Henry Grew
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| Henry Grew | |
|---|---|
![]() Henry Grew (portrait, domaine public) | |
| Nom complet | Henry Grew |
| Naissance |
25 décembre 1781 Birmingham (Angleterre) |
| Décès |
8 août 1862 Philadelphie (Pennsylvanie) |
| Nationalité | Erreur lors de la création de la vignette : Fichier manquant Anglaise, établi aux États-Unis en 1795 |
| Occupation | pasteur baptiste, écrivain religieux, militant abolitionniste |
| Influences | Joseph Priestley (par son père) |
| Connu(e) pour | immortalité conditionnelle ; rejet de la Trinité |
| Œuvres célèbres | The Intermediate State (vers 1835) ; Future Punishment, not Eternal Life in Misery (1844) |
Henry Grew (Birmingham, 25 décembre 1781 – Philadelphie, 8 août 1862) était un pasteur baptiste anglais émigré aux États-Unis, auteur d'écrits religieux et militant de l'abolition de l'esclavage[1]. Il enseignait que l'homme n'a pas d'âme immortelle, que l'enfer n'existe pas et que Dieu n'est pas une Trinité. Un de ses opuscules convainquit en 1837 George Storrs, qui répandit ces idées chez les adventistes[2]. Elles parvinrent ensuite à Charles Taze Russell par Storrs et par George Stetson[3]. Pour Bernard Blandre, Grew est l'homme qui transmit aux adventistes, puis aux Étudiants de la Bible, l'ensemble de croyances déjà formé par Joseph Priestley[4].
Biographie
Birmingham et Providence (1781-1807)
John Grew, le père de Henry, était un Anglais de Birmingham qui fréquentait un groupe religieux lié à Joseph Priestley, chimiste et théologien unitarien[5]. En 1795, il émigra avec sa famille aux États-Unis et s'établit à Providence, dans le Rhode Island[6]. Henry avait 13 ans. Wikipédia fait d'abord séjourner la famille à Boston[7]. Henry et son frère s'enrichirent dans le commerce. Henry consacra une partie de ses revenus à des œuvres missionnaires et charitables[8].
Vers 1805, il fut élu diacre de la Première Église baptiste de Providence. Il fut ensuite pasteur de l'église baptiste de Pawtuxet[9].
Le pastorat de Hartford (1807-1811)
De 1807 à 1811, Grew dirigea la Première Église baptiste de Hartford, dans le Connecticut. Il la dirigea avec rigueur : il exclut les membres coupables de « fornication », refusa que des non-membres dirigent les affaires de l'église, et s'opposa aux jeûnes lors des fêtes civiles. En conflit avec la majorité des fidèles, il fut exclu ou dut démissionner. Il resta à Hartford, où il dirigea un groupe qui partageait ses idées[10].
Les sources ne donnent pas toutes la même raison à ce départ. Blandre retient un conflit de discipline : Grew refusait que des non-membres dirigent les affaires de l'église[11]. La Tour de Garde de 2000 donne la même raison[12]. L'historien adventiste LeRoy Edwin Froom y voit plutôt une conséquence de sa doctrine : Grew en était venu à croire à l'immortalité conditionnelle, contre l'avis de la plupart de ses fidèles et de sa dénomination, et il abandonna sa charge en 1811[13]. Un recueil sur l'histoire de l'église de Hartford, cité par Wikipédia, dit seulement que son lien avec l'église fut rompu parce qu'il avait adopté des opinions et des usages différents des siens[14].
Hartford, Boston et Philadelphie (1811-1862)
En 1827, Grew participa à la création du Hartford Female Seminary, une école pour jeunes filles que fréquenta sa fille Mary[15]. À la fin de 1833 ou au début de 1834, il séjourna à Boston. Il y prononça un discours de soutien à la Société antiesclavagiste de Nouvelle-Angleterre, dans le temple maçonnique de la ville. Il s'installa à Philadelphie en 1834 et y vécut jusqu'à sa mort[16].
La famille Grew militait. Ses filles Susan et Mary s'engagèrent contre l'esclavage et pour les droits des femmes. Une autre fille, Eliza, épousa le révérend John Taylor Jones et partit avec lui en Birmanie et en Thaïlande, pour la Baptist Missionary Union[17].

En 1840, Grew se rendit avec Mary à la Convention mondiale contre l'esclavage, à Londres[18]. Les organisateurs britanniques refusèrent d'y admettre les femmes déléguées. Grew prit leur parti, alors que cette décision excluait sa propre fille[19]. En 1854, à la cinquième Convention nationale pour les droits des femmes, à Philadelphie, Mary venait de prendre la parole pour l'égalité des sexes. Son père intervint après elle et affirma, Bible en main, la supériorité et l'autorité de l'homme sur la femme[20]. Il débattit sur ce point avec la féministe quaker Lucretia Mott[21].
Henry Grew mourut à Philadelphie le 8 août 1862. Sa mort fut annoncée par The Liberator du 15 août 1862 et par le National Anti-Slavery Standard du 16 août. Le World's Crisis, principal journal des chrétiens adventistes, lui consacra un article en 1863. La Philadelphia Female Anti-Slavery Society adopta une résolution en sa mémoire le 11 septembre 1862[22].
Doctrines
L'Église séparée du monde
Pour Grew, les chrétiens devaient vivre séparés du monde. Une congrégation ne devait pas distinguer le clergé des laïcs. Le collège d'anciens qui la dirigeait devait être choisi parmi les hommes de bonne conduite, sans recevoir de statut à part. Grew rejetait l'observance d'un jour du Seigneur, que ce soit le samedi ou le dimanche[23]. Il était baptiste : seuls des adultes ayant choisi le baptême en connaissance de cause pouvaient le recevoir[24]. Il était hostile à la guerre : Blandre range la « non-violence antimilitariste » parmi ses idées[25], et il milita dans les années 1830 à la Connecticut Peace Society, une société pour la paix[26].
Le règne de Jésus sur la Terre
Grew était millénariste : il croyait que Jésus régnerait sur la Terre et que les saints vivraient pour toujours sous son autorité[27]. Selon Schulz et de Vienne, il avait fréquenté avant l'essor des millérites la Connexion chrétienne (Christian Connexion), dont les prédicateurs enseignaient déjà la plupart de ces idées[28].
Le rejet de la Trinité
En 1824, Grew publia An Examination of the Divine Testimony Concerning the Character of the Son of God (« Examen du témoignage divin sur la nature du Fils de Dieu »), contre la doctrine de la Trinité. Il s'appuyait sur Marc 13:32 : personne ne connaît le jour du retour du Christ, ni les anges, ni le Fils, mais le Père seul[29]. Son raisonnement : si le Fils était Dieu, il connaîtrait ce jour aussi bien que le Père. Blandre pense que Grew n'a sans doute jamais cru à la Trinité, puisque son père fréquentait à Birmingham le cercle de Priestley[30].
Blandre qualifie sa position de socinienne : Grew niait que le Christ ait existé avant sa vie sur la Terre[31]. Penton parle plutôt de doctrines « néo-ariennes »[32]. Schulz et de Vienne décrivent un Christ « être créé, Fils divin de son Père » : pour Grew, celui qui réconcilie l'homme avec Dieu est d'abord le Père, et Jésus en est l'instrument[33].
La mort et l'enfer
Vers 1835, Grew publia The Intermediate State (« L'État intermédiaire »). Il y soutenait que la Bible n'enseigne ni l'immortalité de l'âme ni l'enfer[34]. Les morts sont inconscients jusqu'à la résurrection. Au jugement dernier, les justes reçoivent la vie éternelle et les méchants sont anéantis pour toujours. En 1844, il développa cette idée dans Future Punishment, not Eternal Life in Misery (« Le châtiment futur n'est pas la vie éternelle dans la souffrance »), réédité en 1850[35][36]. Froom range ces deux opuscules parmi les textes majeurs de l'immortalité conditionnelle en Amérique[37].
Le sacrifice du Christ
Dans The Atonement (« L'Expiation », Philadelphie, 1859), Grew répondait à ceux qui ne voyaient dans la mort de Jésus qu'un exemple moral. Pour lui, il n'y a « pas de rémission sans effusion de sang » : les sacrifices de l'Ancien Testament annonçaient celui du Christ, « notre Pâque »[38].
Grew et Storrs
En mai 1837, dans le train de Boston à New York, le pasteur méthodiste George Storrs lut un opuscule de Grew sur l'immortalité conditionnelle. L'exemplaire ne portait pas de nom d'auteur ; selon Schulz et de Vienne, sa couverture avait sans doute été arrachée. Storrs le trouva d'abord « étrange », sans y attacher d'importance[39]. Il finit pourtant par l'adopter et devint le principal défenseur de l'immortalité conditionnelle aux États-Unis[40][41]. Ses Six Sermons de 1842 circulaient à près de 200 000 exemplaires aux États-Unis et en Grande-Bretagne en 1880[42]. George Chryssides écrit seulement que le texte lu par Storrs était « probablement » de Grew[43].
Les deux hommes se rencontrèrent en 1844 et débattirent ensemble en public de l'immortalité de l'âme[44]. En 1844, Storrs réédita l'Examination de Grew dans son journal, le Bible Examiner (« Le Scrutateur de la Bible »). À partir de février 1848, il en publia des extraits en feuilleton, en recommandant à ses lecteurs de les « étudier »[45].
En 1848, le Bible Examiner publia aussi une discussion entre Grew et John Thomas, futur fondateur des christadelphes. Thomas affirmait que des millions d'hommes ne ressusciteraient pas. Grew lui opposa les paroles de Jésus : « tous ceux qui sont dans les tombeaux entendront sa voix » (Jean 5:28-29), et « il y aura une résurrection des justes et des injustes » (Actes 24:15)[46]. Storrs, lui, pensait que les méchants ne ressusciteraient pas. Il raconta plus tard avoir discuté de ce point avec Grew devant sa congrégation[47].
Vers 1854 ou 1855, Storrs prit ses distances avec Grew sur la nature du Christ. Il rejetait la position socinienne, pour laquelle le Christ n'est qu'un homme sans existence antérieure[48][49]. Il refusa à Grew de lui répondre dans le Bible Examiner. Grew publia alors à ses frais un opuscule de huit pages, An Appeal to Pious Trinitarians (« Appel aux trinitaires pieux », Philadelphie, 1857), et une nouvelle édition de son Examination[50][51].
Par Storrs, les idées de Grew pénétrèrent chez les adventistes[52]. La plupart des adventistes issus du mouvement millérite rejetèrent aussi la Trinité, dans ses trois principales branches : les adventistes du septième jour, les chrétiens de l'Avent et les adventistes de « l'âge à venir »[53].
De Grew à Russell
George Stetson, médecin et prédicateur chrétien adventiste, lisait Grew. En 1861, les deux hommes échangèrent dans le World's Crisis deux lettres sur l'humanité et la divinité du Christ, à partir de l'Examination de Grew[54]. Stetson possédait plusieurs opuscules de Grew ; l'un d'eux est encore dans sa famille[55].
De la fin de 1871 à 1873, Stetson prêcha à Allegheny, en Pennsylvanie. Il devint le mentor et l'ami du jeune Russell et lui enseigna, selon Penton, les doctrines « néo-ariennes » de Grew. Russell lui emprunta sa doctrine de la rançon, que Stetson publia en 1872, l'année même où Russell dit l'avoir apprise[56]. Schulz et de Vienne jugent probable que Russell lut The Atonement de Grew ; sinon, il en reçut les idées par Stetson[57]. Pour le rejet de la Trinité, ils restent prudents : beaucoup d'adventistes de cette époque rejetaient la Trinité, et Russell a pu suivre d'autres maîtres que Stetson[58]. Quand Stetson mourut, en 1879, Russell prêcha à ses funérailles[59].
Blandre résume la filiation : Henry Grew avait formé un ensemble de croyances qui réunissait la mortalité de l'âme, le rejet de l'enfer, l'attente de la résurrection, le millénarisme, le rejet de la Trinité, l'anticléricalisme, la non-violence et la soumission de la femme à l'homme. Pour lui, c'était déjà l'héritage de Russell[60].
Présentation dans les publications jéhovistes
La Tour de Garde du 15 octobre 2000 consacre à Henry Grew et à George Storrs un article intitulé « Working in the "Field"—Before the Harvest » (« Travailler dans le "champ" avant la moisson »). Le titre renvoie à la parabole du blé et de l'ivraie (Matthieu 13:24-30). Pour les Témoins, la « moisson » des vrais chrétiens accompagne la présence du Christ et la « conclusion du système de choses », commencée selon eux en 1914. L'article place Grew et Storrs dans ce cadre : ils « travaillaient dans le "champ" en préparation de la moisson »[61]. Les deux hommes deviennent ainsi des précurseurs que la Providence aurait placés avant Russell, et non des penseurs d'un courant religieux plus large dont Russell hérita.
La présentation est sélective. Un encadré énumère les convictions de Grew qui correspondent à celles des Témoins : rejet de la Trinité, de l'immortalité de l'âme et de l'enfer, séparation d'avec le monde, refus de la guerre, absence de clergé, et l'idée que « tous les chrétiens doivent prêcher la bonne nouvelle »[62]. Ce dernier point est la pratique centrale des Témoins. Blandre ne le cite pas parmi les traits de la pensée de Grew, où il range en revanche l'anticléricalisme, la non-violence et le « masculinisme biblique »[63]. L'article ne dit rien non plus de l'engagement de Grew contre l'esclavage, ni de son opposition à l'égalité des femmes. Il conclut que Grew et Storrs ne comprenaient pas la vérité « aussi clairement que nous aujourd'hui » : la doctrine actuelle des Témoins sert de mesure[64].
L'article reconnaît du moins la dette du mouvement envers ces devanciers, ce que l'histoire officielle n'a pas toujours fait. Jonsson observe qu'avant 1993, les Témoins laissaient croire que Russell avait été le seul à publier le calcul aboutissant à 1914[65]. À propos de John H. Paton, un autre associé de Russell, Schulz et de Vienne notent que la Société Watch Tower met en avant le rôle de Russell « aux dépens de ses associés »[66].
Publications principales
- An Examination of the Divine Testimony Concerning the Character of the Son of God (1824) ; nouvelle édition : An Examination of the Divine Testimony on the Nature and Character of the Son of God, Philadelphie, Merrihew and Thompson, 1855
- The Intermediate State (vers 1835)
- Future Punishment, not Eternal Life in Misery (1844) ; réédition : Future Punishment, Not Eternal Life in Misery but Destruction, Philadelphie, 1850
- An Appeal to Pious Trinitarians, Philadelphie, Merrihew & Thompson, 1857
- The Atonement, Philadelphie, Merrihew and Thompson, 1859
Voir aussi
Ressources sur le sujet
Blandre, Bernard (2001) (français), « Henry Grew et George Storrs », Mouvements religieux, mars 2001, p. 3-6
Blandre, Bernard (2002) (français), « Henry Grew », Mouvements religieux, juillet 2002
Froom, LeRoy Edwin (1965) (anglais), The Conditionalist Faith of Our Fathers, vol. 2, Washington, Review and Herald, chap. 16 « "Deacon" Grew—George Storrs Line of Transmission »
Références
- ↑ Bernard Blandre, La préhistoire des témoins de Jéhovah, Éditions de l'AEIMR, p. 31.
- ↑ M. James Penton, Apocalypse Delayed: The Story of Jehovah's Witnesses, 3e éd., University of Toronto Press, 2015, p. 16.
- ↑ M. James Penton, Apocalypse Delayed, 3e éd., p. 16.
- ↑ Bernard Blandre, La préhistoire des témoins de Jéhovah, p. 31.
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- ↑ « Henry Grew », Wikipédia en anglais, consulté le 15 octobre 2026.
- ↑ Bernard Blandre, La préhistoire des témoins de Jéhovah, p. 31.
- ↑ Bernard Blandre, La préhistoire des témoins de Jéhovah, p. 32.
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- ↑ « Working in the "Field"—Before the Harvest », The Watchtower, 15 octobre 2000, p. 25-30, Watchtower Online Library, consulté le 15 octobre 2026.
- ↑ LeRoy Edwin Froom, The Conditionalist Faith of Our Fathers, vol. 2, Washington, Review and Herald, 1965, chap. 16, p. 300-301, consulté le 15 octobre 2026.
- ↑ « Henry Grew », Wikipédia en anglais, consulté le 15 octobre 2026.
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- ↑ Bernard Blandre, La préhistoire des témoins de Jéhovah, p. 31-32.
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- ↑ « Mary Grew », Wikipédia en anglais, consulté le 15 octobre 2026.
- ↑ Bernard Blandre, La préhistoire des témoins de Jéhovah, p. 32.
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- ↑ « Working in the "Field"—Before the Harvest », The Watchtower, 15 octobre 2000, p. 25-30, Watchtower Online Library, consulté le 15 octobre 2026.
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- ↑ Carl Olof Jonsson, Les « temps des Gentils » reconsidérés, p. 68.
- ↑ Bruce W. Schulz et Rachael de Vienne, A Separate Identity, vol. 1, p. 184.

