « les montagnes fondent comme de la cire devant l'Éternel ». Certaines s'abaisseront progressivement au niveau du peuple par la chaleur de l'accroissement de la vérité et de la connaissance, d'autres, restées fermes, seront submergées par la « mer » dans des révolutions, ce que décrit le Psaumes 46:2-4. Quand les royaumes auront cédé la place aux républiques, celles-ci disparaîtront aussi : l'esprit de liberté dépassera toutes les bornes et aboutira à l'anarchie. D'où l'expression « il ne se trouva plus de montagnes ». Selon la revue, c'est de la même façon que le Maître parle de la mer et des flots qui mugissent comme début de la détresse, et que Pierre annonce un temps où la terre et tous les éléments seront consumés et remplacés par une nouvelle terre (société) et de nouveaux cieux (gouvernement), sans plus de mer (peuples non retenus par la religion).[214]

La grosse grêle, du poids d'un talent, tombe du ciel sur les hommes qui blasphèment Dieu à cause d'elle (Apocalypse 16:21). La grêle est de l'eau solidifiée. Si l'eau ou la pluie symbolise la vérité qui rafraîchit et donne du fruit, la grêle désigne la vérité délivrée de manière dangereusement destructrice pour ce qu'elle heurte. Son poids, celui d'un homme, suffit à tout briser. Elle rappelle Ésaïe 28:17 : « la grêle balaiera le refuge du mensonge, et les eaux inonderont l'abri ». L'erreur est le fléau du monde et la détresse serait incomplète sans cette grêle. La plaie qui avait frappé l'Égypte n'avait atteint que ceux qui n'avaient pas tenu compte des paroles de Jéhovah (Exode 9:19-21) ; la grêle symbolique n'abattra de même que ceux qui s'y opposent, pour leur bien.[215]

La grêle ne vient pas forcément en dernier : tous ces événements, voix, tonnerres, grêle, éclairs, tremblement de terre, chute de Babylone et des montagnes, ont lieu en même temps ou en cours, ce que suggère leur mention indistincte sous le septième sceau et la septième trompette. La grêle « descend du ciel », c'est-à-dire des puissances spirituelles, mais non plus corrompues, car celles-ci ont disparu avec Babylone, jetée comme une meule dans la « mer ». Ce sont les nouveaux « cieux » qui remplacent peu à peu l'ancien, appelé à passer « avec fracas ». Celui qui annonce sa présence comme un voleur au verset 15 aura brisé les royaumes actuels et établi le royaume demandé dans la prière : « Que ton règne vienne, que ta volonté soit faite sur la terre comme au ciel ». La rubrique s'achève sur Psaumes 30:4-5 et une bénédiction : « Béni soit à jamais son nom glorieux, et que toute la terre soit remplie de sa gloire. Amen et Amen. »[216]

Qu'annonce cela ?

Lors de la 95e Assemblée générale de l'Église presbytérienne des États-Unis, tenue à Saratoga, le Dr Herrick Johnson, de Chicago, signale un danger au sein de l'Église : une pénurie de pasteurs. L'Église compte 5 741 congrégations, et même en comptant tous les pasteurs remplaçants et retraités, 500 d'entre elles n'ont pas de pasteur. Dans douze collèges, seuls 19 % des étudiants de la dernière décennie sont entrés dans le ministère ou comptaient le faire. Le Dr Johnson conclut que, faute de redressement, le désastre est certain.[217]

Le texte reproduit, tiré du Catholic Mirror, juge ce tableau sombre et comprend l'inquiétude du modérateur de l'Assemblée, puisque le presbytérianisme n'a guère progressé en nombre ces dernières années. Il y voit une indifférence croissante des membres envers l'enseignement et la diffusion de leurs doctrines. Le même constat vaut pour les autres confessions protestantes : les jeunes qui commencent des études pour devenir pasteurs se tournent vers d'autres carrières, tandis que la médecine et le droit sont encombrés. Les membres des congrégations protestantes ne s'intéressent aux affaires de l'Église que pour assister au culte quand cela leur convient et pour financer généreusement leurs pasteurs et leurs institutions.[218]

La Palestine, une nation

Un texte du Jewish Messenger présente le retour d'Israël en Terre sainte comme l'accomplissement d'une loi inévitable. Les hommes absorbés par leurs petits soucis ne le voient pas, mais la restauration prophétisée avance si discrètement que seuls ceux qui ont étudié la question en mesurent l'importance. Israël est comparé à une étoile fixe qui n'a jamais quitté sa route.[219]

La Palestine est décrite comme une nécessité politique pour le peuple juif : fonder de nouveau une nation en Terre sainte l'élèverait au rang des nations, lui donnerait un pouvoir politique et un droit souverain qui signifient protection, et ferait du Juif un citoyen muni d'un passeport. Une fois cette autonomie acquise, les Juifs ne s'y rendraient pas en masse. Le texte compte 300 000 Juifs en Asie, 400 000 en Afrique et 5 000 000 en Europe, et c'est d'eux que la Palestine tirerait sa vie nouvelle. Le Juif né en Amérique resterait américain et n'irait en Terre sainte que pour le plaisir et le voyage. À l'objection que la Palestine est trop petite pour peser sur les nations, le texte répond que la Grèce de l'Antiquité et la Grande-Bretagne moderne sont aussi de petits territoires : l'intelligence, la force morale et la fierté nationale font la grandeur d'une nation, non l'étendue de son sol.[220]

Nos obstacles

Cette période est décrite comme éprouvante pour ceux à qui la lumière parvient. Satan y emploie tous les moyens pour empêcher un examen sérieux de la vérité : il accable certains d'affaires, ouvre à d'autres des perspectives de réussite, charge d'autres encore de soucis domestiques, entraîne beaucoup vers de petites réformes ou remplit leur temps libre de distractions sociales et de loisirs. Tout vise à détourner du travail le plus important qui ait jamais été confié à des hommes. Pour suivre la lumière qui grandit, il faut beaucoup d'étude. Chaque demande sur son temps doit passer par ces questions : est-ce plus à la gloire de Dieu que d'étudier sa Parole ? Si c'est nécessaire, comment l'expédier au plus vite pour consacrer plus de temps à son œuvre ? L'article est signé W. I. M.[221]

Une annonce épiscopalienne

Un journal de la Haute Église épiscopalienne de Chicago publie l'annonce d'un jeune prêtre célibataire, travailleur énergique et prédicateur vigoureux, qui sait dire, chanter et célébrer les offices « à la manière catholique » et cherche une place de recteur de paroisse ou d'assistant. Le Independent commente : on paie et on choisit, selon que l'on veut des offices « dits » à la manière protestante ou « chantés et célébrés » à la manière catholique.[222]

Voir aussi

Téléchargement

📄 Télécharger le PDF OCRisé de ce numéro

Illustrations du numéro

Références

  1. ↑ La Tour de Garde de Juillet 1883, p. 506
  2. ↑ La Tour de Garde de Juillet 1883, p. 506
  3. ↑ La Tour de Garde de Juillet 1883, p. 511-512
  4. ↑ Three worlds and the harvest of this world, 1877, p. 177
  5. ↑ La Tour de Garde de Juillet 1883, p. 505
  6. ↑ La Tour de Garde de Juillet 1883, p. 505
  7. ↑ La Tour de Garde de Juillet 1883, p. 501
  8. ↑ La Tour de Garde de Juillet 1883, p. 500-501
  9. ↑ CROMPTON, Counting the Days to Armageddon, op. cit., p. 46-47.
  10. ↑ La Tour de Garde de Juillet 1883, p. 510
  11. ↑ La Tour de Garde de Juillet 1883, p. 510
  12. ↑ Three worlds and the harvest of this world, 1877, p. 163
  13. ↑ Remarks on the Sixth Vial, Symbolizing the Fall of the Turkish Empire, Covenanter.org, consulté en 2026.
  14. ↑ La Tour de Garde de Juillet 1883, p. 510
  15. ↑ La Tour de Garde de Juillet 1883, p. 510
  16. ↑ Three worlds and the harvest of this world, 1877, p. 163
  17. ↑ La Tour de Garde de Juillet 1883, p. 512
  18. ↑ La Tour de Garde de Juillet 1883, p. 511-512
  19. ↑ La Tour de Garde de Juillet 1883, p. 506
  20. ↑ La Tour de Garde de Juillet 1883, p. 506-507
  21. ↑ La Tour de Garde de Juillet 1883, p. 505
  22. ↑ La Tour de Garde de Novembre 1882, p. 4.
  23. ↑ La Tour de Garde de Juillet 1883, p. 502-504
  24. ↑ La Tour de Garde de Juillet 1883, p. 507
  25. ↑ La Tour de Garde de Juillet 1883, p. 507
  26. ↑ La Tour de Garde de Juillet 1883, p. 507
  27. ↑ La Tour de Garde de Juillet 1883, p. 507-508
  28. ↑ La Tour de Garde de Juillet 1883, p. 504
  29. ↑ La Tour de Garde de Juillet 1883, p. 504-505
  30. ↑ La Tour de Garde, mai 1883, p. 8
  31. ↑ La Tour de Garde de Juillet 1883, p. 504-505
  32. ↑ The day dawn or the gospel in type and prophecy vol 2, 1880, p. 379
  33. ↑ La Tour de Garde de Juillet 1883, p. 504
  34. ↑ La Tour de Garde de Juillet 1883, p. 500
  35. ↑ La Tour de Garde de Juillet 1883, p. 500
  36. ↑ La Tour de Garde de Juillet 1883, p. 501
  37. ↑ La Tour de Garde de Juillet 1883, p. 508
  38. ↑ La Tour de Garde de Juillet 1883, p. 506-507
  39. ↑ La Tour de Garde de Juillet 1883, p. 507
  40. ↑ La Tour de Garde de Juillet 1883, p. 507
  41. ↑ La Tour de garde de octobre 1880, p. 144.
  42. ↑ Westminster Confession of Faith, Chapter 8, BPC, consulté en 2026. Original : « with the same body in which he suffered; with which also he ascended into heaven ».
  43. ↑ La Tour de Garde de Juillet 1883, p. 506
  44. ↑ La Tour de Garde de Juillet 1883, p. 506
  45. ↑ La Tour de Garde de Juillet 1883, p. 506-507
  46. ↑ La Tour de Garde de Juillet 1883, p. 507
  47. ↑ La Tour de Garde de Juillet 1883, p. 512
  48. ↑ La Tour de Garde de Juillet 1883, p. 512
  49. ↑ La Tour de Garde de Juillet 1883, p. 508
  50. ↑ Barnes' Notes, Mark 9:49, CCEL, consulté en 2026.
  51. ↑ La Tour de Garde de Juillet 1883, p. 508
  52. ↑ La Tour de Garde de Juillet 1883, p. 501-502
  53. ↑ La Tour de Garde de Juillet 1883, p. 500
  54. ↑ Three worlds and the harvest of this world, 1877, p. 63
  55. ↑ La Tour de Garde de septembre 1881, p. 278.
  56. ↑ La Tour de Garde de Juillet 1883, p. 501
  57. ↑ La Tour de Garde de Juillet 1883, p. 506
  58. ↑ La Tour de Garde de Juillet 1883, p. 506
  59. ↑ The Significance of a Comma: An Analysis of Luke 23:43, Ministry Magazine, consulté en 2026.
  60. ↑ La Tour de Garde de Juillet 1883, p. 512
  61. ↑ Jewish Messenger, Jewish Encyclopedia, consulté en 2026.
  62. ↑ La Tour de Garde de Juillet 1883, p. 512
  63. ↑ La Tour de Garde de Juillet 1883, p. 512
  64. ↑ La Tour de Garde de Juillet 1883, p. 508
  65. ↑ La Tour de Garde de mars 1882, p. 2.
  66. ↑ La Tour de Garde de mai 1882, p. 1.
  67. ↑ La Tour de Garde de Juillet 1883, p. 508
  68. ↑ La Tour de Garde de Juillet 1883, p. 508
  69. ↑ Christ versus the rum shops, Christian History Institute, consulté en 2026.
  70. ↑ La Tour de Garde de Juillet 1883, p. 508
  71. ↑ La Tour de Garde de Juillet 1883, p. 502
  72. ↑ La Tour de Garde de Juillet 1883, p. 512
  73. ↑ La Tour de Garde de Juillet 1883, p. 500
  74. ↑ La Tour de Garde de avril 1882, p. 2.
  75. ↑ La Tour de Garde de Janvier 1883, p. 1.
  76. ↑ La Tour de Garde de Juillet 1883, p. 500
  77. ↑ La Tour de Garde de Mai 1883, p. 8.
  78. ↑ La Tour de Garde de avril 1881, p. 215.
  79. ↑ La Tour de Garde de Juillet 1883, p. 500-501
  80. ↑ PENTON M. James, Apocalypse Delayed, p. 35-36. Original : « these two publications laid the basis for Russell's fullfledged doctrinal system that went far beyond the eschatology that he had emphasized until 1881. »
  81. ↑ La Tour de Garde de Juillet 1883, p. 501
  82. ↑ Bible-researcher.com, notice sur la Variorum Bible, consulté en 2026.
  83. ↑ La Tour de Garde de Juillet 1883, p. 501
  84. ↑ La Tour de Garde de Juillet 1883, p. 506 et 512
  85. ↑ La Tour de Garde de juillet 1879, p. 9.
  86. ↑ La Tour de Garde de Juillet 1883, p. 508
  87. ↑ Zion's Watch Tower, septembre 1882, p. 1, « View from the Tower », cité dans John Sunderlin.
  88. ↑ La Tour de Garde de Juillet 1883, p. 508
  89. ↑ La Tour de Garde de Janvier et Février 1882, p. 3.
  90. ↑ La Tour de Garde de Juillet 1883, p. 506
  91. ↑ La Tour de Garde de Juillet 1883, p. 507
  92. ↑ La Tour de Garde, juillet 1879, p. 1
  93. ↑ La Tour de Garde de Juillet 1883, p. 500-501
  94. ↑ WILLS Tony, A People for His Name, chap. 10 « Russell and the Church », section « Faithful and Wise Servant ». Original : « In 1882 he again expressed himself that the faithful and wise servant was the “little flock” of anointed Christians. »
  95. ↑ La Tour de Garde de Juillet 1883, p. 500
  96. ↑ SCHULZ et DE VIENNE, Separate Identity, vol. 2, p. 51-52. Original : « We seldom publish letters, of correspondents, because firstly, we have no room to spare, and secondly, they generally contain personal allusion to the writers too complimentary to admit of publication. »
  97. ↑ SCHULZ et DE VIENNE, Separate Identity, vol. 2, p. 364-365.
  98. ↑ SCHULZ et DE VIENNE, Separate Identity, vol. 2, op. cit., p. 364-365.
  99. ↑ La Tour de Garde de Juillet 1883, p. 500
  100. ↑ La Tour de Garde de Juillet 1883, p. 500
  101. ↑ SCHULZ et DE VIENNE, Separate Identity, vol. 2, p. 159-160. Original : « We reject the idea that Russell organized these congregations. In the early 1880s, most of them were preexisting, composed of people with similar interests but with divergent doctrine. »
  102. ↑ KNOX Zoe, Jehovah's Witnesses and the Secular World, p. 72 du PDF. Original : « the transition from disparate, disconnected readers of Russell's tracts to an identifiable, unified community of Bible Students with shared beliefs is traced in B. W. Schulz and R. de Vienne, A Separate Identity. »
  103. ↑ WIERINGA Jeri, The Tie That Binds: Print in Seventh-Day Adventism, American Historical Association, 2022, consulté en 2026.
  104. ↑ La Tour de Garde de Juillet 1883, p. 506-507
  105. ↑ SCHULZ et DE VIENNE, Separate Identity, vol. 2, p. 374-376. Original : « those clergy who advocated Watch Tower theology opened ears more readily than a blacksmith or clerk or seamstress may have. »
  106. ↑ La Tour de Garde de Juillet 1883, p. 512
  107. ↑ SCHULZ et DE VIENNE, Separate Identity, vol. 2, p. 233.
  108. ↑ SCHULZ et DE VIENNE, Separate Identity, vol. 2, op. cit., p. 374-376. Original : « Some churches were in decline. This was particularly true of Presbyterians. »
  109. ↑ La Tour de Garde de Juillet 1883, p. 503-504
  110. ↑ La Tour de Garde de Janvier et Février 1882, p. 1.
  111. ↑ La Tour de Garde de Juillet 1883, p. 512
  112. ↑ La Tour de Garde de Juillet 1883, p. 512
  113. ↑ La Tour de Garde, février 1881, p. 1
  114. ↑ SCHULZ et DE VIENNE, Separate Identity, vol. 2, p. 229-230. Original : « Some are consecrated and are living sacrifices to business, some to their families, some to the temperance work, some to building up a denominational church or Sunday School. »
  115. ↑ La Tour de Garde de Juillet 1883, p. 508
  116. ↑ La Tour de Garde de Juillet 1883, p. 508
  117. ↑ La Tour de Garde de Juillet 1883, p. 512
  118. ↑ La Tour de Garde de avril 1882, p. 2.
  119. ↑ La Tour de Garde de Juillet 1883, p. 500-501
  120. ↑ La Tour de Garde de Juillet 1883, p. 500
  121. ↑ La Tour de Garde de Juillet 1883, p. 500
  122. ↑ La Tour de Garde de Juillet 1883, p. 500
  123. ↑ La Tour de Garde de Juillet 1883, p. 500
  124. ↑ La Tour de Garde de Juillet 1883, p. 500
  125. ↑ La Tour de Garde de Juillet 1883, p. 500
  126. ↑ La Tour de Garde de Juillet 1883, p. 500
  127. ↑ La Tour de Garde de Juillet 1883, p. 500
  128. ↑ La Tour de Garde de Juillet 1883, p. 500-501
  129. ↑ La Tour de Garde de Juillet 1883, p. 501
  130. ↑ La Tour de Garde de Juillet 1883, p. 501
  131. ↑ La Tour de Garde de Juillet 1883, p. 501
  132. ↑ La Tour de Garde de Juillet 1883, p. 501
  133. ↑ La Tour de Garde de Juillet 1883, p. 501
  134. ↑ La Tour de Garde de Juillet 1883, p. 502
  135. ↑ La Tour de Garde de Juillet 1883, p. 502
  136. ↑ La Tour de Garde de Juillet 1883, p. 502
  137. ↑ La Tour de Garde de Juillet 1883, p. 501
  138. ↑ La Tour de Garde de Juillet 1883, p. 501
  139. ↑ La Tour de Garde de Juillet 1883, p. 501
  140. ↑ La Tour de Garde de Juillet 1883, p. 501
  141. ↑ La Tour de Garde de Juillet 1883, p. 501
  142. ↑ La Tour de Garde de Juillet 1883, p. 502
  143. ↑ La Tour de Garde de Juillet 1883, p. 502
  144. ↑ La Tour de Garde de Juillet 1883, p. 502
  145. ↑ La Tour de Garde de Juillet 1883, p. 502
  146. ↑ La Tour de Garde de Juillet 1883, p. 502-503
  147. ↑ La Tour de Garde de Juillet 1883, p. 503
  148. ↑ La Tour de Garde de Juillet 1883, p. 503
  149. ↑ La Tour de Garde de Juillet 1883, p. 503-504
  150. ↑ La Tour de Garde de Juillet 1883, p. 504
  151. ↑ La Tour de Garde de Juillet 1883, p. 503
  152. ↑ La Tour de Garde de Juillet 1883, p. 503
  153. ↑ La Tour de Garde de Juillet 1883, p. 503
  154. ↑ La Tour de Garde de Juillet 1883, p. 504
  155. ↑ La Tour de Garde de Juillet 1883, p. 504
  156. ↑ La Tour de Garde de Juillet 1883, p. 504-505
  157. ↑ La Tour de Garde de Juillet 1883, p. 504-505
  158. ↑ La Tour de Garde de Juillet 1883, p. 505
  159. ↑ La Tour de Garde de Juillet 1883, p. 505
  160. ↑ La Tour de Garde de Juillet 1883, p. 505
  161. ↑ La Tour de Garde de Juillet 1883, p. 505
  162. ↑ La Tour de Garde de Juillet 1883, p. 505
  163. ↑ La Tour de Garde de Juillet 1883, p. 505
  164. ↑ La Tour de Garde de Juillet 1883, p. 506
  165. ↑ La Tour de Garde de Juillet 1883, p. 506
  166. ↑ La Tour de Garde de Juillet 1883, p. 506
  167. ↑ La Tour de Garde de Juillet 1883, p. 506
  168. ↑ La Tour de Garde de Juillet 1883, p. 506-507
  169. ↑ La Tour de Garde de Juillet 1883, p. 507
  170. ↑ La Tour de Garde de Juillet 1883, p. 507
  171. ↑ La Tour de Garde de Juillet 1883, p. 507
  172. ↑ La Tour de Garde de Juillet 1883, p. 506
  173. ↑ La Tour de Garde de Juillet 1883, p. 506
  174. ↑ La Tour de Garde de Juillet 1883, p. 506
  175. ↑ La Tour de Garde de Juillet 1883, p. 506
  176. ↑ La Tour de Garde de Juillet 1883, p. 506
  177. ↑ La Tour de Garde de Juillet 1883, p. 506
  178. ↑ La Tour de Garde de Juillet 1883, p. 506-507
  179. ↑ La Tour de Garde de Juillet 1883, p. 506-507
  180. ↑ La Tour de Garde de Juillet 1883, p. 507
  181. ↑ La Tour de Garde de Juillet 1883, p. 507
  182. ↑ La Tour de Garde de Juillet 1883, p. 507
  183. ↑ La Tour de Garde de Juillet 1883, p. 507
  184. ↑ La Tour de Garde de Juillet 1883, p. 507
  185. ↑ La Tour de Garde de Juillet 1883, p. 507
  186. ↑ La Tour de Garde de Juillet 1883, p. 507
  187. ↑ La Tour de Garde de Juillet 1883, p. 507-508
  188. ↑ La Tour de Garde de Juillet 1883, p. 508
  189. ↑ La Tour de Garde de Juillet 1883, p. 508
  190. ↑ La Tour de Garde de Juillet 1883, p. 508
  191. ↑ La Tour de Garde de Juillet 1883, p. 508
  192. ↑ La Tour de Garde de Juillet 1883, p. 508
  193. ↑ La Tour de Garde de Juillet 1883, p. 508
  194. ↑ La Tour de Garde de Juillet 1883, p. 508
  195. ↑ La Tour de Garde de Juillet 1883, p. 508
  196. ↑ La Tour de Garde de Juillet 1883, p. 508
  197. ↑ La Tour de Garde de Juillet 1883, p. 508
  198. ↑ La Tour de Garde de Juillet 1883, p. 508
  199. ↑ La Tour de Garde de Juillet 1883, p. 509
  200. ↑ La Tour de Garde de Juillet 1883, p. 509
  201. ↑ La Tour de Garde de Juillet 1883, p. 509
  202. ↑ La Tour de Garde de Juillet 1883, p. 509-510
  203. ↑ La Tour de Garde de Juillet 1883, p. 510
  204. ↑ La Tour de Garde de Juillet 1883, p. 510
  205. ↑ La Tour de Garde de Juillet 1883, p. 510
  206. ↑ La Tour de Garde de Juillet 1883, p. 510
  207. ↑ La Tour de Garde de Juillet 1883, p. 511
  208. ↑ La Tour de Garde de Juillet 1883, p. 511
  209. ↑ La Tour de Garde de Juillet 1883, p. 511
  210. ↑ La Tour de Garde de Juillet 1883, p. 511-512
  211. ↑ La Tour de Garde de Juillet 1883, p. 512
  212. ↑ La Tour de Garde de Juillet 1883, p. 512
  213. ↑ La Tour de Garde de Juillet 1883, p. 512
  214. ↑ La Tour de Garde de Juillet 1883, p. 512
  215. ↑ La Tour de Garde de Juillet 1883, p. 512
  216. ↑ La Tour de Garde de Juillet 1883, p. 512
  217. ↑ La Tour de Garde de Juillet 1883, p. 512
  218. ↑ La Tour de Garde de Juillet 1883, p. 512
  219. ↑ La Tour de Garde de Juillet 1883, p. 512
  220. ↑ La Tour de Garde de Juillet 1883, p. 512
  221. ↑ La Tour de Garde de Juillet 1883, p. 512
  222. ↑ La Tour de Garde de Juillet 1883, p. 512

Catégorie:1883