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La Tour de Garde de Septembre 1884

De Tj-encyclopédie
La Tour de Garde de Septembre 1884
Revue La Tour de Garde
Date 1884
Auteur(s) S. T. Tackabury, H. G. Guinness, A. J. Gordon, Maria Russell, Madame Guyon
Année 1884
Langue Anglais
Pays États-Unis

Ce numéro ouvre le sixième volume de la revue. Il s'adresse d'abord à des lecteurs qui découvrent les idées de Russell. Il leur explique pourquoi des vérités présentées comme claires sont restées longtemps cachées et pourquoi les Églises s'y opposent. Une grande partie des pages reprend des articles déjà parus entre 1879 et 1883. Ces textes posent les bases de l'enseignement : la justification par la rançon, la consécration, l'Église comme petit troupeau appelé à la nature divine.

À côté de ces textes, le numéro donne la parole à des voix extérieures. Un pasteur méthodiste raconte pourquoi il a quitté son Église. Des prédicateurs protestants connus, Guinness et Gordon, sont cités sur le retour du Christ et sur les signes des derniers jours. Maria Russell signe un texte sur l'amour entre chrétiens et sur le devoir de reprendre l'erreur.

La plus longue réponse porte sur une objection venue de Toronto. Un lecteur accuse la revue d'avoir adopté l'idée « orthodoxe » d'une montée au ciel à la mort. La réponse place la présence du Christ en 1874 et la résurrection des saints endormis en 1878. Depuis cette date, les saints qui meurent sont changés aussitôt en êtres spirituels, sans que personne puisse le voir.

Analyse

Croyances

Une vérité perdue par l'apostasie et retrouvée au temps fixé

Le texte d'accueil adressé aux nouveaux lecteurs n'a pas été écrit pour ce numéro. Le même passage sur Knox, Calvin et Luther ouvrait déjà La Tour de Garde de Décembre 1882. Il y expliquait l'opposition de beaucoup de chrétiens par leur refus de voir que Dieu dévoile son plan peu à peu.[1] En 1884, l'argument sert donc d'explication d'usage pour tout lecteur qui découvre la revue.[2] Il répond à une objection précise. Si ces doctrines sont vraies, pourquoi personne ne les a-t-il vues plus tôt ? La réponse : Dieu ne fait comprendre son plan qu'à son heure, et le chercheur n'y a aucun mérite.[2] L'expression vient du milieu adventiste où Russell s'est formé. Jonas Wendell, dont Russell a écouté les prédications, avait publié en 1870 The Present Truth, or Meat in due Season (« La vérité présente, ou la nourriture au temps convenable »).[3] Selon Schulz et de Vienne, Russell a ensuite repris l'expression « vérité présente » pour désigner la foi de son groupe.[4] Ces deux historiens montrent aussi l'autre usage de l'argument. Russell avait appris la restitution chez George Storrs et Henry Dunn. Il présentait pourtant sa compréhension de 1873 comme un don reçu au « temps fixé », et ne se sentait plus redevable envers ces auteurs.[5] Le texte de 1884 suit la même logique : il nomme les Réformateurs, qui n'avaient qu'une partie de la vérité, mais aucun des auteurs adventistes ou millénaristes dont viennent ces doctrines.[2]

Le refus des credo découle de cette idée. Si la lumière grandit avec le temps, aucune confession de foi ne peut être définitive. Les lecteurs sont donc invités à « mettre de côté tout enseignement humain ».[2] En avril 1882, la revue disait déjà n'avoir aucun credo et se tenir prête à modifier sa foi à mesure que la Bible s'éclaire.[6] Storrs rejetait les « credo humains » dès les années 1840. Il conseillait aussi de ne fonder aucune Église, car toute Église organisée par les hommes devient selon lui Babylone.[7]

Reste à expliquer comment la vérité s'est perdue. La réponse est l'apostasie, et ce numéro en donne trois versions. Guinness reprend la lecture des Réformateurs : l'« homme de péché » de 2 Thessaloniciens 2:3 est la papauté.[8] Robert Crompton rappelle que cette identification de l'Église romaine à l'Antichrist était courante chez les protestants depuis la Réforme.[9] La revue la soutenait depuis son premier dialogue sur l'Antichrist, en décembre 1879.[10] Deux mois avant ce numéro, La Tour de Garde de Juillet 1884 reproduisait une conférence d'A. J. Gordon qui défendait cette lecture contre le rédacteur de The Truth. Celui-ci attendait un Antichrist à venir, assis dans un Temple de Jérusalem reconstruit.[11] Le court extrait du Christian Union apporte un appui venu de l'extérieur : il date l'apparition de chaque dogme catholique, bien après les apôtres.[12] Cet hebdomadaire n'appartient à aucune Église. Henry Ward Beecher l'a fondé, et Lyman Abbott en est le seul rédacteur en chef depuis 1881.[13] La réponse au lecteur G. H. H. tire de la papauté une troisième conséquence. En voulant plaire aux païens, la papauté aurait mis de côté la doctrine du sommeil des morts.[14] En septembre 1882, la revue faisait déjà venir l'immortalité naturelle de l'âme des Égyptiens. Selon elle, cette croyance serait passée aux protestants par l'intermédiaire de la papauté.[15]

L'histoire lue comme l'accomplissement des prophéties

L'article sur les signes des temps est signé d'un auteur étranger au mouvement. Henry Grattan Guinness est un évangéliste protestant irlandais, extérieur à l'Église anglicane. Il a fondé à Londres le Harley College, une école qui forme des missionnaires.[16] Dans The Approaching End of the Age (« La fin prochaine de l'âge »), il compte 1 260 ans de domination de la papauté et de l'islam, puis 2 520 ans, les « sept temps », depuis la captivité. Il voit la chute du pouvoir du pape dans les événements de 1848 et de 1866-1870.[17] La revue reproduit ici un prédicateur qui partage avec elle la méthode et le calcul en années. Dans l'extrait, le temps des Gentils commence il y a vingt-cinq siècles, au renversement du trône de David, et la prochaine étape attendue est le royaume de Dieu.[8] Aucune date de fin n'y est donnée. La revue, elle, a une date. Nelson Barbour avait compté en 1875 les 2 520 ans de 606 avant J.-C. à 1914.[18] Son livre de 1880, The Day Dawn, reprenait ce calcul.[19] Guinness écarte comme signes les guerres et les famines, parce qu'elles remplissent toute l'histoire. Il retient seulement des événements ordinaires qui arrivent au moment annoncé.[8] Ce critère convient à la revue : un signe qui ne se voit pas peut quand même être reconnu par celui qui connaît la chronologie.

Les articles sur les saints « enlevés ensemble » appliquent cette lecture au « jour du Seigneur ». La mer, la terre, les montagnes, les nuées et l'air y désignent des groupes sociaux et des pouvoirs politiques.[20] Isaac Newton avait déjà proposé une clé de ce genre. Pour lui, le ciel représente les trônes, la terre le peuple, et les grandes eaux les peuples et les petits royaumes.[21] La revue employait cette clé depuis ses débuts. En janvier 1880, les « cieux » désignaient les pouvoirs qui gouvernent, la « terre » le peuple qui leur obéit et la « mer » les masses sans frein religieux.[22] La septième trompette dure quarante ans selon ce numéro.[20] The Day Dawn faisait déjà valoir que les six premières trompettes sont des symboles, et que la septième ne peut pas être une exception.[23] En juillet 1880, la revue plaçait ce « temps de détresse » de quarante ans entre 1874 et 1914.[24] Barbour avait trouvé ce chiffre en comparant la fin de l'âge juif, de l'an 30 à l'an 70, à la fin de l'âge de l'Évangile.[25] Cette lecture change ce que l'on attend. Le « feu flamboyant » et la « fonte de la terre » annoncent l'écroulement de la société et des gouvernements, et non la destruction de la planète.[20] Selon Macmillan, Russell avait écrit sa brochure sur le retour du Christ contre les adventistes qui attendaient un monde brûlé.[26] Blandre montre que Barbour avait rattaché dès 1874 le « jour de Jéhovah » à la crise économique et sociale commencée en 1873.[27]

La présence invisible du Christ

La réponse au lecteur G. H. H. se sert de 2 Thessaloniciens 2 pour défendre la présence du Christ. Pourtant, Paul avait écrit ce chapitre contre des enseignants qui disaient le jour du Seigneur déjà arrivé. La rédaction le reconnaît : ses propres affirmations ressemblent à celles que Paul combattait.[14] Elle répond que Paul n'oppose qu'une seule objection, l'apostasie qui doit venir d'abord. Comme cette apostasie est identifiée à la papauté, rien n'empêche plus la présence.[14] Guinness lit le même chapitre comme une simple prophétie sur la papauté. La réponse à G. H. H. en tire une date.[8] La présence invisible depuis 1874 repose sur la traduction de parousia par « présence ». Benjamin W. Keith l'avait remarquée dans l'Emphatic Diaglott de Benjamin Wilson, et Barbour l'avait diffusée dans le Herald of the Morning d'octobre 1875.[28] La revue racontait cette découverte en février 1881.[29] Penton remonte plus loin. Le pasteur anglais Robert Govett lisait déjà parousia comme « présence ». Henry Drummond, l'organisateur des conférences d'Albury Park, enseignait une venue du Christ que seuls les saints verraient.[30]

Le second point de la réponse concerne les saints qui meurent maintenant. Ils ne dorment pas : ils sont changés en êtres spirituels à l'instant de leur mort.[14] Selon Penton, Russell tenait cette idée de la lecture de 1 Thessaloniciens 4:14-18 par le jésuite chilien Manuel Lacunza. Les saints changés rejoignent ceux qui sont ressuscités en 1878 pour former l'Épouse.[31] La rédaction affirme en 1884 enseigner cette doctrine depuis plusieurs années, et date de 1878 l'accomplissement d'Apocalypse 14:13.[14] Les numéros précédents la datent autrement. En avril 1882, tous ceux qui étaient morts avant le 2 octobre 1881 étaient dits endormis dans l'attente.[32] En avril 1883, la revue écrivait avoir compris pour la première fois à l'automne 1881 les mots « Bienheureux les morts qui meurent dans le Seigneur dès maintenant ».[33] En août 1883, elle décrivait le changement « au moment même de la mort ».[34] La doctrine prend donc forme après l'automne 1881. Raymond Franz rappelle ce que l'on attendait alors : l'enlèvement au ciel des saints vivants, qui n'a pas eu lieu. Il note que les affirmations portant sur des événements invisibles, comme la royauté du Christ en 1878 ou la résurrection des saints, ont pu être maintenues, faute de preuve contraire.[35] En janvier 1881 encore, A. D. Jones annonçait à Brooklyn que cette année-là « révélerait » beaucoup de ce que l'on espérait.[36] La réponse de 1884 insiste au contraire sur l'absence de tout signe visible : ni tombes ouvertes ni corps disparus.[37]

La même difficulté revient avec 1 Thessaloniciens 4:17, qui fait enlever ensemble les morts et les vivants. La réponse étale l'événement sur les quarante ans de la septième trompette. Chacun est changé en un instant, mais pas tous au même moment.[20] Drummond avait déjà distingué, dans le « jour du Seigneur », des actes lents et des actes soudains. Pour lui, la résurrection des saints est instantanée, mais elle se place à un moment d'une période plus longue.[38]

Satan chassé, le royaume donné par Dieu, le retour attendu

L'expulsion de Satan s'appuie sur la rançon. Par sa mort, le Christ achète la race humaine et devient son Seigneur légitime. Ce droit de régner condamne l'usurpateur dès le Calvaire.[39] En mars 1883, la revue expliquait que Satan avait pris la domination perdue par Adam et que Dieu lui laissait ce pouvoir pendant 6 000 ans.[40] En septembre 1883, elle annonçait la fin de ces 6 000 ans et le début du liage du « prince de ce monde ».[41] L'« air » où les saints sont enlevés désigne ce pouvoir sur le monde, que Satan perd au profit du Christ.[20] La revue avait déjà fait de l'« air » le trône spirituel d'où Satan doit être déposé en novembre 1880.[42] En mai 1884, l'air était le symbole du royaume universel.[43]

Le royaume vient donc par l'action de Dieu, quand il donne les nations aux saints avec le Christ.[44] Les efforts des Églises pour convertir le monde n'y servent à rien. En 1877, la brochure de Russell sur le retour du Christ disait déjà que les nations ne se tourneraient vers Dieu qu'après l'établissement du royaume, « et pas avant ».[45] Crompton résume la conséquence : la prédication de l'Évangile ne sert pas à convertir le monde mais à choisir le « petit troupeau ».[46] Le pasteur cité pour le règne de mille ans est un allié dans ce débat. Adoniram Judson Gordon dirige l'Église baptiste de Clarendon Street, à Boston. Il attend le retour du Christ avant le Millénium et participe aux conférences prophétiques de Niagara.[47]

Gordon reproche à l'enseignement courant d'avoir mis la mort à la place du retour du Christ comme moment des récompenses.[48] La revue disait la même chose en décembre 1879 : l'espérance de l'Église se réalise à la seconde apparition du Christ.[49] En 1884, la doctrine de la présence change le sens de cette critique. Depuis que le Christ est présent, le saint qui meurt est changé à l'instant même : la mort redevient le moment de la récompense, mais parce qu'elle a lieu pendant la présence.[14] Le texte sur l'attente du retour vient de The Expositor, un mensuel londonien d'explication de la Bible dirigé de 1875 à 1884 par le pasteur baptiste Samuel Cox.[50] Sans retour du Christ, la vie de la masse des hommes serait une malédiction, et « il vaudrait mieux pour les hommes ne jamais être nés ».[51]

L'homme mortel : l'âme, la mort et la résurrection

Le mot psuche est défini comme « être » ou « existence ». La définition de la concordance de Young, « âme animale », est refusée parce que le mot s'applique aussi à Dieu.[37] La revue donnait déjà cette définition en avril 1881 : l'être est l'union de la vie et du corps, et c'est l'être qui ressuscite, pas le corps.[52] En septembre 1881, elle dressait la liste des versets où l'« âme » meurt.[53] En 1884, cette définition sert à Jean 10:17. Les versions anglaises y rendent psuche par « vie ».[54] La rédaction lit « être » à cet endroit pour que Jésus ne reprenne pas le prix de la rançon.[37]

L'argument des atomes répond à une vieille question. Depuis le XVIIe siècle, les théologiens se demandent si le corps ressuscité doit être fait de la même matière que le corps mort. Locke soutenait qu'une personne reste la même sans garder la même matière.[55] En 1860, Edward Hitchcock tirait de la science le même argument que ce numéro. Un corps vivant reste le même alors que ses particules se renouvellent plusieurs fois, donc le corps ressuscité n'a besoin d'aucune d'elles.[56] La rédaction s'en sert contre le credo qui dit « je crois à la résurrection du corps ». Elle s'en sert aussi pour expliquer l'absence de tombes ouvertes depuis 1878.[37]

Si l'âme meurt avec l'homme, aucun tourment éternel n'est possible. C'est la première objection de Tackabury : la peur du tourment est devenue le principal moyen d'amener les hommes à Dieu.[57] Chryssides rattache cette doctrine, l'immortalité réservée aux fidèles, à des adventistes comme Storrs.[58] Russell l'avait découverte vers 1869, quand il avait entendu Wendell à Allegheny.[59][60] Le parcours de Tackabury ressemble à celui de George Adams, pasteur méthodiste du Massachusetts. En 1878, Adams avait prêché devant ses fidèles la « restitution de toutes choses ». Un ancien adventiste, Charles E. Barnes, avait noté son sermon pour les autorités méthodistes.[61]

La rançon et l'exaltation de Jésus

L'article sur la justification n'a pas été écrit pour ce numéro. Le même texte paraissait dans La Tour de Garde de Février 1883.[62] Le poème « Un salut gratuit » le précédait déjà.[63] Le texte décrit un échange : les péchés d'Adam passent au compte du Christ, et sa vie humaine sans tache passe au compte des croyants.[64] Cette conception de la rançon est celle d'un prix exactement équivalent : une vie humaine parfaite contre celle d'Adam. Juillet 1884 rappelait que antilutron signifie « prix correspondant ».[65] Schulz et de Vienne distinguent cette idée de celle d'Anselme. Pour Anselme, le Christ, à la fois Dieu et homme, paie un prix supérieur à la valeur de toute la race humaine. Russell, lui, ne parle que d'un homme parfait donné pour un homme.[66] La rançon est aussi le sujet qui a séparé Russell de Barbour. En 1878, Barbour avait comparé la mort du Christ à une mouche percée d'une épingle, qui ne règle pas la faute d'un enfant.[67]

Une rançon équivalente ne peut pas être reprise. Jésus ne peut donc pas redevenir homme, et il ressuscite « esprit vivifiant ».[68] George Stetson l'enseignait dès 1872 : Jésus ne reprend pas la vie humaine sacrifiée, et il revient à la vie dans une nature nouvelle.[69] En septembre 1881, la revue l'écrivait aussi : cette vie est « perdue pour toujours ».[70] Elle reconnaissait alors ne pas savoir ce qu'était devenu le corps de chair de Jésus.[71] En 1884, la rédaction donne une réponse : ce corps s'est dissipé sans se corrompre, et Dieu l'a retiré pour ne pas troubler la foi des disciples.[37] L'exaltation est présentée comme la récompense de l'obéissance, selon Philippiens 2:9.[37] Food for Thinking Christians tirait la même conclusion du mot « c'est pourquoi ».[72]

Deux jugements, deux saluts

L'argument de Tackabury sur Sodome était déjà connu dans ce milieu. Three Worlds, le livre de Barbour et Russell paru en 1877, parlait d'une « promesse distincte » faite aux Sodomites.[73] En octobre 1883, la revue citait Ézéchiel 16:50 et concluait que le « temps fixé » de ces peuples était à venir.[74] Pour Barnes, qui avait noté le sermon d'Adams, cette idée faisait sortir son auteur de l'orthodoxie méthodiste : c'était une « seconde épreuve » après la mort.[75] Crompton résume la doctrine : la rançon ne garantit pas la vie éternelle à tous, mais une seconde chance dans des conditions parfaites.[76] L'article sur la crise du monde fixe les conditions. La rançon rend à tous le droit de vivre. Chacun passe ensuite un jugement personnel, et celui qui échoue ne sera pas racheté une seconde fois.[39]

L'Église passe son épreuve maintenant. Chaque consacré connaît un moment décisif où il tient son alliance ou la néglige, et il peut perdre avant même de mourir.[77] En décembre 1883, la revue faisait de l'âge de l'Évangile le « jour du jugement » de l'Église seule.[78] Dans ses sermons de Pittsburgh en 1878, Russell disait déjà que l'Église, éclairée par l'Esprit, pouvait perdre son salut en rejetant volontairement la rançon (Hébreux 10:29).[79]

Les deux épreuves mènent à deux natures. Pour Tackabury, la foi rend la perfection humaine, mais l'appel céleste exige de sacrifier cette nature humaine justifiée.[80] Le chapitre de Paul sur la résurrection reçoit la même lecture : gloire céleste pour le corps du Christ, gloire terrestre pour l'humanité, avec des degrés dans chacune.[81] Selon Schulz et de Vienne, Russell et ses amis d'Allegheny pensaient jusqu'en 1877 que l'Épouse du Christ vivrait elle aussi sur une terre redevenue paradis. C'est auprès de Barbour, en 1877, que Russell adopte une Église de nature distincte, promise au ciel.[82] En mai 1883, la revue plaçait côte à côte les deux desseins : la restitution de l'humanité et le changement de nature du « petit troupeau ».[83]

L'amour de Dieu et le devoir de reprendre l'erreur

L'article sur l'amour est signé de Mme C. T. Russell, c'est-à-dire Maria Russell, qui collabore alors à la rédaction de la revue.[84] Une grande partie du texte avait déjà paru en décembre 1882 : l'exemple de Jésus, plein d'amour mais dur envers les pharisiens, et celui de Paul face à Pierre.[85] En février 1883, la revue écrivait aussi que l'amour pour Dieu pousse à défendre la vérité et à reprendre l'erreur.[86] L'idée que Dieu est amour vient du milieu de Storrs. Dans un sermon intitulé « Dieu est amour », Storrs jugeait fausse toute doctrine contraire à cet amour.[87] Tackabury s'en sert encore dans ce sens contre le tourment éternel (1 Jean 4:8).[88] Maria Russell en tire une autre conséquence. Dieu n'aime pas le pécheur comme pécheur, et l'amour véritable met le défaut en lumière pour le faire disparaître.[48] Une réponse est ainsi donnée aux lecteurs qui jugent la critique des Églises contraire à la charité : seul est interdit le jugement qui ne s'appuie pas sur la Bible.[48] Un mois plus tôt, La Tour de Garde de Août 1884 combattait déjà l'idée, catholique comme protestante, que toute controverse serait mauvaise.[89] En septembre 1882, la revue posait déjà la règle : « combattre pour la foi » quand la vérité l'exige, mais avec douceur.[90]


Organisation et histoire

Un numéro d'accueil composé de textes déjà parus

Le numéro s'ouvre sur un texte adressé « aux nouveaux lecteurs ». La revue s'y présente sans collaborateurs titrés et invite ses lecteurs à abandonner les credo et tout enseignement humain.La Tour de Garde de Septembre 1884, p. 659 Ce texte n'a pas été écrit pour ce numéro. Il ouvrait déjà le numéro de décembre 1882, avec le même argument sur Knox, Calvin et Luther.[91] Il avait alors un public précis. En septembre 1882, Russell annonçait l'envoi d'un numéro spécial à environ deux cent mille nouveaux lecteurs. Ce numéro d'octobre-novembre 1882 visait notamment les quatre-vingt-dix mille directeurs d'écoles du dimanche des États-Unis, toutes Églises confondues.[92] En janvier 1883, environ dix mille personnes recevaient la revue gratuitement à l'essai depuis trois mois.[93] Le texte d'accueil de septembre 1884 reprend donc les mots écrits pour ce premier afflux de lecteurs.

Le texte d'accueil n'est pas le seul à reparaître. Sept articles de la revue, parus entre juillet 1879 et février 1883, sont réimprimés.[94] D'autres textes du numéro étaient déjà parus en février 1883 : la lettre de Tackabury, l'article sur la justification et le poème qui le précède.[95] L'article sur l'amour reprend en grande partie celui de décembre 1882 sur Jésus et Paul qui reprennent l'erreur.[96] La revue disait déjà en janvier 1883 que les « premiers principes » seraient utiles aux nouveaux lecteurs.[97] En janvier 1884, elle rappelait que beaucoup de lecteurs avaient découvert son enseignement au cours de l'année écoulée.[98] Ces lecteurs ne pouvaient pas toujours obtenir les anciens numéros. Dès février 1882, ceux de novembre et décembre 1881 étaient épuisés.[99] Réimprimer d'anciens articles permet de remettre les bases de l'enseignement entre les mains de ces nouveaux venus.

Le renvoi au tableau de la page 105 de Food for Thinking Christians (« Nourriture pour les chrétiens qui réfléchissent ») suit la même logique.[100] Ce tableau représente les âges du plan divin et les classes destinées au salut, dont le « petit troupeau » et la « grande foule ».[101] À la fin de 1881, la revue disait avoir diffusé plus de quatre cent mille exemplaires de ce texte par les journaux.[102] C'était l'ouvrage que les colporteurs distribuaient de préférence.[103] En janvier 1883, son stock était presque épuisé. La revue conseillait alors de donner d'abord le numéro d'octobre, puis de prêter Food à ceux qui voulaient en savoir plus.[104] En mars 1884, elle renvoyait encore un lecteur à deux pages précises de l'ouvrage, offert gratuitement.[105] La revue et le livre servent donc ensemble à instruire le lecteur. Crompton remarque que Russell fonde alors une maison d'édition plutôt qu'une secte, autour de congrégations peu organisées.[106] Les publications liées entre elles forment ce qui unit les lecteurs dispersés.

Plusieurs plumes autour de Russell

La revue affirme n'avoir aucun collaborateur titré, mais plusieurs personnes signent dans ce numéro.[107] Maria Russell signe l'article sur l'amour, sous le nom de « Mme C. T. Russell ».La Tour de Garde de Septembre 1884, p. 664 Elle signait déjà des articles en février 1883 et en juillet 1884.[108] Un de ses articles est aussi à l'origine de la question du lecteur de Toronto.[109] Selon Schulz et de Vienne, Maria Russell recevait le courrier des lecteurs. Elle choisissait les lettres à transmettre à Russell et répondait elle-même à celles des femmes.[110] Elle influençait ainsi des articles qu'elle n'écrivait pas. En février 1882, Russell avait annoncé qu'un article proposant une interprétation nouvelle devait être approuvé par au moins deux lecteurs compétents avant de paraître.[111] Le sociologue Joseph Zygmunt juge que Maria Russell connaissait assez la doctrine et écrivait assez bien pour parler au nom du groupe sur les questions de doctrine et de morale.[112]

Les lecteurs ont aussi leur place. « G. H. H. », de Toronto, écrit au pasteur Brookman, alors en visite chez Russell, pour contester l'article de Maria Russell. La réponse est publiée dans la revue.[113] Des lecteurs canadiens écrivaient déjà au Herald of the Morning de Barbour en 1878, comme Alexander Hamilton Clark, de Stouffville, en Ontario.[114] Dès mai 1881, Russell expliquait qu'il ne pouvait pas répondre à toutes les lettres. Il demandait aux lecteurs de prendre les articles de la revue pour des réponses à leurs questions.[115] En mars 1883, il publiait des lettres de lecteurs à la place d'un compte rendu de l'œuvre.[116] Le texte sur le « petit troupeau » est signé d'un simple pseudonyme, « Christian ».[117]

Une grande partie du numéro reproduit des auteurs étrangers au mouvement. Henry Grattan Guinness est un prédicateur protestant irlandais qui n'appartient pas à l'Église anglicane. Il a fondé à Londres une école qui forme des missionnaires.[118] Dans The Approaching End of the Age (« La fin prochaine de l'âge »), il lit l'histoire à la lumière des prophéties. Pour lui, la papauté et l'islam tiennent dans la Bible une place aussi grande que dans l'histoire de l'Église.[119] La revue le citait déjà en février 1884.[120] Adoniram Judson Gordon est pasteur de l'Église baptiste de Clarendon Street, à Boston, depuis 1869. Il croit que le Christ reviendra avant le Millénium et a aidé à organiser la conférence prophétique de New York en 1878.[121] Selon l'historien Ernest Sandeen, ces conférences rapprochent alors plusieurs courants protestants qui attendent le retour du Christ.[122] La revue avait déjà repris en juillet 1884 une conférence de Gordon sur l'« homme de péché ».[123]

Les extraits de presse viennent de journaux connus. Le Christian Union, fondé par Henry Ward Beecher et dirigé seul par Lyman Abbott depuis 1881, est un hebdomadaire indépendant des Églises.[124] Il tire alors à environ vingt mille exemplaires.[125] The Expositor est un mensuel londonien d'explication de la Bible, dirigé depuis 1875 par le pasteur baptiste Samuel Cox.[126] Le numéro lui emprunte le texte sur l'attente du retour du Christ.La Tour de Garde de Septembre 1884, p. 671 La mystique catholique Madame Guyon était lue dans les milieux protestants américains depuis la biographie publiée par Thomas Upham en 1847.[127] Patricia A. Ward a étudié ce passage de Madame Guyon dans la piété protestante américaine.[128] Schulz et de Vienne montrent que la plupart des idées de Russell venaient de prémillénaristes extérieurs à l'adventisme, comme Seiss ou Shimeall.[129] Penton note que Russell ne citait pas d'ordinaire Seiss comme source.[130] Dans ce numéro, au contraire, Guinness et Gordon sont nommés. Leur nom sert à montrer que l'attente du second avènement est partagée par des prédicateurs reconnus.

Un pasteur méthodiste quitte son Église

La lettre de Samuel T. Tackabury est celle d'un pasteur qui a quitté le ministère et l'Église épiscopale méthodiste.[131] Elle répondait à C. L. Connell, pasteur de Townsendville, dans l'État de New York, et avait paru une première fois en février 1883.[132] Tackabury est né en 1832. Il exerçait comme pasteur méthodiste au moins depuis le milieu des années 1860. En 1877, il abandonne sa charge pour raisons de santé.[133] La publication qui le fait changer d'avis est Food for Thinking Christians. Il rend ses lettres de ministre, et la conférence méthodiste du centre de l'État de New York enregistre sa démission en octobre 1882.[134] Il rejoint l'œuvre de Russell en mars 1882. Il tient des réunions dans l'ouest de l'État de New York, là où il avait été pasteur, et écrit des articles pour la revue, dont deux en juin 1884.[135]

Le cas n'est pas isolé. Au début de 1883, un autre ministre méthodiste écrit à Russell qu'il veut la vérité, même si elle « met en pièces » son Église. Il demande aussi Food for Thinking Christians.[136] En 1878 déjà, le sermon d'un pasteur méthodiste, Adams, sur le « rétablissement de toutes choses » avait été noté pour les autorités méthodistes, qui le jugeaient contraire à la doctrine.[137] Selon Crompton, beaucoup de partisans de Russell restaient pourtant membres de leur Église.[138] Tackabury fait l'autre choix : il rompt avec son Église. Sa lettre justifie cette rupture par la fin des réveils religieux, sauf ceux de quelques évangélistes professionnels, et par la disparition des barrières entre l'Église et le monde.[139] Placée juste après le texte d'accueil, la lettre montre aux nouveaux lecteurs qu'un ministre d'expérience a quitté son Église pour cet enseignement.[140]


Contenu

Aux nouveaux lecteurs

La revue se présente à ses nouveaux lecteurs sans « liste de collaborateurs titrés et de renommée mondiale », à la manière des ministres de l'Église primitive. Elle s'appuie sur la Bible comme Parole de Dieu et veut détourner certains enfants de Dieu de la confusion des enseignements qui règne entre les différentes sectes chrétiennes. Elle les invite à étudier la Bible comme un tout harmonieux qui s'interprète elle-même.[141]

Pour expliquer que ces vérités n'aient pas été reconnues plus tôt, le texte invoque un plan de Dieu pour les hommes dont seul un aperçu a d'abord été révélé, sans détails. Les détails commencent à être compris à partir de la Pentecôte. La lumière brille avec un éclat particulier aux « fins des âges » (1 Corinthiens 10:11). À la fin de l'âge juif, début de l'âge de l'Évangile, Matthieu, Marc, Luc, Jean, Pierre et Paul ont appliqué à leur époque des prophéties écrites des siècles auparavant. De même, à la fin de l'âge de l'Évangile et à l'aube du Millénium, la lumière doit éclairer le plan de Dieu pour l'âge à venir. Cette compréhension est attribuée au fait que le « temps fixé » par Dieu est venu, et non à une capacité supérieure du chercheur.[142] L'appel des Gentils à l'héritage de la promesse faite à Abraham (Actes 11:18 ; Éphésiens 3:5 ; Galates 3:29) sert de comparaison : lui aussi n'a été que faiblement perçu avant l'aube de l'âge de l'Évangile.[143]

L'opposition de nombreux chrétiens à ces vérités est expliquée par leur méconnaissance du caractère progressif de la révélation. Ils supposent que les hommes pieux du passé, comme Knox, Calvin, Luther et Wesley, ont connu toute la vérité utile. Ces hommes sont tenus pour des disciples du Christ dans le sacrifice et le dévouement, mais « plus de vérité est due » à l'époque présente. Les lecteurs sont invités à abandonner les credo des Églises, à ne reconnaître aucun enseignement humain comme autorité et à juger tout ce qu'ils entendent d'après les déclarations de la Bible : « Éprouvez toutes choses, retenez ce qui est bon. »[144]

L'attitude de l'Église nominale est comparée à celle de l'Église juive à la fin de son âge. Elle rejette chaque rayon de lumière qui contredit une théorie chérie, et le bruit de ses propres efforts pour convertir le monde l'empêche d'entendre le plan de Jéhovah. Satan est présenté comme favorable à la confusion des sectes et comme encourageant le zèle « non selon la connaissance ». Le royaume de Dieu ne vient pas par l'effort humain : il vient quand Dieu donne aux saints, avec Christ, les nations en héritage (Psaumes 46:10 ; Daniel 2:35, 44 ; Daniel 7:18, 27).[145]

Lettre d'un ancien pasteur au pasteur actuel et à sa congrégation

Cette lettre, signée S. T. Tackabury, est adressée à la congrégation méthodiste dont il fut pasteur à Townsendville. Il explique avoir quitté le ministère et l'Église épiscopale méthodiste. Ses idées sur la Bible lui avaient été transmises dès l'enfance par ses parents, l'école du dimanche et la chaire méthodistes. Il suppose avoir accepté certaines doctrines orthodoxes avec une réserve mentale : comment, sinon, aurait-il pu fréquenter des gens voués selon lui au tourment éternel sans chercher davantage à les détourner de ce sort ? Environ deux ans après avoir quitté sa charge, une publication lui est tombée entre les mains. Elle a changé sa compréhension de la Parole de Dieu et lui a donné une plus haute idée du caractère de Dieu. Ses préjugés ont cédé l'un après l'autre et l'orthodoxie s'est effondrée « en un tas de ruines ».[146]

Tackabury conteste d'abord l'enseignement orthodoxe selon lequel la vie présente fixe irrévocablement la condition future de chaque être humain. Aucun verset ne dit qu'il n'y a pas d'épreuve après cette vie. Il note que la plus grande partie de l'humanité n'a jamais connu ce qui lui permettrait d'être jugée responsable. Il cite Luc 2:10 (« une grande joie qui sera pour tout le peuple »), Jean 1:9 (la lumière qui éclaire « tout homme venant dans le monde ») et 1 Timothée 2:6 (le Christ s'est donné en rançon pour tous, ce qui doit être attesté « en son temps »). Des millions de gens n'ont jamais entendu parler de Jésus. Le « temps fixé » pour que la plus grande partie de l'humanité reçoive ce témoignage est donc, selon lui, à venir.[147]

Pour appuyer cette thèse, il prend l'exemple des habitants de Sodome, que l'on regarde d'ordinaire comme la plus nette illustration de la colère divine. Jésus déclare qu'au jour du jugement le sort de Sodome sera plus supportable que celui de Capernaüm (Matthieu 11:23-24). Les Sodomites ont donc péri faute de lumière, et Jésus annonce un temps de rétribution futur, supportable pour tous. Tackabury renvoie ensuite à Ézéchiel 16 : le prophète écrit environ mille ans après la destruction de Sodome (Luc 17:29) et annonce que Samarie et Sodome « retourneront à leur premier état » (versets 53 et 55). Dieu établira avec Israël une alliance éternelle et lui donnera Samarie et Sodome pour filles (versets 60-61). Israël doit les instruire, et la bénédiction qui lui est promise sert à répandre la lumière sur « tous les peuples ». Il y voit un accord avec les « temps de rétablissement de toutes choses » dont parle Pierre (Actes 3:21) et avec la définition de Dieu comme amour (1 Jean 4:8). Il observe que la crainte du tourment futur est devenue le principal argument pour amener les hommes à Dieu.[148]

Le second point de désaccord concerne l'idée que tous les croyants font partie du corps ou de l'Épouse du Christ. Selon la lettre, la foi en la rédemption procure la justification, c'est-à-dire le retour à la perfection humaine perdue par Adam. L'appel « céleste » (Philippiens 3:14 ; 2 Timothée 1:9 ; Hébreux 3:1) exige davantage : la nature humaine justifiée doit être présentée à Dieu en sacrifice vivant, condition qui n'existe que depuis l'ouverture du chemin étroit par Jésus-Christ (Hébreux 10:20 ; Matthieu 7:14). Ceux qui suivent ce chemin reçoivent l'immortalité, deviennent semblables au Christ (Jean 5:26 ; 1 Jean 3:2), êtres spirituels et « participants de la nature divine ».[149]

Tackabury attribue la confusion de l'Église nominale au rejet de l'épreuve future, après que les morts auront entendu la voix du Fils de Dieu, comme Lazare et le fils de la veuve. Il lie cette confusion à une progression de l'incrédulité, à la disparition des réveils d'autrefois, sauf ceux de quelques évangélistes professionnels, et à l'effacement des barrières entre l'Église et le monde. Il dit avoir quitté son Église pour des doctrines qui peuvent attirer « l'opprobre », mais reposent selon lui sur le fondement des prophètes et des apôtres, Jésus-Christ étant la pierre angulaire. Il termine en invitant ses anciens paroissiens à se fier moins aux credo et aux traditions humaines.[150]

La justification définie

Le mot « justification » a deux sens voisins : prouver qu'une chose est juste, ou rendre juste une chose qui ne l'est pas. Le dictionnaire Webster le définit ainsi : montrer qu'une chose est conforme à la loi, au droit ou au devoir, et déclarer quelqu'un exempt de faute.[151]

Le premier sens s'applique à Dieu et à Jésus. Quand Jean prêchait la repentance, ceux qui croyaient justifiaient Dieu : ils reconnaissaient qu'il avait eu raison de les condamner comme pécheurs. Jésus, éprouvé en tout comme nous, « sans péché », a été déclaré juste par Jéhovah, « justifié en esprit et reçu dans la gloire » (1 Timothée 3:16). Il a livré à la mort son humanité sans tache pour payer la peine du péché adamique. Il est mort pour les péchés des autres. Le fait que Dieu l'ait ressuscité à un niveau très supérieur à l'état humain prouve, selon le texte, qu'il n'était pas pécheur, car la loi de Dieu condamne tout pécheur à mourir.[152]

Le second sens s'applique aux humains, pécheurs depuis « la chute ». Dieu ne peut pas déclarer arbitrairement juste un pécheur, car la justice est le fondement de son trône. Le moyen qu'il a trouvé pour être « juste et justifiant » ceux qui croient en Jésus (Romains 3:26) consiste à régler leurs péchés par un autre et à porter à leur compte la perfection d'un autre.[153]

Sur le fondement de la justification, trois textes semblent s'opposer : la grâce (Tite 3:7), la foi (Romains 5:1) et le sang, c'est-à-dire la mort du Christ (Romains 5:9). Il n'y a pas trois voies, puisque Jésus dit : « Je suis le chemin » (Jean 14:6). Les trois textes s'harmonisent : la grâce de Jéhovah a conçu le plan, la foi saisit la rançon, et la rançon, c'est-à-dire la mort de Jésus, est la base de toute foi justifiante et le canal de la grâce. Le texte cite Romains 3:24-25 comme réunissant ces trois éléments.[154]

Croire en Jésus plutôt qu'en Pierre, Moïse ou Ésaïe s'explique par une particularité de sa mort. Tous les hommes meurent à cause du péché, par la tare héritée d'Adam, dont la vie était perdue par sa faute. Jésus est mort à cause du péché aussi, mais sans tare héritée ni culpabilité personnelle : sa vie venait directement de Dieu et n'était pas perdue. Il est mort pour nos péchés (2 Corinthiens 5:21, version du Diaglott). Croire en lui, c'est donc croire qu'il a vécu et est mort exempt de toute condamnation, approuvé de Dieu, et que sa mort était pour nos péchés, non seulement qu'un homme a vécu et est mort sur une croix.[155]

Les péchés du premier Adam sont portés au compte du second Adam, et la pureté humaine du second est portée au compte du premier et de ses enfants qui croient. Ils sont ainsi justifiés pour vivre de nouveau. Le Christ, maintenant exalté à la condition spirituelle, « participant de la nature divine », poursuivra le plan du Père. Il tirera bientôt de la prison de la mort ceux qu'il a rachetés, afin qu'ils soient sauvés de la peine du péché d'Adam, connaissent la vérité et puissent atteindre la perfection (Romains 5:18-19). Le lecteur est renvoyé au tableau de la page 105 de Food for Thinking Christians (« Nourriture pour les chrétiens qui réfléchissent »). La sanctification doit suivre la justification et ne peut la précéder.[156]

Courts extraits

Un premier extrait écarte l'idée qu'il importe peu de croire telle ou telle chose pourvu que l'on soit sincère. Il compare la croyance à la confiance accordée à un chimiste qui déclarerait l'arsenic inoffensif : la sincérité ne protège pas des conséquences de l'erreur. La vérité de Dieu est présentée comme le seul fondement sûr de l'espérance.[157]

Un second extrait, tiré du Christian Union, affirme que l'Église catholique romaine « n'a pas été organisée, elle a grandi ». Il date plusieurs de ses doctrines d'époques tardives : l'infaillibilité papale revendiquée vers le onzième siècle et proclamée par un concile au dix-neuvième, le célibat du clergé après le quatrième siècle, les pénitences vers le milieu du troisième, les indulgences au quatorzième, le culte de la Vierge Marie à partir du quatrième, le mot « transsubstantiation » au début du douzième. Le romanisme, comme doctrine, ne remonte donc pas dans sa forme actuelle à l'époque apostolique.[158]

Un salut gratuit

Un poème reproduit sous ce titre, avec pour référence Romains 3:24, énumère en strophes successives ce que le croyant n'a plus à payer, à craindre ni à régler. Jésus a tout accompli à la croix : il a brisé les chaînes du captif, subi le jugement à la place du pécheur et fait la paix par son sang.[159] La conscience est dite purifiée, la loi satisfaite, la mort et la tombe vaincues.[160] Le corps du croyant est désigné comme le temple où Dieu réside par son Esprit.[161] Le poème se termine sur l'avenir : justifié et sanctifié, le croyant partagera la gloire du Christ, sera « l'Épouse » à ses côtés, et la terre se réjouira à l'aube du royaume, où chagrin, mort et douleur s'enfuiront.[162] Le texte est signalé comme un extrait d'un autre recueil (« Selected »).

La loi de Dieu

Cet article est une réimpression de celui du numéro d'octobre 1882, auquel le lecteur est renvoyé.[163]

Les signes des temps

Cet article, signé H. G. Guinness, examine la nature des signes qui annoncent le « temps de la fin ». Les guerres, les famines, les pestes et les tremblements de terre évoqués dans le discours de Jésus sur le mont des Oliviers n'en sont pas, car ils caractérisent toute la période qui précède son retour, avec les persécutions, l'apostasie, la prédication de l'Évangile, la chute de Jérusalem et la grande tribulation d'Israël, qui dure depuis plus de 1 800 ans. Des événements aussi constants ne peuvent annoncer une crise unique.[164]

L'auteur écarte aussi l'attente de prodiges surnaturels tirés d'une lecture littérale des symboles de l'Apocalypse, qu'il juge absurde. Il s'appuie sur les paroles de Jésus sur les jours de Noé et de Lot (Luc 17:26-30) et sur celles de Paul (1 Thessaloniciens 5:2-3) : le monde doit être occupé à manger, acheter, planter et bâtir, et dire « paix et sécurité » quand la destruction survient. Des prodiges annoncés par télégraphe dans le monde entier auraient interrompu ces activités. Les hommes d'avant le déluge et ceux de Sodome n'avaient rien de particulier pour les alarmer, et il en sera de même, « seuls les sages » éclairés par la prophétie comprenant la situation.[165]

Les vrais signes sont des événements naturels mais particuliers, qui se produisent dans un ordre et à un moment annoncés. Ce sont des étapes précises de mouvements de longue durée, dont l'histoire a été écrite vingt-cinq siècles plus tôt.[166]

Les signes politiques

Pour les signes politiques, l'auteur renvoie au tableau historique de Daniel 2, comparé à Daniel 7. Daniel est présenté comme l'introduction de Jean, et le livre de Jean comme l'achèvement de Daniel : les deux traitent du même sujet avec les mêmes symboles. La statue à quatre parties représente quatre empires : Babylone, la Médo-Perse, la Grèce et Rome.[167]

Une comparaison illustre le raisonnement. Un capitaine de navire, carte en main, annonce que la terre sera en vue à trois heures, parce que le bateau a suivi la route tracée et passé les repères prévus, comme Ceylan et Aden. De même, la Bible donne une carte de l'histoire, passée et future. Le texte souligne que le « temps des Gentils » a commencé il y a vingt-cinq siècles, quand le trône de David a été renversé, et que l'histoire a suivi exactement les lignes prédites.[168] Babylone, la Perse, la Grèce, Rome païenne puis Rome papale ont paru et disparu ; la prochaine étape attendue est donc la manifestation du royaume de Dieu.[169]

Les signes ecclésiastiques

Pour l'histoire de l'Église, la prophétie annonçait une croissance, depuis une petite graine jusqu'à un grand arbre où les oiseaux viennent nicher, puis une grande apostasie. L'auteur cite 2 Thessaloniciens 2:3 (« ce jour ne viendra pas sans que l'apostasie soit arrivée d'abord ») et en conclut que, si cette apostasie n'a pas eu lieu, elle se place entre les chrétiens et le rassemblement auprès du Christ ; si elle a eu lieu, elle ne s'y oppose plus. Il la rapproche de 1 Timothée 4:1-3, où le même mot grec désigne ceux qui abandonnent la foi, écoutent des esprits séducteurs, interdisent le mariage et prescrivent de s'abstenir d'aliments : il y reconnaît un « portrait » reconnaissable.[170]

L'homme du péché, dans la suite du passage, est celui que les Réformateurs ont reconnu dans la papauté, ce que celle-ci nie. Pour l'auteur, cette prophétie a conduit à la Réforme, puisque les Réformateurs ont vu la nécessité de se séparer de l'apostasie annoncée. Il affirme lire l'Écriture à la lumière de l'histoire et l'histoire à la lumière de l'Écriture depuis trente ans, et invite à poursuivre l'étude.[171]

Ne crains pas, petit troupeau

Le « petit troupeau » est présenté comme précieux, car il a été acheté au prix du sang. Dispersé et divisé, il sera rassemblé un jour par le Christ, « le grand Berger des brebis ». En attendant, il reste sous sa garde : aucun loup ne peut dévorer ceux qui écoutent Dieu, et nul ne peut arracher le plus faible agneau de la main du Père. Comme des fleurs qui s'épanouissent dans des vallées désertes sans que personne les arrose, le Bon Berger nourrit son troupeau dans le désert, le guide, le console et le protège jusqu'à la fin. Un cantique conclut le passage (« Le Seigneur est notre berger »), signé « Christian ».[172]

Le sacerdoce royal

Cet article est une réimpression de celui du numéro de juillet 1879, auquel le lecteur est renvoyé.[173]

Le second avènement personnel du Christ

Cet article, signé A. J. Gordon, part d'une remarque du théologien allemand John Frederick Meyer : avec le second avènement du Seigneur commencera le règne réel de Dieu sur la terre, un royaume de justice, de sainteté et de paix appelé règne de mille ans. Meyer constate que les temps modernes se sont de nouveau intéressés à cette doctrine du millénium, comme les anciens Pères.[174]

À l'objection sur l'utilité pratique de cette doctrine à une époque où l'Évangile éclaire toutes les nations, l'auteur répond par une anecdote : en train, par une journée ensoleillée, il voit un employé allumer les lampes, puis le convoi entre dans le tunnel de Hoosac. Il applique l'image à 2 Pierre 1:19, la parole prophétique qui brille « dans un lieu obscur ». Il nomme comme menaces possibles le socialisme et le spiritisme moderne, qui compterait dix millions d'adeptes en moins de cinquante ans et qu'il compare à l'action démoniaque d'avant le déluge. Selon lui, Dieu éveille certains croyants à une doctrine d'apparence peu pratique pour l'ajuster à une erreur à venir.[175]

Il compare ensuite la prophétie, qui occupe une grande partie de l'Ancien Testament, à la houille, que Herschel appelait « lumière solaire fossile », accumulée pour les besoins du siècle présent. Ceux qui explorent cette matière donnent à l'Église chaleur et lumière pour le temps où « l'iniquité se multipliera » et où « l'amour du grand nombre se refroidira » (Matthieu 24:12), et pour le jour annoncé par la sentinelle d'Édom : « Le matin vient, et la nuit aussi » (Ésaïe 21:12).[176]

L'auteur dénonce enfin une tendance fautive de l'enseignement courant : la mort a remplacé le retour du Christ comme point de repère. À la question de savoir quand cesse la sanctification, quand viennent les récompenses des justes ou quand a lieu la résurrection, la réponse habituelle est « à la mort ». Joseph Cook, défenseur de l'orthodoxie, demande « La mort met-elle fin à tout ? », et l'auteur répond en demandant si la mort ne commence pas tout. Pour lui, la Bible fait de l'avènement, et non de la tombe, le but suprême de l'espérance de l'Église, et la plupart des promesses de récompense sont liées à cet événement. Il cite 1 Thessaloniciens 5:23 dans la version révisée : que l'esprit, l'âme et le corps soient conservés sans reproche à la venue du Seigneur Jésus-Christ.[177]

L'amour défini

L'amour est défini comme la tendresse et l'affection qu'inspire ce qui est digne d'admiration et de respect. Ce qui n'est pas aimable ne peut être aimé au sens vrai ; l'amour est un reflet de la ressemblance divine, et Dieu en est la plus haute manifestation. Il est appelé à devenir la loi qui gouverne tout l'univers.[178]

À la question de savoir comment Dieu peut aimer les pécheurs, la réponse est qu'il ne les a jamais aimés en tant que tels : il aimait la créature qu'il avait faite parfaite, et son amour a eu pitié d'elle dans sa chute, tandis que sa justice la condamnait. Cet amour a conçu le plan de son relèvement.[179]

Pendant six mille ans, Dieu a laissé l'adversaire dominer les hommes : famines, pestes, haines, guerres et effusions de sang ont rempli la terre jusqu'à ce que la tombe se referme sur chaque génération. Quand le Libérateur promis viendra, il régnera avec une verge de fer et brisera comme un vase de potier les royaumes de la terre. Les hommes, dans la crainte, voient en Dieu un ennemi, alors que « Dieu est amour » ; un poème ajoute qu'une harmonie naîtra des discordes terrestres. Son amour, aujourd'hui voilé, sera révélé dans la restauration à la perfection d'Éden.[180]

Le caractère de l'amour vrai est ensuite précisé : il protège, mais il juge aussi avec justice et cherche à faire disparaître un défaut. Il le met en lumière devant ceux qu'il touche, pour qu'il soit retiré et que la grâce et la beauté prennent sa place.[181] Une idée fausse de l'amour est répandue chez la majorité des chrétiens ; l'adversaire s'en sert pour abriter des erreurs graves. Quiconque touche ces erreurs avec « l'épée de l'Esprit », la Parole de Dieu, est accusé de manquer de charité.[182] Jésus, pourtant plein d'amour, a parlé avec force contre ceux qui font le mal (Matthieu 23:13-33) et a dit à Pierre : « Retire-toi de moi, Satan » (Matthieu 16:23). Les reproches du Seigneur ont touché différemment ses disciples aimants et les pharisiens orgueilleux.[183]

Paul est donné pour modèle : bienveillant et affectueux d'ordinaire, il n'a pourtant ni couvert la vérité ni protégé l'erreur. Il a résisté à Pierre en face (Galates 2:11), et l'affection entre les deux hommes subsistait, comme l'indique 2 Pierre 3:15. Il a aussi mis l'Église en garde contre ceux qui étaient devenus « ennemis de la croix du Christ » (Philippiens 3:18).[184]

À l'objection « ne jugez pas » (Matthieu 7:1), la réponse est que condamner selon un jugement humain est mauvais, mais appliquer le jugement de Dieu exprimé dans sa Parole est un devoir. Les descriptions des mauvaises actions et des fausses doctrines servent à cela : que « l'homme de Dieu soit accompli » (2 Timothée 3:16-17). Seul est interdit de juger selon un autre critère que la Bible. Plusieurs textes de Paul sont cités à l'appui (1 Corinthiens 5:3 ; 1 Thessaloniciens 5:21 ; 1 Corinthiens 6:2-3 ; Philippiens 1:9).[185] Paul a sans doute été incompris de ceux qu'il reprenait, comme le montre 1 Corinthiens 4, où il se dit jugé par le Seigneur seul et avertit les Corinthiens comme « ses fils bien-aimés ».[186]

Le signe auquel on reconnaît les disciples est l'amour mutuel (Jean 13:35). Une profession d'amour qui n'avertit pas d'un danger devant un ennemi invisible mais rusé est de l'hypocrisie. Les croyants sont invités à se reprendre, se reprocher et s'exhorter les uns les autres avec patience, dans un esprit de douceur, en se souvenant que l'amour « ne cherche pas son intérêt » (1 Corinthiens 13 ; Romains 12:9-10 ; 1 Jean 5:1). Ils doivent ainsi briller comme des lumières dans le monde (Philippiens 2:15). Le texte est signé de Mme C. T. Russell.[187]

L'héritage de l'homme

Cet article est la reproduction d'un texte paru dans le numéro de décembre 1882.[188]

L'Ecclésia

Cet article reprend un texte publié dans le numéro d'octobre 1881.[189]

Les joyaux du Seigneur

Cet article reprend un texte publié dans le numéro de décembre 1880.[190]

La consécration

Cet article reprend un texte publié dans le numéro d'octobre 1882.[191]

Bienheureux les morts : dès maintenant

Un lecteur de Toronto, « G. H. H. », a écrit au pasteur Brookman, alors en visite chez Russell, pour contester un passage d'un article de Mme Russell. Ce passage affirme que les saints qui meurent pendant la « présence » du Seigneur ne dorment pas : à l'instant où le corps humain sombre dans la mort, le corps spirituel est reçu, sans un instant d'inconscience. Le lecteur y voit un ralliement à l'opinion « orthodoxe » selon laquelle on va au ciel en mourant. Il demande si l'on peut citer un seul cas où le corps d'un défunt « dans le Seigneur » ait disparu à la mort, comme celui du Christ après sa résurrection, et fait remarquer que, dans ce cas, les saints vivants seraient laissés derrière au lieu d'être enlevés ensemble.[192]

La réponse corrige d'abord une erreur : cet enseignement n'a rien de nouveau, la revue l'enseigne depuis plusieurs années, depuis 1878, date à partir de laquelle Apocalypse 14:13 est considéré comme réalisé : « Bienheureux les morts qui meurent dans le Seigneur dès maintenant ». Les articles d'octobre et de décembre 1881 sont indiqués en renvoi.[193]

Que l'« orthodoxie » enseigne quelque chose de ressemblant ne prouve rien contre cette vue. Il est jugé plus raisonnable de penser que l'Église primitive a conservé la partie la plus agréable de la vérité et négligé la plus désagréable. Chaque génération de l'Église primitive espérait être parmi ceux qui seraient vivants au retour du Seigneur (1 Corinthiens 15:51-52) et éviter de dormir dans la mort.[194]

Le christianisme et le judaïsme sont présentés comme les seules religions du monde à enseigner qu'un homme est réellement mort quand il expire, la résurrection étant son seul espoir de vie future. Quand l'Église a voulu gagner influence et pouvoir, et rendre le christianisme populaire auprès des païens, la papauté aurait « paganisé » le christianisme, en y introduisant cérémonies voyantes, encens et images des apôtres et des saints à la place des idoles. La doctrine du sommeil des morts, jugée froide et repoussante, a été ignorée. Le texte « nous qui vivrons, nous ne dormirons pas tous, mais nous serons changés » a été appliqué à tous les chrétiens sans lien avec la venue du Seigneur. Pendant les siècles d'obscurité, la Bible a été presque abandonnée.[195]

Le même apôtre enseigne que les morts dorment jusqu'à la venue du Donneur de vie et que ceux qui vivent à ce moment-là ne dorment pas. Paul écrit aux Thessaloniciens que le « jour du Seigneur » vient « comme un voleur dans la nuit » (1 Thessaloniciens 5:2, 1 Thessaloniciens 5:4, 1 Thessaloniciens 5:9). Ils en ont conclu à tort que ce jour viendrait de leur vivant, et certains enseignants affirmaient que le jour du Seigneur avait commencé, que le Seigneur était présent et que les morts étaient ressuscités (2 Timothée 2:17-18). Paul leur écrit sa seconde lettre pour corriger cette erreur. Comme les Étudiants de la Bible font des affirmations très proches de celles qu'il combattait, le texte invite à examiner ses paroles : si elles contredisent la doctrine, il faudrait l'abandonner ; si elles s'accordent avec elle, elles la confirment.[196]

2 Thessaloniciens 2 est cité en entier sur ce point, avec « présence » pour le mot grec parousia. Si Paul s'était arrêté après « comme si le jour du Seigneur était présent », il aurait condamné aussi bien ses propres enseignements des premières lettres. Mais il ne nie pas qu'un tel jour de présence doive venir, secrètement ; il montre qu'il n'est pas encore venu, parce que l'apostasie doit d'abord se produire et que l'« homme de péché », « le fils de perdition », doit être révélé, lui qui s'assoit dans le temple de Dieu. Paul connaissait cet homme de péché par les prophéties de Daniel (Daniel 7:24-25) et par des visions (2 Corinthiens 12:1-7).[197]

Paul n'a pas répondu que les Thessaloniciens verraient le Seigneur dans le ciel avec splendeur, ou verraient les tombes s'ouvrir et les saints ressuscités autour d'eux. Ce silence est présenté comme une forte preuve que ces événements spectaculaires ne sont pas attendus. Le fait que les Thessaloniciens aient accepté la doctrine de la présence montre que l'enseignement de Paul ne leur avait pas fait attendre un Seigneur visible : sa venue serait discrète, « comme un voleur dans la nuit », et la discerner demanderait de veiller. Paul ne fait qu'une objection : l'apparition de l'Antichrist doit venir d'abord. La déclaration de Paul est donc jugée favorable à « notre vue », puisque l'apostasie a eu lieu et que l'homme de péché est identifié à la papauté ; rien n'empêche donc plus la présence.[198]

Les preuves prophétiques ne sont pas exposées ici, mais promises pour bientôt. La revue annonce que le Seigneur est dans le jour de sa présence depuis 1874, et que sa prise de pouvoir comme roi, pour juger et briser les systèmes injustes actuels et honorer les fidèles de son « corps », date de 1878. À cette date, les membres endormis du corps devaient s'éveiller à l'immortalité. Depuis, les membres vivants n'ont plus à dormir un seul instant : en mourant, ils sont changés en êtres spirituels, « engloutis par la vie ». Pour Paul, qui souhaitait ne pas être dévêtu mais revêtu de la maison spirituelle céleste, cet échange instantané, sans sommeil, n'est possible que pour ceux qui vivent dans ce jour du Seigneur.[199]

Sa chair ne vit pas la corruption

Le corps d'un saint qui meurt maintenant n'a pas disparu à la mort, comme celui du Christ, et il n'y a pas lieu de s'y attendre. Cette réponse ne vaut que pour le corps du Christ, c'est-à-dire ceux qui sont « dans le Seigneur ».[200]

Les circonstances de la résurrection de Jésus étaient particulières. Il voulait que ses disciples comprennent qu'il n'était plus mort, qu'il avait été changé en être spirituel et n'était plus l'homme Jésus, et qu'il avait payé la rançon sans la reprendre, de sorte qu'il pouvait donner les bénédictions achetées par son sang. Ses disciples étaient encore des hommes naturels, non engendrés de l'Esprit, car « l'Esprit n'était pas encore donné, parce que Jésus n'avait pas encore été glorifié » (Jean 7:39 aussi 1 Corinthiens 2:14). Pour leur donner une première leçon sur les choses spirituelles, il fallait la rendre très claire. Jésus s'est donc montré vivant par de nombreuses preuves (Actes 1:3), et son corps a été retiré du tombeau de Joseph, dont la présence aurait nui à leur foi. Les atomes de ce corps n'ont pas servi à former son corps spirituel. Le corps s'est dissipé sans se corrompre, ce qu'annonce la prophétie : « sa chair n'a pas vu la corruption ».[201]

Les credo disent « je crois à la résurrection du corps ». C'est une grave erreur, car la Bible n'enseigne jamais la résurrection du corps, mais celle de l'individu, de l'être. Un corps est nécessaire à l'existence, mais les atomes qui l'ont composé ne sont pas essentiels. La science, « sur une autorité apparemment bonne », dit que la matière du corps se renouvelle entièrement en sept ans : un homme de soixante-dix ans aurait dix corps si tous ses atomes étaient restitués. Un atome en vaut un autre. Même pour le monde, qui sera rétabli à l'existence comme êtres de chair, on ne doit pas attendre que les mêmes atomes servent. Dieu pourrait faire une démonstration extérieure, comme l'ouverture des tombes, mais elle n'est pas nécessaire. Il faut la même puissance créatrice pour recréer un homme à partir d'un tas de poussière que d'un autre.[202]

Si la même poussière n'est pas nécessaire pour l'humanité, elle l'est encore moins pour les « nouvelles créatures », l'Église, qui n'est plus humaine ni de chair mais d'une nature spirituelle et céleste. Il ne faut donc attendre ni ouverture de tombes pour ceux qui dorment, ni transformation des corps de chair pour les vivants dans leur « changement ». La non-disparition des corps n'est pas une objection valable, si la Bible prouve et si les événements confirment que le jour du Seigneur est arrivé, que les membres endormis du corps du Christ doivent être réveillés et que les membres vivants sont bénis à l'instant de mourir en étant « changés ».[203]

Le corps qui sera

Paul écrit : « Ce que tu sèmes, ce n'est pas le corps qui doit naître, mais un simple grain ; Dieu lui donne un corps comme il l'a voulu, et à chaque semence son propre corps » (1 Corinthiens 15:37-38). Cette illustration concerne non les vivants, mais les morts : Paul répond à la question « comment les morts ressuscitent-ils, et avec quel corps reviennent-ils ? » (1 Corinthiens 15:35).[204]

Il cite la variété des natures terrestres (hommes, poissons, oiseaux, bêtes) et célestes (soleil, lune, étoiles). Le grain qui meurt puis revit illustre le fait de la résurrection des morts ; les variétés illustrent les différences attendues. Certains, le corps ou l'épouse du Christ, seront semblables à lui et reviendront comme êtres spirituels célestes ; la masse de l'humanité reviendra comme êtres humains terrestres. Il y a de la gloire pour les deux classes, mais différente par son genre. Il y aura aussi des degrés de gloire dans chaque plan, comme la lune est moins majestueuse que le soleil : certains spirituels seront moins grands que d'autres, et sur le plan terrestre il y aura aussi des degrés de perfection.[205]

Paul explique ensuite « la » résurrection principale, celle des membres du corps du Christ, qui intéresse tous les saints : « Ainsi en est-il de la résurrection des morts. Le corps est semé corruptible, il ressuscite incorruptible ; il est semé méprisable, il ressuscite glorieux ; il est semé dans la faiblesse, il ressuscite plein de force ; il est semé corps animal, il ressuscite corps spirituel » (1 Corinthiens 15:42-44). Ce passage parle de ceux qui sont déjà morts, non des vivants.[206]

Ce qui est semé et ressuscité est l'être, l'individualité. Dans le grain de blé, seul le germe de vie donne la nouvelle tige, tout le reste se décompose. De même, l'être qui entre dans la mort est compté comme associé au corps semé dans la corruption. Dieu ressuscite non le corps corrompu mais l'être, dans un corps approprié, comme le germe de vitalité donne un nouveau grain.[207]

À l'objection que le grain a un germe visible et l'homme non, la réponse est que le germe de vie diffère chez l'un et chez l'autre, ainsi que le processus de résurrection : l'homme ne pousse pas comme une tige. L'homme possède un germe d'être, mais il est en un autre : il est « caché avec le Christ en Dieu » (Colossiens 3:3). Il est en Dieu parce que décrété dans son plan et possible par sa puissance, et avec le Christ parce que ce plan s'accomplit par lui, qui a racheté et justifie tous. C'est ainsi que « tous vivent pour lui » (Luc 20:38).[208]

Dieu, qui voit la fin dès le commencement, considère les choses et les hommes qui ne sont pas comme s'ils étaient (Romains 4:17). La mort est donc réellement une extinction, mais, à cause du plan de Dieu de racheter et de rétablir tous les hommes par Jésus-Christ, il a fait savoir à ses « amis » de tous les temps que la mort adamique n'est qu'un sommeil, en vue de la résurrection prévue avant la fondation du monde avec l'Agneau immolé, qui ôte les péchés du monde en payant la peine du péché d'Adam pour tous.[209]

Le mot grec psuche est traduit tantôt par « âme », tantôt par « vie » selon les versions. Les traducteurs de la révision courante du Nouveau Testament l'ont rendu de quatre façons : cœur, esprit, vie, âme, surtout les deux dernières. Le professeur Young, auteur d'une concordance, définit psuche et l'hébreu nephesh par « âme animale », ce qui limite le mot à l'existence terrestre. Cette définition est refusée, car le mot s'applique aussi à Dieu, qui est un être spirituel. Le mot est donc défini comme « être » ou « existence », sans distinguer l'être céleste de l'être terrestre.[210]

L'être n'est ni la vie ni le corps, bien qu'il n'y ait pas d'existence sans l'un ni l'autre. Une comparaison avec la chaleur l'illustre : le charbon n'est pas la chaleur, l'oxygène non plus, mais leur union produit de la chaleur, qui cesse quand ils sont séparés. De même, l'union du principe de vie et de l'organisme produit l'être, et leur séparation y met fin. Dès lors, l'existence interrompue par la mort adamique peut être rétablie, telle qu'elle était ou dans la forme que Dieu choisit. Dieu donne à chaque semence son propre corps (1 Corinthiens 15:38).[211]

La semence d'origine était humaine, « terrestre » et « très bonne », image de Dieu dans l'argile. Durant l'âge chrétien, sous le « haut appel » à devenir « participants de la nature divine » (2 Pierre 1:4), un « petit troupeau » a changé de nature et est devenu de « nouvelles créatures ». À la résurrection, la semence humaine retrouvera la perfection de l'homme, à l'image d'Adam avant la chute. Pour le petit troupeau, la forme future reste incertaine, selon 1 Jean 3:2 : « nous serons semblables à lui », c'est-à-dire au Christ, tête de la nouvelle création. Ils porteront l'image céleste comme ils ont porté l'image terrestre (1 Corinthiens 15:49).[212]

Psuche déposée par Jésus

La continuité de l'être à travers la mort et le changement de nature se voit en Jésus, qui déclare : « Je donne ma vie [psuche] afin de la reprendre [littéralement : recevoir]. Personne ne me l'ôte, mais je la donne de moi-même. J'ai le pouvoir de la donner et le pouvoir de la reprendre. Tel est l'ordre que j'ai reçu de mon Père » (Jean 10:17-18). Jésus aurait ainsi déposé sa psuche, son être, pour les brebis, et l'aurait reçue de nouveau à sa résurrection. En « répandant son âme jusqu'à la mort » et en faisant de son âme une offrande pour le péché (Ésaïe 53:12, Ésaïe 53:10), il donnait un être humain : il était passé d'être spirituel à être humain pour offrir cet être en rançon. Une note précise que ce passage à la chair fut un abandon de gloire et de puissance, mais non d'existence, qui n'a pas cessé un instant ; au Calvaire, en revanche, l'existence fut entièrement déposée (Marc 10:45). Après trois jours, il est rendu à la vie : l'être est revenu, non plus humain, mais « esprit vivifiant », d'un ordre supérieur, de nature divine.[213]

Limiter nephesh et psuche à l'existence terrestre reviendrait à faire de Dieu un être terrestre ou animal, et de Jésus ressuscité un être « terrestre, de la terre », alors que « Dieu est esprit » et que le second Adam est devenu un « esprit vivifiant ». Le mot grec pour « vie » est zoe, et le rendre par « vie » pour psuche en Jean 10:17 est jugé une grave erreur de traduction. Cette erreur a pu faire croire que Jésus a repris le prix payé en rançon, ce qui est impossible : si le prix était repris, les hommes ne seraient pas rachetés et n'auraient aucun fondement pour espérer les bénédictions à venir.[214]

Le sens réel de psuche lève la difficulté. L'homme Christ Jésus a déposé son être, son existence, en rançon pour tous, et il ne peut plus jamais redevenir un être humain. Il a abandonné ses droits humains et terrestres pour les rendre à l'humanité, qui retrouve ainsi ce que le premier représentant avait perdu. L'existence lui a ensuite été donnée comme don de la faveur de Dieu et récompense de son obéissance : d'un ordre plus élevé, de nature divine. C'est le sens de Philippiens 2:9-10 : Dieu l'a « souverainement élevé » et lui a donné le nom au-dessus de tout nom.[215]

Le même principe s'applique aux fidèles. Celui qui aime « sa vie » (psuche, son être) la perdra, et celui qui la hait dans ce monde la gardera pour la vie (zoe) éternelle (Jean 12:25-26). Ceux qui veulent suivre Jésus et partager sa gloire doivent déposer volontairement leur existence humaine à son service. Comme leur tête, ils la recevront de nouveau comme « nouvelles créatures », « participants de la nature divine ». C'est d'eux que Paul dit que l'être est semé corps naturel, dans la faiblesse et la corruption, et ressuscité corps spirituel, dans la puissance, la gloire et l'incorruptibilité (1 Corinthiens 15:42-44). Si l'on changeait la nature d'un grain de blé en celle de l'orge, il pousserait comme orge : de même, ceux qui ont reçu la nature divine ressusciteront semblables à Jésus, « l'empreinte de la personne » du Père.[216]

« Enlevés ensemble »

Selon 1 Thessaloniciens 4:17, « les morts en Christ ressusciteront premièrement, puis nous les vivants, nous serons enlevés ensemble avec eux dans les nuées à la rencontre du Seigneur dans les airs ». La question est posée : cet ordre contredit-il l'enseignement selon lequel, depuis 1878, les morts en Christ sont ressuscités êtres spirituels et les vivants sont « changés », chacun à l'instant de sa mort ? La réponse est négative, malgré l'apparence.[217]

Les apôtres, comme les prophètes anciens et Jésus lui-même, ont parlé en images et en « paroles obscures » (Matthieu 13:34-35) pour des événements non encore échus, afin que l'Église les comprenne en temps voulu. Jacques 5:2-3, 2 Pierre 3:7, 2 Pierre 3:10, 2 Pierre 3:13 et l'Apocalypse sont cités comme des prophéties symboliques. Les écrits de Paul sont jugés susceptibles d'être mal compris (2 Pierre 3:16), et ses images sur le « jour du Seigneur » sont dites à interpréter par l'Esprit de vérité pour ceux qui veillent.[218]

Le « cri » et la « trompette » de 1 Thessaloniciens 4:16 correspondent à ceux de Apocalypse 11:15 ; l'événement de Daniel 12:1, le « lever de Michel », a les mêmes suites : nations irritées et temps de détresse, que Pierre, Sophonie et Paul appellent la fonte de la terre (le tissu social) et le feu flamboyant (2 Pierre 3:10, Psaumes 97:5, Sophonie 3:8, Apocalypse 11:17, 2 Thessaloniciens 1:8). Les « nuées » où les vivants sont enlevés sont les « nuées et la nuée épaisse » de détresse que les prophètes associent à ce jour. L'« air » est lui aussi un symbole, celui du pouvoir et de la domination : être « enlevé dans l'air » signifie entrer dans ce pouvoir et y rester pour toujours avec le Seigneur. Paul parle ailleurs du « prince de la puissance de l'air » (Éphésiens 2:2), Satan, qui détient aujourd'hui ce pouvoir. Dans le symbolisme prophétique, la mer représente les classes sans loi, la terre la société organisée, les montagnes les gouvernements ; l'air ou les cieux représentent donc la puissance invisible et universelle des êtres spirituels. Le Prince de lumière devient le nouveau prince de l'air, dépose et lie l'usurpateur actuel.[219]

Les prophéties présentent comme simultanés les grands événements de ce « jour du Seigneur » et « jour de détresse », car rien n'interrompt la chaîne : les nuées de détresse se suivent de près, comme les wagons d'un train partent ensemble, mais l'un est le premier et l'autre le dernier. Les vivants sont enlevés ensemble de la même façon qu'une classe sort ensemble à la récréation, sans que les élèves passent la porte au même instant. De même, 1 Corinthiens 15:51-52 parle d'un « mystère » : nous ne dormirons pas tous, mais nous serons tous changés « en un instant, en un clin d'œil, à [grec en, durant] la dernière trompette ». Cette trompette symbolique couvre la période de quarante ans appelée « jour du Seigneur ». Pendant cette période, les saints morts ressuscitent et les vivants sont changés : chacun est changé en un instant, mais pas tous au même moment. Les morts en Christ ressuscitent d'abord, puis les vivants sont enlevés avec eux dans la puissance de l'air, sans interruption.[220]

Autres événements simultanés

Pendant la septième trompette, le « jour du Seigneur », le rassemblement et la récompense des fidèles s'accompagnent d'autres événements : la terre fond (la société se désagrège), la mer et les flots mugissent (les éléments sans loi se déchaînent), les montagnes sont emportées au milieu de la mer (les gouvernements sont engloutis par ces éléments), et les cieux (les pouvoirs en place) passent avec fracas. Les « nouveaux cieux », le pouvoir dont le Christ est le Prince, prennent peu à peu le contrôle et réorganisent la société sur de meilleures bases. C'est le « jour de la vengeance », où l'homme fort est lié et ses biens pillés (Matthieu 12:29).[221]

Le rassemblement des membres du corps du Christ, morts et vivants, a lieu en même temps que d'autres événements : les riches pleurent et gémissent (Jacques 5:1-3, Sophonie 1:18) ; les nations sont irritées et la colère vient (Apocalypse 11:18, Daniel 12:1) ; le fleuve de feu sort et le Fils de l'homme reçoit l'autorité (Daniel 7:10) ; la pierre frappe les pieds de la statue, les gouvernements actuels (Daniel 2:34), et les empires deviennent comme la balle emportée par le vent (Daniel 2:35) ; les rois de la terre et leurs armées font la guerre à l'Agneau et à son armée sans le reconnaître (Apocalypse 19:11-21).[222]

Il en ressort que, pendant toute cette période, le Seigneur est invisible aux hommes, et que la résurrection des saints et le changement des vivants ne font aucune manifestation extérieure. Si le monde voyait Jésus et les saints en gloire dans le ciel, il ne ferait pas ouvertement la guerre à l'Agneau. Le jour du Seigneur vient « comme un voleur dans la nuit », et la présence du Seigneur n'est révélée au monde que par le « feu flamboyant » des jugements ; ses « amis » ne sont pas dans les ténèbres, car ils ont une parole prophétique sûre à laquelle ils font attention.[223]

La crise du monde

Le texte de Jean 12:31 est cité : « Maintenant a lieu le jugement de ce monde ; maintenant le prince de ce monde sera jeté dehors. » Le mot grec rendu par « jugement » est krisis, dont vient « crise » : le moment où une action doit cesser ou changer de cours, le point décisif, comme la crise d'une maladie où se décide la vie ou la mort. Le mot « jugement » le traduit convenablement, car tout procès comporte un moment décisif. C'est de ce moment que parle Jésus.[224]

Jésus prononce ces paroles quelques jours avant sa crucifixion. Il vient de ressusciter Lazare, frère de Marthe et de Marie, qui habitent Béthanie, à environ trois kilomètres de Jérusalem, où les Juifs se rassemblent pour la Pâque. Les foules veulent voir Lazare et Jésus ; convaincues qu'il est le Messie annoncé, elles décident de le reconnaître publiquement comme roi. Elles prennent des branches de palmiers et crient : « Hosanna ! Béni soit le roi d'Israël, qui vient au nom du Seigneur ! » (Jean 12:12-13). Pendant que ses disciples exultent, Jésus est triste, car il sait que son heure est venue et que la prophétie d'Ésaïe va s'accomplir : il va être blessé pour nos transgressions, son âme sera offerte pour le péché, et il sera mis au nombre des malfaiteurs (Ésaïe 53).[225]

Sachant que ses disciples vont être cruellement déçus, il cherche à les y préparer : il leur parle de la nécessité de se consacrer entièrement à la volonté de Dieu, au point de donner leur vie, et leur assure que le Père honorera ce service. Devant le dernier combat, résolu à se soumettre à la volonté de Dieu jusqu'à la mort, il dit : « Maintenant mon âme est troublée, et que dirai-je ? Père, délivre-moi de cette heure ? Mais c'est pour cela que je suis venu à cette heure. Père, glorifie ton nom » (Jean 12:27-28). Il est venu pour mourir afin de racheter le monde de la condamnation de la mort. C'est pourquoi il dit : « Maintenant a lieu le jugement de ce monde. »[226]

Le monde ignore alors sa situation critique : son salut est en balance et dépend de la fidélité de celui qui va le racheter de son sang. À Gethsémané, Jésus sue de grosses gouttes de sang, et revient plusieurs fois vers ses disciples, qui ne comprennent pas : « Ne pouvez-vous veiller une heure avec moi ? » (Marc 14:34, Marc 14:37). C'est « l'heure sombre de la crise du monde ». Le monde est jugé une seconde fois en son second représentant, l'homme Christ Jésus, qui prend sur lui la peine tombée sur Adam et sur la race qu'il représentait, en substituant son être humain (psuche) à celui d'Adam et des siens.[227]

Quand Jésus dit « Tout est accompli » et meurt, la crise est passée. C'est le point décisif qui libère légalement l'homme de la servitude de la mort et lui assure le droit de revivre (Romains 3:25-26). Cet acte fait du Christ le Seigneur légitime de la race humaine qu'il a achetée par sa mort (Romains 14:9), et son droit de régner fixe le sort de Satan, l'usurpateur. À partir de ce moment, il est établi que le « prince de ce monde », Satan, qui a le pouvoir de la mort et ne règne que pour tromper, opprimer et détruire l'humanité, sera chassé. Par sa mort, Jésus a dépouillé les principautés et les puissances des ténèbres et l'a montré publiquement par sa résurrection (Colossiens 2:14-15). La domination de Satan n'est permise que jusqu'au temps fixé par le Père ; sa condamnation à l'expulsion a été scellée au Calvaire.[228]

Les versets suivants montrent que l'acte décisif fut la mort du Christ : « Et moi, quand j'aurai été élevé de la terre, j'attirerai tous les hommes à moi », ce qu'il disait « pour indiquer de quelle mort il devait mourir » (Jean 12:32-33). Jésus avait déjà parlé de son élévation à propos de sa crucifixion (Jean 3:14-15, Jean 8:28). Mais la foule, qui ignorait les prophéties annonçant la mort du Christ, objecte que l'Écriture dit que le Christ demeure éternellement. Aveuglée par ses préjugés, elle ne voyait que la gloire à venir, non les souffrances (1 Pierre 1:11). Jésus ne répond qu'en les invitant à ne pas se tromper eux-mêmes (Jean 12:35-36).[229]

Deux crises, deux représentants

La crise du monde est venue et passée sans que le monde s'en aperçoive, comme le malade peut ignorer le tournant de sa maladie que le médecin habile discerne. Le monde ignorait ce que la mort du Christ lui obtenait : la possibilité de la restitution à la perfection, de l'harmonie avec Dieu et, par conséquent, de l'obéissance parfaite menant à la vie éternelle. Près de deux mille ans plus tard, la masse des hommes ignore encore la « bonne nouvelle d'une grande joie », mais les étudiants de la Parole de Dieu savent que le moment approche où le monde verra et connaîtra les résultats de cet acte décisif.[230]

Le monde a ainsi traversé deux crises, en ses deux représentants, Adam et Jésus, sans le savoir. Dans le premier cas, la crise a été suivie du krima (la sentence) : la condamnation à mort de toute sa race par l'homme Adam. Dans le second, elle a été suivie d'une sentence venue par l'homme Christ Jésus, pour la justification qui mène à la vie (Romains 5:17-19) : tous ont le droit de vivre parce qu'ils sont « rachetés », « achetés » par le sang précieux du Christ, qui s'est donné en rançon pour tous, ce qui sera attesté à tous en temps voulu.[231]

Ce droit de vivre de nouveau, acquis pour tous, est éternel et jamais Dieu ne le contestera. Mais chacun doit le revendiquer pour lui-même en remplissant les conditions qui y sont attachées, car il peut être perdu de nouveau. Il ne peut plus l'être par un représentant, comme avec Adam : chaque individu racheté doit subir son propre procès et prouver, par son obéissance, son droit à la vie éternelle, ou la perdre par sa désobéissance, mais pas pour un autre. Il y aura donc un jugement individuel à venir, avec un moment décisif pour chacun. S'il accepte avec reconnaissance la vie et remplit de bon cœur la condition de son maintien, l'obéissance à Dieu, le krima est en sa faveur, pour la vie éternelle ; sinon, il est contre lui, pour la seconde mort. La vie rachetée puis perdue individuellement ne sera pas rachetée une seconde fois : « Christ ne meurt plus », et « il ne reste plus de sacrifice pour les péchés ». Ces pécheurs ingrats et délibérés méritent la seconde mort.[232]

L'Église a traversé avec le monde les deux premières crises, mais elle ne vient pas en jugement avec le monde (Jean 5:24, où krisis est traduit par « condamnation »). Elle reçoit sa récompense pendant que le monde passe son jugement individuel. Elle n'est cependant pas exempte de jugement individuel : sa crise a lieu avant l'âge du Millénium, durant l'âge de l'Évangile qui se termine. Chaque membre est jugé dès cette vie, et à un moment de sa course vient pour chacun un point décisif où l'on ne peut rester immobile : il faut avancer dans le bon ou le mauvais sens, soit accomplir son alliance, soit la négliger. Chaque épreuve est une situation critique qui demande de veiller et de prier, et chacun connaîtra une épreuve finale, comme le Christ. La crise représentative du monde fut aussi une crise individuelle pour Jésus, éprouvé et reconnu digne de la gloire à révéler en lui.[233]

L'épreuve finale n'a pas toujours lieu à la mort. Pour qui a été fidèle aux épreuves précédentes ou bien exercé par la discipline du Seigneur, la fin de la vie est le dernier test. Mais un consacré peut mépriser son alliance, refuser de la respecter, mépriser la discipline du Seigneur ou le sang précieux du Christ : il atteint alors la crise et la tourne en sa défaveur avant la mort. Pour ceux qui demeurent fidèles et obéissants, le moment décisif est la mort, comme pour le Maître, « fidèle jusqu'à la mort » (Apocalypse 2:10). Le texte se termine par un souhait : que chacun de ceux qui sont en jugement veille et prie pour passer avec succès la crise de sa propre épreuve.[234]

En attendant sa venue

Si l'espérance se limite à ce monde, les croyants sont « les plus malheureux de tous les êtres ». Pour le petit nombre de ceux qui vivent à l'aise, que la culture et la réflexion ont affinés, il est relativement facile de trouver ce monde supportable : ils voient que les ombres donnent plus d'éclat à la lumière et que la douleur forme à la sagesse et à la bonté. Mais la vie de la masse innombrable des hommes est tout autre. À toutes les époques, la grande majorité a été accablée par le labeur, les soucis, la peur et la misère. Elle a été écrasée par les tyrans qui devaient la protéger, mutilée et torturée, abêtie et contrainte par les prêtres mêmes qui devaient l'éclairer et la libérer. Elle a été décimée et avilie par la guerre, la famine, la maladie, l'ignorance et la superstition.[235]

Si cette vie est tout, la vie humaine prise dans son ensemble est donc la plus funeste des erreurs et la plus terrible des malédictions. S'il n'y a pas de temps meilleur à venir, pas d'âge d'or de justice et de paix, et si l'on ne peut plus croire à la venue et au règne du Christ, tout observateur réfléchi de cette tragédie doit conclure que « il vaudrait mieux pour les hommes ne jamais être nés ».[236]

Celui qui croit à cette grande promesse peut au contraire attendre avec patience, et c'est l'attitude que le Seigneur demande. Il veut que ses disciples ressemblent à des serviteurs qui guettent le retour de leur maître pour lui ouvrir aussitôt. Il les invite à croire à l'avènement d'une ère meilleure où tous les torts seront réparés, et à y puiser la force de supporter les peines de leur sort personnel et l'oppression, plus lourde encore, qui pèse sur le monde. Cette attente doit leur faire espérer le but du Dieu tout-puissant, qui justifiera les chemins par lesquels ils ont été conduits et la discipline douloureuse qui les a éprouvés, purifiés et affinés. Celui qui garde cette espérance pour lui-même et pour le monde croit à la promesse précise du Nouveau Testament, le second avènement du Christ.[237]

Inspiration

Une note indique qu'il s'agit de la reproduction d'un article paru dans le numéro de février 1883. Elle est suivie de deux strophes d'un cantique : le matin béni est déjà là, les ombres de la nature s'effacent, le croyant paraîtra bientôt avec le Seigneur, revêtu de sa ressemblance, de gloire et de beauté, et il sera satisfait quand les bras du Père entoureront son enfant.[238]

Extraits de Madame Guyon et sur la prière

Une citation de Madame Guyon affirme que, rencontrer, respecter, aimer ou rejoindre la volonté de Dieu revient à rencontrer, respecter, aimer ou rejoindre Dieu lui-même. En pratique et en religion, malgré la différence que la philosophie peut faire, Dieu et sa volonté se confondent pour elle. Celui qui est en parfaite harmonie avec la volonté de Dieu l'est autant avec Dieu qu'il est possible à un être de l'être, et le seul nom de cette volonté la remplit de joie.[239]

Un court extrait sur la prière clôt la page. Celui qui prie beaucoup « s'enrichira en grâce » : la prière est le commerce avec le ciel, qui en rapporte les marchandises les plus précieuses. Celui qui lance le plus souvent les navires de son désir vers le pays des épices et des perles aura le plus grand profit et possédera le plus de ciel sur la terre.[240]

Voir aussi

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Illustrations du numéro

Références

  1. ↑ La Tour de Garde, décembre 1882, p. 1
  2. ↑ 2,0 2,1 2,2 et 2,3 La Tour de Garde de Septembre 1884, p. 659
  3. ↑ BLANDRE Bernard, La préhistoire des témoins de Jéhovah, p. 82-83 et 95-96.
  4. ↑ SCHULZ et DE VIENNE, Separate Identity, vol. 2, p. 543.
  5. ↑ SCHULZ et DE VIENNE, Separate Identity, vol. 1, p. 164-165.
  6. ↑ La Tour de Garde, avril 1882, p. 11
  7. ↑ SCHULZ et DE VIENNE, Separate Identity, vol. 1, p. 110-111.
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  9. ↑ CROMPTON Robert, Counting the Days to Armageddon, p. 17-18.
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  15. ↑ La Tour de Garde, septembre 1882, p. 2
  16. ↑ Lutheran Library — The Approaching End of the Age
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  18. ↑ BLANDRE Bernard, La préhistoire des témoins de Jéhovah, p. 135-137.
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  22. ↑ La Tour de Garde, janvier 1880, p. 1
  23. ↑ The day dawn or the gospel in type and prophecy vol 2, 1880, p. 389
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  106. ↑ CROMPTON Robert, Counting the Days to Armageddon, p. 19. Original : « Nor was Charles Taze Russell straightforwardly the founder of a sect as he is frequently styled; rather he established a publishing concern. »
  107. ↑ La Tour de Garde de Septembre 1884, p. 659
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  110. ↑ SCHULZ et DE VIENNE, Separate Identity, op. cit., vol. 2, p. 20-22. Original : « Her choices among the letters influenced what appeared in articles she did not write. »
  111. ↑ La Tour de Garde, février 1882, p. 2
  112. ↑ ZYGMUNT Joseph, Jehovah's Witnesses: A study of symbolic and structural elements in the development and institutionalization of a sectarian sect, 1967, p. 384, cité dans l'article Maria Russell.
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  130. ↑ PENTON M. James, Apocalypse Delayed, p. 24-26. Original : « Although Russell did not ordinarily credit him as the source for many of his teachings… »
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  138. ↑ CROMPTON, Counting the Days to Armageddon, op. cit., p. 19. Original : « the movement continued to enjoy much support from people who remained within their denominations ».
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