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La Tour de Garde de Février 1884

De Tj-encyclopédie
La Tour de Garde de Février 1884
Revue La Tour de Garde
Date 1884
Auteur(s) Maria Russell, F. G. Wilson, William I. Mann, John C. Sunderlin, Henry Grattan Guinness, Horatius Bonar, Mrs. H. V. Reed
Année 1884
Langue Anglais
Pays États-Unis

Ce numéro traite de deux questions. La première porte sur l'origine du malheur des hommes. Les inondations de l'hiver 1884 à Pittsburgh servent de point de comparaison. Le numéro les rattache à la malédiction tombée sur Adam et à la domination provisoire de Satan sur la terre. Il oppose cette malédiction à sa levée par la rançon du Christ, puis par son règne de mille ans.

La seconde question porte sur la place des chrétiens face aux Églises établies. Le numéro répond aux lecteurs qui demandent à quelle dénomination appartiennent les rédacteurs. Il s'appuie sur Ésaïe 29, sur la fuite « en hiver » de Matthieu 24:20 et sur des textes repris d'autres auteurs. Il conclut que l'Église nominale est rejetée et que les fidèles doivent en sortir.

Ces deux questions sont reliées au « jour du Seigneur ». Le numéro affirme que ce jour a déjà commencé avec la présence du Christ. Il annonce un soulèvement des peuples contre les gouvernements et la chute des Églises. Il en tire un appel à prier, à se sacrifier et à prêcher vite, avant que ces troubles n'empêchent toute activité.

Analyse

Croyances

La malédiction, Satan et la rançon

Le numéro part d'Adam créé avec la loi de Dieu inscrite dans sa conscience. L'homme rétabli doit faire le bien parce que c'est le bien, et non par peur ni pour une récompense.[1] John H. Paton disait déjà en 1880 que la loi écrite par nature dans le cœur des premiers hommes s'était vite obscurcie. Selon lui, la conscience du péché avait presque disparu avant la loi de Moïse.[2] En novembre 1883, la revue affirmait que personne n'est sauvé par la conscience.[3] En février 1884, la conscience n'est donc pas un chemin vers le salut. Elle est le but du règne millénaire : elle doit être réparée pendant mille ans.[4]

La chute a effacé cette loi, et la malédiction a suivi. Le numéro désigne l'agent de cette malédiction : Satan, que Dieu laisse faire.[5] En septembre 1881, la revue présentait déjà les anges rebelles comme des agents de Dieu qui, sans le savoir, font connaître aux hommes le mal, la maladie et la mort.[6] Tony Wills explique comment Russell justifiait que Dieu tolère le mal. Les morts ressuscités se souviendront de leur première vie. Ils la compareront au règne du Christ et rejetteront le mal parce qu'ils l'auront vécu.[7] Le numéro parle de cette « leçon utile » que l'humanité tire de la domination du mal.[8] Job sert ici de type de l'humanité, et Satan est la source de ses malheurs.[9] En novembre 1882, Job servait seulement de type de la restitution : il avait tout perdu, puis tout retrouvé.[10] En février 1884, son histoire sert en plus à dire qui envoie les tempêtes.

Le texte d'Amos 3:2 sert d'appui à cet argument. Seul Israël a reçu des jugements nationaux, parce que Dieu le gouvernait directement.[11] En septembre 1881, le même verset montrait seulement qu'Israël était le peuple favorisé de l'âge juif.[12] En février 1884, il sert à retirer aux autres peuples l'idée de punitions envoyées par Dieu. Robert Crompton explique ce cadre : pour Russell, le royaume typique de Dieu en Israël prend fin avec Sédécias, et la domination du monde passe aux nations.[13]

Le remède est la mort du Christ comme substitut. Le titre de l'article, « La malédiction levée », reprend celui d'un écrit de William H. Spencer, The Curse Lifted: A Bible View of the Restitution Promise (« La malédiction levée : une vue biblique de la promesse de restitution »). Bernard Blandre range ce texte parmi les lectures de Russell sur la restitution.[14] En juillet 1883, l'« inimitié » d'Éphésiens 2:14-16 désignait la condamnation que Dieu porte sur la race d'Adam. Elle était levée une fois pour toutes par la mort du Christ, contre un journal rival selon lequel chacun se réconcilie en détruisant ses propres penchants.[15] En février 1884, la revue ajoute l'autre côté de l'inimitié, celle de l'homme envers Dieu. Elle ne disparaîtra que pendant le Millénium.[16] La réconciliation a donc deux temps : elle est rapide du côté de Dieu, et elle dure mille ans du côté des hommes.[17] Paton tirait déjà la même distinction de Romains 5:10 en 1880 : être réconcilié par la mort du Fils n'est pas encore être « sauvé par sa vie ».[18] En mai 1883, la revue avait rompu publiquement avec ce même Paton parce qu'il contestait désormais la rançon.[19]

Le numéro démonte la thèse d'une inimitié venue du seul côté de l'homme. Il lui reproche de faire de Dieu un être qui supplie et qui reconnaît avoir été trop sévère.[20] Ceux qui soutiennent cette thèse ne sont pas nommés. Nelson Barbour, en 1878, comparait l'idée d'un prix payé pour le péché au fait de transpercer une mouche d'une épingle pour punir la faute d'un enfant.[21] Bruce Schulz et Rachael de Vienne précisent que la rançon de Russell est un « prix correspondant » : une vie humaine parfaite donnée à la place de celle d'Adam. Elle n'a rien à voir avec la doctrine d'Anselme, où un Dieu-homme paie un prix infini.[22] Dans « Quel est votre jugement ? », le petit mot « pour » reçoit le sens de « à la place de ». Le texte invoque à l'appui les deux plus anciens manuscrits, le Sinaïtique et le Vatican.[23] En janvier 1883, la revue annonçait un Nouveau Testament donnant les variantes de ces manuscrits avec la préface de Tischendorf.[24]

Présence du Christ, chute de Babylone et fin des gouvernements

Le Christ est présenté comme déjà présent, de façon invisible. J. C. Sunderlin appuie cette idée sur le verbe grec heko, qu'il traduit par « être venu, être là ». Il le relève dans plusieurs passages de Matthieu, de Luc, des Hébreux et de l'Apocalypse.[25] Les dictionnaires grecs donnent bien ce sens au verbe : « être arrivé et être là ».[26] L'idée que parousia veut dire « présence » est plus ancienne que Russell. James Penton cite le pasteur anglais Robert Govett, qui la défendait au début du XIXe siècle.[27]

Le discours n° 5, « Le Jour du Seigneur », donne à ce « jour » un sens large. Au sens strict, il couvre tout le Millénium, mais la Bible l'applique surtout à son début.[28] Blandre indique que ces discours avaient été prononcés en 1877 par Russell à Allegheny, puis publiés dans la revue à partir de 1883.[29] La description de la détresse des nations reprend presque mot pour mot le texte de septembre 1879. Ce texte de 1879 faisait commencer le jour du Seigneur en 1873, pour quarante ans.[30] En novembre 1882, ce jour de quarante ans commençait en 1874.[31] En 1879, les « rochers » où se cachent les grands étaient nommés : les francs-maçons et les Odd Fellows.[32] En 1884, ils sont désignés comme les sociétés secrètes protectrices.[33]

Cette présence entraîne le jugement de l'Église nominale. La ruine de Jérusalem sert de type à sa disparition.[34] Au XVIIIe siècle, John Gill et Adam Clarke lisaient à la lettre l'hiver de Matthieu 24:20 : jours courts, routes enneigées ou inondées.[35] Sunderlin fait de cet hiver le refroidissement de l'Église après la moisson.[36] Il nomme l'Église catholique « mère des prostituées » et les Églises protestantes ses « filles ».[37] George Chryssides note que les protestants identifiaient en général Babylone à l'Église catholique, alors que Russell appliquait ce nom à « l'Église nominale » tout entière.[38] L'extrait signé H. G. Guinness déclare toute l'Église professante apostate.[39] Henry Grattan Guinness, évangéliste irlandais, avait publié en 1878 The Approaching End of the Age (« La fin prochaine de l'âge »). Il y lisait les prophéties comme une suite d'événements historiques où la papauté tient une grande place.[40]

Sur la conduite à tenir envers les Églises, Sunderlin s'écarte d'une réponse publiée un an plus tôt. Il juge que celui qui appartient à son Église « en esprit » n'est pas obligé de la quitter.[41] En mars 1883, Maria Russell refusait justement de quitter l'Église seulement « en esprit ». Elle demandait à un lecteur d'en sortir, en s'appuyant sur Apocalypse 18:4.[42]

La présence du Christ entraîne aussi la chute des gouvernements. W. I. Mann voit dans la dynamite et dans les récents attentats en Grande-Bretagne les signes de cette chute.[43] Il rappelle aux lecteurs de Pittsburgh les émeutes de juillet 1877.[44] Blandre montre que Barbour décrivait déjà le « temps de détresse » comme une crise sociale : la faim et le chômage dresseraient les ouvriers contre les capitalistes. Les grèves qui ont suivi la crise de 1873 semblaient lui donner raison.[45] Les enfants de Dieu, eux, ne sont pas autorisés à s'opposer aux gouvernements.[46]

Après la crise : les classes, Israël et la restitution

Le discours n° 5 distingue le « petit troupeau », épargné, d'une classe de serviteurs infidèles. Ces serviteurs ne sont pas des hypocrites. Ils lavent leurs robes dans la grande tribulation et sont seulement invités au festin des noces.[47] La brochure de 1877 sur le retour du Seigneur décrivait déjà ces chrétiens, « non pas hypocrites », qui seraient sauvés « comme au travers du feu » et formeraient la grande foule.[48] La note de « La malédiction levée » met ces classes à part. Le raisonnement sur la réconciliation vaut pour la masse du monde, et non pour l'Église ni pour les impénitents de la fin.[49]

Le retour des Juifs en Palestine est expliqué par des motifs terrestres. Le texte leur prête un sens aigu des affaires et la peur du communisme, et il mentionne aussi la persécution.[50] Ce portrait du Juif habile en affaires reprend un cliché répandu à l'époque. En juin 1882, la revue citait les pogroms de Russie comme preuve que Dieu revenait vers les Juifs.[51] Crompton souligne ce paradoxe : pour Russell, la persécution elle-même était une marque de faveur divine.[52] L'attaque des nations contre Israël, suivie d'une délivrance divine, vient de Barbour. Selon Blandre, Barbour annonçait que Jérusalem serait sauvée d'une agression des nations avant 1914.[53] La croyance au retour d'Israël dans son pays venait elle-même des adventistes de l'Âge à venir, par George Storrs.[54]

Le Millénium sert à la fois de période de jugement et d'âge de restitution. Le Déluge et Sodome annoncent le sort des incorrigibles à la fin de ce jugement.[55] En août 1883, les Sodomites figuraient au contraire parmi ceux qui retrouveront leur « état premier ».[56] Les deux idées tiennent ensemble : la ville détruite sert de type, et ses habitants doivent revenir à la vie. Crompton explique que, pour Russell, le jour du jugement couvre tout le Millénium. La plupart des hommes ne pourront répondre à l'Évangile qu'à ce moment-là.[57]

La dernière épreuve du petit troupeau

Maria Russell appelle le temps présent le « jour du jugement » des saints, arrivé à sa dernière heure.[58] En décembre 1879, Paton écrivait déjà que le jugement de l'Église se fait pendant tout l'âge de l'Évangile.[59] La « dernière heure » s'explique par la date de 1881. En février 1883, la revue jugeait que le temps d'accepter de nouveaux consacrés s'était fermé en octobre 1881. Les consacrés devaient seulement achever leur course.[60] Crompton note que, après 1881, les appelés devaient encore confirmer leur appel pour être choisis.[61] L'épreuve du « Raffineur » vient de Malachie 3:3. En janvier 1881, Sunderlin appliquait ce même raffineur aux épreuves qui dissolvent la maison juive et la maison de l'Évangile.[62]

Ce jugement demande de donner toute sa vie au Christ. Le vin d'Ésaïe 29:9 reçoit deux sens opposés. L'ivresse de la Sion nominale vient de l'esprit du monde. Le vin de la coupe du Christ représente le sacrifice, qui use la nature humaine.[63] En février 1882, la revue opposait déjà la vraie consécration, faite à Dieu, à la consécration à une œuvre choisie par soi-même, comme le mouvement pour la tempérance.[64] Penton range la consécration complète au Seigneur parmi les rares conditions que Russell exigeait.[65]

La prière doit aller avec la conduite, et elle doit soutenir la prédication.[66] La direction divine passe par l'Esprit, la Parole et les circonstances. Le croyant doit « éprouver les esprits » selon 1 Jean 4:1.[67] En janvier 1881, la revue limitait le rôle de l'Esprit à guider l'Église dans la compréhension de la Parole.[68] L'extrait « Guidance », donné comme une sélection, parle en plus d'une voix de Dieu que l'on entend dans la nature et dans le silence.[69]

Une seule Église, contre les sectes et contre le doute

La seule condition pour la communion est de croire que le Christ est mort pour nos péchés, selon 1 Corinthiens 15:3.[70] Cette condition vise les adversaires de la rançon. En avril 1883, la revue répondait à Zion's Day Star et à The World's Hope en parlant de « damnable hérésie ».[71] L'élection de l'Église selon la prescience de Dieu est rapprochée du calvinisme.[72] Wills explique que Russell rangeait l'élection dans l'âge de l'Évangile et le salut offert à tous dans l'âge millénaire.[73]

Les extraits de Bonar et de Mme H. V. Reed défendent le surnaturel contre le doute moderne.[74] Le « nouveau christianisme » visé par Bonar correspond à la « nouvelle théologie » américaine. En 1883, Theodore T. Munger publiait The Freedom of Faith (« La liberté de la foi »), où la révélation est elle-même le produit d'une évolution.[75] La signature « Mme H. V. Reed » correspond au nom du mari d'Elizabeth Armstrong Reed. Hiram Vaughn Reed était prédicateur de l'Âge à venir, et elle avait publié en 1876 Earnest Words for Honest Sceptics (« Paroles sérieuses aux sceptiques sincères »).[76] L'extrait cite le physicien John Tyndall comme témoin des souffrances des premiers chrétiens.[77] En 1872, ce même Tyndall avait proposé de mesurer l'effet de la prière en comparant la mortalité d'un hôpital pour lequel on prierait à celle des autres hôpitaux.[78] En mars 1882, la revue rendait encore les dogmes des Églises responsables de la montée de l'incrédulité.[79] En février 1884, les incrédules sont attaqués directement, avec la Révolution française et Néron comme exemples.[80]


Organisation et histoire

Une identité tracée contre les Églises établies

Les Églises protestantes sont attaquées pour leur fonctionnement concret. Le reproche vise la course aux effectifs, l'éloquence de la chaire, la musique d'église et les beaux bâtiments. Il vise aussi les décisions des conciles et des synodes, qui auraient pris la place de l'enseignement des prophètes et des apôtres.[81] L'accusation porte enfin sur l'argent. Les jésuites, et à un moindre degré les protestants, publieraient des rapports arrangés et des listes de souscription ouvertes par des noms connus et de grosses sommes qui ne seront jamais versées. L'affaire récente d'une grande église de Brooklyn, critiquée par la presse, sert d'exemple.[82] Aucune source consultée n'identifie cette église ni ces souscriptions. Les dettes du Tabernacle de Talmage à Brooklyn sont connues, mais rien ne permet de le rattacher à ce passage.[83] La condamnation frappe les organisations et non leurs membres. Le « grand Potier » doit briser les organisations, et non les personnes.[84]

La sentence contre l'Église qui se dit chrétienne vient en partie d'un auteur extérieur au mouvement. L'extrait « Ne pas épargner » est signé H. G. Guinness.[85] Henry Grattan Guinness est un prédicateur protestant irlandais. En 1878, il publie à Londres The Approaching End of the Age (« La fin prochaine de l'âge »), un gros livre qui lit les prophéties comme une suite d'événements de l'histoire. Dans sa préface, il donne à la papauté une place centrale dans la Bible.[86] La revue reprend cet auteur pour condamner toute la masse des chrétiens, et pas seulement Rome. Chryssides relève cette différence : les protestants de l'époque voyaient d'habitude Babylone dans l'Église catholique, alors que Russell la définissait comme « l'Église nominale ».[87] Sunderlin pousse la même idée contre les protestants. Les Églises protestantes sont des « filles » ingrates qui parlent mal de leur mère, la « mère des prostituées », alors qu'elles lui ressemblent.[88]

De ce rejet découle le refus de tout nom d'Église. Les rédacteurs déclarent n'appartenir à aucune organisation terrestre. Ils écartent les étiquettes de baptistes, d'adventistes, d'universalistes et de méthodistes. Ils se disent simplement « chrétiens ».[89] Le numéro explique d'où viennent les noms qu'on leur donne. On les dit baptistes à cause du baptême par immersion, calvinistes parce qu'ils croient l'Église élue d'avance, adventistes parce qu'ils attendent le retour du Christ. John Bunyan avait lui-même reçu le nom de « baptiste » par moquerie de la part des épiscopaliens.[90] Ces étiquettes sont donc présentées comme des noms donnés de l'extérieur, d'après une doctrine. Un seul critère sépare le groupe des autres : croire que « Christ est mort pour nos péchés ».[91] Raymond Franz souligne ce point. Russell et ses proches ne se tenaient pas pour les seuls vrais chrétiens. Ils comptaient comme chrétiens tous ceux qui acceptaient cette mort pour les péchés.[92] Le refus des noms de dénomination a un précédent américain. En juin 1804, Barton Stone et cinq autres pasteurs presbytériens renoncent à toute dénomination et à tout credo dans The Last Will and Testament of the Springfield Presbytery (« Dernières volontés du presbytère de Springfield »), et ne veulent plus s'appeler que « chrétiens ».[93] Le groupe russelliste ne tenait pas non plus de liste de ses membres. Wills y voit un moyen d'éviter toute tendance sectaire : seul Dieu connaissait les membres de l'Église.[94]

Reste la question pratique : faut-il quitter son Église ? J. C. Sunderlin y répond sur trois pages. Cet ancien pasteur méthodiste raconte sa propre sortie. Il est « sorti à la rencontre » du Seigneur, que l'Église refusait de laisser entrer. Il dit n'avoir eu aucune hostilité envers les membres de son ancienne Église.[95][96] Il prévient le lecteur. Celui qui annonce dans son Église que le Seigneur est présent devra bientôt se taire ou partir.[97] Il refuse de fixer à chacun son devoir et pose seulement des principes. Celui qui croit que son Église enseigne la « vérité présente » peut y rester. Celui qui lui appartient « en esprit » n'est pas obligé d'en sortir. Le vrai choix oppose la réputation sociale et la fidélité au Christ.[98] En mars 1883, Maria Russell répondait au contraire à un lecteur de Fairview qu'il devait sortir de son Église. Elle refusait qu'on la quitte seulement « en esprit ».[99] Le même verset, Matthieu 24:20, servait aussi en juin 1881 à presser les lecteurs de quitter les Églises avant octobre 1881. La revue y décrivait déjà le membre qui veut partir et qu'on finit par faire passer pour un exclu.[100] En février 1884, Sunderlin ne donne plus de date limite. L'hiver commence, et plus la fuite est retardée, plus elle sera dure.[101] Les commentateurs anglais John Gill et Adam Clarke lisaient ce verset à la lettre, comme un conseil de voyage : jours courts, routes enneigées.[102] Sunderlin en fait un conseil sur l'appartenance à une Église. Ces sorties n'étaient pas rares. Schulz et de Vienne citent des lettres de 1882 où des pasteurs méthodistes prévoient de quitter leur Église avec une partie de leurs fidèles.[103] En février 1883, l'ancien pasteur méthodiste Samuel T. Tackabury rompait publiquement avec son Église.[104]

Une revue sans clergé : auteurs, courrier et diffusion

Faute d'Église, la revue sert de lien entre les lecteurs, et ce numéro montre comment elle est faite. Une note corrige la numérotation d'une série. L'article du numéro précédent, « Le mode du second avènement », aurait dû s'appeler « Discours n° 4 ». « Le Jour du Seigneur » est le discours n° 5.[105] Selon Blandre, ces discours reprennent six conférences que Russell avait données en 1877 à Allegheny, devant son groupe et devant le clergé local invité. La revue les publie de mars 1883 à mars 1884.[106] Le texte avait déjà servi. Un exposé sur le jour du Seigneur paru en septembre 1879 lisait déjà Jacques 5 et Apocalypse 6 de la même façon.[107] En novembre 1882, la revue définissait le « Jour du Seigneur » par les mêmes mots : le temps où l'âge de l'Évangile et l'âge du Millénium se chevauchent.[108] Le même fonds de textes revient donc plusieurs fois devant les lecteurs. La série « Tableaux prophétiques » suit le même principe. Commencée en décembre 1883 sur Ésaïe 28, elle passe ici au chapitre 29.[109][110]

Plusieurs mains écrivent le numéro. Les initiales W. I. M. désignent William I. Mann, cité parmi les collaborateurs dès le premier numéro.[111] Sunderlin signe « Fuite en hiver ».[112] D'autres textes viennent d'auteurs extérieurs : H. Bonar, H. G. Guinness, Mme H. V. Reed, le poète F. G. Wilson et le journal Christian Register.[113] La signature « Mme H. V. Reed » correspond au nom d'épouse d'Elizabeth Armstrong Reed. Cette auteure chrétienne avait épousé en 1860 Hiram Vaughn Reed, prédicateur de l'Âge à venir. En 1876, elle avait publié Earnest Words for Honest Sceptics (« Paroles sérieuses aux sceptiques sincères »).[114] Aucune source ne rattache toutefois l'extrait du numéro à ce livre. Hiram Vaughn Reed prêchait dans les mêmes milieux de l'Âge à venir que George Stetson, l'un des premiers maîtres de Russell.[115] La revue avait fixé sa règle sur ces emprunts en 1881. Le rédacteur ne s'engageait pas sur chaque phrase des correspondants ni des articles repris d'autres périodiques.[116]

Maria Russell tient une place précise dans cette rédaction. Elle signe « Frères, priez pour nous » sous les initiales Mme C. T. R. Une lectrice de Hillsboro, dans l'Oregon, lui adresse directement sa lettre.[117] Schulz et de Vienne décrivent ce travail. Maria Russell triait le courrier et choisissait les lettres auxquelles son mari répondait dans la revue. Elle répondait elle-même à certaines, surtout à celles des femmes. Russell gardait le dernier mot sur ce qui paraissait.[118] Le sociologue Joseph Zygmunt la jugeait capable de parler et d'écrire au nom du groupe sur la doctrine et la morale.[119]

La lettre de Hillsboro montre comment la revue se répand. La lectrice envoie des adresses de personnes à qui faire parvenir des exemplaires.[120] Elle répond ainsi à la consigne de janvier 1884 : ne plus donner les anciens numéros, devenus introuvables, mais envoyer des noms pour des exemplaires d'essai.[121] Elle cherche ses contacts dans d'autres groupes religieux. Elle rend visite à une femme christadelphienne et ne la condamne pas. Elle parle de la restitution dans une réunion de prière des « Disciples », après l'invitation de l'ancien qui préside. Elle remet la revue à un missionnaire d'Alaska et pense écrire à une amie épiscopalienne du Texas.[122] Les christadelphiens partageaient avec les Étudiants de la Bible le refus de la Trinité et de l'immortalité de l'âme.[123] Les Disciples du Christ étaient aussi des voisins proches. En novembre 1880, Russell conseillait aux lecteurs isolés de s'adresser à leurs ministres pour se faire baptiser.[124] La lettre montre une femme qui prêche hors de chez elle, dans l'assemblée d'une autre Église. En avril 1882, la revue expliquait déjà que, faute de clergé, les femmes prêchaient comme les hommes.[125]

Les appels à l'action disent ce que la revue attend de ces lecteurs. W. I. M. demande à chacun de ne gaspiller ni son temps, ni ses talents, ni son argent. Il fixe un délai concret. Quand la détresse sociale viendra, il n'y aura plus de courrier, plus de journaux, pas même Zion's Watch Tower, et il sera bien plus difficile d'étudier ensemble et de répandre la lumière. Il faut donc agir maintenant.[126] Maria Russell demande de prier pour ceux qui prêchent en public, et ajoute que la prière sans activité est vaine.[127] « Quel est votre jugement ? » donne la raison de cet engagement. La vie rachetée par le Christ lui appartient et doit être mise à son service. Celui qui ne peut rendre que de petits services doit les rendre fidèlement.[128] Penton montre que cette pleine consécration au Seigneur était l'une des rares conditions exigées de tous chez Russell.[129]

L'actualité sociale lue comme l'annonce du Jour du Seigneur

Les troubles de l'époque servent de preuves. W. I. M. rappelle aux lecteurs de Pittsburgh les deux jours de destruction de juillet 1877, quand locomotives et wagons furent pillés et brûlés. Il cite les récents attentats à la dynamite en Grande-Bretagne.[130] L'extrait « Question sociale » évoque Bismarck, le prolétariat des villes américaines et l'échec récent des télégraphistes.[131] Cette grève avait commencé le 19 juillet 1883 contre la Western Union. Environ 8 000 télégraphistes y avaient pris part. Elle échoue le 11 août 1883, et les grévistes doivent jurer de ne pas adhérer à un syndicat pour être repris.[132] En Allemagne, la loi antisocialiste de 1878 interdisait les associations, les réunions et les journaux sociaux-démocrates.[133] Cette lecture sociale a un précédent. Selon Blandre, Barbour décrivait déjà un « temps de détresse » où le chômage et la faim dresseraient les travailleurs contre les capitalistes, et il y rangeait la crise de 1873.[134] Crompton note que Russell emprunte à la pensée politique de son temps l'idée d'une révolution des masses opprimées.[135]

Ce constat fixe une conduite. LesÉcritures reconnaissent l'oppression dans les gouvernements et y voient la cause de leur chute. Elles n'autorisent pourtant pas les enfants de Dieu à s'y opposer.[136] Les socialistes, les nihilistes et les communistes servent le dessein de Dieu sans le savoir. Les lecteurs, eux, doivent rester à l'écart de leur combat.[137] Le groupe se place ainsi hors de l'agitation ouvrière, sans prendre parti ni pour les patrons ni pour les grévistes.

Le retour des Juifs en Palestine entre dans la même lecture. Les Juifs s'établissent peu à peu dans le pays promis à leurs pères. Ils y vont, selon le texte, par leur sens aigu des affaires, qui leur fait voir avant les autres le danger qui menace la propriété. Ils veulent s'éloigner des bastions du communisme. La persécution les y pousse aussi.[138] La même phrase sur la « perception juive » du danger paraissait déjà en novembre 1882.[139] Elle mêle un stéréotype courant à l'époque, celui du Juif habile en affaires, à une attente favorable aux Juifs. Zoe Knox relève que la sympathie de Russell pour les Juifs était rare chez un pasteur chrétien de son temps.[140] Crompton montre que Russell lisait même les persécutions en Roumanie et en Russie comme un signe du retour de la faveur divine, parce qu'elles poussaient les Juifs vers leur ancien pays.[141]

Des alliés choisis dans le débat religieux du temps

Le groupe qui rejette toutes les Églises continue de se servir de leurs écrits. Contre l'incrédulité, il reprend des auteurs protestants. L'extrait signé H. Bonar décrit une époque qui préfère le doute à la foi et rejette le surnaturel. Il vise les fondateurs du « nouveau christianisme », qui voient dans le surnaturel un défaut de la Bible.[142] Aux États-Unis, la « nouvelle théologie » avait alors pour auteurs Newman Smyth et Theodore T. Munger. En 1883, Munger publie The Freedom of Faith (« La liberté de la foi »), où la révélation devient elle-même le produit d'une évolution.[143] L'extrait de Mme H. V. Reed défend les chrétiens contre les incrédules qui se disent martyrs. Il rappelle les exécutions de la Révolution française et les supplices de Néron.[144] En mars 1882, la revue jugeait les incrédules autrement. Elle rendait les dogmes des Églises responsables de leur nombre. Elle voyait même dans certains incrédules « honnêtes dans leur incrédulité », des instruments de Dieu pour abattre les erreurs des Églises.[145][146] En février 1884, la revue se range avec les défenseurs protestants de la Bible et ne dit rien de la faute des dogmes.

Sur un autre point, elle prend appui sur la presse libérale. Elle cite la réplique du Christian Register à lExaminer, qui condamnait l'idée d'une épreuve après la mort défendue par le révérend Joseph Cook. Le Register conseille à lExaminer d'imprimer sur du papier noir, pour que sa couleur convienne à sa théologie.[147] Le Christian Register est le principal hebdomadaire unitarien des États-Unis, publié à Boston.[148] Joseph Cook avait abordé en 1882, dans ses conférences du lundi à Boston, la nouvelle théologie d'Andover et la question de l'épreuve après la mort.[149] Selon Schulz et de Vienne, cette épreuve après la mort était alors vivement débattue, surtout chez les congrégationalistes américains.[150] La revue la défendait de son côté : en mai 1883, elle présentait une épreuve future du monde comme une doctrine de la Bible.[151] Elle cite donc un journal unitarien quand il sert sa propre position.

Le débat local entre aussi dans la revue. Elle reproduit un article de la presse quotidienne de Pittsburgh, « Le déluge dans les chaires ». Les révérends Eaton, Prugh, Sands et McCrory y tirent de l'inondation des leçons différentes. La revue approuve le journaliste, qui se moque de ceux qui voient dans la crue une punition des péchés.[152] La crue avait eu lieu début février 1884. L'Allegheny et la Monongahela avaient débordé, quatre ponts avaient été détruits et des milliers de personnes se retrouvaient sans abri.[153] Les quatre pasteurs ne sont pas identifiés par les sources consultées. La revue se sert ici d'un journal profane contre le clergé de sa propre ville.


Contenu

Vue depuis la Tour

Les inondations et leurs causes supposées

Les inondations dévastatrices du mois précédent relancent le débat sur l'origine des catastrophes naturelles (inondations, incendies, tremblements de terre, tornades, épidémies). L'opinion la plus répandue y voit une punition envoyée par Dieu pour la méchanceté supposée des habitants des régions touchées, et un avertissement aux autres. Une opinion plus récente les attribue à des causes purement naturelles : si Dieu existe, il ne peut rien y faire ou ne s'en soucie pas. La revue refuse l'une et l'autre.[154]

Elle reproduit un article de la presse quotidienne de Pittsburgh intitulé « Le déluge dans les chaires ». Plusieurs pasteurs ont tiré de l'inondation des leçons différentes : le révérend Eaton se réjouit que le pire soit passé et compare la crue aux flots de la tentation ; le révérend Prugh y voit la preuve de la présence et de la puissance personnelles de Dieu ; le révérend Sands, tout en reconnaissant le rôle de la pluie et de la fonte des neiges, affirme que Dieu est derrière l'événement avec un dessein qu'il ne cherche pas à sonder ; le révérend McCrory y voit la colère divine contre les péchés multipliés. Le journaliste ajoute que cette dernière opinion sera la plus populaire dans les quartiers hauts, épargnés par l'eau, tandis que ceux dont la cave reste sèche penseront plutôt que la ligne des hautes eaux suit la topographie et non la dépravation. La revue juge ces commentaires de l'éditorialiste justes.[155]

Israël, le Déluge et Sodome : des exemples pour l'avenir

L'idée de « jugements spéciaux » vient, selon la revue, de la manière dont Dieu a traité Israël, auquel il a envoyé calamités et captivités en punition des péchés nationaux. Israël était un peuple particulier, choisi pour un but précis, et traité à part, comme les saints de l'âge de l'Évangile. Le texte d'Amos 3:2 (« Vous seuls j'ai connus de toutes les familles de la terre ») sert d'appui. Israël est présenté comme la seule nation que Jéhovah ait gouvernée directement ; les autres nations sont laissées sous la domination de Satan, « prince de ce monde », jusqu'à l'établissement du royaume de Dieu par celui à qui il revient.[156]

Le Déluge et la destruction de Sodome ne sont pas des exemples de la façon dont Dieu agit à présent. Ils annoncent le sort des incorrigibles à la fin de la période de jugement du Millénium. La revue renvoie à 2 Pierre 2:4-9 pour montrer que Pierre les applique ainsi à l'avenir.[157]

La mort, grande calamité commune à tous

Du temps de Jésus, certains pensaient déjà que les grands désastres révélaient un déplaisir particulier de Dieu. Jésus les a repris en citant les Galiléens massacrés et les dix-huit personnes tuées par la chute de la tour de Siloé, en concluant que sans repentir tous « périront » de la même façon (Luc 13:1-5). La revue tire de ce dernier mot sa réponse : la grande calamité est la MORT, qui est passée sur tous les hommes parce que tous sont pécheurs (Romains 5:12). Épidémies, tremblements de terre et inondations n'en sont que des à-côtés. L'habitude de la mort la fait paraître naturelle, alors qu'elle est la perte la plus grave et la cause de toutes les autres ; les inondations, qui ne la hâtent que pour quelques-uns, ont peu d'importance en comparaison.[158]

La mort venant du péché, les calamités qui en découlent sont placées sous le contrôle de celui qui détient le pouvoir de la mort, le diable (Hébreux 2:14). Quand Adam est devenu pécheur, toute la terre, domaine de son royaume, a été maudite (Genèse 3:17). Satan est autorisé pour un temps à usurper la domination de la terre ; tout en poursuivant ses propres plans, il agit comme exécuteur de la sentence de la justice. C'est lui qui, avec permission, exerce le pouvoir destructeur sur la terre. Jéhovah n'intervient pas, parce que l'humanité est justement sous la malédiction d'une loi violée et qu'elle tire une leçon utile de la domination actuelle du mal, leçon qui lui profitera quand la malédiction sera levée, en droit comme en fait, par le Rédempteur.[159]

Le règne du nouveau prince

Dès que le nouveau prince, Emmanuel, prend possession du royaume, un grand changement commence dans la nature et chez les hommes. La malédiction est levée et les bienfaits achetés par le « sang précieux du Christ » sont accordés. Ce changement est désigné symboliquement comme de « nouveaux cieux », c'est-à-dire un nouveau pouvoir spirituel dirigeant. Toutes choses seront remises en harmonie avec Dieu, dans un état « très bon » de son point de vue.[160]

Les désastres sont donc considérés comme des éléments de la malédiction générale, conséquences du péché, et non comme des punitions particulières ; tous concourent cependant au dessein de Dieu et à un bien final pour ceux qui en sont rightly éprouvés. Job est un type de l'humanité : ses malheurs illustrent les pertes du genre humain et son rétablissement préfigure la « restitution de toutes choses » (Actes 3:19). La source de ses maux était Satan (Job 1:12), que Dieu avait laissé agir. Le tourbillon qui a frappé Job étant l'agent de Satan, il en va de même aujourd'hui.[161]

Le raisonnement s'appuie aussi sur le ministère de Jésus. Si le Père avait causé la mort de Lazare ou la tempête sur le lac de Galilée, Jésus ne l'aurait pas défaite en ressuscitant Lazare ou en apaisant la tempête, puisqu'il ne s'opposait pas à la volonté du Père. Maladies, morts et tempêtes qu'il a combattues étaient donc l'œuvre de Satan, le « prince du monde ». La création entière gémit en attendant le règne du nouveau prince, dont les actes de Jésus annoncent le soulagement, dans la prière « Que ton règne vienne, que ta volonté soit faite sur la terre » (Matthieu 6:10). Quand la nuit du péché prendra fin et que le « Soleil de justice » se lèvera avec la guérison dans ses ailes (Malachie 4:2), on verra que la cause directe des malheurs de la terre était le péché de l'homme et son prince actuel, Satan, et non Jéhovah.[162]

Extraits de lettres

Une lectrice de Hillsboro (Oregon), qui écrit à Mme C. T. Russell, envoie des adresses de personnes à qui faire parvenir des exemplaires de la revue. Elle raconte avoir rendu visite à une femme étudiant la Bible, membre des christadelphiens, sans la condamner. À la lecture de sa Bible, annotée dans le sens d'une « nuit de ténèbres éternelles », elle lui a montré « un peu de lumière », et la femme, ravie, souhaite maintenant étudier ces enseignements et en parler à ses coreligionnaires, à une cinquantaine de kilomètres.[163]

Elle évoque aussi un fermier cultivé, sans foi en la résurrection, étonné qu'elle ne s'emporte pas et ne défende pas la théologie populaire ; il l'invite chez lui pour enseigner sa famille. Elle a abordé la restitution lors d'une réunion de prière des « Disciples », après que l'ancien qui présidait a invité chacun à donner son avis. Elle voit dans les prédicateurs d'aujourd'hui le « prototype » de Jonas, offensés que Dieu soit si bon envers la masse des hommes. Elle a remis un exemplaire de la revue à un missionnaire d'Alaska et compte écrire à une amie épiscopalienne du Texas qui n'est pas satisfaite de son Église.[164]

Notre nom

Les nouveaux lecteurs demandent sans cesse sous quel nom se désignent les rédacteurs : baptistes primitifs, baptistes missionnaires, universalistes, adventistes, méthodistes primitifs. La réponse est négative pour toutes ces dénominations : les rédacteurs n'appartiennent à AUCUNE organisation terrestre, mais seulement à l'organisation céleste « dont les noms sont écrits dans les cieux » (Hébreux 12:23 ; Luc 10:20). Tous les saints vivants ou passés de cet âge forment une seule Église, la seule reconnue par le Seigneur. Toute organisation terrestre qui nuit à cette union est dite contraire à l'Écriture et à la volonté du Seigneur, « afin qu'ils soient un » (Jean 17:11).[165]

Cette Église porte le nom de son fondateur : « Église du Christ » ou « Église de Dieu », ou encore « chrétiens », nom des premiers temps (Actes 11:26 ; Actes 26:28 ; 1 Pierre 4:16). Paul et les autres disciples n'ont pas été appelés calvinistes ni luthériens, puisqu'ils ne suivaient que l'exemple et l'enseignement du Christ. Si les credos, les formulaires, les livres de prières, les liturgies et les noms faits par les hommes étaient abandonnés, et si tous les chrétiens étudiaient les paroles du Christ sous la direction de l'Esprit et avec les explications des écrits des apôtres, de graves divergences d'opinion ne dureraient pas.[166]

La revue cite John Bunyan, emprisonné des années à Bedford pour avoir prêché contre certaines doctrines de l'Église épiscopalienne. Il déclarait vouloir être appelé chrétien, et jugeait que les titres de sectes (anabaptiste, presbytérien, indépendant) viennent « de l'Enfer et de Babylone » parce qu'ils divisent.[167] Bunyan était baptiste au sens où les épiscopaliens ont qualifié par dérision de « baptistes » ceux qui, comme lui, pratiquaient le baptême par immersion enseigné par la Bible. De même, certains appellent les rédacteurs baptistes à cause de cette doctrine, calvinistes parce qu'ils croient que l'Église est élue selon la prescience de Dieu (1 Pierre 1:2 ; 2 Thessaloniciens 2:13), adventistes parce qu'ils croient que les cieux ont reçu Jésus jusqu'à la restitution de toutes choses. Ils ne reconnaissent que le nom de Jésus-Christ et se disent simplement « chrétiens ». Ils ne tiennent à l'écart que ceux qui ne croient pas que « Christ est mort pour nos péchés selon les Écritures » (1 Corinthiens 15:3), fondement de leur édifice selon Paul.[168]

« Frères, priez pour nous »

Signé Mme C. T. R. (Maria Russell), ce texte invite les saints à prier les uns pour les autres. Le temps présent est désigné comme le « jour du jugement » des saints, presque arrivé à sa dernière heure. Chacun est jugé non sur le succès de ses efforts mais sur les efforts eux-mêmes et leurs motifs, l'accomplissement de la loi étant assuré par le Rédempteur et Substitut. Le Juge examine chacun en vue d'une décision finale qui déclarera digne ou indigne de la récompense des fidèles. Personne n'a lieu de craindre parce que ses meilleurs efforts donnent un fruit imparfait ; il faut craindre en revanche de constater un relâchement ou la montée de motifs mondains. Aucun des saints qui courent encore pour le prix du haut appel ne doit s'attendre à échapper à l'épreuve du Raffineur.[169]

La prière doit aussi soutenir l'œuvre de prédication face à l'opposition, en faveur de ceux qui travaillent publiquement, afin qu'ils ne soient pas vaincus, surpris ou pris au piège par l'adversaire invisible, « subtil et rusé ». La prière sans activité est vaine. Le texte s'achève sur 2 Thessaloniciens 3:1, Colossiens 4:3 et Philippiens 1:9-11.[170]

Ce que Dieu voudrait que nous soyons

Une liste d'exhortations bibliques commençant toutes par « Soyez » demande d'être solide dans la foi, rempli de l'Esprit, non conformé à ce monde, mort au péché, patient, courageux, doux envers tous, irréprochable et trouvé en paix par le Seigneur.[171]

Prier et vivre

Citant Jean 9:31 et Psaumes 66:18, un extrait recommande de vivre en accord avec ses prières : celui qui a prié contre le péché doit se garder des occasions de pécher, et celui qui a prié pour la sainteté ou l'humilité doit s'y appliquer. Celui qui met toute sa religion dans ses prières n'a pas de religion.[172]

Un autre passage rapporte la réplique du journal libéral Christian Register à l'Examiner, qui condamnait l'idée d'une épreuve après la mort défendue par le révérend Joseph Cook : le Register lui suggère d'imprimer son édition sur du papier noir bordé d'un peu de blanc, pour que sa couleur corresponde à sa théologie. Une dernière citation affirme que seuls les fatigués, les chargés et ceux dont la conscience est accablée par le péché trouvent dans l'Évangile une bonne nouvelle et du repos.[173]

La colère

Un poème de F. G. Wilson définit la colère de Dieu comme la sévérité de l'amour qui guérit le péché. Elle punit chaque faute selon sa gravité, sans infliger de souffrance inutile ni chercher la vengeance. Elle vise la miséricorde : arracher le mal et faire croître le bien. Le poème la compare à un feu qui brûle tant qu'il reste du mal à détruire ou du bien à purifier, puis à la verge d'un père qui corrige les désobéissants pour que l'amour règne quand tout sera renouvelé. Elle ne cessera de frapper que lorsque le péché aura disparu et que la terre retrouvera la justice et la paix.[174]

La malédiction levée

La malédiction désigne une opposition, un mal, un châtiment amer. Depuis que le représentant de la race humaine, Adam, a été éprouvé en Éden et a désobéi, la malédiction de la loi enfreinte pèse sur lui et sur toute la race adamique qu'il représentait. L'expérience le confirme : l'angoisse, la peine, la détresse et la mort qui accompagnent chacun du berceau à la tombe montrent qu'une malédiction pèse sur l'humanité. Avant la faute, Adam vivait dans la joie, la paix, la vie et la communion avec Dieu, sans peine ni mort. Toutes ces misères sont rangées sous le mot « mort », puisqu'elles y conduisent.[175]

La malédiction vient de la loi de Dieu, expression de sa pensée. Toute loi doit comporter une peine pour être efficace, et c'est cette peine qui cause la misère du monde, car tous la subissent par la faute d'Adam. L'apôtre l'appelle aussi « inimitié », mot de sens voisin. Cette inimitié est double : Dieu et sa loi s'opposent avec justice aux pécheurs, et les pécheurs, coupés de la communion avec leur Créateur, se sont mis à s'opposer à Dieu. Plus leur cœur s'assombrit, plus leur hostilité grandit.[176]

Pour réconcilier Dieu et l'homme, il faut supprimer entièrement cette inimitié. Celle de l'homme disparaîtra quand on lui fera connaître le vrai caractère de Dieu et de sa loi, ce qui se fera pendant l'âge suivant, le Millénium : la connaissance du Seigneur remplira la terre. C'est de ce temps qu'il est écrit : Apocalypse 22:3, « il n'y aura plus de malédiction ».[177]

Certains soutiennent que la seule inimitié est celle de l'homme envers Dieu. Cette thèse est jugée insuffisante : elle ignore l'opposition de Dieu au pécheur, qui a chassé Adam d'Éden. Des hommes de tous les âges n'avaient aucune hostilité envers Dieu et désiraient sa faveur, mais ils n'ont jamais retrouvé l'état d'origine. Les sacrifices pour le péché, que chacun devait offrir avant toute communion avec Dieu, montraient que l'inimitié de Dieu les séparait encore de lui. Leur répétition prouve, d'après Hébreux 10:3-4, qu'ils n'ôtaient jamais vraiment le péché. Ils étaient typiques d'un meilleur sacrifice, fourni par Dieu lui-même, qui a une fois pour toutes supprimé le péché, la malédiction et l'inimitié de la part de Dieu (Hébreux 10:5-10).[178]

Si l'inimitié venait seulement de l'homme, on arriverait à une conclusion jugée absurde : l'homme, fâché contre Dieu, aurait quitté Éden ; Dieu l'aurait supplié de revenir ; l'homme aurait refusé et repoussé prophètes et maîtres ; Dieu aurait alors décidé de faire un grand sacrifice pour apaiser la colère des hommes et gagner leur amour, en reconnaissant avoir été trop sévère. Dans cette version, la mort du Fils servirait seulement à assurer aux hommes que leurs péchés sont pardonnés. Un tel Dieu et de telles lois seraient méprisés des hommes et des anges.[179]

La vérité est présentée autrement : Jéhovah déclare sa justice aussi inaltérable que son amour, et sa sagesse et sa puissance permettent aux deux d'agir ensemble. La justice est le fondement de son trône, selon Psaumes 89:14 (traduction Leeser). Pendant que la Justice lisait à Adam la peine, l'Amour lui annonçait une délivrance. Les longues années de règne de la mort ont ruiné l'espoir que Dieu céderait, et il a déclaré qu'il ne change pas et ne tient pas le coupable pour innocent (Malachie 3:6 ; Exode 34:7). Si la justice ne pouvait céder, comment l'amour aiderait-il les hommes ? La Sagesse infinie a répondu en fournissant une rançon : un représentant, ou substitut, prend la place de l'homme devant la loi et souffre, juste pour des injustes. La loi reste intacte, mais Jésus en détruit l'opposition à la race adamique en en subissant lui-même la malédiction, comme l'écrit Galates 3:10-13 : « il a été fait malédiction pour nous ».[180]

Parce que Jésus était notre substitut, la malédiction qui nous revenait est tombée sur lui, et l'opposition de la loi contre nous a été portée à son compte. Il a été rejeté jusqu'à la mort, comme un pécheur et un ennemi, et ses dernières paroles (« Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m'as-tu abandonné ? ») en témoignent. Selon Éphésiens 2:14-19, il a aboli dans sa chair l'inimitié, pour réconcilier Juifs et païens avec Dieu en un seul corps par la croix. Cette réconciliation n'a pas pour but de rendre Dieu juste aux yeux des hommes ni de réparer une injustice de sa part, mais de réparer l'injustice des hommes.[181]

Tant que l'inimitié de la loi barrait la route, il n'y avait pas d'« accès auprès du Père ». En recevant toute la condamnation sur la croix, Jésus a supprimé tout droit et toute inimitié de la loi contre les hommes à cause de la désobéissance d'Adam. Il s'est offert en sacrifice non pour Dieu auprès des hommes, afin d'apaiser leur hostilité, mais pour les hommes auprès de Dieu, afin de lever l'inimitié juste et la malédiction de la loi.[182]

La loi n'a pas changé : le bien reste le bien et le mal reste le mal. Mais l'humanité a été rachetée de la domination et de la malédiction de la loi. Elle appartient à celui qui l'a achetée de son sang, et tout ce qui lui arrivera dépend de lui, selon Jean 5:22 et Actes 10:36. Le travail suivant du Messie s'adresse aux hommes : pendant son règne, il détruira leur inimitié envers Dieu et gravera de nouveau la loi dans leur conscience. La réconciliation envers Dieu a été vite accomplie, mais envers les hommes elle demandera tout le Millénium.[183]

Avant la chute, la loi de Dieu était si bien inscrite dans la nature d'Adam qu'il n'avait pas besoin de loi écrite : sa conscience, image morale de Dieu, jugeait aussitôt du bien et du mal. Son tort était de ne pas mesurer le mal de la désobéissance. Coupée de la communion avec Dieu, l'humanité a vu la loi s'effacer et l'hostilité grandir. Paul décrit cet effacement dans Romains 1:21-28 : ceux qui ont connu Dieu ne l'ont pas glorifié et Dieu les a livrés à un esprit réprouvé. Environ deux mille ans après la chute, Dieu choisit Israël, petite nation, et conclut avec lui des alliances fondées sur l'observation de sa loi, exprimée en commandements sur des tables de pierre. Cette loi ne faisait que condamner, car personne ne pouvait obéir pleinement sans l'avoir écrite dans son cœur (Romains 7:20-25). Elle montrait pourtant le besoin d'une aide divine : faire payer la peine, puis réécrire la loi dans les cœurs (Galates 3:23-25 ; Galates 4:5-7).[184]

Malgré la dégradation due à Satan et au péché, on trouve des traces de la loi originelle chez les hommes les plus dégradés. Même les sauvages ont quelque idée du bien et du mal, de la justice et de l'injustice. Paul le dit des païens dans Romains 2:14-15 : ils sont une loi pour eux-mêmes, et leur conscience en témoigne. Comme cette loi est presque effacée, il faut longtemps pour la rétablir. Elle doit être progressivement retissée dans la nature humaine, jusqu'à ce que l'homme soit de nouveau image de Dieu. Tout doute sur le bien et le mal, toute préférence pour le mal disparaîtront alors. L'homme fera le bien parce que le bien est le bien, par le même motif de justice qui guide toutes les actions du Créateur, et non par crainte ni pour une récompense.[185]

Dieu et les hommes seront alors en parfaite harmonie. Le Christ, médiateur qui est mort pour racheter et a régné pour restaurer, « remettra le royaume à Dieu, le Père » (1 Corinthiens 15:24). Toute inimitié et toute malédiction auront disparu : celle de la loi, réglée par la mort du Christ, et celle de l'homme, supprimée par le retour à la perfection originelle, à l'image de Dieu. Une note précise que ce raisonnement concerne la masse du monde et laisse de côté deux petites classes : l'Église choisie pendant l'âge de l'Évangile et ceux qui resteront finalement impénitents au cours de l'âge millénaire.[186]

Romains 5:10 exprime la même idée : réconciliés par la mort du Fils quand nous étions ennemis, nous serons à plus forte raison « sauvés » par sa vie, c'est-à-dire ramenés à la perfection et à l'harmonie avec Dieu et sa loi, où l'on n'est plus condamné mais approuvé. Quand l'œuvre du Christ sera achevée, « il n'y aura plus de malédiction » et « les premières choses ont disparu » (Apocalypse 22:3 ; Apocalypse 21:4), supprimées légalement par son sacrifice et en fait par son règne. Le texte conclut avec Galates 3:13 : le Christ nous a rachetés de la malédiction de la loi en devenant malédiction pour nous.[187]

Ce que tu fais, fais-le vite

À la question du veilleur, « la nuit vient » après le matin (Ésaïe 21:11-12). L'auteur, signant W. I. M., rappelle que depuis une dizaine d'années les Étudiants de la Bible entendent ce cri et voient les signes se multiplier. Il applique à son époque Luc 21:25-26 : la « détresse des nations », la mer qui mugit (l'humanité agitée) et ses flots (les chefs impétueux), les hommes défaillants de peur, dont les têtes couronnées d'Europe, et les puissances des cieux (les gouvernements) ébranlées. Ces gouvernements ont régné par l'oppression, traité leurs sujets en esclaves, les envoyant à la guerre ou en prison, et leur faisant payer en temps de paix une pompe vaine, des courtisans et des pensionnés inutiles, tandis que la masse manque du nécessaire.[188]

Les masses se réveillent à leurs droits et se lèveront comme un géant furieux. L'auteur attend une répétition des périodes de terreur du passé, en pire : le conflit sera universel, sans lieu de refuge, et la dynamite et la nitroglycérine, armes favorites, le rendront sept fois plus destructeur. Les récents attentats en Grande-Bretagne en sont donnés pour de simples échantillons.[189]

Il rappelle aux lecteurs de Pittsburgh les deux jours de destruction de juillet 1877, où locomotives et wagons furent pillés et brûlés et où le commerce fut désorganisé. Il imagine cette situation dans tous les grands centres, sans courrier, sans journaux (pas même Zion's Watch Tower) et sans vivres, sauf ce que le Seigneur fournirait aux siens.[190] Les possibilités d'étudier ensemble et de répandre la lumière seront alors bien moindres qu'aujourd'hui, d'où l'urgence d'agir maintenant.[191]

Chacun est invité à prier : « Seigneur, que veux-tu que je fasse ? », sans gaspiller temps, talents ni argent, et à se demander s'il a vraiment tout placé sur l'autel. Le temps du repos vient à la fin de l'œuvre, non au début ; si les corps s'usent, de meilleurs attendent. Les devoirs de la vie présente restent, mais le terrestre doit passer après le spirituel. Le jour du Seigneur est déjà venu comme un voleur dans la nuit. Selon 2 Pierre 3:10-11, les « cieux » (les gouvernements) passeront avec fracas (une « dynamite » morale autant que physique), les « éléments » (les parties et principes des gouvernements) seront dissous par une chaleur ardente, et la « terre » (la société organisée) et ses œuvres (oppression, fraude, tromperie, orgueil, et sans doute aussi institutions sociales et affaires) seront brûlées. Le texte renvoie aussi à Jérémie 23:29, Malachie 3:2 et 1 Corinthiens 3:13-15. Il s'achève sur l'exhortation « Ce que tu fais, fais-le vite » et sur Jean 9:4 : « la nuit vient, où personne ne peut travailler ».[192]

Quel est votre jugement ?

À partir de 2 Corinthiens 5:14-15, Paul est présenté comme donnant la raison de son zèle. Certains le croyaient déséquilibré à cause de ce qu'il endurait pour prêcher le Christ crucifié, mais il estimait n'en faire jamais trop. Son raisonnement : si le Christ est mort pour tous, c'est que tous étaient morts, soit réellement, soit sous une sentence de mort certaine. Si le Christ a acheté pour tous le droit de revenir de la mort, la vie rachetée appartient à celui qui l'a achetée, et ceux qui vivent ne doivent plus vivre pour eux-mêmes mais la mettre au service de leur Rédempteur. Paul y voyait une simple affaire de justice, non une faveur de sa part.[193]

Ce passage montre que le Christ est mort comme substitut ou représentant de tous. Une parenthèse remarque que ces deux mots ne figurent pas dans la traduction anglaise de la Bible, qui n'a pas été écrite en anglais, mais que l'idée s'y trouve en abondance, exprimée par « rançon », « racheter », « acheter » et surtout par la préposition « pour », dont le sens principal est « à la place de ». Les deux plus anciens manuscrits, le Sinaïtique et le Vatican, portent : « Parce que nous jugeons ainsi qu'un seul est mort pour tous, par conséquent tous étaient morts ».[194]

Il ne suffit pas de se dire serviteur du Christ : on est le serviteur de celui à qui l'on rend service. Fidélité et obéissance sont indispensables à un bon serviteur. Celui dont la place ne permet pas un grand service doit faire fidèlement ce qui lui est donné, sans chercher ce qui ne l'est pas, car le Maître éprouve dans les petites choses avant de confier les grandes. À qui met à profit ses talents et ses occasions viennent bénédiction et occasions accrues, et finalement le « bien, bon et fidèle serviteur » (Matthieu 25:21).[195]

Tableaux prophétiques (suite) : le livre scellé

Sur Ésaïe 29:9-14 (traduction Leeser), le Seigneur s'adresse avec ironie à la « Sion nominale ». Les enseignements de sa vérité au temps présent sont si nets que seuls ceux qui détournent volontairement les yeux et restent enveloppés dans les traditions humaines peuvent en être aveuglés. Leur titubement est celui d'une vue confuse et d'une faiblesse, non celui de l'ivresse du vin. Ce vin symbolise la consécration, celui dont Jésus dit : « Buvez-en tous » et « Pouvez-vous boire la coupe que je vais boire ? » (Matthieu 26:27 ; Matthieu 20:22). Ce vin du sacrifice épuise la nature humaine mais fortifie la nature spirituelle. La Sion nominale chancelle parce qu'elle a bu l'esprit enivrant et les plaisirs du monde (Ésaïe 28:3-7).[196]

Puisqu'elle a détourné les yeux de la vérité, Dieu la laisse dans les ténèbres et le sommeil de l'« esprit d'assoupissement », avec un voile sur les prophètes, les chefs et les voyants (Ésaïe 29:10). Cette léthargie touche les choses spirituelles : la Sion nominale est éveillée à toutes les ambitions du monde, à la rivalité des effectifs, à l'éloquence de la chaire, à la musique d'église, aux beaux édifices, mais endormie devant les enseignements de la Parole de Dieu. La vision est pour elle comme les paroles d'un livre scellé (Ésaïe 29:11). Elle l'admet elle-même, et c'est pourquoi elle explique rarement les Écritures : elle prend un passage isolé pour en tirer une leçon morale. Elle a écarté l'enseignement des vrais prophètes et voyants de l'Église pour les décrets de conciles et de synodes humains, et délaisse ceux du vrai chef et des vrais maîtres de l'Église. Elle ne sait donc que penser du présent et se trouve plus confuse encore devant l'avenir.[197]

Le texte d'Ésaïe se poursuit. Il est question d'un livre scellé que l'on remet tantôt à un homme instruit, tantôt à un homme sans instruction, et que ni l'un ni l'autre ne lit (Ésaïe 29:11-12). Les prophéties de l'Ancien et du Nouveau Testament sont dites scellées pour ces gens, qui n'ont étudié qu'auprès de la science et des sectes, sans fréquenter l'école du Christ ni son manuel, la Bible. Leurs « savants » manquent donc de la vraie sagesse et du véritable esprit, seuls capables de faire apprécier les choses profondes de Dieu (1 Corinthiens 2:5-14). Les « non-instruits » sont habitués à chercher leur instruction spirituelle dans le savoir terrestre plutôt que chez les prophètes et les apôtres, et ne tentent même pas de comprendre.[198]

Le reproche de Ésaïe 29:13-14 vise un peuple qui honore Dieu des lèvres alors que son cœur est loin de lui et que sa crainte est « un précepte appris des hommes ». La Sion nominale en offre l'exemple : le culte et le service sont devenus des formalités. Autrefois, les plans du Seigneur se cherchaient comme un trésor caché, avec le désir qu'avait Daniel de connaître ce que Dieu voulait révéler, et celui de comprendre « avec tous les saints » la longueur, la largeur, la profondeur et la hauteur (Éphésiens 3:18-19). L'esprit du monde a ensuite chassé cette soif de vérité. Les formes de piété ont continué et se sont multipliées, mais la soumission réelle à Dieu a cessé. Les Églises disent « Que ton règne vienne » et « Que ta volonté soit faite », tout en travaillant à faire triompher leur propre volonté et à établir leurs domaines sectaires. Leur crainte de Dieu et leur inquiétude devant de prétendus décrets divins viennent de l'enseignement des hommes, non de l'étude de la Parole. Elles se croient riches et n'ayant besoin de rien, sans savoir qu'elles sont pauvres, aveugles et nues (Apocalypse 3:17).[199]

Dieu ne les rejette pas pour autant : il annonce « une œuvre merveilleuse et un prodige » (Ésaïe 29:14). Ce passage explique la remarque que beaucoup de lecteurs font en voyant poindre la lumière par d'autres voies : « Comme il est étrange que nos pasteurs ne nous disent pas ces choses ! » La sagesse céleste est cachée aux sages et aux prudents selon le monde et révélée aux petits, simples et doux (Matthieu 11:25). Pour ramener ses enfants égarés, Dieu fait échouer tous leurs plans. Ils verront alors la folie de vouloir tracer des plans pour Dieu. Les plans du Seigneur, écartés dans leur « hâte » (Ésaïe 28:16), éclateront alors en gloire comme l'agave, dont la floraison est soudaine.[200]

Pendant que s'accomplit le renversement des grandes organisations humaines, comparées à la tour de Babel, un avertissement vise ceux qui cachent leurs desseins au Seigneur en disant : « Qui nous voit ? » (Ésaïe 29:15). On peut tromper ses semblables, et même se tromper soi-même (2 Timothée 3:13), mais pas Dieu. Celui-ci connaît l'égoïsme des principes qui gouvernent le sectarisme. Il connaît les manœuvres secrètes non seulement des jésuites, mais aussi, à un moindre degré, des protestants, qui recourent à divers expédients pour réunir de l'argent et donner à leurs organisations une apparence de prospérité : rapports truqués pour faire bonne impression, listes de souscription ouvertes par des noms en vue et de grosses sommes jamais destinées à être versées. Le cas récent des responsables d'une grande église de Brooklyn, critiqués par la presse, est donné en exemple. Tout cela est fait en apparence pour l'œuvre du Seigneur, en réalité pour les projets des Églises elles-mêmes. Leurs plans échoueront et leur orgueil sera humilié. Les malheurs qui s'abattront sur l'Église nominale seront en fait une bénédiction pour ses membres, bien qu'ils les ressentent comme une calamité tant qu'ils ne comprennent pas les plans de Dieu.[201]

Le renversement des choses (Ésaïe 29:16) est comparé à l'argile qui s'oppose au potier. L'Église est l'ouvrage de Dieu (Éphésiens 2:10), mais l'Église nominale se tourne vers d'autres « façonneurs » : Pierre, Luther, Calvin, Knox, Wesley. Sa division en fragments est l'œuvre des hommes. Soutenir aujourd'hui que cette division sert l'avancement de la vérité revient à dire à Dieu qu'il n'a pas d'intelligence : il avait demandé l'unité et l'absence de divisions (Jean 17:11, Jean 17:22 ; 1 Corinthiens 12:25), et les hommes affirment avoir appris mieux. Le grand Potier brisera ces organisations, et non les personnes, comme des « vases de colère destinés à la perdition », et manifestera dans la gloire de son royaume ses vases de plus ou moins grand honneur.[202]

Le « très peu de temps » après lequel le Liban deviendra un verger, et le verger sera tenu pour une forêt (Ésaïe 29:17), est interprété ainsi : le Liban et ses cèdres figurent la majesté de l'Église nominale et le respect qui entoure son clergé, le verger représente les saints humbles. Les rôles s'inverseront : ce qui est fier sera abattu et labouré pour devenir fructueux, ce qui est humble sera élevé à des conditions, une majesté et une puissance célestes. Ce renversement coïncide avec l'élévation des saints à la gloire et à la puissance spirituelles, au début du Millénium. Alors « les sourds entendront les paroles du livre » et les yeux des aveugles verront (Ésaïe 29:18). La bénédiction touchera ceux que les traditions de Babylone ont fait trébucher, et aussi ceux qui ignorent tout de la Parole de Dieu. Les doux et les pauvres se réjouiront, car « le terrible », identifié à Satan, sera réduit à néant, le moqueur consumé et ceux qui veillent pour le mal retranchés, eux qui condamnent un homme pour une parole, tendent un piège à celui qui reprend publiquement et écartent le juste pour un rien (Ésaïe 29:19-21).[203]

Ce « jour » est celui où Israël selon la chair sera rétabli dans la faveur de Dieu sous la direction de l'Israël spirituel glorifié. Jacob n'aura plus honte et son visage ne pâlira plus. Voyant au milieu de lui ses enfants, « l'œuvre de mes mains », c'est-à-dire le Christ, la postérité spirituelle, Israël selon la chair sanctifiera le nom de Jéhovah, sanctifiera le Saint de Jacob, qui est le Christ, et craindra le Dieu d'Israël (Ésaïe 29:22-23). Ceux qui avaient l'esprit égaré parviendront à l'intelligence, et les murmurateurs recevront l'instruction (Ésaïe 29:24).[204]

Guidance

Tout esprit en quête de direction divine trouve de quoi se satisfaire dans la Parole de Dieu. Des promesses sont citées : « Reconnais-le dans toutes tes voies, et il aplanira tes sentiers » (Proverbes 3:6), « Jéhovah te guidera continuellement » (Ésaïe 58:11), « Il sera notre guide jusqu'à la mort » (Psaumes 48:14), « Tu me conduiras par ton conseil » (Psaumes 73:24), « Il conduit les humbles dans la justice » (Psaumes 25:9). Celui qui honore Dieu par une obéissance et une soumission parfaites voit Dieu prendre en main la direction de sa route ; il lui suffit de suivre le guide, qui lui prépare des sentiers aplanis.[205]

Pour reconnaître la voix de Dieu, il faut cultiver avec lui l'intimité que l'on a avec un ami très proche : marcher et parler avec lui heure après heure, en toute liberté, et sentir sa présence assez vivement pour lui parler comme on parle de lui. Cette familiarité fait connaître sa voix quand il parle. L'âme « baptisée dans l'amour » du Seigneur Jésus est assurée de l'amour de Dieu, et n'a pas à douter qu'il réponde à son désir de connaître sa volonté, pas plus qu'à son besoin de pain quotidien. Mettre en doute la direction divine reviendrait à douter de son salut, dans la mesure de la foi accordée à ses promesses.[206]

Au milieu des voix venues d'un autre esprit que l'Esprit de Dieu, 1 Jean 4:1 invite à « éprouver les esprits ». Un esprit qui confesse et exalte le Christ en montrant son amour est reconnu comme venant de Dieu. Dieu parle ainsi par son Esprit et par sa Parole : à celui dont l'œil est simple et le cœur fixé sur sa volonté, elle est révélée par la lumière que l'Esprit répand sur la Parole. Pour tous les devoirs de la vie, cette lumière éclaire chaque pas ; les paroles de Dieu deviennent « vivantes » et sont dites de nouveau à celui qui demande en s'attendant à les recevoir. En portant tout à Dieu dans la prière, on devient assez sensible pour percevoir le moindre murmure, comme Adam entendait Dieu dans le jardin d'Éden, et l'on en vient à saisir l'écho de sa voix dans la nature et dans les intervalles de la pensée. Aux débutants, les versets 8 et 10 du Psaumes 143:8, Psaumes 143:10 sont recommandés : on y expose sa question à Dieu sans volonté propre et sans choix de chemin, puis on attend en silence, et l'on entend « Voici le chemin, marchez-y » (Ésaïe 30:21). Les obstacles disparaissent à mesure que l'on s'engage, car la voix de la providence s'accorde avec celle de l'Esprit et de la Parole. Le texte est donné comme une sélection.[207]

Fuite en hiver (Matthieu 24:20)

L'exhortation de Jésus : « Priez pour que votre fuite n'ait pas lieu en hiver » (Matthieu 24:20) répond à des questions que se posent des lecteurs sur leur devoir. Un voyage à pied en hiver est pénible : on l'évite si possible, et si l'on doit le faire, mieux vaut choisir le moment le plus favorable.[208]

La destruction de Jérusalem est présentée comme le type de la dissolution de l'Église chrétienne nominale, due à la fin du présent âge comme la ruine de Jérusalem l'était à la fin de l'âge juif. Le fait historique de la première est un fait spirituel pour la seconde, qui en est l'antitype. Jésus les traite ensemble en Matthieu 24:1-51, au point qu'il est souvent difficile de dire où finissent ses prédictions sur l'une et où commencent celles sur l'autre. L'été de la prospérité de l'Église est fini et la « moisson » passée. L'hiver approche, l'amour du grand nombre se refroidit, et l'inquiétude grandit chez ceux qui sentent que le lit est trop court et la couverture trop étroite (Ésaïe 28:20), surtout à mesure qu'ils « comprennent la doctrine » (Ésaïe 28:19). Si étrange que paraisse la dissolution de l'Église nominale, le Seigneur accomplira son « œuvre étrange » (Ésaïe 28:21-22). Le « vain culte » et l'enseignement de commandements d'hommes (Matthieu 15:9) rendent nécessaire l'enlèvement du chandelier de sa place (Apocalypse 2:5) : « la lumière de la lampe ne brillera plus chez toi, et la voix de l'époux et de l'épouse ne sera plus entendue chez toi » (Apocalypse 18:23).[209]

Les inquiets des Églises sont ceux qui étudient vraiment leur Bible, qui veulent savoir ce qu'il y a « entre les lignes » et « sous la lettre », et non se contenter de préparer les questions géographiques et historiques de la leçon de l'école du dimanche. Ces « troubleurs d'Israël » sondent et recherchent avec soin (1 Pierre 1:10-11). Celui qui pose obstinément de telles questions s'entend reprocher de s'occuper de choses « qu'il ne nous est pas donné de connaître ».[210]

L'auteur, J. C. Sunderlin, ne veut pas dire à chacun quel est son devoir personnel : il énonce des principes, et chacun les applique à son cas. Jésus condamnait de même des principes et des classes corrompus, publiquement, rarement des individus : « Je n'ai rien dit en secret » (Jean 18:20). L'Église juive avait été instituée par Dieu pour figurer, par la loi, les « biens à venir » ; les sacrifices annuels ne pouvaient rendre parfaits ceux qui les offraient, car le sang des taureaux et des boucs ne peut ôter les péchés (Hébreux 10:1-4), et le premier tabernacle était une image pour le temps présent (Hébreux 9:8). Le moment est venu où cette Église aurait dû savoir que sa mission était achevée. Par orgueil, amour d'elle-même, goût des cérémonies et du « applaudissement des hommes », elle a négligé les desseins de Dieu et n'a pas connu le temps de sa « visitation », ce qui fait pleurer Jésus : « Si tu avais connu, toi aussi, au moins en ce jour qui est le tien, ce qui sert à ta paix ! Mais maintenant cela est caché à tes yeux » (Luc 19:42, Luc 19:44).[211]

L'Église chrétienne nominale est dans la même ignorance du temps de sa visitation, pour les mêmes raisons. Elle prend ses propres desseins pour ceux de Dieu, et tient tant à sa grandeur qu'elle refuse de revoir les leçons du Maître, de crainte de devoir modifier ses vues et blesser son orgueil : elle se croit infaillible, et « telle mère, telles filles ». Les Églises protestantes, « filles » ingrates, parlent légèrement de leur vieille mère, qualifiée de « mère des prostituées », alors que tout le monde sait que cette vieille dame est leur mère, et que le récit qui décrit sa conduite n'attribue pas à ses filles un autre caractère. Pendant qu'elles dénigrent leur mère et vantent leur pureté, le monde détourne le visage et jette un regard en coin sur leurs maigres vêtements, qui cachent à peine la honte de leur nudité (Apocalypse 3:18). À ceux qui y verraient de l'amertume et de la haine envers l'Église, l'auteur répond que son propos suit le même esprit et le même but que ce que l'Esprit dit par Jean « aux Églises », qu'il est franc mais dit avec amour (Apocalypse 3:19-22).[212]

« La pierre angulaire » est présente aujourd'hui et rejetée par les bâtisseurs, comme autrefois. Ils ne savaient pas qu'ils la rejetaient (Luc 23:34), mais ne voulaient pas le savoir. Celui qui, encore en communion avec l'une des « filles », doute que les Églises rejettent le Seigneur n'a qu'à annoncer qu'il est présent, « à la porte », et à proposer de lui « ouvrir la porte » : le doute se dissipera vite. Il devra alors se taire ou rompre avec son Église, si le passé annonce l'avenir.[213]

La question « Quel est mon devoir ? » revient à se demander si l'on aime davantage celui qui frappe à la porte ou l'Église qui lui refuse l'entrée et qui dit : « Mon maître tarde à venir », avant de battre ses compagnons de service et de s'enivrer (Luc 12:45). Le maître de ce serviteur « sera venu » (heko, « être arrivé, être là ») un jour où il ne s'y attend pas (Luc 12:46, d'après la traduction de Rotherham). L'ivresse en question est celle de l'esprit et de l'intelligence, décrite en Ésaïe 29:9-16.[214]

Quoi qu'en pense l'Église sur la « présence » du Christ, celui qui a étudié avec soin les prophéties des deux Testaments a une conviction solide. Le mot « venir » en Matthieu 23:36, Matthieu 24:14, Matthieu 24:50, Luc 12:46, Hébreux 10:37, Apocalypse 3:3 et d'autres passages traduit le grec heko, qui signifie « être venu, être là » : un présent, non un futur. En Matthieu 24:3, parousia signifie « être auprès de », « présence ». La question « Où est la promesse de sa venue (présence) ? » prédite par Pierre (2 Pierre 3:4) est posée presque dans les mêmes termes par ceux qui se moquent de cette présence. Ils n'en voient aucune preuve, car « tout continue comme avant ». Se disant spirituels, ils raisonnent avec une intelligence charnelle et prétendent voir Jésus de leurs yeux physiques.[215]

L'hiver n'est pas terminé parce que quelques jours froids sont passés : il commence, et plus la « fuite » est différée, plus elle sera dure. Une des plus grandes épreuves sera le désir, nourri par les exhortations, de s'occuper des « enfants spirituels », c'est-à-dire des prosélytes de l'Église. Jésus dit : « Malheur aux femmes enceintes et à celles qui allaitent en ces jours-là » (Matthieu 24:19). Ne pas suivre l'ordre voulu par Dieu mène au désastre, même par désir de lui faire un beau sacrifice (1 Samuel 15:15-17, 1 Samuel 15:22 : « Obéir vaut mieux que sacrifier »).[216]

Sunderlin raconte son propre choix : puisque le Seigneur ne pouvait entrer dans l'Église, il a décidé de « sortir à sa rencontre », parce qu'il l'aimait le plus. Ce fut un dur combat, livré une fois pour toutes, qu'il ne voudrait pas défaire. Il n'avait aucune hostilité envers les membres de l'Église, ce qui rendait la décision plus pénible, mais l'Église annulait la Parole de Dieu par sa tradition, et rester aurait signifié approuver son enseignement devant le monde.[217]

En conclusion, à ceux qui demandent quel est leur devoir : si l'on croit que l'Église enseigne la « vérité présente » et a l'approbation du Seigneur, il est conseillé d'y rester, ce qui serait aussi probablement préférable sur le plan matériel. Si l'on lui appartient en esprit, rien n'oblige à la quitter. Tout dépend de la vie que l'on veut sauver : qui tient avant tout à sa vie sociale et ecclésiastique, réputation comprise, doit y rester (Matthieu 16:25). Qui estime comme Paul que tout est une perte au regard de la connaissance du Christ doit s'attendre à voir son nom rejeté comme mauvais, mais une bénédiction y est attachée (Matthieu 5:11-12). L'auteur invite enfin à étudier avec soin le chapitre 18 de l'Apocalypse et les passages parallèles, en commençant par les mots « Après ces choses » (verset 1) : ce chapitre suit l'accomplissement de tout ce qui précède. À celui qui dirait qu'il est inutile d'étudier l'Apocalypse, parce que personne ne la comprend, il faut citer Apocalypse 1:3 et répondre que l'on essaiera au moins d'en acquérir l'intelligence pour obtenir cette bénédiction.[218]

Ne pas épargner

L'Église chrétienne, comme témoin de Dieu dans le monde, a échoué à l'instar de la nation juive et est devenue apostate. Il existe un « petit troupeau », une véritable Église, mais ses membres sont dispersés et presque invisibles au sein de la grande masse.[219]

Ce « petit troupeau » est formé de ceux qui sont sortis de Babylone, des sept mille qui n'ont pas plié le genou devant Baal, des appelés, élus et fidèles qui suivent l'Agneau. On les trouve dans toutes les sections de l'Église professante, et le Seigneur connaît les siens. Ils sont désignés comme ses « joyaux » pour le jour où il les rassemblera.[220] Pour tout le reste, c'est-à-dire la vaste masse qui porte le nom de chrétienne, la sentence est prononcée : elle doit être « retranchée ». L'Église professante est jugée indigne du nom qu'elle porte et de sa mission de témoin de Dieu sur la terre. Elle est devenue le principal obstacle à la connaissance de Dieu et de Jésus-Christ, à la manière des pharisiens, qui n'entraient pas dans le royaume et empêchaient d'y entrer ceux qui le voulaient. Elle est confondue avec le monde, et les vrais saints y sont des étrangers. Elle est décrite comme un foyer d'hérésie, de fausse doctrine et de corruption. Sa chute est annoncée comme inévitable, car la Parole de Dieu la prédit, le sens de la justice l'exige et l'histoire montre que les apostasies passées ont été punies.[221]

Le Jour du Seigneur

Une note précise que l'article du numéro précédent, « Le mode du second avènement », aurait dû porter le titre « Discours n° 4 ». Celui-ci est le discours n° 5.[222]

L'expression « Jour du Seigneur » désigne, au sens strict, toute la période de la présence du Christ, soit l'âge du Millénium tout entier. Les Écritures l'appliquent pourtant le plus souvent à son début, quand l'âge de l'Évangile et l'âge du Millénium se chevauchent. Ce jour est « ténèbres et non lumière » selon Amos 5:18. Il marque à la fois la fin de la nuit de pleurs et l'aube du matin de joie.[223] La détresse atteint d'abord l'Église, puis le monde, mais l'exposé commence par les nations.

Cette détresse des nations est présentée comme la conséquence du transfert de la souveraineté du Diable, « prince de ce monde » (Jean 14:30), à celui « à qui le droit appartient », le Christ (Ézéchiel 21:27). Les royaumes de la terre sont loyaux envers leur prince et dirigés pour l'essentiel par des hommes intéressés, souvent corrompus, qui servent sans le savoir sa volonté. Quand le roi légitime prend le pouvoir, il renverse le trône des royaumes (Aggée 2:22), et les royaumes du monde deviennent ceux du Seigneur et de son Christ (Apocalypse 11:15). Ils doivent d'abord être soumis par le châtiment, après quoi tous les peuples le serviront (Daniel 7:14, 27).[224]

Des passages de Sophonie 1:15-18 et Sophonie 3:8, 9 décrivent cette détresse : jour de colère, de désolation et de ténèbres, où ni l'argent ni l'or ne sauvent. La terre y est dite « dévorée » par le feu de la jalousie de Dieu, au sens figuré. Le résultat est bon, puisque les peuples subsistent et « servent le Seigneur d'un commun accord ».[225]

Cette détresse doit survenir de façon très naturelle. De nombreux passages semblent annoncer un soulèvement des peuples, poussés au désespoir par le sentiment d'injustice et par l'oppression. Les socialistes, nihilistes et communistes de l'époque le provoqueraient volontiers s'ils le pouvaient. Les Écritures reconnaissent l'oppression dans les gouvernements et la donnent pour cause de leur chute, mais elles n'autorisent pas les enfants de Dieu à s'y opposer. Des forces mauvaises en elles-mêmes servent à détruire les gouvernements, sans savoir qu'elles accomplissent le dessein du Seigneur (Psaumes 76:10).[226] Les paroles de Jacques 5:1-4 sont appliquées aux riches, qui partagent la détresse des nations parce qu'ils leur sont étroitement liés.[227]

Selon Apocalypse 6:15-17, rois, grands, riches et chefs se cachent dans les cavernes et les rochers des montagnes. Les puissances de la terre cherchent à s'allier pour se protéger, et les individus à s'abriter derrière les « montagnes », c'est-à-dire les royaumes, et dans les « rochers », c'est-à-dire les sociétés secrètes protectrices. Tous les royaumes tombent, et le royaume du Seigneur remplit la terre (Daniel 2:35-45).[228] Malachie 4:1 est expliqué ainsi : les méchants sont la paille, la colère de Dieu le feu, les justes les « veaux de l'étable ».[229]

Dans 2 Pierre 3:10, les « cieux » symbolisent les gouvernements, les puissances dirigeantes, qui passent avec grand fracas, c'est-à-dire dans une grande confusion. Les éléments de ces cieux et ceux de la terre, la société en général, se dissolvent dans la grande détresse (le feu) de ce jour.[230]

Pendant que les autres nations tombent, la nation d'Israël, longtemps rejetée, prend progressivement de l'importance et s'établit dans le pays promis à ses pères. Elle ira en Palestine, non par respect des promesses divines, mais parce que les Juifs, avec leur sens aigu des affaires, perçoivent avant les autres le danger qui menace la propriété et choisissent de s'éloigner des bastions du communisme. La persécution et d'autres circonstances les y poussent aussi.[231] Leur sécurité n'y dure pas : d'après Ézéchiel 38, de nombreuses nations montent contre eux pour piller. Le Seigneur les délivre de façon éclatante, et ils reconnaissent alors sa main et le Messie, leur libérateur. Zacharie 14:1-4 décrit cette bataille, et Zacharie 12:3, 10 annonce leur regard vers celui qu'ils ont transpercé, quand Dieu répand sur eux « un esprit de grâce et de supplication ». Le Seigneur est révélé « dans une flamme de feu, exerçant la vengeance » (2 Thessaloniciens 1:8).[232]

Le jour du Seigneur pour l'Église

L'épreuve ou le jugement de l'Église, qui dure depuis le début de l'âge, se termine dans ce jour du Seigneur. Paul y voit l'accomplissement de l'espérance de l'Église (Philippiens 1:6), le moment où il se réjouira de n'avoir pas couru en vain (Philippiens 2:14-18) et où il recevra la couronne de justice (2 Timothée 4:7-8). Ce jour est aussi appelé « jour de la rédemption », pour lequel les saints sont scellés (Éphésiens 4:30). L'Esprit saint est les arrhes de l'héritage, jusqu'à la rédemption de la possession acquise (Éphésiens 1:13, 14).[233]

Cette « possession acquise » englobe tout ce que le Christ a acheté de son sang : le monde de la nature (Psaumes 2:8) et l'humanité, ramenée par le second Adam à ce que le premier a perdu. Mais il s'agit ici surtout de l'Épouse du Christ, l'Église (Éphésiens 5:27), qui attend encore sa rédemption, « la rédemption de notre corps », le corps dont le Christ est la tête (Romains 8:23).[234]

La fin de cet âge pour l'Église est une moisson, qui précède chronologiquement les troubles du monde. Cette moisson a lieu dans le jour du Seigneur, après le second retour personnel du Christ. La parabole du blé et de l'ivraie (Matthieu 13) résume l'histoire de l'Église : Jésus et les apôtres sèment la bonne semence, puis l'ennemi introduit l'ivraie pendant que les hommes dorment. L'Église nominale en est aujourd'hui remplie, et une séparation devient nécessaire. Lors de la moisson, seul le blé représente le royaume du Christ, tandis que l'Église nominale tombe et se brise.[235]

La chute de la grande masse de l'Église nominale doit venir de la propagation de l'incrédulité, que le Psaumes 91 semble décrire comme une grande peste. Seuls y échappent les chrétiens qui ont fait du Très-Haut leur demeure et connaissent la Parole de Dieu, ayant pris sa vérité, et non la tradition humaine, pour bouclier.[236] Ils répondent à la question « Qui pourra subsister ? » : c'est le « petit troupeau » annoncé par le Seigneur, jugé digne d'échapper à ce qui vient sur le monde (Luc 21:36) et épargné comme un fils par son père (Malachie 3:17).[237]

Une autre catégorie, probablement nombreuse, rassemble des serviteurs infidèles qui festoient avec le monde et que le Seigneur surprendra (Matthieu 24:51). Ce ne sont pas des hypocrites. Ils perdent la récompense des fidèles, mais peuvent sortir de la grande tribulation en lavant leurs robes (Apocalypse 7:14). Appelés à être l'épouse du Christ, ils sont simplement invités au festin des noces de l'Agneau (Apocalypse 19:9). Ce sont des vierges qui ne sont pas sages, du blé qui n'est pas mûr, et leur perte est grande.[238]

Le « petit troupeau », lui, obéit à l'ordre de « veiller » et imite le sacrifice de soi du Maître. Le Seigneur n'a pas donné la date de l'aube du jour, afin de maintenir ses disciples en éveil, mais ceux qui veillent le reconnaissent aux signes (Matthieu 24:33). Selon 1 Thessaloniciens 5:1, 2, le jour vient comme un voleur pour le monde, qui ignore ce qui s'approche. De nombreux serviteurs du Seigneur dorment, accablés par les soucis ou enivrés de l'esprit du monde. Seuls quelques-uns veillent, et ils savent, car ils sont « enfants de la lumière et enfants du jour ».[239] La prophétie sert de lampe jusqu'à l'aube (2 Pierre 1:19). Elle montre que le grand jour du Seigneur est déjà venu, que la moisson avance sous la direction du Maître, « maintenant présent », et que l'épouse fidèle se prépare et entrera bientôt dans la joie de son Seigneur.[240]

Le déclin de la foi

L'invisible, le surnaturel et le divin semblent échapper à l'époque, se dissolvant en irréalités et en incertitudes qu'on appelle « mystères » pour se persuader de ne pas tout avoir perdu. Les personnes invisibles perdent leur réalité, et Dieu lui-même, roi éternel, devient souvent le plus difficile à se représenter.[241] La foi, qui est la reconnaissance de la vérité comme certitude, devient un effort pour croire, voire un désir secret de ne pas croire et une préférence pour le doute, jugé plus noble. L'époque est comparée à un malade fiévreux qui cherche le repos sans le trouver. Elle rejette ce qui est définitif, le associe à la faiblesse d'esprit, et se réfugie dans l'hypothèse.[242]

La foi est perçue comme une prison, une entrave à la pensée, et non comme un palais. Reconnaître une vérité hors de portée des sens mènerait au surnaturel, qui devient pour beaucoup un rêve, une fable comme l'Olympe d'Homère. Les penseurs modernes veulent libérer l'humanité des entraves de la foi en la plongeant d'abord dans le doute, pour qu'une foi plus noble en naisse. Les fondateurs du « nouveau christianisme » voient dans le surnaturel un défaut de la Bible, alors que ses défenseurs jugent qu'une révélation sans surnaturel ne pourrait venir de Dieu.[243]

Les incrédules ne sont pas des martyrs

L'incrédulité moderne dénonce avec éloquence les persécutions de Rome et des sectes, mais attribue toute l'iniquité à un seul camp et s'approprie l'honneur du martyre, ce qui est jugé injuste et mensonger. La Révolution française, œuvre exclusive de l'incrédulité, est passée sous silence. Son assemblée a proclamé « Il n'y a pas d'autre Dieu que la raison » et la liberté de conscience, puis a envoyé à l'échafaud, en quarante-huit heures, ceux qui osaient s'en prévaloir. On lui attribue 2 730 meurtres en seize mois, et la même chose se reproduirait en Amérique si l'incrédulité y tenait le pouvoir.[244]

Néron, Domitien et Caligula sont présentés comme des incrédules. Les tortures infligées par Néron aux chrétiens sont citées d'après Tacite, dont le passage est jugé authentique par Gibbon, et le professeur Tyndall évoque les souffrances des premiers chrétiens. Un sceptique en vue prétend pourtant que les incrédules ont été brûlés, torturés et enchaînés. Selon l'extrait, ceux qui ont souffert sont les disciples du Christ, qui croyaient à la Bible, comme le montre le fait qu'on brûlait des Bibles avec eux. Celse, Porphyre, Julien et Voltaire n'ont subi aucun supplice de ce genre. La parole écrite reste « colonne de nuée » le jour et « colonne de feu » la nuit pour les petits de Dieu, jusqu'à ce qu'ils trouvent le repos dans la vie éternelle.[245]

Question sociale

Un court extrait signale que Bismarck avance vers un socialisme pratique, que la France a connu des expériences redoutables pour échapper au communisme et que les villes américaines tremblent devant un prolétariat grondant. Les ouvriers peuvent se tromper et échouer, comme les télégraphistes quelques semaines plus tôt, mais ils obligeront capital ou État à les entendre. La richesse du pays passe aux mains de quelques-uns, tandis que le pouvoir de vote reste à la masse. Soit l'État ou les parties intéressées donneront au travail une part plus large des profits, soit les ouvriers la prendront de force. La promesse de la plate-forme républicaine d'un « juste salaire pour une juste journée de travail » est jugée essentielle, et l'on entre dans une période de discussion qui précède l'expérimentation et l'action.[246]

Ma prière

Un poème, reproduit sans nom d'auteur et signalé comme « choisi », est une prière de croyant perplexe. Celui qui prie demande à Dieu de « rendre droit » ce qui le trouble, car pour Dieu la nuit est comme le jour et les ténèbres sont lumière. Il craint de toucher à des choses d'importance, parce que sa main tremblante ou malhabile pourrait les briser, alors que celle de Dieu ne commet aucune erreur. Dans le doute, il demande à Dieu de lui montrer quelle voie est la vraie et sûre, car il ne se sent ni assez sage pour savoir ni assez ferme pour avancer. Ses yeux aveugles ne voient pas ce qui est clair pour Dieu, et il le prie de le lui rendre clair.[247]

L'union des protestants et des catholiques

Un article de la revue américaine Century, numéro de février, repris par le New York Sun puis par le journal The Catholic, envisage une réunion future des catholiques romains et des protestants. Le magazine, périodique profane, s'adresse au public protestant moyen : son premier directeur, le docteur Holland, était calviniste strict, et son principal propriétaire, Roswell Smith, est un presbytérien en vue. À l'occasion du quatre-centième anniversaire de la naissance de Luther, il constate que la Réforme n'a pas touché que les Églises réformées : l'Église attaquée par Luther a connu elle aussi une réforme constante de sa discipline, sinon de sa doctrine.[248]

Selon cet article, des liens de sympathie rapprochent désormais catholiques et protestants, plus qu'on ne l'aurait cru vingt-cinq ans plus tôt. Face à l'incrédulité moderne, ces deux ensembles de chrétiens auraient besoin de s'unir. Les protestants intelligents trouveraient dans les théologiens catholiques de solides alliés dans la lutte contre le matérialisme et l'agnosticisme. Ce qui est en jeu n'est ni la papauté, ni le calvinisme, ni la Trinité, mais l'existence même de la religion : un Dieu conscient, une vie après la mort, le libre arbitre et une loi morale.[249] Le Century rend aussi hommage à la rigueur morale de l'Église romaine. Il reconnaît que la doctrine et la pratique catholiques sur le divorce sont plus proches de la loi du Nouveau Testament que celles des Églises protestantes, et note l'effort actuel pour rapprocher la pratique protestante du modèle catholique.[250]

Le Sun en conclut que le monde civilisé se divise en croyants et en incroyants. La séparation entre catholiques et protestants vient d'une différence de dogme et de pratique, alors que tous deux s'accordent sur les points fondamentaux de la théologie. L'incrédulité moderne, elle, rejette toute la foi et ne voit dans le christianisme pas plus de fondement surnaturel que dans les mythologies qu'il a remplacées. L'union de toutes les forces de la foi contre cet ennemi paraît donc inévitable. Le protestantisme aurait besoin du soutien du catholicisme, plus ferme et plus intransigeant, d'autant que certains de ses chefs ouvrent les portes de la forteresse de la foi à l'incrédulité ou parlementent avec elle. Aucun compromis n'est possible entre la théologie et l'incrédulité : l'une des deux triomphera et détruira l'autre.[251]

La revue commente cet extrait, tiré de The Catholic de la même ville. Elle y voit une confirmation de son enseignement : les différences entre les diverses « filles » et la « mère » tiennent plus aux formes, aux cérémonies et aux intérêts qu'à de vraies divergences de foi. Les filles ont suivi de si près les plans, préceptes et méthodes de la « mère » que ses « marques » se reconnaissent partout (Apocalypse 13:16).[252] Quant à la réforme, il y a eu un certain progrès moral dans l'Église nominale comme dans le monde, mais pratiquement aucune réforme doctrinale. Les credo des filles comme ceux de la mère sont « de fonte » : ils ne plient pas, ils peuvent seulement se briser, et ceux qui y adhèrent restent enchaînés aux vues du seizième siècle. Ce qui est absolument vrai et parfait ne peut être réformé, or chaque secte présente son credo comme la vérité entière ; sinon, demande la revue, pourquoi en faire une condition de communion et obliger à y souscrire ?[253]

C'est pour cette raison que la revue, et selon elle la Parole de Dieu, s'oppose aux credo formulés. Ils entravent les enfants de Dieu, les empêchent de croître « en grâce et en connaissance » et bloquent la réforme de la doctrine, qui devrait se poursuivre jusqu'à la pleine compréhension de la révélation de Dieu. Seul ce chemin est celui du « juste », qui « brille de plus en plus jusqu'au jour parfait ».[254] À l'inverse, les doctrines enseignées par Luther sur bien des sujets étaient très en avance sur celles des chrétiens qui portent son nom. La plupart des luthériens ignorent que les « autorités » de leur Église ont omis volontairement plusieurs points de la protestation originale de Luther affichée à la porte de l'église de Wittenberg.[255] Pour la revue, le protestantisme se rapproche chaque année de la doctrine de l'Église mère. Il a fait « une image » (Apocalypse 13:14) si semblable à l'original que peu de différences se discernent, alors que ces deux ensembles sont très éloignés des doctrines et pratiques du temps des apôtres.[256]

L'autorité du pasteur aujourd'hui

Un extrait tiré du journal Exchange doute qu'un changement dans la formation des pasteurs leur rende la place d'autorité qu'on leur reconnaissait spontanément cinquante ans plus tôt. Les gens ont appris à tout éprouver, à regarder au-delà des costumes, des fonctions et des rangs, jusqu'à l'âme humaine. L'homme en chaire restera pour eux un pécheur comme celui qui est sur le banc. Le pasteur est présumé chercher lui-même le bon chemin vers le haut ; s'il l'a trouvé, on l'accepte comme guide, et s'il a résolu un problème du jour, on l'écoute avec respect et reconnaissance, mais pour cette solution et non parce qu'il est en chaire. L'autorité a en grande partie quitté la fonction pour descendre, avec une force double, sur l'homme.[257]

Voir aussi

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Références

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  231. ↑ La Tour de Garde de Février 1884, p. 593
  232. ↑ La Tour de Garde de Février 1884, p. 593
  233. ↑ La Tour de Garde de Février 1884, p. 593
  234. ↑ La Tour de Garde de Février 1884, p. 593
  235. ↑ La Tour de Garde de Février 1884, p. 593
  236. ↑ La Tour de Garde de Février 1884, p. 593
  237. ↑ La Tour de Garde de Février 1884, p. 593
  238. ↑ La Tour de Garde de Février 1884, p. 593
  239. ↑ La Tour de Garde de Février 1884, p. 593
  240. ↑ La Tour de Garde de Février 1884, p. 593
  241. ↑ La Tour de Garde de Février 1884, p. 594 (extrait signé H. Bonar)
  242. ↑ La Tour de Garde de Février 1884, p. 594
  243. ↑ La Tour de Garde de Février 1884, p. 594
  244. ↑ La Tour de Garde de Février 1884, p. 594 (extrait signé Mme H. V. Reed)
  245. ↑ La Tour de Garde de Février 1884, p. 594
  246. ↑ La Tour de Garde de Février 1884, p. 594
  247. ↑ La Tour de Garde de Février 1884, p. 595
  248. ↑ La Tour de Garde de Février 1884, p. 595
  249. ↑ La Tour de Garde de Février 1884, p. 595
  250. ↑ La Tour de Garde de Février 1884, p. 595
  251. ↑ La Tour de Garde de Février 1884, p. 595
  252. ↑ La Tour de Garde de Février 1884, p. 595
  253. ↑ La Tour de Garde de Février 1884, p. 595
  254. ↑ La Tour de Garde de Février 1884, p. 595
  255. ↑ La Tour de Garde de Février 1884, p. 595
  256. ↑ La Tour de Garde de Février 1884, p. 595
  257. ↑ La Tour de Garde de Février 1884, p. 595

Catégorie:1884

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