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La Tour de Garde de mars 1882

De Tj-encyclopédie
La Tour de Garde de mars 1882
Revue La Tour de Garde
Date 1882
Auteur(s) John C. Sunderlin, Albert Delmont Jones, Benjamin W. Keith
Année 1882
Langue Anglais
Pays États-Unis

Le règne de mille ans du Christ sur la terre occupe la plus grande partie de ce numéro. Les derniers chapitres de l'Apocalypse y sont lus comme une série de tableaux du même règne, et non comme un récit continu. Le monde entier y reçoit, après la résurrection, une seconde chance de mériter la vie humaine parfaite. Le « petit troupeau » reçoit, lui, la nature divine et règne avec le Christ.

Plusieurs textes reposent sur une même distinction entre deux natures. Adam et Jésus sont présentés comme les deux seuls hommes parfaits, et l'homme parfait reste un être de chair. L'Église est appelée à sacrifier cette nature humaine pour obtenir la nature divine. Le reste de l'humanité doit retrouver la terre et la vie perdues par Adam.

Les dates 1878 et 1881 servent de repères à plusieurs auteurs. Le Christ règne comme roi depuis le printemps 1878, et les saints morts sont tenus pour déjà ressuscités. Selon A. D. Jones, l'appel au « petit troupeau » a pris fin à l'automne 1881. Le numéro fixe aussi la date du repas du Seigneur au 2 avril 1882 et dénonce les pasteurs qui interdisent à leurs fidèles de lire les écrits de la revue.

Analyse

Croyances

L'homme parfait, sa chute et la rançon

Pour expliquer la rançon, l'auteur de « Qu'est-ce que l'homme ? » part d'une définition de l'homme parfait. Il refuse l'opinion selon laquelle l'homme ne serait qu'une ébauche destinée à devenir un être spirituel. Adam a été créé achevé, au sommet des êtres terrestres. L'expression « un peu inférieur aux anges » marque un rang et non une étape à franchir.[1] Cette insistance répond aux idées de progrès de l'époque. Schulz et de Vienne rappellent que la doctrine de Russell repose sur la chute d'Adam et sur la dégradation de toute sa descendance. Au même moment, beaucoup tiraient de Darwin l'idée que l'humanité progresse d'elle-même.[2] L'écart entre les 930 ans d'Adam et la trentaine d'années de vie moyenne de l'époque sert à mesurer cette chute.[3]

La restauration promise découle de cette définition. Adam a perdu un paradis terrestre et une vie humaine. La rançon rachète donc ce paradis et cette vie, et rien de plus.[4] Russell disait avoir compris en 1872 que la rançon était le fondement de toute espérance de restauration pour les morts. Il l'avait appris en lisant George Storrs.[5] L'idée d'un prix exactement équivalent à la vie perdue avait provoqué la rupture avec Nelson Barbour en 1878. Russell s'attendait à ce que Barbour voie le Christ comme le « prix correspondant » à la peine d'Adam. Barbour, lui, ne l'avait jamais compris ainsi.[6]

Le même article tranche une question sur la nature du Christ. Jésus avait d'abord une nature spirituelle, au-dessus de celle des anges. Il est ensuite devenu un homme parfait, puis a reçu à sa résurrection la nature divine. Il ne peut pas posséder deux natures à la fois.[7] En octobre 1880, la revue affirmait le contraire : Jésus portait en même temps la nature divine et la nature humaine.[8] La position de mars 1882 retrouve l'enseignement de George Stetson dans le groupe d'Allegheny. Stetson disait que Jésus n'avait jamais eu deux natures en même temps, mais les avait eues l'une après l'autre.[9]

La tentation au désert sert de lien avec les croyants. Sunderlin présente Jésus comme un second Adam : sans aucun penchant au mal, il pouvait pourtant céder. Sa victoire montre au petit troupeau comment vaincre, avec la promesse de 1 Corinthiens 10:13.[10] Le Christ est en même temps la postérité d'Abraham avec tous ceux qui lui appartiennent (Galates 3:16, Galates 3:29). La tentation de Jésus concerne donc toute cette postérité, et non le seul Jésus.[11]

Deux natures, deux appels, et le sacrifice du petit troupeau

De cette définition de l'homme découlent deux saluts. Le monde retrouvera la perfection humaine pendant le Millénium. Le petit troupeau, lui, reçoit pendant l'âge de l'Évangile un appel à la nature divine. Cet appel n'a jamais été fait avant cet âge et ne sera plus fait après.[12] Les promesses comparées aux « étoiles du ciel » et aux « sables de la mer » (Genèse 22:17) servent à séparer les deux groupes.[13] Le partage vient du cercle de Barbour. En août 1875, Barbour réservait déjà à ceux qui sont « en Christ » un « haut appel » et laissait les autres familles de la terre à l'âge de la restauration.[14] Selon Schulz et de Vienne, Russell croyait auparavant, comme les adventistes de l'« âge à venir », que l'Épouse du Christ et le reste des hommes partageraient un même paradis terrestre. C'est en 1877, avec Barbour, qu'il donne à l'Épouse un héritage céleste.[15]

Le partage règle aussi la place des anciens dignes de foi. Abraham, Moïse ou Rahab ont couru pour le prix terrestre. Ils ne servent donc pas de modèles pour crucifier la chair : ce modèle est Jésus, puis Pierre, Paul, Jacques et Jean.[16] En décembre 1880, la construction du temple spirituel commençait au contraire par l'entrée des prophètes dans la condition spirituelle.[17] En mai 1881, les prophètes ressuscitaient déjà comme des hommes parfaits.[18] En mars 1882, ce changement a une conséquence pratique : le croyant ne peut plus prendre ces personnages comme exemples de renoncement.

Le sacrifice demandé au petit troupeau porte sur ce que la loi permet. Il ne s'agit pas de quitter le péché, que Dieu n'accepterait jamais comme offrande. Il faut renoncer au confort et aux plaisirs auxquels l'homme naturel a droit.[19] Tony Wills résume la doctrine de Russell dans les mêmes termes : le sacrifice consiste à se priver de ce à quoi l'homme naturel a droit.[20] Keith appuie ce renoncement sur le mot grec thusia, qui désigne une bête égorgée. Il l'appuie aussi sur les corps brûlés hors du camp d'Hébreux 13:11-13. Caïn a offert une partie de ses biens. Abel a offert une vie, et seul Abel a été agréé.[21]

Ce sacrifice prolonge celui du Christ. Le rocher frappé au désert devient le type du Christ, « tête et corps ». Les fleuves d'eau de la vie ne couleront qu'à la fin de toutes les souffrances du Christ, que les croyants doivent compléter selon Colossiens 1:24.[22] En mars 1880, le même verset servait à appliquer à l'Église le bouc du jour des propitiations.[23] En mars 1882, il explique pourquoi la restauration du monde attend encore. Penton fait remonter cette lecture de Colossiens 1:24 à Benjamin Keith, dans l'Herald of the Morning d'octobre 1878.[24]

Le mémorial annuel exprime cette alliance. Le pain et la coupe signifient une communion à la mort du Christ, au sens de 1 Corinthiens 10:16. Ceux qui y prennent part s'engagent à boire sa coupe (Matthieu 20:22-23).[25] En 1882, la date est le dimanche 2 avril, après 18 heures. Les participants utilisent des galettes sans levain achetées dans une famille juive et du jus de raisin sec.[26] Selon Penton, Russell tient de Storrs l'usage de célébrer la Cène une fois par an, à la date supposée de la mort du Christ, le 14 nisan.[27] Un témoin des années 1860 décrit chez les disciples de Storrs un repas du soir pris à la pleine lune de printemps, qui se terminait par le pain et le vin. Pour eux, ce repas était la suite de la Pâque juive.[28]

Le calendrier du temps présent : présence, résurrection et porte fermée

A. D. Jones tire d'Apocalypse 14:13 une conséquence sur les morts. Depuis 1881, les saints qui meurent sont changés aussitôt. Or les vivants ne peuvent être changés avant que les morts en Christ soient ressuscités. Les morts en Christ sont donc ressuscités ou en train de l'être.[29] En janvier 1881, Jones prêchait déjà à Brooklyn que la résurrection était en cours depuis 1874 et que la plupart des saints étaient ressuscités.[30] L'idée vient de Barbour. En 1875, l'Herald of the Morning enseignait que les morts en Christ ressuscitaient dans un corps spirituel avant le changement des vivants.[31] En 1877, la revue britannique The Rainbow reprochait à Three Worlds d'affirmer que la résurrection avait commencé au printemps 1875.[32]

Jones s'appuie ensuite sur Apocalypse 19:11-16. Le cavalier « Fidèle et Véritable » est le « témoin fidèle et véritable » de Laodicée (Apocalypse 3:14). La scène se place donc après le rejet des Églises nominales au printemps 1878. Les armées vêtues de lin blanc sont les saints déjà ressuscités.[33] En décembre 1880, Apocalypse 3:14 servait à montrer que le Christ est un être créé, « le commencement de la création de Dieu ».[34] En mars 1882, le même verset sert à dater une scène de l'Apocalypse. Le premier et le quatrième tableau d'Apocalypse 20 rattachent aussi au printemps 1878 le début du règne : le « nouveau souverain » est déjà venu, de façon invisible.[35] Raymond Franz relève que ces dates de 1874 et 1878 portent sur des événements que personne ne peut voir. Elles pouvaient donc être maintenues sans qu'aucun fait ne les contredise.[36]

Pour Jones, « dès à présent » indique aussi que le temps de faveur pour entrer dans le petit troupeau s'est terminé à l'automne 1881. L'enseignement s'adresserait désormais aux « serviteurs », qui ne font pas partie du corps du Christ.[37] Cet automne 1881 était attendu comme le moment du changement des saints vivants. Ce changement n'a pas eu lieu.[38] Selon Schulz et de Vienne, l'échec conduit Russell à placer à cette date un événement que personne ne peut observer : la fermeture de la porte du haut appel.[39] Penton résume ce raisonnement des adventistes, puis de Russell : la date était juste, mais l'événement attendu n'était pas le bon.[40] Le sociologue Joseph Zygmunt a étudié comment le mouvement réinterprétait ainsi ses prophéties qui ne se réalisaient pas.[41]

Le poème « La mariée de l'Agneau » exprime la même attente. L'Époux est déjà présent. La mariée est enlevée de la terre « en un clin d'œil », puis assise sur son trône.[42] Ce moment est présenté comme imminent, mais sans date.

Sunderlin aborde la « viande au temps convenable » d'une autre façon. Il refuse de faire de la date exacte du retour la chose la plus importante. La « viande » est le Christ lui-même : son humilité, sa consécration jusqu'à la mort, sa victoire sur la tentation, sa connaissance du plan de Dieu.[43] En octobre 1880, le mauvais serviteur était celui qui avait abandonné la bonne date de l'avènement.[44] En février 1881, la « viande au temps convenable » était encore l'annonce de la présence.[45] Chez Sunderlin, le mauvais serviteur désigne l'Église nominale, qui frappe ses compagnons en disant que le Seigneur tarde.[46] Wills note qu'en 1881-1882, Russell voyait dans le serviteur fidèle l'ensemble du petit troupeau, qui prêche aux croyants des Églises.[47] L'expression venait du milieu adventiste. En 1870, Jonas Wendell, qui a formé le jeune Russell, publiait La Vérité présente, ou la nourriture de saison.[48]

Les Églises, Babylone et la Bible seule

Le deuxième tableau donne un sens précis aux « décapités » d'Apocalypse 20:4. Chaque dénomination a sa propre tête, ses conférences et ses assemblées qui font la loi. Celui qui reconnaît le Christ comme seule tête et la Bible comme seule règle est vite coupé de cette tête.[49] Le refus d'adorer la Bête et son Image devient le refus de ces institutions. En janvier-février 1882, l'Image était l'Alliance évangélique de 1846 et la seconde bête l'Église d'Angleterre.[50] Crompton rappelle que Russell voyait dans l'Alliance évangélique une copie protestante de l'unité catholique.[51] Le troisième tableau traite la Bête et le Faux Prophète comme des institutions et non comme des personnes. Elles sont jetées vivantes dans l'étang de feu, c'est-à-dire tant qu'elles sont encore puissantes. Ce feu brûle déjà.[52] Selon Chryssides, Russell désignait par Babylone l'Église nominale tout entière, et non la seule Église catholique.[53]

L'attaque contre les credos reprend un argument de jeunesse de Russell. Tous les credos disent s'appuyer sur la Bible, et ils se contredisent. Il faut donc relire la Bible sans eux.[54] En 1882, ce raisonnement s'applique aux pasteurs qui interdisent de lire Nourriture pour les chrétiens qui pensent. Ils sont comparés aux prêtres qui interdisaient la Bible.[55] Storrs défendait déjà la Bible comme seul credo contre un journal méthodiste en 1842. Selon lui, les credos humains divisent la vraie Église et asservissent les enfants de Dieu.[56] Keith ajoute contre le clergé les « chiens muets » d'Ésaïe 56:10-11. Ceclergé annonce, selon lui, la pire des nouvelles : un Dieu d'amour qui aurait prévu le malheur éternel des neuf dixièmes de ses créatures.[57] Ceux qui défendent la doctrine de la revue sont « haïs de tous les hommes ». Cette hostilité est présentée comme la conséquence du témoignage rendu à la vérité.[58]

Le liage de Satan et le renversement de l'ordre social

Dans le premier tableau, le liage de Satan est une contrainte progressive du mal. La clé représente l'autorité, la chaîne la force. Le liage commence dans la « maison de Dieu » selon 1 Pierre 4:17, puis gagne les gouvernements du monde.[59] En décembre 1880, Satan manifestait encore sa puissance pendant les plaies. Il ne serait complètement lié qu'après la glorification de l'Église, une fois toutes les plaies versées.[60] En mars 1882, le liage a déjà commencé, pendant que l'Église est encore sur la terre. Il ne sera pas complet avant environ trente-trois ans.[61] Ce chiffre correspond à la seconde partie de la moisson. En septembre 1881, la moisson était divisée en sept ans puis trente-trois ans, sur le modèle de la moisson de l'âge juif.[62]

Les instruments du liage sont très variés. Parmi eux figurent des incrédules honnêtes, des incrédules provocateurs et des communistes aux mains sanglantes, qui renverseraient des gouvernements oppressifs.[63] En septembre 1879, la revue jugeait au contraire ce communisme contraire à la Bible. Elle demandait aux croyants d'obéir aux autorités en attendant le Seigneur.[64] En 1882, les communistes ne deviennent pas un modèle. Ils deviennent les instruments involontaires d'un jugement voulu par Dieu. Schulz et de Vienne rappellent que Russell et ses associés avaient vu dans les grèves des chemins de fer, le socialisme allemand et le nihilisme russe de 1878 des preuves de la présence invisible.[65]

Le quatrième tableau lit les mêmes symboles comme des réalités sociales. Le ciel désigne le pouvoir spirituel, la terre la société organisée, la mer les masses sans frein religieux.[66] Ésaïe 40:4 annonce l'égalité des classes et la reconnaissance du mérite. L'auteur reproche aux adventistes du second avènement d'y voir une terre fondue par le feu puis aplanie.[67] Barbour avait déjà remplacé l'embrasement de la terre, attendu par les adventistes, par une révolution sociale et politique. Dans Three Worlds, il décrivait un « temps de trouble » où le chômage et la faim dresseraient les ouvriers contre les capitalistes. Blandre rattache cette lecture à la crise économique ouverte en 1873 aux États-Unis.[68] En 1882, la société américaine est jugée moins oppressive que les autres, mais ses castes restent visibles.[69]

Le Millénium, âge de rétablissement de l'humanité

L'article sur les sept tableaux lit les chapitres 20 à 22 de l'Apocalypse comme plusieurs vues d'une même réalité, et non comme un récit suivi. Cette lecture permet de placer le grand trône blanc pendant le Millénium, et non après.[70] Barbour lisait déjà ainsi la fin du chapitre 20 en 1877. Pour lui, les versets 11 à 15 n'étaient « qu'une simple récapitulation de toute la scène ».[71] Au milieu du siècle, le pasteur Richard Shimeall, lu par Russell, plaçait lui aussi le « jour du jugement » à l'intérieur du royaume de mille ans.[72]

Dans ces tableaux, la Nouvelle Jérusalem est le gouvernement de l'Église sur la terre. Le petit troupeau y règne comme roi et prêtre. Il fait appliquer les lois de Dieu, mais il instruit aussi les hommes et les aide à obéir.[73] Les rois qui apportent leur gloire dans la cité sont les saints eux-mêmes, d'après Apocalypse 5:10.[74] En septembre 1879, le même verset servait seulement à dire que les élus régneront sur la terre.[75] En 1882, il sert à lire un détail de la description de la cité.

Les portes de la cité portent le nom des douze tribus. Elles montrent la place d'Israël selon la chair : la Jérusalem littérale sera rebâtie, et Israël transmettra aux nations la bénédiction de la semence spirituelle.[76] Blandre rappelle que Miller et ses disciples refusaient toute restauration d'Israël en Palestine. Ce sont les adventistes de l'« âge à venir » qui ont réintroduit cette croyance. Elle est passée par eux à Storrs, à Barbour et aux premiers Étudiants de la Bible.[77] Crompton note que Russell voyait dans le congrès de Berlin de 1878 un signe du retour de la faveur divine envers les Juifs.[78]

Le jugement comme épreuve, la dernière révolte et la seconde mort

Le quatrième tableau définit le jugement comme une épreuve. Le verbe grec krino signifie « éprouver ». Le monde ressuscité est éprouvé pendant son âge, comme l'Église l'est pendant le sien.[79] Barbour posait la même équivalence en 1877. Il comparait le jour du jugement à la période d'essai de six mois imposée aux nouveaux convertis méthodistes.[80] L'épreuve du monde porte sur ses œuvres. Celle des croyants actuels repose surtout sur la foi, car aucune œuvre parfaite n'est possible pendant l'âge présent.[81] Crompton résume cette doctrine de Russell : le jour du jugement occupe tout le Millénium. Personne, hors du petit troupeau, n'a assez de lumière avant lui pour mériter la seconde mort.[82]

Après les mille ans, Satan est délié pour un peu de temps. Les mauvaises actions restent alors impunies, comme dans l'âge présent. L'épreuve sert à voir si l'obéissance des hommes vient de la peur du châtiment ou de l'amour de Dieu.[83] Les révoltés meurent de la seconde mort. Cette mort est sans rançon et sans résurrection, puisque le Christ ne meurt plus.[84] Dès 1863, la déclaration de l'Église de George Stetson définissait la seconde mort comme l'extinction éternelle de l'être.[85] L'étang de feu et le soufre deviennent donc des images de destruction. L'expression « aux siècles des siècles » est rendue par « jusqu'aux âges parfaits ».[86]

Ce rejet du tourment éternel apparaît aussi dans le texte sur les progrès de l'incrédulité. Les dogmes des Églises, comme l'immortalité naturelle de l'âme ou le tourment éternel, présentent le Créateur sous un jour contradictoire. Les incrédules, croyant ces dogmes bibliques, rejettent la Bible avec eux.[87] Russell avait lui-même suivi ce chemin dans sa jeunesse. Une discussion avec un incroyant sur le tourment éternel l'avait conduit à rejeter la Bible avec les credos de son Église, avant sa découverte de l'adventisme en 1868.[88] L'immortalité réservée aux sauvés, que la revue défend, était aussi enseignée chez les adventistes chrétiens.[89]


Organisation et histoire

Le clergé contre la revue et ses brochures

Les consignes pastorales rapportées en ouverture, « Ne le lisez pas » et « Brûlez le livre », visent une campagne précise. À l'automne 1881, Nourriture pour les chrétiens qui pensent[90] est distribué gratuitement à environ 1 200 000 exemplaires en quelques mois, aux États-Unis et en Grande-Bretagne. Russell en paie seul le coût.[91] Dans les grandes villes, la brochure est remise aux fidèles devant la porte des églises, le dimanche.[92] Le texte arrive ainsi dans les mains des paroissiens à la sortie du culte de leur propre pasteur. Selon Tony Wills, Russell relève pour la première fois l'hostilité du clergé pendant cette distribution. Il l'explique déjà par le souci des pasteurs de plaire à leurs collègues et aux membres mondains de leurs Églises.[93]

La consigne de brûler la brochure circule aussi en Angleterre. En février 1882, The Prophetic News and Israel's Watchman publie le compte rendu d'un sermon de N. S. Godfrey, ancien titulaire de la paroisse de Worley, près de Leeds. Godfrey ne nomme pas la brochure, mais il conseille : « Brûlez-la ». Il la range parmi les écrits spirites et la déclare le livre le plus damnable qu'il ait lu.[94] La riposte de la revue paraît un mois plus tard. Elle oppose à ces consignes un argument de méthode : « ceux qui lisent et réfléchissent sont convaincus non par confiance dans les rédacteurs de la Tour, mais par la Parole de Dieu ».[95] Le reproche fait aux pasteurs protestants reprend celui que les protestants adressaient aux prêtres catholiques.[96] George Storrs avait déjà retourné cet argument contre les Églises protestantes en 1842 et 1844. Il soutenait que les credos écrits par des hommes n'ont aucune autorité et divisent davantage les chrétiens que la Bible seule.[97]

La revue tire de cette hostilité une règle de conduite pour ses lecteurs. Elle définit le sectaire comme celui qui sert sa propre division de l'Église avant la vérité. Elle annonce que ceux qui reconnaissent Jésus comme seul chef seront bientôt coupés des instances dirigeantes de leur confession.[98] En juin 1881, la revue décrivait déjà cette exclusion de façon concrète : la conduite du membre qui veut partir est examinée, et on cherche un prétexte pour le renvoyer comme s'il avait été exclu.[99] En mars 1882, ce départ forcé reçoit un nom biblique : il devient la « décapitation » des fidèles d'Apocalypse 20:4.[100] James Penton rappelle que Russell admettait encore qu'on puisse appartenir à la vraie Église tout en restant dans une confession. Il demandait pourtant aux vrais chrétiens, surtout après 1881, de quitter le « christianisme nominal » pour se joindre aux Étudiants de la Bible, mais de leur plein gré.[101] Le sociologue Joseph F. Zygmunt a étudié la façon dont le mouvement forge son identité en s'opposant aux Églises établies.[102]

L'enquête du Chicago Tribune sur l'incrédulité porte sur un orateur que la presse de Chicago connaît bien. Robert Ingersoll parcourt alors le pays pour défendre l'incroyance, et le même journal a publié son texte « Some Reasons Why » le 28 avril 1881.[103] En janvier 1881, la revue présentait Ingersoll comme un ennemi de l'Église nominale, qui semait le mépris pour elle et ébranlait la foi de ses auditeurs.[104] En mars 1882, elle reprend le constat du journal, mais elle en fait porter la responsabilité aux dogmes des Églises : élection, immortalité naturelle de l'âme, tourment éternel.[105] L'enquête d'un grand quotidien profane sert ainsi d'argument contre le clergé qui condamne la brochure.

Les appuis : pasteurs ralliés, rédacteurs et auteurs extérieurs

Le numéro annonce l'arrivée d'un pasteur méthodiste parmi les prédicateurs.[106] Schulz et de Vienne l'identifient comme Samuel T. Tackabury, né en 1832 dans l'État de New York de parents irlandais. Il était pasteur méthodiste épiscopal au moins depuis le milieu des années 1860. Il avait abandonné sa charge en 1877 pour raison de santé. Il compte parmi les rares pasteurs convaincus par Nourriture pour les chrétiens qui pensent.[107] Sunderlin, cité dans la même chronique, est lui aussi un ancien pasteur méthodiste, ordonné en 1870.[108] Benjamin Keith, de Dansville, figure parmi les collaborateurs réguliers de la revue depuis son premier numéro.[109] Les comptes rendus favorables viennent de Fort Edward, la ville de Sunderlin, au moment même où celui-ci, convalescent, ne peut travailler qu'autour de chez lui.[110][111] À Lynn, un petit groupe sans nom se réunissait déjà vers 1878, avant que Russell y présente de nouveaux venus.[112] Zoe Knox note que Russell et ses collaborateurs faisaient connaître les ralliements de pasteurs. En nombre, ces conversions restaient négligeables.[113]

L'article d'A. D. Jones répond à une annonce faite par la revue. En octobre-novembre 1881, la revue présentait son journal Zion's Day Star, lancé à New York, comme un messager de la même bonne nouvelle, avec ses meilleurs vœux.[114] En février 1882, elle annonçait qu'un article de Jones sur la mort bienheureuse des saints, « en accord » avec ses deux derniers numéros, était repoussé au numéro suivant faute de place.[115] En mars 1881, l'éditeur avait au contraire corrigé Jones en public : le passage au corps spirituel se faisait en un instant, et non peu à peu.[116] Entre-temps, une règle a été posée : tout article destiné à la revue, y compris d'un auteur extérieur, doit recevoir l'accord d'au moins deux personnes avant d'être imprimé.[117] Jones est alors, selon Penton, le seul des premiers associés de Russell qui reste en communion avec lui, depuis que Russell a refusé en 1881 de publier les articles de Paton.[118]

La citation sur la vérité vient d'un auteur étranger au mouvement. Phillips Brooks est alors recteur de Trinity Church, l'église épiscopalienne de Boston, poste qu'il occupe depuis 1869.[119] La revue reprend aussi un texte « sélectionné » dans une autre publication pour clore son propos sur l'incrédulité.[120] Ces emprunts restent courts. La revue cite un prédicateur d'une grande Église quand ses mots servent l'exhortation, au moment même où elle dénonce le clergé.

Un réseau de lecteurs dispersés

Le courrier dont il est question en ouverture arrive en masse depuis la distribution de 1881. En décembre 1881, Russell compte en moyenne quarante à cinquante lettres par jour.[121] À l'automne, près d'un millier de lettres attendaient encore d'être ouvertes.[122] Ce retard explique que les réponses aux nombreuses questions soient remises au numéro suivant.[123] Le numéro de janvier-février 1882 a été tiré à 10 000 exemplaires.[124] L'annuaire de presse Ayer pour 1882 indique un tirage de 4 800 exemplaires.[125]

Les auteurs des lettres forment de petits groupes de deux à cinquante personnes.[126] La revue décrivait déjà en novembre 1881 des groupes de « deux, trois, douze et cinquante » personnes dans les villes et les villages.[127] Schulz et de Vienne montrent que ces groupes ne sont pas nés de la prédication de Russell. Ils se forment là où existaient déjà des lecteurs de Barbour, des adventistes ou des partisans de l'« âge à venir ».[128] Peu de pasteurs écrivent. En février 1882, Maria Russell l'expliquait à une correspondante : le sacrifice exigé détourne de cette vérité la plupart des pasteurs.[129]

L'épuisement de Sunderlin renvoie à la partie britannique de la campagne. À l'automne 1881, Russell envoie Sunderlin et J. J. Bender en Grande-Bretagne pour y faire imprimer la brochure.[130] Trois cent mille exemplaires y sont imprimés, et cinq cents garçons sont engagés à Londres pour les distribuer.[131] À Sheffield, une annonce d'octobre 1881 demande cinquante garçons pour remettre les brochures le dimanche.[132] Dès octobre 1881, Sunderlin est revenu aux États-Unis, alité par une fièvre rhumatismale.[133] En Angleterre, la brochure suscite des réactions dès décembre 1881, dans une revue spirite, puis en février 1882, dans le sermon de Godfrey.[134] Pour l'Irlande, Schulz et de Vienne ne trouvent qu'une seule trace : en novembre 1881, un correspondant d'une revue unitarienne prend la brochure pour un écrit christadelphe.[135]

Le Mémorial fixé depuis Allegheny

La célébration annuelle de la mort du Christ vient de George Storrs. Penton et Blandre montrent que Russell a appris de lui à la célébrer une fois par an, à la date supposée du 14 nisan.[136][137] Les partisans de Storrs se réunissaient le soir de la pleine lune de printemps pour un repas léger, terminé par le pain et le vin.[138] Le groupe d'Allegheny célèbre le Mémorial depuis 1876.[139]

En 1881, la célébration avait eu lieu le 14 avril chez W. H. Conley, à Allegheny.[140] Elle avait été tenue dans une vingtaine d'endroits.[141] Un ou deux lecteurs avaient pourtant célébré le 12 avril, en suivant les calendriers imprimés.[142] Selon Schulz et de Vienne, les groupes ne s'accordaient alors ni sur la date ni sur la manière de célébrer.[143]

En 1882, la revue donne la date, l'heure du début, l'heure de la réunion, le lieu et les éléments à employer.[144] La réunion se tient chez J. L. Russell, le père de Russell, au 80 Cedar Avenue. C'est l'adresse des réunions du mercredi soir annoncées dans chaque numéro depuis avril 1881.[145] Les consignes sur le pain sans levain et le jus de raisin sec permettent aux petits groupes éloignés de tout préparer eux-mêmes.[146] Des lecteurs séparés de leurs Églises reçoivent ainsi, depuis Allegheny, un même rite, à la même heure et le même soir.


Contenu

Vue depuis la Tour

L'intérêt pour la revue se maintient dans toute la « Sion » des lecteurs. Des lettres exprimant un très vif intérêt arrivent chaque jour en grand nombre, et elles montrent que les gens sont poussés à examiner l'Écriture comme jamais auparavant.[147] Plusieurs de ces lettres sont publiées, mais beaucoup, parmi les meilleures, sont jugées trop personnelles pour l'être. Elles remercient Dieu pour la nourriture céleste et la force spirituelle reçues grâce à une meilleure compréhension de son plan et de sa Parole. Leurs auteurs sont des enfants de Dieu consacrés, de conditions sociales variées. Quelques-uns sont des pasteurs d'Églises, mais ils restent peu nombreux.[148]

Il est jugé étrange que les pasteurs et les fidèles n'accueillent pas ces bonnes nouvelles avec joie. Les croyants savent que les credos des sectes se contredisent entre eux et que plusieurs passages bibliques n'en respectent aucun. Pourtant, ils refusent d'examiner ce que Dieu ouvre maintenant, car, affirme la revue, le moment est venu pour ses enfants de comprendre son plan. Ils fuient ces enseignements comme du poison, alors qu'il s'agit d'une nourriture.[149]

Ces croyants sont décrits comme craintifs : ils redoutent de lire de peur d'être ébranlés. Ils le sont pourtant déjà, car leur foi repose sur le sable des traditions humaines et non sur le roc. Ils risquent donc d'être emportés par les flots du scepticisme et de l'incrédulité.[150]

Les pasteurs s'inquiètent de voir les meilleurs éléments de leurs troupeaux apprécier la « nourriture » que le chef des bergers leur fournit. Beaucoup d'entre eux, qui recherchent l'« honneur les uns des autres » et l'approbation des milieux mondains de leurs Églises, sont moins bien préparés à cette « viande au temps convenable » que certains de leurs fidèles plus humbles. Même de bons pasteurs, convaincus que la grande « Babylone » qu'ils ont bâtie est dans le vrai, se joignent à d'autres sans étudier la question. Ils disent : « Cessez de penser », « Ne le lisez pas » (en visant Nourriture pour les chrétiens qui pensent), « Brûlez le livre ».[151] Ce comportement est jugé pitoyable chez des hommes chargés de la Parole de Dieu, face à un écrit fondé uniquement sur cette Parole.

Ceux qui lisent et réfléchissent sont convaincus par la Parole de Dieu et non par confiance dans les rédacteurs de la « Tour ». Face aux docteurs en théologie, leur connaissance biblique l'emporte sur le savoir universitaire de ceux-ci. Ainsi « un seul en poursuivra mille », et Ésaïe 29:9 et Ésaïe 29:14 s'accomplissent de nos jours.[152]

Cette attitude rappelle celle de la papauté envers les protestants et leurs écrits. Les prêtres prétendaient que personne d'autre qu'eux ne devait posséder la Bible, puisqu'eux seuls pouvaient la comprendre. De même, les protestants disent aujourd'hui de lire la Bible, mais de n'en comprendre que ce qu'ils expliquent. Chaque confession interprète en outre ce petit morceau à sa façon, au grand amusement des incrédules.[153] Le respect pour les credos et les traditions humaines est si fort que chaque parti préférerait voir un credo adverse l'emporter plutôt que la vérité, qui relierait les credos entre eux et avec la Bible.[154]

L'opposition vient, vue de la Tour, de l'esprit de secte. Est sectaire celui qui aime un chrétien davantage parce qu'il appartient à sa division de l'Église, et dont le temps et l'intérêt vont à l'édification de cette division plutôt qu'à la vérité. Ces gens s'opposent à l'enseignement de la revue parce qu'il contredit certains points de leur credo. C'est pourquoi, selon la revue, ses lecteurs sont « haïs de tous les hommes » (hors les nouvelles créatures) à cause du Christ. Le monde les hait aussi, car ils s'en séparent plus nettement que l'Église nominale. Leur tâche est de rendre témoignage à la vérité, et la revue proclame heureux ceux qui sont décapités pour le témoignage de Jésus et qui n'adorent ni la BÊTE ni son IMAGE.[155]

Un nouveau « Frère » Tackabury, de l'Ohio, jusqu'ici membre de la conférence de l'Église épiscopale méthodiste, part ce mois-ci travailler « à la vigne ». La revue attend de lui des notes occasionnelles. Des rapports favorables viennent de Lynn (Massachusetts) et de Fort Edward (New York), où Benjamin Keith a prêché le mois précédent.[156] Sunderlin est presque rétabli. Il est resté alité près de cinq mois, épuisé par l'organisation de la distribution de Nourriture pour les chrétiens qui pensent en Grande-Bretagne et en Irlande, et il s'occupe maintenant des environs de chez lui.[157]

La Pâque

Le repas du Seigneur est présenté comme un mémorial annuel de la mort du Christ, à célébrer à la date anniversaire. Les récits de son institution (Matthieu 26:26-28, Luc 22:7-20, 1 Corinthiens 11:23-26) conduisent à cette conclusion. Il aurait été établi par Jésus, « notre Pâque » (1 Corinthiens 5:7) et « Agneau de Dieu » (Jean 1:29), à la place de la Pâque juive.[158] La revue précise qu'elle ne conteste pas ceux qui commémorent plus souvent et qu'elle ne le tient pas pour une obligation. Elle le célèbre par joie de se rappeler le prix de la rançon, « la propitiation pour nos péchés, et non pour les nôtres seulement, mais aussi pour ceux du monde entier ».[159]

La commémoration de cette année est fixée après 18 h le 2 avril, date jugée correspondante à celle du repas de Jésus avec ses disciples. L'heure de sa mort correspond à 15 h le lendemain. La réunion a lieu à 19 h 45, le dimanche 2 avril, au domicile de J. L. Russell, 80 Cedar Avenue, à Allegheny City.[160] Chaque fois qu'on le fait, on « annonce la mort du Seigneur jusqu'à ce qu'il vienne », c'est-à-dire jusqu'à ce que le dernier membre de son corps, mort avec lui, soit glorifié. Le pain et la coupe signifient, d'après 1 Corinthiens 10:16, une communion à sa mort. Les participants expriment ainsi leur alliance de mourir avec lui et de boire à sa coupe (Matthieu 20:22-23).[161]

Ces moments sont décrits comme précieux, et des lettres de petits groupes de deux, trois, vingt ou cinquante personnes disent avoir reçu la même bénédiction l'an passé. Les participants doivent écarter « tout levain » de malice et d'envie, et être des membres du pain sans levain, le corps du Christ, non pas gonflés d'orgueil mais faciles à rompre. On utilise d'ordinaire des galettes sans levain, achetées dans une famille juive, et du jus de raisin sec.[162]

Une citation de Phillips Brooks sur la vérité, qui engage toute la nature de l'homme (intelligence, affections et volonté), figure ensuite. La revue annonce qu'elle répondra aux nombreuses questions reçues dans le numéro suivant.[163]

Les progrès de l'incrédulité

Selon la revue, toutes les personnes impartiales et compétentes reconnaissent que l'incrédulité progresse. Elle cite le Chicago Tribune : les gens religieux ne peuvent ignorer ses progrès ces dernières années. Le journal oppose la salle comble d'une récente conférence du colonel Ingersoll aux auditoires clairsemés de ses apparitions d'il y a quelques années. Le journal ajoute que cette progression traduit aussi celle de l'irrévérence, qui s'étend des formes à l'essence, du dogme au principe, puis à la société et à la famille. L'incroyant doit se fabriquer sa propre morale, et l'esprit moderne de progrès ravage les traditions qui garderaient une influence même si l'inspiration de l'Écriture était mise en doute.[164]

L'Église aurait presque perdu sa capacité de résister à cette marée. Les essais bien écrits de ses pasteurs sont comparés à des cartouches à blanc, et la pompe du culte moderne, avec ses histoires à sensation, à une ombre qui voudrait arrêter un cyclone.[165] Le Tribune distingue trois attitudes : l'incroyant offensif comme Ingersoll y voit la chute de la superstition ; le sceptique prudent redoute que la suppression des freins mène la foule à l'excès ; l'homme d'Église condamne cette évolution comme sacrilège. Le journal conclut que l'incrédulité suivra son cours, freinée seulement par des influences morales et sociales, car le temps de la torture, de la croix et du bûcher est passé.[166]

La revue accuse l'Église d'avoir contribué à cette montée, sans l'avoir voulu. Ses dogmes (élection inconditionnelle, immortalité naturelle de l'homme, tourment éternel comme punition du péché, éternité du mal et de la rébellion contre Dieu) paraissent arbitraires et présentent le Créateur sous un jour contradictoire. Les incrédules, supposant que l'enseignement de l'Église est conforme à la Bible, ont rejeté l'Église, la Bible et son Auteur sans examiner ces dogmes à la lumière de l'Écriture. Le seul antidote proposé est donc la présentation de la vraie théologie biblique.[167] L'époque actuelle offre aux serviteurs fidèles du Christ la plus belle occasion jamais donnée de défendre Dieu, Jésus-Christ et les Écritures. Elle est comparée à ce que les anges et les prophètes ont contemplé en vision. Ils sont invités à ne pas gaspiller ces occasions en querelles personnelles et charnelles, pendant que des couronnes d'or sont à leur portée (texte « sélectionné » d'une autre source).[168]

La mariée de l'Agneau

Un poème retrace l'histoire de l'Église, mariée au Christ. Méprisée du monde qui a rejeté son Seigneur, elle partage sa croix. Poussée par la fureur du Dragon, elle est nourrie dans le désert, et les mondains se moquent de son espérance : « Où est la promesse de son retour ? » Elle chante pourtant dans la nuit, attendant l'aube et la fuite des ombres.[169] Elle sort ensuite du désert, au bras de l'Époux, à l'abri des traits de l'erreur et de la malice. Le poème répond que l'Époux est présent et en puissance, que sa gloire sera bientôt vue de tous et que la terre sera remplie de connaissance. En un instant, « en un clin d'œil », la mariée est séparée de la terre et rejoint son Seigneur. Elle est ensuite montrée en gloire, assise sur un trône à ses côtés, et la dernière strophe proclame heureux ceux qui sont unis à l'Agneau par ce mariage.[170]

Qu'est-ce que la viande ?

Cet article, signé J. C. Sunderlin, part de Matthieu 24:45-46 : le serviteur fidèle et sage qui donne la « viande au temps convenable ». Ces paroles, adressées d'abord aux disciples, sont destinées à l'Église durant tout l'âge de l'Évangile, mais surtout à sa fin. Beaucoup de chrétiens, voyant passer des événements annoncés par le Seigneur, en sont venus à penser que connaître la date exacte de son retour est le plus important.[171] L'auteur ne veut ni refroidir ceux qui guettent le Roi, ni se joindre à ceux qui répondent que « nul ne connaît ni le jour ni l'heure » et qu'il ne faut pas fouiller ces choses. Il relève que le Seigneur s'adresse aux disciples, et non au monde. Ceux-ci, le « petit troupeau », ne seront pas surpris comme par un voleur (1 Thessaloniciens 5:4), puisqu'ils peuvent reconnaître par les signes l'approche de sa venue et de sa présence, sans en connaître l'heure exacte.[172]

Parmi ces signes, le monde sera comme aux jours de Noé, insouciant et tourné vers les désirs de la chair. Il dira : « Où est la promesse de sa venue ? » (2 Pierre 3:4). Le mauvais serviteur frappera ses compagnons en disant : « Mon Seigneur tarde à venir. » L'Église nominale le fait déjà, selon l'auteur.[173] Mais la question sur le serviteur fidèle contient une exhortation plus importante encore. Elle concerne la « maison de la foi » et donc des choses spirituelles, comme dans Jean 6:53-63. La « viande » est le corps et le sang du Christ, et ce langage est figuré : se nourrir de lui signifie assimiler les principes essentiels qui l'ont constitué et lui devenir semblable.[174]

L'auteur passe en revue ces principes. Le Christ voulait sauver un monde de pécheurs perdus, et il a commencé en renonçant à sa gloire (« de riche qu'il était, il s'est fait pauvre »). L'humilité est ainsi la première pousse de l'arbre dont les feuilles guérissent les nations. Le serviteur fidèle fait donc partager l'humilité du Christ à la maison, sans lui offrir des « os de discorde » ni donner l'exemple d'arrogance. Il ne fera pas, par exemple ou par précepte, ce qui a poussé certains à se disputer pour savoir qui serait le plus grand, ou plus tard qui serait « chef ». Les chefs nommés par le Christ doivent partager cette humilité.[175] Le premier acte du Christ adulte fut de livrer son corps à la mort, ce qu'il a représenté par son baptême, image de sa soumission à la mort et à sa résurrection. Le serviteur fidèle donne ce principe aux membres de la maison.[176]

Vient ensuite la tentation dans le désert. Elle n'avait pas pour but de le rendre plus pur, car il était sans péché. Devenu second Adam, homme parfait sans penchant pour le mal mais conscient de ses terribles résultats et de la puissance de Dieu (Ésaïe 53:11), il a été réellement tenté, aurait pu céder, et a vaincu.[177] L'épreuve montre comment vaincre. Le Christ, « chef de notre salut » et conducteur d'une petite bande de vainqueurs, devait donner l'exemple, car par cette bande « toutes les familles de la terre » seront bénies. À Abraham et à sa postérité, qui est le Christ (Galates 3:16), les promesses ont été faites, et ceux qui sont au Christ sont postérité d'Abraham et héritiers (Galates 3:29).[178] La connaissance du Christ est ainsi un principe à assimiler. Elle était divine, mais elle est accessible à tous par la Parole et l'Esprit de Dieu. L'auteur cite 1 Corinthiens 10:13 : Dieu ne permet pas d'être tenté au-delà de ses forces. Quiconque le croit et se l'approprie triomphera comme le Christ.[179]

Le plan de Dieu pour le salut du monde résume les autres connaissances qui ont soutenu le Christ. Il l'exposait par paraboles et images, mais seulement à ceux qui accepteraient la vérité (Matthieu 13:13-15, Matthieu 7:6), ceux auxquels Paul pensait en disant : « La parole de ce salut nous a été envoyée » (Actes 13:26). Certains ont l'oreille dure et piétinent ces perles. L'auteur appelle « pharisiens modernes » ceux qui voudraient priver les croyants de ce plan.[180]

L'exemple du Christ ne s'adresse pas directement au monde, dont peu connaissent ce récit. Sa mission est double : racheter toute la race humaine de la mort par sa mort, et conduire par sa vie un « peuple particulier », par lequel il montrera au monde, dans les âges à venir, « les richesses surabondantes de sa grâce » (Éphésiens 2:7). Sa mort donne à tous droit à la vie perdue en Adam. C'est le « salut commun » (Jude 1:3 ; 1 Corinthiens 15:22). Sa vie, elle, élève à une condition glorieuse ceux qui l'entendent et la croient, le petit troupeau, devenu « participant de la nature divine » (2 Pierre 1:4 ; Romains 5:10 ; 2 Corinthiens 4:11).[181]

La vie du Christ qui sauve est, selon l'auteur, le principe de vie qui s'est exprimé en travaux et sacrifices d'amour pour le bien d'autrui. L'assimiler marque le début d'une vie supérieure, gage d'immortalité, et correspond à « la foi transmise aux saints une fois pour toutes » (Jude 1:3). C'est « la viande qui demeure ». Jésus disait : « Ma viande est de faire la volonté de celui qui m'a envoyé » (Jean 4:34). Qui partage sa vie sur terre partagera sa vie de résurrection, rendu semblable à son corps glorieux. Humilité, souffrances, épreuves, travaux et connaissance, c'est-à-dire le CHRIST lui-même, doivent donc être la nourriture quotidienne, que le serviteur fidèle et sage distribue à la maison au temps convenable.[182]

Un mot du frère A. D. Jones, de Zion's Day Star

D'après A. D. Jones, il est plus que probable que les « morts en Christ » sont ressuscités ou en cours de résurrection. La revue avait déjà défendu cette position quelque temps auparavant, et l'auteur la juge toujours exacte. Si Apocalypse 14:13 est applicable maintenant, l'autre affirmation l'est aussi, puisque les vivants ne seront pas changés avant que les morts soient ressuscités.[183] Les mots « dès à présent » de ce verset s'appliquent au temps présent. Pour l'auteur, c'est un indice sérieux que le temps de faveur pour entrer dans le « petit troupeau » s'est achevé l'automne précédent.[184]

Il appuie cette idée sur Apocalypse 19:5-16. Le cavalier du cheval blanc, appelé « Fidèle et Véritable », y est présenté comme Jésus présent avec puissance. Apocalypse 3:14 le désigne comme le « témoin fidèle et véritable » devant l'Église de Laodicée. Cela permet de dater la scène : les Églises nominales, qui n'ont pas été des témoins véridiques, ont été vomies de sa bouche au printemps de 1878. Les armées qui le suivent, vêtues de fin lin blanc, sont les saints ressuscités, puisque le fin lin représente leurs actes justes. Si Jésus est présent sous forme spirituelle pour juger et faire la guerre, ils le sont aussi. D'après le parallèle chronologique, Jésus devait entrer dans sa fonction royale au printemps de 1878, ce qui s'accorde avec le nom « Roi des rois et Seigneur des seigneurs » inscrit sur son vêtement.[185]

Les saints encore vivants et non changés servent de porte-parole à Jésus. La voix sortie du trône (Apocalypse 19:5) passe par eux. Le glaive qui sort de sa bouche est la parole de vérité, et les « pieds » de celui qui apporte la bonne nouvelle (Ésaïe 52:7) désignent ces saints vivants. L'auteur remarque que l'enseignement s'adresse désormais aux « serviteurs », ce qui s'accorde selon lui avec la porte fermée à l'appel céleste.[186]

Le nom que nul ne connaît sauf lui (Apocalypse 19:12) est « Roi des rois et Seigneur des seigneurs ». Les hommes non régénérés l'ignorent, mais les membres de son corps le connaissent, puisqu'ils font partie de lui. Les Églises nominales, dans les ténèbres, ignorent que Jésus règne, et les « serviteurs » ne le savent pas non plus, n'étant pas du corps. Ce nom annonce aussi que les saints entreront bientôt dans leur règne avec lui et ses armées.[187]

Le sacrifice

Cet article, signé B. W. Keith, part de Romains 12:1 (traduction du Diaglott), qui invite à présenter ses corps en sacrifice vivant. Le mot grec thusia désigne une mise à mort ou un animal égorgé. Les croyants qui ont accepté Jésus comme rançon ne s'appartiennent plus, car ils ont été achetés à prix, et sont invités à livrer leur corps naturel à la mort (1 Corinthiens 15:44-46). Le mot « corps » englobe toute l'existence terrestre.[188]

Jésus a donné sa vie en rançon (Matthieu 20:28) et son corps (Hébreux 10:10), et il a donné tout ce qu'était l'homme Jésus (1 Timothée 2:5-6). Les croyants doivent avoir le même sentiment (Philippiens 2:5) et donner leur vie pour leurs frères (1 Jean 3:16). L'auteur s'appuie sur Hébreux 13:11-13 : les corps des bêtes dont le sang est porté dans le sanctuaire sont brûlés hors du camp, et Jésus a souffert hors de la porte. Présenter son corps en sacrifice vivant signifie donc être crucifié avec le Christ, baptisé dans sa mort, mort comme homme mais vivant pour Dieu comme nouvelle créature.[189]

Les proclamations d'Apocalypse 14:6-11 étant faites, le mystère de Paul, « nous ne dormirons pas tous », est présenté comme arrivé à son terme. Depuis lors, selon l'auteur, les morts qui meurent dans le Seigneur (Apocalypse 14:13) ne dorment plus : ils sont changés en un clin d'œil, quittent la corruption, le déshonneur et la faiblesse pour l'incorruptibilité, la gloire et la puissance, et leurs œuvres les suivent.[190] Il cite Psaumes 50:2-5 : les saints sont ceux qui ont fait alliance par le sacrifice. Beaucoup croient qu'il suffit de donner une part de leur temps et de leurs biens. Caïn a offert un tel sacrifice, et il n'a pas été reçu, alors qu'Abel a offert un animal mis à mort, image du meilleur sacrifice, et a été agréé. Qui se présente lui-même présentera aussi tout ce qu'il possède.[191]

« Qu'est-ce que l'homme ? »

L'article part de Psaumes 8:4-8 : l'homme est fait « un peu inférieur aux anges », couronné de gloire et d'honneur, et chargé de dominer sur les œuvres de Dieu. Pour l'auteur, mal comprendre ce qu'est un homme parfait est une source d'erreurs fréquente chez les chrétiens. Il rejette l'opinion courante selon laquelle on n'a jamais vu d'homme parfait sur terre, l'homme n'étant qu'un embryon qui devrait devenir un être spirituel semblable aux anges. Il juge cette opinion contraire à toute la Bible.[192]

Selon lui, il n'y a eu que deux hommes parfaits, Adam et Jésus. Adam a été créé à l'image de Dieu, image charnelle d'un être spirituel : il avait la capacité de raisonner, de planifier, de gouverner et de protéger, ainsi que la bienveillance, la justice et l'amour. Comme Jéhovah gouverne toutes choses, l'homme a été établi maître des choses terrestres.[193] Le récit de la Genèse dit que Dieu a jugé sa créature « très bonne », et David exprime la même idée.[194] L'expression « un peu inférieur » désigne un degré, non une durée. Les anges et l'homme sont deux sortes d'êtres différentes : les anges sont le plus bas degré des êtres spirituels, dont Jéhovah est le plus haut, et l'homme est le plus haut degré des êtres animaux (terrestres). Les deux étaient parfaits, chacun selon sa nature.[195]

Le péché a dégradé l'humanité. Des centaines de générations d'ignorance et de dépravation ont fait perdre à l'homme l'image divine : ses qualités morales et intellectuelles sont atrophiées, ses penchants animaux démesurés, et sa vie moyenne est d'environ trente ans, contre neuf cent trente au début.[196] Pendant le règne millénaire du Christ, l'homme doit retrouver sa perfection de corps et d'esprit, sa gloire et sa domination, car sa rançon a été trouvée dans le Christ (1 Corinthiens 15:22 ; Romains 5:18-19). Il avait perdu un paradis terrestre et une existence humaine, non un paradis céleste ni une existence spirituelle, et tout cela est racheté.[197]

Pour prouver qu'un homme parfait n'est pas un être spirituel, l'auteur invoque Jésus. Avant de venir sur terre, Jésus était « en forme de Dieu », c'est-à-dire spirituel. Pour être rançon, il devait être homme, de la même nature que le pécheur dont il prenait la place. Selon Hébreux 2:16, il n'a pas pris la nature des anges mais celle des hommes. Pour l'auteur, cela montre que la nature angélique n'est pas la seule du plan spirituel et qu'elle est inférieure à celle que Jésus avait avant de devenir homme. Jésus a été ensuite élevé plus haut encore (Philippiens 2:9) et participe à la nature divine, celle de Jéhovah. Les natures divine, angélique et humaine sont donc distinctes, et être un homme parfait n'est pas être un ange. Jésus a pris une nature humaine parfaite, non la nature dégradée actuelle.[198]

Jésus devait être un homme parfait pour garder une loi parfaite et pour donner une rançon pour des hommes pécheurs, puisque par un homme est venue la mort et par un homme le droit à la résurrection (1 Corinthiens 15:21). Si Jésus dans la chair était un homme parfait, alors l'homme parfait est un être humain charnel, couronné de gloire et d'honneur, « un peu inférieur aux anges » (Hébreux 2:9). Si Adam était parfait, toute soustraction ou addition (sauf de connaissance) le rendrait imparfait, car la perfection ne peut être augmentée.[199]

Jésus, homme parfait, ne pouvait être rendu plus parfait comme homme. Sous la promesse d'une exaltation future de la nature humaine à la nature divine, il a consacré à la mort tous ses espoirs, intérêts et plaisirs humains, et avec eux sa nature humaine. Comme on ne peut posséder deux natures à la fois, la nature humaine a été abandonnée à la mort avant de recevoir la nature divine. La forme humaine n'avait été prise que pour devenir rançon (Hébreux 2:9).[200] Il a reçu pleinement la nature divine lorsque, mis à mort dans la chair, il a été rendu vivant en esprit. Il en avait reçu les arrhes à son baptême, à trente ans, quand il a été engendré de l'Esprit et scellé comme accepté pour la nature divine (Jean 6:27 ; Éphésiens 1:13).[201]

Celui qui a payé la rançon doit bénir et restaurer l'homme, puis lui rendre la domination de la terre, avec une connaissance du bien et du mal qui lui permettra de toujours choisir le bien. Il choisit maintenant un « petit troupeau » appelé à partager ses honneurs et sa nature divine (2 Pierre 1:4). Ces cohéritiers travailleront avec lui à restaurer l'humanité dans sa nature humaine, avec gloire et domination terrestres, mais avec une connaissance accrue.[202]

L'âge présent est consacré au développement de ceux qui changent de nature, le Christ et son épouse. Les épîtres des apôtres décrivent les intérêts du petit troupeau et le prix de sa course, mais les plans de Dieu ne s'arrêtent pas à ce groupe choisi. La nature divine et les corps spirituels ne sont pas destinés à tous les hommes. La Bible distingue la perfection de nature divine du petit troupeau et la perfection de nature humaine du monde restauré.[203] Elle contient des promesses terrestres et des « promesses célestes », comparées aux « sables de la mer » et aux « étoiles du ciel » (Genèse 22:17). À la classe terrestre il est dit : « tout le pays que tu vois, je te le donnerai » (Genèse 13:15), avec maisons et vignes (Ésaïe 65:21-22). La classe céleste reçoit de « très grandes et précieuses promesses » (2 Pierre 1:4) et un appel céleste, celui d'être cohéritière de Jésus et de siéger sur son trône. Cet appel est limité à l'âge de l'Évangile : il n'a jamais été fait avant et ne le sera plus après. L'appel terrestre, antérieur à l'appel céleste, suivra l'âge de l'Évangile, durant le Millénium, où les hommes pourront atteindre la perfection humaine, leur droit à celle-ci ayant été acheté par le sacrifice de l'humanité du Christ.[204] Les êtres parfaits des deux natures resteront très différents, mais ils partageront le désir de faire la volonté du Créateur, car l'homme parfait a été fait à l'image du divin parfait.[205]

Les « anciens dignes de foi » ont obtenu un bon témoignage, mais n'ont pas reçu ce que Dieu avait promis, le pays et la paix. Selon Hébreux 11:40, Dieu avait prévu « quelque chose de meilleur » pour l'Église de l'Évangile, et ils ne parviendraient pas à la perfection sans elle. Les promesses terrestres faites à Abraham, Samson, Moïse, Isaac, Jacob et Rahab ne se réaliseront donc qu'une fois l'Église de l'Évangile achevée et en possession des choses spirituelles ; c'est alors, par elle, qu'elles s'accompliront.[206]

Cette distinction empêche de prendre Samson, Abraham, Isaac ou Jacob comme modèles de crucifixion de la chair, puisqu'ils couraient pour le prix terrestre. Le modèle est Jésus, premier à courir pour le prix spirituel, le « précurseur », puis Pierre, Paul, Jacques et Jean, qui ont crucifié la nature humaine pour obtenir la nouvelle nature. La seule différence entre leurs sacrifices et ceux des croyants actuels tient à la capacité et à l'occasion, et la volonté doit être aussi sanctifiée que la leur.[207]

Crucifier la chair ne veut pas dire abandonner le péché, car Jéhovah n'accepterait jamais les péchés comme sacrifice. Il faut les fuir, mais le sacrifice consiste à renoncer à l'aise, au confort et aux plaisirs permis à l'homme naturel pour accomplir la volonté de Dieu. Jésus, sans péché à abandonner, a renoncé à ce qui lui était permis comme homme, jusqu'à la vie.[208]

L'auteur oppose Paul aux prédicateurs modernes. Beaucoup choisissent le ministère comme une « profession » honorable et confortable. Paul, lui, ne pouvait s'empêcher de prêcher, saisi par la grandeur de l'« appel céleste » ; il a prêché malgré la persécution, travaillé de ses mains, connu la faim et la pauvreté. Le clergé actuel mérite, selon lui, les paroles d'Ésaïe 56:10-11 : des sentinelles aveugles, des « chiens muets » et gloutons, attentifs à leur propre intérêt. Attachés aux traditions humaines (Ésaïe 29:10-14), ils annoncent non une bonne nouvelle mais la pire des nouvelles : un Dieu d'amour, tout-puissant et sage, qui aurait prévu le malheur éternel de neuf dixièmes de ses créatures. L'auteur conclut que la miséricorde de Dieu dure toujours, d'où la restitution humaine à l'âge suivant et le développement du petit troupeau durant l'âge présent.[209]

Sept tableaux du Royaume millénaire du Christ et de son œuvre

Les chapitres 20 à 22 de l'Apocalypse contiennent, selon l'auteur, huit tableaux du vrai Royaume, de même que les chapitres 12, 13 et 17 donnent des descriptions répétées du faux Royaume, celui de l'Antichrist. Cette répétition des mêmes réalités sous des angles différents est présentée comme un principe propre à ce livre. Ne pas le reconnaître expliquerait pourquoi tant de lecteurs n'en tirent aucun sens.[210]

Ce passage est souvent lu comme un récit continu, et non comme plusieurs reprises d'un même énoncé. Certains en concluent que le « grand trône blanc » est dressé après le Millénium et la destruction de Satan. Ils ne savent alors pas pourquoi les morts sont ressuscités à ce moment, ni comment ils pourraient avoir une épreuve après le Millénium. L'auteur fournit un schéma de ces tableaux : Satan lié mille ans, avec le mal et le vice strictement contenus ; les trônes terrestres renversés et les vainqueurs régnant mille ans avec le Christ ; les saints de la première résurrection vivants et régnant avec lui ; le grand trône blanc ; les morts jugés d'après les livres ouverts ; la seconde mort ; le nouveau ciel et la nouvelle terre ; la Sainte Cité (le gouvernement) et ses bénédictions pour l'humanité, avec la douleur, le chagrin et la mort abolis ; l'épouse, la Sainte Cité et le Royaume de Dieu venus sur terre ; l'eau de la vie coulant librement ; les maux du monde guéris ; la malédiction, c'est-à-dire le péché et son résultat, la mort, détruite. Le schéma place aussi Satan relâché un peu de temps après les mille ans, les mal disposés étant alors trompés et détruits.[211]

Premier tableau : Satan lié, le mal contenu

Le premier tableau montre une contrainte imposée au mal pendant le Millénium. Un règne de justice suppose en effet que l'injustice soit retenue, et Satan est désigné comme le chef et le meilleur représentant des principes, des pratiques et des personnes mauvais.[212] L'ange muni de la clé de l'abîme et d'une chaîne est interprété ainsi : la clé représente l'autorité, la chaîne la force, et le mot « ange » signifie « messager ». Dieu enverrait donc des messagers dotés d'autorité et de puissance pour soumettre le mal. Plusieurs agents y participeraient, dont l'accroissement de la connaissance, mais tous sont typifiés par cet unique messager. Les traits du récit conduisent à y voir le Christ Jésus et son corps, l'Église des premiers-nés, à qui reviendrait le pouvoir de lier le mal, selon Psaumes 149:8-9. Le langage rappelle aussi celui de Apocalypse 1:18.[213]

La contrainte exercée sur le mal découle de l'exercice de l'autorité par le Seigneur lorsqu'il prend sa grande puissance et règne (Apocalypse 11:17). La manière serait pourtant très différente de l'idée courante. La vérité lie l'erreur et l'erreur lie la vérité, comme la lumière et les ténèbres s'opposent sans cesse. À présent, les puissances de l'erreur dominent, mais la lumière viendra avec le nouveau souverain.[214]

Ce nouveau souverain est déclaré déjà venu, visible seulement aux yeux de la foi éclairée par la Parole de Dieu, et le liage a déjà commencé. Selon la règle de 1 Pierre 4:17, le jugement commence par la maison de Dieu : le diable est d'abord lié dans l'Église, et la vérité y est libérée parmi ceux qui se disent enfants de la lumière. Le mouvement gagnera ensuite les erreurs, l'injustice et les mauvais gouvernements du monde, ce qui peut sembler une malédiction à l'Église nominale comme au monde. Les instruments en seraient variés : des outils polis venus du laboratoire du Seigneur, des incrédules honnêtes et moraux, des incrédules provocateurs qui déshonorent Dieu. Parmi les nations, des communistes aux mains sanglantes pourraient servir de défenseurs des droits civils et renverser des gouvernements oppressifs. Le résultat annoncé reste que Satan sera lié mille ans.[215]

Deuxième tableau : les pouvoirs gouvernementaux renversés, les saints règnent

Les trônes d'Apocalypse 20:4 sont ceux des royaumes terrestres actuels, tous soumis au « prince de ce monde » (Jean 14:30). Condamnés comme indignes, ils doivent être renversés au profit du royaume du Christ. Le mot grec traduit par « jugement » est le même que celui rendu par « condamnation » en Luc 23:40, Jacques 3:1 et Jude 4.[216]

Les « décapités pour le témoignage de Jésus » sont interprétés comme une catégorie dont quelques membres vivent encore. La décapitation est symbolique : décapiter, c'est séparer de la tête. Les « corps » dits chrétiens (méthodiste, presbytérien, etc.) ont chacun une tête, c'est-à-dire des conférences ou des assemblées dont viennent leurs lois. La Bible ne connaît qu'un seul corps et une seule tête. Quiconque, dans ces groupes, témoignera pour Jésus comme seule tête de l'Église et pour la Parole de Dieu comme seule règle de doctrine sera, prédit la revue, rapidement coupé de ces têtes. Cela s'accorde avec le refus d'adorer la Bête et son Image, qui représentent les institutions sectaires. Ceux qui restent attachés à d'autres têtes que la vraie ne sont pas des vainqueurs.[217]

La première résurrection (verset 5) est rapportée à toutes les « prémices », tant ceux qui « dorment en Jésus » que les vivants qui seront changés au moment de la mort. La première phrase du verset est omise, car plusieurs des plus anciens manuscrits ne la contiennent pas. Une note précise que le mot grec anastasis signifie « action de se tenir debout ». La mise en perfection du reste de l'humanité sera graduelle et occupera tout le Millénium. Celle de l'épouse du Christ, le petit troupeau, sera instantanée et aura lieu au début du Millénium. Dans les deux cas il s'agit d'une perfection, humaine pour les uns, divine pour les autres. La « première » résurrection désigne la « meilleure » ou la « principale », le grec protos étant rendu par « meilleur » en Luc 15:22 et par « principal » en plusieurs passages des Actes.[218]

Troisième tableau : le règne béni et la fin du mal

Ceux qui ont part à la première résurrection sont déclarés saints et heureux, à l'abri de la seconde mort, prêtres de Dieu et du Christ pour mille ans (Apocalypse 20:6). Ils seront prêtres pour enseigner autant que rois pour régner : ils feront exécuter les lois de Dieu, mais aussi instruiront et aideront les hommes à obéir (Apocalypse 5:10).[219]

Pendant ce règne, tous parviendront à la connaissance de la vérité (1 Timothée 2:4), la vraie lumière éclairera tout homme (Jean 1:9), et tous reconnaîtront le Christ : les anges, les vivants et les morts ramenés à la vie. Tout genou fléchira (Philippiens 2:10-11), et toutes les nations, « Sodomites compris », viendront adorer (Apocalypse 15:4). Chacun aura l'occasion d'atteindre la perfection humaine et la vie éternelle. Le royaume sur la terre sera ensuite remis à Dieu le Père, après que le Christ aura mis tous les ennemis sous ses pieds, le dernier étant la mort (1 Corinthiens 15:25-28). La destruction de la mort suppose que l'humanité soit relevée jusqu'à la perfection, avec la fin de la maladie et de la douleur. Ce travail graduel occupe les mille ans des « temps de rétablissement ». Pour les hommes, le Millénium est l'âge où l'on devient parfait ; pour l'épouse du Christ, l'âge de l'Évangile jouait le même rôle, avant des âges de gloire dont le Millénium est le premier.[220]

Tout ce qui est présenté à Jéhovah doit être parfait, et le péché ne doit pas dépasser le Millénium. Ceux qui auront reçu la connaissance et le rétablissement sont donc éprouvés avant d'être jugés à l'abri du péché. Satan, c'est-à-dire le mal, est délié pour un peu de temps afin que l'on voie si l'obéissance vient de la crainte du châtiment ou de l'amour de Dieu.[221] Le mal étant lié par l'application de la punition, il sera délié en laissant les mauvaises actions impunies un temps, comme dans l'âge présent (Malachie 3:15-18). Libres de faire le bien ou le mal, les hommes, alors très nombreux, se partageront : les uns resteront fidèles et seront appelés saints, les autres, issus de toutes les nations, se joindront à la révolte. Le feu, qui représente le jugement et l'épreuve, tombera sur eux, et le soufre représente l'extinction de la vie, aucune vie ne résistant à ses vapeurs.[222]

L'étang de feu où sont jetés le diable et ses partisans est de même nature que celui où la Bête et le Faux Prophète (l'Image) sont jetés à la fin de l'âge de l'Évangile. Ces symboles représentent des institutions et non des personnes. Ces institutions y entrent vivantes, tant qu'elles sont encore actives et puissantes. Ce feu de la géhenne, feu d'épreuve et de destruction, brûle déjà selon la revue et commence à tourmenter ces institutions ainsi que ceux qui n'en perçoivent pas la vraie nature. « Pour les siècles des siècles » est rendu plus exactement par « jusqu'aux » âges parfaits.[223]

Quatrième tableau : le trône de justice et le procès du monde pour la vie

Le grand trône blanc symbolise le royaume pur et juste du Christ : le blanc évoque la paix et la pureté, et le sceptre du royaume est un sceptre de justice (Hébreux 1:8). Celui qui y siège représente le Christ, d'abord Jésus, la tête, puis les vainqueurs qui partagent sa gloire (Apocalypse 3:21), tous ne faisant qu'un. Le ciel désigne le contrôle spirituel, la terre la société organisée, la mer les masses agitées sans frein religieux. Devant ce trône, toute forme de mal, d'oppression et d'injustice fuit sans trouver de place.[224]

La société actuelle est décrite comme une suite de couches, chacune maintenant sa position en écrasant celles du dessous. Cette oppression de classe serait moindre aux États-Unis que partout ailleurs, mais les castes sociales y restent visibles. Les classes supérieures sont orgueilleuses, les humbles se trouvent le plus souvent en bas. Le régime social présent passera dès l'établissement du trône de justice, remplacé par une « nouvelle terre » où l'on reconnaîtra le mérite et non l'orgueil ni la puissance, et où l'amour de Dieu et des hommes gouvernera.[225]

Ce changement commence dès le début de la domination du royaume du Christ, qui, selon la revue, était due au printemps 1878. Si cette date est exacte, les éléments du renversement devraient déjà se préparer, et la revue croit que c'est le cas. Ésaïe 24:1-2 s'accorde avec cette lecture : Dieu retourne la terre, les orgueilleux (la « croûte supérieure ») sont abaissés et les humbles élevés. Ésaïe 40:4 (« toute vallée sera exhaussée, toute montagne abaissée ») est souvent mal appliqué par les adventistes du second avènement et d'autres, qui y voient une terre fondue par le feu puis refroidie en surface plane. Il est ici compris comme une reconstruction de la société, avec égalité des classes et reconnaissance du mérite individuel, joint à l'humilité et à la bienveillance.[226]

Les « cieux » actuels, c'est-à-dire les pouvoirs spirituels de contrôle, passeront aussi. Satan est « le prince de la puissance de l'air » qui agit dans les fils de la désobéissance (Éphésiens 2:2) et « le prince de ce monde » (Jean 14:30). Son pouvoir cessera progressivement, car, selon certaines prophéties, son liage ne sera pas complet avant environ 33 ans. Le « nouveau ciel », pouvoir spirituel invisible de bien, au service du Christ et non de Satan, n'est mentionné que plus loin.[227]

Les morts, petits et grands, qui se tiennent devant Dieu ne sont pas rangés devant un tribunal littéral. Le monde est mis à l'épreuve pendant son âge, comme certains le sont maintenant à l'âge de l'Évangile pour la nature divine. Le verbe grec krino a le sens d'éprouver, ce que montre 1 Corinthiens 6:1-2, où Paul l'emploie trois fois. Les saints qui auront vaincu seront les juges du monde, capables, comme leur chef Jésus, d'aider et de compatir, ayant eux-mêmes été tentés en tout point.[228]

« Les morts » désignent tous les descendants d'Adam qui, pendant l'âge de l'Évangile, n'échappent pas à la condamnation de la mort en recevant la vie spirituelle en Jésus (Romains 5:18 ; Romains 8:1-2). Si un petit nombre échappe maintenant à la condamnation, le monde aura le privilège d'y échapper par l'obéissance à certaines lois de la vie naturelle, en vertu de la rançon payée par Jésus. Le juge s'est porté garant des condamnés, qui auront un procès complet, juste et impartial.[229]

Les livres ouverts sont les livres de la Bible, d'après lesquels l'Église est déjà jugée et dont nul n'est jugé sans en comprendre quelque chose. Cela rejoint la parole de Jésus : « Mes paroles vous jugeront au dernier jour », soit le jour du Millénium (Jean 12:48 ; Matthieu 5:40). Les paroles de Jésus ne seront plus voilées sous des paraboles. Le « mystère de Dieu », l'Église, étant achevé, les livres seront ouverts et la connaissance du Seigneur remplira la terre, car Dieu veut que tous soient sauvés et parviennent à la connaissance de la vérité (1 Timothée 2:4).[230]

La mer livre ses morts : les masses sans frein religieux sont retirées de cet état et placées sous les contraintes du trône blanc, si bien qu'il n'y aura plus de mer (Jude 13 ; Jacques 1:6). La mort et le séjour des morts rendent aussi leurs morts, jugés selon leurs œuvres durant cet âge. Cette épreuve concerne le monde entier, non les saints (Jean 5:24), et délivre la création qui gémit pour la liberté des fils de Dieu (Romains 8:21-22).[231]

Un autre livre, le livre de la vie, est ouvert. De même qu'un livre contient les noms des vainqueurs de l'âge de l'Évangile dignes de la vie divine, un registre sera tenu à l'âge suivant pour ceux qui méritent la vie humaine parfaite. Le premier livre, presque achevé, ne sera ouvert qu'à la fin de l'âge, quand on verra qui fait partie de l'épouse de l'Agneau ; le second ne le sera qu'à la fin de l'âge suivant, quand les dignes recevront la domination de la terre perdue par Adam. Le monde devra aussi avoir la foi, mais son épreuve repose sur les œuvres, alors que le jugement des croyants actuels dépend surtout de la foi, les œuvres parfaites étant impossibles à cet âge.[232]

À la fin de cet âge d'épreuve, la mort, le séjour des morts et tous ceux dont le nom n'est pas dans le livre de la vie sont jetés dans l'étang de feu. Le caractère symbolique de l'étang est évident puisque la mort et le séjour des morts y sont jetés : la tombe et la mort adamique n'existeront plus (Ésaïe 25:7-8). Ceux jugés alors indignes de vivre meurent de la seconde mort, imputable à leur péché volontaire, la mort adamique et ses suites ayant été détruites.[233]

Cinquième tableau : la Sainte Cité, l'épouse, Dieu habitant parmi les hommes

Ce tableau montre le côté glorieux du Millénium. Le premier ciel, la première terre et la mer ont entièrement disparu ; le nouveau ciel (la domination spirituelle du Christ) et la nouvelle terre (la société reconstruite) sont établis, d'où l'absence de mer, c'est-à-dire de peuples sans frein.[234]

La Nouvelle Jérusalem descendant du ciel représente l'Église comme royaume ou gouvernement sur la terre. La fausse Église (l'Antichrist) a tenté pendant cet âge de gouverner les nations ; elle est la « grande cité qui règne sur les rois de la terre », nommée aussi « Babylone », confusion. La véritable Église, unie au vrai Christ, aura le vrai royaume sur les nations : une cité forte appelée Sion ou Nouvelle Jérusalem, « la ville du grand Roi ». Demeure de Dieu, elle sera le lieu d'où il bénira le monde, car la réconciliation pour l'iniquité ayant mis l'humanité en harmonie et effacé le péché, la puissance de Dieu peut relever et bénir tous les hommes (Actes 3:21).[235]

Dieu lui-même essuiera toutes les larmes. Cela correspond à son plan dès l'origine (2 Corinthiens 5:18) : Dieu était en Christ réconciliant le monde avec lui, en payant la rançon exigée par sa propre justice, et l'œuvre du Millénium reste la sienne. Il emploiera pourtant des agents, le Christ Jésus et son épouse. Les membres de l'épouse partageront ainsi l'essuyage des larmes de l'humanité, œuvre graduelle qui dure tant que subsistent l'imperfection, la douleur et la mort, c'est-à-dire jusqu'à la fin de l'âge. Alors « il n'y aura plus de mort, ni de deuil, ni de cri, ni de douleur ». Tous ces maux sont les suites de la malédiction du péché ; ayant été racheté par celui qui s'est fait malédiction pour nous, chacun doit en être délivré en son temps.[236]

La parole « Voici, je fais toutes choses nouvelles » est rattachée à la venue du Christ comme homme et au don de sa vie humaine comme prix de rançon. Ayant racheté l'homme déchu, il lui donne par sa nouvelle vie, divine, la pleine capacité de retrouver sa condition perdue d'homme parfait, image de son Créateur. Les « temps de rétablissement » annoncés par les prophètes sont déclarés « fidèles et véritables ». Celui qui est l'Alpha et l'Oméga donnera gratuitement de l'eau de la vie à tous ceux qui ont soif et qui veulent entrer en harmonie avec lui.[237]

Ceux qui seront alors dignes de la vie humaine parfaite sont appelés vainqueurs et « héritent » du royaume terrestre, comme les vainqueurs de l'âge de l'Évangile héritent des choses spirituelles. Ceux qui ne renoncent pas alors aux œuvres des ténèbres ont leur part dans l'étang de feu et de soufre, c'est-à-dire la seconde mort, pour leurs propres péchés. Cette mort est éternelle et jamais suivie d'une résurrection : le Christ ne meurt plus, et il n'existe pas de rançon pour cette tombe comme pour la mort adamique. Le péché sera alors effacé et les pécheurs disparus, et tout dans le ciel et sur la terre chantera des louanges au Roi éternel.[238]

Sixième tableau : la Nouvelle Jérusalem, lumière des nations

Ce tableau part de l'époque présente. Jean, qui représente les membres vivants de l'épouse, voit la Sainte Cité descendre sur la terre, mais il doit d'abord s'élever en esprit au-dessus du niveau terrestre. De même, l'antitype peut maintenant voir le royaume de Dieu qui vient : la domination du Très-Haut commence à diriger et à renverser les choses terrestres, en préparation de l'accomplissement complet de sa volonté sur la terre comme au ciel. Un cantique cité évoque les jugements qui encerclent la terre, les trônes qui s'effondrent et la Jérusalem qui descend.[239]

Tous ne voient pas ce royaume « en train de descendre ». Pour le reconnaître, il faut s'éloigner du point de vue du monde et monter en esprit (bientôt en personne) sur la haute montagne, le royaume de Dieu, en entrant dans une pleine sympathie et une pleine loyauté envers lui. On est alors admis à la confiance du Roi et l'on découvre sa gloire et la place future de l'épouse. De ce point de vue, ce royaume apparaît comme tout-puissant et spirituel, ayant « la gloire de Dieu ».[240]

La description symbolique de la cité en précise la nature. La ville entière est d'or pur, gloire divine qui ne ternit pas. Ses murs sont les « murs du salut » (Ésaïe 60:18), garantie de protection et de sécurité ; ils ne s'écrouleront jamais. Leurs fondements sont de pierres précieuses, et le mur lui-même de jaspe limpide comme du cristal, peut-être un diamant. Ces murs reposent sur la rédemption achevée, fondement posé par Jésus, les apôtres et les prophètes (Éphésiens 2:20). La cité est carrée, hauteur, longueur et largeur étant égales : un cube, forme parfaite qui exprime sa perfection envers Dieu comme envers la terre.[241]

La cité a des portes dans toutes les directions, et les noms des douze tribus d'Israël y sont inscrits. Cette disposition est interprétée à partir de l'idée que, lorsque la domination de Dieu sera établie sur la terre, la Jérusalem littérale sera rebâtie sur ses anciennes ruines et redeviendra la grande cité de la terre. Israël selon la chair, c'est-à-dire les enfants d'Abraham, serait alors le canal par lequel la bénédiction de la semence spirituelle, le Christ, coulerait vers toutes les nations (Galates 3:16 ; Galates 3:29 ; Romains 11:25-33). Les portes montrent la place d'Israël : par elles, le monde s'approche du gouvernement céleste et reçoit les bénédictions. Les douze anges placés aux portes sont compris comme des messagers. Israël serait chargé, au temps voulu, de transmettre l'amour et la connaissance du Seigneur à toutes les créatures.[242]

La cité n'a besoin ni du soleil, qui désigne le message de l'Évangile, ni de la lune, qui désigne son reflet, la Loi de Moïse, car la gloire de Dieu la remplit. Actuellement, la connaissance est partielle et l'on voit « comme à travers un verre enfumé ». Plus tard, les membres de l'épouse, devenus des êtres divins parfaits, connaîtront comme ils sont connus. Les nations de la terre auront encore besoin du soleil et de la lune, au sens symbolique comme au sens naturel. La pleine lumière de l'Évangile et de la Loi brillera quand « les livres seront ouverts ». Ésaïe annonce que la lumière de la lune sera comme celle du soleil, et celle du soleil sept fois plus grande, le jour où le Seigneur pansera la brèche de son peuple, causée par le péché (Ésaïe 30:26). Non seulement la connaissance du Seigneur sortira des livres ouverts, mais la cité, c'est-à-dire le gouvernement, répandra elle-même sa lumière. Les nations marcheront à sa clarté, et les rois, identifiés aux saints d'après Apocalypse 5:10, y apporteront leur gloire et leur honneur, ainsi que ce que les nations ont de meilleur. La revue précise que les mots « tous ceux qui sont sauvés » manquent dans les plus anciens manuscrits. Le gouvernement contient d'abord la gloire des rois spirituels. À mesure que le Millénium avance, il englobe tout ce que la terre compte de pur et de bon, mais seulement ceux jugés dignes de la vie. Personne de souillé ne s'y trouvera, puisque chacun aura pu être purifié de tout péché.[243]

Septième tableau : le fleuve d'eau de la vie

Ce tableau commence après l'établissement de la cité, le gouvernement de Dieu sur la terre, et illustre ses bénédictions sous d'autres symboles (Apocalypse 22:1-3 ; Apocalypse 22:17). Le fleuve d'eau de la vie et les arbres de vie, dont le fruit entretient la vie et dont le feuillage guérit les peuples, rappellent le paradis d'où Adam fut chassé à cause du péché et l'arbre de vie d'Éden, dont le manque de fruit fit mourir Adam et sa race. Le tableau est présenté comme une image du « rétablissement de toutes choses » : la malédiction guérie, le péché effacé et, avec lui, la misère, la douleur et la mort, parce qu'une rançon a été payée et que celui qui a racheté est aussi celui qui restaure.[244]

L'eau de la vie qui coulera du trône annonce l'avenir, car le trône n'est pas encore établi sur la terre. Tant que la prière « Que ton règne vienne » n'est pas exaucée, le fleuve ne peut couler. Cette eau est la connaissance, la vérité, dont l'humanité est aujourd'hui privée. Elle jaillira en abondance quand le tabernacle de Dieu sera avec les hommes, et l'humanité assoiffée, gémissant sous l'esclavage du péché et de la mort, sera alors rafraîchie et restaurée.[245]

Israël au désert est présenté comme un type de l'humanité. Assoiffé, il implora le Seigneur, le rocher fut frappé et des eaux jaillirent. De même, les prières et les gémissements de l'humanité (Romains 8:21-22) ont été entendus de Jéhovah, qui a permis que le Rocher, Christ Jésus, soit frappé. Le coup se poursuit, puisque les croyants sont autorisés à « compléter ce qui manque aux souffrances du Christ » (Colossiens 1:24). Quand toutes les souffrances du Christ, tête et corps, seront terminées, les fleuves d'eau de la vie couleront, et quiconque le voudra pourra boire librement et vivre pour toujours. Israël typique buvait l'eau typique du rocher typique ; la réalité est le Christ, et tout le monde, quiconque a soif, pourra venir boire au fleuve de la vie (1 Corinthiens 10:4).[246]

La connaissance de Dieu, dont la connaissance est la vie éternelle, n'est possédée aujourd'hui que dans une mesure limitée par ceux qui sont engendrés par la parole de vérité. Jésus la comparait à une source qui jaillit. Dans l'âge du Millénium, elle sera un fleuve large et plein, libre pour tous, alors qu'elle est réservée aujourd'hui au « petit troupeau ». Ce petit troupeau, qui marche maintenant sur le chemin étroit vers le grand prix de l'immortalité, l'aura alors atteint. La vierge pure, actuellement fiancée au Fils du Roi du ciel, sera unie à l'Époux ; elle ne sera plus la vierge mais l'épouse, femme de l'Agneau et cohéritière. Son œuvre future est décrite au verset 17 : « L'Esprit et l'épouse disent : Viens. Que celui qui entend dise : Viens. Que celui qui a soif vienne, et que celui qui veut prenne de l'eau de la vie gratuitement. »[247]

Dans l'âge actuel de l'Évangile, les membres des vierges fiancées peuvent être employés par l'Esprit à choisir celle qui sera bientôt l'épouse, appelée à partager le nom, la gloire et l'œuvre de l'Époux. C'est présenté comme un grand privilège, et un réconfort pour tout engendré de l'Esprit : cette sélection a pour but de permettre, dans l'âge suivant, de travailler avec l'Époux et le Père à bénir toutes les familles de la terre, en faisant couler l'eau librement et en invitant chacun à boire à la connaissance et à l'amour de Dieu pour vivre éternellement.[248]

Les arbres de vie symbolisent des saints. Leurs feuilles, c'est-à-dire leurs professions et leurs enseignements, guériront les hommes. Leur fruit sera adapté aux conditions changeantes des hommes à mesure qu'ils sont élevés vers la perfection, avec un fruit convenant à chaque saison, ce qui rétablira l'homme dans son état d'origine. Il n'y aura plus de malédiction : elle sera levée peu à peu, et l'homme graduellement délivré sous les bénédictions de cet âge glorieux. Les serviteurs de Dieu le serviront et régneront jusqu'à l'âge des âges, quand le royaume sera remis à Dieu le Père.[249]

Voir aussi

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Illustrations du numéro

Références

  1. ↑ La Tour de Garde de mars 1882, p. 328-329
  2. ↑ SCHULZ et DE VIENNE, Separate Identity, vol. 2, p. 69-70.
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  19. ↑ La Tour de Garde de mars 1882, p. 330
  20. ↑ WILLS Tony, A People for His Name, chap. 7 « The Christian and the Church ». Original : « Our sacrifice must, therefore, consist in our self-denial of those things to which as natural men we have a right. »
  21. ↑ La Tour de Garde de mars 1882, p. 328
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  23. ↑ La Tour de Garde de mars 1880, p. 78.
  24. ↑ PENTON M. James, Apocalypse Delayed, p. 409-410, n. 7. Original : « If he is head and the church his body, and the body is to "fill up that which is behind of the afflictions of Christ," would not the plan be a failure without the suffering of the body. »
  25. ↑ La Tour de Garde de mars 1882, p. 325
  26. ↑ La Tour de Garde de mars 1882, p. 325
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  40. ↑ PENTON, Apocalypse Delayed, op. cit., p. 3-4. Original : « the "wrong thing [or things] had happened at the right time." »
  41. ↑ ZYGMUNT Joseph F., « Prophetic Failure and Chiliastic Identity: The Case of Jehovah's Witnesses », American Journal of Sociology, vol. 75, n° 6, 1970, p. 926-948.
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  66. ↑ La Tour de Garde de mars 1882, p. 332
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  68. ↑ BLANDRE, La préhistoire des témoins de Jéhovah, op. cit., p. 184-186.
  69. ↑ La Tour de Garde de mars 1882, p. 332
  70. ↑ La Tour de Garde de mars 1882, p. 330
  71. ↑ Three Worlds and the Harvest of This World, 1877, p. 66. Original : « Verses 11, to 15, is, I apprehend, a mere recapitulation of the whole scene. »
  72. ↑ BLANDRE, La préhistoire des témoins de Jéhovah, op. cit., p. 26-28.
  73. ↑ La Tour de Garde de mars 1882, p. 331 et 333
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  76. ↑ La Tour de Garde de mars 1882, p. 334
  77. ↑ BLANDRE, La préhistoire des témoins de Jéhovah, op. cit., p. 139-141.
  78. ↑ CROMPTON, Counting the Days to Armageddon, op. cit., p. 45-46.
  79. ↑ La Tour de Garde de mars 1882, p. 332
  80. ↑ Three Worlds and the Harvest of This World, 1877, p. 62
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  82. ↑ CROMPTON, Counting the Days to Armageddon, op. cit., p. 32-34.
  83. ↑ La Tour de Garde de mars 1882, p. 331-332
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  85. ↑ BLANDRE, La préhistoire des témoins de Jéhovah, op. cit., p. 98-100.
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  93. ↑ WILLS Tony, A People for His Name, chap. 4 « Russell's Later Public Work », section « Opposition to the Harvest Work ». Original : « seeking 'honor one of another' and the approbation of the worldly element of their churches ».
  94. ↑ SCHULZ et DE VIENNE, Separate Identity, vol. 2, p. 428-430. Original : « His advice was, and he repeated it, "Burn it." […] the most damnable book he had read in his life ».
  95. ↑ La Tour de Garde de mars 1882, p. 325
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