La Tour de Garde de septembre 1881
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| La Tour de Garde de septembre 1881 | |
|---|---|
| Revue | La Tour de Garde |
| Date | 1881 |
| Année | 1881 |
| Langue | Anglais |
| Pays | États-Unis |
| Éditeur | Zion's Watch Tower Tract Society |
Ce numéro double porte en tête le titre « Nourriture pour chrétiens réfléchis ». Le même texte paraît la même année sous forme d'ouvrage, Food For Thinking Christians (1881). Les lecteurs qui ne se considèrent pas comme des « chrétiens réfléchis » sont priés de le remettre à un ami ou à un voisin qui l'est. Le numéro est donc conçu pour circuler hors du cercle des abonnés.
Le numéro forme un exposé suivi du plan de Dieu. Il commence par la chute d'Adam et se termine par le retour de toute l'humanité à la vie parfaite. Le dialogue sur le mal ouvre la série. Les chapitres sur le retour du Christ, sur le jugement et sur la résurrection s'appuient ensuite les uns sur les autres. Le tableau du « plan des âges » et le dessin du tabernacle du désert résument cet enseignement en images. Plusieurs pages corrigent des passages bibliques souvent cités contre ces idées, comme la parabole du riche et de Lazare.
Le retour du Christ y est présenté comme déjà en cours : il serait présent depuis 1874, sans être vu. L'épreuve de l'Église aurait commencé au printemps 1878. Le numéro invite enfin le lecteur à mesurer ce qu'il est prêt à abandonner pour suivre cet enseignement : sa réputation, ses amis, son argent et sa vie.
Analyse
Croyances
Le mal permis, la mort et le mensonge de Satan
Le dialogue entre A, B et C va plus loin qu'une simple tolérance du mal. Dieu y a prévu la chute d'Adam, et il l'a voulue comme une partie de son plan, puisqu'il en avait déjà préparé le remède.[1] L'argument repose sur une idée simple : n'importe qui, à la place d'Adam, aurait agi comme lui.[2] Schulz et de Vienne citent ce passage comme l'opinion personnelle de Russell. Ils le rapprochent de Paton, pour qui Adam et Ève annonçaient le Christ et son épouse. Selon eux, cette lecture rend le péché d'Adam inévitable et le fait entrer dans le plan de Dieu.[3] Les mêmes auteurs relèvent que le raisonnement sur l'immuabilité, que Dieu seul possède, reprend presque mot pour mot un écrit d'Henry Smith-Warleigh. George Storrs le diffusait en 1873 sous le même titre.[4] Nelson Barbour, de son côté, lisait Genèse 3:22 comme un droit accordé à l'homme de juger le bien et le mal par sa seule raison.[5] Le dialogue tire de la chute une autre leçon. La connaissance du mal ne sert à rien tant que l'homme reste pécheur. C fait lui-même l'objection : cette connaissance « arrive trop tard » pour les descendants d'Adam.[6] La réponse renvoie à la restauration du millénium. C'est seulement alors que l'expérience du mal deviendra une protection contre un nouveau péché.[7] Tony Wills résume ainsi la pensée de Russell : les ressuscités compareront leur première vie à la vie sous le Royaume et rejetteront le mal par expérience, sans avoir besoin d'un raisonnement théologique.[8]
Le même raisonnement s'applique aux anges. Les anges rebelles se seraient crus immortels. Le cadavre d'Abel les aurait détrompés et leur aurait montré que Dieu peut reprendre la vie qu'il donne.[9] Leur existence prolongée s'explique de la même façon que la permission du mal. Ils accomplissent sans le savoir une partie du plan, parce qu'ils apprennent aux hommes ce que coûte le péché. Le texte invoqué est le verset où Dieu fait servir à sa gloire la colère de l'homme.[10] Wills montre que Russell s'appuyait sur ce même verset, Psaumes 76:10, pour expliquer la permission du mal chez les hommes.[11] Le mensonge d'Éden, « vous ne mourrez certainement pas », devient la source de deux doctrines des Églises : l'âme immortelle et le tourment sans fin.[12] Cette doctrine vient d'un milieu précis. Henry Grew a convaincu Storrs en 1837 que l'âme n'est pas immortelle. Storrs est ensuite devenu aux États-Unis le principal défenseur de l'immortalité accordée sous condition. Ses Six Sermons circulaient à près de 200 000 exemplaires vers 1880.[13] Zoe Knox rappelle que Russell a reconnu ce qu'il devait à Storrs.[14] À la fin du dialogue, B rejette l'idée d'un Dieu qui destinerait quatre-vingt-dix personnes à l'enfer pour une seule choisie pour la gloire.[15] Penton fait remonter à l'adolescence de Russell cette question : comment un Dieu d'amour pourrait-il punir les pécheurs d'un tourment infini ?[16]
L'exposé sur la résurrection donne à cette doctrine sa base biblique. Dans la Bible, l'âme désigne l'être tout entier, c'est-à-dire la vie et le corps réunis. La vie elle-même est comparée à l'électricité, qui traverse toute la création sans appartenir à aucune créature.[17] Il en résulte que ni le corps ni la vie ne meurent : c'est l'être qui cesse d'exister. Ressusciter veut donc dire rendre l'existence à un être, et non faire sortir un corps du tombeau.[18] Les adventistes de l'époque avaient déjà donné la même valeur au récit de la création d'Adam. Pour Wendell et ses amis, l'homme est « semblable aux bêtes qui périssent ».[19]
Le spiritisme est traité comme le prolongement direct du mensonge d'Éden. Les démons s'y font passer pour les morts afin de prouver que les morts ne sont pas morts.[20] L'épisode de la sorcière d'Endor est relu dans ce sens. Celui qui parle n'est pas Samuel. C'est Satan, qui connaît les prophéties déjà faites contre Saül et qui détient le pouvoir de la mort.[21] Les adventistes du septième jour, qui partageaient la même doctrine de l'âme mortelle, y voyaient la seule défense contre le spiritisme. Leurs revues présentaient de la même manière l'apparition d'Endor comme un démon qui prend l'apparence de Samuel.[22] Le numéro craint que certains appellent les étudiants de la Bible eux-mêmes des « spiritualistes ».[23] Cette crainte avait un précédent. En juillet 1875, Paton répondait déjà dans l'Herald of the Morning à ceux qui confondaient avec le spiritisme la doctrine des corps spirituels.[24] Les prodiges des médiums sont placés dans le calendrier prophétique. Le « jour du Seigneur » a commencé, les « chaînes d'obscurité » qui retenaient les anges déchus se relâchent, et leurs pouvoirs doivent donc grandir.[25] Le témoignage du pasteur Joseph Cook sur des phénomènes réels sert de preuve à cette attente.[26]
Deux passages souvent opposés à la mortalité de l'âme sont relus dans le même sens. Le riche et Lazare de Luc 16:19-31 deviennent la nation juive et les non-Juifs. Le « feu » que subit le riche désigne alors la détresse nationale des Juifs depuis leur rejet, et non un tourment après la mort.[27] Le désir de Paul en Philippiens 1:23 ne porte pas sur la mort. Le mot grec analusis y est traduit par « retour », comme en Luc 12:36. Paul désirerait donc le retour du Christ, une troisième possibilité préférable à la vie comme à la mort.[28]
Une rançon exacte et une restauration pour tous
La rançon repose sur une stricte équivalence. Le Christ possédait une vie humaine qui n'avait jamais été confisquée. Il pouvait donc la donner en échange de la vie perdue par Adam.[29] De là découle une conséquence sur sa résurrection. S'il avait repris un corps de chair, il aurait repris le prix payé, et l'humanité serait restée prisonnière de la mort.[30] Ce raisonnement se trouve déjà chez George Stetson en 1872. Pour lui, la vie de sang perdue par Adam exigeait l'offrande d'une vie de sang équivalente, selon la règle « vie pour vie » d'Exode 21:23. Jésus n'avait pas pu reprendre cette vie à sa résurrection sans rendre son sacrifice inutile.[31] Schulz et de Vienne estiment que la doctrine de Russell sur la rançon vient presque entièrement de Stetson.[32]
Puisque la rançon est payée pour tous, la Justice est obligée de rendre la vie à tous. Elle ne peut pas garder dans la mort ceux dont la dette a été réglée.[33] Les morts ramenés à la vie pendant le millénium commencent alors leur épreuve, désignée comme « leur première chance ».[34] Le numéro refuse expressément de parler d'une « seconde chance ». Tous les croyants de l'âge présent sont appelés à devenir l'Épouse, et il n'y a qu'une seule Épouse.[35] La même question agitait alors d'autres Églises américaines. Vers 1880-1886, des congrégationalistes s'opposaient dans la « controverse d'Andover » sur la « probation future ». Selon cette idée, l'Évangile serait offert après la mort à ceux qui ne l'avaient pas rejeté en ce monde.[36] Barbour avait déjà publié en 1876, dans le Bible Examiner de Storrs, une forme proche de cette doctrine. Tous auraient leur épreuve dans le monde à venir, sauf ceux qui avaient commis le péché impardonnable.[37]
Le cas de Sodome sert de preuve. Ses habitants ont tous péri, donc leur retour « à leur ancien état », annoncé en Ézéchiel 16:55, suppose leur résurrection.[38] En juin 1881, l'auteur d'un autre article refusait encore d'affirmer catégoriquement que l'homme revivrait dans la chair.[39] Ici, la réponse est nette : tous les morts, sauf l'Église, ressusciteront avec un corps de chair, comme Lazare.[40] Le même raisonnement règle la question des Amalécites. Dieu avait ordonné à Israël de tuer hommes, femmes et enfants. Leur mort ne leur fait pas de tort, puisqu'ils apprennent seulement le mal et seront éprouvés plus tard, « en temps voulu ».[41]
Une objection pratique reçoit une réponse chiffrée. La terre aurait-elle assez de place pour tous les morts ressuscités ? Le numéro prend une population de 1,4 milliard d'êtres humains, la suppose identique à chaque génération depuis Adam, et compte trois générations par siècle. Il obtient 252 milliards de personnes.[42] Le Texas suffirait à les enterrer, et l'Irlande à les accueillir debout.[43] Ce chiffre diffère de celui donné plus haut dans le même numéro, environ 143 milliards. Le calcul sur le Texas grossit volontairement le total pour donner le plus d'avantage possible à l'objection.[44]
La restauration a une limite : le péché impardonnable. Le numéro distingue trois cas. Les fautes héritées d'Adam sont pardonnées à tous. Les fautes commises malgré une lumière partielle seront punies de « coups » plus ou moins nombreux dans l'âge à venir. Le rejet volontaire de la rançon par un chrétien éclairé mène à la seconde mort.[45] Schulz et de Vienne datent cet exposé de mars 1881. Ils le rattachent aux questions d'un lecteur de l'Iowa, Amon Hipsher.[46] Le numéro ajoute une précision sur la date de ce péché. Personne n'a pu le commettre avant la Pentecôte, parce que l'esprit saint n'était pas encore venu guider l'Église dans la vérité. Les foules des âges passés doivent donc d'abord être relevées de la première mort.[47] Penton souligne l'écart avec la doctrine chrétienne héritée d'Anselme : chez Russell, la mort du Christ efface le péché d'Adam, mais chacun reste condamnable pour ses propres fautes volontaires.[48] La mort définitive de l'apostat est présentée comme un acte d'amour, car une vie prolongée dans le mal ne ferait que du tort.[49] Storrs soutenait déjà qu'en faisant mourir le pécheur, Dieu lui épargne une vie de souffrance sans fin.[50]
Les âges et les alliances : à qui s'adresse chaque promesse
Le diagramme du « plan des âges » découpe l'histoire en trois mondes. Le monde présent se divise lui-même en âge patriarcal, âge juif et âge de l'Évangile, et le monde à venir s'ouvre sur l'âge millénaire.[51] Barbour publiait déjà ce découpage dans un schéma de l'Herald of the Morning de mars 1876.[52] Selon un souvenir de Barbour rapporté par Schulz et de Vienne, il aurait dessiné lui-même pour Russell, en février 1877, le plan de ses tableaux sur les prophéties et sur la pyramide.[53] Dans ce numéro, la pyramide n'apporte aucune date. Elle sert seulement d'image de la perfection : une pyramide entière pour Adam ou pour Jésus, une pyramide sans sommet pour l'humanité déchue.[54] Sa pierre de faîte représente le Christ, et les pierres taillées sur ses lignes représentent l'Église.[55] L'idée que la Grande Pyramide de Gizeh témoigne du plan de Dieu venait des écrits de John Taylor et de Charles Piazzi Smyth.[56]
Ce découpage règle un vieux conflit entre les Églises. Le calvinisme enseigne que Dieu choisit d'avance ceux qu'il sauve. L'arminianisme enseigne que sa grâce est offerte à tous. Le numéro garde les deux doctrines en rapportant chaque texte à son âge.[57] Chaque doctrine, prise seule, est jugée contraire au caractère de Dieu. Le Dieu calviniste est « grand », mais sans miséricorde ni amour, puisqu'il ferait naître 142 milliards de créatures déjà damnées. Le Dieu arminien aime, mais il n'a pas prévu l'action de Satan, qui lui prend mille créatures pour une.[58] Wills voit dans cette solution la réponse de Russell aux questions qui le troublaient pendant ses années presbytériennes : l'élection vaut pour l'âge de l'Évangile, la grâce offerte à tous vaut pour le millénium.[59] Blandre signale un texte de Storrs, daté d'environ 1874, qui contestait déjà la prédestination calviniste au nom d'une rançon payée pour tous.[60]
Les trois alliances suivent le même partage. L'alliance faite avec Abraham ne pose aucune condition et n'a pas de médiateur. L'alliance de la Loi pose des conditions et a Moïse pour médiateur. La nouvelle alliance pose aussi des conditions et a Jésus pour médiateur.[61] Sara, Agar et Ketura servent de types à ces trois alliances. Les six fils de Ketura, ajoutés à Ismaël, donnent sept, nombre complet : tous les enfants charnels naîtraient sous la Loi et sous la nouvelle alliance.[62] Sur la date de la nouvelle alliance, le numéro tient deux positions. D'un côté, le monde attend que tous les membres du corps du Christ soient morts avec lui avant que l'aspersion du sang commence. De l'autre, « dans un sens, l'action de la nouvelle alliance commence avec l'Église de l'Évangile ».[63] En février 1880, les fidèles héritaient la gloire sous l'alliance d'Abraham, et la nouvelle alliance était tenue pour encore à venir.[64] En juin 1880, l'Église n'était pas du tout sous la nouvelle alliance.[65] Wills relève dans ce numéro de septembre 1881 la contradiction entre les deux positions. Penton, qui s'appuie sur Timothy White, juge Russell confus sur ce point.[66]
Israël selon la chair a une place à part dans ce partage. Pendant l'âge juif, Dieu n'a connu que ce peuple parmi toutes les familles de la terre. Il l'a ensuite retranché pendant le choix de l'Épouse, selon Romains 11:25-26.[67] Il doit être rétabli pendant le temps de détresse et devenir, au millénium, la première des nations de la terre.[68] Storrs croyait déjà que le peuple juif serait littéralement ramené dans sa terre au millénium.[69] Crompton montre que Russell voyait dans le congrès de Berlin de 1878 un premier signe du retour de la faveur de Dieu envers les Juifs.[70]
Deux saluts : l'immortalité pour le petit troupeau, la vie humaine pour le monde
Le numéro sépare nettement la vie éternelle et l'immortalité. La vie éternelle dure sans fin, mais elle dépend de l'obéissance et de moyens extérieurs comme la nourriture. Adam la possédait avant sa faute, et les anges la possèdent aujourd'hui.[71] L'immortalité est une vie que rien ne peut interrompre, « la vie en soi-même ». Elle appartient à Dieu, au Christ ressuscité et à l'Épouse.[72] Pour le prouver, le numéro relève que les mots grecs traduits par « immortel » et « incorruptible » apparaissent « dix-huit fois » dans la Bible, jamais pour les anges ni pour les hommes.[73] Les anges sont donc mortels : le diable et ses anges doivent mourir.[74]
Le cas de Jésus suit cette règle. Avant de devenir homme, il était un être spirituel, « le commencement de la création de Dieu ». Il n'avait alors que la vie éternelle, garantie tant qu'il restait obéissant.[75] Il reçoit l'immortalité à sa résurrection, comme récompense de son obéissance jusqu'à la mort. Le « c'est pourquoi » de Philippiens 2:9 sert de preuve.[76] En octobre 1880, un autre article affirmait au contraire que le Christ, avant sa naissance, était « en forme de Dieu » et qu'il avait porté à la fois la nature divine et la nature humaine.[77]
Le croyant passe par des étapes que le diagramme désigne par des lettres. Il est d'abord justifié par la foi et compté comme parfait (degré N). Il se consacre ensuite et est engendré de l'esprit (degré M). Il naît à la résurrection comme être spirituel parfait (degré L), puis entre dans la gloire avec le Christ (degré K).[78] Stetson distinguait déjà trois moments : l'engendrement par la parole de Dieu, le don de l'esprit au croyant mort au péché, puis la naissance spirituelle, où le croyant devient immortel.[79] Le Christ forme avec son Église un seul « Oint », la tête et le corps. Les sous-prêtres reçoivent l'onction d'Aaron en lui, comme les pierres d'une pyramide suivent les lignes de sa pierre de faîte.[80] Blandre retrouve cette union du Christ et de l'Église dans The Object and Manner of Our Lord's Return en 1877, où le royaume de Dieu est le Christ collectif.[81]
Tous les croyants n'atteignent pas le même rang. Le diagramme classe l'Église nominale en quatre groupes. Le « petit troupeau » tient son engagement jusqu'au bout. La « grande compagnie » recule devant le sacrifice de sa volonté. La majorité est justifiée sans être consacrée. Les « loups déguisés en brebis » ne sont pas même justifiés.[82] La grande compagnie devient elle aussi spirituelle, mais seulement après le temps de détresse. Elle découvre alors que les noces de l'Agneau ont déjà eu lieu. Le numéro s'appuie sur le temps passé du verbe grec en Apocalypse 19:7.[83] Penton décrit cette grande compagnie comme une classe céleste de second rang dans l'enseignement de Russell.[84]
La « première résurrection » est réservée aux saints. Elle est « première » parce qu'elle est la principale.[85] Le verset qui fait revivre « les autres morts » après les mille ans gênerait ce schéma. Il est déclaré ajouté par la papauté, comme la fin de la prière de Matthieu 6:13 et les trois témoins célestes de 1 Jean 5:7.[86] Le numéro prête un motif à chaque ajout. Celui de 1 Jean 5:7 aurait servi à soutenir la Trinité. Ceux de Matthieu 6:13 et d'Apocalypse 20:5 auraient servi la prétention de la papauté à régner déjà comme royaume de Dieu.[87] La phrase manque bien dans le Codex Sinaiticus. Le commentateur William Kelly rappelait cependant que toutes les éditions imprimées du Nouveau Testament grec la conservaient.[88]
L'exhortation « Calculer le prix » tire les conséquences pratiques de cette doctrine. Le croyant doit donner son attention, son temps, sa réputation, ses amis, son argent et sa vie, et devenir pauvre comme Jésus.[89] L'urgence de l'appel vient de la date. Le nombre des places dans la haute vocation doit bientôt être atteint.[90] Penton cite un texte de Russell écrit en mai 1881 : la compagnie de l'Épouse serait comptée complète cette année-là, et la porte de cette vocation fermée pour toujours.[91]
Un retour invisible, présent depuis 1874
La présence invisible du Christ repose sur la nature des corps spirituels. Les anges peuvent être présents sans être vus, prendre une forme humaine, ou montrer leur gloire.[92] Après sa résurrection, Jésus n'a montré à ses disciples que des corps de chair créés pour l'occasion, sous des formes chaque fois différentes. Son corps spirituel n'a jamais été vu par eux.[93] Wills présente cette séparation entre nature humaine et nature spirituelle comme la base de l'idée la plus personnelle de Russell : un Christ qui revient sans être vu.[94] L'Herald of the Morning enseignait déjà en 1875 que Jésus avait laissé son corps charnel dans la tombe et qu'il était né de nouveau avec un corps spirituel immortel.[95]
Le mot grec parousia signifie « présence » et non « venue ».[96] Penton fait remonter cette lecture au pasteur anglais Robert Govett. L'idée d'un retour invisible serait parvenue à Russell surtout par les écrits de Joseph A. Seiss.[97] Blandre rappelle que Benjamin W. Keith a découvert ce sens dans l'Emphatic Diaglott, et que Barbour l'a exposé pour la première fois clairement en octobre 1875.[98] Le numéro dit que le second avènement, comme le premier, couvre une période et non un instant. La première venue aurait duré près de trente-quatre ans.[99] Penton cite la même phrase dans The Object and Manner of Our Lord's Return en 1877. Il la rapproche de l'avènement en deux temps du jésuite Manuel Lacunza.[100]
Le numéro date cette présence. L'œuvre de séparation du blé et de l'ivraie avance « depuis 1874 ».[101] Cette moisson se divise en deux parties, sept ans puis trente-trois ans, sur le modèle de la moisson de l'âge juif.[102] Le trouble dans l'Église a commencé au printemps 1878.[103] La septième trompette, la « trompette de Dieu » et la « dernière trompette » désignent une même période, et non un son entendu dans l'air.[104] L'enlèvement « dans les nuées » devient une image. Les nuées sont celles du trouble, et « l'air » désigne le pouvoir de Satan, « prince de la puissance de l'air », que le Christ et les saints doivent lui prendre.[105] L'Église, si elle est prête, doit être enlevée pendant que le trouble se rassemble, avant que l'orage éclate.[106] Penton rappelle que Russell attendait ce changement des membres de l'Église d'abord en 1878, puis en 1881.[107]
Le retour du Christ précède la conversion du monde. Le numéro rejette l'opinion « postmillénariste » des Églises, selon laquelle la prédication convertirait les nations avant le retour du Christ.[108] L'Évangile prêché dans le monde entier « en témoignage » sert seulement à attester. Son but est de prendre parmi les nations un peuple pour le nom de Dieu.[109] Crompton rappelle qu'aux États-Unis le postmillénarisme dominait au début du siècle et reflétait la foi dans le progrès de la société.[110] Timothy Weber montre qu'après la guerre de Sécession, des évangéliques ont cessé de croire à une société chrétienne en voyant les quartiers pauvres des villes et les conflits ouvriers.[111]
La détresse des nations et un jugement de mille ans
La présence du Christ ouvre un temps de détresse. L'Église nominale, appelée « Babylone » à cause de son mélange, tombe la première. Les gouvernements sont ensuite renversés.[112] Chryssides indique que Russell définissait Babylone comme « l'Église nominale ».[113] Les puissants chercheront à se cacher dans les « rochers » des sociétés de ce monde, que le numéro nomme : la franc-maçonnerie et les Odd-Fellows.[114] Seuls les gouvernements sont détruits. Les peuples survivent et apprennent la justice par le châtiment.[115] Barbour décrivait déjà ces quarante ans de trouble comme une crise sociale. La faim et le chômage dresseraient les travailleurs contre les capitalistes et détruiraient tout l'ordre établi.[116] Le politologue Michael Barkun explique la naissance des mouvements millénaristes par les catastrophes vécues dans leur milieu.[117]
Le jour du jugement suit ce temps de détresse et dure mille ans. Le livre des Juges en donne le sens. Un juge, comme Othniel, était un chef attendu qui délivrait son peuple de ses oppresseurs. Juger veut donc dire gouverner.[118] Le numéro distingue trois grandes séparations. La séparation de la balle et du froment a eu lieu à la fin de l'âge juif. Celle de l'ivraie et du blé a lieu maintenant. Celle des brebis et des chèvres aura lieu pendant le millénium.[119] Wills confirme que Russell appliquait la parabole des brebis et des chèvres à l'âge millénaire.[120] Les « chèvres » vont vers un « retranchement éternel », et non vers un tourment.[121] À la fin, la domination de la terre est rendue à l'humanité restaurée. Le numéro compare cet ordre aux États-Unis, où chaque État fait ses lois tant qu'il reste d'accord avec le gouvernement fédéral.[122]
Organisation et histoire
Un numéro spécial fait de tracts, d'un tableau et de cantiques
Le numéro de septembre 1881 n'est pas un numéro ordinaire. Penton indique qu'il a d'abord paru comme « numéro spécial » de la revue, sous le titre Food for Thinking Christians.[123] La notice du séminaire de Princeton le décrit comme un supplément gratuit de la revue, de 164 pages, imprimé à Pittsburgh en 1881.[124] Selon Wills, le premier tirage atteint 300 000 exemplaires.[125]
Une partie des textes avait déjà paru dans la revue. Schulz et de Vienne datent de mars 1881 l'article sur le péché impardonnable.[126] Ils datent aussi de mars 1881 l'article sur le spiritisme, avec son éloge de Joseph Cook.[127] Ils relèvent enfin que le passage sur Satan, ancien ange de Dieu qui garde ses pouvoirs, reprend mot pour mot le numéro de mars 1881.[128] Le chemin étroit vers la vie existait déjà sous forme de tract : le tract n° 5 reprenait, avec de légères retouches, un article d'octobre 1880.[129] Le numéro renvoie lui-même à ce tract, sous le titre « Le chemin étroit vers la vie », et au tract n° 7, consacré aux types du tabernacle.[130] Selon Schulz et de Vienne, ce tract n° 7 n'avait pas encore paru, contrairement à ce que beaucoup ont supposé. Le renvoi annonce donc un écrit en préparation.[131] Les mêmes auteurs placent ce tract au centre du désaccord qui oppose alors Russell à John Paton.[132] Wills situe en juin 1881 les derniers articles de Paton dans la revue. Paton est alors en désaccord avec Russell sur la rançon.[133]
Le tableau du « plan des âges » occupe deux pages de planches et plusieurs pages d'explication, lettre par lettre, de K à R.[134] Ce tableau avait déjà été envoyé aux lecteurs en supplément du numéro de juillet-août 1881. Russell leur conseillait alors de l'accrocher chez eux, de l'étudier au moins un mois et d'apprendre à l'expliquer aux visiteurs. Chaque lecteur devenait ainsi un prédicateur du « chemin étroit ».[135] Nelson Barbour affirmait avoir tracé pour Russell, en février 1877, l'esquisse de tableaux sur les prophéties et sur la pyramide.[136] Dans ce numéro, la pyramide est retenue pour sa forme achevée, qui représente un être parfait. La pierre de faîte représente le Christ.[137] Barbour rattachait déjà la Grande Pyramide à sa chronologie dans son Herald of the Morning de janvier 1876.[138]
Le numéro cite enfin un cantique tiré des Songs of the Bride sans présenter ce recueil, comme un livre que tous les lecteurs possèdent.[139] Ce recueil compte 144 cantiques sur 134 pages. Russell et William Mann l'ont publié en 1879. Presque tous les chants y ont été retouchés pour s'accorder avec la doctrine du groupe. Russell le destinait au « petit troupeau », et non aux « chrétiens tièdes ».[140] En 1881, le cercle de Russell dispose donc de tracts numérotés, d'un tableau imprimé et d'un recueil de chants. Ce numéro spécial les réunit et renvoie de l'un à l'autre.
Manuscrits, traductions et auteurs protestants
Pour soutenir sa doctrine, le numéro se sert de l'actualité de la critique des textes bibliques. Il cite le manuscrit du Vatican n° 1209 et le manuscrit du Sinaï, « retrouvé complet en 1859 ». À partir de ces deux manuscrits, il désigne quatre passages comme des ajouts : Apocalypse 20:5, Jean 21:25, la fin de Matthieu 6:13 et 1 Jean 5:7-8.[141] La date de 1859 est exacte : Tischendorf découvre le manuscrit lors de sa troisième visite au monastère Sainte-Catherine. Le texte est publié à Leipzig en 1863, aux frais du tsar.[142] La phrase « le reste des morts ne revécut point » manque bien dans ce manuscrit. Un débat sur sa valeur oppose des auteurs protestants de l'époque.[143]
Le numéro annonce une nouvelle version de la Bible « bientôt » publiée. Or le Nouveau Testament de la version révisée anglaise a paru en mai 1881.[144] Cette annonce fait donc partie d'un texte écrit avant cette date et repris ici. La Tour de Garde de avril 1881 annonçait la même traduction avec méfiance : elle craignait qu'elle serve d'arme à l'incrédulité et reprochait aux pasteurs d'avoir tu les erreurs connues.[145] En septembre, les mêmes passages servent contre la papauté. Les ajouts sont attribués au « grand abandon de la foi » des années 300 à 1600 environ.[146]
La traduction de référence est l'Emphatic Diaglott. Le numéro la cite pour Romains 5:18.[147] Il s'en sert pour l'enlèvement « dans les nuées » et pour le « retranchement éternel » de Matthieu 25:46.[148] Il la cite encore pour le mot grec analusis de Philippiens 1:23, rendu par « retour ».[149] Benjamin Wilson publie cette traduction en 1864. Blandre la décrit comme le livre de référence de Russell. Wilson venait d'un courant voisin des adventistes, celui de l'« âge à venir ».[150] C'est dans cette traduction que Benjamin W. Keith avait lu le mot parousia rendu par « présence ».[151] Le numéro s'appuie sur ce sens de « présence » pour décrire un Christ déjà là mais invisible.[152]
Le numéro cite aussi des auteurs protestants connus. Il reproduit en entier un poème de William Cowper à la fin du dialogue sur le mal.[153] Il nomme Isaac Newton et Adam Clarke parmi ceux qui placent dans le passé cinq ou six des trompettes de l'Apocalypse.[154] Penton note que Russell avait déjà puisé chez Clarke et Newton sa lecture de l'Apocalypse en 1877.[155] Le numéro se termine sur des citations de Thomas Carlyle, du prédicateur baptiste Charles Haddon Spurgeon et d'Arthur Penrhyn Stanley.[156] Stanley est alors doyen de l'abbaye de Westminster, dans l'Église anglicane.[157] La revue rejette les Églises, mais elle cite leurs savants, leurs poètes et leurs prédicateurs.
Classer les croyants et nommer les adversaires
Le tableau range ceux qui se disent chrétiens en quatre groupes. Le groupe n est le « petit troupeau », qui tient son engagement jusqu'au bout. Le groupe m est la « grande compagnie », qui recule devant ce sacrifice. Le groupe p réunit les croyants justifiés mais non consacrés. Le groupe q désigne des « loups déguisés en brebis ».[158] L'ensemble mêlé de ces groupes est appelé « Babylone ».[159] Chryssides rappelle que Russell définit Babylone comme « l'Église nominale ».[160] Selon Crompton, le « petit troupeau » forme pour Russell toute la véritable Église, très petite comparée à l'Église nominale.[161] Penton précise que la « grande compagnie » obtient elle aussi une résurrection spirituelle, mais pas la première.[162] Wills explique que, pour Russell, la vraie Église est dispersée dans toutes les dénominations.[163] Le lecteur du numéro est invité à se compter dans le groupe n. La « grande compagnie », elle, est décrite comme sourde au cri « sortez d'elle, mon peuple ».[164]
Le numéro nomme aussi ses adversaires protestants. Il discute deux versets invoqués par les « frères post-millénaristes », qui attendent la conversion du monde avant le retour du Christ.[165] Crompton note que cette attente d'un progrès graduel reste répandue dans les Églises américaines de la fin du XIXe siècle.[166] Selon Timothy Weber, une partie des évangéliques perd pourtant cet optimisme après la guerre de Sécession, devant les taudis des villes et les conflits ouvriers.[167]
Le numéro cite nommément les calvinistes, « parmi lesquels baptistes et presbytériens ». Il leur emprunte l'idée que Dieu est en train de « prendre un peuple pour son nom ».[168] Il oppose ensuite le calvinisme et l'arminianisme, puis les réconcilie en rapportant l'élection à l'âge présent et la grâce libre à l'âge millénaire.[169] Schulz et de Vienne rappellent que Russell avait grandi entre ces deux courants, presbytérien d'un côté et méthodiste de l'autre. L'une de ses premières brochures cherchait déjà à les réconcilier.[170] Wills y voit une réponse aux questions qui troublaient Russell depuis ses années presbytériennes.[171]
Le numéro se sépare aussi des universalistes. Il revendique le droit de citer « nous mettons notre confiance dans le Dieu vivant, qui est le Sauveur de tous les hommes, spécialement de ceux qui croient », sans adhérer à leur doctrine.[172] Il refuse aussi toute « seconde chance » et parle d'une « première chance » donnée aux morts pendant le millénium.[173] Ann Lee Bressler décrit les universalistes américains comme convaincus qu'un Dieu tout-bon sauve toutes les âmes.[174] En distinguant le salut de tous de la mort adamique et le salut particulier des croyants, le numéro garde une place à part entre ces deux camps.[175]
Les statistiques missionnaires servent la même polémique. Selon les rapports des sociétés bibliques de 1861, l'Évangile est publié dans toutes les langues, mais pas un humain sur cent n'a entendu le nom de Jésus.[176] Le numéro estime à cent quarante-deux milliards les morts hors du Christ. Il affirme que les missions obtiennent à peine un converti sur mille personnes atteintes.[177] Des auteurs protestants de l'époque, comme Theodor Christlieb, chiffraient eux aussi les résultats des missions.[178] Le numéro retourne ces chiffres contre les Églises : leurs efforts ne convertiront pas le monde, et le salut de la masse attend le règne millénaire.[179]
Spiritisme, francs-maçons et Odd Fellows
Le numéro combat le spiritisme, alors très en vogue. Il le dit suivi par des juges, des sénateurs et des personnes influentes. Il ajoute que la reine du plus grand royaume chrétien, la reine Victoria, passe chez beaucoup pour « spiritualiste ».[180] Ann Braude situe la naissance du spiritisme américain en 1848, dans l'État de New York, et son expansion dans tout le pays dans les années 1850.[181] La tradition spirite rapporte que le jeune médium Robert James Lees transmettait à Victoria des messages attribués au prince Albert.[182]
Le numéro cite aussi le pasteur Joseph Cook, défenseur de la Bible contre Huxley et Darwin, qui juge réels certains phénomènes spirites.[183] Cook rend compte d'une séance d'écriture sur ardoises tenue à Boston le 13 mars 1880. Il rencontre aussi en Allemagne l'astronome Zöllner, qui lui dit avoir vu des messages s'écrire entre des ardoises scellées.[184] Russell admirait Cook et avait publié un extrait de ses conférences du lundi en septembre 1880.[185] Le numéro accepte donc le témoignage de Cook, mais attribue les phénomènes aux démons.[186]
Le numéro affirme aussi que plusieurs Étudiants de la Bible ont été médiums avant de connaître la vérité.[187] Cette remarque montre que le mouvement recrute en partie dans les milieux spirites. Le numéro craint d'ailleurs qu'on appelle « spiritualistes » les Étudiants de la Bible eux-mêmes.[188] Le reproche n'est pas nouveau. En juillet 1875, Paton répondait déjà, dans le Herald of the Morning, à ceux qui voyaient du spiritisme dans la doctrine des corps spirituels.[189] Les adventistes du septième jour défendaient eux aussi la mortalité de l'âme contre le spiritisme. Ils lisaient l'apparition d'Endor comme celle d'un démon, comme le fait le numéro.[190]
Le numéro rejette aussi la franc-maçonnerie et les Odd Fellows. Au temps de détresse, les puissants chercheront refuge dans ces sociétés, mais elles ne les protégeront pas.[191] Mark Carnes rappelle que des millions d'Américains appartiennent alors à ces ordres secrets. Il voit dans leurs rituels une religion d'hommes, à côté des Églises.[192] Penton note que Russell déconseillait aux Étudiants de la Bible de devenir francs-maçons.[193] Spirites et sociétés fraternelles attirent le même public que le mouvement. Le numéro les condamne l'un et l'autre.
Le don volontaire et le modèle américain
L'article « Calculer le prix » demande au croyant de donner son attention, son temps, son esprit, sa réputation, ses amis, son argent et sa vie.[194] Il précise pourtant : « nous n'allons pas faire passer la corbeille ».[195] L'argent donné va d'abord aux frères pauvres ou malades du voisinage.[196] Schulz et de Vienne rattachent ce refus à un souvenir d'enfance de Russell. Vers treize ans, il avait récolté deux dollars pour une loterie paroissiale. Il en avait eu honte et avait juré de ne plus jamais mendier.[197] Dès 1879, la revue disait qu'elle ne solliciterait jamais d'argent.[198] Le numéro lui-même est distribué gratuitement.[199] Voir aussi Financement de la Société Watch Tower.
La dernière nouvelle du numéro va dans le même sens. Les évêques catholiques d'Irlande, malgré la misère de leur pays, offrent au pape une bourse de plus de quarante mille dollars.[200] Le don direct aux frères dans le besoin s'oppose ici à l'argent envoyé à Rome.
Le numéro décrit enfin le règne à venir à partir des institutions américaines. Le gouvernement des États-Unis est présenté comme la meilleure image de la domination humaine restaurée. Chaque État y fait ses lois, à condition de rester en accord avec le gouvernement fédéral.[201] Ernest Lee Tuveson a étudié l'idée, répandue chez les protestants américains, que leur nation a reçu de Dieu un rôle dans la marche vers le millénium.[202] Le numéro annonce la chute de tous les gouvernements. Pour décrire celui qui viendra ensuite, il prend pourtant comme modèle la république fédérale où vivent ses lecteurs.[203]
Contenu
Pourquoi le mal a été permis
Un dialogue
La question du mal est traitée sous forme d'un dialogue entre trois personnages nommés simplement A, B et C[204]. B ouvre la conversation en avouant son trouble : il se demande si la Bible est vraiment, comme il l'espère, une source fiable de vérité, car certains points restent obscurs pour lui malgré les belles vérités qu'elle contient par ailleurs[205]. A se présente comme disposé à l'aider, en s'appuyant sur l'idée que l'Écriture entière est inspirée de Dieu et que l'esprit de Dieu guide la compréhension de ceux qui la lisent[206].
B formule alors sa difficulté centrale : si Dieu est infiniment puissant, sage et bon, pourquoi a-t-il laissé sa création se corrompre par le péché ? Pourquoi, après avoir créé les premiers parents parfaits et droits, a-t-il laissé Satan présenter la tentation, ou laissé l'arbre défendu avoir une place parmi les bonnes choses du jardin ? N'aurait-il pas pu empêcher la chute de l'homme[207] ?
A répond que Dieu a créé plusieurs ordres d'êtres intelligents, chacun adapté à sa sphère propre, et que l'homme occupe le sommet de cette création, doté d'une raison supérieure à toutes les autres créatures et investi de la domination sur elles[208]. L'homme a été fait droit et parfait, « très bon » selon le jugement même de Dieu, mais sans connaître encore le mal[209]. L'argument avancé est que sans cette ignorance du mal, l'homme n'aurait pu résister à la tentation que par nécessité et non par choix, ce qui aurait ôté tout mérite à sa droiture[210]. A précise aussi que ce n'est pas le fruit de l'arbre en lui-même qui a causé la chute, mais l'acte de désobéissance[211].
B demande ensuite pourquoi Dieu n'a pas simplement créé l'homme incapable de changer, donc incapable de pécher. A répond qu'un tel être serait un autre Dieu, car l'immutabilité n'appartient qu'à un être infaillible et infini[212]. Tout être intelligent créé doit, selon cet argument, pouvoir changer ; et comme il est créé pur, ce changement ne peut aller que de la pureté vers le péché[213]. L'homme ne pouvait connaître le sens du mot « bien » sans avoir le mal pour le lui faire contraster, ni être reconnu obéissant à Dieu sans qu'une tentation réelle à la désobéissance lui soit présentée[214].
B objecte alors que Dieu, pour qui « toutes choses » sont possibles, aurait pu intervenir à temps pour empêcher l'accomplissement complet des desseins de Satan. A répond que l'expression biblique ne vise que les choses possibles en elles-mêmes : Dieu ne peut pas mentir, ainsi que le rappelle Hébreux 6:18, ni se renier lui-même, selon 2 Timothée 2:13[215]. Dieu ne peut donc choisir que le plan le plus sage pour introduire ses créatures dans l'existence, et le fait même qu'il n'ait pas empêché l'introduction et le développement du péché est présenté comme l'une des raisons les plus fortes de croire que le mal est nécessaire et destiné, en définitive, à produire du bien[216].
C intervient alors pour poser une autre difficulté : si Adam a eu droit à un essai dans des conditions favorables, en tant qu'homme parfait, pourquoi n'en va-t-il pas de même pour toute sa descendance, née avec des infirmités mentales et physiques ? Pourquoi Dieu n'a-t-il pas donné à chacun la même chance qu'à Adam[217] ? A répond que quiconque se serait trouvé à la place d'Adam aurait agi comme lui, car Adam ne connaissait Dieu que depuis peu de temps et n'avait aucune expérience de la souffrance ou de la mort pour mesurer la gravité de la menace divine[218]. Le tentateur, en mangeant lui-même du fruit devant Adam, s'est présenté comme la créature la plus sage, ce qui rendait la tromperie d'autant plus efficace[219].
C objecte que la menace du châtiment aurait dû suffire à retenir Adam. A répond que cet argument ne tient pas, puisque Adam, n'ayant jamais connu la souffrance ni la mort, ne pouvait en mesurer la réalité : c'est l'expérience du mal qui apprend ce que ces mots signifient, une expérience qu'Adam n'avait pas encore faite[220]. C conclut de cet échange que c'est précisément parce que chacun aurait agi comme Adam que Dieu est fondé à compter tous les hommes comme pécheurs, « par la désobéissance d'un seul homme, la multitude a été rendue pécheresse », selon Romains 5:18-19, et que c'est ainsi que le salaire du péché, la mort, a passé sur tous les hommes, « en Adam, tous meurent » [221].
B demande alors si cela signifie que Dieu fait le mal afin qu'il en résulte du bien. A rejette cette formulation : Dieu n'a fait aucun mal, il l'a seulement permis parce qu'il était nécessaire que ses créatures connaissent le bien et le mal l'un par l'autre ; en faisant l'expérience du péché et de ses conséquences, maladie, misère et mort, elles apprennent « l'extrême perversité du péché » et, ayant goûté que le salaire du péché est amer, deviennent capables de choisir la vie et de comprendre la sagesse et l'amour de Dieu dans ses lois[222].
B relance encore : n'est-ce pas Dieu lui-même qui a placé dans sa créature le désir de connaissance ayant conduit à la désobéissance ? Et s'il voulait que l'homme connaisse le mal, pourquoi attacher une peine à cet acte, puisque cette connaissance ne pouvait s'acquérir autrement ? A reconnaît que la connaissance du mal ne pouvait venir que de son introduction réelle, mais souligne qu'Adam n'aurait pas pu désobéir si aucun commandement ne lui avait été donné, et que tout commandement suppose une peine pour avoir une portée réelle[223]. A affirme alors que Dieu non seulement a prévu la chute de l'homme dans le péché, mais l'a voulue comme partie de son plan, parce qu'ayant déjà prévu le remède à ses conséquences, il savait que l'expérience conduirait l'homme à voir par lui-même « l'amertume et la noirceur » du péché, en contraste avec l'éclat incomparable de la vertu, pour apprendre à aimer et honorer davantage son Créateur, source de toute bonté, et à fuir pour toujours ce qui a causé tant de mal[224].
C démonte alors le raisonnement précédent : cette connaissance et cette expérience du mal arrivent trop tard pour servir la famille humaine. Adam a échoué par manque de connaissance et d'expérience ; ses descendants, bien que possédant cette connaissance et cette expérience, échouent à leur tour, incapables de rester droits à cause des effets de son péché[225].
B revient alors sur le point laissé en suspens : si l'humanité n'aura jamais l'occasion de se servir de cette connaissance et de cette expérience acquises au prix du péché d'Adam, à quoi correspond le remède annoncé plus tôt par A, préparé par Dieu avant même la chute ? A explique que Dieu savait, en donnant à l'homme la liberté de choisir, que celui-ci accepterait le mal présenté sous l'apparence d'un « ange de » lumière, et que, même après en avoir fait l'expérience, il continuerait à le choisir, cette expérience ayant abîmé sa nature morale au point de rendre le mal plus attrayant que le bien[226]. Laissé libre de suivre sa propre voie, l'homme s'est attiré lui-même la misère et la mort, dont il ne pouvait plus se relever seul. C'est alors qu'intervient, selon A, la voix de l'amour infini : Jean 1:29 annonce « Voici l'Agneau de Dieu qui ôte le péché du monde ». Ce sauveur, c'est Christ Jésus ; sa mort pour le péché des hommes faisait partie du plan de Dieu au même titre que la chute elle-même[227]. Il est désigné comme « l'Agneau immolé dès la fondation du monde », sa mort pour les péchés ayant été voulue par Dieu avant même la chute, avant même la création de l'homme[228].
B découvre alors dans cette explication une harmonie qu'il n'avait pas soupçonnée. Il suggère que Dieu n'aurait pu manifester ses qualités de miséricorde et de pitié, ni rendre visible son grand amour, sans l'occasion fournie par les besoins de l'homme déchu[229]. A confirme cette idée : si Psaumes 103:8 rappelle que le Seigneur est plein de compassion et de tendre bonté, ni l'une ni l'autre n'auraient pu se voir sans un pécheur pour les requérir ; et si Dieu est amour, c'est en ce que, selon 1 Jean 4:9-10, « l'amour de Dieu a été manifesté », et que l'on reconnaît cet amour en ce que Christ a donné sa vie pour les hommes[230]. A ajoute que la sagesse de Dieu se manifeste tout entière dans l'arrangement de ce plan, et annonce que la suite de la conversation montrera comment sa justice elle-même est mise en valeur par l'introduction du mal : Dieu aurait pu déclarer à ses créatures posséder ces qualités, mais ne pouvait les leur montrer en action sans que le péché en fournisse l'occasion[231].
B relance alors la discussion sur le fond du problème : Christ est désigné comme le remède au relèvement de l'homme après la chute, un remède voulu par Dieu avant même la création de l'humanité, mais la manière dont ce relèvement s'opère reste à expliquer[232]. A annonce que la réponse suppose d'examiner deux points : d'abord la nature de la peine prononcée et exécutée contre Adam, ensuite la nature du remède et la manière dont il s'applique[233]. Il demande à B de formuler, en langage biblique, la peine prononcée par Dieu contre le péché d'Adam.
B cite Genèse 2:17 : « au jour où tu en mangeras, tu mourras certainement », mais objecte qu'Adam n'est mort que neuf cent trente ans plus tard[234]. A répond que la lecture en marge du texte hébreu lève la difficulté : la formule signifie plus littéralement « au jour où tu en mangeras, mourant tu mourras », c'est-à-dire qu'à partir du moment où Adam désobéirait, la mort aurait pleine autorité sur lui, un droit sur lui, et commencerait son œuvre ; il ne restait plus qu'à savoir combien de temps il lui faudrait pour l'abattre complètement[235]. Les éléments de maladie se seraient répandus dans toute la nature dès que l'homme en fut séparé de l'Éden et de ses arbres de vie[236].
L'humanité entière est décrite comme déjà engagée dans un état de mort partielle, mentale, morale et physique, dès la naissance et même avant elle, prise dans l'emprise de la mort qui ne relâche jamais sa proie une fois qu'elle l'a vaincue[237]. L'aide médicale n'offre, selon cette présentation, qu'une résistance brève. Adam, étant parfait physiquement, a pu résister plus longtemps que ses descendants : la mort ne l'a complètement vaincu qu'au bout de neuf cent trente ans, alors que la race humaine, chargée des maux accumulés de génération en génération, succombe aujourd'hui en moyenne vers trente-deux ans[238].
C résume cette idée en disant que l'humanité vit sous l'ombre de la mort du berceau à la tombe, une ombre qui s'épaissit à chaque instant jusqu'à devenir une obscurité totale. A confirme en citant Psaumes 23:4 : « la vallée de l'ombre de la mort », précisant que plus on avance dans cette vallée, plus l'obscurité grandit jusqu'à l'extinction complète de la vie[239].
B demande alors si les maladies sont, en quelque sorte, les multiples bouches de la mort par lesquelles l'humanité est dévorée, puisque le péché d'Adam a placé la race entière à sa portée. A répond par l'affirmative : chaque douleur et chaque souffrance ne prouve pas que la mort va s'emparer de l'homme, mais qu'elle le tient déjà ; Adam et toute sa descendance sont dans la mort depuis le moment même de sa désobéissance[240].
C relève une contradiction dans le langage courant, qui présente souvent la mort comme « l'Ange que Dieu a envoyé » ou comme la porte d'une joie sans fin, alors qu'il avoue n'avoir jamais pu la considérer autrement que comme une ennemie[241]. A confirme que nulle part la Bible ne présente la mort comme une amie : elle y est toujours une ennemie de l'homme, et par conséquent une ennemie de Dieu, qui aime l'homme ; A cite à l'appui 1 Corinthiens 15:26 et l'idée reprise dans 1 Jean 3:8, selon laquelle « Christ a été manifesté » afin de détruire la mort et celui qui a le pouvoir de la mort, c'est-à-dire le diable[242].
B demande alors si, la mort étant la peine du péché, l'humanité n'a pas déjà payé cette peine en totalité par le simple fait de mourir, et si elle ne pourrait pas être relâchée de la mort juste après, tout en satisfaisant pleinement les exigences de la justice. A rejette cette idée : le salaire du péché n'est pas de mourir, mais la mort elle-même, pour toujours. Il compare cela à un homme condamné à la prison à vie, qui ne saurait prétendre avoir purgé sa peine entière au moment même où il entre en prison[243]. Par sa désobéissance, l'homme est tombé entre les mains de la Justice ; bien que Dieu soit miséricordieux et aimant, aucune de ses qualités ne peut entrer en guerre avec les autres : la miséricorde et l'amour doivent s'exercer en harmonie avec la justice. A cite Exode 34:7 et l'idée que Dieu « ne laissera en aucune façon le coupable impuni » [244]. L'homme étant coupable, il doit être traité par la Justice, qui déclare sa vie confisquée et le fait entrer dans la grande prison de la mort, en précisant, selon Matthieu 5:26, qu'il n'en sortira « en aucune façon » avant d'avoir payé jusqu'au dernier centime[245].
B reformule : l'homme a perdu son droit à la vie par sa désobéissance, et Dieu, en justice, reconnaissant et faisant appliquer sa propre loi, ne pouvait le laisser revivre à moins qu'il ne puisse satisfaire aux exigences de cette justice. A confirme que l'idée est la même : l'homme est le débiteur, et à moins de pouvoir payer sa dette, il ne peut sortir de la prison de la mort ni retrouver la vie. Comme il ne peut pas payer cette dette, il ne peut pas non plus se libérer lui-même[246]. Mais cette faiblesse et cette impuissance de l'homme donnent, selon A, l'occasion à Dieu de manifester sa miséricorde et son amour en Christ Jésus : citant Ésaïe 59:16 et Romains 5:6, A explique que là où « il n'y avait pas d'œil pour avoir pitié » ni de bras pour sauver, Dieu a trouvé un moyen d'être à la fois juste et miséricordieux, de sorte que, étant encore sans force, « Christ est mort pour les impies » au temps voulu[247].
C objecte alors : en quoi la mort de Christ change-t-elle quoi que ce soit pour les hommes, puisque ceux-ci continuent à mourir malgré elle ? A répond que cette mort n'empêche effectivement pas les hommes de mourir, mais qu'elle les empêche de rester enfermés dans la prison de la mort. Il cite Ésaïe 61:1 : Christ est venu « ouvrir les portes de la prison et mettre en liberté les captifs », non pas en s'opposant à la justice de Dieu, mais en la reconnaissant et en payant ce qui lui est dû[248]. Il a ainsi acquis le droit de libérer les prisonniers : par sa propre mort, le juste pour les injustes, il les a racheté, selon les mots cités d'Osée 13:14, « je les racheterai du pouvoir du tombeau », et d'après 1 Corinthiens 6:20, « vous avez été achetés à un prix », celui du sang précieux, c'est-à-dire de la vie, de Christ[249].
C en tire la conclusion suivante : Jésus, étant venu dans le monde par un acte créateur spécial de Dieu, était libre de la malédiction pesant sur le reste de la race, donc non soumis à la mort ; comme second Adam, il a été mis à l'épreuve mais en est sorti vainqueur, « obéissant jusqu'à la mort » selon Philippiens 2:8 ; mais son droit à la vie n'ayant jamais été confisqué, ni par le péché d'Adam ni par un péché propre, la mort n'avait aucune prétention sur lui[250]. Il disposait donc d'une vie non confisquée à offrir à la Justice comme rançon pour la vie confisquée de l'humanité[251].
A confirme en citant les propres mots de Jésus dans Jean 6:51 : « je donnerai ma chair pour la vie du monde ». Il devait, selon ce raisonnement, posséder un droit à la continuation de sa propre vie pour pouvoir la donner. Il n'a ni vaincu ni renversé la Justice, mais, reconnaissant la justice de la loi de Dieu dans la confiscation de la vie du pécheur, il l'a rachetée avec la sienne, obtenant ainsi le droit d'en disposer en faveur des hommes[252].
A reprend la substitution par la mort de Christ, mais objecte que celle-ci semble mal rendre Justice : punir un innocent à la place du coupable paraît injuste. A rejette cette lecture : rien ne contraint ni n'oblige une telle souffrance, « Christ s'est donné lui-même pour nous », selon Galates 1:4, en vue de la joie qui lui était réservée, « il a enduré la croix », comme le dit Hébreux 12:2[253].
C demande alors comment la vie d'un seul homme pourrait racheter la vie de millions d'autres. A répond que c'est la règle de la substitution qui l'explique : de même qu'Adam a été substitué à toute la race lors de l'épreuve originelle, et que son échec a fait passer la mort sur tous les hommes, tous étant comptés pécheurs avant même leur naissance, de même l'obéissance de Christ jusqu'à la mort rend juste le retour à la vie de tous les hommes[254]. A cite Romains 5:18 dans la version de l'Emphatic Diaglott : « par la désobéissance d'un seul homme, la multitude a été constituée pécheresse ; de même, par l'obéissance d'un seul, la multitude sera constituée juste », et ajoute que, de même qu'une seule faute a entraîné la condamnation de tous les hommes à la mort, un seul acte juste entraîne pour tous les hommes la sentence qui les justifie à vivre de nouveau[255].
B demande alors si la résurrection des morts est, de ce fait, facultative pour la Justice ou si elle lui est imposée. A répond qu'elle lui est imposée : Christ ayant « goûté la mort pour tout homme », selon Hébreux 2:9, la Justice doit relâcher les prisonniers détenus pour le péché[256]. Le sacrifice de Christ ayant été accepté comme « propitiation pour nos péchés, et pas seulement pour les nôtres, mais pour ceux du monde entier », selon 1 Jean 2:2, tous doivent être libérés, Dieu étant « juste pour nous pardonner nos péchés » selon 1 Jean 1:9[257].
B demande si cela signifie que tous les hommes seront sauvés éternellement sans condition. A répond par la négative : la libération universelle concerne seulement la mort héritée d'Adam ; beaucoup d'hommes restent exposés à la « seconde mort » en raison de leurs propres péchés, ce qui exclut un salut éternel automatique[258]. Le second Adam restituera à l'humanité, à terme, tout ce qu'elle a perdu par le péché du premier[259].
C demande ensuite si la vie éternelle faisait partie des biens possédés par Adam avant sa désobéissance, perdus lors de sa chute, et destinés à être restitués à l'humanité par la rançon de Christ. A répond par l'affirmative : la continuation de la vie d'Adam, s'il restait obéissant, est implicite dans la menace de mort énoncée en cas de désobéissance[260]. Créé parfait, Adam possédait un corps parfait et des dispositions parfaites pour la continuation de cette vie parfaite, grâce aux arbres de vie plantés dans le jardin[261]. Cette vie aurait duré éternellement s'il était resté obéissant ; elle était donc une vie éternelle conditionnée uniquement à l'obéissance, perdue par la désobéissance, et destinée à être restituée à toute l'humanité, c'est-à-dire la perfection de l'être, la vie et ses moyens parfaits de continuation en harmonie avec Dieu[262].
C objecte que ce salut ne peut donc pas être celui dont parle Paul quand il écrit que le don de Dieu est la vie éternelle. A distingue alors deux dons différents. La vie humaine naturelle, éternelle à l'origine, a été un don de Dieu, mais sa restitution n'est pas, à proprement parler, un nouveau don : c'est un ancien don rendu, une vie autrefois possédée, perdue, puis restituée parce qu'achetée par la mort de Christ[263]. L'humanité restaurée, ramenée à l'état antérieur à la chute, aura l'avantage de connaître par expérience directe la nature et les conséquences du péché qui a plongé la race dans la ruine ; forte de cette connaissance acquise durant la vie présente, elle pourra être considérée comme supérieure à toute tentation et à tout péché, et donc non exposée à la mort. Elle jouira de la vie éternelle au même sens qu'Adam la possédait avant la chute, et que les anges la possèdent aujourd'hui : le droit et les moyens de continuer leur vie — par exemple en se nourrissant, selon Psaumes 78:25 — tant qu'elle reste obéissante aux lois de Dieu[264].
Cette vie éternelle restituée n'est pas assimilée à l'immortalité, présentée comme un don nouveau et distinct — un renvoi est fait à un numéro intitulé « Le chemin étroit vers la vie », désigné comme le tract n° 5[265]. L'immortalité est présentée, d'après la Bible, comme possédée uniquement par Dieu le Père et par Jésus-Christ, et promise seulement aux membres de l'Église de l'Évangile qui vaincront et deviendront son épouse[266]. Ce don est présenté comme inconnu avant l'âge de l'Évangile, « qui, dans les âges précédents, n'avait pas été révélé aux fils des hommes, comme il l'est maintenant révélé par l'Esprit à ses saints apôtres et prophètes », selon Éphésiens 3:5, avec des renvois à 1 Corinthiens 2:10 et 1 Pierre 1:12[267]. D'après 2 Timothée 1:10, ce don est désormais manifesté par l'apparition du Sauveur Jésus-Christ, « qui a aboli la mort et a mis en lumière la vie et l'immortalité par l'Évangile » après avoir obtenu ce droit en donnant sa vie en rançon pour tous[268].
Deux choses sont ainsi rendues possibles par la mort du Christ : la restitution de la vie à l'humanité en général, et l'accès à un degré de vie supérieur, l'immortalité, pour ceux qui vaincront et deviendront son épouse. C'est de ce prix réservé aux croyants de l'âge de l'Évangile que parle Paul lorsqu'il écrit, selon Hébreux 11:40, que Dieu « a prévu quelque chose de meilleur pour nous » — l'héritage des fidèles de l'ancien temps était bon et grand, mais celui de l'épouse est meilleur[269].
Le caractère de cette promesse et son application exclusive au « petit troupeau », l'« épouse », reposent sur plusieurs passages, à commencer par 1 Timothée 6:16, qui déclare que Dieu « seul possède l'immortalité », une vie incorruptible, indépendante de tout soutien extérieur, et éternelle — le mot éternel n'exprimant que la durée, Dieu étant à la fois éternel et immortel selon 1 Timothée 1:17[270]. Dans Jean 5:26, Jésus donne sa propre définition de l'immortalité en affirmant que le Père la lui a donnée : « comme le Père a la vie en lui-même, il a donné au Fils d'avoir la vie en lui-même », ce qui fait de lui un participant de la nature divine, le fils unique de Dieu à ce rang le plus élevé[271]. L'épouse est appelée à partager ce même don — gloire, honneur et immortalité — et doit, selon la promesse, devenir elle aussi « participante de la nature divine », au même rang élevé de filiation, cohéritière avec Jésus[272]. Selon Jean 4:14, elle porte en elle « une source d'eau jaillissant en vie éternelle », tandis que le reste de l'humanité viendra simplement boire à cette source, d'après Apocalypse 7:17 et Apocalypse 22:17[273]. Paul dit de l'Église victorieuse, selon 1 Corinthiens 15:53, que « ce qui est mortel doit se revêtir d'immortalité » [274].
Le don nouveau — l'immortalité, la nature divine — est ainsi réservé à l'épouse, tandis que ce que recevra le reste de l'humanité sera la restitution de la vie antérieure. Une fois le monde restauré à la vie humaine parfaite, avec la connaissance du bien et du mal, une obéissance parfaite lui sera demandée, comme elle l'était à Adam[275].
C objecte alors que cette présentation semble ignorer les conditions pourtant fréquemment mentionnées dans les Écritures à propos du salut. A répond qu'il existe bien des conditions pour atteindre le rang supérieur de cohéritier et de participant à la domination avec Jésus et à l'immortalité, mais qu'aucune condition n'est posée pour le relèvement de la race humaine hors de la chute, sinon la justice et l'acceptabilité du substitut lui-même[276].
C demande alors, si la rançon est payée, pourquoi les morts restent dans la mort et pourquoi d'autres continuent de mourir, puisque Christ a déjà payé le prix. A répond que le prix n'est pas encore entièrement payé[277]. Pour comprendre clairement le plan de Dieu, il faut reconnaître la distinction qu'il établit entre le monde en général et l'Église, c'est-à-dire les appelés du temps présent. Dieu aime le monde et lui a préparé des dispositions grandes et riches pour le conduire, au temps voulu, à un état de perfection et de bonheur ; mais, en attendant, tandis que l'humanité fait l'expérience du mal, Dieu appelle un « petit troupeau » auquel il fait des promesses « exceptionnellement grandes et précieuses », conditionnées à une vie séparée du reste du monde, « vainquant le monde », afin de devenir enfants de Dieu, participants de la nature divine, l'épouse et les cohéritiers du Fils unique de Dieu, Jésus-Christ, l'oint[278].
Avec son Seigneur, l'épouse devient une partie du Christ, le « corps » oint. Elle comble désormais, selon Colossiens 1:24, ce qui manque aux afflictions de Christ ; avec lui, elle porte la croix, et lorsque chaque membre de ce corps est devenu « un sacrifice vivant », a crucifié » sa nature humaine charnelle, le sacrifice de la réconciliation est achevé, et l'épouse, une fois complète, entre avec son Seigneur dans la gloire qui suit, partageant avec lui la joie qui lui était réservée et qu'il réservait lui-même à son épouse — celle de bénir toutes les familles de la terre, achevant ainsi la réconciliation entre Dieu et la race rachetée[279]. Selon 1 Corinthiens 15:22, de même qu'en Adam, en comptant Ève comme ne faisant qu'un avec lui selon Genèse 5:2, tous meurent, de même en Christ — Jésus et son épouse étant rendus un seul, selon Éphésiens 5:27 — tous seront rendus vivants. Jésus, la tête, a réconcilié son corps, son épouse, et sa justice lui est imputée ; ainsi justifiée et tenue pour sainte aux yeux de Dieu, elle est admise à avoir communion avec lui dans ses souffrances afin de partager aussi sa gloire[280]. Un renvoi est fait à un numéro intitulé « L'œuvre de la réconciliation », désigné comme le tract n° 7, consacré aux types du tabernacle[281]. Romains 8:17 est cité : « voyez quel amour le Père nous a témoigné, à nous qui sommes appelés enfants de Dieu ; et si nous sommes enfants, nous sommes aussi héritiers ; héritiers de Dieu et cohéritiers avec Jésus-Christ notre Seigneur, si du moins nous souffrons avec lui » [282].
B conclut ce développement en observant qu'une idée fausse de la substitution s'est répandue chez les chrétiens, à partir de la supposition qu'elle représenterait Dieu comme un tyran vindicatif et vengeur, irrité du péché de l'homme, refusant d'accorder sa miséricorde avant qu'un sang n'ait été versé, et indifférent à ce que ce sang soit celui de l'innocent ou du coupable, pourvu qu'il y ait du sang[283]. B dit douter que beaucoup de chrétiens aient été amenés à regarder la substitution comme une doctrine déshonorante pour Dieu, bien que plusieurs passages bibliques restent difficiles à expliquer autrement, comme « il a goûté la mort pour tout homme », ou « je donnerai ma chair pour la vie du monde », ou encore la formule selon laquelle rien ne s'obtient « sans effusion de sang » [284].
B conclut en citant Romains 5:9-10 : « sans effusion de sang (de vie), il n'y a pas de rémission des péchés », en rappelant aussi « tandis que nous étions encore pécheurs, Christ est mort pour nous » et « nous avons été réconciliés avec Dieu par la mort de son Fils » [285]. Ce qui réconcilie l'homme avec Dieu n'est ni le renoncement à la gloire céleste par Jésus, ni son obéissance à la loi, ni son rejet par les Juifs, ni sa résurrection, ni aucune œuvre accomplie depuis : c'est sa mort[286]. B dit voir maintenant Jésus comme le substitut de l'humanité, souffrant la mort que la justice de Dieu avait prononcée contre les hommes ; il voit dans cette mort « l'extrême perversité du péché » aux yeux de Dieu, la perfection de sa justice, et sa sagesse à avoir fait de l'extrémité de l'homme l'occasion de manifester son amour, lorsqu'il a donné son Fils unique et fait porter sur lui l'iniquité de tous[287].
C demande alors si l'humanité entière doit atteindre et conserver cette perfection de vie que possédait Adam avant sa chute, celle qu'A a appelée la vie éternelle. A répond que l'amour ainsi révélé devrait susciter l'amour et l'obéissance, mais rappelle qu'il existe une « seconde mort » : ceux qui y seront condamnés seront peu nombreux comparés aux sauvés, mais certains, restant incorrigibles même à la fin des mille ans, seront jetés dans l'étang de feu, c'est-à-dire la seconde mort[288]. Dieu a prévu, avant même la création de l'homme, le relèvement de la première mort, celle héritée d'Adam ; mais si, après avoir fait l'expérience du mal et connu le bien, les hommes n'apprécient pas le bien, ils mourront pour leur propre péché, et non pour celui d'Adam. Il n'existe aucun relèvement possible de la seconde mort : Christ ne mourra pas une deuxième fois pour eux, et la justice comme l'amour ne peuvent rien faire de plus en leur faveur[289].
C demande si certains sont déjà condamnés à la seconde mort pendant l'âge de l'Évangile. A répond par l'affirmative, en renvoyant à 1 Jean 5:16 et à Hébreux 6:4-6 : ce péché est commis, mais les conditions qui y mènent montrent qu'il reste rare[290]. Seuls ceux qui ont été amenés à la connaissance de Dieu et de sa bonne parole, et qui ont reçu l'esprit saint — en un mot, les saints — sont en mesure de commettre ce péché, car ce sont ceux qui ont déjà reçu tous les bénéfices de la rançon et qui en ont connaissance[291]. Si, une fois lavés, ils retournent volontairement se vautrer dans la boue du péché comme la truie lavée, ils commettent le péché qui mène à la mort, précise A, qui distingue cet acte d'un simple égarement passager : il s'agit d'une apostasie ouverte et d'un rejet de l'œuvre de rançon et de rachat accomplie par Jésus, telle que l'explique l'apôtre[292].
A introduit alors une autre idée : Jésus n'a pas seulement racheté son épouse de la mort, il devient aussi, comme tête, son chef, son modèle, son précurseur et le capitaine de son salut vers la condition spirituelle et la nature divine[293]. La mort et la résurrection du Christ sont présentées comme inséparables : la mort était nécessaire comme rançon, pour libérer les croyants de la condamnation du péché et les justifier devant Dieu ; la résurrection était nécessaire pour que, guidés par l'exemple du Seigneur et fortifiés par la grâce de l'esprit, ils puissent marcher sur ses traces, « étant rendus conformes à sa mort » [294].
B relève alors la force de la formule de Paul en Romains 5:10 : « réconciliés par la mort — sauvés par la vie ». La mort de Christ justifie les croyants pour la vie humaine, tandis que son exemple et son aide leur permettent de « devenir participants de la nature divine » et d'accéder à la vie immortelle[295].
C soulève alors une difficulté : si la justice ne pouvait laisser l'humanité échapper à la mort, comment Jésus a-t-il pu être autorisé à vivre après être devenu le substitut des hommes ? Sa vie n'était-elle pas, elle aussi, confisquée pour toujours ? A répond qu'elle l'a bien été : Jésus n'a jamais repris la même vie qu'auparavant. Il a été rendu vivant à une vie supérieure par le Père, mis à mort dans la chair mais rendu vivant par l'esprit à un plan supérieur, un corps spirituel[296]. Comme les croyants le seront eux-mêmes, Jésus, leur chef, a été « semé corps naturel, ressuscité corps spirituel ». S'il était ressuscité avec un corps de chair et une vie charnelle, l'humanité serait restée prisonnière : cela aurait équivalu à reprendre la rançon, le prix déjà payé[297]. Paul dit qu'il a « pris la forme d'un serviteur (la chair) afin de souffrir la mort », et qu'il n'en avait plus besoin après coup : il l'a laissée derrière lui. Il a fait « de son âme (sa vie) une offrande pour le péché », selon le texte déjà cité sur sa chair donnée pour la vie du monde. Ce don a été fait pour toujours : Hébreux 10:12 précise qu'après avoir offert un seul sacrifice pour les péchés, pour toujours, il s'est assis à la droite de Dieu, ayant reçu une vie supérieure[298].
B relie ce changement de nature au comportement étrange de Jésus après sa résurrection : son apparition sous différentes formes, comme jardinier auprès de Marie, puis « ensuite sous une autre forme à deux d'entre eux », son apparition au milieu des disciples portes closes, puis sa disparition soudaine. B demande si son corps de chair n'a pas disparu du tombeau[299]. A confirme : « sa chair n'a pas vu la corruption ». Ce qu'il est advenu de cette chair reste inconnu, de la même façon qu'on ignore ce qu'il est advenu des différents corps sous lesquels Jésus est apparu après sa résurrection, ou des corps charnels pris par les anges lors de leurs apparitions antérieures[300]. A précise que ce ne sont pas les atomes de matière composant ce corps, perpétuellement en changement, qui ont péché ou qui ont été maudits et confisqués par la chute : c'est la vie de la chair, et c'est en déposant cette vie de la chair que Christ accomplit la rançon[301].
C pose alors une nouvelle question : tous les péchés, aussi bien ceux déjà commis que ceux simplement imputés, sont-ils pardonnés ? A répond que si tous sont justifiés du péché d'Adam sans condition, l'obéissance reste attendue, dans la mesure du possible, chez ceux qui connaissent le bien. Les manquements de ce côté seront sanctionnés, « battus de plusieurs ou de peu de coups », dans l'âge à venir[302]. Le « petit troupeau », qui croit maintenant en Christ et est baptisé en lui pour devenir membre de son corps, est justifié par la foi de toutes choses, selon Actes 13:39, et ne sera pas battu de coups dans le monde à venir. Les membres de ce groupe reçoivent bien un châtiment dont tous ont part, mais non comme une peine : seulement comme la houlette et le bâton du Berger pour guider ses brebis[303]. Les péchés de l'« Église des premiers-nés » sont ainsi passés sous silence, non imputés, et elle est justifiée non seulement de la mort, mais « de toutes choses » [304].
Cette idée est illustrée par la Pâque : partout où l'agneau était mangé cette nuit-là et son sang répandu, le premier-né était épargné, selon Exode 12. De la même façon, durant cette nuit qu'est l'âge de l'Évangile, Christ, « notre Pâque », est sacrifié, et les croyants « célèbrent la fête », selon 1 Corinthiens 5:8, se nourrissant de l'agneau avec quelques « herbes amères » de l'affliction pour aiguiser leur appétit[305]. Ce type met en valeur la portée particulière de la mort de Christ pour son corps, l'« Église des premiers-nés » ; selon 1 Timothée 4:10, « Dieu est le Sauveur de tous les hommes, spécialement de ceux qui croient » [306].
C demande si l'humanité retrouve, dans le second Adam, une vie spirituelle. A répond par la négative : Adam n'était pas un être spirituel mais humain, et possédait donc une vie et des capacités humaines, qualifiées de « très bonnes ». Seuls les croyants de l'âge de l'Évangile sont fondés, par la parole de Dieu, à attendre un passage de la condition humaine à la condition spirituelle, avec des corps spirituels et des capacités spirituelles « semblables aux anges » et semblables au corps glorieux de Christ[307]. Cette condition spirituelle leur appartiendra à la résurrection. Ceux qui espèrent obtenir cette nouvelle nature sont influencés, dans leur vie présente, par ces espérances et ces promesses, et s'efforcent de vivre en harmonie avec cette nature nouvelle. Ils sont dits « engendrés de l'esprit par la parole de vérité, afin d'être, à la résurrection, une sorte de premiers fruits de ses créatures », selon Jacques 1:18 et Apocalypse 14:4[308]. C'est en raison de cet engendrement qu'on les désigne déjà comme des êtres spirituels, bien qu'ils ne le soient en réalité qu'à l'état d'embryon. Ceux de la race humaine qui ne sont pas engendrés par ces promesses ne deviendront jamais des êtres spirituels, mais seront, comme déjà expliqué, restaurés à la perfection humaine[309].
C conclut l'échange en disant avoir déjà entendu exposer la doctrine de la restitution et y avoir perçu de la force et une certaine beauté, mais n'avoir jamais saisi auparavant à quel point le relèvement de l'homme est absolument certain. Il voit désormais que cette même justice de Dieu, qui ne peut en aucun cas laisser le coupable impuni, ne pouvait pas non plus permettre la libération de l'homme hors de la mort avant que le prix de sa rançon ne soit payé. La pureté même de cette justice, tout comme l'amour de Dieu dans la fourniture de la rançon, garantit que, le prix une fois payé, chaque homme doit finalement être relâché de la mort[310]. C ajoute tirer de l'une des remarques de A une pensée qu'il trouve particulièrement belle : la rédemption du monde hors du péché et son relèvement hors de la mort ont attendu, pendant six mille ans, la venue et l'œuvre du Christ, tête et corps réunis. Pendant plus de quatre mille ans, cette attente a porté sur la venue et le sacrifice de la Tête ; depuis près de deux mille ans, elle porte aussi sur l'achèvement et le sacrifice du corps. Une fois le corps complet, sacrifié et uni à la Tête, suivra le relèvement glorieux de la race déchue[311].
B clôt le dialogue en disant que ce raisonnement lui ôte un poids du cœur, à mesure qu'il considère comment la parole de Dieu s'explique elle-même et révèle ses grands desseins d'amour pour toute l'humanité ; il ajoute qu'il reste néanmoins difficile de pleinement en saisir toute la vérité, malgré l'appui de l'Écriture[312].
C ajoute une dernière réflexion au dialogue sur le mal : Paul parle de l'Église comme d'un spectacle donné aux anges, et C se demande si ceux-ci apprennent, en observant l'expérience humaine du péché, les effets terribles de celui-ci ainsi que l'amour, la miséricorde, la justice et la puissance de Dieu qui sauve l'homme de cette situation.[313] Cette chute et ses suites amères, combinées au plan des âges pour restaurer la race déchue et à l'avènement de la nouvelle création dont Jésus est la tête, serviraient ainsi à instruire l'ensemble des créatures intelligentes de Dieu, et pas seulement l'humanité.[314]
A approuve cette idée et cite 1 Pierre 1:12, où les anges sont dits désirer scruter ces choses, ainsi que Hébreux 1:14, qui les présente comme des esprits serviteurs envoyés pour le service de ceux qui doivent hériter du salut.[315] Les anges apprendraient ainsi, pour la première fois, l'immensité de l'amour, de la sagesse et de la puissance de Dieu, la beauté de la sainteté par contraste avec le péché, et la leçon de l'obéissance complète et de la soumission totale à la volonté du seul grand Maître et Père de tous, telle qu'elle a été illustrée par Jésus-Christ.[316]
C conclut que l'explication reçue sur l'origine du mal chez l'homme, sur son élimination à venir, et sur son utilité comme protection contre un péché futur, résout de façon satisfaisante une question qui le troublait depuis longtemps, lui et bien d'autres croyants. Il demande alors si l'on peut poursuivre la réflexion et examiner ce que la Bible enseigne sur Satan, le tentateur.[317]
A répond que la Bible reste la seule source d'information sur ce sujet, et que ses indications, bien que brèves, sont précises et suffisantes.[318] Les esprits mauvais sont désignés dans l'Écriture comme une « légion », une multitude placée sous un chef appelé Satan. Ils ont été autrefois des anges de Dieu : 2 Pierre 2:4 et Jude 6 parlent d'eux comme des anges qui n'ont pas gardé leur rang premier de pureté et d'innocence, et que Dieu a précipités au Tartare, les livrant à des chaînes de ténèbres.[319]
A formule ensuite une loi fondamentale de l'univers de Dieu, valable pour toutes ses créatures : l'être qui pèche doit mourir. Dieu ne donnerait la vie à aucune créature refusant de vivre en accord avec ses lois justes.[320] Conformément à cette loi, tous les anges rebelles ont été, dès l'instant de leur révolte, condamnés à mourir et doivent finalement mourir. Pourtant, Dieu, qui fait servir la colère de l'homme à sa propre gloire et retient le reste de cette colère, aurait agi selon le même principe avec les anges rebelles : il les utilise comme ses agents, au sens où ils accomplissent, probablement sans le savoir, une partie de son plan, en donnant à l'humanité la connaissance du mal et de ses conséquences amères, maladie, douleur et mort du corps et de l'esprit.[321] C'est en raison de cette œuvre qu'ils sont destinés à accomplir que Dieu le Père, qui seul possède l'immortalité selon 1 Timothée 6:16, continuerait depuis des siècles, lui la source de toute vie, à fournir la vie à des êtres déjà condamnés à mort.[322]
A suppose que les anges rebelles se croyaient eux-mêmes des êtres immortels, pensant que si Dieu pouvait donner la vie à une créature, il ne pouvait ensuite la lui retirer ; portés par l'orgueil né de cette idée de leur propre emprise sur la vie et de leur grandeur supposée, ils auraient envisagé et tenté une usurpation de l'autorité de Dieu.[323]
B relève l'absurdité d'une telle présomption : celui qui a créé et donné la vie pourrait, par le même pouvoir, renvoyer n'importe quel être aux éléments mêmes dont il l'a formé.[324]
A reprend : la révolte des anges n'aurait pas été suivie de la mort, mais d'une expulsion de la présence de Dieu, vers ce que le texte appelle le Tartare, désignant probablement notre terre. Cette situation aurait constitué une épreuve pour les anges restés sans péché : si Dieu avait annoncé que les pécheurs devaient mourir, et que ceux-là, ayant péché, ne mouraient pas, cela aurait pu donner l'impression que Dieu avait mal représenté sa propre puissance, capable de les chasser de sa présence mais apparemment incapable de les détruire. Il y aurait eu là, en apparence, un gouvernement rival presque aussi fort que celui de Dieu, et quiconque aimait le mal aurait pu être tenté de déserter les rangs de Jéhovah pour rejoindre ceux de Satan.[325]
La création de l'homme et son installation en Éden sont présentées comme un prodige de perfection et de beauté, sur un plan d'existence différent de toute création antérieure, avec un pouvoir que nulle autre créature ne possédait : celui de perpétuer sa propre espèce. A se demande si Satan n'aurait pas voulu s'emparer de cette création pour en faire ses alliés et ses sujets.[326] C'est ce qu'il aurait tenté, en s'approchant comme un ami véritablement soucieux du bien-être du premier couple, leur demandant pourquoi ils ne mangeraient pas de l'arbre de la connaissance du bien et du mal pour devenir très sages. Adam et Ève auraient répondu que Dieu leur avait ordonné de ne pas en manger, les avertissant qu'ils mourraient, perdant la vie et retournant à la poussière dont ils avaient été tirés. Satan leur aurait alors assuré qu'ils ne mourraient certainement pas, qu'ils étaient des êtres immortels tout autant que Dieu lui-même, et que Dieu les trompait en réalité, sachant que manger de ce fruit les rendrait semblables à des dieux, connaissant le bien et le mal ; c'est pour empêcher ce progrès et cette connaissance qu'il les menaçait de mort.[327]
Satan aurait alors mangé lui-même du fruit sans mourir, ce qui aurait semblé confirmer ses dires et faire passer Dieu pour menteur. A estime probable que Satan croyait dire vrai en affirmant que l'homme était immortel et ne pouvait pas mourir : sa propre expérience l'aurait conduit à penser que Dieu ne pouvait retirer une vie une fois donnée. Le fait qu'Adam, après avoir péché, ait été exclu de la communion avec Dieu sans mourir sur l'instant aurait semblé confirmer cette expérience antérieure de Satan.[328]
La mort serait cependant survenue peu après, prouvant que l'homme était mortel selon Job 4:17, confirmant ainsi la parole de Dieu et démentant celle de Satan. A imagine la frayeur et la terreur des anges rebelles découvrant le corps sans vie d'Abel, et réalisant que leurs théories sur l'absence de fin de la vie se trouvaient ainsi démenties.[329] En voyant le pouvoir de Dieu de détruire autant que de créer, ils auraient compris que la peine prononcée contre eux en tant que pécheurs, la mort, s'accomplirait un jour. Qu'ils aient désormais conscience que leur fin est la destruction se verrait, selon A, dans les paroles de la légion de démons à Jésus, rapportées en Luc 4:34 : « nous détruire ».[330]
Désormais convaincus de la puissance de Dieu, les esprits rebelles resteraient néanmoins ses ennemis, utilisant leur pouvoir pour s'opposer à son plan ; il leur serait permis d'exercer une grande puissance, semblant parfois triompher des desseins et du peuple de Dieu, mais seulement pour un temps, leur pouvoir restant limité à certaines bornes qu'ils ne pourraient dépasser.[331]
Le mensonge qui aurait trompé le premier couple en Éden, « vous ne mourrez certainement pas », serait resté depuis l'enseignement du diable à travers toutes les générations. Il l'aurait transmis à tous les peuples païens, et parmi les enfants de Dieu eux-mêmes, les chrétiens, il aurait réussi à faire croire à beaucoup sa parole plutôt que celle de Dieu.[332] Mais devant l'évidence de la mort, il aurait contourné la conclusion logique en soutenant que l'être réel ne meurt pas, que seule la maison périt, et que l'être lui-même, invisible, serait immortel et indestructible. Sur ce mensonge se serait construite, dans l'esprit des chrétiens, la croyance en un lieu de tourment sans fin pour cet être supposé éternel, doctrine jugée blasphématoire envers le caractère de Jéhovah et contraire à sa parole, qui déclare à plusieurs reprises que le salaire du péché est la mort, non la vie dans le tourment, et que l'âme qui pèche doit mourir, non vivre dans la misère.[333]
Par ces doctrines et cet enseignement, Satan ferait sonner comme une moquerie les paroles de la parole de Dieu proclamant « Dieu est amour » et que Dieu a tant aimé le monde.[334] Satan aurait pu croire s'opposer à Jéhovah en rendant le chemin étroit menant par la foi à la gloire escarpé, difficile et pénible à gravir ; pourtant Dieu continuerait à se servir du mal pour accomplir ses desseins, car le chemin étroit, la marche prudente et la grande foi seraient des éléments essentiels dans la formation du « petit troupeau », celui à qui il plaît au Père de donner le royaume, le « Christ (oint) de Dieu ».[335]
Chaque vérité de Dieu serait ainsi combattue par une erreur trompeuse, et chaque erreur de Satan acceptée ferait obstacle à la réception d'une vérité divine ; inversement, chaque parole de vérité solidement saisie repousserait aussitôt l'erreur de l'ennemi. A invite à prêter d'autant plus d'attention à la parole de Dieu, « capable de rendre sage pour le salut », ce grand salut promis à ceux qui vaincront, l'épouse.[336]
Le pouvoir de Satan serait appelé à décliner bientôt. Une fois que le mal aurait servi, dans le plan de Dieu, les desseins pour lesquels il a été permis, le Seigneur prendrait à lui sa grande puissance pour régner, selon Apocalypse 11:17, renversant l'autorité que Satan exerce actuellement sur ceux qui font sa volonté, et inaugurant un âge nouveau dont la loi et le pouvoir dominant seraient la justice, en net contraste avec l'ordre présent.[337]
Satan prend ainsi le contrôle du « présent siècle mauvais »[338]. Jésus décrit cette prise de contrôle dans une parabole, selon Marc 3:27, et Apocalypse 20:2 la représente sous la forme d'une image : Satan lié par une chaîne puissante pour mille ans[339]. Ce lien ne signifie pas sa destruction : il est seulement empêché de tromper les nations jusqu'à la fin de l'âge millénaire[340]. L'humanité entière, une fois amenée à connaître le bien et le mal et restaurée à la perfection, devrait alors pouvoir résister à toute tentation ; si Satan présentait de nouveau la tentation, quiconque y céderait serait aussi coupable que lui[341]. Satan serait de nouveau autorisé à éprouver la famille humaine restaurée, qui connaît désormais par expérience ce qu'est le péché et ce qu'est l'amour de Dieu ; un certain nombre suivraient alors la rébellion des anges, mais ce nombre resterait faible comparé à celui des humains vivant en harmonie avec Dieu[342].
Une fois cette œuvre du mal terminée, tout le mal serait effacé, et « tout genou se ploiera, et toute langue confessera (Jésus) à la gloire de Dieu le Père », selon Philippiens 2:11[343]. Paul, parlant de Christ et de son corps, l'Église, déclare que le Dieu de paix écrasera bientôt Satan sous les pieds des croyants, selon Romains 16:20, et affirme ailleurs que la destruction de Satan et du mal qu'il a causé était le but même de la venue et de la mort de Jésus dans le monde, « afin que par la mort il détruise celui qui a le pouvoir de la mort, c'est-à-dire le diable », selon Hébreux 2:14[344]. Jean ajoute son propre témoignage en précisant que le Fils de Dieu a été manifesté pour détruire les œuvres du diable, c'est-à-dire tout le mal, selon 1 Jean 3:8[345].
C s'émerveille alors que Dieu ait permis, pendant plus de six mille ans, que non seulement les hommes mais aussi les anges se trompent sur sa sagesse, sa puissance et son amour, afin que ces qualités puissent, au temps voulu, briller avec dix fois plus d'éclat[346]. Il voit là une clé pour comprendre l'expérience chrétienne elle-même : souvent, en s'efforçant de marcher sur les traces de Jésus et de vaincre le mal par le bien, les croyants sont mal compris et leurs intentions calomniées, « le monde ne nous connaît pas, parce qu'il ne l'a pas connu », selon 1 Jean 3:1[347].
B termine le dialogue en disant se réjouir de comprendre désormais clairement pourquoi Dieu a permis le mal : ce n'est pas qu'il ait prédestiné quatre-vingt-dix personnes à l'enfer pour chacune choisie pour la gloire, introduisant le mal comme prétexte pour justifier leur damnation ; ce n'est pas non plus qu'il n'ait pu empêcher son introduction, manquant de sagesse pour la prévoir et de puissance pour l'éviter ; mais il en a organisé l'introduction et le relèvement qui en découle comme l'expression même de sa sagesse, de son amour et de sa miséricorde[348]. A conclut le dialogue en évoquant le privilège de vivre à l'époque de l'accomplissement de la « septième trompette », durant laquelle « le mystère de Dieu sera achevé », selon Apocalypse 10:7[349]. Le dialogue se clôt par la citation complète d'un poème de William Cowper, Light Shining Out of Darkness, présenté sans titre distinct comme illustration finale de l'idée que les voies de Dieu, mystérieuses en apparence, dissimulent une bienveillance qui se révèle avec le temps[350].
Pourquoi Christ reviendra-t-il
L'idée que Jésus a voulu faire comprendre à ses disciples qu'il reviendrait, dans un but, d'une manière et à un moment donnés, est présentée comme admise par tous ceux qui connaissent la Bible[351]. Quand Jésus dit « si je m'en vais, je reviendrai », cette parole est rapportée à son retour personnel, et non, comme certains le pensent, à la descente de l'esprit saint à la Pentecôte ou à la destruction de Jérusalem[352]. Ces interprétations oublieraient que, dans le dernier livre de la Bible, écrit plus de soixante ans après la Pentecôte et vingt-six ans après la destruction de Jérusalem, celui qui était mort et qui est vivant parle encore de cet événement comme futur : « voici, je viens bientôt, et ma récompense est avec moi », à quoi Jean répond « oui, viens, Seigneur Jésus » [353].
Un certain nombre de croyants pensent que leur propre conversion constitue en elle-même une part de la venue de Christ, et que celui-ci continue ainsi à venir jusqu'à ce que le monde entier soit converti, moment où sa venue serait pleinement accomplie[354]. Cette lecture est écartée au motif que le monde ne sera pas converti lors de la venue de Christ : la Bible annonce au contraire que dans les derniers jours viendront des temps difficiles, les hommes aimant le plaisir plus que Dieu, et que les hommes méchants et les séducteurs iront de pire en pire, trompant et étant trompés[355]. Jésus lui-même aurait averti son « petit troupeau » de prendre garde, de peur que ce jour ne les surprenne à l'improviste, car il viendrait comme un piège sur tous ceux qui, sans y prendre garde, habitent sur la face de toute la terre, et ceux-là n'échapperaient pas[356].
Quand Jésus annonce que toutes les tribus de la terre se lamenteront en le voyant venir, cette parole n'est pas rapportée à la conversion des pécheurs, puisque personne ne se lamente devant la conversion d'un pécheur ; rapportée, comme presque tous l'admettent, à la présence personnelle de Christ sur terre, elle enseigne que tous, sur la terre, n'aimeront pas son apparition, ce qui serait le cas si tous étaient convertis[357].
Certains croyants attendent que les efforts de l'Église convertissent le monde, inaugurant ainsi l'âge millénaire, à la fin duquel le Seigneur viendrait clore les affaires terrestres, récompenser les croyants et condamner les pécheurs ; convertir le monde, lier Satan, faire remplir toute la terre de la connaissance du Seigneur et amener les nations à ne plus apprendre la guerre seraient, selon cette conception, l'œuvre de l'Église dans sa condition mortelle actuelle[358]. Une fois cette tâche immense accomplie, Jésus viendrait pour la clore[359]. Deux passages bibliques, pris isolément, sembleraient appuyer cette position « post-millénariste », mais l'ensemble de la parole et du plan de Dieu la contredirait, en faveur de l'opinion inverse : Christ revient pour régner avant la conversion du monde ; l'Église est actuellement mise à l'épreuve, et la récompense promise aux vainqueurs est de partager ce règne, selon Apocalypse 3:21 et Apocalypse 20:4[360].
Le premier des deux textes invoqués par les « frères post-millénaristes » est celui annonçant que l'Évangile sera prêché dans le monde entier en témoignage avant que la fin ne vienne[361]. Ces croyants comprendraient ce texte comme annonçant la conversion du monde avant la fin de l'âge de l'Évangile, alors que les croyants prémillénaristes comprennent ce texte littéralement : témoigner ne signifie pas convertir, mais simplement attester ou rendre témoignage[362]. Ce témoignage aurait déjà été rendu : en 1861, les rapports des sociétés bibliques montraient que l'Évangile avait été publié dans chaque langue de la terre, non que tous les habitants de la terre l'avaient reçu — pas même un sur cent des treize cents millions d'êtres humains n'avait jamais entendu le nom de Jésus. Le texte serait pourtant accompli : l'Évangile a été prêché à chaque nation[363]. Le but principal et premier de l'Évangile, dans l'âge présent, est présenté comme consistant à « prendre un peuple pour son nom », l'Église, qui, à la venue de Christ, lui est unie et reçoit son nom, selon Actes 15:14[364].
Le second texte invoqué est celui où le Père dit au Fils de s'asseoir à sa droite jusqu'à ce qu'il ait fait de ses ennemis son marchepied, selon Matthieu 22:44. L'idée généralement tirée de ce passage porte sur ce qui doit se produire durant cette période d'attente, et le développement s'arrête au moment même où cette idée commence à être exposée[365].
Le texte reprend directement le dialogue amorcé sur le trône de Dieu : l'idée d'un trône matériel sur lequel Jésus serait assis « à la droite de la Majesté dans les cieux » jusqu'à ce que ses ennemis deviennent son marchepied est qualifiée d'erreur[366]. Le trône de Dieu désigne son autorité suprême, non un siège matériel, puisque « le ciel est mon trône, et la terre mon marchepied », et Paul écrit que Dieu a souverainement élevé Jésus en lui donnant un nom au-dessus de tout nom[367]. Un exemple terrestre illustre l'idée : on dit que le roi Guillaume est assis sur le trône d'Allemagne sans vouloir dire qu'il occupe un banc royal, mais qu'il gouverne l'Allemagne[368]. « La droite » désigne donc la place d'honneur, la position d'excellence ou de pouvoir, et les paroles de Jésus à Pilate confirment ce sens : il annonce qu'on verra le Fils de l'homme assis à la droite de la puissance et venant dans les nuées du ciel, ces nuées étant comprises comme les nuées de tempête du trouble annoncé par Sophonie[369]. Jésus serait donc « à la droite » au moment même de sa venue, et y resterait tout au long de l'âge millénaire[370].
Pour trancher entre les deux lectures possibles, un survol du plan général du salut est annoncé, destiné à situer la première et la seconde venue de Christ l'une par rapport à l'autre[371]. L'existence d'un plan divin est affirmée contre l'idée que Dieu agirait au hasard ou selon les circonstances : celui qui condamnerait un homme pour avoir bâti une tour sans en calculer le coût ne bâtirait pas un univers entier sans calcul, et les œuvres du Seigneur lui sont connues depuis le commencement[372]. Ce plan se découvre en sondant les Écritures et en les comparant entre elles plutôt qu'en consultant les opinions théologiques des Églises[373].
Le mal se poursuit parce que le pouvoir de Satan se poursuit : il reste le prince de ce monde selon Éphésiens 2:2, et son règne durera tant qu'un plus fort que lui ne lui ôtera pas le contrôle[374]. Dieu pourrait le maîtriser, et toute puissance au ciel et sur la terre est donnée à Jésus, mais celui-ci n'en a pas encore fait usage, laissant le mal régner et Satan demeurer prince de ce monde selon Jean 14:30[375]. Un jour viendra où Jésus prendra sa grande puissance et régnera, élevant son Église en lui donnant pouvoir sur les nations, de sorte qu'au lieu d'être, comme aujourd'hui, soumise aux autorités, elle gouvernera les nations[376]. Ce transfert de pouvoir s'opère quand l'Église, corps de Christ, est complète, le mal étant jusque-là permis pour l'épreuve et la perfection des saints ; cet achèvement se produit à la sonnerie de la septième trompette, selon Apocalypse 11:15, où le mystère de Dieu s'accomplit et où les royaumes de ce monde deviennent les royaumes de son Seigneur et de son Oint, c'est-à-dire l'Église[377].
Ce transfert d'autorité de Satan à Christ n'est pas attribué à la conversion des nations par la prédication de l'Évangile : au moment où il se produit, les nations ne sont pas converties, puisqu'Apocalypse 11:18 dit que les nations se sont irritées et que la colère de Dieu est venue, ce qui serait incompatible avec leur conversion[378]. Dieu enseigne au contraire qu'un grand temps de trouble viendra sur les nations : il vient avec les nuées, signes de tempête, et Psaumes 46:10 rapporte les désolations qu'il fait sur la terre en y faisant cesser les guerres jusqu'aux extrémités du monde, avant d'être exalté parmi les nations et sur toute la terre[379]. Ce châtiment des nations est présenté comme bienfaisant, comparable à celui que Dieu inflige déjà à ses propres enfants, et Ésaïe 26:9 annonce que lorsque les jugements du Seigneur s'exercent sur la terre, les habitants du monde apprennent la justice[380]. C'est dans cette nouvelle dispensation, une fois le mal réprimé et Satan lié, que la connaissance du Seigneur doit remplir toute la terre comme les eaux couvrent la mer, selon Ésaïe 11:9 ; la conversion du monde, au lieu de survenir maintenant sous le règne du diable, se produira, selon David, quand le royaume appartiendra au Seigneur et qu'il gouvernera les nations, alors toutes les extrémités de la terre se souviendront et se tourneront vers lui, et toutes les nations viendront l'adorer, selon Psaumes 22:27-28[381].
Le déroulement du plan divin est ensuite retracé à travers plusieurs âges. Durant l'enfance de la famille humaine, d'Adam à Moïse, Dieu aurait traité ses créatures comme de très jeunes enfants, leur laissant peu de connaissance de son pouvoir ou de son caractère, sauf de rares révélations accordées à des personnes comme Abraham ou Lot, par l'intermédiaire d'anges, et des promesses données à Ève et à Abraham qu'ils ne pouvaient que vaguement comprendre[382]. L'âge suivant aurait constitué pour la nation juive une période d'instruction, durant laquelle Dieu lui aurait appris à respecter ses promesses et ses lois : encore mineurs, les Juifs auraient été traités comme des enfants, gardés sous la loi, leur pédagogue, selon Galates 3:24[383]. Pendant que la parole de Dieu était rédigée et confiée aux Juifs, le reste du monde serait demeuré dans les ténèbres du paganisme, se prosternant devant le bois et la pierre, aussi dépourvu de vérité qu'aujourd'hui[384].
Trois découpages successifs sont ainsi distingués dans la Bible : la période d'Adam au déluge est appelée « le monde d'alors » selon 2 Pierre 3:6 ; celle qui va du déluge à la seconde venue du Seigneur est « le monde actuel » ou « le présent siècle mauvais » selon 2 Pierre 3:7 et Galates 1:4 ; et la grande époque suivante est appelée « le monde à venir » selon Hébreux 2:5[385]. Ce « présent siècle mauvais » se subdivise lui-même en trois âges distincts : l'âge patriarcal, du déluge à la mort de Jacob ; l'âge juif, de la mort de Jacob à la mort de Christ, lorsqu'il abandonna les Juifs en pleurant sur eux et en disant que leur maison leur serait laissée déserte ; et l'âge de l'Évangile, de la résurrection de Christ, devenu « premier-né d'entre les morts » et commencement de la nouvelle création, jusqu'à l'achèvement complet de « l'Église des premiers-nés », au moment de sa venue, lors de la sonnerie de la septième trompette, qui marque la résurrection et la récompense des prophètes et des saints selon Apocalypse 11:18[386]. Le nombre d'âges que pourrait contenir « le monde à venir » n'est pas précisé, mais Paul parle de plusieurs « siècles à venir » selon Éphésiens 2:7 ; seul le premier de ces âges, l'âge millénaire, durant lequel l'Église vit et règne avec Christ selon Apocalypse 20:4, est traité dans les Écritures[387].
De ce découpage découle une affirmation présentée comme surprenante au premier abord : Dieu n'aurait pas encore épuisé ses moyens pour le salut du monde, et il ne chercherait pas, à l'heure actuelle ni durant les âges passés, à sauver le monde entier[388]. Son œuvre consisterait plutôt à « prendre un peuple pour son nom », l'Église, formule présentée comme n'ayant rien d'étonnant puisqu'elle reprend ce que croient déjà tous les calvinistes, parmi lesquels baptistes et presbytériens, à savoir que Dieu élit et choisit actuellement son Église du milieu du monde[389]. Les croyants qui tiennent à la grâce libre devraient eux aussi admettre, si tous les desseins de Dieu doivent s'accomplir et si sa parole ne revient jamais à lui sans effet, que Dieu n'a pas voulu convertir le monde entier durant les six mille dernières années, sans quoi cela serait arrivé, et qu'il n'a pas davantage envoyé sa parole pour convertir le monde jusqu'à présent, sans quoi elle aurait prospéré dans la mission pour laquelle elle fut envoyée, selon Ésaïe 55:11[390]. L'élection et la grâce libre sont présentées comme deux doctrines qui divisent les Églises depuis des siècles, toutes deux tenues pour bibliques à condition de respecter la première loi du ciel, l'ordre, pour correctement diviser la parole de vérité sur ce sujet[391]. L'examen de la doctrine de l'élection est annoncé comme devant suivre.
Les patriarches sont présentés comme ayant bénéficié d'une lumière plus grande que leurs contemporains, mais toujours réduite à quelques individus : Noé, Abraham, Isaac représentent à eux seuls l'Église de Dieu de leur temps[392]. Ces patriarches sont décrits comme élus, choisis individuellement : Dieu appelle Abraham seul, et non sa parenté ; parmi ses nombreux enfants, seul Isaac est choisi, selon Genèse 21:12 ; parmi les deux fils d'Isaac, un seul est retenu, Jacob étant aimé et Ésaü haï — c'est-à-dire moins aimé — selon Romains 9:11-13[393]. Cette élection est présentée comme ne concernant en rien une destinée céleste ou infernale réservée d'avance aux individus : la doctrine biblique de l'élection, correctement comprise, n'aurait pas ce sens, contrairement à l'idée reçue qu'on s'en fait couramment[394].
À la mort de Jacob, un pas supplémentaire est franchi dans le plan divin : Israël selon la chair est constitué comme type, et ce n'est plus un seul homme qui représente Dieu dans le monde, mais une nation entière, tous les fils de Jacob et leur descendance[395]. Cette nation élue reçoit seule les bénédictions particulières de Dieu, tandis que des nations plus grandes et plus puissantes, l'Égypte, la Chaldée, en sont écartées, laissées sans lumière et sans connaissance[396]. L'avantage du Juif est rappelé par les mots de Paul : il est grand à tout point de vue, d'abord parce que les oracles de Dieu, ses lois et ses témoignages, leur ont été confiés, et Dieu lui-même déclare n'avoir connu que ce peuple parmi toutes les familles de la terre, selon Amos 3:2[397]. Cette exclusivité se serait maintenue jusqu'à la venue de Christ, et même après, puisque celui-ci consacre son ministère à ce seul peuple et interdit à ses disciples d'agir autrement : il leur ordonne de ne pas aller vers les Samaritains ni les nations, en précisant qu'il n'est envoyé qu'aux brebis perdues de la maison d'Israël, selon Matthieu 15:24[398]. Tout son temps, jusqu'à sa mort, leur est consacré, et c'est seulement par sa mort que s'ouvre son premier geste en faveur du monde entier, la première manifestation de sa grâce libre et abondante pour tous, puisque « Jésus-Christ, par la grâce de Dieu, a goûté la mort pour tout homme » [399].
Pendant l'âge de l'Évangile, une autre forme d'élection s'exerce : certaines régions du monde reçoivent davantage l'Évangile, offert gratuitement à qui l'entend, que d'autres, et l'avantage du lecteur instruit, comparé à l'homme des nations qui n'a jamais entendu cet appel, est mis en évidence[400]. Ce peuple appelé — appelé à devenir « fils de Dieu », « héritiers de Dieu et cohéritiers avec Jésus-Christ notre Seigneur » — doit être complet avant que le plan de Dieu pour le salut du monde ne commence réellement[401]. Ce n'est qu'alors que « la semence » écrasera la tête du serpent et bénira toutes les familles de la terre, car cette semence n'est pas Christ seul, la tête, mais l'Église tout entière, son corps, selon ce que Paul enseigne en Galates 3:16 et Galates 3:29 : si quelqu'un appartient à Christ, il est la semence d'Abraham et héritier selon la promesse[402]. Cette même compagnie est désignée pour écraser Satan, selon Romains 16:20, qui annonce que le Dieu de paix écrasera bientôt Satan sous leurs pieds[403].
L'âge de l'Évangile est comparé à la préparation d'une vierge chaste, l'Église, en vue de l'arrivée de l'Époux : quand elle est prête, l'Époux vient, et ceux qui sont prêts lui sont unis[404]. Le second Adam et la seconde Ève deviennent alors un, et commence l'œuvre glorieuse de restauration de l'humanité, « le temps du rétablissement de toutes choses dont Dieu a parlé », selon Actes 3:21[405]. Dans la dispensation suivante, celle des nouveaux cieux et de la nouvelle terre, elle n'est plus la vierge fiancée mais l'épouse, et c'est alors que l'Esprit et l'Épouse disent « Viens », invitant quiconque le veut à venir boire gratuitement de l'eau de la vie, selon Apocalypse 22:17[406].
Un parallèle est établi entre Adam et Christ sur ce point précis : de même qu'Adam, origine de la race charnelle, était composé de l'homme et de la compagne tirée de son côté, les deux étant appelés ensemble « Adam » selon Genèse 5:2, le « second Adam », dont Paul dit que le premier était « était une figure », un type, selon Romains 5:14, a lui aussi une compagne tirée de son côté, rachetée par son sang[407]. Une fois pleinement formée et perfectionnée, l'Époux vient, et tous deux entrent dans le mariage pour devenir un seul être, la nouvelle création de Dieu, selon Éphésiens 2:15, qui fait des deux, Juifs et nations, un seul homme nouveau[408]. Cet homme nouveau constitue la semence destinée à écraser la tête du serpent, la semence d'Abraham en qui toutes les familles de la terre seront bénies[409]. L'âge de l'Évangile, loin de clore la mission de l'Église, n'en serait que l'école de l'épreuve, destinée à lui permettre, comme à son chef, d'être touchée par un sentiment des infirmités de la terre, afin qu'elle puisse elle aussi compatir à l'humanité et, durant l'âge millénaire, lui venir en aide, lorsque la connaissance du Seigneur remplira toute la terre, dissipant les ténèbres du péché et de l'ignorance et faisant cesser les guerres jusqu'aux extrémités de la terre[410]. Ces temps sont identifiés aux « temps du rétablissement » que Pierre annonce comme devant suivre la venue de Christ, selon Actes 3:17,19, moment où « toute la création soupire et souffre les douleurs de l'enfantement, attendant la manifestation des fils de Dieu », selon Romains 8:19,22[411]. Ces fils ne sont pas encore manifestés : parmi le troupeau de Christ se trouvent aujourd'hui bien des « loups déguisés en brebis », et parmi le blé poussent beaucoup d'ivraie ; mais lors de la moisson, à la fin de l'âge, ces deux éléments sont séparés, et les justes brilleront alors, manifestés comme le soleil dans le royaume de leur Père, tandis que, pour la création qui gémit, se lèvera ce « soleil de justice, avec la guérison sous ses ailes »[412].
Après ce tableau du jour à venir, la question du sort des morts est posée : depuis la création, voici six mille ans, environ cent quarante-trois milliards d'êtres humains auraient vécu sur terre, et même selon l'estimation la plus large, moins d'un milliard d'entre eux auraient appartenu aux saints de Dieu, à l'Église, à l'Épouse — laissant cent quarante-deux milliards d'êtres humains morts en dehors de Christ[413]. Trois réponses à cette question sont passées en revue. L'athéisme répondrait que ces morts sont définitivement morts, qu'il n'existe pas d'au-delà, et qu'ils ne revivront jamais[414]. Le calvinisme répondrait qu'ils n'ont pas été élus pour être sauvés, que Dieu les a prédestinés à la perte, à l'enfer, et qu'ils s'y trouvent déjà, se tordant de douleur, sans espoir d'en sortir jamais[415]. L'arminianisme répondrait que Dieu les excuse en raison de leur ignorance, et que s'ils ont fait de leur mieux selon ce qu'ils savaient, ils seront aussi certainement membres de « l'Église des premiers-nés » que Paul lui-même[416]. Cette dernière opinion serait celle de la grande majorité des chrétiens de toute confession, par le sentiment que toute autre position serait inconciliable avec la justice de Dieu[417].
Face à cette opinion répandue, l'enseignement biblique sur ce point est interrogé : l'ignorance y est-elle présentée comme un fondement du salut ? La réponse est négative — la seule condition reconnue dans la Bible est la foi, selon « c'est par la grâce que vous êtes sauvés, par le moyen de la foi », et la justification par la foi constituerait le fondement de tout le christianisme[418]. Le jour de la Pentecôte, à la question posée à Pierre, « que devons-nous faire pour être sauvés ? », celui-ci répond qu'il faut croire au Seigneur Jésus-Christ et être baptisé pour être sauvé[419]. Selon Actes 4:12, il n'existe sous le ciel aucun autre nom donné parmi les hommes par lequel on doive être sauvé, que le nom de Jésus[420]. L'argument de Paul veut qu'un homme doive entendre l'Évangile avant de pouvoir y croire, puisque comment croiraient-ils en celui dont ils n'ont pas entendu parler ; ce plan de Dieu, fondé sur la foi, aurait été pour les Juifs un scandale, parce qu'ils attendaient le salut comme récompense de l'observance de la Loi, et pour les Grecs, les sages du monde, une folie — mais il aurait néanmoins plu à Dieu de sauver, par cette folie apparente de la prédication, « ceux qui croient » [421].
De cet enchaînement biblique découle la conclusion que ceux qui n'ont pas entendu l'Évangile n'ont pas pu croire, et que, n'ayant pas cru, ils n'ont pas pu faire partie de l'Épouse de Christ[422]. Une objection courante est envisagée, fondée sur les deux premiers chapitres de Romains, où Paul enseignerait que ceux qui n'ont pas la Loi sont une loi pour eux-mêmes, la conscience leur suffisant à être justifiés[423]. Cette lecture de Paul est écartée comme une mauvaise compréhension de son argument : son raisonnement, partout dans l'épître, serait que le monde entier est coupable devant Dieu, puisque, selon ses propres mots, « car si je n'avais pas connu la loi, je n'aurais pas connu le péché », et que c'est par la loi que vient la connaissance du péché[424]. La Loi donnée au Juif aurait révélé sa faiblesse et lui aurait montré qu'il était incapable de se justifier lui-même devant Dieu, puisque, selon Romains 3:20, nul ne sera justifié devant lui par les œuvres de la Loi ; de même que la Loi condamne ainsi les Juifs, Paul enseignerait qu'il en va de même pour les nations[425].
L'objection selon laquelle les nations ignorantes de la Loi auraient eu assez de lumière dans leur conscience pour les condamner est maintenue : toute lumière reçue par les nations ne pourrait que les condamner davantage, de même que la Loi écrite condamne le Juif, afin que toute bouche soit fermée et que le monde entier soit reconnu coupable devant Dieu, selon Romains 3:19, pour que la vie éternelle apparaisse comme « le don de Dieu, par Jésus-Christ notre Seigneur », accordé à celui qui croit[426].
Une objection imaginaire est mise en scène : un lecteur répondrait que, malgré ce que dit la Bible, Dieu ne condamnerait pas le monde pour ignorance. Cette position est retournée contre elle-même par un argument tiré de la pratique missionnaire : si l'ignorance suffisait à sauver, ou même à sauver la moitié des gens, envoyer des missionnaires chez les peuples non chrétiens, au prix de milliers de vies et de millions d'argent, leur ferait du tort plutôt que du bien, puisqu'à peine un converti sur mille se trouve parmi ceux à qui l'Évangile est prêché[427]. Si cette idée était vraie, mieux vaudrait n'envoyer aucun missionnaire : avant, presque tous seraient sauvés par ignorance ; après, à cause de la connaissance reçue, presque tous seraient perdus[428]. Le même raisonnement, poussé plus loin, conduirait à dire que si Dieu avait laissé tout le monde dans l'ignorance, tout le monde aurait été sauvé, et l'Évangile, au lieu d'être une bonne nouvelle, deviendrait une mauvaise nouvelle[429]. La pratique missionnaire elle-même prouverait donc, mieux que toute déclaration, la conviction qu'il n'existe aucun autre nom par lequel les hommes doivent être sauvés[430].
Qu'est devenu les cent quarante-deux milliards
La question posée porte sur le sort des cent quarante-deux milliards d'êtres humains qui ne feraient pas partie de l'Église[431]. La première réponse donnée écarte l'idée qu'ils souffriraient actuellement en enfer, puisque la récompense complète n'est accordée à l'Église qu'à la venue de Christ, « quand il récompensera chacun », et que les injustes doivent de même recevoir leur punition à ce moment-là, Pierre disant que Dieu sait réserver les injustes pour le jour du jugement afin de les punir[432].
Plusieurs versets sont alors mis en avant comme difficiles à concilier avec l'idée que si peu seraient sauvés, à commencer par l'affirmation que Dieu est amour et qu'il a tant aimé le monde qu'il a donné son Fils unique afin que quiconque croit en lui ne périsse pas, selon Jean 3:16[433]. Le verset selon lequel Jésus est « la vraie lumière qui éclaire tout homme venant au monde » est présenté comme difficile à admettre si l'on considère qu'un Hottentot ou les habitants de Sodome n'ont jamais reçu cette lumière[434]. De même, si Jésus-Christ, par la grâce de Dieu, a goûté la mort pour tout homme, et si cette mort ne devient efficace que pour un milliard sur cent quarante-trois, sa mort semblerait être, en comparaison, un échec[435]. L'annonce d'une « bonne nouvelle d'une grande joie pour tout le peuple » semblerait de même n'avoir concerné qu'un petit troupeau, et non tout le peuple[436]. Enfin, Paul parle d'un seul Dieu et d'un seul médiateur entre Dieu et les hommes, l'homme Christ Jésus, qui s'est donné lui-même en rançon pour tous, selon 1 Timothée 2:5-6 ; si c'est une rançon, pourquoi tous n'en tireraient-ils pas quelque bénéfice[437] ?
Ces déclarations sont dites paraître sombres et incohérentes tant qu'on se souvient que l'Église de l'Évangile n'est qu'« un petit troupeau », et le souhait est exprimé que Dieu ouvre les yeux pour comprendre les Écritures, dans la conviction que, correctement comprises, elles s'accorderaient toutes pour déclarer que Dieu est amour[438]. La clé de cette harmonie est présentée comme se trouvant dans le dernier verset cité, qui ajoute que cette rançon pour tous doit être « attestée en temps voulu » [439]. Dieu aurait pour chaque chose un temps voulu : il aurait pu attester cette rançon aux cent quarante-deux milliards durant leur vie, et ce moment aurait alors été leur temps voulu ; n'en ayant rien été, leur temps voulu serait encore à venir[440]. Le lecteur actuel saurait que son propre temps voulu est maintenant, puisque la rançon lui est attestée aujourd'hui, de même que le Christ était une rançon pour chacun avant même sa naissance, sans que cela lui soit attesté avant des années ; de la même manière, le Hottentot n'aurait pas encore entendu cette attestation, peut-être même pas de son vivant, mais la recevrait dans le temps voulu de Dieu[441].
À la question de savoir si la mort met fin à toute possibilité pour l'homme, aucun passage biblique n'est reconnu pour l'affirmer, et toutes les déclarations précédentes seraient sans signification, ou pires, si la mort mettait fin à tout pour les masses ignorantes du monde[442]. Le seul texte généralement invoqué pour soutenir cette opinion répandue est celui de l'arbre qui tombe et reste là où il est tombé ; son application à l'avenir de l'homme signifierait seulement que, quel que soit l'état de connaissance ou d'ignorance dans lequel il entre dans la mort, il y demeure jusqu'à sa résurrection[443].
À la question de savoir si la connaissance peut jamais atteindre ces milliards dans leurs tombes tant qu'ils restent morts, la réponse est que Dieu a pourvu à la résurrection de tous, puisque comme en Adam tous meurent, de même en Christ tous seront rendus vivants, selon 1 Corinthiens 15:22[444]. De même que la mort est venue par le premier Adam, la vie viendrait par le second Adam, et tout ce que l'humanité a perdu dans le premier serait restauré dans le second ; l'âge qui suit la seconde venue de Christ est pour cette raison appelé « les temps du rétablissement », selon Actes 3:21[445].
La vie, perdue en Adam, serait l'une des choses rétablies. Ramené à la vie avec, en plus, l'avantage de l'expérience et de la connaissance du mal qu'Adam n'avait pas, l'homme pourrait alors continuer à vivre éternellement, dans la même condition d'obéissance que celle qui était exigée à l'origine ; une obéissance parfaite serait requise, et une capacité parfaite serait accordée sous le règne juste du Prince de la Paix[446]. C'est ainsi, est-il dit, qu'est garanti le salut du monde, et cette idée permettrait d'utiliser un texte peu employé en dehors des universalistes, bien que le droit de s'en servir soit revendiqué sans adhérer à l'universalisme : « nous mettons notre confiance dans le Dieu vivant, qui est le Sauveur de tous les hommes, spécialement de ceux qui croient », selon 1 Timothée 4:10[447]. Deux catégories de sauvés sont ainsi distinguées : tous, c'est-à-dire le monde, et les croyants ; tous seraient sauvés de la mort adamique, tandis que les croyants de l'âge actuel de l'Évangile recevraient le salut particulier[448].
Quand le monde, cette première catégorie, sera sauvé de la faiblesse, de la dégradation et de la mort auxquelles tous sont actuellement soumis — lorsque, en vertu de la rançon de Christ, les hommes seront, durant l'âge millénaire, rétablis dans la perfection humaine, éclairés par la vérité et amenés à la connaissance de l'amour de Dieu — s'ils refusent alors de vivre en accord avec la loi du royaume de Dieu, l'amour, ils seront « retranchés du milieu du peuple », selon Actes 3:23 — ce qui constituerait la seconde mort[449]. L'idée du « témoignage en temps voulu » est présentée comme permettant d'expliquer tous ces textes difficiles : en temps voulu, la bonne nouvelle d'une grande joie deviendrait effectivement celle de tout le peuple, et en temps voulu, cette vraie lumière éclairerait chaque homme venant au monde, sans qu'il faille, pour utiliser ces versets sans les forcer, leur donner un autre sens que celui qu'ils énoncent[450].
L'argument de Paul en Romains 5:18-19 est repris avec insistance : de même que tous les hommes ont été condamnés à la mort et l'ont subie à cause de la transgression d'Adam, de même la justice de Christ justifierait tous les hommes à la vie de nouveau[451]. Tous auraient perdu la vie dans le premier Adam sans l'avoir voulu ni choisi, et tous recevraient de même la vie des mains du second Adam, sans non plus l'avoir voulu ni choisi[452]. Une fois ainsi ramenés à la vie, et une fois que l'amour de Dieu leur aura été attesté, commencerait pour eux leur épreuve, désignée comme « leur première chance » [453]. Une seconde chance pour qui que ce soit est expressément écartée : tous les croyants de l'âge actuel étant appelés à une seule et même espérance, devenir l'Épouse de Christ, et cette compagnie devant être complète à la fin de cet âge, il ne pourrait s'agir, pour quiconque dans l'âge suivant, d'une seconde chance, puisqu'il n'y aurait qu'une seule Épouse de Christ[454].
Pierre serait rapporté comme disant que ce « rétablissement est annoncé par la bouche de tous les saints prophètes », et que tous l'enseigneraient effectivement[455]. Ézéchiel parle de la vallée des os desséchés en disant « c'est là toute la maison d'Israël », Dieu leur annonçant qu'il les fera remonter de leurs tombeaux et les ramènera dans leur propre pays[456]. Les paroles de Paul s'accorderaient avec cette annonce, selon Romains 11:25-26 : un aveuglement partiel serait survenu sur Israël jusqu'à ce que la plénitude des nations — la compagnie élue « prise du milieu des nations », l'Église de l'Évangile — soit entrée, et alors tout Israël serait sauvé, c'est-à-dire ramené de son état de rejet[457]. Dieu n'aurait pas rejeté son peuple qu'il a connu d'avance : les Juifs auraient été retranchés de sa faveur pendant que l'Épouse de Christ était choisie, mais y reviendraient une fois cette œuvre accomplie, selon Romains 11:28-33[458].
Les prophètes sont dits abonder en déclarations sur la manière dont Dieu replantera son peuple, qui ne sera plus jamais arraché. Ce rétablissement n'est pas rapporté aux retours antérieurs de captivité, depuis Babylone ou la Syrie, puisque le Seigneur annonce qu'en ce jour on ne dira plus le proverbe selon lequel « les pères ont mangé des raisins verts, et les dents des enfants en ont été agacées », mais que chacun mourra pour son propre péché, selon Jérémie 31:29-30[459]. Cette situation ne correspondrait pas à l'état présent des choses : personne ne meurt aujourd'hui pour son propre péché, mais pour celui d'Adam, puisque comme en Adam tous meurent ; Adam aurait mangé le raisin vert, et ses descendants auraient continué d'en manger, aggravant la maladie et la misère transmises[460]. Le jour où chacun mourra pour son propre péché serait ce jour millénaire, ou jour du rétablissement[461]. À la question de savoir si, rétablis dans les mêmes conditions qu'Adam, les hommes ne seraient pas tout aussi susceptibles de pécher et de retomber que lui, la réponse apportée est négative : ils resteraient exposés, mais moins qu'Adam, parce qu'ils auraient appris dans leur propre expérience passée ce que coûte le péché.
Durant leur vie actuelle, les hommes apprendraient ainsi la leçon que Dieu veut enseigner à tous, « la nature profondément mauvaise du péché »[462]. Une fois cette leçon apprise, ils seraient capables d'apprécier le bien et de fuir le mal, et l'Église de l'Évangile, alors glorifiée, deviendrait « les rois (dirigeants) et les prêtres (enseignants) » de ce nouvel âge, puisque ce n'est pas aux anges que Dieu a soumis le monde — ou âge — à venir dont il est question, selon Hébreux 2:5[463]. Ce rétablissement à la condition humaine parfaite n'est pas présenté comme un acte instantané accompli dès la résurrection, mais comme une œuvre progressive se poursuivant après elle, demandant tout l'âge millénaire, désigné comme « les temps du rétablissement »[464]. Durant cette période, chacun serait récompensé selon qu'il aurait donné « un verre d'eau froide », selon Matthieu 10:42, ou aurait été battu de plusieurs ou de peu de coups, selon Luc 12:47, en fonction de ce qu'il aurait fait de la lumière reçue durant l'âge de l'Évangile[465].
Durant l'âge suivant, l'humanité aurait donc encore quelque chose à gagner et à rechercher : ramenés à un certain degré de vie, les hommes recevraient les moyens d'atteindre la perfection, sans jamais y parvenir à moins d'en faire l'effort et d'utiliser ces moyens[466]. Une fois parvenus à la perfection, ils posséderaient la vie éternelle au même sens qu'Adam l'avait possédée et que les anges la possèdent aujourd'hui, c'est-à-dire sous condition d'obéissance à la loi de Dieu[467].
À la question de savoir si ces bénédictions sont bien destinées à d'autres peuples que « ceux que Dieu a connus d'avance », les Juifs, la réponse donnée est affirmative : Dieu nommerait d'autres nations et annoncerait leur rétablissement[468]. L'exemple choisi pour l'illustrer est celui des habitants de Sodome. Leur rétablissement, s'il peut être montré comme annoncé par la Bible, est présenté comme une preuve particulièrement convaincante[469]. Leur injustice n'est pas niée, mais elle est relativisée par les propres paroles de Jésus, qui les juge moins coupables que les habitants de Capernaüm, lesquels avaient reçu davantage de connaissance : « car si les œuvres puissantes accomplies au milieu de toi avaient été accomplies dans Sodome, elle subsisterait encore aujourd'hui », dit Jésus à Capernaüm[470]. Cette parole enseignerait que les habitants de Sodome n'auraient pas eu leur pleine occasion de connaître Dieu[471]. Puisque Jésus rappelle à leur sujet que Dieu fit descendre le feu et les détruisit tous, leur restauration, si elle est annoncée dans la Bible, impliquerait nécessairement leur résurrection[472].
La prophétie d'Ézéchiel 16:48 jusqu'à la fin du chapitre est citée à l'appui : Dieu y parle d'Israël, qu'il compare à sa voisine Samarie ainsi qu'aux habitants de Sodome, à propos desquels il déclare les avoir « ôtés comme je l'ai trouvé bon »[473]. La raison donnée à ce retrait sans leur laisser de chance, par la connaissance du « seul nom », tient au fait que ce n'était pas encore leur temps voulu[474]. Ils parviendraient à la connaissance de la vérité une fois rétablis : Dieu les sauverait d'abord de l'esclavage de la mort, puis leur donnerait la connaissance, selon ce qui est écrit, « Dieu veut que tous les hommes soient sauvés et parviennent à la connaissance de la vérité », selon 1 Timothée 2:4[475]. Ce n'est qu'une fois amenés à cette connaissance qu'ils seraient mis à l'épreuve pour la vie éternelle, et non avant[476].
Cette seule idée est présentée comme permettant de comprendre la conduite du Dieu d'amour envers les Amalécites et d'autres nations, que Dieu aurait non seulement permis mais ordonné à Israël de massacrer : « Extermine entièrement Amalek, n'épargne ni homme, ni femme, ni enfant », « n'épargne pas les petits »[477]. La difficulté à réconcilier cette apparente cruauté avec l'enseignement de la nouvelle alliance — « Dieu est amour », « aimez vos ennemis » — est reconnue comme ayant longtemps troublé le cœur du lecteur[478]. La solution avancée est que tout l'âge juif aurait été un type de l'âge supérieur de l'Évangile : les victoires et les conquêtes d'Israël ne seraient que des images des combats du chrétien contre le péché[479]. Les Amalécites, les habitants de Sodome et d'autres peuples auraient servi à illustrer, à être des « exemples » pour l'avertissement des croyants ; mourir ainsi, de la maladie ou de la peste, importait peu pour eux, puisqu'ils ne faisaient qu'apprendre à connaître le mal, afin que, mis à l'épreuve « en temps voulu », ils puissent apprendre le bien, discerner et choisir le bien, et avoir la vie[480].
La lecture de la prophétie se poursuit au-delà de la comparaison entre Israël, Sodome et Samarie : après avoir déclaré Israël pire que ces deux peuples, le verset 53 annonce que Dieu ramènera les captifs de Sodome et de Samarie, et ramènera en même temps les captifs d'Israël au milieu d'eux — la mort rendant tous les hommes captifs, et Christ étant venu pour « mettre en liberté les captifs et ouvrir les portes de la prison » du tombeau[481]. Le verset 55 appelle ce retour « leur ancien état »[482], c'est-à-dire un rétablissement[483]. Une objection imaginaire est anticipée, celle d'un lecteur incapable de concevoir que Dieu puisse réellement être aussi bon ou aussi juste, et qui suggérerait que Dieu parlerait ici de façon ironique aux Juifs, disant qu'il ramènerait aussi bien les habitants de Sodome qu'eux-mêmes, sans en avoir réellement l'intention pour ni l'un ni l'autre[484]. Les versets 61 et 62 sont cités contre cette lecture ironique : Dieu déclare qu'il se souviendra de son alliance et qu'il l'établira[485]. Paul confirmerait cette alliance en déclarant que les Juifs sont aimés à cause de leurs ancêtres, car les dons et les appels de Dieu sont sans repentance, selon Romains 11:27,29[486]. Le verset 63 conclut l'argument en montrant que ce rétablissement promis ne repose pas sur les mérites des Juifs, des Samaritains ou des habitants de Sodome, mais sur la seule parole de Dieu lui-même, qui signe cette déclaration en disant « ainsi parle le Seigneur Dieu »[487]. Une telle signature divine est présentée comme devant emporter la conviction, et il est annoncé que beaucoup d'enfants de Dieu seront eux-mêmes confondus et stupéfaits en voyant, dans les âges à venir, comment « Dieu a tant aimé LE MONDE », au point de reprendre les paroles de Paul : « Oh, profondeur des richesses, de la sagesse et de la connaissance de Dieu ! Que ses jugements sont insondables et ses voies incompréhensibles »[488].
À la question de savoir pourquoi cette compréhension n'aurait pas été découverte plus tôt, la réponse donnée est que Dieu n'accorderait à son peuple lumière et connaissance qu'au moment voulu[489]. Le monde serait resté dans une ignorance presque totale du plan de Dieu jusqu'à l'âge de l'Évangile, lorsque Christ vint mettre en lumière la vie et l'immortalité par l'Évangile[490]. Les Juifs auraient alors cru que toutes les promesses de Dieu leur étaient destinées à eux seuls, jusqu'à ce qu'en temps voulu, Dieu montre aussi sa faveur aux nations[491]. Les chrétiens, de la même manière, auraient généralement cru que les bénédictions de Dieu étaient entièrement et uniquement réservées à l'Église, avant qu'il ne devienne visible que Dieu est meilleur que toutes les craintes qu'on en avait : tout en ayant accordé à l'Église « les promesses précieuses et infiniment grandes », Dieu en aurait aussi fait au monde[492]. Le fait que cette compréhension s'éclaire ainsi davantage, comme la lumière du juste qui brille de plus en plus jusqu'au jour parfait, est présenté comme une preuve supplémentaire que le lecteur se trouverait à l'aube de ce glorieux jour millénaire, où « nous connaîtrons comme nous sommes connus »[493].
Vient alors la tentative annoncée d'harmoniser deux doctrines généralement tenues pour inconciliables dans les Églises, le calvinisme, ou doctrine de l'élection, et l'arminianisme, ou doctrine de la grâce libre[494]. Ces deux doctrines sont présentées comme pouvant se concilier simplement en reconnaissant le découpage de l'histoire en âges successifs, et en rapportant chaque texte biblique à l'époque à laquelle il appartient[495]. L'incohérence de chacune de ces deux doctrines, prise isolément de l'autre, est ensuite exposée, sans vouloir pour autant jeter le discrédit sur ceux qui les soutiennent : seuls sont relevés les points que leurs partisans les plus convaincus devraient eux-mêmes reconnaître comme leurs faiblesses[496].
Le calvinisme soutiendrait d'abord que Dieu, infiniment sage, connaissant la fin depuis le commencement, et voyant tous ses desseins s'accomplir, n'aurait jamais pu avoir l'intention de sauver autre chose qu'un petit nombre — la véritable Église, le « petit troupeau » —, qu'il aurait élus et prédestinés au salut éternel, tandis que tous les autres auraient été tout aussi certainement prédestinés et élus pour aller en enfer, puisque « Dieu connaît toutes ses œuvres depuis le commencement du monde », selon Actes 15:18[497]. Cette doctrine aurait de bons côtés : elle mettrait justement en valeur l'omniscience de Dieu, et constituerait l'idéal d'un Dieu GRAND, si ce n'était l'absence de trois qualités essentielles à toute grandeur véritable, la MISÉRICORDE, l'AMOUR et la JUSTICE, qualités qui ne trouveraient aucune place dans le fait de mettre au monde cent quarante-deux milliards de créatures damnées avant même leur naissance, et moquées par des protestations d'amour[498]. Or « Dieu est amour », « Dieu est juste », « Dieu est miséricordieux »[499].
L'arminianisme répondrait de son côté que « Dieu est amour », et qu'en créant l'humanité, il ne lui aurait voulu que du bien, sans aucun mal[500]. Satan serait néanmoins parvenu à tenter Adam, et c'est ainsi que « le péché est entré dans le monde, et la mort par le péché » ; depuis lors, Dieu ferait tout ce qu'il peut pour délivrer l'homme de son ennemi, jusqu'à donner son propre Fils ; et bien que, six mille ans plus tard, l'Évangile n'ait atteint qu'une très petite partie de ces créatures, cette doctrine formerait néanmoins l'espoir qu'au cours des six mille années suivantes, par l'énergie et la générosité de l'Église, Dieu aurait réussi à suffisamment remédier au mal introduit par Satan pour que tous connaissent au moins son amour, et que la connaissance de Dieu s'étende aussi largement que celle du mal[501]. Le point louable de cette position tiendrait à son acceptation de la déclaration « Dieu est amour » ; mais tout en étant plein de desseins aimants et bienveillants envers ses créatures, Dieu y manquerait de la capacité et de la prescience nécessaires pour accomplir ces desseins pleins d'amour[502]. Pendant que Dieu s'occupait à organiser et à concevoir le bien de ses enfants nouvellement créés, Satan se serait glissé dans ses plans et, d'un seul coup, les aurait tous bouleversés, introduisant en un instant le péché et le mal parmi les hommes à un point tel que, même en épuisant toute sa puissance, Dieu devrait passer douze mille ans à seulement rétablir la justice à un degré suffisant pour que le reste de la race encore vivante ait la possibilité de choisir aussi facilement le bien que le mal — laissant les cent quarante-deux milliards des six mille années passées, et autant encore pour les six mille années à venir, sans cette possibilité[503].
Satan parviendrait ainsi, en dépit de l'amour de Dieu, à entraîner dans la perte éternelle des milliers de créatures, contre une seule que Dieu conduit à la gloire, parce que Dieu n'aurait pas prévu son intervention[504]. Cette vision est jugée comme grandissant Satan aux dépens de Dieu lui-même, celui qui pourtant « parle et la chose existe, commande et elle subsiste »[505].
L'harmonie entre ces fragments de vérité, une fois réunis plutôt qu'examinés séparément, est présentée comme réconfortante[506]. Pendant l'âge présent et les âges passés, Dieu choisirait et réunirait, par la prédication de sa parole, l'Église de l'Évangile. Il aurait sagement permis au mal d'entrer dans le monde afin de développer cette Église, rendue parfaite par la souffrance et préparée ainsi à son œuvre future ; dans le même temps, la masse de l'humanité, bien que non encore mise à l'épreuve, acquerrait une connaissance et une expérience du péché dont Dieu aurait prévu qu'elle lui serait profitable[507]. Ce même plan aurait permis à Dieu de montrer son grand amour en rendant nécessaire, pour délivrer l'humanité du péché, la mort de Christ, livré librement pour être une propitiation pour les péchés, non seulement ceux de l'Église, mais ceux du monde entier[508]. Puis, dans la dispensation suivante, celle des « nouveaux cieux et de la nouvelle terre », selon Apocalypse 21:1-10 et Apocalypse 22:17, quand l'Esprit et l'Épouse disent « Viens », et que quiconque le veut peut venir boire gratuitement de l'eau de la vie, Dieu manifesterait pleinement sa grâce libre[509].
Cette période de la présence et du règne de Christ est appelée couramment, chez les chrétiens, le millénium, mot qui signifie mille ans, et qui désigne le temps à venir où la terre sera pleine de la connaissance du Seigneur comme les eaux couvrent la mer, selon Ésaïe 11:9, où nul n'aura plus besoin de dire à son prochain « connais le Seigneur », car tous le connaîtront[510]. Ce sera le temps où il n'y aura plus de malédiction, selon Apocalypse 22:3, où le désert fleurira comme la rose, selon Ésaïe 35:1, où des sources jailliront dans le désert, selon Ésaïe 35:6, où le tabernacle de Dieu sera parmi les hommes et où il habitera avec eux, selon Apocalypse 21:3, où Satan sera retenu et la justice dominera. Alors, dit Michée, aucune nation ne lèvera plus l'épée contre une autre nation et n'apprendra plus la guerre ; les épées seront transformées en charrues et les lances en serpettes, selon Michée 4:3[511]. Cette perspective est qualifiée de glorieuse pour le monde, et accompagnée d'une invitation à hâter la venue de ces âges de gloire et du jour où Christ apparaîtra[512].
Un tel plan n'aurait jamais pu être conçu par l'esprit humain, selon la parole de Dieu lui-même : « mes voies ne sont pas vos voies, ni mes pensées vos pensées »[513]. L'invitation est faite de se souvenir, chaque fois qu'on appelle Dieu « notre Père », que son amour et sa compassion dépassent de loin la pitié des parents terrestres, et de continuer à étudier sa parole pour croître dans la grâce et dans la connaissance et l'amour de Dieu, en gardant présente cette idée : l'incrédulité aveugle se trompe toujours en scrutant en vain la parole de Dieu, alors que Dieu reste son propre interprète et rend les choses claires en leur temps[514]. Après avoir montré quelle part du plan de Dieu attend encore la venue de Christ pour s'accomplir, et après avoir, autant que possible, répondu à la question de savoir pourquoi Christ revient, l'article conclut en demandant si l'on peut s'empêcher d'aimer son apparition[515].
Le péché impardonnable
L'article s'ouvre sur Matthieu 12:32 : « quiconque aura parlé contre le Fils de l'homme, il lui sera pardonné ; mais quiconque aura parlé contre le Saint-Esprit, il ne lui sera pardonné ni dans ce monde ni dans le monde à venir ». Une précision de traduction est apportée : le mot rendu ici par « monde » devrait, comme en beaucoup d'autres passages, être rendu par « âge », traduction que suivent toutes les versions nouvelles[516].
Ce texte enseigne d'abord qu'il existe un pardon des péchés à la fois durant l'âge présent de l'Évangile et durant l'âge millénaire à venir, et que la base de tout pardon des péchés tient au fait que Christ est mort pour les péchés des hommes[517]. Il enseigne ensuite qu'il existe des péchés que Dieu ne compte pas parmi les péchés hérités d'Adam, transmis à tous les hommes et destinés à être pardonnés à tous[518]. Un homme qui, regardant Jésus, l'aurait pris par ignorance pour un imposteur et l'aurait blasphémé, serait excusable, ce blasphème résultant de sa nature déchue ; même blasphémer le nom de Dieu ou nier son existence pourrait, pour les mêmes raisons, être pardonné[519]. Mais lorsque la puissance de Dieu, le Saint-Esprit, s'est manifestée en faisant du bien par l'intermédiaire de Jésus, aucune excuse ne subsisterait, même pour les hommes les plus dépravés, à attribuer ces bonnes œuvres à une puissance mauvaise, Satan — et c'est précisément ce que Jésus reproche à ses interlocuteurs : une telle conduite ne pourrait être rangée parmi les effets ordinaires de la déchéance humaine, et ne pourrait donc être pardonnée[520].
La lumière aurait brillé avec une telle clarté que, même si leurs yeux étaient presque aveuglés par le péché, ces hommes ne pouvaient manquer d'en percevoir une part, Jésus ayant manifesté certaines des « puissances de l'âge à venir »[521]. Comme Jésus le dira en une autre occasion, les coups — c'est-à-dire le châtiment — reçus dans l'âge à venir seront proportionnés à la capacité qu'avait chacun de comprendre et d'agir avec justice, et au fait qu'il l'a fait ou non[522]. Ceux dont la vue et l'ouïe morales auraient été totalement détruites par le péché d'Adam et ses conséquences — si un tel cas existe, le Seigneur seul le sait — ne recevraient aucun coup dans l'avenir et seraient pleinement pardonnés. Ceux qui voient un peu, qui pourraient obéir un peu et ne le font pas, se verraient pardonner ce qu'ils n'ont ni vu ni pu faire, mais seraient battus de quelques coups pour le peu qu'ils ont vu et auraient pu faire sans le faire. Ceux qui ont vu davantage, et dont la capacité d'agir aurait été moins altérée par la nature déchue, et qui manqueraient néanmoins à leur devoir selon cette capacité, seraient battus de nombreux coups[523].
Tous ceux qui reçoivent des « coups » les reçoivent pour des péchés non pardonnés, car un péché pardonné ne saurait être puni[524]. Une comparaison avec la justice humaine illustre ce principe : si un homme a commis deux infractions, l'une punie de cinq ans de prison, l'autre de six mois, et qu'il apparaît qu'il n'était pas réellement responsable de la première, commise sous la contrainte de circonstances échappant à son contrôle, mais que la seconde relevait davantage de sa volonté, le tribunal le déclarerait coupable sur les deux chefs, mais lui accorderait sa grâce sur le premier et non sur le second — il ne servirait finalement que les six mois[525].
Il en irait de même pour la loi de Dieu : tous les hommes sont pécheurs et condamnés en raison du péché d'Adam, mais la rançon complète pour ce péché aurait été payée, de sorte que, bien que condamnés devant le tribunal céleste, toutes les imperfections qui remontent à cette cause seraient librement et totalement pardonnées. Rien de plus ni de moins ne serait pardonnable : tous les péchés commis contre la lumière reçue et la capacité d'agir seraient impardonnables, ne pourraient jamais être effacés, et devraient donc être punis[526]. Le monde aurait ainsi, dans l'âge à venir, bien des péchés de ce genre à purger, et en recevrait déjà, dans la vie et l'âge présents, un certain châtiment. En somme, tout châtiment indiquerait un péché non pardonné, puisqu'un péché pardonné ne serait pas puni par ailleurs[527].
Paul rapporterait des cas extrêmes de ce péché impardonnable. Si des hommes du monde, disposant de peu de lumière, peuvent le commettre, le cas devient bien plus grave lorsqu'un homme devenu chrétien, dont les yeux de l'entendement ont été ouverts, tiré des ténèbres et de l'ignorance pour entrer dans la connaissance du Seigneur, se met alors à « pécher volontairement » [528]. Une pleine indulgence serait accordée pour toutes les faiblesses et imperfections provenant de la nature déchue, qui freinent et entravent la volonté de faire la volonté du Père, mais rien au-delà[529]. Cesser de vouloir faire la volonté de Dieu reviendrait à se détacher du Seigneur et à se remettre à vivre selon sa propre volonté, comme un être simplement naturel et non plus spirituel — situation illustrée par le proverbe du chien retournant à ce qu'il a vomi et de la truie lavée retournant se vautrer dans le bourbier, selon 2 Pierre 2:22[530].
En Hébreux 6:4-6, Paul assurerait que tout chrétien parvenu à un développement complet et mûr de la vie spirituelle, ayant été « éclairé », ayant « goûté le don céleste », étant devenu « participant du Saint-Esprit » et ayant « goûté la bonne parole de Dieu », ne pourrait, s'il vient à faire défection, être renouvelé jusqu'à la repentance[531]. La raison en serait qu'il s'agit d'un péché impardonnable. Cela ne pourrait-il pas tout de même être puni, afin d'en être finalement libéré ? La réponse est négative : selon la description de l'apôtre, cette personne aurait déjà joui de tous les bienfaits dus en vertu de la rançon de Christ, aurait été comptée par Dieu comme justifiée de tout péché en tant que nouvelle créature, amenée à un état d'illumination et de connaissance de la volonté du Seigneur, puis aurait délibérément et volontairement agi contrairement à cette volonté[532]. Une distinction est maintenue avec le simple fait, pour un enfant de Dieu, de trébucher ou d'être temporairement dominé par son ancienne nature : le cas visé est celui que décrit Hébreux 10:26, « si nous péchons volontairement après avoir reçu la connaissance de la vérité, il ne reste plus de sacrifice pour les péchés, mais une attente redoutable du jugement et une indignation ardente qui doit consumer les adversaires »[533].
Ceux qui commettent ce péché de cette façon se verraient refuser tout bénéfice déjà reçu par la rançon de Christ, et leur faute, décrite comme un péché volontaire commis en toute connaissance de cause, les placerait dans la même situation qu'Adam lorsqu'il a péché : la peine de tout péché volontaire de ce genre est la mort[534]. Dans le cas d'Adam, il s'agissait de la première mort ; dans le cas de ces chrétiens, il s'agit de la seconde mort. Ces personnes auraient d'abord été comptées comme mortes en tant que pécheurs, puis comptées par Dieu comme vivantes en tant que nouvelles créatures, et elles meurent maintenant pour leur propre péché volontaire : la seconde mort[535]. Il n'y aurait ni pardon ni excuse possible pour un tel péché : la peine devrait être subie intégralement. En méprisant la rançon après l'avoir connue, ces personnes auraient, selon l'expression employée, foulé aux pieds le Fils de Dieu et compté comme chose impure le sang de l'alliance par lequel elles avaient été sanctifiées, faisant ainsi outrage à l'esprit de grâce[536].
Aucun espoir ne resterait pour elles : elles ne pourraient être délivrées de la seconde mort comme Adam et ses enfants l'ont été de la première, c'est-à-dire par quelqu'un qui mourrait pour leur péché comme Jésus est mort pour le péché d'Adam. Jésus ne mourrait pas une seconde fois pour elles, puisque le Christ, une fois ressuscité, ne meurt plus : la mort n'a plus de pouvoir sur lui[537]. Il n'y aurait d'ailleurs aucune raison de les ramener à la vie : ayant déjà bénéficié d'une pleine rédemption et étant venues à connaître à la fois le bien et le mal, si elles préfèrent le mal et le commettent volontairement, elles seraient privées de la vie. Ce retrait de la vie, s'il devait se prolonger, ne causerait que du tort, à elles-mêmes comme aux autres, et serait présenté comme un acte d'amour de la part de Dieu[538].
Ce péché, poussé jusqu'à ce degré puni par la seconde mort, n'aurait pas pu être commis avant l'âge de l'Évangile, puisque ce n'est qu'à la Pentecôte que le Saint-Esprit est venu comme enseignant pour guider l'Église dans la vérité, selon Jean 16:13[539]. Par le passé, cet esprit aurait déjà été actif par l'intermédiaire des hommes saints d'autrefois, qui ont parlé et écrit sous son impulsion, mais il les poussait à écrire sans nécessairement leur donner la pleine compréhension ; il serait venu sur les prophètes comme des serviteurs chargés de transmettre un message, alors qu'il vient sur les chrétiens comme un sceau de leur condition de fils, pour leur permettre de comprendre la volonté du Père, selon Romains 8:14[540]. Personne, dans les âges antérieurs, n'aurait donc « goûté la bonne parole de Dieu » ni été « participant du Saint-Esprit » au sens où Paul l'entend en Hébreux 6:4-6, et personne n'aurait donc pu, dans ces âges-là, perdre pour toujours tout espoir d'une vie future par ce péché[541].
Les multitudes des âges passés n'auraient jamais été relevées, en aucun sens, de la première mort — celle héritée d'Adam — et devraient d'abord en être relevées avant de pouvoir elles-mêmes commettre ce « péché qui mène à la mort » décrit en Hébreux 6:4-6[542]. Les Israélites, les habitants de Sodome, les Égyptiens et d'autres n'auraient pas pleinement vécu selon la lumière qu'ils possédaient, et recevraient donc sans doute des « coups » dans l'âge à venir pour des péchés que la rançon de Jésus n'aurait pas effacés[543].
Un couplet de cantique est cité pour conclure sur l'étendue de la miséricorde divine : « Il y a dans la miséricorde de Dieu une largeur pareille à celle de la mer ; il y a dans sa justice une bonté qui dépasse la liberté même » [544]. Très peu de personnes auraient réellement commis ce péché qui mène à la mort, car très peu auraient réuni les conditions précises que Paul décrit[545].
Comment le Christ viendra-t-il ?
Pour tous ceux qui « aiment son apparition » et qui s'intéressent à la manière dont le Seigneur reviendra, cette question est présentée comme méritant toute l'attention[546]. Lors de sa première venue, Jésus serait venu dans un corps de chair préparé pour souffrir la mort ; lors de sa seconde venue, il viendrait dans la gloire, selon Marc 13:26, dans son corps glorieux, selon Philippiens 3:21, un corps spirituel, selon 1 Corinthiens 15:44-49[547].
La nature exacte d'un corps spirituel, les pouvoirs qui lui sont propres et les lois qui le gouvernent, soulèvent d'emblée deux objections : d'une part qu'il n'y aurait pas lieu de chercher à sonder les choses cachées de Dieu, d'autre part la parole selon laquelle « l'œil n'a pas vu, l'oreille n'a pas entendu, et il n'est pas entré dans le cœur de l'homme ce que Dieu a préparé pour ceux qui l'aiment » [548]. Ces deux objections sont admises comme vraies, mais une limite est posée : il serait impossible de découvrir par l'étude de la Parole de Dieu ce que Dieu n'a pas révélé, et l'examen se limiterait strictement à ce que cette Parole dit elle-même[549]. La citation de 1 Corinthiens 2:9 viserait l'homme naturel ou charnel, et non le chrétien : lue avec les trois versets suivants, l'objection s'effacerait, puisque Paul ajoute que Dieu a révélé ces choses par son esprit, donné aux croyants, à l'Église, afin qu'elle connaisse ce que Dieu lui a donné librement[550]. Le dernier membre du verset 13 donnerait la règle à suivre : comparer les choses spirituelles avec les choses spirituelles. L'erreur fréquente consisterait à comparer les choses spirituelles avec les choses naturelles, ce qui produirait des ténèbres au lieu de la lumière[551].
Un corps spirituel existerait donc au même titre qu'un corps naturel : un corps céleste à côté d'un corps terrestre, une gloire propre au corps terrestre et une gloire propre au corps céleste. La gloire du corps terrestre, perdue par le péché du premier Adam, serait restaurée à la race humaine par Jésus et son épouse durant le règne millénaire. La gloire du corps céleste resterait pour l'instant invisible, sauf révélée aux nouvelles créatures par l'esprit, à travers la Parole, aux yeux de la foi ; les deux corps seraient distincts et séparés, selon 1 Corinthiens 15:38-48[552]. Le corps naturel, terrestre, serait connu puisque tout homme en possède un : il est composé de chair, de sang et d'os, puisque ce qui est né de la chair est chair ; existant deux sortes de corps, le corps spirituel ne serait donc pas composé de chair, de sang et d'os, quelle que soit sa matière véritable, puisque ce qui est né de l'esprit est esprit. La matière exacte d'un corps spirituel resterait inconnue, puisqu'il n'est pas encore manifesté ce que seront les chrétiens, sinon qu'ils seront semblables à Jésus[553].
La seconde naissance
Jésus serait ressuscité des morts avec un corps spirituel : ce serait sa seconde naissance. D'abord né de la chair avec un corps de chair — puisque, comme les enfants partagent la chair et le sang, lui aussi y aurait pris part de la même manière, selon Hébreux 2:14 — il aurait été mis à mort dans la chair, mais rendu à la vie par l'esprit, et ressuscité avec un corps spirituel. Il serait le « premier-né d'entre les morts », le « premier-né entre plusieurs frères »[554]. L'Église serait composée de ces frères et connaîtrait une seconde naissance du même ordre que la sienne, c'est-à-dire des corps spirituels obtenus par la résurrection, au réveil à sa ressemblance, rendue semblable au corps glorieux du Christ[555]. Cette seconde naissance serait précédée d'un engendrement par l'esprit, au moment de la conversion, de la même manière que la naissance de la chair est précédée d'un engendrement de la chair : engendrés de la chair, nés de la chair, à la ressemblance du premier Adam, l'homme terrestre ; engendrés de l'esprit, nés de l'esprit par la résurrection, à la ressemblance de l'homme céleste. Comme les chrétiens ont porté l'image de l'homme terrestre, ils porteraient aussi celle de l'homme céleste[556]. L'examen des faits rapportés sur le Christ après sa résurrection, et sur les anges, qui sont eux aussi des corps spirituels, permettrait d'obtenir des renseignements généraux sur les corps spirituels, en appliquant la règle de comparer les choses spirituelles avec les choses spirituelles[557].
Trois caractéristiques des corps spirituels sont alors tirées de l'Écriture. Les anges pourraient d'abord être présents tout en restant invisibles. Hébreux 1:14 les désigne comme des « esprits serviteurs, envoyés pour servir ceux qui doivent hériter du salut », et le psaume rappelle que « l'ange du Seigneur campe autour de ceux qui lui appartiennent et les délivre »[558]. Cette assistance serait généralement invisible : Élisée, entouré d'une armée assyrienne, aurait vu son serviteur effrayé jusqu'à ce que le Seigneur ouvre les yeux de ce dernier, qui aperçut alors la montagne couverte de chars et de chevaux de feu, selon 2 Rois 6 ; de même, l'ange resté invisible à Balaam aurait été vu par son ânesse une fois les yeux de celle-ci ouverts[559].
Les anges pourraient ensuite apparaître sous forme humaine. Le Seigneur et deux anges se seraient ainsi présentés à Abraham, qui leur aurait préparé un repas qu'ils auraient mangé ; Abraham les aurait d'abord pris pour « trois hommes » et n'aurait découvert qu'au moment de leur départ que l'un d'eux était le Seigneur lui-même, les deux autres étant des anges qui seraient ensuite descendus à Sodome pour délivrer Lot, selon Genèse 18:1. Un ange serait de même apparu à Gédéon sous les traits d'un homme avant de se faire reconnaître, et un ange serait apparu aux parents de Samson, pris pour un homme jusqu'à ce qu'il monte au ciel dans la flamme de l'autel, selon Juges 13:20[560].
Les corps spirituels seraient enfin glorieux dans leur état normal, décrits comme brillants et lumineux. Le visage de l'ange qui aurait roulé la pierre du tombeau serait apparu « comme l'éclair ». Daniel aurait vu un corps spirituel glorieux, aux yeux semblables à des lampes de feu, au visage pareil à l'éclair, aux bras et aux pieds couleur d'airain poli, à la voix semblable à celle d'une multitude, devant lequel il serait tombé comme mort, selon Daniel 10:9. Jean, sur l'île de Patmos, aurait vu le corps glorieux du Christ et l'aurait décrit presque dans les mêmes termes, selon Apocalypse 1:14 : sa voix comme le bruit de grandes eaux, ses yeux comme des lampes de feu, ses pieds comme de l'airain fin qui brûle dans une fournaise, si brillants qu'on peut à peine les regarder. Jean serait tombé à ses pieds comme mort, mais le Christ lui aurait dit : « Ne crains pas, je suis celui qui était mort »[561].
Saul de Tarse, lui, voit le corps glorieux du Christ : une lumière qui dépasse l'éclat du soleil à midi, au point que Saul en perd la vue et tombe à terre[562].
Les corps spirituels sont donc présentés comme véritablement glorieux, mais invisibles aux mortels sauf si leurs yeux sont ouverts pour les voir, ou sauf si ces êtres se montrent sous une forme humaine. Ce constat se vérifie en examinant les détails de chaque manifestation. Le Seigneur n'est vu que par Saul : ceux qui l'accompagnent ne voient personne, selon Actes 9:7. Les hommes présents avec Daniel ne voient pas l'être glorieux qu'il décrit, mais une grande peur les saisit et ils s'enfuient se cacher. Cet être glorieux déclare pourtant : « le prince de Perse m'a résisté vingt et un jours », selon Daniel 10:13. Daniel, pourtant très aimé du Seigneur, tombe comme mort devant cet être que le prince de Perse a pu lui résister pendant trois semaines sans le voir sous sa forme glorieuse : soit il lui est resté invisible, soit il lui est apparu sous forme humaine[563].
Jésus, depuis sa résurrection, est lui-même un corps spirituel, « ressuscité un corps spirituel » : les mêmes pouvoirs observés chez les anges lui sont donc attribués. S'il s'était montré à ses disciples dans sa gloire, comme l'ange à Daniel, cette gloire aurait dépassé ce que des êtres terrestres peuvent supporter et les aurait sans doute rendus incapables de recevoir ses instructions. La glorification dont parle Jean 7:39 ne survient, selon cette lecture, qu'après son ascension à la droite de la Majesté céleste : elle désignerait l'entrée en fonction dans la puissance, et non la gloire de la personne elle-même quand les Écritures parlent d'un corps spirituel glorieux[564]. Durant les quarante jours entre sa résurrection et son ascension, Jésus se montre à ses disciples sept ou huit fois seulement. Le reste du temps, il est présent, mais invisible. Le texte souligne qu'il est toujours dit qu'il « apparaît » ou qu'il « se montre », une façon de parler jamais employée à son sujet avant sa mort, et qui devient la même que celle utilisée pour les anges[565].
Le but de ces apparitions est de convaincre les disciples que « celui qui était mort est vivant pour toujours », afin qu'ils puissent devenir ses « témoins ». Étant un corps spirituel, le choix de la forme sous laquelle il se montre relève simplement de ce qui sert le mieux cet objectif : une flamme de feu, comme l'ange du Seigneur dans le buisson ardent devant Moïse ; une forme glorieuse, comme devant Daniel, ou plus tard devant Jean et devant Saul de Tarse — mais alors les disciples auraient sans doute éprouvé la même « grande crainte » et seraient tombés à terre « comme des morts ». Jésus choisit plutôt, comme les anges l'ont fait avec Abraham, selon Genèse 18, d'apparaître sous une forme humaine[566].
Après sa résurrection, les disciples ne le reconnaissent plus comme avant sa mort. Il apparaît d'abord à Marie sous les traits du jardinier, qui « voit Jésus debout et ne sait pas que c'est Jésus ». Il apparaît ensuite « sous une autre forme » à deux disciples en chemin vers un village, selon Luc 24:15 : ils ne le reconnaissent qu'au moment où il rompt le pain, puis il disparaît de leur vue. Le texte insiste sur le mot « autre forme », différente de celle montrée à Marie[567].
D'autres disciples, ayant renoncé à devenir pêcheurs d'hommes, retournent à leurs filets. Après une nuit de pêche infructueuse, Jésus se trouve sur le rivage à portée de voix, mais ils ne savent pas que c'est lui : une autre forme encore. Il accomplit un miracle en remplissant leur barque de poissons. Jean, le disciple qu'il aime, se souvient de la multiplication des pains pour trois mille puis cinq mille personnes et des jours extraordinaires qu'ils ont vécus ; il comprend le premier qui leur a donné cette pêche et dit : « C'est le Seigneur. » Il le reconnaît non par les yeux du corps, mais par les yeux de la foi. Une fois à terre, « aucun d'eux n'ose lui demander : Qui es-tu ? », sachant, par le miracle, qu'il s'agit du Seigneur, bien qu'ils ne voient pas la marque des clous, selon Jean 21:12[568].
Ces apparitions répétées sous des formes différentes, en des endroits variés et parfois de façon soudaine — entrant dans une pièce aux portes fermées, puis disparaissant — serviraient à écarter l'idée que Jésus aurait repris un corps de chair. Elles illustreraient aussi l'enseignement donné à Nicodème : celui qui est né de l'esprit va et vient comme le vent, sans que l'on sache d'où il vient ni où il va, selon Jean 3:8[569].
Un point reste à éclaircir : Jésus mange et boit avec ses disciples, et leur dit : « Touchez-moi, car un esprit n'a pas de chair et d'os comme vous le voyez que j'en ai. » Cette parole confirmerait justement que le corps vu, touché et nourri par les disciples n'est pas son corps spirituel, puisqu'un esprit n'a pas de chair et d'os. Le même raisonnement s'applique au Seigneur et aux deux anges reçus par Abraham en Genèse 18 : Jésus n'avait pas encore quitté « la forme de Dieu » pour prendre celle d'un serviteur, il était déjà un corps spirituel sans chair ni os, mais utilisait alors la forme humaine comme un voile. Il mange, boit et parle, et aurait pu dire à Abraham la même chose qu'aux disciples : que ce corps visible était fait de chair et d'os. Les disciples n'auraient donc jamais vu le corps spirituel glorieux du Christ, seulement les formes charnelles sous lesquelles il choisit de se montrer[570].
L'apôtre Paul enseigne, selon 1 Corinthiens 15:44-45, que le Christ est ressuscité des morts comme « esprit vivifiant » — le même mot grec, pneuma, employé par le Seigneur lui-même. D'où viennent alors les corps successifs sous lesquels il apparaît, et où disparaissent-ils une fois leur rôle accompli ? Ces corps ne connaissent pas la corruption, tout comme ceux qu'utilisent les anges. La seule réponse avancée reprend les mots de Jean 3:8 : on ne peut dire d'où cela vient ni où cela va. D'autres choses échappent de même à toute explication complète : comment un grain de blé germe, comment Jésus change l'eau en vin ou guérit les malades, sans que cela empêche d'y croire. Le texte demande d'ailleurs d'où viennent les vêtements que Jésus porte après sa résurrection, puisque ses vêtements précédents ont été partagés entre les soldats au pied de la croix et que les linges funéraires sont restés dans le tombeau. Créer un vêtement de chair ne serait pas plus difficile pour un être spirituel que créer un vêtement de tissu, la même puissance pouvant produire l'un comme l'autre[571].
Le corps spirituel de Jésus et ceux des anges sont ainsi présentés comme glorieux mais invisibles aux mortels, avec le pouvoir de manifester cette gloire, de se montrer sous forme humaine, ou sous toute autre forme choisie. Lors de la résurrection, ceux qui l'auront emporté sur l'épreuve — l'Épouse du Christ — deviendront « semblables au corps glorieux du Christ » : « nous lui serons semblables, car alors (et pas avant) nous le verrons comme il est » — et non comme il était, puisque « si nous avons connu Christ selon la chair, désormais nous ne le connaissons plus ainsi », selon 2 Corinthiens 5:16. Un tel être spirituel était le Christ au moment de son ascension ; sur la base de ce qui vient d'être établi sur les pouvoirs d'un corps spirituel, la question suivante est posée : comment reviendra-t-il[572] ?
La réponse avancée est que le Seigneur ne reviendra plus jamais sous une forme humaine, qu'il restera invisible pour l'humanité lors de son second retour, et que nul ne le verra en dehors de l'Église, puisque « sans la sainteté, nul ne verra le Seigneur ». L'Église elle-même ne le verra qu'une fois changée de corps naturels en corps spirituels, lorsque « nous le verrons comme il est » — et non comme il était. Si nul ne doit le voir des yeux du corps, tous reconnaîtront pourtant sa présence et sa puissance, « les yeux de leur intelligence » s'ouvrant pour cela. D'où la lecture donnée du passage selon lequel « tout œil le verra » : le verbe grec employé, optomai, signifierait reconnaître plutôt que voir au sens physique[573].
Plusieurs étapes et plusieurs groupes humains reconnaîtraient ainsi sa présence à des moments différents. Le premier groupe à reconnaître cette présence serait, selon la lecture biblique proposée, celui des chrétiens vivant dans la communion la plus étroite avec lui et les plus séparés du monde. Ceux-là, par les yeux de la foi et par la parole de vérité, reconnaîtraient sa présence. Ce groupe, désigné comme le « petit troupeau », les « vainqueurs », l'Épouse, serait le premier informé de cette présence, en vertu d'« une parole prophétique certaine, à laquelle vous faites bien de prêter attention, comme à une lampe qui brille dans un lieu obscur, jusqu'à ce que le jour (du Seigneur) se lève ». « Si tu ne veilles pas, tu ne sauras pas à quelle heure je viendrai sur toi » : ce « petit
troupeau » devrait donc discerner le premier la présence du Seigneur[574].
Une fois ce changement accompli, le « petit troupeau » tout entier est présenté comme devenu semblable au corps glorieux du Christ. Commence alors un temps de trouble qui frappe à la fois l'Église dominée par un esprit mondain et le monde en général : le Seigneur y ferait connaître sa présence et sa puissance en provoquant le renversement de tous les systèmes d'erreur, dans l'Église comme dans le monde[575]. Ce bouleversement des gouvernements et des institutions se produirait sous une forme jugée parfaitement naturelle par les contemporains, mais il serait si complet que tous finiraient par reconnaître que « le Seigneur règne », puisqu'il « sera révélé (connu) dans un feu flamboyant », en référence aux jugements qu'il exerce. En temps voulu, « tous ceux qui sont dans leurs tombeaux » seraient eux aussi ramenés à la vie, durant l'âge du millénium, et reconnaîtraient le Christ, puisque « devant lui tout genou fléchira » : ainsi « tout œil le verra », y compris « ceux qui l'ont percé »[576].
Le sujet est ensuite repris plus en détail. Le second avènement, comme le premier, couvrirait une période de temps et non un événement d'un instant. Le premier avènement aurait duré près de trente-quatre ans ; sa naissance, son baptême, ses souffrances, sa mort et sa résurrection, annoncés par les prophètes, se seraient tous produits lors de cette première venue. Le second avènement durerait beaucoup plus longtemps, incluant le règne millénaire ; la prophétie couvrirait tous les aspects marquants de ce règne. Le Christ viendrait pour régner, et devrait régner jusqu'à ce qu'il ait vaincu tous ses ennemis, le dernier étant la mort, selon 1 Corinthiens 15:25-26[577].
Dans l'application de la prophétie aux événements du premier avènement, un ordre serait reconnaissable : le Christ devait être « l'enfant né, le fils donné » avant d'être « l'homme de douleur, connaissant la souffrance » ; il devait mourir avant de pouvoir ressusciter. De la même manière, l'étude de la prophétie relative au second avènement exigerait de reconnaître un ordre, en jugeant cet ordre d'après la nature même des événements annoncés. Comme la femme est la gloire du mari, l'Épouse serait la gloire du Christ, puisque les chrétiens doivent « avoir part à la gloire qui sera révélée », selon 1 Pierre 5:1,10, et puisque « la gloire sera révélée en nous », selon Romains 8:18 : le Christ ne pourrait donc venir dans la gloire de son royaume — l'Église — qu'après l'avoir d'abord rassemblée du milieu du monde. En accord avec cette idée, il est écrit que lorsqu'il apparaîtra, « nous paraîtrons aussi avec lui en gloire », selon Colossiens 3:4[578].
Les prophètes auraient annoncé les souffrances du Christ — tête et corps — ainsi que la gloire qui devait suivre, selon 1 Pierre 1:11. Si les souffrances concernent le corps entier, la gloire concernerait aussi le corps entier : les chrétiens souffrent avec lui afin d'être « glorifiés ensemble », selon Romains 8:17. Hénoc aurait prophétisé en disant : « Le Seigneur vient avec dix mille de ses saints » — le mot grec hagios, jamais traduit par « ange » — selon Jude 1:14. De même, selon Zacharie 14:5 : « Le Seigneur mon Dieu viendra, et tous les saints avec toi. » Il en découlerait que lorsqu'il apparaît en gloire, les chrétiens sont avec lui, et qu'ils devraient donc être enlevés à sa rencontre avant de pouvoir paraître avec lui. Cette apparition des saints en gloire, tout comme celle déjà attribuée au Seigneur, serait une manifestation non pas en personne, mais en puissance[579].
Deux objections sont examinées pour établir que le Christ revient sans que le monde le sache. La première s'appuie sur Actes 1:11 : « Ce même Jésus... viendra de la même manière que vous l'avez vu aller au ciel » ; la seconde sur 1 Thessaloniciens 4:16 : « Le Seigneur lui-même descendra du ciel avec un cri, avec la voix de l'archange et la trompette de Dieu, et les morts en Christ ressusciteront. » Ces versets seraient habituellement compris comme enseignant que le Christ viendra d'une manière visible à l'œil naturel, l'air retentissant du son de la trompette de l'archange, tandis que les pierres tombales vacillent et que les tombeaux s'ouvrent pour laisser ressusciter les morts. Cette lecture paraîtrait exacte en surface, mais un examen plus attentif est proposé : venir « de la même manière » qu'il est monté au ciel signifierait-il venir avec le son d'une trompette et une démonstration visible ? Il ne serait pas monté au ciel de cette façon. Le texte ne dirait pas que les hommes le verront venir, ni que quiconque le verra : il dirait seulement qu'il viendra. À son arrivée, ce serait de façon privée. Il viendrait pour organiser l'Église comme son royaume, pour l'établir ; il viendrait pour être glorifié dans ses saints, en ce jour-là, selon 2 Thessaloniciens 1:10. Le monde ne l'aurait pas vu après sa résurrection ; il ne l'aurait pas vu monter au ciel, puisqu'il a dit lui-même : « Encore un peu de temps, et le monde ne me verra plus »[580].
« Il viendra de la même manière » signifierait donc : inconnu du monde. Le monde ne le verrait pas davantage — ne le reconnaîtrait pas — lors de son second avènement, avant que son Église soit rassemblée, puisque lorsqu'il apparaîtra, « nous paraîtrons aussi avec lui ». Que signifie alors la trompette ? Les chrétiens seraient récompensés « à la résurrection ». N'étant récompensés qu'une fois, et ressuscités qu'une fois, la « trompette de Dieu » de 1 Thessaloniciens 4:16 et la « dernière trompette » de 1 Corinthiens 15:52 seraient une seule et même chose, exprimée différemment[581].
Les mêmes événements — la résurrection et la récompense des saints — seraient mentionnés à propos de chacune de ces deux trompettes. Pour la même raison, la « trompette de Dieu » et la « dernière trompette » seraient identifiées à la « septième trompette » de Apocalypse 11:15. Cette septième trompette, dernière de la série, serait appelée « trompette de Dieu » parce qu'elle introduirait les jugements particuliers de Dieu liés à l'établissement de son royaume[582].
La septième trompette
Ces trompettes seraient donc les mêmes événements, mais de quelle nature ? Le septième ange sonne : s'agit-il d'un bruit audible dans l'air ? Non, pas plus que les six trompettes qui l'ont précédé. Chacune d'entre elles serait dite « sonner », et des commentateurs comme Isaac Newton ou Adam Clarke s'accorderaient à reconnaître que cinq ou six de ces trompettes appartiennent déjà au passé[583]. Elles se seraient accomplies dans des événements survenus sur la terre, chacune couvrant une période de temps. Elles devraient donc toutes avoir sonné avant la résurrection, puisque celle-ci se produit sous la septième. Si la septième trompette devait produire un son audible dans l'air, elle serait en désaccord avec les six autres de la série. Qu'elle couvre « le grand jour de sa colère » — le temps des jugements sur les royaumes du monde, le déversement des « sept coupes » de sa colère, le « temps de détresse tel qu'il n'y en a jamais eu depuis qu'il existe une nation » — paraît évident, puisqu'il est dit, dans la même phrase, que la colère de Dieu s'abat sur les nations, selon Apocalypse 11:15,18[584].
Le fait que les trompettes sonnent, et que le Christ vienne pourtant « de la même manière » qu'il est monté au ciel, ne se contredirait donc pas : cela renforcerait plutôt l'idée qu'il vient à l'improviste, « comme un voleur », et qu'il retire du monde « son trésor, ses joyaux » sans que personne ne s'en aperçoive. Il s'agirait toujours du Christ au corps spirituel, visible seulement par miracle, présent mais invisible pendant les trente-trois jours qui ont suivi sa résurrection[585].
Le monde verrait-il alors les saints au moment où ils sont rassemblés ? La réponse est négative : ils seraient changés, en un clin d'œil, de corps naturels en corps spirituels, semblables au corps glorieux du Christ, et deviendraient, au moment même de ce changement, aussi invisibles que lui et les anges. Et ceux qui ressuscitent de leurs tombeaux ? Pas davantage : ils auraient été ensevelis comme corps naturels, mais ressusciteraient comme corps spirituels, invisibles. Le monde verrait-il au moins les tombes s'ouvrir et les pierres tombales se renverser ? Un corps spirituel — en comparant les choses spirituelles avec les choses spirituelles, et non avec les choses naturelles — sortant de la tombe ne ferait pas davantage de trou dans le sol que le corps spirituel du Christ n'a fait de trou dans la porte lorsqu'il s'est présenté au milieu de ses disciples, « les portes étant fermées », selon Jean 20:19,26. Seule l'Église ressusciterait avec un corps spirituel ; tous les autres, comme Lazare, ressusciteraient avec un corps naturel, de chair[586].
La présence du Christ avant l'enlèvement de l'Église
La présence personnelle du Christ et son ministère de trois ans et demi, lors du premier avènement, ainsi que les trois ans et demi qui ont suivi ce ministère, seraient désignés sous le nom de « moisson ». Il s'agirait de la moisson de l'âge juif, ou âge de la Loi. Le Christ y serait présent comme moissonneur en chef, ses disciples agissant comme moissonneurs subordonnés. Leur travail consistait à séparer le blé de l'ivraie et à rassembler le blé dans la dispensation supérieure, celle de l'Évangile. Cette moisson marquait la fin de cet âge. Jésus aurait dit à ses disciples : « Levez les yeux et regardez les champs, car ils sont déjà blancs pour la moisson », et : « Je vous envoie récolter ce pour quoi vous n'avez pas travaillé ; d'autres (les prophètes) ont travaillé, et vous êtes entrés dans leur travail », selon Jean 4:38[587].
Ce travail n'aurait pas été général, ni destiné au monde entier. Le Christ aurait limité son activité à la Judée, et ce travail auprès des Juifs n'aurait cessé que cinq jours avant sa mort, lorsqu'il entra dans la ville sur un ânon, pleura sur elle, l'abandonna et dit : « Votre maison vous est laissée déserte. » Après sa résurrection, il aurait envoyé ses disciples « prêcher l'Évangile à toute créature, en commençant par Jérusalem ». Ils n'auraient toutefois pas été autorisés à prêcher au monde en général avant que les sept années de moisson réservées au peuple juif ne soient pleinement accomplies, comme Dieu l'avait promis selon Daniel 9:27 : « Il (Jésus, moissonneur en chef) confirmera l'alliance avec plusieurs pour une semaine » — soit sept ans — et, au milieu de cette semaine, ferait cesser tout sacrifice en s'offrant lui-même comme le vrai sacrifice[588].
Cette moisson de la fin de l'âge juif aurait été limitée à ce peuple en particulier. Les oracles de Dieu lui avaient été confiés comme peuple ; le blé y était recherché, mais en tant que nation, ce peuple se serait révélé principalement de l'ivraie. Le blé aurait été engrangé — amené dans l'Église de l'Évangile — et l'ivraie brûlée — la nation détruite — mettant ainsi fin à cette moisson[589].
Pendant l'âge de l'Évangile, l'Église ne moissonnerait pas, mais semerait la semence : Paul plante, Apollos arrose, Dieu donne la croissance. Une moisson se produirait cependant à la fin de cet âge, comme l'illustre la parabole de l'ivraie et du bon grain et son explication, selon Matthieu 13. Le blé et l'ivraie se trouveraient tous deux dans le royaume des cieux — l'Église — et cette parabole, comme les six autres de la même série relatives au « royaume des cieux », ne concernerait pas le monde en général, mais deux catégories de personnes à l'intérieur de l'Église[590].
Le Fils de l'homme aurait planté l'Église comme une bonne semence pure. Du temps des apôtres, des « dons spirituels » particuliers, comme le « discernement des esprits », auraient permis d'empêcher l'ivraie de se mêler au blé — c'est-à-dire d'empêcher des hypocrites d'entrer dans l'Église, comme l'illustre l'exemple cité en 1 Corinthiens 5:3.
L'exclusion des hypocrites ne pouvant plus se faire aussi sûrement après la mort des apôtres, l'ennemi aurait profité du sommeil des veilleurs pour semer l'ivraie parmi le blé. Paul lui-même signale que « le mystère d'iniquité » commence déjà à agir de son vivant ; depuis, blé et ivraie pousseraient côte à côte dans toutes les Églises[591]. À la question de savoir s'il faut séparer dès maintenant le blé de l'ivraie, la réponse donnée au maître dans la parabole est négative, de peur d'arracher par erreur du blé avec l'ivraie : les deux doivent pousser ensemble jusqu'à la moisson, puisque « la moisson, c'est la fin du monde » — du mot grec aion, qui désigne un âge plutôt qu'un monde au sens matériel[592]. Au temps de la moisson, le maître dit aux moissonneurs — les anges — de rassembler d'abord l'ivraie, de la lier en gerbes pour la brûler, puis de rassembler le blé dans son grenier[593].
Deux traits de cette moisson sont relevés. Comme celle de l'âge juif qui l'a précédée, elle couvrirait une période de temps et non un instant, puisqu'il est dit « au temps de la moisson ». Elle suivrait aussi un ordre précis : « rassemblez d'abord l'ivraie. » Un moment viendrait donc, à la fin de cet âge, où les anges seraient présents pour accomplir une œuvre de séparation dans l'Église, mais une présence et une œuvre invisibles. Si ce travail de liage et de rassemblement était accompli de façon visible par des agents visibles, on ne trouverait pas deux personnes dans un même champ, un même moulin ou un même lit au moment où sonne l'heure de l'enlèvement, l'une étant prise et l'autre laissée, selon Matthieu 24:41[594].
Avant que les vivants ne soient rassemblés, les morts en Christ devraient d'abord ressusciter, ne serait-ce qu'un instant plus tôt : « les morts en Christ ressusciteront premièrement, ensuite nous qui vivons », selon 1 Thessaloniciens 4:16. Cette moisson ne concernerait donc pas seulement les vivants, mais aussi « les morts en Christ », « ceux qui dorment en Jésus ». Les anges rassembleraient les vivants, tandis que le Seigneur, moissonneur en chef comme il l'était déjà lors de la moisson juive, rassemblerait ou ressusciterait les morts, conformément à ses propres paroles : « je le ressusciterai », « je suis la résurrection et la vie ». Apocalypse 14:15 rejoindrait cette idée en montrant « quelqu'un de semblable au Fils de l'homme, assis sur une nuée », moissonnant la terre — deux moissons, ou deux parties d'une même moisson, la seconde étant le jet de « la vigne de la terre » dans le pressoir de sa colère, désignant le temps de détresse. Le point sur lequel l'attention est appelée reste que cette moisson se déroule sans manifestation extérieure, le moissonneur en chef et les moissonneurs subordonnés étant présents mais invisibles[595].
Une distinction est posée entre la présence du Christ dans un corps spirituel et la présence de son esprit. Cette dernière n'aurait jamais quitté l'Église ; en ce sens, elle ne pourrait pas « revenir ». À propos de cette présence spirituelle, le Christ aurait dit : « Je suis avec vous tous les jours, jusqu'à la fin du monde » — de l'âge. La présence personnelle, elle, serait bien partie et devrait bien revenir : une présence dans un corps spirituel[596].
Le mot grec généralement traduit par « venue » à propos du second avènement, parousia, souvent rendu par « venue », signifierait invariablement présence personnelle — quelque chose qui est arrivé, qui est là — et jamais le fait d'être en chemin, comme le suggère le mot français « venue ». Ce fait serait reconnu par un certain nombre de personnes qui attendent le retour du Seigneur ; l'erreur répandue dans l'Église en général consisterait à supposer que présence implique visibilité, manifestation, apparition. En grec, d'autres mots serviraient à exprimer la révélation, l'apparition et la manifestation : phaneroo, rendu par « il apparaîtra » dans certains passages, et apokalupsis, rendu par « sera révélé » dans 2 Thessaloniciens 1:7, « quand le Seigneur Jésus sera révélé »[597].
Ces versets enseigneraient que le Seigneur se révélera ou se manifestera au monde d'une manière telle que « tout œil le verra » — optomai, c'est-à-dire le reconnaîtra — « sera révélé dans un feu flamboyant », en référence aux jugements. Mais avant d'être ainsi révélé, il serait présent sans être vu — par tous, sauf par l'Épouse, qui le verra, le reconnaîtra, parce que les yeux de son intelligence auront été ouverts par l'onction de la vérité, selon Éphésiens 1:17-19 — accomplissant une œuvre et rassemblant son Épouse, ou son corps, auprès de lui[598].
La parole même du Christ est invoquée pour montrer qu'il sera présent dans le monde sans que celui-ci, pour un temps, en ait connaissance. Matthieu 24:37 est lu ainsi : « comme furent les jours de Noé, ainsi sera aussi la parousia — la présence — du Fils de l'homme. » La présence du Christ n'y serait pas comparée au déluge lui-même, mais aux jours de Noé qui ont précédé le déluge, comme le montre le verset suivant : les gens mangeaient, buvaient, se mariaient, et ne savaient rien, et il en irait de même de la présence du Fils de l'homme. La ressemblance porterait donc sur l'ignorance — les gens ne sauraient pas que le Christ est présent — non sur la méchanceté : manger, boire, se marier ne sont pas des péchés, et c'est pourtant à cela que la présence du Christ est comparée. Luc 17:26 est cité de la même manière : « comme il en fut aux jours de Noé, il en sera de même aux jours du Fils de l'homme » ; le verset suivant décrit ces jours de Noé comme des jours où l'on mangeait, buvait, se mariait[599]. Les jours du Fils de l'homme ne sauraient précéder sa venue, pas plus que les jours d'un homme ne peuvent précéder sa naissance. Plus l'examen avance, plus il paraît établi que le monde continuera son cours ordinaire sans rien savoir, jusqu'à ce que « la moisson soit passée, l'été fini », et que ceux qui n'étaient pas dans l'arche, pas avec le « petit troupeau » jugé digne d'échapper au temps de détresse qui vient sur le monde, selon Luc 21:36, s'en trouvent exclus. Aucune manifestation extérieure n'aurait donc lieu tant que l'Église ne serait pas rassemblée, que cela survienne bientôt ou dans un avenir lointain[600].
Des raisons bibliques, et non des imaginations, des rêves ou des visions, sont avancées pour soutenir que l'époque présente se trouve déjà « dans les jours du Fils de l'homme », que « le jour du Seigneur » est arrivé, et que Jésus, dans un corps spirituel, est présent pour moissonner l'âge de l'Évangile, tout en restant invisible au monde, qui mange, boit, et « ne sait rien ». Ce jour du Seigneur, où il montrera « qui est le bienheureux et seul potentat, le Seigneur des seigneurs et le Roi des rois », commencerait déjà à poindre, pendant que la majorité de l'Église, comme le monde, dormirait ; pour eux, ce jour viendrait « comme un voleur dans la nuit ». Mais les frères ne seraient pas dans les ténèbres, pour que ce jour les surprenne comme un voleur ; n'étant pas de la nuit, ils ne devraient pas dormir comme les autres. Ce ne serait pas la sagesse du monde, mais l'humilité de ceux qu'instruit le ciel, qui permettrait de comprendre, selon la parole : « les sages comprendront ». Mais « si tu ne veilles pas, tu ne sauras pas à quelle heure je viendrai sur toi »[601].
Le jour du Seigneur est par ailleurs décrit comme un jour de trouble, un jour de nuages et d'obscurité épaisse, selon Sophonie 1:15 et Joël 2:2. L'éclair qui brille — non l'éclat lui-même, mais le fluide électrique invisible qui le produit — est présenté comme une image : « ainsi sera le Fils de l'homme en son jour », selon Matthieu 24:27 et Luc 17:24. Ces deux images, l'éclair et les nuages, sont jugées cohérentes entre elles : dans un orage naturel, les éclairs et le tonnerre annoncent des changements atmosphériques, l'air corrompu devant être renouvelé, et l'on se réjouit d'un air pur après l'orage[602].
Cette image est reprise pour l'enlèvement de l'Église. « La voix de l'archange » et « la trompette de Dieu » symboliseraient la période de trouble qui clôt l'âge présent ; « les nuées » symboliseraient le rassemblement au cours de cette période de trouble ; « l'éclair » illustrerait la présence du Seigneur « en son jour » ; et « l'air » désignerait le trône spirituel d'où Satan, « le prince de la puissance de l'air », doit être destitué, trône vers lequel montent le Seigneur et ses cohéritiers[603]. Le grand temps de détresse, comparé à un orage, s'amasserait au-dessus de la terre depuis déjà un certain temps. L'air où règne Satan, prince de cet âge, deviendrait de plus en plus corrompu jusqu'à ce que l'orage éclate ; le prince des ténèbres agirait dans le cœur des fils de la désobéissance pour opprimer la justice et la vérité au détriment des hommes. Les nuages s'amasseraient, les cœurs commenceraient à défaillir de crainte devant les choses qui s'annoncent sur la terre. L'orage finirait par éclater dans toute sa violence ; mais, malgré la crainte et l'angoisse qu'il provoque, il se révélerait finalement une bénédiction pour la terre, remplaçant les « puissances de l'air », les « puissances des ténèbres », la « méchanceté spirituelle dans les lieux élevés », par le souverain légitime de la terre — Jésus et son Épouse, eux-mêmes des êtres spirituels, des puissances de l'air[604]. Après l'orage se lèverait ainsi « le Soleil de justice, avec la guérison dans ses rayons » ; le royaume des ténèbres céderait la place au royaume de la lumière, et l'humanité se réjouirait de l'air pur et du soleil sans nuage de ce jour parfait[605].
Tous les éclairs sortent des nuages, et leur éclat s'intensifierait à mesure que l'orage progresse. Plusieurs passages bibliques sont rapprochés les uns des autres pour s'éclairer mutuellement : « comme l'éclair, ainsi sera le Fils de l'homme en son jour » ; « voici, il vient avec les nuées » ; « le jour du Seigneur est un jour de trouble, de nuages et d'obscurité épaisse » ; « il fait des nuées son char »[606]. De là est tirée la conclusion suivante : si le Christ vient « avec les nuées » de trouble, l'Église serait « enlevée dans les nuées », selon la traduction du Diaglott, de la même manière, après que cette venue a eu lieu. Si elle se trouve prête, elle serait enlevée à sa rencontre pendant le rassemblement du trouble, avant que l'orage n'éclate pleinement[607].
David, l'oint, serait vu comme un type de l'Église lors de sa délivrance, telle que décrite dans le cantique de 2 Samuel 22, où il dit : « il abaissa aussi les cieux et descendit, et l'obscurité était sous ses pieds (...) il parut sur les ailes du vent, et fit des ténèbres sa tente tout autour de lui »[608].
David, le roi oint, sert de type pour l'Église au moment de sa délivrance, telle que décrite dans le cantique de 2 Samuel 22, où il parle du Seigneur qui « abaissa aussi les cieux et descendit » et dont « il envoya et me prit ; il me délivra de l'ennemi puissant » — la mort elle-même, selon Luc 21:36. Le Seigneur, une fois venu et ayant fait de la tourmente et des ténèbres son pavillon, prendrait son Épouse, la délivrant de l'ennemi puissant de la nature charnelle, la mort, pour la faire entrer dans la perfection de la nature divine nouvelle, rendue « semblable au corps glorieux du Christ » [609]. Un cantique clôt l'article, demandant au Seigneur d'aider les croyants à se tenir prêts pour ce changement, afin d'être ainsi « emportés »[610].
Le spiritisme
Un principe général ouvre l'article : partout où existe une contrefaçon, il existerait forcément un original authentique. S'il n'y avait pas de véritables pièces d'or, il ne pourrait y avoir de fausses pièces ; et la contrefaçon devrait ressembler de près à l'original pour tromper[611]. Le spiritisme contemporain est présenté comme une contrefaçon d'une réalité véritable enseignée dans la Bible[612].
Dieu aurait, tout au long des âges passés, condamné le mal sous toutes ses formes et averti ses enfants — Israël selon la chair comme les enfants spirituels de l'âge de l'Évangile — des dangers et des conséquences du mal, tout en permettant que le mal et le bien se présentent côte à côte devant les hommes, afin qu'ils puissent choisir. En prêtant attention à sa Parole, chacun pourrait discerner ce qui est mauvais et, par obéissance, le fuir pour choisir le bien. Dieu serait la source du bien et de la vérité, tandis que Satan serait la source de tout mal et de toute erreur, « le père du mensonge ». Tous deux seraient des êtres spirituels : « Dieu est esprit », et Satan aurait été autrefois un ange de Dieu, le chef ou prince de ces anges qui n'ont pas gardé leur condition première, sans péché. Chassés de la présence de Dieu, ces anges déchus ne seraient pas pour autant détruits ; ils conserveraient leur nature angélique, devenue mauvaise par le péché, et garderaient les mêmes pouvoirs que les bons anges, sous certaines limites et restrictions imposées par Dieu[613].
L'examen des Écritures montrerait que ces êtres spirituels déchus auraient constamment employé leurs pouvoirs surnaturels pour conduire l'humanité à la désobéissance envers Dieu et à son propre détriment[614]. Les bons anges, comme cela aurait déjà été montré, pourraient être présents parmi les hommes sans que ceux-ci en aient conscience, selon Psaumes 34:7 et Hébreux 1:14 ; ils pourraient apparaître comme une flamme de feu, tel l'ange du Seigneur dans le buisson devant Moïse, selon Exode 3:6, ou se montrer sous forme humaine[615]. D'autres pouvoirs des anges sont relevés dans le récit biblique : les anges qui délivrent Lot et sa famille de Sodome frappent les émeutiers de la ville de cécité, selon Genèse 19:11 ; un ange agit « merveilleusement » devant Manoach, un autre accomplit un miracle devant Gédéon, selon Juges 6:21 et Juges 13:19 ; l'ange du Seigneur délivre les apôtres de prison sans toucher aux portes, et un ange délivre Pierre de prison en ouvrant les portes d'elles-mêmes, selon Actes 5:19-23 et Actes 12:8. En de nombreuses occasions, ils auraient révélé aux hommes des événements à venir[616].
Les mauvais anges — « le diable et ses anges » — posséderaient par nature exactement les mêmes pouvoirs, mais sous contrainte. Autant de mal que peut être retourné en bien, utile au développement de l'expérience, à l'éducation et à la discipline des « héritiers de Dieu, cohéritiers avec Jésus-Christ », serait permis ; le reste serait empêché. Comme Dieu agit en et par les hommes qui se livrent à sa direction par son Esprit, Satan agirait de même en et par ceux qui « se livrent eux-mêmes comme instruments d'injustice au service du péché » — « vous êtes les esclaves de celui à qui vous obéissez »[617]. Jésus aurait dit à certains : « vous êtes du diable votre père, car vous faites ses œuvres. » De même que Dieu, par le passé, parlait aux ancêtres par les prophètes, ses porte-parole, Satan parlerait par ses propres agents. Son premier agent aurait été le serpent, par lequel il entraîna Ève dans la désobéissance. Ses pouvoirs se seraient manifestés à travers les magiciens et devins de Babylone, et de façon frappante à travers ceux d'Égypte, où les pouvoirs de Dieu se manifestent par Moïse et Aaron devant Pharaon, tandis que des pouvoirs semblables, venant de Satan, s'y opposent pour un temps, selon Exode 7:11-12 et Exode 8:7-18. « Il y eut aussi de faux prophètes parmi le peuple », agissant apparemment sous une inspiration ou un pouvoir qui les rapprochait des véritables prophètes de Dieu : ces faux prophètes seraient les contrefaçons, selon 2 Pierre 2:1 et Jérémie 23:21[618].
L'esprit du monde jugerait superstitieux de croire que des hommes et des femmes puissent se livrer à Satan au point de devenir sorciers et sorcières ; pourtant la Bible les reconnaîtrait comme tels. Israël aurait reçu l'ordre de les mettre à mort, selon Exode 22:18 et Lévitique 20:27. Manassé, roi de Juda, aurait fait errer Juda en pratiquant les enchantements, la sorcellerie, et en recourant à un esprit familier et à des sorciers, selon 2 Chroniques 33:6[619]. Une concordance biblique suffirait à montrer combien Dieu parle contre les sorciers, les sorcières et « ceux qui ont des esprits familiers » — des médiums du diable servant de moyen de communication avec les hommes. Ces médiums prétendraient communiquer avec les morts et tirer d'eux leurs informations, prétention qui contredirait les déclarations claires de la Parole de Dieu selon lesquelles les morts ne peuvent fournir aucune information, selon Job 14:10-21 et Ecclésiaste 9:10[620].
Ce ne serait là qu'une autre manière, pour Satan, de perpétuer le mensonge imposé à Ève en Éden — « il est menteur depuis le commencement », aurait dit Jésus. Dieu aurait annoncé que la désobéissance entraînerait la mort ; Satan aurait contredit cette parole, affirmant que l'homme possède naturellement l'immortalité et ne peut mourir, et que Dieu serait un menteur. Depuis, il chercherait à maintenir cette affirmation : « vous ne mourrez certainement pas. » Sachant parfaitement que les hommes fuiraient les médiums s'ils comprenaient que ce sont des « esprits de démons » qui leur parlent par leur intermédiaire, Satan ferait croire que ce sont les morts eux-mêmes — non pas morts, mais plus vivants que jamais — qui transmettent ces informations[621].
L'épisode de la sorcière d'Endor, rapporté en 1 Samuel 28, illustre ce procédé. Saül, roi d'Israël, devenu mauvais, ne reçoit plus de réponse de Dieu par les prophètes. Engagé dans une guerre contre les Philistins, à la veille d'une grande bataille, il cherche conseil ; faute de réponse du Seigneur, il se tourne vers une femme ayant un esprit familier, condamnée et interdite par la loi[622]. Le récit, selon 1 Samuel 28:3-20, montre la médium feignant d'ignorer l'identité de son visiteur, devinant ce que Saül désire, décrivant Samuel, puis annonçant la défaite de l'armée de Saül et la mort de celui-ci avec ses fils. Que ces événements se soient produits comme la médium les avait annoncés aurait conduit certains à croire que Samuel lui-même avait fourni cette information. Mais Satan pourrait prédire ces choses aussi bien que Samuel vivant l'aurait pu — non que Satan soit prophète ni que Dieu lui révèle l'avenir, mais parce qu'il étudierait la Parole de Dieu et y croirait : « les démons eux-mêmes croient, et ils tremblent », selon Jacques 2:19. La défaite de Saül et l'accession de David au trône auraient déjà été annoncées par le prophète, et Satan comme Saül en auraient connaissance ; Satan saurait aussi que toute parole de Dieu s'accomplit[623].
L'apôtre rappellerait par ailleurs que celui qui détient le pouvoir de la mort est le diable, selon Hébreux 2:14. Exécuteur de la peine de mort, devant recevoir l'autorisation de Dieu pour l'exercer, selon Job 1:12, il ne serait pas étonnant qu'il ait su, par avance, qu'il aurait pouvoir sur la vie de Saül, de ses fils et de bien d'autres le lendemain : ce serait là la déduction raisonnable. Dieu, ou Samuel s'il l'avait pu, n'aurait certainement pas reconnu ni employé un moyen de communication qu'il avait lui-même interdit sous peine de mort et condamné comme mauvais, selon 1 Chroniques 10:13[624].
Plus tard dans l'histoire, les mêmes esprits mauvais continueraient d'opérer de la même manière. Le Seigneur, tout en les tolérant encore, avertirait le peuple contre eux : « ils vous diront : consultez ceux qui ont des esprits familiers et les sorciers qui chuchotent et murmurent », avant de demander pourquoi un peuple irait consulter les morts plutôt que son propre Dieu[625].
Dans les Actes des Apôtres, deux épisodes illustrent la même lutte contre les médiums de Satan. À Samarie, Philippe et Pierre affrontent Simon le magicien : des esprits impurs sortent en criant de nombreux possédés, alors que Simon, qui pratiquait la sorcellerie et fascinait la population, se faisait appeler « la grande puissance de Dieu », selon Actes 8:7-24[626]. À Paphos, Paul et Barnabas rencontrent un autre médium du diable, Élymas, qui s'oppose à leur prédication ; Paul le traite d'« homme plein de ruse et de malice, fils du diable, ennemi de toute justice » et il est aussitôt frappé de cécité, selon Actes 13:10[627]. À Philippes, Paul et Silas croisent une jeune esclave possédée d'un esprit de divination qui procurait beaucoup de profit à ses maîtres par ses prédictions ; Paul ordonne à l'esprit, au nom de Jésus-Christ, de sortir d'elle, ce qu'il fait immédiatement, selon Actes 16:16-18[628].
Depuis cette époque, Satan aurait continué ses pratiques en adaptant seulement ses méthodes aux circonstances, tantôt ouvertement mauvaises, tantôt déguisées en religion, puisque Satan lui-même se transformerait en ange de lumière et que ses ministres se transformeraient de la même façon en ministres de justice, selon 2 Corinthiens 11:14. À une époque où le savoir est très développé et où la moralité chrétienne est largement répandue, Satan devrait, pour continuer à s'opposer à la vérité, revêtir un habit religieux : le spiritisme se rangerait aujourd'hui parmi les sectes religieuses, assimilé à « la synagogue de Satan »[629].
Le spiritisme moderne, bien que raffiné et modernisé, resterait identique à ce qu'il a toujours été dans les âges passés. Son objet ne serait ni l'enseignement de la vérité, ni l'amour de Dieu le Père et de Jésus-Christ. Ses adeptes prétendraient que Jésus lui-même était un bon médium et qu'il aurait pratiqué le spiritisme à sa manière, selon sa propre compréhension. Sans s'opposer ouvertement à la Bible, le spiritisme s'y opposerait en réalité, enseignant et pratiquant précisément ce qu'elle condamne, tout en s'efforçant, par ses prodiges, de prouver que les morts ne sont pas morts — perpétuant ainsi le premier mensonge de Satan, selon Genèse 3:4[630].
Les médiums continueraient de posséder des pouvoirs surnaturels, comme à l'époque de Saül, de Paul ou de Moïse. Si certains prodiges ne seraient que des tromperies, d'autres se produiraient sans qu'aucune tromperie ne soit possible. Parmi les étudiants de la Bible, plusieurs auraient eux-mêmes été médiums du diable avant de connaître la vérité, et seraient reconnaissants d'avoir échappé à ce piège. Le spiritisme haïrait la lumière, ses prodiges s'accompliraient sous le couvert de l'obscurité, et son travail de recrutement se ferait lui aussi en secret, conformément à la parole de Jésus selon laquelle celui qui fait le mal hait la lumière et ne vient pas à la lumière, de peur que ses œuvres ne soient dénoncées, selon Jean 3:20[631].
Malgré cette discrétion, le spiritisme gagnerait un public nombreux, comptant parmi ses adeptes des juges, des sénateurs et d'autres personnalités influentes. La reine du royaume considéré comme le plus grand royaume chrétien de la terre, sur les possessions duquel le soleil ne se coucherait jamais, serait elle-même connue de beaucoup comme « spiritualiste ». Le mouvement se présenterait au public d'une manière qui force l'attention, et ceux qui ne reconnaîtraient pas en lui l'œuvre de Satan seraient presque certains de le prendre pour une manifestation de la puissance de Dieu[632].
Le pasteur Joseph Cook, connu pour sa défense habile de la Bible contre les attaques d'incroyants comme Huxley, Darwin ou Arnold, aurait récemment porté son attention sur l'influence croissante du spiritisme. Après avoir mené une enquête sur le sujet, il aurait donné une conférence exprimant sa conviction que beaucoup de ces tours et phénomènes ne relèveraient d'aucun pouvoir humain et seraient réellement surnaturels. Sans prétendre expliquer comment ni par quel pouvoir, il affirmerait que lui-même, ainsi que certains des esprits scientifiques les plus réputés d'Allemagne, en seraient arrivés à la conclusion qu'aucun test scientifique appliqué jusqu'ici au spiritisme ne permettrait de le réfuter comme une imposture[633].
Ce pouvoir ne serait pourtant pas difficile à expliquer si l'on prend la Bible comme autorité et qu'on y reconnaît l'œuvre de Satan, que Jésus désigne comme « le prince de ce monde », selon Jean 14:30, et comme « le prince de la puissance de l'air », l'esprit qui agit maintenant dans les fils de la rébellion, selon Éphésiens 2:2. La Bible annoncerait elle-même que le spiritisme n'aurait pas encore atteint le sommet de sa puissance et que ses pouvoirs devraient encore augmenter considérablement. Paul écrirait qu'aux derniers temps certains abandonneraient la foi pour s'attacher à des esprits séducteurs et à des doctrines de démons, selon 1 Timothée 4:1, et Jésus parlerait d'esprits de démons accomplissant des prodiges pour rassembler les rois du monde entier au combat du grand jour du Dieu tout-puissant, selon Apocalypse 16:14[634].
Pierre et Jude rapporteraient que les anges déchus, chassés de la présence de Dieu, auraient été liés par des « chaînes d'obscurité » jusqu'au jugement du grand jour, selon 2 Pierre 2:4 et Jude 1:6. La partie finale de l'âge de l'Évangile serait, pour les vivants, un temps d'épreuve et de trouble les préparant au règne millénaire du Christ, appelé « le jour du Seigneur » ou « le grand jour de sa colère ». Satan et ses anges auraient ainsi été limités, ne pouvant agir qu'à travers des humains se livrant volontairement à la possession ou devenant ses médiums — c'est en ce sens qu'ils seraient « enchaînés ». Puisque ce « jour du Seigneur », jour de la présence du Fils de l'homme, aurait déjà commencé selon les Écritures, les chaînes qui retiennent Satan jusqu'au « grand jour » devraient bientôt se desserrer et ne plus le contenir[635].
Les faits correspondraient exactement à cette attente : les spiritualistes revendiqueraient eux-mêmes un pouvoir croissant pour manifester leurs prodiges, affirmant désormais — un cas très récent en témoignerait — que les esprits peuvent se matérialiser en plein jour, et promettant des révélations et manifestations extraordinaires pour bientôt. Cette matérialisation d'un être spirituel aurait pourtant toujours été possible aux anges de Dieu, qui seraient apparus à de nombreuses reprises sous forme humaine. Jésus lui-même, né de l'Esprit lors de sa résurrection en un corps spirituel invisible aux yeux humains comme tout autre être spirituel, bon ou mauvais, se serait manifesté à ses disciples sous diverses formes charnelles matérialisées, selon Marc 16:12. Ce seraient précisément ces pouvoirs que Satan aurait désirés sans pouvoir encore les exercer pleinement, retenu qu'il était, mais qu'il obtiendrait au moment où commencerait le jugement du « jour du Seigneur »[636].
L'épreuve de ce « jour » ne causerait pas seulement un temps de trouble parmi les nations ; elle inclurait aussi une épreuve touchant la partie vivante de l'Église. Ce trouble ecclésiastique viendrait en premier lieu, et aurait commencé au printemps 1878 ; il aboutirait à la purification de la foi et conduirait ceux qui continuent de porter le nom chrétien vers les fondements solides de l'enseignement de la Parole de Dieu. Toutes les erreurs des traditions humaines seraient consumées comme le bois, le foin et le chaume dans le feu de cette épreuve. L'apôtre écrirait de ne pas s'étonner de l'épreuve ardente qui atteindrait l'Église, comme s'il s'agissait d'un événement imprévu, selon 1 Pierre 4:12 : ce feu éprouverait l'œuvre de chacun — celui qui aurait bâti sa foi avec de l'or, de l'argent et des pierres précieuses, c'est-à-dire les vérités de la Parole de Dieu, verrait son œuvre subsister, tandis que celui qui aurait bâti avec du bois, du foin et du chaume, c'est-à-dire les enseignements et les credo des hommes, subirait une perte, selon 1 Corinthiens 3:12-15[637].
Cette épreuve serait « l'épreuve de la foi », et ce « jour du Seigneur » serait à la fois celui où la lumière de la vérité brillerait avec le plus de force, révélant le prix du grand appel céleste comme jamais auparavant, et celui où les puissances du mal augmenteraient, afin que s'achève la séparation entre le blé et l'ivraie — les enfants du royaume et les enfants du méchant, selon Matthieu 13:38. À cause de ce combat entre la vérité et l'erreur, entre le réel et le faux que représenterait le spiritisme, Paul exhorterait les chrétiens à se fortifier dans le Seigneur et à revêtir l'armure complète de Dieu pour pouvoir résister, selon Éphésiens 6:10-11[638].
Dieu lutte, selon Éphésiens 6:12, non contre des êtres humains mais contre des puissances spirituelles mauvaises, « contre les dominateurs des ténèbres de ce siècle » — Satan, le prince de ce monde selon Jean 14:30 — et contre la méchanceté spirituelle dans les lieux élevés. Pour résister aux ruses du diable « dans le mauvais jour » — ce jour de la présence du Seigneur, jour d'épreuve — le chrétien est invité à revêtir toute l'armure de Dieu, selon Éphésiens 6:11-14[639]. Ce même jour d'épreuve est rapproché du Psaumes 91, où seuls ceux qui ont fait de la vérité de Dieu leur bouclier échapperaient aux pièges du diable, aux flèches de l'incrédulité et à la « peste » morale que représenterait le spiritisme, alors que des milliers tomberaient à leurs côtés[640]. Un cantique tiré des Songs of the Bride illustre cette idée de refuge et de protection contre la peste qui rôde dans l'obscurité[641].
Certains passages bibliques laisseraient entendre que durant ce « jour du Seigneur », des saints se manifesteraient sous forme humaine, eux qui auraient déjà été changés en corps spirituels semblables au corps glorieux du Christ, et qu'ils apparaîtraient comme Jésus lui-même « apparaissait » après sa résurrection, accomplissant une œuvre d'enseignement semblable à celle qu'il fit auprès de ses disciples, ouvrant l'intelligence des hommes pour qu'ils comprennent les Écritures[642].
Les deux venues de Moïse pour délivrer Israël d'Égypte serviraient de type aux deux venues du Seigneur. Lors de la seconde, Moïse serait venu avec puissance, et Aaron, « le saint », aurait servi de porte-parole devant Pharaon pendant les signes et prodiges. De la même façon, les représentants vivants de l'Église seraient appelés à servir un jour de porte-parole de leur Seigneur devant le monde — l'Égypte dans le type. Et comme Jannès et Jambrès, ainsi que les autres magiciens agissant sous la puissance de Satan, s'opposèrent alors et firent obstacle, pour un temps, aux effets des prodiges accomplis par Aaron, de même, dans l'antitype, lorsque l'Église vivante servirait de porte-parole du Seigneur, elle rencontrerait l'opposition de cette même méchanceté spirituelle — le spiritisme — cherchant à accomplir les mêmes choses et y parvenant en partie[643]. Paul semble viser directement cette situation selon 2 Timothée 3:1-8, lorsqu'après avoir annoncé que « dans les derniers jours » surviendraient des temps difficiles, il ajoute que, de même que Jannès et Jambrès s'opposèrent à Moïse, ces hommes résisteraient eux aussi à la vérité, mais qu'ils n'iraient pas plus loin, leur folie devant être manifestée à tous comme le fut celle de ces magiciens[644].
Trois conclusions sont tirées de ce rapprochement : toute contrefaçon prouverait l'existence d'un original véritable ; seules des choses de valeur seraient contrefaites ; et une contrefaçon devrait ressembler de très près à l'original pour tromper. Les spiritualistes parleraient déjà, comme le feraient les étudiants de la Bible, du « bon temps qui vient », du « jour glorieux », allant jusqu'à déclarer que Jésus serait présent — pratique ancienne de l'adversaire. Lors de la première venue, les démons auraient reconnu Jésus, criant : « Tu es le Christ, le Fils de Dieu » ; mais lui, les reprenant, ne les aurait pas laissés parler, « car ils savaient qu'il était le Christ », selon Luc 4:41 (l'expérience de Paul, selon Actes 16:17, est citée en comparaison). « Les démons eux-mêmes croient, et ils tremblent », selon Jacques 2:19 ; et certains pourraient bien être tentés d'appeler « spiritualistes » les étudiants de la Bible eux-mêmes, autant pour s'approprier leur connaissance de la Parole et du plan de Dieu que pour discréditer la valeur de leur enseignement biblique en les assimilant à eux[645].
L'exhortation serait donc de ne pas croire tout esprit, mais d'éprouver les esprits pour savoir s'ils viennent de Dieu ou de Satan, et de les reconnaître par leurs fruits. Toute doctrine, quel que soit le nom qu'elle se donne, qui consacre son temps et ses talents à des pratiques inutiles et insensées, qui use d'un pouvoir surnaturel pour obtenir de l'argent, qui ne s'adresse qu'à la crédulité humaine sans chercher ni développer la foi et l'amour envers Dieu et les hommes, qui ignore Jésus et le plan du salut, qui rejette la Bible, et dont la tendance porte vers ce qui est terrestre, charnel et diabolique — comme le « libre amour » — ne viendrait pas de Dieu, mais porterait les signes incontestables de Satan comme auteur. À l'inverse, un enseignement qui ne repose pas sur des communications interdites et prétendues avec les morts, mais uniquement sur la Parole de Dieu, qui tend à la gloire du Père et du Fils, qui cherche à dévoiler à ceux qui ont « des oreilles pour entendre » et « des yeux pour voir » la beauté et la grandeur du plan du salut dont Jésus serait le fondement reconnu, qui pousse à sonder chaque jour les Écritures plutôt qu'à en ignorer une partie, et qui enseigne que le prix du grand appel céleste ne s'obtient que par une persévérance patiente dans le bien — la mort de la vieille nature et une vie nouvelle en tant que nouvelle création en Jésus-Christ — porterait au contraire, sans équivoque, la marque de Dieu, parce qu'il parlerait selon sa Parole[646].
Le jour du jugement
Des notions très confuses circuleraient, selon beaucoup, au sujet de l'œuvre du jugement dans l'âge à venir. L'idée répandue est résumée ainsi : le Père, en juge sévère, siégerait sur un grand trône blanc, le Sauveur à ses côtés, le regard plein d'amour, intercédant pour l'humanité rassemblée devant lui en rangs serrés, le visage abattu. La grande majorité recevrait l'ordre de se retirer vers la gauche, saisie de désespoir, aussitôt emportée par une garde de démons qui l'entraînerait en hurlant de terreur toujours plus bas. De temps à autre, un homme s'avancerait que le Sauveur reconnaîtrait pour un véritable chrétien et présenterait au Père, qui l'accueillerait à sa droite pour le couronner immédiatement et le faire asseoir parmi les anges afin qu'il contemple la suite de la scène. Cette séparation se poursuivrait jusqu'à ce que tous les hommes ayant jamais vécu aient comparu devant ce tribunal, le tout en moins de vingt-quatre heures, constituant ainsi « le jour du jugement ». La plupart d'entre eux, pense-t-on généralement, auraient déjà été jugés une première fois à leur mort et destinés définitivement au ciel ou à l'enfer, mais seraient, pour une raison inconcevable, ramenés devant ce tribunal avant d'être renvoyés à leur condition antérieure[647].
Certains traits de cette représentation s'inspireraient d'images bibliques symboliques, mais l'ensemble de cette conception serait très loin d'être conforme à la Bible. L'idée d'un rassemblement de l'humanité devant le juge, comme pour une revue militaire, suivi d'une séparation immédiate des deux classes, ne serait, au mieux, qu'une ressemblance figurée, aussi éloignée de la réalité qu'un type l'est de son antitype[648].
Trois grandes périodes de séparation seraient clairement révélées dans la Parole de Dieu : la séparation de la balle et du froment, selon Matthieu 3:10-12 ; celle de l'ivraie et du blé, selon Matthieu 13:37-43 ; et celle des brebis et des chèvres, selon Matthieu 25:31[649].
La première séparation appartiendrait déjà au passé, survenue lors de la « moisson », c'est-à-dire la fin de l'âge juif. Jésus lui-même, pendant son ministère terrestre, aurait complètement nettoyé l'aire de la maison juive, rassemblant le froment dans l'Église de l'Évangile et jetant la balle dans un feu qui, culminant à la destruction de Jérusalem, brûlerait encore contre le peuple juif. Loin d'avoir rassemblé cette nation en rangs devant lui, les Juifs n'auraient même pas eu conscience de l'épreuve alors en cours, et auraient été condamnés parce qu'ils n'auraient pas reconnu le temps de leur visitation, selon Luc 19:44[650].
La deuxième grande séparation devait se produire à la fin de cet âge, c'est-à-dire à la clôture de la dispensation de l'Évangile. Cette œuvre serait déjà réellement en cours, sans que le monde ni l'Église mondaine en aient connaissance. Ainsi, dans cette dernière grande moisson de l'âge du jugement, la vérité de Dieu, l'épée à deux tranchants, accomplirait tranquillement mais sûrement son travail de division ; et cette Parole, non plus parlée mais écrite, manifesterait clairement les brebis et les chèvres[651].
Le mot « jour » dans la Bible désigne souvent une période longue mais définie, comme le « jour » où Genèse 2:4 dit que Jéhovah Dieu fit la terre et les cieux, ou le « jour de la tentation dans le désert » de Hébreux 3:8, qui dure quarante ans, ou encore le « jour du salut » de 2 Corinthiens 6:2, qui désigne la dispensation de l'Évangile[652]. L'étudiant qui consulte une Bible à références ou une concordance pour mesurer l'ampleur du travail à accomplir « en ce jour-là » en vient à accepter l'explication de Pierre selon laquelle un jour, pour le Seigneur, équivaut à mille ans, et à se réjouir de la promesse de régner avec lui mille ans, annoncée dans l'Apocalypse[653].
Sur la nature du jugement à venir, le livre des Juges est pris comme référence. Après la mort de Josué, les Israélites abandonnent Jéhovah pour adorer Baal ; leurs ennemis sont alors autorisés à triompher d'eux jusqu'à ce qu'ils se repentent, moment où Jéhovah leur envoie des juges qui les délivrent de la main de leurs oppresseurs. Othniel en est un exemple : l'esprit de Jéhovah vient sur lui, il juge Israël, part en guerre, triomphe, et le pays connaît quarante ans de paix[654]. Un juge, à cette époque, est une personne recherchée, un dirigeant désiré, capable de délivrer son peuple de l'oppression, de rendre justice aux opprimés et d'apporter la paix et la joie à ceux sur qui il exerce son autorité[655].
Le monde, et même l'Église, égarés par une théologie contraire à la Bible, redoutent la présence du Christ venant juger — c'est-à-dire gouverner — le monde. Les prophètes inspirés d'autrefois ne partageaient pas cette crainte : pour eux, cet événement était une époque grande et glorieuse, celle pour laquelle, selon Paul, « la création tout entière gémit ». Le premier psaume chanté par le premier chœur institué par Dieu, lors du retour de l'arche, en est l'illustration : les cieux se réjouissent, la terre exulte, les nations proclament que Jéhovah règne, car il vient pour juger la terre, et sa bonté dure à toujours[656].
La chrétienté de cette époque recule devant la seule mention de ce jour parce qu'elle ne comprend pas la nature du travail qui s'y accomplit, ni la grandeur de ses résultats, alors que les prophètes parlaient sous l'inspiration de l'esprit saint de Dieu, qui connaissait ce qu'il avait lui-même décidé et prévu[657].
Dans le « jour du Seigneur », comme aux jours de la création, il y a un soir et un matin ; les Juifs comptaient ainsi leurs journées, en commençant par le soir. L'ordre voulu par Dieu place d'abord la croix, puis la couronne. La nuit a duré quarante ans pour les enfants d'Israël ; pour l'Église de l'Évangile, elle a duré plusieurs siècles. De même, les nations de l'âge à venir devront d'abord courir leur course avant de recevoir la récompense ; durant cette épreuve, comme dans la nôtre, il faut pleurer une nuit, mais la joie vient au matin[658]. Beaucoup, faute d'avoir « sondé les Écritures » comme cela est pourtant demandé, ne voient que cette nuit de ténèbres, qui s'étend devant eux comme un voile funèbre, leur cachant la lumière de gloire qui se trouve au-delà.
Une nuit sombre se referme en effet sur une Église endormie et un monde aveugle, durant laquelle bien des malheurs se déverseront sur eux. Mais une fois la leçon de l'obéissance apprise par la souffrance, comme tous ceux qui l'ont emporté avant eux l'ont apprise, une récompense bénie les attend[659].
Le jour du jugement se divise ainsi en deux parties. D'abord un « temps de détresse », durant lequel les nations seront soumises, humiliées, et apprendront la leçon de Nebucadnetsar, leur type, à savoir que le Très-Haut domine sur le royaume des hommes et le donne à qui il veut. Puis vient un matin, où le Soleil de justice se lèvera avec la guérison dans ses rayons, dissipant les brumes de l'ignorance et de la superstition, détruisant le poison du péché, et apportant la lumière, la vie et l'amour aux fils des hommes opprimés[660]. Durant la première période, plusieurs passages trouvent leur accomplissement : Ésaïe 13:9-11 annonce un jour cruel de colère et de fureur ardente, où le pays sera rendu désolé et les pécheurs exterminés, où les étoiles et les constellations ne donneront plus leur lumière — symbole d'une nuit spirituelle — et où l'orgueil des arrogants sera abaissé ; Psaumes 2:8-9 annonce que les nations seront données en héritage et brisées comme un vase de potier.
Les royaumes de ce monde restent indéniablement fidèles à leur prince, dirigés en majorité par des hommes mauvais, égoïstes et corrompus, agents et représentants du « prince des ténèbres » qui exécute sa volonté. Quand le nouveau Prince prendra le contrôle, la domination passera en de nouvelles mains, et le Seigneur proclame, selon Aggée 2:22, qu'il renversera le trône des royaumes et détruira les royaumes des nations. En brisant ainsi les royaumes de ce monde, ceux-ci deviennent les royaumes de notre Seigneur et de son Christ, qui régnera à toujours, selon Apocalypse 11:15. Sous ce nouveau règne apparaîtront de nouveaux dirigeants : Daniel 7:18 annonce que les saints du Très-Haut recevront le royaume et le posséderont pour toujours ; toutes les nations, toutes les langues, tous les peuples le serviront et lui obéiront. Pour l'heure, ce n'est pas le cas, et ils devront y être amenés par le châtiment — ce qui s'accomplit dans le « jour du Seigneur ». Le renversement des nations et de la société entraînera nécessairement des troubles individuels, mais selon Ésaïe 26:9, quand les jugements du Seigneur s'exercent sur la terre, les habitants du monde apprennent la justice[661].
Sophonie 1:15 décrit ce jour comme un jour de colère, de détresse et d'angoisse, un jour de ruine et de désolation, un jour de ténèbres et d'obscurité, où les hommes marcheront comme des aveugles, parce qu'ils ont péché contre le Seigneur, et où ni leur argent ni leur or ne pourront les délivrer. Sophonie 3:8 annonce que le Seigneur rassemblera les nations pour répandre sur elles son indignation et toute l'ardeur de sa colère, au point que toute la terre sera dévorée par le feu de sa jalousie — mais ensuite il donnera aux peuples des lèvres pures, pour qu'ils invoquent tous ensemble le nom du Seigneur et le servent d'un commun accord[662]. La détresse décrite est si extrême que le monde est dit « brûlé » par la colère du Seigneur ; pourtant cette destruction produit un bon résultat, car après l'indignation et la destruction des gouvernements, les peuples eux-mêmes subsistent — seule la destruction des gouvernements est en cause — et, ayant connu les méfaits du règne du « prince de ce monde », ils sont alors disposés à laisser le Seigneur exercer sa grande puissance et son autorité, et à le servir d'un commun accord[663].
Apocalypse 6:15 décrit de façon symbolique cette chute des royaumes, où toute montagne — c'est-à-dire tout royaume — et toute île sont ébranlées. Les rois et les grands, comme les esclaves, reconnaîtront dans ce bouleversement que le grand jour de sa colère est arrivé, et chercheront à former des alliances et à se cacher devant la tempête qui approche inévitablement. Ils chercheront refuge et protection dans les grandes montagnes — les royaumes — de la terre et à se dissimuler dans les grands rochers des sociétés de ce monde, telles que la franc-maçonnerie ou les Odd-Fellows, mais ils ne pourront être délivrés au jour de la colère du Seigneur, car tous les royaumes du monde seront renversés, et à la place de ces montagnes s'établira le royaume de…
Daniel 2:35 et Daniel 2:45 annoncent que la montagne du Seigneur, c'est-à-dire son gouvernement, deviendra une grande montagne qui remplira toute la terre. Malachie 4:1 décrit le jour de détresse à venir et la colère de Dieu qui s'y manifeste, « le feu de la jalousie de Dieu » : ce jour viendra, brûlant comme une fournaise, et tous les orgueilleux et tous ceux qui pratiquent la méchanceté seront comme du chaume, entièrement consumés. Les méchants sont ainsi représentés par le chaume, la colère de Dieu par le feu, et les justes par les « veaux de l'étable »[664].
Psaumes 46:6-10 est cité pour montrer comment Jéhovah met fin aux guerres : les nations s'agitent, les royaumes s'effondrent, et devant les ravages qu'il opère sur la terre, les hommes sont invités à contempler ses œuvres — il fait cesser les guerres jusqu'aux extrémités de la terre, brise l'arc, rompt la lance, brûle les chars au feu. Cette paix est obtenue par les mêmes « ravages » évoqués plus haut : les nations, rassasiées de sang versé et instruites par l'amère expérience de l'injustice, de l'oppression et du péché, finissent par se dégoûter d'elles-mêmes et de leurs voies, et se tournent volontairement vers la pureté et la paix[665].
Pour produire cet effet, un ordre doit d'abord être donné : proclamer parmi les nations de préparer la guerre, de réveiller les hommes vaillants, de faire approcher tous les hommes de guerre, selon Joël 3:9-10, qui demande de transformer les socs de charrue en épées et les serpes en lances, et même au faible de se dire fort. Cette dure leçon du péché, dans toute sa gravité, doit être apprise avec le temps, et bien apprise, car selon Psaumes 110:3, le peuple de Dieu deviendra de bonne volonté au jour de sa puissance. Une fois les nations amenées à cette disposition à laisser « cet homme », le Christ de Dieu, régner sur elles, le résultat de cette fonction de juge sera inversé : selon Ésaïe 2:4, elles transformeront leurs épées en socs de charrue et leurs lances en serpes, et aucune nation ne lèvera plus l'épée contre une autre, ni n'apprendra plus à faire la guerre[666].
Ésaïe 2:3 annonce quand viendra ce temps béni, et d'autres événements de ce jour glorieux de la présence du Christ comme juge de toute la terre. Dans les derniers jours, la montagne de la maison du Seigneur — c'est-à-dire son gouvernement, « dont la maison nous sommes », selon Hébreux 3:6 — sera établie au sommet des montagnes, lieu de puissance, et s'élèvera au-dessus des collines, les royaumes de la terre, et toutes les nations y afflueront. Beaucoup de peuples viendront et diront : venez, montons à la montagne de Jéhovah, à la maison du Dieu de Jacob, et il nous enseignera ses voies, et nous marcherons dans ses sentiers ; car de Sion — la nouvelle Jérusalem, le gouvernement céleste — sortira la loi, et de Jérusalem — la Jérusalem terrestre restaurée et son sacerdoce — la parole de Jéhovah[667].
À la fin du « temps de détresse », les nations seront soumises et se soumettront volontiers au gouvernement juste du nouveau royaume céleste : c'est ainsi que s'ouvrira le règne millénaire. Après l'expérience terrible du temps de détresse, les nations se réjouiront d'abandonner leurs propres voies pour apprendre que les voies du Seigneur « sont des voies agréables » et que tous ses sentiers « sont paix ». Ce sera le revers lumineux de ce sombre nuage de tempête qu'est le « jour de la colère » : selon Ésaïe 26:9, quand les jugements du Seigneur s'exercent sur la terre, les habitants du monde apprennent la justice[668].
Pendant les mille ans ainsi ouverts, Satan est lié et le mal contenu, afin que les peuples ne soient plus trompés ; le Seigneur et son épouse, les saints, régneront et enseigneront comme rois et prêtres. Personne n'aura plus besoin de dire à son prochain : « Connais le Seigneur », car tous le connaîtront, du plus petit au plus grand. Le chemin de la vie sera alors si clair que même un homme sans instruction, fût-il insensé, ne pourra s'y tromper. La Parole de Dieu deviendra un livre ouvert pour le monde entier, et toutes ses contradictions apparentes actuelles se révéleront alors en parfaite harmonie, comme elles le sont déjà pour ceux qui ont compris le plan glorieux des âges[669].
Mille ans d'un tel règne et d'un tel enseignement suffiront à lever de dessus le monde racheté la malédiction de l'ignorance, de la misère et de la mort, pour y restaurer la perfection, l'harmonie, la paix et la beauté. Ces mille ans constituent le temps pendant lequel toutes les nations sont rassemblées devant le tribunal du Christ : c'est leur jour de jugement, un jour qui dure mille ans[670].
Pendant tout ce temps, la vérité de Dieu, comme une épée à deux tranchants, accomplit tranquillement mais sûrement son œuvre de séparation entre les brebis et les chèvres, selon Matthieu 25:31-46. La grande masse de l'humanité apprendra les voies de Dieu et se réjouira d'y marcher : ce sont ceux qu'il appelle ses brebis, ses disciples, rassemblés progressivement à sa droite, place de faveur, jusqu'à ce qu'à la fin de cet âge le Seigneur leur dise : « Venez, vous qui êtes bénis, héritez le royaume préparé pour vous depuis la fondation du monde »[671].
Le royaume ou la domination terrestre a été conçu et préparé pour les êtres humains, c'est-à-dire pour les créatures terrestres. Il avait été donné à l'origine à Adam terrestre, qui devait avoir domination sur les bêtes des champs, les oiseaux du ciel et les poissons de la mer, selon Genèse 1:28. Adam devait être le seigneur de la terre, la gouvernant en harmonie avec le gouvernement céleste. Cette domination, perdue par la désobéissance et le péché, est passée sous le contrôle de celui qui « a le pouvoir de la mort, c'est-à-dire le diable », le prince de ce monde qui règne désormais dans le cœur des fils de la désobéissance. Cette domination, rachetée pour l'humanité par Jésus et son corps, doit lui être restituée une fois l'humanité ramenée à la condition parfaite où elle redeviendra capable d'exercer sagement ce pouvoir en harmonie avec le gouvernement de Dieu[672]. Cette domination terrestre ne doit pas être confondue avec le royaume spirituel céleste, hérité par Jésus et partagé avec son épouse, les vainqueurs de l'âge de l'Évangile, à qui il est dit : « À celui qui vaincra, je donnerai de s'asseoir avec moi sur mon trône. »
À ceux qui demandent pourquoi ils sont jugés dignes d'un tel honneur, le Roi répond qu'ils ont fait du bien à certains de ces enfants de Dieu, « mes frères » — leurs voisins et leurs frères — montrant ainsi leur obéissance volontaire à la seule grande loi du royaume céleste, qui résume toutes les autres : l'amour. Mais même en ce temps glorieux de faveur et de bénédiction, certains refuseront de laisser cet homme, le Christ, régner sur eux, manifestant leur refus de faire la volonté de Dieu en négligeant les autres et en satisfaisant égoïstement leurs propres désirs. Une seule volonté, celle de Dieu, doit régler et gouverner continuellement l'univers, et cette volonté, cette loi, se résume en un seul mot : l'amour, car « Dieu est amour » et « l'amour est l'accomplissement de la loi »[673].
Pendant le règne millénaire, le Christ met tous ses ennemis sous ses pieds, abolissant toute domination, toute autorité et toute puissance opposées à Dieu, jusqu'à détruire finalement « les chèvres ». Selon Matthieu 25:46, dans la traduction du Diaglott citée, ceux-ci iront vers un « retranchement éternel », c'est-à-dire qu'ils seront pour toujours coupés de cette vie qu'ils auront une seconde fois rejetée. Rachetés de la mort adamique par le sang précieux du Christ, mais ayant méprisé par la suite les privilèges offerts sous son royaume, il ne reste plus pour eux de sacrifice pour le péché. La destruction de Satan est annoncée pour ce même moment, selon Apocalypse 20:10 et Apocalypse 20:15[674].
Ainsi, toutes choses étant soumises à la volonté de Dieu, le Fils remettra la domination de la terre à Dieu, le Père, selon 1 Corinthiens 15:28, dont la volonté sera alors faite « en tout », sur la terre comme au ciel. La première domination, perdue par Adam, aura été restaurée dans le second Adam, l'Adam spirituel, et la race restaurée sera en harmonie suffisante avec Dieu pour gouverner son domaine conformément à sa loi, l'amour[675].
Le gouvernement des États-Unis est présenté comme la meilleure illustration possible de cette domination humaine sur la terre, soumise malgré tout aux lois du royaume de Dieu : chaque État y est autorisé à se gouverner lui-même, à faire ses propres lois, pour autant qu'il reste en harmonie avec le gouvernement fédéral. De la même manière, la domination de la terre, préparée pour l'humanité depuis la fondation du monde, lui sera restituée une fois celle-ci prête à l'exercer en harmonie avec le royaume céleste — royaume éternel, selon Psaumes 145:13, qui dure à travers toutes les générations[676]. Les hommes restaurés auront la vie éternelle, comme Adam l'avait eue, aussi longtemps qu'ils demeureront obéissants à la volonté de Dieu — ce qui durera toujours, puisqu'ils auront appris les effets funestes de toute autre voie que la sienne.
Ces réflexions sur le jour du jugement et ses bienfaits pour l'humanité préparent à lire avec intelligence le Psaumes 97, qui est cité en ces termes : « Jéhovah règne, que la terre se réjouisse, que la multitude des îles se réjouisse. Les nuages et les ténèbres l'entourent ; la justice et le jugement sont l'affermissement de son trône »[677].
Le passage sur le jugement des nations se termine par la citation du Psaume 97, puis un calcul démographique ouvre une nouvelle démonstration, suivi d'un article distinct sur le titre « Christ ».
Une objection fréquente contre la doctrine de la résurrection universelle est examinée : certains prétendent que la terre entière ne serait qu'un vaste cimetière, sans place suffisante pour accueillir tous les morts ressuscités[678]. Un calcul détaillé est proposé pour réfuter cette objection, en s'appuyant sur Actes 3:21, qui annonce « la restauration de toutes choses dont Dieu a parlé par la bouche de ses saints prophètes »[679]. En prenant six mille ans depuis la création d'Adam, une population mondiale actuelle d'un milliard quatre cents millions de personnes, et en supposant par hypothèse généreuse que cette même population ait existé à chaque génération depuis l'origine, avec trois générations par siècle, le calcul aboutit à deux cent cinquante-deux milliards d'êtres humains ayant vécu sur terre depuis Adam[680]. Le livre de la Genèse est cité pour préciser qu'il n'y eut en réalité que onze générations entre Adam et le déluge, sur une période de mille six cent cinquante-six ans, soit environ cent cinquante ans par génération — un rythme bien plus lent que celui retenu dans le calcul, qui se veut donc délibérément favorable à l'objection[681].
La surface nécessaire pour accueillir ce nombre de corps est ensuite mesurée concrètement. L'État du Texas, avec ses deux cent trente-sept mille milles carrés, pourrait contenir, à raison de dix pieds carrés par corps, six cent soixante milliards sept cent dix-huit millions quatre-vingt mille corps — près de trois fois le nombre total d'êtres humains calculé comme ayant jamais vécu[682]. Un second calcul, portant cette fois sur les vivants et non plus sur les morts, établit que la population actuelle du globe, debout et serrée, occuperait une surface de seulement quatre-vingt-six milles carrés, inférieure à celle de Londres ou de Philadelphie, tandis que l'île d'Irlande, avec ses trente-deux mille milles carrés, pourrait accueillir debout plus du double de tous les humains ayant jamais existé selon cette estimation généreuse[683]. L'argument conclut qu'il existe, sur le plan matériel, assez d'espace sur terre pour la résurrection de tous les morts, contrairement à ce qu'avancent, selon le texte, des personnes qui devraient pourtant mieux savoir[684].
Le Christ de Dieu
Le mot grec « Christ » est présenté comme un terme non traduit, simplement transposé en anglais, dont le sens véritable est « Oint »[685]. Le nom « Jésus » signifie Libérateur ou Sauveur, donné en vue de l'œuvre qu'il devait accomplir, celle de sauver son peuple de ses péchés[686]. Jésus porte ce nom dès sa naissance, mais le titre de « l'Oint » ne lui est attribué qu'à partir de son baptême, moment où l'esprit saint descend sur lui et l'onctionne comme Grand Prêtre, en préparation du sacrifice pour le péché qu'il doit offrir sur la croix[687].
L'Église, formée de ceux appelés à devenir « petit troupeau », est présentée comme ayant été incluse dans le même plan divin, établi avant la fondation du monde, selon Éphésiens 1:3-4 et Éphésiens 1:20-23. Ces membres sont destinés à être élevés au-delà de la condition humaine parfaite, pour devenir « participants de la nature divine », unis à Jésus comme les membres d'un même corps dont il est la tête[688]. Cette élection n'est pas présentée comme arbitraire : Dieu a d'abord voulu que Jésus goûte la mort pour libérer l'humanité de la mort ; puis que la connaissance de cette rédemption soit annoncée ; enfin que ceux qui croient cette annonce soient invités à devenir « héritiers de Dieu, cohéritiers avec Jésus-Christ leur Seigneur », à condition de souffrir avec lui pour être aussi glorifiés avec lui, selon Romains 8:17[689].
Cette « semence promise », une fois pleinement développée, doit être l'instrument par lequel, selon Galates 3:29, « toutes les familles de la terre seront bénies ». Cette semence doit écraser la tête du serpent, selon Romains 16:20, détruisant ainsi le mal et amenant « la restauration de toutes choses »[690]. Faire partie de cette « Semence », de ce « Christ », exige de remplir une condition précise : souffrir la mort avec lui pour être trouvé en lui. La fidélité à cet appel garantit la place parmi les élus, selon Apocalypse 17:14, qui décrit ceux qui sont avec l'Agneau comme « appelés, élus et fidèles »[691].
L'onction d'Aaron comme grand prêtre, décrite dans le Lévitique, sert de type pour illustrer l'union de l'Église avec Jésus. L'huile d'onction, type de l'esprit saint, est versée sur la tête d'Aaron seul ; les sous-prêtres, debout à ses côtés, la tête couverte de bonnets selon Lévitique 8:13, ne sont pas eux-mêmes oints directement, mais reçoivent symboliquement cette onction en lui, comme membres de son corps, car l'huile versée sur la tête coule « jusque sur sa barbe, et jusque sur l'ouverture de ses vêtements », selon Psaumes 133:2[692]. De la même façon, ceux qui ne revendiquent pas d'être la tête, mais des membres dans le corps du Christ, reçoivent la pleine onction par le même esprit, selon 1 Corinthiens 12:13, qui enseigne que tous sont baptisés par un seul esprit en un seul corps[693]. L'image de la pyramide est annoncée comme devant illustrer cette union entre Jésus et les membres de son corps formant collectivement « le Christ ».
La pierre de faîte forme à elle seule une pyramide parfaite ; les pierres placées sous elle, si elles suivent exactement les lignes de cette pierre de faîte, composent avec elle une pyramide parfaite dans son ensemble. Cette image sert à représenter la position des membres de « la Semence », « le Christ » : unis à leur tête et en parfaite harmonie avec elle, ils sont parfaits ; séparés d'elle, ils ne sont rien[694]. Jésus, décrit comme déjà parvenu à la perfection et hautement élevé, est présenté comme le modèle auquel ses disciples doivent se conformer, pour être eux-mêmes bâtis comme un édifice de Dieu[695]. Un bâtiment ordinaire n'a pas de « pierre angulaire maîtresse », mais cette construction en a une : la pierre de faîte, selon 1 Pierre 2:4-6, qui décrit les croyants comme des pierres vivantes bâties en une maison spirituelle, un sacerdoce saint, pour offrir des sacrifices spirituels agréables à Dieu par Jésus-Christ. L'union entre Jésus et son corps est annoncée comme devant bientôt s'achever pleinement, ce que le prophète exprime en ces termes : il fera sortir la pierre de faîte au milieu des acclamations, « Grâce, grâce sur elle »[696].
Cette transformation est présentée comme exigeante : chacun doit subir des coups et un polissage, se laisser transformer et se conformer à l'exemple de Jésus, sous la direction du grand Maître-bâtisseur. Pour que l'habileté de ce bâtisseur se manifeste pleinement, aucune volonté propre, contraire ou rétive, ne doit faire obstacle à l'accomplissement de sa volonté : l'humilité et la docilité sont requises, selon 1 Pierre 5:6, qui invite à s'humilier sous la main puissante de Dieu afin d'être élevé au moment voulu[697].
Le plan des âges
Un diagramme accompagne cet article pour représenter visuellement le plan divin et les étapes progressives que doivent franchir tous ceux qui parviennent à la nature divine[698]. Trois grandes dispensations y sont distinguées. La première s'étend de la création d'Adam au déluge. La seconde va du déluge jusqu'au commencement du règne millénaire, au retour du Christ. La troisième, appelée « dispensation de la plénitude des temps » selon Éphésiens 1:10, dure depuis le début du règne du Christ pour des âges incalculables, « les âges à venir » selon Éphésiens 2:7[699].
Ces trois dispensations sont désignées dans la Bible par des expressions distinctes : la première est appelée « le monde d'alors » ; la seconde est nommée par Jésus « ce monde », par Paul « le présent siècle mauvais », par Pierre « le monde actuel » ; la troisième est appelée « le monde à venir, où habite la justice », par contraste avec le temps présent où règne le mal et où les justes souffrent. Dans le monde à venir, cette situation doit s'inverser : la justice régnera, les malfaiteurs souffriront, et le mal sera finalement détruit, de sorte que tout genou fléchira et toute langue confessera à la gloire de Dieu[700].
Les deux dernières dispensations se subdivisent en plusieurs âges successifs, chacun marquant une étape du plan divin. Le premier de ces âges correspond à la période où ce plan est représenté et préfiguré par des patriarches comme Abraham, Isaac et Jacob. Vient ensuite l'âge juif, période qui commence à la mort de Jacob et durant laquelle sa descendance est traitée par Dieu comme son peuple particulier et privilégié, selon Amos 3:2, où Dieu déclare n'avoir connu, c'est-à-dire reconnu avec faveur, que cette seule famille parmi toutes celles de la terre[701]. Cette nation sert de type à l'Église chrétienne, la « nation sainte », le « peuple particulier ». Les promesses faites à Israël préfigurent les « meilleures promesses » faites aux chrétiens. Leur traversée du désert vers Canaan préfigure la traversée du péché vers le Canaan céleste. Leurs sacrifices ne les justifiaient que typiquement et non réellement, car le sang des taureaux et des boucs ne peut jamais effacer le péché, tandis que l'âge chrétien apporte les « meilleurs sacrifices », qui réalisent l'expiation pour les péchés du monde entier[702]. Le « sacerdoce royal », dont Jésus est le chef, rassemble tous ceux qui s'offrent à Dieu en « sacrifices vivants », saints et agréables, par Jésus-Christ. L'âge chrétien contient les réalités dont l'âge juif, avec ses services et ses ordonnances, n'était que l'ombre, la Loi n'étant qu'« une ombre des biens à venir » selon Hébreux 10:1 : tout ce qui concernait Israël était typique, ce qui concerne les chrétiens est réel[703].
L'âge chrétien est la période durant laquelle le corps du Christ est appelé hors du monde et se voit promettre la couronne de vie ainsi que les très grandes et précieuses promesses qui permettent, par l'obéissance à cet appel, de devenir participants de la nature divine, selon 2 Pierre 1:4. Le mal continue d'être autorisé à régner sur le monde afin que, par ce contact, ceux qui sont appelés soient mis à l'épreuve pour voir s'ils consentent à renoncer à la condition humaine, en un sacrifice vivant conforme à la mort de Jésus, afin de lui être également semblables dans la première résurrection[704]. Suit l'âge millénaire, mille ans durant lesquels le Christ règne et bénit ainsi toutes les familles de la terre, accomplissant la « restauration de toutes choses dont Dieu a parlé par la bouche de ses saints prophètes », selon Actes 3:19-21. Cet âge met fin pour toujours au péché, à la misère et à la mort, car le Christ doit régner jusqu'à ce qu'il ait mis tous ses ennemis sous ses pieds, le dernier ennemi détruit étant la mort héritée d'Adam[705]. Associée au Christ dans ce règne se trouve l'Église, appelée l'Épouse, son corps, à qui est promis selon Apocalypse 3:21 de s'asseoir avec lui sur son trône comme il a lui-même vaincu et s'est assis, pendant l'âge chrétien, avec son Père sur le trône de celui-ci[706]. Un dernier âge, qualifié d'« âges à venir », est annoncé comme un temps de perfection et de bonheur pour tous, sur lequel la Bible ne donne cependant aucune précision quant à l'œuvre qui y sera accomplie[707].
La « moisson » qui clôt l'âge juif est présentée comme ayant duré quarante ans, depuis le début du ministère de Jésus, lorsqu'il fut oint de Dieu par l'esprit selon Actes 10:38 et commença son ministère en l'an 30, jusqu'à la destruction de Jérusalem en l'an 70. Cette moisson marque à la fois la fin de l'âge juif et le commencement de l'âge chrétien, les deux âges se chevauchant sur cette période[708]. L'âge juif prend fin dans une certaine mesure lorsque, au terme des trois ans et demi du ministère de Jésus, celui-ci abandonne le peuple juif en déclarant, selon Matthieu 23:38 : « Votre maison vous sera laissée déserte. » Une faveur particulière leur est pourtant encore accordée durant trois ans et demi supplémentaires, par la limitation de l'annonce chrétienne à ce seul peuple, en accord avec la prophétie de Daniel 9:24-27 annonçant soixante-dix semaines d'années de faveur envers lui. Selon cette prophétie, « au milieu de la semaine », la soixante-dixième, le Messie devait être retranché, non pour lui-même puisque « le Christ est mort pour nos péchés », faisant ainsi cesser le sacrifice et l'offrande au milieu de cette semaine, trois ans et demi avant l'expiration des soixante-dix semaines de l'alliance[709]. Une fois le véritable sacrifice accompli, les sacrifices typiques ne pouvaient plus être reconnus par Jéhovah[710].
L'âge juif prend fin de façon plus complète encore avec l'achèvement de cette soixante-dixième semaine, trois ans et demi après la mort du Christ, moment à partir duquel l'annonce chrétienne est prêchée également aux non-Juifs, à commencer par Corneille, selon Actes 10:45[711].

La page suivante du numéro reproduit le diagramme lui-même, composé de colonnes de texte imprimées à l'envers et de symboles correspondant aux lettres-clés décrites dans l'article : les différents plans (Gloire, Être spirituel parfait, Engendré de l'esprit, Perfection humaine, Perfection typique, Dépravation et péché) ainsi que les figures bibliques et les groupes qu'ils représentent, Adam, le monde, Abraham, Israël, Jésus, le « petit troupeau », la « grande compagnie », Babylone, le « jour de Jéhovah », et la restauration d'Israël[712].

La fin de l'âge juif reçoit encore une application. Jésus est oint de l'esprit saint lors de son baptême, à trente ans, selon Actes 10:38, moment pris comme le début de l'âge chrétien ; mais l'esprit se répand aussi sur son corps, l'Église, à la Pentecôte, trois ans et demi plus tard[713]. L'âge chrétien doit lui aussi se terminer par une « moisson », pendant laquelle se reproduit le même chevauchement : l'âge chrétien s'achève tandis que commence l'âge de la restauration, ou âge millénaire. Les sept premières années de cette moisson chrétienne sont annoncées comme consacrées de façon particulière à l'Église évangélique et comme des années de faveur, de la même manière que les sept premières années de la moisson juive avaient été consacrées à la nation juive ; elles doivent être suivies d'une période de détresse, décrite comme des jugements, les sept dernières plaies appelées « feu », qui s'abattent sur les nations du monde en punition de leur méchanceté et en préparation du règne de justice[714].
Le chemin vers la gloire
Six degrés sont distingués, désignés par les lettres K, L, M, N, P et R, chacun représentant un état différent. N correspond à la nature humaine parfaite, sans péché ni souillure, celle d'Adam avant sa désobéissance. Dès sa désobéissance, Adam tombe au degré R, celui de la déchéance et du péché, où l'humanité entière se trouve depuis, bien au-dessous de la perfection humaine. P correspond à la justification typique, celle que produisaient les sacrifices de la Loi mosaïque, sans être une perfection réelle, car « la Loi n'a rien amené à la perfection »[715].
N n'est pas seulement le degré de la perfection humaine représentée par Adam avant le péché : c'est aussi le degré où se trouvent tous ceux qui sont justifiés par la foi. Le Christ est mort pour les péchés selon les Écritures, si bien que tout croyant qui accepte son œuvre parfaite et achevée comme moyen de sa justification est compté par Dieu, à cause de sa foi, comme un homme juste et parfait, comme s'il n'avait jamais péché. Tous les croyants sont ainsi placés, aux yeux de Dieu, au degré N, celui de la perfection humaine, seul point de départ à partir duquel l'homme peut s'approcher de Dieu ou avoir une communion avec lui. Tous ceux qui se trouvent à ce degré sont appelés fils par Dieu, au sens où Adam, avant le péché, était lui aussi son fils, selon Luc 3:38[716].
Durant l'âge chrétien, une offre est faite aux humains justifiés : à certaines conditions, ils peuvent cesser d'être des humains terrestres pour devenir des êtres spirituels célestes, semblables aux anges et au corps glorieux du Christ. Certains croyants justifiés se contentent de la paix et de la joie que leur apporte le pardon de leurs péchés, et n'entendent pas l'appel à monter plus haut ; d'autres, poussés par l'amour de Dieu manifesté dans leur rançon, demandent au Seigneur ce qu'il veut qu'ils fassent. La réponse vient par Paul : présenter son corps en sacrifice vivant, saint, agréable à Dieu, ce qui constitue un culte raisonnable, selon Romains 12:1[717]. Ce sacrifice vivant est présenté sous forme de dialogue : consacrer et donner à Dieu tout ce qu'on possède, ne plus vivre pour soi-même, ni pour ses amis, ni pour sa famille, ni pour le monde, mais pour celui qui a racheté par son propre sang précieux. À l'objection que Dieu n'accepterait pas des sacrifices imparfaits, puisque tous sont devenus pécheurs par Adam, la réponse est que ces croyants sont saints et acceptables précisément parce que Dieu les a déjà justifiés gratuitement, sans aucun péché, par la mort du Christ[718].
Ceux qui répondent à cet appel, se réjouissant d'être jugés dignes de souffrir l'opprobre pour le nom du Christ, qui regardent non pas aux choses visibles mais à celles qui ne se voient pas encore, à la « couronne de vie », à la gloire qui doit se révéler en eux, au prix de leur vocation céleste en Christ Jésus, se consacrent entièrement à Dieu. Dès cet instant, ils ne sont plus comptés comme des hommes, mais comme engendrés de l'esprit saint par la parole de vérité : non plus humains mais désormais enfants spirituels. Ils ont alors franchi un pas de plus vers le prix qu'au moment de leur première foi. Leur nature spirituelle demeure cependant imparfaite : ils sont engendrés, mais pas encore nés de l'esprit. Ils sont des enfants spirituels encore à l'état embryonnaire, situés au degré M, celui de l'engendrement spirituel. Parce qu'engendrés de l'esprit, ils ne sont plus comptés comme humains, mais comme spirituels, car la nature humaine qui était la leur, celle qu'ils avaient reçue justifiée, ils l'ont désormais abandonnée, comptée comme morte, en sacrifice vivant, saint et accepté de Dieu. Ils sont de nouvelles créatures en Christ Jésus : les anciennes choses, les espérances humaines, la volonté humaine, sont passées, et toutes choses sont devenues nouvelles, car ils ne sont plus dans la chair mais dans l'esprit, si l'esprit de Dieu habite en eux, selon Romains 8:9. Ayant été engendrés de cet esprit, ils sont morts et leur vie est cachée avec le Christ en Dieu[719].
Le degré L représente l'être spirituel parfait ; mais avant de parvenir au degré L, les conditions de l'engagement pris doivent être tenues jusqu'au bout. S'engager envers Dieu à être mort à toutes les choses humaines est une chose ; tenir cet engagement tout au long de sa vie terrestre en est une autre : maîtriser son corps comme mort, écarter sa propre volonté, n'accomplir que la volonté du Seigneur. L'entrée au degré L est appelée naissance, pleine entrée dans la vie comme être spirituel, semblable au corps glorieux du Christ et aux anges. Cette entrée ne peut avoir lieu avant que toute l'Église ne soit rassemblée hors du monde, lorsque les morts en Christ ressusciteront les premiers, revêtant l'incorruptibilité et l'immortalité à la place de la corruption. Alors, ceux qui sont vivants et demeurent, n'étant pas entrés dans la tombe, seront changés en un instant, rendus parfaits comme êtres spirituels semblables au corps glorieux du Christ, car ce corps mortel doit revêtir l'immortalité. Ce qui est en partie, c'est-à-dire l'état d'engendrement avec les diverses entraves de la chair à laquelle on demeure encore soumis, disparaît alors devant ce qui est parfait[720].
Un pas supplémentaire reste encore à franchir au-delà de la perfection de l'être spirituel : parvenir à la « gloire qui doit suivre », degré K. Cette gloire n'est pas celle de la personne mais celle de la puissance ou de la fonction. Atteindre le degré L apporte la pleine gloire personnelle, celle d'être des êtres glorieux semblables au corps glorieux du Christ. Mais une fois ainsi rendus parfaits et pleinement conformes à leur Seigneur et chef, ils sont appelés à être associés à lui dans la gloire de la puissance et de la fonction, à s'asseoir avec lui sur son trône, comme lui-même, après avoir été rendu parfait par sa résurrection à l'état glorieux, fut élevé à la droite de la majesté divine. C'est ainsi qu'ils entrent dans la gloire éternelle, degré K[721].
Le diagramme illustre ce chemin vers la gloire au moyen de figures géométriques, la pyramide étant choisie pour représenter un être parfait, du fait de sa forme achevée. Adam est représenté par une pyramide complète, placée au degré N, pour montrer qu'il était un homme parfait avant son péché. Au-dessous de lui se trouve une pyramide incomplète, sans sommet, qui représente l'humanité dégradée par le péché, placée au degré R, celui de la déchéance. Abraham, pris comme illustration applicable aussi à d'autres personnages, appartenait lui aussi à cette famille humaine déchue et aurait dû se trouver au degré R ; mais Paul enseigne qu'il fut justifié par la foi, c'est-à-dire compté par Dieu comme un homme parfait et sans péché à cause de sa foi. Cela l'élève, dans l'estimation divine, au-dessus du monde des pécheurs déchus, au degré N, et, bien que demeurant réellement imparfait, il est reçu dans la faveur qu'Adam avait perdue, celle de la communion avec Dieu comme son ami, selon Jacques 2:23. Tous ceux qui se trouvent au degré parfait et sans péché sont ainsi amis de Dieu, et lui leur ami, tandis que les pécheurs, au degré R, sont à l'inverse ses ennemis, « ennemis par leurs œuvres mauvaises »[722].
L'humanité après le déluge demeure représentée au degré R, toujours en inimitié avec Dieu, et y reste jusqu'à ce que l'Église évangélique soit choisie et que l'âge millénaire commence. « Israël selon la chair », durant l'âge juif, est représenté séparément : les sacrifices typiques de taureaux et de boucs le purifiaient, non réellement mais typiquement, « car la Loi n'a rien amené à la perfection », selon Hébreux 7:19. Étant justifié typiquement et non réellement, ce peuple est placé au degré P, celui de la justification typique, qui dure depuis le mont Sinaï jusqu'à ce que Jésus mette fin à la Loi en la clouant à sa croix. Cette justification typique prend fin avec l'institution des « meilleurs sacrifices » que les types juifs, ceux qui « enlèvent véritablement le péché du monde » et « rendent parfaits ceux qui s'approchent par eux », selon Hébreux 10:1[723].
Une dernière représentation concerne le feu purificateur que traverse Israël selon la chair durant le ministère de Jésus, qui trie ce peuple en séparant de son Église nationale le froment, c'est-à-dire les véritables Israélites sans fraude, de l'ivraie brûlée au feu qui ne s'éteint point, référence prise aux déclarations de Luc 3:17, Luc 21:22 et 1 Thessaloniciens 2:16, désignant une période de détresse que ce peuple est impuissant à éviter[724]. Jésus lui-même, à trente ans, est représenté comme un homme parfait, par une pyramide complète, placée au degré N, cette partie de l'exposé se poursuivant au-delà de la page.
Jésus devient homme pour pouvoir mourir à la place de l'humanité, ayant quitté sa condition d'être spirituel glorieux[725]. La loi divine exige œil pour œil, dent pour dent, vie pour vie : seule la mort d'un homme pouvait payer la peine qui frappe l'humanité, celle d'un ange n'y aurait pas suffi, pas plus que le sang des taureaux et des boucs, qui ne peut jamais enlever le péché[726]. Le premier-né de Dieu devient donc homme pour racheter l'humanité, et doit pour cela être un homme parfait, sans péché, « saint, innocent, sans souillure, séparé des pécheurs » : il revêt la même forme que les pécheurs, « la ressemblance d'une chair de péché »[727].
Trouvé semblable à un homme parfait, il s'humilie et devient obéissant jusqu'à la mort. Il se présente à Dieu lors de son baptême, disant : « Me voici, je viens — il est écrit de moi dans le livre — pour faire ta volonté, ô Dieu. » En se présentant ainsi, en consacrant son être humain, son offrande est pure et agréable à Dieu, qui manifeste son acceptation en le remplissant de son esprit et de sa puissance : c'est là qu'il devient le « Christ », c'est-à-dire l'oint[728]. Ce remplissage par l'esprit constitue l'engendrement vers une forme d'existence supérieure, qu'il doit recevoir pleinement une fois achevé le sacrifice de sa nature humaine. C'est un pas au-dessus de la condition humaine, représenté dans le diagramme par la pyramide h, au degré de l'engendrement spirituel, M. Jésus demeure à ce degré pendant trois ans et demi, jusqu'à sa mort sur le poteau. Trois jours après, il est ressuscité, rendu à la vie par l'esprit, à la perfection de l'être spirituel, degré L : il naît alors de l'esprit, « premier-né d'entre les morts ». Puisque « ce qui est né de l'esprit est esprit », Jésus, à partir de sa résurrection, est un esprit, un être spirituel, et non plus un être humain d'aucune façon[729].
Après sa résurrection, il lui arrive d'apparaître sous une forme humaine pour instruire ses disciples et leur prouver qu'il n'est plus mort, mais il n'est plus un homme et n'est plus soumis aux conditions humaines : il peut venir et aller comme le vent, même les portes fermées, sans que personne sache d'où il vient ni où il va — « ainsi est quiconque est né de l'esprit », selon Jean 3:8. Dès le moment de sa consécration, au baptême, son humanité est comptée comme morte, et c'est là que commence la nouvelle nature, au degré de l'engendrement, M, achevée à la résurrection, lorsqu'il atteint le degré spirituel parfait, L, ressuscité en corps spirituel. Quarante jours après sa résurrection, Jésus monte vers la majesté divine, degré de la gloire, K, représenté par la pyramide k[730].
Durant tout l'âge chrétien, Jésus demeure dans cette gloire, « assis avec le Père sur son trône », et reste en même temps le chef de son Église sur la terre, son directeur et son guide. Pendant tout cet âge, l'Église est en formation, en discipline et à l'épreuve, afin de pouvoir, à la fin, lors de la moisson de l'âge chrétien, devenir son épouse et sa cohéritière. Elle participe ainsi à ses souffrances afin d'être également glorifiée avec lui, au degré K, lorsque le moment viendra[731].
Les étapes de l'Église vers la gloire sont présentées comme identiques à celles de son chef et Seigneur, Jésus, puisqu'il a laissé un exemple à suivre sur ses propres traces, à ceci près qu'elle part vers la gloire d'un degré inférieur au sien. Jésus, lui, arrive à l'état de perfection humaine, degré N, tandis que toute la race d'Adam se trouve à un degré inférieur, R, celui du péché et de l'inimitié envers Dieu. La première chose à accomplir est donc d'être justifié, c'est-à-dire de monter au degré N. Cela ne s'obtient pas par de bonnes œuvres, puisque des pécheurs ne peuvent accomplir aucune bonne œuvre et ne peuvent se recommander eux-mêmes à Dieu ; c'est Dieu qui manifeste son amour envers ces pécheurs, au degré déchu R, en ce que, alors qu'ils étaient encore pécheurs, le Christ est mort pour eux. La condition pour accéder au degré humain justifié ou parfait est donc que le Christ soit mort pour les péchés, ait racheté et élevé l'humanité jusqu'à ce degré parfait[732]. À la question de savoir si l'homme a quelque chose à faire lui-même dans cette affaire, la réponse est : rien, sinon le croire. « Nous sommes justifiés », c'est-à-dire élevés au degré N, « par la foi ». Et « étant justifiés par la foi, nous avons la paix avec Dieu », selon Romains 5:1, ne sommes plus des ennemis mais des fils humains justifiés, placés au même degré qu'Adam et Jésus, avec cette différence qu'eux étaient réellement parfaits, tandis que l'humanité justifiée n'est comptée telle que par Dieu — une certitude fondée sur la parole même de Dieu, puisqu'« ils sont justifiés gratuitement de toutes choses ». Cette justification place devant Dieu dans un état sans tache, parce que la robe de justice de Jésus couvre toutes les imperfections[733].
La justification demeure cependant sans effet sur la nature elle-même : elle laisse un être humain humain, et sans un pas supplémentaire, aucun ne deviendra jamais un être spirituel — il restera simplement un être humain. Elle sauve seulement de l'état misérable du péché et de l'éloignement de Dieu, transforme le pécheur humain en fils humain, et c'est en cette qualité de fils que Dieu parle désormais, disant : « Mon fils, donne-moi ton cœur », c'est-à-dire donne-toi toi-même, toutes tes forces terrestres, ta volonté, tes talents, ton tout, comme Jésus en a donné l'exemple — et en retour la promesse est de faire de ce fils un fils d'un degré supérieur à l'humain, un être spirituel, à l'image du Jésus ressuscité, « l'image même de la personne du Père ». Abandonner tout ce qui est terrestre et le consacrer entièrement à Dieu permet de recevoir une nature supérieure au reste de l'humanité, de devenir « participant de la nature divine », « héritier de Dieu et cohéritier avec le Christ », à condition de souffrir avec lui pour être aussi glorifié avec lui, selon Romains 8:17[734].
Ce prix placé devant les chrétiens dans l'Évangile appelle à déposer tout fardeau et à courir la course avec patience pour le gagner. Aucune œuvre n'était requise pour sortir du péché : Jésus a accompli lui-même tout ce qui pouvait l'être à cette fin, et a élevé l'humanité par la foi jusqu'au degré N. Mais pour aller plus loin, les œuvres deviennent nécessaires, sans pour autant perdre la foi, sous peine de perdre aussi la justification. Une fois justifié, il devient possible, par la grâce reçue de l'engendrement de l'esprit, de produire des œuvres, de porter du fruit — ce que Dieu exige, demandant de montrer, en donnant tout ce qu'on a et qu'on est, l'estime portée à ce prix, non pas aux hommes mais à Dieu, comme un sacrifice saint et agréable, un culte raisonnable[735]. La manière de livrer ce don se trouve dans l'exemple de Jésus et de Paul : faire du bien à tous les hommes selon l'occasion qui se présente, spécialement à ceux de la famille de la foi, en les servant de nourriture spirituelle ou matérielle, en les vêtant de la justice du Christ ou de vêtements terrestres, selon les moyens et les besoins. Une fois toute chose consacrée, l'engendrement de l'esprit a lieu, le degré M est atteint, et par la puissance ainsi reçue, il devient possible d'accomplir toute l'alliance et de sortir vainqueur, et plus que vainqueur, grâce à la puissance de celui qui a aimé et racheté par son propre sang précieux[736].
La couronne est présentée comme gagnée à l'image de Paul, qui a « combattu le bon combat et achevé la course ». Le prix peut ne pas venir dès la course terminée, mais se faire attendre, comme ce fut le cas pour Paul, jusqu'à ce que tout le corps du Christ soit au complet, selon ses propres mots repris de 2 Timothée 4:8 : une couronne de justice est réservée, que le Seigneur, juste juge, donnera en ce jour-là, le jour du Seigneur, non seulement à Paul mais à tous ceux qui auront aimé son apparition. L'espoir est exprimé de ne pas devoir attendre dans la mort comme Paul, mais de vivre à l'époque de l'achèvement de l'Église, corps du Christ, et de compter parmi ceux qui ne s'endormiront pas dans la mort mais seront changés en un instant, selon 1 Corinthiens 15:51[737].
Ceux de cette classe, le « petit troupeau », qui s'endorment avant d'avoir été jugés dignes de la première résurrection, sont ressuscités en corps spirituels, degré L, selon 1 Corinthiens 15:44. Ceux de la même classe, les vainqueurs encore vivants au moment voulu, sont changés, sans passer par la mort, vers ce même degré d'existence spirituelle, semblable au corps glorieux du Christ : non plus des êtres faibles, terrestres, mortels et corruptibles, mais pleinement nés de l'esprit, célestes, spirituels, incorruptibles, immortels, puisque « ce qui est né de l'esprit est esprit »[738]. Le délai entre cette perfection comme êtres spirituels, degré L, et la glorification avec le Christ, degré K, où se produit l'union de puissance, n'est pas précisé : cette union est comprise comme le « mariage de l'Agneau » avec son Épouse, moment où elle entre dans la joie de son Seigneur.
Le diagramme distingue encore, par les lettres n, m, p et q, l'ensemble de ce qui se présente comme l'Église nominale, tous revendiquant d'être le corps du Christ. Les groupes n et m se trouvent tous deux au degré de l'engendrement spirituel, M, et tous deux ont existé tout au long de l'âge chrétien ; l'exposé se poursuit au-delà de cette page sur la distinction entre ces différents groupes.
Deux groupes se sont tous deux engagés envers Dieu à devenir des sacrifices vivants, tous deux « acceptés dans le bien-aimé » et engendrés de l'esprit comme de nouvelles créatures. Le groupe n tient son engagement jusqu'au bout et meurt avec le Christ à toute volonté et à tout intérêt terrestres ; ce sont les vainqueurs, l'Épouse, le corps qui doit s'asseoir avec Jésus sur son trône, dans la gloire, au degré K, une fois l'âge chrétien achevé. C'est le « petit troupeau » à qui le Père donne de bon gré le royaume, selon Luc 12:32[739]. Le groupe m, plus nombreux, s'est engagé lui aussi mais recule devant l'exécution de cet engagement : il hésite devant la mort de sa propre volonté. Dieu continue néanmoins de l'aimer et le conduit par le chemin de l'épreuve et de l'adversité jusqu'à la destruction de cette volonté humaine, l'amenant finalement au degré L, celui de l'être spirituel parfait. Mais ce groupe perd le droit au degré K, le trône de gloire, faute d'avoir vaincu. Dans les deux cas, la nature terrestre doit être détruite ; mais tandis que le « petit troupeau » l'offre volontairement en sacrifice, à l'exemple de Jésus, elle est arrachée de force à la « grande compagnie »[740].
Le groupe p représente la majorité de l'église nominale, placée non au degré M mais au degré N : justifiée mais non sanctifiée, non entièrement consacrée à Dieu, donc nullement engendrée comme être spirituel. Ce groupe se situe au-dessus du monde, parce qu'il accepte Jésus comme rançon pour le péché, mais n'est jamais monté assez haut pour appartenir à la véritable église, la famille spirituelle. Sans ce progrès et ce sacrifice de la nature humaine, il ne sera jamais rien d'autre qu'humain, et à la résurrection il revêtira la ressemblance de l'homme terrestre, Adam, tandis que ceux qui sacrifient leur humanité revêtiront la ressemblance du Seigneur, celle du corps glorieux du Christ. Le groupe q représente une classe liée à l'église nominale qui n'a jamais cru en Jésus comme sacrifice pour ses péchés et qui, par conséquent, n'est pas justifiée, n'étant même pas au degré N : ce sont des « loups déguisés en brebis »[741], qui n'appartiennent à l'église en aucun sens, relèvent du degré R, du monde, et constituent pour l'église un élément déplacé et nuisible[742].
L'église a ainsi existé dans un état mélangé tout au long de l'âge chrétien, conformément à l'annonce de Jésus comparant le royaume des cieux à un champ où poussent ensemble le blé et l'ivraie, avec l'ordre de les laisser croître ensemble jusqu'à la moisson, moment où les anges, désignés comme moissonneurs, rassemblent l'ivraie en bottes pour la brûler et recueillent le blé dans le grenier, selon Matthieu 13:38,41,49. Ces paroles montrent que si Jésus a voulu laisser croître ensemble les deux éléments pendant tout l'âge, il a également prévu un moment de séparation entre eux, survenant à la fin de l'âge, puisque « la moisson est la fin de l'âge »[743].
Pendant l'âge chrétien, la bonne semence a poussé en même temps que l'ivraie, contrefaçon du vrai grain : la bonne semence représente les enfants du royaume, les enfants spirituels des groupes n et m, tandis que l'ivraie représente les enfants du malin, l'ensemble du groupe q et, pour une bonne part sinon la totalité, le groupe p, puisque nul ne peut servir deux maîtres et que chacun est l'esclave de celui à qui il obéit. Le groupe p, ne consacrant pas son service au Seigneur, en consacre vraisemblablement une bonne partie à son opposé, donc au service de l'ennemi[744].
Le diagramme situe ensuite la « moisson », ou fin de l'âge chrétien, divisée en deux parties : sept ans et trente-trois ans, parallèle exact de la moisson juive. Cette moisson doit être, comme celle des Juifs, un temps d'épreuve et de tri, d'abord pour l'église, puis un temps de colère où se déversent les « sept dernières plaies » sur le monde et sur la partie de l'église qui n'aura pas été séparée comme bon grain durant les sept premières années. La moisson juive est présentée comme l'ombre, sur le plan charnel, de tout ce que l'église chrétienne connaît sur le plan spirituel, les deux chérubins du tabernacle, pris comme types, enseignant cette égalité et cette ressemblance entre les deux âges puisqu'ils étaient « de taille égale et de mesure égale »[745]. Ce qui éprouvait Israël selon la chair était la « pierre d'achoppement et le rocher de scandale » : Jésus était présent comme le Seigneur de leur moisson, ses disciples servant de moissonneurs sous sa direction ; la vérité concernant sa présence agissait comme la faucille, séparant les « vrais Israélites en qui il n'y avait pas de fraude » de l'église juive nominale, le véritable blé n'en formant qu'un fragment comparé à l'ensemble de ceux qui en faisaient profession[746].
La moisson de l'âge chrétien est présentée comme suivant le même modèle. Jésus revient une seconde fois, non plus comme être de chair, non plus pour se sacrifier, mais comme corps spirituel, afin de « prendre à lui son grand pouvoir et de régner », bénissant par là toutes les familles de la terre ; les corps spirituels demeurant, comme déjà exposé, invisibles à l'humanité à moins d'un miracle. Le deuxième avènement de Jésus, quittant le degré de la gloire, K, pour venir au degré spirituel non encore glorifié, L, est représenté par la figure r[747]. Les prophètes sont compris comme enseignant que cette moisson est en cours, que le Seigneur est déjà venu, et que l'œuvre de séparation du blé et de l'ivraie progresse depuis 1874[748]. La première œuvre du Seigneur dans cette moisson consiste à séparer le vrai du faux et les enfants véritablement consacrés de ceux qui ne le sont pas, œuvre tenue pour déjà en cours[749].
L'église nominale, à cause de son état mélangé, est désignée par le Seigneur comme « confusion », ou « Babylone »[750]. Durant cette moisson, les différentes classes de l'église doivent être amenées à maturité, séparées et perfectionnées : le blé sera séparé de l'ivraie, puis le blé mûr du blé qui ne l'est pas encore. Le groupe n constitue les « prémices » du blé et, une fois séparé dans l'esprit de son intelligence, deviendra en temps voulu l'Épouse du Christ, enlevée pour demeurer à jamais avec son Seigneur et lui être rendue semblable. La séparation du petit troupeau d'avec Babylone est figurée par la lettre s. Elle finira par ne faire plus qu'un avec Jésus, portant son nom et partageant sa gloire. Le Christ glorifié, tête et corps, est représenté par la lettre w ; les lettres t, u et v représentent « Babylone », l'église nominale se disloquant durant le « temps de détresse », ou « jour du Seigneur »[751].
Cette chute, aussi redoutable qu'elle puisse paraître, est présentée comme devant profiter à tout le véritable blé. Babylone tombe parce qu'elle n'est pas ce qu'elle prétend être : « Elle est tombée, elle est tombée, Babylone la grande, et elle est devenue une habitation de démons, un repaire de tout esprit impur, un repaire de tout oiseau impur et odieux », selon Apocalypse 18:2. L'église nominale est décrite comme contenant beaucoup d'hypocrites, attirés par sa position honorable aux yeux du monde, et dont la conduite finit par faire de Babylone une puanteur aux narines du monde. Le Seigneur, qui les connaissait depuis toujours, les a laissés agir jusqu'à la moisson, et rassemble maintenant « hors de son royaume toutes les choses qui causent le péché et ceux qui commettent l'iniquité, et les jette dans une fournaise de feu », après quoi « les justes resplendiront comme le soleil dans le royaume de leur Père », selon Matthieu 13:41[752]. La détresse qui doit frapper l'église est attribuée à la progression de l'incrédulité et du spiritisme, qui agiront comme épreuves parce que l'église retient tant de doctrines contraires à la parole de Dieu. Quiconque a bâti sa foi sur le Christ avec autre chose que les vérités de cette parole, or, argent, pierres précieuses, se trouvera durement éprouvé pendant ce temps de colère, ce feu, qui consumera toutes les erreurs humaines, bois, foin, chaume[753].
La lettre s désigne ceux qui ont bâti avec la vérité, l'or, etc., et ont ainsi été séparés de Babylone. La lettre t désigne la « grande compagnie », au degré M, engendrée de l'esprit, blé pas encore pleinement mûr au moment où sont rassemblées les prémices. Ce groupe a bâti sur le roc, le Christ Jésus, mais avec du bois, des credo et des doctrines humaines : il subira donc une perte dans ce feu, mais sera lui-même sauvé, comme au travers du feu, selon 1 Corinthiens 3:10-15. Ce groupe perd le prix du trône, mais atteint néanmoins, selon l'exposé, la pleine naissance de l'esprit et devient être spirituel, au degré L. Plusieurs passages bibliques semblent enseigner que ce groupe n'atteindra la perfection sur le plan spirituel qu'une fois achevés la moisson et son temps de détresse, tandis que le petit troupeau, lui, est manifestement transformé avant que soient versées les « sept dernières plaies », ayant encore un rôle à jouer dans leur exécution[754].
La « grande compagnie » appartenait au Seigneur, mais se trouvait si accaparée par les affaires de cette vie, le monde et une église mondaine, qu'au moment où l'Épouse était séparée de Babylone, ses oreilles étaient devenues lourdes à entendre : elle n'est pas sortie quand le cri a été lancé, « la moisson est venue », « Babylone est tombée... sortez d'elle, mon peuple, afin de ne pas prendre part à ses péchés et de ne pas recevoir ses plaies », selon Apocalypse 18:2-4, verset 21 ajoutant qu'elle sera jetée comme une grande meule dans la mer, image du monde au degré R. Une vision de ce groupe pendant la détresse, une fois l'Épouse enlevée et célébrées les « noces de l'Agneau », se trouve en Apocalypse 19:2,5-7 : une fois Babylone tombée en pièces et ses membres libérés de ses chaînes et de son influence, ils en viennent à comprendre que l'ivraie et l'organisation terrestre n'ont jamais constitué l'église de Dieu, mais que celle-ci a toujours désigné les véritables membres du corps de Jésus, « dont les noms sont écrits dans les cieux », moment où « une voix sort du trône, disant : Louez notre Dieu, vous tous ses serviteurs ».
La voix sort du trône, invitant à louer Dieu tous ses serviteurs, « vous qui le craignez, petits et grands »[755]. La réponse de la « grande compagnie », notée t, suit immédiatement : une fois Babylone, l'église mondaine unie au monde en une union qualifiée d'adultère, jugée, cette multitude s'écrie « Alléluia, car le Seigneur Dieu tout-puissant règne », reconnaissant ainsi que le règne a commencé par la chute de « Babylone la grande ». Elle ajoute : « Soyons dans l'allégresse et dans la joie, et rendons-lui gloire, car les noces de l'Agneau sont venues » — au passé en grec, c'est-à-dire déjà accomplies — « et son épouse s'est préparée ». Ce groupe réalise alors avec consternation que l'Épouse a déjà été rassemblée et unie au Seigneur, et que lui-même, aveuglé et accablé par les soucis de cette vie, a perdu ce grand prix[756]. La beauté du plan divin, perçu comme un plan d'amour envers ce groupe comme envers le reste de l'humanité, est présentée comme suffisante pour effacer ce chagrin : la « grande compagnie » se joint finalement au cri d'Alléluia saluant le règne de justice qui commence[757].
Un message leur est adressé : bien que n'appartenant pas à l'Épouse, ils peuvent assister au grand banquet, « heureux ceux qui sont appelés au repas des noces de l'Agneau », selon Apocalypse 19:9[758]. Ce groupe est appelé à tirer profit des châtiments du Seigneur pour s'accorder pleinement avec lui et son plan, et finira par atteindre la position immédiatement en dessous de l'Épouse, sur le plan spirituel L. Le temps de détresse qui doit frapper le monde, succédant à la chute de Babylone, est annoncé comme un bouleversement et une dislocation de tous les gouvernements humains et de la société, en préparation d'un gouvernement juste et équitable. Durant ce temps de détresse, Israël selon la chair, rejeté jusqu'à ce qu'entre la plénitude des non-Juifs, est annoncé comme devant être restauré dans la faveur divine, une fois achevée l'église de l'Évangile, Israël spirituel. Cette nation doit alors devenir, durant l'âge millénaire, la première des nations de la terre, à la tête de toutes les créatures du plan terrestre, « une louange dans toute la terre »[759].
Cette restauration d'Israël, comme celle du monde en général, est présentée comme devant être progressive et demander tout l'âge millénaire pour s'accomplir pleinement. Durant ce règne de mille ans du Christ, la mort doit être progressivement engloutie, détruite dans toutes ses formes, maladie, douleur, faiblesse, tombeau, par la puissance du grand Restaurateur, jusqu'à ce qu'à la fin de cet âge la grande pyramide du diagramme soit achevée : le Christ, désigné par la lettre x, à la tête des anges et des hommes, immédiatement après le Père ; la « grande compagnie », lettre y, êtres spirituels semblables aux anges ; Israël selon la chair à la tête des créatures terrestres ; et le monde des hommes, lettre w, restauré à la perfection de l'être, à l'image du chef de la race humaine, Adam avant le péché. Le monde, comme déjà exposé, doit être ressuscité, c'est-à-dire ramené à l'existence, la peine de son péché ayant été payée par la mort du Christ ; ce retour à l'existence constitue une restauration qui doit avoir lieu durant l'âge millénaire, désigné comme « les temps de la restauration de toutes choses », selon Actes 3:21[760].
Il faut tout l'âge millénaire pour accomplir cette restauration à la perfection humaine. Les hommes ainsi restaurés doivent devenir semblables à Adam, à ceci près qu'ils auront connu une expérience plus étendue que la sienne, celle du bien comme celle du mal, et porteront en eux, mentalement, l'image de Dieu. Cela fait partie du plan divin : sous la nouvelle alliance, Dieu doit ôter de leur chair le cœur de pierre, sans leur ôter pour autant la chair elle-même ni les transformer en êtres spirituels, et leur donner un cœur de chair, de nouveau à l'image d'Adam, image de Dieu, selon les termes de l'alliance rapportée par Hébreux 10:16, Jérémie 31:29 et Ézéchiel 36:26-32 : Dieu place ses lois dans les cœurs et les écrit dans les esprits[761]. Le péché est décrit comme actuellement inscrit sur le cœur de toute l'humanité, inscription qui doit d'abord être effacée avant que l'image antérieure, la loi de Dieu, ne soit rétablie et que les hommes ne deviennent des hommes parfaits. Ce travail porte le nom de restauration, promis par Dieu aux hommes. Une fois restaurés, ils ne courront plus aucun risque de chute, n'étant plus susceptibles de confondre le mal avec le bien, puisqu'ils connaîtront désormais l'un comme l'autre[762]. Selon Apocalypse 20:9, certains seront détruits à la fin du règne millénaire pour avoir choisi le mal alors qu'ils disposaient de la pleine possibilité de devenir des hommes parfaits, en accord avec Dieu et sa loi d'amour ; ceux-là meurent de la seconde mort, sans résurrection ni restauration possibles[763]. Ce plan d'ensemble pour l'élévation de l'Église et, par elle, la bénédiction d'Israël et de toutes les familles de la terre par la restauration de toutes choses, est rapproché du chant des anges rapporté dans Luc 2:14 : « Gloire à Dieu dans les lieux très hauts ; sur la terre paix, bonne volonté envers les hommes ! », présenté comme l'aboutissement du plan divin, « le rassemblement de toutes choses » sous le Christ[764].
Le tabernacle du désert
Le tabernacle construit par Israël dans le désert est présenté comme enseignant la même leçon générale que le diagramme du plan des âges, les deux étant mis en parallèle pour permettre de bien repérer les différents plans ou degrés qui mènent au lieu très saint. En dehors de la cour du tabernacle se trouve le monde entier dans le péché, au plan de la déchéance. En franchissant la « porte » pour entrer dans la cour, on devient croyant, personne justifiée. Ceux qui avancent jusqu'à la consécration se pressent vers l'entrée du tabernacle et, en y pénétrant, deviennent prêtres : ils sont fortifiés par le « pain de proposition », éclairés par le chandelier, et habilités à offrir à Dieu des sacrifices agréables par Jésus-Christ, à l'« autel d'or ». Ces plans correspondent aux degrés M et N déjà présentés dans le diagramme. Enfin, une fois tous les sacrifices achevés, à la résurrection, ils entrent dans le lieu parfaitement spirituel, le lieu très saint, plan L, et sont alors associés à Jésus dans la gloire du royaume[765].
La résurrection
La mort et la résurrection d'un corps humain considéré comme une chose distincte et séparée de l'être intelligent ne se trouvent jamais mentionnées dans la Bible : il n'est écrit nulle part que le corps d'Abraham est mort, ni que le corps de Jésus est mort, ni que le corps de qui que ce soit est mort[766]. L'être signifie l'existence, et il ne peut y avoir d'être ou d'existence sans la vie et le corps réunis : retirer la vie fait cesser l'être ou l'existence, car la vie n'est qu'une force ou un principe, le même chez les animaux inférieurs que chez l'homme — la différence entre l'homme et la bête ne tenant pas à une vie d'une autre nature, mais à un corps d'une autre nature[767].
Tout être est à proprement parler appelé une âme ou une personne. Cela correspond, selon l'exposé, au sens et à l'usage biblique du mot âme, si mal compris : l'être, vie et corps réunis. Ainsi, le récit de la création d'Adam rapporte que le Seigneur Dieu forma l'homme de la poussière de la terre et souffla dans ses narines un souffle de vie — le même mot hébreu que celui employé pour le souffle donné aux bêtes, aux oiseaux et aux poissons — et l'homme devint une âme vivante, c'est-à-dire un être vivant, selon Genèse 2:7[768].
Plusieurs exemples bibliques de l'emploi du mot âme sont cités pour montrer qu'il désigne l'être, et non une partie immatérielle distincte du corps. Selon Lévitique 5:2, si une âme touche une chose impure, elle est impure. Selon le verset 4, si une âme jure. Selon le verset 15, si une âme commet un délit. Selon Lévitique 22:11, si le prêtre achète une âme avec son argent. Selon Proverbes 6:30, voler pour satisfaire son âme lorsqu'on a faim. Jésus dit : « Mon âme est triste jusqu'à la mort », selon Matthieu 26:38. « Tu aimeras le Seigneur... de toute ton âme », selon Matthieu 22:37. Le riche, selon Luc 12:19, se dit à lui-même : « Mon âme, tu as beaucoup de biens en réserve pour plusieurs années ; repose-toi, mange, bois, réjouis-toi » ; mais Dieu lui répond : « Insensé, cette nuit même ton âme — ton existence — te sera redemandée »[769]. Selon Matthieu 16:26, « que sert à un homme de gagner tout le monde, s'il perd son âme » — son existence, son être — « ou que donnera un homme en échange de son âme ? » Cette parole est rapprochée d'une observation de la vie courante : des hommes travaillent pour s'enrichir, pour gagner le plus possible du monde entier, et découvrent une fois riches que cette richesse a coûté leur santé ; combien de ceux qui ont passé leur vie à amasser des biens terrestres constatent que leur être même, leur existence, a été sacrifié pour acquérir cette richesse. Ils dépensent alors cette fortune en médecins, en voyages, sans grand résultat, ayant fait un mauvais échange en donnant leur être contre de l'argent[770].
D'autres passages sont cités dans le même sens : selon 1 Pierre 1:22, certains « ont purifié leurs âmes » en obéissant à la vérité, c'est-à-dire ont vécu plus purement. Selon Psaumes 19:7, « la loi du Seigneur est parfaite, elle convertit », c'est-à-dire change, « l'âme ». D'autres âmes ont été détournées de la vérité par l'erreur, selon Actes 15:24, ou séduites, selon 2 Pierre 2:14[771].
À partir de cette définition du mot âme, comprenant tout l'être ou toute l'existence, une combinaison de vie et de corps, la question est posée de savoir ce qui meurt : le principe de vie ou le corps. La réponse donnée est : ni l'un ni l'autre séparément. Le principe de vie est présenté comme un principe unique qui traverse toute la création, de la même manière que l'électricité, élément essentiel de tout être, dans l'arbre, le poisson, l'oiseau, la bête, l'homme, les anges, et au degré le plus complet en Dieu lui-même, qui en est la source. Ce principe ne peut, selon l'exposé, être dit mourir ; mais s'il est retiré d'une créature à qui Dieu l'a donné, cette créature meurt, cesse d'avoir l'être. C'est ainsi que le souffle de vie est retiré aux bêtes, aux oiseaux, aux poissons et aux hommes[772].
Le corps ne peut pas davantage être dit mourir, puisque, séparé de la vie qui l'anime, il n'a jamais eu la vie et ne peut donc pas mourir : un corps privé de l'esprit de vie est déjà mort, et ce qui est mort ne peut mourir une seconde fois[773].
C'est l'être lui-même qui meurt, cessant d'avoir l'existence. La mort est définie comme la dissolution, la séparation des deux éléments qui, réunis, constituent l'être : la vie et le corps. Quand l'esprit de vie retourne à Dieu, qui l'a donné, toute la nature étant présentée comme son réservoir de vie, l'être est mort, et le corps retourne bientôt à la poussière d'où il a été tiré. Ce n'est donc pas le corps, mais l'être, appelé dans la Bible « âme », qui meurt[774]. Plusieurs passages sont cités pour l'illustrer : selon Job 31:39, une note marginale invite à lire « faire expirer l'âme de ses propriétaires » ; selon Psaumes 33:19, Dieu épargne leur âme de la mort ; selon Psaumes 78:50, il ne retient pas leur âme de la mort ; selon Job 33:18, il retient son âme de la fosse ; selon Psaumes 89:48, il délivre son âme du tombeau ; selon Ézéchiel 18:4, « toutes les âmes sont miennes... l'âme qui pèche, c'est elle qui mourra ». C'est l'âme, c'est-à-dire l'être, de Jésus qui a été donnée en rançon, selon Ésaïe 53:10-12, où il est dit que son âme a été offerte en sacrifice pour le péché et qu'il a répandu son âme jusqu'à la mort[775]. Selon Actes 2:31, son âme, c'est-à-dire son être, n'a pourtant pas été laissée dans l'état de mort, le « hadès ». Il a été ramené à l'existence, mais à une existence d'un ordre supérieur, dans une forme bien plus grande que la forme humaine : « mis à mort selon la chair, mais rendu à la vie selon l'esprit ».
Vient alors la question de ce qui est ressuscité : non pas le corps, mais l'être que Dieu promet de rendre à l'existence. Cet être a existé, a perdu l'existence, et doit être rendu à l'existence. Des hommes peuvent faire sortir un corps du tombeau, mais seule la puissance de Dieu peut ressusciter, c'est-à-dire ramener à l'existence, un être qui est mort : la résurrection est ainsi présentée comme le rétablissement de l'être[776]. Paul pose la question : « Avec quel corps » ces êtres reviennent-ils à l'existence, selon 1 Corinthiens 15:35. Puisque l'être se compose de deux éléments, le corps et l'esprit de vie, être rendu à l'existence suppose nécessairement de recevoir une forme de corps. Paul précise que si chacun doit avoir un corps, tous les êtres n'auront pas le même genre de corps à la résurrection : il distingue deux sortes générales de corps, les corps terrestres ou naturels, et les corps spirituels, célestes[777].
Adam est présenté comme la tête de la famille humaine terrestre et le modèle de l'être humain parfait. Jésus-Christ, à sa résurrection, est le premier à naître des morts à la nouvelle nature parfaite, la nature spirituelle : « né de l'esprit », il « est esprit », selon Jean 3:6, échantillon et illustration d'un être spirituel parfait. Toute l'humanité appartient à l'une de ces deux classes : soit elle appartient à la postérité adamique, les hommes naturels, soit elle a été engendrée de l'esprit par la parole de vérité et s'est donnée au Christ pour que la volonté de Dieu s'accomplisse en elle ; cette seconde classe appartient à la postérité spirituelle. Paul ajoute que Dieu donne à chacun un corps comme il lui plaît, et à chaque semence son propre corps : ceux qui, durant la vie présente, sont devenus participants de la nature divine doivent nécessairement recevoir une forme divine, un « corps spirituel », « semblable au corps glorieux du Christ », tandis que ceux qui n'ont pas ainsi changé de nature ne connaîtront aucun changement de corps et seront ramenés à l'existence avec un corps humain et naturel[778].
La résurrection à l'état et au corps spirituels, réservée à certains, reçoit dans la Bible une désignation particulière, celle de « première résurrection », première par ordre d'importance. Elle est aussi fréquemment marquée par l'article défini « LA » résurrection, trait sensible dans le texte grec mais moins visible dans les traductions anglaises : selon Luc 20:35, ceux qui seront jugés dignes d'obtenir ce monde-là et LA résurrection ne se marient pas. Paul lui-même, qui enseignait pourtant qu'il y aurait une résurrection à la fois des justes et des injustes, écrit qu'il cherche à atteindre LA résurrection, selon Philippiens 3:11 — la première, celle qui mène à l'état et au corps spirituels. Il la désigne encore comme « sa résurrection », celle du Christ, parce que Jésus fut le premier à être ainsi élevé à l'existence spirituelle : « afin de le connaître, et la puissance de SA résurrection », c'est-à-dire d'être ressuscité comme lui l'a été. Suit, selon Philippiens 3:10, l'indication de la manière d'y parvenir : « connaître la communion de ses souffrances, et lui être rendu conforme dans sa mort »[779].
Nul ne parvient à cette résurrection de premier ordre sans se consacrer entièrement au service de Dieu. L'exhortation de Paul est citée : présenter son corps, avec toutes ses forces, ses talents, sa réputation, en sacrifice vivant, saint, agréable à Dieu, ce qui constitue un culte raisonnable[780]. Ainsi peut-on compter parmi ceux qui auront part à LA première résurrection, car selon Apocalypse 20:6, « heureux et saints ceux qui ont part à la première résurrection ; sur eux la seconde mort n'a aucun pouvoir, mais ils seront prêtres de Dieu et du Christ, et régneront avec lui mille ans ». La perfection, la grandeur et les pouvoirs de ceux qui deviendront des êtres spirituels restent largement inconnus, hormis qu'ils seront « semblables au corps glorieux du Christ », selon Philippiens 3:21. Jean écrit de même qu'il n'apparaît pas encore ce qu'ils seront, mais que, lorsqu'il apparaîtra, ils lui seront semblables, selon 1 Jean 3:2[781].
Cette conception est opposée à l'idée que rien n'est réel hormis un corps de chair et d'os. Nul ne soutiendrait que Jésus, après sa résurrection, possédait exactement la même chair et les mêmes os qu'avant sa mort. Ce corps de chair et d'os n'était que celui qu'il avait pris pour pouvoir souffrir la mort ; mis à mort selon la chair, il a été rendu à la vie par l'esprit, devenant « un esprit vivifiant », selon 1 Corinthiens 15:45. Il est désormais l'image même de la personne du Père. Le Père et Créateur de toutes choses n'est pas simplement un grand homme : « Dieu est esprit ». Il n'apparaît pas encore ce que les ressuscités seront, mais ils seront semblables à lui[782]. La conception matérialiste qui ne reconnaît rien au-dessus du plan humain et naturel est écartée au profit de celle de Paul, qui distingue les corps humains et naturels des corps spirituels. Les deux seront glorieux, mais la gloire de l'être humain, terrestre, est une chose, et la gloire de l'être spirituel, céleste, en est une tout autre, selon 1 Corinthiens 15:40. Le monde de l'humanité restauré sera composé d'hommes glorieux, semblables au chef parfait de la race humaine, mais cette gloire ne se comparera pas à « la gloire qui doit être révélée en nous », en ceux qui ont renoncé à la nature humaine pour devenir participants de la nature divine, et dans la perfection de laquelle il est espéré d'être bientôt introduits. Tel l'être terrestre, Adam, seront ceux qui sont terrestres, humains ; tel l'être céleste, le Christ ressuscité des morts, seront ceux qui sont célestes, aujourd'hui engendrés à la nature céleste par la parole de Dieu au moyen de l'esprit, et destinés à naître ensuite à la perfection de cet être, selon 1 Corinthiens 15:48[783].
Paul décrit le grand changement du naturel au spirituel qui attend ceux qui ont part à LA première résurrection : selon 1 Corinthiens 15:42, « telle est la résurrection des morts : le corps est semé corruptible, il ressuscite incorruptible ; il est semé méprisable, il ressuscite glorieux ; il est semé faible, il ressuscite plein de force ; il est semé corps animal, il ressuscite corps spirituel »[784].
Ordre de la résurrection
Toutes les œuvres et tous les plans de Dieu se caractérisent par l'ordre, selon le principe souvent répété que l'ordre est la première loi du ciel. S'il doit y avoir une résurrection des justes comme des injustes, si tous doivent être rendus à la vie, certains comme des êtres spirituels parfaits et d'autres à la ressemblance de l'être terrestre, Adam, des moments et des ordres distincts gouvernent cet ensemble, selon la formule de Paul : « chacun en son propre rang : le Christ comme premier fruit » — Jésus la tête, les chrétiens les membres de son corps, bien que formant tous « un seul corps », la tête ayant été ressuscitée mille huit cents ans plus tôt et le corps devant l'être très prochainement — « ensuite ceux qui sont du Christ, lors de sa présence », la « grande compagnie », selon 1 Corinthiens 15:23[785].
Ces premiers rangs comprennent l'ensemble de ceux qui appartiennent à la famille spirituelle, mais il en existe d'autres encore, chacun dans son propre rang, Paul ne mentionnant que ceux auxquels l'intérêt de l'Église se rattache particulièrement. Lorsque tous ces rangs seront complets, lorsque tous auront été rendus à la vie et à la perfection, soit sur le plan humain, soit sur le plan spirituel, à l'exception de ceux qui meurent de la « seconde mort », viendra alors, au terme des mille ans de règne du Christ et des saints, « la fin », lorsque le Christ aura aboli toute domination, toute autorité et toute puissance. Car il doit régner jusqu'à ce qu'il ait mis tous ses ennemis sous ses pieds ; le dernier ennemi qui doit être détruit, durant ce règne de mille ans, est la mort héritée d'Adam, sous toutes ses formes, la maladie, la douleur, aussi bien que le tombeau. Alors sera venue « la fin » : la fin du péché sur la terre, la fin de la grande œuvre consistant à racheter l'humanité et à la ramener à une pleine harmonie avec son Créateur. Le Fils remettra alors le royaume, la domination de la terre, à Dieu le Père, afin que Dieu soit tout en tous et que sa volonté soit faite en tous, selon 1 Corinthiens 15:23-28[786].
Apocalypse 20:5
Le passage « le reste des morts ne revécut point jusqu'à ce que les mille ans fussent accomplis », selon Apocalypse 20:5, est présenté comme la source de beaucoup de confusion et d'erreur parmi les chrétiens[787]. Cette lecture est jugée contraire à l'enseignement de l'Ancien comme du Nouveau Testament, car elle repousserait après le règne millénaire la résurrection de tous ceux qui n'ont pas part à la première résurrection, celle des êtres spirituels, alors que d'autres passages bibliques affirment que toutes les familles de la terre doivent être bénies pendant ce règne de mille ans. C'est précisément dans ce but de bénir toute l'humanité que Jésus « prend son grand pouvoir et règne », cette période de règne correspondant aux « temps du rétablissement de toutes choses, dont Dieu a parlé par la bouche de tous ses saints prophètes », selon Actes 3:19-21, temps qui doivent commencer non à la fin des mille ans, mais à leur début, au second avènement du Christ[788].
1 Corinthiens 15:23-28 affirme que c'est pendant son règne de mille ans, et non après, que le Christ abat tous ses ennemis et détruit le dernier ennemi, la mort héritée d'Adam. Si la mort est détruite pendant ce règne, personne ne pourrait donc rester sous son emprise jusqu'après l'achèvement des mille ans, ce qui rend incompatibles les deux passages[789]. La contradiction est résolue par l'affirmation que les mots « le reste des morts ne revécut point jusqu'à ce que les mille ans fussent accomplis » ne sont pas des paroles de Dieu mais des mots d'homme[790].
Cette interpolation est rattachée au « grand abandon de la foi » de la papauté, situé entre l'an 300 et l'an 1600 environ, selon 2 Thessaloniciens 2:3, période durant laquelle plusieurs passages bibliques auraient été modifiés pour donner l'apparence d'un appui aux enseignements catholiques[791]. La découverte récente de deux manuscrits très anciens révèle plusieurs interpolations de mots et de versets qu'une nouvelle version de la Bible, alors annoncée comme devant paraître bientôt, devrait selon l'exposé retirer, n'étant pas des paroles de Dieu mais des paroles d'hommes. Les interpolations les plus importantes mentionnées sont celle d'Apocalypse 20:5 examinée ici, celle de Jean 21:25, les mots « car c'est à toi qu'appartiennent le règne, la puissance et la gloire, à jamais, amen » ajoutés à Matthieu 6:13, et les mots « dans le ciel, le Père, la Parole et le Saint-Esprit, et ces trois sont un ; et il y a trois témoins sur la terre », tirés d'1 Jean 5:7-8[792].
La papauté est présentée comme ayant détruit presque toutes les copies grecques du Nouveau Testament. Après la Réforme, qui redonna aux paroles de Jésus et des apôtres une autorité supérieure à celle de la « voix de l'Église » parmi les croyants, la version dite « autorisée », celle du roi Jacques d'Angleterre, parut en anglais en 1611. À l'époque de sa traduction à partir de la Vulgate latine, peu de manuscrits grecs étaient connus, et seulement huit d'entre eux avaient servi de référence et de comparaison, aucun n'étant antérieur au dixième siècle. Depuis lors, environ six cent soixante manuscrits ont été découverts, parmi lesquels deux très anciens, rédigés entre le troisième et le quatrième siècle : le manuscrit du Vatican n° 1209 et le manuscrit du Sinaï, ce dernier, le plus ancien, ayant été retrouvé complet en 1859[793]. Ces manuscrits sont jugés particulièrement précieux parce qu'écrits avant que de telles erreurs ne se soient introduites dans l'Église et avant que l'abandon de la foi n'ait atteint son point culminant. C'est à la lumière de ces manuscrits anciens qu'il devient possible de distinguer la parole de Dieu de celle des hommes, et d'établir que les passages en question sont des interpolations étrangères aux Écritures inspirées[794].
Une explication est avancée sur les motifs possibles de ces interpolations : l'ajout en 1 Jean 5:7-8 aurait visé à donner une autorité et une caution à la doctrine de la Trinité. Quant aux interpolations de Matthieu 6:13 et d'Apocalypse 20:5, elles sont rattachées à la prétention de la papauté d'être le royaume de Dieu déjà régnant, le règne millénaire du Christ et de ses saints sur la terre étant présenté par elle comme accompli dans sa propre domination en tant que maîtresse du monde. Cette prétention s'appuierait sur l'idée que l'année 1793 marquerait le début du « petit temps » où Satan est délié, selon Apocalypse 20:7, le protestantisme étant désigné comme son instrument de tromperie[795].
Tenant cette erreur, la papauté aurait voulu, selon cette explication, ajouter à la prière « que ton règne vienne » des mots laissant croire qu'il était déjà venu, ce qui expliquerait l'ajout « car c'est à toi qu'appartiennent le règne, la puissance et la gloire, amen ». Enseignant par ailleurs que sa propre domination constituait le règne du Christ sur les nations tout en ne possédant aucun pouvoir de ressusciter les morts, elle aurait eu intérêt à faire dire à l'Écriture que « le reste des morts ne revécut point jusqu'à ce que les mille ans fussent accomplis », en donnant un sens spirituel à la première résurrection[796]. Le système papal est désigné comme la contrefaçon de la véritable Église, celle qui doit être élevée en temps voulu au pouvoir sur les nations, non pour enchaîner les hommes dans l'ignorance et la superstition, mais pour bénir toutes les familles de la terre. Lorsque le véritable Roi « prendra son grand pouvoir et régnera », il sera possible de dire en vérité : « c'est à toi qu'appartiennent le règne, la puissance et la gloire à jamais »[797].
Les mots « le reste des morts ne revécut point jusqu'à ce que les mille ans fussent accomplis » ne se trouvent, selon l'exposé, dans aucun manuscrit antérieur au cinquième siècle. Examinés dans leur contexte, ils se révèlent aussi contraires à la logique interne du passage qu'à l'enseignement général du reste de la Bible, puisque la clause suivante du même verset se trouve, par cette interpolation, contrainte de désigner comme « première résurrection » un événement situé après les mille ans. En lisant les versets 4 à 6 sans la clause interpolée, le texte retrouve sa cohérence : « Ils vécurent et régnèrent avec Christ mille ans. C'est ici la première résurrection ; sur eux la seconde mort n'a point de pouvoir, mais ils seront prêtres de Dieu et de Christ, et régneront avec lui mille ans »[798].
L'étroit chemin de la vie
Matthieu 7:14 est cité en ouverture : « Entrez par la porte étroite, car étroite est la porte et resserré le chemin qui mène à la vie, et il y en a peu qui le trouvent ; mais large est la porte et spacieux le chemin qui mène à la perdition, et il y en a beaucoup qui y entrent. »
Toute vie est présentée comme une seule et même chose, issue d'une unique source, Dieu, en qui seul elle est illimitée, inépuisable, continuelle et affranchie de toute contrainte extérieure. Le nom qui décrit cette perfection de vie est l'immortalité, signifiant l'impossibilité de mourir et, par conséquent, l'impossibilité d'être atteint par la maladie et la douleur. Beaucoup, faute d'avoir examiné de près l'usage biblique de ce mot, l'ont appliqué à l'homme et aux anges, alors que la Bible ne l'attribue, selon l'exposé, qu'à Dieu le Père seul, ce qui doit être démontré plus loin[799].
Le soleil est pris en comparaison comme la grande source de lumière pour la terre, illuminant toutes choses tout en produisant des couleurs et des nuances différentes selon la nature de l'objet qu'il éclaire : la même lumière solaire, tombant sur un diamant, une brique et diverses sortes de verre, produit des effets très différents. La lumière reste identique, mais les objets qu'elle touche diffèrent dans leur capacité à la recevoir et à la transmettre. De la même manière, la vie découle d'une seule source inépuisable et reste de même nature partout, mais l'huître possède une vie dont l'organisme ne lui permet pas de faire grand usage, de même qu'une brique ne peut réfléchir qu'une faible part de la lumière du soleil[800].
Chaque degré supérieur de vie, chez la bête, le poisson ou l'oiseau, manifeste différemment les qualités et les pouvoirs qu'il possède, à la manière des diverses sortes de verre sous la lumière du soleil. Le diamant, parfait dans sa nature et sa forme, reçoit et réfléchit pleinement la lumière, au point de sembler posséder en lui-même cette lumière, comme un petit soleil ; de la même façon, l'homme, l'un des chefs-d'œuvre de la création de Dieu, fait « un peu moindre que les anges », possède un organisme assez parfait, avant que le péché ne le corrompe, pour recevoir et conserver la vie sans jamais perdre son éclat. Adam fut formé avec grandeur et perfection, et rempli de vie, plus grand que toute autre créature terrestre à cause de son organisme supérieur, mental et physique[801].
Il reste cependant rappelé que, de même que le diamant ne pourrait réfléchir aucune lumière sans l'éclairement du soleil, l'homme ne pouvait posséder et jouir de la vie qui lui avait été donnée qu'aussi longtemps qu'il demeurait approvisionné par sa source, Dieu. L'homme n'est pas davantage une source de vie que le diamant n'est une source de lumière, et l'une des raisons les plus fortes de reconnaître l'absence en nous-mêmes d'une réserve inépuisable de vie est que, depuis l'entrée du péché, l'espèce humaine a perdu la vie[802].
Toutes les générations de Dieu descendent vers la mort[803]. Dieu avait prévu que l'homme ait accès à des arbres donnant la vie et qu'en mangeant continuellement de leur fruit, il vive sans fin, selon Genèse 3:22. Le péché entré dans le monde, l'humanité perd ce droit à la vie et se voit fermer l'accès à ces arbres. La splendeur de l'homme dépend de cet apport de vie, tout comme l'éclat du diamant dépend de la lumière du soleil. Dès que le péché prive l'humanité de ce droit et que l'apport de vie lui est retiré, le joyau commence immédiatement à perdre sa perfection, son éclat, sa beauté, jusqu'à en être entièrement dépouillé dans la tombe : « Sa beauté se consume comme par la teigne », selon Psaumes 39:11. « En Adam tous meurent ». Mais Dieu a pourvu le Christ comme rançon pour le péché, et bientôt, par lui, tous seront rendus à la vie, ramenés à la perfection originelle de la race humaine[804].
De même que le diamant perd sa beauté et son éclat quand la lumière lui est retirée, mais retrouve son éclat au lever du soleil, l'humanité perd la vie quand Dieu la lui retire : « L'homme rend l'esprit, et où est-il ? », selon Job 14:10. « Ses fils parviennent aux honneurs, et il ne le sait pas ; ils sont abaissés, et il ne s'en aperçoit pas », selon le verset 21. « Car il n'y a ni œuvre, ni pensée, ni connaissance, ni sagesse, dans le séjour des morts où tu vas », selon Ecclésiaste 9:10. Mais le joyau doit retrouver sa beauté et refléter de nouveau parfaitement l'image du Créateur, quand « le soleil de justice se lèvera, avec la guérison sous ses ailes ». À cause du sacrifice pour le péché accompli par le Christ, tous sortiront de cet état de mort : « Tous ceux qui sont dans leurs tombeaux sortiront. » Il doit y avoir une restauration de toutes choses, un retour à l'état d'origine où l'homme peut recevoir de nouveau et jouir pleinement de la vie telle qu'elle lui est fournie en pleine mesure depuis sa source, Dieu[805].
La preuve biblique est alors avancée que la divinité constitue la seule source de vie, et que toutes les autres formes de vie, anges, hommes, poissons, oiseaux, bêtes, ne sont que des récipients dont chacun contient sa pleine mesure, différant en capacité et en qualité selon la volonté du Créateur. Il est d'abord rappelé que Dieu seul possède l'immortalité, plénitude de vie qui ne pourrait cesser en aucune circonstance, selon 1 Timothée 6:16 et 1 Timothée 1:17 : « Lui seul possède l'immortalité, habitant une lumière inaccessible, que nul homme n'a vu ni ne peut voir », « Au roi éternel, immortel, invisible, seul Dieu sage, honneur et gloire aux siècles des siècles »[806].
Il est ensuite enseigné que le Père, seul à posséder originellement cette qualité, l'a conférée à Jésus-Christ, son Fils, « le premier-né de toute créature », « le fils unique », « l'image même de la personne de son Père », celui qui a été « fait de beaucoup supérieur aux anges » : « Car auquel des anges a-t-il jamais dit : Tu es mon fils, je t'ai engendré aujourd'hui ? », selon Hébreux 1:4-5. Ce fils participe de la nature du Père et, par conséquent, du même principe de vie immortelle : « Comme le Père a la vie en lui-même », la vie de Dieu étant en lui-même et ne provenant pas d'une source extérieure ni ne dépendant de rien d'autre, « ainsi il a donné au Fils d'avoir la vie en lui-même », selon Jean 5:26[807].
Seuls le Père et le Fils possèdent donc l'immortalité. Mais Dieu se propose d'appeler, hors de la race humaine, un petit nombre, un « petit troupeau », qui, en obéissant à certaines conditions, deviendront « fils de Dieu » : au lieu de rester de nature humaine, ils deviendront « nouvelles créatures », « participants de la nature divine ». Nés d'entre les morts à la résurrection, comme Jésus l'a été, ils recevront la forme divine, étant faits « semblables au corps glorieux du Christ », qui est « l'image même du Père » — non plus un corps naturel mais un corps spirituel, car « il ressuscite corps spirituel », et « ce qui est né de l'esprit est esprit ». Ils seront changés, mais « il n'apparaît pas encore ce qu'ils seront ; nous savons que, lorsqu'il apparaîtra, nous lui serons semblables », lui qui est « l'image même de la personne du Père », et ils partageront la « gloire qui doit être révélée ». Possédant cette nature divine, ils possèdent aussi la même perfection de vie, l'immortalité. C'est pourquoi il est écrit : « Et voici le témoignage, que Dieu nous a donné la vie éternelle, et cette vie est dans son Fils » ; « Celui qui a le Fils a la vie ; celui qui n'a pas le Fils de Dieu n'a pas la vie » immortelle, selon 1 Jean 5:11-12[808].
Il est encore écrit : « Tu lui as donné, à Jésus, pouvoir sur toute chair, afin qu'il donne la vie éternelle à tous ceux que tu lui as donnés », selon Jean 17:2. « Et c'est ici la promesse qu'il nous a faite, la vie éternelle », selon 1 Jean 2:25. Bien que promise comme un don, elle n'est accordée qu'à une classe particulière, ceux qui, croyant en Jésus, « par une persévérance patiente dans les bonnes œuvres, cherchent la gloire, l'honneur et l'immortalité », selon Romains 2:7 ; à ceux qui fuient l'injustice et poursuivent la justice, la piété, la foi, l'amour, la patience, la douceur, qui « combattent le bon combat de la foi » et ainsi « saisissent la vie éternelle, à laquelle ils sont aussi appelés », selon 1 Timothée 6:12[809].
Mais le chemin est difficile à parcourir. Son degré de difficulté se mesure aux paroles de Jésus : « Étroite est la porte, et resserré le chemin qui mène à la vie, et il y en a peu qui le trouvent. » Il ne suffit pas de croire en lui, il faut encore le suivre et obéir à sa voix : « Mes brebis entendent » — c'est-à-dire obéissent à — « ma voix, et je les connais, et elles me suivent » — elles « prennent leur croix et me suivent » — « et je leur donne la vie éternelle », selon Jean 10:27-28. Ceux qui veulent recevoir l'immortalité doivent donc la rechercher avec ardeur, en portant leur « fruit pour la sainteté », par une consécration entière, « et la fin, la vie éternelle », selon Romains 6:22[810].
Cette nature nouvelle et divine commence dès ici-bas : après avoir cru en Jésus comme rançon pour le péché, l'engagement est pris avec Dieu de mourir avec le Christ pour vivre aussi avec lui. À partir de ce moment, cette personne est reconnue comme enfant de Dieu, et Dieu envoie son esprit dans son cœur, esprit par lequel elle est scellée, mise à part du monde, en vue du jour de la rédemption. C'est le commencement de cette vie nouvelle, par laquelle la volonté ancienne, celle de l'homme naturel, doit être crucifiée, pour vivre selon Dieu dans l'esprit tout en demeurant dans le monde. L'esprit ainsi reçu est le germe de l'immortalité : dès maintenant, cette personne participe de la nature divine, mais la plénitude ne s'obtient qu'en entrant pleinement dans la vie. Elle est maintenant engendrée de l'esprit par la parole de vérité pour être une sorte de prémices, mais elle n'atteint pas encore la naissance tant qu'elle n'est pas ressuscitée, d'entre les morts, en corps spirituel. Cette nature nouvelle habite dans le corps mortel comme dans une maison : « Nous savons que si notre maison terrestre, cette tente, est détruite, nous avons un édifice qui vient de Dieu » — l'état spirituel et immortel[811].
Cette vie nouvelle pourrait facilement être étouffée. Paul avertit que ceux qui sont ainsi engendrés de l'esprit par la vérité, s'ils vivent selon la chair, mourront, c'est-à-dire perdront ce principe de vie ; mais s'ils font mourir, par l'esprit, les œuvres du corps, c'est-à-dire de la nature humaine, ils vivront en tant que nouvelles créatures, car tous ceux qui sont conduits par l'esprit de Dieu sont fils de Dieu, selon Romains 8:13-14. Ce travail de mortification doit s'étendre à toutes les actions : « Celui qui sème pour sa chair moissonnera la corruption de la chair ; mais celui qui sème pour l'esprit moissonnera de l'esprit la vie éternelle », selon Galates 6:8. Le chemin qui mène à la vie est escarpé, étroit, difficile, et sans la force fournie à chaque pas de la route, personne ne pourrait atteindre le but ; mais une parole d'encouragement vient de celui qui conduit : « Prenez courage, j'ai vaincu », « ma grâce te suffit ». Toute l'humanité se trouvait sur le chemin large qui mène à la destruction, à la mort, jusqu'à ce que Jésus ouvre le chemin étroit, mettant en lumière la vie et l'immortalité par l'Évangile : il a rendu possible d'atteindre cette vie en payant la rançon sur le poteau, en libérant du péché, et en devenant lui-même l'exemple et le guide vers la vie divine[812].
Il a ainsi ouvert un chemin nouveau et vivant à travers le voile, c'est-à-dire sa propre chair, selon Hébreux 10:20. L'humanité a été créée au degré parfait de la nature humaine, représenté par Adam, et aucun espoir supérieur à celui de rester simplement des hommes n'avait jamais été offert, jusqu'à ce que Jésus paie le prix de la rançon, c'est-à-dire sa propre chair, et ouvre ce chemin nouveau, étroit et difficile, par lequel les croyants peuvent aller au-delà du voile, au-delà de la condition humaine, dans la condition spirituelle, car « les choses visibles sont temporelles, mais les choses invisibles sont éternelles », selon 2 Corinthiens 4:18[813].
Il est rappelé avec insistance que toutes les promesses faites aux Juifs, au cours des âges précédents, ne concernaient que l'homme naturel, c'est-à-dire la vie, la prospérité et la bénédiction naturelles. La première offre de quelque chose de spirituel a été faite par Jésus à ceux qui croient en lui durant cet âge chrétien. Il leur est promis qu'à la résurrection ils seront des corps spirituels, puisque « ce qui est né de l'esprit est esprit ». Mais si cette promesse d'une existence spirituelle plutôt qu'humaine est faite à tous les croyants, une promesse encore plus haute est faite à certains d'entre eux : l'immortalité[814].
Une distinction nette est établie entre la vie éternelle et la vie immortelle : la première désigne une existence qui se poursuit sans fin, mais qui peut dépendre de certaines conditions, comme c'est le cas pour les anges et pour les hommes. Adam, s'il avait conservé son état premier de perfection sans péché, aurait vécu éternellement ; et les anges, bien que d'une nature supérieure à celle de l'homme, ne conservent la vie qu'aux mêmes conditions d'obéissance : certains d'entre eux, ceux qui n'ont pas gardé leur état premier de pureté et de sainteté, « le diable et ses anges », sont destinés à être détruits, à se voir retirer la vie. La vie éternelle peut ainsi être accordée à des créatures de Dieu aussi bien sur le plan naturel que sur le plan spirituel, à la condition d'une obéissance éternelle à l'auteur et à la source de la vie, Dieu[815].
Cette vie éternelle est garantie à toutes les créatures qui l'emploient en accord avec la volonté de Dieu. Le monde avait besoin pour cette raison à la fois d'un rédempteur, pour payer à sa place le prix du péché, la mort, et d'un restaurateur, pour le ramener à la perfection dont jouissait Adam, perfection qui seule permettait d'obéir pleinement à la volonté de Dieu — capacité perdue par le péché[816].
Une différence est établie entre la vie éternelle et la vie immortelle. La vie immortelle est éternelle, mais elle est davantage : c'est une vie qui ne peut cesser sous aucune condition, une force de vie propre à l'être qui la possède, et non fournie par la nourriture ou par d'autres conditions extérieures, comme l'est toute autre vie, chez les anges comme chez les hommes. Cette idée s'appuie sur Psaumes 78:25, où il est dit que l'homme a mangé le pain des anges, et sur Genèse 2:16, où Dieu autorise l'homme à manger librement de tout arbre du jardin. Avoir « la vie en soi-même », être une source de vie capable d'en fournir à d'autres, résume cette définition de l'immortalité[817].
Cette qualité n'appartenait à l'origine qu'à Dieu le Père, « le roi éternel, invisible, le seul Dieu sage », « qui seul possède l'immortalité », selon 1 Timothée 1:17 et 1 Timothée 6:16. Elle a ensuite été accordée, en temps voulu, à Jésus-Christ : « Comme le Père a la vie en lui-même, ainsi il a donné au Fils d'avoir la vie en lui-même. » Avant de « prendre la forme », c'est-à-dire la nature et la vie, « d'un serviteur » et d'être « trouvé dans une condition d'homme », Jésus est présenté comme un être spirituel, c'est-à-dire pourvu d'un corps spirituel et non humain, « le commencement de la création de Dieu », selon Apocalypse 3:14. Il ne possède cependant pas encore l'immortalité à ce moment-là : comme les anges et tous les êtres intelligents vivant dans l'obéissance au Créateur, il ne reçoit que la vie éternelle, garantie tant qu'il demeure obéissant[818].
Cette vie qu'il possède de droit selon le plan de Dieu, il souhaite la donner en rançon pour celle des hommes. Mais un être spirituel qui meurt ne profite en rien à l'humanité : c'était un être humain, et non un être spirituel, qui était condamné à mort, et la loi divine, « œil pour œil » et « vie pour vie », exige un sacrifice humain pour des pécheurs humains. Dix mille êtres spirituels auraient pu mourir sans jamais racheter l'humanité, tout comme dix mille taureaux et boucs ne peuvent jamais enlever le péché, selon Hébreux 10:4 : ni un ordre d'êtres supérieur, ni un ordre inférieur, ne pouvait racheter ; il fallait un homme pour racheter des hommes[819]. Cet être spirituel change donc sa condition d'existence, passant du spirituel à l'humain, et devient sur la terre celui qu'on connaît sous le nom de Jésus. Il ne s'agit pas d'une mort de l'être spirituel, mais d'un transfert de vie d'un plan d'existence supérieur à un plan inférieur, le plan humain parfait qu'Adam avait perdu par le péché[820]. Un parallèle est tracé avec le transfert inverse qui attend les chrétiens vivants au moment du retour du Christ, changés en un instant du plan humain au plan spirituel sans passer par la mort, leur vie étant alors « absorbée par l'immortalité », par la perfection de la vie[821].
La peine du péché d'Adam est la mort, éternelle, et en prenant sa place, Jésus devient soumis à cette même peine, la mort éternelle. En tant qu'homme, pour racheter l'homme, il doit renoncer pour toujours à son existence humaine. Ce renoncement a lieu au moment de son baptême, sa mort étant préfigurée dans cet acte même ; mais après avoir consacré sa vie en rançon, il lui faut trois ans et demi pour la donner réellement, au service des autres, jusqu'à ce qu'elle s'achève sur le poteau. Au moment de sa consécration, à son baptême, il reçoit son engendrement de l'esprit vers la vie nouvelle, la vie divine et immortelle ; et à sa résurrection, il naît à cette nouvelle nature et à cette nouvelle vie, un corps spirituel, sans jamais reprendre la nature humaine qu'il a donnée en « rançon pour beaucoup ». En tout cela, il est le modèle et le chef de tout le « petit troupeau » qui consacre et sacrifie sa nature humaine pour « devenir participant de la nature divine »[822].
C'est ainsi que « le Christ est mort pour nos péchés selon les Écritures », qu'un corps lui a été préparé pour souffrir la mort, et qu'« ayant été trouvé dans une condition d'homme, il s'est humilié lui-même jusqu'à la mort, même la mort sur le poteau ». Il meurt donc comme un homme pour l'humanité, selon la formule de Paul : « Puisque la mort est venue par un homme, la résurrection des morts est venue aussi par un homme », selon 1 Corinthiens 15:21 ; « lui, le juste, est mort pour les injustes, afin de nous amener à Dieu », selon 1 Pierre 3:18. Ce qui a été donné pour la vie du monde est présenté comme la vie même de Jésus l'homme : « Car le Fils de l'homme est venu... donner sa vie en rançon pour beaucoup », selon Marc 10:45, cette vie donnée étant toute la vie qu'il possédait[823]. La parabole du trésor caché dans un champ, selon Matthieu 13:44, est appliquée à cette idée : le champ représente le monde des hommes, et l'Épouse du Christ le trésor caché dans ce champ ; celui qui le trouve, Jésus, vend tout ce qu'il possède pour acheter ce champ. Jésus donne ainsi tout ce qu'il a, et ceux qui veulent devenir cohéritiers avec lui doivent suivre ses traces et sacrifier de la même manière leur vie terrestre[824].
Un être immortel ne pouvant pas mourir, il paraît clair que Jésus ne possédait pas encore l'immortalité au moment de sa mort : il serait impossible à un être immortel de souffrir ou de mourir. Mais l'affirmation selon laquelle « le Père a donné au Fils d'avoir la vie en lui-même » soulève la question du moment où ce don lui a été fait. Paul répond que c'est après sa mort, à sa résurrection, en écrivant que le Christ Jésus, étant dans la condition de Dieu, un être spirituel, n'a pas considéré comme une usurpation de se dire l'égal de Dieu — de se présenter comme membre de la famille de Dieu, « Fils de Dieu », selon Jean 10:35-36 — mais s'est dépouillé lui-même, prenant la condition de serviteur et la ressemblance des hommes ; et, trouvé dans une condition d'homme, il s'est humilié et rendu obéissant jusqu'à la mort, même la mort sur le poteau. « C'est pourquoi », à cause de cette obéissance jusque dans la mort sur le poteau, Dieu l'a souverainement élevé et lui a donné un nom au-dessus de tout nom, afin qu'au nom de Jésus tout genou fléchisse, dans le ciel, sur la terre et sous la terre — c'est-à-dire ceux qui sont dans leurs tombeaux, les morts — et que toute langue confesse que Jésus-Christ est Seigneur, à la gloire de Dieu le Père, selon Philippiens 2:6-11, afin que tous les hommes honorent le Fils comme ils honorent le Père, selon Jean 5:23[825].
Ces passages conduisent à conclure que, si Jésus occupait déjà une position très élevée dans le monde spirituel avant de prendre la nature et la forme humaines, la position qu'il occupe depuis son élévation est bien plus haute encore ; et le mot « c'est pourquoi », employé par Paul, montre clairement que cette haute élévation vient en récompense de son sacrifice de lui-même et de son obéissance jusque dans la mort. Cette élévation comprend en partie la gloire de la puissance, pleinement manifestée et exercée durant l'âge millénaire ; mais l'un des éléments principaux de cette élévation est présenté comme étant l'immortalité, jusque-là réservée seulement au « Roi des rois et Seigneur des seigneurs, le seul Dieu sage »[826].
Jéhovah, ce Dieu tout-puissant, reçoit ainsi le Seigneur, cet être parfait dont la vie et la mort ont été une grande expression d'amour envers Dieu et envers les hommes, dans une unité de vie, de gloire et de puissance avec lui-même, ce qui implique qu'il devienne « Fils de Dieu », revêtu d'une puissance supérieure à celle qu'il avait auparavant, et participant de la nature divine. Il est jugé approprié que celui dont l'œuvre consiste à restaurer la race humaine à la perfection de l'être terrestre devienne lui-même une source de vie[827].
Toute action suppose un motif ; et lorsque Jésus vient dans le monde et meurt pour les péchés des hommes, cet acte répond à un ou plusieurs motifs. Paul, exhortant l'Église à une vie de sacrifice de soi, désigne le prix de la haute vocation chrétienne comme ce motif, cette incitation à la persévérance, et présente Jésus lui-même comme l'exemple à suivre : « considérez celui qui a enduré... les yeux fixés sur Jésus, l'auteur et le consommateur de notre foi, qui, pour la joie qui lui était réservée, a enduré le poteau, méprisant la honte, et s'est assis à la droite du trône de Dieu », selon Hébreux 12:2-3. Cette joie réservée au Seigneur est présentée comme triple : d'abord racheter une race d'êtres du péché et de la mort et les restaurer à la perfection de leur être ; ensuite, en récompense de sa foi dans la promesse de Dieu et de son obéissance à sa volonté, être élevé à la droite, place principale de la puissance, et recevoir une vie propre, « la vie en lui-même », le degré divin, l'immortalité ; enfin, faire monter une partie de la race humaine au plan supérieur de l'être, le plan spirituel[828].
Pour tous ceux qui croient en lui, il devient à la fois celui qui les rachète de la mort et leur chef : « à tous ceux qui l'ont reçu, il leur a donné le pouvoir de devenir enfants de Dieu », selon Jean 1:12. Ceux-là peuvent aussi devenir participants de la nature divine, selon 2 Pierre 1:4, être associés à lui comme son Épouse, devenir héritiers de Dieu et cohéritiers avec lui, selon Romains 8:17. La question de savoir comment ils pourraient jamais être jugés dignes d'une telle élévation de gloire et d'honneur, aux côtés de celui qui est l'image même de la personne du Père, trouve sa réponse dans l'exemple qu'il a laissé à suivre : il devient le chef d'un « petit troupeau » de croyants qui, racheté par son sacrifice, doit, en suivant cet exemple, c'est-à-dire en renonçant à la vie, à la volonté et à l'ambition humaines pour marcher selon la loi de l'esprit, être jugé digne de devenir son Épouse. Ces croyants souffrent avec lui afin d'être aussi glorifiés avec lui, selon Romains 8:17. Faire monter une partie de la famille humaine à la nature divine fait ainsi partie de sa mission, et donc de sa joie[829].
Jésus doit traverser les épreuves les plus dures pour prouver son obéissance à la volonté du Père avant de recevoir l'honneur suprême de la gloire et de l'immortalité, « afin de rendre parfait, par la souffrance, le prince de leur salut », selon Hébreux 2:10[830]. Il sort vainqueur de l'épreuve et prouve sa perfection par son obéissance jusqu'à la mort, éprouvé en toutes choses comme les hommes, mais sans péché, et remporte ainsi « le prix de sa haute vocation, la joie qui lui était réservée »[831].
À la résurrection de Jésus, deux êtres possèdent donc le principe de l'immortalité : le Père et le Fils. Cette même immortalité est annoncée comme promise aussi à l'Épouse du Christ. Pour savoir qui compose cette Épouse, Jésus lui-même répond que beaucoup sont appelés mais peu sont choisis. Paul estime que beaucoup courent la course, mais que peu courent de manière à remporter le prix de la haute vocation ; Jésus assure cependant au « petit troupeau » qui court ainsi qu'il plaît au Père de lui donner le royaume. Ce n'est donc pas l'ensemble des croyants, ni même leur majorité, mais un « petit troupeau » de vainqueurs du monde qui forme l'Épouse, celle de l'Agneau, selon la promesse faite en Apocalypse 3:21 : « À celui qui vaincra, je lui donnerai de s'asseoir avec moi sur mon trône. »[832]
Deux groupes composent l'Église de l'Évangile une fois pleinement formée, rassemblant tous ceux qui ont cru en Jésus comme celui qui porte le péché et se sont consacrés à son service, engendrés de l'esprit par la Parole, à l'exception d'un très petit nombre qui pèche contre l'esprit saint, péché que Jésus, Jean et Paul désignent comme ne recevant jamais de pardon. Selon Hébreux 6:4-6, ceux qui commettent ce péché ont été une fois éclairés, ont goûté le don céleste et la bonne parole de Dieu ainsi que les forces du monde à venir, et sont devenus participants de l'esprit saint, c'est-à-dire engendrés par lui, mais ils crucifient de nouveau pour leur propre compte le Fils de Dieu et l'exposent à l'opprobre, selon Hébreux 10:29, tenant pour chose profane le sang de l'alliance par lequel ils avaient été sanctifiés, et faisant insulte à l'esprit de grâce. Ce sont là des apostats déclarés et volontaires, non des chrétiens faibles ou qui reculent, dont l'amour se refroidit pour un temps au contact d'un monde froid[833]. Ces apostats meurent de la seconde mort, mais tous les autres membres de l'église, étant engendrés de l'esprit, naîtront en temps voulu, à la résurrection, à l'état et au corps spirituels[834].
Beaucoup de croyants, cependant, n'ont pas grandi jusqu'à la pleine stature du Christ et sont restés des enfants, trop faibles pour vaincre le monde. Retenus par les coutumes du monde, les affaires, l'appât du gain, les plaisirs de cette vie, les honneurs de ce monde, ils ne suivent pas le « prince de leur salut » dans le chemin étroit, et doivent pour cette raison subir de nombreux coups de discipline avant que leur nature humaine ne soit domptée ; ils doivent traverser un temps de détresse, être « livrés à Satan pour la destruction de la chair, afin que l'esprit soit sauvé au jour du Seigneur Jésus »[835]. Ce groupe forme la majorité de toute l'Église chrétienne, la « grande compagnie » qui sort de la grande tribulation et lave ses robes, les blanchissant dans le sang de l'Agneau, selon Apocalypse 7:14. Le petit nombre, le « petit troupeau », remporte le prix pour lequel tous sont appelés à courir, celui de devenir « héritiers de Dieu et cohéritiers avec Jésus-Christ notre Seigneur », celui de rechercher « la gloire, l'honneur et l'immortalité », selon Romains 2:7 — le même prix pour lequel Jésus lui-même a couru, la même joie qui lui était réservée[836]. Il a été élevé, et parmi la multitude appelée à partager avec lui l'honneur et la gloire de sa position exaltée, les quelques élus rendent leur appel et leur élection certains en marchant dans le chemin étroit, celui qu'a foulé leur conducteur. Seuls les quelques-uns remportent le prix que tous recherchent — gloire, honneur et immortalité. « Si nous mourons avec lui » à la nature charnelle, « nous vivrons aussi avec lui », selon Romains 6:8, reprenant la promesse de Jésus déjà citée en Apocalypse 3:21[837].
Ces vainqueurs, qui n'adorent ni la bête ni l'image symbolique selon Apocalypse 20:4, constituent la première résurrection, dont Jésus fut les prémices : « Heureux et saints ceux qui ont part à la première résurrection ; sur eux la seconde mort n'a point de pouvoir » — parce qu'ils sont immortels — « mais ils seront prêtres de Dieu et de Christ et régneront avec lui mille ans », selon Apocalypse 20:6[838].
Telles sont donc les conditions pour atteindre la position la plus haute qu'il soit donné à Dieu d'offrir, et il n'y a pas lieu de s'étonner que le chemin qui mène à la vie soit étroit, une fois mesurée la grandeur de la vie à laquelle il conduit. La majorité de l'Église, comme déjà exposé, ne marche pas dans le chemin étroit et, de ce fait, ne reçoit pas le prix de la haute vocation. Bien qu'engendrés de l'esprit, ces croyants tentent de suivre une voie médiane, de garder à la fois la faveur de Dieu et celle du monde, oubliant que l'amitié du monde est inimitié contre Dieu, et que l'instruction donnée à ceux qui courent la course pour le prix est de ne pas aimer le monde, de ne pas chercher l'honneur les uns des autres mais celui qui vient de Dieu seul[839]. Ceux qui aiment ainsi le monde présent subissent une discipline et une purification par le feu de l'épreuve, et sont finalement reçus dans la condition céleste et spirituelle. Ils auront la vie éternelle comme en ont les anges, mais perdront le prix de l'immortalité. Ils serviront Dieu dans son temple et se tiendront devant le trône, des palmes à la main, selon Apocalypse 7:9-17 ; mais, pour glorieuse que soit cette position, elle n'égale pas celle du « petit troupeau », appelé à être rois et prêtres de Dieu, assis avec Jésus sur son trône comme son épouse et sa cohéritière, couronné avec lui d'une vie immortelle et divine[840].
Le reste de l'humanité, qui se presse actuellement sur le large chemin menant à la mort, doit être restauré, parce que sa faute et son péché ont été payés et seront remis. De même que la désobéissance d'un seul homme a placé tous les hommes sur ce large chemin et les a engloutis dans la mort, de même l'obéissance d'un seul, le Christ, obtient à tous le pardon et le retour à la vie. Mais ramenés à « leur condition première », la perfection de l'être originel, ils n'auront pas la vie au même sens que la famille divine. La leur ne sera pas une vie puisée en eux-mêmes, mais une vie fournie de l'extérieur. L'humanité restaurée vivra sans doute éternellement : Dieu fournira les moyens de prolonger cette vie aussi longtemps qu'elle demeurera obéissante, et cela, assure le texte, durera toujours. Leur expérience présente du péché se révélera sans doute une bénédiction pour toute l'éternité[841].
Les mots français « incorruptible », « incorruptibilité », « immortel » et « immortalité » traduisent les mots grecs athanasia, aphtharsia et aphthartos, qui portent tous le même sens, celui d'une existence incapable de corruption, de déclin ou de mort, une existence sans limite. Ces mots n'apparaissent au total que dix-huit fois dans toute la Bible, toujours en lien avec Dieu ou avec les saints, et jamais appliqués aux anges, à l'humanité ou à un ordre inférieur de la création[842].
Devant cette « couronne de vie qui ne se flétrit point » et l'honneur et la gloire qui s'y rattachent, personne ne peut dire que le Père, dans sa sagesse, a rendu le chemin trop difficile. Ses difficultés agissent comme un principe de séparation, destiné à isoler et à purifier un « peuple particulier », un « petit troupeau », appelé à devenir « héritier du royaume », « héritier de gloire », héritier de Dieu et cohéritier avec Jésus-Christ notre Seigneur, à condition de souffrir, c'est-à-dire de mourir, avec lui[843].
Tandis que ce « petit troupeau » gravit péniblement le chemin étroit, les anges contemplent, étonnés, la grandeur d'un plan capable non seulement de sauver de la mort une humanité déchue, mais de déployer « les richesses incomparables de la grâce et de la bonté de Dieu envers nous en Jésus-Christ », selon Éphésiens 2:7 — une grandeur qui se révélera plus clairement encore dans les âges à venir. Lorsque ce plan fut d'abord annoncé par les prophètes, les anges eux-mêmes désiraient en sonder le sens et connaître le moment et la manière de son accomplissement, selon 1 Pierre 1:12 ; une « multitude innombrable d'anges » continue d'observer cette progression et devient volontiers « esprits serviteurs, envoyés pour le service de ceux qui doivent hériter du salut », selon Hébreux 1:14, destinés bientôt à devenir leurs gouvernants, car « ne savez-vous pas que vous jugerez les anges ? », selon 1 Corinthiens 6:3[844]. Le Père lui-même, qui a adressé cette vocation si élevée, regarde ce « petit troupeau » avec une sympathie pleine d'amour et désire le voir affermir son appel et son élection en répondant aux conditions posées. Un autre encore observe avec un intérêt intense ce cheminement : celui qui a racheté de la mort par son propre sang précieux et a invité à devenir son Épouse et sa cohéritière. S'il a aimé ainsi alors que ses disciples étaient encore pécheurs, l'amour qu'il porte maintenant qu'ils sont ses fiancés se mesure à l'aune de ce premier amour. Il connaît le chemin étroit, pour avoir lui-même été tenté en toutes choses sans jamais céder, et se tient prêt à secourir et à fortifier selon les besoins et les demandes[845].
Au vu de tout cela, l'exhortation finale invite les lecteurs à « s'approcher avec assurance du trône de la grâce, afin d'obtenir miséricorde et de trouver grâce, pour être secourus dans nos besoins », selon Hébreux 4:16, tout en combattant le bon combat de la foi, décrit comme le combat de la nature nouvelle contre l'ancienne, et en saisissant la vie éternelle[846].
Une citation de Thomas Carlyle clôt l'article : le bloc de granit qui faisait obstacle sur le chemin du faible devient une marche sur le chemin du fort[847].
Le large chemin de la perdition
Un chemin est si en pente que, une fois pleinement engagé dessus, il devient presque impossible d'éviter d'en dévaler la pente jusqu'au bout. Six mille ans plus tôt, Adam, et avec lui toute la race humaine, est chassé du jardin d'Éden à cause du péché et condamné à la destruction, selon la loi divine voulant qu'aucune créature refusant de vivre en accord avec elle ne vive du tout : « L'âme qui pèche, c'est elle qui mourra », selon Ézéchiel 18:4[848]. Dieu chasse ainsi l'humanité des arbres de vie d'Éden en déclarant : « Mourant, tu mourras. » Condamné à la destruction, Adam s'engage alors sur ce large chemin qui y conduit. Il y marche lentement, mettant neuf cent trente ans à en atteindre le terme. Au fil des générations, le chemin, de plus en plus usé et lisse, précipite la race humaine plus rapidement vers la destruction : la voie devient chaque jour plus glissante de péché, sous l'effet des moyens multipliés pour hâter les hommes vers la mort par celui qui tient le pouvoir de la mort, c'est-à-dire le diable, selon Hébreux 2:14[849].
L'humanité perd chaque jour davantage sa capacité à résister, si bien que la durée moyenne de la vie humaine tombe à environ trente ans : la race atteint désormais le terme de ce large chemin neuf cents ans plus vite que l'homme parfait originel. Si affaiblie et dégradée est devenue cette race que son état est décrit douloureusement comme porté au péché « comme les étincelles s'envolent vers le haut »[850]. Le meurtrier, le débauché, le voleur, le menteur et l'ivrogne inspirent donc à la fois l'aversion et la pitié : leurs péchés sont détestables, mais l'être humain dégradé au point d'en être dominé mérite la compassion, et Dieu lui-même les aime et les prend en pitié. C'est pourquoi il a prévu, comme l'enseignent d'autres passages bibliques, que le Christ meure pour racheter tous ceux qui se trouvent sur ce large chemin et les restaure en temps voulu à leur état premier, celui d'Adam. L'invitation finale est de marcher, pour qui aperçoit le chemin étroit, dans ce chemin, afin d'être préparé et autorisé à participer à l'œuvre de restauration de toutes choses[851].
Les trois grandes alliances
Une alliance est définie comme un accord. Dieu, qui connaît la fin depuis le commencement, n'a jamais conclu d'alliance qu'il ne pourrait ou ne voudrait pas accomplir. Les alliances peuvent être conditionnelles ou inconditionnelles : lorsqu'une alliance conditionnelle est conclue, c'est-à-dire que chaque partie s'engage à faire certaines choses, il est d'usage de désigner un médiateur, une personne chargée de veiller à ce que les deux parties tiennent leur engagement. Dieu a conclu plusieurs alliances, mais trois en particulier retiennent l'attention : l'alliance avec Abraham, l'alliance de la Loi, et la « nouvelle alliance »[852].
La première s'énonce ainsi : « En toi et en ta descendance seront bénies toutes les familles de la terre. » Cette alliance concerne deux catégories : Abraham et sa descendance par Isaac, et celui qu'Abraham préfigurait, Jéhovah et sa descendance par Jésus. La bénédiction passe d'abord par la descendance divine, le Christ et ses frères, l'Église, qui atteint, bénit et restaure d'abord la descendance charnelle, avant de s'étendre à toutes les familles de la terre, de sorte que la bénédiction soit assurée à toute la descendance, selon Romains 4:16[853]. À la question de savoir si cette première alliance comporte des conditions, et si Abraham et sa descendance pourraient manquer à leur part au point d'empêcher Dieu de l'accomplir, la réponse est négative : Dieu n'a pas dit à Abraham, si toi et ta descendance m'obéissez, je ferai ceci et cela — il lui annonce simplement ce qu'il a l'intention de faire. Cette alliance ne peut donc ni disparaître, ni être modifiée, ni recevoir d'ajout, selon Galates 3:15,17 : elle doit s'accomplir exactement comme elle est énoncée. La descendance doit venir et bénir toutes les familles de la terre, en plein accord avec l'enseignement d'une « restauration de toutes choses », selon Actes 3:21[854]. Une preuve supplémentaire du caractère inconditionnel de cette première alliance se trouve dans l'absence de tout médiateur désigné : aucun n'était nécessaire puisqu'une seule partie, Dieu, s'y engageait, selon Galates 3:20. Cette alliance a été confirmée par un serment, selon Hébreux 6:13-18[855].
La seconde alliance est celle de la Loi, remise à Israël au mont Sinaï. Contrairement à la première, elle comportait des conditions : si Israël obéissait à la Loi, ce peuple deviendrait « un trésor particulier au-dessus de tous les peuples », car, dit Dieu, « toute la terre est à moi, et vous serez pour moi un royaume de prêtres et une nation sainte », selon Exode 19:5, suivi des termes de l'alliance en Exode 20 à Exode 23. Moïse déclare, en accord avec Galates 3:17 : « Le Seigneur n'a pas conclu cette alliance avec nos pères mais avec nous, nous tous qui sommes ici vivants aujourd'hui. Le Seigneur vous a parlé face à face sur la montagne, du milieu du feu, et je me tenais alors entre le Seigneur et vous », selon Deutéronome 5:2-5[856].
Le monde entier était pécheur sans en mesurer l'étendue : personne ne savait être assez corrompu pour ne pas pouvoir garder parfaitement la loi de Dieu. L'alliance de la Loi avait précisément pour but de démontrer à Israël sa propre imperfection et son incapacité à vivre en accord avec Dieu. C'est pourquoi, une fois les conditions de l'alliance posées et acceptées par le peuple, Dieu déclare : « Vous garderez donc mes lois et mes jugements, que l'homme qui les mettra en pratique vivra par eux », selon Lévitique 18:5, rapproché de Romains 10:5 et Romains 7:7,12-13,16[857].
Dieu savait donc, en concluant cette seconde alliance, qu'Israël ne réaliserait jamais les promesses qu'elle contenait, car ce peuple, tout entier pécheur, serait incapable de la tenir : « Par les œuvres de la Loi, nulle chair ne sera justifiée », « Que nul ne soit justifié par la Loi est évident », selon Galates 3:11. La Loi rendait néanmoins un service : elle freinait l'idolâtrie et l'immoralité, et servait ainsi de pédagogue préparant à la venue du Christ et de la nouvelle alliance, selon Galates 3:24 et Galates 4:1[858].
L'alliance de la Loi a été instituée par les mains d'un médiateur, Moïse ; cette alliance et son médiateur préfigurent la future nouvelle alliance et son médiateur, le Christ. Moïse rachète typiquement tout Israël par le sang du taureau et du bouc, qui représente typiquement son propre sang, sa propre vie : il les achète ainsi et leur laisse les conditions de la Loi comme un héritage, car une alliance n'entre en vigueur qu'après la mort de ceux qui la ratifient ou la médiatisent. « Lorsque Moïse eut prononcé tous les commandements devant tout le peuple, selon la Loi, il prit le sang des taureaux et des boucs, avec de l'eau, de la laine écarlate et de l'hysope, et il aspergea à la fois le livre — la Loi — et tout le peuple, en disant : Ceci est le sang de l'alliance que Dieu vous a prescrite », selon Hébreux 9:16-20[859].
Né dans le monde « sous la Loi », Jésus en devient, par une obéissance parfaite, l'héritier de toutes les premières promesses qu'elle contenait ; mais il est aussi engendré de Dieu et descendant d'Abraham, et à ce titre héritier également de la première alliance, selon Galates 3:16. En sa personne, la seconde alliance, celle de la Loi, prend fin, son accomplissement étant atteint ; et la première, celle d'Abraham, commence à s'accomplir, sans toutefois l'être complètement avant que « toutes les familles de la terre » ne soient bénies par le Christ[860].
Cette bénédiction de l'humanité constitue la base de la « nouvelle alliance » entre Dieu et les hommes. Comme l'alliance de la Loi, celle-ci comporte des conditions, certaines engageant Dieu, d'autres engageant les hommes. Les hommes devront garder la loi parfaite de Dieu, qui ne pouvait en donner une imparfaite — la Loi donnée à Israël était « sainte, juste et bonne », selon Romains 7:12. Toute autre loi serait injuste et mauvaise ; Dieu doit donc donner, dans le fond, la même loi que celle que Jésus résumait brièvement ainsi : « Tu aimeras le Seigneur ton Dieu de tout ton cœur, de toute ta pensée, de toute ton âme et de toute ta force, et ton prochain comme toi-même. » L'obligation faite aux hommes reste donc la même sous la « nouvelle » alliance que sous celle de la Loi ; la différence tient à ce que, sous la nouvelle, Dieu ôtera réellement les péchés des hommes au lieu de le faire seulement typiquement, comme sous la Loi. Ce n'est qu'une fois ce péché et ses peines, les imperfections mentales et physiques et la mort, réellement ôtés par Dieu que les hommes, devenus parfaits, pourront garder la loi parfaite de Dieu[861].
« Voici, les jours viennent, dit le Seigneur, où je conclurai une nouvelle alliance avec la maison d'Israël et avec la maison de Juda... Voici l'alliance que je conclurai avec la maison d'Israël après ces jours-là, dit le Seigneur : je mettrai ma loi au-dedans d'eux, je l'écrirai dans leur cœur, et je serai leur Dieu et ils seront mon peuple, car je pardonnerai leur iniquité et je ne me souviendrai plus de leur péché. » « En ces jours-là, on ne dira plus : Les pères ont mangé des raisins verts, et les dents des enfants en ont été agacées, mais chacun mourra pour sa propre iniquité », selon Jérémie 31:29. « Et en ce jour-là, je conclurai pour eux une alliance avec les bêtes des champs, les oiseaux du ciel et les reptiles de la terre, et je briserai l'arc, l'épée et le combat pour les ôter de la terre », selon Osée 2:18, rapproché de Jérémie 32:37-41 et Ézéchiel 37:12,14,26[862].
Ces conditions ne sont manifestement pas encore accomplies : le raisin vert du péché continue d'agacer les dents de toute l'humanité, la loi du péché et le cœur de pierre demeurent en elle ; Dieu ne l'a pas encore ôté pour lui donner à la place un cœur de chair, celui de l'humanité parfaite, sur lequel serait gravée sa loi, l'amour. Les bêtes et les oiseaux ne vivent pas encore en harmonie avec l'homme : il avait reçu domination, gloire et honneur, mais les a presque entièrement perdus par le péché ; bientôt, cependant, il sera restauré, et toute la nature reconnaîtra en lui son souverain[863].
Selon cette alliance, Dieu promet deux choses : qu'une descendance viendra, et que cette descendance bénira tout le monde. Cette bénédiction consiste à ôter le fardeau du péché par la mort de la descendance, qui meurt juste pour les injustes. Cette troisième alliance, la « nouvelle alliance », a un médiateur comme son ombre, l'alliance de la Loi, parce qu'elle comporte des conditions et deux parties engagées. Moïse était le médiateur sous l'alliance de la Loi ; Jésus est le médiateur de la nouvelle alliance[864]. Dieu attend de lui l'accomplissement de la Loi ; Israël et le monde attendent de lui la capacité de remplir les conditions de cette alliance, à savoir la restauration. Comme médiateur, c'est-à-dire comme testateur, Jésus doit mourir pour laisser à l'humanité l'héritage du pardon et de la restauration promis dans la nouvelle alliance. Il meurt donc réellement et rachète tous les hommes par son propre sang précieux ; il doit bientôt commencer la grande œuvre consistant à appliquer ce sang pour purifier du péché[865].
Moïse, dans le type, prend un bouquet d'hysope et de la laine écarlate pour asperger du sang qui ratifie l'alliance à la fois le livre, la Loi, et tout le peuple, selon Hébreux 9:19. Il en va de même pour la nouvelle alliance : elle doit être ratifiée par le sang, et le médiateur donne son sang, c'est-à-dire sa vie ; il doit ensuite commencer l'œuvre d'aspersion avec ce sang purificateur et avec l'eau pure de la vérité. Il aspergera à la fois le livre, la Loi, et le peuple, amenant celui-ci en harmonie avec la loi de Dieu, l'amour. Leurs dents ne seront plus agacées ; ils ne trouveront plus le mal présent en eux quand ils voudront faire le bien ; tous connaîtront alors le Seigneur, du plus petit au plus grand, et la connaissance du Seigneur remplira toute la terre[866].
Une objection possible est anticipée : pourquoi la nouvelle alliance n'entre-t-elle pas en vigueur dès que le médiateur meurt ? Pourquoi tout le peuple n'est-il pas aspergé dès que le sang est versé ? La réponse avancée tient précisément à ce qu'elle désigne comme la partie la plus admirable de tout le plan, celle qui manifeste « les richesses incomparables de la grâce de Dieu », sa bonté envers les hommes en Christ. C'est ce que Paul appelle à plusieurs reprises le « mystère » tenu caché pendant les âges précédents, selon Colossiens 1:27 : « Christ en vous, l'espérance de la gloire. » Jésus meurt pour bénir et restaurer les hommes ; mais avant d'entreprendre cette œuvre de restauration, il fait d'abord connaître à la grande masse de l'humanité, qu'il a tous rachetée, la nouvelle de leur rançon, et à tous ceux qui ont une oreille pour l'entendre il offre le privilège de prendre leur croix et de le suivre, de partager avec lui la souffrance du mal pour le bien ; il leur promet que, s'ils marchent ainsi sur ses traces, ils partageront non seulement ses souffrances mais aussi la gloire qui doit suivre, reprenant la promesse « à celui qui vaincra, je lui donnerai de s'asseoir avec moi sur mon trône », et celle de Paul rappelée en Romains 8:17 sur le fait de devenir héritiers de Dieu et cohéritiers avec le Christ s'ils souffrent avec lui pour être aussi glorifiés avec lui[867].
C'est la raison pour laquelle l'âge chrétien s'intercale entre la mort de Jésus et la bénédiction du monde : c'est un âge de mort, pendant lequel il est possible, selon Colossiens 1:24, de « compléter ce qui manque aux souffrances du Christ ». Les chrétiens sont ainsi unis au Christ dans le sacrifice de la vie humaine, « morts avec lui » ; et, pour ce qui est du monde, celui-ci attend encore que le petit troupeau, les membres du corps du médiateur ou testateur, le Christ, soient tous morts avec lui. Ce sacrifice est présenté comme presque achevé, et tous ceux qui auront partagé cette mort avec lui comme membres de son corps seront bientôt unis à lui dans la gloire du pouvoir, partageant l'œuvre glorieuse consistant à appliquer le sang et à purifier le peuple. Moïse accomplissait l'aspersion dans le type ; ce sera le grand Prophète et Médiateur qui l'accomplira dans l'antitype[868]. « Le Seigneur votre Dieu vous suscitera du milieu de vos frères un prophète semblable à moi ; vous l'écouterez en tout ce qu'il vous dira. Et quiconque n'écoutera pas ce prophète sera retranché du milieu du peuple », selon Actes 3:22. Cette prophétie appartient aux « temps de la restauration de toutes choses » et Pierre la cite comme s'y appliquant. Ce prophète, ou enseignant, « le Christ », tête et corps, est actuellement en train d'être « suscité » vers le pouvoir, et bientôt commence l'œuvre d'aspersion et de purification de l'humanité ; l'âme, c'est-à-dire la personne, qui refusera alors d'obéir et de se laisser purifier sera détruite. En cet âge-là, le pécheur qui mourra à cent ans sera retranché, bien qu'à cet âge il ne soit encore qu'un « enfant », selon Ésaïe 65:20[869].
En un sens, l'action de la nouvelle alliance commence dès maintenant avec l'Église de l'Évangile : elle élève de l'état de dégradation et de péché à une condition justifiée, ou comptée comme parfaite, à partir de laquelle il devient possible d'avancer dans le « chemin étroit » et de devenir héritier de la première alliance, selon Galates 3:29[870].
Ces trois alliances sont ensuite examinées à travers le type ou l'allégorie que Paul développe en Galates 4:22-31. Sara, l'épouse d'Abraham, est présentée comme la figure de la première alliance conclue avec Abraham, celle qui concerne « la descendance ». Les années passant sans qu'un enfant ne naisse, Abraham et Sara cherchent un accomplissement par un autre moyen : Agar prend la place d'épouse et met au monde un fils qui semble devoir être l'héritier. La promesse originelle de Dieu désignait pourtant le Christ, qui ne naît qu'au « temps convenable » ; dans l'intervalle, la Loi est donnée au Sinaï, prenant en apparence la place de la première alliance, et sous cette alliance de la Loi se développe une descendance charnelle, Israël selon la chair. Mais la première alliance, celle de Sara, n'a pas échoué : une fois que l'alliance d'Agar a produit Israël selon la chair, préfiguré par Ismaël, la véritable descendance et héritière d'Abraham naît sous la première alliance, celle de Sara — le Christ Jésus et les membres de son corps, l'Israël spirituel[871].
Paul ne pousse le type que jusque-là, ne parlant que des deux descendances, naturelle et spirituelle, et des deux alliances sous lesquelles elles naissent. Mais puisque Dieu doit conclure une « nouvelle alliance », « après ces jours-là », la question se pose naturellement : pourquoi cette nouvelle alliance ne serait-elle pas, elle aussi, préfigurée par une épouse, comme les deux autres ? L'examen du texte montre qu'elle l'est effectivement. Selon Genèse 24:67, Isaac reçoit Rebecca dans la tente de Sara, et elle devient sa femme légitime, ce qui illustre la façon dont l'Époux céleste recevra son Épouse au terme de son parcours, la faisant entrer en possession, avec lui, de tout ce que promettait la première alliance, celle de Sara. Puis, après le mariage d'Isaac, il est écrit : « Abraham prit encore une femme, nommée Keturah », ce qui illustre aussi clairement qu'un type le peut la « nouvelle alliance »[872].
Chacune des deux premières alliances ne produit qu'une seule descendance : la première, « l'héritier de toutes choses », le Christ Jésus et son Épouse ; la seconde, Israël selon la chair, aimé à cause des pères. Mais la nouvelle alliance, Keturah, met au monde six fils, qui, ajoutés à celui d'Agar, forment sept, un nombre complet, représentant que tous les enfants charnels seront développés sous les alliances d'Agar et de Keturah, c'est-à-dire sous la Loi et la nouvelle alliance[873].
Le nom de Sara signifie princesse ; celui d'Agar signifie fuite ou rejetée ; celui de Keturah signifie encens ou parfum doux : des significations jugées porteuses de sens. L'alliance royale, celle de Sara, est présentée comme s'élevant bien au-dessus des deux autres. Un rappel final insiste sur la nécessité de mourir avec Jésus pour vivre et partager l'œuvre glorieuse d'aspersion et de purification du monde dans l'âge à venir : « afin que, par la mort, ceux qui sont appelés reçoivent la promesse de l'héritage éternel », selon Hébreux 9:15[874].
Explication de quelques passages bibliques souvent mal compris
Le riche et Lazare
La parabole rapportée en Luc 16:19 est généralement considérée comme une parole prononcée par Jésus, bien qu'aucun passage ne précise explicitement qu'il l'ait prononcée ; elle est traitée comme telle[875].
La grande difficulté que rencontrent beaucoup de lecteurs tient à ce que, tout en la qualifiant de parabole, ils en tirent des conclusions comme s'il s'agissait d'un récit littéral et non d'une parabole. La comprendre littéralement conduit à plusieurs absurdités : par exemple, que le riche va en enfer parce qu'il a joui de nombreux biens terrestres et n'a donné que des miettes à Lazare — rien n'est dit de sa méchanceté. De même, Lazare est béni non parce qu'il est un enfant sincère de Dieu, plein de foi et de confiance, non parce qu'il était bon, mais simplement parce qu'il était pauvre et malade. Compris littéralement, le seul enseignement logique à en tirer serait qu'à moins d'être un pauvre mendiant couvert de plaies, personne n'entrera jamais dans le bonheur futur, et que quiconque porte aujourd'hui du « beau lin » et de la « pourpre », et mange abondamment chaque jour, est assuré d'aller au séjour des morts[876]. Le lieu de bonheur est, dans ce récit, le « sein d'Abraham » : si l'ensemble du récit était littéral, ce sein devrait l'être également, et ne pourrait alors contenir qu'une infime partie des millions de malades et de pauvres de la terre. Ces absurdités suffisent, pour un esprit sans préjugé, à faire reconnaître dans ce récit une parabole[877].
Comprise comme une parabole, la méthode d'interprétation proposée consiste à distinguer ce qui est dit de ce qui est voulu : une parabole dit une chose et en signifie une autre, comme le montrent plusieurs paraboles que Jésus lui-même explique, notamment celle du blé et de l'ivraie. D'après son explication, le blé signifie les « enfants du royaume », l'ivraie signifie les « enfants du malin », les moissonneurs désignent les anges, et ainsi de suite, selon Matthieu 13. Il en va de même pour chaque parabole expliquée par Jésus : ce qui est dit n'est jamais ce qui est voulu. Par conséquent, dans cette parabole, « un homme riche » désigne autre chose, et Lazare comme le sein d'Abraham ne sont pas des éléments littéraux mais représentent une catégorie de personnes et une condition donnée[878]. L'explication détaillée de cette identification se poursuit au-delà de cette page.
Le riche, dans cette lecture, représente la nation juive. Celle-ci « jouit chaque jour de biens abondants » depuis longtemps, bénéficiaire particulière des faveurs de Dieu[879]. Paul souligne l'avantage du Juif : c'est à lui qu'ont été confiées les paroles de Dieu[880]. Les promesses faites à Abraham et à David confèrent à ce peuple une dignité royale, représentée par la « pourpre » du riche ; les rites et les sacrifices typiques de la Loi en font, dans un sens typique, une nation sainte et juste, représentée par son « fin lin », symbole de justice selon Apocalypse 19:8[881].
Lazare représente les non-Juifs, toutes les nations étrangères à Israël. Au moment où la parabole est prononcée, ces nations sont entièrement privées des bénédictions dont jouit Israël : elles se trouvent à la porte du riche, sans aucune des promesses de royauté, sans même une purification typique, compagnes des « chiens » dans la maladie morale, la souillure et le péché. Les chiens sont alors tenus pour des créatures détestables, et le Juif, typiquement pur, appelle les étrangers « païens » et « chiens », refusant de manger, de se marier ou d'avoir le moindre rapport avec eux, selon Jean 4:9[882]. Les « miettes » tombées de la table du riche s'éclairent par les paroles de Jésus à la femme syro-phénicienne : il n'est pas convenable, lui dit-il, de prendre le pain des enfants, c'est-à-dire des Israélites, pour le donner aux chiens, c'est-à-dire aux non-Juifs ; elle répond que les chiens mangent pourtant les miettes tombées de la table de leurs maîtres, selon Matthieu 15:27. Jésus guérit alors sa fille, lui accordant ainsi la miette de faveur désirée[883].
Vient un moment où cette justice typique cesse, où la promesse de royauté s'éteint pour ce peuple, et où le royaume lui est retiré pour être donné à une nation qui en porte les fruits, selon Matthieu 21:43. Le riche meurt à tous ces avantages particuliers, et la nation juive se retrouve bientôt dans le « feu de la géhenne », un état de rejet, de trouble, de tribulation et d'affliction dans lequel elle souffre depuis ce jour[884]. Lazare meurt également : la condition des non-Juifs change, et nombre d'entre eux sont portés par les anges, c'est-à-dire les messagers, les apôtres, dans le sein d'Abraham. Abraham représente le père de ceux qui ont la foi et reçoit dans son sein tous les enfants de la foi, reconnus comme héritiers de toutes les promesses faites à Abraham. Ce ne sont pas les enfants de la chair qui sont enfants de Dieu, mais les enfants de la promesse qui sont comptés comme la descendance d'Abraham, cette descendance étant le Christ ; et ceux qui appartiennent au Christ sont la descendance d'Abraham et héritiers selon cette promesse, selon Galates 3:29[885].
Cette situation prend fin par une mort, celle de Jésus : si un seul est mort pour tous, alors tous étaient morts. Le Juif est dès lors rejeté et n'a plus connu « aucune faveur » particulière, tandis que les pauvres non-Juifs, auparavant étrangers aux promesses faites à Israël, sans Dieu et sans espérance dans le monde, sont alors rapprochés par le sang du Christ et réconciliés avec Dieu, selon Éphésiens 2:13[886]. Si les deux tribus de Judée, Juda et Benjamin, sont représentées par le riche, les cinq frères mentionnés dans la parabole représenteraient logiquement les dix autres tribus, qui disposaient elles aussi de Moïse et des prophètes comme instructeurs. Cette précision viendrait montrer que toute faveur particulière de Dieu a cessé pour les dix tribus comme pour les deux directement visées, Israël seul étant concerné puisqu'aucune autre nation n'avait Moïse et les prophètes pour instructeurs[887].
Cette parabole est rapprochée de l'enseignement de Paul en Romains 11:19-31 : par incrédulité, les branches naturelles ont été coupées, et les branches sauvages ont été greffées à leur place dans les promesses faites à Abraham. Jésus laisse Israël dans le trouble sans mentionner sa restauration finale à la faveur divine, cette précision n'étant pas utile au sujet traité ; mais Paul assure que lorsque la plénitude des non-Juifs, c'est-à-dire l'Épouse, sera entrée, les Israélites obtiendront miséricorde grâce à la miséricorde dont l'Église aura bénéficié. Cette alliance de Dieu avec Israël selon la chair demeure : ce peuple a perdu les promesses supérieures, spirituelles, mais conserve certaines promesses terrestres qui en feront la première nation de la terre. Paul cite à l'appui les prophètes : le libérateur viendra de Sion, l'Église glorifiée, et détournera l'impiété de Jacob, la descendance charnelle. Concernant l'Évangile, la haute vocation, les Juifs sont devenus ennemis, rejetés, pour le bien des non-Juifs ; mais concernant l'élection, ils demeurent aimés à cause de leurs ancêtres, « car Dieu les a tous enfermés dans l'incrédulité, afin de faire miséricorde à tous. Ô profondeur des richesses, de la sagesse et de la connaissance de Dieu ! », selon Romains 11:30-32[888].
Le désir de partir pour être avec le Christ
Paul se trouve prisonnier à Rome, attendant sans savoir s'il sera libéré ou mis à mort. Depuis son entrée dans le ministère, il a connu une vie mouvementée et beaucoup de souffrances. Il raconte à l'Église de Philippes que ses souffrances ont néanmoins servi à l'avancement de l'Évangile, et il s'en réjouit[889]. Il se demande ensuite si Dieu veut qu'il continue à vivre, à prêcher, à écrire et à souffrir pour être une bénédiction pour l'Église, ou s'il a achevé son œuvre et va trouver le repos dans la mort en martyr illustre. Il se pose en quelque sorte la question : lequel des deux choisirait-il, si le choix lui en était laissé ? Il conclut qu'il ne saurait dire lequel des deux il préférerait, mais qu'il connaît une troisième chose sur laquelle il n'aurait aucun doute s'il était libre de la choisir. Il se trouve « pressé entre les deux », tout en désirant ardemment cette troisième chose[890].
La traduction du passage donnée par l'Emphatic Diaglott est citée : le Christ sera magnifié dans son corps, soit par la vie, soit par la mort ; car pour lui vivre, c'est le Christ, et mourir est un gain. Mais s'il doit vivre dans la chair, cela porte du fruit pour son travail, et il ne sait pas exactement ce qu'il choisirait, se trouvant pressé par ces deux choses. Il a un désir ardent du « retour » et d'être avec le Christ, cela étant de loin préférable, selon Philippiens 1:23[891].
Une note explicative porte sur le mot grec analusis, traduit par « retour » dans cette version. Ce que Paul désire ardemment, analusis, ne saurait désigner la mort ou la dissolution, comme le suggère le mot « départ » employé dans la version courante, puisqu'il paraît indifférent à Paul de choisir entre la vie et la mort ; or il aspire précisément à cette analusis, qui constitue une troisième chose, bien préférable aux deux autres mentionnées. Ce même mot apparaît en Luc 12:36, où il est traduit par « retour » : « Soyez semblables à des hommes qui attendent que leur maître revienne »[892].
Calculer le prix : combien donnerez-vous ?
L'intention affichée n'est pas de faire circuler une corbeille de collecte, mais de poser une question jugée de première importance, dont dépend peut-être autant l'intérêt de chacun que n'importe quelle autre question : combien donnera-t-on pour l'Évangile du Christ[893] ? À l'objection que l'Évangile serait gratuit, puisque le prophète invite celui qui a soif à venir aux eaux, et celui qui n'a pas d'argent à venir acheter et manger, à acheter du vin et du lait sans argent et sans prix, il est répondu que rien dans ce passage n'indique qu'un homme disposant d'argent pourrait recevoir l'Évangile tout en gardant son argent : ceux qui le reçoivent sans argent sont ceux qui n'ont pas d'argent à donner[894]. La question revient donc, insistante : combien donnera-t-on pour l'Évangile ? Sa valeur est présentée comme immense, de sorte qu'il ne faut ni s'attendre à le recevoir pour rien, ni accepter de le recevoir pour rien même si cela était possible, ni croire pouvoir en donner un équivalent, puisque son prix dépasse celui des rubis et que rien de ce qu'on peut désirer ne s'y compare[895].
Les offrandes sont présentées comme de saison, puisque ce temps est « l'année de la grâce du Seigneur » et que le « jour de la vengeance de notre Dieu » approche ; quiconque veut saisir une place dans la haute vocation doit se hâter, le nombre de places disponibles sous cet appel devant bientôt être atteint, avec l'espoir de ne pas compter parmi ceux qui se tiendront dehors à frapper en disant « ouvre-nous », alors qu'il sera pour toujours trop tard[896]. Le mot « donner » est d'abord envisagé au sens de « prêter l'oreille » : donner son attention et sa réflexion à l'Évangile, y consacrer son esprit, le considérer avec soin, dans la prière et avec persévérance, lui accorder autant de pensée qu'on en a jusqu'ici accordé à des choses de peu ou d'aucune importance. L'invitation est de considérer sérieusement le temps passé à lire des romans, des écrits d'esprit ou d'humour, à jouer pour se divertir, ou même à lire l'histoire ou les nouvelles profanes, principalement pour être jugé « bien informé » ou pour se qualifier pour une activité quelconque[897].
Donner son attention à la prédication n'est présenté que comme un premier pas. Le dialogue imaginaire poursuit son compte à rebours : après l'attention, vient le renoncement aux habitudes de pensée, puis le changement complet de façon de raisonner, passant d'un point de vue terrestre à un point de vue spirituel[898]. La sagesse terrestre raisonnerait selon la loi du talion appliquée à l'envers, « si ton ennemi a faim, laisse-le mourir de faim » ; la sagesse céleste attend au contraire que le Père, qui connaît les faiblesses de chacun, règle lui-même ces affaires[899]. Ce renoncement à sa propre sagesse est présenté comme le prix à payer pour devenir un instrument utile au Maître, selon Luc 16:15, où ce qui est hautement estimé parmi les hommes est qualifié d'abominable aux yeux de Dieu[900].
Le dialogue identifie ce qui, parmi les hommes, fait l'objet des plus grands sacrifices : non pas tant être supérieur que d'être regardé comme tel, rechercher l'honneur, la célébrité, un nom. Perdre sa réputation est désigné comme l'une des pires épreuves qui puisse frapper un homme du monde, pire que perdre son caractère, car la perte de la réputation entraîne la perte des amis ; certains restent tant que l'argent demeure, mais l'argent lui-même ne suffit pas longtemps à retenir les amis une fois la réputation perdue[901]. Renoncer à sa réputation pour l'Évangile est présenté comme un pas de plus dans le don de soi, auquel l'interlocuteur répond par un engagement : « Par la grâce de Dieu, je le ferai ! »[902].
Vient ensuite la question de l'argent, suivie immédiatement d'une précision : il ne s'agit pas de faire passer une corbeille de collecte, mais d'inviter à donner par gratitude, pour venir en aide à d'autres, notamment à des frères qui vivent dans le besoin ou la maladie près de chez soi[903]. Ce don d'argent entraîne la perte des derniers amis mondains, ceux qui étaient restés par intérêt après la perte de la réputation ; l'interlocuteur accepte encore, répétant son engagement, et le texte observe qu'il devient chaque fois plus facile de répondre oui[904].
Le dialogue franchit un dernier palier en demandant si l'interlocuteur accepterait de sacrifier son confort, son aisance, sa vie elle-même, de la voir « usée » ou « consumée » au service de l'Évangile du Christ. Une fois cet accord obtenu, le compte est dressé : attention, temps, esprit, réputation, amis, argent, vie — sept éléments donnés, qui laissent l'interlocuteur entièrement dépouillé[905]. Cette pauvreté volontaire est alors rapprochée de celle de Jésus de Nazareth, citant 2 Corinthiens 8:9 : « Vous connaissez la grâce de notre Seigneur Jésus-Christ, que, bien que riche, il s'est fait pauvre pour vous, afin que par sa pauvreté vous soyez enrichis. » L'interlocuteur du dialogue est ainsi désigné comme un frère de Jésus, selon Hébreux 2:11, pour avoir fait ce que Jésus avait lui-même demandé selon Jean 13:15[906]. Il est alors désigné comme héritier du royaume, selon Jacques 2:5, qui qualifie les pauvres de ce monde riches en foi et héritiers du royaume promis à ceux qui aiment Dieu[907].
Un poème de six strophes est ensuite cité, décrivant une « pauvre compagnie de voyageurs » qui marche sur un chemin étroit et méprisé, bien qu'appartenant en réalité à une lignée royale et héritière de la vie éternelle, portant des robes de gloire invisibles au monde, et suivant ce chemin resserré parce que c'est celui qu'a foulé leur Conducteur[908].
Une citation attribuée au prédicateur britannique Charles Haddon Spurgeon décrit l'amour envers le Christ comme ce qui adoucit le chemin du devoir et donne des ailes pour le parcourir : l'arc qui propulse la flèche de l'obéissance, le ressort qui actionne les rouages du devoir, le bras qui tire la rame de l'effort assidu. Cet amour est comparé à la moelle des os de la fidélité, au sang dans les veines de la piété, aux nerfs de la force spirituelle, à la vie même de la dévotion sincère : celui qui le possède ne peut pas rester immobile, de même qu'un cœur ne peut cesser de battre tout en continuant d'aimer[909].
Une seconde citation, attribuée au doyen anglican Arthur Penrhyn Stanley, oppose ce qui ne plaît qu'un instant, qu'il s'agisse de poésie, d'éloquence ou de politique, et ce qui dépasse l'instant : ce qui s'adresse aux quelques personnes intelligentes finit par conquérir la masse peu éclairée, tandis que ce qui ne s'adresse qu'à cette masse n'atteint jamais les premiers et finit par être oublié par les seconds eux-mêmes[910].
Une dernière remarque, sans attribution, avertit que vouloir sonder au-delà de la révélation et percer les mystères de la nature fait perdre le plaisir réel que l'une et l'autre procurent[911]. Une brève note d'actualité ferme le numéro : malgré la détresse économique de leur pays, les évêques catholiques d'Irlande, reçus en audience par le pape, lui remettent une bourse de plus de quarante mille dollars[912].
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Illustrations du numéro
Références
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- ↑ La Tour de Garde de septembre 1881, p. 251
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- ↑ La Tour de Garde de septembre 1881, p. 251
- ↑ La Tour de Garde de septembre 1881, p. 251
- ↑ « sa postérité, bien que »
- ↑ « Dieu avait prévu que »
- ↑ « C'est Christ Jésus »
- ↑ « Sa mort pour nos péchés »
- ↑ « son grand amour »
- ↑ « l'amour de Dieu »
- ↑ « une occasion de les manifester »
- ↑ « voulu par Dieu »
- ↑ « suppose d'examiner »
- ↑ « il n'est pas mort »
- ↑ « mourant tu mourras »
- ↑ « séparé de l'Éden »
- ↑ « Nous sommes tous »
- ↑ « en moyenne vers environ »
- ↑ « plus on avance »
- ↑ « nous tient maintenant »
- ↑ « n'ai jamais pu la considérer »
- ↑ « le pouvoir de la mort »
- ↑ « le salaire du péché »
- ↑ « impuni le coupable »
- ↑ « payé jusqu'au dernier centime »
- ↑ « ne peut pas se libérer lui-même »
- ↑ « au temps voulu »
- ↑ « en payant ce qui est dû »
- ↑ « le sang précieux »
- ↑ « n'avait aucun droit »
- ↑ « une rançon pour »
- ↑ « il l'a rachetée »
- ↑ La Tour de Garde de septembre 1881, p. 252
- ↑ La Tour de Garde de septembre 1881, p. 252
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- ↑ La Tour de Garde de septembre 1881, p. 253
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- ↑ La Tour de Garde de septembre 1881, p. 253
- ↑ La Tour de Garde de septembre 1881, p. 253
- ↑ « fait un spectacle »
- ↑ La Tour de Garde de septembre 1881, p. 254
- ↑ La Tour de Garde de septembre 1881, p. 254
- ↑ La Tour de Garde de septembre 1881, p. 254
- ↑ La Tour de Garde de septembre 1881, p. 254
- ↑ La Tour de Garde de septembre 1881, p. 254
- ↑ « précipités »
- ↑ « l'âme qui pèche »
- ↑ « le reste de la colère »
- ↑ La Tour de Garde de septembre 1881, p. 254
- ↑ « usurpation de »
- ↑ La Tour de Garde de septembre 1881, p. 254
- ↑ « gouvernement rival »
- ↑ « perpétuer son »
- ↑ « ne mourrez certainement pas »
- ↑ « sa propre expérience antérieure »
- ↑ « Abel sans vie »
- ↑ La Tour de Garde de septembre 1881, p. 254
- ↑ « limité ; jusque-là »
- ↑ « peuples païens »
- ↑ « le salaire du péché »
- ↑ La Tour de Garde de septembre 1881, p. 254
- ↑ « chemin étroit »
- ↑ La Tour de Garde de septembre 1881, p. 254
- ↑ « prendre sa puissance »
- ↑ La Tour de Garde de septembre 1881, p. 254
- ↑ La Tour de Garde de septembre 1881, p. 254
- ↑ La Tour de Garde de septembre 1881, p. 254
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- ↑ La Tour de Garde de septembre 1881, p. 254
- ↑ La Tour de Garde de septembre 1881, p. 254
- ↑ La Tour de Garde de septembre 1881, p. 254
- ↑ La Tour de Garde de septembre 1881, p. 254
- ↑ La Tour de Garde de septembre 1881, p. 255
- ↑ La Tour de Garde de septembre 1881, p. 255
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- ↑ La Tour de Garde de septembre 1881, p. 255
- ↑ La Tour de Garde de septembre 1881, p. 255
- ↑ « ceci est une méprise »
- ↑ La Tour de Garde de septembre 1881, p. 256
- ↑ La Tour de Garde de septembre 1881, p. 256
- ↑ La Tour de Garde de septembre 1881, p. 256
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- ↑ La Tour de Garde de septembre 1881, p. 256
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- ↑ La Tour de Garde de septembre 1881, p. 258
- ↑ La Tour de Garde de septembre 1881, p. 258
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- ↑ La Tour de Garde de septembre 1881, p. 258
- ↑ La Tour de Garde de septembre 1881, p. 258
- ↑ « la nature profondément mauvaise du péché »
- ↑ La Tour de Garde de septembre 1881, p. 259
- ↑ La Tour de Garde de septembre 1881, p. 259
- ↑ La Tour de Garde de septembre 1881, p. 259
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- ↑ La Tour de Garde de septembre 1881, p. 259
- ↑ La Tour de Garde de septembre 1881, p. 259
- ↑ La Tour de Garde de septembre 1881, p. 259
- ↑ La Tour de Garde de septembre 1881, p. 259
- ↑ La Tour de Garde de septembre 1881, p. 259
- ↑ La Tour de Garde de septembre 1881, p. 259
- ↑ La Tour de Garde de septembre 1881, p. 259
- ↑ « leur ancien état »
- ↑ La Tour de Garde de septembre 1881, p. 259
- ↑ La Tour de Garde de septembre 1881, p. 259
- ↑ La Tour de Garde de septembre 1881, p. 259
- ↑ La Tour de Garde de septembre 1881, p. 259
- ↑ « ainsi parle le Seigneur Dieu »
- ↑ La Tour de Garde de septembre 1881, p. 259
- ↑ La Tour de Garde de septembre 1881, p. 259
- ↑ La Tour de Garde de septembre 1881, p. 259
- ↑ La Tour de Garde de septembre 1881, p. 259
- ↑ La Tour de Garde de septembre 1881, p. 259
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- ↑ La Tour de Garde de septembre 1881, p. 259
- ↑ La Tour de Garde de septembre 1881, p. 259
- ↑ La Tour de Garde de septembre 1881, p. 259
- ↑ La Tour de Garde de septembre 1881, p. 259
- ↑ La Tour de Garde de septembre 1881, p. 259
- ↑ La Tour de Garde de septembre 1881, p. 259
- ↑ La Tour de Garde de septembre 1881, p. 259
- ↑ La Tour de Garde de septembre 1881, p. 259
- ↑ La Tour de Garde de septembre 1881, p. 259
- ↑ La Tour de Garde de septembre 1881, p. 259
- ↑ « perdus pour toute l'éternité »
- ↑ La Tour de Garde de septembre 1881, p. 260
- ↑ « voyez comme c'est harmonieux »
- ↑ La Tour de Garde de septembre 1881, p. 260
- ↑ La Tour de Garde de septembre 1881, p. 260
- ↑ La Tour de Garde de septembre 1881, p. 260
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- ↑ La Tour de Garde de septembre 1881, p. 260
- ↑ La Tour de Garde de septembre 1881, p. 260
- ↑ La Tour de Garde de septembre 1881, p. 260
- ↑ « ont reçu tous les bienfaits qui leur étaient dus par la rançon de Christ »
- ↑ « elles meurent maintenant pour leur propre péché volontaire, la seconde mort »
- ↑ « foulé aux pieds le Fils de Dieu »
- ↑ « le Christ, étant ressuscité, ne meurt plus »
- ↑ La Tour de Garde de septembre 1881, p. 261
- ↑ « n'aurait pas pu avoir été commis avant l'âge de l'Évangile »
- ↑ La Tour de Garde de septembre 1881, p. 261
- ↑ La Tour de Garde de septembre 1881, p. 261
- ↑ La Tour de Garde de septembre 1881, p. 261
- ↑ La Tour de Garde de septembre 1881, p. 261
- ↑ La Tour de Garde de septembre 1881, p. 261
- ↑ La Tour de Garde de septembre 1881, p. 261
- ↑ La Tour de Garde de septembre 1881, p. 261
- ↑ La Tour de Garde de septembre 1881, p. 261
- ↑ La Tour de Garde de septembre 1881, p. 261
- ↑ La Tour de Garde de septembre 1881, p. 261
- ↑ La Tour de Garde de septembre 1881, p. 261
- ↑ La Tour de Garde de septembre 1881, p. 261
- ↑ La Tour de Garde de septembre 1881, p. 261
- ↑ La Tour de Garde de septembre 1881, p. 261
- ↑ La Tour de Garde de septembre 1881, p. 261
- ↑ « rendue semblable au corps glorieux de Christ »
- ↑ La Tour de Garde de septembre 1881, p. 261
- ↑ La Tour de Garde de septembre 1881, p. 261
- ↑ « l'ange du Seigneur campe autour de ceux qui lui appartiennent, et les délivre »
- ↑ La Tour de Garde de septembre 1881, p. 261
- ↑ La Tour de Garde de septembre 1881, p. 261
- ↑ « Ne crains pas, je suis celui qui était mort »
- ↑ « voici, je suis vivant pour les siècles des siècles »
- ↑ La Tour de Garde de septembre 1881, p. 262
- ↑ La Tour de Garde de septembre 1881, p. 262
- ↑ La Tour de Garde de septembre 1881, p. 262
- ↑ La Tour de Garde de septembre 1881, p. 262
- ↑ « puis il apparut sous une autre forme à deux d'entre eux »
- ↑ La Tour de Garde de septembre 1881, p. 262
- ↑ La Tour de Garde de septembre 1881, p. 262
- ↑ La Tour de Garde de septembre 1881, p. 262
- ↑ La Tour de Garde de septembre 1881, p. 262
- ↑ La Tour de Garde de septembre 1881, p. 262
- ↑ « tout œil le verra (reconnaîtra) »
- ↑ La Tour de Garde de septembre 1881, p. 262
- ↑ « Alors commence un temps de trouble sur l'Église d'esprit mondain, et sur le monde »
- ↑ La Tour de Garde de septembre 1881, p. 263
- ↑ La Tour de Garde de septembre 1881, p. 263
- ↑ La Tour de Garde de septembre 1881, p. 263
- ↑ La Tour de Garde de septembre 1881, p. 263
- ↑ La Tour de Garde de septembre 1881, p. 263
- ↑ La Tour de Garde de septembre 1881, p. 263
- ↑ La Tour de Garde de septembre 1881, p. 263
- ↑ La Tour de Garde de septembre 1881, p. 264
- ↑ La Tour de Garde de septembre 1881, p. 264
- ↑ La Tour de Garde de septembre 1881, p. 264
- ↑ La Tour de Garde de septembre 1881, p. 264
- ↑ La Tour de Garde de septembre 1881, p. 264
- ↑ La Tour de Garde de septembre 1881, p. 264
- ↑ La Tour de Garde de septembre 1881, p. 264
- ↑ La Tour de Garde de septembre 1881, p. 264
- ↑ « le mystère d'iniquité avait commencé à agir même de son vivant »
- ↑ « Laissez-les croître ensemble jusqu'à la moisson »
- ↑ La Tour de Garde de septembre 1881, p. 264
- ↑ La Tour de Garde de septembre 1881, p. 264
- ↑ La Tour de Garde de septembre 1881, p. 264
- ↑ La Tour de Garde de septembre 1881, p. 264
- ↑ La Tour de Garde de septembre 1881, p. 264
- ↑ La Tour de Garde de septembre 1881, p. 264
- ↑ La Tour de Garde de septembre 1881, p. 264
- ↑ La Tour de Garde de septembre 1881, p. 264
- ↑ La Tour de Garde de septembre 1881, p. 264
- ↑ La Tour de Garde de septembre 1881, p. 264
- ↑ « le prince de la puissance de l'air »
- ↑ La Tour de Garde de septembre 1881, p. 264
- ↑ « le Soleil de justice se lèvera avec la guérison dans ses rayons »
- ↑ La Tour de Garde de septembre 1881, p. 264
- ↑ La Tour de Garde de septembre 1881, p. 264
- ↑ « il abaissa aussi les cieux et descendit, et l'obscurité était sous ses pieds »
- ↑ La Tour de Garde de septembre 1881, p. 265
- ↑ La Tour de Garde de septembre 1881, p. 265
- ↑ La Tour de Garde de septembre 1881, p. 265
- ↑ La Tour de Garde de septembre 1881, p. 265
- ↑ La Tour de Garde de septembre 1881, p. 265
- ↑ La Tour de Garde de septembre 1881, p. 265
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- ↑ La Tour de Garde de septembre 1881, p. 265
- ↑ La Tour de Garde de septembre 1881, p. 265
- ↑ La Tour de Garde de septembre 1881, p. 265
- ↑ La Tour de Garde de septembre 1881, p. 265
- ↑ La Tour de Garde de septembre 1881, p. 265
- ↑ La Tour de Garde de septembre 1881, p. 265
- ↑ « cet homme est la grande puissance (médium) de Dieu »
- ↑ « plein de toute ruse et de toute malice, fils du diable, ennemi de toute justice »
- ↑ La Tour de Garde de septembre 1881, p. 266
- ↑ La Tour de Garde de septembre 1881, p. 266
- ↑ La Tour de Garde de septembre 1881, p. 266
- ↑ La Tour de Garde de septembre 1881, p. 266
- ↑ La Tour de Garde de septembre 1881, p. 266
- ↑ La Tour de Garde de septembre 1881, p. 266
- ↑ La Tour de Garde de septembre 1881, p. 266
- ↑ La Tour de Garde de septembre 1881, p. 266
- ↑ La Tour de Garde de septembre 1881, p. 266
- ↑ La Tour de Garde de septembre 1881, p. 266
- ↑ La Tour de Garde de septembre 1881, p. 266
- ↑ « revêtez toute l'armure de Dieu, afin que vous puissiez résister »
- ↑ La Tour de Garde de septembre 1881, p. 267
- ↑ La Tour de Garde de septembre 1881, p. 267
- ↑ La Tour de Garde de septembre 1881, p. 267
- ↑ La Tour de Garde de septembre 1881, p. 267
- ↑ « ils n'iront pas plus loin, car leur folie sera manifeste à tous les hommes »
- ↑ La Tour de Garde de septembre 1881, p. 267
- ↑ La Tour de Garde de septembre 1881, p. 267
- ↑ La Tour de Garde de septembre 1881, p. 267
- ↑ La Tour de Garde de septembre 1881, p. 267
- ↑ La Tour de Garde de septembre 1881, p. 267
- ↑ La Tour de Garde de septembre 1881, p. 267
- ↑ La Tour de Garde de septembre 1881, p. 267
- ↑ « en ce temps de la Bible »
- ↑ La Tour de Garde de septembre 1881, p. 268
- ↑ La Tour de Garde de septembre 1881, p. 268
- ↑ La Tour de Garde de septembre 1881, p. 268
- ↑ La Tour de Garde de septembre 1881, p. 268
- ↑ La Tour de Garde de septembre 1881, p. 268
- ↑ La Tour de Garde de septembre 1881, p. 268
- ↑ La Tour de Garde de septembre 1881, p. 269
- ↑ La Tour de Garde de septembre 1881, p. 269
- ↑ La Tour de Garde de septembre 1881, p. 269
- ↑ La Tour de Garde de septembre 1881, p. 269
- ↑ La Tour de Garde de septembre 1881, p. 269
- ↑ « brûlera comme une fournaise »
- ↑ « il fait cesser les guerres »
- ↑ « transformez vos socs de charrue en épées »
- ↑ « la montagne de Jéhovah »
- ↑ « apprennent la justice »
- ↑ « un livre ouvert »
- ↑ « jour de jugement »
- ↑ « Venez, vous qui êtes bénis »
- ↑ « le pouvoir de la mort »
- ↑ « Dieu est amour »
- ↑ « retranchement éternel »
- ↑ « remettra la domination »
- ↑ « royaume éternel »
- ↑ « Jéhovah règne »
- ↑ « un vaste cimetière »
- ↑ « la restauration de toutes choses »
- ↑ La Tour de Garde de septembre 1881, p. 270
- ↑ « onze générations »
- ↑ La Tour de Garde de septembre 1881, p. 270
- ↑ « l'île d'Irlande »
- ↑ « des gens qui devraient »
- ↑ « sa traduction est : Oint »
- ↑ La Tour de Garde de septembre 1881, p. 270
- ↑ « le Saint-Esprit descendit »
- ↑ « participants de la nature divine »
- ↑ « cohéritiers »
- ↑ La Tour de Garde de septembre 1881, p. 270
- ↑ « appelés, et élus »
- ↑ « l'ouverture de ses vêtements »
- ↑ « un seul corps »
- ↑ « séparés de lui, nous ne sommes rien »
- ↑ La Tour de Garde de septembre 1881, p. 271
- ↑ « Grâce, grâce sur elle »
- ↑ « la main puissante de Dieu »
- ↑ La Tour de Garde de septembre 1881, p. 271
- ↑ « les âges à venir »
- ↑ La Tour de Garde de septembre 1881, p. 271
- ↑ « Vous seuls ai-je connus »
- ↑ La Tour de Garde de septembre 1881, p. 271
- ↑ « une ombre des biens à venir »
- ↑ La Tour de Garde de septembre 1881, p. 272
- ↑ « le dernier ennemi qui sera détruit, c'est la mort »
- ↑ La Tour de Garde de septembre 1881, p. 272
- ↑ La Tour de Garde de septembre 1881, p. 272
- ↑ « un chevauchement des âges »
- ↑ « au milieu de la semaine »
- ↑ La Tour de Garde de septembre 1881, p. 272
- ↑ « l'annonce fut prêchée aux non-Juifs aussi »
- ↑ La Tour de Garde de septembre 1881, p. 272
- ↑ « trois ans et demi plus tard »
- ↑ « les sept dernières plaies »
- ↑ « la Loi n'a rien amené à la perfection »
- ↑ La Tour de Garde de septembre 1881, p. 273
- ↑ « un culte raisonnable »
- ↑ La Tour de Garde de septembre 1881, p. 273
- ↑ « cachée avec le Christ en Dieu »
- ↑ « revêtir l'immortalité »
- ↑ La Tour de Garde de septembre 1881, p. 273
- ↑ « ennemis par leurs œuvres mauvaises »
- ↑ La Tour de Garde de septembre 1881, p. 273
- ↑ La Tour de Garde de septembre 1881, p. 273
- ↑ « ayant quitté la gloire de la condition spirituelle »
- ↑ « taureaux et boucs, qui ne peuvent jamais enlever le péché »
- ↑ « la ressemblance d'une chair de péché »
- ↑ La Tour de Garde de septembre 1881, p. 274
- ↑ « premier-né d'entre les morts »
- ↑ La Tour de Garde de septembre 1881, p. 274
- ↑ La Tour de Garde de septembre 1881, p. 274
- ↑ La Tour de Garde de septembre 1881, p. 274
- ↑ « la robe de justice de Jésus couvre toutes les imperfections »
- ↑ La Tour de Garde de septembre 1881, p. 274
- ↑ La Tour de Garde de septembre 1881, p. 274
- ↑ La Tour de Garde de septembre 1881, p. 274
- ↑ « nous ne nous endormirons pas tous, mais nous serons tous changés »
- ↑ La Tour de Garde de septembre 1881, p. 274
- ↑ « petit troupeau »
- ↑ « grande compagnie »
- ↑ « des loups déguisés en brebis »
- ↑ La Tour de Garde de septembre 1881, p. 275
- ↑ « la moisson est la fin de l'âge »
- ↑ La Tour de Garde de septembre 1881, p. 275
- ↑ « de taille égale et de mesure égale »
- ↑ « vrais Israélites en qui il n'y avait pas de fraude »
- ↑ La Tour de Garde de septembre 1881, p. 275
- ↑ « depuis 1874 »
- ↑ La Tour de Garde de septembre 1881, p. 275
- ↑ « confusion, ou Babylone »
- ↑ La Tour de Garde de septembre 1881, p. 275
- ↑ « les justes resplendiront comme le soleil »
- ↑ « bois, foin, chaume »
- ↑ La Tour de Garde de septembre 1881, p. 275
- ↑ « petits et grands »
- ↑ « les noces de l'Agneau »
- ↑ La Tour de Garde de septembre 1881, p. 275-276
- ↑ « heureux ceux qui sont appelés au repas des noces de l'Agneau »
- ↑ « une louange dans toute la terre »
- ↑ La Tour de Garde de septembre 1881, p. 276
- ↑ « je les écrirai dans leurs esprits »
- ↑ La Tour de Garde de septembre 1881, p. 276
- ↑ La Tour de Garde de septembre 1881, p. 276
- ↑ « bonne volonté envers les hommes »
- ↑ La Tour de Garde de septembre 1881, p. 276
- ↑ « le corps d'Abraham »
- ↑ « un corps d'une autre nature »
- ↑ « une âme vivante »
- ↑ « cette nuit même ton âme te sera redemandée »
- ↑ La Tour de Garde de septembre 1881, p. 276
- ↑ La Tour de Garde de septembre 1881, p. 276
- ↑ La Tour de Garde de septembre 1881, p. 276
- ↑ La Tour de Garde de septembre 1881, p. 276
- ↑ « c'est l'être qui meurt »
- ↑ « il a répandu son âme jusqu'à la mort »
- ↑ « le rétablissement de l'être »
- ↑ « deux sortes générales de corps »
- ↑ La Tour de Garde de septembre 1881, p. 277
- ↑ « connaître la communion de ses souffrances »
- ↑ « un sacrifice vivant, saint, agréable à Dieu »
- ↑ La Tour de Garde de septembre 1881, p. 277
- ↑ La Tour de Garde de septembre 1881, p. 277
- ↑ La Tour de Garde de septembre 1881, p. 277
- ↑ « il est semé corps animal, il ressuscite corps spirituel »
- ↑ « lors de sa présence »
- ↑ La Tour de Garde de septembre 1881, p. 277
- ↑ « la cause de beaucoup de confusion et d'erreur »
- ↑ La Tour de Garde de septembre 1881, p. 278
- ↑ « le dernier ennemi, la mort »
- ↑ « des mots d'homme et non de Dieu »
- ↑ « le grand abandon de la foi »
- ↑ « car c'est à toi qu'appartiennent le règne »
- ↑ « le manuscrit du Sinaï »
- ↑ La Tour de Garde de septembre 1881, p. 278
- ↑ « le petit temps »
- ↑ La Tour de Garde de septembre 1881, p. 278
- ↑ La Tour de Garde de septembre 1881, p. 278
- ↑ « ils vécurent et régnèrent avec Christ mille ans »
- ↑ « à Dieu, le Père, seul »
- ↑ La Tour de Garde de septembre 1881, p. 278
- ↑ « un peu moindre que les anges »
- ↑ « notre race a perdu la vie »
- ↑ La Tour de Garde de septembre 1881, p. 279
- ↑ La Tour de Garde de septembre 1881, p. 279
- ↑ La Tour de Garde de septembre 1881, p. 279
- ↑ « habitant une lumière inaccessible »
- ↑ « d'avoir la vie en lui-même »
- ↑ « celui qui n'a pas le Fils n'a pas la vie »
- ↑ « combattent le bon combat de la foi »
- ↑ La Tour de Garde de septembre 1881, p. 279
- ↑ « un édifice qui vient de Dieu »
- ↑ La Tour de Garde de septembre 1881, p. 279
- ↑ « les choses invisibles sont éternelles »
- ↑ La Tour de Garde de septembre 1881, p. 279
- ↑ La Tour de Garde de septembre 1881, p. 279
- ↑ La Tour de Garde de septembre 1881, p. 279-280
- ↑ « avoir la vie en lui-même »
- ↑ « il était assuré d'une vie éternelle tant qu'il restait obéissant »
- ↑ « taureaux et boucs, qui ne peuvent jamais enlever le péché »
- ↑ La Tour de Garde de septembre 1881, p. 280
- ↑ « absorbée par l'immortalité »
- ↑ La Tour de Garde de septembre 1881, p. 280
- ↑ « sa vie, en rançon pour beaucoup »
- ↑ La Tour de Garde de septembre 1881, p. 280
- ↑ « Dieu l'a souverainement élevé »
- ↑ La Tour de Garde de septembre 1881, p. 280
- ↑ La Tour de Garde de septembre 1881, p. 280
- ↑ La Tour de Garde de septembre 1881, p. 280
- ↑ La Tour de Garde de septembre 1881, p. 280
- ↑ « le prince de leur salut »
- ↑ « le prix de sa haute vocation »
- ↑ La Tour de Garde de septembre 1881, p. 281
- ↑ « ceux qui pèchent contre le Saint-Esprit »
- ↑ La Tour de Garde de septembre 1881, p. 281
- ↑ « la destruction de la chair »
- ↑ La Tour de Garde de septembre 1881, p. 281
- ↑ La Tour de Garde de septembre 1881, p. 281
- ↑ La Tour de Garde de septembre 1881, p. 281
- ↑ « l'amitié du monde est inimitié contre Dieu »
- ↑ La Tour de Garde de septembre 1881, p. 281
- ↑ La Tour de Garde de septembre 1881, p. 281
- ↑ « dix-huit fois »
- ↑ La Tour de Garde de septembre 1881, p. 281
- ↑ « vous jugerez les anges »
- ↑ La Tour de Garde de septembre 1881, p. 281
- ↑ « le bon combat de la foi »
- ↑ « le bloc de granit... devient une marche »
- ↑ « l'âme qui pèche, c'est elle qui mourra »
- ↑ « celui qui tient le pouvoir de la mort »
- ↑ « comme les étincelles s'envolent vers le haut »
- ↑ La Tour de Garde de septembre 1881, p. 282
- ↑ La Tour de Garde de septembre 1881, p. 282
- ↑ « assurée à toute la descendance »
- ↑ La Tour de Garde de septembre 1881, p. 282
- ↑ La Tour de Garde de septembre 1881, p. 282
- ↑ « je me tenais entre le Seigneur et vous »
- ↑ La Tour de Garde de septembre 1881, p. 282
- ↑ La Tour de Garde de septembre 1881, p. 282
- ↑ « le sang des taureaux et des boucs »
- ↑ La Tour de Garde de septembre 1881, p. 282
- ↑ La Tour de Garde de septembre 1881, p. 282
- ↑ « je briserai l'arc, l'épée et le combat »
- ↑ La Tour de Garde de septembre 1881, p. 282
- ↑ « Jésus, le médiateur de la nouvelle alliance »
- ↑ La Tour de Garde de septembre 1881, p. 283
- ↑ « remplira toute la terre »
- ↑ La Tour de Garde de septembre 1881, p. 283
- ↑ « le grand Prophète et Médiateur »
- ↑ « il ne sera encore qu'un enfant »
- ↑ « héritier de la première alliance »
- ↑ « l'Israël spirituel »
- ↑ « la nouvelle alliance »
- ↑ « six fils »
- ↑ « la promesse de l'héritage éternel »
- ↑ « généralement considérée comme une parole de notre Seigneur »
- ↑ « beau lin » et « pourpre »
- ↑ La Tour de Garde de septembre 1881, p. 283
- ↑ « une catégorie de personnes et une condition »
- ↑ La Tour de Garde de septembre 1881, p. 283
- ↑ « Quel avantage a donc le Juif ? »
- ↑ La Tour de Garde de septembre 1881, p. 283
- ↑ La Tour de Garde de septembre 1881, p. 283
- ↑ « la miette de faveur désirée »
- ↑ La Tour de Garde de septembre 1881, p. 283
- ↑ « la descendance d'Abraham »
- ↑ La Tour de Garde de septembre 1881, p. 283
- ↑ La Tour de Garde de septembre 1881, p. 283
- ↑ « Ô profondeur des richesses »
- ↑ La Tour de Garde de septembre 1881, p. 284
- ↑ « pressé entre les deux »
- ↑ « de loin préférable »
- ↑ « qui attendent que leur maître revienne »
- ↑ La Tour de Garde de septembre 1881, p. 284
- ↑ « acheter du vin et du lait sans argent »
- ↑ « son prix dépasse celui des rubis »
- ↑ « le jour de la vengeance de notre Dieu »
- ↑ La Tour de Garde de septembre 1881, p. 284
- ↑ La Tour de Garde de septembre 1881, p. 284
- ↑ « la sagesse terrestre raisonnerait ainsi »
- ↑ « abominations aux yeux de Dieu »
- ↑ « perdre sa réputation »
- ↑ « Par la grâce de Dieu, je le ferai ! »
- ↑ « nous n'allons pas faire passer la corbeille »
- ↑ La Tour de Garde de septembre 1881, p. 284
- ↑ « sept éléments »
- ↑ « un exemple afin que vous fassiez »
- ↑ « héritiers du royaume »
- ↑ « pauvre, méprisée compagnie »
- ↑ « L'amour est porté à l'activité »
- ↑ « Ce qui ne plaît qu'un instant »
- ↑ « dès l'instant où nous essayons »
- ↑ « une bourse de plus de 40 000 dollars »