La Tour de Garde de décembre 1881
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| La Tour de Garde de décembre 1881 | |
|---|---|
| Revue | La Tour de Garde |
| Date | 1881 |
| Auteur(s) | William I. Mann, Horatius Bonar |
| Année | 1881 |
| Langue | Anglais |
| Pays | États-Unis |
Les six jours de la Genèse, la mort des derniers chrétiens fidèles, la papauté et le départ des Églises occupent ce numéro. Une longue étude de la création ouvre le numéro. Elle cherche à accorder la Bible avec la géologie et donne à chaque jour de la création une durée de sept mille ans. Viennent ensuite des lettres de lecteurs anglais et américains, des poèmes et de courtes méditations sur l'espérance chrétienne.
L'année 1881 sert de repère à plusieurs textes. Les sept années de « moisson » commencées en 1874 sont dites achevées. Selon les Étudiants de la Bible, les membres du corps du Christ qui meurent à partir de ce moment ne connaissent plus le sommeil de la mort : ils sont changés tout de suite en êtres spirituels. Les questions des lecteurs portent sur cette doctrine, notamment sur le type d'Élie, monté au ciel sans mourir.
La papauté est désignée comme l'« Homme de péché » de Paul, sous la forme d'un dialogue entre deux frères, A et B. Les Églises protestantes sont rangées dans « Babylone ». Les lecteurs sont invités à quitter leur Église, et une lettre de démission écrite par une sœur de Pittsburgh leur est proposée comme modèle.
Analyse
Croyances
Les jours de la création longs de 7 000 ans
Le calcul de W. I. Mann part de la fin de l'histoire pour remonter à la création. Le septième jour, celui où Dieu se repose, commence avec la création de l'homme. Il contient les six mille ans du péché et les mille ans du millénium, et dure donc 7 000 ans.[1] Les sept jours ayant la même longueur, chacun des six premiers dure aussi 7 000 ans. L'ensemble fait 49 000 ans et conduit au cinquantième millénaire, présenté comme le jubilé antitypique.[2] La durée des jours ne vient donc pas de la géologie. Elle vient du calendrier biblique de l'histoire humaine.[3] L'historien James Penton décrit ce raisonnement : le millénium est un sabbat, précédé de six jours de mille ans, et cette semaine de 7 000 ans forme le septième jour de Dieu, d'où des jours de création de 7 000 ans chacun.[4] Robert Crompton rappelle que le jubilé servait déjà à William Miller pour dater le début du millénium, avant que les adventistes suivants abandonnent cet indice.[5] Mann ne se sert pas du jubilé pour fixer une date à venir. Il s'en sert pour mesurer la durée totale de la création.[6]
Le « septième jour » avait déjà servi autrement. En avril 1881, les six mille ans de l'histoire humaine étaient dits achevés en 1873, et le temps présent devenait le septième jour, comme le sabbat où fut guéri l'aveugle-né.[7] Chez Mann, le septième jour commence beaucoup plus tôt, à la création d'Adam. Il contient toute l'histoire humaine, et le millénium n'en est que la dernière partie.[8]
Ce calcul permet d'écarter les six jours de 24 heures défendus par beaucoup d'Étudiants de la Bible.[9] Mann s'appuie sur deux géologues américains, Benjamin Silliman et James Dana.[10] Pour Silliman, Dieu crée d'abord les cieux et la terre, puis la terre est préparée pendant une longue période pour recevoir les plantes, les animaux et l'homme. De 1850 à la fin du siècle, Hugh Miller, William Dawson et Dana enseignent que les « jours » de la Genèse sont de longues périodes.[11] Mann suit cette ligne : les six jours commencent sur une terre déjà refroidie et couverte d'eau, et les « cieux » du premier verset sont ceux de la terre.[12] Selon l'historien Ronald Numbers, les adventistes du septième jour de la même époque accordaient autrement la Genèse et la géologie. Ils plaçaient un long intervalle entre les versets 1 et 3 de Genèse 1.[13] Mann combine les deux solutions. L'âge de l'univers reste inconnu avant les six jours, et les six jours eux-mêmes sont longs.[14] Les 42 000 ans des six premiers jours restent pourtant très loin des cent millions d'années de William Thomson, que Dana rapporte. Mann règle l'écart en reprenant les doutes de Dana sur les calculs fondés sur l'épaisseur des couches.[15] L'accord entre science et Bible sert aussi contre l'Église nominale. Celle-ci est accusée d'avoir combattu le télescope, la géologie et l'astronomie, alors qu'une science mûre ne pourrait contredire une Bible bien comprise.[16]
L'apostasie de l'Église et la papauté
Le dialogue sur l'Antichrist reprend un article paru deux ans plus tôt. Le numéro de décembre 1879 porte en note un renvoi à sa « révision » publiée en décembre 1881.[17] La version de 1881 explique l'apostasie par des causes précises. Les erreurs agissaient déjà du temps de Paul, mais elles se sont répandues quand les dons de l'esprit ont cessé, comme la guérison et le discernement des esprits.[18] En janvier 1880, l'absence de ces dons servait à nier la succession des apôtres dont se réclamait le clergé.[19] En novembre 1880, Russell expliquait que les langues et les prophéties avaient disparu, « probablement parce qu'elles ne sont plus nécessaires ».[20] En décembre 1881, la fin des dons a une conséquence : plus rien ne retient l'erreur dans l'Église.[21] Jon Mark Ruthven a étudié l'idée, répandue chez les calvinistes après la Réforme, selon laquelle les miracles servaient à prouver la doctrine des apôtres et ont donc cessé avec eux.[22] Le numéro garde l'idée que les dons ont cessé, mais il présente leur disparition comme une perte qui a ouvert la voie à l'apostasie.[23]
La conversion de Constantin, en 313, fait entrer en masse les païens dans l'Église. Les prêtres païens deviennent prêtres chrétiens et les fêtes païennes reçoivent des noms chrétiens.[24] Noël sert d'exemple : fête d'une grande déesse, elle tombe près de trois mois à côté de la vraie date de naissance de Jésus.[25] En 1853, le pasteur écossais Alexander Hislop avait soutenu dans The Two Babylons que Noël reprenait une fête babylonienne de la naissance du fils de la « reine du ciel ». Ses sources sont mal citées et mal comprises.[26] Le numéro ne donne aucune source pour sa propre affirmation. Il ne tire de la remarque aucune consigne pour les lecteurs : elle sert seulement à illustrer l'apostasie.[27]
Le temple de Dieu est l'Église depuis la Pentecôte. Un bâtiment rebâti à Jérusalem pourrait s'appeler temple, mais il ne serait pas « le temple de Dieu ».[28] Le même numéro annonce que le sultan Abdul Hamid a ordonné de reprendre la restauration du « Temple de Salomon » avec les revenus de la mosquée d'Omar.[29] D'après la doctrine du temple exposée trois pages plus tôt, ces travaux ne peuvent pas préparer la venue d'un Antichrist assis dans un temple de pierre.[30]
L'Antichrist est donc la papauté. Cette lecture vient de la Réforme. Luther écrit en 1537, dans les Articles de Smalkalde, que le pape est l'Antichrist, et Calvin, Cranmer et Knox disent la même chose.[31] Bernard Blandre montre que les commentateurs protestants voyaient dans le dragon l'Empire romain, dans les bêtes et l'Antichrist la papauté, et dans la femme poursuivie la vraie Église.[32] Le numéro reconnaît cette dette : Luther et la Réforme ont « arraché le masque » de la papauté.[33] Une étude publiée à l'université de Kiev montre que, pour Russell, l'Antichrist n'est pas un pape en particulier mais l'institution papale, née de l'union du pouvoir religieux et du pouvoir politique.[34] Le dialogue explique pourquoi Paul parle d'un « homme » : l'Église et le monde forment un seul être, comme Adam et Ève.[35] Avant la guerre de Sécession, des protestants américains comme Lyman Beecher voyaient dans l'immigration catholique une menace, et des journaux hostiles aux catholiques s'appuyaient sans cesse sur les prophéties.[36] Le numéro limite pour sa part sa critique à l'institution papale et précise qu'elle ne vise pas les catholiques pris un par un.[37]
Apocalypse 12 fournit l'histoire de cette usurpation. La femme est l'Église, le dragon l'Empire romain païen, et l'enfant mâle la hiérarchie papale, née vers 314. La « guerre dans le ciel » dure jusque vers 752, quand Pépin demande au pape d'approuver son accession au trône.[38] Les christadelphes lisent aussi ce chapitre comme l'histoire du IVe siècle, mais l'enfant mâle est pour eux Constantin.[39] Le numéro fait de la papauté elle-même l'enfant. Sa naissance est prématurée : elle vient de l'impatience d'une Église lassée d'attendre la semence promise.[40]
La présence, la moisson et la sortie de Babylone
La moisson a commencé en 1874 et dure quarante ans. Ses sept premières années, de 1874 à 1881, servent à récolter les prémices dans l'Église.[41] Selon Blandre, Russell parlait encore en 1877 d'une moisson de trois ans et demi. Après la déception du printemps 1878, la durée fut portée à sept ans, jusqu'en 1881.[42] Le numéro de décembre 1881 paraît après la fin de ces sept ans. Les trois messages d'Apocalypse 14:6-11 y sont dits déjà proclamés, et le temps présent devient celui de l'attente patiente du « changement ».[43] Les rédacteurs reconnaissent n'avoir remarqué que six mois plus tôt la ressemblance entre leurs enseignements et ces trois messages. La correspondance est donc établie après coup.[44] Ils notent aussi que l'enseignement direct sur les dates a presque cessé depuis 1878.[45]
Babylone désigne toutes les Églises, et pas seulement Rome. George Chryssides rappelle que le protestantisme courant identifiait Babylone au catholicisme, alors que Russell la définissait comme « l'Église nominale ».[46] Certains auteurs protestants plus anciens, comme John Bacon ou Romeyn, rangeaient déjà le protestantisme dans Babylone.[47] George Storrs allait plus loin : selon lui, toute Église devient Babylone dès qu'elle est organisée.[48] En janvier 1881, tous les membres de l'Épouse devaient être sortis des Églises avant l'automne.[49] En décembre, cette date est passée, mais l'appel continue. La lettre d'une sœur de Pittsburgh qui quitte son Église après seize ans est donnée en modèle.[50] Ceux qui restent subissent un « tourment » aussi longtemps qu'ils adorent les credos et les organisations humaines.[51] Dans le dialogue sur l'Antichrist, sortir de Babylone et revenir au « désert » devient aussi la condition pour voir la papauté telle qu'elle est.[52]
Les gouvernements que les Églises appellent « chrétiens » sont des gouvernements « bestiaux ».[53] En octobre-novembre 1881, la vérité sur l'égalité des hommes poussait les communistes, les nihilistes et les socialistes à renverser les gouvernements oppresseurs.[54] En décembre, ces groupes reçoivent un nom : ils forment la « grande armée du Seigneur » pour détruire l'oppression. Le numéro précise qu'ils sont tout autres que le « petit troupeau » par leur caractère, leurs espoirs et leurs buts.[55] En septembre 1879, la revue annonçait déjà la chute des gouvernements par la révolte des peuples, tout en précisant que l'Écriture ne tient pas ce communisme pour juste.[56] Nelson Barbour prévoyait dès 1877 une crise sociale où la faim et le chômage dresseraient les travailleurs contre les capitalistes.[57]
Nouvelles créatures, baptême et changement à la mort
Les membres de l'Église, engendrés de l'Esprit, participent à la nature divine. Le numéro en tire qu'ils sont des « dieux » : « nous sommes engendrés d'une nature divine et Jéhovah est notre père ».[58] Penton voit dans cet article une doctrine de la divinisation des membres de l'Église.[59] Crompton montre que, chez Russell, seul le « petit troupeau » partage la nature divine. Le reste de l'humanité est promis à la perfection humaine pendant le millénium.[60] La rubrique des questions tire la conséquence pratique de cette séparation. Chercher à perfectionner son corps pour atteindre la nature divine revient à marcher d'Utica vers Chicago pour rejoindre Albany.[61]
Le vrai baptême est la mort de la nature humaine, et le baptême d'eau en est le type.[62] Schulz et de Vienne citent les mêmes formules dans un article de septembre 1880 intitulé lui aussi « Importance du baptême ».[63] En 1874, Storrs jugeait le baptême d'eau sans importance pour le salut et ne retenait que le baptême de l'esprit. George Stetson y voyait au contraire un devoir.[64] Le numéro se place entre les deux. Le baptême d'eau n'est qu'un type, mais le refuser fait soupçonner l'orgueil ou la peur du regard des autres.[65]
Ce baptême dans la mort s'achève à la mort du corps. La réponse sur Élie l'affirme : tous les membres du corps du Christ doivent mourir, et l'enlèvement d'Élie représente les nouvelles créatures, non l'homme naturel.[66] Barbour enseignait au contraire que les saints vivants seraient changés comme Élie et emportés, et le Herald of the Morning avait fixé cet événement au printemps 1878.[67] En mai 1880, la revue disait encore que les vainqueurs vivants ne s'endormiraient pas tous, mais seraient tous changés d'un coup.[68] En janvier 1881, l'automne 1881 était la date de ce changement des vivants.[69] En mai 1881, le changement était seulement repoussé après le 2 octobre 1881, sans date plus précise.[70]
En décembre 1881, le changement a lieu au moment de la mort. La rédaction dit avoir compris cette année-là, pour la première fois, que « Heureux les morts qui meurent dans le Seigneur désormais » (Apocalypse 14:13) vise les membres vivants.[71] Ceux qui meurent maintenant ne « dorment » plus : ils sont changés « en un moment », et la tombe n'a sur eux aucune victoire.[72] En août 1879, la revue présentait encore la mort des croyants comme un « sommeil » dont la rançon permettait de se réveiller.[73] Selon les historiens du mouvement, Russell attendait l'enlèvement des saints en 1881. Rien ne s'étant produit, 1881 devint la date à partir de laquelle la mort est une bénédiction.[74] Au début du siècle, Lacunza et Henry Drummond décrivaient déjà le changement des saints vivants comme un acte soudain, « en un clin d'œil ».[75] Le numéro garde ce changement instantané, mais le place à la mort de chaque membre.[76]
Le matin du retour et la vie rendue à tous
Le texte signé H. Bonar commente le verset inscrit sur la couverture de la revue : « Sentinelle, que dis-tu de la nuit ? Le matin vient » (Ésaïe 21:11-12).[77][78] Horatius Bonar est un pasteur écossais qui attend le retour du Christ avant le millénium. Il a dirigé le Quarterly Journal of Prophecy jusqu'en 1873.[79] Il est l'auteur d'un livre intitulé The Morning of Joy, suite de The Night of Weeping.[80] Penton montre que ce journal a répandu les idées des conférences d'Albury Park, dont celle d'une venue du Christ invisible.[81] Henry Drummond, à la suite de l'évêque Horsley, lisait déjà le Psaumes 30:3-5 comme l'annonce d'une résurrection fixée au « matin ».[82] Le texte de Bonar lit ce psaume de la même façon.[83] Il annonce la présence du Christ au futur, comme un jour qui va se lever. Le dialogue sur l'Antichrist, dans le même numéro, dit au contraire le Seigneur présent maintenant.[84]
Ce matin apporte la résurrection de l'Église, la restauration d'Israël et la restitution de la terre.[85] La mort reste un ennemi, que le règne millénaire détruira. Le Christ, qui a « goûté la mort pour tous », rendra la vie à tous les hommes (Ésaïe 25:6-8 ; Jean 5:28).[86] Selon Schulz et de Vienne, Russell tenait la rançon pour un prix équivalent payé pour tous. De là venait sa certitude que tous sortiraient de la mort héritée d'Adam.[87] Il devait cette lecture aux articles de Storrs dans le Bible Examiner.[88] La mort n'est une bénédiction que pour le « petit troupeau », et seulement « désormais ». Pour tous les autres, elle reste un ennemi jusqu'au millénium.[89] L'Église renonce à la vie humaine parfaite, et c'est cette vie que la résurrection doit rendre au reste des hommes.[90]
Organisation et histoire
La sortie des Églises, justifiée par l'histoire du mouvement
À la fin de 1881, la rédaction fait le bilan de sa propre prédication depuis 1874.[91] Elle divise ces sept années en étapes. Jusqu'en 1878, les prédicateurs du mouvement parlent surtout de la restitution et demandent une consécration totale, mais les dates occupent une grande place.[92] Après 1878, l'enseignement direct sur les dates disparaît presque.[93] La rédaction précise qu'aucune décision commune n'a été prise : d'autres sujets sont simplement passés au premier plan.[94] Ce bilan arrive au terme de la moisson de sept ans. Selon Bernard Blandre, le groupe de Russell avait fixé cette durée après la déception du printemps 1878, à la place des trois ans et demi prévus d'abord.[95]
Depuis le printemps 1879, la prédication porte sur la chute de Babylone et sur l'appel à en sortir.[96] Les rédacteurs reconnaissent n'avoir remarqué que six mois plus tôt la ressemblance entre leur enseignement et les trois messages d'Apocalypse 14:6-11.[97] Ils rattachent donc après coup leur propre histoire à ce passage. Les partisans de William Miller avaient déjà fait de même. Ils voyaient dans le premier ange l'annonce de leur propre prédication des années 1830 et 1840. Le 26 juillet 1843, Charles Fitch prêche le message du deuxième ange dans un sermon intitulé « Sortez du milieu d'elle, mon peuple ». Il range dans Babylone les protestants qui refusent l'idée d'un retour proche du Christ, et son sermon provoque une rupture avec les Églises protestantes.[98] Robert Crompton montre qu'après 1843-1844 les adventistes voient de plus en plus le protestantisme comme une partie de Babylone, et que l'appel à en sortir entre dans leur prédication.[99] En 1844, George Storrs va plus loin : selon lui, toute Église organisée par les hommes devient Babylone dès qu'elle est organisée.[100]
De ce récit découle une consigne pratique. Les lecteurs qui veulent quitter leur Église demandent s'ils doivent « prendre une lettre ». La réponse est de n'en prendre aucune.[101] Chez les baptistes américains, le membre qui partait demandait une « lettre de dismission ». Ce document certifiait qu'il était en règle et le confiait à une autre Église.[102] En 1870, une Église baptiste de Meadville, en Pennsylvanie, précise que le membre reste sous sa surveillance tant que l'Église qui l'accueille n'a pas confirmé son admission, dans un délai de trois mois.[103] Refuser la lettre revient donc à partir sans être confié à aucune autre Église. Ceux qui tiennent à la lettre sont soupçonnés de vouloir garder leur réputation de membres en règle.[104]
La revue publie ensuite la lettre d'une sœur de Pittsburgh, membre de son Église depuis seize ans, et la propose comme modèle.[105] Elle y demande que son nom soit retiré de la liste des membres. Elle explique qu'il reste inscrit dans le livre de vie, et elle n'en demande l'inscription sur aucune autre liste.[106] Elle garde son affection aux membres et les exhorte à sonder les Écritures.[107] Le lecteur reçoit ainsi un texte tout prêt pour sa propre démission. James Penton note que Russell, comme Storrs, voyait dans les Églises de la chrétienté Babylone la Grande, et que son mouvement avait d'abord peu des traits d'une dénomination.[108]
La revue, source de l'enseignement commun
Dans « Une lettre ouverte », un lecteur s'adresse à « Frère Russell » et aux autres membres du « petit troupeau ».[109] Il présente les frères qui enseignent comme des guetteurs placés par Dieu sur les murs de Jérusalem (Ésaïe 62:6-7). Il affirme que les lecteurs examinent de près ce qu'ils écrivent dans la revue.[110] Il dit aussi avoir remarqué chez certains prédicateurs une envie d'occuper la première place, et cette rivalité trouble selon lui le son de la trompette.[111] Il demande à tous de parler le même langage (1 Corinthiens 1:10) et attribue les divisions à un esprit charnel.[112] Il invite enfin les lecteurs à lire la revue avec autant de soin que ceux qui la rédigent.[113]
La lettre ne nomme personne. Elle paraît alors que le mouvement vient de perdre son deuxième homme. Paton, le plus en vue après Russell, n'écrit plus dans la revue depuis juin 1881.[114] Selon Penton, Paton n'acceptait pas les idées de Russell sur le Tabernacle et en vint à nier la rançon ; Russell refusa donc de publier ses articles en 1881, et les deux hommes se séparèrent avec amertume.[115] Vers la fin de 1881, A. D. Jones lance de son côté son propre journal, la Zion's Day Star, avec l'accord de Russell.[116]
Le même numéro supprime la liste des « collaborateurs réguliers ». La rédaction donne deux raisons : cette liste n'est pas nécessaire, et les contributeurs n'étaient pas toujours réguliers. Le nom des auteurs figurera désormais avec leurs articles.[117] Le premier numéro, en juillet 1879, nommait cinq collaborateurs : Paton, W. I. Mann, B. W. Keith, H. B. Rice et A. D. Jones. Rice avait été retiré de la liste en mai 1880 sans avoir jamais écrit, et remplacé par Lizzie A. Allen.[118] John C. Sunderlin, ancien pasteur méthodiste, l'avait rejointe en mars 1881.[119] Dans ce numéro, W. I. Mann signe l'article sur la semaine de la création.[120] Les articles sur le psaume 82, sur la mort bénie et sur l'Antichrist ne sont pas signés.[121] Penton attribue à Russell l'article sur le psaume 82.[122]
Le numéro annonce aussi la republication, dans le numéro suivant, de l'explication des bêtes et de l'image d'Apocalypse 13.[123] Ce texte avait paru dans La Tour de Garde de janvier 1880, où la bête léopard désignait la papauté, la bête à deux cornes le protestantisme et l'image de la bête l'Alliance évangélique fondée en 1846.[124] La revue renvoie ainsi ses lecteurs à ses propres articles anciens plutôt qu'à des ouvrages extérieurs.
Des textes empruntés à des auteurs extérieurs
L'article « Le matin vient » est signé H. Bonar.[125] Horatius Bonar est un pasteur écossais qui croit que le Christ reviendra avant le millénium. Il défend cette idée dans Prophetical Landmarks (1847) et fonde en 1849 le Quarterly Journal of Prophecy, une revue consacrée aux prophéties.[126] Penton classe ce journal parmi les deux revues britanniques qui diffusèrent les idées des conférences d'Albury Park, dont celle d'une venue du Christ invisible pour le monde.[127] Carl Olof Jonsson note que l'idée d'une « présence invisible » y fut longuement débattue.[128] Bonar a aussi publié un livre intitulé The Morning of Joy (« Le matin de la joie »).[129]
Bonar était déjà lu dans l'entourage de Russell. En juillet 1881, W. I. Mann écrit dans la revue que Bonar a écrit « beaucoup de choses pures et vraies ».[130] En 1877, Caleb Davies, qui accueillera Russell à Cleveland en 1880, avait appelé son fils Horatius Bonar Davies.[131] Bonar appartenait pourtant à l'Église libre d'Écosse.[132] Le même numéro qui appelle à quitter les Églises publie donc le texte d'un pasteur resté dans l'une d'elles. Le poème « Un peu de temps » est lui aussi repris d'un auteur extérieur, sans que son nom soit donné.[133] En 1881, la revue puise encore dans la littérature des milieux évangéliques qui attendaient le retour du Christ.
Les moyens de la diffusion à la fin de 1881
La rubrique « Vue de la Tour » signale quarante à cinquante lettres par jour, venues des États-Unis et de Grande-Bretagne. La rédaction les attribue aux « petits livres » qu'elle a fait circuler.[134] Le principal de ces livres est Nourriture pour chrétiens réfléchis. Il paraît en août 1881 et reprend les cinq premières brochures du mouvement.[135] Trois cent mille exemplaires de 164 pages sont d'abord imprimés, puis deux cent mille de plus. Des garçons payés les distribuent à la sortie des églises dans les grandes villes américaines.[136] Russell envoie Bender et Sunderlin en Grande-Bretagne, où ils font imprimer trois cent mille exemplaires. À Londres, ils emploient cinq cents garçons pour la distribution.[137] La lettre du pasteur de Nottingham, qui commande soixante à soixante-dix exemplaires, vient directement de cette campagne.[138] En décembre 1881, une revue spirite anglaise, The Psychological Review, parle de plus d'un quart de million d'exemplaires imprimés pour être donnés.[139] L'opération coûte quarante-deux mille dollars. En février 1881, Russell s'était engagé pour sept mille dollars, W. H. Conley pour quatre mille, A. D. Jones pour deux mille et Joseph L. Russell pour mille.[140]
Le livre suivant est déjà annoncé. Le tract sur le Tabernacle doit paraître avant janvier 1882, et un lecteur de Louisville en demande des exemplaires avant même sa sortie.[141] Les catalogues datent de 1881 la première édition de cet ouvrage.[142] Selon Penton, il visait d'abord à répondre aux critiques de Barbour contre certaines idées de Russell.[143]
Ce courrier pèse sur une équipe très réduite. En mai 1881, l'éditeur s'excusait déjà de ne pas pouvoir répondre à toutes les lettres et invitait les lecteurs à prendre les articles de la revue comme des réponses.[144] Le seul ouvrier nommé dans le numéro est Sunderlin, qui souffre beaucoup et reste au lit.[145] Sunderlin avait été le premier à répondre à l'appel d'avril 1881 qui demandait mille prédicateurs. Revenu de Grande-Bretagne, il est alité dès octobre 1881 par une fièvre rhumatismale.[146]
La rédaction réorganise aussi la liste des abonnés. Un « x » rouge marque sur la bande d'envoi les lecteurs qui n'ont pas écrit depuis dix-huit mois pour demander la revue. Leur nom sera rayé s'ils ne répondent pas aussitôt.[147] La règle vaut aussi pour les abonnés gratuits de la liste des pauvres : la rédaction veut avoir des nouvelles de chacun une fois par an.[148] La revue n'a jamais couvert ses frais. Selon Russell lui-même, elle ne payait qu'environ les deux tiers de ses dépenses. À la fin de 1881, il avait voulu la rendre gratuite pour tous, mais la loi postale l'en avait empêché.[149] Rayer les lecteurs silencieux réduit les envois inutiles tout en gardant la gratuité pour ceux qui la demandent.
Contenu
La semaine de la création
Science, Église et Bible
La première épître à Timothée met en garde contre les « oppositions de la fausse science » (1 Timothée 6:20). Ce verset est souvent cité par l'Église nominale chaque fois qu'une découverte contredit ses opinions. L'auteur observe qu'elle oublie alors l'autre recommandation de Paul : « Examinez toutes choses, retenez ce qui est bon ». Il précise que le mot employé par Paul désigne la connaissance ou la sagesse en général, et non la « science » au sens moderne. Paul demande aussi de prouver qu'un savoir est un vain bavardage avant de le rejeter.[150]
L'Église nominale, qui se dit à la lumière de Dieu, est décrite comme un poids mort qui a souvent combattu chaque progrès. Le télescope et le microscope ont été dénoncés comme des instruments qui violent les secrets de Dieu. L'astronomie, la géologie et ce que la théorie de l'évolution peut contenir de vrai ont été violemment attaquées, tandis que l'intolérance religieuse, l'esclavage et le prétendu droit divin des rois étaient défendus et accompagnés de prières.[151]
Les savants ne sont pas épargnés. Ils se sont dénoncés les uns les autres et ont souvent affirmé ce qui s'est révélé faux par la suite. Étudier la nature sans connaître le Dieu de la nature conduit, selon l'auteur, aux idées les plus extravagantes. Le Dieu de la Bible est aussi le Dieu de la nature : si l'on ne voit pas d'accord parfait entre les deux, c'est qu'on comprend mal soit la Parole inspirée, soit la leçon de la création. La Bible n'a rien à craindre d'une science mûre, dont les recherches ajoutent chaque jour aux preuves de l'authenticité des Écritures.[152]
Le récit de la Genèse et la géologie
Le sujet traité est la cosmogonie, c'est-à-dire l'étude de l'origine et de la formation de la terre. Beaucoup croient que le premier chapitre de la Genèse est en désaccord complet avec la géologie, ce que l'auteur nie. Il cite des géologues éminents qui jugent la parole de Dieu, bien interprétée, en accord avec leur science. Le professeur Silliman estime que chaque grand trait de la structure de la planète correspond à l'ordre des événements du récit sacré. Le professeur Dana relève que le Soleil, source de la lumière terrestre, est créé le quatrième jour, longtemps après la lumière elle-même, et entre la création des plantes et celle des animaux. Il juge qu'aucun esprit humain de l'Antiquité n'aurait pu imaginer un tel plan sans une intelligence surhumaine.[153]
Le désaccord porte surtout sur la durée de la création. La plupart des géologues comptent en millions d'années, alors que beaucoup d'étudiants de la Bible défendent six jours littéraux de 24 heures. L'auteur ne doute pas que Dieu aurait pu créer la terre en si peu de temps, mais constate qu'une telle hâte n'est pas dans ses habitudes, ce que comprennent ceux qui connaissent le plan des âges. De plus, le mot « jour » est employé dans l'Écriture pour des périodes longues : le « jour de la tentation dans le désert », qui dure quarante ans (Hébreux 3:8), ou le « jour du Seigneur », qui dure mille ans. Le récit de la création lui-même se conclut par une formule qui désigne l'ensemble de la période comme « le jour » où le Seigneur Dieu fit la terre et les cieux (Genèse 2:4). La période de régénération sous le second Adam est de même appelée « le jour de Christ ».[154]
La durée des jours de la création
Selon l'auteur, personne n'a pu jusque-là répondre de façon satisfaisante à la question de la durée du jour de la création. Beaucoup d'étudiants de la Bible déduisent de la parole de Pierre, « un jour est devant le Seigneur comme mille ans », que chaque jour de création dure mille ans. L'auteur répond que Pierre parle de la période entre le jour de la création et le jour du Seigneur. Ses paroles constituent, à son avis, une très forte preuve indirecte que la période allant de la domination du premier Adam à celle du second dure six mille ans, suivie du « millénium », septième millénaire qui est l'antitype du sabbat juif. Il estime pourtant que six mille ans (mille par jour) sont trop courts pour tous les changements survenus dans la préparation de la terre pour l'homme, tout en jugeant excessives les durées énormes avancées par certains géologues.[155]
Des géologues ont proposé des milliers de millions d'années depuis le début de la vie. Sir William Thomson a ramené le maximum à cent millions d'années pour des raisons physiques, selon Dana. L'auteur note ironiquement que quelques centaines de millions d'années d'écart ne sont qu'une différence d'opinion entre ces savants. Il rapporte l'avis de Dana : les calculs de temps fondés sur l'épaisseur des couches comportent une grande incertitude, à cause de l'affaissement progressif du sol. Les estimations tirées des dépôts alluviaux, fondées sur l'épaisseur accumulée en un nombre d'années donné, sont presque sans valeur, et celles fondées sur les sédiments charriés par un cours d'eau valent davantage mais restent douteuses.[156]
Le début des six jours
Une question importante est de savoir à quel moment commence le travail des six jours de Genèse 1 : à la création de l'univers, à l'origine de la terre comme planète distincte, ou au moment où Dieu commence à la préparer pour l'homme. L'auteur retient la dernière hypothèse. Il croit que ce travail de préparation n'a été fait dans aucun autre astre. Il ne sait rien du temps nécessaire pour créer ou faire évoluer les innombrables soleils, dont certains sont si éloignés que leur lumière, à 191 000 milles par seconde, met des millions d'années à nous parvenir.[157]
Il adopte la thèse des savants selon laquelle la terre a d'abord été une sphère de matière en fusion dont seule la croûte s'est refroidie. Les vapeurs se sont condensées et ont recouvert la terre d'un océan. Les soulèvements dus au refroidissement ont fait apparaître la terre ferme. Les vagues de cet océan trouble, aidées par les acides qu'il contenait, ont usé les roches originelles et déposé galets, sable et autres matériaux en couches, avant de nouveaux soulèvements. L'auteur suppose que les premières plantes, mal adaptées, ont été détruites dans ce travail.[158]
Le début des six jours est placé au moment où la terre, déjà refroidie, est couverte d'un océan, mais avant l'apparition du premier continent. Genèse 1 ne décrirait que la préparation de la terre à partir de cette période et ne mentionnerait pas la création des cieux étoilés. Le temps géologique ou astronomique antérieur n'entre donc pas dans les six jours. Les « cieux » de Genèse 1:1 sont terrestres, comme dans « les oiseaux du ciel » ou « la pluie du ciel ». Cette lecture s'accorde avec Exode 20:11. Le premier jour, seule la mer apparaît ; le deuxième, les cieux se forment ; le troisième, la terre sèche se montre. Le verbe « créer » de Genèse 1:1 signifierait plutôt façonner à partir d'un matériau déjà créé.[159]
Les jours un à quatre
Le verset 2 (« la terre était informe et vide ») décrit l'état du globe au début de ce travail et correspond à l'ère géologique la plus ancienne, l'Azoïque. L'Esprit de Dieu qui couve les eaux, comme une poule couve ses œufs, leur communique une énergie nouvelle qui modifie les conditions électriques de la terre, d'où la lumière du verset 3. L'auteur cite Dana : au début d'une activité, la lumière apparaît aussitôt, car elle résulte de l'activité moléculaire. Il s'agirait d'une lumière électrique terrestre, comparable à l'aurore boréale ou à la lumière zodiacale, puisque le globe était enveloppé de nuages de vapeur épais.[160]
Le deuxième jour, les vapeurs sont soulevées au-dessus de l'étendue appelée ciel. L'océan contenait alors beaucoup de carbone, de phosphore et d'autres éléments dissous. Les gaz formés s'échappaient dans l'air et le chargeaient d'acide carbonique, qui le rendait assez dense pour porter les nuages beaucoup plus haut qu'aujourd'hui. Cet acide carbonique a ensuite été absorbé par la végétation qui a formé les grands gisements de houille.[161]
Les sceptiques objectent que le soleil, la lune et les étoiles ne sont créés que le quatrième jour. L'auteur juge l'objection raisonnable mais fondée sur un contresens : la terre tournait autour du soleil depuis des âges, et Moïse parle de leur première apparition vue de la terre et de leur rôle de repères pour les jours et les années. Les nuages épais, formés quand l'eau était encore à l'état de vapeur, empêchaient auparavant de voir les astres. Ils n'ont pu disparaître en grande partie qu'au quatrième jour, par condensation dans la mer. Dieu aurait aussi une autre raison de révéler alors le soleil : les plantes d'alors pouvaient vivre sans lumière, mais les animaux ont des yeux et Dieu s'apprête à les introduire.[162]
Les grands gisements de houille se seraient formés vers cette époque. Ils proviennent de forêts denses recouvertes par la mer d'une couche de pierres, de sable et d'argile, puis remplacées par de nouvelles forêts. En Nouvelle-Écosse, soixante-seize forêts successives se sont superposées. Ces dépôts se trouvent aussi dans les régions arctiques. La terre était alors une immense serre chaude : des plantes qui ne dépassent aujourd'hui que quelques pouces ou pieds de hauteur, même à l'équateur, atteignaient quarante, soixante ou quatre-vingts pieds. Leur croissance était peut-être aussi rapide que celle des champignons. On ne peut donc comparer le passé lointain au présent ni mesurer les âges anciens aux rythmes actuels.[163]
Le septième jour et le jubilé de 49 000 ans
L'auteur affirme avoir trouvé la clé de la durée des jours. Les sept jours ont la même longueur ; il suffit donc de connaître celle d'un seul. Le septième jour commence à la création de l'homme, créé à l'image de Dieu pour dominer sur tout, et Dieu entre alors dans son repos. Adam tombe et le pouvoir passe à l'« Adversaire », conformément au plan originel de Jéhovah. Jésus a acheté l'« héritage » et se prépare à renverser l'usurpateur. À sa prise de pouvoir, il règne jusqu'à ce que tous les ennemis soient sous ses pieds : c'est l'œuvre de l'âge millénaire. Quand il a tout rétabli, il remet le royaume à Dieu le Père. Dieu se repose donc, à l'égard des affaires de ce monde, pendant sept mille ans.[164]
Pierre, dont le sujet est l'histoire de « la génération des cieux et de la terre » jusqu'à leur régénération, enseigne selon l'auteur que la semaine de la loi est un type de la grande période de 7 000 ans de l'histoire humaine : six mille ans de labeur sous l'esclavage du péché et de Satan, puis mille ans de paix, de repos et de communion céleste. Le sabbat millénaire une fois achevé, aucune nouvelle semaine de labeur ne commence. Le cycle de la semaine juive, type glorieux, a son antitype. Il en va de même pour le cycle plus grand de sept fois sept, qui menait au jubilé.[165]
Si le septième jour de la création, celui du repos du Père, dure sept mille ans, les six autres durent aussi chacun sept mille ans. On obtient sept fois sept mille ans, soit quarante-neuf mille ans, qui mènent au cinquantième millénaire, présenté comme l'antitype de tous les antitypes chronologiques : le grand jubilé. L'exposé se termine par quatre vers sur la maturation des desseins de Dieu. Il est signé W. I. Mann.[166]
Vue de la Tour
L'œuvre du Seigneur est dite prospère, avec des rapports favorables et encourageants venus de tout le champ. Tous les ouvriers sont en bonne santé, sauf le frère Sunderlin, qui souffre intensément et reste alité.[167] Le courrier arrive de tout le territoire des États-Unis et de Grande-Bretagne, à raison de quarante à cinquante lettres par jour. Il montre, selon la rédaction, que le Seigneur se sert des petits livres comme d'un agent pour éveiller ses enfants à un intérêt nouveau pour ses plans et son œuvre. Presque toutes ces lettres expriment l'amour et la gratitude de lecteurs pour le plan de salut dévoilé.[168]
Lettres de lecteurs
La première lettre, datée de Nottingham (Angleterre) du 8 novembre 1881, vient d'un pasteur. Il y remercie pour un exemplaire de Nourriture pour chrétiens réfléchis (Food for Thinking Christians), tombé entre ses mains par ce qui lui a semblé un pur hasard, mais qu'il tient pour une providence. Le livre a éclairci des sujets qui le perturbaient depuis des années. Il en conclut qu'une grande partie de la théologie des Églises et des écoles n'est que des bribes d'opinions humaines, et que les vastes ouvrages de théologie sont plus l'œuvre d'hommes qui se trompent que de l'inspiration de Dieu. Même s'il diffère de l'auteur sur quelques détails, il juge l'argument principal irrésistible. Il demande soixante à soixante-dix exemplaires pour des personnes de sa paroisse intéressées par le second avènement.[169]
La seconde lettre, de Louisville (Kentucky), datée du 22 novembre 1881, exprime un enthousiasme analogue. Le lecteur dit être « ébloui » par la lumière que le livre répand sur le « sujet » et demande quelques exemplaires de Le Tabernacle et ses enseignements (The Tabernacle and its Teachings), si l'ouvrage est imprimé. Il affirme n'avoir jamais rien lu ni entendu qui ait eu autant d'influence sur son cœur et sa vie, et y trouve une réponse à la question « La vie vaut-elle la peine d'être vécue ? ». Selon lui, de telles vues répondront chez tous les chrétiens sans préjugés, car elles portent la marque d'autre chose qu'une conception humaine. Il souhaite les entendre en chaire et pense que cela viendra bientôt.[170]
« Un peu de temps »
Ce poème de cinq strophes, reproduit d'une source non précisée, répète l'expression « un peu de temps » : bientôt finiront les combats et les larmes, les craintes du passé deviendront des souvenirs, la « présence » de Jéhovah changera les ténèbres en jour du ciel. Il évoque aussi la colonne de feu et le nuage qui guident, la bannière d'amour, la prière pour des yeux spirituels plus clairs et l'union prochaine avec l'Époux.[171]
« Vous êtes des dieux »
Le texte du Psaumes 82:6 : « J'ai dit : Vous êtes des dieux, vous êtes tous des fils du Très-Haut. Cependant vous mourrez comme des hommes, vous tomberez comme l'un des princes » (littéralement « des têtes »), sert de point d'appui. L'appel des chrétiens est présenté comme si élevé que les hommes y voient un blasphème quand ceux-ci se disent de « nouvelles créatures », devenues « participantes de la nature divine ». Se dire engendré d'une nature divine, avec Jéhovah pour père, revient à se dire être divin, donc « dieu ». Les fils de Dieu forment une famille dont Jéhovah est le père, tous étant frères et cohéritiers, Jésus en étant le chef et le premier-né.[172]
Peu discernent cette relation, parce que l'homme naturel ne reçoit pas les choses de l'Esprit de Dieu (1 Corinthiens 2:14). Il en fut ainsi pour Jésus : après avoir consacré son humanité à trente ans, il a été baptisé de l'esprit et est devenu participant de la nature divine. Quand il s'est dit fils de Dieu, les Juifs voulaient le lapider, car ils comprenaient qu'il se faisait « dieu » (1 Jean 3:2 ; 1 Pierre 1:3). Jésus ne nie pas que « fils » implique la nature divine ; il cite le psaume, et ses adversaires, apparemment satisfaits, ne le lapident pas. Son argument : si l'Écriture appelle « dieux » ceux qui reçoivent la parole, celui que le Père a mis à part à leur tête ne blasphème pas en se disant fils de Dieu (Jean 10:35).[173]
Ces fils de Dieu restent déguisés : le monde ne les connaît pas, comme il n'a pas connu Jésus. Le Père ne leur donne aucun signe extérieur et les laisse marcher par la foi jusqu'à la mort. La gloire et l'honneur de leur rang ne se voient que par les yeux de la foi, mais ils se réaliseront bientôt. Ils paraissent maintenant comme des hommes et meurent naturellement comme eux, mais à la résurrection ils se lèveront dans leur vrai caractère de « dieux ». Un quatrain cité l'exprime : « Il n'a pas encore été manifesté ce que nous serons ».[174]
Le psaume est jugé infaillible, puisque Jésus dit qu'« elle ne peut être anéantie » : « vous mourrez comme des hommes et vous tomberez comme l'un des princes » (littéralement des têtes, c'est-à-dire Adam et Jésus, les deux « têtes »). Toute la famille, tête et corps, est ensuite interpellée comme un seul être, ainsi qu'elle le sera sous Christ, son chef : « Lève-toi, ô Dieu, juge la terre, car tu hériteras de toutes les nations ». Le « Dieu puissant » et « Père éternel » des nations est le Christ, dont les fidèles sont les membres. C'est lui qui héritera de toutes choses, et il a promis à son corps un pouvoir sur les nations. Paul demande : « Ne savez-vous pas que les saints jugeront le monde ? » (1 Corinthiens 6:2). Cette thèse est liée à l'idée que tous doivent mourir comme des hommes, comme la dernière des « têtes ». Un renvoi est fait à l'article « Qui peut l'entendre » du numéro de novembre 1881.[175]
Importance du baptême
Le baptême dont parle Paul n'est pas le baptême d'eau : des milliers de personnes sont immergées sans être « à la ressemblance » du Christ lors de la résurrection. Le baptême dans l'eau est en revanche un type expressif du vrai baptême, celui dans la mort. Il rappelle l'engagement de mourir au monde et aux conditions terrestres pour « marcher non selon la chair, mais selon l'esprit ». Jésus l'a utilisé de cette façon, et même sans ordre divin, les auteurs y verraient un privilège, celui de montrer leur « ensevelissement » avec le Christ dans la ressemblance de sa mort. Quand Corneille eut reçu l'Esprit saint, Pierre demanda si quelqu'un pouvait refuser l'eau à ces hommes. De la même façon, nul ne peut s'opposer à l'usage de l'eau comme type de la mort et de la résurrection.[176]
Ceux qui refusent ce baptême public sont soupçonnés d'orgueil ou de crainte du reproche des autres disciples et du monde. Ce refus indique que le vrai baptême n'a pas été pleinement accompli. Celui qui est entièrement « crucifié » dit, comme Jésus : « Je prends plaisir à faire ta volonté, ô Seigneur » (Psaumes 40:8). Le vrai baptême consiste à être immergé dans la mort, c'est-à-dire la mort éternelle de la nature humaine, à laquelle chaque membre du Christ est destiné. Par ce baptême volontaire, les « nouvelles créatures », engendrées de nouveau par Dieu (1 Pierre 1:3), deviennent membres du corps du Christ, oint pour racheter et rétablir la race déchue. Ce baptême dure depuis l'engagement jusqu'à ce que le corps humain soit dans la poussière. La « nouvelle créature » doit tenir l'ancienne pour morte et laisser la volonté du Père employer même ces corps mortels à sa gloire. Si les croyants meurent chaque jour en tant qu'humains et grandissent en tant que nouvelles créatures, ils peuvent être sûrs de naître à la ressemblance de Jésus, leur chef et précurseur, à la résurrection.[177]
Le matin vient
Le veilleur d'Ésaïe 21:12 annonce le matin, mais prévient aussi qu'une nuit le précède. Cette nuit peut durer, sa longueur est cachée, et le lever du jour reste incertain. Les croyants sont invités à guetter, car ils n'ont pour mesurer les heures que les souffrances de l'Église et le découragement des cœurs. Désirer le matin et en chercher les signes est jugé légitime : ce matin est le retour du Christ, dont l'absence est la nuit et dont la présence sera le jour. Il apporte la résurrection, la délivrance de la création et le triomphe de l'Église. La malédiction disparaît, la « servitude de la corruption » prend fin, et la terre retrouve son aspect d'avant la chute. Le Psaumes 96:11 et le Psaumes 98:7 sont cités pour décrire la joie de la création devant celui qui vient juger la terre.[178]
Plusieurs psaumes sont lus comme des annonces de ce matin. Dans le Psaumes 30:4-5, « les pleurs peuvent durer une nuit, mais la joie vient au matin ». Ce psaume est rattaché à Christ : sa nuit fut celle des « grands cris et des larmes », puis le matin vint avec la résurrection, et il est les « prémices de ceux qui sont endormis ». Puisqu'il y a eu un matin pour lui, il y en aura un pour son Église. Dans le Psaumes 49, dont le verset 4 est cité en Matthieu 13:35 comme parole du Christ, « les justes domineront sur les méchants au matin » : ce matin donne aux justes une part à la première résurrection et le droit de régner avec le Christ.[179]
Le Psaumes 46 est attribué aux fidèles d'Israël au temps de la « détresse de Jacob ». La terre tremble (Aggée 2:6 ; Hébreux 12:26-27), la mer gronde (Luc 21:25), et « Dieu l'aide au lever du matin ». Le matin apporte ainsi la victoire sur les ennemis, le renouvellement de la terre, la paix entre les nations et l'établissement du trône du Messie : résurrection pour l'Église, restauration pour Israël, restitution pour la terre. Le Psaumes 110 montre Jésus à la droite de Jéhovah, qui attend que ses ennemis deviennent son marchepied ; son peuple y est marqué par la bonne volonté, la beauté, la sainteté et le nombre. Les saints sortant du sein du matin sont comparés à la rosée, qui se dépose en abondance à l'aube. Les dernières paroles de David (2 Samuel 23:3-4) décrivent le Juste qui règne dans la crainte de Dieu et se lève comme la lumière du matin, « soleil d'un matin sans nuages » : le matin ne se lève pas avant sa venue.[180]
Le Cantique des cantiques sert aussi : l'épouse, sûre de l'amour de l'époux, attend sa venue par-dessus les collines et le prie de se hâter (Cantique des Cantiques 8:14). Elle espère une joie plus grande « jusqu'à ce que le jour se lève et que les ombres fuient » (Cantique des Cantiques 4:6). Cette joie de la foi ne vaut pas encore le festin des noces, et Jésus lui-même dit qu'il ne boira plus du fruit de la vigne jusqu'au jour où il le boira nouveau avec ses disciples dans le royaume de son Père (Matthieu 26:29). La joie du matin est comparée à celle des Juifs délivrés au temps d'Esther (Esther 8:16), à celle des captifs revenus d'exil, à celle de la moisson (Ésaïe 9:3) et à celle de la mère après l'accouchement (Jean 16:20). Elle sera sans soir ni nuit : « il n'y aura plus de nuit » (Apocalypse 22:5). L'espérance du matin soutient dans l'épreuve : le mal présent ne dure qu'une heure, l'avenir une éternité. Le texte est signé H. Bonar.[181]
La mort bénie
Partout ailleurs dans la Bible, la mort est un désastre, un ennemi, un monstre dévorant, et la tombe une prison que le Père permet seulement parce que les hommes sont pécheurs. L'espérance offerte au monde est que le Christ, qui a donné sa vie en rançon et « goûté la mort pour tous », détruira la mort en rendant la vie à tous les hommes. Lorsque l'Église sera élevée à la gloire du royaume (symbole : la montagne), il offrira à tous un grand festin et « engloutira la mort pour toujours » (Ésaïe 25:6-8). Il ouvrira alors la prison de la mort, selon Jean 5:28. Paul voit dans la mort le dernier ennemi à détruire pendant le règne millénaire (1 Corinthiens 15:25-26 ; Hébreux 2:14 ; Ésaïe 61:1).[182]
Le texte d'Apocalypse 14:13, « Heureux les morts qui meurent dans le Seigneur désormais », fait donc exception. Deux limites en précisent la portée. Le mot « désormais » indique que la mort devient une bénédiction seulement à partir d'un certain moment. Elle l'est de plus uniquement pour ceux qui sont « dans le Seigneur », les membres du corps du Christ et le « petit troupeau » ; pour les autres, elle reste un ennemi jusqu'à sa destruction au Millénium (Osée 13:14). Parler de « morts qui meurent » désigne ceux qui sont déjà morts au monde, crucifiés avec le Christ (Colossiens 3:3). Comme l'Esprit doit guider les croyants vers « les choses à venir » (Jean 16:13) et que les derniers membres du corps, les « pieds », sont considérés comme vivants maintenant, le passage doit pouvoir se comprendre aujourd'hui.[183]
Les sept versets précédents mentionnent trois messages à proclamer dans l'Église (symbole : le ciel), selon la rédaction, pendant les sept premières années de la moisson, de 1874 à 1881. Le premier, « l'heure de son jugement est venue », contient la bonne nouvelle et l'élément du temps : la « moisson », temps d'épreuve, a commencé en 1874 pour durer quarante ans, les sept premières années étant consacrées à la récolte des prémices dans l'Église. Jusqu'en 1878, la restitution était la note dominante et la consécration totale toujours demandée, mais le temps tenait une grande place. Depuis 1878, l'enseignement direct sur le temps a presque cessé chez les prédicateurs, sans décision concertée, d'autres éléments de la vérité ayant pris le devant.[184]
Au printemps 1879, le parallèle entre l'Église juive nominale et l'Église nominale de l'Évangile a permis de situer son rejet définitif, « vomie de la bouche » du Seigneur (Apocalypse 3:16), en 1878, comme parallèle du rejet de l'Église juive quand Jésus, avant sa crucifixion, déclara : « Votre maison vous est laissée déserte ». L'Église nominale de l'âge de l'Évangile est identifiée à Babylone (Apocalypse 18:2-4). Son rejet comme organisation en 1878 est donné comme début de la chute de Babylone ; depuis, les rédacteurs disent à tous les enfants de Dieu qui s'y trouvent : « Sortez du milieu d'elle, mon peuple » (Apocalypse 18:4). Ce message correspond au deuxième : « Babylone est tombée » (Apocalypse 14:8). Le troisième message (versets 9-11) concerne les adorateurs de la bête et de son image : ceux qui restent dans l'Église nominale, de cœur ou de nom, contre l'appel à en sortir, subissent un tourment aussi longtemps qu'ils adorent les credos, les doctrines et les organisations humaines. Les rédacteurs notent qu'ils n'ont remarqué que six mois plus tôt la ressemblance entre leurs enseignements et ces messages. L'explication des symboles d'Apocalypse 13, les bêtes et l'image, a paru dans le numéro de janvier 1880 et doit être republiée dans le numéro suivant.[185]
Les trois messages peuvent continuer d'être répétés, mais en tant que messages spéciaux annoncés par le Révélateur, ils ont tous été donnés. Le temps est maintenant celui de l'attente patiente du « changement » du verset 12. C'est en 1881 que le passage « Heureux les morts qui meurent dans le Seigneur désormais » est compris pour la première fois, selon la rédaction, comme visant les membres du Christ vivants.[186]
La bénédiction tient à l'absence de sommeil : ces membres seront instantanément revêtus de leur corps céleste et spirituel, « changés en un instant » (1 Corinthiens 15:52), en laissant tout ce qui est humain et terrestre. Jésus a passé près de trois jours à l'état « dévêtu », et Paul comme les autres attendent depuis près de deux mille ans « dévêtus » ou « endormis en Jésus ». Cette attente est l'une des principales raisons pour lesquelles la mort déplaisait même aux chrétiens. La mort de l'humain coïncidera avec le perfectionnement de la nature divine. « Qu'ils se reposent de leurs travaux, car leurs œuvres les suivent » : aucune interruption du travail n'a lieu pour eux, car ils sont déjà morts au monde et vivants pour Dieu, et poursuivent à un niveau plus élevé la même œuvre du royaume. Seule cesse la fatigue liée au corps mortel, le « vase de terre ». Paul, lui, attendait un sommeil puis la couronne « en ce jour-là » (2 Timothée 4:8). Un quatrain avertit de ne pas croire la victoire acquise : l'humain doit être entièrement sacrifié avant que le divin soit parfait, selon la parole « Sois fidèle jusqu'à la mort, et je te donnerai la couronne de vie » (Apocalypse 2:10). Cette explication est présentée comme en accord avec l'article « Qui peut l'entendre » du numéro précédent.[187]
L'Antichrist
Cet article sur 2 Thessaloniciens 2 prend la forme d'un dialogue entre B et A. B demande qui est l'« homme de péché », l'« Antichrist », ce qu'il est, quand il vient ou s'il est déjà venu. A rappelle que Jésus, les apôtres et les prophètes en parlent. Selon les opinions qu'il cite, Jérusalem et le temple seront bientôt rebâtis, et un homme littéral s'élèvera au-dessus de tout ce qu'on appelle Dieu, s'assiéra dans le temple en se proclamant Dieu (2 Thessaloniciens 2:4), fera des « signes et des prodiges de mensonge » et se fera adorer du monde entier. L'identité de cet homme est débattue : certains y voient Napoléon Bonaparte et ses successeurs au trône de France, aujourd'hui le prince Jérôme Bonaparte ; d'autres, récemment, ont renoncé à attendre cela d'une dynastie déchue et affirment avec assurance qu'il s'agit du pape actuel.[188]
B juge ces idées invraisemblables en plein dix-neuvième siècle. Elles auraient pu se produire dans un pays païen des siècles plus tôt, mais la presse et la science tendent à ignorer Dieu, voire à le nier, malgré les preuves de sa puissance créatrice, alors que « les jours racontent la gloire de Dieu » (Psaumes 19:2).[189]
A répond qu'il serait plus facile de mener le monde à l'athéisme qu'à l'idolâtrie, surtout envers un homme, et qu'il ne peut donc pas attendre un « Homme de péché » personnel. Il s'appuie sur 2 Thessaloniciens 2:3 : Paul invitait l'Église à attendre « le jour du Seigneur », mais ce jour ne viendrait qu'après l'apostasie et la révélation de l'Homme de péché. A déclare vivre déjà dans ce « jour du Seigneur » et en conclut qu'il faut chercher l'Homme de péché dans le passé, où il doit pouvoir être reconnu. Il y voit une fausse doctrine née au sein de l'Église, qui s'est installée par erreurs successives. L'Église aurait cessé de s'appuyer sur les promesses de son Seigneur absent et aurait aimé le monde. Elle aurait espéré de lui le Royaume, la gloire et les honneurs, et l'Empire romain, au lieu de la persécuter, l'aurait adoptée et installée au pouvoir, jusqu'à ce qu'elle se glorifie elle-même et vive dans le luxe avec les rois de la terre (Apocalypse 18:5-7).[190]
B demande pourquoi Paul parle d'un « homme » alors que A décrit une femme. A répond qu'il faut deux éléments pour faire un seul : Adam et Ève forment un seul être, et Jésus et son Épouse deviendront ensemble « le Christ », la semence en qui toutes les familles de la terre seront bénies (Galates 3:29). Pour l'Antichrist, l'Église, qui devait être la vierge du Christ, s'est unie au monde dans un amour impur et forme avec lui « l'Homme de péché ». L'Église et l'Empire romain se sont fondus peu à peu, jusqu'à ce que la papauté, nom de ce royaume ecclésiastique, exerce le pouvoir principal sur le monde. La papauté se disait le Royaume de Dieu sur les royaumes de la terre et appliquait à ses papes Apocalypse 11:15 : les royaumes de ce monde sont devenus ceux du Seigneur et de son Christ. Elle s'attribuait ainsi les titres du vrai Christ, d'où le nom d'Anti-Christ, c'est-à-dire « contre le Christ ».[191]
À la question de savoir si la papauté nie Dieu ou le Christ, A cite Paul : certains prétendent connaître Dieu mais le renient par leurs actes. La papauté se déclare le Royaume de Dieu, mais ses œuvres s'opposent au vrai Royaume, dont elle est une contrefaçon habile. La critique vise le système papal, non les catholiques pris individuellement.[192]
Les prétentions de la papauté
Le pape se dit « Roi des rois et Seigneur des seigneurs » et « Prince des rois de la terre ». Comme vicaire du Christ, il est le « Papa », père de l'humanité, et se voit appliquer les titres d'Ésaïe sur le Christ glorieux du Millénium : « Père éternel », « Prince de la paix », « Dieu puissant ». La papauté soutient aussi que, parvenue au pouvoir, elle a soumis tous ses ennemis et régné mille ans sur les royaumes de la terre, généralement datés de 792 à 1792. Pour elle, le règne millénaire de Apocalypse 20 est passé, et la période qui a suivi la chute de sa domination en 1798 est la « petite saison » où le diable est délié, c'est-à-dire le protestantisme et toute infidélité envers elle. Elle y voit aussi l'accomplissement du « sceptre de fer » de Psaumes 2:6-12, en particulier des versets 10 à 12.[193]
Les rois devaient s'agenouiller devant le pape et baiser son gros orteil pour recevoir sa bénédiction et leur couronne. Dans un cas rapporté, le pape fit tomber du pied la couronne posée sur la tête du roi prostré, puis la fit remonter entre ses pieds pour la lui placer. Pendant des siècles, aucun roi d'Europe ne régnait sans cette investiture, et déplaire au pape faisait perdre titre et trône.[194]
Plusieurs citations illustrent ces « grandes paroles d'orgueil ». Grégoire II se vante que tous les rois d'Occident révèrent le pape comme un dieu sur la terre. Le titre « Notre Seigneur Dieu le pape » est souvent accepté, et au concile de Latran on dit au pape : « Tu es un autre Dieu sur la terre ». Le pape Martin déclare que le sacerdoce a commencé avec Melchisédek, a été solennisé en Aaron, perfectionné dans le Christ, représenté en Pierre et manifesté dans le pape. Il affirme être « tout en tous et au-dessus de tous » et en conclut qu'il est au-dessus de tous les dieux, avec le pouvoir de changer les temps, d'abroger les lois et de dispenser même des préceptes du Christ. A y voit le discours blasphématoire de l'Antichrist, et B reconnaît qu'on ne peut trouver de système plus blasphématoire à désigner comme Homme de péché.[195]
Selon A, les papes d'aujourd'hui, moins ouverts parce qu'ils ont moins de pouvoir et que le peuple est plus instruit, font les mêmes prétentions. Pie IX a proclamé le dogme de sa propre infaillibilité. Léon XIII se dit « le Lion de la tribu de Juda », titre du vrai Christ. A rapporte un extrait du Pittsburgh Dispatch du 14 juin 1879 : le sculpteur Tadolini, qui faisait un buste du pape pour un riche Américain, lui demanda d'écrire un mot sur l'argile fraîche, et le pape y inscrivit en souriant « Leo de tribu Juda ».[196]
Le temple de Dieu
B objecte que le temple de Jérusalem était détruit depuis des siècles quand la papauté s'est installée. A répond que le temple de Dieu est la demeure de Dieu. Il habitait le temple juif, mais à la mort de Jésus le voile du temple s'est déchiré et la gloire du Seigneur l'a quitté. Pendant cinquante jours, il n'y a eu aucun temple sur terre, puis à la Pentecôte le Seigneur est descendu par son esprit et sa gloire a rempli son nouveau temple, l'Église de l'Évangile (1 Corinthiens 3:16 ; Éphésiens 2:21-22). Il n'y en a pas eu d'autre depuis, et il n'y en aura jamais, car cette demeure est éternelle. Un bâtiment érigé à Jérusalem pourrait porter le nom de temple, mais ne serait pas « le temple de Dieu ». L'Homme de péché, la papauté, a pris place dans l'Église et s'est servie sur un mode blasphématoire des titres du Roi des rois.[197]
Les erreurs qui ont conduit à l'apostasie agissaient déjà du temps de Paul (2 Thessaloniciens 2:7). Elles se sont accélérées quand le « chandelier » de l'Église a été retiré, c'est-à-dire quand ont cessé les dons de l'esprit comme la guérison et le discernement des esprits, qui freinaient l'erreur à l'époque apostolique. L'empire païen la retenait aussi, et la papauté n'a pu s'élever qu'après son déclin. B y voit une contrefaçon du vrai Royaume et comprend mieux la « puissance d'égarement » qui fait croire au mensonge.[198]
Apocalypse 12 : la contrefaçon du Royaume
A trouve dans Apocalypse 12 un tableau de cette contrefaçon. B rappelle que ce chapitre passe pour l'image de l'établissement du vrai Royaume : certains voient dans l'enfant mâle Jésus, d'autres l'Église au moment de l'enlèvement. Selon lui, la première lecture oblige à faire de la femme l'Église juive, et la seconde est contraire aux 1260 ans mentionnés. A reconnaît que ce chapitre passe pour l'un des plus difficiles d'un livre difficile.[199]
La femme revêtue du soleil représente l'Église de l'Évangile, couverte des promesses de Dieu et de la lumière de la vérité. La lune sous ses pieds est la Loi, simple reflet de la lumière de l'Évangile, sur le fondement des apôtres et des prophètes, mais sous la grâce et non sous la Loi. La couronne de douze étoiles figure les douze apôtres. Le grand dragon rouge représente l'Empire romain païen. Ses sept têtes sont les formes successives de son gouvernement et ses dix cornes les divisions du pouvoir, ce qui l'identifie à la bête de Daniel et à celle des autres passages de l'Apocalypse. « Dans le ciel » désigne le lieu du pouvoir : la femme y a le contrôle spirituel, le dragon le contrôle politique du monde.[200]
La vision se place vers 308 de notre ère, dans la phase de « Smyrne » décrite en Apocalypse 2:8-10, après de longues persécutions de la part du dragon. Ces persécutions relâchent la vigilance de certains, qui cherchent à plaire au dragon : la queue du dragon entraîne le tiers des étoiles, qui deviennent ses serviteurs. La faveur de Rome vient avec la conversion de Constantine en 313. Les douleurs de la tribulation prennent fin et la papauté naît, par le début de la fusion de l'Église et de l'État. Ce n'est pas encore l'Homme de péché, comme un enfant n'est pas encore un homme, mais l'enfant mâle est né.[201]
La faveur romaine est si douce que l'Église adapte la religion aux vues de Constantine, à demi païen. L'opposition ouverte cesse en partie, des millions de païens entrent dans l'Église, mais le changement est surtout de nom : les prêtres païens deviennent prêtres chrétiens et les fêtes païennes reçoivent des noms chrétiens. Noël en est un exemple : cette fête consacrée à une grande déesse est devenue la célébration de la naissance de Jésus, alors qu'elle tombe près de trois mois à côté de la date réelle. Certains croient que Dieu donne ainsi les royaumes du monde promis.[202]
Persécutée, l'Église souffre d'attendre la semence promise qui doit écraser la tête du serpent. Son impatience provoque une naissance prématurée, celle de l'Homme de péché, la hiérarchie papale. Cet enfant mâle, faible d'abord (314), est « enlevé vers Dieu et vers son trône », élevé aux titres, aux hommages et aux louanges de la vraie semence, et siège comme Dieu dans le temple. En moins de trois cents ans, il « gouverne les nations avec une verge de fer ».[203]
La « guerre dans le ciel » est un conflit entre l'Église et l'Empire quand le fils de l'Église tente de prendre la place dominante. Cette lutte, qui rejette le pouvoir civil du dragon, dure plusieurs siècles, jusque vers 752. À cette date, la cour allemande décide qu'aucun métropolitain n'entre en fonction sans l'approbation du pontife, et Pépin demande au pape la sanction de son accession au trône de France. « Michel et ses anges », la papauté et ses partisans, combattent le dragon, les dirigeants païens, qui est précipité du ciel.[204]
B juge forcé de faire de Michel un symbole de l'Homme de péché et rappelle le Michel de Daniel 12. A répond que Daniel 12 est un récit littéral, avec résurrection et autres faits littéraux, alors qu'en Apocalypse 12 la femme, le dragon, la queue, les étoiles et les cornes sont tous des symboles, et qu'un Michel réel ne pourrait combattre un dragon symbolique. Le nom étonne d'abord, mais le dictionnaire donne à Michel le sens « Qui comme Dieu », très proche de la description de Paul : « il s'assied comme Dieu dans le temple de Dieu » (2 Thessaloniciens 2:4). Une fois le dragon chassé du pouvoir, celui qui se tient « comme Dieu » reste maître des cieux, et de lui sort la grande voix des versets 10 à 12. La papauté proclame que le Royaume de Dieu et la puissance de son Oint sont venus avec sa prise de pouvoir, et que sa victoire vient du sang de l'Agneau et de la fermeté de l'Église de « Smyrne ». Comme l'Église fut persécutée sous le paganisme, elle fait souffrir à son tour païens et hérétiques. La papauté présente cela comme le règne millénaire où elle a brisé les royaumes avec la verge de fer.[205]
À B, qui rappelle que le malheur vient du dragon et non de l'Église, A répond que le dragon représente Rome, qui change de têtes (Apocalypse 17). Il a ici revêtu sa cinquième tête, la papauté. C'est la même Rome sous une nouvelle autorité : l'Empire et son armée, qui persécutaient l'Église, persécutent maintenant païens et hérétiques. Le dragon représente désormais l'Empire sous la direction de son chef ecclésiastique. Cette force militaire s'est tournée contre la femme et contre le reste de sa descendance, qui n'a pas pris part à l'apostasie, garde les commandements de Dieu et a « le témoignage de Jésus ». Parmi eux figurent des ancêtres des Vaudois et des Huguenots. Ils savaient par la prophétie que le même Jésus reviendrait pour être glorifié dans ses saints, mais aussi qu'il y aurait d'abord l'apostasie et la révélation de l'Homme de péché, fils de perdition, avant le jour du Seigneur, et ils ont probablement reconnu la papauté pour l'Antichrist.[206]
Le désert, les deux ailes et les 1260 ans
Deux ailes de grand aigle sont données à la femme pour s'envoler au désert, à sa place (verset 14). Le « désert » symbolise le mépris et la condition d'exclue, alors que la « ville » représente la popularité, l'honneur, la domination, le royaume. Jésus a laissé son Église au désert en disant : « Dans le monde vous aurez de la tribulation » et « Ne vous étonnez pas si le monde vous hait », mais il a promis de revenir la sortir de cette condition pour l'élever à l'honneur et à la domination avec lui. Cette condition de ville est représentée par la Nouvelle Jérusalem (Apocalypse 21:2). Impatiente, l'Église a quitté le désert pour s'unir à la ville du monde. Elle a pu en remodeler une partie, mais n'en a fait qu'une « Babylone », mélange de l'Église et du monde, et non une Nouvelle Jérusalem.[207]
Quand l'apostasie a commencé, certains y ont vu une condition de Babylone, et les deux ailes les ont aidés à revenir au désert, séparés du monde et de Babylone, « hors du camp ». Ces deux ailes sont les deux témoins mentionnés ailleurs : la Parole de Dieu, c'est-à-dire l'Ancien et le Nouveau Testament, qui montre que le temps présent est celui de souffrir avec lui pour régner avec lui plus tard. La femme est nourrie pendant le long règne de la papauté, de 538 à 1798, soit 1260 ans, les « trois temps et demi » étant un temps symbolique. L'Église véritable, toujours un « petit troupeau », mérite à peine l'attention de l'historien en comparaison de la papauté, mais Dieu connaît les siens et les nourrit. Ils ont une foi assez forte pour la sceller de leur sang : des milliers, voire des millions, sont mis à mort par la papauté, ivre « du sang des saints et des martyrs de Jésus » (Apocalypse 17:6).[208]
Le dragon, c'est-à-dire l'Empire sous sa tête papale, jette un fleuve d'eau, le peuple et l'armée, derrière la femme, mais la terre, le monde en général, l'aide en absorbant les eaux. L'armée, jadis employée à la conquête, sert à traquer « dissidents » et « hérétiques », et sans les troubles venus d'ailleurs, qui absorbaient son attention, elle aurait pu exterminer la vraie Église.[209]
La révélation et la fin de l'Homme de péché
A demande à B s'il voit maintenant l'Homme de péché, et B répond que c'est clair. Il demande ce que Paul veut dire par « alors sera révélé l'impie » (2 Thessaloniciens 2:8). Le mot grec traduit par « révélé », apokalupto, signifie découvrir, ôter un masque. La papauté avait fait croire au monde entier qu'elle était le Royaume de Dieu, et la contrefaçon était si parfaite que seuls quelques-uns au désert connaissaient son caractère d'Antichrist. Puis le Seigneur a suscité Luther et d'autres de son temps, qui ont arraché le masque et montré la papauté sous son vrai jour d'Antichrist, d'Homme de péché, de contrefaçon du vrai Royaume. Telle a été la pointe de la prédication de Luther et de toute la Réforme, et elle a abouti à « l'enlèvement de sa domination, pour la consumer et la détruire jusqu'à la fin » (Daniel 7:25-27).[210]
Depuis 1798, la plupart des membres de l'Église ont de nouveau quitté le désert et se mêlent au monde, ce qui les rend moins critiques envers la papauté. Pour bien voir la prostituée et ses filles (Apocalypse 17:3-5), ils doivent d'abord sortir de Babylone et revenir à la condition séparée du désert.[211]
À la question de B sur une fin soudaine, A répond que Paul écrit : « Que le Seigneur consumera par le souffle de sa bouche » (2 Thessaloniciens 2:8). Consumer, c'est détruire peu à peu, et le souffle de sa bouche est sa Parole, la vérité. Cette action dure depuis environ trois cents ans, depuis la publication de la Parole de Dieu en 1526, et plus particulièrement depuis 1801, année où la Parole, les « deux témoins », a été élevée au ciel, lieu d'estime et de respect. À peu près à ce moment, la domination temporelle de la papauté a commencé à être enlevée. La papauté, consciente que « l'épée de l'Esprit, qui est la Parole de Dieu » doit la détruire, a toujours cherché à la soustraire au peuple et brûlerait aujourd'hui toutes les Bibles si elle le pouvait.[212]
Son pouvoir civil s'use depuis longtemps, mais sur le plan ecclésiastique elle vit encore. Avec le protestantisme et les royaumes de la terre, elle doit jouer un rôle important contre l'établissement du vrai Royaume de Dieu. Elle sera détruite pendant la présence du Seigneur : « que le Seigneur détruira par l'épiphanie [manifestation de lumière] de sa parousie [présence] ». B résume : la papauté sera détruite par l'augmentation de la lumière et de la vérité pendant la présence du Seigneur, « le jour du Seigneur » dans lequel les Étudiants de la Bible vivent. A confirme : la papauté perd peu à peu son pouvoir, et l'Inquisition espagnole, la dernière de son genre, a été abolie en 1870.[213]
Selon A, le Seigneur est présent maintenant, rassemblant l'Épouse parmi la masse nominale des chrétiens, une partie venant des endormis et une autre de la génération vivante de l'Église. Tous seront bientôt associés à lui dans l'œuvre du Royaume, dont la première étape sera le renversement de toute injustice, de toute oppression et de toute erreur, donc des systèmes et institutions qui les soutiennent. L'établissement du Royaume entraîne la chute de tous les royaumes de la terre, même les meilleurs, fondés sur l'injustice, l'inégalité des droits, l'oppression du grand nombre et la faveur faite au petit nombre : « il brisera et consumera tous ces royaumes, et il subsistera éternellement ». Les Églises sectaires, Babylone, sont atteintes, car elles sont liées au soutien de ces royaumes sur lesquels elles s'appuient. Elles les ont déclarés « gouvernements chrétiens » et d'institution divine, alors que ce sont des gouvernements « bestiaux », que Dieu tolère jusqu'au moment où le Christ prendra sa grande puissance et gouvernera la terre comme cinquième empire universel (Daniel 7:17-18 ; Daniel 7:23 ; Daniel 7:27).[214]
Le rassemblement de l'armée du Seigneur est déjà en cours, pendant sa présence. La lumière de sa présence prépare les vivants du « petit troupeau » à être cohéritiers du Royaume, et elle éveille et rassemble d'autres classes, tout autres par leur caractère, leurs espoirs et leurs buts : la grande armée du Seigneur pour détruire le mal et l'oppression, soit les communistes, les nihilistes et autres, qui s'organisent pour renverser le despotisme. La connaissance est le moyen de les enrôler, et elle brillera jusqu'à ce que tout système mauvais soit montré sous son vrai jour. L'humanité sera ainsi préparée au règne de justice, quand « un roi (le Christ) régnera selon la justice et des princes (les saints) exerceront le jugement sur la terre » (Ésaïe 32:1).[215]
B remercie Dieu pour sa Parole, lumière qui dissipe l'erreur. Il observe que les chrétiens de nom deviennent plus sceptiques, tandis que les enfants de Dieu les plus mûrs et les plus sérieux cherchent plus que jamais. Il appelle à « courir de manière à remporter » le prix de la haute vocation, en vainquant le monde (le « dragon ») par le sang de l'Agneau et la parole de son témoignage, pour partager le vrai Royaume du vrai Christ, dont la papauté est une contrefaçon abominable, l'Anti-Christ.[216]
A annonce que les Étudiants de la Bible ont à vaincre deux ennemis bien plus subtils que le « dragon » (le monde), mentionnés en Apocalypse 13 : la Bête et son Image, tous deux symboliques. Il propose d'examiner ce chapitre une autre fois. B accepte pour la prochaine rencontre et relève qu'en Apocalypse 20:4 ceux qui auront part au Royaume du Christ et à son règne millénaire n'ont pas adoré la Bête ni son Image, ni reçu sa marque ou le nombre de son nom. Comprendre ces symboles est nécessaire pour saisir ce message.[217]
Questions et réponses
La restitution physique et la nature divine
À la question de savoir si la restitution physique parfaite précède le changement « en un clin d'œil », la réponse est négative. Aucun texte biblique n'enseigne que ceux qui deviennent de nouvelles créatures retrouveront la perfection de la nature humaine. Par nature, les hommes sont dépravés. Depuis que Jésus a payé la rançon, le croyant est justifié, c'est-à-dire compté pour parfait. Dans cet état, il est invité à présenter son « corps en sacrifice vivant » au service de Dieu. Ce corps, bien qu'imparfait en réalité, sera « agréable à Dieu », qui compte le croyant pour justifié. Celui qui accepte l'invitation et sacrifie sa volonté et son corps humains ne reçoit pas un être humain parfait. Une promesse bien supérieure lui est faite : à la résurrection, il sera semblable aux anges et au corps glorieux du Christ.[218]
La restitution est promise au monde, qui en approche, et il sera rendu parfait en tant qu'hommes. Ceux qui marchent par la foi et, durant l'âge de l'Évangile, s'approprient leur justification par le sang du Christ puis consacrent et crucifient leur nature humaine, avec tout ce qu'elle espère ici-bas et plus tard, reçoivent la promesse de la nature et de l'image divines, prix sans comparaison avec l'autre. Ceux qui se sont engagés sur la « voie étroite » vers la nature divine vont dans la direction opposée au perfectionnement de l'humain, car le divin ne s'obtient que par la mort de l'humain. Beaucoup cherchent pourtant à perfectionner la chair dans l'espoir d'atteindre ainsi la nature divine. Autant, selon la comparaison employée, espérer rejoindre Albany en marchant de Utica vers Chicago.[219]
En s'engageant à souffrir avec Jésus pour régner avec lui, les croyants ont tenu leur chair pour morte et l'Esprit pour vivant en eux, comme nouvelles créatures. Cet engagement doit être mené jusqu'à son terme, jusqu'à ce que la vie spirituelle soit parfaite. Les croyants gémissent dans leur tente terrestre, non pour être dépouillés, mais pour être revêtus de leur demeure céleste, le corps spirituel, et aucune maison terrestre parfaite ne leur est promise. Le texte de Galates 3:3 est cité : ayant commencé par l'Esprit, on ne peut être rendu parfait par la chair.[220]
Au sujet de la puissance de l'Église parfaite, engendrés de l'Esprit, ses membres, s'ils persévèrent, naîtront de l'Esprit. La semence spirituelle aura « un corps spirituel », la semence naturelle « un corps naturel » (1 Corinthiens 15:38 ; 1 Corinthiens 15:42-44). Son œuvre, comme semence spirituelle, est de bénir toutes les familles de la terre (Galates 3:29).[221]
Le mystère de 1 Corinthiens 15:51
Selon la réponse à une autre question, le « mystère » est que tout membre du corps du Christ qui meurt aujourd'hui ne dort pas, même un instant : il est changé en corps spirituel en un clin d'œil. Les paroles « Ô mort, où est ton aiguillon ? Ô tombe, où est ta victoire ? » (1 Corinthiens 15:55) ne s'appliquent pleinement qu'à ceux-là. Pour Jésus, la tombe a eu une victoire de près de trois jours, et la mort un aiguillon qui lui a arraché le cri « Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m'as-tu abandonné ? ». Il en a été de même pour tous les croyants jusqu'ici. Désormais, la tombe ne remporte plus de victoire sur ces membres : on y dépose seulement le vêtement de chair, la « maison terrestre » usée, tandis qu'ils sont « changés en un moment ». Le texte de Apocalypse 14:13 est cité : « Heureux les morts qui meurent dans le Seigneur dès maintenant ». L'Église entière, puis le monde, obtiennent la victoire sur la tombe par une résurrection, et l'aiguillon de la mort est retiré pour tous par le Seigneur Jésus. Mais sur « ceux qui sont vivants et restent », la tombe n'a aucune victoire, pas même le temps d'un « clin d'œil ».[222]
Élie et la mort des membres du corps du Christ
Un lecteur approuve l'idée, avancée dans le numéro précédent, que tous les membres du corps du Christ doivent mourir physiquement et que la transformation a lieu au moment de la mort. Il demande si cela ne contredit pas le type d'Élie, qui n'est pas mort : si Élie est le type et les croyants l'antitype, ceux-ci ne devraient pas mourir. La réponse rappelle que les croyants ne sont plus « dans la chair mais dans l'Esprit ». Si Élie est un type, comme l'affirme la réponse, son histoire et son enlèvement sont typiques des croyants en tant que nouvelles créatures spirituelles, non de l'homme naturel. Les croyants doivent être « enlevés » des conditions terrestres, corps compris, et « changés » en corps spirituels parfaits « en un moment ». Ils se comptent, comme Dieu les compte, pour des nouvelles créatures, participantes de la nature divine, déjà mortes comme hommes et vivantes envers Dieu, et attendant seulement que leur existence soit parfaite par le revêtement du corps céleste.[223]
La restauration du temple de Salomon
Le sultan Abdul Aziz, à la demande de l'empereur François-Joseph d'Autriche, avait entrepris de restaurer les ruines du « Temple de Salomon » en Palestine. Les travaux, lents, ont été abandonnés environ cinq ans auparavant, sans doute faute de fonds. Le pèlerinage récent de l'archiduc autrichien Randolph en Terre sainte leur a donné une nouvelle impulsion, et le sultan actuel, Abdul Hamid, a ordonné leur reprise. Sur la grande place devant le Temple se dresse la mosquée d'Omar, qui tire environ 75 000 dollars par an des dons des pèlerins et d'autres sources. Pour assurer la réussite, le sultan a décidé que ce revenu servirait désormais à payer les travaux.[224]
Avis sur la bande d'envoi
Les lecteurs qui n'ont pas écrit depuis dix-huit mois pour demander la poursuite de l'envoi de la Zion's Watch Tower trouvent un « x » rouge à côté de leur adresse sur la bande d'envoi. Leur nom sera retiré de la liste s'ils ne répondent pas aussitôt. Cela touche aussi de nombreux abonnés de la liste des pauvres : la rédaction souhaite avoir des nouvelles de chacun une fois par an et ne veut pas envoyer la revue à ceux qui n'y tiennent pas assez pour la demander. Le tract sur le Tabernacle doit paraître avant janvier 1882. La liste des « collaborateurs réguliers » est supprimée, faute de nécessité et parce que les contributeurs n'étaient pas toujours réguliers ; le nom des auteurs figurera désormais avec leurs articles.[225]
Une lettre ouverte
Une lectrice ou un lecteur, qui se dit obscur mais très attentif, s'adresse à « Frère Russell » et aux autres membres du « petit troupeau » qui attendent l'union avec le Seigneur. L'auteur juge que le temps est très proche et demande si chacun s'efforce d'ôter les taches et les plis de sa robe et de celle des autres. Aux frères qui enseignent, il dit son estime « pour leur travail » et affirme que les lecteurs examinent de près leurs communications dans la revue, car Dieu les a établis en guetteurs sur les murs de Jérusalem (Ésaïe 62:6-7). Il évoque la trompette du guetteur (Jérémie 6:17) et l'ordre de Joël 2:1 de sonner l'alarme sur la montagne sainte, c'est-à-dire parmi la véritable Église du Christ. Certains ont répondu à temps pour devenir membres de l'Épouse, mais la trompette doit sonner jusqu'à ce que se forme la compagnie des vierges, ses compagnes (Psaumes 45:14). Il cite 1 Corinthiens 14:8 : la trompette ne doit pas rendre un son incertain.[226]
L'auteur relève un danger propre aux frères qui prêchent : la question du plus grand, née dans l'Église primitive. Il a cru remarquer chez certains un penchant à y succomber, petite pointe d'orgueil qui trouble la clarté de la trompette. Il rappelle que Paul craignait d'être lui-même disqualifié après avoir prêché aux autres (1 Corinthiens 9:27) et cite : « que celui qui croit être debout prenne garde de tomber » (1 Corinthiens 10:12).[227]
Il estime que, si le désir de sauvegarder une réputation humaine était entièrement sacrifié et si seule la pensée divine restait vivante, les guetteurs verraient « œil à œil » (Ésaïe 52:8), le retour de la faveur de Jéhovah envers Sion étant, selon lui, reconnu comme présent. Il invoque la promesse de l'Esprit qui conduit l'Église « dans toute la vérité » (Jean 16:13) : l'Esprit n'en mènerait pas une partie dans la vérité et l'autre dans l'erreur. Il cite l'exhortation de Paul à parler tous le même langage et à rester unis dans une même pensée (1 Corinthiens 1:10). Les divisions viennent de ce que les croyants sont charnels (1 Corinthiens 3:3). Il renvoie encore à 1 Corinthiens 12:24-25 et à Philippiens 2:2-5 sur l'humilité. À la question de savoir qui sera le plus grand, Jésus répond que seuls les humbles auront part au Royaume et que le rang y sera proportionné à l'humilité et au service ici-bas (Matthieu 18:3 ; Matthieu 23:11).[228]
S'adressant ensuite au « troupeau », l'auteur demande si chacun lit la Parole et les messages de la revue avec le même soin que ceux qui les rédigent. Il craint qu'on n'apprécie pas assez le zèle des frères qui consacrent pensée, temps et argent à armer les lecteurs contre l'erreur. Beaucoup, faute d'avoir mis à profit ces occasions, sont faibles et emportés par « tout vent de doctrine » (Éphésiens 4:14). Pour lui, la revue a été une bénédiction incalculable : elle raisonne à partir des Écritures, compare la Loi et les prophètes aux paroles de Jésus et des apôtres et explique les symboles de l'Apocalypse, de sorte que sa foi repose sur la puissance de Dieu et non sur la sagesse des hommes. Devant une doctrine nouvelle, il s'en remet à Ésaïe 8:20 et constate que la Loi et le témoignage la confirment. La lumière ancienne ne s'éteint pas à l'arrivée de la nouvelle : chaque rayon ajouté accroît la gloire. Il recommande de relire attentivement les sujets traités (Hébreux 2:1), car Dieu a donné prophètes, évangélistes, pasteurs et docteurs jusqu'à ce que tous parviennent à l'unité de la foi (Éphésiens 4:11-13).[229]
Sortez de Babylone
Les Églises, telles qu'elles sont organisées aujourd'hui, aident très peu les vrais disciples de Jésus et leur nuisent même. Elles mêlent à la vérité beaucoup d'erreurs venues de la papauté, de sorte que « l'or fin s'est terni ». Leurs credos, comparés aux souliers de fer des Chinoises, freinent la croissance de leurs membres. Les lecteurs sont invités à sortir de ces entraves pour jouir de la liberté de conscience, celle d'étudier et de croire la Parole de Dieu même si elle renverse tous les credos et toutes les traditions, sans s'embarrasser d'aucun joug de servitude. Cette liberté vise à mieux servir et adorer Dieu, non à mal faire.[230]
À ceux qui demandent comment se retirer, s'ils doivent « prendre une lettre », la réponse est de ne prendre aucune lettre. Le désir de rester membre en règle est le tourment de beaucoup, qui craignent de perdre leur réputation et veulent garder l'honneur d'appartenir à une Église, plutôt que d'être méprisés. Ils chantent pourtant « Dare to be a Daniel » (« Ose être un Daniel »), mais, comme des enfants attachés au tablier, ils ont peur de se tenir seuls et ont besoin d'un joug sectaire. Beaucoup sont nés dans la servitude des credos et ne peuvent apprécier la liberté. Jésus dit : « Sondez les Écritures », et la vérité rend « libre » (Jean 8:32).[231]
La revue publie la copie d'une lettre remise récemment par une sœur de Pittsburgh à l'Église dont elle était membre depuis seize ans, et propose cette lettre comme modèle. L'auteure y écrit que, selon elle, la moisson de l'âge de l'Évangile est en cours (Matthieu 13:30), que l'Église nominale de toutes confessions est représentée par le blé et l'ivraie, et que son état mêlé de mondanité et de tiédeur déplaît au Seigneur. Elle a suivi le conseil d'Apocalypse 3:18 d'acheter de lui de « l'or éprouvé par le feu », la vérité, et dit avoir choisi de tout vendre : réputation, amis si nécessaire, temps, talents, moyens. Elle voit dans cet état mêlé la Babylone d'Apocalypse 18, où se trouvent encore des enfants du Seigneur, à qui il dit : « Sortez du milieu d'elle, mon peuple » (Apocalypse 18:4). Par obéissance, elle demande que son nom soit retiré de la liste des membres de l'Église nominale, car il reste inscrit dans le livre de vie de l'Agneau. Elle ne retire pas son affection aux membres et souhaite les voir tous « comme du blé mûr » rassemblé dans le grenier plutôt que liés en bottes d'ivraie pour le feu de la jalousie de Dieu. Elle les exhorte à une consécration plus profonde et à sonder davantage les Écritures, et se déclare heureuse dans le Seigneur même si on la comprend mal.[232]
La connaissance, source de liberté
Quand Luther a vu à quel point la papauté correspondait au tableau de Paul en 2 Thessaloniciens 2:3-8 et aux symboles d'Apocalypse 17, cette connaissance lui a donné la liberté de la dénoncer publiquement. Dieu lui a donné la liberté en lui donnant la connaissance, et Luther aurait été indigne d'être sa voix s'il avait eu la lâcheté de se taire, alors que la papauté était la seule institution reconnue et respectée du monde. La connaissance de la vérité et de la Loi fondait aussi la liberté de Jésus quand il traitait les docteurs de son temps de « guides aveugles ». Paul, devant le conseil et le grand prêtre, répond qu'il ne savait pas qu'il était le grand prêtre de Dieu (Actes 23:3). Il avait raison, selon la revue, car lorsque Jésus est devenu le grand prêtre antitypique (Hébreux 7:26-28), le type a cessé d'exister aux yeux de Dieu, comme l'agneau typique de la Pâque après que l'Agneau de Dieu est devenu notre Pâque (1 Corinthiens 5:7). C'est aussi parce qu'il savait que le Christ avait mis fin à la Loi que Paul pouvait annoncer la fin de la circoncision charnelle et dire que les fêtes et les sabbats juifs étaient des ombres (Colossiens 2:17).[233]
Certains s'étonnent de la liberté avec laquelle la revue parle : elle déclare l'Église évangélique nominale rejetée par le Seigneur, comme l'Église juive son type, annonce avec assurance la tribulation à venir sur elle, lui applique les paroles « Sortez du milieu d'elle, mon peuple » ainsi que certains symboles de l'Apocalypse, et accepte sans hésiter les promesses de gloire, d'honneur, d'immortalité et de divinité. Ils s'étonnent que ces Étudiants de la Bible ne soient pas dans les ténèbres comme la plupart au sujet du « jour du Seigneur » (1 Thessaloniciens 5:4), et qu'ils prétendent connaître « les choses à venir » (Jean 16:13). Cette liberté, répond la revue, est inspirée par la connaissance de la Parole de Dieu et la foi en elle (Jean 8:32). Comme à l'époque de Luther et de Paul, ceux qui sont trop paresseux ou trop lâches pour dire la vérité qu'ils voient en sont jugés indignes et laissés dans les ténèbres. Elle cite Marc 8:38 : celui qui aura honte de Jésus et de ses paroles dans cette génération adultère et pécheresse, le Fils de l'homme aura honte de lui à son retour.[234]
Des prédicateurs appelés par le monde
Lors d'une réunion anniversaire au Music Hall de Boston, un pasteur très instruit et populaire a dit aux laïcs, parlant du clergé : « Vous nous avez créés par la force de votre propre aptitude pour la religion ; nous ne nous sommes pas faits nous-mêmes, nous ne nous sommes pas appelés nous-mêmes », le monde ayant demandé des prêtres et des ministres et en voulant encore.[235]
Ce propos est rapproché de 2 Timothée 4:3-4 (traduction de MacKnight) : un temps viendra où les gens, avec des « démangeaisons aux oreilles », s'amasseront des docteurs selon leurs désirs et détourneront l'oreille de la vérité. Cette prophétie décrit la situation de l'Église chrétienne dans les « derniers jours » de l'âge, et le pasteur de Boston en a donné une description exacte. L'Évangile prévoit une classe de docteurs qualifiés par Dieu pour enseigner les vérités révélées et former ainsi le caractère des fidèles. Mais les charnels et les non régénérés rejettent la vérité qui condamne leur complaisance envers eux-mêmes et réclament un enseignement apaisant. Alors, les gens non régénérés contrôlent les docteurs : on ne laisse enseigner que ce qu'ils choisissent et approuvent. Le prédicateur n'est plus jugé sur sa conformité à la Parole de Dieu et sur sa vie sainte, mais sur l'opinion publique.[236]
Voir aussi
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Illustrations du numéro
Références
- ↑ La Tour de Garde de décembre 1881, p. 302
- ↑ La Tour de Garde de décembre 1881, p. 302
- ↑ La Tour de Garde de décembre 1881, p. 300 et 302
- ↑ PENTON M. James, Apocalypse Delayed, p. 276-277.
- ↑ CROMPTON Robert, Counting the Days to Armageddon, p. 39-40.
- ↑ La Tour de Garde de décembre 1881, p. 302
- ↑ La Tour de Garde de avril 1881, p. 213.
- ↑ La Tour de Garde de décembre 1881, p. 302
- ↑ La Tour de Garde de décembre 1881, p. 299-300
- ↑ La Tour de Garde de décembre 1881, p. 299
- ↑ Counterbalance — History of interpretation of Genesis 1, consulté en 2026.
- ↑ La Tour de Garde de décembre 1881, p. 300-301
- ↑ Analysis of nineteenth-century SDA creationism, AIIAS, consulté en 2026.
- ↑ La Tour de Garde de décembre 1881, p. 300
- ↑ La Tour de Garde de décembre 1881, p. 300
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