La Tour de Garde de Septembre 1882
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| La Tour de Garde de Septembre 1882 | |
|---|---|
| Revue | La Tour de Garde |
| Date | 1882 |
| Auteur(s) | William I. Mann, Newman Hall, A. Sternberg |
| Année | 1882 |
| Langue | Anglais |
| Pays | États-Unis |
La plus grande partie du numéro défend la rançon. Selon la revue, la mort du Christ paie la peine du péché, et cette peine est la mort, non le tourment éternel. Deux camps sont visés. Les chrétiens « libéraux » ne voient en Jésus qu'un modèle moral. Les Églises dites orthodoxes font de l'enfer la peine que le Christ aurait payée. La revue s'en prend aussi à d'anciens compagnons qui ont récemment cessé de croire à la rançon. Les six questions d'étude proposées aux lecteurs pour les semaines suivantes portent sur ce même sujet.
L'actualité est lue comme un signe des temps. Plusieurs pages, reprises de journaux, décrivent la persécution des Juifs en Russie, leur désir de partir pour la Palestine et le refus du sultan de les y accueillir. Un tableau des puissances européennes en armes et de la crise égyptienne annonce une crise prochaine. Le commentaire de William I. Mann sur l'Église de Thyatire fait de Jézabel le type de l'Église papale.
Le numéro tranche enfin deux questions posées par des lecteurs ou par d'autres groupes. Contre la revue Zion's Day Star, il soutient que le corps du Christ et l'épouse du Christ désignent les mêmes vainqueurs. À un prédicateur texan sorti de l'Église méthodiste avec une vingtaine de fidèles, il répond que le baptême par immersion des croyants est voulu par le Christ et que n'importe quel frère peut le donner.
Analyse
Croyances
La Bible seule, lue comme un tout
Dans le message à Thyatire, le Christ se présente comme parlant par sa Parole écrite, et cette Parole est la seule autorité qu'il reconnaît.[1] Cette présentation vise le pape, qui prétend parler à la place de Dieu en se disant vicaire du Christ.[2] La même règle sert contre un adversaire proche, dans la réponse à Zion's Day Star. Un enseignant ne mérite d'être écouté que s'il appuie son enseignement sur un « ainsi dit le Seigneur ».[3] Une idée n'est pas vraie parce qu'elle est nouvelle, ni fausse parce qu'elle contredit ce qu'on enseignait avant.[4] Penton rappelle que Russell se réclamait du principe protestant de « la Bible seule ».[5]
Cette Bible se lit comme un ensemble. Dans « Ligne sur ligne », aucun verset isolé ne contient toute la vérité : le mot « foi » de Romains 5:1 doit être lu avec la suite du verset, qui parle du Christ.[6] La même règle condamne la thèse d'un « évangile juif » de Matthieu, opposé à un « évangile des chrétiens ». Cette thèse repose, selon la revue, sur un tour de mot et non sur un principe de l'enseignement biblique.[7] L'article sur Thyatire, signé W. I. Mann, précise ce que veut dire « lire en types ». Les récits sont de l'histoire vraie. Les personnages réels jouent en même temps une prophétie, et leurs fautes elles-mêmes sont nécessaires pour compléter l'antitype.[8] Crompton distingue chez Russell cette lecture par type et antitype d'une autre méthode : les parallèles de dates entre l'âge juif et l'âge chrétien, où c'est le même Israël qui revient.[9]
Avec cette règle, plusieurs doctrines des Églises sont écartées comme païennes. Les « choses sacrifiées aux idoles » de Thyatire sont l'immortalité naturelle de l'âme, venue des Égyptiens, l'éternité du péché et un Dieu plus cruel que les idoles.[10] La papauté les a enseignées et le protestantisme les a gardées.[11] Marley Cole fait la même distinction : la Réforme a rejeté l'autorité de Rome, mais elle a conservé ses doctrines, dont l'immortalité de l'âme et le tourment éternel ; Russell s'attaque aux doctrines elles-mêmes.[12] Ce refus vient du milieu adventiste. Jonsson montre qu'Henry Grew l'a répandu dans les années 1820-1840, et que George Storrs l'a fait entrer chez les millérites.[13]
Les « profondeurs de Satan » visent un argument précis. Face au sort des ignorants, des chrétiens répondent que les plans de Dieu ne sont pas révélés. Pour la revue, Paul dit le contraire dans 1 Corinthiens 2:10 : Dieu les a révélés par son esprit.[14] Schulz et de Vienne rattachent ce passage de Mann à des commentateurs de l'époque. Albert Barnes et l'universaliste L. R. Paige expliquaient déjà qu'un « mystère », dans le Nouveau Testament, est une chose pas encore révélée, et non une chose impossible à comprendre.[15] Dans « Il était menteur dès le commencement », Satan défigure Dieu et fait craindre aux hommes le royaume qu'ils demandent dans leurs prières. Dieu laisse faire pour que son amour apparaisse ensuite plus fort par contraste.[16] Wills montre que Russell donnait au mal permis un rôle semblable : les hommes ressuscités compareront ce qu'ils ont vécu sous le mal avec la vie sous le règne du Christ, et choisiront le bien par expérience.[17]
La rançon, prix exact de la mort d'Adam
« Le Christ est-il mort en vain ? » défend la rançon contre deux groupes. Le premier réunit les universalistes, les unitariens et les chrétiens « libéraux ». Pour eux, Jésus est un maître de morale et sa mort n'a pas de valeur de rachat.[18] Henry Ward Beecher est nommé parmi eux.[19] Beecher rejoint pourtant la revue sur un point : selon l'encyclopédie Schaff-Herzog, il niait que le châtiment futur soit sans fin et penchait vers l'anéantissement des méchants.[20] Le désaccord porte donc sur la rançon seule. La revue dit éprouver de la sympathie, et même de l'admiration, pour beaucoup de ces chrétiens, qui auraient fui des doctrines orthodoxes déraisonnables.[21] Le ton change par rapport au mois précédent. En août 1882, rejeter la rançon après l'avoir comprise était présenté comme le péché volontaire qui mène à la seconde mort, et cette opinion était attribuée aux universalistes et aux unitariens.[22] La revue déplore aussi que d'anciens proches, autrefois fidèles à la rançon, soient tombés dans cette erreur, sans les nommer.[23] Schulz et de Vienne relèvent que Paton s'interrogeait déjà en 1878 sur le sens de la rançon et était attiré par l'universalisme.[24]
Le second groupe est l'« orthodoxie ». Elle croit à la rançon, mais elle fait du salaire du péché un tourment éternel. Si le Christ avait payé ce salaire à la place des pécheurs, il serait en enfer pour toujours et non à la droite de Dieu.[25] Certains répondent que Jésus a souffert en quelques heures plus que tous les hommes pendant l'éternité.[26] Cette réponse rappelle la doctrine d'Anselme. Schulz et de Vienne montrent qu'Anselme faisait payer par un Dieu-homme un prix plus grand que la valeur de toute l'humanité, alors que Russell parle d'un « prix correspondant » : une vie humaine parfaite pour la vie d'Adam.[27] Le mot grec antilutron, rendu par « prix équivalent », porte l'argument.[28] Russell disait avoir compris en 1872 la rançon comme un prix équivalent pour tous, ce qui fondait selon lui le retour de tous les morts.[29] Le mot « substitution » est accepté ici « dans son sens le plus plein ».[30] En septembre 1880, Russell disait au contraire employer rarement ce mot, absent de la Bible anglaise, et lui préférer « rachat » et « rançon ».[31] Barbour avait qualifié la substitution de « doctrine papale » dans le Herald of the Morning.[32] Le mot revient en 1882 face à des adversaires qui nient la rançon de deux côtés opposés.
Si le salaire du péché est la mort, la rançon tient dans la mort de Jésus, et non dans ses souffrances. Une mort moins douloureuse aurait payé le même prix. Les souffrances servaient à préparer Jésus à son rôle de Restaurateur, capable de compatir.[33] Cette mort vaut pour tous, ceux qui ont vécu avant Jésus comme ceux qui vivent après. Elle leur rend le droit à la vie humaine.[34] Ceux qui vivent depuis la venue du Christ peuvent en plus sacrifier leur nature humaine et recevoir la nature divine.[35] Crompton décrit ces deux salut chez Russell : le « petit troupeau » partage la nature divine, et le reste des hommes est jugé pendant le Millénium, dans des conditions comparables à celles d'Éden.[36] Le programme d'étude de six semaines pose les mêmes questions : la justification vient-elle avant la sanctification, et qui avait cette espérance avant la Pentecôte ?[37]
La justification par la foi relie la rançon au croyant. La foi est « la poignée » par laquelle on reçoit le pardon. La rançon s'applique à chacun dès qu'il la connaît et l'accepte.[38] The Day Dawn, paru en 1880, disait autre chose : la foi ne justifie personne tant qu'elle ne mène pas à l'obéissance.[39] En septembre 1882, l'obéissance vient après la justification. Quatre sortes de chrétiens sont tenues pour non justifiées. Certains croient à la mort du Christ sans se croire purs. D'autres nient le péché. D'autres pensent que Dieu pardonne sans condition. Les derniers croient que chacun paie sa dette en mourant.[40] Cette dernière opinion était celle de Barbour en 1878 : la mort de chaque homme le libérait du péché d'Adam.[41]
Une seule classe : le corps et l'épouse
Ceux qui sacrifient leur humanité entrent dans le corps du Christ, et le baptême par immersion représente cette consécration à la mort. La réponse au prédicateur du Texas le dit ainsi : le baptisé est « immergé dans le corps » du Christ, la vraie Église.[42] Schulz et de Vienne notent que, contrairement à Storrs, Russell tenait le baptême d'eau pour nécessaire, comme signe d'une alliance d'obéissance.[43] En septembre 1880, la revue déclarait le baptême indispensable : sans lui, personne ne ferait partie du « petit troupeau ».[44] En septembre 1882, la règle se précise. Celui qui ignore le symbole, ou ne peut l'accomplir, est sans reproche. Celui qui en connaît le sens et le refuse commet un péché volontaire et n'est pas un vainqueur.[45] En juin 1882, la revue répondait que le baptême dans le Christ n'était plus possible depuis octobre 1881 : seuls ceux qui s'étaient consacrés avant cette date devaient encore être immergés.[46] La réponse au prédicateur du Texas ne parle pas de cette date, alors qu'il dit avoir quitté son Église après avoir lu la revue.[47]
Le corps et l'épouse désignent la même classe de vainqueurs. La réfutation de Zion's Day Star, la revue d'A. D. Jones, est la plus longue du numéro.[48] Jones avait lancé sa revue à la fin de 1881, et cet article marque la première rupture publique entre lui et Russell.[49] La distinction entre l'épouse et les vainqueurs a un précédent dans The Day Dawn de Paton, que Jones avait publié. Paton y voyait l'Église comme invitée aux noces plutôt que comme épouse, et il admettait que ceux qui restent sur terre fassent partie de la cité céleste, donc de l'épouse.[50] Dès 1875, dans le groupe de Barbour, le Christ était la tête et les saints sa fiancée, appelée à devenir son épouse.[51] Contre Jones, la revue soutient que l'Époux est Jésus seul. Paul a pu fiancer l'Église de son temps « à un seul époux » (2 Corinthiens 11:2) : l'Époux était donc déjà complet avant l'appel de l'épouse.[52]
Le type d'Adam et Ève sert à cette démonstration. Le sommeil d'Adam produit la côte, et Dieu forme Ève à partir d'elle. De même, la mort de Jésus produit une humanité justifiée, que Dieu transforme en épouse du second Adam.[53] En janvier 1880, Ève servait à une autre conclusion. Ses enfants étaient nés après la fin de son rôle de type, et la revue en tirait que l'Église ne serait pas mère.[54] Rebecca sert aussi de type : elle devient héritière pendant son voyage vers Isaac, à condition d'aller jusqu'au bout. De même, les croyants n'héritent que s'ils souffrent avec le Christ (Romains 8:17).[55]
Les souffrances du juste sont la discipline qui prépare ces vainqueurs. Ce thème vient de textes extérieurs à la revue : « L'alchimie de la foi » et le poème « Attendez le Seigneur », tiré du New York Observer.[56] « L'alchimie de la foi » est de Newman Hall. Christopher Newman Hall était un pasteur congrégationaliste anglais, président de l'Union congrégationaliste en 1866. Sa brochure Come to Jesus (« Venez à Jésus ») avait été diffusée à plus de quatre millions d'exemplaires.[57] Pour Newman Hall, la vie présente est l'enfance de l'éternité, et une douleur passagère qui prépare au bonheur éternel est un bien.[58] La revue reprend donc la piété d'un pasteur d'une grande dénomination pour exhorter ses propres lecteurs à la patience.[59]
Le royaume présent et le temps de l'épreuve
Le « royaume des cieux » et le « royaume de Dieu » sont une seule et même chose. L'article de magazine critiqué faisait du premier le royaume du Millénium et du second un royaume dans le cœur.[60] Cette distinction était celle de John Nelson Darby et des premiers dispensationalistes. Pour eux, le royaume de Dieu est spirituel et ne contient que les vrais croyants, tandis que le royaume des cieux est le royaume millénaire.[61] La revue répond par la comparaison des évangiles : Matthieu dit « royaume des cieux » là où Marc et Luc disent « royaume de Dieu » pour la même parole de Jésus.[62] L'expression « royaume des cieux » n'apparaît en effet que chez Matthieu.[63] L'Église est déjà le royaume, comme un bébé est déjà un homme. Le royaume sera « établi » quand elle sera glorifiée avec Jésus.[64] Luc 17:20 annonce un royaume qui vient sans signe visible : un pouvoir présent mais invisible, dont les hommes deviendront plus tard les représentants visibles.[65]
Le Seigneur est déjà présent sans être vu. Le mot traduit par « venue » dans Malachie 3:2 est glosé par « présence, après l'arrivée ».[66] Penton montre que Robert Govett, prédicateur britannique, soutenait déjà que le grec parousia signifie « présence », et qu'il envisageait une présence invisible du Christ dans les derniers jours.[67] Crompton précise que, chez Russell, le moment de l'arrivée peut passer inaperçu, mais que la présence devient ensuite de plus en plus évidente.[68] Dans ce numéro, la présence est surtout une épreuve. Le Seigneur est comparé à un affineur : la vérité est l'argent, l'erreur les scories, et les « fils de Lévi » sont typiques des croyants.[69] L'époque est le « jour mauvais » d'Éphésiens 6:13.[70] La réponse sur le baptême redit que ce « mauvais jour » a déjà commencé, et que seule une consécration complète y résistera.[71]
Le type de Thyatire situe cette époque dans une chronologie. Three Worlds and the Harvest of This World, en 1877, donnait au nom de Thyatire le sens de « sacrifiée » et l'appliquait à l'Église enfuie au désert.[72] Mann donne au nom le sens de « parfum agréable du travail ». Il l'applique à la première partie du séjour au désert, quand l'Église fidèle travaille sous la persécution.[73] Three Worlds voyait déjà en Jézabel la femme ivre dont l'Église s'était enfuie.[74] Mann y ajoute les autres personnages du récit des Rois : Achab représente les royaumes d'Europe, et Élie l'Église de l'Évangile.[75]
Les trois ans et demi de sécheresse d'Élie deviennent les 1260 ans de famine spirituelle sous la papauté, à raison de 360 ans par « temps ».[76] Blandre montre que Barbour reprenait ce calcul de nombreux auteurs millénaristes de la fin du XVIIIe et du début du XIXe siècle. Ces auteurs faisaient courir les 1260 ans de 538, début du pouvoir pontifical à Rome, à 1798, quand l'armée française priva le pape de son pouvoir.[77] Le « temps » donné à Jézabel pour se repentir est un autre « temps » de 360 ans, compté depuis les thèses de Luther en 1517. Il conduit à 1877, au moment où le Seigneur laisse « déserte » la maison de l'Église nominale.[78] En novembre 1879, le rejet de l'Église nominale au printemps 1878 venait d'un autre calcul : les 1 845 ans de faveur accordés à Israël, répétés de la mort du Christ jusqu'en 1878.[79] Mann arrive à peu près à la même date par la chronologie de la Réforme.
Israël et les nations, signes extérieurs
Les persécutions des Juifs de Russie sont lues comme le moyen par lequel Dieu ramène son peuple vers la terre promise à Abraham. La revue espère que ces épreuves font partie du plan de Dieu, qui « attire au désert » Israël et parle à son cœur selon Osée 2:14.[80] Le mot « désert » désigne alors deux choses dans le même numéro : la fuite de l'Église fidèle pendant 1260 ans, et le chemin d'Israël vers sa terre.[81] Le contexte est précis. Après l'assassinat d'Alexandre II, une vague de pogroms frappe les Juifs de Russie à partir d'avril 1881, notamment à Balta.[82] Les lois de Mai, le 15 mai 1882, restreignent fortement leurs droits.[83] Zoe Knox montre que Russell voyait dans l'émigration des Juifs persécutés, l'ouverture de la Palestine et les œuvres de secours autant de signes du rétablissement d'Israël.[84]
Le numéro rapporte aussi l'obstacle. Le gouvernement ottoman accueille les Juifs russes partout dans l'Empire, sauf en Palestine, et exige qu'ils deviennent sujets ottomans.[85] Cette règle est attestée par les décisions des ministres ottomans : les consulats en Russie ne délivraient de passeport qu'aux Juifs qui s'établissaient hors de Palestine.[86] En mars 1880, le projet de Laurence Oliphant à l'est du Jourdain servait de preuve visible de la présence royale du Christ.[87] En septembre 1882, le refus du sultan est publié, avec les raisons de ses craintes, sans que le retour d'Israël soit remis en doute.[88] L'encyclopédie juive confirme que le sultan Abdülhamid II avait rejeté le projet d'Oliphant par crainte d'une manœuvre britannique.[89]
Les troubles des nations annoncent la chute des royaumes présents. « Le monde en armes » passe en revue l'Angleterre, l'Irlande, la France, l'Allemagne, la Russie et l'Italie, avant la crise égyptienne.[90] Le danger vient surtout de l'intérieur des pays : le communisme et le républicanisme « attendent leur heure » en Angleterre et en Allemagne.[91] Crompton montre que Russell définissait le temps de détresse comme un conflit entre les masses et les institutions de l'Église et de l'État.[92] En Italie, le danger vient du pape, dont les fidèles voudraient lui rendre son trône.[93]
L'Égypte est appelée « la plus humble des nations », selon une prédiction faite au temps de sa puissance.[94] La formule vient d'Ézéchiel 29:15, que les commentateurs rapportaient à l'Égypte soumise aux Perses après la conquête de Cambyse.[95] La revue l'applique à l'Égypte de 1882. La flotte franco-britannique est déjà devant Alexandrie, mais la ville n'a pas encore été bombardée.[96] La flotte était arrivée le 20 mai 1882, et le bombardement commença le 11 juillet.[97] La rubrique a donc été écrite avant cette date. Elle se termine sur l'attente de celui « à qui revient le droit de régner ».[98] Ces mots viennent d'Ézéchiel 21:27. En mars 1880, le même verset servait à annoncer le rétablissement des Juifs en Palestine.[99] En septembre 1882, il conclut la description d'une Europe en armes : le droit de régner passe des royaumes présents au Christ.[100]
Organisation et histoire
Une revue qui se sépare publiquement de ses anciens alliés
La longue réponse à Zion's Day Star vise la revue d'A. D. Jones. Jones figurait parmi les cinq collaborateurs réguliers annoncés dès juillet 1879.[101] Il avait lancé son propre périodique à New York en novembre 1881. Russell lui adressait alors ses « meilleurs vœux ».[102] En février 1882, un article de Jones sur les mourants bénis était encore annoncé pour le numéro suivant.[103] En avril 1882, Jones prêchait à Newark pour le mouvement, et son Day Star brillait « de plus en plus ».[104] Cinq mois plus tard, Zion's Day Star est nommé et contredit sur trois pages.[105] L'historien Bruce Schulz date de ce numéro la première rupture publique entre Russell et Jones.[106]
La revue justifie elle-même cette rupture. Elle regrette de contredire des personnes qu'elle aime. Elle cite pourtant les disputes entre apôtres pour conclure que le serviteur fidèle ne doit pas taire un désaccord de doctrine afin de garder la paix.[107] Un enseignant humain ne mérite d'être écouté que s'il appuie ce qu'il dit sur un « ainsi dit le Seigneur ».[108] L'affection pour les défenseurs d'une idée ne doit pas servir à la juger.[109] Le lien entre les lecteurs repose donc sur l'accord avec un enseignement, et non sur la fidélité aux personnes.
Ce désaccord touche une lecture que les deux revues partageaient. Jusque-là, elles voyaient toutes deux dans la classe vaincue par le monde la foule des serviteurs d'Apocalypse 7:9-17.[110] Le cercle d'origine n'avait pourtant jamais été uni sur la place de l'épouse. En 1880, John Paton demandait déjà dans The Day Dawn (« L'Aube du jour ») qui formait l'épouse si l'Église n'était qu'invitée aux noces.[111] Ce livre avait été publié à Pittsburgh par Jones lui-même.[112] En renvoyant ses lecteurs aux anciens numéros de Zion's Watch Tower pour les réponses du programme d'étude, la revue de Pittsburgh se donne pour seule référence.[113]
Le même mouvement explique la plainte sur la rançon. Certains qui « se tenaient auparavant » avec la revue, attachés à la rançon et à la restitution, sont passés aux vues qui nient la valeur de rachat de la mort du Christ.[114] La revue n'en nomme aucun. Le premier départ sur ce point remontait à 1878 : Nelson Barbour avait alors nié que la mort du Christ paie la peine d'Adam.[115] Paton s'était ensuite éloigné à son tour. Ses derniers articles parurent en juin 1881, et il soutenait que l'Église obtenait la vie en sacrifiant le péché dans son propre corps, sans substitution.[116] Schulz et de Vienne notent que Paton était attiré par l'universalisme dès 1878.[117] La revue annonce qu'elle combattra « toujours en priorité » ces opinions.[118] Penton explique que Russell avait pris la tête du groupe moins par ambition que pour défendre sa propre lecture de la rançon.[119] La revue préfère perdre d'anciens alliés que céder sur ce point.
Un petit cercle de rédacteurs et des textes empruntés
Des cinq collaborateurs réguliers de juillet 1879, un seul signe un article dans ce numéro : W. I. Mann, qui poursuit sa série sur les sept Églises avec Thyatire.[120] Hugh B. Rice avait été retiré de la liste en mai 1880 sans jamais avoir écrit.[121] Paton n'écrivait plus depuis juin 1881, et Jones dirigeait sa propre revue.[122] En mai 1882, la revue avait dû préciser que l'article précédent sur les sept Églises était aussi de Mann, son nom ayant été oublié.[123]
Un autre rédacteur manque. John C. Sunderlin va mieux, mais il est encore trop faible pour écrire ou prêcher.[124] Cet ancien pasteur méthodiste écrivait pour la revue depuis mars 1881.[125] Envoyé en Grande-Bretagne à l'automne 1881 pour y diffuser Food for Thinking Christians (« Nourriture pour les chrétiens qui réfléchissent »), il en était revenu malade. Il était encore surmené en mars 1882 et alité en juillet.[126] En mars 1882, les comptes rendus favorables venaient déjà de Fort Edward, sa ville, où il se remettait.[127]
Avec si peu de plumes, la revue remplit ses pages avec des auteurs extérieurs. « L'alchimie de la foi » est de Newman Hall et cite des vers de Faber, et le poème « Attendez le Seigneur » vient du New York Observer.[128] Christopher Newman Hall était un pasteur congrégationaliste de Londres, connu pour son tract Come to Jesus (« Venez à Jésus »).[129] Frederick William Faber était un auteur de cantiques devenu prêtre catholique en 1847.[130] Ses vers paraissent quelques pages après l'article de Mann qui fait de Jézabel le type de l'Église papale.[131] Depuis le début de 1882, tout article devait recevoir l'accord d'au moins deux des personnes les mieux informées des Écritures avant d'être imprimé.[132] Ces textes d'édification empruntés passent ce tri dès lors qu'ils s'accordent avec les vues de la revue.
Des groupes locaux guidés par la revue
Le programme d'étude de six semaines s'adresse au lecteur seul et aux réunions où ces questions sont discutées en public.[133] Les réponses se trouvent dans les anciens numéros de la revue.[134] En mai 1881, la revue voulait dresser la liste de tous les lieux où ses lecteurs se réunissaient, et conseillait à ceux qui n'avaient aucun groupe d'en former un chez eux.[135] Au début de 1882, elle proposait une étude en petit groupe le dimanche et un soir de semaine.[136] En mai 1882, elle envoyait des plans pour six discours à étudier dans l'ordre.[137] En septembre, elle fixe aussi les sujets et leur ordre d'étude. Ces groupes restaient alors indépendants les uns des autres : Raymond Franz décrit des assemblées autonomes, pour qui la réunion de Russell n'était qu'un modèle à suivre ou non.[138]
La lettre du prédicateur texan montre comment se forme un tel groupe. Il prêche depuis quatre ans et compare la revue à la Bible. Il quitte son Église, suivi d'une vingtaine de personnes, en majorité d'anciens méthodistes.[139] Le groupe bute alors sur le baptême. Personne n'a été immergé, et les baptistes de la région refusent de baptiser quiconque n'adhère pas à leur Église.[140] La réponse organise le rite sans clergé. Elle préfère « l'un des frères » qui comprend le sens du baptême, et le lieu importe peu : un baptistère loué ou une rivière conviennent.[141] En décembre 1880, la revue proposait aux lecteurs de se baptiser entre eux, ou de s'adresser aux ministres des Disciples du Christ.[142] En septembre 1882, la réponse ne renvoie plus à aucune autre Église. Elle ajoute que la revue n'a jamais pressé personne d'accomplir ce symbole.[143] En juin 1882, elle conseillait pourtant l'immersion à tous ceux qui s'étaient consacrés avant octobre 1881.[144]
Le courrier des lecteurs complète ce tableau. Un lecteur du Texas se dit membre consacré sans savoir quel est son don. Il se range parmi les « membres pieds », envoie 3 dollars pour « faire marcher le corps » et demande qu'on n'oublie pas les membres isolés.[145] Une lectrice de l'Ohio se dit liée par aucun credo humain et prête à répandre la vérité.[146] En avril 1882, la revue présentait ses lecteurs comme des gens sans nom de secte ni credo qui servirait à exclure.[147] Elle ajoutait que, faute de clergé, chacun prêchait selon ses moyens, les femmes comme les hommes.[148] Le mouvement est donc fait de lecteurs dispersés, souvent seuls ou en petits groupes. Ils donnent de l'argent et se règlent sur la revue plutôt que sur une Église.
Les lecteurs chargés de la diffusion
Le numéro d'octobre 1882 doit avoir un caractère missionnaire. Environ deux cent mille exemplaires sont prévus pour de nouveaux lecteurs.[149] Les abonnés peuvent en commander pour leurs amis chrétiens, ou envoyer leurs adresses à la revue.[150] Le numéro de janvier-février 1882 avait été tiré à 10 000 exemplaires.[151] Le numéro d'octobre doit donc sortir à vingt fois ce chiffre. La revue avait déjà employé ce moyen en septembre 1881 : le numéro consacré à Food for Thinking Christians avait été joint à des journaux à plus de 400 000 exemplaires.[152] En septembre 1882, ce sont les lecteurs eux-mêmes qui fournissent les destinataires.
Cette campagne vient peu après les départs de Paton et de Jones. Elle vient aussi après la date que la revue avait fixée au haut appel : depuis le 2 octobre 1881, aucune invitation à entrer au festin des noces ne devait plus être lancée.[153] La revue continue pourtant de chercher de nouveaux lecteurs à grande échelle. Melvin Curry, cité par Penton, note que l'échéance de 1881 avait déjà poussé les Étudiants de la Bible à prêcher davantage.[154]
Contenu
Vue de la Tour
Le combat entre la vérité et l'erreur est décrit comme toujours violent. Les erreurs consacrées par le temps sont vénérées et défendues avec ardeur, tandis que les vérités nouvellement dévoilées et les principes fondamentaux de la foi sont attaqués de toutes parts, non seulement par les ennemis de Dieu mais aussi par des gens qui croient sincèrement servir Dieu. L'époque est qualifiée de « jour mauvais » contre lequel les croyants ont été prévenus (Éphésiens 6:11-18).[155]
Le « jour du Seigneur » est mis en relation avec Malachie 3:2. Le mot traduit par « venue » est glosé par « présence, après l'arrivée », c'est-à-dire une présence qui se fait connaître sans être nécessairement visible. L'apparition de Jéhovah à Abram (Genèse 17:1) sert d'exemple, avec le même mot hébreu, raah. Le Seigneur y est comparé à un affineur d'argent, l'argent symbolisant la vérité et les scories l'erreur, et les « fils de Lévi » sont désignés comme typiques des croyants.[156]
Les lecteurs sont mis en garde contre l'ennemi qui endort certains par l'aisance et la prospérité, en accable d'autres par les soucis de la vie, et en détourne d'autres par l'erreur. Ils sont invités à se débarrasser de tout fardeau terrestre pour courir jusqu'au prix céleste, et à rester proches de Dieu par la prière et surtout par l'écoute de sa Parole.[157]
Un programme d'étude de six semaines est proposé, pour un travail personnel et pour des discussions publiques lors des réunions. Six questions sont posées : un sacrifice pour le péché était-il nécessaire à la réconciliation de l'homme avec Dieu ; Jésus, l'Agneau de Dieu, a-t-il ôté le péché en se sacrifiant lui-même ; si ce sacrifice était nécessaire et a été accepté, les croyants sont-ils pardonnés ou rachetés ; les hommes, encore « créatures anciennes » (humaines), ne sont-ils pas justifiés avant d'être sanctifiés comme « nouvelles créatures » (spirituelles) ; quelle est « l'espérance de la vocation » des croyants ; qui l'a eue avant la Pentecôte, et qui a marché sur l'étroit chemin de la vie avant Jésus, le Chef et le Précurseur. Les réponses de la revue se trouvent dans les anciens numéros de Zion's Watch Tower (« Tour de Garde de Sion »).[158]
Le frère Sunderlin, dit-on, va mieux mais reste trop faible pour écrire ou prêcher. Le numéro d'octobre doit avoir un caractère missionnaire : environ deux cent mille exemplaires sont prévus pour de nouveaux lecteurs, et les lecteurs actuels peuvent en commander pour les distribuer à leurs amis chrétiens.[159]
Les sept Églises : Thyatire (Apocalypse 2:18-19)
L'article, signé W. I. Mann, applique le message à Thyatire (Apocalypse 2:18-19). Le nom signifierait « parfum agréable du travail ». Il est appliqué à la première partie de la période où l'Église est « dans le désert », celle où la papauté est au pouvoir. L'Église véritable, purifiée par la persécution et débarrassée des membres inactifs, aurait alors travaillé fidèlement : beaucoup avaient plus de zèle que de connaissance, mais restaient fidèles à la lumière reçue.[160]
La présentation plus solennelle de celui qui parle (« le Fils de Dieu ») répond à l'apparition d'un usurpateur annoncé par Daniel, qui avait « une bouche proférant de grandes choses » et prétendait, en vicaire du Christ, parler à la place de Dieu. Le Seigneur se présente donc comme parlant par sa Parole écrite, seule autorité reconnue, ce qui rappelle l'anathème de Paul contre quiconque annoncerait un autre évangile. Les « yeux comme une flamme de feu » signifient une vue pénétrante : le petit groupe fidèle, méprisé et persécuté par ceux qui se disaient l'Église de Dieu, apprend que son chef ne voit pas comme les hommes. Les « pieds semblables à de l'airain poli » sont rapprochés de Daniel 10:6. L'airain, métal le plus utile et le plus durable pour les Anciens, signifie une promesse d'accompagnement pendant les 1260 ans passés dans le désert.[161]
Les œuvres de Thyatire, plus abondantes que celles d'Éphèse, reçoivent un éloge généreux. Le reproche vise « la femme Jézabel », qui se dit prophétesse et séduit les serviteurs du Seigneur. La Bible est présentée comme un récit historique fiable dont l'histoire est aussi une prophétie jouée en type par des personnages réels, y compris dans leurs fautes, nécessaires pour compléter l'antitype. L'histoire d'Élie, d'Achab et de Jézabel en est un exemple, annoncé comme devant faire l'objet d'un traitement complet. Jézabel, protectrice des prophètes de Baal, est le type de l'Église papale (1 Rois 18:19 ; 2 Rois 9:22). Achab, son mari, représente les rois et royaumes d'Europe qui ont commis la fornication spirituelle avec « l'Église mère ». L'Élie de Malachie 4 est l'Église de l'Évangile dans sa condition militante, qui doit être complète (Romains 11:25) avant que les troubles commencent vraiment, puisqu'elle contribue à verser les plaies.[162]
Les trois ans et demi de sécheresse et de famine annoncés par Élie sont typiques des trois « temps » et demi, ou années symboliques, de famine spirituelle annoncée par Amos (Amos 8:11) pendant le règne conjoint de la Jézabel babylonienne et de ses amants royaux. La comparaison de Daniel 7:25, Daniel 12:7, Apocalypse 11:2, Apocalypse 12:6 et Apocalypse 12:14 montre qu'ils mesurent la même durée. Un « temps » vaut douze mois de trente jours, donc 360 jours, c'est-à-dire 360 années symboliques ; trois temps et demi font 1260, tout comme 42 mois de 30 jours. La fuite des vrais enfants de Dieu au désert devant la fausse Église pendant 1260 ans, alors que la prostituée régnait en reine, est ainsi annoncée par la fuite d'Élie devant Jézabel (1 Rois 19:3 ; 1 Rois 17:1 ; Luc 4:25).[163]
« Manger des choses sacrifiées aux idoles » désigne les idées païennes enseignées par la papauté et conservées par le protestantisme : l'immortalité naturelle de tous les hommes, d'abord enseignée par les Égyptiens, l'éternité du péché, et un Dieu au caractère si dégradé qu'aucune monstruosité païenne ne l'égale. Au lieu d'un Père aimant, on aurait un géant vindicatif, cruel même envers ceux qui n'ont jamais entendu parler de lui. Mêlée à la doctrine du « tourment éternel », l'idée d'un Dieu d'amour produit Babylone, c'est-à-dire la confusion.[164]
Les Églises étant représentées par des femmes dans la Bible, la séduction consiste à suivre les « filles de Babylone » et à s'unir à elles. Les protestants préféreraient s'associer à un membre immoral d'une Église orthodoxe, ou même à un membre du corps de l'antichrist, plutôt qu'à un chrétien fidèle qui a rejeté les chaînes du sectarisme. Rome prétendait enseigner « une seule Église », mais son enseignement a produit les sectes enfermées dans leurs credos, qui retiennent captive la Sion spirituelle.[165]
Le « temps » laissé à Jézabel pour se repentir (Apocalypse 2:21-22) est daté de l'aube de la Réforme. Environ 365 ans se sont écoulés depuis que Luther a affiché ses quatre-vingt-quinze thèses à Wittenberg, le 31 octobre 1517. Un « temps » de 360 ans à partir de la lumière apportée par Luther conduit à l'heure où le Seigneur a dit à l'Église nominale de l'Évangile, selon les parallèles : « Votre maison vous est laissée déserte ». Les Églises sont donc déjà entrées dans l'« affliction » promise. Une note de bas de page, ajoutée dans une réédition ultérieure, renvoie au numéro du 15 novembre 1916 et au tome VII des Études dans les Écritures : l'ère de Philadelphie, et non celle de Thyatire, y coïncide avec l'époque de Luther, et la pleine lumière sur ce point n'était pas due en 1882.[166]
Les mots « je ferai mourir ses enfants » sont interprétés ainsi : Rome a cherché à tuer les enfants de Thyatire par la mort littérale, mais ils reçoivent l'assurance que le contraire se produira. Ceux qui ont l'esprit persécuteur de Jézabel subiront la mort spirituelle, antitype des 450 prêtres de Baal nourris par Jézabel et détruits par Élie, tandis que ceux qui ont l'esprit de Thyatire recevront la récompense « selon vos œuvres ». Ce renversement montrera à toutes les Églises qui accomplit le travail de triage.[167]
Les « profondeurs de Satan » sont distinguées de ce que certains appellent les profondeurs de Dieu. Face à la critique de l'idée de condamner les ignorants à la misère éternelle, ces gens répondent qu'on ne peut sonder les desseins de Dieu, que ses plans ne sont pas révélés et que ces questions relèvent des « choses profondes » citées par 1 Corinthiens 2:9. Or Paul poursuit en disant que Dieu les a révélées par son esprit. Ceux qui savent que l'antichrist a chargé le nom du Père d'opprobre refusent pourtant de le défendre, estimant que Dieu se justifiera au jour du jugement, quand, selon leur théologie, il sera trop tard pour servir à quiconque. Ceux qui croient que le monde est actuellement à l'épreuve, observe la revue, devraient s'employer à montrer le caractère de Dieu sous son vrai jour. Ceux qui voient le plan des âges ne sont pas concernés par cette fausse « humilité volontaire ».[168]
Aux fidèles de Thyatire, le Seigneur n'impose « aucun autre fardeau » : ils doivent tenir ferme ce qu'ils ont « jusqu'à ce que je vienne ». L'auteur dit connaître encore vivantes des personnes qui ont cet esprit de Thyatire.[169]
La promesse faite au vainqueur, l'autorité sur les nations avec une verge de fer (Apocalypse 2:26-27), est jugée particulièrement adaptée à l'époque : Rome, alors au sommet de sa gloire, se prétendait le royaume de Dieu, avec un règne du Christ commencé par son vicaire, le pape. Elle gouvernait littéralement les nations avec une verge de fer. Le type du pouvoir du vrai royaume était ainsi montré, et les persécutions mêmes rappelaient la gloire à laquelle les fidèles étaient appelés. L'« étoile du matin » est promise à ceux qui marchent dans la lumière de la vérité présente : une lumière croissante, en avance sur son heure, preuve certaine de l'« aube du jour » et de l'approche du Soleil de justice, qui se lève pour guérir et non pour détruire.[170]
L'alchimie de la foi
La promesse selon laquelle Dieu ne refuse aucun bien à ceux qui marchent dans l'intégrité semble impossible, car les justes connaissent de nombreuses afflictions. Le texte ne désigne pas les « justes » comme des gens sans faute, mais comme ceux qui, malgré leurs défaillances, cherchent honnêtement et habituellement à être en règle avec Dieu. Le bien s'entend de ce qui sert l'avantage complet et durable, non de ce que le monde appelle « bien ». Un enfant peut juger mauvais un médicament amer ou une opération douloureuse, que tout parent sage ne lui refuserait pas. De même, la discipline de l'épreuve forme l'esprit comme l'exercice forme le corps. La vie présente est l'enfance, le temps de formation de l'éternité, et une peine passagère qui prépare à la félicité éternelle est un bien.[171]
Nul ne peut discerner les résultats spirituels de la douleur ou du plaisir présents, mais Dieu le peut et conduit toutes choses vers la fin voulue. Le croyant répond à l'incroyant, qui lui oppose pauvreté, maladie et prières apparemment refusées, par la foi et par les vers du poète Faber. Joseph, Moïse, David, Asaph (Psaumes 73) et l'« écharde dans la chair » de Paul servent d'exemples. Les chrétiens sont des pèlerins qui jugent les circonstances selon qu'elles les aident à rentrer chez eux et non à voyager confortablement : un but plus noble exige un labeur plus rude. Le texte est de Newman Hall.[172]
Il était menteur dès le commencement
Les gouvernements despotiques tentent de se maintenir en travestissant les conséquences d'un changement de régime. Satan, « le prince de ce monde », fait de même : il enseigne aux hommes que leur sort, déjà dur, serait mille fois pire si Jésus venait établir son royaume. Aussi les gens du monde, et même beaucoup d'enfants de Dieu, craignent-ils ce qu'ils demandent dans la prière, « que ton règne vienne, que ta volonté soit faite sur la terre comme au ciel ». Les chrétiens croient plus volontiers le mensonge de Satan que la vérité de Dieu. Dieu permet que son caractère soit calomnié, probablement pour que, dans les âges à venir, quand « la connaissance du Seigneur remplira toute la terre », son amour brille d'autant plus par contraste.[173]
Attendez le Seigneur
Ce poème, tiré du New York Observer, exhorte les affligés à patienter : l'attente rend plus fort, et l'éternité compensera tous les retards. Le nuage de tristesse est envoyé par Dieu avec miséricorde, et les épreuves rendent semblables au Maître. La force est donnée pour chaque pas, et le « jour parfait » de Dieu mettra fin à la nuit, quand les croyants seront avec le Christ.[174]
Ligne sur ligne
La justification par la foi est exposée à partir de Romains 5:1. Être justifié, c'est être déclaré sans culpabilité, purifié du péché. Un seul homme a été « juste » : Jésus. Tous les autres sont pécheurs par nature, ayant hérité de la condamnation d'Adam, et sont condamnés à mort et séparés de Dieu.[175] Le Christ est mort « le juste pour les injustes » (1 Pierre 3:18). Il ramène ainsi les humains à la condition sans péché qu'Adam, leur représentant, a perdue pour lui-même et pour eux. Jésus devient leur « justificateur » (Actes 13:39).[176]
À l'objection que le verset parle de la seule foi, la réponse est qu'aucun verset isolé ne contient toute la vérité, et que la Bible doit être lue comme un ensemble. Le dernier membre de phrase, « par notre Seigneur Jésus-Christ », montre qu'un rédempteur était nécessaire : les pécheurs ne pouvaient se justifier eux-mêmes, seul quelqu'un qui paie leur peine pouvait les libérer. La foi est « la poignée » par laquelle on reçoit la justification. Elle doit reposer sur la Parole de Dieu, qui déclare qu'il n'y a « aucune condamnation » pour ceux qui sont en Christ Jésus. La rançon devient applicable à chacun dès qu'il la connaît et l'accepte.[177]
Les justifiés par la foi sont présentés comme très peu nombreux. Certains croient au péché et à la mort du Christ, mais n'arrivent pas à se tenir pour purs aux yeux de Dieu ; il leur manque la foi (Hébreux 11:6). D'autres considèrent le péché comme un mythe et ne se reconnaissent pas injustes. Une troisième catégorie admet le péché mais pense que Dieu pardonne tous les pécheurs sans condition, ce qui rendrait inutile la mort de Jésus. Une quatrième affirme que chacun paie sa propre peine en mourant. Aucune de ces positions ne s'accorde avec « par Jésus-Christ », qui désigne ce que Jésus a fait pour les humains.[178]
Ces opinions sont attribuées à la sagesse humaine, opposée à la sagesse de Dieu (1 Corinthiens 3:19). Les uns comptent sur l'éducation morale ou la pénitence, les autres sur un amour de Dieu qui l'emporterait sur sa justice. Les lecteurs sont invités à voir en Jéhovah un Dieu infiniment juste, qui « ne tient pas le coupable pour innocent » (Exode 34:7), et infiniment aimant, qui a donné son Fils. Ils sont appelés à s'attacher à la doctrine de la justification par le Christ, car « sans effusion de sang il n'y a pas de rémission » (Hébreux 9:22).[179]
Le Christ est-il mort en vain ?
Selon le texte, environ la moitié de la « soi-disant chrétienté » voit en Jésus un homme imparfait comme les autres, simplement supérieur à son époque, comparable à Confucius, Socrate et Platon comme maître de morale. Sa mort est jugée remarquable par sa cruauté, mais sans valeur de rachat : il serait mort comme tout homme, et son apport tiendrait à son enseignement et à son exemple. Cette opinion est attribuée à presque tous les « universalistes » et « unitariens » et à une forte proportion des autres confessions, appelés parfois chrétiens « libéraux » ou « penseurs avancés ».[180]
Ces personnes écartent Ésaïe 53:5-6 et les textes semblables, jugés bons pour des siècles passés mais incompatibles avec la « lumière » du XIXe siècle. Elles avancent trois idées. D'après la première, Dieu est trop bon pour exiger une peine de ses faibles créatures ; la réponse rappelle que le Dieu d'amour a laissé venir sur la race six mille ans de maux, qui font partie du « salaire du péché ». La deuxième veut que le fait de mourir et d'être enseveli paie la peine du péché, de sorte que personne n'aurait besoin de rédempteur (Osée 13:14). Pour la réfuter, l'argument cite la fille de Jaïrus, le fils de la veuve et Lazare (Matthieu 9:18, Luc 7:11-15, Jean 11:44) : ils étaient morts, donc selon cette théorie quittes, et pourtant ils sont morts de nouveau. La troisième, jugée plus proche de la Bible mais fausse, voit dans les maux présents et un châtiment futur suffisant le salaire du péché.[181]
Cette « lumière du dix-neuvième siècle » est qualifiée de lumière terrestre, celle de la philosophie et de la science « faussement ainsi nommée » (1 Timothée 6:20). Henry Ward Beecher figure parmi ses défenseurs. Les textes de Jésus, Paul, Jacques et Pierre sont opposés à ces vues, notamment Actes 4:10-12. Le texte déplore que certains qui se tenaient auparavant avec la revue, fidèles à la rançon et à la future restitution, soient tombés dans cette erreur.[182]
Un raisonnement par l'absurde est retourné contre ces « penseurs avancés » : ils admettent qu'Abraham, Isaac, Jacob et David sont sauvés comme les saints venus après Jésus ; alors l'exemple de Jésus n'aurait servi à rien, et le Christ serait mort en vain. La revue précise que ce raisonnement n'est pas sa propre position. Elle enseigne que la mort du Christ justifie à la vie la nature humaine de tous, avant comme après lui, et que ceux qui vivent depuis sa venue peuvent, en sacrifiant leur nature humaine à son exemple, devenir participants de la nature spirituelle, divine.[183]
La revue déclare qu'elle combattra toujours en priorité ces opinions qui nient que le Seigneur nous a achetés de son sang (1 Corinthiens 6:20), mais elle éprouve de la sympathie, voire de l'admiration, pour beaucoup de leurs tenants. Ceux-ci, face aux doctrines jugées déraisonnables de l'« orthodoxie », auraient fui vers l'extrême opposé.[184]
L'autre moitié de la chrétienté, dite « orthodoxe », croit que le péché entraîne pour tous, par Adam, une peine à payer, et que Dieu a fourni une rançon, ou substitut, en « l'homme Christ Jésus » (1 Timothée 2:6). Sur ce point, l'accord est total. Le désaccord porte sur la nature de la peine : l'orthodoxie y voit un tourment éternel, mental ou physique, dans un lieu préparé avant la création de l'homme. Le purgatoire de la papauté est jugé un peu moins terrible. Selon ce texte, la papauté a employé des arguments forts pour convertir le monde, et le protestantisme a voulu rendre les motifs encore plus frappants en prêchant un tourment sans fin.[185]
Un argument logique est opposé à cette doctrine : si le salaire du péché était le tourment éternel et que Jésus ait été le substitut des pécheurs, le Christ serait en enfer pour toujours et non à la droite de Dieu (Marc 16:19). Pour échapper à cette conclusion, certains disent que Jésus a souffert en quelques heures plus que tous les hommes (plus de cent quarante milliards) pendant l'éternité. D'autres abandonnent à la fois le tourment et la rançon, et cessent de croire à la Bible. D'autres encore abandonnent la rançon mais gardent le tourment éternel et le purgatoire. Un petit nombre, dont se réclame la revue, rejette le tourment éternel et garde la substitution : Jésus s'est donné en rançon (en grec antilutron, « prix équivalent ») pour tous.[186]
La substitution est acceptée dans son sens le plus plein : Jésus a pris la place du pécheur et subi exactement la peine du péché d'Adam. Or « le salaire du péché, c'est la mort » (Romains 6:23), c'est-à-dire l'extinction de la vie et non une vie de tourment. Cette mort rend possible, au moment fixé par Dieu, la résurrection de tous ceux qui sont dans les tombeaux (Jean 5:28). Ce ne sont ni les souffrances de Gethsemané ni les fatigues de trois ans et demi de ministère qui ont racheté l'humanité, mais la mort elle-même (Matthieu 20:28).[187]
Une mort moins douloureuse aurait eu la même valeur de rançon. Le Père a voulu que Jésus soit non seulement le Rédempteur mais aussi le Restaurateur des hommes ; il lui fallait donc connaître nos souffrances pour pouvoir sympathiser avec nous, et être rendu « parfait » sur le plan spirituel par les souffrances (Hébreux 2:10).[188]
Cette doctrine est présentée comme le fondement de tous les espoirs et de la restitution du monde. Si Jésus n'a pas été le substitut, l'espoir de résurrection est vain. Si la peine du péché est le tourment éternel, Jésus ne l'a pas payée et chacun devra la subir. Si elle est la mort, Jésus l'a payée : il a été « retranché » de la vie, « non pour lui-même » (Daniel 9:26). Paul place cet enseignement parmi les fondements de la foi (1 Corinthiens 15:3).[189]
La justification suppose de voir que la race était condamnée à la mort, non au tourment. La rançon une fois payée, Dieu est « juste pour nous pardonner » et ne peut refuser le droit à la vie acheté pour les humains. Paul fonde la justification sur la mort du Christ et non sur une annulation de la peine par Jéhovah : c'est le même Jéhovah qui avait condamné qui déclare maintenant libres de péché ceux qui sont en Christ. À qui voudrait condamner les élus, la réponse est « c'est Christ qui est mort » (Romains 8:32-34).[190]
Un asile pour les exilés
Cet article, repris du New York Herald et envoyé par son correspondant à Constantinople, décrit un afflux de réfugiés juifs russes vers l'Empire ottoman, d'une ampleur sans précédent depuis que le sultan Bajazet avait accueilli les Juifs chassés d'Espagne par Ferdinand II. Plus d'un millier d'entre eux errent déjà sans abri dans les rues de Constantinople. Deux hommes, Laurence Oliphant et James Alexander, y ont installé leur quartier général pour préparer le retour des Juifs en Palestine ; leur sincérité et leur désintéressement ne font aucun doute, mais ils divergent sur la méthode.[191]
Oliphant a proposé dans son livre The Land of Gilead (« Le Pays de Galaad ») d'installer des Juifs d'Europe orientale et d'Asie dans une colonie agricole, sous l'égide d'une société par actions, sur les anciens territoires de Ruben et de Gad : environ un million et demi d'acres de terre alluviale riche, entre le Jourdain et la mer Morte, presque inhabitée. Le sultan avait d'abord accueilli le projet comme l'occasion de montrer l'islam plus tolérant que certaines grandes nations de la chrétienté, et d'en tirer un revenu nouveau. Mais la parution du livre lui a fait craindre une autonomie juive soutenue par l'Angleterre et la France. Un familier de la cour lui aurait de plus traduit des passages de Daniel Deronda de George Eliot sur un grand royaume hébreu. Oliphant fut alors tenu pour un loup déguisé en brebis. Revenu trois semaines plus tôt, il presse le ministre des États-Unis, bien en cour auprès du sultan, de soutenir la colonisation en Palestine, où les Juifs préfèrent aller et où le transport coûte moins cher qu'en Amérique.[192]
Alexander, lui-même israélite, représente M. Cazelet et d'autres capitalistes juifs d'Angleterre, d'Allemagne et de France, convaincus que tout effort humanitaire échoue s'il ne repose pas sur une base commerciale solide. Il demande au sultan une concession pour construire un chemin de fer, des tramways et des routes dans les provinces d'Alep, de Tripoli et de Damas. La ligne de Tripoli à Damas ferait environ deux cents milles, pour un coût estimé à 50 000 dollars le mille, soit 10 000 000 de dollars. Il est demandé aussi une concession de terres incultes appartenant à l'État sur deux milles de chaque côté de la voie, soit huit cents milles carrés, où des réfugiés trouveraient travail et logement. Tous les bénéfices iraient au gouvernement. Si les provinces citées étaient refusées, les promoteurs accepteraient toute autre concession convenant à la colonisation.[193]
Pour installer les réfugiés sur place, des listes de plusieurs milliers d'artisans et d'ouvriers juifs russes qui souhaitent émigrer en Turquie sont déjà dressées. Dès que la concession est accordée, ces hommes et leurs familles doivent être transportés par bateaux spéciaux en Syrie et touchent leur salaire à l'arrivée. Le grand vizir a adressé au sultan un rapport très favorable au projet d'Alexander, et le ministre des Affaires étrangères a reçu les délégués des artisans juifs d'Odessa en leur promettant un foyer paisible en Turquie.[194]
Les conditions de l'accueil ottoman
La Porte a adressé aux consuls turcs des instructions : les Juifs russes qui veulent s'établir en Turquie doivent être installés en groupes séparés et peuvent s'établir partout dans l'Empire, sauf en Palestine. Ils sont soumis sans réserve aux lois turques et deviennent sujets ottomans.[195] Le statut légal des Juifs de Turquie est le même que celui des autres sujets, musulmans ou chrétiens. Ils ont leur chef rabbin, le hakam bachi, représentant officiel de la nation juive auprès de la Porte, qui jouit du même rang que les patriarches grec et arménien.[196]
Les persécutions subies par les Juifs en Turquie sont présentées comme venant des chrétiens, par fanatisme, et non des musulmans. Les Juifs ne peuvent rester en Grèce à cause des mauvais traitements. Pendant la semaine de Pâques à Jérusalem, les autorités turques doivent envoyer chaque année deux régiments d'infanterie pour empêcher catholiques et Grecs de tourmenter et de tuer les Juifs. À Constantinople, des Juifs occupent de hautes fonctions, et certains siègent au Conseil privé du sultan.[197]
La dérive
Cette rubrique rassemble des extraits de presse. Le premier, tiré du journal londonien The Christian, est une lettre d'A. Sternberg, écrite à Odessa le 5 juin. Les populations juives de Russie n'ont qu'un mot à la bouche : la Palestine. Des journaux et des brochures paraissent chaque jour en hébreu et en dialecte juif, des livres pour apprendre l'arabe sont mis en vente, et des cartes hébraïques de la Palestine sont affichées dans les boutiques. Sternberg n'a jamais vu un tel désir de retourner au pays des ancêtres. Il est aidé par le docteur Benzion, agent de la Société britannique pour les Juifs. À Balta, il a recueilli auprès du rabbin les noms des victimes. Il écrit que seule la Providence a sauvé les Juifs de la ville d'une destruction totale, et que les persécuteurs n'ont épargné ni l'âge ni le sexe.[198]
Un commentaire de la revue suit la lettre. Les souffrances des Juifs de Russie, comptés par millions, vont de pair avec leur désir de retourner dans le pays donné à Abraham et à sa postérité pour toujours, dont leurs péchés les ont longtemps tenus éloignés. La revue espère que ces épreuves font partie du plan de leur Dieu, qui les « attire au désert » et parle à leur cœur selon Osée 2:14.[199]
Un deuxième extrait signale un obstacle à l'émigration en Palestine. Dans une lettre au Times du 31 mai, Laurence Oliphant, de Constantinople, après être passé par la Galicie et la Roumanie, atteste le désir général des Juifs russes d'émigrer en masse en Palestine, chez les pauvres comme chez les riches, dont certains sont prêts à financer le transfert. Mais les réfugiés ne peuvent entrer dans l'Empire ottoman qu'à condition de devenir sujets turcs et de ne pas s'installer en Palestine. Oliphant constate qu'aucun Juif de Russie n'est autorisé par le gouvernement turc à entrer en Palestine, et demande à la nation britannique de venir en aide à environ un million de personnes prêtes à partir.[200]
Un troisième extrait concerne l'émigration vers la Syrie. Une société de secours a été formée pour aider les Juifs persécutés à gagner le nord de la Syrie ; le comte de Shaftesbury en est président. Mme Finn, veuve du consul britannique à Jérusalem, explique que le Fonds de la Mansion House, créé pour les secourir et les envoyer en Amérique, voit revenir des familles qui disent préférer mourir persécutées en Russie plutôt que de manger des aliments interdits et désobéir à la loi de Dieu. Le sultan refuse la Palestine, c'est-à-dire Jérusalem et ses environs, mais la Syrie reste possible. Mme Finn réclame 10 000 livres pour acheter des terres, et regrette que les chrétiens d'Angleterre n'aient fourni qu'un neuvième du fonds de la Mansion House.[201]
Le monde en armes
La situation internationale est décrite comme aussi menaçante qu'à n'importe quelle époque. L'Angleterre, « république en fait, monarchie en forme et empire par l'étendue de ses possessions », est agitée de troubles internes. L'Irlande, presque unanime, veut priver de leurs droits les propriétaires du sol et se libérer de la domination britannique ; les assassinats y sont atroces, le mot d'ordre « pas de loyer » trouve un écho en Angleterre et le communisme se répand dans tout le monde britannique.[202]
En France, les cabinets changent sans cesse et la République est haïe des prétendants rivaux au trône (Napoléon, Orléans, Bourbons). Le communisme, écrasé quelques années plus tôt dans le sang, relève la tête, et la revanche contre l'Allemagne se prépare pour effacer la honte de Sedan et reprendre l'Alsace et la Lorraine. Les visées françaises sur Tunis et sa position fragile en Algérie éveillent les soupçons de l'Italie et de la Turquie.[203]
L'Allemagne de Bismarck, l'homme « de fer et de sang », est agitée : son goût du pouvoir absolu, son mépris des droits politiques et civils du peuple et sa volonté presque « satanique » le rendent haï et craint. Le vieil empereur Guillaume entre dans sa quatre-vingt-quatrième année. Selon le texte, il est douteux qu'un monarque occupe encore le trône en Allemagne ou en Angleterre ; le républicanisme, voire le communisme, attendent leur heure dans les deux pays.[204]
La Russie est décrite comme un désert sombre où règne la terreur : les opprimés conspirent et frappent dans l'ombre, et le tyran vit enfermé dans ses palais hantés. L'Italie porte au cœur de sa capitale un squelette menaçant : le pape, dont le fanatisme peut éclater à tout moment, et dont les fidèles, dans presque tous les pays catholiques, seraient prêts à chasser le roi et le gouvernement italiens pour le replacer sur le trône de ses prédécesseurs.[205]
L'Égypte, selon une prédiction faite à l'époque de sa puissance, est « la plus humble des nations », et occupe maintenant le devant de la scène. Le khédive, prince étranger, tremble sur son trône et s'incline devant la volonté de la nation, c'est-à-dire l'élévation de son ennemi Arabi Bey au contrôle des places fortes et des forces du pays. « L'Égypte aux Égyptiens » est le cri de guerre des indigènes, et l'étranger fuit l'Égyptien. L'Angleterre et la France ont envoyé leurs navires de guerre à l'embouchure du Nil, mais cette menace est restée sans effet : des torpilles ont été posées dans le chenal du port d'Alexandrie et la résistance à toute intervention étrangère est proclamée. Le sultan joue double jeu, assurant publiquement le khédive de son soutien et encourageant en secret les insurgés. La Russie, l'Allemagne, l'Autriche et l'Italie réclament aussi leur part dans le règlement de l'affaire.[206]
Personne ne peut prévoir l'issue, mais un demi-million de soldats équipés de fusils à chargement par la culasse dans chacun de ces pays, des gouvernants désireux de détourner le mécontentement par des guerres, les jalousies mutuelles et la « question d'Orient », concentrée dans la crise égyptienne, annoncent une crise imminente. Le texte conclut : « le monde est en armes », et appelle de ses vœux le jour où viendra celui à qui revient le droit de régner, avec la paix, la joie et la justice. Une citation sur la fidélité aux moindres désirs du Christ clôt la rubrique.[207]
Les sept dernières plaies
Une note indique que cet article a été réimprimé dans le numéro de juin 1883.[208]
Extraits de lettres intéressantes
Un lecteur du Texas se dit consacré, sans savoir de quel membre du corps il fait partie ; faute de don particulier, il se classe parmi les « membres pieds ». Il envoie 3 dollars pour « faire marcher le corps » et dit avoir été éclairé par deux textes de la revue de mars, « Ne trouvez pas cela étrange » et « Si tout le corps était un œil ». Il demande qu'on se souvienne des membres isolés.[209]
Une lectrice de l'Ohio remercie pour les journaux et la nourriture reçus, dit se tenir depuis près de trente ans sur le roc du Christ Jésus, savoir que tous les peuples de la terre seront bénis, mais avoir été presque découragée faute de voir le plan. Elle n'a aucun credo humain qui la lie et se déclare prête à faire tout son possible pour répandre la vérité.[210]
Un prédicateur du Texas écrit que lui et quelques frères et sœurs ont quitté l'Église dite officielle pour chercher la vérité. Il prêche depuis quatre ans et a été jugé singulier dès le début. Il a reçu un exemplaire de la Zion's Watch Tower (« Tour de Garde de Sion »), l'a comparé à la Bible et s'est mis à prêcher en accord avec elle. Sa prédication a, selon son Église, empiré ; il l'a quittée, suivi par une vingtaine de personnes, puis d'autres, en majorité d'anciens méthodistes. N'ayant jamais été baptisé par immersion, il hésite à immerger les autres. Les baptistes de sa région refusent de le baptiser s'il ne rejoint pas leur Église, ce qu'il ne veut pas. Il demande ce qu'il doit faire.[211]
Réponse sur le baptême
La réponse se réjouit de la liberté du correspondant, qui cherche la volonté de Dieu et non celle des hommes ou des sectes. Le baptême est ordonné par l'exemple et le précepte de Jésus et des apôtres. Le mot « baptiser » est un mot grec transféré en anglais sans être traduit, comme « Christ » ; traduit, il signifierait « plonger », « immerger ». Jésus et les apôtres n'ont rien enseigné sur le baptême des nourrissons, et rien dans la Bible ne justifie l'idée, répandue notamment chez les luthériens et les catholiques, que le bébé non aspergé serait damné à la torture éternelle. C'est toujours le croyant qui est invité à se faire baptiser, et si croire ne peut se faire par procuration, baptiser encore moins.[212]
Le sens du baptême chrétien diffère de celui de Jean : il signifie que ceux qui l'accomplissent se sont consacrés à la mort, se sont remis entre les mains de Jésus et sont « immergés dans le corps » de Christ, la vraie Église, par une immersion dans la mort avec lui, pour lui ressembler dans la résurrection, comme êtres spirituels. La revue renvoie à Romains 6:3-4 et Philippiens 3:10. Une note explique que les baptistes n'entrevoient que ce sens : ils voient le baptême comme seul accès à l'Église, mais ne voient pas la vraie Église, celle dont les noms sont écrits dans les cieux.[213]
Le baptême dans l'eau représente la consécration complète contre laquelle la volonté humaine lutte. L'impuissance de la personne immergée et la facilité avec laquelle le baptiseur la relève figurent l'impuissance de l'homme dans la mort et la puissance de Dieu qui a relevé Jésus. Le fait d'être relevé représente la vivification et la perfection futures, et le fait que les consacrés sont déjà dans le monde comme des « nouvelles créatures » en Christ, vivant « dans une vie nouvelle », dans le monde mais non plus du monde.[214]
Celui qui comprend ce sens et ne veut pas suivre l'exemple de Jésus doit, par honnêteté, examiner l'obstacle, de peur qu'il ne s'agisse d'orgueil, signe que la vraie mort n'a pas eu lieu. La revue n'a jamais pressé personne d'accomplir ce symbole, car Jésus et les apôtres ne l'ont pas fait : comme la réalité, il doit être une offrande volontaire. De même, la Cène et le baptême sont présentés comme des privilèges destinés à attirer ceux qui les apprécient. « Si vous m'aimez, gardez mes commandements. »[215]
La couronne peut-elle dépendre d'un détail aussi mince que l'obéissance à un symbole ? La réponse est oui. Celui qui ignore le symbole ou ne peut l'accomplir est sans reproche, mais pour celui qui connaît la volonté du Maître et ne la fait pas, c'est un péché volontaire (Jacques 4:17 ; Luc 12:47), et ceux-là ne sont pas des vainqueurs. Dieu éprouve parfois par de petites choses : en Éden, le péché fut la désobéissance et le fruit fut l'épreuve. Une consécration qui a honte du symbole est-elle réelle et complète ? La revue dit craindre pour ceux qui, ayant compris le sens du baptême, n'accomplissent pas le symbole (2 Corinthiens 11:3 ; Hébreux 4:1). Seule une consécration complète tiendra dans le « mauvais jour » déjà commencé, et les « élus » seront gardés par la puissance de Dieu.[216]
Peu importe qui baptise : la revue préfère l'un des frères qui apprécie la réalité du baptême. Le lieu importe peu aussi : un baptistère loué pour l'occasion, une rivière ou tout endroit où l'eau abonde (Jean 3:23).[217]
Le Royaume de Dieu
Un article d'un magazine contemporain, envoyé par un lecteur pour réponse et critique, prétend trouver une grande « différence de dispensation » entre « royaume des cieux » et « royaume de Dieu ». Son auteur cherche à prouver que le « royaume de Dieu » est un royaume dans le cœur des hommes et que le « royaume des cieux » est le royaume du Millénium. Il fait aussi de Matthieu un « évangile juif » et des autres, surtout celui de Jean, un « évangile des chrétiens ». La revue juge que ne pas tenir compte des distinctions entre dispensations est une grave erreur, mais que créer des différences là où il n'y en a pas en est une autre, tout aussi nuisible.[218]
La revue qualifie cette thèse d'absurde : Matthieu, Marc, Luc et Jean étaient de simples historiens qui rapportent ce que Jésus a dit et fait. Chacun a écrit indépendamment des autres, sauf Jean, dont l'évangile aurait été écrit en partie pour combler des omissions. Chacun a usé d'une certaine liberté de vocabulaire. Matthieu emploie indifféremment « royaume des cieux » et « royaume de Dieu », tandis que les autres n'utilisent que le second. Le mot « cieux » signifie « haut » : le royaume des cieux est le royaume élevé, au-dessus des dominations terrestres, et donc le « royaume de Dieu ». La revue consacre plus de place à la question qu'elle ne le juge utile, parce que de nombreux « frères » tiennent à cette théorie, fondée selon elle sur un tour de mot plutôt que sur un principe général de l'enseignement biblique.[219]
Les deux expressions s'emploient l'une pour l'autre, comme le montrent les textes. Luc 19:11-12 et Luc 21:31 mentionnent le royaume de Dieu en des termes qui désignent sans doute possible le règne du Millénium, ce qui suffit déjà à détruire la théorie. Dans Matthieu 4:17, Jésus prêche : « Repentez-vous, car le royaume des cieux est proche » ; Marc 1:14-15 rapporte la même prédication avec « royaume de Dieu ».[220]
Matthieu emploie les deux expressions l'une pour l'autre, comme le montre la comparaison des évangiles. En Matthieu 13:11, Jésus dit : « Il vous est donné de connaître les mystères du royaume des cieux » ; Marc 4:11 écrit « royaume de Dieu ». Matthieu 19:23 parle du riche qui entrera difficilement dans le « royaume des cieux », et le verset 24 du même chapitre dit « royaume de Dieu », comme Marc 10:24-25 et Luc 18:24-25. Même chose pour Matthieu 19:14, que Marc 10:14 et Luc 18:16 rapportent avec « royaume de Dieu », et pour la comparaison avec le grain de sénevé, en Matthieu 13:31, Marc 4:30-31 et Luc 13:18-19. Ces exemples sont jugés suffisants pour convaincre tout esprit non prévenu.[221]
Les partisans de la distinction demandent comment l'Église peut être le royaume de Dieu dans sa souffrance présente, puis l'être autrement pendant le règne du Millénium. La réponse est qu'aucune distinction de ce genre n'est nécessaire. L'Église est le royaume dès maintenant au sens où un bébé est déjà un homme : le royaume lui appartient par la foi, comme toute autre bénédiction céleste. Il sera « établi » quand elle sera élevée et glorifiée avec Jésus, son Chef et son Époux (Daniel 2:44).[222]
Un lecteur objectera que Luc dit du royaume de Dieu qu'il est « au milieu de vous » et qu'il ne vient pas de manière visible. La réponse est que Luc 17:20 ne parle pas d'un royaume présent dans le cœur des scribes et des pharisiens hypocrites, mais de la manière dont il viendra : sans signe visible, comme un pouvoir ou un gouvernement présent mais invisible. Avec le temps, il ramènera l'humanité à l'harmonie avec lui, et les hommes deviendront alors les représentants visibles du royaume spirituel invisible. Les textes de Jean 3:3, Jean 3:5 et 1 Corinthiens 15:50 s'accordent avec cette lecture. Le récit biblique se tient ainsi sans que l'on « filtre le moucheron et avale le chameau », ce que la revue reproche à l'auteur critiqué.[223]
Le corps, l'épouse du Christ
La revue regrette de devoir contredire des personnes qu'elle aime, mais estime qu'elle doit le faire pour la vérité, avec douceur. Elle cite les désaccords entre les apôtres (Actes 15 ; Galates 2:11 ; 1 Timothée 1:19-20 ; 2 Timothée 2:16-18) et conclut que le serviteur fidèle ne doit pas taire les différences doctrinales pour garder la paix, ni sacrifier la vérité à l'unité. Les enseignants humains ne méritent respect et attention que dans la mesure où ils montrent un « ainsi dit le Seigneur » à l'appui de leurs enseignements.[224]
Les deux derniers numéros de Zion's Day Star présentent comme une lumière nouvelle l'idée que le corps du Christ, l'Église, est distinct de l'épouse du Christ. Selon cette revue, le « corps » désigne ceux qui vainquent le monde en suivant l'exemple de Jésus, leur Chef, ce que la Tour de Garde a toujours enseigné. Mais Zion's Day Star nie que l'épouse soit cette même classe de vainqueurs. D'après elle, le corps forme avec la tête l'Époux, auquel l'épouse sera unie plus tard. L'épouse serait une compagnie qui, par faiblesse de la chair, n'a pas vaincu le monde mais a été vaincue par lui. Jusque-là, les deux revues voyaient dans cette classe la compagnie des serviteurs d'Apocalypse 7:9-17. La revue répond qu'une idée n'est pas fausse parce qu'elle diffère de l'enseignement antérieur, ni vraie parce qu'elle est nouvelle : elle peut être une erreur nouvelle. Elle ne doit pas non plus se juger à l'affection que l'on porte à ses défenseurs ou à ses opposants.[225]
Pour répondre, la revue commence par les paraboles de Jésus. Le royaume des cieux est comparé à un marchand de perles, à un trésor caché dans un champ, à un jeune noble parti recevoir un royaume, à un grain de sénevé, à du levain. Personne n'en conclut qu'il existe autant de royaumes : ce sont des aspects différents d'un même royaume. De même, l'Apocalypse (chapitres 20 à 22) donne sept tableaux du royaume établi : Satan lié mille ans, les trônes de la terre renversés et les vainqueurs régnant avec le Christ, les saints de la première résurrection, le grand trône blanc où les morts sont jugés, les nouveaux cieux et la nouvelle terre, l'épouse comme Cité sainte, l'eau de la vie qui guérit les maux du monde. Ces tableaux décrivent l'œuvre d'un seul royaume pendant un seul millénaire : les saints règnent pendant que Satan est lié et que les morts sont jugés. Les titres de Jésus (Prophète, Prêtre, Roi, Fils de Dieu, Fils de l'homme, Agneau de Dieu) désignent eux aussi un seul être vu sous divers angles.[226]
Les noms donnés à l'Église fonctionnent de la même façon, chacun montrant un aspect de sa tâche ou de son lien avec Jésus. Elle est une troupe de soldats qui combattent le bon combat sous la conduite du « Chef de notre salut ». Elle est un « sacerdoce royal » dont chaque vainqueur est prêtre et dont Jésus est le Grand Prêtre : cela montre la vie de sacrifice. Elle est un groupe de disciples qui imitent leur Maître (1 Pierre 2:21). Elle est le corps du Christ, ce qui montre l'union étroite entre Jésus et l'Église et entre tous les membres. Comme les membres du corps humain obéissent à la tête, chaque membre du Christ est conduit par la volonté de son Chef ; la tête partage chaque souffrance, et Jésus soulage les membres éprouvés en se servant des autres membres.[227]
L'Église est aussi le temple (1 Corinthiens 3:16). Chaque chrétien est un temple où Dieu habite par son esprit, et un caillou vivant dans le grand temple que Dieu bâtit pendant cet âge et d'où la bénédiction coulera vers le monde dans l'âge suivant. Cette image montre la croissance de l'Église, que les autres ne montrent pas : les pierres vivantes sont taillées, polies et assemblées jusqu'à ce que Jésus, pierre du sommet, couronne l'édifice, prêt pour son œuvre du Millénium. Une image du corps seule représenterait mal l'ajout de membres un par un, un doigt ou un œil à la fois. Elle montre en revanche que l'Église est parfaite en Christ dès le début tout en devant croître en grâce (Philippiens 3:15).[228]
Reste l'image de l'épouse de l'Agneau, que Zion's Day Star attribue à une classe différente. L'argument adverse est le suivant : si nous sommes le corps du Christ, nous ne pouvons être l'épouse, puisque le corps doit épouser l'épouse. La revue y voit une apparence de vraisemblance, mais soutient que chaque image est indépendante et que les mélanger crée la confusion. Si l'on mélangeait ainsi les images, on devrait dire que les membres du corps du Christ ne sont pas des soldats parce que Jésus est le Capitaine, ou qu'ils ne sont pas des disciples parce qu'ils seraient les pieds laissant les traces, ou qu'ils ne sont pas le temple parce qu'un corps peut vivre dans un temple mais non l'être. Personne ne renonce au « sacerdoce royal » (1 Pierre 2:9) parce qu'il est membre du corps. Or personne ne prétend que ces images désignent des classes différentes.[229]
L'image de l'épouse et de l'Époux illustre mieux que toute autre la relation pendant l'absence du Seigneur. Jésus est parti « préparer une place » et promet de revenir prendre les siens (Jean 14:2-3). Un fiancé part dans un pays lointain, promet de revenir chercher sa fiancée fidèle, de lui donner sa fortune, son nom et son honneur, et de la faire cohéritière. La seule condition est l'amour et la fidélité, un amour qui supporte l'attente solitaire et prie : « Viens, Seigneur Jésus, viens bientôt ». L'image du corps ne peut pas rendre cela : une tête séparée de son corps, tous deux vivants et désireux de s'unir, serait absurde. L'Église, présentée à plusieurs reprises comme une vierge fiancée au Christ, montre bien l'Époux absent et l'épouse qui attend. Jésus ne réclamera pour épouse que ceux qui vainquent le monde, la chair et le diable, et la promesse « Celui qui vous appelle est fidèle, et c'est lui qui le fera » la gardera « sans tache du monde ».[230]
Les Écritures désignent Jésus lui-même, et non Jésus avec les vainqueurs, comme l'Époux : Jean 3:29, Matthieu 9:15, Marc 2:19, Luc 5:34. Dans Matthieu 25:1-10, l'Époux est mentionné quatre fois, toujours comme personne individuelle. Aucune vierge ne sort à la rencontre d'un « époux multitudinaire », et le cri de minuit n'annonce pas un tel époux. La gloire, l'honneur et le pouvoir reviennent à l'homme, et la femme devient cohéritière par le mariage. Jésus est l'héritier de toutes choses (Hébreux 1:2) et les croyants n'héritent qu'en s'unissant à lui : « Celui qui n'a pas épargné son propre Fils, comment ne nous donnera-t-il pas aussi toutes choses avec lui ? »[231]
Les types de l'Ancien Testament vont dans le même sens. L'homme a été formé le premier, puis la femme est devenue sa compagne et cohéritière de la domination sur la terre. De même Jésus a été rendu parfait d'abord, et l'Église est préparée comme épouse. Le sommeil d'Adam et la côte ouverte n'ont pas produit directement Ève, mais seulement la côte à partir de laquelle Dieu l'a formée ; de même la mort de Jésus a produit une humanité justifiée (la côte), que Dieu transforme à l'image divine du second Adam, dont elle devient l'épouse. Adam ne peut pas être le type du corps en même temps que de Jésus, car Paul en fait le type de Jésus personnellement : « Le premier homme, tiré de la terre, est terrestre ; le second homme est du ciel » (1 Corinthiens 15:47). Adam seul représentait le Seigneur, mais Adam et sa femme furent appelés ensemble Adam (Genèse 5:2) ; de même Jésus seul fut le Christ (l'oint), et l'union avec son épouse produit le Christ de Dieu.[232]
Isaac et Rebecca fournissent un autre type : Abraham représente Jéhovah, son serviteur l'Esprit, et Isaac Jésus, fils et héritier. Isaac était l'héritier d'Abraham sans épouse, mais Rebecca devint cohéritière en s'unissant à lui. Jésus fut d'abord nommé seul « héritier de toutes choses » par Jéhovah ; ensuite les croyants sont invités à être cohéritiers avec lui. Rebecca était héritière pendant son voyage, par l'espérance et la foi, à condition de l'achever ; de même les croyants sont héritiers par la foi, à condition de suivre l'étroit chemin : « héritiers de Dieu, cohéritiers de Christ, si toutefois nous souffrons avec lui » (Romains 8:17).[233]
Si la classe de l'Époux n'était pas encore complète, comme le soutient Zion's Day Star, Paul n'aurait pas pu dire à l'Église de son temps : « Je vous ai fiancés à un seul époux, pour vous présenter à Christ comme une vierge pure » (2 Corinthiens 11:2). Tous les types montrent un Époux achevé avant l'appel de l'épouse. Jésus a été rendu parfait dans la gloire avant que l'Esprit commence, à la Pentecôte, à appeler la vierge pure à devenir « l'épouse, la femme de l'Agneau ». Jésus, Paul et Pierre ont reconnu cet appel en cours depuis dix-huit cents ans, ce qui prouve déjà que l'Époux est Jésus seul, parfait sur le plan spirituel avant l'appel de l'Église.[234]
Dans Éphésiens 5, Paul ne mélange pas mais relie les images du corps et de l'épouse, et les applique à la même classe. Il s'adresse « aux saints qui sont à Éphèse, fidèles en Jésus-Christ » (Éphésiens 1:1), compare l'Église au corps humain dont Jésus est la tête (Éphésiens 1:23), puis aux mêmes personnes comme épouse et mari (Éphésiens 5:22-33). Le verset 28 compare l'épouse au corps, et Paul conclut que « nous sommes membres de son corps, de sa chair et de ses os » et que le mystère de l'homme et de la femme « devenus une seule chair » concerne le Christ et l'Église. Les images du corps et de l'épouse s'emploient donc l'une pour l'autre, pour la même classe.[235]
À ceux qui attribuent le titre d'épouse à la classe vaincue par le monde, la revue objecte que l'épouse du Christ est partout appelée « vierge pure » et jamais impure ou alliée au monde comme une prostituée. Elle répond à l'objection que l'épouse sort de Babylone : tous ceux qui sont libres en sont sortis, comme tout Israël typique est allé en captivité dans la Babylone littérale. Le texte d'Apocalypse 18:4 demande de sortir « afin de ne pas participer à ses péchés » ; ceux qui sortent et obéissent ne sont donc pas complices des péchés de Babylone, mais vainqueurs.[236]
La revue conclut que les apôtres exhortent l'Église comme soldats, comme sacerdoce, comme disciples ou imitateurs, comme membres du corps, comme pierres vivantes du temple et comme « vierge pure » fiancée à un seul époux, le Christ. Elle voit dans ces expressions des variations d'un même appel adressé à la même classe, puisque l'âge de l'Évangile n'a connu qu'un seul haut appel et que tous sont « appelés à une seule espérance ». Ces titres désignent donc la même classe et non des classes différentes.[237]
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Illustrations du numéro
Références
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