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La Tour de Garde de juin 1881

De Tj-encyclopédie
La Tour de Garde de juin 1881
Revue La Tour de Garde
Date 1881
Auteur(s) J. H. Thomas, J. H. P.
Année 1881
Langue Anglais
Pays États-Unis
Éditeur Zion's Watch Tower Tract Society

Ce numéro de juin 1881 est entièrement centré sur une urgence : quitter les Églises établies avant octobre 1881, date à laquelle la période de faveur individuelle est présentée comme terminée. Les lecteurs sont invités à fuir ce qui est désigné comme la « maison nominale », en abandonnant sur-le-champ honneurs, amitiés et réputation. Deux personnages bibliques — Lot et sa femme — servent à illustrer les risques de l'hésitation.

Le numéro articule cette exhortation à un calendrier prophétique détaillé : 1873 comme début du septième millénaire, 1878 comme abandon de l'Église nominale, 1881 comme clôture de l'appel au petit troupeau. J. H. P. signe un long développement sur la présence invisible du Christ et son lien nécessaire avec la moisson. A. D. Jones traite de Melchisédec comme figure du Christ et de son Église. Un troisième contributeur, le docteur J. H. Thomas, défend la fiabilité de la Bible devant une société libre-penseuse, en s'appuyant sur l'accomplissement des prophéties concernant l'apostasie et la papauté.

Analyse

Croyances

L'histoire d'Israël comme modèle du temps présent

Presque tous les raisonnements du mois rePresque tous les raisonnements du mois reposent sur la même idée : ce qui est arrivé à Israël annonce ce qui arrive maintenant à l'Église. La destruction de Jérusalem en 70 est reconnue comme un fait réel. Flavius Josèphe est même cité pour ses mères affamées.[1] Mais cet événement n'est qu'une « ombre » de la moisson en cours, et l'avertissement de Jésus vise d'abord la fin de l'âge présent.[2] La tradition chrétienne ancienne lisait plutôt dans ce passage la fuite des chrétiens de Jérusalem vers Pella, avant le siège de 70. Eusèbe la rapporte, mais les historiens discutent la fiabilité de ce récit.[3] Ici, l'application ancienne est admise, mais elle passe au second plan.

Ce parallèle vient de Nelson Barbour. Barbour tirait d'Ésaïe 40:2 l'idée d'un « double ». Selon lui, l'âge de l'Évangile devait durer exactement autant que l'âge juif, soit 1 845 ans.[4] Le parallèle ne sert pas seulement aux dates. Le zèle des pharisiens pour gagner des prosélytes et le Temple d'Hérode tout juste achevé servent à juger les belles églises, la musique et le succès apparent des confessions de 1881.[5] Paton en fait aussi un argument contre ceux qui refusent la présence du Christ. Le Christ était présent pour ouvrir la moisson juive ; il doit donc l'être aussi pour la moisson de l'Évangile.[6]

Le récit d'Élie, de Jézabel et d'Achab s'applique de la même manière. Élie représente les enseignants fidèles de la Bible. Jézabel représente la papauté. Achab représente l'Empire romain, dont la papauté s'est servie pour persécuter.[7] Les trois ans et demi de la persécution d'Élie deviennent les 1 260 ans de persécution papale, terminés en 1798.[8] En avril 1880, la même date marquait le moment où les deux témoins d'Apocalypse 11:3 cessaient d'être enfermés dans une langue morte.[9] Le personnage d'Élie occupait aussi les rivaux du groupe : au même moment, Barbour publie dans son propre périodique une série intitulée « Le type d'Élie ».[10]

Ce récit couvre le passé, le présent et l'avenir. Pour le passé, il explique la persécution. Pour le présent, il justifie ceux qui dénoncent les Églises : accusés comme Élie de « troubler Israël », ils répondent qu'ils le veulent.[11] Pour l'avenir, il annonce la fin de Jézabel : « que Jézabel soit mangée par les chiens — les dégradés — c'est-à-dire la papauté ». La condamnation s'étend ensuite à toute l'Église nominale, tandis que le « petit troupeau » sera enlevé comme Élie dans le tourbillon.[12]

A. D. Jones applique la même méthode au nom du Christ. Melchisédec, roi de justice puis roi de paix, sert de type au Christ.[13] Le nom « le Seigneur, notre justice » est donné au roi, puis à la Jérusalem glorifiée qui porte « ce même nom ».[14] Cette double application rapproche deux versets de Jérémie. En Jérémie 23:6, ce nom est celui du roi à venir. En Jérémie 33:16, il est donné à la ville.[15] Jones en conclut que l'Épouse portera le nom de l'Époux. Il ajoute que leur mariage doit avoir lieu avant que les nations soient bénies.[16] Russell avait adopté ce schéma en 1877 auprès de Barbour : l'Église, d'une autre nature que les hommes, devait servir à bénir Israël puis toutes les nations.[17]

Le tabernacle reçoit un autre usage. En novembre 1880, ses trois espaces décrivaient les états successifs du Christ et les deux naissances du croyant.[18] En juin 1881, Paton prend le parvis et le lieu saint pour expliquer l'invisibilité. Le parvis est visible de tous. Le lieu saint, couvert de peaux qu'aucun regard ne traverse, représente la vie cachée du croyant.[19] L'objet biblique sert ici à rendre acceptable l'idée d'une présence que personne ne voit.

Une présence invisible et une échéance en octobre

L'article signé J. H. P., c'est-à-dire John Henry Paton, donne la justification la plus détaillée de la présence invisible. Il part du grec : « le mot grec parousia ne signifie pas l'acte de venir, mais le fait d'être présent ».[20] Cette lecture ne vient pas du groupe de Pittsburgh. Au début du XIXᵉ siècle, le pasteur anglais Robert Govett soutenait déjà que parousia devait se traduire par « présence ».[21] Les papyri grecs montrent pourtant que le mot désignait souvent la visite officielle d'un souverain, accueillie publiquement. Il s'agissait donc d'une arrivée visible, non d'une présence cachée.[22]

Paton ajoute un deuxième mot. Suntelia, traduit par « fin », désignerait une période et non un instant.[23] Les traductions modernes rendent d'ailleurs l'expression de Matthieu 24:3 par « achèvement de l'âge », et non plus par « fin du monde ».[24] Paton ne cherche pas seulement à corriger une traduction. Il veut montrer que la présence du Christ et la moisson n'ont qu'un seul signe. Celui qui croit la moisson commencée doit donc admettre que le Christ est présent.[25]

Ce raisonnement permet aussi de parler plus doucement des opposants. En octobre 1880, le « mauvais serviteur » de Matthieu 24:48 était celui qui avait connu la vraie date du retour puis l'avait abandonnée. Sa faute concernait donc la chronologie.[26] En juin 1881, Paton précise que le passage ne condamne pas le doute honnête. Il condamne l'esprit persécuteur de celui qui frappe ses compagnons.[27]

Le calendrier donne à cette présence une durée limitée. « le septième millier (ou sabbat — le septième jour est le "sabbat") a commencé en 1873 ».[28] Barbour présentait déjà le septième millénaire comme le grand sabbat de la restauration.[29] En juin 1881, ce « sabbat » sert aussi à lire Matthieu 24:20. Le texte demande de prier pour que la fuite n'ait pas lieu un jour de sabbat. Or, depuis 1873, les règles imposées par les Églises gênent ceux qui veulent les quitter rapidement.[30]

L'année 1878 est présentée comme l'exact parallèle de l'abandon de la maison juive.[31] Après cette date, une faveur continue pendant trois ans et demi pour ceux qui sont encore dans les Églises. Elle doit s'arrêter en octobre 1881.[32] Dans le calcul de Russell, cette échéance correspond à l'an 36. Cette année-là, avec Corneille, la prédication cessa d'être réservée aux Juifs.[33]

La suite est tirée d'Apocalypse 14:14-18. Sept ans de moisson des prémices doivent être suivis de trente-trois ans de détresse, appelés la moisson de la « vigne de la terre ».[34] Les deux périodes réunies vont de 1874 à 1914. Selon Bernard Blandre, la moisson n'est passée de trois ans et demi à sept ans qu'après la déception du printemps 1878.[35]

Pour Melvin Curry, cité par Penton, l'échéance de 1881 détournait l'attention de la déception de 1878 et poussait les lecteurs à prêcher davantage.[36] Penton rappelle aussi que Russell attendait pour 1881 le changement des saints, lui compris.[37] En juin 1881, cette date devient surtout une date limite pour sortir : « la moisson vient toujours en été et est suivie des gelées destructrices de l'hiver ».[38]

Babylone : toutes les Églises, avec la papauté à leur tête

Le jugement porté sur les Églises est sévère. Leurs credos sont comparés au lit trop court d'Ésaïe 28:20. Ils suffisent aux débutants, mais deviennent inconfortables pour ceux qui progressent.[39] Une grande partie de leurs membres ne donne aucune preuve d'avoir reçu l'esprit de Dieu.[40] L'homme simplement honnête y est accueilli sans réel changement de vie. On lui dit que, puisqu'il est moral, il n'est pas pécheur.[41] Cette admission nuit à la fois à cet homme et à l'Église, qui se remplit d'« ivraie » au point de cacher le blé.[42]

Le protestantisme courant identifiait le plus souvent Babylone à Rome. Russell, lui, appelait Babylone « l'Église nominale », c'est-à-dire l'ensemble des Églises existantes.[43] Les textes de juin 1881 vont dans ce sens. La « maison » qu'il faut quitter est l'Église nominale tout entière, présentée comme une maison de confusion.[44]

La papauté garde pourtant la première place dans cette accusation. Dans l'allocution de J. H. Thomas, l'« homme de péché » de Paul est identifié à « un homme à la tête d'un système ecclésiastique, s'exhibant comme objet de l'hommage le plus élevé sur la terre ».[45] L'union de l'Église et de l'État y est présentée comme la marque de l'apostasie.[46]

Cette lecture contre le catholicisme est ancienne. Elle remonte au Moyen Âge, passe par les puritains et devient particulièrement violente aux États-Unis entre 1830 et 1860.[47] La même accusation s'étend ensuite aux autres Églises. Jézabel désigne la papauté, mais aussi toute l'Église nominale, parce qu'elle réunit elle aussi l'Église et le monde.[48]

Les responsables religieux sont visés directement. Ceux qui « donnent le sein » sont identifiés aux pasteurs et aux enseignants : « ils sont les ministres, chefs de classe et instructeurs des classes bibliques de l'église ».[49] On leur reproche de garder les fidèles au « lait » et de les empêcher de goûter une nourriture plus solide. La partie la plus dure de l'épreuve leur est réservée.[50] Les deux personnes qui moulent ensemble, dont l'une est prise et l'autre laissée, représentent aussi les enseignants.[51]

Partir avant l'hiver : ce qu'il faut abandonner

Le prix de la sortie est clairement indiqué. Les « affaires » laissées dans la maison sont l'honneur, le respect, les liens de famille et les amitiés. Leur valeur est reconnue, mais elles doivent être abandonnées.[52] Celui qui aime davantage sa maison, sa réputation ou ses proches que l'Époux est jugé indigne de faire partie de l'Épouse. La femme de Lot sert d'exemple à éviter.[53]

La réaction des Églises est décrite à l'avance. Celui qui veut partir sera d'abord flatté. Ensuite, on examinera sa conduite pour le faire passer pour exclu plutôt que parti de lui-même.[54] Les sociologues John Lofland et Rodney Stark ont observé un mécanisme semblable dans les conversions : les liens avec le nouveau groupe se renforcent, tandis que ceux avec l'extérieur s'affaiblissent.[55] Stark ajoute que plus une personne a investi dans une religion, plus il lui coûte d'en changer.[56] En 1881, ce coût est présenté comme une condition attendue de la consécration.

L'exemple de Jésus rend ce prix encore plus concret. Sa consécration l'a coupé de l'Église de son temps, de ses frères, qui ne croyaient pas en lui, et de ses concitoyens.[57] Le lecteur doit se demander si son propre nom a été rejeté de la même façon. Selon la parole « s'ils m'ont haï, ils vous haïront aussi », ce rejet devient un signe qu'il suit Jésus de près.[58]

Le langage de la nourriture oppose la vérité enseignée par le groupe aux credos des Églises. Le lait convient aux débutants, la viande aux croyants mûrs. La « nourriture en temps voulu » de Matthieu 24:45 est donnée une fois le Seigneur venu.[59] L'expression rappelle le titre d'une brochure de Jonas Wendell publiée en 1870 : La Vérité présente, ou la nourriture de saison.[60] Russell avait entendu Wendell à Allegheny la même année.[61]

Les critères de l'« ami » du Christ vont dans la même direction. En janvier 1880, Jean 16:13 servait à distinguer deux choses : la Bible, désormais complète, et la compréhension, qui progresse de génération en génération.[62] En juin 1881, ce verset sert à évaluer chaque croyant. Il faut se demander si « l'esprit vous conduit-il chaque jour vers une compréhension toujours plus grande de ses paroles et de son plan ».[63] Si ce progrès manque, le croyant ne fait sans doute pas partie des amis particuliers du Christ.[64] La compréhension du plan de Dieu devient ainsi une preuve de l'état spirituel de chacun.

Deux rangs de sauvés, selon le moment du départ

Ésaïe 66:7 sert à distinguer deux groupes : « mais ceux qui seront membres du premier-né sortiront avant le travail ». La « grande compagnie » naîtra ensuite, pendant les douleurs de Sion.[65] En janvier 1881, le même verset était déjà appliqué au petit troupeau et à la grande multitude. Mais le « travail » de Sion désignait alors le renversement de l'Église nominale commencé en 1878.[66] En juin 1881, ce travail correspond à l'« hiver » qui doit commencer après octobre. Le rang de chacun dépend donc du moment où il quitte les Églises.[67]

George Storrs distinguait déjà un « petit troupeau » de saints et la « grande foule » d'Apocalypse 7. Mais chez lui, cette grande foule apparaissait dans un âge futur et vivait sur la terre.[68] En juin 1881, la grande compagnie est composée de chrétiens nés de Sion pendant sa détresse.[69]

La récompense promise aux premiers explique les sacrifices demandés. Ils deviendront cohéritiers de Jésus et participeront à la nature divine et à l'immortalité.[70] Leur corps sera changé « en un instant, en un clin d'œil ».[71] Jésus lui-même ne reçoit l'immortalité qu'après sa mort et son exaltation, car Dieu est « le seul qui possède l'immortalité » selon 1 Timothée 6:16.[72]

Cette position n'était pas celle d'octobre 1880. On y lisait que le Christ préexistant tenait déjà son immortalité d'un don du Père et qu'il avait porté en même temps la nature divine et la nature humaine.[73] Juin 1881 revient plutôt à l'idée de juin 1880 : Jésus n'a pas eu deux natures en même temps, mais l'une après l'autre.[74] Cette conception vient du courant de Henry Grew et de George Storrs. Pour eux, l'âme n'est pas immortelle par nature et l'immortalité est un don lié à la foi.[75] En 1881, ce principe s'applique aussi au Christ.

Après l'Épouse : Israël rétabli et l'humanité rendue à la vie

La restauration de l'humanité est présentée avec prudence. Romains 5:18-19 oppose la condamnation venue par un seul homme à la justification venue par un autre. L'auteur demande pourquoi la seconde partie de la phrase aurait une portée plus limitée que la première.[76] Il refuse pourtant d'affirmer catégoriquement que les hommes vivront de nouveau dans la chair. Il met en garde contre le fait d'être « il existe une chose telle qu'être trop sage, ou sage au-delà de ce qui est écrit ».[77]

Paton était plus affirmatif dans The Day Dawn. Selon lui, puisque Sodome n'avait laissé aucun survivant, son retour « à son ancien état » supposait une résurrection.[78] En juin 1881, l'auteur envisage une autre lecture d'Ézéchiel 16:53 : Dieu dirait qu'il ne rétablira ni Sodome ni Jérusalem. Il écarte cette interprétation à l'aide du verset suivant.[79] Certains commentateurs modernes défendent pourtant cette lecture : rendre le retour de Jérusalem aussi impossible que celui de Sodome reviendrait à constater son désespoir, non à faire une promesse.[80]

Cette doctrine a des sources connues. Storrs défendait déjà un salut plus large dans l'âge à venir.[81] Russell s'intéressait aussi aux idées d'Henry Dunn sur deux formes de salut et sur les « temps de restitution ».[82] En 1881, l'auteur répond aussi à une objection morale : annoncer cette restauration enlèverait toute raison de se repentir. Sa réponse est que cacher ce que Dieu a fait dire à ses prophètes reviendrait à l'accuser de manquer de sagesse.[83]

Le retour d'Israël appartient à la même attente. L'allocution reproduite voit un commencement d'accomplissement dans trois faits : 30 000 Juifs vivent à Jérusalem et autour, la Grande-Bretagne protège la région après la Convention anglo-turque, et des colonies agricoles sont prévues.[84] La suite est annoncée : la Russie viendra chercher du butin, les « lions britanniques » s'opposeront à elle, puis la bataille d'Harmaguédon aura lieu sur les montagnes d'Israël.[85] Russell lisait déjà dans le congrès de Berlin, Disraeli, Montefiore et les Rothschild les premiers signes de la faveur rendue aux Juifs.[86]

Une distinction apparaît avec juillet 1880. Ce numéro utilisait l'avertissement contre ceux qui disent « il est au désert » pour rejeter les projets chrétiens d'installation en Palestine.[87] En juin 1881, l'installation des Juifs en Palestine est au contraire saluée comme un accomplissement des prophéties.[88] Le groupe refuse donc que des chrétiens partent attendre le Christ en Palestine, mais il voit dans le retour des Juifs un signe prophétique. Ce lien entre les Juifs et la prophétie relève de ce qu'on appellera le Sionisme chrétien.[89]

La Bible défendue contre les incroyants

La défense de la Bible vient d'un auteur extérieur au groupe. J. H. Thomas avait prononcé son allocution devant une société incroyante, et elle avait été publiée dans Restitution.[90] Ce périodique, dirigé par S. A. Chaplin, appartenait au courant adventiste dit de « l'âge à venir », voisin du groupe de Russell.[91] Ses arguments sont classiques. La survie des Juifs est jugée inexplicable sans Dieu. Les prophéties sur Tyr et Samarie se seraient accomplies dans le détail. Les quatre empires prouveraient également la justesse des prophéties.[92] Le colonel Robert G. Ingersoll est nommé comme adversaire.[93]

L'incroyance a pourtant un autre rôle dans les écrits du groupe. En janvier 1881, Ingersoll et le spiritisme faisaient partie des forces chargées de renverser la Sion nominale.[94] En juin 1881 encore, l'incrédulité doit troubler l'Église jusqu'à ce qu'elle comprenne enfin le plan de Dieu.[95] Les incroyants sont donc des adversaires lorsqu'ils attaquent la Bible. Mais ils servent aussi au jugement des Églises.

L'accusation contre la papauté sert d'argument en faveur de la Bible. Personne, selon Thomas, n'aurait pu décrire dix-huit siècles à l'avance une apostasie aussi précise sans inspiration divine.[96] La critique des Églises devient ainsi une preuve de l'exactitude des prophéties. Or cette exactitude est aussi celle sur laquelle reposent les dates de 1873, 1878 et 1881.


Organisation et histoire

Quitter les Églises avant octobre, contre leur clergé

En juin 1881, l'appel à quitter les Églises reçoit une échéance précise. Les trois ans et demi de faveur ouverts en 1878 doivent finir en octobre de l'année en cours. Après cette date, la voix de l'Épouse ne se ferait plus entendre dans la « maison » de Babylone.[97] La consigne est concrète. Celui qui est « sur le toit » ne doit pas redescendre chercher ses affaires. Ces affaires sont nommées : l'honneur, le respect, les liens de famille et les amitiés.[98] L'exigence n'est pas neuve dans sa forme. En janvier 1881, tous les membres de l'Épouse devaient déjà être sortis des Églises avant l'automne.[99] Le ton s'est pourtant durci depuis la fin de 1879. En novembre 1879, la réponse restait mesurée : il fallait quitter son Église seulement si elle vivait unie au monde. Un groupe qui se tenait à l'écart du monde n'était « pas une partie de Babylone ».[100] En juin 1881, la « maison » à fuir est l'Église nominale tout entière, où le froment et l'ivraie sont mêlés. C'est elle, dans son ensemble, qui est vouée à s'effondrer.[101] L'historien Melvin Curry, cité par James Penton, voit deux effets à une échéance aussi courte. Elle détourne l'attention de la déception de 1878. Elle pousse aussi les fidèles à faire davantage connaître leur message.[102]

Pour que la sortie soit urgente, il faut un responsable de la rétention des fidèles. Ce rôle revient au clergé. Les femmes « qui allaitent » de l'Évangile désignent nommément les cadres des Églises : « ils sont les ministres, chefs de classe et instructeurs des classes bibliques de l'église » [103] On leur reproche de se vanter de n'enseigner que les premiers principes. On les accuse aussi d'empêcher leurs fidèles d'aller goûter ailleurs une nourriture plus solide.[104] Les enseignants « qui moulent ensemble » sont eux-mêmes triés entre ceux qui sont « pris » et ceux qui sont « laissés ».[105] Les credos des Églises sont comparés à un lit trop court où l'on ne peut plus s'étendre.[106] La figure d'Élie complète ce portrait. Ceux qui sont à l'aise dans Sion accusent celui qui les reprend de « troubler Israël ». La réponse assumée est : oui, nous voudrions troubler Israël.[107] Le simple lecteur devient ainsi juge de ses propres pasteurs. Ce renversement prolonge une consigne de janvier 1881 : le silence des grands prédicateurs ne doit pas l'emporter sur le jugement personnel du lecteur.[108] Une thèse universitaire situe cette pensée dans le courant du XIXᵉ siècle qui voulait restaurer l'Église des premiers temps contre les credos et les dénominations.[109]

Ce que coûte la sortie

Une fois la rupture exigée, son prix est décrit avec une précision rare. Celui qui veut partir est d'abord retenu par des compliments : « on vous flattera d'abord, on vous dira combien vos services sont indispensables » [110] On lui rappelle ensuite qu'il perdra son influence et son rang. On lui oppose aussi le savoir de l'Église, face au petit nombre de ceux qui tiennent ces vues.[111] Les règles internes des Églises compliquent aussi un départ rapide : « durant les sept dernières années, la Sion nominale a cherché par tous les moyens à empêcher la sortie de sa maison » [112] Enfin, si celui qui part a eu une conduite irréprochable, on examine sa vie dans le détail. Le but est de trouver un prétexte pour le faire passer pour exclu plutôt que parti de lui-même.[113]

Ce dernier trait rejoint une analyse du sociologue David G. Bromley. Selon lui, les organisations religieuses peu en conflit avec la société, comme les Églises établies, contrôlent le mieux les départs. Elles peuvent présenter celui qui s'en va comme un cas individuel à problème.[114] En juin 1881, cette manœuvre est décrite à l'avance au lecteur, pour qu'il ne s'en laisse pas troubler. La sociologue Helen Rose Fuchs Ebaugh décrit la sortie d'un rôle comme un parcours en étapes. Un tournant y déclenche la décision de partir.[115] Ici, ce tournant est fourni de l'extérieur et daté : octobre.

Le coût ne se limite pas aux Églises. Il touche la famille et les amis. Ces attachements sont reconnus comme de « vraies valeurs ». Ils doivent pourtant être abandonnés dès que la présence du Seigneur est discernée.[116] Celui qui aime ses maisons, ses terres, sa réputation ou ses proches plus que l'Époux est déclaré indigne de l'Épouse.[117] L'exemple de Jésus sert de modèle à ce prix. Ses frères ne croyaient pas en lui et ses concitoyens le méprisaient. Le lecteur doit s'attendre à voir son nom rejeté de la même façon.[118] Rodney Stark et John Lofland ont décrit ce mouvement chez les convertis d'autres groupes. Les liens avec les membres du groupe se renforcent. Ceux avec l'extérieur s'affaiblissent. Il faut souvent rompre avec ceux qui s'opposent à l'adhésion.[119] Stark ajoute que plus on a investi dans une foi, plus il coûte d'en changer.[120] Le groupe de Pittsburgh annonçait déjà cette épreuve en mars 1880. Se séparer de la mondanité au sein de l'Église nominale pouvait être plus dur, disait-on, que le bûcher des siècles passés.[121]

Des prédicateurs à plein temps et une revue faite à plusieurs

Quitter les Églises suppose autre chose à la place. Les dernières pages en montrent l'aspect pratique. J.B. Adamson abandonne une activité qui rapportait « environ 1 500 dollars par an » pour prêcher à plein temps.[122] Son propre récit montre le prix de ce choix. Il dit avoir résisté trois jours à ces idées, puis s'être senti pressé de les prêcher malgré leur mauvais accueil.[123] D'autres hommes sont nommés. John C. Sunderlin, de l'État de New York, est à l'œuvre depuis trois mois. Robert Bailey, du Michigan, vient de partir. Un certain McGrannor, de Pennsylvanie, a lui aussi quitté ses occupations. Bailey et Sunderlin ont participé à une conférence d'étude.[124] Sunderlin, ancien pasteur méthodiste, avait quitté son ministère et repris son métier de photographe.[125][126]

Ces départs répondent à un appel lancé deux mois plus tôt. En avril 1881, la revue demandait « 1 000 prédicateurs ». Elle invitait les hommes et les femmes sans charge de famille à consacrer au moins la moitié de leur temps à la diffusion des brochures.[127] Penton y voit le signe de l'optimisme sans limite de Russell.[128] Le réseau existe déjà. Dès 1879, une trentaine de groupes d'étude étaient organisés dans sept États. En 1880, Russell est allé les visiter.[129] En avril 1881, il demandait aussi la liste des lieux de réunion. Le but était que les prédicateurs de passage puissent s'y arrêter.[130] L'appel final s'adresse à tous les lecteurs. Ils sont invités à se voir comme des gérants de leur temps et de leurs talents, non comme des « banquiers » qui paient sur demande : « y en a-t-il d'autres qui veulent rendre au Seigneur ce qui lui appartient ? » [131] Ce qu'on attend du lecteur n'est plus seulement son argent. C'est sa vie de travail.

Les signatures montrent comment la revue est faite à cette date. L'article sur la présence et la moisson est signé J. H. P., c'est-à-dire John Henry Paton.[132] Celui sur le nom nouveau est signé A. D. J., c'est-à-dire Albert Delmont Jones.[133] L'appel aux lecteurs porte la seule mention « [Editor] ».[134] Ce fonctionnement à plusieurs date des débuts. Dès juillet 1879, quatre collaborateurs réguliers figuraient aux côtés du rédacteur.[135] En septembre 1879, presque tous les textes portaient des initiales autres que celles de Russell.[136] Paton était alors la principale voix sur la doctrine dans les premiers numéros.[137] Le rédacteur gardait pourtant le dernier mot. En mars 1881, il avait corrigé publiquement Jones sur la manière dont les saints seraient changés.[138] En juin, l'équipe écrit donc la doctrine. Mais c'est l'« Editor » qui s'adresse aux lecteurs pour les mettre au travail.

Tracer des limites à l'intérieur du milieu

Le mouvement doit aussi se distinguer de ses propres proches. Paton vise des personnes précises : « certains qui autrefois acceptaient de façon cohérente les deux, en raison de leur relation, nient maintenant la présence » [139] Ces anciens alliés gardent l'idée que le temps de la moisson est venu. Mais ils rejettent la présence invisible du Christ. Paton leur annonce qu'ils devront, pour rester cohérents, abandonner aussi la moisson.[140] Le visage de cet adversaire est connu des lecteurs. En octobre 1880, le « mauvais serviteur » désignait l'ancien compagnon qui avait lâché la date de 1874, Nelson Barbour au premier rang.[141] La même année, Barbour avait rejeté le retour invisible pour revenir à un retour futur.[142] En juillet 1880 déjà, la revue repoussait ceux qui lui reprochaient d'avoir laissé « s'éteindre » sa lampe et refusait la « nouvelle huile » qu'on lui proposait.[143] Paton tient ce rôle de gardien depuis longtemps. Avec Barbour, il était adventiste « régulier » jusqu'en 1874. Il avait ensuite suivi la lecture d'une présence invisible, et Russell l'avait fait venir à Allegheny dès mars 1876 pour exposer le message de la moisson.[144] En mai 1880, c'est encore à lui qu'était confiée la réfutation de ceux qui attendaient le Christ en chair pour 1881.[145] En juin 1881, la présence invisible sert donc de ligne de partage entre le groupe et ses anciens compagnons.

Le second débat porte sur ce qu'il faut prêcher en public. Une objection est rapportée : « ne dites pas de telles choses au peuple ; si vous le faites, il ne se repentira jamais, mais vivra dans le péché » [146] La réponse retourne l'accusation. Si Dieu a parlé de la restitution par tous ses prophètes, se montrer plus prudent que lui revient à l'accuser d'imprudence.[147] Celui qui connaît une telle vérité ne peut d'ailleurs guère la taire : l'aimer pousse à la dire.[148] Cette réticence avait existé dans le milieu même d'où vient le groupe. En 1875, Barbour estimait que l'ordre de prêcher l'Évangile n'autorisait pas à prêcher tout de suite l'âge à venir, qui ne concernait pas directement les futurs immortels.[149] Prêcher la restitution pouvait aussi coûter cher dans une Église. En janvier 1878, le sermon du pasteur méthodiste A. P. Adams sur « les temps de la restitution de toutes choses » fut transcrit pour les autorités de son Église. Les passages jugés contraires à la doctrine reçue y furent marqués d'une croix.[150] La réponse de juin 1881 tranche : cette doctrine doit être dite à tous.

Un réseau de presse et des adversaires publics

Le groupe se situe aussi par rapport au paysage de la presse religieuse. Il puise des textes dans Restitution, le Christian Baptist, le Jewish Chronicle et le Jewish World.[151] Restitution avait ses bureaux à Plymouth, dans l'Indiana. Il publiait les écrits de l'Église de Dieu, courant de l'« âge à venir », sur la nature de l'homme, le règne du Christ et le retour d'Israël.[152] Les liens avec ce journal sont anciens et ambigus. Il avait été le seul journal adventiste à signaler Les Trois Mondes. Il avait publié en supplément une brochure de Russell en 1877-1878, mais aussi une critique sévère de celle-ci.[153] L'auteur de l'allocution reprise, J. H. Thomas, était un médecin installé à Pittsburgh depuis la fin de 1879. Il hésitait entre le courant « Une Foi » et les christadelphes. Le texte complet de son allocution avait paru dans Restitution du 18 mai 1881, avant sa reprise abrégée.[154] Le choix est assumé : « Nous avons choisi ceux-ci parmi d'autres arguments » [155]

Les sources juives jouent un autre rôle. Elles fournissent des nouvelles de Palestine, comme le fonds Montefiore ou le projet de M. Oliphant au pays de Galaad.[156] Ce projet était déjà suivi en mars 1880.[157] Le Jewish World était pourtant un hebdomadaire londonien fondé en 1873, qui critiquait vivement la doctrine chrétienne.[158] Un journal hostile au christianisme sert ainsi de témoin à une lecture chrétienne de la prophétie.

Le groupe se pose enfin en défenseur de la Bible face à la libre-pensée organisée. L'allocution de Thomas était prononcée devant la « Ligue libérale » de la ville, présentée comme une société incroyante.[159] La Ligue libérale nationale avait été fondée à Philadelphie en juillet 1876. Elle était alors la principale organisation des libres-penseurs américains et réclamait la séparation complète de l'État et de la religion.[160] Le colonel Robert G. Ingersoll, nommément visé pour ses railleries contre la Bible, en avait été un temps vice-président.[161][162] En reprenant ce texte, un petit groupe de Pittsburgh se range dans un débat public national. Il se définit autant par les journaux qu'il cite que par les adversaires qu'il combat.


Contenu

Lui sur le toit de la maison

Le commentaire porte sur Luc 17:30-33, qui annonce que celui qui sera sur le toit de la maison ne devra pas descendre chercher ses affaires, et que la femme de Lot doit servir d'avertissement à ceux qui chercheraient à sauver leur vie en s'attachant à leurs biens. Ce passage est rattaché à la description de la présence du Christ comparée à l'éclair, présence d'abord invisible, reconnaissable seulement par les signes qui en découlent, pendant que l'humanité continue à manger, boire, planter et bâtir sans la percevoir[163]. Le « petit troupeau », appelé aussi les amis de l'Époux céleste, est désigné comme le premier groupe à qui cette présence est révélée, avant que des jugements ne s'abattent d'abord sur l'Église nominale puis sur le monde entier[164]. Il est précisé que cette présence est déjà reconnue non par la vue de jugements flamboyants, mais par la « sûre parole de la prophétie »[165], l'Époux étant déjà présenté comme venu et présent en ce temps.

La « maison » du texte est identifiée à l'Église nominale, par opposition aux seuls vainqueurs qui constitueraient, eux, la vraie maison du Christ selon l'épître citée. L'Église juive et l'ensemble de l'Église nominale, mélange de « froment » et d'« ivraie », sont également désignées comme la maison dont parle Ésaïe 8:14, qui annonce que le Christ deviendra pierre d'achoppement pour les deux maisons d'Israël[166]. Ceux qui se trouvent « dans la maison » représentent les membres du corps nominal, tandis que ceux « sur le toit » représentent les plus consacrés, les plus proches du ciel, désignés comme les joyaux que le Seigneur doit réunir ; les « affaires dans la maison » symbolisent les intérêts personnels attachés à cette organisation — honneur, respect, liens familiaux et amitiés — valeurs réelles mais qu'il faut abandonner dès que la présence du Seigneur est discernée, la maison étant vouée à s'effondrer[167].

Ce message est rapproché de Apocalypse 18:2 et de son appel à sortir de Babylone pour ne pas participer à ses péchés ni recevoir ses fléaux, les habitants de la maison étant décrits comme réticents à croire à sa chute prochaine et donc exposés à être ensevelis sous ses ruines[168]. Une autre catégorie de personnes, qui se lamentent des transgressions de Sion sans pour autant être à l'aise dans leur situation, est distinguée : certains, parmi ceux qui sont « sur le toit », entendent et croient l'appel à sortir, d'autres restent pour tenter de soutenir la maison chancelante, et d'autres encore commencent à fuir mais s'attardent par attachement à leurs biens, ce qui est présenté comme une démarche dangereuse que l'avertissement du Seigneur vise précisément à empêcher[169].

L'épisode de Lot sortant de Sodome avant la pluie de feu et de soufre est détaillé comme illustration : Lot appelé à sortir avant le lever du soleil, ses proches considérant son avertissement comme des paroles sans valeur, et les anges devant finalement le saisir par la main avec sa famille pour les faire sortir à temps, la destruction survenant aussitôt après leur fuite[170]. Cet épisode est mis en parallèle avec les « amis » représentés par Abraham, vivant séparés de l'influence de Sodome, informés de ce qui s'abat sur la ville, et avec la délivrance de ceux qui, accablés par les soucis de cette vie, acceptent d'entendre la voix divine et de vivre dans la séparation du monde[171].

L'attention particulière portée par Jésus à la femme de Lot, qui ralentit pour regarder tristement en arrière vers ses biens, est appliquée à ceux qui sont appelés en ce temps à quitter la « maison » de l'Évangile nominal : celui qui aime ses maisons, ses terres, sa réputation, ses proches ou ses amis plus que l'Époux est déclaré indigne de faire partie de son Épouse, et invité à rester avec « ses affaires » plutôt que de prétendre appartenir à elle[172].

L'appel à sortir de la maison condamnée est présenté comme exigeant une consécration totale : quiconque s'en souvient ne possède rien en propre et doit tout abandonner pour obéir à l'injonction de sortir de Babylone[173]. L'année 1878 est désignée comme l'exact parallèle, pour l'Église nominale, de l'abandon de la maison juive annoncé par Jésus lorsqu'il déclare que leur maison leur est laissée déserte ; de la même façon, l'Église nominale, « ni froide ni chaude », se voit menacée d'être vomie de la bouche du Seigneur, qui cesserait désormais de faire entendre par elle sa parole de vérité[174]. Trois ans et demi de faveur accordée à ceux qui restent dans la maison, durant lesquels la présence du Seigneur est révélée aux saints qui les y invitent à sortir, sont annoncés comme devant se terminer en octobre de l'année en cours, moment après lequel la voix de l'Épouse ne se ferait plus entendre dans la maison de Babylone, décrite comme une maison de confusion[175]. L'exhortation à fuir Sodome et à fuir Babylone sans s'attarder dans la plaine ni chercher à conserver ses biens est reliée à l'idée que chaque œuvre humaine doit être « éprouvée par le feu », et que celui qui aime sa vie — son honneur, sa réputation, ses amis — la perdra, tandis que celui qui sacrifie ces attachements recevra la couronne de vie promise aux vainqueurs[176].

L'un sera pris et l'autre laissé

Luc 17:34-35 est commenté comme annonçant que, dans la nuit précédant le plein jour, deux personnes se trouveront dans un même lit, l'une prise et l'autre laissée, et que deux personnes moudront ensemble, l'une prise et l'autre laissée[177]. Le lit est identifié au lieu de repos de l'Église, c'est-à-dire à sa croyance ou à son credo, rapproché du lit décrit dans Ésaïe 28:20 comme trop court pour qu'un homme puisse s'y étendre[178]. Les credos sont présentés comme suffisants pour les croyants encore peu développés, mais devenus un lieu d'inconfort pour ceux qui grandissent en grâce et en connaissance, au point qu'il devient un soulagement d'en sortir[179]. Le fléau débordant annoncé par Ésaïe est relié à une période de trouble grandissant, décrite comme une vexation destinée à durer jusqu'à ce que soit comprise « la doctrine », l'Église ayant substitué des doctrines humaines à celles de Dieu et devant en conséquence être troublée par la propagation de l'incrédulité jusqu'à ce qu'elle comprenne la parole et le plan divins[180].

Ceux qui sortiront de ce lit trop court le feront au moment où le Fils de l'homme est présent, tournant la lumière de la vérité sur l'erreur et mettant en lumière ce qui était caché dans les ténèbres ; certains s'éveilleront et quitteront ce lit inconfortable pour entrer dans la liberté que donne le Christ, tandis que d'autres, trop à l'aise ou trop endormis pour remarquer leur situation, y resteront jusqu'à ce que la maison évangélique tout entière, lits compris, devienne un amas de ruines, moment où ils sortiront alors de la « grande tribulation »[181]. L'action de moudre ensemble est rattachée à la préparation de la nourriture du foyer et appliquée spécifiquement aux enseignants de l'Église, dont certains seront pris et d'autres laissés[182].

À la question des disciples sur la destination de ceux qui sont pris, la réponse de Jésus — « là où sera le corps, là s'assembleront les aigles » — est développée longuement : les aigles vivent haut au-dessus du monde, dans les montagnes, dotés d'une vue perçante et d'yeux adaptés à la lumière, image appliquée aux chrétiens intelligemment sincères ; leur rassemblement est attribué à la faim et à la perception de la nourriture au loin, qui les attire vers la charogne[183]. Six traits de cette image sont mis en évidence successivement : la présence invisible du Christ comme l'éclair pendant que les hommes mangent et boivent sans la percevoir ; l'obligation pour ceux qui sont « sur le toit » de s'échapper avant que la maison nominale ne soit détruite ; la fuite nocturne, avant le plein jour, de certains parmi les meuniers et parmi les mal à l'aise du lit trop court ; la ressemblance de ceux qui s'échappent avec des aigles ; le moteur de leur départ, qui est la faim ; et la rencontre, une fois partis, avec d'autres affamés avec qui ils se nourrissent ensemble[184]. Le contraste est souligné entre l'abondance de prédication, d'enseignement et de formes religieuses dans l'Église et l'absence de nourriture réelle trouvée par la « classe des aigles », dont la faim est désignée comme la cause même de leur départ, le Seigneur se chargeant de nourrir chacun de ces affamés qui se détache ainsi[185]. Ce rassemblement du blé mûr, des joyaux et des aigles est présenté comme en cours, en vue d'une glorification future avec leur « chef », le Christ, décrite comme un changement instantané de l'état humain et mortel vers un état spirituel et incorruptible, l'exhortation adressée à Lot — s'échapper, ne pas regarder en arrière, ne pas s'arrêter dans la plaine, fuir vers la montagne sous peine d'être consumé — étant reprise comme formule de conclusion[186].

Fuyez avant l'hiver

Matthieu 24:17-21 est présenté comme reprenant le même sujet que Luc 17:31 dans un autre contexte : celui qui est sur le toit ne doit pas descendre pour emporter quoi que ce soit de sa maison, malheur à celles qui sont enceintes ou qui allaitent en ces jours, et la prière est recommandée pour que la fuite n'ait pas lieu en hiver, une grande tribulation sans précédent depuis le commencement du monde étant annoncée pour cette période[187]. Cette annonce est généralement comprise comme accomplie auprès des Juifs après l'abandon de leur maison et lors de sa destruction, qui suivit la fin de leurs sept années de faveur ; cet accomplissement littéral est reconnu, Flavius Josèphe étant cité pour rapporter que des mères mangèrent alors leurs propres enfants, mais tout ce qui est arrivé aux Juifs pendant leur moisson est présenté comme une ombre de ce qui se produit maintenant pendant la moisson de cette époque, avec une application privilégiée à la fin de cet âge[188].

La recherche de la réalité derrière cette ombre conduit à identifier qui, en Sion, correspond à ceux qui « donnent le sein » et sont « enceintes » en ces jours : Paul, Pierre et Ésaïe sont invoqués pour identifier les « enfants » en question. 1 Pierre 2:2, adressé aux nouveaux convertis, les invite à désirer le pur lait de la parole pour en grandir ; 1 Corinthiens 3:2, adressé à ceux qui progressent lentement en grâce et en connaissance, évoque une nourriture de lait et non de viande donnée à des enfants ; Hébreux 5:12 précise que la viande forte appartient à ceux qui sont d'âge mûr, ce lit se révélant trop court précisément lorsqu'un homme atteint cette pleine taille dans le Christ[189]. Ésaïe 28:9 est cité pour désigner ceux à qui Dieu enseigne la connaissance et la doctrine comme ceux qui sont « sevrés du lait et retirés des mamelles »[190]. L'Église nominale de l'époque est décrite comme composée en grande partie de personnes ne donnant aucune preuve d'être engendrées de l'esprit, et donc sans part ni lot dans les choses spirituelles, tandis que parmi celles qui le sont, bien peu sont parvenues à un véritable degré de croissance, la quasi-totalité restant des enfants en Christ.

Les enfants spirituels qui tètent encore le lait sont désignés comme la grande majorité des chrétiens authentiques de l'époque, à l'image de l'Église de Corinthe du temps de Paul, et ceux qui « donnent le sein » sont identifiés aux ministres, chefs de classe et instructeurs des classes bibliques de l'Église nominale, lesquels se vantent de ne transmettre que les premiers principes et s'emploient à empêcher leurs ouailles de s'écarter pour goûter, ne serait-ce qu'une bouchée, à une nourriture plus solide[191]. À mesure que progresse le temps de détresse de l'Église, ou « travail de Sion », où la vérité et l'erreur l'assaillent simultanément jusqu'à ce que tous les véritables enfants de Dieu en soient délivrés, le plus rude de l'épreuve est annoncé comme devant retomber sur ceux-là mêmes qui allaitent, lesquels commencent déjà à s'alarmer de constater que non seulement les nouveau-nés cesseront de venir à elle, mais que la plupart de ceux qu'elle nourrissait encore au lait seront sevrés et apprendront à manger une nourriture solide, ou périront de faim[192], citation étant faite d'Ésaïe 27:19 en marge pour qualifier cette épreuve de simple « vexation » jusqu'à ce que la doctrine, c'est-à-dire la nourriture solide, soit comprise.

Le calcul du jour sabbatique du Seigneur s'appuie sur 2 Pierre 3:8, selon lequel un jour équivaut pour le Seigneur à mille ans : le septième millier d'années, ou sabbat, est ainsi daté de son commencement en 1873, ce qui situe l'époque de la publication dans ce jour sabbatique annoncé par le texte de Matthieu[193]. La question de savoir s'il existe un obstacle particulier à la fuite hors de la Sion nominale depuis l'entrée dans ce septième jour reçoit une réponse affirmative : ceux qui restent fermes dans la liberté par laquelle Christ les a affranchis, sans s'empêtrer dans un joug de servitude ou un credo humain, se trouvent en position favorable pour être sevrés et se nourrir de la viande solide de la vérité présente, selon Matthieu 24:45-46 qui annonce une « nourriture en temps voulu » donnée lorsque le Seigneur sera venu et sera présent ; mais ceux qui tentent d'obéir à l'appel du Seigneur de « sortir d'elle » trouveront, pendant ces sept dernières années, des lois en vigueur dans Sion rendant la sortie rapide difficile à moins de passer outre à ces règles faites par des hommes[194].

Celui qui tente d'obéir à cet appel malgré tout se verra d'abord flatté, averti du caractère indispensable de ses services, du bien qu'il accomplit, de la perte de toute son influence chrétienne et de son rang social s'il part, et rappelé à l'étendue du savoir — la sagesse de ce monde — que possèdent l'Église et ses ministres, comparée au petit nombre de ceux qui tiennent ces vues singulières[195] ; seule une connaissance de la Parole acquise par une recherche véritable, et non par une simple lecture, permet de franchir ces barrières et de distinguer, selon les critères posés en Jean 15:15 et Jean 16:13, qui sont réellement les amis du Seigneur. Un cantique est cité à l'appui de cette exigence de renoncement total : « The dearest idol I have known, Whate'er that idol be, Help me to tear it from thy throne, And worship only Thee »[196], et celui qui persiste dans sa décision de se retirer après avoir mené une conduite irréprochable verra son caractère minutieusement examiné, dans le but de trouver, si possible, un prétexte pour le faire passer pour exclu plutôt que pour parti de son propre chef[197].

L'interprétation de la fuite qui ne doit pas se produire « en hiver » repose sur la division de la moisson en deux parties distinctes selon Apocalypse 14:14-18 : une première période de sept ans de rassemblement des « prémices du blé », suivie d'une période de trente-trois ans de moisson de la « vigne de la terre », la première étant un temps de faveur et la seconde un « temps de détresse tel qu'il n'y en a pas eu depuis qu'une nation existe »[198]. Cette première moisson de sept ans, dont le terme est annoncé pour octobre de l'année en cours, est rattachée à l'Épouse ou « petit troupeau » : tous ceux qui doivent prendre part à cette compagnie et devenir vainqueurs doivent sortir de « Babylone » avant la fin de cette moisson, l'image de l'été suivi des gelées destructrices de l'hiver signifiant que la seconde moisson, ou temps de détresse, se tient par rapport à la première dans le rapport de l'hiver à l'été[199]. Une objection anticipée, tirée de Jérémie 8:7-9 et 19-22, où le peuple se lamente que « la moisson est passée, l'été est fini, et nous ne sommes pas sauvés », est retournée contre Sion elle-même : elle ignore le temps de sa visitation, et lorsque la moisson et l'été seront achevés, il sera également vrai qu'il n'y a plus de roi en elle, plus de baume en Galaad, plus de médecin — les occupants de Sion ayant alors perdu le salut « spécial », la récompense de devenir la Sion céleste[200].

Ce temps d'hiver à venir est désigné comme le temps du « travail » de Sion, durant lequel la grande majorité de ses enfants seront enfantés, mais les membres du premier-né en sortiront avant le travail lui-même, pour être « changés en un instant, en un clin d'œil »[201]. Ésaïe 66:7 est cité pour appuyer ce schéma en deux temps : « avant d'être en travail, elle a enfanté ; avant que les douleurs ne lui viennent, elle a été délivrée d'un enfant mâle », les vainqueurs correspondant à cet enfant mâle né avant le travail, et la « grande compagnie » aux enfants nés au moment même où Sion est en travail.

Un poème intitulé ==== Dieu sait ==== clôt cette partie, développant sur plusieurs strophes le thème de la confiance en une providence dont les voies demeurent cachées aux yeux du croyant, celui-ci reconnaissant ignorer le chemin devant ses pas mais faisant confiance à l'« Amour Infini » qui le conduit, jusqu'à la formule finale : « Mon âme va sur son chemin — la fin, je ne la connais pas, mais Dieu la connaît » [202].

Preuve d'amitié

Jean 15:15 fournit le texte de base de cette méditation : Jésus y déclare à ses disciples qu'il ne les appelle plus serviteurs mais amis, parce qu'il leur a fait connaître tout ce qu'il a entendu de son Père[203]. Ce moment se situe à la fin du ministère terrestre de Jésus, après trois années et demie durant lesquelles ses enseignements ont servi d'épreuve pour ses disciples, provoquant chez certains une pierre d'achoppement et l'opposition de l'Église juive nominale, jusqu'à ce que Judas soit sorti et que Jésus se retrouve seul avec les onze[204]. Il leur annonce alors leurs nouveaux et hauts privilèges, leur nouvelle relation envers Dieu que son sacrifice est sur le point d'acquérir, et l'« onction d'en haut » qui leur donnera la capacité de comprendre les choses spirituelles.

Une observation est faite sur l'état des disciples à ce moment précis : bien que justifiés par la foi, ils ne sont pas encore engendrés de l'esprit, ce qui explique que les enseignements de Jésus ne contiennent guère d'allusion aux choses les plus élevées, hormis sous forme de paraboles, sans expliquer en détail le « haut appel » de l'Épouse[205]. 1 Corinthiens 2:14 est cité pour confirmer que l'homme naturel ne reçoit pas les choses de l'esprit de Dieu, parce qu'elles se discernent spirituellement ; même des hommes justifiés doivent être engendrés de l'esprit pour saisir ce qui dépasse le plan humain.

Deux règles sont tirées de ces paroles comme applicables aux lecteurs autant qu'aux onze apôtres : d'une part, le critère par lequel Jésus juge qui sont ses amis, à savoir faire tout ce qu'il commande, ce qui revient à soumettre entièrement sa volonté à la sienne et devenir mort au monde tout en demeurant vivant envers Dieu ; d'autre part, le critère par lequel chacun peut juger s'il est compté parmi cette classe d'amis particuliers, à savoir si Jésus révèle son œuvre et ses plans, y compris tout ce qu'il a entendu du Père[206]. L'application de ces règles invite chacun à vérifier s'il peut dire « que ta volonté soit faite » et non la sienne propre concernant le salut du monde, la prédication de l'Évangile, l'Église nominale ou sa propre personne ; la seconde règle se vérifie en examinant si l'esprit conduit chaque jour vers une compréhension toujours plus grande des paroles et du plan de Dieu, révélant le « mystère » caché dans les âges passés et montrant les « choses à venir » selon Jean 16:13[207]. Une réponse affirmative à cette question constitue à la fois l'expérience bénie de la sagesse céleste et la preuve d'être un ami particulier, cette amitié devant se poursuivre par un accroissement de la consécration et une croissance continue « en grâce et en connaissance ».

À l'inverse, l'absence d'ouverture progressive de la Parole et du plan de Dieu, l'absence de conduite par l'esprit vers toute la vérité et de révélation des « choses à venir » sont présentées comme des signes de ne pas appartenir à cette classe d'amis particuliers, ce qui doit alors conduire à rechercher cette amitié divine par l'abandon de soi et la consécration[208]. Tous ceux qui se croient serviteurs acceptables du Maître sont invités à rechercher, sans s'en satisfaire autrement, ce témoignage de l'esprit attestant qu'ils sont les amis du Christ.

La crédibilité des Écritures

Des extraits d'une allocution du docteur J. H. Thomas devant la « Ligue libérale », présentée comme une société incroyante, prononcée dans cette ville et publiée dans Restitution, sont reproduits avec la précision qu'ils ont été choisis parmi d'autres arguments jugés susceptibles d'intéresser les lecteurs, bien que déjà familiers pour la plupart d'entre eux[209].

L'argument central repose sur un parallèle logique entre la crédibilité accordée aux découvertes humaines contraires à l'expérience ordinaire et celle due aux œuvres de Dieu attestées par des témoins compétents et crédibles, la question de Paul étant reprise : pourquoi devrait-on juger incroyable que Dieu ressuscite les morts[210] ? L'existence d'un temps où l'homme n'existait pas, suivie de son existence actuelle, est invoquée pour soutenir que ce qui a été peut être à nouveau, rendant ainsi la résurrection cohérente avec l'expérience plutôt que contraire à elle ; l'athée et l'incroyant sont déclarés, selon leur propre logique, tenus d'accepter le témoignage des apôtres sur la résurrection de Jésus, ce qui établirait la divinité des Écritures puisque Jésus lui-même reconnaissait l'autorité de l'Ancien Testament et que celui-ci témoignait de lui[211].

Un second argument porte sur la prédiction néotestamentaire d'une apostasie et son accomplissement. Actes 20:28-29 est cité selon Paul mettant en garde les anciens d'Éphèse contre l'arrivée, après son départ, de « loups cruels » n'épargnant pas le troupeau, ainsi que de membres de leurs propres rangs qui se mettraient à parler de choses perverses[212]. Un second texte adressé à Timothée annonce un temps où les hommes ne supporteront plus la saine doctrine, mais s'entoureront de docteurs selon leurs propres désirs, détournant leurs oreilles de la vérité pour se tourner vers des fables. Cette apostasie est présentée comme déjà amorcée du vivant même de Paul, celui-ci s'étonnant dans sa lettre aux Galates que ceux-ci se soient si vite détournés de celui qui les avait appelés, pervertissant l'Évangile du Christ.

L'évolution de cette apostasie, d'un simple écart doctrinal vers une forme politique devenant un système ecclésiastique soutenu par l'épée, est rattachée à la lettre aux Thessaloniciens, où Paul avertit qu'un « homme de péché », le « fils de perdition », doit être révélé avant le retour du Christ, s'opposant et s'élevant au-dessus de tout ce qui est appelé Dieu, s'asseyant dans le temple de Dieu en se faisant passer lui-même pour Dieu[213]. Ce développement est identifié à la papauté : l'accomplissement exact de cette prédiction est reconnu dans un homme à la tête d'un système ecclésiastique se présentant comme un objet de l'hommage le plus élevé sur la terre et revendiquant, au nom du Christ, l'autorité suprême et le droit de dominer les rois et les gouvernements du monde[214]. L'union de l'Église et de l'État, présentée comme un trait marquant de cette apostasie centrée sur Rome et étendue à presque toutes les parties habitées du globe, est avancée comme preuve qu'aucun être humain sans inspiration divine n'aurait pu prédire dix-huit cents ans auparavant, avec une telle précision de détail, une apostasie telle qu'elle existe désormais[215].

La préservation des Juifs comme peuple distinct est avancée comme second argument central de cette allocution, prolongeant la démonstration de la crédibilité des Écritures entamée à propos de l'apostasie annoncée par Paul. L'absence d'organisation nationale, de pouvoir centralisé, et la dispersion de ce peuple parmi toutes les nations depuis son bannissement de sa propre terre sont présentées comme des faits que rien, du point de vue strictement humain, ne permet d'expliquer[216]. Une série de persécutions est énumérée à l'appui de cette thèse : la destruction de Jérusalem et du Temple en l'an 70, où 1 300 000 Juifs auraient péri et 97 000 auraient été emmenés captifs ; un massacre d'un demi-million d'entre eux soixante ans plus tard lors d'une tentative de retour ; la destruction de cinquante places fortes et de huit cents villes par l'empereur Hadrien en l'an 135, avec 530 000 morts ; le massacre de 1 500 Juifs en un seul jour à York sous le roi Jean d'Angleterre ; et l'expulsion par mer de 800 000 d'entre eux sous Ferdinand et Isabelle, dont la plupart auraient péri[217].

La survie de ce peuple malgré ces épreuves répétées est opposée au destin d'autres nations disparues sans laisser de trace, l'énigme étant présentée comme insoluble pour l'incroyant et l'athée invités, par dérision, à fournir eux-mêmes une explication à partir des seules « œuvres de la création »[218]. La persistance de l'identité juive, contrastée avec la dissolution des origines ethniques chez les autres peuples — l'exemple donné étant celui de l'Anglais incapable d'affirmer avec certitude sa descendance bretonne, romaine, saxonne ou normande —, est attribuée au fait que le Juif, où qu'on le rencontre, continue de se réclamer d'Abraham, de s'attacher à Moïse et de tourner son regard vers Jérusalem[219].

L'explication de cette préservation est cherchée dans une promesse attribuée au prophète Jérémie, selon laquelle Dieu, tout en châtiant les nations, ne mettrait pas fin à Jacob ni à Israël et le ramènerait de sa captivité vers la terre donnée à ses ancêtres[220]. Cette préservation constitue, dans l'argumentation développée, un témoignage vivant de la divinité de la Bible comparable au buisson de Moïse toujours brûlant sans jamais se consumer, présenté comme une réfutation de la position d'athées tel le colonel Robert G. Ingersoll, nommément visé pour ses railleries envers la parole de Dieu[221]. Le rassemblement déjà en cours des Juifs, chiffré à trente mille personnes à Jérusalem et dans ses environs avec une croissance quotidienne, est avancé comme un commencement d'accomplissement de la promesse de retour[222].

Un troisième argument introduit la précision des prophéties bibliques accomplies, opposée à l'imprécision des oracles grecs et romains ainsi qu'aux déclarations hésitantes des devins et faux prophètes de toutes les époques, ces derniers n'offrant, selon l'exposé, aucune garantie d'accomplissement faute d'inspiration divine[223]. Les prophéties concernant les Juifs servent de premier exemple développé : Moïse y est présenté comme ayant consigné dans le Deutéronome, à la demande de Dieu lui-même, une mise en garde contre une future idolâtrie du peuple après son installation en terre promise, ainsi que l'annonce des malheurs qui s'abattraient sur lui dans les derniers jours pour avoir provoqué la colère divine par ses propres actes[224].

La portée prophétique attribuée à ces destructions antiques est étendue à la ville de Tyr, dont le siège de treize ans par voie terrestre et maritime n'avait pourtant pas suffi à la soumettre : l'annonce selon laquelle de nombreuses nations viendraient détruire ses murs et abattre ses tours, et que sa poussière serait raclée jusqu'à la rendre semblable au sommet d'un rocher et à un lieu d'étendage de filets, est présentée comme accomplie par Alexandre, dont l'histoire rapporte qu'il racla les ruines de l'ancienne cité, l'incroyant Volney étant lui-même cité pour confirmer que l'endroit sert désormais aux pêcheurs à étendre leurs filets[225]. Une prophétie concernant Samarie, annonçant qu'elle serait réduite à un tas dans les champs, comme un lieu de plantation de vigne, ses pierres déversées dans la vallée et ses fondations mises à découvert, est déclarée accomplie dans le détail par le docteur Keith, cité pour rapporter que les habitants du pays, afin de dégager de la place pour leurs champs et leurs jardins, ont balayé les anciennes maisons et déversé les pierres dans la vallée, laissant la colline semblable à une plantation de vigne[226]. L'incapacité d'un homme dont les lèvres n'auraient pas été touchées par l'inspiration divine à parler avec une telle certitude infaillible est présentée comme la seule explication raisonnable de ces accomplissements, toute personne de sens, de culture et de raison étant invitée à répondre par la négative à la question de savoir si une telle précision pourrait être humaine[227]. Les mêmes accomplissements prophétiques sont attribués à la montée et à la chute des royaumes babylonien, médo-perse, grec et romain, l'empire romain étant signalé comme remplissant encore, dans son état divisé, la vision prophétique annoncée[228].

L'attention se porte ensuite sur des prophéties jugées propres à l'époque contemporaine. Les « derniers jours » y sont annoncés comme celui où la terre d'Israël serait « ramenée de l'épée », où un nombre de Juifs rassemblés d'entre les nations retournerait s'installer dans des colonies agricoles, habitant des villages sans murailles, en sécurité, sans barres ni portes, possédant beaucoup de richesse en bétail et en biens, sous la protection d'une puissance étrangère identifiée à la puissance britannique[229]. La disparition annoncée de la puissance ottomane ou turque est rattachée à un rôle attribué à la Russie, conjointement à d'autres puissances, menée par la perspective de grands pillages pris sur les Juifs, plantant ses étendards à Constantinople et prenant l'Égypte, mais s'y trouvant opposée dans sa marche par les « lions britanniques » lui demandant si elle vient prendre un butin, le tout devant déboucher sur le rassemblement de toutes les nations d'Europe dans la grande bataille d'Harmaguédon, la défaite des armées des nations, l'établissement du royaume de Dieu sur les montagnes d'Israël, la soumission des nations et l'instauration d'un règne de justice et de paix pour le monde[230].

L'accomplissement de ces prédictions est recherché dans l'actualité de l'époque : la Convention anglo-turque est présentée comme ayant ouvert la voie au retour des Juifs avec une liberté jamais accordée jusqu'alors, l'Angleterre ayant étendu son bras protecteur sur la Turquie d'Asie, faisant ainsi de la puissance britannique, conformément à la prophétie, la protectrice des Juifs[231]. L'annonce officielle de ce protectorat est illustrée par une citation du Jewish Chronicle saluant une lumière ayant point à l'Est, berceau de son peuple, dont l'éclat s'intensifie à mesure que le jour avance, le Jewish World étant également cité pour affirmer qu'un grand avenir s'ouvre ainsi pour les Juifs de la Terre sainte[232]. Plusieurs projets concrets d'installation de colonies agricoles juives sont mentionnés à l'appui de cette lecture prophétique : le fonds commémoratif de Sir Moses Montefiore, destiné selon le Jewish World à améliorer la condition des Juifs de Palestine par l'introduction d'activités industrielles et agricoles, ayant notamment avancé 2 600 livres à une société de construction de Jérusalem[233], ainsi que l'ouvrage récent de M. Oliphant préconisant la formation d'un établissement juif dans le pays de Galaad, salué par le Jewish Chronicle comme l'un des projets les plus pratiques parmi la multitude de schémas de colonisation alors proposés pour la Terre sainte[234]. L'ensemble de ces développements est présenté comme la preuve, sous les yeux mêmes des contemporains, que Dieu a parlé par les prophéties ainsi en cours d'accomplissement[235].

Les pas de Jésus

1 Pierre 2:21 fournit le texte de départ de cette méditation, rappelant que le Christ a souffert pour laisser un modèle à suivre dans ses propres pas[236]. Suivre exactement les pas d'un autre conduit toujours à la même destination ; or les pas dans lesquels Jésus a marché, et dans lesquels il appelle à marcher, sont désignés comme des pas de souffrance, cet appel à endurer la souffrance étant rattaché au grand amour par lequel il a aimé les siens et à sa prière, rapportée en Jean 17:22-24, souhaitant que ceux qui le suivent soient avec lui pour contempler sa gloire et devenir cohéritiers de cette même gloire.

La joie placée devant Jésus, pour laquelle il a enduré cette souffrance en méprisant la honte qui l'accompagnait, est expliquée par Paul comme la conséquence de son obéissance jusqu'à la mort, Dieu l'ayant alors « hautement exalté » et lui ayant donné un nom au-dessus de tout nom, selon Philippiens 2:9[237]. Cette exaltation survenue après et à cause de son obéissance jusqu'à la mort lui confère alors davantage de gloire et d'honneur que ce qu'il possédait auprès du Père avant la fondation du monde, sans pour autant qu'il soit devenu immortel à ce moment-là : l'Écriture désigne en effet le Roi des rois et Seigneur des seigneurs — celui que Jésus montrera en son temps comme l'unique Potentat béni, à qui il remettra le royaume de la terre après lui avoir soumis toutes choses — comme le seul qui possède l'immortalité, selon 1 Timothée 6:16, une « vie en lui-même » indépendante de tout soutien extérieur, non soumise à aucune condition, incorruptible, inépuisable, illimitée et éternelle[238]. C'est seulement après avoir été ainsi hautement exalté que Jésus devient participant de cette même nature divine et immortelle, l'argumentation s'appuyant à cet endroit sur une formule tirée des paroles concernant le Père, laissée en suspens à la coupure de la page.

La joie annoncée pour Jésus déborde ainsi le seul fait de partager la nature divine comme Fils de Dieu : elle inclut aussi la rédemption de la race humaine tout entière, créée à l'origine à l'image de Dieu, en vue d'un moment où « toute créature qui est dans le ciel et sur la terre » rendra bénédiction, honneur, gloire et puissance à celui qui siège sur le trône et à l'Agneau[239]. L'amour de Jésus pour l'humanité, affection d'un homme parfait, est présenté comme s'étendant à ceux qui en viennent à reconnaître et apprécier cet amour jusqu'à tout abandonner pour le suivre : ceux-là sont l'objet d'un désir de Jésus de les avoir avec lui là où il est, afin qu'ils contemplent et partagent sa gloire, cette perspective — amener « plusieurs fils » à la même gloire — complétant la joie placée devant lui et justifiant qu'il ait porté la croix en méprisant la honte[240].

Cette même joie, qualifiée de « poids éternel de gloire », est annoncée comme placée devant ceux qui sont appelés à suivre les pas de Jésus, l'ampleur de cette récompense étant déclarée impossible à mesurer, selon la formule tirée de Paul voulant que l'œil n'ait pas vu, ni l'oreille entendu, ni le cœur de l'homme naturel conçu ce que Dieu a préparé pour ceux qui l'aiment, mais que cela ait été révélé par son esprit[241]. L'appel à devenir « cohéritiers » de Jésus, héritiers de l'immortalité, participants de la nature divine, membres de la famille divine bien au-dessus des hommes et des anges, est rattaché à l'image de l'Épouse de l'Agneau portant un nom supérieur à tout nom, puisque c'est pour ce nom que ce peuple existe[242]. L'exhortation adressée aux « saints frères » participants de l'appel céleste à « considérer Jésus » s'appuie sur le contraste entre sa richesse initiale, en tant qu'être spirituel glorieux avant la fondation du monde, et sa pauvreté volontairement assumée en se dépouillant de sa vie spirituelle pour revêtir une forme humaine, puis en sacrifiant celle-ci, afin que d'autres deviennent riches par cette pauvreté.

La première étape identifiable dans ces pas est la consécration, illustrée par la formule d'Hébreux 10:5-7 selon laquelle un corps a été préparé, non pas avant d'avoir atteint sa pleine maturité fixée à trente ans par la loi juive, avant que ne soit prononcée la déclaration de venir faire la volonté de Dieu plutôt que la sienne propre[243]. Le baptême de Jésus, décrit comme la mise en symbole de cette consécration par l'ensevelissement dans l'eau et la résurrection hors d'elle, exprime la disposition à être immergé — englouti dans la mort — et la foi dans le pouvoir de Dieu de le relever à une vie nouvelle ; la question est alors posée au lecteur de savoir s'il a suivi ce même chemin jusqu'ici. La conduite immédiate de Jésus dans le désert, loin de toute sympathie, société et occupation humaines, sert de second repère, avec la question directe de savoir si le lecteur s'y trouve également ou s'accroche encore à une église mondaine pour y chercher sympathie, société et ambition[244]. L'épreuve subie par Jésus « en tous points » est présentée comme devant se répéter pour chaque disciple, celui-ci étant armé, à l'image de Jésus, de « l'épée de l'Esprit, qui est la parole de Dieu », seule capable d'éteindre tous les traits enflammés de l'adversaire.

La consécration entière de Jésus l'a séparé de toute sympathie et amitié humaines, bien qu'il fût un homme partageant les désirs et besoins naturels des autres hommes, ce qui en fait, une fois tout cela déposé sur l'autel du sacrifice, « un homme de douleur et habitué à la souffrance ». La pureté de sa vie et de son enseignement, condamnant l'enseignement des scribes et des pharisiens, lui vaut l'anathème de l'Église de son temps : il est tenu pour un fanatique, un imposteur, un enseignant de fausse doctrine, un possédé, les enseignants religieux vers qui le peuple se tournait pour être guidé le dénonçant jusqu'à susciter sa crucifixion[245]. Cette même consécration le sépare aussi de ses proches, puisque « même ses frères ne croyaient pas en lui », probablement honteux de l'opprobre que sa conduite singulière et impopulaire jetait sur leur famille ; il semble même écarté de la maison de sa mère, selon le mot rapporté « les renards ont des tanières et les oiseaux du ciel des nids, mais le Fils de l'homme n'a pas où reposer sa tête ». Comme citoyen, il est méprisé par ses compatriotes, tenu pour un ennemi de César cherchant à usurper une autorité royale, sa conversation se tenant dans les cieux sans être comprise de la terre[246].

La question est alors retournée vers chaque lecteur : sa propre consécration l'a-t-elle de la même manière sanctifié, séparé du monde, de l'Église nominale, de ses anciennes amitiés mondaines ? Son nom a-t-il été ainsi rejeté comme mauvais, cette conséquence étant annoncée comme certaine pour celui qui suit Jésus de près, selon la parole « s'ils m'ont haï, ils vous haïront aussi, et tout ce qu'ils m'ont fait, ils vous le feront aussi »[247]. Mais si un tel rejet survient, Jésus en sera informé, comme il le fut pour l'aveugle dont il avait ouvert les yeux, et viendra alors trouver le lecteur, se révéler à lui, converser avec lui et ouvrir les yeux de son intelligence, faisant brûler son cœur en lui ouvrant les Écritures[248]. Cette fidélité jusqu'à la mort, décrite comme la victoire de la foi de Jésus — qui ne regardait pas aux choses visibles mais aux choses invisibles et éternelles — s'illustre par son silence lorsqu'il fut mené « comme un agneau à la boucherie », exemple proposé pour la patience sans plainte dans les épreuves quotidiennes de la vie au désert[249]. L'exhortation finale invite à poser chaque pas avec précaution, exactement dans les empreintes laissées, sans chercher à atteindre la même fin en évitant les étapes les plus difficiles, sous peine de perdre pied et de tomber, et sans hésiter davantage lorsque le chemin devient épineux, le temps étant jugé trop court pour cela ; le renoncement à la volonté et à l'ambition humaines, à l'image de Jésus, est présenté comme la condition pour confier sa nouvelle vie spirituelle à celui qui est capable de la garder, avec la promesse reprise de Jésus : « Ne crains point, petit troupeau ; car il a plu à votre Père de vous donner le royaume »[250].

Les temps que nous vivons

Une brève note, reprise du périodique Christian Baptist, décrit l'époque comme une « crise capitale » où toutes les sectes sont ébranlées et le monde religieux convulsé : l'athéisme y est présenté comme ayant « ouvert ses batteries et dégainé son épée », le scepticisme « gonflé d'espérances », tandis que « la papauté catholique et protestante » s'efforce et complote pour la suprématie, les « petits et grands papes » étant sur le qui-vive[251]. Les saints sont décrits comme priant pour le millénium tandis que des multitudes travaillent à son instauration, la Bible et les credo étant présentés comme en guerre sans trêve possible[252].

Es-tu celui qui trouble Israël ?

Les paroles adressées par Achab, roi d'Israël, à Élie — « Es-tu celui qui trouble Israël ? » — fournissent le point de départ de cette méditation typologique, Achab étant rappelé comme l'époux de Jézabel, la femme méchante qui persécuta Élie et le contraignit à fuir au désert durant trois ans et demi, selon 1 Rois 18:17[253]. Ces trois personnages bibliques sont présentés comme des types déjà reconnus de classes propres à l'âge de l'Évangile : Élie représente l'Église, c'est-à-dire les enseignants véritables et sincères de la parole de Dieu ; Jézabel représente la fausse Église, la papauté, parvenue au pouvoir par son union avec l'Empire romain ; Achab représente cet Empire romain lui-même[254].

De même que la papauté se servit de l'armée et du pouvoir romains pour persécuter les véritables enseignants du Seigneur, en en faisant périr un grand nombre durant trois années et demie symboliques, soit douze cent soixante jours symboliques, de même Jézabel se servit du pouvoir d'Achab pour persécuter Élie et faire périr les prophètes du Seigneur durant trois années et demie littérales. Cette période de persécution est mise en relation avec une grande sécheresse survenue dans le pays durant ces années littérales, et, de façon analogue, avec une « grande sécheresse spirituelle » qui aurait marqué les douze cent soixante ans de persécution papale s'étant achevés en 1798, assimilée à une famine « non de pain, ni une soif d'eau, mais d'entendre les paroles du Seigneur », selon Amos 8:11[255]. Les faux enseignants de Baal, assimilés à la papauté, sont présentés comme ayant été réfutés et suivis d'une pluie abondante, Jéhovah étant à nouveau reconnu ; mais Jézabel et ses filles continuent de haïr la « classe d'Élie » et de chercher sa destruction.

C'est dans ce contexte qu'Achab adresse à Élie la question « es-tu celui qui trouble Israël ? », Élie troublant alors Israël précisément parce qu'il était un prophète véritable s'opposant à ses péchés ; un même rôle est attribué à ceux qui, à l'époque contemporaine, demeurent fidèles à Dieu et refusent de se conformer aux formes et coutumes de cet « âge pervers », préférant les reprendre. Vivement contrariés par ces reproches, ceux qui vivent à l'aise dans « Sion » sont présentés comme reprenant presque les mots mêmes d'Achab à Élie : « es-tu celui qui trouble Israël ? »[256]. La réponse assumée à cette accusation est affirmative : « oui, nous voudrions troubler Israël », justifiée par un commandement divin voulant que celui qui détient sa parole la proclame, et par l'ordre de crier à voix haute, sans retenue, pour montrer au peuple ses transgressions, bien qu'il cherche Dieu chaque jour, le texte s'interrompant au passage cité d'Ésaïe 58:1-2.

La fuite loin de « Sion » reste identifiée à Ésaïe 56:11, les chefs nominaux d'Israël étant décrits comme des bergers qui ne connaissaient pas Dieu comme une nation pratiquant la justice et observant les ordonnances divines[257]. Ce reproche s'applique à la fois à l'Israël charnel — « l'ombre » — et à l'Église nominale de l'âge de l'Évangile, cette dernière traversant à son tour une période où ses lois et ses cérémonies sont scrupuleusement observées durant les sept années de sa « moisson », à l'image des Juifs dont les dîmes étaient religieusement versées et dont le Temple récemment achevé par Hérode constituait l'édifice le plus grandiose jamais élevé pour leur culte[258]. L'entreprise missionnaire déployée alors pour convertir le monde entier au judaïsme est rappelée par la parole de Jésus selon laquelle ses contemporains « parcourent la mer et la terre pour faire un seul prosélyte », mais cette apparente réussite — zèle, pompe, succès affiché — se heurte au jugement selon lequel ce peuple s'approche de Dieu de la bouche et l'honore des lèvres, alors que son cœur en est éloigné, selon Matthieu 15:8[259]. Les pratiques religieuses sont comparées par Jésus à des murs blanchis et des sépulcres propres et beaux à l'extérieur, mais pleins de pourriture et de corruption à l'intérieur.

Cette église, cet âge et cette « moisson » ne sont présentés que comme les ombres de l'âge, de l'église et de la moisson présents : la même prospérité apparente et le même succès accompagnent, à l'époque contemporaine, les efforts de l'Église tant à l'intérieur qu'à l'extérieur, de magnifiques temples de culte, une musique grandiose et des vêtements coûteux semblant marquer cette période d'un succès sans précédent, alors que la beauté ne se voit, comme alors, que de l'extérieur, l'Église paraissant chaque jour plus corrompue et mondaine intérieurement[260], selon la formule de Paul annonçant des hommes « amoureux du plaisir plus que de Dieu, ayant une apparence de piété mais en reniant la force », desquels il faut se détourner, selon 2 Timothée 3:1-5.

Jésus déclarait que les convertis au judaïsme se trouvaient en réalité lésés par leur entrée dans cette église corrompue, et le même constat est posé pour l'Église nominale contemporaine devenue, par sa dégénérescence, davantage nuisible que bénéfique à l'homme du monde : resté dans le monde, celui-ci demeurait sensible à la conviction du péché, mais l'Église lui déclare qu'étant un homme moral, il n'est donc pas un pécheur, et qu'il lui suffit d'abandonner ses vices secrets pour rejoindre ses rangs et devenir l'un des siens « en bonne et due forme »[261]. Surpris par cette largeur de vue, convaincu d'avoir toujours été aussi bon que la majorité des membres de l'église, sinon meilleur que certains, et flatté que l'église reconnaisse ainsi sa valeur, cet homme rejoint l'église et en devient membre de nom ; il tire un certain bénéfice d'être retenu loin de péchés extérieurs et honteux, mais se trouve lésé en étant désormais persuadé par l'église d'être chrétien, alors qu'en réalité il n'a « ni part ni lot » dans cette affaire.

Ce préjudice consiste précisément à recevoir la forme de la piété sans sa force : cet homme s'endort alors profondément — « à l'aise en Sion » — et ne se réveille que lorsqu'une critique est adressée à l'église, se sentant alors lui-même « défenseur de la foi »[262]. L'église elle-même se trouve plus encore lésée par un tel homme, puisque nul ne peut évaluer le poids et l'effet de chacune de ces « ivraies », de chacun de ces chrétiens factices, de chacun de ces trompeurs trompés eux-mêmes ; le champ de blé du Seigneur, selon Matthieu 13, est envahi de telles ivraies qui étouffent le blé et le dissimulent presque entièrement à la vue, ce qui explique qu'une certaine agitation se manifeste maintenant que la moisson est entrée dans son temps et que « la faucille de la vérité » accomplit son œuvre[263].

L'accusation de « troubler Israël » reprend alors toute sa portée : lorsque Sion, à l'aise et satisfaite d'elle-même, se voit crier ses péchés et sa piété dépourvue de force sans ménagement, elle s'irrite et se plaint de ce trouble infligé — exactement l'accusation déjà portée contre Jésus lui-même, taxé d'opposer et d'entraver les chefs et enseignants établis de Dieu, les grands prêtres, les scribes et les pharisiens, à quoi il répondait n'être pas venu apporter la paix sur la terre mais une épée — la vérité étant cette épée —, venu au contraire mettre la division jusque dans la maisonnée de chacun, selon Matthieu 10:34[264].

La vérité n'a jamais conduit

La vérité n'a jamais conduit la majorité, durant ce temps où le mal est permis de régner, et a toujours eu pour tâche principale de reprendre les ténèbres[265]. La réprimande n'est jamais agréable, mais elle est particulièrement déplaisante pour ceux qui en ont le plus besoin, les saints étant au contraire décrits comme jouissant d'une « grande paix » envers la loi divine, sans que rien ne puisse les offenser. C'est précisément pour avoir ainsi réprimandé le péché et l'erreur qu'Élie fut haï et désigné comme le « perturbateur d'Israël » ; pour la même raison Jésus fut dénoncé, et pour la même raison tous ceux qui veulent vivre pieusement sont pareillement offensants. La condition posée à celui qui reprend ainsi est d'y parler « comme un oracle de Dieu », sans que rien ne soit fait ou dit par amertume, querelle ou vaine gloire, mais plutôt par un esprit doux et tranquille manifestant dans l'amour la force autant que la forme de la piété, à la louange de celui qui a appelé hors des ténèbres vers sa « merveilleuse lumière »[266].

Jésus attirait de son vivant l'attention des Juifs sur les jugements divins qui s'abattraient bientôt sur eux, déclarant que « ce sont des jours de vengeance, afin que toutes les choses écrites s'accomplissent », selon Luc 21:22 ; Élie, de même, avait averti de la mort de Jézabel et d'Achab, dont le sang serait léché par les chiens et la chair dévorée. Dans le même esprit, Achab et ses successeurs — identifiés aux empires romain et postromains — sont annoncés comme devant être tués, c'est-à-dire détruits, conformément à Daniel 2:44, et Jézabel — la papauté, et en fait l'Église nominale tout entière en tant qu'elle représente le même système fusionnant l'Église et le monde — comme devant être « mangée par les chiens », c'est-à-dire par les éléments les plus dégradés, abattue et consumée[267]. Élie représente enfin le « petit troupeau » des méprisés, destiné à être hautement exalté et enlevé dans un tourbillon, le souhait étant formulé de compter parmi cette petite compagnie désormais en voie de séparation qui sera bientôt changée en un instant à la parfaite ressemblance du Seigneur[268].

Prudent, ou imprudent, lequel ?

La sagesse et la prudence sont présentées comme de bonnes choses à leur place, à condition de ne pas être exagérées ou détournées de leur usage, mais il existe, selon cette réflexion, une forme d'excès de sagesse, consistant à être « sage au-delà de ce qui est écrit », de même qu'il existe une forme de prudence excessive consistant à être prudent au-delà de ce qui est écrit[269]. Cette réflexion naît de l'observation des expressions et des regards de certains, lorsque leur attention est portée sur le sujet de la Restitution.

L'idée que les hommes seront restaurés à la vie naturelle, pour vivre à nouveau dans la chair en tant qu'hommes, restaurés dans tout ce qu'ils ont perdu par Adam ou par le péché d'Adam, paraît à beaucoup le comble de la présomption, bien que ces mêmes personnes n'appliqueraient pas, selon cette réflexion, le même mode de raisonnement à d'autres sujets. Romains 5:18-19 est cité à cet effet : de même que, par l'offense d'un seul, le jugement est venu sur tous les hommes pour la condamnation, de même, par la justice d'un seul, le don gratuit vient sur tous les hommes pour la justification de vie ; de même que, par la désobéissance d'un seul homme, beaucoup furent rendus pécheurs, de même, par l'obéissance d'un seul, beaucoup seront rendus justes[270]. La question posée est de savoir qui, appliquant ces mêmes mots à un autre sujet que la relation entre Dieu et l'homme, songerait à faire de la seconde partie de chaque proposition une portée moindre que la première.

Sans affirmer de façon catégorique que l'homme vivra à nouveau dans la chair, restauré à la perfection adamique, l'attitude à adopter face à ce fait — à supposer qu'il en soit un — est examinée en se demandant qui serait le plus à même de le reconnaître. Ceux-là seraient d'abord ceux qui se trouvent en état de recevoir la vérité quelle qu'elle soit, non que la vérité puisse être autre chose que la vérité, mais elle peut se révéler très différente de ce qu'on la supposait être, en raison de l'éducation et de la formation antérieures ; or la disposition à la recevoir parce qu'elle est la vérité constitue une présomption favorable à sa reconnaissance une fois exposée[271]. Ayant ensuite reconnu et connu cette vérité, l'amour qu'on lui porte devrait logiquement conduire à l'accepter, nul ne pouvant raisonnablement rejeter ce qu'il aime, sauf à aimer davantage autre chose qui s'y opposerait ; et ayant reconnu, aimé et reçu cette vérité, rien de plus naturel que de la proclamer, l'hypothèse qu'on puisse se familiariser avec une vérité d'un intérêt aussi profond pour l'humanité sans en parler du tout étant jugée difficilement soutenable.

Ce sujet est présenté comme empreint d'un réconfort profond, et comme un sujet qui fait appel au sens de la sagesse, de la justice et de l'amour de Dieu, offrant, hors de tout préjugé arrêté, une vision des attributs divins si rayonnante qu'elle pousse, à l'image du Psalmiste, à s'exclamer : « Oh, que les hommes louent le Seigneur pour sa bonté, et pour ses œuvres merveilleuses envers les enfants des hommes », selon Psaumes 107:8[272].

Si la doctrine de la restitution s'avère vraie — sans oublier qu'il existe par ailleurs un salut « bien plus grand » — elle s'accorderait, selon cette réflexion, de façon particulièrement cohérente avec un passage d'Ézéchiel 16:53 longtemps resté énigmatique : Dieu, dans ce chapitre, fait connaître à Jérusalem ses abominations, puis annonce que lorsqu'il ramènera leur captivité, la captivité de Sodome et de ses filles, et la captivité de Samarie et de ses filles, il ramènera alors également la captivité des captifs de Jérusalem parmi eux[273]. Une objection anticipée à cette lecture — selon laquelle certains commentateurs estiment que ce passage ne prouverait pas la restitution — demeure en suspens au moment où le texte s'interrompt.

L'objection anticipée demeure sans résolution tranchée : l'idée que Dieu ne ramènerait la captivité « d'aucun des deux » est écartée par un argument tiré du verset suivant, où la promesse de donner Sodome et Samarie « pour filles » à Jérusalem, mais non selon l'ancienne alliance, est présentée comme s'opposant à une lecture purement négative du passage[274]. Une portée est également reconnue à la parole de Jésus en Matthieu 11:24, selon laquelle il sera « plus tolérable pour le pays de Sodome au jour du jugement » que pour Capernaüm, cette formule étant jugée cohérente avec le passage d'Ézéchiel déjà cité, de même qu'avec Luc 12:10 annonçant que le blasphème contre le Saint-Esprit ne sera pardonné « ni dans ce monde ni dans le monde à venir »[275]. Cette lecture est présentée comme éclairant également la déclaration de Pierre en Actes 3:21, selon laquelle le ciel doit retenir Jésus « jusqu'aux temps de la restitution de toutes choses, dont Dieu a parlé par la bouche de tous ses saints prophètes depuis que le monde existe ».

Une objection pratique est ensuite anticipée : il ne faudrait pas enseigner une telle doctrine au peuple, sous peine qu'il ne se repente jamais et persiste dans le péché[276]. La réponse apportée consiste à retourner la question vers celui qui l'objecte : si Dieu lui-même a parlé par la bouche de tous ses saints prophètes depuis le commencement du monde, selon Pierre, il serait présomptueux de vouloir se montrer « prudent au-delà de ce qui est écrit », une telle prudence équivalant à accuser Dieu d'avoir manqué de sagesse en laissant ses prophètes énoncer de telles vérités[277]. Le vingt-septième verset du Psaumes 136, répétant à chaque fin de verset que « la miséricorde du Seigneur dure à toujours », est invoqué pour suggérer que, si les hommes venaient à en tirer la conclusion que le châtiment des méchants doit lui aussi prendre fin, ils seraient alors conduits à comprendre que le nom même de Dieu, « Amour », est pleinement approprié, et à l'aimer davantage encore[278].

Un rapprochement ironique est opéré entre ceux qui jugent imprudent d'enseigner la restitution et ceux que Matthieu 11:25 désigne comme les « sages et prudents » auxquels les choses ont été cachées, tandis qu'elles ont été révélées aux « petits enfants » — rapprochement renforcé par la citation de 1 Corinthiens 1:19, où Dieu annonce détruire la sagesse des sages et réduire à rien l'intelligence des prudents[279]. L'exhortation qui en découle invite à consacrer toute son attention à « l'esprit de vérité » et à l'annoncer simplement, à la manière d'un enfant qui bégaie, condition posée pour obtenir de nouvelles révélations, un court poème étant cité en conclusion sur l'incrédulité aveugle qui se trompe toujours en voulant scruter par elle-même l'œuvre divine, alors que Dieu est son propre interprète et la rendra claire[280]. L'incapacité supposée du Père céleste à protéger lui-même son propre caractère est écartée comme prétexte à toute prudence excessive de la part des hommes, qui risqueraient alors de perdre ce qui leur serait « caché » par un tel zèle mal placé, la formule de Matthieu 11:25-26 étant reprise une dernière fois, suivie d'un bref poème signé N. B. Cobb sur la rose du désert, jamais vue par aucun homme mais nourrie avec un soin digne de Dieu, et sur le travail et la valeur de chacun, inconnus des hommes mais reconnus par Dieu.

La présence et la moisson

Matthieu 24:3 fournit le point de départ de cette réflexion, dans sa traduction tirée de l'Emphatic Diaglott : « Quel sera le signe de ta présence et de la consommation de l'âge ? »[281]. Cette traduction est présentée comme éclairant la relation entre la présence du Christ et la moisson : le mot grec parousia ne signifie pas l'acte de venir mais le fait d'être présent, selon les lexiques, et le mot aion ne désigne pas ce globe ou cet ordre général des choses, mais une époque ou un âge[282]. Ce passage ne donne, selon cette lecture, aucun appui à la conception répandue qui associe la venue du Christ à la « destruction de la matière et à l'écroulement des mondes », cette fausse conception rendant le sujet effrayant.

Le mot grec suntelia, traduit par « fin », ne désigne pas un point précis mais une période de temps, le même mot étant employé en Matthieu 13:39 où « la moisson est la fin [suntelia] de l'âge »[283]. Le verset 30 du même chapitre montre que la moisson constitue un travail accompli « dans le temps [la période] de la moisson » ; ces éléments réunis conduisent à reformuler la substance de la question posée par les disciples comme suit : quel sera le signe (la preuve) de ta présence et de la moisson de l'âge[284] ?

Le signe de la présence est ainsi identifié au signe du temps de la moisson, un seul et même ensemble de preuves valant pour les deux réalités, l'ouvrier et l'œuvre étant liés l'un à l'autre : quiconque croit, sur la base de ce qu'il considère comme de bonnes preuves, que la moisson est arrivée, devrait logiquement croire aussi à la présence du Christ en tant que Seigneur des anges moissonneurs[285]. Certains ayant jadis accepté de façon cohérente les deux idées, en raison de leur lien logique, en viennent désormais à nier la présence tout en soutenant, de façon incohérente, que le Christ ne viendra qu'à la fin de la moisson ; une telle position est annoncée comme devant conduire, par souci de retrouver une certaine cohérence, à rejeter également l'idée même de la moisson[286]. Matthieu 24:3 doit alors subir une forme de violence si l'on veut maintenir que la moisson — la fin de l'âge et son œuvre — précède la venue du Christ, ce qui est pourtant la position de tous ceux qui nient sa présence tout en enseignant que le temps de la moisson est déjà entré.

L'ordre inverse, où la présence du Christ précéderait la moisson pour une raison préparatoire, comme ce fut le cas lors du premier avènement entre sa naissance et son ministère, est jugé moins contraire à l'ordre du texte, alors qu'inverser cet ordre et placer la consommation de l'âge avant son arrivée paraît absurde[287]. Un parallèle est établi entre la fin de l'âge juif et celle de l'âge de l'Évangile, l'absence d'harmonie étant relevée chez ceux qui admettent que le Christ fût présent au niveau juif pour introduire la moisson juive, mais refusent qu'il vienne au niveau de l'Église de l'Évangile avant la fin de la moisson de l'Évangile[288].

La cause de cette incohérence et de ce refus de la présence du Christ durant la moisson de l'Évangile est attribuée à une méprise sur ce que constitue le « niveau » de l'Église parfaite de l'Évangile. Romains 8:9 fournit la clé de cette distinction : n'être pas « dans la chair, mais dans l'esprit », si l'Esprit de Dieu habite en soi[289]. L'idéal de la chair est un homme de chair parfait, mais l'idéal de l'esprit est constitué des « esprits des justes rendus parfaits », selon Hébreux 12:23 ; de même qu'un homme de chair parfait possède un corps de chair, un être spirituel parfait doit posséder un « corps spirituel », ce que confirme Paul en opposant le corps « naturel [psukikon — animal] » semé et le corps « spirituel [pneumatikon] » ressuscité[290]. Le premier, même parfait, demeure soumis à la loi de la chair, et le second à la loi de l'Esprit ; Jésus, connaissant ces deux lois, déclare que « ce qui est né ou produit de la chair est chair, et ce qui est né [produit] de l'Esprit est esprit ».

Ceux qui nient la présence tout en croyant que la moisson est arrivée sont soupçonnés de vouloir, par cette dénégation, ignorer certains des parallèles entre les deux dispensations, et de perdre ainsi de vue également le contraste qu'ils comportent — le texte s'interrompant sur l'amorce de ce second point de comparaison.

L'invisibilité des êtres spirituels aux mortels est présentée comme une vérité démontrée à plusieurs reprises, ces êtres gardant néanmoins le pouvoir de se manifester lorsque cela s'avère nécessaire. Dieu lui-même est qualifié d'invisible, et le Christ est décrit comme « l'image du Dieu invisible, le premier-né de toute créature », selon Colossiens 1:15, ce qui implique que toute créature née de l'esprit devient, elle aussi, invisible. Les anges, naturellement invisibles aux mortels, se sont néanmoins montrés en de rares occasions, et les humains reçoivent la promesse de devenir semblables aux anges, et semblables au Christ.

Cette invisibilité du nouvel être aux mortels est rattachée à l'enseignement de Paul en 2 Corinthiens 4:14-18, ainsi qu'au fait que le corps ressuscité du Christ n'était visible aux mortels que lors d'apparitions motivées par des raisons particulières. Bien que les chrétiens demeurent effectivement dans la chair jusqu'au changement de leur corps, selon Philippiens 3:21, Dieu ne les compte pas selon la chair mais selon l'esprit, conformément à Romains 8:9, et donc comme « ressuscités avec Christ » d'après Colossiens 3:1. Cette nouvelle nature, désignée tour à tour comme « Christ en vous » en Romains 8:10 et Galates 2:20, « Christ formé en vous » en Galates 4:19, « l'espérance de la gloire » en Colossiens 1:27, « l'homme intérieur » en Éphésiens 3:16 et « une nouvelle création » en 2 Corinthiens 5:17, constitue le fondement de la reconnaissance des chrétiens entre eux et de leur communion, le critère de cette reconnaissance résidant dans le fait d'être en Christ, lequel n'est plus connu selon la chair.

Les deux natures humaines sont opposées comme l'extérieur — ce qui se voit, ce qui est temporel, ce qui périt — et l'intérieur — ce qui ne se voit pas, ce qui se renouvelle de jour en jour, ce qui est éternel[291]. Cette double appartenance des chrétiens — reliés au premier Adam comme êtres naturels et mortels, reliés au second Adam par leur nouvelle nature — est présentée comme la cause des malentendus sur la nature de la présence du Christ chez ceux qui ne la perçoivent pas correctement. Les croyants, en tant que nouveaux êtres habitant une « maison terrestre », voient leur corps qualifié de « temple du Saint-Esprit », sans pour autant aspirer à être dépouillés plutôt que revêtus de la demeure céleste, selon 2 Corinthiens 5:1-8.

Deux phases de service correspondent à ces deux phases de vie, un service extérieur et un service intérieur, représentés par le « parvis » et le « lieu saint » du tabernacle. Le parvis, ouvert et visible, servait aux sacrifices et aux ablutions, et figure la phase la plus terrestre de l'existence chrétienne ainsi que le traitement de la chair par l'action de l'esprit qui l'habite, conformément à Romains 8:13. Le second compartiment, appelé « saint », recouvert de peaux de béliers teintes et d'une couverture de peaux de blaireaux selon Exode 36:19 qu'aucun œil ne pouvait percer, figure la vie cachée où l'on marche par la foi et non par la vue, où l'on mange le pain caché, où l'on marche dans une lumière invisible au monde et où l'on sert à un autel que nul ne voit[292].

La nécessité d'un signe pour établir la présence du Christ est elle-même présentée comme la preuve que cette présence devait rester invisible à l'œil naturel, ce signe — l'ensemble des preuves — étant destiné à l'Église, le monde devant pour sa part apprendre par des jugements qui constitueront l'apparition du signe à ses yeux. L'état du monde pendant la première partie au moins de la parousia est décrit par le Christ lui-même en Matthieu 24:37-39, qui compare cette période aux « jours de Noé » — non au déluge lui-même, mais aux jours qui l'ont précédé, pendant la construction de l'arche, en comparaison avec 1 Pierre 3:20. En Luc 17:26, l'expression « dans les jours du Fils de l'homme » est mise en avant à la place de « venue », jugée plus cohérente avec l'idée de présence. Le fait que cette présence précède pour un temps l'enlèvement des saints est appuyé sur la lumière donnée aux veilleurs pour qu'ils ne soient pas surpris par ce jour, selon Luc 21:34,36 et 1 Thessaloniciens 5:1-5. La parabole du « serviteur fidèle et avisé » opposé au « mauvais serviteur » en Matthieu 24:45-51 fournit un argument supplémentaire : le mauvais serviteur proclame que « mon maître diffère son retour » et frappe ses compagnons, qui doivent au contraire proclamer que le maître ne tarde plus[293], ce qui n'est possible que s'il est déjà venu ; ce n'est pas le doute honnête qui est condamné dans ce passage, mais l'esprit persécuteur.

Le mot suntelia — la fin de l'âge, la moisson — est rapproché des « derniers jours » évoqués par Pierre, où des moqueurs doivent venir en raillant et en demandant où se trouve la promesse de la présence du Christ, leur argument reposant sur le fait qu'aucun changement perceptible aux yeux naturels ne s'est produit depuis le commencement, d'après 2 Pierre 3:3-4 dans la traduction de l'Emphatic Diaglott. L'objection selon laquelle le Christ, prétendument présent depuis sept ans, n'aurait rien accompli, est rapprochée de cet argument des moqueurs ; il lui est opposé que si l'œuvre de moisson est en cours, le Christ n'est pas inactif, puisqu'il demeure le Seigneur des anges moissonneurs et, par conséquent, le moissonneur en chef, le Seigneur de la moisson. L'absence de preuve de la moisson équivaudrait à l'absence de preuve de la présence, les deux signes étant inséparables ; la somme des preuves avancées — la combinaison des périodes prophétiques, les parallèles entre dispensations et les « signes des temps » — est jugée considérable, certains faits encore inconnus devant, une fois mis en lumière, confirmer cette harmonie. La conclusion invoque les paroles adressées par Jésus aux Juifs de son époque, leur reprochant de savoir discerner l'aspect du ciel et de la terre sans savoir discerner les signes du temps présent, l'article étant signé des initiales J. H. P.

Le nom nouveau du Seigneur et le nôtre

Apocalypse 3:12 fournit le point d'appui de cette réflexion : « Celui qui vaincra, je ferai de lui une colonne dans le temple de mon Dieu, et il n'en sortira plus ; et j'écrirai sur lui le nom de mon Dieu, et le nom de la ville de mon Dieu, la nouvelle Jérusalem, qui descend du ciel de la part de mon Dieu, et j'écrirai sur lui mon nom nouveau »[294]. Ce passage conduit à l'idée que Jésus doit être connu sous un nom et un titre différents de ceux qu'il porte actuellement, et que cette nouveauté s'étend également aux vainqueurs qui, en qualité d'épouse du Christ, porteront son nom. Un nom nouveau est interprété comme suggérant un changement dans la position officielle du Christ à l'égard d'Israël restauré et des autres nations de la terre durant l'âge à venir ; cette nouvelle position devant être assumée à la fin de l'âge présent, au moment où Israël doit retrouver une position de faveur. Cette articulation s'appuie sur Actes 15:14-16, où Simon [Pierre] relate comment Dieu a d'abord visité les nations pour en tirer un peuple pour son nom — l'épouse — avant de revenir rebâtir le tabernacle de David et ses ruines[295]. L'article s'interrompt sur une citation prophétique annoncée mais non encore développée.

Celui qui vaincra reçoit « my new name », le nom nouveau du Christ s'identifiant à « THE LORD, OUR RIGHTEOUSNESS »[296], titre emprunté à Jérémie 23:5-6 et appliqué aussi bien au roi régnant dans la justice qu'à la Jérusalem glorifiée qui porte « ce même nom »[297]. Melchisédec, type du Christ, illustre cette double fonction : « First, being by interpretation, King of Righteousness, and after that also King of Salem, which is King of Peace »[298], en référence à Hébreux 7:2. L'Église, décrite comme déjà fiancée à Jésus, est destinée à constituer avec lui, après le mariage, la nouvelle Jérusalem assimilée à « la justice des nations »[299], reprenant l'image d'Ésaïe 1:26 de « la cité de justice, la cité fidèle ». Le mariage de l'Agneau est désigné comme l'événement le plus important pour le monde après la mort de Jésus, condition nécessaire à la bénédiction des nations annoncée en Apocalypse 21:24 et à la manifestation des fils de Dieu attendue selon Romains 8:19[300]. L'article, signé des initiales A. D. J., se referme sur un appel à la fidélité fondé sur Apocalypse 3:11 et sur la promesse faite à celui qui vainc de recevoir une pierre blanche portant « a new name written, which no man knoweth saving he that receiveth it »[301], allusion à Apocalypse 2:17.

Aux lecteurs de la Tour de Garde

Un lecteur témoigne de son parcours de foi sous la forme d'une lettre adressée à la rédaction. Il y décrit une semaine d'instruction sur les enseignements relatifs au royaume, portant en particulier sur la présence du Christ accomplissant l'œuvre de séparation qui prépare le mariage[302]. Il confesse avoir, trois jours durant, résisté à ces vérités, allant jusqu'à souhaiter qu'elles ne soient pas bibliques, avant de les accueillir avec reconnaissance[303]. Il relate ensuite une seconde épreuve de sa foi et de sa consécration, lorsqu'il se sent pressé, en tant qu'intendant de Dieu, de proclamer ces vérités par la prédication, malgré leur caractère peu accueilli du plus grand nombre[304]. Il cite Actes 3:19-23 sur « les temps de la restauration de toutes choses » annoncés par les prophètes, et termine par une prière empruntée à Romains 15:30-31, demandant d'être délivré de ceux qui ne croient pas en Judée — assimilée à l'Église nominale — afin que son service pour Jérusalem, assimilée à l'épouse, soit agréé des saints[305]. La lettre est signée J. B. Adamson[306].

La rédaction introduit ce témoignage en présentant J.B. Adamson comme un frère en Christ connu depuis environ un an, dont l'intérêt pour les enseignements défendus dans la revue n'a cessé de croître[307]. Il est précisé qu'il a résolu de consacrer tout son temps, sa réputation et ses capacités à la recherche de la « perle de grand prix », quittant une activité professionnelle rapportant environ 1 500 dollars par an[308]. Ce renoncement est présenté comme peu coûteux comparé au privilège d'être ambassadeur et porte-parole du Roi des rois[309].

Deux autres prédicateurs itinérants sont mentionnés à la suite de ce témoignage : Bro. Sunderlin, de l'État de New York, engagé dans ce travail depuis trois mois, et un dénommé Robert Bailey, du Michigan, présenté comme récemment parti prêcher les mêmes « bonnes nouvelles » en pleine consécration au Seigneur[310]. Les deux hommes sont décrits comme ayant participé à une conférence dont l'étude est jugée profitable. Un troisième collaborateur, un frère McGrannor, de Pennsylvanie, est signalé comme ayant lui aussi quitté ses occupations pour se donner entièrement au « champ de la moisson », avec le souhait que ses travaux soient couronnés du même succès et qu'il entende un jour les paroles de Matthieu 25:21, « Well done good and faithful servant »[311]. Le texte se referme sur un appel adressé aux lecteurs à se considérer eux-mêmes comme des intendants de Dieu, invités à mettre leurs talents et leur temps au service du Seigneur, non comme de simples « banquiers » payant sur demande mais comme de véritables gérants des biens qui leur sont confiés[312]. Ce texte d'appel est signé de la mention « [Editor] »[313].

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Références

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  167. ↑ La Tour de Garde de juin 1881, p. 228
  168. ↑ La Tour de Garde de juin 1881, p. 228
  169. ↑ La Tour de Garde de juin 1881, p. 228
  170. ↑ La Tour de Garde de juin 1881, p. 228
  171. ↑ La Tour de Garde de juin 1881, p. 228
  172. ↑ La Tour de Garde de juin 1881, p. 228
  173. ↑ La Tour de Garde de juin 1881, p. 228
  174. ↑ La Tour de Garde de juin 1881, p. 228
  175. ↑ La Tour de Garde de juin 1881, p. 228
  176. ↑ La Tour de Garde de juin 1881, p. 228
  177. ↑ La Tour de Garde de juin 1881, p. 229
  178. ↑ La Tour de Garde de juin 1881, p. 229
  179. ↑ La Tour de Garde de juin 1881, p. 229
  180. ↑ La Tour de Garde de juin 1881, p. 229
  181. ↑ La Tour de Garde de juin 1881, p. 229
  182. ↑ La Tour de Garde de juin 1881, p. 229
  183. ↑ La Tour de Garde de juin 1881, p. 229
  184. ↑ La Tour de Garde de juin 1881, p. 229
  185. ↑ La Tour de Garde de juin 1881, p. 229
  186. ↑ La Tour de Garde de juin 1881, p. 229
  187. ↑ La Tour de Garde de juin 1881, p. 229
  188. ↑ La Tour de Garde de juin 1881, p. 229
  189. ↑ La Tour de Garde de juin 1881, p. 229
  190. ↑ La Tour de Garde de juin 1881, p. 229
  191. ↑ « ils sont les ministres, chefs de classe et instructeurs des classes bibliques de l'église »
  192. ↑ « non seulement les nouveau-nés cesseront de venir à elle, mais beaucoup, oui, finalement tous, de ceux qui se nourrissent maintenant de lait seront sevrés »
  193. ↑ « le septième millier (ou sabbat — le septième jour est le "sabbat") a commencé en 1873 »
  194. ↑ « durant les sept dernières années, la Sion nominale a cherché par tous les moyens à empêcher la sortie de sa maison »
  195. ↑ « on vous flattera d'abord, on vous dira combien vos services sont indispensables »
  196. ↑ « La plus chère idole que j'aie connue, quelle qu'elle soit, aide-moi à l'arracher de ton trône, et à n'adorer que Toi »
  197. ↑ « et pas seulement le dire, mais le faire »
  198. ↑ « les premières sept années de rassemblement des prémices du blé, et une période suivante de trente-trois ans de moisson de la vigne de la terre »
  199. ↑ « la moisson vient toujours en été et est suivie des gelées destructrices de l'hiver »
  200. ↑ « il n'y a pas de roi en elle, il n'y a pas de baume en Galaad »
  201. ↑ « mais ceux qui seront membres du premier-né sortiront avant le travail »
  202. ↑ La Tour de Garde de juin 1881, p. 230
  203. ↑ « Vous êtes mes amis, si vous faites tout ce que je vous commande »
  204. ↑ « la fin du ministère terrestre de Jésus était venue »
  205. ↑ « bien qu'ils fussent justifiés par la foi — des êtres humains justifiés, mais non encore engendrés comme nouvelles créatures »
  206. ↑ « premièrement, la règle par laquelle il juge qui sont ses amis »
  207. ↑ « l'esprit vous conduit-il chaque jour vers une compréhension toujours plus grande de ses paroles et de son plan »
  208. ↑ « alors il semble en effet que vous ne soyez pas du nombre des amis particuliers »
  209. ↑ « Nous avons choisi ceux-ci parmi d'autres arguments »
  210. ↑ « Pourquoi devrait-on juger incroyable que Dieu ressuscite les morts »
  211. ↑ « car si Dieu a ressuscité Jésus des morts, il était divin »
  212. ↑ « Prenez garde à vous-mêmes, et à tout le troupeau sur lequel le Saint-Esprit vous a établis surveillants »
  213. ↑ « à moins qu'il n'y ait d'abord une apostasie, et que l'homme de péché ne soit révélé »
  214. ↑ « N'est-ce pas un homme à la tête d'un système ecclésiastique, s'exhibant comme objet de l'hommage le plus élevé sur la terre »
  215. ↑ « centrée sur Rome et s'étendant presque, si ce n'est tout à fait, à toute partie habitée du globe »
  216. ↑ « Qu'un peuple sans organisation nationale, sans pouvoir centralisé, banni de sa propre terre... puisse encore exister comme peuple distinct est une chose remarquable, inexplicable de tout point de vue humain »
  217. ↑ « Un peuple massacré par dizaines de milliers, oui, plus encore, en l'an 70 »
  218. ↑ « Nous nous tournons vers les œuvres de la création, vers le monde des esprits libéraux, vers l'athée ou l'incroyant, pour une explication »
  219. ↑ « trouvez le Juif où vous voudrez... et c'est encore un Juif, se réclamant d'Abraham comme de son père »
  220. ↑ « Ô Israël, ne sois pas effrayé, car bien que je mette un terme complet à toutes les nations... je ne mettrai pas un terme complet à toi »
  221. ↑ « Comme le buisson de Moïse — toujours brûlant mais jamais consumé »
  222. ↑ « Même maintenant, les Juifs sont au nombre de 30 000 à Jérusalem et dans les environs, et chaque jour ce nombre augmente »
  223. ↑ « Combien différentes sont les prédictions vagues et incohérentes des augures grecs et romains »
  224. ↑ « Je sais qu'après ma mort vous vous corromprez entièrement et vous détournerez de la voie que je vous ai prescrite »
  225. ↑ « Voici, je suis contre toi, ô Tyr ! et je ferai venir contre toi beaucoup de nations »
  226. ↑ « Chaque clause de la prophétie a été accomplie avec une minutie effrayante »
  227. ↑ « Avons-nous besoin d'une meilleure raison de croire que la Bible est la parole de Dieu ? »
  228. ↑ « Il en est de même pour les royaumes babylonien, médo-perse, grec et romain »
  229. ↑ « dans les derniers jours... le pays d'Israël sera ramené de l'épée »
  230. ↑ « Qu'il en résultera que toutes les nations d'Europe seront rassemblées dans la grande bataille d'Harmaguédon »
  231. ↑ « Les Juifs tournent lentement mais sûrement leurs pas errants vers Jérusalem »
  232. ↑ « Il s'est levé en Orient — le berceau de notre race — une lumière qui s'intensifie à mesure que le jour avance »
  233. ↑ « le grand projet humanitaire du fonds commémoratif Sir Moses Montefiore »
  234. ↑ « Nous sommes inondés de livres et de brochures sur la Palestine »
  235. ↑ « Je demande ce qu'est ceci, sinon l'accomplissement des prophéties sous nos yeux »
  236. ↑ « Christ a souffert... vous laissant un modèle afin que vous suiviez ses traces »
  237. ↑ « il a été obéissant jusqu'à la mort. Dieu l'a aussi hautement exalté »
  238. ↑ « celui qui seul possède l'immortalité »
  239. ↑ « toute créature qui est dans le ciel et sur la terre dira : Bénédiction, et honneur, et gloire »
  240. ↑ « amener plusieurs fils à la gloire — au même plan divin »
  241. ↑ « L'œil n'a pas vu, ni l'oreille entendu »
  242. ↑ « Nous sommes appelés à être cohéritiers avec Jésus, héritiers de l'immortalité »
  243. ↑ « Un corps tu m'as préparé... Alors j'ai dit, Voici, je viens faire ta volonté »
  244. ↑ « loin de la sympathie humaine, de la société humaine, et des occupations humaines »
  245. ↑ « Il était compté comme un fanatique, un imposteur, un enseignant de fausse doctrine »
  246. ↑ « Comme citoyen il était méprisé par ses concitoyens, compté comme un ennemi de César »
  247. ↑ « S'ils m'ont haï, dit Jésus, ils vous haïront aussi »
  248. ↑ « il vous trouvera et se montrera à vous, et parlera avec vous »
  249. ↑ « Quand il fut mené comme un agneau à la boucherie, il n'ouvrit pas la bouche »
  250. ↑ « Ne crains point, petit troupeau ; car il a plu à votre Père de vous donner le royaume »
  251. ↑ « Le présent est une crise capitale. Toutes les sectes sont ébranlées »
  252. ↑ « La Bible et les credo sont en guerre. Il n'y a pas de trêve »
  253. ↑ « Ce furent les paroles d'Achab, roi d'Israël, à Élie »
  254. ↑ « Élie représentait l'Église — les vrais et sincères enseignants de la Parole de Dieu »
  255. ↑ « de même, durant les 1260 ans de persécution papale, s'achevant en 1798, il y eut une grande sécheresse spirituelle »
  256. ↑ « Vivement contrariés par ces reproches, ceux qui vivent à l'aise dans Sion emploient presque les paroles d'Achab »
  257. ↑ « connaître mes voies, comme une nation qui pratiquait la justice et n'abandonnait pas les ordonnances de son Dieu »
  258. ↑ « Il n'y eut jamais de période où les lois et ordonnances juives furent plus fidèlement observées que durant les sept années de leur moisson »
  259. ↑ « Vous parcourez la mer et la terre pour faire un seul prosélyte »
  260. ↑ « De magnifiques temples de culte, une musique grandiose et des vêtements coûteux semblent marquer l'époque présente comme celle d'un succès sans précédent »
  261. ↑ « Vous êtes un homme moral, et donc pas un pécheur »
  262. ↑ « Il s'endort désormais profondément — à l'aise en Sion »
  263. ↑ « la faucille de la vérité accomplit son œuvre »
  264. ↑ « Ne pensez pas que je suis venu apporter la paix sur la terre ; je ne suis pas venu apporter la paix, mais une épée »
  265. ↑ « la vérité n'a jamais conduit la majorité, durant ce temps où le mal est permis de régner »
  266. ↑ « qu'il parle comme un oracle de Dieu, et que rien ne soit fait ou dit par amertume, querelle ou vaine gloire »
  267. ↑ « que Jézabel soit mangée par les chiens — les dégradés — c'est-à-dire la papauté »
  268. ↑ « Oh, que nous puissions être parmi la petite compagnie maintenant en voie de séparation »
  269. ↑ « il existe une chose telle qu'être trop sage, ou sage au-delà de ce qui est écrit »
  270. ↑ « De même que par l'offense d'un seul, le jugement est venu sur tous les hommes pour la condamnation »
  271. ↑ « si nous sommes disposés à la recevoir parce qu'elle est la vérité, c'est une preuve présomptive que nous serons susceptibles de la reconnaître »
  272. ↑ « Oh, que les hommes louent le Seigneur pour sa bonté, et pour ses œuvres merveilleuses envers les enfants des hommes »
  273. ↑ « Quand je ramènerai leur captivité, la captivité de Sodome et de ses filles, et la captivité de Samarie et de ses filles »
  274. ↑ « opposé à l'idée que ce fût une manière emphatique de dire qu'il ne ferait ni l'un ni l'autre »
  275. ↑ « encore, si cela est vrai, quelle lumière serait jetée sur les paroles de Jésus en Matthieu 11:24 »
  276. ↑ « ne dites pas de telles choses au peuple ; si vous le faites, il ne se repentira jamais, mais vivra dans le péché »
  277. ↑ « si cela est vrai, et que Dieu en a parlé par la bouche de tous ses saints prophètes depuis le commencement du monde »
  278. ↑ « la miséricorde du Seigneur dure à toujours »
  279. ↑ « je détruirai la sagesse des sages, et je réduirai à rien l'intelligence des prudents »
  280. ↑ « l'incrédulité aveugle se trompe toujours, et scrute son œuvre en vain »
  281. ↑ « Quel sera le signe de ta présence et de la consommation de l'âge ? »
  282. ↑ « le mot grec parousia ne signifie pas l'acte de venir, mais le fait d'être présent »
  283. ↑ « le mot suntelia, traduit par fin, ne signifie pas un point, mais une période de temps »
  284. ↑ « dans le temps [la période] de la moisson »
  285. ↑ « quiconque croit, sur la force de ce qu'il considère comme de bonnes preuves, que la moisson est venue, devrait croire en la présence du Christ »
  286. ↑ « certains qui autrefois acceptaient de façon cohérente les deux, en raison de leur relation, nient maintenant la présence »
  287. ↑ « il ne serait pas aussi incohérent avec l'ordre du texte de soutenir que la présence du Christ, pour une raison préparatoire, précède la moisson »
  288. ↑ « et il est étrangement en désaccord avec le caractère typique de la dispensation juive de prétendre... que le Christ ne viendra pas au niveau de l'Église de l'Évangile »
  289. ↑ « vous n'êtes pas dans la chair, mais dans l'esprit, si l'Esprit de Dieu habite en vous »
  290. ↑ « il est semé un corps naturel [psukikon — animal] : il est ressuscité un corps spirituel [pneumatikon] »
  291. ↑ « l'ancien étant l'extérieur, le visible, le temporel, ce qui périt ; tandis que le nouveau est l'intérieur, l'invisible, renouvelé de jour en jour, l'éternel »
  292. ↑ « nous marchons par la foi, et non par la vue »
  293. ↑ « Mon maître diffère son retour »
  294. ↑ « Celui qui vaincra, je ferai de lui une colonne dans le temple de mon Dieu »
  295. ↑ « Simon a déclaré comment Dieu a d'abord visité les nations, pour en tirer un peuple pour son nom »
  296. ↑ « LE SEIGNEUR, NOTRE JUSTICE »
  297. ↑ La Tour de Garde de juin 1881, p. 11.
  298. ↑ « D'abord, par interprétation, Roi de Justice, et ensuite aussi Roi de Salem, c'est-à-dire Roi de Paix »
  299. ↑ La Tour de Garde de juin 1881, p. 11.
  300. ↑ La Tour de Garde de juin 1881, p. 11.
  301. ↑ « un nom nouveau écrit, que nul ne connaît, sinon celui qui le reçoit »
  302. ↑ La Tour de Garde de juin 1881, p. 11.
  303. ↑ « C'est avec honte que je rapporte que, pendant trois jours, j'ai rejeté ces vérités »
  304. ↑ La Tour de Garde de juin 1881, p. 11.
  305. ↑ « Je vous exhorte donc, frères, par le Seigneur Jésus-Christ, et par l'amour de l'Esprit »
  306. ↑ La Tour de Garde de juin 1881, p. 11.
  307. ↑ La Tour de Garde de juin 1881, p. 11.
  308. ↑ « rapportant environ 1 500 dollars par an »
  309. ↑ La Tour de Garde de juin 1881, p. 12.
  310. ↑ La Tour de Garde de juin 1881, p. 12.
  311. ↑ « tu as été fidèle en peu de choses, je t'établirai sur beaucoup »
  312. ↑ « y en a-t-il d'autres qui veulent rendre au Seigneur ce qui lui appartient ? »
  313. ↑ La Tour de Garde de juin 1881, p. 12.

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