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La Tour de Garde de février 1881

De Tj-encyclopédie
La Tour de Garde de février 1881
Revue La Tour de Garde
Date 1881
Année 1881
Éditeur Watch Tower Bible and Tract Society

Ce numéro porte sur une seule question pratique : comment un chrétien doit-il répartir son temps et ses forces entre les besoins de la vie matérielle et ce qu'il considère comme un engagement envers Dieu ? La question est posée à travers une galerie de portraits — agriculteur, marchand, artisan, veuve — chacun interrogé sur la place réelle que tient le service religieux dans son existence quotidienne.

Russell y développe une distinction entre le chrétien qui se dit consacré mais vit « comme ses voisins terrestres » et celui dont les actes correspondent à ses intentions déclarées. La figure de l'intendant est opposée à celle du banquier : l'un garde passivement, l'autre dépense activement ce qui lui a été confié.[1]

Le numéro comporte aussi un article sur la relation entre l'enseignant et le disciple, et un autre sur la confiance dans l'engagement chrétien. L'ensemble tourne autour d'une même préoccupation : la cohérence entre ce que l'on affirme croire et la manière dont on organise concrètement sa vie.

Analyse

Croyances

Une vérité qui s'ajoute, un dissident qui confirme

Le bilan des dix dernières années repose sur une idée simple : une connaissance qui vient de Dieu ne peut pas en contredire une autre.[2] L'appui choisi est un verset de Jacques, selon lequel chez Dieu « il n'y a ni variation ni ombre de changement ».[3] D'où l'image des becs de gaz : chaque nouvelle lumière s'allume à côté des précédentes, sans en éteindre aucune.[4] Cette image permet de raconter 1873, 1874 et 1878 sans jamais parler d'erreur.[5] Le critère retenu pour juger une idée nouvelle va dans le même sens. On ne se demande pas si l'événement annoncé s'est produit, mais si la connaissance rend plus aimant et plus pur.[6] Un tel critère ne peut jamais être démenti par les faits.[7]

Ce vocabulaire ne vient pas de Pittsburgh. En 1870, l'adventiste Jonas Wendell publie une brochure intitulée La Vérité présente, ou la nourriture en son temps. Russell avait entendu Wendell prêcher à Allegheny.[8][9] La formule « nourriture en temps voulu » revient ici deux fois : pour l'annonce de la présence du Christ, et pour le rituel du Lévitique.[10] L'historien James Penton décrit le même procédé chez les adventistes puis chez les étudiants de la Bible. Après chaque date manquée, les dirigeants soutiennent que la date était juste et que seul l'événement attendu était faux, puis présentent la correction comme une « nouvelle lumière ».[11] Le récit de l'automne 1874 suit exactement ce schéma. Les calculs sont revus, on n'y trouve aucune faute, et c'est donc l'événement attendu qui change.[12] Le même raisonnement servait déjà en avril 1880 pour William Miller : sa date de 1844 restait juste, mais il s'était trompé sur ce qui devait arriver.[13]

Le frère qui rejette la rançon est traité de la même manière. Il n'est pas nommé. Il soutient que chacun paie son péché en mourant, puis il finit par nier la présence du Christ.[14] Ce portrait correspond à la position que Nelson Barbour publie en 1878. Barbour affirmait alors que la mort de chaque homme le libère du péché d'Adam, sans qu'une substitution soit nécessaire.[15] En 1880, Barbour abandonne aussi le retour invisible et revient à l'attente d'un retour à venir.[16] En octobre 1880, un ancien compagnon qui avait abandonné la date de 1874 était déjà assimilé au « mauvais serviteur » de Matthieu 24.[17] Cette fois, la parabole retenue est celle des noces.[18] Le choix vise juste. Barbour enseignait qu'une doctrine correcte est l'habit de noces, et John Paton lui avait répondu dans ces colonnes en juillet 1880.[19] Désormais, l'habit de noces désigne la justice du Christ accordée au croyant. Celui qui la refuse devient « un homme n'ayant pas d'habit de noces », jeté dans l'ignorance du jour du Seigneur.[20] En août 1879, nier la substitution était rapproché du péché sans pardon.[21] En février 1881, le départ du dissident devient l'accomplissement d'une parabole, et donc une preuve que le groupe a raison.[22]

La rançon fonde deux destinées

L'échange entre le Christ et le croyant revient à trois endroits : dans l'habit de noces, dans le retour sur les années passées et dans la réponse sur la restauration.[23] La formule la plus brève est : « il a porté nos péchés ; nous portons sa justice ».[24] Le pardon ne suffit pas à lui seul. Il donne au croyant « quelque chose à offrir » : une vie comptée comme juste, que l'on peut ensuite déposer sur l'autel.[25] C'est la condition pour « présenter leurs corps en sacrifice vivant, saint, agréable à Dieu ».[26] La rançon conçue comme un prix exactement équivalent, une vie humaine pour une vie humaine, était posée dès décembre 1879.[27] Cette conception remonte à George Stetson. En 1872, il expliquait que Jésus ne reprend pas, à sa résurrection, la vie humaine qu'il a sacrifiée, sinon le prix serait annulé.[28] Russell dit avoir compris la rançon comme « prix équivalent » en 1872, en lisant George Storrs.[29]

Cette rançon ouvre deux avenirs distincts. L'Église est déjà « engendrée » à une nature divine et attend de « naître ».[30] Le monde, lui, doit seulement retrouver ce qu'Adam a perdu : une vie humaine parfaite sur la terre.[31] En octobre 1879, la même limite était déjà tracée : la restauration ne rend que ce qu'Adam possédait, et Adam n'a jamais eu de corps spirituel.[32] Barbour séparait lui aussi, en 1875, l'appel céleste de l'âge de restauration sur la terre.[33] La question d'un lecteur pousse ce partage jusqu'au bout. Les croyants doivent-ils d'abord redevenir des hommes parfaits ? La réponse est non : ils reçoivent dès maintenant leur part de restauration par la foi, sous la forme d'une perfection comptée et non réelle.[34] Une seconde restauration ne leur servirait à rien, puisqu'ils ont « crucifié » leur nature humaine.[35]

Job est placé du côté du monde, et non de l'Église. Quand il dit qu'on ne remonte pas du séjour des morts, il parle d'un point de vue humain, avant que la rançon soit payée.[36] Il fallait attendre que le Christ ait « aboli (vaincu) la mort et mis en lumière la vie et l'immortalité par l'évangile ».[37] Sa demande d'être caché dans la tombe jusqu'à la fin de la colère divine devient celle de toute l'humanité. Elle doit ressusciter après le temps de détresse, alors que les saints ressuscitent avant.[38] Ce passage est un appui habituel pour ceux qui pensent que les morts dorment sans conscience jusqu'à la résurrection.[39] Cette idée était arrivée dans ce milieu par la chaîne Priestley, Henry Grew, Storrs.[40] Les biens de Job, rendus en nombre égal, deviennent une image de la restauration annoncée en Actes 3:21.[41]

Des natures et des classes de croyants rangées par degrés

Le rituel du jour des propitiations sert à classer les croyants. Le jeune taureau représente la vie humaine de Jésus. Le bouc du Seigneur représente le « petit troupeau » qui suit ses pas. Le bouc émissaire représente la « grande foule », envoyée dans la tribulation pour la destruction de la chair.[42] La séparation des deux boucs en deux classes de consacrés était déjà proposée en mars 1880.[43] En septembre 1880, les deux boucs servaient à montrer que l'Église a sa part dans l'offrande.[44] Ici, cette lecture est présentée comme l'une des nourritures « les plus douces », et un tract entier lui est annoncé.[45] L'historien Tony Wills remarque que cette classe secondaire n'est jamais nommée clairement dans la Bible. Elle est tirée de paraboles, de prophéties en images et de personnages pris comme modèles.[46]

Cette échelle se retrouve dans la vie promise. Les anges et les hommes restaurés vivent pour toujours, mais parce que Dieu les alimente sans cesse.[47] La vie possédée en soi-même, l'immortalité, est réservée au Père, au Fils et au « petit troupeau » qui prend le chemin étroit.[48] Cette idée prolonge celle de Storrs : l'homme n'a pas d'âme immortelle et ne reçoit la vie éternelle que comme un don.[49] L'ordre des résurrections suit les mêmes degrés : d'abord les vainqueurs, ensuite la grande foule sans l'immortalité, enfin les Juifs et les autres nations pendant le millénium.[50] Apocalypse 20:5 gênait ce calendrier, puisque le verset place le retour à la vie des autres morts après les mille ans. La phrase est donc écartée comme absente des copies anciennes.[51] L'argument n'est pas propre à Pittsburgh. Au XIXᵉ siècle, des controverses signalent l'absence de cette phrase dans le Sinaïticus et dans la version syriaque.[52][53]

Le sommet de l'échelle est le Christ ressuscité. Il est décrit comme un être différent du Jésus mort, et ses apparitions comme des vêtements de chair pris pour un temps.[54] Stetson enseignait déjà que Jésus était ressuscité dans une nature spirituelle et immortelle.[55] En 1875, le groupe de Barbour décrivait le Christ et les élus comme invisibles aux yeux humains, à la manière des anges.[56] Cette invisibilité donne sa base à la présence que personne ne voit.[57]

Un calendrier construit sur deux âges de même longueur

Le récit commence avec l'attente de 1873, fin des six mille ans depuis Adam. Viennent ensuite 1874, calculée par les jubilés et par les 1 335 jours de Daniel.[58] Les tableaux de Barbour faisaient finir les 1 335 jours en 1873 et le cycle des jubilés au printemps 1875.[59] Le récit de 1881 rattache ces deux calculs à l'année 1874.[60] Barbour avait aussi fixé la durée de l'âge juif à 1 845 ans. Il en tirait, d'après Ésaïe 40:2, un âge de l'évangile de même longueur, qui devait finir en 1878.[61]

La moisson change de durée. Chez Barbour, elle ne durait que trois ans et demi, de l'automne 1874 au printemps 1878, ce qui fondait l'attente de l'enlèvement en 1878.[62] Désormais, la moisson juive s'étend sur quarante ans, de l'an 30 à l'an 70.[63] En mai 1880, l'âge de l'évangile, clos en 1878, était déjà prolongé jusqu'en 1914.[64] L'échec de 1878 est traité par un nouveau rapprochement. Le modèle de l'Église chrétienne n'est plus la Pentecôte, mais la fin de l'Église juive.[65] Comme les Juifs ont gardé une faveur pendant trois ans et demi après la mort de Jésus, jusqu'à Corneille, la chrétienté garde la sienne jusqu'à l'automne 1881.[66] Le parallèle avec l'an 36 était déjà invoqué en mai 1880.[67] Robert Crompton note que, chez Russell, les âges se chevauchent : l'âge juif finit par étapes, d'abord au rejet de la nation, puis à la conversion de Corneille.[68]

Ce calendrier débouche sur un appel. L'Église nominale, « vomie » en 1878, porte le nom de « Babylone », et ses membres sont invités à en sortir.[69] Le rejet de cette Église au printemps 1878 était affirmé dès novembre 1879.[70] En janvier 1881, tous les membres de l'Épouse devaient avoir quitté les Églises avant l'automne.[71] Le protestantisme réservait d'ordinaire le nom de Babylone à Rome. Russell l'applique à l'ensemble de l'« Église nominale ».[72] Le chercheur Melvin Curry, cité par Penton, voit à l'échéance de 1881 un double effet. Elle détourne l'attention de la déception de 1878 et pousse les fidèles à prêcher davantage.[73]

La présence invisible, à l'abri du démenti

L'idée d'une présence invisible est attribuée à Benjamin W. Keith. En lisant le Diaglott, il relève que le mot grec parousia signifie « présence ».[74] Cette découverte était déjà racontée en février 1880.[75] Barbour l'expose clairement dans l'Herald of the Morning d'octobre 1875.[76] L'idée circulait pourtant avant Keith. En Grande-Bretagne, le pasteur Robert Govett soutenait déjà que parousia veut dire « présence ». Aux États-Unis, Seiss et Shimeall évoquaient eux aussi un retour invisible.[77][78]

Plusieurs versets sont relus dans le même sens. Selon Actes 1:11, le Christ revient « de la même manière » qu'il est parti : en silence, sans être remarqué du monde.[79] La même année 1878, l'auteur britannique J. Stuart Russell lit au contraire dans ces mots la promesse d'une venue visible et personnelle.[80] L'éclair de Matthieu 24 devient le courant électrique invisible qui produit la lumière.[81] En mai 1880, ce même éclair désignait encore le rayonnement de la vérité.[82] En juillet 1880, le royaume qui ne vient pas « de manière à frapper les regards » prouvait déjà la présence depuis 1874.[83]

Raymond Franz souligne qu'on ne peut pas réfuter une présence invisible. C'est ce qui a permis aux amis de Barbour de garder la date de 1874 après la déception.[84] Hébreux 10:38 complète cette défense. Même si la présence est connue, il faut marcher « par la foi et non par la vue ».[85] L'absence de signe visible devient alors ce qu'un croyant fidèle doit attendre.[86] L'annonce que « celui qui vient » ne tardera pas est déclarée déjà accomplie.[87]

Le dénouement attendu à l'automne 1881

Le changement des saints est attendu au cours de 1881, peut-être à l'automne, en même temps que se ferme la porte des noces.[88] En janvier 1881, l'automne était déjà fixé comme terme, à la fois pour entrer dans l'Épouse et pour le changement des vivants.[89] Selon Penton, Russell se comptait lui-même parmi ces saints et pensait devenir bientôt un être spirituel.[90] Les voix, les trompettes et les nuées de 1 Thessaloniciens 4 sont lues comme des images.[91] Être enlevé « dans les airs » signifie prendre à Satan son pouvoir sur les affaires du monde.[92] Cette lecture avait été proposée par Paton en décembre 1880.[93]

Le changement et le mariage sont désormais séparés.[94] En 1875, le groupe de Barbour plaçait au contraire l'enlèvement et le « mariage de l'Agneau » ensemble, au printemps 1878.[95] Entre les deux s'ouvre un temps où les saints changés restent « sous le voile de la chair ». Ils y servent de porte-parole, comme Aaron pendant les trois premières plaies d'Égypte.[96] Albert Delmont Jones lisait déjà les plaies de cette manière en décembre 1880.[97] En 1877, des conférences de Barbour et de Russell annonçaient que l'Église glorifiée parlerait aux hommes « sous un voile, c'est-à-dire la chair ».[98]

La phrase d'Apocalypse 10:6, « il n'y aura plus de temps », marque la fin du temps de faveur accordé aux nations, au son de la septième trompette.[99] Les adventistes y lisaient autre chose : après 1844, plus aucune période prophétique ne pouvait être calculée.[100] Le même verset sert donc ici à fixer une date, alors qu'il servait ailleurs à interdire d'en fixer. La septième trompette était identifiée à la « dernière trompette » de Paul dès août 1879.[101] Le feu annoncé par les prophètes n'est plus un embrasement de la terre. Il représente la chute des gouvernements et de l'ordre social, d'après Sophonie 3:8-9.[102] Le récit rappelle qu'en 1871, une partie du groupe attendait encore un monde détruit par le feu.[103] Barbour enseignait déjà que la terre ne serait pas brûlée, mais que les institutions seraient renversées.[104]

Satan, la chair et la maladie

Dans la tradition chrétienne, Genèse 3:15 est la première annonce de l'Évangile. Irénée y voit le Christ, né de Marie, qui écrase la tête du serpent.[105] Ici, la descendance de la femme désigne le Christ et son Église ensemble.[106] Le talon blessé représente leur corps de chair. La tête blessée représente l'esprit corrompu de ceux que Satan a séduits.[107] Le verset figurait déjà en tête de l'Herald of the Morning en 1875.[108] Le corps humain y est présenté comme animal et non spirituel, ce qui reprend l'opposition entre le premier et le dernier Adam déjà posée en octobre 1879.[109][110]

Le premier mensonge de Satan est « vous ne mourrez point ».[111] La mort elle-même devient un « ministère de mort gravé sur la pierre, glorieux ».[112] L'immortalité naturelle de l'âme est donc rattachée à l'ennemi. Dès 1869, Wendell affirmait à Pittsburgh que toute fausse religion repose sur l'immortalité de l'âme.[113] Les tentations qui rouvrent la blessure au talon sont très concrètes : l'argent, le whisky, le cigare, le tabac, une plume, une perle, un diamant.[114]

La maladie est rattachée au péché et au pouvoir de mort détenu par le diable. Les disciples y échappent, sauf quand le Christ le permet pour les former.[115] Le contexte américain éclaire cette réponse. Autour du médecin Charles Cullis, un mouvement de guérison par la foi s'appuie sur la « prière de la foi » de Jacques 5.[116] D'après Schulz et de Vienne, Russell s'y intéressait et William Conley en était convaincu.[117] La réponse reste prudente. Elle ne promet aucune guérison sur demande. Elle avance seulement qu'une vie employée entièrement au service de Dieu expose moins à la maladie, « en règle générale ».[118] Russell tenait Satan pour une personne réelle, contre ceux qui n'y voyaient qu'une influence mauvaise.[119]

Une vie consacrée, des rites ramenés à leur sens

Le renoncement aux trésors terrestres repose sur une idée de bon sens : la vie est « trop courte et ses forces trop faibles » pour poursuivre deux buts à la fois.[120] Le chrétien n'est pas un banquier qui garde l'argent de Dieu. C'est un intendant chargé de le dépenser pour Dieu.[121] Le riche doit cesser tout de suite d'accumuler.[122] La veuve modèle continue pourtant de travailler pour ne dépendre de personne.[123] En mai 1880, la consécration exigeait déjà de donner son corps, son temps et ses biens.[124] Russell avait lui-même vendu son commerce pour se consacrer à la prédication.[125] La sociologue Rosabeth Moss Kanter a étudié les communautés américaines du XIXᵉ siècle. Elle observe que plus un groupe exige de sacrifices et de renoncements, plus ses membres s'y attachent.[126] La promesse faite au disciple reste modeste : chercher d'abord le royaume garantit le nécessaire, pas l'abondance.[127] Le conseil d'employer des domestiques pour gagner du temps suppose que certaines lectrices en ont les moyens.[128]

Le baptême d'eau est maintenu comme une belle image. Le vrai baptême reste la mort à la nature humaine.[129] Cette distinction était déjà posée en septembre 1880.[130] Keith avait alors écrit que ceux qui ne pensent qu'au baptême d'eau « prennent l'ombre et laissent la substance ».[131] Storrs, de son côté, accordait peu d'importance au baptême d'eau.[132] Ici, le rite est pratiqué « avec un plaisir redoublé », parce que son sens est désormais compris.[133]

Le silence des femmes dans l'assemblée est maintenu sans explication, puisque « Dieu n'en donne aucune ». La femme y est vue comme une image de l'Église, et l'homme comme une image du Christ.[134] La même réponse reconnaît le bien accompli par les femmes dans la lutte contre l'alcool.[135] La question n'est pas théorique pour les lecteurs. Les Advent Christians admettaient des femmes prédicatrices.[136] Dès 1859, Phoebe Palmer défendait le droit des femmes à prêcher en s'appuyant sur Joël 2:28.[137]

Le lavement des pieds est refusé comme rite. Il est lu comme une leçon d'humilité, liée aux routes poussiéreuses de la Palestine.[138] La question venait sans doute d'un lecteur proche de William C. Thurman, ancien prédicateur des Frères qui avait fait entrer cette pratique dans le second adventisme.[139] Les Frères pratiquaient ce rite lors de leur communion.[140] Dans les années 1860, les adventistes du septième jour le célébraient chaque trimestre.[141] La réponse de Russell reprend celle que H. V. Reed donnait en 1875 dans The Restitution.[142]


Organisation et histoire

Un récit des origines qui transforme les échecs en étapes

Le récit le plus long remonte à 1871 et rattache une partie du groupe au courant adventiste qui attendait un retour visible du Christ.[143] Le texte dit « beaucoup », et non « la plupart » : Schulz et De Vienne soulignent que cette phrase vise la situation de 1871 et non le recrutement des années 1880, qui vient surtout d'autres milieux, en particulier méthodiste.[144] Ce milieu, Russell le connaît directement. En 1870, il entend à Allegheny le prédicateur adventiste Jonas Wendell, qui annonce la fin pour 1873.[145] Le récit énumère ensuite, l'une après l'autre, l'attente de 1873, puis celle de 1874, puis le découragement de l'automne 1874.[146] Ces échecs ne sont pas cachés. Ils sont racontés comme des moments de confusion que la suite de l'histoire vient éclairer.[147] Penton décrit ce raisonnement dans toute l'histoire du mouvement : quand une date échoue, ses dirigeants soutiennent qu'il s'est produit « la mauvaise chose au bon moment ».[148] Blandre note que garder la date de 1874 a creusé l'écart entre les amis de Barbour et les autres adventistes, et a donné naissance à un groupe distinct.[149]

Le récit donne à ce tournant un nom et un visage. La sortie de l'impasse est attribuée à frère Keith, présenté comme l'un des collaborateurs de la revue, qui découvre dans l'Emphatic Diaglott « le mot grec parousia » rendu par « présence ».[150] Dans ce passage, la découverte est simplement « communiquée à d'autres parmi les déçus ». Nelson Barbour, qui l'avait pourtant diffusée dans son Herald of the Morning dès octobre 1875, n'y est pas nommé.[151][152] L'idée même d'une présence qu'on ne voit pas n'était pas propre à Keith. Le pasteur anglais Robert Govett soutenait déjà que parousia voulait dire « présence ».[153] Selon Jonsson, l'idée d'un retour en deux temps, le premier invisible, était alors très répandue chez les commentateurs de la Bible.[154] Blandre ajoute qu'on ignore dans quelles circonstances exactes Keith a fait sa trouvaille.[155] Keith n'était pas un ancien partisan de William Miller, comme on l'a parfois écrit : il était enfant en 1843 et a rejoint le cercle de Barbour vers 1867.[156] En février 1880 déjà, ce même Keith opposait la traduction de Wilson à la version anglaise courante.[157] Le récit attribue ainsi le tournant de 1874 à un collaborateur encore présent dans la revue, et non à l'ancien associé avec qui Russell a rompu. Raymond Franz relève qu'une présence invisible ne peut pas être démentie : c'est ce qui a permis au cercle de Barbour de conserver la date de 1874.[158]

Le récit se termine en découpant l'histoire du groupe en deux périodes. De 1874 à 1878, presque tout l'effort aurait servi à prouver la présence du Christ. Depuis 1878, l'effort porterait surtout sur la sainteté, la pureté de vie et la consécration.[159] Les preuves tirées des dates sont déclarées suffisantes pour fonder la position du groupe.[160] Ce découpage tombe juste après l'échec du printemps 1878. Wills rappelle que Barbour avait annoncé l'enlèvement de l'Église pour la Pâque 1878, alors que Russell ne s'engageait pas sur ce point.[161] En décembre 1879, la revue avait évoqué cette déception à demi-mot, comme une épreuve qui avait fait partir plusieurs centaines de personnes.[162] En présentant la période ouverte en 1878 comme un passage voulu de la preuve à la sainteté, le récit remplace un échec par un changement de priorités. La lumière nouvelle est d'ailleurs déclarée capable de s'ajouter à l'ancienne sans jamais la contredire, puisqu'en Dieu il n'y a « ni variation ni ombre de changement ».[163] Penton observe que, chez les Étudiants de la Bible, les corrections faites après un échec de date sont toujours présentées comme une « lumière nouvelle ».[164]

Le dissident, l'habit de noces et le tri du groupe

Le même récit raconte une crise interne. Un frère « d'influence et de capacité » aurait rejeté la rançon en affirmant que chacun paie son péché en mourant. Il aurait ensuite renié un à un les autres points, jusqu'à nier la présence du Christ.[165] Le frère n'est pas nommé, mais son portrait correspond à Barbour. En 1878, celui-ci avait écrit que la mort de chaque homme le libère du péché d'Adam, sans qu'un sacrifice de remplacement soit nécessaire.[166] En 1880, il avait aussi renoncé au retour invisible pour attendre de nouveau un retour à venir.[167] Taire le nom évite d'en faire une querelle personnelle. Les lecteurs, pour beaucoup anciens abonnés du Herald of the Morning, pouvaient pourtant le reconnaître sans peine.[168]

Le départ de ce frère est expliqué par la parabole des noces. Il devient « un homme n'ayant pas d'habit de noces », jeté dans les « ténèbres extérieures », c'est-à-dire dans l'ignorance du monde au sujet du jour du Seigneur.[169] Le choix de cette parabole répond directement à Barbour. Celui-ci enseignait que l'habit de noces était une doctrine juste, et John Paton l'avait déjà contredit dans la revue en juillet 1880.[170] La lecture de la parabole se durcit aussi. En octobre 1879, l'exclusion de l'invité était dite temporaire et non éternelle.[171] En avril 1880, les ténèbres désignaient l'ignorance du monde, sans viser personne en particulier.[172] En février 1881, la même image est appliquée à un ancien associé précis. Une divergence sur la doctrine devient ainsi une chute spirituelle.

L'épisode a des effets visibles sur le groupe. Il provoque un tri : certains, incapables de supporter l'épreuve, se seraient détournés à leur tour.[173] Ces départs ne sont pas présentés comme un affaiblissement. Le fait que la parabole se soit « accomplie » renforcerait au contraire la confiance de ceux qui restent.[174] En octobre 1880, la revue avait déjà fait de l'abandon de la date de 1874 la faute du « mauvais serviteur ».[175] Le départ de Barbour est donc lu, pour la deuxième fois en quelques mois, comme la réalisation d'une parabole. Penton montre que ces « tris » accompagnent chaque déception dans l'histoire du mouvement. Il montre aussi que l'idée d'un savoir réservé à ceux qui restent fidèles au groupe pousse à ne pas s'en éloigner.[176] La manière dont le mouvement traite ceux qui le quittent est devenue un sujet d'étude pour les sociologues, notamment chez Andrew Holden.[177]

Une seule personne à qui l'on écrit, une revue qui tranche

Les objections d'un lecteur sur le renoncement aux richesses sont adressées par écrit, et ce lecteur appelle son interlocuteur « Frère Russell ».[178] Le lecteur ne s'adresse pas à un conseil ou à une assemblée, mais à un homme seul, dont la réponse est publiée pour tous.[179] Le titre de « frère » n'est pas un hasard. Selon un témoin des débuts, Thomas Hickey, quand on avait commencé à l'appeler « Elder Russell », Russell avait répondu qu'ils continueraient sans titre, puisqu'ils étaient tous un en Christ.[180] L'égalité affichée dans le nom va donc avec une réalité moins égale : c'est Russell qui reçoit les questions et qui y répond. En 1879, lui et ses proches suivaient déjà une trentaine de groupes d'étude dans sept États. En 1880, Russell les visitait lui-même pour des séances d'étude de six heures.[181] Le numéro de janvier 1881 publiait aussi les horaires des réunions de Pittsburgh, qui servaient de modèle aux autres groupes.[182]

La rubrique de questions et réponses fixe ensuite des pratiques concrètes. Le silence demandé aux femmes dans l'assemblée est maintenu sans explication. La femme y est présentée comme le « type de l'Église », appelée à écouter son Chef et non à enseigner.[183] La question n'avait rien d'abstrait. Les Chrétiens adventistes, dont venaient une partie des lecteurs, acceptaient des femmes prédicatrices. D'autres groupes les refusaient.[184] Dans le mouvement de la sainteté, Phoebe Palmer défendait depuis 1859 le droit des femmes à prêcher.[185] Le lavement des pieds reçoit un traitement semblable. Il est refusé comme rite durable et réduit à une leçon d'humilité.[186] La question venait sans doute d'un ancien partisan de William Thurman, qui avait introduit cette pratique des Frères chez les adventistes.[187] Dès 1875, la revue The Restitution avait fait la même réponse, et beaucoup de ses lecteurs lisaient aussi Zion's Watch Tower.[188] Dans les deux cas, une pratique discutée dans le milieu d'origine est réglée par une réponse publiée, sans débat collectif. Sans structure officielle, la revue sert déjà à fixer ce qui se fait et ce qui ne se fait pas.

Des publications suivies et l'argent des fidèles mis au service de l'œuvre

Un tract à paraître, portant le numéro sept, est annoncé sur le jour des propitiations.[189] Une question sur la résurrection renvoie au « chemin étroit vers la vie » paru en octobre 1880, une autre à un numéro précédent sur Apocalypse 20:5.[190] Ces numéros et ces renvois montrent une production organisée, où chaque texte s'appuie sur les précédents. Depuis 1880, les tracts de Russell et de ses collaborateurs étaient numérotés et fournis gratuitement aux lecteurs pour être distribués.[191] En janvier 1881, la revue avait annoncé une ou deux brochures gratuites par mois, envoyées par paquets de vingt-cinq au plus.[192] Le lecteur n'est donc plus seulement un abonné. Il devient un relais de diffusion.

Les consignes sur l'argent vont dans le même sens. Le chrétien est présenté non comme le banquier qui garde les fonds de Dieu, mais comme l'un des « intendants de la grâce multiforme de Dieu », chargés de dépenser activement ce qu'ils ont reçu.[193] La diffusion de la vérité figure en tête des emplois de la richesse, avant l'aide aux croyants et aux pauvres.[194] Le riche est invité à cesser d'amasser. Le commerçant doit réduire ses affaires dès qu'elles dépassent les besoins réels. Celles qui en ont les moyens peuvent employer des domestiques pour libérer du temps pour l'œuvre.[195] Ces consignes s'appuient sur l'exemple d'une veuve qui consacre chaque jour une heure à étudier la Bible avec la revue elle-même.[196] Russell avait suivi cette voie lui-même. Il avait réduit ses affaires pour voyager et prêcher, et avait financé Barbour, son périodique et ses livres.[197] La sociologue Rosabeth Moss Kanter, qui a étudié les communautés américaines depuis le milieu du XIXᵉ siècle, a montré que plus un groupe exige de renoncement, plus ses membres s'y attachent.[198] Ici, le renoncement demandé ne profite pas à une caisse commune. Il libère du temps et de l'argent pour faire circuler les textes de la revue.


Contenu

Amassez-vous des trésors

Neuf profils de personnes sont décrits les uns après les autres, chacun poursuivant un trésor différent : la richesse, l'honneur et le respect, le plaisir, la célébrité, le pouvoir politique, le confort familial, l'approbation sociale, et enfin l'amour de soi et de l'aisance personnelle[199]. Chaque portrait illustre une forme d'idolâtrie ordinaire, où l'énergie d'une vie entière se trouve concentrée sur un seul objectif, au point que « ses actions parlent plus fort que ses paroles » dans chacun de ces cas[200].

L'argument central s'appuie sur l'idée qu'une vie ne peut servir qu'un seul but véritable, à l'exclusion de tous les autres : l'expérience humaine montrerait que le succès ne s'obtient que par la concentration des forces sur un seul objectif, la vie étant « trop courte et ses forces trop faibles » pour atteindre plusieurs buts à la fois[201]. Le lecteur qui se dirait occupé à amasser un trésor céleste tout en vivant comme ses voisins terrestres est directement interpellé : ses actes quotidiens, tout comme ceux des neuf profils précédents, parleraient plus fort que ses intentions déclarées[202].

La récompense promise aux chrétiens est opposée à tous les trésors terrestres réunis, décrite comme « un poids de gloire éternel et sans commune mesure », promise à ceux qui achèvent la course chrétienne en tant qu'épouse de l'Agneau, héritiers de Dieu et cohéritiers avec Jésus-Christ[203]. Un verset biblique vient appuyer l'idée qu'il serait impossible de servir deux maîtres à la fois[204] : Matthieu 6:24.

Une série de métiers et de conditions sociales est ensuite passée en revue sous forme de dialogue : l'agriculteur, le marchand, l'artisan, la femme au foyer et la veuve sont chacun interrogés sur l'usage qu'ils font de leur vie et de leur travail, et sur le trésor céleste qu'ils auraient, ou non, amassé en retour[205]. Le marchand, par exemple, décrit une vie entièrement vouée à ses affaires, dont il tire des revenus suffisants pour donner un dixième de ses profits à des œuvres religieuses et charitables, tout en accumulant par ailleurs des biens considérables[206].

Le témoignage le plus développé est celui d'une veuve, qui relate sa propre démarche de consécration complète d'elle-même à Dieu après avoir appris l'existence d'un « appel céleste » à devenir membre de l'épouse de Christ, cohéritière d'un héritage incorruptible[207]. Elle rapporte avoir conclu que cette consécration exigeait de se considérer comme « comme morte » à elle-même, en reprenant les mots de l'apôtre Paul selon lesquels ce ne serait plus elle qui vivrait, mais Christ vivant en elle[208] : Galates 2:20. Un extrait de cantique est cité à cette occasion, affirmant que tout — l'être, les pensées, les paroles et les actes — serait désormais « tout pour Jésus » [209].

Le récit se poursuit par une réflexion sur la manière concrète de mettre cette consécration en pratique : la veuve rapporte s'être demandé si elle devait abandonner tout travail rémunéré pour se consacrer uniquement à la prédication, avant de conclure, sur la base d'un principe biblique selon lequel celui qui ne pourvoit pas aux besoins des siens serait pire qu'un incroyant, qu'elle devait continuer à travailler pour subvenir à ses besoins tout en consacrant une partie de son temps au service religieux[210] : 1 Timothée 5:8. Elle évoque également l'exemple de l'apôtre Paul, qui travaillait de ses mains pour n'être à charge de personne[211].

Le récit s'achève sur l'organisation précise du temps de la veuve, répartie entre le travail, le sommeil et trois heures quotidiennes consacrées à l'étude personnelle, dont une heure d'étude approfondie de la Bible menée conjointement avec la lecture de Zion's Watch Tower[212]. Elle justifie ce choix par la nécessité de « sonder les Écritures », en vue de connaître au mieux la volonté de Dieu avant d'agir en son nom[213] : Jean 5:39.

Un dialogue se poursuit à travers ce passage, opposant le signataire — Russell lui-même, désigné comme « Frère Russell » par son interlocuteur[214] — à des objections formulées depuis Pittsburgh contre l'enseignement précédent sur le renoncement aux trésors terrestres[215]. L'interlocuteur s'inquiète que la position défendue soit erratique et contraire à l'exhortation de l'apôtre Paul à ne pas être paresseux en affaires mais fervent d'esprit[216] : Romains 12:11. Il invoque aussi la parabole des talents, où le serviteur qui enfouit son argent est condamné tandis que ceux qui font fructifier leurs talents sont félicités, pour demander si l'enseignement reçu impliquerait d'arrêter toute activité commerciale, de vendre ses biens ou de les jeter, les chrétiens étant par ailleurs invités à se considérer comme les banquiers de Dieu, simplement chargés d'exécuter ses ordres[217].

La réponse s'ouvre par un rejet de l'accusation d'écart par rapport à l'enseignement biblique : tous les chrétiens auraient au contraire été détournés de la règle biblique par les coutumes du monde, soutenues par les principes égoïstes de la nature humaine déchue[218]. L'image de l'engagement envers le Seigneur comme contrat de travail est développée : en répondant « j'y vais, Seigneur » à l'appel à travailler dans sa vigne, beaucoup se seraient crus fidèles à leur engagement en effectuant un jour de travail par semaine pour lui, tout en consacrant six fois plus de temps et une énergie bien supérieure à l'accumulation de leur trésor terrestre qu'à son service pour le trésor céleste[219] : Matthieu 21:28-30.

Sur l'objection tirée de l'exhortation à ne pas être paresseux en affaires, une distinction est posée entre faire de son mieux ce qui se présente à faire — tant dans le service du Seigneur que dans l'entretien nécessaire du corps — et consacrer « tous ses jours et toutes ses heures » à amasser un trésor terrestre sans laisser aucun temps pour le Seigneur[220]. L'exagération de cette exhortation est présentée comme un moyen d'épuiser toutes les forces de l'être, d'empêcher le service promis par engagement, et de laisser s'éteindre, par manque de temps pour s'en nourrir de la parole de Dieu, la ferveur de la nature spirituelle[221].

Sur la parabole des talents, l'interprétation proposée identifie les talents aux capacités propres de chaque personne, données à Dieu lors de la consécration puis restituées par lui pour être utilisées et multipliées en son service : l'éloquence, la richesse, ou la capacité à transmettre l'amour de Dieu de manière plus discrète sont évoquées comme autant de talents possibles, jusqu'à la simple capacité de dire un mot de bonté et de sympathie préparant la voie à d'autres pour annoncer les richesses de la grâce divine[222]. L'exemple de l'apôtre Paul illustre cette logique : s'il avait fait de la fabrication de tentes son activité principale pour amasser un trésor terrestre, ou utilisé son éloquence pour obtenir les applaudissements des hommes ou la richesse de ce monde, il aurait selon cette lecture enfoui son talent dans la terre[223].

La réponse récuse ensuite l'image des chrétiens comme banquiers de Dieu : ils seraient plutôt des intendants, la différence tenant à ce que le banquier se limite à garder l'argent et à le restituer sur ordre du propriétaire, alors que l'intendant reçoit la charge de le dépenser activement au service de ce propriétaire[224]. Tous les enfants de Dieu sont ainsi désignés comme des « intendants de la grâce multiforme de Dieu », chacun recevant des dons en quantité variable et devant en rendre compte par un usage actif[225]. La richesse, lorsqu'elle fait partie des dons reçus, est présentée comme devant être employée pour la gloire de Dieu — que ce soit dans la diffusion de la vérité, l'assistance aux croyants ou l'aide aux pauvres en général — l'argent étant déclaré sans valeur propre sauf à produire du bien pour autrui, Dieu lui-même étant décrit comme le grand donateur de tout bien dont les enfants sont invités à partager cette part de bienveillance et d'amour[226].

Quant à la question de savoir s'il faudrait abandonner son commerce, sa ferme ou son métier, une réponse nuancée est donnée selon les circonstances : seul l'excès de temps consacré aux affaires au-delà de ce qu'exigent les besoins réels, le soutien des personnes à charge et les diverses occasions de mettre l'argent au service du Seigneur appelle une réduction de l'activité commerciale[227]. Le texte s'interrompt sur cette réponse, qui reprend presque mot pour mot — avec quelques variantes et déformations d'OCR supplémentaires — l'ensemble du dialogue déjà exposé, signe d'une double impression du même contenu sur cette page[228].

La proposition de laisser de côté tout travail rémunéré pour celui qui dispose déjà d'une fortune reçoit une réponse directe : une personne riche est invitée à cesser immédiatement l'accumulation d'argent et à employer ses mêmes talents au service du Seigneur, avec autant de rapidité et de liberté qu'elle en avait mis à les acquérir, tout en continuant de se montrer « non paresseuse en affaires » au service du Seigneur[229]. Une vie vécue en harmonie avec les commandements divins aurait, selon cette logique, probablement empêché l'accumulation d'une telle fortune ; il est suggéré de réparer les négligences passées en entrant dans la vigne du Seigneur, fût-ce à la « onzième heure », avec la promesse de recevoir malgré tout le « denier » de l'immortalité[230].

La situation inverse, celle du lecteur sans richesse, fait l'objet d'une explication distincte : l'absence de fortune n'impliquerait aucune faute particulière, certains ayant travaillé et planifié avec autant d'ardeur que ceux qui se sont enrichis sans parvenir au même résultat[231]. Un verset biblique vient appuyer l'idée que Dieu choisirait de préférence les pauvres de ce monde, riches en la foi et héritiers du royaume[232] : Jacques 2:5. Chacun est invité à s'interroger sur l'emploi réel de son temps, de ses talents et de son argent, et, en cas de négligence reconnue, à réorienter ses principales énergies vers l'accumulation d'un trésor céleste plutôt que terrestre, l'ordre des priorités devant placer en premier la recherche du royaume de Dieu et de sa justice[233] : Matthieu 6:33. Cette priorité accordée au royaume n'entraînerait pas, selon le texte, l'abondance des conforts de l'existence, mais garantirait la satisfaction des besoins essentiels[234].

Un conseil spécifique est adressé aux mères et aux femmes au foyer, les invitant à ne pas négliger leurs autres devoirs et privilèges au profit d'un seul, tout en reconnaissant que la consécration de toute chose à Dieu permettrait de considérer comme accompli à son service tout acte accompli en recherchant sa volonté[235]. Le soin du mari et des enfants est présenté comme leur premier devoir, agréable à Dieu, à condition d'être accompli dans cet esprit de service, en tenant compte des recommandations de l'apôtre Paul sur la tenue vestimentaire et la coiffure, tant pour elles-mêmes que pour leurs enfants, et en réservant du temps à la fois pour la nourriture spirituelle et pour le service des autres[236]. Pour celles qui en ont les moyens, employer des domestiques afin de libérer du temps pour l'œuvre du Seigneur est présenté comme un usage avisé de l'argent à la gloire de Dieu[237].

L'exemple de la veuve précédemment rapporté est désigné comme un modèle d'application pratique des enseignements de Jésus et des apôtres, à étudier et à imiter avec soin, contrairement à la recherche d'un trésor terrestre jugée propre à alourdir celui qui s'y livre et à lui faire perdre le prix de la course en cours[238]. L'argent, les talents et la réputation sont présentés comme de simples moyens à mettre au service de la vocation et de l'élection, selon la même énergie que celle déployée par un homme en quête de richesse terrestre, chacun étant invité à se dépouiller de tout fardeau pour courir avec patience la course qui lui est proposée, les regards fixés sur Jésus[239] : Hébreux 12:1.

Une objection est ensuite anticipée et discutée : refuser d'amasser un trésor terrestre pourrait, selon elle, conduire au dénuement en cas de maladie. La réponse présente une telle situation comme une occasion d'exercer sa confiance dans les promesses divines, une vie vécue dans une proximité étroite avec Dieu permettant de revendiquer l'ensemble de ces promesses, notamment celle selon laquelle aucune bonne chose ne serait refusée à ceux qui marchent avec droiture, et celle affirmant que toutes choses concourraient au bien de ceux qui aiment Dieu[240] : Romains 8:28. La maladie elle-même est rattachée au péché et présentée comme relevant en grande partie de l'action de « celui qui détient le pouvoir de la mort, c'est-à-dire le diable », le monde entier étant par le péché tombé sous son contrôle, tandis que les disciples du Christ en seraient transférés dans le royaume du Fils bien-aimé de Dieu, échappant ainsi à ce pouvoir sauf lorsque celui-ci se trouve permis par Jésus et retourné à leur avantage[241] : Colossiens 1:13. L'épreuve subie par Paul, décrite comme « une écharde dans la chair, un messager de Satan », illustre la possibilité que le Seigneur permette parfois une telle attaque pour le développement et le perfectionnement de ses disciples, tout en affirmant qu'un usage entier et conscient des forces personnelles au service de Dieu réduirait en règle générale l'exposition à la maladie[242] : 2 Corinthiens 12:7. Un passage de l'apôtre Paul aux Corinthiens est cité à l'appui de l'idée qu'un jugement de soi-même éviterait d'être jugé par le Seigneur, le jugement subi étant alors un châtiment destiné à écarter toute condamnation avec le monde[243] : 1 Corinthiens 11:31-32. Une parole de l'apôtre Jacques sur la prière de la foi censée sauver le malade et obtenir le pardon des péchés commis est également rapprochée de cette explication, de même que l'habitude de Jésus d'annoncer le pardon des péchés avant d'opérer une guérison[244] : Jacques 5:15.

Notre instructeur

Un poème composé de courtes strophes, chacune accompagnée de renvois bibliques précis placés en regard des vers, développe l'image de Dieu comme instructeur du croyant, invité à se laisser enseigner, conduire, sonder et purifier[245]. Les thèmes successifs des strophes évoquent la conduite dans les sentiers de justice, le soutien dans la détresse, la direction par le regard divin, la sanctification par la parole et l'épreuve purificatrice comparée à une fournaise, la recherche du cœur et le dévoilement du péché, la image du berger qui ne brise pas le roseau froissé, le don de chants dans la nuit et l'éclaircissement des ténèbres, et enfin la protection au sein du tumulte[246]. Chaque exhortation s'appuie sur une référence biblique distincte, parmi lesquelles Ésaïe 1:4, Job 5:18, Psaume 23:3, Psaume 32:8, Jean 17:17, 1 Pierre 1:7, Ésaïe 42:3 et Ésaïe 63:9.

Ne rejetez donc pas votre confiance

Une exhortation de l'apôtre Paul relative à la confiance à ne pas abandonner est examinée à partir de la traduction du Diaglott[247] : Hébreux 10:35-38. Le verset annonçant que « celui qui vient viendra et ne tardera pas » est interprété comme s'appliquant principalement à la présence du Fils de l'homme, bien qu'il ait pu trouver une application dans un sens plus large par le passé[248]. Les paroles de Paul sont présentées comme ayant été données par l'esprit en vue de ceux qui vivent dans les jours de la présence du Christ, désignés comme la moisson ou la fin de cet âge, à l'image d'autres passages de l'apôtre jugés spécialement adressés à ceux qui vivraient à la fin de l'âge de l'évangile, tels que l'annonce de temps périlleux dans les derniers jours ou l'appel à revêtir l'armure complète de Dieu pour tenir ferme dans le jour mauvais, désigné comme le jour du Seigneur[249] : 2 Timothée 3:1, Éphésiens 6:13. L'ensemble des écrits prophétiques et apostoliques, de l'Ancien comme du Nouveau Testament, est présenté comme portant pour l'essentiel sur la fin de l'âge juif et de l'âge de l'évangile, ce dernier étant jugé particulièrement visé[250], l'explication se poursuivant au-delà de cette tranche du texte.

L'exhortation à ne pas rejeter sa confiance se poursuit par un développement historique rétrospectif sur les dix années précédentes, présenté comme une suite de preuves attestant une direction providentielle progressive. Cette confiance s'appuie sur l'image d'une « lumière brillant de plus en plus », censée illustrer une progression continue plutôt qu'un désaveu des positions antérieures[251]. Un principe est posé pour écarter l'objection selon laquelle changer d'interprétation reviendrait à se contredire : venant de Dieu, chez qui « il n'y a ni variation ni ombre de changement », toute lumière nouvelle ne pourrait qu'ajouter à la lumière ancienne sans jamais la contredire ni l'éteindre, à l'image de plusieurs becs de gaz allumés successivement dans un même bâtiment sans qu'aucun ne soit éteint[252]. Le critère retenu pour juger de la validité d'une connaissance nouvelle est sa capacité à produire le fruit de l'esprit, l'amour étant désigné comme le principal d'entre eux, une croissance en connaissance devant nécessairement s'accompagner d'une croissance en grâce et en pureté personnelle[253].

Le récit rétrospectif s'ouvre sur l'année 1871, quand une partie du groupe se rattachait au courant des adventistes du second avènement, dans l'attente d'un retour corporel de Jésus destiné à bénir et immortaliser les saints, juger le monde et détruire les méchants par le feu, cet événement étant alors fixé à 1873 au motif que les six mille ans depuis la création d'Adam s'achevaient à cette date[254]. L'année 1873 passe sans qu'aucun embrasement du monde ne survienne ; des prophéties sont alors identifiées comme désignant 1874 comme la date de la présence de Jésus, confirmée selon le calcul des cycles jubilaires et des « 1335 jours » de Daniel[255] : Daniel 12. L'automne 1874 passe à son tour sans manifestation visible, laissant le groupe dans le découragement ; un nouvel examen de la chronologie et des calculs prophétiques ne révèle cependant aucune erreur, les périodes avancées restant jugées correctes, ce qui installe une période de confusion décrite comme un moment où ce qui avait été considéré comme de la lumière semblait désormais prouvé être de l'obscurité[256].

La sortie de cette impasse est attribuée à frère Keith, présenté comme l'un des collaborateurs de la revue, qui, en étudiant Matthieu 24:37-39 à l'aide de la traduction récente du Diaglott, relève que le mot grec traduit habituellement par « venue » est en réalité parousia, signifiant « présence »[257]. Cette distinction conduit à l'idée que ce n'est pas l'acte d'arriver qui ressemblait aux jours de Noé, mais le fait que l'humanité, à l'image de ceux d'avant le déluge continuant à manger, boire et se marier, ne « saurait pas » que cette présence a commencé[258]. Le récit parallèle de Luc 17:26 est jugé en plein accord avec cette lecture, ce qui ouvre la question de savoir si Jésus pourrait ne pas revenir dans un corps de chair lors de son second avènement, et si sa présence aurait déjà commencé à la date calculée sans que quiconque s'en aperçoive[259].

Un réexamen approfondi de la Bible, mené à la lumière de cette hypothèse, est présenté comme ayant éclairci plusieurs passages jusque-là obscurs : la distinction entre corps naturels et terrestres d'une part, corps spirituels et célestes d'autre part ; l'invisibilité des êtres spirituels pour les mortels sauf par miracle ; l'objectif de l'âge de l'évangile compris comme le rassemblement d'un « petit troupeau » appelé à s'associer à Jésus dans l'œuvre future de destruction du mal et de bénédiction de toutes les familles de la terre ; et l'idée que le plan divin ne viserait pas la destruction de toute l'humanité après le rassemblement de l'Église, mais la « restauration de toutes choses », le feu annoncé dans les prophéties étant relu comme symbolique d'un grand temps de détresse marquant la fin de l'âge de l'évangile et l'aube du millénium[260]. Un passage du prophète Sophonie est cité à l'appui de cette destruction des gouvernements et des principes de la société jugée nécessaire à l'avènement de la bénédiction à venir[261] : Sophonie 3:8-9.

Le message angélique rapporté dans Actes 1:11, selon lequel « ce même Jésus viendra de la même manière » qu'il est monté au ciel, est réinterprété à la lumière de cette présence invisible : le texte n'affirmerait pas que quiconque le verrait, mais seulement qu'il viendrait « de la même manière » qu'il était parti, c'est-à-dire sans flammes ni tonnerre ni démonstration extérieure, mais silencieusement et inconnu du monde[262]. L'expression « ce même Jésus » est relevée comme suggérant l'existence d'un autre Jésus par contraste, ce qui conduit à affirmer que le Jésus ressuscité constituerait un être totalement différent du Jésus mort : alors qu'avant sa mort il n'avait, en tant qu'« homme Christ Jésus », que des pouvoirs humains exercés uniquement par l'action du Père en lui, il revendiquerait désormais, depuis sa résurrection, des pouvoirs divins qui lui seraient propres, selon la parole citée « tout pouvoir au ciel et sur la terre m'a été donné », n'étant plus un corps naturel mais un corps spirituel, semé corps naturel et ressuscité corps spirituel[263] : Jean 14:10.

Le réexamen rétrospectif se poursuit par une illustration tirée de la parabole des noces : le Jésus ressuscité, immortel et exerçant des pouvoirs propres à sa nouvelle condition, apparaîtrait et disparaîtrait sans que personne puisse savoir d'où il venait ni où il allait, illustrant ainsi concrètement son propre enseignement donné à Nicodème selon lequel ce qui est né de l'esprit est esprit[264] : Jean 3:8. Jésus étant ainsi présenté comme le premier ressuscité du plan spirituel « par l'esprit », les apparitions relatées dans les évangiles après sa résurrection sont relues comme des manifestations sous forme humaine temporaire, de simples vêtements par lesquels il se serait fait reconnaître des sens humains de ses disciples, aucun de ces corps n'étant assimilé à sa personne spirituelle véritable[265].

Cette compréhension du corps spirituel invisible de Jésus est présentée comme ayant permis de résoudre l'énoncé des anges rapporté dans Actes 1:11, et d'éclairer progressivement d'autres passages bibliques, notamment l'annonce que « le royaume de Dieu ne vient pas de manière à frapper les regards »[266] : Luc 17:20. La comparaison de la présence du Fils de l'homme avec l'éclair, relue non plus comme une référence à la lumière visible mais à l'éclair lui-même — le fluide électrique invisible qui la produit —, est présentée comme expliquant l'avertissement de ne croire personne qui prétendrait avoir vu le Christ « ici » ou « là »[267]. La reconnaissance de cette présence est annoncée comme réservée dans un premier temps à « l'épouse » en attente, par la lumière de la vérité, puis au monde, par la lumière des événements et par le « feu flamboyant » du jour de détresse[268].

D'autres détails sont mentionnés comme venant renforcer cette lecture d'ensemble, en particulier l'interprétation littérale des versets 46 et 50 de Matthieu 24, selon laquelle, au moment où le Seigneur serait venu, certains de ses serviteurs distribueraient à la maison de la foi la « nourriture en temps voulu » — comprise comme l'annonce même de sa présence —, tandis que d'autres serviteurs diraient que leur Seigneur « retarde sa venue » et frapperaient leurs compagnons de service qui présentent cette nourriture opportune[269].

L'argument chronologique fondé sur le parallèle entre les deux dispensations occupe ensuite une place centrale dans ce récit rétrospectif : l'âge juif est présenté comme le modèle exact, sur le plan charnel, de l'âge de l'évangile sur le plan spirituel supérieur, les deux âges devant être de longueur identique[270]. Les parallèles établis à la clôture des deux âges sont jugés particulièrement frappants : l'œuvre de clôture de l'âge juif, désignée comme une « moisson », aurait duré quarante ans, de l'an 30 à l'an 70 de notre ère, du début du ministère de Jésus jusqu'à la destruction de la ville et de la nation juives[271]. Le travail accompli durant cette moisson — moissonner, séparer le blé de l'ivraie, rassembler le blé dans le grenier de l'évangile et brûler l'ivraie de cet âge — se serait déroulé sur le plan naturel sans être compris par quiconque hormis le blé lui-même, le peuple juif n'ayant, selon le texte, « pas connu le temps de sa visitation », cette connaissance lui ayant été cachée parce qu'il ne l'aurait pas cherchée par la foi[272]. L'annonce par Jésus d'une moisson semblable à la fin de cet âge-ci est rapportée comme preuve que ce schéma devait se reproduire[273] : Matthieu 13:39. La nature de ce travail à accomplir dans cette seconde moisson — séparer le blé de l'ivraie avant que le blé ne resplendisse comme le soleil dans le royaume de son Père, et que l'ivraie ne soit jetée dans le feu de la détresse — combinée au fait que le blé rassemblé serait retiré des occupations ordinaires de la vie, du champ, du lit et du moulin, est présentée comme démontrant que cette œuvre de moisson serait elle aussi invisible à l'œil naturel, puisque la séparation spirituelle devrait avoir lieu avant même que le blé ne soit rassemblé[274].

Dans la séparation, ou moisson, de l'âge juif, « LA VÉRITÉ ÉTAIT LA FAUCILLE », Jésus dans la chair étant le moissonneur en chef ou Seigneur de la moisson, les apôtres et les soixante-dix disciples servant de moissonneurs subalternes[275]. Le message de chacun d'eux, comme celui de Jésus lui-même, constituait selon cette lecture la faucille qui opérait le travail de division, à savoir l'annonce que Jésus était « le Christ, le Fils du Dieu vivant » et que le royaume de Dieu s'était approché en lui, appelant à la repentance et à la foi dans la bonne nouvelle[276]. Rejeté dans l'ensemble par les siens à l'exception d'un petit nombre, ce schéma est présenté comme démontrant, par le parallèle entre les deux âges, que le temps de la moisson de l'âge de l'évangile devait commencer en 1874, l'endroit même où les prophètes et la loi avaient déjà montré que Jésus devait être présent[277]. Puisque cet âge-ci serait supérieur à l'âge charnel juif, il paraît logique, selon cette interprétation, que la moisson de sa clôture soit elle aussi un travail invisible, accompli par des êtres spirituels — Jésus comme moissonneur en chef et les anges comme moissonneurs subalternes — séparant tranquillement et invisiblement le blé de l'ivraie[278] : Apocalypse 14:14-15, Matthieu 13:39.

De même que la faucille de l'âge juif avait été la vérité selon laquelle Jésus, le Fils de Dieu, était présent, la même vérité semble désormais employée comme principe de séparation : la présence de Jésus comme Époux, Moissonneur et Roi[279]. Comme seuls autrefois ceux qui avaient des oreilles pour entendre avaient reconnu cette vérité, seul le blé est désormais attendu à la comprendre, les « sages » dotés de la sagesse céleste étant seuls censés comprendre, tandis que les frères sont déclarés ne pas être dans les ténèbres au point d'être surpris comme par un voleur par ce jour de la présence du Seigneur[280]. Chaque élément venant ainsi s'ajouter aux précédents est décrit comme ayant apporté une lumière et une preuve cohérentes, convaincant le groupe qu'il ne suivait pas des fables habilement inventées mais marchait dans la lumière[281] : 2 Pierre 1:16.

Le récit rétrospectif se poursuit jusqu'au printemps 1878, date présentée comme parallèle à l'abandon de l'Église juive et à la fin de l'Église de l'évangile sur le plan spirituel, moment où un changement de condition était naturellement attendu, suscitant une déception générale lorsque rien de surnaturel ne survient[282]. Cette déception est présentée comme brève, car un nouvel examen fait apparaître que l'Église juive, et non l'Église de l'évangile, constituait le modèle de l'Église chrétienne, écartant ainsi toute attente de parallèle avec la Pentecôte ou avec les débuts de cette dernière[283]. Un réexamen de l'Église juive comme modèle fait ressortir que si Jésus avait abandonné cette maison charnelle à l'issue de ses trois ans et demi de ministère, il lui aurait néanmoins continué une faveur particulière par la suite, en déclarant aux disciples après la résurrection que la repentance et la rémission des péchés devaient être prêchées en son nom parmi toutes les nations, en commençant par Jérusalem[284] : Luc 24:47. Le récit relatif à Corneille, premier converti d'origine non juive, est rapporté comme preuve que l'évangile n'aurait pas été prêché aux non-Juifs pendant un certain temps après la Pentecôte[285] : Actes 10:45.

L'explication de cette faveur maintenue envers les Juifs après le début de l'âge de l'évangile est rattachée à la prophétie des « soixante-dix semaines » de Daniel, chaque semaine valant sept ans, période mise à part par Dieu pour accorder sa faveur particulière à Israël charnel en tant que peuple, la venue du Messie étant fixée au terme des soixante-neuf premières semaines et accomplie, selon cette lecture, lors du baptême de Jésus dans le Jourdain et de son onction par l'esprit, qui aurait fait de lui « l'oint du Seigneur », c'est-à-dire « le Christ »[286] : Daniel 9:24-25. La soixante-dixième semaine de cette alliance, soit sept années supplémentaires de faveur divine durant lesquelles Dieu aurait mis fin aux péchés et oint le « très saint », se serait achevée par la mort du Messie « non pour lui-même », mettant fin à tous les sacrifices et offrandes typiques au milieu de cette dernière semaine[287]. L'évangile aurait ainsi continué d'être prêché au peuple juif en tant que peuple durant le reliquat de cette période de faveur, ce qui permet de situer la conversion de Corneille trois ans et demi après la mort de Jésus ; bien que la nation juive dans son ensemble ait été déclarée désolée et privée du royaume, les membres individuels de cette Église juive auraient continué à recevoir l'invitation au royaume spirituel de l'évangile[288].

Ce schéma est ensuite transposé à l'Église nominale de l'évangile, présentée comme le parallèle de l'Église juive : « rejetée » ou « laissée désolée », « vomie » au point de parallèle chronologique correspondant à 1878, elle aurait néanmoins continué de bénéficier d'une faveur individuelle pendant trois ans et demi, soit jusqu'à l'automne 1881, période durant laquelle ses membres seraient appelés à se séparer de l'Église désignée comme « Babylone »[289]. Un parallèle est établi entre l'appel adressé par Pierre à sortir de l'Église juive abandonnée, « Sauvez-vous de cette génération perverse », et l'exhortation désormais adressée au blé de l'Église de l'évangile, invité à « sortir d'elle, mon peuple » afin de ne pas prendre part à ses péchés ni recevoir de ses fléaux[290] : Actes 2:40, Apocalypse 18:4.

Le récit rétrospectif aborde enfin un épisode présenté comme une épreuve douloureuse et sévère : un frère d'influence et de capacité se serait écarté du fondement même de la foi, en affirmant n'avoir besoin d'aucune rançon payée pour ses péchés, chacun réglant selon lui cette dette par le simple fait de mourir, l'acte de mourir constituant en soi le paiement du péché et donnant par conséquent à tous le droit immédiat à la résurrection[291]. Cet enseignement est qualifié de séduisant mais trompeur, ayant égaré nombre de personnes n'ayant pas saisi que l'humanité tout entière se trouvait privée de vie précisément parce qu'elle était pécheresse, et que tous resteraient morts à jamais sans une rançon payée pour le péché — le récit s'interrompant sur cette mise en garde, dont la suite n'apparaît pas dans ce passage[292].

Un désaveu formel de l'enseignement du frère égaré est ensuite développé, présenté comme un prolongement direct de la parabole de l'homme sans habit de noces déjà exposée[293]. Le droit de Jésus à ressusciter les morts est rattaché directement au paiement d'un prix, d'une peine, « dans son propre corps sur l'arbre », formule reprenant 1 Pierre 2:24, le livre de Daniel étant cité comme annonçant que « au milieu de la semaine » il mettrait « fin au péché » et accomplirait « la réconciliation de l'iniquité »[294] : Daniel 9:24. Le frère concerné aurait nié que le Seigneur les ait « achetés », rejetant ainsi 2 Pierre 2:1, avant de s'enfoncer progressivement dans d'autres erreurs, reniant l'un après l'autre les points de preuve déjà établis jusqu'à finir par nier la présence du Christ, s'éloignant ainsi complètement de la lumière reçue par le groupe[295].

Cette épreuve, qualifiée de sévère et inattendue, trouve son apaisement dans son identification à l'accomplissement exact d'une parabole de Jésus : celle du roi venant juste avant les noces et découvrant parmi ceux qui s'attendaient à être unis à lui « un homme n'ayant pas d'habit de noces », c'est-à-dire une personne se fiant à sa propre justice, convaincue de ne pas avoir besoin que ses péchés lui soient pardonnés, estimant pouvoir mourir pour elle-même et payer pour ses propres péchés[296]. Cet homme est, dans la parabole, « jeté dans les ténèbres extérieures » — condition d'ignorance dans laquelle se trouve le monde entier concernant « le jour du Seigneur » et le fait, désormais perçu clairement, que le temps présent se situerait « dans les jours du Fils de l'homme »[297]. Cette parabole accomplie en harmonie avec les autres et avec la position générale du groupe apporte, malgré le regret amer suscité par l'écart de ce frère, un renforcement par l'harmonie constatée de la vérité[298].

Cet épisode produit un tri et un ébranlement au sein du petit groupe, mis en relation avec l'exhortation de Paul à revêtir « toute l'armure de Dieu » afin de pouvoir résister « au jour mauvais » — le jour du Seigneur[299] : Éphésiens 6:13. Certains, incapables de supporter la sévérité de cette épreuve, se seraient détournés de la lumière à l'image du frère déjà mentionné[300].

Les trois premières années et demie allant de 1874 à 1878 sont décrites, avec le recul, comme ayant été consacrées presque entièrement à établir et démontrer le fait de la présence du Christ et le travail de moisson de séparation alors en cours, tandis que la seconde moitié de cette période de moisson aurait été employée très différemment, consacrant peu de temps à démontrer la présence et beaucoup de temps à appliquer cette vérité, en insistant sur la sainteté du cœur, la pureté de vie et la consécration à la volonté et à l'œuvre divines, pour tous ceux qui souhaiteraient « être semblables à lui et le voir tel qu'il est »[301]. Les arguments chronologiques démontrant la présence du Christ sont jugés nécessaires et suffisants pour établir la position du groupe, la lumière reçue depuis 1878 étant présentée comme d'une nature plus spirituelle et édifiante, destinée à mettre en évidence les traces de celui dont les pas doivent être suivis[302].

Le sujet de « l'habit de noces » aurait ainsi amené à considérer la condition des croyants comme nouvelles créatures en Christ : celui qui « n'a point connu le péché » aurait pris leur place et subi la mort comme s'il avait été lui-même le pécheur, tandis que les croyants, bien que réellement pécheurs et imparfaits, seraient à ce titre comptés comme parfaits ; il aurait porté leurs péchés, et eux porteraient et revêtiraient sa justice comme habit de noces, leurs péchés lui étant imputés et sa justice leur étant imputée en retour[303].

La réflexion sur le prix de la rançon conduit ensuite à l'examen de la loi désignée par Paul comme une « ombre », en particulier le rôle du sang des taureaux et des boucs dans l'élimination typique du péché, destiné à éclairer la manière dont la culpabilité du monde serait réellement retirée[304]. Le type du jour des propitiations, ou réconciliation avec Dieu par des sacrifices pour le péché, décrit en Lévitique 16, est présenté comme ayant constitué l'une des nourritures les plus douces goûtées par le groupe, assimilée à une « nourriture en temps voulu » éclairant la relation intime entre les croyants et leur chef, tant dans la gloire à venir que dans les souffrances de l'âge présent, désigné comme « le jour des propitiations »[305]. Une annonce est faite qu'un tract à paraître, numéroté sept, sera entièrement consacré à ce sujet[306].

Tous ceux qui deviendraient jamais membres de la famille divine sur le plan spirituel devraient d'abord perdre leur être et leur nature de chair : de même que le jeune taureau typifiait la nature humaine terrestre de Jésus, offerte en rançon, les deux boucs représenteraient l'Église qui « comble ce qui manque aux souffrances du Christ »[307] : Colossiens 1:24. Les vainqueurs, formant le « petit troupeau » de l'Église, seraient typifiés par le bouc du Seigneur, qui suivrait en tout point les traces du jeune taureau, de même que les croyants sont appelés à marcher dans les pas du Christ, leur exemple ; la seconde catégorie, désignée comme la « grande foule » des chrétiens, échouerait en revanche à se crucifier et à s'offrir de la même manière, devant être « renvoyée », à l'image du bouc émissaire, dans une grande tribulation « pour la destruction de la chair afin que l'esprit soit sauvé »[308]. Cette lecture conduit à une interrogation personnelle et pressante : chacun est invité à se demander s'il partage les souffrances du Christ, s'il est rendu conforme à sa mort, s'il constitue un sacrifice vivant, dans l'espoir d'une « marche plus proche avec Dieu »[309].

Le sujet suivant abordé dans cette rétrospective porte sur la question de savoir pour qui s'applique la restauration promise. L'espérance des croyants de cet âge y est présentée comme celle de devenir de nouvelles créatures de nature divine plutôt qu'humaine, à cette nouvelle condition spirituelle étant déjà « engendrés » et espérant bientôt « naître », ce pour quoi ils prieraient : « achève donc ta nouvelle création »[310]. Cette espérance, qui se réaliserait en devenant semblable au corps glorieux du Christ, est mise en contraste avec l'espérance offerte au monde en général, perçue pour la première fois comme consistant uniquement dans la restauration de tout ce que le péché aurait détruit par la désobéissance d'Adam, de sorte que l'humanité redevienne des hommes parfaits, leur sauvegarde future contre la désobéissance et le péché résidant dans la connaissance acquise et l'expérience vécue au cours de la vie présente[311].

Le fondement de toute restauration est identifié au paiement de la dette du péché, Jésus-Christ ayant, par la grâce de Dieu, « goûté la mort pour tout homme »[312] : Hébreux 2:9. L'examen de la question de savoir si cette mort apporte dès maintenant la restauration aux croyants conduit à une réponse nuancée : elle ne les restaurerait pas effectivement à la condition d'hommes parfaits, mais Dieu les compterait tous comme parfaits par un calcul de la grâce, bien qu'aucun ne le soit réellement[313]. Ceux qui croient en cette rançon seraient ainsi comptés justes afin de disposer de quelque chose à offrir sur l'autel de Dieu, de sorte que « la justice de la loi soit accomplie en eux »[314] : Romains 8:4. Sans cette justification comptée, aucun ne pourrait se présenter en « sacrifice vivant », des créatures pécheresses ne pouvant constituer des sacrifices acceptables ; les croyants seraient en revanche déclarés justifiés, rachetés de tout péché, parfaits et restaurés aux yeux de Dieu, par le Christ « par qui ils ont reçu la réconciliation »[315] : Romains 5:11, Éphésiens 1:7. La mission qui en découlerait pour ces nouvelles créatures de nature divine consisterait à livrer leur vie humaine, leur corps et leurs talents à Dieu, « faisant du bien à tous les hommes selon l'occasion, et surtout à ceux de la maison de la foi »[316] : Galates 6:10.

S'ouvre ensuite le sujet de « l'étroit chemin vers la vie », où la vie en question est précisée comme désignant la vie immortelle, ou la perfection de la vie[317]. Cette précision attire l'attention sur l'existence de plusieurs ordres d'êtres créés par Dieu, chacun parfait en harmonie avec lui mais selon son propre plan d'existence : les anges parfaits formant un ordre, les hommes parfaits restaurés en formant un autre, sur le plan humain, et un autre ordre encore existant sur le plan spirituel, chacun étant alimenté pour toujours par la vie provenant de la grande source qu'est Dieu lui-même, ce qui leur assurerait de jouir d'une vie éternelle[318]. Cette distinction révèle que le grand prix pour lequel la course serait menée ne consisterait pas simplement en une existence continuée, mais, pour les vainqueurs, en la promesse d'une vie immortelle — une vie possédée en soi-même —, qualité ou perfection de vie dite réservée au Père et au Fils seuls, et promise uniquement au « petit troupeau » qui marche sur l'étroit chemin, « le chemin qu'a foulé notre Guide »[319], « et il en est peu qui le trouvent »[320] : Matthieu 7:14. Ce resserrement progressif de la portée biblique vers les seuls vainqueurs, destinataires exclusifs du prix de la course, aurait eu pour effet de stimuler une plus grande activité, chacun redoutant que « nul ne prenne sa couronne », dans un sentiment comparé à celui de Paul lorsqu'il écrivait vouloir atteindre « LA résurrection » — la première résurrection, qui inclut Jésus comme tête et tous les membres de son corps « vivant et régnant avec lui mille ans », seuls les vainqueurs étant appelés à régner[321] : Philippiens 3:11, Apocalypse 20:6. La conséquence tirée de cette lecture est l'appel à marcher séparés du monde[322].

Une lumière nouvelle est enfin présentée comme ayant été apportée sur le sujet du baptême, la tombe aqueuse étant reconnue comme un type ou une illustration très belle de la mort à la nature charnelle ou humaine, sans pourtant en constituer la réalité elle-même ; l'usage du symbole de l'eau continuerait d'être pratiqué, conformément à ce qui est perçu comme la volonté du Seigneur, et avec un plaisir redoublé depuis que sa signification parfaite serait désormais comprise, tandis que le véritable baptême évoqué par Paul serait désormais reconnu comme l'élément essentiel, celui par lequel un homme planté serait assuré d'être « à la ressemblance » du Christ dans LA première résurrection, « car si nous avons été plantés ensemble à la ressemblance de sa mort »[323] : Romains 6:5.

La répétition quasi intégrale du même passage dans cette tranche du document (doublon OCR déjà observé à la page précédente) confirme qu'il s'agit du même développement déjà engagé : je continue donc directement le paragraphe en cours, sans nouveau titre.

Le changement attendu est annoncé comme devant survenir au cours de l'année 1881, peut-être vers l'automne, moment où les parallèles chronologiques indiqueraient l'achèvement de la faveur accordée à Sion et la fermeture de la porte des noces, mettant fin à l'appel à devenir l'épouse de Christ[324]. Les voix et les trompettes de 1 Thessaloniciens 4:16 sont lues comme symboliques, de même que les nuées, interprétées comme représentant la détresse en train de s'amasser, au cours de laquelle les croyants seraient enlevés à la rencontre du Seigneur « dans les airs » — expression elle-même comprise comme un symbole du contrôle spirituel et surnaturel exercé sur les affaires de la terre, actuellement détenu par Satan, « prince de la puissance de l'air », appelé à être bientôt lié pour céder la place à Jésus et à son épouse, désignés comme les nouvelles puissances de l'air[325].

Une distinction est posée entre le changement et le mariage proprement dit : bien qu'intimement liés, ces deux événements ne seraient pas identiques, le changement consistant d'abord à être rendu semblable à Christ, sur le même plan spirituel que lui, dans la perfection de la nouvelle nature, avant toute union avec lui dans la gloire et la fonction[326]. La rencontre entre Rébecca et Isaac est présentée comme le type de cette union entre l'Église et son Seigneur : le serviteur ayant annoncé à Rébecca la présence d'Isaac, elle se voile et va à sa rencontre avant de devenir son épouse, de la même façon que l'esprit, agissant comme serviteur de Dieu, conduirait l'épouse vers l'époux, et que les membres du « petit troupeau », une fois conscients de cette présence, « passeraient au-delà du voile » pour être unis à lui[327].

Une période intermédiaire est ensuite décrite, située après le changement mais avant la gloire complète, durant laquelle les croyants changés exerceraient, « sous le voile de la chair », un travail d'instruction et de séparation du monde en faveur de la « grande foule », au moyen d'une série de jugements représentés typiquement par les trois premières plaies infligées aux Égyptiens et aux Israélites[328]. Ces trois premières plaies, exécutées par la main d'Aaron — type de l'Église transportée au ciel —, sont mises en relation avec le rôle d'Aaron comme porte-parole de Moïse, pour en déduire que l'Église changée servirait de même, pour un temps, de porte-parole du royaume de Dieu[329]. La construction du temple est citée comme illustrant la même vérité, le temple bâti représentant l'Église dans sa condition achevée ou changée, bien que non encore glorifiée tant que les lévites et les prêtres ne seraient pas entrés en pleine harmonie dans la louange de Dieu[330].

Ce retour sur les deux dernières années s'achève par un appel à la gratitude et au courage, repris de l'exhortation de l'apôtre Paul à ne pas « rejeter sa confiance », cette confiance étant présentée comme fondée sur la continuité de la direction et des bénédictions divines déjà constatées[331] : Hébreux 10:35. Les paroles rapportées en Apocalypse 3:20 et en Luc 12:37, annonçant que le Seigneur, venu, servirait lui-même ses serviteurs trouvés veillant, sont présentées comme une preuve supplémentaire de cette présence déjà effective, le maître étant déjà venu et servant lui-même « la nourriture en temps voulu »[332].

Un second développement porte sur la nature de la confiance en question, désignée comme porteuse d'« une grande récompense » selon Hébreux 10:35. L'annonce que « celui qui vient viendra et ne tardera pas » est déclarée désormais accomplie, le Seigneur étant venu sans plus de délai[333]. La question de savoir si cette présence devrait désormais se manifester aux sens naturels, par la vue, plutôt que par la foi comme tout au long de l'âge de l'évangile depuis la Pentecôte, reçoit une réponse négative : malgré la clarté de la lumière reçue, il resterait nécessaire de « marcher par la foi et non par la vue », conformément au verset suivant cité, selon lequel le juste vivrait par la foi et déplairait à Dieu s'il se retirait en arrière[334] : Hébreux 10:38. Ce « juste » est identifié d'abord à Jésus lui-même, puis à l'ensemble des membres de son corps, placés dans la même condition de marcher par la foi plutôt que par une évidence visible, comme condition pour demeurer agréables au Seigneur[335].

Un article distinct s'ouvre ensuite sous le titre Un talon blessé contre une tête blessée, introduit par la citation de Genèse 3:15, annonçant l'inimitié mise entre la femme et le serpent, entre leurs descendances respectives, l'une devant écraser la tête de l'autre tandis que sa propre descendance en aurait le talon blessé. Cette prophétie est resituée au moment même où tout semblait perdu pour le premier couple humain, alors en possession d'une terre nouvelle et d'une existence pure, dotée d'une capacité de transmission de la vie dont bénéficieraient aussi les animaux inférieurs, pour le bien de l'homme[336]. Adam et Ève ne seraient pas les premiers enfants de leur Père au sens de la première création, mais les premiers de leur catégorie d'êtres[337].

La structure de la nature humaine est ensuite précisée : l'élément animal et l'élément intellectuel y seraient unis de façon remarquable, rendant l'homme capable de recevoir, par la foi, une nature divine, selon 1 Pierre 1:4, laquelle, encore à l'état embryonnaire selon 1 Pierre 1:3-5, se manifesterait finalement, lors de la résurrection, sous la forme d'un corps spirituel et immortel conforme à 1 Corinthiens 15:44, don de Dieu par Jésus-Christ[338]. Contre l'idée, attribuée à certains enseignants, selon laquelle l'homme posséderait déjà une nature spirituelle, est opposée la distinction posée par Paul entre le premier et le second Adam : le premier homme Adam aurait été fait âme vivante — littéralement âme ou être animal —, tandis que le dernier Adam serait devenu esprit vivifiant, ce qui n'est spirituel ne venant qu'après ce qui est naturel[339] : 1 Corinthiens 15:45-46.

Plusieurs passages bibliques susceptibles, pris isolément, de suggérer une combinaison du naturel et du spirituel dans l'homme présent sont examinés et réinterprétés. 2 Corinthiens 4:16, qui évoque un homme extérieur périssant et un homme intérieur renouvelé de jour en jour, est rapproché de Romains 7:22-23, où l'homme intérieur est identifié à l'esprit renouvelé, en guerre contre une autre loi présente dans les membres, assimilée à « l'homme naturel » ou « talon blessé »[340]. De même, Colossiens 3:10, où Paul parle d'avoir revêtu l'homme nouveau renouvelé en connaissance à l'image de son créateur, est mis en harmonie avec l'appel de Jean-Baptiste à la repentance — comprise comme un changement d'esprit — rapporté en Matthieu 3:2, l'héritier royal étant alors déjà présent quoiqu'inconnu[341].

L'enseignement central de cet article consiste à affirmer que, par la sagesse et l'amour infinis de Dieu, seule la nature animale de l'homme — désignée comme le « talon » — serait temporairement vaincue et tomberait au pouvoir de l'ennemi, tandis que la partie supérieure, la vie, la semence, « cachée avec Christ en Dieu », échapperait à cette défaite, de sorte que même un talon blessé n'entraînerait pas la perte de cette vie supérieure préservée[342], le développement de cette idée se poursuivant au-delà de cette tranche du texte.

Satan n'aurait, selon cette lecture, jamais cru que l'homme mourrait réellement, persuadé que la parole divine annonçant la mort était mensongère ; la promesse que « vous ne mourrez point » lui aurait ainsi été prêtée, contredisant directement l'avertissement initial de Dieu[343] : Genèse 3:4-5. La condamnation à la mort, loin d'être présentée comme une catastrophe pure, est qualifiée de « ministère de mort gravé sur la pierre, glorieux », la sagesse et l'amour infinis de Dieu étant crédités d'avoir institué, à travers cette peine même, la possibilité d'en extraire la vie éternelle[344] : 2 Corinthiens 3:7. L'intention de l'ennemi d'intégrer l'humanité immortelle à son propre camp se serait ainsi vue déjouée dès l'annonce faite à Adam que la poussière retournerait à la poussière et dès l'inimitié posée entre la femme et sa descendance, la première mort venue confirmer que l'adversaire n'avait finalement prise que sur le talon, c'est-à-dire sur l'homme naturel[345].

Six mille ans d'hostilité n'auraient pas réduit cette inimitié, mais la malice et l'habileté de l'adversaire n'auraient jamais pu atteindre plus haut que le talon de la descendance promise, ce qui est salué comme un échec de son projet d'obtenir une race immortale à sa dévotion[346]. Un distique versifié résume cette lecture optimiste de la mort comme voie d'accès à la vie éternelle[347].

Une distinction marquée est ensuite posée entre deux catégories au sein de l'humanité : une classe à la « tête blessée » et une classe au « talon blessé », cette dernière n'étant plus comptée selon la chair parce qu'elle aurait crucifié la chair, l'esprit renouvelé — l'homme intérieur — menant combat contre elle et reprenant les mots de Paul selon lesquels « je suis crucifié avec Christ », ce n'étant plus lui-même mais Christ — la nature divine — qui vivrait en lui[348] : Colossiens 2:20. Le talon meurtri est identifié à la condition physique du Christ et de son Église, individuellement et collectivement, celui-ci s'étant humilié jusqu'à la mort, même la mort de la croix, pour ouvrir une voie nouvelle et vivante permettant à des captifs d'être libérés[349]. Ceux qui concluraient alliance avec lui par le sacrifice, c'est-à-dire accepteraient de souffrir avec lui et de « compléter ce qui manque aux souffrances de Christ dans leur chair », seraient promis à être glorifiés avec lui et à recevoir le privilège d'aider à relever un monde déchu dans les âges à venir[350].

La tête meurtrie, par contraste, est identifiée à la partie supérieure ou pensante, l'esprit, et par extension à l'être tout entier ainsi corrompu ; Satan est désigné comme le corrupteur de la race humaine, ceux qu'il corrompt étant appelés ses enfants selon Jean 8:44 et atteints précisément dans la tête selon le verset suivant, qui les décrit incapables de comprendre la parole divine[351] : Jean 8:43. Ces mêmes personnes sont assimilées à « ta descendance » du verset de Genèse 3:15, appelées à être en inimitié avec la descendance de la femme — Christ et les siens, dits « nés (engendrés) non d'une semence corruptible mais incorruptible » [352] : 1 Pierre 1:23.

La blessure portée à la tête est qualifiée de corrompue et mortelle, un tel esprit étant jugé exposé au péché contre « l'esprit saint » — compris comme le rejet volontaire de la lumière déjà perçue — et en danger de « condamnation éternelle », qu'il vive dans ce présent siècle ou dans le siècle à venir[353] : Marc 3:29. La blessure infligée à la descendance de la femme, en revanche, ne s'étendrait jamais au-delà du talon, c'est-à-dire de la nature physique, et cette descendance, une fois complète, aurait dépouillé la mortalité pour posséder la vie en elle-même, selon la promesse faite à ceux qui, par une persévérance patiente dans le bien, rechercheraient gloire, honneur et immortalité[354] : Romains 2:7. La blessure au talon demeure cependant une affliction pour l'esprit renouvelé, qui, comme Paul, trouverait « une loi dans ses membres guerroyant contre la loi de son esprit » et s'écrierait avec lui : « qui me délivrera de ce corps de mort ? »[355] : Romains 7:24-25. La réponse à cette question désespérée est attribuée directement à Jésus-Christ, la condition qui en résulterait, selon ce passage, étant celle d'un esprit servant la loi de Dieu tandis que la chair — le talon meurtri — continuerait de servir la loi du péché, sans pour autant entraîner de condamnation pour ceux qui sont en Christ Jésus, renouvelés dans l'esprit de leur intelligence et marchant non selon la chair mais selon l'esprit[356] : Romains 8:1, Éphésiens 4:23.

La souffrance d'un talon blessé est présentée comme infiniment préférable à celle d'une tête blessée, la perspective d'une prochaine perfection étant donnée comme motif de patience devant la douleur présente, en écho à l'affirmation selon laquelle « nous qui vivons sommes sans cesse livrés à la mort pour l'amour de Jésus », afin que la vie de Jésus se manifeste dans la chair mortelle, l'homme extérieur dépérissant tandis que l'homme intérieur serait renouvelé de jour en jour, une légère affliction momentanée produisant un poids éternel de gloire pour qui ne fixerait pas son regard sur les choses visibles et passagères mais sur les choses invisibles et éternelles[357] : 2 Corinthiens 4:16-18.

Un remède est alors recommandé pour soulager cette blessure au talon, désigné comme « la préparation de l'évangile de paix », présenté comme n'ayant jamais manqué de soulager un disciple boitant, et expérimenté personnellement par le signataire du texte[358] : Éphésiens 6:15. Une série d'exemples bibliques et contemporains illustre les circonstances les plus courantes où cette sensibilité au talon se manifeste : la vue de l'argent, le souvenir des « trente pièces d'argent » ayant fait trébucher Judas « tête la première » — cas jugé si grave qu'il pourrait presque relever de la tête blessée si Matthieu 27:5 ne venait trancher la question —, le reniement de Pierre au chant du coq, ou encore des affiches de spectacle, de la musique, le spectacle d'autres personnes trébuchant, l'odeur du whisky, un cigare, un peu de tabac, une plume, une perle ou un diamant[359].

Un usage fidèle de cette préparation est présenté comme capable de guérir entièrement cette sensibilité et de permettre une marche ferme et droite, malgré d'occasionnels élancements au talon ; la blessure à la tête, en revanche, est jugée bien plus grave, certaines de ses manifestations rappelant pourtant celles du talon : des personnes totalement insensibles aux mots « Christ crucifié » s'enflammeraient au seul mot « office », ou entendraient distinctement le mot « soi » sans jamais percevoir le mot « renoncement » qui y serait ajouté[360]. L'un des traits les plus redoutables de la blessure à la tête tiendrait à la conviction de ceux qui en souffrent qu'ils n'ont nul besoin de remède, à la différence de la classe du talon blessé, pleinement consciente de son mal et cherchant activement l'amélioration dans l'espoir d'une guérison future[361].

La lumière et la chaleur sont présentées comme les premiers remèdes requis pour une tête blessée, bien qu'il soit jugé très difficile d'amener de telles personnes à s'approcher de la lumière[362] : Jean 3:19-20. De nombreux endroits obscurs leur permettraient encore de fuir cette lumière, mais celle-ci est annoncée comme devant finir par resplendir malgré l'appel des réfractaires aux rochers et aux montagnes pour les couvrir et les laisser dans l'obscurité, selon l'annonce que la gloire du Seigneur serait révélée et que toute chair la verrait ensemble[363] : Ésaïe 40:5. Un dernier mot est adressé aux frères souffrant d'un talon blessé — tous reconnus sujets à boiter parfois —, assurant que cette préparation ne serait pas seulement une protection, à l'image d'une chaussure, mais aussi un adoucissant lorsqu'elle serait appliquée correctement, le développement de cette dernière idée se poursuivant au-delà de cette tranche du texte.

La question posée à Russell porte sur l'existence possible d'une « part de vérité » dans l'idée selon laquelle, avant d'atteindre la nature divine, les croyants devraient d'abord être perfectionnés sur le plan humain, à l'image de ce qui attend le reste de l'humanité lors de la restauration[364]. La réponse admet d'abord qu'une telle part de vérité existe bien : toute l'humanité devrait être restaurée à la perfection de la nature humaine avant que la nature divine ne devienne accessible[365]. Une différence est cependant posée entre l'aboutissement final des croyants — la nature divine — et celui du reste du monde, simple restauration à la perfection humaine, différence qui se retrouve dans la manière dont l'Église et le monde participeraient chacun à cette restauration[366].

La restauration de l'humanité en général est décrite comme devant être de la nature la plus littérale : au cours du millénium, le corps et l'esprit humains retrouveraient leur perfection, au point de n'être plus « portés au péché comme l'étincelle à voler en l'air », redevenant un avec Dieu[367]. Ayant appris à connaître le bien par contraste avec le mal, l'humanité restaurée trouverait alors plaisir à faire le bien et à vivre en harmonie avec Dieu, ce qui constituerait l'achèvement complet de la réconciliation entre le Créateur et sa créature[368].

Une distinction centrale oppose cette restauration à venir pour le monde à une restauration déjà accordée aux croyants dès l'âge de l'évangile, mais obtenue par la foi et non de façon effective : plutôt que de bénéficier d'une restauration mentale et physique réelle, les croyants seraient « justifiés » ou comptés par Dieu comme s'ils étaient réellement parfaits, leurs meilleurs efforts de pensée, de parole et d'action étant acceptés comme parfaits[369]. L'image employée est celle d'un échange : de même que les péchés des croyants auraient été portés par Jésus, sa justice serait portée par eux en retour — « il a porté nos péchés ; nous portons sa justice » [370]. Le cri de détresse de Jésus sur la croix, « Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m'as-tu abandonné », traité comme celui d'un pécheur subissant la peine à la place des croyants, est mis en contraste avec la condition de ceux-ci, désormais appelés fils plutôt qu'étrangers[371] : Romains 8:15.

Cette justification par la foi est présentée comme réservée aux seuls croyants et inaccessible par les œuvres, en appui sur Romains 4:5-9 et Romains 3:19-28, les croyants, autrefois étrangers et éloignés, étant rapprochés de Dieu par le sang de la croix et restaurés à sa faveur comme Adam avant le péché[372]. Un passage de Paul affirmant ne pas revêtir sa propre justice mais celle qui vient par la foi en Christ est cité pour appuyer l'idée que les croyants devraient se considérer eux-mêmes comme justifiés et exempts de péché, exactement comme Dieu les considère[373] : Philippiens 3:9.

La paix avec Dieu obtenue par cette justification actuelle est présentée comme devant un jour se retrouver, sous une autre forme, chez l'ensemble de l'humanité restaurée au cours de l'âge à venir[374]. Une mise en garde est formulée contre la tendance à sous-estimer la valeur de cette justification, Dieu lui-même l'estimant au plus haut point, au point de déclarer les croyants « plus blancs que la neige », aussi purs que celui dont ils portent la justice, à condition de demeurer en lui[375]. Un passage de Paul affirmant qu'aucune accusation ne pourrait être retenue contre les élus de Dieu, puisque c'est Dieu lui-même qui justifie, est cité comme une garantie sans appel, assimilée à la décision définitive d'une cour suprême céleste[376] : Romains 8:33.

La différence entre la restauration humaine à venir — jugée grande et glorieuse, quoique inférieure à l'élévation de l'Église à la nature divine — et le sort réservé aux croyants est rattachée à l'idée que Dieu aurait prévu pour ces derniers « quelque chose de meilleur », de sorte que la restauration du monde ne puisse être rendue parfaite sans eux[377] : Hébreux 11:40. Cet appel supérieur à la cohéritance avec Jésus-Christ justifierait, selon le texte, que Dieu impose aux croyants une discipline et un apprentissage dans « l'école de la foi », les retirant du monde pendant que le mal y serait encore laissé triompher, afin qu'ils apprennent, en tant que fils, à vaincre le mal en marchant par la foi et non par la vue[378].

Ces vies justifiées seraient ainsi données aux croyants pour qu'ils aient quelque chose à offrir : à l'image de Jésus, le juste, offrant sa propre vie en sacrifice, ceux qui réalisent leur justification seraient invités à considérer comme un privilège de « présenter leurs corps en sacrifice vivant, saint, agréable à Dieu », un tel sacrifice n'étant acceptable que parce que saint, et saint que parce que justifié par la mort du Christ[379] : Romains 12:1.

Répondant à la seconde question posée — celle de savoir si seuls des êtres parfaits peuvent garder parfaitement la loi de Dieu —, un accord total est exprimé : seuls des êtres parfaits seraient effectivement acceptables auprès de Dieu, et lorsque les plans divins seraient pleinement accomplis, rien d'imparfait ne subsisterait, toute chose étant soit amenée à la perfection, soit détruite[380]. Les croyants, ayant été démontrés justifiés en Christ Jésus et donc acceptables devant Dieu, échapperaient à ce principe en vertu duquel nulle chair ne pourrait être justifiée par les œuvres de la loi : justifiés non par les œuvres mais par la foi, ils seraient capables de faire ce qui plaît à Dieu[381] : 1 Jean 3:21. La justice de la loi — identifiée à l'amour — serait ainsi accomplie en eux dès lors qu'ils marcheraient non selon la chair mais selon l'esprit, étant comptés comme ayant parfaitement gardé la loi tant qu'ils s'efforceraient de suivre les tendances de leur nouvelle nature[382] : Romains 8:4.

En conclusion de cette réponse, l'idée d'une seconde restauration distincte est écartée pour quiconque recevrait dès maintenant sa part de restauration et présenterait sa vie justifiée en sacrifice agréable à Dieu : aucun chrétien conscient de sa condition parfaite en Christ et de son engendrement par l'esprit à une vie nouvelle ne devrait, selon cette lecture, désirer le retour à l'ancienne nature humaine qu'il aurait crucifiée, mais aspirer plutôt à la nature divine nouvelle, dans l'attente de devenir semblable à lui et de le voir tel qu'il est[383].

Une dernière question est soulevée, restée sans développement complet dans cette tranche du texte : si seuls des êtres parfaits peuvent garder parfaitement la loi de Dieu, cela ne prouverait-il pas que Jésus, dans sa nature humaine, aurait été exempt des imperfections propres à la race humaine dont il avait pris la ressemblance — une objection anticipée consistant à demander comment Jésus aurait pu être imparfait physiquement comme n'importe quel membre de la race humaine déchue, « au plus bas degré » de cette échelle[384], la réponse à cette dernière interrogation n'apparaissant pas dans le passage disponible ici.

La question sur le baptême féminin reçoit une réponse qui refuse d'en expliquer la raison, Dieu n'en donnant aucune, pas plus que Jésus n'en aurait donné pour avoir choisi de n'envoyer prêcher ni les douze ni les soixante-dix femmes pourtant croyantes en lui[385]. Le silence imposé aux femmes dans les assemblées est néanmoins jugé n'avoir jamais été transgressé impunément, et la femme y est présentée comme un type de l'Église tandis que l'homme représenterait Christ, tête de l'Église, la leçon tirée étant que l'épouse de Christ ne devrait ni contester ni instruire dans l'assemblée, mais écouter la voix de son Chef[386] : 1 Corinthiens 14:34, Genèse 3:16.

La question suivante porte sur l'interprétation de Job 7:9 et Job 14:12, demandant si Job nierait la résurrection. La réponse pose d'abord un principe général d'interprétation biblique : des affirmations différentes seraient vraies selon des points de vue différents, à l'image de la prophétie d'Ésaïe annonçant la naissance d'un enfant — vraie et déjà accomplie — et celle annonçant que le gouvernement reposerait sur son épaule — vraie mais encore à venir[387]. Les paroles de Job décrivant celui qui descend au séjour des morts comme n'en remontant plus sont ainsi rattachées au point de vue proprement humain, Jésus n'étant pas encore mort à cette époque, le prix de la rançon n'ayant pas encore été payé, et la résurrection restant peu comprise jusqu'à ce que Jésus ait « aboli (vaincu) la mort et mis en lumière la vie et l'immortalité par l'évangile » [388] : 2 Timothée 1:10.

Job est néanmoins présenté comme ayant reconnu la nécessité d'un pardon pour les péchés, sachant ne pouvoir se sauver lui-même, tout en espérant malgré sa mort voir Dieu le chercher un matin, propos rattaché au matin millénaire ou restitutionnel annoncé en Job 14:12-15[389]. Job lui-même est présenté comme une figure représentative de l'humanité en général et des masses appelées à la restauration : ayant d'abord tout perdu, puis retrouvé fils, filles et biens en nombre égal, son histoire personnelle illustrerait par avance la promesse d'une restauration de toutes choses annoncée par la bouche de tous les saints prophètes depuis le commencement du monde[390] : Actes 3:21. Les paroles de Job demandant à être caché dans la tombe jusqu'à ce que la colère divine soit passée, puis à être appelé et à répondre, sont attribuées à cette même classe de l'humanité restaurée, destinée à ne ressusciter qu'après le temps de détresse, lorsque le règne actuel de Satan — désigné comme « les cieux » présents — aurait cédé la place aux « nouveaux cieux », soit le gouvernement spirituel du Christ et de son épouse sur la terre[391]. Les saints, par contraste, seraient ressuscités avant ce jour de colère, l'honneur d'exécuter les jugements écrits leur étant réservé[392] : Psaume 149:9.

L'annonce de l'ange en Apocalypse 10:6, selon laquelle il n'y aurait plus de temps, est rapportée à la multiplicité des « temps et des saisons » que Dieu tiendrait en son propre pouvoir, chacun destiné à s'achever une fois son œuvre accomplie, comme ce serait déjà le cas du temps de faveur accordé à Israël charnel durant l'âge juif, et comme ce serait bientôt le cas du temps de faveur accordé aux nations durant l'âge de l'évangile, période où Dieu tirerait des nations un peuple pour son nom[393]. C'est cette fin de l'âge de l'évangile qui serait visée par l'expression « qu'il n'y aurait plus de temps », le verset suivant situant cet achèvement aux jours de la voix du septième ange, désigné aussi comme la dernière trompette ou la trompette de Dieu, moment où s'opéreraient la première résurrection et le changement des saints encore vivants, et où le mystère de Dieu serait achevé[394] : 1 Corinthiens 15:52, 1 Thessaloniciens 4:16. Tant le plan de Dieu que son Église sont désignés comme un « mystère » incompris du monde ; une fois l'âge de l'évangile achevé et l'Église exaltée, et après le temps de détresse, la grande œuvre de bénédiction de toutes les familles de la terre commencerait, mettant fin à ce double mystère pour révéler pleinement, à la louange de celui qui les a aimés et rachetés par son propre sang précieux, que « Dieu est AMOUR » [395].

Une question sur le lavement des pieds rapporté en Jean 13:14 reçoit une réponse qui en écarte toute application littérale et permanente : la leçon donnée aux disciples par le Seigneur porterait sur l'humilité et sur un amour mutuel assez grand pour ne juger aucun service trop pénible ou trop humiliant s'il contribue au confort d'autrui, l'application concrète du geste étant jugée liée aux circonstances du climat et du chaussage propres à la Palestine, là où les pieds se salissaient et se blessaient fréquemment au contact de la poussière et du sable[396]. Vivant dans des conditions entièrement différentes, les chrétiens seraient plutôt invités à multiplier les occasions concrètes de manifester le même esprit doux, humble et aimant, en gardant à l'esprit leur mission de « faire du bien à tous les hommes selon l'occasion, surtout à ceux de la maison de la foi », à l'image de celui qui ne serait pas venu pour être servi mais pour servir et donner sa vie en rançon pour plusieurs[397] : Galates 6:10.

La dernière question traitée porte sur Apocalypse 20:5, selon lequel le reste des morts ne revivrait pas avant la fin des mille ans. La réponse distingue deux résurrections générales : l'une à la condition immortelle, réservée exclusivement aux « vainqueurs », désignée comme « la résurrection » ou « la première résurrection », commencée dix-huit cents ans plus tôt en la personne de Jésus, tête de l'Église qui est son corps, et devant s'achever lorsque les vainqueurs de cet âge seraient rendus semblables à lui, l'Époux et l'Épouse, tête et corps, étant alors unis[398] : Luc 20:36, Apocalypse 20:6. Un renvoi est fait à un article antérieur intitulé « Le chemin étroit vers la vie » paru dans le numéro d'octobre 1880 de Zion's Watch Tower[399].

Le reste de l'humanité devrait être ressuscité chacun dans son propre rang : une seconde compagnie de l'Église de l'évangile, désignée comme la « grande foule » sortant de la grande tribulation, viendrait en second rang, atteignant la condition spirituelle sans jamais parvenir à l'immortalité, prix pour lequel tous les chrétiens courraient actuellement selon l'exhortation de Paul à courir de manière à remporter le prix[400]. Viendrait ensuite la résurrection des Juifs et des Gentils de tous les âges, selon un ordre que Dieu seul déterminerait, incluant non seulement un retour à une vie partielle mais aussi un retour progressif à la vie parfaite, processus désigné comme la restitution et situé durant l'âge millénaire, les « temps (années) de la Restitution »[401].

La réponse s'achève par une observation d'ordre textuel portant directement sur Apocalypse 20:5 : les mots de la version courante de la Bible affirmant que « le reste des morts ne vécut pas de nouveau jusqu'à ce que les mille ans fussent accomplis » ne se trouveraient pas dans les copies anciennes et authentiques de l'Apocalypse, la lecture du chapitre sans ces mots étant jugée plus cohérente et plus en harmonie avec le reste de la Bible, avec un renvoi à un numéro antérieur de Zion's Watch Tower pour un développement plus complet de cette observation[402].

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Références

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  143. ↑ La Tour de Garde de février 1881, p. 188
  144. ↑ SCHULZ et DE VIENNE, Separate Identity, vol. 2, p. 150-151. Original : « But this is a look backward to 1871, and did not represent matters as they were in the 1880s. Even as things were in 1871, Russell was careful not to say that "most" had been Second Adventists. »
  145. ↑ CHRYSSIDES George, Historical Dictionary of Jehovah's Witnesses, p. 139-140. Original : « C. T. Russell attended one of his talks in Allegheny, Pennsylvania, in 1870 and was inspired by his ideas. »
  146. ↑ La Tour de Garde de février 1881, p. 188
  147. ↑ La Tour de Garde de février 1881, p. 188
  148. ↑ PENTON M. James, Apocalypse Delayed, p. 3-5. Original : « Bible Student–Jehovah's Witness leaders have always argued that the "wrong thing [or things] had happened at the right time." »
  149. ↑ BLANDRE Bernard, La préhistoire des témoins de Jéhovah, p. 120-122.
  150. ↑ La Tour de Garde de février 1881, p. 188
  151. ↑ La Tour de Garde de février 1881, p. 188
  152. ↑ BLANDRE Bernard, La préhistoire des témoins de Jéhovah, p. 126-127.
  153. ↑ PENTON, Apocalypse Delayed, op. cit., p. 24-25. Original : « He also argued that the Greek word parousia, usually translated "coming" in English translations of the Bible, should be understood to mean "presence." »
  154. ↑ JONSSON Carl Olof, Les temps des gentils reconsidérés, p. 50.
  155. ↑ BLANDRE, La préhistoire des témoins de Jéhovah, op. cit., p. 126-127.
  156. ↑ SCHULZ et DE VIENNE, Separate Identity, vol. 1, p. 195-196.
  157. ↑ La Tour de Garde de Février 1880, p. 76.
  158. ↑ FRANZ Raymond, Crise de conscience, p. 224-225.
  159. ↑ La Tour de Garde de février 1881, p. 190
  160. ↑ La Tour de Garde de février 1881, p. 190
  161. ↑ WILLS Tony, A People for His Name, chap. 3 « Harvest Gatherings and Siftings ». Original : « He taught with assurance that this meant that the church would go to heaven April 1878. Russell was noncommittal. »
  162. ↑ La Tour de Garde de décembre 1879, p. 58.
  163. ↑ La Tour de Garde de février 1881, p. 188
  164. ↑ PENTON, Apocalypse Delayed, op. cit., p. 3-5. Original : « So God has really given them "new light," "present truth," and has favoured them and those who have listened to them in a special way. »
  165. ↑ La Tour de Garde de février 1881, p. 189-190
  166. ↑ WILLS, A People for His Name, op. cit., chap. 3 « Harvest Gatherings and Siftings ». Original : « He claimed that the death of each individual man freed him from Adam's sin, and he could be resurrected sinless without substitutionary atonement. »
  167. ↑ La Tour de Garde de novembre 1880, p. 152.
  168. ↑ WILLS, A People for His Name, op. cit., chap. 3 « Harvest Gatherings and Siftings ».
  169. ↑ La Tour de Garde de février 1881, p. 190
  170. ↑ SCHULZ et DE VIENNE, Separate Identity, vol. 2, p. 60-61.
  171. ↑ La Tour de Garde de octobre 1879, p. 40.
  172. ↑ La Tour de Garde de Avril 1880, p. 88.
  173. ↑ La Tour de Garde de février 1881, p. 190
  174. ↑ La Tour de Garde de février 1881, p. 190
  175. ↑ La Tour de garde de octobre 1880, p. 149.
  176. ↑ PENTON, Apocalypse Delayed, op. cit., p. 3-5. Original : « If, therefore, one wants God's approval, one must stay in close association with those who truly know the significance of the divine plan. »
  177. ↑ HOLDEN Andrew, « Returning to Eden », Lancaster University
  178. ↑ La Tour de Garde de février 1881, p. 186
  179. ↑ La Tour de Garde de février 1881, p. 186
  180. ↑ SCHULZ et DE VIENNE, Separate Identity, vol. 2, p. 99-100. Original : « We will just go on without any names, for we are all one in Christ. »
  181. ↑ PENTON, Apocalypse Delayed, op. cit., p. 35-37.
  182. ↑ La Tour de Garde de janvier 1881, p. 4.
  183. ↑ La Tour de Garde de février 1881, p. 194
  184. ↑ SCHULZ et DE VIENNE, Separate Identity, vol. 2, p. 36-39. Original : « Advent Christians allowed women preachers. Others did not. The question came to Russell in early 1881. »
  185. ↑ « Phoebe Palmer: Mother of the Holiness Movement », CBE International
  186. ↑ La Tour de Garde de février 1881, p. 194
  187. ↑ SCHULZ et DE VIENNE, Separate Identity, vol. 2, p. 34-36.
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  189. ↑ La Tour de Garde de février 1881, p. 190
  190. ↑ La Tour de Garde de février 1881, p. 194
  191. ↑ « Bible Students' Publications », Watchtower Online Library
  192. ↑ La Tour de Garde de janvier 1881, p. 4.
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  196. ↑ La Tour de Garde de février 1881, p. 185
  197. ↑ PENTON, Apocalypse Delayed, op. cit., p. 27-28. Original : « Russell threw his financial support behind the Herald of the Morning, gave Barbour money to prepare a book outlining their beliefs respecting the end of the age, and curtailed certain business activities in order to engage in travelling and preaching. »
  198. ↑ « Commitment », Encyclopedia of Religion and Society, Hartford Institute for Religion Research
  199. ↑ La Tour de Garde de février 1881, p. 185
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  212. ↑ La Tour de Garde de février 1881, p. 185
  213. ↑ La Tour de Garde de février 1881, p. 185
  214. ↑ « Frère Russell »
  215. ↑ La Tour de Garde de février 1881, p. 186
  216. ↑ « paresseux en affaires »
  217. ↑ La Tour de Garde de février 1881, p. 186
  218. ↑ La Tour de Garde de février 1881, p. 186
  219. ↑ La Tour de Garde de février 1881, p. 186
  220. ↑ La Tour de Garde de février 1881, p. 186
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  222. ↑ La Tour de Garde de février 1881, p. 186
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  246. ↑ La Tour de Garde de février 1881, p. 187
  247. ↑ La Tour de Garde de février 1881, p. 187
  248. ↑ La Tour de Garde de février 1881, p. 187
  249. ↑ La Tour de Garde de février 1881, p. 187
  250. ↑ La Tour de Garde de février 1881, p. 187
  251. ↑ « une lumière brillante... brillant de plus en plus »
  252. ↑ La Tour de Garde de février 1881, p. 188
  253. ↑ La Tour de Garde de février 1881, p. 188
  254. ↑ La Tour de Garde de février 1881, p. 188
  255. ↑ La Tour de Garde de février 1881, p. 188
  256. ↑ La Tour de Garde de février 1881, p. 188
  257. ↑ « le mot grec parousia »
  258. ↑ La Tour de Garde de février 1881, p. 188
  259. ↑ La Tour de Garde de février 1881, p. 188
  260. ↑ La Tour de Garde de février 1881, p. 188
  261. ↑ La Tour de Garde de février 1881, p. 188
  262. ↑ La Tour de Garde de février 1881, p. 188
  263. ↑ La Tour de Garde de février 1881, p. 188
  264. ↑ « né de l'esprit est esprit »
  265. ↑ La Tour de Garde de février 1881, p. 189
  266. ↑ « le royaume de Dieu ne vient pas avec démonstration extérieure »
  267. ↑ La Tour de Garde de février 1881, p. 189
  268. ↑ La Tour de Garde de février 1881, p. 189
  269. ↑ « nourriture en temps voulu »
  270. ↑ La Tour de Garde de février 1881, p. 189
  271. ↑ La Tour de Garde de février 1881, p. 189
  272. ↑ La Tour de Garde de février 1881, p. 189
  273. ↑ La Tour de Garde de février 1881, p. 189
  274. ↑ La Tour de Garde de février 1881, p. 189
  275. ↑ La Tour de Garde de février 1881, p. 189
  276. ↑ La Tour de Garde de février 1881, p. 189
  277. ↑ La Tour de Garde de février 1881, p. 189
  278. ↑ La Tour de Garde de février 1881, p. 189
  279. ↑ La Tour de Garde de février 1881, p. 189
  280. ↑ La Tour de Garde de février 1881, p. 189
  281. ↑ La Tour de Garde de février 1881, p. 189
  282. ↑ La Tour de Garde de février 1881, p. 189
  283. ↑ La Tour de Garde de février 1881, p. 189
  284. ↑ La Tour de Garde de février 1881, p. 189
  285. ↑ La Tour de Garde de février 1881, p. 189
  286. ↑ La Tour de Garde de février 1881, p. 189
  287. ↑ La Tour de Garde de février 1881, p. 189
  288. ↑ La Tour de Garde de février 1881, p. 189
  289. ↑ La Tour de Garde de février 1881, p. 189
  290. ↑ La Tour de Garde de février 1881, p. 189
  291. ↑ La Tour de Garde de février 1881, p. 189
  292. ↑ La Tour de Garde de février 1881, p. 189
  293. ↑ La Tour de Garde de février 1881, p. 190
  294. ↑ La Tour de Garde de février 1881, p. 190
  295. ↑ La Tour de Garde de février 1881, p. 190
  296. ↑ La Tour de Garde de février 1881, p. 190
  297. ↑ La Tour de Garde de février 1881, p. 190
  298. ↑ La Tour de Garde de février 1881, p. 190
  299. ↑ « l'armure de Dieu »
  300. ↑ La Tour de Garde de février 1881, p. 190
  301. ↑ La Tour de Garde de février 1881, p. 190
  302. ↑ La Tour de Garde de février 1881, p. 190
  303. ↑ La Tour de Garde de février 1881, p. 190
  304. ↑ La Tour de Garde de février 1881, p. 190
  305. ↑ La Tour de Garde de février 1881, p. 190
  306. ↑ La Tour de Garde de février 1881, p. 190
  307. ↑ La Tour de Garde de février 1881, p. 190
  308. ↑ La Tour de Garde de février 1881, p. 190
  309. ↑ La Tour de Garde de février 1881, p. 190
  310. ↑ La Tour de Garde de février 1881, p. 190
  311. ↑ La Tour de Garde de février 1881, p. 190
  312. ↑ « goûté la mort pour tout homme »
  313. ↑ La Tour de Garde de février 1881, p. 190
  314. ↑ La Tour de Garde de février 1881, p. 190
  315. ↑ La Tour de Garde de février 1881, p. 190
  316. ↑ La Tour de Garde de février 1881, p. 190
  317. ↑ « l'étroit chemin vers la vie »
  318. ↑ La Tour de Garde de février 1881, p. 190
  319. ↑ La Tour de Garde de février 1881, p. 190
  320. ↑ « et il en est peu qui le trouvent »
  321. ↑ La Tour de Garde de février 1881, p. 190
  322. ↑ La Tour de Garde de février 1881, p. 190
  323. ↑ « plantés ensemble à la ressemblance de sa mort »
  324. ↑ La Tour de Garde de février 1881, p. 190
  325. ↑ La Tour de Garde de février 1881, p. 190
  326. ↑ La Tour de Garde de février 1881, p. 190
  327. ↑ La Tour de Garde de février 1881, p. 190
  328. ↑ La Tour de Garde de février 1881, p. 190
  329. ↑ La Tour de Garde de février 1881, p. 190
  330. ↑ La Tour de Garde de février 1881, p. 190
  331. ↑ La Tour de Garde de février 1881, p. 190
  332. ↑ La Tour de Garde de février 1881, p. 190
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  385. ↑ La Tour de Garde de février 1881, p. 194
  386. ↑ « type de l'Église »
  387. ↑ La Tour de Garde de février 1881, p. 194
  388. ↑ La Tour de Garde de février 1881, p. 194
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  394. ↑ La Tour de Garde de février 1881, p. 194
  395. ↑ La Tour de Garde de février 1881, p. 194
  396. ↑ La Tour de Garde de février 1881, p. 194
  397. ↑ La Tour de Garde de février 1881, p. 194
  398. ↑ La Tour de Garde de février 1881, p. 194
  399. ↑ « le chemin étroit vers la vie »
  400. ↑ La Tour de Garde de février 1881, p. 194
  401. ↑ La Tour de Garde de février 1881, p. 194
  402. ↑ « copies anciennes et authentiques »

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