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La Tour de Garde de Mars 1883

De Tj-encyclopédie
La Tour de Garde de Mars 1883
Revue La Tour de Garde
Date 1883
Auteur(s) John C. Sunderlin, W. V. Feltwell, Maria Russell, H. W. Brown, H. L. Hastings
Année 1883
Langue Anglais
Pays États-Unis

Ce numéro pose surtout une question pratique : que doit faire le croyant qui adhère aux idées de la revue mais appartient encore à une Église ? Un lecteur de Fairview, en Pennsylvanie, la pose dans une lettre. Maria Russell lui répond qu'il faut quitter ces Églises, présentées comme « Babylone ». Le numéro répond aussi à une objection : un groupe sans organisation visible peut-il accomplir quelque chose ?

Plusieurs textes portent sur la nature du Christ. Jésus est présenté comme un homme parfait pendant sa vie terrestre, puis comme un être spirituel après sa résurrection. Cette distinction sert à défendre la « présence » invisible du Christ, que la revue dit annoncer. Elle sert aussi à expliquer comment il régnera sur le « trône de David » sans être vu des hommes.

Le numéro ouvre aussi largement ses pages à des voix extérieures à la rédaction. On y lit des lettres de pasteurs et de lecteurs gagnés par Nourriture pour les chrétiens qui réfléchissent (Food for Thinking Christians). On y trouve aussi des articles signés par John C. Sunderlin et W. V. Feltwell, un poème, et de longs extraits d'une conférence de H. L. Hastings en défense de la Bible.

Analyse

Croyances

Une Bible sûre, que chacun doit lire hors des credos

Le texte le plus long du numéro ne vient pas d'un Étudiant de la Bible. Il s'agit d'une conférence de Horace Lorenzo Hastings (1831-1899), éditeur à Boston de l'Anti-Infidel Library (« Bibliothèque contre l'incrédulité »).[1] Hastings a prononcé ce discours sur l'inspiration de la Bible le 13 octobre 1881, à Spencer, devant la seizième convention annuelle des Unions chrétiennes de jeunes gens du Massachusetts.[2] Il menait une campagne contre l'incrédulité par ses écrits et par ses prédications en plein air sur le Boston Common.[3] La revue adopte donc, pour défendre la Bible, la voix d'un évangélique du protestantisme établi qu'elle combat par ailleurs.[4]

L'argument central de Hastings porte sur la transmission du texte. Il soutient que Lord Hailes a retrouvé dans les écrits des Pères de l'Église tout le Nouveau Testament, à moins d'une douzaine de versets près.[5] Cette anecdote circulait beaucoup, mais les chercheurs qui ont examiné les livres et les manuscrits de Sir David Dalrymple, Lord Hailes, n'y ont pas trouvé la phrase qu'on lui prête.[6] La notice sur l'édition de Tischendorf va dans le même sens : le manuscrit du Sinaï y montre que le texte reçu est « remarquablement exempt de corruption », malgré des erreurs mineures et quelques ajouts.[7] En septembre 1881, la revue utilisait au contraire ce même manuscrit pour désigner quatre passages comme des ajouts, qu'elle attribuait au grand abandon de la foi.[8] En mars 1883, le manuscrit sert d'abord à rassurer sur la fiabilité de l'ensemble du texte.[9] Hastings cite aussi l'accueil de la version révisée du Nouveau Testament, transmise par télégraphe de New York à Chicago, comme une preuve de l'attachement du public à la Bible.[10] En avril 1881, la revue accueillait cette même révision avec méfiance et craignait qu'elle serve d'arme aux incrédules.[11]

Puisque le texte est sûr et disponible, chacun doit le lire lui-même. L'article tiré de l'Investigator en tire une règle de responsabilité : on n'est pas coupable d'avoir reçu des erreurs de ses maîtres, mais on l'est de rejeter une vérité bien présentée.[12] Cette règle ménage les croyants restés dans les Églises tout en leur interdisant d'y demeurer une fois éclairés. George Storrs, dont Russell a reçu une partie de ses idées, refusait déjà les credos comme l'œuvre d'hommes faillibles qui n'avaient aucun droit d'en faire un critère de foi.[13] Hastings fournit au numéro un exemple concret : dans les réunions de prière, on cite comme bibliques des phrases tirées d'un livre de prières, d'un roman ou d'un catéchisme.[14]

Lire la Bible par les types : du Tabernacle à la Pâque

L'étude des types est présentée comme une protection pour la foi. Les lecteurs doivent étudier, et non seulement lire, la brochure The Tabernacle and its Teachings (« Le Tabernacle et ses enseignements »). Celui qui comprend les sacrifices typiques apprécie mieux les sacrifices antitypiques, et sa foi en la rançon risque moins d'être ébranlée.[15] Selon Penton, cette brochure de 1881 a servi à mettre en forme la doctrine de l'Église chez Russell.[16] La crainte d'une foi « ébranlée » sur la rançon avait un précédent récent : en 1878, Nelson Barbour avait comparé la mort du Christ à une mouche transpercée d'une épingle pour régler la faute d'un enfant.[17]

Les mêmes types répartissent les croyants. Les Lévites représentent les justifiés, les prêtres le petit troupeau, et Israël le monde des hommes.[18] Le mois précédent, la revue situait au contraire l'antitype des Lévites dans l'âge millénaire, parmi les hommes qui se consacrent au service sans se sacrifier.[19] Le règne de David sert lui aussi de type : il règne d'abord sur Juda, puis sur tout Israël. Le royaume du Christ suit le même ordre : Israël selon la chair d'abord, le monde entier ensuite.[20]

La Pâque applique cette lecture à une pratique. Jésus est le véritable agneau pascal et l'Église est l'Église des premiers-nés épargnés.[21] Selon Zoe Knox, les Étudiants de la Bible rattachaient le Mémorial à la date de la Pâque juive, comme d'autres groupes de tradition adventiste, et rejetaient la date de Pâques fixée au concile de Nicée.[22] Le numéro fixe la date d'après le calcul juif, mais il laisse les croyants dispersés, « deux ou trois » ici et là, célébrer de leur côté avec le pain et le vin.[23] En 1881, selon Schulz et de Vienne, une vingtaine de groupes célébraient déjà le Mémorial sans s'accorder ni sur la date ni sur la manière.[24]

La rançon et le changement de nature

Le numéro défend une humanité de Jésus sans aucun défaut. La « ressemblance de la chair de péché » de Romains 8:3 signifie seulement la forme humaine, que possédait aussi Adam avant sa faute.[25] Le numéro reproche à « certains », sans les nommer, d'en tirer une nature pécheresse « pour soutenir une théorie ».[26] En octobre 1879, la revue écrivait pourtant que Jésus avait pris les faiblesses de la chair pécheresse.[27] En mars 1883, toute imperfection est exclue, parce que les imperfections sont des marques du péché. Les souffrances de Jésus viennent de la force qu'il dépensait pour guérir les autres.[28] Augustin lisait déjà le verset ainsi : cette chair est soumise à la mort sans avoir le péché.[29]

Ce Jésus parfait sert à juger la Loi de Moïse. Israël n'a pas pu garder la Loi parce que les hommes sont imparfaits, et non parce que la Loi était trop sévère. Jésus, homme parfait, l'a gardée, ce qui prouve qu'elle était juste.[30] La démonstration exige que Jésus soit un homme et rien de plus, un « second homme » face au premier. Schulz et de Vienne rappellent que la rançon de Russell est un prix exactement équivalent, une vie humaine pour une vie humaine, alors qu'Anselme voyait dans le Christ un Dieu-homme payant plus que la valeur du genre humain.[31]

Le même raisonnement s'applique à la nature du Christ avant sa naissance. Il était un être spirituel supérieur aux anges, mais sans la nature divine, car Jéhovah ne peut pas mourir. Si Jésus avait eu cette nature, sa mort aurait été feinte, ce qui accuserait Dieu de tromperie.[32] Penton note que Russell avait rompu avec la Trinité protestante en juillet 1882 par un long article sur l'unité de Dieu.[33] La nature divine est la récompense du sacrifice : le droit de Jésus à cette nature grandit à mesure qu'il sacrifie sa vie humaine, et il est pleinement acquis au Calvaire.[34] En mai 1881, la revue faisait au contraire de Jésus un participant de la nature divine dès son baptême.[35] L'Église reçoit le même changement de nature, tandis que le reste des hommes retrouvera la perfection humaine à l'âge suivant.[36] Crompton résume ainsi la pensée de Russell : seuls les membres du « petit troupeau » partagent avec le Christ la nature divine.[37]

Les morts, eux, attendent dans la tombe. Pour « Bro Smith », le Christ a prêché aux hommes du temps de Noé par la bouche de Noé, et non aux morts pendant sa propre mort, car il n'y a « ni science ni sagesse » dans le séjour des morts.[38] Augustin proposait déjà, vers l'an 400, cette prédication du Christ par Noé. Clément d'Alexandrie, vers 200, faisait au contraire descendre le Christ chez les morts, et le cardinal Bellarmin le faisait délivrer les justes retenus dans les limbes.[39] Le refus d'une prédication aux morts découle de la croyance que l'âme n'est pas immortelle. Blandre montre que cette croyance est passée aux adventistes par la Christian Connexion.[40] La rançon ne prend donc effet pour les morts qu'au jour où le Christ ouvrira la « prison » du hadès, comme l'annoncent Ésaïe 42:7 et Ésaïe 61:1.[41]

Une Église qui se sacrifie, au-dessus de la grande foule

Le numéro demande au lecteur une vie de sacrifice. L'esprit du Christ est l'onction qui prouve qu'on est engendré à la nature divine et membre du corps du Christ.[42] La haine du monde est la marque de ceux qui suivent le Chef, et la couronne est promise au vainqueur.[43] En mars 1882, la revue écrivait que le temps d'entrer dans le petit troupeau s'était terminé à l'automne 1881.[44] En avril 1882, elle réservait l'appel au sacrifice aux personnes consacrées avant le 2 octobre 1881 et ne demandait plus aux nouveaux venus de renoncer à leurs plaisirs innocents.[45] Le numéro de mars 1883 adresse l'exhortation à tous ses lecteurs, sans faire cette distinction et sans citer cette date.[46]

L'Épouse et la grande foule seront toutes deux des êtres spirituels. La différence est expliquée par le rang : les anges ont un corps spirituel, mais Dieu n'a dit à aucun d'eux « Tu es mon Fils ». De même, l'Épouse est cohéritière, alors que la grande foule l'accompagne avec une gloire très inférieure.[47] L'argument repose sur 1 Corinthiens 15:41, où une étoile diffère d'une autre en gloire. Ce verset est lu depuis l'Antiquité comme la preuve de degrés de récompense ; Clément d'Alexandrie parlait déjà de demeures diverses « selon le mérite de ceux qui ont cru ».[48] En janvier 1883, la revue expliquait l'échec de la grande foule par sa doctrine : elle avait bâti avec le bois, le foin et le chaume des traditions humaines.[49] En mars 1883, la distinction s'appuie sur une échelle de natures et de gloires. Crompton rappelle que, pour Russell, la grande foule avait reçu le même appel que le petit troupeau, mais l'avait manqué par manque de zèle.[50]

La souffrance des croyants reçoit une explication précise. En décembre 1882, la revue affirmait que Satan cause la maladie et la mort, avec la permission de Dieu, comme dans le cas de Job.[51] Des lecteurs y ont vu une doctrine qui livrait leur sort à l'ennemi. Sunderlin répond en fixant une limite : Satan ne peut frapper les enfants de Dieu au-delà de la peine due au péché, sauf permission spéciale accordée pour leur plus grand bien.[52] Son pouvoir est celui d'un usurpateur, comparé à Jefferson Davis pendant la guerre de Sécession.[53] Sunderlin et Feltwell écrivent tous deux après une grave maladie. Sunderlin, alité à plusieurs reprises en 1881 et 1882, disait prendre jusqu'à six doses de morphine par jour contre la douleur.[54] Feltwell voit dans l'affliction une épreuve tournée au bien et écrit que « ce petit mot "pendant que" est la charnière sur laquelle s'ouvre la porte de la gloire ».[55] Le poème de Mrs. Brown, publié dans le même numéro, attribue au contraire l'épreuve à Jésus lui-même, qui l'a fixée pour une raison cachée.[56]

Un Christ invisible, déjà présent, qui va restaurer la terre

Le « trône de David » désigne un pouvoir et non un siège. Le Christ n'est plus un homme glorifié : il est un être spirituel qui gouverne par des agents terrestres, comme la reine Victoria gouverne les Indes sans y être vue.[57] Les prémillénaristes de l'époque attendaient au contraire un royaume visible : le Christ assis sur le trône littéral de David, régnant depuis Jérusalem comme roi des Juifs.[58] Le numéro doit aussi régler une difficulté : si le Messie n'a pas de père humain, comment est-il fils de David ? La réponse passe par Marie, fille de David, et par l'exemple du prince de Galles, héritier par sa mère.[59]

La présence du Christ a déjà commencé. La restitution d'Israël, la fragilité des nations et l'épreuve de l'Église nominale sont lues comme les « signes du Fils de l'homme ».[60] Le numéro précise que cette présence avait été reconnue des années avant ces signes, par la seule parole prophétique.[61] Crompton décrit exactement ces deux moyens chez Russell : l'étude des prophéties d'abord, puis l'évolution des affaires du monde, qui doit rendre la présence évidente à tous.[62] Raymond Franz souligne qu'une présence invisible est très difficile à réfuter, ce qui avait permis aux proches de Barbour de garder la date de 1874 en changeant seulement ce qu'on en attendait.[63]

Ce règne rend aux hommes ce qu'Adam a perdu. La domination de la terre, donnée à Adam puis usurpée par Satan pendant 6 000 ans, sera rendue aux hommes une fois l'Épouse choisie.[64] L'ordre est fixé : le Juif d'abord, puis le Gentil, et la restitution d'Israël en est la première étape.[65] Barbour croyait déjà, en 1875, à un âge de mille ans de restitution dont l'œuvre reviendrait à la « maison charnelle d'Israël ».[66] Crompton note que, pour Russell, cette restitution est graduelle et d'abord invisible pour tous, sauf pour le petit troupeau.[67] À la fin des mille ans, le Christ remet le royaume à Dieu le Père (1 Corinthiens 15:24-25).[68]

La moisson : sortir de Babylone et condamner ses enseignants

L'Église de Laodicée représente la dernière étape de l'Église, celle où le Maître n'a rien à louer.[69] Cette lecture des sept Églises comme sept époques successives est courante chez les commentateurs du XIXe siècle qui lisent l'Apocalypse comme une histoire de l'Église ; ses critiques notent que rien dans le texte ne l'indique.[70] En mars 1881, la revue voyait encore dans la lettre à Laodicée un appel à la repentance adressé à l'Église nominale.[71] En janvier 1882, elle la disait déjà « vomie » et sans réveil possible.[72] En mars 1883, le conseil d'« acheter » l'or et le vêtement blanc, et la parole « je frappe à la porte », s'adressent aux seuls individus dont les yeux sont ouverts. L'Église nominale, elle, « n'a pas faim ».[73]

La séparation suit un ordre. L'Église nominale est rejetée en tant que corps, comme l'Église juive l'avait été, mais l'ordre « Sortez du milieu d'elle » ne vient qu'après l'annonce « Babylone est tombée ».[74] Les Réformateurs, Luther, Calvin, Wesley ou Knox, sont rangés dans le petit troupeau ; seuls leurs héritiers ont perdu leur esprit.[75] Storrs écrivait déjà en 1844 qu'une Église organisée par les hommes devient Babylone au moment même où elle est organisée.[76]

Les enseignants des Églises servent Satan quand ils sèment l'erreur. Le numéro s'appuie sur Romains 6:16 : on est le serviteur de celui qu'on sert. Saul persécutant les chrétiens et Pierre voulant détourner Jésus du sacrifice en sont les exemples.[77] La condamnation vise le contenu de l'enseignement et non la sincérité des personnes : beaucoup agissent « par ignorance », selon Actes 3:17.[78] Cette réserve rejoint la règle posée ailleurs dans le numéro : on n'est pas coupable d'avoir reçu des erreurs.[79] Le reproche ne s'arrête pas aux Églises établies. Il vise aussi « certains » croyants qui s'en sont seulement en partie libérés et dont Satan utilise les talents sous couleur de travailler pour Jésus.[80]


Organisation et histoire

Quitter les Églises sans en fonder une autre

Le lecteur de Fairview (Pennsylvanie) a découvert Food for Thinking Christians (« Nourriture pour les chrétiens qui réfléchissent ») à Erie, mais il est resté membre de son Église.[81] Il explique ce que risque un membre qui parle trop de ses nouvelles idées. La rumeur remonte au pasteur, et celui-ci prend « son fusil », c'est-à-dire la discipline de l'Église.[82] Maria Russell lui répond par Apocalypse 18:4 : il faut sortir.[83] Elle refuse la solution du milieu. Quitter l'Église « en esprit » tout en y restant inscrit ne suffit pas. Celui qui reste lie son influence à une institution condamnée et n'ose plus dire tout ce qu'il croit.[84] En novembre 1879, la revue répondait autrement à la même question. Un lecteur demandait s'il devait se détacher de son Église, et on lui conseillait seulement de se séparer du monde.[85] En janvier 1881, la sortie avait une date limite : tous les membres de l'Épouse devaient avoir quitté les Églises avant l'automne 1881.[86] En mars 1883, il n'y a plus d'échéance. La séparation est présentée comme « déjà en cours », sur le modèle de l'Église juive rejetée à la moisson de son âge.[87] Penton décrit cette position. Russell admettait qu'on puisse appartenir à la vraie Église en restant dans une Église de la chrétienté. Mais après 1881, il convenait de quitter la « chrétienté nominale », et la fréquentation des autres croyants restait libre.[88]

Ceux qui sortent ne doivent pas pour autant fonder une nouvelle Église. Un lecteur doute que l'on puisse agir sans organisation. La réponse lui oppose l'organisation actuelle, dirigée par le Seigneur, et renvoie à l'article « L'Ekklesia » du numéro d'octobre.[89] Un autre lecteur propose une secte ardente, fondée sur la Bible. La réponse reconnaît qu'une organisation visible, avec un nom, attirerait plus de membres et paraîtrait plus respectable. Elle la refuse quand même et ne garde que le nom de « chrétiens ».[90] Ces questions arrivent quelques mois après une critique publique. En octobre 1882, un rapport présenté à la convention annuelle des Unions chrétiennes de jeunes gens (Y.M.C.A.) jugeait la revue « d'un caractère douteux », à cause de son opposition à l'organisation des Églises.[91] Selon les mêmes auteurs, « L'Ekklesia » visait aussi Nelson Barbour, qui se disait désigné par Dieu.[92] Le vocabulaire a changé depuis 1881. Raymond Franz cite une réponse de cette époque. À la question « ne ferions-nous pas mieux de former notre propre organisation visible ? », la revue répondait : « Oui ! C'est ce que nous avons fait », sur le modèle de l'Église primitive.[93] En 1883, le mot « visible » désigne ce que l'on refuse, et l'Église véritable devient une organisation « invisible ».[94] George Storrs avait déjà mis ses lecteurs en garde en 1844. Pour lui, toute Église organisée par les hommes devient Babylone au moment même où elle est organisée.[95] Storrs refusait aussi tout nom de dénomination.[96] Maria Russell félicite pour la même raison le lecteur de Fairview d'avoir déclaré appartenir à « l'Église du Christ ».[97]

Une objection revient : Wesley, Calvin, Luther et Knox ont fondé ces Églises, et c'étaient des hommes de bien. La réponse range les Réformateurs dans le « petit troupeau ». Elle reproche à leurs héritiers d'avoir perdu leur esprit de sacrifice, leur humilité et leur séparation d'avec le monde. Il ne leur reste qu'une « forme de piété ».[98] En décembre 1882, les mêmes quatre noms étaient déjà cités comme fidèles. Leurs limites s'expliquaient alors par la lumière qui grandit avec le temps : il y a plus de vérité à connaîtreaujourd'hui qu'à leur époque.[99] En mars 1883, l'explication porte sur la conduite des héritiers. On peut ainsi honorer les fondateurs et rejeter les Églises qui portent leur nom.[100] Les sept Églises de l'Apocalypse servent à appuyer ce jugement. À chaque étape de l'histoire de l'Église, le Christ trouve quelque chose à louer, sauf à la dernière, Laodicée.[101]

Une rédaction et un courrier qui relient des lecteurs dispersés

La réponse au lecteur de Fairview est signée « Mrs. C. T. R. », c'est-à-dire Maria Russell. Beaucoup de lettres semblables sont arrivées, et elle répond publiquement à toutes. Elle assure que chaque lettre est lue avec soin, même si toutes ne peuvent pas recevoir de réponse personnelle.[102] En mai 1881, c'était le rédacteur lui-même qui s'excusait de ne pas pouvoir répondre à tous. Il demandait aux lecteurs de prendre les articles de la revue comme des réponses à leurs lettres.[103] En mars 1883, c'est son épouse qui parle au nom de la rédaction, sur une question à la fois doctrinale et pratique. Schulz et de Vienne décrivent son travail. Elle s'occupait du courrier, triait les lettres et choisissait celles auxquelles Russell répondait dans la revue. Elle répondait elle-même à certaines, surtout à celles des femmes. Russell gardait toutefois la décision finale sur ce qui paraissait.[104] Le sociologue Joseph Zygmunt la jugeait capable de servir de porte-parole et de rédactrice sur les questions de doctrine et de morale.[105]

D'autres noms signent les textes. J. C. Sunderlin signe « L'ennemi, n° 2 ».[106] W. V. Feltwell signe « L'affliction sanctifiée ».[107] « Bro Smith » répond à une question sur 1 Pierre 3:19-20, et Mrs. H. W. Brown signe un poème.[108] Depuis janvier-février 1882, tout article doit recevoir l'accord d'au moins deux des personnes les mieux informées des Écritures avant d'être imprimé.[109] Schulz et de Vienne parlent d'un comité de trois personnes. Selon eux, Russell gardait le dernier mot comme rédacteur.[110] Les deux textes sur la souffrance viennent d'hommes malades. Feltwell explique qu'une grave maladie récente lui a permis, comme à « son frère Sunderlin », d'écrire ce qu'il sait par expérience.[111] Sunderlin était rentré malade d'Angleterre en 1881. En octobre 1882, il disait prendre jusqu'à six doses de morphine par jour à cause de la douleur.[112] Schulz et de Vienne rattachent cette dépendance à ses blessures de la guerre de Sécession.[113]

La revue fixe aussi la principale pratique commune. « Depuis quelques années, nous avons coutume de nous réunir à la date anniversaire de la Pâque typique », dit le texte qui annonce la commémoration.[114] L'Église de Pittsburgh la célèbre le dimanche 22 avril. Les croyants isolés, « deux ou trois » ici et là, sont invités à se réunir de leur côté avec le pain et le vin.[115] Un mois plus tôt, l'Église de Pittsburgh avait quitté la Curry Institute Hall pour la Grand Army Hall, au 101 de la rue Federal, à Allegheny.[116] Zoe Knox note que les Étudiants de la Bible fixaient la date du Mémorial d'après la Pâque juive, comme d'autres groupes issus de l'adventisme. Ils voyaient dans la date de Pâques une décision de l'Église infidèle, prise au concile de Nicée.[117] En 1881, une vingtaine de groupes célébraient la commémoration, sans s'accorder ni sur la date ni sur la manière de faire.[118] Une date annoncée depuis Pittsburgh donne à ces petits groupes le même jour.[119]

La diffusion des écrits et son coût

Les lettres montrent comment les lecteurs arrivent. Le lecteur de Fairview a trouvé un exemplaire de Food for Thinking Christians mis de côté après une distribution à Erie.[120] Le pasteur de Gold Hill a reçu un exemplaire d'essai. Le pasteur de New York a distribué le paquet du numéro d'octobre et pourrait en placer deux fois plus. Le couple de Palmyra donne et prête ses exemplaires.[121] Le numéro d'octobre 1882 avait été tiré en très grand nombre pour servir de tract. Schulz et de Vienne parlent d'un « numéro géant à 400 000 exemplaires ».[122] En décembre 1882, la revue annonçait encore une édition de 100 000 exemplaires de ce même numéro, sans date, comme numéro missionnaire.[123] En janvier 1883, environ dix mille lecteurs avaient reçu trois numéros à l'essai et étaient invités à s'abonner. Les pauvres pouvaient recevoir la revue gratuitement, à condition de la demander.[124]

Les pasteurs méthodistes reviennent souvent dans ce courrier. Le pasteur de Gold Hill appartient à l'Église épiscopale méthodiste.[125] En février 1883, un pasteur méthodiste en fonction depuis vingt-cinq ans écrivait vouloir la vérité, « même si elle met mon Église en pièces ».[126] Le même mois, l'ancien pasteur méthodiste Samuel T. Tackabury rompait publiquement avec son Église.[127] D'après les numéros de la revue, Schulz et de Vienne estiment que les méthodistes fournissaient une bonne part des lecteurs. À Allegheny et à Pittsburgh, l'opposition du clergé venait d'ailleurs surtout des méthodistes.[128]

Certains écrits sont donnés, d'autres vendus. La brochure The Tabernacle and its Teachings (« Le Tabernacle et ses enseignements ») est offerte à ceux qui ne l'ont pas.[129] Le Nouveau Testament de Tischendorf est vendu 35 cents, et une édition reliée est commandée à des éditeurs étrangers.[130] Schulz et de Vienne précisent que la brochure sur le Tabernacle et les tracts n'étaient jamais vendus.[131] En janvier 1883, les stocks de Food for Thinking Christians et du Tabernacle étaient presque épuisés. La revue conseillait de donner d'abord le numéro d'octobre, puis de prêter Food, puis le Tabernacle.[132] Le couple de Palmyra applique cette consigne quand il prête ses exemplaires.[133]

La lectrice de Palmyra écrit à Russell qu'elle ne regrette pas que la publication de « tant de bonnes nouvelles » l'ait endetté. Elle joint son obole.[134] Cette dette était connue des lecteurs. Le rapport du fonds des tracts de janvier 1883 avouait un lourd endettement. Une erreur sur le compte bancaire avait fait imprimer les derniers 100 000 exemplaires.[135] Selon Schulz et de Vienne, les recettes de 1882 s'élevaient à 3 373,86 dollars, et les dépenses les dépassaient de près de 2 600 dollars.[136] En février 1883, Sunderlin avait demandé aux lecteurs de mettre de côté une somme chaque semaine. Les réunions se tenaient sans quête, et quelques donateurs portaient seuls la charge.[137] Tony Wills rappelle que la distribution gratuite de Food for Thinking Christians avait été payée par Russell lui-même.[138]

Un lectorat venu des milieux adventistes et protestants

Le pasteur de New York exerce depuis plus de trente ans. Il dit attendre le retour prochain du Seigneur depuis qu'il a entendu William Miller. Il attendait déjà ce retour avant la parution de la revue.[139] Ce parcours ressemble à celui de Nelson Barbour, dont Russell avait repris la chronologie. Selon Carl Olof Jonsson, Barbour avait rejoint le mouvement de Miller en 1843, à dix-neuf ans.[140] Bernard Blandre rapporte que Russell attribuait à la prédication de l'adventiste Jonas Wendell le retour de sa foi dans l'inspiration de la Bible.[141] En novembre 1881, la revue reconnaissait dans le mouvement de Miller un accomplissement de la parabole des dix vierges. Elle refusait pourtant d'être appelée « millérite » ou « adventiste ».[142] Schulz et de Vienne nuancent ce lien. Russell écrivait en février 1881 que « beaucoup » de ses premiers compagnons avaient été adventistes, mais il parlait de l'année 1871. Selon ces auteurs, la plupart des lecteurs venaient de mouvements voisins et n'avaient jamais été adventistes.[143]

La revue reprend aussi des textes écrits ailleurs. Le plus long est une conférence de H. L. Hastings devant la convention des Y.M.C.A. du Massachusetts.[144] Horace Lorenzo Hastings, éditeur à Boston, publiait une « Bibliothèque contre l'incrédulité ». Il avait donné cette conférence, « L'inspiration de la Bible », le 13 octobre 1881 à Spencer, devant la seizième convention annuelle des Y.M.C.A. du Massachusetts.[145] Hastings n'est pas un étranger pour ce milieu. Selon Jonsson, il avait été l'un des dirigeants de l'Association chrétienne de l'avent. Il l'avait quittée en 1865, mais il défendait toujours l'idée que l'âme n'est pas immortelle par nature.[146] Il avait rencontré George Storrs en 1850 et prêché avec lui à New York en 1854.[147] La revue reproduit donc un discours prononcé dans les Y.M.C.A., alors qu'un rapport présenté à ces mêmes associations l'avait jugée douteuse quelques mois plus tôt.[148]

La presse protestante sert aussi à montrer que d'autres se rapprochent des idées de la revue. Sous le titre « Observez l'évolution », la revue rapporte un échange entre le Presbyterian Journal et The Independent. Ce dernier accepte l'idée que les enfants morts en bas âge passeront une épreuve dans l'autre monde.[149] Un mois plus tôt, Tackabury parlait lui aussi d'« épreuve future », le mot employé dans les débats protestants de l'époque.[150] Un autre texte, sur la liberté du chrétien face aux credos, est attribué à l'Investigator.[151] Schulz et de Vienne relèvent que les enseignements de la revue ressemblaient sur bien des points à ceux d'autres protestants. Cette ressemblance lui ouvrait parfois la porte de certaines Églises.[152]


Contenu

« La Pâque »

Depuis quelques années, les lecteurs de la revue se réunissent à la date anniversaire de la Pâque typique pour commémorer le véritable « passage par-dessus » de l'Église des premiers-nés. Cette Église est épargnée grâce à la mort et au sang versé du véritable agneau pascal, Jésus.[153] La commémoration répond à la demande du Seigneur : « Toutes les fois que vous ferez ceci, faites-le [désormais] en mémoire de moi ». L'agneau désigne ici Jésus, et le passage par-dessus la justification des croyants par son sang.[154]

Selon le calcul du temps juif, la Pâque, anniversaire de la mort de Jésus, tombe le dimanche 22 avril. L'Église de Pittsburgh la célèbre à cette date. Les croyants dispersés, « deux ou trois » ici et là, sont invités à se réunir de leur côté pour méditer sur le Christ, en utilisant le pain et le vin, emblèmes de son corps rompu et de son sang versé, « prix de notre rançon ».[155] Le sujet doit être traité plus longuement dans le numéro suivant.[156]

Le Nouveau Testament de Tischendorf

Cette édition reprend la version courante du Nouveau Testament et donne, au bas de chaque page, les variantes des trois plus anciens manuscrits grecs. Le manuscrit sinaïtique est présenté comme le plus ancien et le plus exact de tous, et comme la plus haute autorité pour établir l'authenticité des passages qu'il contient. Sa comparaison avec des manuscrits plus récents montre que le texte couramment reçu est remarquablement exempt de corruption, mais qu'il renferme de nombreuses erreurs mineures et quelques interpolations importantes. L'ouvrage contient aussi l'histoire de la découverte de ces anciens manuscrits.[157]

Une édition brochée est proposée par la poste au prix de 35 cents. Une édition reliée en toile est en préparation auprès d'éditeurs étrangers, et son prix doit être annoncé dans un mois environ.[158]

Vu de la Tour

Le point de départ est Romains 6:16 : on est le serviteur de celui à qui l'on rend service. Celui qui se dit « serviteur de Dieu » et « ouvrier dans sa vigne », mais qui sème l'erreur et enseigne des traditions d'hommes, sert en réalité l'adversaire, le Diable.[159]

Deux exemples sont donnés. Saul pensait servir Dieu en persécutant le christianisme, alors qu'il était l'un des principaux serviteurs de Satan dans son opposition à la vérité. Pierre, lorsqu'il veut détourner Jésus du sacrifice complet en disant « Loin de toi, Seigneur », est reconnu par Jésus comme l'agent de Satan, qui lui répond : « Arrière de moi, Satan » (Matthieu 16:23).[160]

Les lecteurs sont donc invités à ne pas se contenter de sympathiser avec la vérité : leurs paroles et leurs actes doivent la servir, car « tous ceux qui disent : Seigneur, Seigneur » n'entreront pas dans le royaume, mais celui qui fait la volonté du Père.[161] Il faut veiller à ce que Satan ne prenne pas possession des talents de chacun et ne s'en serve contre la vérité sous couleur de travailler pour Jésus. Cette situation est attribuée à beaucoup de membres des Églises établies et à certains qui s'en sont en partie libérés.[162] Celui qui expose les vérités de la Bible doit les présenter aussi pures que possible, comme du blé sans mélange ; celui qui distribue des écrits doit semer de la bonne semence, car la vérité semée porte de bons fruits et l'erreur de très mauvais. Dans la mesure où l'on sème la vérité, on est serviteur de Dieu ; dans la mesure où l'on répand l'erreur, on est serviteur du diable. Beaucoup croient servir Dieu alors qu'ils s'opposent à son plan ; on peut dire d'eux, avec Pierre : « Je sais que vous avez agi par ignorance » (Actes 3:17).[163]

La plupart des lecteurs ont reçu la brochure Le Tabernacle et ses enseignements (The Tabernacle and its Teachings), publiée plus d'un an auparavant. Cette brochure doit être étudiée, et non simplement lue. Qui comprend la force des sacrifices typiques pour les péchés apprécie mieux les sacrifices antitypiques qui ôtent réellement le péché, et sa foi en la rançon risque moins d'être ébranlée.[164] La brochure est gratuite pour ceux qui ne l'ont pas. Chaque aspect du plan de Dieu se retrouve dans les types du Tabernacle, qui sont décrits comme la nourriture spirituelle la plus fortifiante.[165]

Lettres de lecteurs

Plutôt qu'un exposé sur l'état de l'œuvre, le numéro publie plusieurs lettres de lecteurs.[166] Un pasteur de l'Église épiscopale méthodiste de Gold Hill (Caroline du Nord) a reçu un exemplaire d'essai. Il croit depuis des années que les dénominations nuisent à l'œuvre du Christ, surtout en pays païen, à cause de la diversité des credos. Il juge les positions de la revue défendables et ses explications des Écritures claires et convaincantes.[167]

Un « enseignant juif converti » de Baltimore, qui travaille de façon indépendante auprès de ses « frères selon la chair », a lu et relu Nourriture pour les chrétiens qui réfléchissent (Food for Thinking Christians). Il demande Le Tabernacle et ses enseignements et espère présenter ces enseignements en public.[168]

Un pasteur de New York, en fonction depuis plus de trente ans, dit s'être passionné pour l'idée du retour prochain du Seigneur depuis qu'il a entendu William Miller. Avant la parution de la revue, il faisait partie de ceux qui attendaient ce retour. Il enseigne ouvertement ces croyances, et les plus spirituels de ses paroissiens partagent désormais « la même précieuse vérité ». Il a distribué le paquet du numéro d'octobre qu'il avait reçu et pourrait en placer deux fois plus.[169]

Une lectrice de Palmyra (Illinois) écrit à Russell qu'elle ne regrette pas que la publication de tant de bonnes nouvelles l'ait endetté, et joint son obole. Elle raconte avoir été très abattue par la maladie et la perte de proches, avoir d'abord jugé Nourriture invraisemblable, puis avoir découvert « la beauté et la symétrie du plan de Dieu ». Son mari a lui aussi reçu la connaissance de la vérité, et leur Bible leur paraît « un livre nouveau ». Le couple distribue et prête les exemplaires supplémentaires.[170]

L'ennemi, n° 2

Des lecteurs ont posé des questions sur l'article de décembre consacré au même sujet. Certains y voient une doctrine qui laisse notre destin et celui de nos enfants entre les mains de l'ennemi. Cette idée est rejetée comme étrangère à la Bible. Les objections portent sur la phrase selon laquelle Satan est l'ennemi, la cause de la maladie, de la douleur et de la mort ; or elles ne disent rien de Hébreux 2:14, qui lui attribue « le pouvoir de la mort ».[171] Si ce pouvoir est réel, la maladie et la douleur relèvent aussi de lui.[172]

Le livre de Job rapporte une conversation entre le Seigneur et Satan (Job 1:7-12). Job ignore cet entretien et attribue son malheur au Seigneur, tandis que ses trois amis y voient un jugement contre lui.[173] L'auteur du texte constate que Satan a demandé à frapper Job, que le Seigneur y a consenti (« tout ce qui lui appartient est en ton pouvoir »), puis qu'il l'a autorisé à toucher sa personne en épargnant sa vie (Job 2:4-6). Tout l'épisode a pour but de montrer l'intégrité de Job et sa fidélité à Dieu. Job a raison de ne pas « charger Dieu de folie ».[174]

Satan ne peut pas frapper les enfants de Dieu au-delà de la peine due au péché, sauf permission spéciale, accordée seulement quand il en résulte un plus grand bien pour la personne et plus de gloire pour Dieu. Ce bien vient de Dieu, qui ne permet pas que nous soyons tentés au-dessus de nos forces.[175] Dieu a laissé Satan servir d'instrument consentant pour infliger la peine du péché. Le pouvoir de la mort que Satan détient est un pouvoir subalterne, saisi en usurpateur, comparable à celui de Jefferson Davis pendant la Sécession. En son temps, Dieu détruira « celui qui a le pouvoir de la mort » et délivrera ceux qui étaient tenus en esclavage par la crainte de la mort. Les enfants reviendront alors du pays de « l'ennemi » (Jérémie 31:16). L'article est signé J. C. Sunderlin.[176]

Le Christ nous rendra libres

Cet article, tiré de Galates 5:1 et attribué à l'Investigator, affirme que le chrétien devrait être l'homme libre par excellence. Or la liberté des uns est l'esclavage des autres, chacun étant lié à quelque chose. Les opinions viennent de l'éducation et de la confiance accordée à ses guides : on n'est pas responsable d'avoir reçu des erreurs de ses maîtres, mais on l'est de rejeter une vérité qui est bien présentée.[177]

Le lecteur est interpellé : à quel âge, à quelle classe d'hommes, à quel code de croyances s'est-il lié ? La sagesse n'est pas morte avec une époque. La Bible est aujourd'hui disponible, avec des révisions dues aux meilleurs savants, et il est du devoir de chacun de la lire. Elle n'est plus enchaînée comme à l'époque de Luther, et la conscience ne doit plus l'être à aucun credo, écrit ou non. S'en remettre à son enseignant, c'est comme acheter un billet direct et s'abandonner au conducteur du train : ce n'est pas la liberté.[178]

Observez l'évolution

Le Presbyterian Journal demande si les rédacteurs de The Independent et du Mirror et d'autres pasteurs congrégationalistes admettent une épreuve dans l'au-delà pour les enfants morts en bas âge. Les presbytériens, dit-il, croient au salut de ces enfants. The Independent répond que les enfants morts avant l'âge de la responsabilité morale y seront tenus responsables dès qu'ils distingueront le bien du mal dans l'autre monde. S'ils choisissent le bien, ils seront sauvés ; s'ils choisissent le mal, ils seront perdus. Si cela s'appelle une épreuve future, la revue accepte ce nom.[179]

Que ta volonté soit faite, non la mienne

Ce poème de Mrs. H. W. Brown s'adresse à une personne de peu de foi qui craint d'avancer seule. Jésus est tout près, son bras l'entoure, et l'épreuve a été fixée par lui pour une raison que l'œil humain ne voit pas. Ce que le cœur réclame pourrait se révéler vain ou devenir une souffrance durable. La volonté de Dieu, qui a causé de l'amertume, tourne souvent à la douceur, alors que ce qui a été donné pour plaire à notre volonté devient plus sombre que la tombe. Ceux qui choisissent sa volonté trouvent le repos et la sécurité.[180]

Le trône de David

Le point de départ est Ésaïe 9:6-7, rapproché d'Ésaïe 7:14, de Matthieu 1:21-23 et de Luc 1:27-35 : le Seigneur Dieu donnera à Jésus le trône de David, son père. L'apôtre Pierre rappelle que Dieu a juré à David de faire asseoir sur son trône un fruit de ses reins (Actes 2:30).[181]

Deux questions sont posées. La première : si le Messie devait être de la semence de David, ne lui fallait-il pas un père humain de la lignée davidique ? La réponse est non. L'héritage et la royauté se transmettent par la mère comme par le père. Marie étant fille de David, son fils l'est aussi par elle. L'exemple donné est celui du prince de Galles, héritier du trône de Grande-Bretagne par sa mère, la reine, et non par son père.[182] Chez les Juifs, la généalogie pouvait se compter par l'un ou l'autre parent. Joseph partage la situation de Marie à la naissance de Jésus (mais non à sa conception, Matthieu 1:18) ; c'est pourquoi sa généalogie, par Salomon, figure en Matthieu 1:1-16. Une autre coutume comptait la généalogie par l'ascendance de l'épouse et traitait le mari comme fils de son beau-père. La lignée de Marie est ainsi donnée en Luc 3:23 : Joseph y est appelé fils d'Héli, père de Marie, lui-même fils de Nathan, fils de David.[183]

La seconde question : si Jésus doit s'asseoir sur le trône de David, cela prouve-t-il qu'il sera un être de chair, un homme glorifié, pendant son règne millénaire ? La réponse est encore non, d'après 2 Corinthiens 5:16 : « Si nous avons connu Christ selon la chair, maintenant nous ne le connaissons plus ainsi ». Le « trône de David » ne désigne pas le siège de bois tombé en poussière, mais le pouvoir souverain et la dignité de la charge, comme on dit que la reine Victoria est sur le trône d'Angleterre.[184]

Christ sera gouverneur d'Israël, que couvrait le trône de David, et de toutes les nations et familles de la terre, d'où l'« accroissement de son gouvernement ». Ce gouvernement ne sera pas troublé par des révoltes et durera « à jamais », c'est-à-dire jusqu'à ce qu'il ait vaincu toute opposition. À la fin de l'âge millénaire, il remettra le royaume à Dieu le Père, en lui présentant les humains justifiés et parfaitement rétablis (1 Corinthiens 15:24-25).[185]

La domination de la terre a d'abord été donnée à Adam (Genèse 1:28 ; Psaumes 8:5-6). Le « père du mensonge » l'a entraîné dans la désobéissance et la mort, et est devenu « le prince de ce monde », qui tient en esclavage les anciens souverains de la terre. Dieu a permis cette usurpation pendant 6 000 ans, mais il se propose de « libérer les captifs » et de détruire, « de manière légale », la mort et celui qui en détient le pouvoir, le Diable (1 Jean 3:8 ; Hébreux 2:14).[186] À cette fin, un Sauveur a donné sa chair, sa nature humaine, en rançon pour la race condamnée. Ayant racheté l'héritage (la terre) et l'héritier (l'humanité), il s'apprête à remettre ceux qu'il a achetés en possession de leur domination perdue ; ce sera le salut du monde. La délivrance attend seulement que soit atteinte la limite fixée au mal, nécessaire pour discipliner le monde et former un peuple pour son nom, l'Épouse, la femme de l'Agneau, cohéritière avec lui.[187]

Ces élus seront-ils visibles aux hommes ? Régner n'implique pas d'être vu : la reine est impératrice des Indes et gouverne par ses agents, et des millions de sujets la respectent sans l'avoir jamais vue. Recevoir les représentants du Christ revient à le recevoir lui-même (Matthieu 10:40). Le verbe « voir » signifie aussi connaître et reconnaître : Jésus dit des disciples qu'ils ont vu le Père (Jean 14:7-9), alors que nul homme ne l'a vu ni ne peut le voir (1 Timothée 6:16). Le monde reconnaîtra de même le Christ et son gouvernement par les agents terrestres du royaume.[188]

Jésus n'est plus un homme glorifié. Pour voir un homme glorifié, modèle de ce que tous deviendront dans la restitution, il faut regarder Adam avant la chute, couronné de gloire et d'honneur, « un peu inférieur aux anges » (Psaumes 8:5), ou Jésus pendant sa vie terrestre (Hébreux 2:9). Mis à mort dans la chair, il a été ressuscité par le Père comme « esprit vivifiant », être spirituel et non humain (renvoi à Nourriture, p. 56). Il partage maintenant la gloire de la nature divine, « devenu de tant supérieur aux anges » (Hébreux 1:4 ; Philippiens 2:7-9).[189]

Le roi de la terre pendant l'âge millénaire sera donc un souverain spirituel, invisible à l'œil naturel et perceptible seulement à l'intelligence de ceux qui apprendront à le reconnaître. Satan, prince actuel du monde, est lui aussi un être spirituel, et son royaume reste invisible, sauf par ses agents, gouvernements et individus. Le royaume de Dieu est un nouvel empire de même nature. Le premier mène à la tentation, au péché, à la misère et à la mort ; le second doit délivrer, éclairer, élever et rendre aux hommes le bonheur, la vie et la domination de leur premier état.[190]

La domination de David sur Israël est un type de la soumission du monde au Christ. Pendant que la terre était sous le contrôle de Satan, Dieu a séparé une petite nation pour en faire de nombreux types : les Lévites typifient les justifiés, les prêtres le petit troupeau ou sacerdoce royal, et Israël représente souvent le monde des hommes. Dieu a établi son royaume dans la main de David, d'abord sur Juda (type de tout Israël selon la chair), puis sur l'ensemble d'Israël (type du monde entier). Le véritable royaume suivra le même ordre : d'abord sur Juda, c'est-à-dire sur Israël selon la chair, puis le monde entier le reconnaîtra comme Seigneur de tous.[191]

En attendant la venue de Jésus

Beaucoup de chrétiens attendent la venue de Jésus. Une catégorie semblable existait lors du premier avènement : quand il est venu, ces gens n'ont pas pu y croire. Ils l'ont rejeté et tué parce qu'il ne répondait pas à leurs idées terrestres. Des idées du même genre aveuglent aujourd'hui la plupart des chrétiens, qui attendent comme les Juifs un roi terrestre.[192]

Depuis sa résurrection, Jésus est « l'empreinte de la personne du Père », que nul homme n'a vu ni ne peut voir. Dieu est esprit, et un esprit n'a ni chair ni os (Hébreux 1:3 ; 1 Timothée 6:16 ; Jean 4:24 ; Luc 24:39). On ne verrait pas un ange sans miracle, même s'il était présent en personne. Pour la même raison, Jésus peut être présent en personne sans être vu. La difficulté vient de la confusion entre corps animal (humain) et corps spirituel : « S'il y a un corps animal, il y a aussi un corps spirituel » (1 Corinthiens 15:44). Les deux natures sont distinctes et on ne peut pas posséder les deux à la fois. La nature céleste est promise aux vainqueurs, d'où l'expression « vocation céleste » (Hébreux 3:1). On sait ce qu'est un corps terrestre, mais on ignore ce qu'est un corps spirituel, car « ce que nous serons n'est pas encore manifesté » (1 Jean 3:2 ; 1 Corinthiens 15:38-44).[193]

La revue se présente comme un « héraut de la présence du Christ ». Cette présence n'est pas à prendre au sens mythique, ni comme celle de son esprit ou de sa volonté qui agirait sur l'Église depuis le début de l'âge. Le Christ est présent maintenant en être spirituel, selon ce que promet l'Écriture. Cette présence est connue par la Parole de Dieu et non par la science humaine. Ceux qui la reconnaissent ne le font pas comme des hommes reconnaissant un homme, mais comme de nouvelles créatures reconnaissant leur Chef, leur Capitaine, leur Époux. Ils le voient avec les yeux de l'intelligence, éclairés par la lampe de la Parole. Il est présent pour mettre à l'épreuve ceux qui se disent à lui et choisir les « fidèles », la « vierge chaste » qui suit l'Agneau partout où il va, cohéritière et « Épouse, la femme de l'Agneau » (Apocalypse 14:4-5 ; Apocalypse 21:9).[194]

Il est présent aussi pour établir son royaume et glorifier ses saints, mais encore pour briser et consumer tous les royaumes terrestres et pour lier Satan en renversant sa puissance. Il libérera ainsi l'humanité, le Juif d'abord puis le Gentil, et bénira toutes les familles de la terre. L'ordre de l'œuvre est présenté comme celui que donne l'Écriture, et une parabole montre qu'il récompense d'abord ses fidèles avant de s'occuper du monde. Il vient d'abord, organise ensuite son royaume, puis se sert de sa puissance royale pour renverser le mal, l'erreur et les royaumes actuels. En même temps commence la restitution d'Israël, première étape de « la restitution de toutes choses ».[195]

Les événements en cours sont présentés comme des preuves de cette présence : la restitution d'Israël qui commence, les nations au bord du renversement, l'Église nominale soumise à une épreuve qui sépare le bon blé mûr des autres et rassemble les « joyaux ». Pourtant beaucoup continuent d'espérer que Jésus viendra bientôt. Le texte leur lance : « Insensés et aveugles », ne discernez-vous pas sa présence à ce qui se passe autour de vous ? Ces événements sont les « signes du Fils de l'homme » et indiquent qu'il est déjà venu et a commencé son œuvre. La présence avait cependant été discernée des années avant que ces signes extérieurs ne confirment l'enseignement, grâce à la parole prophétique « plus certaine », lampe qui brille dans un lieu obscur jusqu'à ce que le jour paraisse (2 Pierre 1:19).[196]

« Il a condamné le péché »

Romains 8:3 (version du Diaglott) est souvent mal compris. Certains, pour soutenir une théorie, y voient un Fils envoyé « à la ressemblance d'une chair pécheresse » et en concluent qu'il avait une nature pécheresse et subissait la même condamnation que nous. Ce n'est pas, selon le texte, l'enseignement de l'apôtre. Les imperfections de l'esprit et du corps, communes à notre race, sont les traces directes d'un péché personnel ou hérité. Or Jésus n'avait aucun péché, donc aucune de ces marques. La « ressemblance » ou « forme » de la chair pécheresse signifie simplement la forme humaine, ni angélique ni divine. Adam, parfait avant sa faute, avait la même ressemblance que la chair pécheresse a encore. Jésus, homme parfait, avait donc la même forme.[197]

Jésus a connu les souffrances de l'humanité sans partager ses imperfections. Il souffrait pour ceux qui l'entouraient et avec eux, et il usait de sa propre vitalité pour guérir leurs maladies. À plusieurs occasions, la puissance ou la vertu qui guérissait « sortait de lui » (Marc 5:30 ; Luc 6:19 ; Luc 8:46 ; Matthieu 8:17). Ce sont les organismes les plus délicats et les plus parfaits qui souffrent le plus.[198]

Pour saisir le sens du passage, il faut se rappeler que Paul explique la valeur de la Loi donnée à Israël par Moïse et son rapport avec les chrétiens, en s'adressant à des gens qui la connaissent (Romains 7:1). Son argument est que le moindre commandement de Dieu est une loi, que la moindre violation est un péché et que le salaire du moindre péché est la mort, c'est-à-dire l'extinction de l'existence (Romains 6:23). Être imparfait, même très peu, revient à ne pas pouvoir garder la Loi de Dieu, donc à pécher et à être puni. Un seul homme a été mis à l'épreuve, sur un seul point, et une désobéissance en une chose minime l'a rendu pécheur et condamné à mort. Ses descendants ont hérité de son imperfection, de son péché et de sa mort (Romains 5:18). Chaque sacrifice des patriarches reconnaissait cet héritage du péché et la nécessité d'un sacrifice expiatoire.[199]

Les hommes ne mesuraient pourtant pas leur dégradation. Pour que personne ne puisse dire que, libéré de la faute d'Adam, il se montrerait digne de la vie, Dieu a montré aux anges et aux hommes qu'aucun être imparfait ne peut garder une loi parfaite. Il a donné à Israël un « jour des expiations » typique et une justification typique du péché adamique, par des sacrifices qui ne pouvaient jamais ôter réellement le péché. Il leur a ensuite remis la Loi au Sinaï par Moïse, en déclarant que « celui qui fera ces choses vivra », donc ne mourrait jamais par son obéissance (Romains 10:5 ; Galates 3:12 ; Lévitique 18:5). Israël a promis avec ardeur : « Tout ce que l'Éternel a dit, nous le ferons » (Exode 19:7-8). Mais ce qu'ils croyaient être un moyen d'obtenir la vie les a tous condamnés à mort comme transgresseurs (Romains 7:10-13).[200]

Pendant tout l'âge juif, des centaines et des milliers de personnes ont tenté de garder la « Loi donnée pour la vie » sans y parvenir. Deux explications étaient possibles : soit l'homme est incapable de revenir seul à la perfection, même justifié de la faute d'Adam, comme Dieu l'affirmait, soit la Loi était trop sévère.[201] Paul veut montrer que la Loi n'était pas trop sévère. Elle est sainte, juste et bonne ; le mal vient de l'homme imparfait, dépravé, « vendu au péché » par la faute de son ancêtre (Romains 7:12-18). Dieu pouvait-il alors modifier sa Loi pour excuser une certaine dose de péché et laisser vivre des êtres imparfaits ? La réponse est non : ce serait justifier le péché au lieu de justifier le pécheur, et la Loi serait imparfaite. Si une loi capable de redonner la vie avait pu être donnée, Dieu l'aurait donnée et n'aurait pas envoyé son Fils comme rançon et propitiation (Galates 3:21). Dieu ne fait que des lois justes et parfaites, et la Loi demeure à jamais : « L'âme qui péchera mourra ».[202]

Le spectacle d'hommes excellents qui échouaient pouvait faire croire que la dépravation naturelle n'était pas si grande et que la Loi était trop sévère. Pour prouver la justice de la Loi et la possibilité pour un homme parfait de la garder, Jéhovah a envoyé Jésus racheter les hommes. Né sous cette Loi qui condamnait les autres depuis plus de 1 800 ans, Jésus a été éprouvé sur tous les points par le monde, la chair et le diable. Qu'il l'ait gardée en tant qu'homme parfait fait partie de la preuve que la faute revenait à la malédiction qui pèse sur tous, devenus imparfaits. Sa vie, au lieu de montrer que la Loi est imparfaite et que Dieu devrait la rejeter, a confirmé sa justice et condamné la race des pécheurs.[203]

Jésus a en outre satisfait aux exigences de la Loi envers la race condamnée en se donnant lui-même, être humain sans tache, en rançon pour elle. Il a ainsi acheté les droits que la Loi avait sur toute la race. Le plan prévoit qu'au temps voulu il prendra le contrôle de sa « propriété acquise », soumettra et rétablira tous ceux qui le voudront dans leur perfection originelle. Ils pourront alors garder parfaitement la Loi de Dieu et auront droit à la vie. Quand il aura fini, il remettra le royaume à Dieu le Père.[204]

Le verset se lit ainsi, avec les compléments de la revue : ce qui était impossible à la Loi (nous donner droit à la vie, parce que notre chair marquée par le péché la rendait impuissante), Dieu l'a accompli autrement. Il n'a pas donné une autre Loi, imparfaite, mais il a prouvé que la Loi était juste et sainte en envoyant son Fils sous forme humaine, la même forme que les pécheurs condamnés, un second HOMME. Par une offrande POUR le péché, il a « condamné le péché dans la chair », afin que la justice de la Loi soit accomplie en ceux qui acceptent son sacrifice et qui marchent selon l'esprit de la Loi plutôt que selon la chair.[205]

Christ en vous

Ceux qui acceptent l'enseignement du Christ et le suivent en consacrant entièrement chacune de leurs facultés au service de Dieu reçoivent le même désir de faire la volonté du Père céleste. Ils ont le même état d'esprit que Jésus : une volonté de se sacrifier pour réaliser les plans de Dieu, insensible aux louanges et aux railleries, aux espoirs et aux craintes du monde, mais attentive aux sourires ou aux froncements de sourcils célestes, aux récompenses ou aux pertes qui viennent du ciel. Cet esprit du Christ porte du fruit dans les actes, les paroles et les pensées : l'amour, la joie, la paix, la douceur, la patience, la piété (Galates 5:22-23).[206]

Ces fruits croissent progressivement. La rapidité de la croissance dépend de la nature du sol, de la pureté de la semence (l'exemple suivi) et de l'humidité et de la lumière de la vérité, c'est-à-dire de la Parole. Pour croître et porter beaucoup de fruit, il faut donc suivre uniquement le Maître, se tenir à l'écart de l'ombre et de l'abri de tous les credos humains et laisser entrer dans le cœur le soleil du ciel et la rosée de la vérité, comme les fleurs le font pour le soleil et la rosée naturels. Les apôtres encouragent cet accroissement des « fruits de votre justice » (2 Corinthiens 9:10 ; Philippiens 1:11).[207]

Comme un bon arbre donne de bons fruits, quiconque a vraiment reçu l'esprit du Christ finira par le montrer : « Vous les reconnaîtrez à leurs fruits » (Matthieu 7:16). Le christianisme est aujourd'hui très mal compris, et beaucoup de membres de l'Église nominale, qui prétendent appartenir à la « vraie vigne », portent des chardons. « Si quelqu'un n'a pas l'Esprit de Christ, il ne lui appartient pas » (Romains 8:9). Chacun est invité à s'appliquer ce critère par des questions : fait-il comme Jésus non sa volonté mais celle de Dieu, cherche-t-il à plaire à Dieu seul, se présente-t-il chaque jour et à chaque heure en sacrifice vivant, selon la Parole de Dieu et non selon ses sentiments ? Une réponse affirmative signifie « Christ en moi », base de l'« espérance de la gloire » promise à ceux qui marchent sur ses traces.[208]

Cet esprit du Christ, ou esprit renouvelé, est l'onction reçue. Il atteste, pour soi-même et pour les autres, que la consécration est complète, que l'on est engendré à la nature supérieure (divine) promise à ceux qui marchent selon l'Esprit et que l'on est membre du Christ, le corps oint dont Jésus est la tête. Le Christ se manifeste donc dans le corps mortel (2 Corinthiens 4:11). Le monde voit en chacun un membre du Christ, non pas dans la gloire mais dans la chair, et en lui, comme en la Tête mais à un moindre degré, « Dieu a été manifesté en chair » (1 Timothée 3:16). Ainsi « vivre, c'est Christ » (Philippiens 1:21). En ce sens, le Christ dans la chair demeure dans le monde comme enseignant et censeur, et illustre la parole et l'amour de Dieu.[209]

Tout le corps qui suit le Chef a été « méprisé et rejeté des hommes » et n'a rien pour être désiré du monde. Bientôt, manifestés avec la Tête comme instrument de bénédiction du monde, ses membres seront désirés. Le monde aspire à la délivrance de la servitude de la corruption pour entrer dans la liberté des fils de Dieu. Il en viendra à connaître celui qu'il a ignoré et rejeté pendant 1 800 ans en le croyant faible et sans pouvoir. Alors « le Désiré de toutes les nations » viendra en puissance et en gloire pour les délivrer (Aggée 2:7).[210]

Pendant tout l'âge, être haï du monde est la marque que l'on suit les traces du Chef. Jésus disait : « Ne vous étonnez pas si le monde vous hait » (1 Jean 3:13) ; « Si vous étiez du monde, le monde aimerait ce qui est à lui » (Jean 15:19) ; « Vous aurez des tribulations dans le monde » (Jean 16:33) ; « Tous ceux qui veulent vivre selon la piété seront persécutés » (2 Timothée 3:12). Ceux qui s'imaginent aller à la gloire sur des « lits de fleurs » doivent se réveiller : le Maître a suivi le chemin étroit et épineux. Ce n'est pas le moment de jouir du confort dans le giron du monde, mais de « compléter ce qui manque aux souffrances de Christ » (Colossiens 1:24). Les croyants souffrent comme membres du Christ dont parlaient les prophètes quand ils annonçaient d'avance les souffrances du Christ (durant cet âge) et la gloire qui les suivrait. Au vainqueur, de soi-même, du confort, du monde, jusqu'à la mort, est promise la couronne du vainqueur.[211]

L'affliction sanctifiée

Le point de départ est 2 Corinthiens 4:17-18 : la légère affliction du moment produit une gloire éternelle, pour ceux qui regardent aux choses invisibles. L'auteur, W. V. Feltwell, estime que « ce petit mot "pendant que" est la charnière sur laquelle s'ouvre la porte de la gloire ». Les afflictions ne produisent pas cette gloire quand on regarde sans cesse ses affaires, sa famille, le monde et ses plaisirs, que l'ennemi place autour de soi pour détourner des choses invisibles. Quand le Père permet à l'ennemi d'éprouver par une souffrance inhabituelle, de l'esprit ou du corps, on doit cesser la poursuite anxieuse des choses visibles. Lorsque la fièvre tourmente le cerveau et que Satan jette le doute sur le caractère du Père, l'esprit est poussé à crier vers le Seigneur.[212]

Les choses invisibles sont désignées par la formule « Regardant à Jésus, le chef et le consommateur de la foi » (Hébreux 12:2). Jésus est invisible à l'homme mort dans ses fautes et ses péchés, mais clair à l'œil de la nouvelle créature, engendrée par Dieu par l'action de l'Esprit saint. Le croyant peut lui remettre tous ses amours et tous ses dons et l'adorer. Il pense à la parole « Là où je suis, vous y serez aussi » (Jean 14:3) et à « Quand j'aurai été élevé, j'attirerai tout à moi » (Jean 12:32). Il voit Jésus comme grand-prêtre, qui ne présente pas le sang d'autrui mais sa propre vie en sacrifice, en rançon, en propitiation, et qui unit l'homme déchu au ciel. Il le voit aussi comme roi, qui a quitté le trône du Père et s'apprête à s'asseoir sur le sien, pour conduire son Épouse à partager toute la gloire que le Père lui a donnée. Le croyant soupire après l'heure proche où il le verra tel qu'il est (1 Jean 3:2).[213]

L'auteur conclut en citant Jean 3:11 : « Nous disons ce que nous savons ». Une grave maladie récente lui a permis, comme à son frère Sunderlin, d'écrire ce témoignage : le Père l'a voulue pour le bien, alors que Satan la destinait au mal. En « regardant à Jésus », ils se réjouissent dans la tribulation, qui produit un tel poids de gloire.[214]

Le perfectionnement de la nouvelle nature

Le texte de départ est Hébreux 2:10 : Dieu a rendu parfait par les souffrances le chef du salut de ses fils. Jésus n'a pas été rendu parfait comme homme, car il l'était déjà, sans quoi il n'aurait pas pu être la rançon : un être imparfait ne peut racheter d'autres êtres imparfaits. Les sacrifices typiques pour le péché sous la Loi devaient être sans défaut, et l'antitype, l'Agneau de Dieu qui a ôté le péché du monde, était parfait, « un agneau sans tache ». Dieu n'a créé que deux hommes : le premier, Adam, et le second, « le Seigneur venu du ciel », l'homme Christ Jésus, qui s'est donné en rançon pour tous. Les deux étaient parfaits. Le premier a perdu sa perfection par la désobéissance et entraîné sa race dans la ruine. Le second a gardé sa perfection et son droit à la vie par l'obéissance, puis il a sacrifié ces droits en rançon pour la vie du premier homme et de sa race, justifiant ainsi la race adamique pour la vie humaine et la perfection perdues. Supposer une imperfection en Jésus comme homme reviendrait à supposer un péché en lui, car les imperfections sont des marques de péché.[215]

Pour comprendre comment il a été rendu parfait, il faut admettre qu'il existe dans l'univers de Dieu divers plans d'existence, chacun avec sa perfection propre : la nature divine, la nature angélique, la nature humaine, celle du chien, celle du poisson, etc. Ces natures se répartissent en deux grandes classes : les natures terrestres, dites « animales », et les natures célestes, dites spirituelles. L'ange, le plus bas des êtres spirituels connus, est supérieur à l'homme, le plus haut des êtres terrestres (Psaumes 8:5). La nature divine, plan le plus élevé, surpasse toutes les autres natures spirituelles, comme la nature humaine surpasse les autres natures animales.[216]

Avant de devenir homme, Jésus était un être spirituel d'une nature supérieure à celle des anges, car pour devenir la rançon de l'homme il « n'a pas pris la nature des anges » et s'est trouvé « en figure d'homme » (Philippiens 2:7-8). Il avait « la forme de Dieu » (forme spirituelle), mais il ne possédait pas alors la nature divine, parce que celle-ci est immortelle et à l'épreuve de la mort. Jéhovah ne peut pas mourir. Si Jésus avait participé à cette nature, il n'aurait pas eu besoin de venir mourir pour nos péchés : tout au plus aurait-il feint de mourir et de ressusciter, ce qui accuserait Jéhovah et le Seigneur d'hypocrisie et de tromperie.[217]

La nature divine a fait partie de la récompense du sacrifice de Jésus et dépendait du sacrifice de sa nature humaine. À mesure que le sacrifice de ses droits et privilèges humains avançait, son droit à la nature divine augmentait ; quand le sacrifice s'est achevé au Calvaire, ce droit était pleinement acquis. L'apôtre le dit : Jésus a été obéissant jusqu'à la mort, « c'est pourquoi aussi Dieu l'a souverainement élevé et lui a donné le nom qui est au-dessus de tout nom » (Philippiens 2:9). C'est là le perfectionnement : la nature divine rendue parfaite par l'obéissance de la nature humaine déjà parfaite. Le texte renvoie à l'article « Jésus rendu parfait » de Zion's Watch Tower de janvier 1882, p. 3.[218]

Le même perfectionnement est en cours dans l'« Église qui est son corps ». Ses membres sont appelés en lui, comme cohéritiers, à partager la nature divine (2 Pierre 1:4). Ils ne cherchent ni n'attendent le perfectionnement de la nature humaine : ils reconnaissent qu'elle est justifiée par le prix de la rançon et la sacrifient pour obtenir l'autre. Comme nouvelles créatures en Christ, ils travaillent et attendent cette perfection divine et immortelle, quand ils seront semblables à celui qui est « l'empreinte de la personne du Père ». L'âge suivant verra le perfectionnement de la nature humaine, l'effacement de toutes les marques du péché et de l'imperfection, et l'homme sera de nouveau « très bon » aux yeux du Créateur parfait.[219]

Quel est le devoir ?

Cette rubrique reproduit la lettre d'un lecteur qui écrit à Russell sans le connaître personnellement et le remercie de la revue. Il y voit un homme qui demande chaque jour au Seigneur de guider sa plume et de le conduire par son Esprit dans toute la vérité. Il raconte qu'il y a environ deux ans, il cherchait avec ardeur une vie chrétienne supérieure, par l'étude de la Parole et en demandant l'enseignement de l'Esprit saint. Quand le livre Food for Thinking Christians (« Nourriture pour les chrétiens qui réfléchissent ») a été distribué à Erie, il en a trouvé un exemplaire mis de côté. Il dit qu'il a répondu exactement aux besoins de son âme et s'accordait avec des idées qu'il avait depuis des années mais gardait cachées. Il est resté membre de son Église.[220]

Sa question porte sur ceux que Dieu éclaire ainsi et fait sortir de la servitude des credos et des confessions de foi : doivent-ils rester dans ces organisations froides et sans vie ? La lettre se poursuit à la page suivante.[221]

La lettre du lecteur de Fairview (Pennsylvanie) se poursuit : il décrit le malaise que provoquent dans son Église les idées avancées. Un frère ou une sœur s'inquiète, la rumeur parvient au pasteur, qui voit venir le loup et prend son fusil, c'est-à-dire la discipline de l'Église, pour calmer l'agité. Il ajoute que rester revient à descendre au niveau des autres, car « tel prêtre, tel peuple ». À ceux qui lui répondent que l'Église est une grande force du bien dans le monde, il oppose l'exemple des Juifs : leur nation ne pouvait durer qu'à condition de rester dévouée à Dieu, ils l'ont abandonné et Dieu les a abandonnés. Il voit dans l'Église actuelle le même déclin spirituel, une lumière pâle et maladive voilée par les credos et les catéchismes, et un recul du nombre de ses membres. Il demande si celui que Dieu a réveillé doit rester attaché à ce « corps mort » dans l'espoir de le ranimer, ou entrer dans la liberté d'un fils de Dieu.[222]

La réponse est signée « Mrs. C. T. R. », Maria Russell. Elle précise que beaucoup de lettres semblables sont arrivées et que cette réponse publique s'adresse à tous. Chaque lettre est lue avec soin, même si toutes ne peuvent recevoir de réponse personnelle. Les assurances de prière et les questions des lecteurs poussent la rédaction à creuser davantage « la mine de la vérité ».[223]

À ceux qui reconnaissent l'état de « Babylone » (confusion) de l'Église nominale, la réponse cite Apocalypse 18:4 : « Sortez du milieu d'elle, mon peuple. » Le tableau de Apocalypse 3:15-17 est dit exact pour cette dernière phase de l'Église de l'Évangile. L'Église tiède est jugée plus condamnable que l'Église « froide » : tiède, elle est vomie de la bouche du Seigneur.[224]

Certains objectent que des hommes aussi bons que Wesley, Calvin, Luther et Knox ont fondé ces organisations. La réponse admet que les Réformateurs, comme beaucoup de croyants plus humbles, ont marché dans la lumière de leur temps et font partie du « petit troupeau ». Mais leurs héritiers actuels n'ont plus, selon elle, leur esprit de sacrifice, leur amour de la vérité, leur humilité ni leur séparation d'avec le monde : il ne reste qu'une « forme de piété ».[225]

Les lettres aux sept Églises d'Apocalypse 2:1-3:22 annoncent cette évolution. À chaque étape de l'Église, sauf la dernière, le Maître a une parole d'éloge ; à l'étape de Laodicée, il n'a rien à louer. Laodicée se dit riche et sans besoin, alors qu'elle est misérable, aveugle et nue. Elle reçoit le conseil d'« acheter », au prix de sa réputation et de ses intérêts mondains, l'or éprouvé par le feu (le trésor divin) et le vêtement blanc (la justification par une foi éclairée dans le Christ rédempteur), et de s'oindre les yeux d'un collyre (l'esprit d'humilité et de docilité). Les mots « Je me tiens à la porte et je frappe » sont expliqués par la « présence » du Seigneur. Cet appel s'adresse aux individus de la vraie Église, dont les yeux ont été ouverts, et non à l'Église nominale, qui n'a pas faim.[226]

Comme son type, l'Église juive, rejetée à la moisson de son âge (Matthieu 23:38), l'Église nominale est rejetée en tant que corps. Le Seigneur reconnaît pourtant le vrai blé qui a poussé avec l'ivraie (Matthieu 13:30). La séparation est donc due et déjà en cours : l'ordre « Sortez du milieu d'elle » n'a été donné qu'après l'annonce « Babylone est tombée ».[227]

Rester dans Babylone, c'est en subir les chaînes : on y lie son influence à ses institutions et on n'ose pas proclamer tout le dessein de Dieu, de peur de le voir condamner. Se dire qu'il est utile aux autres de rester, alors que le Seigneur appelle à sortir, revient à partager le péché de rejeter sa vérité. Sortir « en esprit » sans quitter l'Église en personne ne suffit pas. La réponse cite l'exemple de Paul, qui n'a pas consulté « la chair et le sang » mais est parti aussitôt. Soutenir une institution que Dieu a condamnée à la destruction est inutile : Babylone tombera en ruine totale, et le croyant est invité à entrer dans « la liberté » du Christ (2 Corinthiens 6:14-18). La réponse approuve aussi le lecteur d'avoir déclaré appartenir à l'Église du Christ, car l'épouse du Christ ne doit porter d'autre nom que le sien.[228]

À un autre lecteur qui doute que l'on puisse agir sans organisation, la réponse oppose l'organisation actuelle, « la plus complète », dirigée par le Seigneur lui-même (elle renvoie à l'article « L'Ecclesia » du numéro d'octobre). Elle en voit les résultats : des saints encouragés, des milliers de chrétiens qui étudient la Parole, une demande croissante d'aides à l'étude biblique, des incrédules étonnés par le livre qu'ils avaient rejeté. Le texte se termine par deux strophes de poésie sur la confiance en Dieu et sur la fleur qui, malgré un bourgeon amer, sera douce.[229]

Questions et réponses

Différence entre l'Épouse et la grande foule

Une première question demande en quoi l'Épouse et la « grande foule » diffèrent si toutes deux ont un corps spirituel. La réponse note que les anges ont aussi un corps spirituel, mais que Dieu n'a dit à aucun d'eux « Tu es mon Fils » (Hébreux 1:5). Quand il introduit son premier-né, premier-né d'entre les morts à la nature divine, il ordonne aux anges de l'adorer (Hébreux 1:6). Jésus a reçu un nom au-dessus de tout nom, devant lequel tout genou fléchira, au ciel, sur la terre et sous la terre (Philippiens 2:9-11). 1 Corinthiens 15:40-41 montre qu'il existe plusieurs degrés de gloire sur le plan céleste, comme sur le plan terrestre. Les deux compagnies seront des êtres spirituels, mais l'Épouse est cohéritière de son Seigneur, établi héritier de toutes choses (Hébreux 1:2-4). La « grande foule » l'accompagnera (Psaumes 45:14 ; Apocalypse 7:15), avec un degré de gloire très inférieur.[230]

Le travail de l'Épouse pour se préparer

L'Épouse est une compagnie de nombreux membres, qui forment le corps du Christ (1 Corinthiens 12:27). Aucun ne peut dire à un autre qu'il n'a pas besoin de lui : le pied sert la main et la main le pied, et tous s'édifient mutuellement par l'union de leur esprit avec la Tête (Jude 20). Tous ont le même but, la même espérance et le même travail de préparation. L'Épouse revêt la robe sans tache de la justice du Christ, qui lui est imputée par la foi en la rançon, et la garde « sans tache du monde ». Elle l'orne aussi d'un travail d'aiguille (Psaumes 45:14), c'est-à-dire d'un caractère semblable à celui du Christ, en « ajoutant à sa foi » les qualités chrétiennes.[231]

Chacun a sa part : voyager et prêcher, écrire, publier la grâce de Dieu en l'imprimant, enseigner en privé, donner les fonds du Seigneur confiés à sa garde, chercher les « doux » (Ésaïe 61:1) pour leur faire entendre et lire la Parole. Le lecteur a reçu les « bonnes nouvelles » grâce à la fidélité d'autres membres, et prépare à son tour d'autres personnes. Pour s'entraider, il faut écouter la Parole et oublier le monde et ses fréquentations (Psaumes 45:10-11).[232]

Les esprits en prison de 1 Pierre 3:19-20

À un lecteur qui demande ce que deviennent les esprits des hommes entre la mort et la résurrection, « Bro Smith » répond en commentant 1 Pierre 3:19-20. Le verset 20 situe la prédication du Christ « aux jours de Noé », quand la patience de Dieu attendait. Il rapproche Genèse 6:3 (« Mon esprit ne contestera pas toujours avec l'homme ») : le Christ aurait alors lutté avec les hommes par l'intermédiaire de Noé. L'opinion courante, selon laquelle le Christ a prêché à ces esprits pendant sa mort, est jugée contraire à la Bible, parce que d'autres esprits que ceux du temps de Noé auraient pu l'entendre. Jésus savait aussi qu'« il n'y a ni science ni sagesse dans le séjour des morts » et n'y serait pas allé prêcher. Selon Ésaïe 42:7, Ésaïe 49:9 et Ésaïe 61:1, le Christ doit délivrer les prisonniers de la mort, ce qu'il n'a pas fait lors de son premier avènement, hormis la délivrance temporaire de Lazare et de quelques autres. Il ouvrira en son temps les portes de la prison du hadès (la tombe). Les désobéissants du temps de Noé, auxquels le Christ a prêché par Noé, sont donc « maintenant » en prison.[233]

Faut-il une organisation visible ?

Un lecteur demande si une organisation ou secte ardente, fondée sur la Bible, ne serait pas le meilleur moyen de répandre la bonne nouvelle, puisque « l'union fait la force » et que ce sont les bataillons disciplinés qui gagnent les batailles. La réponse reconnaît qu'une organisation visible, avec un nom particulier, augmenterait le nombre des membres et les rendrait plus respectables aux yeux du monde. L'homme naturel estime les Églises dont ces croyants sont sortis, et ne voit en eux que des tirailleurs dispersés, un « peuple particulier » aux idées étranges.[234]

La réponse maintient que la vraie Église possède une organisation parfaite, mais invisible, décrite dans l'article « L'Ekklesia » du numéro d'octobre. Paul exhorte à l'unité de foi et de but (Philippiens 3:15-16, d'après le Diaglott). Tous les sanctifiés, même peu nombreux et éloignés les uns des autres, sont unis par l'Esprit du Christ dans la foi, l'espérance et l'amour, et avancent en « bataillons solides ». Dieu ne dépend pas du nombre, comme le montre Juges 7:1-25. Les croyants refusent tout autre nom que celui de leur Chef, « chrétiens », et estiment qu'il ne peut y avoir de division parmi ceux que conduit son Esprit.[235]

Aucun enfant du Seigneur n'est renié, même le plus faible de la maison de la foi en Christ. Ceux qui restent mêlés aux organisations mondaines par ignorance de la communion des saints en souffrent, mais sont accueillis s'ils viennent. Là où ils espèrent en trouver dans les Églises nominales, les croyants leur annoncent la bonne nouvelle et leur disent « Sortez du milieu d'eux et séparez-vous ». Ils ne pourraient le faire sans obéir eux-mêmes à cet appel. Le passage se termine par une strophe sur l'armée du Christ qui marche à la victoire.[236]

L'inspiration de la Bible

Ce texte reprend des extraits d'une conférence de H. L. Hastings devant la convention annuelle des Associations de jeunes chrétiens (Y. M. C. A.) du Massachusetts. Hastings affirme que la question de l'inspiration de la Bible n'est pas de lui : elle est débattue dans tout le pays. Le livre dit « Écoutez la parole du Seigneur » : c'est donc la parole du Seigneur, ou un mensonge, une escroquerie.[237]

Il applique le même raisonnement à Jésus de Nazareth. Jésus dit être venu du Père et avoir eu une gloire auprès de lui avant le monde. S'il a menti, il n'était pas un homme bon, et Hastings refuse de tenir la Bible pour un bon livre « bourré de mensonges d'un bout à l'autre ». Il compare Jésus à un homme qui se présente comme fils d'un noble britannique, bien vêtu et bien élevé, mais que l'on découvre fils d'un forgeron : peu importent ses bonnes manières, c'est un imposteur. Il faut accepter Jésus et ses revendications en entier, ou rejeter tout l'Évangile comme la plus grande fraude du monde.[238]

Hastings énumère ensuite des particularités de la Bible. Elle a été réfutée et « démolie » plus souvent que n'importe quel autre livre, mais, comme un cube de granit, elle retombe toujours du bon côté. Voltaire annonçait que le christianisme aurait disparu en moins de cent ans ; or sa presse a servi ensuite à imprimer la Bible, et sa maison, du grenier à la cave, a servi de dépôt à la Société biblique. Jusqu'en 1800, quatre à six millions d'exemplaires des Écritures en une trentaine de langues avaient été produits. En 1880, les statistiques de quatre-vingts sociétés bibliques font état de plus de 165 000 000 de Bibles, Testaments et portions des Écritures distribués depuis 1804, avec deux cent six nouvelles traductions.[239]

Hastings ironise sur le conférencier itinérant qui expose « les erreurs de Moïse » pour deux cents dollars la soirée et voudrait entendre Moïse parler des erreurs de l'incrédule. Une note de bas de page tourne en ridicule un « colonel » de cavalerie dont la carrière militaire se serait limitée à un seul engagement, face à Moïse, qui, après quatre-vingts ans, a dirigé pendant quarante ans une armée de six cent mille hommes.[240]

Il cite la révision du Nouveau Testament, achevée après plusieurs années de travail par des savants : on offrait cinq cents dollars pour en obtenir un exemplaire avant la parution, les rues de New York étaient bloquées par les voitures de livraison et le texte entier a été transmis par télégraphe de New York à Chicago pour paraître vingt-quatre heures plus tôt dans un journal. Selon lui, aucun discours d'incrédule n'aurait été télégraphié à ce prix. Il ajoute que les livres écrits contre la Bible formeraient une pyramide plus haute que le monument de Bunker Hill et que les incrédules tirent sur elle depuis près de dix-huit cents ans « comme on tirerait des pois bouillis sur Gibraltar ». Il constate encore que la Bible, disponible il y a cent ans en vingt ou trente traductions, existe maintenant en deux à trois cents versions et que, là où elle a de l'influence, elle rend la vie plus sûre.[241]

Hastings réfute enfin une affirmation d'incrédules selon laquelle le concile de Nicée (325) aurait composé le Nouveau Testament en déposant tous les évangiles et épîtres sur le sol et en priant pour que les bons montent seuls sur la table de communion. Cette histoire s'appuierait sur Papias, évêque ancien, mort cent cinquante ans avant le concile. Son contradicteur parle alors d'un autre Papias, évêque obscur du quatrième siècle. Hastings répond qu'il est si obscur que personne ne l'a connu : le récit vient d'un pasteur allemand, John Pappus (mort en 1610), qui l'a trouvé dans un manuscrit grec, le « Synodikon », écrit vers l'an 900, puisqu'il rapporte des faits de 869. Il possède lui-même, dans sa bibliothèque, vingt à trente volumes d'environ douze mille pages d'auteurs chrétiens d'avant 325, remplis de citations de l'Écriture. Origène, qui écrivait un siècle avant Nicée, cite cinq mille sept cent quarante-cinq passages de tous les livres du Nouveau Testament, et la liste de ces auteurs se poursuit avec Tertullien.[242]

Hastings poursuit sa démonstration sur la fiabilité du Nouveau Testament. Les écrits des Pères de l'Église d'avant Nicée en contiennent d'innombrables citations : l'un d'eux, vers l'an 200, cite plus de trois mille passages du Nouveau Testament, Clément (194) en cite trois cent quatre-vingts, Irénée (178) sept cent soixante-sept, et Polycarpe, martyrisé en 165 après quatre-vingt-six ans de service du Christ, trente-six dans une seule épître. Des auteurs païens et incrédules comme Celse (150) et Porphyre (304) citent eux aussi des passages que l'on lit encore aujourd'hui. Lord Hailes, d'Écosse, a retrouvé dans les écrits des Pères conservés, jusqu'à la fin du troisième siècle, tout le Nouveau Testament à moins d'une douzaine de versets près. Même si tous les exemplaires avaient disparu au moment du concile de Nicée, le livre aurait donc pu être reconstitué. Hastings compare l'idée d'un concile « composant » le Nouveau Testament à celle d'une assemblée municipale qui rédigerait les lois du Massachusetts parce qu'elle déclare les accepter : les livres venaient des apôtres et étaient lus publiquement dans les Églises bien avant le concile.[243] Il cite Tertullien (200), qui invite à visiter les Églises apostoliques, où les lettres authentiques des apôtres sont encore récitées, à Corinthe, Philippes, Thessalonique, Éphèse ou Rome. Il rappelle que Paul signait de sa main chacune de ses épîtres.[244]

Selon Hastings, les apôtres ont témoigné de ce qu'ils avaient vu et entendu. Il cite 1 Jean 1:1 : Jean n'écrit pas ce qu'il a imaginé, mais ce qu'il a vu de ses yeux et touché de ses mains. Les apôtres citent les prophètes, qui citent les Psaumes et la loi du Sinaï, de sorte que l'on remonte de livre en livre jusqu'à la Genèse, qui ne cite personne : on atteint ainsi la source.[245]

À un interlocuteur qui admet seulement que la Bible puisse être une histoire exacte, Hastings répond que dire la vérité n'est pas facile : il suffit de lire les journaux la veille d'une élection pour voir qu'il faut une inspiration divine pour la trouver. Il relève aussi que la Bible raconte l'ivresse de Noé, la tromperie de Jacob, le mensonge et les jurons de Pierre. Un comité de théologiens éminents aurait passé ces faits sous silence, comme le fait l'auteur d'un journal intime. Quand Dieu écrit la vie d'un homme, il dit la vérité. Le péché du roi David reste inscrit pour trois mille ans, et seul « l'homme Christ Jésus » n'a aucun défaut.[246]

Hastings répond ensuite aux prétendues contradictions. Un incrédule de Boston lui avait opposé l'épisode des cailles, en calculant dans un journal que chaque Israélite aurait eu à manger des millions de boisseaux de cailles. Hastings lui fait lire Nombres 11 : les cailles ne sont pas entassées sur trois pieds d'épaisseur, elles volent à environ deux coudées au-dessus du sol, à portée de main. Il compare ce calcul à celui de quelqu'un qui affirmerait que des oies volant à la hauteur du monument de Bunker Hill (221 pieds) formaient une masse compacte du sol jusqu'en haut.[247]

La prophétie constitue une autre marque d'inspiration. Les esprits des médiums peuvent parler du passé, que « le diable connaît », mais pas de l'avenir. Hastings cite comme preuves que Babylone reste en ruines, Ninive déserte, l'Égypte le plus humble des royaumes, Tyr un lieu où l'on étend des filets, Israël dispersé et Jérusalem foulée aux pieds par les Gentils.[248]

La Bible compte soixante-six livres, écrits par trente ou quarante auteurs. Si l'on conteste le livre d'Esther, il en reste soixante-cinq ; Hastings compare la situation à celle d'un accusé de meurtre face à soixante-six témoins : en récuser un seul ne suffit pas, et chaque livre doit être attaqué séparément. Les auteurs sont des rois, des empereurs, des poètes, des sages, des pêcheurs, des hommes d'État, un collecteur d'impôts, un berger, un cueilleur de sycomores, formés en Égypte, à Babylone ou aux pieds des rabbins de Jérusalem. Le livre contient des lois, de l'éthique, des prophéties, de la poésie, de l'histoire, des généalogies, de l'hygiène et de l'économie politique. Hastings imagine ce que donneraient soixante-six livres de médecine rédigés par des médecins de toutes les écoles, ou des traités de politique écrits par trente-cinq rédacteurs.[249]

Hastings souligne que la Bible a été écrite sur quinze cents ans, l'auteur des dernières pages n'ayant eu aucun contact avec celui des premières. Il l'illustre par trente ou quarante hommes venus de tous les États, chacun apportant un bloc de marbre, et dont l'assemblage donne une statue parfaite : un seul sculpteur a dressé le plan et distribué les modèles. Pour la Bible, il cite 2 Pierre 1:21 : « des hommes saints de Dieu ont parlé, poussés par le Saint-Esprit ». Un seul esprit inspire tout le livre, et c'est la voix de Dieu.[250]

Les effets de la Bible sur les hommes en seraient une autre preuve. Personne ne dit devoir son salut de l'ivrognerie à la table de multiplication ou à la géologie, alors que des milliers d'hommes affirment avoir été sauvés de la déchéance par la Bible : ruinés, perdus, ils ont retrouvé l'espoir, des vêtements, du pain sur la table et des enfants qui courent à leur rencontre. Hastings met au défi de présenter un autre livre qui accomplisse la même œuvre et déclare qu'en attendant, on continuera d'utiliser celui-là. La Bible se défend d'elle-même : il suffit de la faire connaître, et « la parole de l'Esprit » prouve sa propre force.[251]

Il constate que dans les réunions de prière on entend des citations qui ne figurent pas dans la Bible, comme « Au milieu de la vie, nous sommes dans la mort » (livre de prières), « Il tempère le vent pour l'agneau tondu » (un vieux roman) ou « Dieu ordonne immuablement tout ce qui arrive » (catéchisme). Il y voit la preuve que les gens n'étudient pas leur Bible et recommande de la lire, de la chercher, de la croire et de lui obéir.[252]

À celui qui dit ne rien comprendre à la Bible, Hastings demande comment il la lit. Il compare cette lecture, faite d'un chapitre ici et là, à celle d'un écolier qui saute de page en page dans son livre d'arithmétique : il faut commencer par les éléments les plus simples et progresser. Il conseille de lire la Bible du début à la fin pour découvrir qui en est le héros. Une personne la traverse tout entière, comme le fil de couleur qui parcourt chaque brin des cordages de la marine britannique et permet de reconnaître une corde volée même coupée en morceaux. Cette personne est « la postérité de la femme » qui écrasera la tête du serpent, la postérité d'Abraham en qui toutes les nations seront bénies, la postérité de David qui régnera à jamais, l'« homme de douleurs », le Christ né à Bethléem, crucifié au Calvaire, ressuscité, monté à la droite de Dieu et qui reviendra juger le monde et régner. Les prophètes lui rendent témoignage, et la Bible l'annonce dans ses premières pages, le préfigure par ses observances, ses types et ses prophéties, et révèle dans ses dernières lignes la splendeur qui couronnera son œuvre.[253]

Hastings présente enfin la Bible comme la carte qui guide chaque voyageur vers son repos éternel et comme le récit du plan de Dieu, manifesté en Jésus-Christ. Le texte s'interrompt à cet endroit, la phrase suivante commençant en bas de la page 461.[254]

Voir aussi

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Références

  1. ↑ More about H. L. Hastings — Online Books Page, consulté en 2026.
  2. ↑ More about H. L. Hastings — Online Books Page, consulté en 2026.
  3. ↑ Drew University, Free Thought Debate, consulté en 2026.
  4. ↑ La Tour de Garde de Mars 1883, p. 459-461
  5. ↑ La Tour de Garde de Mars 1883, p. 460
  6. ↑ Can We Construct the Entire New Testament from the Writings of the Church Fathers? — Cold Case Christianity, consulté en 2026 ; Citations of the Church Fathers — Islamic Awareness, consulté en 2026.
  7. ↑ La Tour de Garde de Mars 1883, p. 450
  8. ↑ La Tour de Garde de septembre 1881, p. 29.
  9. ↑ La Tour de Garde de Mars 1883, p. 450
  10. ↑ La Tour de Garde de Mars 1883, p. 460
  11. ↑ La Tour de Garde de avril 1881, p. 207.
  12. ↑ La Tour de Garde de Mars 1883, p. 452
  13. ↑ SCHULZ et DE VIENNE, Separate Identity, vol. 1, p. 128.
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  15. ↑ La Tour de Garde de Mars 1883, p. 451
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  88. ↑ PENTON M. James, Apocalypse Delayed, p. 39-41. Original : « it behooved true Christians to leave “nominal Christianity” – particularly after 1881 – and associate primarily with other true Christians [...]. But such association was to be entirely free and voluntary. »
  89. ↑ La Tour de Garde de Mars 1883, p. 458
  90. ↑ La Tour de Garde de Mars 1883, p. 459
  91. ↑ SCHULZ et DE VIENNE, Separate Identity, vol. 2, p. 93-94. Original : « of doubtful character owing to its opposition to church organization ».
  92. ↑ SCHULZ et DE VIENNE, Separate Identity, op. cit., vol. 2, p. 94.
  93. ↑ FRANZ Raymond, À la recherche de la liberté chrétienne, p. 59-60.
  94. ↑ La Tour de Garde de Mars 1883, p. 459
  95. ↑ SCHULZ et DE VIENNE, Separate Identity, vol. 1, p. 111. Original : « No church can be organized by man's invention but what it becomes Babylon the moment it is organized. »
  96. ↑ SCHULZ et DE VIENNE, Separate Identity, op. cit., vol. 1, p. 128.
  97. ↑ La Tour de Garde de Mars 1883, p. 458
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  99. ↑ La Tour de Garde, décembre 1882, p. 1
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  117. ↑ KNOX Zoe, Jehovahs Witnesses and the Secular World, p. 50 du PDF. Original : « In common with other groups from the Adventist tradition, the Bible Students linked the marking of the Memorial with the date of the Jewish Passover. »
  118. ↑ SCHULZ et DE VIENNE, Separate Identity, vol. 2, p. 158.
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  122. ↑ SCHULZ et DE VIENNE, Separate Identity, vol. 2, p. 23. Original : « Extra Sized 400,000 Issue ».
  123. ↑ La Tour de Garde, décembre 1882, p. 2
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  126. ↑ SCHULZ et DE VIENNE, Separate Identity, op. cit., vol. 2, p. 26-27. Original : « I want the truth, though it knocks “my Church” to pieces. »
  127. ↑ La Tour de Garde de Février 1883, p. 9.
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