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La Tour de Garde de Mars 1884

De Tj-encyclopédie
La Tour de Garde de Mars 1884
Revue La Tour de Garde
Date 1884
Auteur(s) Maria Russell, Simon O. Blunden
Année 1884
Langue Anglais
Pays États-Unis

La mort du Christ et la date de son retour occupent une grande partie des pages. La mort du Christ est commémorée le soir du 8 avril 1884, qui correspond au 14 nisan. Les dates du retour sont tirées de l'histoire d'Israël. Les Juifs ont joui de la faveur de Dieu pendant 1 845 ans, puis l'ont perdue pendant 1 845 ans, jusqu'en 1878. Leur retour en grâce doit être achevé à la fin de 1914. La présence invisible du Christ commence en 1874, avec une moisson qui sépare les vrais chrétiens des Églises.

Les Églises protestantes et l'Église catholique sont décrites comme en déclin. Les pasteurs manquent, les fidèles désertent, et des voix réclament une union entre protestants et catholiques. Les lecteurs sont appelés à refuser toute alliance, qu'elle soit religieuse, politique ou sociale, et à quitter leur Église. Maria Russell signe deux des textes sur ces sujets.

Le salut est promis à tous les hommes, qui seront ramenés à la vie au cours du Millénium. Seule l'Église de l'âge présent reçoit la nature divine. Des lecteurs posent leurs questions sur des versets difficiles et sur la vie pratique, par exemple : faut-il rester dans l'Église baptiste ?

Analyse

Croyances

L'Ancien Testament scellé, les types et la présence invisible

Avant d'avancer le moindre calcul, le sixième discours défend le droit de s'appuyer sur l'Ancien Testament. Un pasteur de la ville avait repris un fidèle parce qu'il avait cité un prophète.[1] Contre cette méfiance, l'Ancien Testament est présenté comme un trésor dont certaines parties restent fermées et dont le Nouveau Testament donne la clé.[2] Russell suivait déjà cette méthode en 1876, à propos des temps des Gentils : si Jésus a parlé d'une chose, elle n'est pas un secret, et il faut « aller au trésor de Dieu » et « chercher la clé dans les Écritures ».[3] Nelson Barbour répondait de la même façon aux adventistes qui jugeaient impossible de dater le retour du Christ. Selon lui, la parole « personne ne connaît le jour » ne valait que pour l'époque de Jésus. Daniel avait reçu des informations sans les comprendre, et la connaissance devait grandir avant la fin.[4] Le numéro reprend ce raisonnement avec Daniel 12:9-10 : les paroles restent scellées jusqu'au « temps de la fin », puis seuls les sages comprennent.[5]

La deuxième règle de lecture fait d'Israël selon la chair le type de l'Église. Le numéro range dans ce rapport les lois, les cérémonies, les sacrifices et les jours sacrés d'Israël, et il y ajoute la durée de l'âge juif.[6] Ce dernier point sert à passer de la comparaison au calcul. En février 1880, Hébreux 10:1 servait à expliquer pièce par pièce le vêtement du grand prêtre.[7] En mars 1884, le même verset sert à prouver que les deux âges ont la même longueur.[8] Penton rappelle que les auteurs du Nouveau Testament et les premiers Pères de l'Église lisaient déjà la Bible par types et antitypes, et que beaucoup de protestants contemporains de Russell faisaient de même pour appliquer la Bible à leur siècle.[9]

Ces deux règles soutiennent la présence invisible du Christ. Le second retour se fait dans un corps spirituel que personne ne peut voir, d'après 1 Timothée 6:16.[10] Blandre date du Herald of the Morning d'octobre 1875 la première exposition claire de cette idée. Le Christ y est présent depuis 1874 sans être vu, et même les élus ne doivent pas le voir avant la fin de la moisson.[11] L'éclair de Matthieu 24:27 reçoit ici un sens précis : on le reconnaît aux traces qu'il laisse, et les hommes reconnaîtront le jour de la colère aux troubles des nations.[12] En mai 1880, l'éclair désignait au contraire une lumière de vérité que seuls les obéissants percevaient.[13] Le monde finit donc par constater des effets, mais seuls les fidèles qui veillent savent que le Christ en est la cause.[14] Raymond Franz souligne qu'une présence invisible est presque impossible à réfuter. Elle permettait au groupe de garder la date de 1874 tout en reconnaissant s'être trompé sur ce qui devait s'y produire.[15]

Les durées égales des deux âges et leurs preuves visibles

Le calcul le plus long du numéro repose sur une égalité. Israël a été favorisé pendant 1 845 ans, de la mort de Jacob à la crucifixion. Il est ensuite rejeté pendant 1 845 ans, de l'an 33 à 1878. Son relèvement demande enfin 37 ans, comme sa chute entre l'an 33 et l'an 70, et s'achève en 1914.[16] Blandre montre que Barbour avait posé ce calcul dans le Herald of the Morning de décembre 1875 : 1 845 ans de la mort de Jacob à celle de Jésus, puis la même durée pour l'âge de l'Évangile, jusqu'au printemps 1878.[17] Un premier état de ce calcul comptait 1 843 ans, jusqu'au début de la prédication de Jésus.[18] Crompton note que ce rapport entre les deux âges tient seulement parce que l'écart entre chaque événement et son accomplissement reste toujours de 1 845 ans.[19]

La preuve biblique de l'égalité tient au mot « double ». Selon Penton, Barbour tirait déjà d'Ésaïe 40:2 l'idée que l'âge de l'Évangile devait être le « double » de l'âge juif, c'est-à-dire de même durée.[20] Le numéro ajoute deux autres prophètes. Jérémie 16:18 annonce le « double », et le mot hébreu mishneh est traduit par « répétition ». Zacharie 9:12 fixe le jour du rejet à l'entrée de Jésus à Jérusalem.[21] Schulz et de Vienne relèvent que les ouvrages d'hébreu accessibles à Russell et à Barbour comprenaient ce « double » comme une rétribution complète, et non comme la répétition d'une durée.[22]

Le retour des Juifs en Palestine sert de preuve visible. Le numéro cite pour 1878 le traité de Berlin, signé par un Premier ministre d'origine juive, les projets des Rothschild et de Montefiore, et les persécutions russes.[23] En octobre 1879, la preuve retenue pour 1878 était une autre : la convention signée entre l'Angleterre et la Turquie le 4 juin 1878, qui donnait Chypre aux Britanniques.[24] Zoe Knox note que, pour Russell, ce retour accomplit à la lettre la promesse de Canaan faite à Abraham, et que le Congrès de Berlin en marque le début.[25] La réponse sur la promesse faite à Abram en tire la même conclusion.[26] Blandre fait remonter à George Storrs l'attente d'un Israël rétabli en Terre sainte pendant les mille ans.[27] L'échéance de 1914 reçoit une conséquence concrète dans les réponses : une fois le royaume établi, vers cette date, plus personne n'aura à entrer dans le tombeau.[28]

Ce calendrier donne aussi un rôle aux lecteurs. Les « anges » moissonneurs de Matthieu 13:39 sont des messagers que le Seigneur dirige par la Parole, et tout disciple peut travailler avec eux.[29] En janvier 1881, les anges de la moisson étaient encore « des corps spirituels invisibles » qui assistaient le Christ.[30] Dès avril 1881, Russell réclamait « 1 000 prédicateurs », car le groupe se croyait à la « onzième heure » de la moisson.[31] La réponse sur Marc 16:15 divise l'âge de l'Évangile comme une année agricole : les semailles ont eu lieu au printemps de l'Église, et la moisson revient aux lecteurs de l'automne.[32]

La rançon et le salut de tous

Une réponse explique la rançon par une amende. Le gouverneur ne gracie pas un coupable justement condamné, mais un ami paie l'amende à sa place.[33] Russell racontait avoir compris de cette façon que Dieu ne passe pas sur le péché. La justice doit être payée, et la miséricorde consiste à fournir le prix.[34] Schulz et de Vienne distinguent cette rançon par prix équivalent de la doctrine d'Anselme de Cantorbéry, qui faisait payer par un Dieu-homme une dette infinie.[35] Le numéro retient l'équivalence : Jésus seul a gardé la Loi, il avait droit à la vie, et il est mort volontairement.[36]

« Perdu et sauvé » tire de cette rançon deux saluts, d'après 1 Timothée 4:10 : un salut général pour tous les hommes et un salut particulier pour les croyants.[37] Deux commentateurs protestants lus à l'époque comprenaient le verset autrement. Adam Clarke y voyait un salut destiné à tous, mais accordé en fait à ceux qui croient.[38] Albert Barnes y lisait un salut offert à tous et refusait expressément le salut universel.[39] Dans le numéro, le salut général est réellement donné à tous : chacun sera ramené à la vie, qu'il ait cru ou non.[40] D'où la réponse : « Le lecteur voit peut-être déjà qu'il n'a rien à faire ».[41] Barbour écrivait en 1876, dans un article publié par Storrs, que chacun « doit être et sera sauvé » au sens où il parviendra à la connaissance de la vérité.[42] Le numéro limite pourtant ce salut. Le réveil des morts n'en est que le début, et seuls ceux qui se repentent pendant les mille ans arrivent à la perfection. Les autres meurent de la seconde mort.[43] Crompton résume cette doctrine ainsi : la rançon ne garantit pas la vie éternelle à tous, mais une seconde chance dans de meilleures conditions.[44]

Cette résurrection suppose que la mort efface l'être. Job dit qu'il « ne sera plus », et Dieu doit le recréer.[45] Blandre fait remonter cette idée à Henry Grew et à George Storrs, pour qui les morts restent sans conscience jusqu'à leur résurrection.[46] Ses adversaires l'accusaient d'ôter toute crainte aux méchants. Horace Hastings écrivait que, si la mort est un sommeil éternel, une balle de pistolet suffit à soustraire le criminel au jugement.[47] Le numéro donne à la résurrection un sens large. Elle ne se limite pas à sortir du tombeau : elle comprend tout le chemin vers la perfection, et elle concerne aussi les vivants, déjà engagés « dans la mort ».[48]

Le petit troupeau, les croyants justifiés et la seconde mort

Le salut particulier reste réservé à ceux qui sacrifient leur vie humaine avec le Christ et reçoivent la nature divine.[49] Ce privilège a commencé à la Pentecôte et s'est terminé en octobre 1881.[50] Schulz et de Vienne expliquent cette date par l'échec de 1881 : l'enlèvement attendu n'avait pas eu lieu, et Russell en a conclu que la porte du haut appel s'était fermée.[51] Le numéro précise ce qui reste à faire. Les consacrés d'avant 1881 doivent achever leur sacrifice jusqu'à leur mort. Rien n'empêche, ajoute-t-il, qu'un autre privilège soit accordé aux croyants venus ensuite.[52]

Ce privilège est décrit. Ceux qui croient aujourd'hui sans viser le haut appel pourraient rester en vie sans passer par la mort, et être guéris de leurs maladies par la prière.[53] La même livraison affirme pourtant que les signes de Marc 16:17-18 ont cessé avec l'Église primitive.[54] En août 1882, la revue distinguait déjà deux choses : le don de guérison des premiers chrétiens, qui commandaient la guérison, et la prière de foi de Jacques 5:14-15, possible à toute époque.[55] Schulz et de Vienne notent que Russell voyait dans les guérisons de son temps une preuve de l'aube du Millénium.[56] Pour la division des croyants en deux classes, Gene Ahlstrom propose une source wesleyenne : des croyants justifiés qui avancent ensuite vers la perfection. Schulz et de Vienne y voient plutôt l'héritage des millénaristes britanniques.[57]

Le jugement trie ces destinées. Le procès de l'Église dure depuis dix-huit siècles, et le verdict tombe à la moisson.[58] Les punitions corrigent, sauf la seconde mort. L'idée d'une punition égale à la récompense est attribuée à la papauté.[59] En avril 1882, la revue admettait encore que la punition et la récompense de Matthieu 25:46 ont la même durée, la punition étant une mort sans fin.[60] Les démons, eux, ont déjà été jugés, et leur destruction est fixée.[61]

Cette sévérité touche aussi les consacrés. Maria Russell écrit que Dieu emploie des agents humains et remplace celui qui refuse de servir. Sans le sacrifice de tout, il ne peut pas mener le croyant à la gloire.[62] Tony Wills décrit cette exigence chez Russell : le sacrifice porte aussi sur les choses permises, auxquelles le croyant a droit comme homme.[63] La réponse sur Actes 13:48 laisse à l'homme une part du choix. Elle retient la traduction de Rotherham, « ceux qui s'étaient disposés à la vie de l'âge ».[64] Le participe grec peut se lire « destinés » ou « disposés ». La première lecture appuie la doctrine calviniste, la seconde celle des arminiens, qui défendent le libre choix.[65] En novembre 1882, la revue donnait raison à la fois au calviniste et à l'arminien.[66] Sur ce verset, le numéro choisit la lecture arminienne.[67]

Babylone, les alliances et le temps de trouble

L'Église nominale, rejetée depuis 1878, est assimilée à Babylone. Le numéro demande à un lecteur baptiste de quitter son Église, car les baptistes font partie de l'« Image » d'Apocalypse 13:14-17.[68] En janvier 1880, l'Image désignait seulement l'Alliance évangélique fondée à Londres en 1846.[69] Ici, toute Église qui adopte un credo, un clergé titré et des traditions humaines en fait partie.[70] Blandre rappelle que certains auteurs protestants, comme John Bacon, voyaient déjà dans la seconde bête un protestantisme imitateur de Rome.[71] Bunyan change aussi d'emploi. En avril 1882, il servait à justifier le refus de tout nom de secte.[72] En mars 1884, il marque l'époque où les baptistes restaient proches de l'organisation des apôtres.[73]

L'incrédulité moderne est attribuée à cette Église. Elle vient, selon le numéro, de la mauvaise image que les Églises donnent de Dieu.[74] Le numéro appuie ce jugement sur le sermon de Robert Collyer. Ce pasteur unitarien, ancien forgeron et ancien prédicateur méthodiste, avait perdu sa licence de prédicateur après un procès pour hérésie. Il dirigeait depuis 1879 l'Église du Messie à New York.[75] La revue s'accorde donc avec un pasteur qui niait la Trinité. Russell avait lui-même perdu la foi vers seize ans, faute de pouvoir expliquer à un incroyant comment un Dieu juste pouvait tourmenter les hommes sans fin.[76] Marley Cole note que la Réforme protestante avait gardé ce dogme des tourments éternels, que Russell attaquait.[77] La même logique change la date de Matthieu 24:14. En juillet 1879, l'Évangile prêché à toutes les nations était accompli depuis 1861.[78] En mars 1884, le témoignage est daté de 1866.[79]

Le refus touche aussi les alliances civiles et sociales. En mai 1883, Ésaïe 8:12-16 répondait seulement à l'annonce de la venue du pape au couronnement du tsar.[80] En mars 1884, le passage interdit au croyant toute ligue : royaumes, socialistes, patrons, ouvriers, Alliance évangélique et incrédules.[81] Le « prince de ce monde » organise ces ligues sans que les hommes le sachent.[82] Le temps de trouble annoncé suit le même schéma. Une guerre générale doit mêler toutes les puissances, et le numéro en voit l'indice dans le progrès du communisme.[83] Blandre montre que Barbour décrivait déjà en 1877 ce trouble comme une crise sociale : la faim et le chômage dresseraient les ouvriers contre les capitalistes. Il s'appuyait sur la crise économique ouverte en 1873 et sur les grèves réprimées qui l'avaient suivie.[84] Wills ajoute que Russell lisait la fin du monde à travers la Révolution française et la lutte des classes.[85]

La vie de l'assemblée après les dons miraculeux

La réponse sur Marc 16:15-20 affirme que les signes ont cessé, d'après 1 Corinthiens 13:8-10. Ils servaient à introduire le christianisme, et la foi repose désormais sur d'autres preuves.[86] Jon Ruthven rattache cette doctrine à la polémique protestante contre les miracles attribués aux saints catholiques. Le miracle y sert de preuve à la révélation, et il disparaît une fois la révélation donnée.[87] Schulz et de Vienne relèvent que Russell enseignait déjà en 1880 la fin des langues et des prophéties, tout en gardant dans l'Église des enseignants, des évangélistes et des pasteurs.[88]

Sans miracles, l'assemblée repose sur l'étude de la Bible. L'article signé R. W. rejette les réunions de témoignages des adeptes de la « vie supérieure ».[89] Ce mouvement, porté par Robert et Hannah Pearsall Smith, avait réuni environ 8 000 personnes à Brighton en 1875.[90] Schulz et de Vienne identifient R. W. comme un ancien adventiste du second avènement, resté plus de trente ans dans ce milieu.[91] Selon eux, Russell jugeait ce mouvement inutile ou faux. Dieu bénissait le témoignage rendu par la Parole, et non la ferveur des réunions.[92] Le numéro préfère la vérité à l'harmonie du groupe. Chaque participant apporte sa Bible, une concordance et l'Emphatic Diaglott, et compare les passages entre eux.[93]


Organisation et histoire

Se tenir à l'écart de toutes les alliances

En 1884, Maria Russell dresse la liste des « confédérations » de son temps. Les rois s'unissent contre leurs sujets. Les socialistes préparent une ligue mondiale. Les capitalistes s'associent entre eux et les ouvriers font de même. Les sectes protestantes se regroupent dans l'Alliance évangélique. Des incroyants forment des ligues libérales.[94] Le débat entre le Century Magazine et le journal The Catholic sur une réunion des catholiques et des protestants, reproduit plus haut dans le même numéro, illustre ces rapprochements.[95] La « ligue libérale » n'est pas nommée. L'organisation de ce nom la plus connue aux États-Unis est alors la National Liberal League. Elle a été fondée à Philadelphie en juillet 1876, réclame la séparation de l'Église et de l'État et compte Robert Ingersoll parmi ses dirigeants.[96] Maria Russell donne aux lecteurs une seule règle : ne prendre part à aucune de ces unions, qu'elles soient civiles, sociales ou religieuses. Ils doivent marcher à part, unis au Seigneur seul.[97] La règle exclut aussi les associations ouvrières. Tony Wills note que Russell reconnaissait une part de justice dans les plaintes des travailleurs, mais refusait de s'associer à leurs mouvements.[98] L'historien Edward H. Abrahams voit chez Russell un mélange de retrait du monde, d'attente de la révolution et de réaction.[99]

La même règle s'applique à l'Église du lecteur. Un baptiste en désaccord avec sa communauté demande s'il doit la quitter. La réponse cite l'ordre « Sortez de Babylone, mon peuple ». Elle lui demande de retirer à son Église son nom, son influence et son soutien.[100] Les baptistes du temps de John Bunyan auraient été proches de l'organisation des apôtres. Ils auraient ensuite adopté un credo, des limites et un clergé titré, et feraient désormais partie de l'« Image » d'Apocalypse 13:14-17.[101] En avril 1882, Bunyan servait à justifier le refus de tout nom de secte.[102] En 1884, ses baptistes servent à mesurer la décadence de leurs successeurs. Le lecteur ne doit pas fonder une autre Église. Il doit chercher les fidèles dispersés chez les baptistes, les méthodistes ou les presbytériens, comme les sept mille fidèles qu'Élie ignorait.[103] James Penton explique cette position. Pour Russell, on pouvait appartenir à la vraie Église tout en restant dans une dénomination. Il convenait pourtant d'en sortir, surtout après 1881, pour s'associer librement aux Étudiants de la Bible.[104] En 1881 déjà, la revue décrivait l'Église primitive comme unie par l'amour et non par une organisation humaine.[105] Cette sortie a un prix. Le jeune pasteur baptiste du Texas qui écrit à la revue a été exclu de son Église pour avoir prêché la restauration.[106]

Des usages communs réglés depuis Allegheny

Les lecteurs qui ont quitté leur Église ont besoin de leurs propres rites. Le Mémorial est fixé au 14 nisan, du mardi 8 avril à 18 heures au mercredi 9 avril à 18 heures. L'Église de Pittsburgh se réunit le mardi à 19 h 30, dans la salle du premier étage du 101 Federal Street, à Allegheny City. Les lecteurs sont invités à observer la fête partout.[107] Le lieu a changé en trois ans. En 1881, la célébration se tenait chez W. H. Conley, au 50 Fremont Street.[108] En 1882, elle avait lieu chez Joseph Lytel Russell, au 80 Cedar Avenue.[109] En février 1883, l'Église de Pittsburgh s'était installée au 101 Federal Street.[110] Le Mémorial passe ainsi d'une maison particulière à une salle louée. En 1883, la revue avait annoncé deux dates : le dimanche 22 avril pour Pittsburgh, puis le samedi 21 avril pour tous.[111][112] En 1884, une seule date est donnée, avec une heure précise. Bernard Blandre fait remonter la célébration annuelle au 14 nisan à George Storrs.[113] Selon Schulz et de Vienne, le Mémorial de 1881 avait déjà été célébré dans une vingtaine d'endroits.[114]

Les réunions ordinaires reçoivent aussi un modèle. R. W. propose de remplacer les réunions de témoignages par l'étude d'un sujet biblique. Chacun apporte sa Bible, une concordance, l'Emphatic Diaglott et plusieurs versions du Nouveau Testament.[115] Ce texte n'est pas inédit. Il avait déjà paru au début de 1882.[116] Schulz et de Vienne identifient R. W. : Robert Wakefield, cordonnier d'origine irlandaise, venu au mouvement après plus de trente ans chez les adventistes.[117] Sa cible, la « vie supérieure », vient du livre de William Boardman, The Higher Christian Life (« La vie chrétienne supérieure »), paru en 1858. Robert Pearsall Smith et Hannah Whitall Smith l'ont répandue en Angleterre à partir de 1873.[118] Le groupe d'Allegheny connaissait lui-même ces réunions. D'après le souvenir de Thomas Hickey, il tenait depuis 1875 des réunions de prière, de louange et de témoignage chez les Russell. Aucun déroulement commun n'était encore fixé.[119] En août 1882, la revue proposait aux petits groupes une autre solution : discuter ses propres articles à la lumière de la Bible.[120] Penton montre que Russell a imposé dès 1879-1880 aux groupes un modèle de réunions copié sur celui d'Allegheny.[121] George Chryssides décrit le mouvement de Russell comme une confédération d'ecclésias autonomes.[122]

Chaque lecteur appelé à servir

Les groupes ainsi formés doivent aussi prêcher. Maria Russell affirme que Dieu a choisi d'agir par des hommes. Celui qui refuse de servir est remplacé par un autre et perd sa couronne, selon Apocalypse 3:11.[123] Le sermon sur le retour du Christ voit dans les anges de Matthieu 13:39 les moissonneurs de l'époque. Tout disciple peut travailler à cette moisson.[124] Une réponse aux lecteurs précise que les semailles reviennent à l'Église primitive et la moisson aux lecteurs actuels.[125] En avril 1881, l'appel à « 1 000 prédicateurs » reposait sur une échéance : la porte du haut appel devait se fermer à l'automne.[126] Melvin Curry, cité par Penton, estime que cette échéance avait poussé les lecteurs à prêcher davantage.[127] En 1884, cette date est passée. Le devoir de servir repose désormais sur la méthode que Dieu aurait choisie. Robert Crompton explique pourquoi la prédication continue après 1881 : les appelés doivent encore confirmer leur réponse.[128]

Les lettres publiées montrent comment les lecteurs sont gagnés. Un ancien alcoolique de Chicago a ramassé dans la rue Food for Thinking Christians (« Nourriture pour les chrétiens qui réfléchissent ») et Why Evil Was Permitted (« Pourquoi le mal a été permis »). Il en réclame d'autres.[129] Ce second titre avait été joint comme supplément au numéro de mai 1881.[130] La Zion's Watch Tower Tract Society, organisée le 16 février 1881, avait lancé la distribution des brochures.[131] En 1882, la revue comptait près d'un demi-million d'exemplaires diffusés.[132] Food for Thinking Christians reste envoyé gratuitement à qui le demande.[133] Un lecteur de Brooklyn, âgé de quatre-vingt-quatre ans, propose à son tour de distribuer des brochures. Il dit prendre garde de ne pas « jeter les perles devant les pourceaux ».[134] Le lecteur gagné devient ainsi diffuseur. Le pasteur baptiste du Texas, lui, a été convaincu par la brochure sur le Tabernacle.[135] Schulz et de Vienne relèvent en 1883 des lettres semblables : un pasteur méthodiste du Kansas et un diacre baptiste qui démissionne après avoir lu Food for Thinking Christians.[136] Le recrutement passe donc surtout par des pasteurs et des responsables déjà engagés dans les Églises.

Une revue écrite à plusieurs

Russell ne signe pas seul. Maria Russell signe deux articles sous les initiales « Mrs. C. T. R. ».[137] R. W. signe l'article sur les réunions.[138] S. O. Blunden signe l'article sur le déclin des Églises.[139] Le numéro reproduit aussi un poème d'un autre auteur et une remarque d'Adam Clarke sur la résurrection.[140] Depuis le début de 1882, tout article devait recevoir l'accord d'au moins deux lecteurs compétents avant d'être imprimé.[141] Schulz et de Vienne limitent le rôle de Maria Russell, dans les années 1880, à la relecture, au courrier et au secrétariat. Ils jugent rares ses propres écrits à cette époque.[142] Ce numéro contient pourtant deux articles de doctrine signés par elle. En mars 1883, elle répondait déjà à un lecteur au nom de la rédaction.[143] Le sociologue Joseph Zygmunt la jugeait capable de parler et d'écrire au nom du groupe sur la doctrine et la morale.[144]

Une partie des textes date d'avant 1884. Le sermon « Quand le Christ viendra-t-il ? » est le sixième d'une série. Blandre y reconnaît les discours prononcés par Russell à Allegheny vers 1877-1878, devant son groupe et devant le clergé local. La revue les publie de janvier 1883 à mars 1884.[145] Selon Blandre, le texte a probablement été mis à jour après la déception du printemps 1878.[146] Le numéro renvoie aussi à des numéros antérieurs. Le lecteur doit relire le numéro d'avril 1883 sur le Mémorial, l'article « Le Jugement » de décembre et l'article « Sanctifier le monde » de février 1883.[147] Il est aussi renvoyé aux pages 61 et 62 de Food for Thinking Christians.[148] La revue suppose donc un lecteur qui garde ses anciens numéros. Le texte disponible porte enfin une note ajoutée lors d'une réédition. Il ne reproduit donc pas exactement le numéro tel qu'il a paru en 1884.[149]

L'actualité des Juifs lue comme une preuve

Le sermon s'appuie sur l'actualité internationale. En 1878, l'oppression turque aurait pris fin en Palestine. Par le traité de Berlin, un « Hébreu », Premier ministre d'une grande nation, aurait pris le pays sous sa protection. La presse annonce que les Rothschild et sir Montefiore organisent l'achat et la colonisation de la Palestine. Les persécutions russes poussent les Juifs à s'y rendre.[150] Le congrès de Berlin s'est tenu du 13 juin au 13 juillet 1878. Benjamin Disraeli y dirigeait la délégation britannique.[151] Disraeli, né juif, avait été baptisé dans l'Église anglicane à l'âge de douze ans.[152] Les autres faits cités datent d'années différentes. Moses Montefiore s'était rendu sept fois en Palestine entre 1827 et 1875. Il entrait dans sa centième année en novembre 1883.[153] Edmond de Rothschild n'a commencé à acheter des terres en Palestine qu'en 1882, en prenant en charge Rishon LeZion.[154] Les émeutes contre les Juifs de Russie datent de 1881 et 1882.[155] Le passage rassemble donc sous l'année 1878 des nouvelles de 1878 et de 1882. Ce mélange confirme la mise à jour du sermon relevée par Blandre.

En octobre 1879, la revue voyait la confirmation de ses calculs dans la convention anglo-turque du 4 juin 1878.[156] En 1884, la preuve passe par le traité de Berlin et par le rôle d'un Premier ministre d'origine juive. La Russie, où vivent la plupart des Juifs, devient aussi le « pays du nord » de Jérémie 16:15.[157] Zoe Knox note que Russell citait volontiers la presse sur la Palestine et voyait dans les persécutions de Roumanie et de Russie une cause d'émigration voulue par Dieu. Elle juge ces vues bienveillantes envers les Juifs rares chez un pasteur chrétien de l'époque.[158] Les nouvelles des journaux servent ainsi aux lecteurs de preuves visibles pour les dates du mouvement. Sur ce pointaussi la page Sionisme.[159]


Contenu

Vue depuis la Tour

Le carême, observé surtout par l'Église catholique romaine et l'Église épiscopalienne, est présenté comme une occasion de se remémorer les derniers jours de Jésus, malgré les excès de ces Églises. Le souvenir des souffrances et de la mort du Seigneur ne risque pas, selon ce texte, d'ébranler la foi en la rançon.[160] L'Église primitive célébrait chaque année la Cène et la mort du Seigneur à la date anniversaire, et le « Vendredi saint » conserve ce reste de l'usage d'origine.[161]

Depuis plusieurs années, les étudiants de la Bible commémorent à cette date l'agneau pascal antitypique, l'Agneau de Dieu qui ôte le péché du monde. La coïncidence de la date est dite rendre la cérémonie plus solennelle et plus réelle. Le pain et le vin rappellent le sang versé et le corps brisé du Christ.[162] La Cène est un mémorial de la mort du Christ, comme la Pâque en était un type. Jésus a accompli la seconde et institué la première la nuit de sa trahison. Il a dit à ses disciples de faire cela désormais en souvenir de lui, l'Agneau de Dieu véritable, dont le sacrifice procure une délivrance plus grande à l'Église des premiers-nés.[163] Les lecteurs sont invités à observer partout la parole du Maître, Luc 22:19. Le moment est promis comme une saison de communion bénie, surtout pour la classe des « premiers-nés ».[164]

Les dates sont précisées. La fête juive de la Pâque commence le 15 nisan, qui correspond cette année au 9 avril, et dure sept jours. Les étudiants de la Bible ne la célèbrent pas. Ils commémorent l'immolation de l'agneau le 14 nisan, soit du mardi 8 avril à 18 heures au mercredi 9 avril à 18 heures 1884. L'Église de Pittsburgh se réunit le mardi à 19 h 30, dans la salle du premier étage du n° 101 de Federal Street, à Allegheny City, pour rompre le pain et boire le fruit de la vigne. Le sacrifice est dit « accompli » à 15 heures le lendemain, il y a plus de dix-huit cents ans. Pour une explication plus détaillée, le lecteur est renvoyé au numéro d'avril de l'année précédente, et le texte cite 1 Corinthiens 5:7.[165]

Lettres intéressantes

Trois lettres de lecteurs sont publiées. Un jeune pasteur baptiste du Texas a été exclu de son Église, il y a environ huit mois, pour avoir adopté et prêché la doctrine de la restauration. Il trouve son réconfort dans la lecture de la Bible avec les aides publiées par Russell. Il juge la brochure sur le Tabernacle sans égale pour expliquer ce sujet. Il doute cependant d'appartenir à la prêtrise, tant le chemin est étroit, et il aime sa Bible davantage depuis que la lumière du « temps convenable » éclaire ses pages.[166]

Un homme de Chicago, ancien alcoolique abstinent depuis plus d'un an, a ramassé dans la rue Food for Thinking Christians (« Nourriture pour les chrétiens qui réfléchissent ») et Why Evil Was Permitted (« Pourquoi le mal a été permis »). Il en demande d'autres et dit vouloir mener une vie meilleure.[167] Un lecteur de Brooklyn, dans sa quatre-vingt-cinquième année, remercie pour l'envoi de la revue et propose de distribuer des tracts. Il dit prendre soin de ne pas « jeter les perles devant les pourceaux ».[168]

« L'union des protestants et des catholiques »

La revue cite la réponse du journal The Catholic de Pittsburgh à un éditorial du Century Magazine sur une réunion future des catholiques et des protestants, éditorial dont elle avait parlé le mois précédent. Elle y voit la tempête qui s'annonce et la crainte d'une « panique religieuse » dans l'Église nominale. Les vantardises des deux Églises, qu'elle qualifie de systèmes d'erreur vieillissants, serviraient à cacher leur inquiétude.[169]

The Catholic soutient que le protestantisme, révolte contre l'autorité de l'Église catholique, est menacé par la révolte de son propre enfant : le matérialisme, l'agnosticisme et l'incrédulité. Ayant semé le vent, il récolte la tempête. Des esprits réfléchis chercheraient donc une alliance avec l'Église catholique.[170] Le journal catholique relève que le Century, pourtant séculier, a eu pour premier directeur Holland, calviniste strict, et que son propriétaire actuel, Roswell Smith, est presbytérien. Il pardonne à l'auteur ses erreurs sur l'enseignement catholique. Il rejette l'idée d'une réforme de doctrine dans l'Église catholique : la foi y est immuable, seule la discipline peut être réformée.[171]

Selon The Catholic, le protestantisme, orgueilleux et dédaigneux il y a vingt-cinq ans, est aujourd'hui impuissant, car ses enfants incrédules retournent contre lui les armes qu'il employait contre l'Église catholique depuis quatre siècles. L'éditorialiste du Century reconnaît que les protestants ont intérêt à entretenir de bonnes relations avec les théologiens catholiques. Selon lui, ce qui est en cause n'est ni le protestantisme, ni la papauté, ni le calvinisme, ni la Trinité, mais l'existence même de la religion, d'un Dieu conscient, d'une vie après la mort, du libre arbitre et d'une loi morale.[172] Le journal catholique répond que les théologiens catholiques avertissent en vain les protestants depuis quatre siècles. Il ajoute que les premiers réformateurs ont nié le libre arbitre et, par la justification par la foi seule, écarté en pratique la loi morale.[173]

Le Century reconnaît aussi que la doctrine et la pratique catholiques sur le divorce sont plus proches de la loi du Nouveau Testament que celles des Églises protestantes. The Catholic reproche à Luther et à Henri d'Angleterre d'avoir réglé à la hâte la loi du mariage, et il doute que les Églises protestantes se rapprochent de la norme catholique. Il conclut que le seul rapprochement possible est que les protestants cherchent refuge dans l'arche, l'Église catholique, contre le déluge de l'incrédulité moderne.[174]

S'assembler

Le texte part de Hébreux 10:24-25, sur l'exhortation à ne pas abandonner les assemblées. La nécessité de se réunir pour s'édifier et s'encourager est largement reconnue chez les chrétiens. L'auteur, signé R. W., doute que le but soit souvent atteint, car Dieu n'y a pas la parole ou y est limité. Les réunions prennent le plus souvent la forme de prières et de témoignages personnels, ou dépendent d'un seul prédicateur, ce qui est jugé peu profitable. Il estime qu'une grande place devrait être donnée à l'étude des Écritures.[175]

L'auteur raconte une réunion de témoignages tenue par des adeptes de la « vie supérieure ». Un seul verset avait été lu, sans que personne en connaisse le contexte, puis la Bible avait été refermée. Chacun avait dit ce qu'il ressentait. Une femme avait déclaré se nourrir toute la journée d'un verset reçu au lever. L'auteur y voit la mauvaise habitude de prendre un verset retenu par hasard, de l'interpréter hors de son contexte et de se contenter d'une miette alors que le Seigneur a dressé une table abondante. Au bout d'une heure, selon lui, l'esprit humain s'était exalté et le Saint-Esprit des « nouvelles créatures » était presque étouffé. Un frère avait conclu qu'il fallait plus de prière et avait demandé bien des choses contraires à la volonté de Dieu.[176]

Il critique aussi ceux qui évitent toute discussion susceptible de provoquer une controverse pour préserver l'harmonie. Il refuse de sacrifier la vérité à l'harmonie, et se demande pourquoi limiter Dieu à cinq ou dix minutes sur deux heures consacrées aux expériences de chacun. Il recommande que chaque participant apporte sa Bible, du papier et un crayon, et se serve d'une concordance, de l'Emphatic Diaglott et de plusieurs versions du Nouveau Testament. On choisit un sujet, on demande la direction de l'Esprit, puis on lit, on réfléchit et on compare les passages entre eux. La vérité, cite-t-il, rend libre de l'erreur, de la superstition, de la corruption de la nature humaine, de la formalité et de l'orgueil, selon Jean 8:32.[177]

Les prières n'ont pas besoin d'être longues ni de répéter les mêmes choses, car Dieu n'exauce pas pour la multitude des paroles. Dieu a plus à dire que l'homme, et doit donc parler longuement par sa Parole. L'auteur cite Jean 17:17, Jean 5:39, Psaumes 119:97 et Philippiens 2:13.[178]

Le jour est proche

Un poème, reproduit d'un autre auteur, encourage l'âme fatiguée à tenir bon, car l'aube est proche. Il promet que les scènes de la terre disparaîtront bientôt, que le sommet de la montagne sera atteint et qu'un monde de joie et de paix sera obtenu. La devise proposée est « joyeux par l'espérance ».[179]

Quand le Christ viendra-t-il ?

Ce sixième discours reprend les deux précédents. Le second retour du Seigneur est d'abord invisible pour le monde, qui continue à manger, boire, bâtir et se marier sans savoir que le jour du Seigneur est arrivé. Sa présence est celle d'un corps spirituel invisible à l'œil humain. Jésus a mis l'Église en garde contre les fausses annonces : « Voici, il est dans le désert », « Voici, il est dans les chambres », selon le texte, qu'il ne faut pas croire.[180] Lors du premier avènement, le Christ s'est montré dans la chambre et dans le désert, comme Verbe fait chair, sous la forme d'un serviteur destiné à mourir. Au second, il vient dans la gloire de son Père, dans un corps spirituel que nul homme n'a vu ni ne peut voir, selon 1 Timothée 6:16.[181]

La comparaison de Jésus avec l'éclair, en Matthieu 24:27 et Luc 17:24, est interprétée ainsi : on voit l'éclair par les traces qu'il laisse, et les hommes reconnaîtront de même le grand jour de la colère aux troubles nationaux et aux bouleversements. L'Église fidèle, elle, n'est pas dans cette ignorance. Seule la masse des infidèles qui se disent de l'Église reste sous le voile. Ceux qui veillent sur la « parole prophétique plus certaine » connaîtront sa présence, d'après 1 Thessaloniciens 5:1-5. Quand le Christ viendra avec ses saints anges, les anges et le Christ connaîtront le moment, ainsi que tous ceux de l'Église qui ne sont pas dans les ténèbres. Le chrétien qui ne veille pas sera surpris comme le monde.[182]

Les prophètes ont annoncé des choses qu'ils ne comprenaient pas eux-mêmes. Daniel s'est entendu dire que les paroles sont scellées jusqu'au « temps de la fin », alors que la connaissance augmentera, que les sages comprendront et qu'aucun méchant ne comprendra, selon Daniel 12:9-10. Le serviteur qui ne veille pas et les vierges insensées ne comprendront pas non plus, d'après Matthieu 25. Pierre dit que les prophètes cherchaient à quel moment, ou à quelle sorte de moment, l'Esprit faisait allusion, et que cela leur fut révélé pour nous, l'Église de l'Évangile, d'après 1 Pierre 1:10-12. Les prophètes ont servi de porte-parole et ont accumulé des trésors de sagesse. Pendant l'âge de l'Évangile, l'Esprit saint les dévoile peu à peu, comme une « nourriture au temps convenable ».[183]

Dieu agit selon un plan arrêté d'avance, où les temps et les saisons ont leur place. Le Christ est né à l'heure fixée, selon Galates 4:4. Il a commencé sa prédication à temps, selon Marc 1:15, il est mort « au temps convenable », selon Romains 5:6, et il est ressuscité le troisième jour, selon 1 Corinthiens 15:4. Ses adversaires n'ont pu le saisir car son heure n'était pas venue. Il existe donc aussi un temps convenable pour le second avènement, et si ce temps est arrivé, l'Esprit conduira les enfants fidèles de Dieu à la vérité sur ce sujet.[184]

Le prédicateur doit d'abord répondre à une question : faut-il s'appuyer sur l'Ancien Testament ? Il dit rougir de la poser, mais il sait que beaucoup de chrétiens refusent cette autorité. Un pasteur de la ville a récemment repris un membre de son troupeau pour avoir cité un prophète. Le discours oppose à cette attitude les Écritures que Jésus a invité à sonder et que les Béréens examinaient chaque jour, celles que Jésus a expliquées aux disciples d'Emmaüs, celles dans lesquelles Apollos était puissant, et celles que Timothée connaissait depuis l'enfance. Il cite 2 Timothée 3:16-17. Selon lui, certains hommes de Dieu sont mal équipés parce qu'ils laissent de côté plus des deux tiers de la Parole de Dieu.[185] Pierre jugeait la prophétie de l'Ancien Testament plus sûre que sa propre vision de la transfiguration, selon 2 Pierre 1:19, et elle reste utile « jusqu'à ce que le jour vienne à paraître ». L'Ancien Testament est présenté comme un trésor aux éléments scellés, dont le Nouveau Testament est la clé.[186]

Le discours annonce ensuite plusieurs affirmations prophétiques, dont l'une indique la durée de l'âge de l'Évangile, mais sans le dire ouvertement. Elle est voilée, et ne peut être comprise sans la clé du Nouveau Testament. Dieu a relié l'histoire des Églises juive et de l'Évangile par le lien du type et de l'antitype, et les apôtres ont souvent rappelé ce caractère typique de l'ère juive. Ce caractère concerne ses lois (Hébreux 10:1), ses cérémonies (Hébreux 9:9), ses sacrifices (Hébreux 10:11), ses jours sacrés, ses temps et ses saisons (Colossiens 2:16-17), et sa durée.[187]

Le raisonnement continue avec la durée de l'âge de l'Évangile, déduite de celle de l'ère juive. Selon Paul, l'aveuglement d'Israël dure « jusqu'à ce que la plénitude des Gentils soit entrée », d'après Romains 11:25. Le rejet d'Israël a commencé à la fin de l'âge juif et prendra fin avec l'âge de l'Évangile. Si la date du retour en grâce d'Israël est établie, la fin de l'âge de l'Évangile l'est aussi.[188] Le retour d'Israël, de Jérusalem reconstruite et de la nation juive redevenue la première des nations est placé dans l'âge suivant, appelé « millénaire ». Les prophètes en donneraient la date : Israël a rejeté le Christ, il est rejeté à son tour pendant une durée égale à celle de sa faveur, puis il retrouve le pardon.[189]

Le calcul part de la mort de Jacob en Égypte, où la famille devient pour la première fois un ensemble de tribus. La promesse de faveur nationale passe par Juda, selon Genèse 49:10. Malgré les châtiments et les captivités, Dieu a toujours ramené Israël et préservé son existence nationale, jusqu'au rejet et à la crucifixion du Seigneur, soit 1 845 ans. Depuis, les Juifs sont des exilés, « un opprobre et une moquerie parmi tous les peuples », selon Jérémie 29:18. Le châtiment dure autant que la faveur : 1 845 ans à partir de l'an 33, donc jusqu'en 1878. Le relèvement demande ensuite 37 ans, comme la chute entre l'an 33 et l'an 70, et s'achève à la fin de 1914. Une autre ligne de prophéties, annoncée pour plus tard, donnerait la même date de 1914 pour la pleine maîtrise de la Palestine.[190]

La preuve est tirée de Jérémie 16:13-18. L'exil dans « un pays que vous ne connaissiez pas » ne peut désigner ni la captivité de Babylone, puisque Abraham venait d'Ur des Chaldéens, ni la captivité de Syrie, puisque Jacob était Syrien selon Deutéronome 26:5. Il s'agit de la dispersion actuelle des Juifs dans tous les pays. La délivrance à venir éclipsera celle d'Égypte : on dira que Jéhovah a ramené Israël du pays du Nord, c'est-à-dire de la Russie, où vit le plus grand nombre de Juifs. Auparavant, Dieu rend « le double » pour leur faute. Le mot hébreu traduit par « double », mishneh, signifie « répétition ». Cette répétition ne peut porter que sur la durée, puisque le traitement lui-même change : Dieu ne montre plus de faveur. Le prédicateur dit ne s'appuyer que sur ce seul prophète, qui est la voix de Dieu.[191]

Zacharie 9:9 donne le jour exact du rejet. Cinq jours avant sa crucifixion, Jésus entre à Jérusalem sur un âne. La nation ne l'accueille pas dans la joie, seule la foule crie « Hosanna ». Le verset suivant, qui parle de rendre « le double », est lu comme une annonce faite ce jour-là : « Même aujourd'hui je déclare que je te rendrai le double. » Les larmes de Jésus sur la ville et sa parole sur ce qui est « caché à tes yeux » marquent cet aveuglement, selon Luc 19:41-44. Trois prophètes se placent à trois endroits. Jérémie regarde vers l'avenir (« je vous rejetterai »), Zacharie se tient à côté de Jésus sur l'ânon (« aujourd'hui même »), et Ésaïe parle depuis notre époque, quand le temps de punition est écoulé : « Consolez, consolez mon peuple [...] son temps fixé est accompli, son iniquité est pardonnée, car elle a reçu de la main de Jéhovah le double pour tous ses péchés », selon Ésaïe 40:1-2.[192]

Des signes visibles de ce retour en grâce sont cités pour 1878. Le figuier, desséché jusqu'aux racines et qui représente Israël, commence à « pousser des feuilles ». L'année 1878 voit la fin de l'oppression turque en Palestine et, par le traité de Berlin, un Hébreu, Premier ministre d'une grande nation, assume la protection du pays. La presse annonce que les Rothschild, sir Montefiore et d'autres riches Juifs ont arrangé l'achat et la colonisation de la Palestine, et les persécutions russes poussent beaucoup de Juifs à s'y rendre.[193]

La durée de l'âge de l'Évangile se lit dans Romains 11:25 : Israël reste aveugle jusqu'à ce que soit rassemblée toute la compagnie de l'Église évangélique, l'Épouse tirée des Gentils pour le nom du Christ. Le temps assigné à la sélection de la future Épouse du Christ est donc le temps du rejet des Juifs, de l'an 33 à 1878. Comme la faveur a continué envers des Israélites pris un à un après le rejet de la maison dans son ensemble, la faveur continue envers des saints pris un à un après le rejet de l'Église nominale. Les apôtres et les premiers disciples, le « reste » d'Israël selon Romains 9:27, ont reçu la connaissance et les privilèges de l'âge de l'Évangile pendant que le reste d'Israël restait aveugle. De même, les fidèles de l'Église évangélique reçoivent aujourd'hui la connaissance propre à l'aube du millénaire et sont ainsi achevés pour leur place dans le royaume.[194]

Les deux maisons d'Israël, la juive et l'évangélique, sont dans le rapport de type à antitype. La loi était l'ombre des biens à venir, l'âge de l'Évangile en est la substance. La maison juive était une maison de serviteurs, avec Moïse, et la maison évangélique est une maison de fils, avec le Christ, selon Hébreux 3:5-6. Jacob, surnommé Israël, fonde la maison typique et le Christ, le vrai Israël de Dieu, la maison antitypique. La première repose sur les douze fils de Jacob, la seconde sur les douze apôtres. Le tabernacle où le grand prêtre typique entrait chaque année pour une expiation typique a pour antitype le vrai tabernacle où le vrai Grand Prêtre est entré pour nous, selon Hébreux 6:20. Comme le grand prêtre typique sortait ensuite bénir le peuple, le Grand Prêtre véritable sortira bénir le monde entier.[195]

Les sous-prêtres portaient des bonnets, signe qu'ils n'étaient pas le chef, tandis qu'Aaron n'en portait pas. L'Église, corps ou épouse du Christ, forme de même une prêtrise dont Jésus est le chef, selon Hébreux 3:1. Aux sacrifices typiques répondent les sacrifices spirituels, selon 1 Pierre 2:5, à la circoncision de la chair celle du cœur, selon Romains 2:29, et au temple où la présence de Dieu était représentée l'Église, « temple saint » bâti pour que Dieu y habite par l'Esprit, selon Éphésiens 2:22. Tout ce que possédait Israël était un type de ce que possède l'Église sur un plan spirituel supérieur.[196]

L'âge juif s'est achevé par une moisson, où Jésus était présent dans la chair comme Seigneur de la moisson. Ses disciples l'ont aidé à récolter la maison charnelle et à rassembler le grain mûr dans le grenier de l'Évangile, selon Jean 4:35-38. L'âge antitypique s'achève aussi par une moisson, où Jésus est de nouveau « présent », cette fois en gloire, être spirituel invisible à l'œil humain. Les fidèles sont invités à ne pas dire qu'il reste de nombreuses années avant la moisson, mais à regarder les champs, déjà blancs. Tout disciple qui suit les traces du Maître peut aujourd'hui travailler avec lui à cette moisson. Les anges ou messagers de Matthieu 13:39 sont ces moissonneurs, que le Seigneur dirige par la Parole en leur ouvrant l'intelligence des temps et des saisons.[197]

La moisson juive dure sept ans, à partir du ministère de Jésus. Pendant les trois ans et demi jusqu'à sa mort, l'effort s'adresse à la maison juive entière, qui reste sourde et ne « connaît pas le temps de sa visitation ». Les trois ans et demi suivants sont consacrés aux individus prêts à croire. La faucille de la vérité les sépare de la maison rejetée et les place sous la faveur de l'âge de l'Évangile. Ces sept ans forment la « soixante-dixième semaine » de Daniel 9 : soixante-dix semaines symboliques, soit 490 ans, sont fixées pour le peuple de Daniel, et soixante-neuf mènent au Messie, le prince, qui devient Messie à son baptême, à trente ans. « Au milieu de la semaine », le Messie est retranché, mort « non pour lui-même », mais il « confirme l'alliance avec plusieurs » pendant une semaine, c'est-à-dire jusqu'au terme des soixante-dix. Pour cette raison, Jésus ordonne de commencer par Jérusalem, et l'Évangile reste réservé aux Juifs jusqu'à la fin de la semaine, trois ans et demi après sa mort.[198]

L'âge de l'Évangile est l'antitype de cette moisson de sept ans, plus trente-trois. Elle commence en 1874, date où une autre ligne biblique place la présence du Christ. Pendant sept ans, le blé mûr est récolté et séparé de l'ivraie, puis trente-trois ans servent à consumer et à enlever le système nominal. Le nombre complet de l'Église évangélique devait entrer en alliance avec Dieu en 1878, quand commençait la faveur envers Israël. Dans la maison nominale rejetée et laissée « déserte », les vases choisis devaient encore être rassemblés dans le grenier, à l'abri des troubles. Cette faveur s'achève à l'automne de 1881, qui trouve tout le vrai blé séparé, au moins en esprit, de l'Église nominale tiède et déchue. Ceux qui sont ainsi rassemblés se sépareront d'elle de nom et de personne quand ils verront que c'est la volonté du Seigneur.[199]

Le temps de trouble qui vient sur l'Église nominale doit faire sortir de son royaume tous les scandales, selon Matthieu 13:41. Elle est balayée par le flot de l'incrédulité, renversée par les vents des fausses doctrines, puis consumée par le mépris du monde quand celui-ci découvrira l'hypocrisie de Babylone. Celui qui a bâti sur le roc avec l'or, l'argent et les pierres précieuses de la vérité tient bon. Les systèmes anciens et corrompus qui se disent l'Église du Christ s'effondrent, et sur leurs ruines le « petit troupeau » fidèle établit avec le Christ, son chef, le règne de la justice. Les lecteurs sont invités à ne pas laisser leur cœur alourdi par les soucis de la vie, à se défaire de tout fardeau et à vivre en épouse qui se prépare.[200]

Le Maître a-t-il besoin de mon service ?

Dieu, comme tout homme raisonnable, cherche à atteindre ses buts au moindre coût. Chez lui, ce principe s'équilibre avec la justice et la bienveillance, tandis que chez l'homme déchu il dépasse souvent les limites de l'amour et de la justice. Bien employé, il autorise à demander si telle ou telle conduite est utile. Dieu n'ordonne rien d'inutile, même si on ne voit pas toujours la raison de ses commandements. S'il appelle à son service, c'est qu'il a un but précis à atteindre par ceux qu'il appelle. Il a choisi d'employer des instruments humains, donc le service fidèle est réellement nécessaire, bien que ses ressources ne s'épuisent pas quand quelqu'un refuse ce privilège. Le refus ne fait perdre que le refusant. Les croyants sont exhortés à être des serviteurs fidèles, appliqués et obéissants, toujours occupés à l'œuvre du Seigneur, à placer leurs talents pour servir au mieux la cause du Maître. Paul et ceux de sa trempe l'ont compris et ont proclamé l'Évangile contre le courant dominant, au risque de leur vie.[201]

À l'objection que Dieu peut accomplir son œuvre sans l'aide de personne, la réponse admet que c'est vrai, mais prévient : celui qui ne s'y met pas est remplacé par un autre et perd le privilège. Elle cite Apocalypse 3:11 : « Que personne ne prenne ta couronne. » Celui qui n'a qu'un talent dit qu'il en a besoin pour lui-même et que son placement rapporterait peu au Seigneur. Celui qui en a plusieurs donne volontiers beaucoup, mais retient une part de ce qu'il avait promis, c'est-à-dire tout. Tous disent que le Seigneur est riche et peut se passer de ce peu. Sans le sacrifice complet de tout, répond le texte, Dieu ne peut pas mener le croyant à la gloire à laquelle il est appelé. Pour les autres, il suscitera un autre agent humain.[202]

Dieu accomplit l'œuvre en grande partie par des agents humains, sous la conduite de son Esprit. Si l'un se retire, un autre comble le vide. Savoir si Dieu aurait pu agir autrement n'est pas à examiner, puisque la sagesse infinie a choisi cette méthode. Les croyants doivent donc utiliser fidèlement chaque talent, car « heureux ce serviteur que son maître, à son arrivée, trouvera faisant ainsi », selon Matthieu 24:46. Ce texte est signé « Mrs. C. T. R. », c'est-à-dire Maria Russell.[203]

« Ne dites pas : Conjuration ! »

Une confédération est une ligue, un pacte ou une alliance d'appui mutuel ou d'action commune. « L'union fait la force » est le mot d'ordre de l'époque dans les milieux civils, sociaux et religieux, né du sentiment d'une menace prochaine. Le « prince de ce monde », selon Jean 12:31, voit venir la tempête, croit à la parole prophétique qui annonce la chute de son pouvoir, et organise ses forces inconscientes pour s'opposer aux plans du Tout-Puissant. Les hommes, qui ne savent pas qu'il les conduit, ne sont pas des serviteurs conscients de Satan, ce qui impliquerait une dépravation effrayante.[204]

Des ligues se forment partout. Les royaumes s'allient contre l'indépendance croissante de leurs sujets, le communisme ou socialisme prépare en secret sa confédération mondiale contre les pouvoirs établis, les capitalistes s'allient entre eux et les travailleurs se regroupent pour se défendre. Dans le domaine religieux, deux grandes classes s'opposent : la prétendue orthodoxie, formée de la papauté et du protestantisme, et l'incrédulité. Les sectes protestantes ont formé l'« Alliance évangélique », qui ignore presque la doctrine et ne prêche que la morale et la nécessité de s'unir à elles pour être sauvé. Des rapprochements apparaissent même entre la papauté et le protestantisme : le protestantisme perd de vue la doctrine, et Rome se dit l'une des dénominations chrétiennes et parle de ses « amis méthodistes et presbytériens ». Les deux camps s'accordent pour traiter d'incrédule quiconque s'oppose à eux, même si sa foi repose solidement sur la Parole de Dieu. Les incrédules forment de leur côté des ligues libérales pour combattre la superstition et défendre la morale et la bienfaisance.[205]

Les chrétiens ne doivent pas lutter seuls contre les puissances des ténèbres sous prétexte que la raison humaine juge l'union avantageuse. L'instruction vient d'Ésaïe 8:11-14 : Jéhovah demande à son prophète de ne pas marcher dans la voie du peuple, de ne pas dire « conjuration » à tout ce que le peuple appelle ainsi, de ne pas craindre ce qu'il craint, et de sanctifier Jéhovah des armées, qui sera un sanctuaire. Les croyants n'ont donc aucune part à ces confédérations civiles, sociales ou religieuses. Ils marchent à part, unis au Seigneur seul et fidèles au royaume de Dieu, encore méconnu du monde. Ésaïe 8:9-10 annonce que les peuples qui s'associent seront brisés et que leurs conseils échoueront. Selon le texte, seule l'incrédulité de l'Église nominale empêche de comprendre ces paroles.[206]

Ceux qui marchent avec le Seigneur et à l'écart du monde connaissent ses plans, de sorte que ce qui fait trembler les autres leur paraît le signe du déroulement du plan de Dieu : derrière une providence sombre, ils voient son visage souriant. Pour les deux maisons d'Israël, Israël selon la chair et l'Église évangélique nominale, le Seigneur est une pierre d'achoppement et un rocher de chute. Beaucoup y trébuchent, tombent et sont pris au piège de l'adversaire, leur foi brisée, et le grand flot de l'incrédulité submerge l'Église nominale. L'ordre d'Ésaïe 8:16 « Lie le témoignage, scelle la loi parmi mes disciples » est rapproché de Daniel 12:10 (« les sages comprendront »), de Psaumes 89:15 et de 1 Thessaloniciens 5:4. La loi et le témoignage sont un trésor sans cesse déployé pour ceux qui se tiennent à l'écart du monde et de ses alliances, et ils restent scellés pour les infidèles. L'article est signé « Mrs. C. T. R. ».[207]

Citation d'Adam Clarke sur la résurrection

Adam Clarke, dans son commentaire sur 1 Corinthiens 15, remarque que la résurrection semble avoir eu bien plus d'importance pour les premiers chrétiens qu'aujourd'hui. Les apôtres y insistaient sans cesse pour pousser les fidèles à la diligence, à l'obéissance et à la joie, alors que leurs successeurs la mentionnent rarement. Aucune doctrine de l'Évangile n'est plus soulignée, et aucune n'est plus négligée dans la prédication actuelle.[208]

Plus personne n'achète leur marchandise

Des signes d'inquiétude et des craintes de catastrophe apparaissent dans l'Église nominale, à cause de l'indifférence générale de ses membres et de la baisse de fréquentation des services. Aux États-Unis comme en Europe, on signale des troupeaux sans pasteurs et des pasteurs dont le troupeau diminue vite.[209] Un extrait du New York Herald du 6 janvier est cité : selon des statistiques religieuses sur la France, au moins 60 000 protestants, soit près d'un dixième de la population protestante du pays, appartiennent à des Églises sans pasteur. L'une d'elles n'a plus de direction pastorale régulière depuis douze ans, et dix-huit autres ont perdu leur pasteur pendant l'année écoulée.[210]

Le manque de pasteurs est illustré par deux autres chiffres. L'Église presbytérienne manquerait de 500 ministres. Pour l'Église épiscopale, un compte rendu de conférence cité d'après le Cleveland Leader du 25 octobre 1883 donne 48 diocèses, 15 juridictions missionnaires, 67 évêques, 2 500 autres membres du clergé, 3 000 paroisses et plus de 353 000 communiants. Il signale aussi un nombre insuffisant de candidats aux ordres sacrés. Les évêques étant plus nombreux que les diocèses et les juridictions missionnaires, les paroisses manquent d'au moins cinq cents pasteurs.[211] La baisse des membres et de la fréquentation est jugée beaucoup plus forte, mais les chiffres ne peuvent pas la mesurer. L'observation et les déclarations de ministres suffisent, selon la revue, à prouver que l'Église nominale est dans un état très démoralisé.[212]

Un sermon du pasteur Collyer, prêché le 3 février à l'Église du Messie et publié dans le New York Herald du 4 février, est reproduit. Collyer y compare les craintes de panique financière à une « panique religieuse » possible. Il refuse que ses collègues, qui déplorent la tiédeur de leurs Églises, en rendent Dieu responsable : tout le mal vient des chrétiens eux-mêmes. Les coups les plus cruels portés à la foi commune l'ont été, dit-il, non par des hommes comme Robert Ingersoll, mais par des diacres bien considérés et des personnes en vue dans les associations chrétiennes. Il estime que les désertions se produisent quand des hommes sans vie religieuse réelle occupent les premières places dans les conseils des Églises.[213]

Le sermon du pasteur William Lloyd, prêché le même jour à l'Église congrégationaliste centrale et publié dans le même journal, donne une explication plus large. Après presque vingt siècles, le christianisme n'a fait qu'une impression très faible sur le monde : dans les pays où le Christ est reconnu officiellement, sept habitants sur huit n'appartiennent pas à l'Église. Les classes cultivées l'ont presque toutes quittée, et les personnes restées à l'écart sont de mœurs irréprochables. Elles refusent d'admettre que le Christ soit le Fils de Dieu et que le salut passe par lui. Ces idées se répandent désormais dans le roman populaire. Lloyd attribue la situation à l'Église elle-même : Dieu y a été présenté, dans la théologie dogmatique des siècles passés, comme le créateur de millions d'êtres condamnés dès leur naissance à une éternité de souffrance. À cela s'ajoutent la mondanisation de l'Église et ses querelles, dont une seule nuit davantage à la progression du christianisme que mille tracts sceptiques.[214]

La revue partage cette analyse. « L'incrédulité, le scepticisme et l'indifférence envers la religion ne sont que les résultats naturels de la mauvaise représentation de Dieu par l'Église nominale ».[215] Les sectes protestantes et catholique ont, selon elle, déformé le plan de rédemption de tous les humains. Elles présentent ainsi un Dieu sans sagesse et cruel, que l'on craint au lieu de l'aimer. Elle y ajoute le rassemblement dans l'Église de « tout oiseau impur et détestable » (Apocalypse 18:2) et l'amour du monde chez ses membres. Le Seigneur l'a pour cela « vomie de sa bouche » et laissée désolée. Elle a multiplié les moyens douteux de lever de l'argent pour bâtir des édifices coûteux, installer des orgues et faire étalage de richesse, et ses ministres aiment les titres ronflants, malgré la parole de Matthieu 23:8. Les pasteurs cités auraient pu discerner les signes des temps s'ils avaient écouté le Maître. Ils marchent maintenant en aveugles, comme l'annonce Ésaïe 8:22, et le Christ devient pour les deux maisons d'Israël, juive et évangélique, « une pierre d'achoppement » (Ésaïe 8:14).[216]

Selon Matthieu 13, l'ivraie et le blé croissent ensemble jusqu'à la moisson, qui est la « consommation de l'âge ». Pour décrire cette période, la revue cite 2 Timothée 3:1-5 (hommes égoïstes, amis de l'argent, vantards, plus amis du plaisir que de Dieu, ayant l'apparence de la piété mais en reniant la force), 2 Timothée 4:3 (les docteurs aux oreilles qui démangent, c'est-à-dire qui aiment entendre l'éloge des hommes) et 2 Pierre 3:4 (les moqueurs qui demandent : « Où est la promesse de sa présence ? »). Ces trois témoignages de Jésus, Paul et Pierre correspondent exactement, selon la revue, à l'état actuel de l'Église nominale.[217]

Matthieu 24:14 est présenté comme accompli à la lettre : toutes les nations ont entendu l'Évangile, comme l'affirmaient déjà les sociétés bibliques en 1866. Les nations n'ont pas reçu ce témoignage, car témoigner aux nations n'est pas témoigner aux individus, et pas une personne sur mille l'a entendu. La fin dont parle le verset est celle de l'âge de l'Évangile.[218] « L'Église nominale, en attendant la conversion du monde avant la venue de Jésus, est en complet désaccord avec les Écritures ». Cette falsification de la vérité et cette adultération de la nourriture des enfants l'ont amenée à sa stérilité et à sa confusion actuelles. Apocalypse 18:2, Apocalypse 18:11 et Apocalypse 18:23 sont cités : les « marchands de la terre », symbole du clergé, pleureront parce que « personne n'achète plus leur marchandise », la lumière de la lampe, la Parole, ne brillera plus dans Babylone et la voix de l'époux, Jésus, et celle de l'épouse, la femme de l'Agneau, n'y seront plus entendues. La revue présente ces paroles comme la condamnation de Dieu et non comme la sienne. Le texte est signé S. O. Blunden.[219]

Perdu et sauvé

Le texte de Luc 19:10, « le Fils de l'homme est venu chercher et sauver ce qui était perdu », sert de point de départ. Presque deux mille ans après cette déclaration de Jésus, aucun signe visible de son accomplissement n'apparaît : le péché et la misère triomphent toujours et chaque siècle précipite des générations dans la mort. Trois explications sont envisagées : la parole du Maître a été mal comprise, il n'a pas pu accomplir son dessein, ou ce dessein est si vaste qu'il ne s'accomplira que plus tard.[220]

Pour savoir ce que Jésus est venu sauver, il faut savoir ce que l'homme a perdu. Adam, représentant de la race humaine, avait un organisme humain parfait et le droit de vivre éternellement à condition d'obéir à Dieu. Il jouissait de sa demeure d'Éden, de la communion avec Dieu et de ses bénédictions. Par le péché, il a perdu tout cela pour lui-même et pour ses descendants : demeure, bonheur, communion avec Dieu, santé et vie. Ayant perdu son droit à la vie, il est tombé sous la domination de la mort, dont les étapes (misère, dépravation, maladie, souffrance) aboutissent à l'extinction totale de l'être, dont il ne peut se relever seul. Jésus est donc venu rendre à l'homme sa perfection humaine d'origine, sa communion avec Dieu et son paradis. C'est ce que la revue appelle la restitution de toutes choses.[221]

Dieu est « le Sauveur de tous les hommes, spécialement des croyants » (1 Timothée 4:10). Il existe donc un salut général pour tous et un salut particulier pour certains. Le texte envisage ici le salut général : Dieu « veut que tous les hommes soient sauvés et parviennent à la connaissance de la vérité » (1 Timothée 2:4). Une fois sauvés, les hommes dépendront encore de leur obéissance pour conserver la vie, mais cette obéissance sera facile quand le mal et la tentation auront disparu, que le grand trompeur sera lié puis détruit, et que la loi de Dieu sera écrite dans les cœurs (Jérémie 31:33).[222]

Le moment de ce salut est le royaume de Dieu. D'après la revue, les Juifs et les premiers disciples le savaient par les prophètes, et ils ont conclu des paroles de Jésus que le royaume allait apparaître aussitôt. Pour corriger cette idée, Jésus a raconté une parabole : il devait d'abord partir recevoir le royaume pour lui-même, puis revenir, et ses serviteurs devaient entre-temps faire fructifier leurs talents dans l'intérêt de sa cause, en attendant patiemment leur récompense à son retour. Jésus est cependant venu sauver ce qui était perdu en un certain sens : il a alors acheté les hommes par son sang, et ils peuvent être tenus pour sauvés depuis le paiement de leur rançon, puisque leur sortie de la mort est dès ce moment assurée. La revue compare cette situation à celle d'un criminel gracié, qui est un homme sauvé même s'il ignore encore sa grâce et n'a pas été libéré.[223]

Personne n'est actuellement sauvé en fait, mais les croyants sont « sauvés en espérance » (Romains 8:24-25) : ils peuvent se tenir pour entièrement sauvés, c'est-à-dire rendus parfaits, parce qu'ils comptent sur les promesses de Dieu. Les textes cités montrent deux classes de sauvés, l'humanité entière et l'Église. L'une n'est pas plus sauvée que l'autre, et toutes deux le seront complètement du péché et de sa peine. Le monde y parviendra en son temps, par sa restauration à la vie humaine parfaite. Ceux qui sont tenus pour sauvés dès maintenant, comme s'ils avaient déjà la vie humaine parfaite, ont le privilège d'y renoncer pour l'offrir en sacrifice à Dieu pendant l'âge de l'Évangile, le « temps favorable ». Sacrifiés avec le Christ, ils reçoivent une nature nouvelle (2 Pierre 1:4) : la gloire, l'honneur et l'immortalité, qui forment la nature divine.[224] Le monde recevra de son côté la gloire, l'honneur et le bonheur de la nature humaine parfaite, qui est une image de la nature divine (Genèse 1:27). La première classe est ainsi sauvée de façon particulière, rigoureusement disciplinée et hautement élevée, pour que la restitution se répande par elle sur le monde quand viendra le temps fixé par Dieu.[225]

Le plan de Dieu est si vaste que des hommes à vue courte et mortels ne pouvaient pas le mesurer. Il aura demandé près de trois mille ans pour s'accomplir pleinement. À son premier avènement, Jésus s'est donné en rançon pour tous (1 Timothée 2:6). Depuis, il forme la classe de ceux qui le suivent dans le sacrifice et qui partageront son œuvre de restauration de toutes choses. Dans les mille ans à venir, le salut des hommes s'achèvera. Romains 5:10 est cité : réconciliés par la mort du Fils, les croyants seront « sauvés par sa vie ». Les hommes ne pouvaient être sauvés que par le paiement de leur peine, base de leur réconciliation avec Dieu. La mission du premier avènement est donc de sauver au sens de racheter, et le second avènement achève l'œuvre en ramenant à la perfection tous les rachetés, ceux pour qui le Christ a goûté la mort (Hébreux 2:9).[226]

Le texte porte aussi sur le verbe « chercher ». Jésus déclare n'être « envoyé qu'aux brebis perdues de la maison d'Israël » (Matthieu 15:24), même si son dessein est de sauver tous les hommes (Jean 12:47). Il n'a pas cherché les païens et a interdit à ses disciples de le faire pendant plusieurs années. Il a cherché une classe précise, celle des doux qui attendaient le salut promis. Il commençait par Jérusalem, pour offrir d'abord aux descendants d'Abraham qui croiraient le haut appel. Depuis, il ne cherche et ne sauve (c'est-à-dire ne tient pour sauvés) que les doux parmi les païens, à qui il fait la même offre de la nature divine, un appel céleste.[227]

Une période de recherche plus grande est annoncée, pour les millions d'hommes complètement perdus dans la mort. D'après les Écritures, la mort dissout l'être humain, qui est détruit et effacé de l'existence. À la question de Job : « Si un homme meurt, revivra-t-il ? », la réponse est que Dieu, capable de créer, l'est aussi de recréer ce qui a été détruit (Actes 26:8). La restitution est décrite par Ésaïe 65:17-18 comme une création nouvelle : les « nouveaux cieux et la nouvelle terre » désignent, non la terre physique qui subsiste toujours, mais l'humanité recréée. Les êtres restaurés se reconnaîtront eux-mêmes et reconnaîtront leurs anciennes connaissances, ce que la revue tire de plusieurs passages (Ézéchiel 16:61, Ézéchiel 16:63, Ézéchiel 20:43, Ézéchiel 36:31, Zacharie 12:10, Psaumes 22:27) et des cas de morts partiellement ramenés à la vie, comme Lazare.[228] Job 7:21 est lu ainsi : « Je dormirai dans la poussière, et tu me chercheras au matin [celui de la résurrection ou de la restitution], mais je ne serai plus », ce qui signifie qu'il sera détruit et effacé de l'existence. Il ajoute pourtant : « Tu appelleras, et je te répondrai » (Job 14:15). Comme Lazare à l'appel de Jésus, les millions de morts reviendront à l'existence. Le même enseignement est lu dans Psaumes 90:3 (« Tu fais retourner l'homme à la poussière, puis tu dis : Revenez, fils des hommes ») et Psaumes 103:1-4. Au premier avènement, le plan de Dieu s'était assez développé pour que le Messie vienne sauver les hommes par son sacrifice. Selon la revue, il est encore plus glorieux de savoir que le Seigneur est venu une seconde fois pour appliquer les bienfaits de ce sacrifice, reprendre et restaurer ce qu'il a acheté, et sauver complètement ce qui était perdu.[229]

La question « Que dois-je faire pour être sauvé ? » reçoit une réponse inattendue. « Le lecteur voit peut-être déjà qu'il n'a rien à faire ». Tout ce qui était nécessaire a été accompli avant sa naissance, et tous les hommes, qu'ils l'aient su ou cru ou non, seront ramenés à la vie et sauvés de la mort adamique. Dieu veut que tous soient sauvés, y compris ceux qui ne l'ont jamais connu, et qu'ils parviennent alors à la connaissance de la vérité. À l'interlocuteur qui s'étonne qu'on ne lui demande ni prière, ni repentir, ni foi, la réponse précise : il n'est pas sauvé, mais il sera sauvé, et il n'a rien eu à faire pour obtenir ce salut, qui est un don gratuit de Dieu pour l'âge à venir. Il n'est sauvé maintenant que s'il croit au Christ comme Rédempteur. Il peut alors se tenir pour sauvé en espérance, mais il doit attendre le salut réel jusqu'au temps fixé par Dieu (2 Thessaloniciens 3:5).[230]

Cette foi suppose, selon la revue, que l'on se sache besoin d'un Rédempteur, que l'on se repente et que l'on quitte le péché. Même celui qui n'a pas été un grand pécheur mérite la condamnation de la loi de Dieu, car qui l'enfreint en un point est coupable de tout (Jacques 2:10). Même celui qui a vécu aussi moralement qu'il le pouvait reste en deçà de la perfection, à cause de la faiblesse héritée d'Adam (Romains 5:12). Rien de ce que l'homme fait ne le sauve de la mort, mais ce que le Christ a fait le libère. « Crois au Seigneur Jésus-Christ et tu seras sauvé » reste la condition du salut actuel, tenu pour acquis. Ce sera aussi la condition pour le monde dans les âges à venir. Le réveil de la mort n'est que le début du salut : les hommes ne sont « sauvés jusqu'au bout » qu'après avoir atteint la perfection sous la discipline de l'âge suivant, et seuls y parviennent ceux qui reconnaissent que leur délivrance de la mort vient du sacrifice du Christ, se repentent de leurs péchés et se tournent vers Dieu. Les autres meurent de la seconde mort, dont il n'y a pas de délivrance.[231]

À la question de savoir s'il y a un avantage à être tenu pour sauvé dès maintenant plutôt qu'à attendre, la réponse est affirmative : un grand avantage revient à ceux qui exercent promptement la foi et l'obéissance dès qu'ils ont assez de connaissance. Le privilège propre aux justifiés par la foi de l'âge de l'Évangile était de pouvoir s'offrir comme sacrifices agréables à Dieu, en sacrifice commun avec Jésus-Christ, pour devenir cohéritiers avec lui de toutes choses. Ce privilège, selon la revue, a commencé à la Pentecôte et a pris fin en octobre 1881. Il n'a été offert à personne avant ni après, mais un autre privilège particulier avait été accordé aux croyants d'avant l'âge de l'Évangile, et rien n'empêche, selon la revue, qu'un privilège semblable soit accordé aux croyants d'après la fin de cet âge. Une note précise que tous avaient sacrifié, jusqu'à la consécration, à cette date, mais que tous n'ont pas encore achevé leur sacrifice et ne le feront qu'à leur mort. Une autre note, ajoutée ultérieurement, renvoie au tome III des Études dans les Écritures pour de nouvelles lumières sur ce point. Les justifiés par la foi des âges passés n'auront pas besoin d'épreuve ni de discipline dans l'âge suivant.[232]

Le salut commence dès maintenant pour ceux qui croient. Pour ceux du monde qui se repentent aujourd'hui, croient au Seigneur Jésus-Christ comme Rédempteur et Seigneur légitime et se tournent entièrement vers Dieu, une bénédiction semblable est envisagée. La revue estime qu'on vit dans le « Jour du Seigneur », au début de l'âge millénaire, le temps de la restitution. Puisque le Seigneur est présent pour rendre la vie, elle juge possible que ces croyants restent en vie sans passer par la mort. Cela ne vaut pas pour ceux qui doivent changer de nature et devenir de « nouvelles créatures » : seuls les justifiés qui ne se sont jamais engagés vers le haut appel sont concernés. Ils devraient donc être guéris de leurs maladies en réponse à la prière, mais ne seront pleinement parfaits qu'après la glorification des saints, car « sans nous ils ne seraient pas rendus parfaits » (Hébreux 11:40). Peu de gens, d'après la revue, comprendront ce privilège, le monde allant vers un scepticisme croissant. À la question « Que dois-je faire pour être sauvé ? », la réponse reste : croire au Seigneur Jésus-Christ. Le salut commence alors et progresse jusqu'à la restauration complète de l'être, car le Christ « peut sauver parfaitement » ceux qui s'approchent de Dieu par lui (Hébreux 7:25).[233]

Questions et réponses

Marc 16:15-20 : semailles et moisson

La mission donnée par Jésus (« Allez dans le monde entier et prêchez l'Évangile à toute créature ») date du printemps de l'âge de l'Évangile, saison des semailles, et elle n'est plus réservée aux Juifs. L'Église devait aussi cultiver les jeunes plants issus de la semence. Le printemps et l'été sont passés, et l'automne, saison de la moisson, est arrivé. La revue cite Jean 4:35-37 : Jésus parlait de la moisson de l'âge juif, mais cet âge étant le modèle du présent, la parole s'applique aussi à celui-ci. L'Église primitive a fait l'essentiel des semailles, tandis que la moisson revient aux lecteurs actuels. Le conseil de Paul, « faisons du bien à tous, selon l'occasion, surtout à ceux de la famille de la foi » (Galates 6:10), reste valable : en présentant la vérité avancée aux saints consacrés, il faut aussi semer quelques graines auprès des autres. Cette nouvelle semence ne mûrira pas dans le présent âge. Les mille ans à venir lui sont réservés, et seuls les croyants consacrés peuvent être formés et rendus parfaits maintenant. Celui qui croit et est baptisé du baptême du Christ, un baptême dans la mort, est sauvé maintenant pour le haut appel. Celui qui ne croit pas est « condamné » comme tout à fait inapte à cette haute charge, mais il aura dans l'âge suivant de larges possibilités d'être sauvé et amené à la perfection humaine. Les signes des versets 17 et 18 ont accompagné l'Église primitive, mais d'après 1 Corinthiens 13:8-10, ils cessent quand ils ne sont plus nécessaires : ils servaient à l'introduction du christianisme, et la foi repose aujourd'hui sur des preuves solides sans eux.[234]

Les guerres sont-elles un signe de la fin ?

Sur Matthieu 24:6, la réponse est négative : les guerres et les bruits de guerre marquent l'histoire de la terre depuis la chute d'Adam. La fin de l'âge de l'Évangile, c'est-à-dire la fin de la domination du « prince de ce monde », verra cependant une guerre plus générale que toutes les précédentes, mêlant toutes les puissances de la terre. La revue en voit l'indice dans le développement rapide du communisme dans le monde entier. Elle annonce que l'orage éclatera avant de nombreuses années, avec « un temps de détresse tel qu'il n'y en a jamais eu depuis qu'il existe une nation » (Daniel 12:1). Les disciples, hais et persécutés, doivent patienter jusqu'à ce que vienne celui à qui le royaume appartient de droit. Les famines, les pestes et les tremblements de terre ne sont pas non plus des signes particuliers de la fin. Ils seront peut-être plus fréquents dans le temps de la fin, mais font partie depuis toujours de la politique de Satan, dont la rage doit s'exercer avant qu'il soit enchaîné, car il sait qu'il lui reste peu de temps.[235]

Punition des méchants et récompense des justes

À la question de l'égalité entre la punition des méchants et la récompense des justes, la réponse est qu'aucun passage biblique ne l'établit. Cette idée vient, selon la revue, de l'adversaire par l'intermédiaire de la papauté. Toutes les punitions, sauf la seconde mort, sont correctives. La seconde mort retire par miséricorde un être qui ne pourrait causer que du malheur à lui-même et aux autres. Elle cite Ézéchiel 33:11 : Dieu ne prend pas plaisir à la mort du méchant.[236]

1 Pierre 4:17-18 : le jugement commence par la maison de Dieu

Le mot « jugement » peut désigner le procès ou son verdict. Au sens de procès, le jugement de l'Église a commencé il y a plus de dix-huit cents ans. Au sens de verdict, il est dû à la fin de l'âge, c'est-à-dire à la moisson, d'où la séparation du blé et de l'ivraie, et du blé mûr et du blé vert. Ceux qui ne « obéissent pas à l'Évangile de Dieu » sont ceux qui l'ont entendu avec joie et apprécié, puis n'ont pas obéi : des gens qui se disent à Dieu sans lui obéir pleinement, sans être forcément vicieux. D'après Psaumes 1:4-5, ils sont comme la balle que le vent emporte et ne tiendront pas dans le jugement. Les vents de la fausse doctrine ou les tempêtes de l'opposition les emporteront. Le juste, lui, est « à peine sauvé » (1 Pierre 4:18) : il l'est avec peine, au prix de toute sa foi et de tous ses efforts.[237]

Luc 6:29-30 et 1 Timothée 5:8

Un lecteur voit une contradiction entre l'ordre de céder à celui qui prend et celui de pourvoir aux siens, car une personne avare et oisive dépouillerait les travailleurs économes. La réponse s'appuie sur Luc 6:31 : « Ce que vous voulez que les hommes fassent pour vous, faites-le de même pour eux. » La règle d'or parle de ce que l'on voudrait que les autres fassent pour soi, et non de ce qu'ils voudraient qu'on fasse pour eux. L'enfant de Dieu, guidé par l'amour et la justice, nourrirait et vêtirait son prochain incapable de le faire lui-même, mais n'encouragerait ni la paresse ni le gaspillage. Les versets 27 à 30 concernent l'attitude envers les ennemis : ne pas rendre les coups, montrer qu'on accepte la dureté et même l'injustice. Les versets 30 à 36 invitent à une générosité qui fait honte à leur mesquinerie et gagne leur respect secret.[238]

Textes sur la foi et la condamnation

Sur Jean 3:36, on peut dire qu'on « a » une chose quand on la possède ou quand on en détient le titre, comme on possède un domaine en Europe dont on tient l'acte. Celui qui croit au Fils « a » la vie éternelle parce qu'il détient un titre signé par Jéhovah et scellé du sang du Christ, non parce qu'il la possède déjà. Dans l'âge suivant, le monde entier devra de même reconnaître le Christ comme Rédempteur et Seigneur, sinon il ne verra jamais la vie dans sa plénitude. La colère de Dieu reste sur tous les autres jusqu'à la destruction finale, si elle n'est pas levée dans cet âge-ci ou dans le suivant. Peu sont déjà libérés de la condamnation (1 Jean 5:19).[239]

Pour Marc 16:16, celui qui croit et est baptisé à la ressemblance de la mort du Christ appartient à la classe spéciale sauvée dans cet âge, élevée à une nature nouvelle, la nature spirituelle. Celui qui ne croit pas est « condamné » comme inapte à la faveur offerte dans cet âge. Presque tout le monde est ainsi condamné, sans l'être de façon irrémédiable, car la restitution l'attend.[240]

2 Thessaloniciens 2:11-12 vise le développement de l'« homme de péché », la papauté. Tous ceux que le système papal a trompés n'aimaient pas l'injustice, et la tromperie du papisme, toujours transmise par le protestantisme, entrave encore beaucoup d'enfants de Dieu. Les introducteurs de ce système connaissaient la vérité, mais l'ont reçue sans l'aimer et ont voulu la fausser pour leurs fins égoïstes, trouvant un appui en Satan, « le dieu de ce monde ». Dieu les a laissés entre les mains de l'ennemi, qui les a si bien égarés qu'ils ont cru aux mensonges qu'ils répandaient. La revue y voit une loi : celui qui répète un mensonge finit par y croire. Elle renvoie à l'article « Le Jugement » du numéro de décembre.[241]

À propos de Jacques 2:19, la foi seule ne suffit pas à plaire à Dieu. Croire en Dieu est un pas dans la bonne direction, mais la foi doit s'accompagner d'obéissance, autant que le permet le « vase de terre » imparfait, et la vie quotidienne doit en témoigner. Les démons croient et tremblent parce qu'ils ont péché présomptueusement contre la vérité, en demeurant dans la présence même de Dieu. Leur jour de jugement est passé et leur destin, la destruction, est fixé. Les croyants, eux, ont de l'espérance, car leur jour de jugement n'est pas terminé, et ils doivent « prendre garde de ne pas tomber ».[242]

Dans Jean 8:21, Jésus va vers le Père, vers la nature divine. Les pharisiens auraient pu l'y suivre, mais l'orgueil et l'incrédulité leur ont fait perdre l'occasion, offerte d'abord aux Juifs. Faute de foi, ils n'étaient pas justifiés et sont morts dans leurs péchés. Partiellement aveugles (Matthieu 15:14), ils verront dans l'âge à venir leur aveuglement ôté et chercheront celui qu'ils ont crucifié. Le pardon demandé par Jésus mourant leur sera accordé, mais la possibilité de le suivre dans la nature divine aura disparu pour toujours.[243]

Actes 13:48

« Ordonner » signifie, d'après le dictionnaire Webster, « mettre en ordre » ou « arranger selon une règle ». La disposition pour la vie éternelle est en partie l'œuvre de Dieu, qui a fourni le sacrifice pour le péché et fait connaître son efficacité, et en partie celle de l'homme, qui doit croire et agir en conséquence. Ceux qui aiment les ténèbres plutôt que la lumière n'ont pas fait le premier pas. Le sens du passage est donc que ceux qui étaient disposés à la vérité et à la justice ont cru, comme le rend la traduction de Rotherham : « Tous ceux qui s'étaient disposés à la vie de l'âge, crurent. »[244]

La promesse faite à Abram

Selon Actes 7:5 et Hébreux 11:13, Abram n'a rien reçu en héritage dans le pays promis, pas même de quoi poser le pied, et il est mort sans avoir reçu les promesses. La promesse de Genèse 13:14-17 sera accomplie à la lettre dans l'âge millénaire, qui approche : le figuier commence à bourgeonner, signe que l'été est proche.[245]

Comment nourrir les milliards de ressuscités ?

Un lecteur demande comment subsisterait une population aussi grande. La réponse renvoie à Abraham, qui « n'hésita pas » devant une promesse très improbable. Dieu a de plus expliqué la solution : « la terre donnera son produit », le désert se réjouira et fleurira comme la rose, des eaux jailliront dans le désert (Ésaïe 35:1-6). Dieu pourvoira aux besoins de ses créatures de façon naturelle, et celui qui a changé l'eau en vin et nourri cinq mille hommes avec deux pains sera là pour y veiller.[246]

Dieu ne peut « tenir le coupable pour innocent »

Un lecteur demande comment concilier ce principe avec l'imputation des péchés à Jésus et de sa justice aux croyants. Une illustration répond : un condamné à mille dollars d'amende, sans argent, est emprisonné. Le gouverneur refuse de gracier un coupable, sauf si la loi était mauvaise ou le jugement injuste. Un ami vend ses biens et paie l'amende. Il en va de même du pécheur : Jéhovah ne l'absout pas, il le rachète en fournissant la rançon.[247]

Le sort des non-chrétiens au début du Millénium

La question porte sur le monde, qui compte aussi de nombreux chrétiens de nom, croyants en Christ mais jamais consacrés. Ceux-ci ne sont pas de nouvelles créatures : ils restent de nature humaine et héritiers, avec le monde, des promesses de restitution. Pour eux, la lumière et la connaissance augmenteront. La revue renvoie à l'article « Sanctifier le monde » du numéro de février 1883.

Le lecteur ne mesure pas bien ce qu'est la mort. Toute l'humanité est déjà sous son emprise, avant même que la dernière étincelle de vie s'éteigne : tout ce qui périt est dans la mort. Seuls deux hommes ont été pleinement vivants : Adam avant sa chute, et Jésus, qui n'avait en lui ni la mort ni sa cause, le péché. Adam a reçu la sentence « mourant, tu mourras » (note marginale), dont l'effet a commencé aussitôt après le péché. La résurrection ne consiste pas seulement à sortir du tombeau avec une étincelle de vie, mais à parcourir tout le processus qui ramène à la perfection humaine. Quand le royaume sera pleinement établi sur la terre, ce qui doit arriver, selon la revue, vers 1914, plus personne n'aura à entrer dans le tombeau.[248] Le Grand Médecin, le Christ, sera alors au milieu des hommes avec puissance, et l'œuvre de guérison et de restauration, que les miracles de Jésus préfiguraient faiblement, commencera. La résurrection avancera à la fois pour ceux qui sont dans la tombe et pour ceux qui ne sont pas descendus si bas dans la « vallée de l'ombre de la mort ».[249]

Faut-il quitter son Église ?

Un lecteur baptiste, en désaccord avec son Église, demande s'il doit s'en retirer, faute de communauté partageant les vues de la revue. La réponse cite l'ordre « Sortez de Babylone, mon peuple » (Apocalypse 18:4). Les baptistes ont, selon la revue, peut-être moins d'erreurs que les autres sectes, et du temps de Bunyan ils étaient très proches de l'organisation apostolique de l'Église. Ils ont depuis adopté la voie commune des sectes : un credo, des limites, un clergé titré, des traditions humaines au lieu de l'enseignement biblique. Ils font donc partie de l'« Image » (Apocalypse 13:14-17) au même titre que les autres. Le lecteur doit retirer son nom, son influence et son soutien.

Il se trompe peut-être en croyant qu'il n'y a aucun membre de l'Église du Christ dans sa localité : il peut y en avoir chez les baptistes, les méthodistes, les presbytériens et d'autres. Élie se croyait seul, alors que Dieu avait sept mille fidèles (1 Rois 19:18). La vérité cherche ceux qui sont fidèles et les nourrit. Ils sont prêts à affronter la réprobation de l'opinion populaire de l'Église nominale. La revue invite à les chercher, pas forcément parmi les chrétiens les plus populaires ou les plus pieux, car, comme au temps de Jésus, « les pauvres de ce monde sont riches en foi ».[250]

La Loi et la vie promise

Un lecteur demande quelle partie de la Loi les Juifs ne pouvaient pas observer et quelle vie cette Loi promettait. La Loi est présentée comme un ensemble unique en dix divisions. L'observer, c'était satisfaire aux exigences de chacune des dix. La promesse de vie valait pour celui qui pouvait garder le tout parfaitement. Celui qui enfreignait un seul point était coupable envers la Loi entière et n'avait aucun droit à la vie promise aux obéissants (Jacques 2:10). Jésus est le seul à avoir gardé la Loi sans faute. Lui seul avait donc droit à la vie, et la Loi n'exigeait pas sa mort : il est mort volontairement, en sacrifice pour les péchés des hommes (1 Pierre 3:18 ; 1 Jean 3:5 ; Jean 6:51 ; Jean 10:18). La vie promise est le droit de continuer à vivre comme homme.[251]

Romains 8:14-17 et Romains 6:19

Un lecteur objecte que l'esprit, selon la revue, n'est reçu qu'à la sanctification, alors que les destinataires de Romains 6:19 semblent non sanctifiés. La réponse juge les deux passages d'accord avec cet enseignement et entre eux. Les versets 4, 8, 11, 12, 18 et 22 du chapitre 6 montrent que ces chrétiens étaient réellement consacrés au Seigneur de cœur et d'esprit. Le verbe « présenter » des versets 13 et 19 désigne l'exécution de l'engagement déjà pris, non la consécration. Ils s'étaient engagés à offrir leur esprit au Seigneur ; ils doivent maintenant employer la vie et la force de chaque membre de leur corps à son service.[252]

La chair de Jésus après l'ascension

À la question de savoir ce que devient la chair de Jésus quand il monte au ciel comme être spirituel, la réponse renvoie aux pages 61 et 62 de Food for Thinking Christians (« Nourriture pour les chrétiens qui réfléchissent »), envoyé gratuitement à qui en fait la demande.[253]

Ésaïe 11:11

Ce verset annonce que le Seigneur étendra la main une seconde fois pour racheter le reste de son peuple. La réponse le rapproche de Jérémie 16:14-17, où le peuple sera ramené du « pays du nord ». La revue y voit la Russie, au nord de la Palestine, où vit alors le plus grand nombre de Juifs et d'où une dure persécution les chasse. La sortie d'Égypte du reste d'Israël fut inoubliable, mais elle paraîtra insignifiante à côté de la délivrance que le Seigneur accomplira pour le reste de ce peuple vivant au « jour du Seigneur ». Pour prouver que ce jour est déjà là, la revue renvoie à Food for Thinking Christians et estime que ces événements commencent à se réaliser. Elle déclare que l'Écriture s'accomplit sous les yeux de ses lecteurs : « que celui qui a des oreilles entende ».[254]

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Références

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  231. ↑ La Tour de Garde de Mars 1884, p. 604
  232. ↑ La Tour de Garde de Mars 1884, p. 604
  233. ↑ La Tour de Garde de Mars 1884, p. 605
  234. ↑ La Tour de Garde de Mars 1884, p. 605
  235. ↑ La Tour de Garde de Mars 1884, p. 605
  236. ↑ La Tour de Garde de Mars 1884, p. 605
  237. ↑ La Tour de Garde de Mars 1884, pp. 605-606
  238. ↑ La Tour de Garde de Mars 1884, p. 606
  239. ↑ La Tour de Garde de Mars 1884, p. 606
  240. ↑ La Tour de Garde de Mars 1884, p. 606
  241. ↑ La Tour de Garde de Mars 1884, p. 606
  242. ↑ La Tour de Garde de Mars 1884, p. 606
  243. ↑ La Tour de Garde de Mars 1884, pp. 606-607
  244. ↑ La Tour de Garde de Mars 1884, p. 607
  245. ↑ La Tour de Garde de Mars 1884, p. 607
  246. ↑ La Tour de Garde de Mars 1884, p. 607
  247. ↑ La Tour de Garde de Mars 1884, p. 607
  248. ↑ La Tour de Garde de Mars 1884, p. 607
  249. ↑ La Tour de Garde de Mars 1884, p. 607
  250. ↑ La Tour de Garde de Mars 1884, p. 607
  251. ↑ La Tour de Garde de Mars 1884, p. 608
  252. ↑ La Tour de Garde de Mars 1884, p. 608
  253. ↑ La Tour de Garde de Mars 1884, p. 608
  254. ↑ La Tour de Garde de Mars 1884, p. 608

Catégorie:1884

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