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La Tour de Garde de Octobre-novembre 1881

De Tj-encyclopédie
La Tour de Garde de Octobre-novembre 1881
Revue La Tour de Garde
Date 1881
Auteur(s) A. Agens, William I. Mann, John C. Sunderlin, J. J. Bender, J. B. Adamson
Année 1881
Langue Anglais
Pays États-Unis

Ce numéro double paraît juste après le 3 octobre 1881. Pour les lecteurs de la revue, cette date marque la fin des sept années de « faveur » ouvertes en 1874. La plupart des textes en tirent les conséquences. L'appel à devenir membre de l'Épouse du Christ est présenté comme clos. Les derniers membres vivants du « petit troupeau » sont appelés les « pieds » du corps du Christ. Ils attendent d'être changés en êtres spirituels.

À côté de ces exposés sur le Royaume et sur la fin de l'âge de l'Évangile, le numéro rend compte d'une vaste campagne de distribution. La brochure Food For Thinking Christians a été diffusée aux États-Unis et en Grande-Bretagne. Les noms des distributeurs sont donnés, et plusieurs d'entre eux envoient des lettres. Le numéro corrige aussi une attente répandue chez ses lecteurs : les membres vivants ne passeront pas au ciel sans mourir.

Plusieurs textes répondent enfin à des questions pratiques. Ils expliquent comment se réunir sans Église ni credo. Ils disent comment traiter un membre qui se conduit mal. Ils donnent aussi le sens des titres de Jésus en Ésaïe 9:6, contre la doctrine de la Trinité.

Analyse

Croyances

Un Père qui aime, un Fils soumis, pas d'enfer

Le sermon de W. I. Mann sur Jean 3:16 s'en prend à une manière courante de raconter le salut. Dans ce récit, le Fils seul aime les hommes. Le Père, irrité, n'attend que de frapper, et le Fils reçoit le coup à leur place. Comme il est Dieu, il ne peut pas vraiment mourir.[1] Mann répond par Romains 5:8 : « Dieu prouve son amour envers nous en ce que, lorsque nous étions encore pécheurs, Christ est mort pour nous ». Le salut part donc du Père. La mort du Christ « pour nous » est maintenue.[2] Cette réponse était déjà celle de Paton en 1878, pendant la querelle avec Nelson Barbour sur la rançon. Paton écrivait que le Christ était mort par la volonté d'un père qui aime, et non d'un Dieu qui se venge. Il renvoyait au même verset de Romains.[3] Barbour, lui, rejetait l'idée qu'un innocent soit puni à la place du coupable, qu'il jugeait contraire à la justice.[4] Le sermon de Mann garde la mort du Christ pour les hommes et retire le Père en colère qui rendait cette mort choquante.[5]

Le même sermon tire de l'expression « Fils unique engendré » une objection contre la Trinité. Si les trois personnes n'en font qu'une, Dieu n'a pas de Fils à donner, et Jésus ne peut pas dire que son Père est plus grand que lui (Jean 14:28).[6] L'article sur le « Père éternel » va plus loin. Il appelle la Trinité une « hérésie papale ».[7] Il s'appuie sur le mot hébreu El, qui veut dire « fort » et peut désigner n'importe quel être puissant. Jéhovah est seulement le premier d'entre eux : « Jéhovah est le principal El et règne sur tous les autres el — les êtres puissants ». Le Christ peut donc être appelé « Dieu puissant » sans être égal au Père, car « la tête du Christ, c'est Dieu ».[8] Psaumes 110:1, lu dans la traduction de Robert Young, sert à montrer que le Père et le Fils sont deux personnes : le premier « Seigneur » traduit Jéhovah, le second adon.[9] En juillet 1879, ce même verset servait à un autre but : montrer que l'élévation du Christ à la droite du Père n'empêchait pas un retour personnel encore à venir.[10] En avril 1881, la revue rejetait déjà le passage des trois témoins « dans le ciel » comme un ajout de la papauté.[11] En octobre-novembre 1881, le refus de la Trinité repose sur une étude des mots hébreux, menée dans un article de la rédaction elle-même.[12]

Un Dieu qui aime ne peut pas tourmenter sans fin. Mann s'appuie sur le dictionnaire Webster et sur le lexique grec de Liddell et Scott : « périr » veut dire mourir, être détruit. Jean 3:16 oppose d'ailleurs « périr » à « avoir la vie ».[13] Un an plus tôt, à Toronto, le pasteur baptiste William Brookman avait tiré le même argument du même verset : si « périr » veut encore dire « vivre pour toujours », le verset n'oppose plus rien.[14] Dès 1842, George Storrs enseignait que les méchants seraient détruits entièrement, « sans plus aucune existence ».[15] George Chryssides rattache cette croyance à plusieurs des premiers adventistes, dont Storrs.[16] Mann en tire une conclusion sur le nombre : les sauvés seront la règle et les perdus l'exception, sinon Satan l'emporterait sur Dieu.[17]

Types, parallèles et jours de mille ans

L'âge juif est présenté comme l'« ombre » de l'âge évangélique. Les deux âges ont la même durée et finissent tous deux par une « moisson ».[18] Ce parallèle vient de Barbour, qui l'avait exposé à Russell en 1876 pour lui prouver le retour du Christ en 1874.[19] Barbour faisait de l'âge évangélique le « double » de l'âge juif, d'après Ésaïe 40:2.[20] Robert Crompton montre que ce parallèle fait de 1881 l'équivalent de l'an 36, quand l'Évangile cessa d'être réservé aux Juifs avec la conversion de Corneille.[21] Le numéro donne la date du jour : les sept années de faveur, calquées sur la soixante-dixième semaine de Daniel 9:27, finissent le 3 octobre 1881. Il fixe aussi la suite : trente-trois années de troubles appelés « feu », comme celles qui suivirent pour les Juifs. Ce feu doit consumer Babylone et purifier les enfants de Dieu qui s'y trouvent encore.[22]

Le même parallèle explique le retard de 1844 à 1874. Les trente années entre la visite des mages et le baptême de Jésus correspondent aux trente années entre la déception de Miller et la venue de l'Époux.[23] Le « cri de minuit » est attribué au mouvement lancé par Barbour et à son journal The Midnight Cry.[24] En octobre 1879, la revue situait encore ce cri en 1859, à mi-chemin de la nuit.[25]

Un second découpage compte l'histoire en jours de mille ans. Les 6 000 ans depuis Adam finissent en 1873, d'après la chronologie de Bowen, et le septième millénaire commence.[26] Bernard Blandre retrouve ce repère dans l'ouvrage de Barbour de 1877 : 1873 y marque la fin du sixième millénaire et le début du millénium.[27] Le « type du temple » s'en sert pour lire Jean 2:19. Jésus parlait au cinquième millénaire. Le cinquième, le sixième et le septième forment le « troisième jour », celui où le temple qu'est l'Église doit être relevé.[28] En septembre 1879, la date de 1873 servait à un autre compte : elle ouvrait un « jour du Seigneur » de quarante ans, sur le modèle des quarante années au désert.[29] La lecture de Luc 13:32 repose sur la même règle : ce qui est dit du Christ comme tête vaut aussi, en plus grand, pour son corps.[30]

Le Tabernacle se lit de la même manière. Dans le type, ses espaces sont des lieux. Dans l'antitype, ce sont des états. Le « Camp » représente le monde, la « Cour » le croyant justifié par la foi, le « Lieu saint » le croyant consacré, le « Lieu très saint » l'état spirituel parfait.[31] Sortir « hors du camp », selon Hébreux 13:13, veut donc dire changer d'état, et non de lieu.[32] Le mot grec epouraneous reçoit le même traitement. D'après Éphésiens 2:6, les consacrés sont déjà assis « dans les lieux célestes » alors qu'ils vivent encore sur terre.[33] Jésus est passé par le Lieu saint pendant son ministère, puis par le Lieu très saint à sa résurrection, et les membres de son corps suivent le même chemin.[34] La question du lecteur sur le « Diagramme des âges » montre que cette lecture n'allait pas de soi : il avait compris que la ligne tracée dans le Lieu très saint coupait le ciel en deux.[35]

La présence invisible depuis 1874

Le récit de 1874 suit un ordre précis. Le Christ n'est pas apparu. Les calculs sont réexaminés, sans qu'on y trouve d'erreur. L'examen se porte alors sur la manière du retour.[36] L'historien James Penton décrit ce même raisonnement chez les adventistes puis chez les Étudiants de la Bible : la date était juste, mais l'événement attendu était faux.[37] La réponse trouvée est que Jésus, mis à mort comme homme, est ressuscité être spirituel. Un tel être peut être présent sans être vu.[38] L'idée d'une venue invisible venait des milieux britanniques réunis à Albury Park autour d'Henry Drummond.[39] Le pasteur Robert Govett y avait ajouté que le mot grec parousia voulait dire « présence » plutôt que « venue ».[40] La présence se connaît « par la foi », dans la Parole, comme la justification ou l'appel à devenir la Fiancée.[41] Les textes de Matthieu 24:37 et de 1 Thessaloniciens 5:4 fondent ce partage : l'Église voit, le monde ignore.[42]

Le raisonnement sur la parabole des dix vierges est posé sous condition. Si les mouvements de William Miller et de Barbour venaient de Dieu, alors le cri de minuit était fondé et l'Époux est venu en 1874.[43] Les rédacteurs refusent d'être appelés « Millérites » ou « adventistes », mais ils voient dans Miller l'accomplissement du début de la parabole.[44] Crompton y lit l'une des preuves les plus nettes que Russell rangeait l'adventisme du début du siècle dans le même mouvement que le sien.[45]

La lettre de Bender ajoute un argument extérieur au mouvement. Robert Young, traducteur et auteur d'une concordance hébraïque et grecque, juge que 2 Jean 1:7 ne parle que de la première venue du Christ dans la chair. Il rejette l'interprétation dite « de Rochester ».[46] Le débat était réel. En janvier 1881, dans la revue britannique The Rainbow, Elias Tuckett soutenait que ce verset exige un nouveau retour du Christ dans la chair, et visait ainsi, sans la nommer, la lecture de la Watch Tower.[47] Rochester était la ville de Barbour. Au début, Barbour y enseignait une venue en esprit et non dans la chair.[48] En juillet 1880, la revue le présentait au contraire comme celui qui annonçait un Christ en chair après 1881.[49]

Croire à cette présence doit changer la conduite. Une liste de textes, reprise du périodique Messiah's Herald, fait du second avènement le motif de la patience, de la sobriété, de la prière et du zèle à prêcher.[50] La rédaction ajoute un pas : si l'attente du retour a cette force, la certitude que le Seigneur est déjà là et que la moisson s'achève en a davantage. Elle pousse à se séparer du monde et à se sanctifier.[51]

La porte fermée et les « pieds » du Christ

Le numéro paraît après le 3 octobre 1881. La faveur d'entrer dans le petit troupeau est déclarée finie à cette date : « L'Époux vint, et ceux qui étaient prêts entrèrent avec lui aux noces », puis la porte fut fermée.[52] La porte de la miséricorde reste ouverte pour les autres classes.[53] Raymond Franz rappelle qu'on attendait aussi, pour l'automne 1881, l'enlèvement des saints vers le ciel.[54] Penton note que Russell se comptait parmi ces saints.[55] Le numéro ne parle pas d'enlèvement. Il place un temps d'attente entre la fermeture de la porte et les noces, comme dans un mariage où la cérémonie ne commence pas à l'heure où l'on ferme la porte.[56] Ce délai a un contenu : chacun doit achever son sacrifice et aider les autres à se préparer, car ceux qui sont entrés peuvent encore être jetés dehors.[57] Le type du temple dit la même chose : la gloire n'a pas rempli le temple de Salomon le jour où il fut achevé.[58] Penton cite l'analyse de Melvin Curry : l'échéance courte de 1881 détournait l'attention de la déception de 1878 et poussait à prêcher.[59]

Les membres vivants à ce moment sont les « pieds » du corps du Christ, ses derniers membres. Ésaïe 52:7 leur réserve une annonce. Paul, en Romains 10:15, aurait laissé de côté les mots « Ton Dieu règne », car ils ne valaient pas encore pour son temps.[60] Jésus aurait fait de même avec le « jour de la vengeance » d'Ésaïe 61:2.[61] Les pieds ont donc une mission que n'eut aucune génération avant eux : « Nous nous réjouissons donc du privilège d'être parmi ceux qui annoncent à Sion que le Royaume a commencé en 1878 ». Ils reçoivent aussi plus de lumière, puisque la Parole est « une lampe à mes pieds » (Psaumes 119:105).[62] Psaumes 91:11-12 leur promet que les anges les garderont de la pierre d'achoppement, sur laquelle l'Église nominale tombe faute de reconnaître la présence.[63]

Le « serviteur fidèle et avisé » de Matthieu 24:45 désigne le petit troupeau tout entier, qui donne ensemble la nourriture à la maison de la foi.[64] Il s'oppose au « mauvais serviteur », celui qui dit que son maître tarde.[65] La nourriture continue donc d'être distribuée après la fermeture de la porte, par tous ceux qui sont entrés.

Deux classes de sauvés et la nature divine

L'article sur le « Père éternel » sépare deux dons. La rançon rend à tous les hommes la vie humaine perdue par Adam. Le Christ, qui la rend, devient ainsi le père de la race restaurée.[66] La nature divine vient d'ailleurs : c'est Jéhovah qui la donne, en récompense de l'obéissance jusqu'à la mort. Jésus n'est jamais appelé « notre Père » ; il est le chef, le précurseur, le frère.[67] Toutes les promesses qui mènent à cette nature divine appartiennent à l'âge présent ; celles du prochain âge sont terrestres.[68] Dès 1875, Barbour opposait une classe supérieure appelée au « haut appel », semblable aux anges, au reste de l'humanité.[69] Selon Schulz et de Vienne, c'est en 1877 que Russell et ses amis placèrent l'héritage de l'Épouse au ciel et laissèrent la terre restaurée au reste des hommes.[70] L'article attribue ensuite à toute l'Église les titres d'Ésaïe 9:6. Avec le Christ pour tête, le corps entier devient le « Dieu puissant » qui gouverne les nations et le « Père éternel » de la race restaurée.[71] Le poème de Mrs. A. Agens, sur Jérémie 33:16, exprime la même attente : l'Épouse portera le nom de son Époux et partagera son trône.[72]

Une seconde classe se tient sous le petit troupeau. Les vierges qui frappent trop tard à la porte ne seront pas l'Épouse. Elles traverseront le temps de détresse et pourront rejoindre la « grande multitude » d'Apocalypse 7:9, qui sert devant le trône.[73] Dans le type du temple, les prêtres représentent le petit troupeau. Les lévites chanteurs, vêtus de blanc, représentent une partie de la grande foule, déjà justifiée par le Christ.[74] Penton résume la place de cette classe chez Russell : elle reçoit aussi une résurrection spirituelle, mais pas la première.[75] Le numéro lui donne une tâche avant la glorification : les prêtres doivent lui apprendre le chant de la Restitution.[76]

La nature divine se gagne par une course. La lettre de Sunderlin décrit un coureur des jeux Isthmiques qui perd pour avoir ramassé un objet brillant. Chaque tentation du monde joue ce rôle.[77] La course mène à la mort : « Cette terrible course sera ta mort ? Oui, bien sûr ; mais tu es déjà un pauvre coupable condamné à mort de toute façon ».[78] L'article « Qui peut l'entendre ? » en tire une règle générale : aucun membre du corps n'échappe à la mort. Ceux qui vivent pendant la présence passent seulement d'un corps à l'autre sans période de « sommeil ».[79] En janvier 1881, l'automne 1881 était annoncé comme la date du changement en êtres spirituels des croyants encore vivants.[80] En juillet-août 1881, ce changement n'avait plus de date fixée.[81] En octobre-novembre, le changement passe par la mort de chacun. Selon A. H. Macmillan, Russell expliquait déjà ainsi 1 Corinthiens 15:51 au moment de sa rupture avec Barbour : « dormir » ne veut pas dire « mourir », et les vivants seront changés à l'instant de leur mort.[82]

L'Église des consacrés face à Babylone

L'article sur l'ekklesia définit la véritable Église par la consécration. On en devient membre en donnant sa volonté, son temps et ses talents à Dieu. Le Christ seul en est la tête et les noms sont écrits dans les cieux.[83] Les professions de foi rédigées par les hommes sont des « traditions des anciens » qui annulent la Parole de Dieu (Marc 7:13).[84] Storrs écrivait en 1844 que toute Église organisée par les hommes devient Babylone dès qu'elle est organisée, et que les credos humains usurpent la place de Dieu.[85] Tony Wills montre ce qui en découle pour Russell : la vraie Église réunit des individus dispersés dans toutes les confessions ou hors d'elles.[86]

Les confessions forment Babylone, la mère et ses filles. Elles sont les sept femmes d'Ésaïe 4:1 qui saisissent un seul homme pour porter son nom, tout en mangeant leur propre pain.[87] Les sept mille fidèles de l'époque n'adorent ni la « Bête » papale ni son « Image » protestante.[88] Storrs comptait déjà les Églises protestantes dans la Babylone mystique, « exactement comme la vieille mère ».[89] Crompton note que les adventistes en vinrent, après 1844, à ranger le protestantisme dans Babylone et à appeler à en sortir.[90] Les gouvernements sont joints à cette condamnation. Ils ont reçu de la papauté leur droit de régner et sont bénis par ses filles. Ils font donc partie de l'adversaire que le Seigneur détruira « par le souffle de sa bouche » (2 Thessaloniciens 2:8).[91] En décembre 1879, le même passage visait la papauté seule, comme institution.[92]

Le souffle de la bouche du Seigneur est la vérité, et elle peut passer par mille canaux, même par l'incroyance qui blasphème. La vérité sur les droits et l'égalité des hommes pousse les communistes, les nihilistes et les socialistes à renverser les gouvernements oppresseurs.[93] En septembre 1879, la revue annonçait déjà la chute des gouvernements par la révolte des peuples, mais précisait que l'Écriture ne tient pas ce communisme pour juste.[94] Le contexte de 1881 est chargé. Le 13 mars, l'empereur Alexandre II avait été tué à Saint-Pétersbourg par la « Volonté du peuple », l'organisation nihiliste.[95] Dans son livre de 1877, Barbour prévoyait déjà une crise sociale où les travailleurs, poussés par la faim et le chômage, se dresseraient contre les capitalistes.[96]

Le Royaume terrestre et la restitution

Depuis l'entrée du péché, Jéhovah a retiré sa présence de la terre et laissé régner Satan. Sa présence n'a été donnée qu'en type, dans le Tabernacle et le Temple, puis dans l'Église.[97] Le règne du Christ, antitype du règne paisible de Salomon, doit ramener toutes les familles de la terre à Dieu.[98]

Zacharie 14 décrit comment ce règne s'installe. La scène est placée vers la fin du temps de détresse, « peut-être, selon notre lecture de la prophétie, vers 1914 apr. J.-C. ». Israël, rentré en Palestine, est attaqué par les nations et délivré par Dieu. Il reconnaît alors celui qu'il a transpercé.[99] Le Royaume a deux phases : l'une spirituelle et invisible, faite du Christ et de l'Église ; l'autre terrestre, faite des patriarches et des prophètes rendus parfaits, et « essentiellement israélite ».[100] Les conférences d'Albury Park annonçaient déjà le retour des Juifs en Palestine pendant le temps du jugement.[101] En 1875, Barbour confiait l'œuvre de la restitution à « la maison charnelle d'Israël ».[102] En 1877, il annonçait pour octobre 1914 une intervention divine qui sauverait Jérusalem des nations.[103] En 1881, les Juifs de Russie subissent une vague de pogroms qui provoque une émigration massive.[104] Crompton note que Russell lisait ces persécutions comme un signe du retour de la faveur divine vers les Juifs.[105]

Par ce Royaume, la rançon payée pour tous doit profiter à tous. Mann rejette la doctrine des Églises qui ne sauverait qu'un homme sur mille.[106] Il oppose à cette doctrine la promesse faite à Abraham : « toutes les familles de la terre seront bénies ». Il y joint 1 Timothée 2:4-6.[107] À la question de Romains 10:14, « comment croiront-ils sans prédicateur ? », il répond que l'Oint, tête et corps, sera ce prédicateur pour tous.[108] Storrs posait la même question vers 1870 : les millions de païens et de catholiques privés de la Bible ont-ils été bénis en Abraham pendant les dix-huit siècles de l'âge évangélique ?[109] Le chant que les prêtres apprennent aux lévites résume cette attente : « Car il est bon, car sa miséricorde dure à jamais ».[110]


Organisation et histoire

Héritiers des adventistes, mais distincts d'eux

Le récit « Et la porte fut fermée » s'adresse aux nombreux nouveaux lecteurs arrivés avec la campagne de brochures.[111] Il leur donne une histoire commune : William Miller en 1843-1844, puis Nelson Barbour et son journal, puis la venue de l'Époux en 1874.[112] Le même passage refuse pourtant pour le groupe les noms de « millérites » et d'« adventistes ».[113] En août 1881, Augustus Bergner, lecteur de la revue à Newark, tient le même discours au New York Sun. Il dit appartenir à « une compagnie de chrétiens qui n'ont pas de nom commun », qui ne sont pas des adventistes du second avènement.[114] Le groupe raconte donc ses origines à partir des adventistes, mais ne veut pas porter leur nom.

Les historiens ne lisent pas ce refus de la même façon. Melvin Curry, dans une thèse non publiée soutenue en 1980 à l'université d'État de Floride, y voit un calcul : Russell aurait voulu se séparer des restes du mouvement de Miller et passer pour un théologien indépendant qui aurait retrouvé le christianisme des origines.[115] Schulz et de Vienne répondent en citant ce même passage de 1881, où Miller est nommé avec respect, pour montrer que Russell ne cachait pas ce lien.[116] Robert Crompton va dans leur sens. Pour Russell, le mouvement de Miller et le sien forment un seul et même mouvement, et l'écart de trente ans entre 1844 et 1874 en donne la preuve.[117] Selon Crompton, l'Église telle que Russell la décrit inclut ainsi le mouvement commencé avec Miller.[118]

L'emprunt fait au Messiah's Herald pour défendre la prédication du second avènement montre que la revue lit les autres périodiques du même milieu et y prend ce qui lui convient.[119] Ce milieu ne lui rend pas la pareille. En mai 1880, la revue se plaignait déjà que les grands journaux adventistes refusaient de signaler l'existence du journal de Barbour.[120] Le périodique Advent Christian Times mettait ses lecteurs en garde contre Barbour, Russell et Paton.[121]

La lettre de Bender montre que la distance vaut aussi pour le milieu de Barbour lui-même. Barbour, qui publiait à Rochester, avait abandonné en 1880 l'idée d'un retour invisible et attendait de nouveau un retour à venir.[122] En Grande-Bretagne, un pasteur partisan de Barbour, Elias H. Tuckett, avait écrit en janvier 1881 dans la revue The Rainbow que la parole de Jean sur le Christ venu « en chair » exigeait un nouveau retour du Christ dans la chair.[123] À Édimbourg, Bender soumet ce texte, 2 Jean 1:7, au traducteur Robert Young, et rapporte qu'il a évoqué devant lui « la chicane sur la façon dont on la présente à Rochester ».[124] La concordance de Young servait déjà en mai 1881 à défendre le sens de parousia comme « présence ».[125] Bender oppose donc un savant reconnu à l'argument de l'ancien associé, dans le pays même où cet argument circulait. Schulz et de Vienne jugent que la lettre de Tuckett a peu nui au travail en Grande-Bretagne.[126]

Une Église sans registre, sans clergé ni credo

L'article sur l'ekklesia décrit une Église où l'on entre par la consécration, sans adhérer à une organisation terrestre ni signer une confession de foi. Les noms y sont écrits au ciel et le Christ seul la gouverne.[127] À ceux qui demandent s'il faut fonder une organisation visible, la réponseest que le groupe en possède déjà une, calquée sur celle des premiers chrétiens.[128] Ce refus d'une Église organisée a des précédents. En 1844, George Storrs mettait en garde les adventistes : toute Église organisée par l'invention humaine devient « Babylone » au moment même où elle est organisée.[129] Selon Crompton, les premiers adventistes ne voulaient pas non plus former une Église à part. Ils ont serré les rangs après la déception de 1844, sous les moqueries, et en sont venus à ranger le protestantisme dans Babylone.[130] James Penton note que le mouvement de Russell, à ses débuts, n'a presque aucun des traits d'une secte ou d'une confession, et que Russell, comme Storrs, rejette les Églises.[131]

L'absence de clergé reçoit ici une justification précise. Tous les membres du corps du Christ sont oints pour prêcher, selon Ésaïe 61:1, si bien qu'aucune ordination ni aucune « succession apostolique » n'est nécessaire.[132] En janvier 1880, la revue rejetait déjà la succession apostolique, mais par un autre argument : les dons de l'Esprit ne suivent jamais l'ordination des ministres, donc la chaîne revendiquée est fausse.[133] L'argument passe donc d'un défi lancé aux Églises à une règle positive pour le groupe : chaque consacré est déjà prédicateur. Penton rappelle qu'entre 1879 et 1881, Russell ne pensait pas fonder une religion durable, puisqu'il comptait être changé en être spirituel avant la fin de 1881.[134] Une organisation aussi légère convient à un groupe qui attend le départ prochain de ses derniers membres.

La même logique vaut pour le « serviteur fidèle et avisé » de Matthieu 24:45. La rubrique sur les ouvriers l'identifie à tout le petit troupeau des consacrés, qui donne ensemble la nourriture à la maison de la foi.[135] En 1881, ce titre ne désigne donc ni une personne, ni le rédacteur, ni une direction.[136] Il est placé au milieu de la liste des colporteurs et des femmes qui animent les petits groupes : le serviteur est l'ensemble de ceux qui font circuler les écrits.[137]

Sans clergé, il faut pourtant des règles pour les conflits. L'article sur l'ekklesia en donne. Le membre désordonné est d'abord averti. S'il refuse d'obéir, on cesse de le fréquenter, sans le traiter en ennemi. En cas de différend, on suit la procédure de Matthieu 18:15-17 : entretien seul à seul, puis devant témoins, puis devant l'assemblée, enfin mise à l'écart de celui qui refuse d'écouter l'assemblée.[138] Lors de la rupture avec Barbour en 1879, aucune procédure de ce genre n'avait été suivie : le travail commun avait simplement cessé.[139] Ici, la décision appartient à l'assemblée des frères, et non à un pasteur ou au rédacteur.[140] Ce sont les premières règles écrites de discipline pour une assemblée locale.

Une société de brochures à la place d'une Église

Ce que le groupe refuse d'organiser en Église, il l'organise en société d'édition. La Zion's Watch Tower Tract Society a été formée le 16 février 1881 à Pittsburgh, avec William Henry Conley comme président et Russell comme secrétaire-trésorier.[141] Son document de fondation prévoit de distribuer des brochures dans toutes les grandes villes du nord des États-Unis et dans les principales villes de Grande-Bretagne, sans jamais contracter de dettes.[142] Les premiers dons s'élèvent à 7 000 dollars pour Russell, 4 000 pour Conley, 2 000 pour A. D. Jones et 1 000 pour Joseph L. Russell.[143] La campagne rapportée sous le titre « Dans la vigne » exécute ce plan huit mois plus tard, jusqu'en Grande-Bretagne.[144] Selon Russell, elle a coûté 42 000 dollars, donnés sans aucune sollicitation.[145]

La méthode change en quelques mois. En janvier 1881, les brochures de trente-deux pages partaient chez les lecteurs par paquets de vingt-cinq au plus, à charge pour eux de les distribuer.[146] À l'automne, la société fait imprimer un seul volume de 164 pages dans plusieurs États, le fait remettre par des garçons payés aux portes des églises le dimanche et l'insère dans les envois de grands journaux.[147] Russell précise ailleurs que ces garçons venaient des services de coursiers des grandes villes, et que la distribution s'est faite trois dimanches de suite.[148] La rédaction mesure son effort à celui de l'American Tract Society, la grande société protestante de brochures.[149] Le 17 octobre 1881, un journal de Hull présente la société de Pittsburgh comme vivant de dons volontaires « à la manière de Müller », le fondateur d'orphelinats qui refusait toute collecte.[150]

La Grande-Bretagne est le premier pays étranger visé. Sunderlin y a fait imprimer la brochure chez William Cate, imprimeur à Londres, puis il est rentré malade à New York le 8 septembre 1881. Bender est arrivé vers la mi-septembre.[151] Faute de contacts sur place, Bender recrute ses distributeurs par une petite annonce dans un journal de Glasgow, puis répartit les brochures ville par ville.[152] Selon un historien des Étudiants de la Bible britanniques, ce message était alors encore inconnu dans le pays.[153] C'est la première tentative de prédication hors des États-Unis.[154]

Un réseau de colporteurs, de groupes et de plumes

La rubrique « Les ouvriers » donne pour chaque colporteur sa zone de travail : l'Illinois et l'Iowa pour Adamson, le centre de la Pennsylvanie et de New York pour Keith, l'Ohio pour McGranor, le New Jersey et le Delaware pour Keim.[155] Ces hommes ont un métier. Adamson est un commerçant qui gagne environ 1 500 dollars par an.[156] Bender est représentant d'une entreprise de produits chimiques à Pittsburgh.[157] Sunderlin, ancien pasteur méthodiste, a repris son métier de photographe.[158] A. D. Jones était employé dans un magasin de Russell, et il a quitté en novembre 1879 la liste des collaborateurs réguliers pour prêcher.[159] Un seul d'entre eux a donc été pasteur.

La lettre d'Adamson montre comment ces colporteurs travaillent. Il remet les brochures en main propre pour parler à deux ou trois personnes à la fois, et il évite les « sages » attachés à leur credo.[160] Il refuse de témoigner dans une réunion de prière méthodiste, à cause de l'hostilité qu'il rencontre presque partout. Il trouve en revanche bon accueil chez les méthodistes libres, et donne la brochure à seize de leurs pasteurs.[161] La diffusion de l'imprimé et la conversation personnelle vont donc ensemble.

Derrière ces noms, d'autres personnes, dont beaucoup de femmes, réunissent de petits groupes dans les villes et les villages.[162] Russell estimait qu'environ vingt groupes avaient célébré le repas du Seigneur en avril 1881.[163] Schulz et de Vienne pensent que la plupart de ces groupes existaient avant la revue, et que Russell encourageait leurs réunions sans les organiser lui-même.[164]

Le réseau écrit aussi dans la revue. Le sermon sur Jean 3:16 est signé par W. I. Mann, ingénieur de Pittsburgh, collaborateur régulier depuis le premier numéro.[165] Un poème vient d'une lectrice du New Jersey, Mrs. A. Agens, et trois lettres viennent de Sunderlin, Bender et Adamson.[166] Paton, lui, n'écrit plus dans la revue depuis juin 1881.[167] Il rédige désormais des articles pour le nouveau journal de Jones.[168] Ce journal, la Zion's Day Star, paraîtra à New York chaque mois, au même prix que la revue, et reçoit ses meilleurs vœux.[169] Penton précise que Jones le fonde avec la bénédiction de Russell.[170] Wills le décrit comme un complément de la revue de Pittsburgh.[171]

Une petite rédaction débordée par son succès

La campagne a des effets immédiats sur l'argent de la revue. Le numéro de juillet-août 1881 avait annoncé une revue gratuite.[172] La poste américaine traite pourtant un périodique gratuit comme une publicité, au tarif quadruple : le seul numéro de juillet a coûté plus de quatre-vingts dollars de port.[173] Russell expliquait que l'abonnement, gardé très bas, ne couvrait qu'environ les deux tiers des frais, sans compter les suppléments.[174] L'abonnement payant revient donc, avec un fonds pour ceux qui ne peuvent pas payer.[175] Ces lecteurs sont inscrits sur la « liste des pauvres du Seigneur ».[176] Selon Schulz et de Vienne, seuls la revue de Russell, l'Herald of the Morning et le journal de Jones offraient ainsi leur périodique aux pauvres.[177]

La petite équipe de Pittsburgh ne suit plus. Les deux derniers numéros ont paru en retard, parce que la diffusion des brochures a pris tout son temps pendant trois mois.[178] Environ mille lettres et cartes postales attendent sans avoir été ouvertes. La rédaction ne peut plus envoyer d'accusé de réception et se contente de tenir un registre des recettes.[179] Les anciens numéros sont épuisés, sauf quelques exemplaires de juillet. D'anciens articles seront donc republiés pour les nouveaux venus.[180]

Le « Diagramme des âges » montre comment la revue enseigne ses lecteurs à distance. Il a été envoyé aux abonnés comme supplément, pour être accroché au salon et étudié jusqu'à le savoir par cœur.[181] Selon Schulz et de Vienne, il avait été imprimé par erreur avec le supplément de juin au lieu de juillet, puis reproduit dans Food for Thinking Christians. Ils lui trouvent une origine dans les tableaux dont Barbour avait tracé les grandes lignes pour Russell en 1877.[182] Un lecteur demande par courrier si la ligne qui coupe le « Lieu très saint » divise le ciel en deux. La rédaction répond que non, et lui demande de relire les explications avec plus de soin.[183] Le diagramme circule par la poste, s'étudie à la maison, et les questions reviennent par la poste.


Contenu

Les pieds de Jéhovah

La revue reprend sa tarification habituelle après une tentative infructueuse de la distribuer gratuitement. La loi postale américaine traite tout périodique offert sans frais comme une simple publicité et lui applique un tarif quatre fois supérieur au tarif ordinaire, ce qui a coûté plus de quatre-vingts dollars sur le seul numéro de juillet.[184] Un fonds spécial est annoncé pour couvrir les abonnements de ceux qui souhaitent recevoir la Watch Tower sans pouvoir payer.[185]

L'article principal porte sur l'expression « les pieds de Jéhovah », tirée de Ésaïe 66:1 : « Le ciel est mon trône et la terre mon marchepied. » Dans l'Ancien Testament, le mot « pieds » désigne la résidence permanente ou le repos de Dieu.[186] Depuis l'entrée du péché dans le monde, Jéhovah a retiré sa présence et laissé Satan régner comme « prince de ce monde » (Jean 14:30). Il a établi sa présence de manière typique parmi les Israélites dans le Tabernacle et le Temple, puis d'une façon plus élevée au sein de l'Église de l'Évangile tout au long de l'âge évangélique.[187] Bientôt, la gloire du Temple — c'est-à-dire la présence de Jéhovah dans l'Église glorifiée, tête et corps — sera manifestée au monde entier. Ce règne complet du Christ est présenté comme le type antitypique du règne paisible de Salomon, sous lequel toutes les familles de la terre seront bénies et ramenées en pleine harmonie avec Dieu, une fois tout péché et tout adversaire du droit détruits.[188]

La prophétie de Zacharie 14:3 et Zacharie 14:5 est lue comme une description du moment et de la manière dont Jéhovah établira sa résidence. La scène est placée dans « le temps de détresse », probablement vers sa fin, « peut-être, selon notre lecture de la prophétie, vers 1914 apr. J.-C. » Les Israélites auront été ramenés en Palestine dans une paix relative, tandis que les nations auront été bouleversées et appauvries. Leur prospérité attire la convoitise des nations qui marchent contre eux, conformément à Ézéchiel 38:8 et Ézéchiel 38:12.[189] Jéhovah intervient alors non pas en envoyant Jésus et les saints armés de façon matérielle, mais comme il a combattu pour Israël dans les temps anciens : en mettant en fuite les Midianites (Juges 7:21), en faisant périr les Assyriens (Ésaïe 37:36) et en renversant de puissants rois (Psaumes 135:10). Cette délivrance sera si manifeste qu'Israël reconnaîtra la puissance de Dieu et, dans la prière et la supplication, en viendra à admettre qu'il a rejeté et transpercé son Rédempteur, conformément à Zacharie 12:8 et Zacharie 12:10.[190]

Le verset 4 de Zacharie 14:4, « Ses pieds se poseront en ce jour-là sur la montagne des Oliviers », est lu comme une vue intérieure ou spirituelle de l'établissement du Royaume. La montagne, le lieu à l'est de Jérusalem, sa division en deux parties et la vallée qui s'y forme sont tous compris comme des symboles.[191] Une montagne est le symbole d'un royaume ; le mont des Oliviers représente donc un « Royaume de lumière et de paix ». Le « jour du Seigneur » est présenté comme déjà commencé. L'organisation du Royaume — par la résurrection des morts et la transformation des membres vivants en corps spirituels — est décrite comme ayant commencé en 1878 et devant s'achever quand les membres vivants seront « prêts ».[192]

La division de la montagne en deux parties représente les deux phases du Royaume de Dieu : d'un côté le Royaume spirituel et invisible, composé de Jésus et de l'Église de l'Évangile ; de l'autre la phase terrestre, composée d'êtres humains perfectionnés — Abraham, Isaac, Jacob, tous les prophètes et tous ceux des âges passés justifiés par la foi.[193] La vallée représente un espace de protection garanti par les deux phases du Royaume, dans lequel Israël se réfugie et reconnaît finalement celui qu'il a transpercé. La phase terrestre du Royaume est décrite comme essentiellement israélite, en accord avec Romains 11:26 : l'impiété sera détournée d'Israël, qui héritera de la terre promise à Abraham. La descendance charnelle d'Abraham servira d'agent de Jéhovah pour porter au monde les bénédictions acquises par Christ, « graine » spirituelle supérieure de celui qu'Abraham représentait en type — Jéhovah.[194] Ce Royaume terrestre est appelé à s'étendre jusqu'à remplir toute la terre, les deux phases — céleste et terrestre — étant en parfaite harmonie, la seconde sous la direction de la première, conformément à Ésaïe 2:3.[195]

La portion de Zacharie 14:4 relative à l'établissement du Royaume s'étend ensuite à une réflexion sur les deux phases de ce Royaume. Dans son aspect initial, le Royaume ne possédera pas encore ce double caractère : il sera d'abord invisible, puis seulement dans le cours de l'âge millénaire sa phase visible deviendra manifeste.[196] C'est précisément ce que Jésus indique aux Pharisées en Luc 17:20 : le Royaume de Dieu ne vient pas de manière observable, on ne peut dire « il est ici » ou « il est là », car il sera au milieu des hommes sans être vu d'eux. C'est pour ce Royaume dans ses deux phases, et surtout pour la phase spirituelle où se trouve l'héritage des croyants, que la prière « Que ton règne vienne, que ta volonté soit faite sur la terre comme au ciel » est enseignée.[197]

Les pieds du Christ

Le deuxième article s'appuie sur Ésaïe 52:7 : « Qu'ils sont beaux sur les montagnes, les pieds de celui qui apporte de bonnes nouvelles, qui proclame la paix, qui annonce le bonheur, qui proclame le salut, qui dit à Sion : Ton Dieu règne ! » Parmi toutes les images employées pour représenter le petit troupeau et son lien avec Jésus, celle d'un corps humain occupe une place centrale : Jésus est la tête, et la vraie Église en est les membres.[198]

Dans un premier sens, tel qu'exposé en 1 Corinthiens 12:13-27, toutes les parties du corps sont représentées dans toute assemblée de l'Église : la main, le pied, mais aussi les fonctions de la tête — entendre, voir, s'exprimer. La tête de l'Église est présente avec les membres de son corps chaque fois que deux ou trois se rassemblent en son nom. Les membres les plus capables et les plus instruits sont présentés comme la tête (l'œil, l'oreille), tandis que les membres les moins brillants sont désignés comme les pieds, c'est-à-dire les membres inférieurs qui ont le plus besoin de l'aide des autres.[199]

Dans un second sens, les « pieds » désignent la dernière partie du corps, celle qui vient en fin de développement. Le Christ, entendu comme corps complet composé de la tête et de ses membres, se développe tout au long de l'âge de l'Évangile : la tête est venue en premier et les membres vivants au moment de la rédaction en constituent les pieds, les derniers.[200] Plusieurs textes sont présentés comme confirmant que les derniers membres du groupe des vainqueurs sont désignés précisément sous le terme « pieds » — non dans un sens péjoratif, mais comme membres finaux du petit troupeau.

Ésaïe 52:7 est lu dans ce sens : Paul en cite une partie en Romains 10:15, mais il omet délibérément le membre de phrase « qui dit à Sion : Ton Dieu règne ! », car cette proclamation n'était pas applicable à son époque. « la proclamation de plusieurs des notes les plus douces des heureuses nouvelles de la restitution est réservée jusqu'à maintenant, pendant la sonnerie de la septième trompette » (Apocalypse 10:7 ; Romains 16:25), au moment où le mystère de Dieu, gardé secret depuis la fondation du monde, trouve son accomplissement.[201]

La génération présente est décrite comme particulièrement favorisée : là où la Parole de Dieu a toujours été une lampe pour éclairer l'ensemble du corps tout au long de la nuit obscure de l'histoire, c'est maintenant, au temps de l'accomplissement de nombreuses prophéties, qu'elle donne sa lumière la plus vive aux « pieds » — conformément à Psaumes 119:105 : « Ta parole est une lampe à mes pieds. » Paul et Pierre, dit-on, ont écrit plus souvent sur le « jour du Seigneur » et sur le rassemblement auprès de lui que sur leur propre époque.[202]

La partie de Ésaïe 52:7 qui déclare à Sion « Ton Dieu règne ! » n'a jamais pu s'appliquer aux membres précédents du corps du Christ. Jésus lui-même, lors de sa prédication selon Ésaïe 61, a cité ce qui était applicable à son ministère et a laissé de côté les mots « le jour de la vengeance de notre Dieu », car cette proclamation n'était pas à l'ordre du jour alors. De même, seuls les « pieds » ont eu le privilège d'annoncer à Sion que Dieu règne.[203]

La beauté et l'honneur attachés à la position des « pieds » ne sont pas visibles aux yeux du monde : aucun membre du Corps du Christ n'a appartenu aux héros ou aux sages de la terre. C'est du seul point de vue spirituel de Dieu et de ceux qui ont des oreilles pour entendre que les porteurs de la bonne nouvelle sont estimés.[204] « Nous nous réjouissons donc du privilège d'être parmi ceux qui annoncent à Sion que le Royaume a commencé en 1878 ». Cette annonce ne peut pour l'heure être reçue que par la foi, fondée sur la Parole de Dieu, et peu de gens sont alors en mesure de l'entendre. Bientôt, cependant, l'effondrement progressif de divers régimes d'iniquité en fournira la preuve abondante : d'abord par le déracinement des hérésies de l'Église — qualifiée de « Prostituée romaine » et de ses « filles protestantes » —, puis par le jugement et le châtiment des nations qui, fondées sur ces fausses doctrines, ont établi des gouvernements oppressifs que les Églises présentaient comme chrétiens et d'institution divine.[205]

Ces royaumes ont reçu de la papauté leur droit originel de gouverner et sont aujourd'hui reconnus et bénis par toutes ses filles. Ils sont désignés comme parties de ce grand adversaire du Christ mentionné par Paul en 2 Thessaloniciens 2:8, que le Seigneur détruira par l'esprit de sa bouche — c'est-à-dire par la vérité — et anéantira par l'éclat de sa présence.[206]

La vérité, esprit de la bouche du Seigneur, est décrite comme pouvant passer par mille canaux différents : même l'incrédulité blasphématoire peut en être un véhicule. C'est la vérité concernant les droits et l'égalité des hommes qui pousse communistes, nihilistes et socialistes à résister aux gouvernements oppressifs et qui les renversera en temps voulu. Cette même vérité préparera le monde pour le règne béni du Royaume de Dieu, bien que la chrétienté nominale et le monde doivent traverser un terrible baptême de troubles.[207] La vérité sortira pourtant victorieuse, car le gouvernement a été repris par « Celui qui en a le droit », et son règne a commencé — ce qui annonce la colère des nations évoquée en Apocalypse 11:18.

La proclamation à Sion « Ton Dieu règne ! » doit donc être faite maintenant, avant que les pieds ne rejoignent le corps dans la gloire et avant que les jugements du Seigneur ne se manifestent publiquement. Car lorsque le Royaume sera pleinement visible, la proclamation sera superflue : les tribus de la terre verront elles-mêmes que le grand jour de la colère de Dieu est arrivé.[208]

L'article se clôt sur une image tirée de Psaumes 40:2 : David, qui représente et personnifie souvent le Christ, dit que Jéhovah « l'a retiré d'une fosse profonde, de la boue du marécage, a posé ses pieds sur le roc et affermi ses pas ». Tout au long de l'âge de l'Évangile, Jéhovah a relevé les membres du corps du Christ de la confusion et du péché, séparant ce peuple du monde. Les derniers à être relevés sont les pieds, placés sur le roc de la vérité. Bien que tous les membres du corps aient eu la vérité pour fondement, les pieds en sont présentés comme plus solidement établis que tout membre précédent, parce qu'ils vivent au moment où la lumière de tous les âges se concentre et où le mystère de Dieu s'achève.[209]

La fin de cet article sur les pieds du Christ revient sur Psaumes 91:11-12 : « Il [Jéhovah] donnera des ordres à ses anges à ton sujet pour te garder dans toutes tes voies ; ils te porteront sur leurs mains, de peur que tu ne heurtes ton pied contre une pierre. » Cette prophétie est présentée comme s'appliquant au Christ dans son ensemble ; son application personnelle par Satan, rejetée par Jésus selon Luc 4:12, est qualifiée d'usage abusif du texte. En revanche, rapportée aux « pieds » en tant que partie finale du corps du Christ, elle est jugée parfaitement cohérente. La pierre en question est identifiée à celle d'Ésaïe 8:14 : Jésus comme pierre d'achoppement.[210]

Au premier avènement, Jésus s'est trouvé comme une pierre d'achoppement devant les pieds de l'Église juive nominale. Les pharisiens et les docteurs en théologie, convaincus que le Messie viendrait à leurs conditions, ont trébuché et se sont brisés comme institution. Les « vrais pieds » de la vraie Église juive — les « Israélites en vérité » — ont pour leur part reçu le Messie et ont été élevés au plan supérieur de l'Église évangélique. Le contraste est posé : la maison juive était une maison de serviteurs, la maison évangélique une maison de fils.[211]

Un parallèle est établi entre la fin de l'âge juif et celle de l'âge évangélique. De même qu'il y avait une pierre d'achoppement lors de la « moisson » juive, cette même pierre doit se trouver dans le chemin de l'Église évangélique, pour être acceptée ou rejetée. Les pieds de l'Église nominale ont, comme son ombre juive, manqué de discerner la présence du Seigneur — « ils n'ont pas connu le temps de leur visite » — et se sont heurtés à la pierre. En revanche, ceux qui sont entièrement consacrés à Dieu, et non aux Églises et aux confessions de foi, font partie des vrais pieds et ne trébucheront pas, car le Seigneur donne charge à ses anges de les préserver.[212]

La lampe, dit-on, a été maintenue allumée et ajustée de près, révélant aux lecteurs la pierre sur laquelle la Sion nominale achoppe et fait naufrage, mais qui, pour les vrais pieds, est une pierre éprouvée, élue, précieuse, la tête de l'angle du Temple spirituel glorieux. L'article se referme sur une action de grâce : être compté parmi ceux qui, sans beauté aux yeux du monde, sont les pieds de celui qui apporte de bonnes nouvelles et qui dit à Sion « Ton Dieu règne ».[213]

Notre nouveau nom

Un poème signé Mrs. A. Agens, du New Jersey, prend pour base Jérémie 33:16 : « Et voici le nom dont elle sera appelée : L'Éternel notre justice. » Les strophes développent l'aspiration de l'Église-épouse à porter le nom du Christ et à partager sa gloire. L'épouse est présentée comme prête à tout abandonner pour celui qui lui promet : « Si maintenant tu souffres avec moi, ma gloire sera tienne ». La gloire et le trône partagés avec le Céleste Époux, l'abandon de toute renommée terrestre, et la reconnaissance finale de ce nom par toutes les langues de la terre constituent les thèmes successifs du poème.[214]

« Et la porte fut fermée »

Cet article est présenté comme un retour en arrière destiné aux nombreux nouveaux lecteurs de la revue : il retrace les étapes de foi par lesquelles les étudiants de la Bible ont été conduits au cours des sept dernières années, et plus généralement durant les trente-cinq années précédentes.[215]

La parabole des dix vierges (Matthieu 25:1-13) est lue comme une représentation des événements liés à la fin de l'âge évangélique. La parabole suit directement le récit des signes de la fin de l'âge et de la « parousia » — la présence — du Fils de l'Homme en Matthieu 24, dont le verset 37 garantit que cette présence ne sera pas reconnue par le monde. Les dix vierges qui prennent leurs lampes (lues comme les Bibles) et vont à la rencontre de l'Époux représentent ceux qui se séparent du monde parce qu'ils croient à l'imminence du retour de Jésus.[216]

Sans se présenter comme « Millérites » ni comme « adventistes », les rédacteurs estiment que cette première partie de la parabole s'est accomplie en 1843 et 1844, quand William Miller et d'autres, Bible en main, ont marché par la foi en attendant Jésus à cette date. Ces chrétiens formaient deux classes : les uns avaient l'Esprit dans le cœur et la lumière dans la Parole (de l'huile dans les vases et dans les lampes) ; les autres n'avaient que la lumière de la Parole (de l'huile dans la lampe seulement). La déception qui s'ensuivit était annoncée dans la parabole elle-même : « Comme le Marié tardait, ils s'assoupirent tous et s'endormirent. » La prédication de Miller avait suscité un renouveau général d'étude des Prophéties, mais quand ses calculs semblèrent aboutir à un échec amer, un esprit d'assoupissement suivit : certains somnolèrent, d'autres s'endormirent, et beaucoup de rêveries — rêves propres au sommeil — surgirent bientôt.[217]

L'étape suivante de la parabole est le « cri de minuit » (verset 6). La nuit de la parabole correspond au temps de la déception et du sommeil, destinée à se terminer avec joie au matin, quand le délai serait écoulé et l'Époux présent. De même que le premier mouvement avait été représenté par Miller, un second mouvement lui est associé : Nelson Barbour, de Rochester, est présenté comme le vase choisi de Dieu par lequel le « cri de minuit » est parvenu aux vierges endormies du Christ. Barbour a signalé une discordance de trente ans dans certains calculs de Miller et a réarrangé le même argument, avec des éléments supplémentaires, prouvant selon lui que la nuit de la parabole

Barbour avait d'abord situé la fin de la nuit au matin de 1873, avec l'arrivée de l'Époux en 1874. La chronologie biblique, tirée des Écritures par Bowen, d'Angleterre, établissait que les 6 000 ans depuis Adam prenaient fin en 1873, et que commençait là le matin du jour millénaire — le septième millénaire — au cours duquel plusieurs événements devaient avoir lieu : l'établissement du royaume du Christ, l'enchaînement de Satan, la restitution de toutes choses et la bénédiction de toutes les familles de la terre. Si toutes ces réalisations appartiennent à ce millénaire commencé en 1873, la venue de l'Époux en est la première et la condition de toutes les autres.[218]

Nelson Barbour lança un journal qu'il intitula à bon droit The Midnight Cry (le « cri de minuit »), dont le tirage atteignit rapidement 15 000 exemplaires par mois. Cette publication ranima chez beaucoup d'endormis un examen attentif de leurs « lampes ». Mais la déception de 1844 avait laissé des traces : les « prudents » avaient conclu qu'ils ne s'exposeraient plus au doigt pointé du mépris. Une division s'ensuivit. Certains virent dans le message de minuit une preuve que l'Époux était attendu pour 1874 et trouvèrent les preuves à la lumière de leurs lampes ; d'autres reconnurent que la Bible regorgeait de références chronologiques mais préférèrent ne pas s'y fier. Ceux-là dirent : « Nos lampes s'éteignent. »[219]

Quand 1874 arriva sans aucun signe visible de Jésus dans les nuages ni sous forme charnelle, tous les arguments du « cri de minuit » furent réexaminés. Comme on n'y trouva aucune faille, l'examen se porta sur les passages bibliques relatifs à la manière du retour du Christ. On découvrit alors que l'attente d'un Jésus charnel au second avènement était une erreur : la nature humaine de Jésus avait été prise dans le but de donner une rançon pour l'humanité, et elle demeure un sacrifice à jamais. Mis à mort en tant qu'être charnel, Jésus fut vivifié en tant qu'être spirituel — « Semé corps naturel, ressuscité corps spirituel » — et tout corps spirituel peut être présent sans être vu.[220]

L'examen de Matthieu 24:37 et de Luc 17:26 montra que, pendant la « présence » du Christ, le monde ignorerait le fait et continuerait ses affaires comme d'habitude. Les paroles de Paul — « Vous, frères, vous n'êtes pas dans les ténèbres pour que ce jour vous surprenne comme un voleur » — indiquaient que l'Église posséderait une lumière sur le sujet, tandis que le monde resterait dans l'ignorance. Pierre confirmait cette logique : la « sûre parole de prophétie brille comme une lumière dans un lieu obscur ». La connaissance de la présence de l'Époux devait donc être reçue par la foi dans les déclarations de la Parole de Dieu, comme la justification, l'appel à devenir la Fiancée, la couronne de vie et toutes les précieuses promesses.[221]

Cette accumulation de lumière renforça encore la confiance dans les calculs chronologiques. Il devint évident que si la manière attendue du retour de Jésus était erronée, le moment indiqué par le « cri de minuit » était juste, et que l'Époux vint à l'automne 1874 — visible aux yeux de la foi, grâce à la lumière de la lampe, c'est-à-dire la Parole. On remarqua ensuite que les trente ans de délai entre 1844 et 1874 correspondaient exactement aux trente ans entre la visite des mages au berceau de Jésus et son baptême sur le Jourdain, quand il fut oint du Saint-Esprit pour son œuvre, à l'âge de trente ans (Actes 10:38).[222]

Ce parallèle et d'autres semblables attirèrent l'attention sur le fait que l'âge juif et l'âge évangélique avaient suivi des lignes parallèles dans leurs grandes lignes, l'un et l'autre de même durée, se terminant tous deux par une venue de Jésus et par une période de clôture appelée « moisson ». L'examen de la Parole révéla que Dieu avait organisé l'âge juif de façon à en faire un modèle ou une « ombre » sur le plan charnel de ce qui devait se produire sur un plan plus élevé dans l'âge évangélique. Le fait que les arguments chronologiques confirmaient ce parallélisme les rendait d'autant plus solides. Ces parallèles devinrent l'une des preuves majeures que l'on se trouvait dans la « moisson », c'est-à-dire la fin de l'âge évangélique, et que le Moissonneur était présent, séparant le blé de l'ivraie avec la faucille de la vérité. De même qu'il y eut sept années de « faveur » accordées aux Juifs depuis le début du ministère de Jésus — la 70e semaine de Daniel 9:27 — suivies de trente-trois années de troubles appelées « feu », le même parallèle donne sept années de faveur jusqu'au 3 octobre 1881 pour l'Église de l'âge évangélique, après lesquelles viendraient des troubles appelés « feu », destinés à consumer la scorie de Babylone et à purifier les enfants de Dieu qui se trouvaient en elle.[223]

Revenant à la parabole, on soutient que si ces mouvements venaient de Dieu et que Miller et Barbour étaient ses instruments, alors le « cri de minuit » était fondé et l'Époux vint en 1874. L'étape suivante de la parabole est un rassemblement en présence de l'Époux de ceux qui doivent lui être unis. « L'Époux vint, et ceux qui étaient prêts entrèrent avec lui aux noces » (verset 10). Cette entrée aux noces est présentée comme un processus qui s'est déroulé progressivement durant les sept années allant de 1874 à 1881. Ceux qui y entrèrent avec lui comprendraient des saints issus de toutes les confessions, qui s'étaient faits de véritables sacrifices vivants à Dieu — et non des sacrifices aux Églises sectaires et à leurs symboles de foi.[224]

Les sept années qui prirent fin le 3 octobre 1881 sont présentées comme des années de faveur pendant lesquelles, parmi la génération vivante, tous ceux qui avaient le cœur prêt pouvaient devenir membres du petit troupeau et entrer dans les joies de la présence du Seigneur. Si l'interprétation biblique est juste, cette faveur prit fin à cette date et, selon la formule de la parabole, « la porte fut fermée ». À ceux qui n'ont jamais pleinement consacré et sacrifié leur vie à Dieu, il n'est plus possible d'offrir le grand prix de la haute vocation — être membre de la Fiancée du Christ, cohéritier de la gloire, de l'honneur et de l'immortalité.[225]

Toutefois, la « porte de la miséricorde » n'est pas fermée pour autant. Dieu a des faveurs et des miséricordes pour ceux qui avaient fait l'alliance mais n'ont pas réussi à se faire de véritables sacrifices vivants ; il a des miséricordes pour Israël selon la chair ; et il a encore d'autres bénédictions pour « toutes les familles de la terre ». Mais la faveur d'appartenir à la famille royale et d'avoir part à la nature divine est le prix principal, et ceux qui l'ont remporté durant l'âge évangélique doivent d'abord être couronnés avant que les autres faveurs puissent être accordées aux autres classes — eux et Jésus, leur chef, constituant la semence par laquelle toutes les familles de la terre seront bénies. Quant à savoir qui individuellement est exclu, cela n'appartient pas aux rédacteurs de le décider : ils estiment seulement qu'aucun n'a été exclu parmi ceux qui, jusqu'à cette date, avaient fait une consécration entière à Dieu.[226]

La « noce » n'est pas attendue dès la fermeture de la porte : d'autres textes bibliques semblent indiquer un temps d'attente entre les deux événements. La comparaison avec un mariage terrestre illustre ce délai : si la porte s'ouvre à 14 h et se ferme à 16 h, il est normal que les cérémonies ne commencent pas au moment précis de la fermeture. De même, le rassemblement de ceux qui « ont fait une alliance par le sacrifice » (Psaumes 50:5) auprès de l'Époux s'est déroulé progressivement sur sept ans. Chaque membre de la Fiancée du Christ doit encore veiller à présenter des vêtements sans tache ni ride — « la Fiancée doit "se préparer elle-même" » (Apocalypse 19:7). Ceux qui sont entrés récemment ont besoin d'aide pour se préparer ; et même ceux qui se réjouissaient depuis longtemps de la présence de l'Époux peuvent encore avoir besoin de l'application de l'eau de la vérité et du lavage par la Parole (Éphésiens 5:26).[227]

Deux devoirs s'imposent donc : s'assurer que son propre sacrifice est complet, et s'aider mutuellement à se préparer pour le moment décisif. La porte étant fermée, personne ne peut plus entrer ; mais rien n'empêche que certains de ceux qui sont déjà à l'intérieur soient rejetés « dans les ténèbres extérieures » s'ils ne sont pas prêts.[228]

L'étape suivante de la parabole est l'arrivée des autres vierges qui frappent à la porte fermée en criant « Seigneur, Seigneur, ouvre-nous ». Ce passage est interprété comme la représentation de personnes qui, après la fermeture de la porte et avant le mariage, finiront par reconnaître la présence du Seigneur — eux qui s'en moquaient encore auparavant. Leur connaissance viendra non pas de la lumière de la lampe prophétique, mais des jugements qui s'abattront sur les Églises nominales de Babylone, jugements estimés désormais pleinement dus et prochains. Ces châtiments les dépouilleront de leurs erreurs doctrinales et les pousseront à frapper à la porte. Si ce raisonnement est juste, le mariage est encore futur au moment où ces vierges frappent — combien de temps après la fermeture, semaines ou mois, rien dans le texte ne l'indique encore.[229]

La réponse du Seigneur à ceux qui frappent trop tard est comprise ainsi : il ne les reconnaît pas comme membres de sa Fiancée. Sa Fiancée est déjà entrée avec lui. Il n'a qu'une seule Fiancée. Les retardataires devront traverser le temps de détresse et pourront, s'ils le veulent, faire partie de la grande multitude qui ressort de la grande tribulation pour se tenir devant le trône et servir Dieu (Apocalypse 7:9). Ce sort est présenté comme glorieux, mais moins que celui de la Fiancée qui siège avec le Christ sur son trône.[230]

Un bref sermon sur un texte familier

Signé W. I. Mann, cet article examine verset par verset Jean 3:16. L'auteur part du constat que ce texte, appris depuis l'enfance et entendu si souvent, est devenu presque invisible à force de familiarité, et que l'on en lit les mots sans en mesurer la portée.[231]

La première expression examinée est « Dieu a tant aimé ». La doctrine habituelle des Églises dominantes est rejetée : elle placerait tout l'amour du côté de Jésus, tandis que le Père, irrité par la ruse de Satan, n'aurait attendu que la colère. Dans cette lecture, Jésus se serait interposé pour recevoir le coup mortel à la place de l'humanité, et comme il était lui-même Dieu, il n'aurait pas vraiment pu mourir. On estime que cette représentation devrait faire honte à quiconque l'écrit. À cette caricature, on oppose Romains 5:8 — « Dieu prouve son amour envers nous en ce que, lorsque nous étions encore pécheurs, Christ est mort pour nous » — et 1 Jean 4:10, qui montre que l'amour vient de Dieu le Père, non de nous.[232]

L'expression « le monde » retient ensuite l'attention. La doctrine des Églises de Babylone enseigne que seuls ceux qui croient avant le second avènement du Christ — peut-être un humain sur mille dans l'histoire — peuvent être sauvés. À cela on oppose la promesse faite à Abraham : « toutes les familles de la terre seront bénies » (Genèse 12:3). Paul, dans 1 Timothée 2:4 et 1 Timothée 2:6, dit que Dieu veut que tous les hommes soient sauvés de la mort adamique et parviennent à la connaissance de la vérité, et que Jésus s'est donné en rançon pour tous — « en temps voulu ».[233]

L'expression « son Fils unique engendré » engage le conflit avec la doctrine trinitaire. Si les trois personnes n'en forment qu'une, il ne peut y avoir de Fils à donner — et encore moins un Fils « engendré ». Dieu se serait envoyé lui-même, ce qui rendrait aussi incompréhensible la parole de Jésus : « Mon Père est plus grand que moi » (Jean 14:28).[234]

L'expression « quiconque croit en lui » appelle une objection : si Dieu a tant aimé le monde, comment a-t-il pu ne pourvoir qu'à un homme sur mille, en laissant les autres périr dans le paganisme, sans jamais entendre parler de Jésus ? Romains 10:14 pose la question : comment croire en quelqu'un qu'on n'a pas entendu, comment entendre sans prédicateur ? La réponse donnée est que Dieu a prévu un prédicateur en la personne de l'Oint — tête et corps — qui est « la vraie lumière qui éclaire tout homme venant dans le monde ». Tous parviendront ainsi à la connaissance de la vérité. Paul en avait conscience quand il écrivait que l'Écriture avait d'avance annoncé la bonne nouvelle à Abraham : « En toi seront bénies toutes les nations » (Galates 3:8).[235]

Enfin, « ne périsse point, mais qu'il ait la vie éternelle » est examiné à la lumière du grec. La lecture courante des Églises de Babylone retourne le sens : elle comprend « périr » comme « vivre éternellement en enfer » par opposition à « vivre éternellement au ciel ». Le dictionnaire Webster donne au mot « périr » le sens premier de « mourir, perdre la vie de toute manière ». Les lexiques grecs de Liddell et Scott définissent le terme original par « détruire entièrement, tuer, abattre ». Le texte lui-même règle la question en faisant de « périr » l'opposé de « vie » : la vie éternelle est promise aux purs. L'intention divine est d'avoir un univers propre ; le Fils est chargé de ce nettoyage, éclairant chaque coin obscur, lavant et purifiand chaque vase utilisable, rejetant irrémédiablement les rebuts. Le résultat sera que les sauvés constitueront la règle et les perdus l'exception — car si Satan l'emportait sur Dieu, cela serait impossible.[236]

Dans la vigne

Pour encourager les lecteurs isolés, un bilan des progrès du travail évangélique est dressé. Beaucoup sont portés à croire que la bonne nouvelle n'est connue que de quelques-uns, comme Élie pensait être seul survivant fidèle. La réponse divine à Élie était : « Je me suis réservé en Israël sept mille hommes qui n'ont pas fléchi le genou devant Baal » (1 Rois 19:18). De même, il est estimé qu'il existe désormais sept mille personnes ou davantage qui n'adorent ni la « Bête » papale ni son « Image » protestante (Apocalypse 13).[237]

Le travail de diffusion de tracts est rappelé : commencé modestement, il a abouti à la fondation de la Zion's Watch Tower Tract Society. Au lieu de publier plusieurs tracts de trente-deux pages, la décision a été prise de constituer un seul grand volume de 164 pages donnant une vue d'ensemble du plan divin.[238]

La brochure Food For Thinking Christians avait d'abord été tirée à 300 000 exemplaires, mais ce chiffre a rapidement semblé insuffisant, et le tirage a été porté à 500 000 copies, imprimées dans plusieurs villes de Pennsylvanie, de New York et de l'Ohio.[239] La quasi-totalité de ces exemplaires a été distribuée dans les villes moyennes et grandes, ainsi que dans les principaux camps de réunions religieuses, par des collaborateurs parmi lesquels se trouvaient Adamson, Keith, Keim et McGranor, avec encore environ 65 000 exemplaires restant à distribuer au moment de la rédaction.[240]

La diffusion a ensuite franchi l'Atlantique : Sunderlin et Bender ont été envoyés en Grande-Bretagne pour y publier la même brochure à 300 000 exemplaires supplémentaires, destinés aux fidèles des principales villes britanniques.[241] Parallèlement, le directeur du principal journal de New York a accepté d'envoyer un exemplaire de la brochure à l'ensemble de ses abonnés, et plusieurs journaux de Chicago, Boston, Philadelphie et New York ont accordé le même service — un fait présenté comme exceptionnel, ces journaux n'ayant jamais auparavant accordé une telle faveur à qui que ce soit.[242] Pour cette diffusion par voie de presse, le contenu de la brochure a été mis en forme de journal et a constitué le numéro de septembre de la Watch Tower, ce qui explique le format inhabituel de ce numéro.[243] Plus de 400 000 exemplaires supplémentaires ont ainsi été envoyés par les journaux hebdomadaires et mensuels, pour toucher les chrétiens des campagnes.[244]

Au total, en quatre mois, le travail de diffusion a atteint « 1 200 000 exemplaires, soit environ 200 000 000 de pages », ce qui représenterait environ huit fois plus que ce qu'avait distribué l'American Tract Society dans l'année précédente.[245] Plusieurs centaines d'hommes, de femmes et d'enfants ont participé à la préparation et à la distribution : près de 500 garçons ont été employés à Londres et environ 300 à New York, la distribution se faisant aux portes des églises le dimanche.[246]

Les lettres reçues en réponse à cette campagne sont décrites comme nombreuses et encourageantes. Certaines viennent de personnes isolées qui cherchaient elles-mêmes des réponses dans la Bible ; d'autres de personnes qui se disaient en train de glisser vers l'incroyance, n'ayant jamais trouvé dans les enseignements des différentes confessions rien de raisonnable ni digne d'un Dieu d'amour.[247] Quelques rares lettres viennent même de responsables religieux demandant de la documentation pour leurs fidèles, mais leur petit nombre n'est pas surprenant : ces « nourrices » se croient riches et n'ont besoin de rien, trop occupées à distribuer le « lait de la Parole » pour s'intéresser à une nourriture plus solide.[248]

L'ampleur inattendue de cette campagne est attribuée à une main invisible qui en aurait guidé le développement. Elle est vue comme un instrument destiné à mûrir certains grains de « froment », à les préparer comme « prémices » de la moisson spirituelle — membres de l'Épouse du Christ — et aussi comme l'un des moyens qui serviront à l'effondrement de « Babylone » et à la délivrance des enfants de Dieu qui s'y trouvent encore.[249]

Les ouvriers

Un portrait rapide de chaque collaborateur principal est dressé, accompagné d'une prière pour chacun d'eux. Adamson parcourt l'Illinois et l'Iowa, distribuant des brochures de ville en ville et prêchant en chemin.[250] Keith travaille dans le centre de la Pennsylvanie et de New York avec de bons résultats.[251] Jones a apporté une aide précieuse lors de la distribution des brochures et vient de s'installer à New York, où il prépare le premier numéro de son nouveau journal.[252] Paton travaille à Detroit et aux alentours de son domicile à Almont, Michigan, où il rédige des articles pour ce même journal et réunit des abonnés.[253] McGranor distribue des brochures et prêche dans l'Ohio et l'ouest de la Pennsylvanie.[254] Keim s'occupe de la diffusion et de la prédication dans le New Jersey et le Delaware.[255]

Sunderlin, quant à lui, est immobilisé par une fièvre rhumatismale qui l'a contraint à rentrer de Grande-Bretagne juste au moment où les brochures étaient prêtes à être distribuées.[256] Bender est encore en Angleterre, occupé à la distribution, et des extraits d'une lettre qu'il a récemment envoyée sont annoncés dans une autre rubrique du numéro.[257]

Au-delà de ces noms connus, il est rappelé que d'innombrables autres personnes travaillent discrètement dans des villes, des villages et des bourgs pour aider de petits groupes à accéder à la nourriture spirituelle. Parmi elles se trouvent beaucoup de femmes qui exercent une influence tranquille, ignorée du grand nombre mais reconnue de Dieu, et dont le dévouement sera, selon ce qui est annoncé, récompensé au-delà de ce qu'on peut imaginer lorsque l'Époux dira : « Tu as été fidèle en peu de choses ; je t'établirai sur beaucoup : entre dans la joie de ton Seigneur ».[258]

La question de savoir qui est le « serviteur fidèle et avisé » de Matthieu 24:45 reçoit une réponse collective : c'est l'ensemble du petit troupeau des serviteurs consacrés, le corps du Christ, qui donne collectivement la nourriture en temps voulu à la maison de la foi, c'est-à-dire à la grande communauté des croyants.[259] Ce serviteur béni, que son Seigneur trouvera ainsi occupé à son retour, est promis à la maîtrise de tous ses biens et héritera de toutes choses.[260]

Le « mauvais serviteur » de Matthieu 24:46-50 — celui qui dit que son maître tarde à venir et qui recommence à boire et à manger avec les ivrognes — n'aura aucune part avec les fidèles victorieux. Chaque ouvrier est invité à se souvenir que le travail appartient au Seigneur, que son Capitaine veille sur chacun, et que sa sagesse a assigné à chacun sa place dans la vigne, qu'elle soit visible ou discrète (1 Corinthiens 12:18).[261] L'exhortation finale est de sonner la trompette avec soin, en sachant que d'autres se préparent à « chanter » en harmonie, et de veiller à ce que chaque parole soit conforme à la vérité, afin que la trompette rende un son clair.[262]

Le type du temple

Le temple de Salomon est interprété comme un type du rassemblement de l'Église du Christ. Le Christ avait déclaré aux Juifs : « Détruisez ce temple et en trois jours je le relèverai » (Jean 2:19). Ces paroles visaient sa propre résurrection au bout de trois jours, mais elles s'appliquent aussi à son corps, l'Église, comme une annonce prophétique.[263]

Les 6 000 ans qui séparent Adam de 1873 sont divisés en six grands jours de mille ans chacun. Lorsque Jésus prononça ces paroles, 4 000 ans (quatre jours) étaient écoulés et il se trouvait dans le cinquième. Depuis 1873, on est entré dans le septième millénaire. En comptant le cinquième, le sixième et le septième millénaire, on obtient le « troisième jour » ou époque à partir du moment où Jésus parla.[264] Pendant toute cette période, l'Église du Christ a été soumise à la mort, et c'est dans ce « troisième jour » — déjà commencé — que ce temple doit être relevé et glorifié pour devenir la source de bénédictions pour le monde entier.[265]

La même interprétation est appliquée à Luc 13:32-33 : « Allez, dites à ce renard : voici, je chasse des démons et je fais des guérisons aujourd'hui et demain, et le troisième jour j'aurai achevé mon œuvre. » Le Christ en tant que tête représente si pleinement le Christ tout entier que ce qui est dit de lui s'applique, à une échelle plus grande encore, à son corps et à sa postérité.[266]

Pierre et Paul désignent tous deux l'Église comme un temple : les croyants sont des pierres vivantes qui s'assemblent en une maison spirituelle et croissent en un temple saint (1 Pierre 2:5 et Éphésiens 2:21). De là, on tire la conclusion que, de même que Salomon fut lui-même un type du Christ, son grand temple fut un type du temple de pierres vivantes que Jésus a bâti tout au long de l'ère évangélique.[267]

Comme les pierres du temple de Salomon ont été taillées, polies et ajustées depuis leur extraction de la carrière jusqu'à leur pose, ceux qui doivent faire partie du temple vivant doivent eux aussi subir un long travail de façonnage avant d'y être placés.[268] Dans le type, il est venu un moment où l'on n'extrayait plus de pierres pour le temple, bien que la taille continuât pour d'autres édifices. De même, il est venu un moment où Dieu n'appelle plus de pierres destinées au temple — c'est-à-dire aux positions les plus élevées. Ajouter des pierres à un temple achevé ne ferait que l'abîmer.[269]

Les pierres vivantes destinées au temple sont présentées comme sélectionnées et le temple comme presque ou entièrement achevé. La prochaine étape est que Jéhovah entre dans ce temple avec sa gloire — exactement comme après l'achèvement du temple de Salomon. Le fait que la gloire n'ait pas rempli le temple typique immédiatement à son achèvement enseigne qu'il ne faut pas s'attendre à la gloire dès que « la porte » se ferme et que le temple antitypique est complet.[270]

Le récit de ce qui se passa dans le temple typique avant sa glorification, consigné en 2 Chroniques 5:11-14, est interprété comme suit : les Prêtres se rassemblèrent à la porte avec des trompettes, puis vinrent des Lévites chanteurs. Les Prêtres donnèrent la note sur les trompettes et les Lévites se joignirent à eux pour chanter en harmonie. Ce n'est que lorsqu'ils furent parfaitement à l'unisson que la gloire du Seigneur remplit le temple. Le petit troupeau — les Prêtres — donnera la note à une partie représentative de la grande foule — les Lévites — avant d'être lui-même glorifié.[271]

Seule une partie des Lévites compose les chanteurs, revêtus de robes blanches et munis de cymbales, de psaltérions et de harpes (2 Chroniques 5:12). Cela est interprété comme s'appliquant à une partie de la grande foule, déjà revêtue des robes blanches de la justification par le mérite du Christ, qui possède désormais la harpe de Dieu — la Parole de vérité — et s'efforce d'en tirer des harmonies, tout en écoutant attentivement la voix de la trompette des Prêtres qui retentit chaque jour plus fort et plus clairement.[272] Le caractère du chant à enseigner et à apprendre est la Restitution, dont voici la ligne directrice : « Car il est bon, car sa miséricorde dure à jamais ».[273] Le type du temple enseigne donc que les efforts pour transmettre ce chant de la Restitution à tous ceux qui portent les robes blanches de la justice du Christ se poursuivront, et qu'un succès considérable est à attendre avant la glorification.[274]

Paroles de frère Sunderlin

Sunderlin raconte avoir été frappé par une grande gravure aperçue dans une vitrine de Fleet Street à Londres, représentant une scène des anciens jeux Isthmiques. Deux athlètes presque dénudés, aux muscles tendus, parcouraient la piste, entourés d'une foule visiblement passionnée — le « grand nuage de témoins ».[275] L'un des coureurs, légèrement en avance sur l'autre, détourne un instant son attention vers une fleur ou un objet brillant jeté sur le parcours par un spectateur. Il fait un geste pour le saisir, et perd ainsi la course ; les spectateurs ne lui témoignent aucune sympathie, mais se réjouissent bruyamment de la persévérance du vainqueur, qui a atteint le but en ignorant tout le reste et en gardant uniquement le prix en vue.[276]

Cette scène est vue comme une représentation fidèle de la course chrétienne que Paul décrit avec tant de précision, et son évocation est jugée particulièrement opportune dans le moment présent. Cet objet brillant représente toutes les tentations qui se dressent sur le chemin de celui qui court pour remporter « le prix de notre haute vocation ».[277] Un seul instant d'hésitation peut tout coûter et retarder assez pour arriver trop tard au poteau des juges.

Plusieurs tentations sont passées en revue. Un peu de gloire mondaine ? Elle ne vaut rien et rend plus pauvre que sans elle. Une occasion de s'enrichir ? Cette richesse ne durera pas. Des biens ou des plaisirs laissés derrière soi et que l'on craint de ne plus jamais retrouver ? Mieux vaut espérer ne jamais en être à nouveau chargé. La crainte que cette course ruine toutes les perspectives mondaines ? C'est inévitable, pour autant qu'on y prenne plaisir. Diviser ses énergies ou ses pensées serait une grave erreur : il faut continuer.[278] Sa réputation qui gît dans la poussière ? « aucun des coureurs renommés sur cette piste n'en a ».[279]

La fin de la lettre de Sunderlin précise que la course chrétienne mènera inévitablement à la mort physique : « Cette terrible course sera ta mort ? Oui, bien sûr ; mais tu es déjà un pauvre coupable condamné à mort de toute façon ». Courir jusqu'à la mort, c'est gagner une vie éternelle et immortelle ; vouloir conserver sa vie, c'est la perdre.[280]

Lettre de Bender, Édimbourg

Bender écrit depuis Édimbourg le 1er octobre 1881. Arrivé à Glasgow le mercredi précédent, il n'a pu y trouver aucun distributeur et a passé une annonce dans un journal local avant de partir pour Édimbourg, Dundee et Aberdeen. Il est revenu à Glasgow dans la nuit avec dix-huit réponses à son annonce, a conclu un contrat avec le premier correspondant rencontré, puis est rentré à Édimbourg pour attendre des nouvelles de Londres.[281] À la date de rédaction, la répartition prévue est la suivante : 100 000 brochures pour Londres, 30 000 pour Glasgow, 20 000 pour Édimbourg, 10 000 pour Dundee et 5 000 pour Aberdeen. Bender prévoit ensuite de descendre vers Carlisle et Newcastle, puis de remonter vers Liverpool, Manchester, Hull et Leeds.[282]

Bender mentionne également avoir rendu visite à Robert Young, traducteur de la Bible et auteur de la concordance analytique hébraïque et grecque connue sous le nom de Young's Analytical Concordance. Il lui a soumis le texte de 2 Jean 1:7 concernant la venue du Christ dans la chair. Young a répondu sans hésiter que ce passage ne peut désigner que la première venue du Christ, et a rejeté l'interprétation dite « de Rochester » qui en ferait une allusion à une présence future.[283]

Qui peut l'entendre ?

La mort physique de tous les membres du corps du Christ est présentée comme une nécessité biblique, contre la conviction répandue que certains chrétiens vivant à l'époque de la présence du Seigneur échapperaient à la mort physique.[284]

L'argument de départ reconnaît que certaines idées s'enracinent si profondément dans l'esprit qu'il est difficile de les abandonner. Pourtant, seuls ceux qui ont l'esprit enfantin du Christ — une disposition à recevoir la Parole du Père sans réserve, et non la parole des hommes — peuvent entendre ce qui va suivre sans difficulté. Pour eux, la règle est simple : si une idée n'est pas appuyée par la Parole de Dieu, il ne faut pas la garder, quelle que soit l'idole qu'elle renverse.[285]

L'examen porte d'abord sur 1 Thessaloniciens 4:15-17 : « nous qui sommes vivants et qui demeurons jusqu'à la venue du Seigneur ». Il est concédé que ce texte ne dit pas que les saints vivant à ce moment mourront, mais il ne dit pas non plus que leurs corps humains ne mourront pas : la question du changement que ces saints devront subir avant d'être réunis au Seigneur y est simplement absente.[286] Or, Paul précise ailleurs que la chair et le sang ne peuvent hériter du Royaume de Dieu : tous doivent être « changés » en corps spirituels.

Le texte de 1 Corinthiens 15:51-52 reçoit ensuite une interprétation précise : « Nous ne mourrons pas tous, mais nous serons tous changés, en un instant, en un clin d'œil. » L'impression reçue traditionnellement — que le corps terrestre ne mourra pas — repose sur le mot « sommeil ». Pourtant, rien n'empêche que le corps humain soit dissous et que la nouvelle créature en soit délivrée puis revêtue de son corps spirituel si rapidement qu'aucun moment de « sommeil » n'intervient. Si un intervalle existait entre la dissolution du corps terrestre et la réception du corps spirituel, un sommeil serait nécessaire, comme pour les apôtres et tous ceux qui « dorment en Jésus ». Mais ce sommeil a toujours été considéré comme une situation peu désirable. Aussi, à la suite de Paul, les consacrés préfèrent être du nombre de ceux qui sont vivants au moment de la présence du Seigneur, non pour rester revêtus de leur vieux corps terrestre, mais pour en être dépouillés et revêtus instantanément du corps spirituel.[287]

Une chose reste certaine : il faudra quitter la chair un jour ou l'autre, et quelle que soit la façon dont cela se produira, ce sera la mort et la fin du corps humain pour tous ceux qui deviendront pleinement participants du divin.[288]

Jean est présenté comme un type de la dernière partie de l'Église — ceux qui sont vivants et demeurent jusqu'à la présence du Seigneur et qui seront changés. Jésus avait dit à son sujet : « Si je veux qu'il demeure jusqu'à ce que je vienne, que t'importe ? » (Jean 21:22). Cette parole avait été mal comprise par les disciples, qui en avaient conclu que Jean ne mourrait pas. Pourtant, Jésus n'avait pas dit cela. De même, la conviction s'est répandue que la partie de l'Église représentée par Jean ne mourrait pas ; mais l'examen des textes montre que ni Jésus ni les apôtres n'ont affirmé une telle chose : ils ont seulement dit que cette partie demeurerait jusqu'à la présence du Maître et serait changée en un instant, sans passer par le sommeil.[289]

Paul affirme positivement que tous les membres du corps mourront : « Si nous sommes morts avec lui, nous vivrons aussi avec lui ; si nous avons été plantés à la ressemblance de sa mort, nous le serons aussi à la ressemblance de sa résurrection ». La mort physique est donc nécessaire par analogie avec celle du Christ.[290]

L'objection selon laquelle ces paroles s'appliquent seulement à la vie quotidienne de sacrifice — les « sacrifices vivants » — est reconnue comme partiellement juste : oui, le mourir commence à la consécration, mais il ne s'achève pas là. Comme pour le « Capitaine » lui-même, il ne se termine qu'à la mort du corps humain. La consécration marque la mort de la volonté humaine ; mais la mort réelle progresse jour après jour jusqu'à ce que le sacrifice soit complet. On ne peut recevoir l'esprit spirituel sans abandonner la volonté humaine, et on ne peut recevoir le corps spirituel sans que le corps terrestre soit lui aussi abandonné. Jésus l'avait dit à toutes les Églises : « Sois fidèle jusqu'à la mort et je te donnerai la couronne de vie ».[291]

Jean 11:26 — « Quiconque vit et croit en moi ne mourra jamais » — est interprété dans ce même sens : la classe visée est reckonnée morte à la volonté, à la nature, à l'espérance humaines, et vivante envers Dieu.[292]

La conclusion du développement sur la mort nécessaire du corps humain précise que les membres du corps du Christ qui vivent à l'époque de la présence du Seigneur n'auront pas à « dormir » dans la mort — c'est-à-dire à attendre entre leur mort et leur résurrection — mais passeront instantanément de leur corps terrestre à leur corps spirituel.[293] Si Jésus a dû obéir jusqu'à la mort, et s'il dit à chacun « sois fidèle jusqu'à la mort », la dissolution du corps humain est considérée comme inévitable pour tous.[294] La transformation attendue est donc non pas la translation au sens d'un enlèvement sans mort, mais un changement qui s'opère au moment précis où le « vase de terre » cesse d'exister — sans période intermédiaire de sommeil.[295] La maxime de Luc 17:33 — « quiconque cherchera à sauver sa vie la perdra, et quiconque la perdra la conservera » — conclut ce développement.[296]

Le diagramme des âges

Un diagramme intitulé « Le Diagramme des Âges » (Chart of the Ages) avait été envoyé aux abonnés en juillet comme supplément au numéro précédent.[297] Ce diagramme, version agrandie de celui qui avait paru dans un numéro antérieur, était conçu pour être affiché dans un salon. Les lecteurs sont invités à l'étudier de nombreuses fois jusqu'à en avoir tous les points fermement fixés dans la mémoire et dans le cœur, car aucun autre moyen ne donnerait une vue aussi claire du plan de Dieu.[298]

Une question d'un lecteur porte sur l'extrême droite du diagramme, là où figure le « Tabernacle » : la ligne tracée au centre du « Lieu très saint » signifie-t-elle que le ciel est divisé en deux parties ? La réponse est négative, et le lecteur est invité à relire les explications avec plus de soin. Cette ligne est la même qui longe toute la partie supérieure du diagramme et représente le « plan K », c'est-à-dire l'état de gloire — une condition, non un lieu.[299]

La distinction entre lieu et condition est au cœur de l'explication. Les différents compartiments du Tabernacle typique ne désignent pas des endroits : dans le type, ce sont des lieux, mais dans l'antitype, ce sont des conditions. Le « Lieu très saint » représente la condition spirituelle parfaite et glorieuse — plans K et L. Le « Lieu saint » représente la condition consacrée dans laquelle se trouvent maintenant ceux qui sont prêtres devant Dieu, offrant des sacrifices sur l'Autel d'or, se nourrissant de la nourriture spirituelle et recevant la lumière de la Lampe d'or — la Parole de Dieu. Ils s'y trouvent dès maintenant par leur condition, non par leur lieu : une fois perfectionnés et passés au-delà du voile, ils n'auront plus besoin de la lampe, car ils connaîtront comme ils sont connus.[300]

La « Cour » représente la condition de justification par la foi — l'être humain justifié. Le « Camp » représente la condition du monde, occupé à ses propres plaisirs et affaires.[301] Lorsque Paul écrit en Hébreux 13:13 : « sortons vers lui hors du camp », il parle d'une condition — être rejeté du monde et mort à lui — non d'un déplacement physique.[302]

L'idée que ces compartiments désigneraient des lieux vient notamment de Hébreux 9:24, où Paul dit que Jésus n'est pas entré dans le Tabernacle fait de mains d'hommes, mais dans le ciel lui-même. Sans nier qu'il existe un lieu appelé ciel où Jésus se trouve, le mot « cieux » y désigne la réalité spirituelle par opposition au type terrestre.[303] Jésus est d'abord entré dans la condition représentée par le « Lieu saint » pendant ses trois ans et demi de ministère, puis, à sa résurrection, dans la condition du « Lieu très saint » — la condition spirituelle parfaite — avant d'accéder au plan de gloire.[304]

Cette interprétation s'appuie sur Hébreux 8:5, où Paul dit que le Tabernacle terrestre n'était qu'une copie et une ombre des choses célestes, et sur Hébreux 9:23, où il précise que les choses célestes devaient être purifiées par de meilleurs sacrifices que les taureaux et les boucs. Le mot grec traduit par « céleste » (epouraneous) est le même que Paul emploie en Éphésiens 2:6 pour dire que Dieu nous a fait asseoir ensemble dans les lieux célestes en Christ Jésus — désignant ainsi une condition dans laquelle les consacrés se trouvent dès maintenant.[305]

De la même façon que Jésus a parcouru ces conditions spirituelles dans l'ordre — d'abord le « Lieu saint » pendant ses années de sacrifice, puis le « Lieu très saint » à sa résurrection — les membres de son corps sont appelés à suivre le même chemin. Ceux qui vivent la vie consacrée se trouvent maintenant dans la première de ces conditions célestes et entreront dans la seconde, le « Lieu très saint », lorsqu'ils seront transformés à la résurrection pour être semblables au corps glorieux du Christ.[306]

Éphésiens 1:20 confirme ce raisonnement : à sa résurrection, Jésus a été élevé bien au-dessus de toutes les puissances et placé à la droite de Dieu dans le lieu céleste par excellence. Le terme grec epouraneous est ici employé avec emphase, désignant la condition céleste suprême, celle que le Christ a atteinte à la résurrection et que les membres de son corps espèrent atteindre à leur tour.[307]

Un autre périodique

De nombreux lecteurs avaient demandé que la Watch Tower paraisse plus souvent qu'une fois par mois. A. D. Jones, ancien habitant de Pittsburgh récemment installé à New York — ville qui lui donne accès plus facilement aux groupes de lecteurs de la Watch Tower — prépare un nouveau périodique mensuel consacré aux mêmes sujets, au même prix que la Watch Tower.[308] Ce nouveau périodique s'appellera la Zion's Day Star et recevra les meilleurs vœux de la rédaction. Les personnes souhaitant s'y abonner sont invitées à contacter A. D. Jones à l'adresse : coin de la 27e rue et de Broadway, New York.[309]

L'Ekklesia

Le mot grec ekklesia, traduit par « Église » dans le Nouveau Testament, désigne une assemblée ou un groupe de personnes unies ensemble.[310] De nombreuses organisations réclament aujourd'hui ce titre, mais la question posée est de savoir quelle assemblée Jésus a réellement fondée, quels en sont les liens d'union, pourquoi tout chrétien devrait en faire partie, quelles sont les conséquences d'appartenir à la mauvaise, et que se passe-t-il pour celui qui en perd la membership.[311]

L'assemblée que Jésus a commencé à rassembler pendant son ministère, reconnue par le Père à la Pentecôte après que le prix de la rançon eut été payé, était le petit groupe de disciples qui avaient consacré leur temps, leurs talents et leur vie en sacrifice à Dieu.[312] Ces premiers disciples formaient une seule société, régie par des lois et gouvernée par une autorité reconnue. Leurs liens étaient l'amour et l'intérêt commun. Tous placés sous la conduite de Jésus, leurs espoirs, leurs craintes, leurs joies et leurs peines étaient les mêmes pour chacun. Cette union du cœur surpassait de loin tout ce qu'une profession de foi rédigée par des hommes pourrait jamais produire. Leur loi de gouvernement interne était l'amour, et tous ensemble étaient soumis à la « loi de l'Esprit » telle qu'elle s'exprimait dans la vie, les actes et les paroles de leur Seigneur.[313]

Les confessions religieuses contemporaines, qui se présentent comme la continuation de cette assemblée primitive, en sont décrites comme l'exact contraire. Chacune lie ses membres à une profession de foi ou à un dogme d'origine humaine, avec ses propres lois emanant de ses propres chefs. Ces chefs sont en réalité les fondateurs anciens des diverses confessions, dont le clergé interprète et applique les « traditions des anciens » dans les conciles, synodes et assemblées — traditions qui, selon Marc 7:13, « rendent nulle la Parole de Dieu ».[314] Ces organisations ont ainsi substitué leurs fondateurs humains au véritable chef de l'Église qu'est Jésus, et les traditions humaines au véritable guide qu'est le Saint-Esprit. Le prophète Ésaïe est cité à l'appui : « L'ancien et le respectable, il est la tête ; et le prophète qui enseigne le mensonge, il est la queue » (Ésaïe 9:15).[315]

Ces organisations ne reconnaissent pas cette description d'elles-mêmes. Pourtant, « Babylone la grande », la mère des prostituées, et toutes ses filles — l'ensemble de l'Église nominale dans ce jour mauvais — sont représentées en Ésaïe 4:1 par les sept femmes qui saisissent un seul homme, le Christ Jésus, en disant : « Nous mangerons notre propre pain et nous porterons nos propres vêtements ; permets seulement que ton nom soit prononcé sur nous, pour faire cesser notre honte. » Elles s'approprient le nom du Christ tout en mangeant le pain que le monde leur fournit et en portant les haillons souillés de leur propre justice. C'est une union des mains, non une union des cœurs.[316]

L'objection que ces paroles sont dures est reconnue, mais il est précisé qu'elles ne viennent pas de la rédaction : elles sont « la voix d'avertissement de la "parole sûre de la prophétie... à laquelle vous faites bien de prendre garde" ». C'est aussi une voix d'amour, car le Seigneur lui-même déclare : « Tous ceux que j'aime, je les reprends et je les châtie. »[317]

La vraie Église du Christ peut s'entendre en deux sens. Dans le premier sens, tous ceux qui, comme la première assemblée, se sont pleinement consacrés à faire la volonté du Père, soumis uniquement à la volonté et au gouvernement du Christ, depuis le début de l'âge évangélique jusqu'à sa clôture — quand tous les membres de cette classe auront reçu le sceau et que la porte de la haute vocation se sera fermée —, forment l'« Église des Premiers-Nés », dont les noms sont écrits dans les cieux. Tous partagent le même but, la même espérance et les mêmes souffrances, et deviendront en temps voulu cohéritiers avec Jésus Christ du grand héritage : le Royaume promis à ceux qui aiment Dieu.[318]

Dans le second sens, une partie de cette classe peut être prise pour le tout : tous ceux qui en sont vivants peuvent être appelés « l'Église », ou encore tout groupe de membres vivants qui se réunit peut légitimement porter ce nom, car selon la parole de Jésus, là où deux ou trois sont assemblés en son nom, il est au milieu d'eux — c'est donc une réunion de l'Église des Premiers-Nés. L'assemblée générale aura lieu quand toute l'Église sera rendue semblable à son chef, Jésus, et glorifiée avec lui.[319]

Paul illustre parfaitement cette définition de l'Église en Romains 12:4-5, en la comparant à un corps humain : Jésus en est la tête, et tous ceux qui lui appartiennent forment le corps sur lequel et à travers lequel la tête gouverne. Jésus a toujours été et sera toujours la tête de son Église dans son ensemble ; il est également la tête et le chef de toute l'Église vivante, et dans chaque assemblée de deux ou trois réunis en son nom, il est la tête, le chef et l'enseignant. Il enseigne en exerçant les facultés de la tête, en se servant d'un ou plusieurs des membres présents pour déployer la vérité, affermir la foi, encourager l'espérance et inspirer le zèle, tout comme la tête du corps peut charger un membre de servir un autre.[320]

Un avertissement accompagne cette description : si quelqu'un devient aussi utile qu'une main droite, il ne doit pas aspirer à devenir la tête. L'orgueil paralyse et rend inutile. « Ne vous faites pas appeler Rabbi, car un seul est votre Maître, le Christ, et vous êtes tous frères ». Le membre le plus humble ne doit pas non plus mépriser son rôle, car si tous n'étaient qu'un seul membre, où serait le corps ? Dieu a placé les membres chacun dans le corps selon son bon plaisir.[321]

La deuxième proposition — tout chrétien devrait appartenir à cette organisation — découle directement de ce qui précède. Celui qui a abandonné sa volonté, ses talents et son temps est reconnu par Jésus comme membre de l'assemblée dont il est la tête, et son nom est écrit dans les cieux. On s'inscrit dans l'Église de Jésus et on y fait enregistrer son nom par la consécration, non en adhérant à une organisation terrestre ni en souscrivant à une profession de foi humaine.[322] Ni dans les paroles ni dans les actes de Jésus ne se trouve la moindre autorité pour se lier aux professions de foi et aux traditions des anciens, qui tendent toutes à rendre la Parole de Dieu sans effet (Marc 7:13) et à faire tomber dans une servitude qui entrave la croissance dans la grâce et dans la connaissance. Paul avait mis en garde contre cette servitude : « Tenez-vous donc fermes dans la liberté que Christ nous a acquise, et ne vous laissez pas mettre de nouveau sous le joug de la servitude » (Galates 5:1).[323]

À ceux qui demandent s'il ne serait pas utile de former une organisation visible propre, la réponse est affirmative : c'est précisément ce que ce groupe a fait — une organisation calquée sur celle de l'Église primitive. Le Seigneur Jésus seul en est la tête et le législateur, le Saint-Esprit en est l'interprète et le guide vers la vérité, les noms sont écrits dans les cieux, et le lien qui unit les membres est l'amour et l'intérêt commun.[324]

La question de savoir comment les membres se reconnaissent les uns les autres reçoit une réponse pratique : la foi vivante, l'amour sincère, la douceur patiente, la simplicité enfantine alliée à la constance et au zèle de la maturité rendent manifestes les fils de Dieu, sans qu'aucun registre terrestre soit nécessaire, car tous leurs noms sont écrits dans le livre de vie de l'Agneau.[325] Les malades sont visités, le travail du Seigneur est soutenu financièrement, et la réputation du monde est sacrifiée, tout étant donné à Dieu.[326]

La question du membre qui se conduit de façon désordonnée est traitée en suivant les instructions de Jésus et de Paul. Dans toute assemblée, comme dans la primitive, les membres se trouvent à des degrés d'avancement différents. Selon 1 Thessaloniciens 5:14, il faut consoler les découragés, soutenir les faibles, et avertir patiemment et avec amour les désordonnés — ceux qui s'éloignent du véritable esprit du Christ. Il convient de ne pas confondre le désordonné avec le faible ou le découragé.[327] En 2 Thessaloniciens 3:11, Paul parle de ceux qui ne font rien mais s'occupent des affaires des autres : ils doivent travailler pour ne pas être à charge, et celui qui refuse de travailler ne doit pas manger non plus. Si, après avertissement, quelqu'un n'obéit pas, il faut « remarquer cet homme et ne pas avoir de relations avec lui, afin qu'il soit honteux — sans pourtant le traiter en ennemi, mais l'admonester comme un frère ».[328]

Jésus donne des instructions précises pour le cas où un différend oppose deux membres (Matthieu 18:15-17).[329]

La suite de l'article sur l'Ekklesia complète le traitement des cas de désordre au sein de l'assemblée. Les instructions de Jésus en Matthieu 18:15-17 sont rappelées : si un croyant a un différend avec un autre, il doit d'abord lui parler seul ; si celui-ci n'écoute pas, il faut l'aborder à nouveau devant un ou deux témoins ; si cela échoue encore, la chose est portée devant l'assemblée des frères ; et si la personne refuse d'entendre l'assemblée, elle doit être traitée comme un étranger ou un publicain.[330]

Cette organisation du corps du Christ est décrite comme parfaite en son genre. Elle a ses évangélistes, ses pasteurs et ses enseignants, désignés et guidés par le Seigneur lui-même, sans qu'aucune ordination par imposition des mains ni aucune « succession apostolique » ne soit nécessaire. L'Esprit du Seigneur a en effet oint tous les membres du corps pour prêcher, selon Ésaïe 61:1, et chaque membre a la responsabilité d'exercer sa fonction pour l'édification des autres.[331] Perdre sa place dans cette véritable Église du Christ est présenté comme la pire des calamités. Seul celui qui veille sur sa vieille nature — comptée pour morte — pour l'empêcher de ressurgir sous la forme de l'orgueil, de l'égoïsme, de l'envie ou de la médisance reste à l'abri de ce danger. Rempli d'amour, revêtu d'humilité et couvert par le sang rédempteur, le croyant est assuré de sa place dans ce corps, avec la certitude que c'est la bonne volonté du Père de lui donner le Royaume.[332]

Le petit troupeau est décrit comme celui dont la destinée glorieuse est le Royaume, tout en marchant pour l'heure sur le chemin de l'humiliation et en buvant la coupe amère de la mort. Paul est cité à deux reprises sur le risque de la disqualification : en Hébreux 4:1 il averti de ne pas manquer la promesse d'entrer dans le repos, et en 1 Corinthiens 9:27 il confesse craindre d'être lui-même écarté après avoir prêché aux autres. Voir son nom « jeté dehors comme mauvais » par l'Église nominale n'est pas une honte mais une raison de se réjouir, car les noms de ces croyants sont écrits dans les cieux. Face aux menaces, aux calomnies et à la flatterie de ceux qui voudraient les retenir dans leurs rangs, l'exhortation est renouvelée, citant Galates 5:1 : « Tenez-vous fermes dans la liberté que Christ vous a acquise, et ne vous laissez pas mettre de nouveau sous le joug de la servitude. »[333]

Le Père éternel

Le titre « Père éternel » attribué à Jésus dans Ésaïe 9:6 est examiné, de même que celui de « Dieu puissant » qui figure dans le même verset. Ces deux expressions sont présentées comme une source de perplexité pour de nombreux croyants. Les Églises en général, attachées à ce qui est qualifié d'hérésie papale d'un Dieu trine — trois dieux en un, égaux en puissance, en gloire et en toute chose —, ont davantage contribué à entretenir cette perplexité qu'à l'éclairer.[334]

L'expression « Dieu puissant » est d'abord abordée par l'hébreu. Le mot anglais God traduit dans l'Ancien Testament plusieurs termes hébreux différents, et dans ce passage précis, c'est le mot El qui est employé. El signifie « fort » ou « puissant » et peut donc s'appliquer à tout être puissant, et tout particulièrement au plus puissant de tous : le Tout-Puissant Jéhovah. Plusieurs textes bibliques sont cités pour le démontrer, relevants des usages du mot El dans des contextes qui n'ont rien à voir avec Dieu lui-même, comme dans l'expression « c'est en mon pouvoir » (Genèse 31:29) ou « comme les grandes montagnes » (Psaumes 36:6).[335] Les trois dernières citations retenues montrent clairement que Jéhovah est le premier de tous les El et règne sur tous les autres êtres puissants : « Jéhovah est le principal El et règne sur tous les autres el — les êtres puissants ».[336] Il est rappelé que le nom « Jéhovah » ne s'applique à nul autre qu'à l'Être suprême, le Père, celui que Jésus lui-même appela « Père et Dieu » selon Jean 20:17.

La conclusion sur ce premier titre est que « Dieu puissant », appliqué à Jésus, signifie qu'il sera appelé le puissant par excellence. Le Père lui a donné toute puissance sur la terre et dans le ciel (Matthieu 28:19 et Matthieu 11:27), et Jésus est Seigneur de tout — mais après le Père, car « la tête du Christ c'est Dieu » (1 Corinthiens 11:3). Ils sont un en pensée et en but parce que Jésus a abandonné sa propre volonté pour prendre celle du Père (Jean 5:30), tout comme les croyants doivent abandonner leur propre volonté pour recevoir celle du Père s'ils veulent devenir héritiers de Dieu et cohéritiers avec Jésus Christ.[337] La preuve que le Père et le Fils sont deux personnes distinctes est trouvée dans Matthieu 22:44, où Jésus applique à lui-même Psaumes 110:1. La traduction de Robert Young est citée pour montrer que les deux mots traduits par « Seigneur » dans ce verset sont en hébreu deux mots entièrement différents — le premier étant Jéhovah et le second adon — : « La déclaration de Jéhovah à mon Seigneur — Assieds-toi à ma droite, jusqu'à ce que je fasse de tes ennemis ton marchepied ».[338]

Le titre « Père éternel » est ensuite examiné. En hébreu comme en français, il signifie simplement un père pour toujours. Le mot « père » désigne celui qui est à l'origine d'une vie, celui qui la donne. Ésaïe annonce donc que Jésus sera un jour connu comme donneur de vie. La question qui suit naturellement est : à qui donnera-t-il la vie ? La réponse est tirée de Paul : « Comme en Adam tous meurent, de même en Christ tous revivront. » Christ devient ainsi le père de toute la race humaine.[339]

La nature de cette vie que le Christ donnera à la race est précisée : une nature humaine parfaite, et donc une vie humaine éternelle — exactement ce qui avait été perdu par la transgression d'Adam. Paul l'enseigne en Romains 5:18-19 : par la faute d'un seul, la condamnation est venue sur tous les hommes ; par l'acte de justice d'un seul, la justification qui mène à la vie est venue sur tous les hommes également. La mort comme peine a été payée dans la mort du Christ, et tous les hommes ont de nouveau droit à la vie — la même vie et la même nature qu'ils possédaient jadis, perdues puis rachetées. Comme par la désobéissance d'un seul les hommes ont été constitués pécheurs, par l'obéissance du Christ les mêmes hommes seront constitués justes, et n'étant plus pécheurs, ils ne seront plus soumis aux peines du péché : la maladie, la douleur, la mort.[340]

L'œuvre propre du Christ pour la race humaine est ainsi définie : annuler les effets du péché et de sa peine — la mort, soit la perte de la vie. En ce sens, le Christ est le grand Médecin ou Restaurateur. L'âge pendant lequel cette restauration sera accomplie est appelé « les temps de la restitution » — le temps pendant lequel seront rendus les biens perdus lors de l'entrée du péché. La vie humaine était la principale chose perdue, et c'est elle que Jésus restituera. C'est parce qu'il accomplit cela qu'il sera alors appelé « Père éternel ».[341]

Adam avait été créé pour être le père et le donneur de vie à une race d'êtres humains. Par sa désobéissance, il a perdu son propre droit à la vie, est devenu un pécheur condamné à mourir et n'a pu transmettre à sa postérité que ce qu'il possédait : une nature mourante. Aucun de ses descendants n'a jamais atteint la vie parfaite. Adam n'est donc pas devenu, au sens propre, un père et donneur de vie. C'est parce que le Christ accomplit ce que Adam n'a pas pu accomplir qu'il est appelé le « Père éternel ».[342]

La page 12 contient la fin de l'article « Le Père éternel » déjà commencé dans les tranches précédentes. Il faut donc continuer directement ce développement sans nouveau titre.

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Une objection est anticipée : si Jésus est un être spirituel de nature divine depuis sa résurrection, toute vie qu'il communiquerait ne serait-elle pas elle aussi de nature divine et immortelle ? La réponse est négative. Jéhovah est le donneur de vie et le père de toute la création, et pourtant toute la création ne possède pas la nature divine. À cela s'ajoute que les inférences ne peuvent tenir lieu d'argument là où l'Écriture parle clairement. Si Jésus devait être le père ou le donneur de la nature divine au monde dans le prochain âge, il devrait l'être aussi, de la même façon, pour son Église pendant cet âge évangélique. Or la question est posée : Jésus est-il jamais appelé notre « Père » ? Non. Il est appelé notre « Capitaine », notre « Chef », notre « Précurseur », notre « Maître », notre « Tête », notre « Seigneur », mais jamais notre Père. L'enseignement de Jésus lui-même et celui des apôtres affirment au contraire que Jéhovah est le seul Père et donneur de la nature divine, que le Dieu et Père de notre Seigneur Jésus Christ est notre Père et nous a engendrés — comme il a élevé Jésus à la nature divine, il nous élèvera aussi par son Esprit (1 Pierre 1:3).[343]

C'est Jésus lui-même qui a enseigné à prier « Notre Père » (Luc 11:2), lui qui a dit : « Glorifiez votre Père qui est dans les cieux » (Matthieu 5:16), « Soyez les enfants de votre Père » (v. 45), « Priez votre Père en secret » (Matthieu 6:6), « Votre Père sait ce dont vous avez besoin », et encore : « Je monte vers mon Père et votre Père, vers mon Dieu et votre Dieu » (Jean 20:17).[344] Jésus a formulé de façon encore plus directe la proximité qui unit ses disciples au Père en déclarant : « Quiconque fait la volonté de mon Père qui est dans les cieux, celui-là est mon frère, ma sœur et ma mère » (Matthieu 12:50). Il a aussi dit : « N'appelez personne votre père sur la terre, car un seul est votre Père, celui qui est dans les cieux, et vous êtes tous frères » (Matthieu 23:9). Paul confirme que Jésus et ceux qui sont sanctifiés sont tous issus du même, ce pourquoi il n'a pas honte de les appeler ses frères (Hébreux 2:11).[345]

Ces affirmations semblent-elles contredire la parole de Jésus en Jean 10:27-28 — « Mes brebis entendent ma voix et je leur donne la vie éternelle » ? Non, car l'Écriture déclare à la fois que nous sommes engendrés de Dieu — qu'il est notre Père — et que « Dieu a ressuscité le Seigneur et nous ressuscitera aussi par sa puissance » (1 Corinthiens 6:14), et aussi que « Celui qui a ressuscité le Seigneur Jésus nous ressuscitera aussi par Jésus » (2 Corinthiens 4:14). Ces deux textes s'accordent : Jéhovah est notre Père et donneur de vie, bien qu'il ait employé l'Esprit et la Parole comme agents de notre engendrement, et qu'il emploiera Jésus comme agent de notre naissance ou résurrection.[346]

La question reste posée : si Jéhovah est le Père du petit troupeau, comment le Christ peut-il être le « Père éternel » du monde ? Trois points répondent à cette question.

En premier lieu, Jésus a accompli une œuvre pour son Église sans laquelle celle-ci n'aurait jamais pu recevoir ni l'engendrement ni la naissance à la nature divine : il a racheté la nature humaine. Comme tous les autres membres de la race humaine, l'Église était composée de pécheurs, et comme tous, ses membres ont été rachetés — justifiés — par le sang précieux du Christ. La mort du Christ ne justifie personne à la nature divine. C'est la vie humaine qui a été perdue par Adam, et c'est à la vie humaine que tous sont justifiés par le Christ. C'est précisément parce qu'une nature humaine avait été perdue que Jésus a quitté la gloire qu'il avait auprès du Père pour prendre la nature humaine et la sacrifier comme rançon pour notre nature humaine. La mort de Jésus est donc la base d'une restitution de la nature humaine, non la cause d'un don de la nature divine.[347]

En deuxième lieu, la nature divine est le don de Jéhovah — accordé en récompense de l'obéissance jusqu'à la mort à ceux qui la cherchent patiemment et avec persévérance dans le bien : la Gloire, l'Honneur et l'Immortalité. Paul précise que c'est pour avoir été obéissant jusqu'à la mort du corps humain que Dieu a très hautement élevé Jésus et l'a constitué être divin. Tous les êtres spirituels ne possèdent pas la nature divine — les anges, par exemple, n'en sont pas dotés. La promesse faite pendant l'âge évangélique, sous lequel l'Épouse ou le Corps du Christ est appelé hors du monde, est que, si l'on marche sur les traces de Jésus, on atteindra le même prix : être élevé de la nature humaine à la Gloire, à l'Honneur et à l'Immortalité de la nature divine, en tant que membres d'un corps sous Jésus comme tête.[348]

Les conditions de cette haute élévation sont si sévères que, bien que beaucoup soient appelés, peu seront choisis — parce que seul un petit nombre courra de façon à remporter le grand prix (1 Corinthiens 9:24). C'est un prix extraordinaire et la course n'est pas facile, comme en témoigne chaque coureur depuis la tête jusqu'au bout de cet âge. Pourtant, malgré sa difficulté, cette course est accomplie avec joie, pour les mêmes raisons que le Christ lui-même — lui qui, pour la joie qui lui était proposée, a enduré la croix en méprisant la honte (Hébreux 12:2).[349] Paul enseigne que les grandes et précieuses promesses de la Parole ont été données pour que, grâce à elles — la force et l'encouragement qu'elles apportent pour demeurer « obéissant jusqu'à la mort » —, les croyants deviennent participants de la nature divine (2 Pierre 1:4).[350]

Parmi ces grandes et précieuses promesses se trouvent : la promesse du Christ à celui qui sera vainqueur de s'asseoir avec lui sur son trône (Apocalypse 3:21), de recevoir pouvoir sur les nations et de les gouverner, comme lui-même a reçu ce pouvoir de son Père (Apocalypse 2:27). Paul promet que si l'on souffre avec Christ on régnera aussi avec lui (2 Timothée 2:12), que si l'on meurt avec lui — mort à la volonté propre — on vivra aussi avec lui (2 Timothée 2:11), et que chercher avec patience la Gloire, l'Honneur et l'Immortalité conduit au prix (Romains 2:7). Paul ajoute que le Christ est un fils à la tête d'une maison de fils, et que nous sommes cette maison si nous tenons ferme jusqu'à la fin de l'âge évangélique, quand cette maison sera achevée (Hébreux 3:6).[351] Pierre décrit ce prix particulier réservé aux vainqueurs de ce temps en disant que Dieu nous a engendrés de nouveau à une espérance vivante, pour un héritage incorruptible, pur et permanent, conservé dans les cieux, afin que la preuve de la foi aboutisse à la louange, à la gloire et à l'honneur lors de la révélation de Jésus Christ (1 Pierre 1:3-7).[352]

Le Père aurait pu demander le sacrifice sans révéler l'ampleur de la récompense. Mais il a su que l'influence de ces grandes et précieuses promesses était nécessaire pour que les croyants estiment à leur juste valeur les honneurs terrestres et soient capables de tout compter comme perte et comme déchet en comparaison des excellences promises aux membres du corps du Christ.[353]

En troisième lieu, toutes ces promesses destinées à conduire à la nature divine (2 Pierre 1:4) appartiennent à l'âge évangélique. Elles s'accompliront toutes quand l'Église — le corps — sera élevée à la gloire avec la tête et assise avec elle sur son trône. Aucune de ces grandes et précieuses promesses n'appartient au prochain âge : toutes sont limitées, par leur contexte, à cet âge-ci. Pour ceux qui ont consacré leur vie humaine en sacrifice, « c'est maintenant le temps favorable » — et c'est à eux seuls que la nature divine est donnée. Il existe certes des promesses pour le genre humain dans le prochain âge, pendant le règne du Christ — tête et corps —, mais ces promesses sont toutes de nature terrestre et ne soutiennent pas la comparaison avec les promesses célestes. Parmi elles figurent les promesses faites à Abraham, Isaac et Jacob, à Israël et aux nations, qui seront tous bénis sous le Royaume spirituel — cet instrument et cette puissance par lesquels ils seront restaurés à la perfection et au bonheur humains. Paul l'exprime ainsi : « Dieu ayant pourvu quelque chose de meilleur pour nous, afin qu'ils ne parviennent pas à la perfection sans nous » (Hébreux 11:40).[354]

La nature divine vient donc à l'Église, comme elle est venue à Jésus, comme une récompense de Jéhovah le Père pour la course de la foi bien courue et pour le sacrifice — la crucifixion — de la nature humaine. Une objection se présente : la nature humaine n'était-elle pas déjà condamnée à mort comme pécheresse ? Comment pouvait-elle alors être acceptée par Dieu comme sacrifice ? La réponse est que c'est précisément là où les croyants ont été bénis en Jésus, au même titre que le reste du monde : sa mort a payé la peine et les a justifiés. Sans la rançon, ils n'auraient rien eu à sacrifier et n'auraient jamais reçu la récompense divine. Mais, étant justifiés, ils ont pu présenter leur humanité justifiée comme « un sacrifice vivant, saint, agréable à Dieu » (Romains 12:1).[355] La nature humaine rachetée par la mort du Christ est, aux yeux de Jéhovah, aussi pure et parfaite que l'était la nature humaine de Jésus, car la perfection de Jésus leur a été imputée. Justifiés par la foi, ils peuvent donc courir la course aussi valablement que leur Seigneur l'a fait. La course est difficile, mais ils ne la courent pas seuls comme lui, car il était un voyageur solitaire et « nul d'entre les peuples n'était avec lui » — tandis qu'ils s'entraident en chemin et ont en lui leur Chef et leur Précurseur, un exemple parfait, et par-dessus tout son œil vigilant pour guider leur course et donner « du secours en temps de besoin ».[356] Peu nombreux sont ceux qui trouvent ce chemin étroit et difficile. Il s'agit du « petit troupeau à qui il plaît au Père de donner le Royaume ».[357]

La conclusion du développement sur les deux titres d'Ésaïe 9:6 est ainsi amorcée : pleinement compris, les titres « Dieu puissant » et « Père éternel » sont présentés comme parfaitement appropriés.

La conclusion du développement sur les titres d'Ésaïe précise que l'Épouse — le corps, l'Église — est si étroitement associée au Christ dans ses souffrances et dans la gloire qui suivra, que les mêmes titres lui sont applicables à elle aussi en tant que son corps. « Celui qui nous a librement donné Christ, ne nous donnera-t-il pas aussi librement toutes choses avec lui ? » Ainsi, tout appartient aux croyants, ceux-ci appartiennent au Christ, et le Christ appartient à Dieu.[358] Après le sacrifice vient la puissance : sous le Christ comme tête, l'ensemble du corps du Christ devient le « Dieu puissant » — l'être puissant par excellence — pour gouverner et bénir les nations. Corps et tête ensemble participent à la restauration de la vie perdue en Adam, et constituent ainsi dans leur ensemble le « Père éternel » de la race restaurée.[359]

La prédication pratique

L'objection courante selon laquelle la prédication pratique est la seule vraie prédication et que la prophétie n'est pas pratique est rejetée. Prêcher les dix commandements, les vertus sociales et les devoirs moraux peut passer pour de la prédication pratique, mais ce n'est pas ainsi dans le sens chrétien du terme. La prédication la plus efficace est celle de la croix dont Paul se glorifiait et de la couronne qu'il attendait. Les deux avènements du Christ sont présentés comme les deux pôles autour desquels tourne toute la vie du croyant, et le fondement sur lequel repose la morale du « nouvel homme ». La foi s'empare de la croix, source de la miséricorde divine ; l'espérance regarde vers la couronne et le Royaume, pour fortifier les croyants au milieu des épreuves et les rendre victorieux sur leurs ennemis spirituels. C'est cela, la religion pratique. La doctrine est la racine, la base et le moteur de la pratique. Dans tout le domaine de la théologie, aucune doctrine n'est plus pratique que celle du second avènement.[360]

Les textes bibliques où le second avènement sert de motif à une conduite chrétienne concrète sont énumérés : l'attente patiente (1 Thessaloniciens 1:10), l'espérance divine (Tite 2:13), la modération (Philippiens 4:5), la prière pour être jugé digne de se tenir devant le Fils de l'homme (Luc 21:36), la longanimité (Jacques 5:8), les pensées tournées vers le ciel (Luc 21:34), la persévérance malgré la persécution (1 Pierre 1:7), la piété et la sainteté de vie (2 Pierre 3:11), le zèle à prêcher (2 Timothée 4:1-3), le combat de la foi (2 Timothée 4:7-8), la crainte de Dieu (Hébreux 7:26-28), la sobriété et la vigilance dans la prière (1 Pierre 4:7). Prêcher ces devoirs sans y rattacher l'avènement, qui en est le principal motif et la force, revient à demander des briques sans fournir la paille — la vapeur est retirée de la machine et le train s'arrête. Cette formulation est attribuée au périodique Messiah's Herald.[361]

Une question est ensuite posée : si la croyance en la venue du Seigneur a tant de puissance sur l'enfant de Dieu, quelle puissance inexprimable doit avoir la croyance qu'il est déjà venu — qu'il est désormais présent comme être spirituel, que la « moisson » avance sous sa direction en tant que premier moissonneur, que le rassemblement du froment mûr est en cours et bientôt terminé, et que les justes brilleront alors comme le soleil dans le Royaume de leur Père ? Quelle force de séparation et de sanctification cette vérité peut-elle exercer ? Aucune prédication ne peut être aussi puissante.[362]

Lettre de J. B. Adamson

J. B. Adamson écrit pour rendre compte de son travail de terrain. Il cherche à progresser dans la foi en toutes circonstances, s'appuyant sur les « nombreuses et très précieuses promesses ». Il consacre de plus en plus de temps à distribuer les brochures en personne, ce qui lui donne l'occasion de prêcher à deux ou trois personnes à la fois, chose qu'il décrit comme très précieuse pour lui et pour elles.[363] Il évite les hommes « sages » dont le credo est tout et se dirige vers ceux qui ont vraiment faim de vérité, parmi lesquels il trouve les personnes les plus précieuses au Christ ainsi que beaucoup d'incroyants. Certains jours sa progression est lente, puis il a des rendez-vous le soir. Il décrit les doctrines partagées comme de l'or véritable pour une classe nombreuse et croissante de personnes, et juge le projet des tracts particulièrement opportun.[364]

Il est invité à revenir le dimanche à une heure pour une troisième rencontre avec un couple instruit, membres de l'Église méthodiste épiscopale, qui l'écoutent pendant des demi-heures et des heures entières et semblent absorber la doctrine avec joie. La veille, il a passé une heure avec eux avant une réunion de prière, et on lui a demandé de témoigner de ces doctrines devant l'assemblée — ce qu'il a dû décliner en rappelant l'opposition et les mauvais traitements qu'il rencontre presque partout.[365] Il a trouvé les Méthodistes libres particulièrement accueillants, plus que partout ailleurs. Lors d'une conférence réunissant des participants de tout l'État, il a remis la brochure à seize pasteurs et à une centaine des membres les plus instruits, ajoutant dans de nombreux cas quelques mots pour rendre le livre plus vivant par le contact personnel — car selon lui, parler aux gens avant de leur donner une brochure retient mieux leur attention sur celle-ci. Il conclut en remerciant Dieu pour le champ qui s'ouvre ainsi.[366]

Votre lettre

La rédaction s'explique sur le retard des deux derniers numéros de la Watch Tower, entièrement absorbée par le travail de diffusion des tracts pendant les trois mois écoulés. Les lecteurs qui ont écrit des lettres importantes ou attendant une réponse doivent accepter la même explication. La diffusion des brochures et des numéros a provoqué l'arrivée de centaines de lettres posant des questions ou demandant des numéros anciens. Beaucoup ont reçu une réponse, mais le flot est si rapide et le temps si limité qu'environ un millier de lettres et de cartes postales se sont accumulées, non ouvertes et non lues — et la lettre du lecteur s'y trouve probablement.[367]

La rédaction précise qu'elle n'envoie pas d'accusé de réception pour les abonnements ordinaires, le montant étant trop faible pour le justifier. Les lecteurs savent ce qu'ils ont envoyé et quand, et un registre soigneux de toutes les recettes est tenu. Si un abonnement se perd dans le courrier, la rédaction en assume la responsabilité. Si un numéro n'arrive pas, le lecteur est invité à le signaler par carte, qu'il ait payé d'avance ou qu'il ait demandé à figurer sur la « liste des pauvres du Seigneur ».[368]

Pas de numéros anciens

La forte demande a épuisé le stock de numéros anciens de la Watch Tower, à l'exception de quelques exemplaires du numéro de juillet. Pour les nombreux nouveaux lecteurs, quelques articles parus dans les colonnes de la revue un an ou deux auparavant seront republiés. Le prochain numéro comprendra notamment un article sur « La Bête et l'Image de l'Apocalypse 13 ».[369]

Rome et Jérusalem

Une brève notice signale l'attention constante de l'Église catholique romaine envers la Terre sainte. À Jaffa, un nouvel hôpital a été construit ; un couvent a été établi à Ramleh, et un couvent avec des écoles à Bethléem. Les Franciscains semblent avoir une nouvelle installation à Emmaüs, en plus du grand hospice de Jérusalem. Sur le mont des Oliviers, un grand sanctuaire et un important couvent ont été bâtis et dotés par la princesse de La Tour d'Auvergne, qui a passé plusieurs années sur place pour en superviser personnellement les travaux.[370]

Voir aussi

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Références

  1. ↑ La Tour de Garde de Octobre-novembre 1881, p. 290
  2. ↑ La Tour de Garde de Octobre-novembre 1881, p. 290
  3. ↑ SCHULZ et DE VIENNE, Separate Identity, vol. 1, p. 328-329. Original : « There is a sense in which an innocent one took the sinners place by an arrangement, not of a revengeful God, but of a loving father. »
  4. ↑ SCHULZ et DE VIENNE, Separate Identity, vol. 1, op. cit., p. 305-306. Original : « punishing the innocent in place of the guilty, is unscriptural and obnoxious to all our ideas of justice ».
  5. ↑ La Tour de Garde de Octobre-novembre 1881, p. 290
  6. ↑ La Tour de Garde de Octobre-novembre 1881, p. 290
  7. ↑ La Tour de Garde de Octobre-novembre 1881, p. 296
  8. ↑ La Tour de Garde de Octobre-novembre 1881, p. 296
  9. ↑ La Tour de Garde de Octobre-novembre 1881, p. 296
  10. ↑ La Tour de Garde de juillet 1879, p. 4.
  11. ↑ La Tour de Garde de avril 1881, p. 207.
  12. ↑ La Tour de Garde de Octobre-novembre 1881, p. 296
  13. ↑ La Tour de Garde de Octobre-novembre 1881, p. 290
  14. ↑ SCHULZ et DE VIENNE, Separate Identity, vol. 2, p. 465-466. Original : « If "perish" and "death" still mean "living forever," there is no contrast whatever in the statements ».
  15. ↑ SCHULZ et DE VIENNE, Separate Identity, vol. 1, p. 108-109. Original : « utterly destroyed … having no further existence whatever ».
  16. ↑ CHRYSSIDES George, Historical Dictionary of JW, p. 31-33.
  17. ↑ La Tour de Garde de Octobre-novembre 1881, p. 290
  18. ↑ La Tour de Garde de Octobre-novembre 1881, p. 289
  19. ↑ WILLS Tony, A People for His Name, chap. 2 « Charles Taze Russell », section « Spirit and Human Natures and Christ's Return ».
  20. ↑ PENTON M. James, Apocalypse Delayed, p. 29-30.
  21. ↑ CROMPTON Robert, Counting the Days to Armageddon, p. 45-47.
  22. ↑ La Tour de Garde de Octobre-novembre 1881, p. 289
  23. ↑ La Tour de Garde de Octobre-novembre 1881, p. 289
  24. ↑ La Tour de Garde de Octobre-novembre 1881, p. 288-289
  25. ↑ La Tour de Garde de octobre 1879, p. 38.
  26. ↑ La Tour de Garde de Octobre-novembre 1881, p. 289
  27. ↑ BLANDRE Bernard, La préhistoire des témoins de Jéhovah, p. 183-185.
  28. ↑ La Tour de Garde de Octobre-novembre 1881, p. 292
  29. ↑ La Tour de Garde de septembre 1879, p. 26.
  30. ↑ La Tour de Garde de Octobre-novembre 1881, p. 292
  31. ↑ La Tour de Garde de Octobre-novembre 1881, p. 294
  32. ↑ La Tour de Garde de Octobre-novembre 1881, p. 294
  33. ↑ La Tour de Garde de Octobre-novembre 1881, p. 294
  34. ↑ La Tour de Garde de Octobre-novembre 1881, p. 294
  35. ↑ La Tour de Garde de Octobre-novembre 1881, p. 294
  36. ↑ La Tour de Garde de Octobre-novembre 1881, p. 289
  37. ↑ PENTON M. James, Apocalypse Delayed, p. 3-4. Original : « Bible Student–Jehovah's Witness leaders have always argued that the "wrong thing [or things] had happened at the right time." »
  38. ↑ La Tour de Garde de Octobre-novembre 1881, p. 289
  39. ↑ PENTON, Apocalypse Delayed, op. cit., p. 23-24.
  40. ↑ PENTON, Apocalypse Delayed, op. cit., p. 24-25.
  41. ↑ La Tour de Garde de Octobre-novembre 1881, p. 289
  42. ↑ La Tour de Garde de Octobre-novembre 1881, p. 289
  43. ↑ La Tour de Garde de Octobre-novembre 1881, p. 289
  44. ↑ La Tour de Garde de Octobre-novembre 1881, p. 288
  45. ↑ CROMPTON, Counting the Days to Armageddon, op. cit., p. 45-47.
  46. ↑ La Tour de Garde de Octobre-novembre 1881, p. 293
  47. ↑ SCHULZ et DE VIENNE, Separate Identity, vol. 2, p. 427-429.
  48. ↑ Proclaiming the Lord's Return (1870-1914), jw.org.
  49. ↑ La Tour de Garde de juillet 1880, p. 113.
  50. ↑ La Tour de Garde de Octobre-novembre 1881, p. 298
  51. ↑ La Tour de Garde de Octobre-novembre 1881, p. 298
  52. ↑ La Tour de Garde de Octobre-novembre 1881, p. 289
  53. ↑ La Tour de Garde de Octobre-novembre 1881, p. 289
  54. ↑ FRANZ Raymond, Crise de conscience, p. 228-229.
  55. ↑ PENTON, Apocalypse Delayed, op. cit., p. 35-37.
  56. ↑ La Tour de Garde de Octobre-novembre 1881, p. 290
  57. ↑ La Tour de Garde de Octobre-novembre 1881, p. 290
  58. ↑ La Tour de Garde de Octobre-novembre 1881, p. 292
  59. ↑ PENTON, Apocalypse Delayed, op. cit., p. 35-37. Original : « it served to turn the attention of the Bible Students away from the disappointment of 1878, and it provided an impetus for increased evangelistic activity. »
  60. ↑ La Tour de Garde de Octobre-novembre 1881, p. 287
  61. ↑ La Tour de Garde de Octobre-novembre 1881, p. 287
  62. ↑ La Tour de Garde de Octobre-novembre 1881, p. 287
  63. ↑ La Tour de Garde de Octobre-novembre 1881, p. 288
  64. ↑ La Tour de Garde de Octobre-novembre 1881, p. 291
  65. ↑ La Tour de Garde de Octobre-novembre 1881, p. 292
  66. ↑ La Tour de Garde de Octobre-novembre 1881, p. 296
  67. ↑ La Tour de Garde de Octobre-novembre 1881, p. 297
  68. ↑ La Tour de Garde de Octobre-novembre 1881, p. 297
  69. ↑ BLANDRE, La préhistoire des témoins de Jéhovah, op. cit., p. 133-134.
  70. ↑ SCHULZ et DE VIENNE, Separate Identity, vol. 1, p. 165.
  71. ↑ La Tour de Garde de Octobre-novembre 1881, p. 298
  72. ↑ La Tour de Garde de Octobre-novembre 1881, p. 288
  73. ↑ La Tour de Garde de Octobre-novembre 1881, p. 290
  74. ↑ La Tour de Garde de Octobre-novembre 1881, p. 292
  75. ↑ PENTON, Apocalypse Delayed, op. cit., p. 280-282.
  76. ↑ La Tour de Garde de Octobre-novembre 1881, p. 292
  77. ↑ La Tour de Garde de Octobre-novembre 1881, p. 292
  78. ↑ La Tour de Garde de Octobre-novembre 1881, p. 293
  79. ↑ La Tour de Garde de Octobre-novembre 1881, p. 293
  80. ↑ La Tour de Garde de janvier 1881, p. 6.
  81. ↑ La Tour de Garde de Juillet et août 1881, p. 247.
  82. ↑ MACMILLAN A. H., Faith on the march, p. 27-28. Original : « at the instant of their death they then would be "changed" or resurrected immediately ».
  83. ↑ La Tour de Garde de Octobre-novembre 1881, p. 295
  84. ↑ La Tour de Garde de Octobre-novembre 1881, p. 295
  85. ↑ SCHULZ et DE VIENNE, Separate Identity, vol. 1, p. 110-112. Original : « No church can be organized by man's invention but what it becomes Babylon the moment it is organized. »
  86. ↑ WILLS Tony, A People for His Name, chap. 7 « The Christian and the Church », section « The Church ».
  87. ↑ La Tour de Garde de Octobre-novembre 1881, p. 295
  88. ↑ La Tour de Garde de Octobre-novembre 1881, p. 290
  89. ↑ SCHULZ et DE VIENNE, Separate Identity, vol. 1, op. cit., p. 110-112. Original : « Babylon, mystical, is the apostate church, and includes the Protestant churches ».
  90. ↑ CROMPTON, Counting the Days to Armageddon, op. cit., p. 26-28.
  91. ↑ La Tour de Garde de Octobre-novembre 1881, p. 287
  92. ↑ La Tour de Garde de décembre 1879, p. 54.
  93. ↑ La Tour de Garde de Octobre-novembre 1881, p. 287
  94. ↑ La Tour de Garde de septembre 1879, p. 26.
  95. ↑ Assassination of Alexander II of Russia, Wikipédia.
  96. ↑ BLANDRE, La préhistoire des témoins de Jéhovah, op. cit., p. 183-185.
  97. ↑ La Tour de Garde de Octobre-novembre 1881, p. 286
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  99. ↑ La Tour de Garde de Octobre-novembre 1881, p. 286
  100. ↑ La Tour de Garde de Octobre-novembre 1881, p. 286
  101. ↑ PENTON, Apocalypse Delayed, op. cit., p. 21-22.
  102. ↑ BLANDRE, La préhistoire des témoins de Jéhovah, op. cit., p. 133-134.
  103. ↑ BLANDRE, La préhistoire des témoins de Jéhovah, op. cit., p. 183-185.
  104. ↑ First Aliyah, Wikipédia.
  105. ↑ CROMPTON, Counting the Days to Armageddon, op. cit., p. 45-47.
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  107. ↑ La Tour de Garde de Octobre-novembre 1881, p. 290
  108. ↑ La Tour de Garde de Octobre-novembre 1881, p. 290
  109. ↑ SCHULZ et DE VIENNE, Separate Identity, vol. 1, p. 134-135.
  110. ↑ La Tour de Garde de Octobre-novembre 1881, p. 292
  111. ↑ La Tour de Garde de Octobre-novembre 1881, p. 288
  112. ↑ La Tour de Garde de Octobre-novembre 1881, p. 288-289
  113. ↑ La Tour de Garde de Octobre-novembre 1881, p. 288
  114. ↑ SCHULZ et DE VIENNE, Separate Identity, vol. 2, p. 104. Original : « to a company of Christians who have no common name. We are not Second Adventists ».
  115. ↑ SCHULZ et DE VIENNE, Separate Identity, vol. 1, p. 175-176.
  116. ↑ SCHULZ et DE VIENNE, Separate Identity, vol. 1, op. cit., p. 176-177.
  117. ↑ CROMPTON Robert, Counting the Days to Armageddon, p. 45-47. Original : « one of the clearest indications that he believed early nineteenth-century Adventism to be an integral part of the same overall movement to which he himself belonged ».
  118. ↑ CROMPTON, Counting the Days to Armageddon, op. cit., p. 64-65.
  119. ↑ La Tour de Garde de Octobre-novembre 1881, p. 298
  120. ↑ La Tour de Garde de mai 1880, p. 98.
  121. ↑ CHRYSSIDES George, Historical Dictionary of JW, p. 15-16.
  122. ↑ La Tour de Garde de novembre 1880, p. 152.
  123. ↑ SCHULZ et DE VIENNE, Separate Identity, vol. 2, p. 425 et 427-429.
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  127. ↑ La Tour de Garde de Octobre-novembre 1881, p. 295
  128. ↑ La Tour de Garde de Octobre-novembre 1881, p. 295
  129. ↑ SCHULZ et DE VIENNE, Separate Identity, vol. 1, p. 110-112. Original : « No church can be organized by man's invention but what it becomes Babylon the moment it is organized. »
  130. ↑ CROMPTON, Counting the Days to Armageddon, op. cit., p. 26-28.
  131. ↑ PENTON M. James, Apocalypse Delayed, p. 38-40. Original : « The movement that Russell developed at first had few of the organizational marks of a sect or denomination. Like George Storrs, Russell abhorred the churches of Chrétienté ».
  132. ↑ La Tour de Garde de Octobre-novembre 1881, p. 296
  133. ↑ La Tour de Garde de janvier 1880, p. 64.
  134. ↑ PENTON, Apocalypse Delayed, op. cit., p. 35-37.
  135. ↑ La Tour de Garde de Octobre-novembre 1881, p. 291
  136. ↑ Faithful and discreet slave — Wikipédia, consulté en 2026.
  137. ↑ La Tour de Garde de Octobre-novembre 1881, p. 291
  138. ↑ La Tour de Garde de Octobre-novembre 1881, p. 295-296
  139. ↑ La Tour de Garde de octobre 1879, p. 41.
  140. ↑ La Tour de Garde de Octobre-novembre 1881, p. 295-296
  141. ↑ CHRYSSIDES, Historical Dictionary of JW, op. cit., p. 22 du PDF.
  142. ↑ SCHULZ et DE VIENNE, Separate Identity, vol. 2, p. 169-170. Original : « in all the large cities (north) of the United States and in the principal ones of Great Britain ».
  143. ↑ SCHULZ et DE VIENNE, Separate Identity, vol. 2, op. cit., p. 168-169.
  144. ↑ La Tour de Garde de Octobre-novembre 1881, p. 290
  145. ↑ SCHULZ et DE VIENNE, Separate Identity, vol. 2, op. cit., p. 168-169.
  146. ↑ La Tour de Garde de janvier 1881, p. 4.
  147. ↑ La Tour de Garde de Octobre-novembre 1881, p. 290
  148. ↑ SCHULZ et DE VIENNE, Separate Identity, vol. 2, op. cit., p. 395.
  149. ↑ La Tour de Garde de Octobre-novembre 1881, p. 290
  150. ↑ SCHULZ et DE VIENNE, Separate Identity, vol. 2, op. cit., p. 426-427. Original : « The society is sustained by voluntary contributions, after the manner of "Mueller," of London. »
  151. ↑ SCHULZ et DE VIENNE, Separate Identity, vol. 2, op. cit., p. 426-427.
  152. ↑ La Tour de Garde de Octobre-novembre 1881, p. 293
  153. ↑ Les Étudiants de la Bible en Grande-Bretagne, p. 4-7. Original : « it was as yet unknown in this country ».
  154. ↑ John Sunderlin, Tj-encyclopedie.org.
  155. ↑ La Tour de Garde de Octobre-novembre 1881, p. 291
  156. ↑ SCHULZ et DE VIENNE, Separate Identity, vol. 2, op. cit., p. 313-314.
  157. ↑ SCHULZ et DE VIENNE, Separate Identity, vol. 2, op. cit., p. 425.
  158. ↑ John Sunderlin, Tj-encyclopedie.org.
  159. ↑ SCHULZ et DE VIENNE, Separate Identity, vol. 2, op. cit., p. 16-17 et 52-53.
  160. ↑ La Tour de Garde de Octobre-novembre 1881, p. 298
  161. ↑ La Tour de Garde de Octobre-novembre 1881, p. 298
  162. ↑ La Tour de Garde de Octobre-novembre 1881, p. 291
  163. ↑ SCHULZ et DE VIENNE, Separate Identity, vol. 2, op. cit., p. 54-55.
  164. ↑ SCHULZ et DE VIENNE, Separate Identity, vol. 2, op. cit., p. 159-160.
  165. ↑ SCHULZ et DE VIENNE, Separate Identity, vol. 1, p. 258-259 ; vol. 2, p. 16-17.
  166. ↑ La Tour de Garde de Octobre-novembre 1881, p. 288, 292-293 et 298
  167. ↑ WILLS Tony, A People for His Name, chap. 3 « Harvest Gatherings and Siftings », section « More Division ».
  168. ↑ La Tour de Garde de Octobre-novembre 1881, p. 291
  169. ↑ La Tour de Garde de Octobre-novembre 1881, p. 294
  170. ↑ PENTON, Apocalypse Delayed, op. cit., p. 34-35. Original : « With Russell's blessings, Jones founded a journal named Zion's Day Star in New York City. »
  171. ↑ WILLS, A People for His Name, op. cit., chap. 3 « Harvest Gatherings and Siftings », section « More Division ».
  172. ↑ SCHULZ et DE VIENNE, Separate Identity, vol. 2, op. cit., p. 168-169.
  173. ↑ La Tour de Garde de Octobre-novembre 1881, p. 286
  174. ↑ SCHULZ et DE VIENNE, Separate Identity, vol. 2, op. cit., p. 168-169. Original : « The paper from the first has only paid about two-thirds of its expenses ».
  175. ↑ La Tour de Garde de Octobre-novembre 1881, p. 286
  176. ↑ La Tour de Garde de Octobre-novembre 1881, p. 298
  177. ↑ SCHULZ et DE VIENNE, Separate Identity, vol. 2, op. cit., p. 25-26.
  178. ↑ La Tour de Garde de Octobre-novembre 1881, p. 298
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  182. ↑ SCHULZ et DE VIENNE, Separate Identity, vol. 2, op. cit., p. 209-211.
  183. ↑ La Tour de Garde de Octobre-novembre 1881, p. 294
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