La Tour de Garde de Septembre 1883
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| La Tour de Garde de Septembre 1883 | |
|---|---|
| Revue | La Tour de Garde |
| Date | 1883 |
| Auteur(s) | Maria Russell, John C. Sunderlin, William I. Mann, A. A. Phelps |
| Année | 1883 |
| Langue | Anglais |
| Pays | États-Unis |
Ce numéro cherche à expliquer pourquoi la plupart des hommes ne comprennent pas la « bonne nouvelle » annoncée par la revue, et ce qu'il adviendra d'eux. La réponse tient en deux idées. Satan a aveuglé les hommes pendant six mille ans, et cet aveuglement doit cesser avec la présence du Christ. La plupart des hommes passeront donc en jugement après leur résurrection, et non au moment de leur mort.
Plusieurs auteurs signent les textes. John C. Sunderlin traite du jugement à venir. La rédaction ajoute à son article une note où elle conteste son usage d'un verset de l'épître aux Hébreux. William I. Mann commente les chapitres 4 et 5 de l'Apocalypse. Maria Russell signe une méditation sur un psaume. Le numéro commence aussi à republier six discours que Russell avait prononcés à Allegheny en 1878 sur le but du retour du Christ.
Trois textes viennent d'ailleurs : le sermon d'un pasteur presbytérien de Pittsburgh qui doute de l'enfer, une dépêche du Chicago Tribune sur l'arche de Noé et un article d'A. A. Phelps contre l'attachement aveugle aux Églises. La revue les présente comme des signes que la vérité progresse hors de ses lecteurs. Dans la colonne des questions, la période de 1874 à 1914 sert aussi à expliquer les cyclones et les changements du climat.
Analyse
Croyances
La Bible contre les credo, une connaissance donnée par étapes
Plusieurs articles reprochent aux Églises de faire passer leurs credo avant la Bible. Les protestants y lisent l'Écriture à travers des « lunettes teintées par les credo ».[1] Le sermon de 1878 regrette qu'on demande « que dit mon Église ? » au lieu de « que disent les Écritures ? ».[2] A. A. Phelps ajoute que la tradition finit par peser plus lourd que la Bible dans les convictions des fidèles.[3] Ce refus a une origine personnelle. Troublé par la doctrine du tourment éternel, le jeune Russell avait décidé d'étudier la Bible « sans tenir compte des credo des hommes ».[4] Schulz et de Vienne citent un texte de Russell où il parle du « vacarme des credo discordants et contradictoires » de la chrétienté. Pour lui, ce vacarme fait passer la Bible pour le fondement d'une calomnie contre Dieu.[5]
Rejeter les credo ne suffit pas pour comprendre la Bible. Selon l'article sur les fruits de l'Esprit, la connaissance du plan de Dieu grandit chez le consacré en même temps que ses vertus. Cette connaissance croissante sert de preuve qu'il est bien appelé.[6] Dieu ne lève le voile que peu à peu, jusqu'à l'achèvement du « Mystère de Dieu ».[7] L'étude d'Apocalypse 5 applique la même idée au rouleau scellé : l'Agneau le reçoit, puis l'Esprit commence à l'expliquer à l'Église après la Pentecôte.[8] L'idée d'une vérité donnée « en son temps » vient du milieu adventiste. En 1870, Jonas Wendell publie une brochure intitulée The Present Truth, or Meat in Due Season (« La vérité présente, ou la nourriture au temps convenable »), et Russell l'entend prêcher la même année.[9][10] Schulz et de Vienne montrent que bien des auteurs du XIXe siècle comprenaient la « vérité présente » comme une doctrine nouvellement comprise, et qu'ils l'appliquaient aussi aux prophéties pas encore accomplies.[11] En septembre 1883, une limite s'ajoute à cette exigence : Dieu attend de chacun une connaissance à la mesure de ce qui lui était possible. Cette règle sauve le pasteur presbytérien Albert Barnes. Il est cité comme un homme aveuglé par les erreurs de la théologie, mais aussi comme un croyant dont la connaissance était proportionnée à son époque.[12]
L'« homme naturel » ne peut pas recevoir les choses de l'Esprit. Pour lui, Dieu fournit d'autres preuves de la vérité de la Bible, que la revue annonce de plus en plus nombreuses pendant les trente années à venir.[13] Trente ans après 1883 mènent à 1913, juste avant le terme de 1914 fixé dans la colonne des questions du même numéro.[14] La découverte de l'arche de Noé sur l'Ararat figure parmi ces preuves. Ce récit a bien circulé dans la presse de 1883, jusqu'en Nouvelle-Zélande en mai et en septembre.[15][16] Personne n'a jamais retrouvé le communiqué turc d'origine. Le récit contient aussi des invraisemblances : les visiteurs disent par exemple avoir reconnu du bois de gopher, alors que personne ne sait de quel bois il s'agit.[17] En novembre 1882, la revue tirait déjà de l'arche une preuve pour la Bible, mais par un autre argument : ses proportions, que seuls des constructeurs de navires expérimentés pouvaient connaître.[18] La Grande Pyramide, placée selon la revue « au milieu du pays d'Égypte » comme un signe, renvoie à Ésaïe 19:19-20.[19] Nelson Barbour s'appuyait déjà sur ce verset et sur l'astronome Charles Piazzi Smyth en janvier 1876.[20] En 1881, Russell disait avoir un « grand respect » pour le témoignage de la pyramide, sans pour autant « bâtir sa foi sur elle ».[21] Septembre 1883 suit cette prudence : la pyramide et l'arche servent l'« homme naturel », pas les consacrés.[22]
Les mondes, les âges et la lecture par les symboles
Le sermon de 1878 découpe l'histoire en trois mondes. Le « présent monde mauvais » y comprend trois âges : l'âge patriarcal, l'âge juif et l'âge de l'Évangile.[23] Ce découpage vient de Three Worlds and the Harvest of This World (« Les trois mondes et la moisson de ce monde »), livre que Barbour a rédigé en 1877 et que Russell a cosigné.[24] On y lisait déjà que le peuple de Dieu avait d'abord été représenté par un seul homme, puis par les douze tribus, enfin par l'Église.[25] Blandre retrouve la même suite dans la brochure de Russell Object and Manner of Our Lord's Return (« L'objet et la manière du retour de notre Seigneur ») : Dieu choisit d'abord les patriarches, puis la nation juive, puis l'Église. Ce choix ne condamne pas les autres hommes, il sert à les bénir.[26] Blandre date de 1877 les six discours d'Allegheny et indique que ce sermon a été reproduit dans la revue de 1883.[27] Il rappelle aussi qu'on découpait l'histoire en périodes successives bien avant Darby, au moins depuis le calviniste français Pierre Poiret en 1687.[28]
Ce découpage règle la querelle entre calvinistes et arminiens. Le sermon dit que la Bible enseigne à la fois l'élection et la grâce gratuite, mais qu'il faut les ranger dans le bon ordre.[29] Wills résume cette solution ainsi : l'élection vaut pour l'âge de l'Évangile, la grâce offerte à tous pour le Millénium.[30] Le sermon ajoute un argument : si Dieu avait voulu convertir le monde pendant six mille ans, ce serait fait, puisque tous ses desseins s'accomplissent.[31] Ésaü, « haï », a seulement été « moins aimé », et le sort des hommes non choisis est renvoyé à plus tard.[32]
Le choix d'un petit nombre sert à bénir le grand nombre. L'Église forme avec Jésus la Semence d'Abraham, qui écrasera la tête du serpent et bénira toutes les familles de la terre (Galates 3:29, Romains 16:20).[33] Blandre trouve cette idée chez George Storrs : Israël ayant échoué, Dieu choisit parmi les Gentils un « petit troupeau » de saints, la postérité d'Abraham, qui bénira ensuite toutes les familles de la terre.[34] Dans The Day Dawn (« L'aube du jour »), John Henry Paton écrivait en 1880 que le Christ n'est pas complet sans son épouse, l'Église.[35] En septembre 1883, la même idée sert aussi à contredire les appelés d'entre les Gentils qui cherchent à prouver qu'ils descendent d'Israël selon la chair.[36]
L'étude d'Apocalypse 4 et 5, signée W. I. M., traite chaque élément de la vision comme un symbole. Les vingt-quatre anciens n'y sont pas des saints : ils représentent les vingt-quatre prophètes du royaume, dont le témoignage est personnifié.[37] Paton lisait le même passage autrement en 1880 : pour lui, les anciens couronnés prouvaient que des rachetés se trouvaient déjà au ciel avant l'ouverture des sceaux.[38] Les deux témoins d'Apocalypse 11:3 deviennent l'Ancien et le Nouveau Testament.[39] L'adventiste Uriah Smith donnait la même explication dans ses commentaires de l'Apocalypse.[40]
Les chérubins reçoivent une explication propre à l'auteur : ils représentent quatre qualités de Dieu, la puissance, la sagesse, la justice et l'amour.[41] Les lectures chrétiennes répandues voyaient dans leurs quatre visages soit l'ensemble des créatures vivantes, soit les quatre évangélistes.[42] La liste des quatre qualités, elle, n'a rien de nouveau. Schulz et de Vienne la font remonter à une formule presbytérienne déjà employée par Thomas Goodwin, que Russell avait reprise de son éducation congrégationaliste.[43] En octobre 1879, les chérubins représentaient encore autre chose : les deux âges parallèles, l'âge juif et l'âge de l'Évangile.[44] Dans Tabernacle Shadows (« Les ombres du tabernacle », 1881), c'était le propitiatoire qui représentait la justice de Dieu, et le grand prêtre qui portait les quatre qualités aux hommes.[45] En septembre 1883, les deux petits chérubins du tabernacle représentent la puissance et la sagesse, que la justice empêche d'agir tant que le sang n'est pas offert. Les deux grands chérubins du temple représentent l'amour et la justice, enfin mis en accord pendant le Millénium.[46]
Les miracles de Jésus sont lus de la même manière. Ses guérisons faites un jour de sabbat sont des types de la grande guérison du septième millénaire, le « grand sabbat ».[47] Barbour comptait déjà six mille ans d'histoire humaine jusqu'à l'automne 1873 et voyait dans le septième millénaire un grand sabbat de rétablissement.[48] Les millérites faisaient le même raisonnement pour l'année 1843.[49] En septembre 1883, ce découpage reçoit un rôle de plus : les « œuvres plus grandes » promises aux disciples désignent la guérison des esprits dans ce sabbat à venir.[50]
La rançon contre l'enfer et contre ceux qui nient l'expiation
La rançon est défendue contre des adversaires que le numéro ne nomme pas. Il dénonce « certaines théories modernes sur l'expiation » qui attaquent le fondement de l'espérance chrétienne.[51] Il répond aussi à ceux qui lisent la parabole du serviteur impitoyable comme la preuve d'un pardon gratuit, accordé sans aucun prix payé.[52] En juin 1883, la revue nommait encore Paton et A. D. Jones parmi les adversaires de la rançon, à côté de Robert Ingersoll et de Henry Ward Beecher.[53] La querelle avait commencé en 1878. Barbour avait alors écrit que la mort du Christ ne réglait pas plus la peine du péché qu'une mouche transpercée d'une épingle ne réglerait la faute d'un enfant.[54] Paton était lui aussi attiré par l'universalisme, c'est-à-dire par l'idée que tous seront sauvés.[55] La réponse de septembre 1883 limite la parabole aux enfants de Dieu liés par une alliance et déjà libérés de la faute d'Adam. Le pardon dont elle parle porte sur leurs manquements envers cette alliance.[56] En octobre 1880, la même parabole montrait au contraire un pardon retiré à ceux qui se souillaient avec Babylone.[57] En septembre 1883, le croyant qui refuse de pardonner ne perd pas son pardon : il subit dans la vie présente des épreuves destinées à le rendre compatissant.[58]
Le serpent d'airain sert de type au même sacrifice. Jésus y est « fait péché » : il est traité comme le représentant et le substitut de toute la race.[59] Schulz et de Vienne précisent que la rançon de Russell est un prix exactement équivalent, une vie humaine parfaite donnée pour celle d'Adam. Elle n'a rien à voir avec la doctrine d'Anselme de Cantorbéry, même si Barbour l'appelait « la doctrine papale de la substitution ».[60]
La rançon permet aussi de rejeter l'enfer de tourments éternels. Le numéro reproduit le sermon d'E. R. Donehoo, pasteur presbytérien de Pittsburgh, pour qui la peine doit être proportionnée à la faute.[61] Donehoo a été pendant trente-quatre ans pasteur de l'Église presbytérienne du West End, à Pittsburgh.[62] La revue salue son honnêteté, mais estime qu'il ignore le plan de Dieu.[63] Pour elle, il ne suffit pas d'adoucir l'enfer : il faut savoir quand et comment chaque homme sera jugé. Albert Barnes avoue de son côté ne voir « pas un seul rayon » de lumière sur la raison pour laquelle l'homme devrait souffrir toute l'éternité.[64] Russell s'était posé la même question dès l'adolescence. Penton note qu'il n'a jamais cessé de se demander comment un Dieu d'amour pourrait punir des pécheurs par des tourments sans fin.[65] C'est la critique de l'enfer par Jonas Wendell qui l'avait frappé en 1869.[66]
Les « perdus » sont donc les aveuglés, et non des damnés. L'article « Notre évangile » distingue trois sortes d'aveuglés et refuse de voir dans les « perdus » des condamnés aux tourments éternels.[67] Ils recevront la vue quand Satan sera lié, ce qui commence au moment où la « grande horloge des âges » sonne la fin des six mille ans.[68] Storrs enseignait déjà que Dieu ne condamne pas les ignorants : pour la plupart des hommes, l'épreuve reste à venir.[69] Les adventistes de l'« âge à venir », autour de Joseph Marsh, annonçaient depuis 1851 un rétablissement de toutes choses après le retour du Christ.[70]
Deux jugements, deux destinées
L'article de J. C. Sunderlin distingue deux jugements. Tous les hommes ont été condamnés en Adam et meurent pour cette raison. Ils passeront ensuite une épreuve personnelle dans l'âge à venir. L'Église, elle, est jugée dès maintenant et ne vient plus en jugement (Jean 5:24).[71] Barbour enseignait déjà que l'humanité serait jugée pendant le Millénium, et que ceux qui rejetteraient le sacrifice de Jésus subiraient une seconde mort éternelle.[72] Crompton résume la position de Russell : la rançon ne garantit pas la vie éternelle à tous, elle leur garantit une seconde chance.[73] Le mot était déjà employé contre ces idées : en 1878, le méthodiste qui recopiait un sermon d'A. P. Adams y voyait du « Second Probationism », la doctrine d'une seconde mise à l'épreuve.[74] Sunderlin refuse toutefois toute « seconde chance » pour le haut appel. Celui qui le manque pendant l'âge de l'Évangile subit une perte éternelle, même s'il la cherche ensuite « avec larmes ».[75]
Sunderlin tire aussi d'Hébreux 10 la règle de l'âge à venir. Le Christ n'a offert qu'un seul sacrifice (Hébreux 10:12-13) : il n'y en aura donc pas d'autre, et chacun expiera ses propres fautes, par des coups qui corrigent sans se venger.[76] En janvier 1883, le même chapitre visait un seul ancien collaborateur : celui qui méprise le sang de l'alliance ne trouve plus de sacrifice pour ses péchés.[77] En septembre, la règle s'étend à toute l'humanité de l'âge à venir. La rédaction corrige pourtant Sunderlin sur un point. Elle approuve son idée, mais refuse de la fonder sur Hébreux 9:27, qui parle selon elle du prêtre éprouvé après sa mort représentative.[78] Three Worlds faisait au contraire de ce verset la preuve d'un grand jour d'épreuve.[79]
Ces deux jugements mènent à deux destinées. Les enfants non consacrés d'un lecteur seront rendus à la perfection d'Adam sur la terre, tandis que les « nouvelles créatures » porteront l'image du Christ céleste.[80] Penton explique qu'il n'était pas nécessaire, dans cette doctrine, de prêcher à tous : la majorité des hommes recevrait sa chance pendant le Millénium.[81] Russell avait aussi annoncé que la porte du haut appel se fermerait en 1881.[82] Le conseil donné en septembre 1883 va dans ce sens : c'est la « onzième heure », il ne faut plus attendre de fruit des enfants, et il ne faut chercher que des consacrés.[83] En octobre-novembre 1882, la revue avait pourtant été envoyée aux quatre-vingt-dix mille directeurs d'écoles du dimanche des États-Unis.[84]
La vie demandée au consacré découle de la même séparation. Le « Notre Père », avec sa demande de pardon, est la prière de l'Église déjà libérée de la faute d'Adam.[85] Maria Russell décrit la crainte du Seigneur comme celle d'un fils qui redoute de décevoir son père, et elle affirme qu'elle durera toujours.[86] En juillet 1883, la revue disait au contraire que cette crainte « cède vite » quand le croyant est en harmonie avec Dieu, parce que l'amour parfait bannit la crainte.[87] Russell écrivait dans ces années que se consacrer à la volonté de Dieu conduit le croyant « souvent » vers sa Parole.[88]
La présence du Christ et la fin du présent monde mauvais
Le sermon de 1878 défend le retour du Christ avant le Millénium, contre ceux qui le placent après.[89] Il reconnaît que la plupart des chrétiens dits orthodoxes croient que le monde sera converti avant le retour du Christ.[90] Crompton confirme qu'à la fin du XIXe siècle, cette croyance restait solide et reflétait la confiance de l'époque dans le progrès de l'humanité.[91] Blandre souligne qu'elle reste très répandue jusqu'aux deux guerres mondiales.[92] Contre elle, le sermon distingue rendre témoignage au monde et le convertir. Le témoignage sert à prendre parmi les nations « un peuple pour son nom ».[93]
Le Roi est dit présent et la septième trompette est en train de sonner.[94] Pour W. I. M., la parole prophétique montre que le Christ est venu et qu'il règne déjà.[95] En janvier-février 1882, la revue disait encore que les royaumes de la terre ne deviendraient ceux du Seigneur qu'à la fin de la septième trompette, après la colère des nations.[96] La colonne des questions fixe aux quarante ans de 1874 à 1914 le changement d'administration de la terre. Elle y ajoute les changements du climat nécessaires pour rendre à la terre l'état d'Éden.[97]
Les cyclones et les taches solaires entrent ainsi dans le calendrier prophétique. Peu après 1880, Jupiter, Saturne, Uranus et Neptune passent ensemble au plus près du Soleil. Le médecin M. L. Knapp en tire l'annonce de pluies violentes, de sécheresses et d'épidémies pour 1880-1885.[98] En août 1879, Barbour recommandait à ses lecteurs une brochure qui reprenait ces annonces de troubles pour 1881-1885, et A. D. Jones y renvoyait aussi.[99] Les millénaristes américains avaient déjà vu des signes du ciel dans l'obscurcissement du soleil de 1780 et dans la pluie d'étoiles filantes de 1833.[100] La réponse de septembre 1883 reste prudente : la nature précise de ces bouleversements n'est « pas clairement perçue ». Elle les compare aux changements causés par le déluge et fait aussi des cyclones l'image des désordres dans les « cieux » symboliques, l'Église nominale.[101]
Le rejet de l'Église nominale fait partie de cette fin. L'article « Christianisme contre Églisianisme » est signé A. A. Phelps.[102] Il s'agit probablement d'Amos Augustus Phelps, pasteur méthodiste qui quitta son Église pour enseigner l'immortalité conditionnelle, mort en 1874. Si c'est bien lui, la revue reproduit un texte paru après la mort de son auteur.[103][104] Selon W. I. M., le Seigneur est sur le point de vomir l'Église mondaine, et ce rejet « a commencé ».[105] En janvier-février 1882, l'Église nominale était déjà dite « vomie », sans réveil possible.[106] La colonne des questions donne une explication : l'Église a voulu convertir le monde dès maintenant, a abaissé ses exigences et a admis des membres jamais convertis, peut-être les trois quarts de ses fidèles.[107] Penton rappelle que Russell, comme Storrs, voyait dans les Églises de la chrétienté « Babylone la Grande ».[108]
Organisation et histoire
Une prédication qui passe par le clergé des Églises
Le numéro s'ouvre sur un bilan chiffré. La revue dit qu'elle « entre chaque mois dans plus de 10 000 familles ».[109] Environ 800 pasteurs de plusieurs dénominations la reçoivent aussi chaque mois.[110] Le chiffre de 10 000 correspond au tirage annoncé au début de 1882 : les numéros de 6 000 exemplaires de la fin de 1881 étaient épuisés, et celui de janvier-février 1882 avait été tiré à 10 000.[111] Schulz et de Vienne se méfient de ces chiffres. Ils rappellent qu'on ignore combien de destinataires partagent vraiment les idées de Russell, et ils estiment ce nombre à un peu plus de 500 à la fin de 1881.[112]
Le chiffre des pasteurs a changé de sens en quelques mois. En février 1883, la revue disait avoir atteint « au moins les neuf dixièmes » des pasteurs des États-Unis par l'envoi gratuit du numéro d'octobre 1882.[113] En septembre, il s'agit d'environ 800 pasteurs qui reçoivent la revue tous les mois.[114] La revue dit aussi influencer, directement ou non, les sermons d'un tiers des chaires des États-Unis. C'est une estimation de la rédaction, et aucune source n'est donnée.[115]
Ces pasteurs servent de relais. Certains lisent la revue en cachette et envoient à la rédaction les noms de collègues, qui reçoivent ensuite des exemplaires gratuits sans savoir qui les a signalés.[116] En mars 1882, la revue répondait au contraire à des pasteurs qui défendaient à leurs fidèles de la lire et leur ordonnaient de brûler ses écrits.[117] En 1883, une partie du clergé fait donc circuler la revue au lieu de l'interdire. Le même numéro juge pourtant sévèrement ces lecteurs discrets. L'article « Caché à certains » parle de ceux qui ont aperçu la lumière mais n'ôtent leurs « lunettes de protection » que lorsqu'ils sont seuls. Il les déclare indignes de faire partie de l'Épouse.[118] La rédaction accepte l'aide de ces pasteurs et refuse dans le même numéro de les compter parmi les fidèles.
Le sermon du presbytérien E. R. Donehoo, reproduit d'après un quotidien de Pittsburgh, montre comment la revue présente un pasteur qui s'écarte de son Église. Donehoo est pendant trente-quatre ans pasteur de l'Église presbytérienne du West End, à Pittsburgh.[119] La rédaction ne lui reconnaît aucune compréhension du plan de Dieu. Elle salue seulement son honnêteté, parce qu'il risque son titre, ses honneurs et son traitement dans « Babylone ».[120] D'autres pasteurs ont déjà franchi le pas au cours de l'année. En février 1883, l'ancien pasteur méthodiste Samuel T. Tackabury rompt publiquement avec son Église.[121] En juin, un prédicateur baptiste de Fayetteville annonce son dernier sermon comme ancien de son Église.[122] Donehoo, lui, reste dans la sienne, et la revue le présente comme un homme qui peut encore avancer.[123]
La « Colonne des questions » tire de ce choix une consigne pratique. Un lecteur propose une feuille de leçons pour les enfants des écoles du dimanche. La réponse admet que ces écoles sont utiles, mais elle refuse que ceux qui visent le « haut appel » y consacrent leur temps.[124] Les enseignants du mouvement doivent « jeter le filet de l'autre côté du bateau » : chercher des adultes, et seulement des consacrés, pour leur montrer « plus exactement la voie de Dieu » comme Aquilas et Priscille l'ont fait pour Apollos.[125] La raison donnée est l'heure : c'est la onzième heure, et l'on ne peut plus attendre de fruit de jeunes plants.[126] Schulz et de Vienne montrent que Russell et ses proches se croyaient déjà à la onzième heure de la moisson en 1881. L'image servait alors à demander à chacun de diffuser les publications.[127] En 1883, elle sert aussi à écarter les enfants du travail des enseignants.
Ce refus vise l'institution qui fournissait l'essentiel des nouveaux membres des Églises. Selon l'historienne Anne M. Boylan, les écoles du dimanche étaient devenues dans les années 1870 la première source de nouveaux membres des grandes Églises protestantes américaines.[128] La revue faisait le même constat en juin 1883 : les dénominations avaient gagné très peu de membres dans l'année, surtout venus de l'école du dimanche.[129] En juillet 1883, elle accusait les leçons uniformes de ces écoles de faire de la moitié des garçons de « jeunes incrédules ».[130] Penton explique que les Étudiants de la Bible ne cherchaient pas alors à prêcher à tout le monde. Ils voulaient réunir un petit troupeau de saints, puisque la grande majorité des hommes aurait sa chance pendant le Millénium.[131] La consigne de septembre 1883 applique ce principe au recrutement : on va chercher les croyants déjà consacrés dans les Églises existantes.
Les lecteurs qui écrivent : isolés, pauvres, sans credo
Les trois lettres publiées montrent qui répond à cette prédication. Le lecteur de Marion, dans l'Iowa, se dit libre de tout credo fait par des hommes. Il a découvert Food for Thinking Christians (« Nourriture pour les chrétiens qui réfléchissent ») par un visiteur.[132] Le lecteur de Pineville, dans le Missouri, a plus de soixante-treize ans. Il se croyait presque seul à refuser les doctrines des hommes, comme Élie qui se croyait seul (1 Rois 19:14).[133] Le troisième est pasteur depuis vingt-cinq ans à Moe's River.[134] Ce hameau se trouve dans le comté de Compton, dans les Cantons-de-l'Est du Québec : la revue atteint donc aussi le Canada.[135] Ce pasteur a vu la revue chez des amis : la diffusion passe aussi par le prêt entre proches.[136]
Le lecteur de Pineville demande la revue en se disant l'un des « pauvres du Seigneur ».[137] Il suit exactement la règle fixée par la rédaction. En mars 1881, les abonnés très pauvres n'avaient pas à envoyer d'argent : il leur suffisait de faire connaître leur besoin.[138] En février 1883, Russell précisait qu'environ deux mille personnes figuraient sur cette liste. Elles devaient redemander la revue chaque année, au moins par une carte postale, sous peine de ne plus la recevoir.[139] La lettre de Pineville est une de ces demandes.
Ces lettres complètent le tableau des 800 pasteurs. La revue vise le clergé, mais ceux qui lui écrivent sont souvent des croyants âgés, pauvres et éloignés de toute assemblée. En mars 1883, la rédaction demandait déjà aux « deux ou trois » croyants isolés de célébrer le Mémorial de leur côté, le même jour que l'Église de Pittsburgh.[140] En mai 1883, elle déclarait chaque lecteur « témoin », faute de prédicateurs disponibles.[141] Le lecteur de Pineville a le profil de ces croyants dispersés, que la revue relie entre eux.
Des écrits qui renvoient les uns aux autres
Le numéro reproduit le premier d'une série de six discours prononcés par le rédacteur à Allegheny City. Il les date de 1878 et dit qu'ils avaient alors paru dans la presse locale.[142] Les lecteurs l'ont demandé, et l'édition des Outlines of Sermons (« Plans de sermons ») est épuisée.[143] En mai 1882, la revue envoyait gratuitement des notes pour six discours, à étudier dans l'ordre, à ceux qui voulaient prêcher en public.[144] Le texte sert donc à la fois aux lecteurs et aux prédicateurs. Blandre date ces discours de 1877 et précise que Russell les avait prononcés devant son groupe d'Allegheny et devant le clergé des dénominations locales, invité pour l'occasion.[145] Schulz et de Vienne confirment que Russell invitait les pasteurs de la ville à ses conférences. Selon un journaliste de Pittsburgh, plusieurs pasteurs connus l'avaient alors vivement attaqué.[146] Le discours republié s'adresse lui aussi à des chrétiens d'Église : il discute les opinions des « frères postmillénaristes », qui sont selon lui la majorité des chrétiens dits orthodoxes.[147]
Le numéro s'appuie sur un petit nombre d'écrits. Food for Thinking Christians apparaît dans deux lettres : le lecteur de Marion l'a reçu d'un visiteur, et le pasteur de Moe's River l'a trouvé chez des amis avec la revue.[148] En janvier 1883, les stocks de cette brochure étaient presque épuisés. La rédaction demandait de donner d'abord aux curieux le numéro d'octobre de la revue, puis de leur prêter Food, puis la brochure Tabernacle.[149] En mai 1883, elle invitait les lecteurs à relire Food, surtout ses chapitres 6 et 8.[150] Le lecteur de Marion cite justement la partie VIII, sur « l'étroit chemin de la vie », comme celle qui a changé ses idées.[151] Les articles du numéro renvoient aussi à Tabernacle (p. 61), au numéro d'octobre 1880 et à l'article « Les sept dernières plaies » de juin 1883.[152] Le passage de 2 Corinthiens 4:1-4 est cité dans l'Emphatic Diaglott de Benjamin Wilson.[153]
La revue puise aussi dans la presse générale. Le sermon de Donehoo vient d'un quotidien de Pittsburgh.[154] L'histoire de l'arche de Noé vient du Chicago Tribune du 13 août, qui reprenait une dépêche de Londres citant un journal de Constantinople.[155] La même nouvelle circule cette année-là dans des journaux très éloignés, par exemple en Nouvelle-Zélande en mai et en septembre 1883.[156] Le communiqué d'origine n'a jamais été retrouvé, et le récit est probablement inventé.[157] La revue le juge seulement « moins invraisemblable qu'il ne paraît », en s'appuyant sur le tremblement de terre de 1883 sur l'Ararat.[158] Ce n'est pas la première fois qu'elle reprend un grand quotidien. En mars 1882, elle tirait d'une enquête du Chicago Tribune un argument contre les dogmes des Églises.[159]
Les dons des lecteurs financent l'extension de la diffusion. Le fonds pour un tract en suédois contient 153,08 dollars, réunis pour la plupart en août.[160] Ce fonds avait été ouvert en janvier 1883 avec un fonds allemand, l'impression devant commencer à 200 dollars.[161] En juin, il contenait moins de trente dollars, pour un besoin estimé à trois cents, et la rédaction ne lançait aucun appel.[162] Le même numéro de juin rapportait la prédication de Charles Seagrin auprès d'immigrés suédois, qui réclamait un numéro en suédois.[163] Le chiffre de « près de deux millions » de Suédois aux États-Unis est très exagéré. Le recensement de 1880 compte 194 337 personnes nées en Suède, et 440 262 nées dans l'un des trois pays scandinaves.[164]
Plusieurs signatures, un seul responsable de la doctrine
Le numéro réunit plusieurs auteurs. « Mrs. C. T. R. », c'est-à-dire Maria Russell, signe « Agréable à Dieu ».[165] J. C. Sunderlin signe « Le jugement à venir ».[166] Les initiales W. I. M. ferment les deux parties sur l'Apocalypse.[167] Elles désignent William I. Mann, cité parmi les collaborateurs depuis le premier numéro.[168] Sunderlin, ancien pasteur méthodiste, écrit pour la revue depuis mars 1881.[169] En septembre 1882, il était encore trop faible pour écrire ou prêcher.[170] L'article « Christianisme contre "Églisianisme" » est signé A. A. Phelps.[171] S'il s'agit d'Amos A. Phelps, ancien pasteur méthodiste devenu défenseur de l'immortalité conditionnelle, la revue reprend un texte écrit avant sa mort en 1874.[172]
Ces signatures ne laissent pas la doctrine aux auteurs. Une note de la rédaction suit l'article de Sunderlin. Elle approuve son idée principale : la plupart des hommes seront jugés après la mort adamique.[173] Elle refuse en revanche le texte qu'il a placé en tête de son article, Hébreux 9:27, comme preuve de ce jugement. Pour la rédaction, ce verset parle du prêtre éprouvé après sa mort représentative, au jour des expiations.[174] En 1877, Three Worlds, le livre de Barbour et Russell, employait pourtant le même verset dans ce sens : le mot grec du verset y désignait le grand jour d'épreuve.[175] La correction vise donc aussi une lecture que Russell partageait six ans plus tôt. La rédaction avait déjà agi ainsi en mars 1881 : elle approuvait le fond des articles d'A. D. Jones, mais rectifiait sa manière de décrire le changement des saints.[176] Depuis le début de 1882, chaque article devait recevoir l'accord d'au moins deux des personnes les mieux informées des Écritures avant d'être imprimé.[177] Penton note que Russell, parce qu'il dirigeait la revue, contrôlait ce qui paraissait dans les écrits des Étudiants de la Bible.[178] La note sur Sunderlin montre ce contrôle exercé en public, sur un auteur proche.
Le même contrôle s'exerce contre des adversaires qui ne sont jamais nommés. L'article « Caché à certains » dénonce une prétendue « lumière nouvelle » et des théories modernes de l'expiation qui attaquent la base de l'espérance chrétienne.[179] Le court texte sur la parabole du serviteur impitoyable répond à « certains » qui en tirent un pardon gratuit de la faute d'Adam, sans rançon payée.[180] Ces passages prolongent une querelle menée toute l'année contre des revues sorties du même milieu. En février 1883, la rédaction posait six questions sur la rançon à The World's Hope, après les avoir déjà posées au Zion's Day Star.[181] En avril, elle y répondait elle-même et parlait de « lâcheté morale ».[182] En mai, elle réimprimait un ancien article de Paton pour montrer qu'il enseignait autrefois la rançon.[183] En juin, elle annonçait un troisième journal opposé à la rançon, The Millenarian, et se réservait le droit de nommer un jour les rédacteurs.[184] En septembre, aucune revue et aucun rédacteur ne sont nommés : seules les théories sont visées.[185]
La parabole du serviteur impitoyable reçoit ici un autre usage qu'en 1880. En octobre 1880, elle montrait un pardon retiré à ceux qui se souillaient avec Babylone : la revue y lisait un « pardon révoqué ».[186] En septembre 1883, elle sert à défendre la rançon contre ceux qui la nient. Le croyant qui refuse de pardonner ne perd pas son pardon : il subit des épreuves qui doivent le rendre compatissant.[187] Penton estime que Russell a pris la tête du groupe surtout parce qu'il se sentait obligé de défendre la rançon.[188] En septembre 1883, la revue gagne des lecteurs parmi le clergé et, dans le même numéro, défend contre d'anciens proches l'enseignement de son rédacteur sur la rançon.[189]
Contenu
Vue de la Tour
La lumière de la vérité est présentée comme déjà visible dans certains milieux : les ténèbres reculent, et l'intérêt pour la vérité progresse chaque jour sur tous les sujets, plus encore en matière de religion. Cette avancée est dite plus lente pour les vérités les plus avancées, mais rapide parmi les « consacrés », c'est-à-dire ceux qui se sont consacrés à Dieu seul et non à une secte.[190]
La revue indique entrer chaque mois dans plus de 10 000 familles, dont certaines s'y opposent avec force. Elle est aussi envoyée chaque mois à environ 800 pasteurs de diverses dénominations. Certains la lisent en secret et communiquent les noms de collègues à qui adresser des exemplaires gratuits, sans qu'on sache qui les a donnés. D'autres prêchent publiquement contre la « bonne nouvelle ». La revue estime que son contenu influence, directement ou non, les propos d'environ un tiers des chaires des États-Unis et de plusieurs chaires anglaises. Elle ajoute que le Roi est présent et conduit sa vérité vers une victoire certaine.[191]
Près de deux millions de Suédois vivent aux États-Unis, et certains s'intéressent à « cette voie ». Pour eux, un fonds est constitué afin de publier un tract semblable au numéro 4 du volume 4 de la revue. Il contient alors 153,08 dollars, somme réunie en grande partie au mois d'août. Quelques mois semblables permettraient de publier le tract.[192]
Lettres de lecteurs
Un lecteur de Marion (Iowa), qui se dit libre de tout credo fait par des hommes, a reçu la brochure Food for Thinking Christians (« Nourriture pour les chrétiens qui réfléchissent »). Il l'a ouverte par curiosité et la juge digne de son titre. Il y trouve beaucoup d'idées nouvelles pour lui. La partie VIII, sur « l'étroit chemin de la vie », bouleverse ses idées antérieures sur le Christ.[193]
Un lecteur de Pineville (Missouri), âgé de plus de soixante-treize ans, avait cru rester presque seul à refuser les doctrines des hommes. Il compare sa situation à celle du prophète Élie, qui se croyait seul (1 Rois 19:14). Il découvre par la revue que des milliers de personnes ne plient pas le genou devant l'image de Baal ou de Babylone. Il espère se tenir « dans son lot à la fin des jours », qu'il soit vivant ou mort, quand l'Épouse de Christ entrera dans le royaume. Il demande qu'on lui envoie la revue, se disant l'un des « pauvres du Seigneur ».[194]
Un troisième lecteur, de Moe's River, pasteur de l'Évangile depuis vingt-cinq ans, a vu la revue chez des amis avec la brochure Food for Thinking Christians. Il se dit ravi, avoue ne pas avoir assez cherché la vérité, et demande des exemplaires pour lui et pour d'autres personnes qui ont faim et soif de justice.[195]
Briser les chaînes
Le compte rendu d'un sermon d'un pasteur presbytérien de Pittsburgh, E. R. Donehoo, publié dans un quotidien de la ville, est reproduit. La revue y voit un signe de l'évolution de la pensée sur la vie future. Elle relève que ce pasteur ne montre aucune compréhension du plan de Dieu, mais qu'il a un esprit raisonnable et assez d'honnêteté pour exprimer ses convictions, au risque de perdre titre, honneurs et traitement dans « Babylone ». Elle prie pour que le Seigneur le conduise vers la vérité. Elle précise que, s'il est consacré au Seigneur et non à une secte, il sera estimé de Dieu dans la mesure où il sera rejeté par un « système mondain » appelé l'Église, qui est maintenant « vomi ».[196]
Le sermon part de Job 34:11-12. Le pasteur observe que même les plus orthodoxes n'insistent guère aujourd'hui sur l'enfer littéral de feu et de soufre, sans que la confiance dans l'autorité de la Bible ait diminué. À mesure que les dogmes durs sont abandonnés, la beauté de la vérité divine apparaît. Il rappelle qu'on a longtemps poussé les gens à renoncer au péché en leur décrivant l'enfer pour les terroriser, et qu'on a répandu l'idée qu'à la mort chacun va aussitôt au ciel ou en enfer. Il juge cet enseignement contraire à la justice ordinaire et à la raison éclairée : un tribunal humain qui jugerait ainsi serait couvert de mépris, et la peine doit avoir un rapport avec la gravité de la faute.[197]
Selon lui, beaucoup de prédicateurs ont bâti leur théologie du ciel et de l'enfer non sur la Bible, mais sur les visions de Dante, les imaginations de Milton ou les excès des prédicateurs de réveil du siècle précédent. La règle posée par le Christ est : « À qui l'on a beaucoup donné, il sera beaucoup demandé » (Luc 12:48). Plus la lumière est grande, plus le péché est grave. Il cite les paroles de Jésus aux pharisiens (Jean 9:41), le témoignage de Jacques (Jacques 4:17) et les mots « ils n'ont pas d'excuse pour leur péché » (Jean 15:22). Il ajoute que l'ignorance n'excuse pas si elle est volontaire.[198]
Il affirme que les récompenses seront proportionnelles au service rendu et au caractère. Il ne craint pas que le domaine de Satan égale celui du Roi tout-puissant. Après le châtiment de tous les rebelles, les rachetés seront innombrables comme le sable de la mer, et personne ne sera exclu des joies du ciel, sauf ceux qui auront eux-mêmes appelé leur condamnation.[199]
Les fruits de l'Esprit
Le texte de départ est 2 Pierre 1:8. Les bonnes œuvres et la connaissance sont présentées comme inséparables, car le même Esprit les produit. La revue dit s'adresser aux consacrés, chez qui les fruits de l'Esprit se développent, et non à une classe mondaine, car l'homme naturel ne reçoit pas les choses de l'Esprit de Dieu (1 Corinthiens 2:14).[200]
Là où l'on trouve les fruits de l'Esprit, on doit trouver aussi la connaissance du Seigneur. Celui qui se vante de ses vertus tout en reconnaissant son ignorance du Seigneur et de ses plans peut en être surpris. Les vertus sans connaissance sont comparées à des grappes de raisin attachées à un buisson d'épines, et ceux qui en restent là sont dits aveuglés par le dieu de ce monde, incapables de saisir les choses à venir du plan du Père (2 Pierre 1:9, Jean 16:13).[201]
L'exhortation de 2 Pierre 1:10-11 à rendre sûrs l'appel et l'élection invite chacun à s'examiner. Le critère est une connaissance croissante du Seigneur, qui se révèle en montrant les « choses à venir ». La connaissance ne peut pas être obtenue sans les autres fruits. Une connaissance de perroquet peut exister sans eux, mais elle n'en a que l'apparence. Si un fruit se dessèche, c'est que la sève, c'est-à-dire l'esprit, est coupée, et tous les fruits dépérissent.[202]
À l'objection que cette exigence exclurait de la classe spirituelle bien des pasteurs, la réponse est que la connaissance est nécessaire, mais n'a pas à être parfaite. Dieu a permis qu'un voile d'erreur recouvre son plan et ne le lève que graduellement, quand le temps est venu, jusqu'à l'achèvement du « Mystère de Dieu ». La connaissance n'a donc jamais pu atteindre auparavant la taille qu'elle peut et doit avoir aujourd'hui. Dieu attend que ce fruit soit proportionné aux possibilités de chacun. Albert Barnes est cité en exemple : ce qu'il savait du caractère de Dieu, révélé par la nature et par Jésus, lui avait gagné le cœur au point que les erreurs de la théologie faite par les hommes lui étaient inconciliables. Puisque le moment est venu de dissiper ces brumes, on doit s'attendre à voir ces hommes avancer.[203]
Agréable à Dieu
L'article, signé « Mrs. C. T. R. » (Maria Russell), part de Psaumes 19:14. Au milieu des épreuves du « jour du Seigneur », tous les consacrés doivent faire cette prière. Les tentations sont décrites comme une marée : le monde offre des attraits, les affaires apportent des soucis, l'erreur prend des formes trompeuses, la fatigue pousse à l'inaction, et l'amour de beaucoup se refroidit parce que l'iniquité augmente.[204]
Le psalmiste indique le moyen d'être agréable à Dieu : la Parole du Seigneur. Elle est parcourue verset par verset (Psaumes 19:8-12). La loi, ou doctrine, du Seigneur ramène l'âme en harmonie avec Dieu. Sans étude attentive de la Parole, il est impossible de faire ou de penser ce qui plaît à Dieu. Ceux qui l'abordent avec simplicité de cœur obtiendront la sagesse. Les préceptes réjouissent le cœur et donnent l'élan nécessaire pour résister à l'opposition. Le commandement donne des idées justes sur la justice et l'amour. La crainte du Seigneur est une crainte filiale, qui redoute de rompre l'harmonie, et non une crainte d'esclave ; elle durera toujours entre ceux dont le cœur est en harmonie avec Dieu.[205]
Les jugements du Seigneur sont toujours justes. Comme le jugement humain est faussé, la Bible offre une expression sûre des jugements infaillibles du Père. Les croyants doivent les rechercher, car ils les avertissent des erreurs où les mènerait leur propre jugement (Psaumes 19:13-14). Celui qui oppose son jugement à celui du Seigneur, tel qu'il est exprimé dans la Parole, tombe dans le piège de l'adversaire. L'article conclut en invitant à s'humilier sous la main de Dieu et à méditer ses préceptes pour en être imprégné.[206]
Louons notre Dieu
Un cantique inspiré de Psaumes 86:9 et Apocalypse 15:4 invite les âmes abattues à se lever pour accueillir le Roi ressuscité, qui arrive victorieux au trône. Satan est vaincu et les « puissances des ténèbres » redoutent la lumière. Le Christ a combattu seul et vaincu tous ses ennemis. La terre redeviendra comme Éden, avec l'homme restauré et les saints glorifiés auprès de leur Seigneur. Le dernier couplet affirme que, grâce à Zion's Watch Tower (« La Tour de Garde de Sion »), on voit tout proche le jour des mille ans de jubilé, quand l'amour régnera de nouveau sur l'humanité.[207]
L'arche de Noé
Un article du Chicago Tribune du 13 août est reproduit. Daté de Londres le 9 août, il rapporte qu'un journal de Constantinople annonce la découverte de l'arche de Noé. Des commissaires turcs, chargés d'étudier les avalanches du mont Ararat, seraient tombés sur une immense construction de bois très sombre qui sortait d'un glacier. Les habitants la voyaient depuis six ans, mais n'osaient pas s'en approcher, parce qu'un esprit à l'aspect féroce avait été aperçu à la fenêtre du haut. Les commissaires y parviennent après de grandes difficultés. L'arche est bien conservée, malgré des angles abîmés dans la descente. Un Anglais qui les accompagne y reconnaît le bois de gopher de la Bible. L'intérieur, peint en brun, est divisé en compartiments de quinze pieds de haut, dont trois seulement sont accessibles, les autres étant pleins de glace.[208]
Le bois de gopher dont l'arche est faite est généralement identifié au cyprès, célèbre chez les anciens et souvent mentionné dans la Bible. Il est connu pour sa durabilité : des portes et des poteaux de ce bois auraient duré 1 100 ans.[209] La revue rappelle aussi que le mont Ararat est couvert de neige et de glace éternelles sur plus de 3 000 pieds sous son sommet. Un tremblement de terre survenu au début de 1883 y a détaché d'énormes masses de glace, qui ont enseveli des villages entiers sous des avalanches. Ces faits rendent la nouvelle moins invraisemblable qu'elle ne paraît d'abord.[210] Le même Dieu qui a placé la Grande Pyramide « au milieu du pays d'Égypte » comme signe aurait pu cacher l'arche dans la glace, pour qu'elle serve de témoin même aux plus ignorants. La revue ajoute que les preuves extérieures de la vérité de la Bible, destinées à l'homme naturel, vont se multiplier pendant les trente années à venir.[211]
Notre évangile
Le point de départ est 2 Corinthiens 4:1-4, cité dans la traduction interlinéaire de l'Emphatic Diaglott (traduction du Nouveau Testament de Benjamin Wilson). Ce passage dit que la « bonne nouvelle » peut être voilée pour ceux qui périssent, dont le « dieu de cet âge » a aveuglé l'intelligence. La bonne nouvelle déclare le Père parfait en sagesse et en puissance, mais aussi en justice et en amour.[212]
Une grande partie de ce qui se prêche comme évangile n'a rien d'une bonne nouvelle. Ces enseignements, comparés à des déchets, ternissent la justice et l'amour de Dieu et ne convainquent pas la conscience de ceux mêmes qui les défendent. Pour le prouver, la revue cite le pasteur Albert Barnes, « bon homme » mais aveuglé par les erreurs que le « prince de cet âge » avait greffées sur la théologie. Barnes écrit qu'il ne voit aucune lumière sur la raison pour laquelle le péché est entré dans le monde, pourquoi la terre est jonchée de morts et pourquoi l'homme devrait souffrir éternellement. Devant les pécheurs, les tombes et le sort de ses proches, il se dit « frappé de mutisme ».[213] La revue pense que Barnes se réjouirait de la lumière présente s'il vivait aujourd'hui.[214]
L'évangile proclamé rejette les ténèbres et les traditions des hommes venues des « âges sombres ». Il refuse de remplacer la Parole de Dieu par des traditions ou de la tordre. Tous ceux qui l'entendent et l'examinent sérieusement devraient l'approuver dans leur cœur, sauf si le dieu de cet âge, identifié à Satan d'après Jean 14:30, les a aveuglés. Quand la lumière n'est pas vue, la faute est dans l'œil.[215] À l'origine, l'homme a été créé à l'image mentale de son Créateur : justice, miséricorde et amour étaient de même nature en lui et en Dieu. Même après la chute, Dieu et l'homme pouvaient raisonner ensemble, d'après Ésaïe 1:18.[216]
Caché à certains
Dès l'origine, la politique de Satan consiste à aveugler les hommes. Il obscurcit en eux les qualités semblables à celles de Dieu et déforme le caractère de Jéhovah pour empêcher qu'on le reconnaisse. Trois catégories de personnes aveuglées sont distinguées. Les uns adorent l'œuvre de leurs mains. Chez eux, justice et amour sont presque éteints, mais ils « tâtonnent pour trouver Dieu », selon Actes 17:27. D'autres sont aveuglés par l'orgueil et par une « science faussement ainsi nommée » ; ils deviennent insensés et disent en leur cœur : « Il n'y a point de Dieu » (Psaumes 14:1). Une troisième catégorie aperçoit la puissance de Dieu, mais Satan lui cache sa justice, sa sagesse et son amour en mêlant des mensonges à un peu de vérité. Cela vaut pour beaucoup de ceux qu'on appelle chrétiens aujourd'hui.[217]
Quand Jésus désigne les aveugles de son temps, il ne parle pas des païens mais du peuple d'Israël, surtout des docteurs pharisiens, « conducteurs aveugles » (Matthieu 15:14). Leur aveuglement vient de leurs traditions, qui ont annulé le commandement de Dieu (Matthieu 15:6). Satan n'a pas pu pousser Israël à abandonner la Loi pour l'idolâtrie ; il a multiplié les formes et les cérémonies, qui apaisaient les consciences tout en cachant le sens véritable de la Loi. Il change aujourd'hui de tactique à mesure que l'instruction se répand.[218]
Pendant les « âges sombres », la papauté a presque éteint la lumière en détruisant les Bibles, au point qu'on croyait qu'il n'en restait plus. Les feux de la Réforme ont ensuite dissipé une grande partie des ténèbres. Satan s'est alors transformé en « ange de lumière » : il a conduit la Réforme au succès, à l'orgueil et aux honneurs du monde. Les protestants tirent gloire d'imprimer, de posséder et de lire des Bibles plus que de les étudier et de les comprendre. Ils étudient et pratiquent les credo du passé et les traditions des Pères, et lisent la Bible à travers des « lunettes teintées par les credo ».[219]
D'autres, qui ont aperçu un peu de lumière, sont aveuglés par la peur : ils craignent de laisser voir qu'ils commencent à y voir clair, et ne retirent leurs « lunettes de protection » que lorsqu'ils sont seuls. Ils ne sont pas dignes de faire partie de l'Épouse, l'épouse de l'Agneau, car Jésus a dit que le Fils de l'homme aura honte de ceux qui ont honte de lui et de ses paroles (Marc 8:38).[220]
Un autre danger menace ceux qui ont échappé à ces pièges : l'orgueil spirituel et l'ambition. L'adversaire les emploie à fabriquer et à répandre une prétendue « lumière nouvelle » qui n'a pour fondement ni la tradition ni l'Écriture, et dont le seul mérite est d'être nouvelle. Certaines théories modernes sur l'expiation, qui s'attaquent à la base de l'espérance chrétienne, en sont un exemple. La prospérité aveugle aussi, quand Satan jette des poignées d'or, de même que les soucis de la vie. Chacun doit garder devant lui « une seule chose », selon Philippiens 3:13-14 : tendre vers le but pour le prix de l'appel céleste.[221]
Les aveugles qui périssent
Presque tous les contemporains de Jésus, et presque tous les hommes de chaque époque, sont ainsi aveuglés. L'apôtre les dit « perdus ». La revue refuse d'y voir une condamnation aux tourments éternels : tous étaient perdus à cause du péché d'Adam. La différence entre ceux qui voient par la foi et ceux qui sont aveuglés tient à ceci : les premiers ont joie et paix et sont comptés comme sauvés, par Dieu et par eux-mêmes, alors que les aveugles restent sous la condamnation, bien que le Christ soit mort pour eux. Le bienfait de la mort du Christ s'applique à chacun quand il saisit par la foi ce sacrifice comme « propitiation pour nos péchés ». Les aveugles, incapables de reconnaître la rançon, demeurent parmi les perdus.[222]
Cette situation doit prendre fin. Le Christ doit détruire toute autre domination, autorité et puissance que celle de Jéhovah (1 Corinthiens 15:24-25). La « grande horloge des âges » vient de sonner la fin des 6 000 ans de règne de Satan. Le Christ, « héritier de toutes choses » et lieutenant de Jéhovah, est présent, et le lien de Satan commence. Lié pendant mille ans, il ne pourra plus tromper les nations pendant le règne du Christ, et les aveugles recevront la vue.[223] La revue cite Ésaïe 35 : les yeux des aveugles s'ouvriront alors, la rançon sera comprise, et les rachetés reviendront à Sion avec des chants de joie.[224]
Si Dieu a permis si longtemps le règne de Satan, c'est que mille ans sont pour lui comme un jour. Ce règne a de plus une raison d'être : l'amertume vécue sous le péché prépare les hommes à apprécier la vraie lumière et le règne de la justice. L'aveuglement du grand nombre a aussi servi à former et à choisir les premiers fruits, le « petit troupeau », qui sera cohéritier de Jésus-Christ, partagera sa gloire, participera à l'écrasement de Satan (Romains 16:20) et rendra la vue aux aveugles.[225]
La promesse de Jésus à ses disciples : « Vous ferez des œuvres plus grandes que celles-ci » se rapporte à cette guérison future. Ils guériront alors non seulement les corps, mais aussi les esprits. Les miracles de Jésus étaient eux-mêmes des types de bénédictions spirituelles à venir, d'après Jean 2:11. Sa gloire est encore future : elle se manifestera quand il viendra « pour être glorifié dans ses saints » (2 Thessaloniciens 1:10). La plupart de ses miracles notables ayant eu lieu un jour de sabbat, ils sont également typiques : le grand temps de guérison sera le septième millénaire, le Millénium, « grand sabbat de repos » où le monde sera rendu parfait pour les âges éternels sans péché.[226]
Le jugement à venir
On parle couramment du « jour du jugement » comme s'il n'y en avait qu'un, situé dans le « monde à venir » où iraient tous les hommes. Cette idée vient, selon la revue, d'un défaut de discernement dans la lecture de la Parole. Jésus est bien parti « préparer une place » (Jean 14:2-3), mais ce « nous » ne désigne pas toute l'humanité. Jean 16:20 et Jean 15:18-19 distinguent « le monde » d'une classe choisie hors du monde, que le monde hait. Ces disciples sont préparés par l'esprit de vérité, que le monde ne peut recevoir.[227]
Guidés par cet esprit, ils se jugent selon « la loi du péché et de la mort » et selon « la loi de l'esprit de vie en Christ Jésus ». Ils reconnaissent que le compte du péché est juste contre eux, mais apprennent que la rançon les libère de cette loi et que la race humaine revivra dans un âge à venir. Ceux qui le croient dès maintenant, pendant l'âge de l'Évangile, sont comptés comme vivants en Christ (1 Corinthiens 15:22, traduction du Diaglott). Une difficulté apparaît : comment ces croyants, libres de la loi de la mort, meurent-ils encore ? Réponse : ils sont sauvés de la mort, non du fait de mourir. Ils sont légalement morts sous la loi du péché ; le croyant est compté comme ayant subi la peine, puis comme rendu à la vie. Il n'y a plus pour lui « aucune condamnation ».[228]
Ces croyants entendent l'invitation au « haut appel » : consacrer à la mort avec le Christ leur nature rachetée et rétablie, afin de devenir « participants de la nature divine ». Cet appel est une « sainte invitation » et un privilège, non un ordre. Il constitue une partie du jugement actuel du monde, celui qui se déroule parmi « les élus » et qui les exempte de tout autre jugement (Jean 5:24). Un autre jugement a lieu en même temps : celui des dirigeants de ce monde, sur le point d'être chassés. Il précède le jugement à venir (Actes 24:25).[229]
L'humanité est donc jugée deux fois. Un premier jugement a déjà eu lieu, puisque « il est réservé aux hommes de mourir une fois », ce qui suppose une condamnation. Celle-ci ne frappe pas chacun pour ses fautes personnelles : la nature des pères, souillée par le péché, se transmet aux enfants, condamnés à mort pour avoir la disposition de faire comme eux (Jérémie 31:29, Deutéronome 5:9, Matthieu 5:28, Romains 8:7). Le jugement à venir ne livrera donc pas les hommes à la mort ou aux souffrances éternelles pour n'avoir pas gardé la loi dans cet âge : c'est leur incapacité qui a causé leur mort et suscité la rançon. Tout ce qui a été perdu en Adam sera restauré, selon les « temps du rétablissement de toutes choses » (Actes 3:21, Ézéchiel 16:44-63, Jérémie 31:16).[230]
Si tout est rendu à tous, quel encouragement à vivre saintement maintenant ? La revue répond que l'âge de l'Évangile offre l'occasion, la seule et sans « seconde chance », d'atteindre la nature divine, l'immortalité (Luc 4:19, 2 Corinthiens 6:2). Celui qui, invité à ce haut appel, ne rend pas son élection certaine subit une perte éternelle, impossible à réparer même si on la cherche « avec larmes ». Tous les hommes seront rendus sans condition à ce qu'Adam avait perdu, puisque « comme tous meurent en Adam, tous revivront aussi dans le Christ » (1 Corinthiens 15:21-22, Diaglott). Le haut appel, lui, comporte des conditions dures, « moissonner où l'on n'a pas semé » : souffrances et mort, non de la nature déchue déjà condamnée, mais de la nature humaine parfaite, comparable à celle de Jésus, dont le croyant est crédité. Peu les acceptent. Ceux qui le font passent de la mort à la vie (Marc 8:35) et ne viennent plus en jugement. Tout le reste de l'humanité y viendra « après cela ».[231]
Ce futur procès, avec une épreuve et un jugement à venir, est déduit de plusieurs textes et d'un raisonnement : l'homme subit la peine du péché (la mort) avant le jugement à venir, donc celui-ci suppose une épreuve à venir. On ne peut juger de nouveau une faute dont la peine a été payée et dont le coupable a été racheté. La première épreuve avait lieu en Adam, par qui tous meurent ; le Christ a ensuite représenté les hommes, et par lui tous revivent par une résurrection. À partir de là, chacun est éprouvé pour lui-même. 1 Timothée 5:24 est lu dans ce sens : les péchés de certains précèdent leur jugement, ceux des autres le suivent.[232]
Les œuvres du « petit troupeau », qui forme le corps mystique du Christ, sont jugées d'avance : pour eux il n'y a « aucune condamnation » (Romains 8:1), ni maintenant ni jamais. Les autres seront jugés d'après la même règle, la loi de Dieu contenue dans l'Écriture, qui sera alors ouverte à l'intelligence de tous (Apocalypse 20:12). Celui qui est injuste selon cette loi restera jugé tel jusqu'à ce que sa nature change ou soit rétablie, et nul autre critère n'existera (Apocalypse 22:11).[233]
Un élément disparaîtra du jugement à venir : le sacrifice de rédemption, ou souffrance représentative. Le Christ a offert un seul sacrifice de cette sorte pour les péchés, puis s'est assis à la droite de Dieu en attendant que ses ennemis soient mis sous ses pieds (Hébreux 10:12-13), c'est-à-dire, dans l'interprétation de la revue, devenus des instruments de service et non des membres de son corps. Il n'y aura donc plus d'offrande de ce type ni de pardon : chacun expiera ses propres péchés, sous une justice stricte. Le Christ ayant racheté la capacité de garder la loi, l'homme devra la garder ou recevoir « peu ou beaucoup de coups » selon sa faute. Ces coups seront « réformateurs » et non vindicatifs. Les citations de Hébreux 10 et de Luc 12:5 illustrent le « feu ardent » qui dévorera les adversaires, c'est-à-dire l'opposition.[234]
Le Christ « ne se découragera point » avant d'avoir établi le droit sur la terre (Ésaïe 42:4), sans briser le roseau froissé. Personne ne souffrira plus pour les péchés de son père, comme le disent Ézéchiel 18:20 et Exode 34:7 à l'inverse de la situation actuelle : « l'âme qui pèche mourra ». Nul ne mourra plus à cause d'un autre, nul ne vivra à cause d'un autre.[235]
Pourquoi n'avoir pas procédé ainsi dès le début ? Parce qu'il n'aurait pas été juste de tenir l'homme à un compte aussi strict, sans possibilité de rédemption, avant qu'il ait fait l'expérience du péché et de ses effets. Maintenant que l'homme a appris « l'extrême pécheresse du péché », et qu'à son retour de la mort il aura la capacité de garder la loi, il est juste de l'exiger. Au commencement, le jugement était : « le jour où tu en mangeras, tu mourras », et un Sauveur, ville de refuge pour celui qui avait perdu sa vie sans le vouloir, était prévu. La revue ne trouve annoncé aucun Sauveur de ce genre dans l'âge à venir. Elle cite Abdias 21 : des sauveurs monteront sur la montagne de Sion pour juger la montagne d'Ésaü, et les comprend comme étant…[236]
Ces sauveurs, selon la revue, sont typifiés par ceux qui jugeaient Israël : ils seront chefs et guides, rois et prêtres, mais non rédempteurs.[237]
Le jugement de l'âge à venir sera donc semblable à celui du commencement pour la violation de la loi de Dieu : la mort. C'est la « seconde mort », dont aucune résurrection n'est annoncée. Celui qui, mort en Adam, est réveillé par l'esprit et se consacre à la mort avec le Christ subit une seconde mort légale. Elle ne lui fait pas de mal, car il la « retrouvera » dans la première résurrection (Marc 8:35, Apocalypse 2:11, Apocalypse 20:16). L'article se termine par une citation du Psaume sur la louange de la bonté du Seigneur et est signé J. C. Sunderlin.[238]
Après la mort le jugement
Une note de la rédaction approuve l'idée que, pour la grande majorité des hommes (tous sauf l'Église), le jugement viendra après la mort adamique, une fois celle-ci légalement annulée. Elle conteste cependant l'usage du texte placé en tête de l'article, Hébreux 9:27, comme preuve de ce jugement. L'apôtre y enseigne autre chose, comme le montre l'ensemble de son raisonnement (Hébreux 9:6-28).[239]
Paul s'adresse à des lecteurs familiers du service typique du sanctuaire typique. Chaque année, au jour des expiations, un sacrifice typique rappelait les péchés sans jamais les ôter. Il annonçait l'œuvre réelle du Christ, l'« Agneau de Dieu » qui a « aboli le péché par le sacrifice de lui-même ». Dieu avait voulu que tout le processus de l'expiation soit présenté en types. Le Lieu très saint représente la présence de Jéhovah, le ciel même. Les prêtres représentaient la mort du Christ en utilisant des animaux pour se figurer eux-mêmes en mort. Le taureau offert « pour » le prêtre figurait sa mort. Le prêtre représentait ensuite le Christ comme « nouvelle créature » et portait le sang dans le Lieu très saint, comme prix de rançon pour les péchés du peuple, afin d'obtenir le pardon de Dieu et sa faveur future.[240]
Ces hommes devaient aussi figurer l'œuvre parfaite du Christ. Si le prêtre n'offrait pas exactement le sacrifice voulu, de la bonne manière, il mourait au second voile, n'entrait pas dans le Lieu très saint et ne pouvait pas obtenir l'expiation. Si tout était parfait, le prêtre et son sacrifice étaient acceptés par Jéhovah, et les péchés étaient effacés. Pour ces prêtres, le jugement ou l'épreuve suivait donc leur mort représentative : l'œuvre avait-elle été parfaite ? Dans l'affirmative, ils sortaient pour absoudre typiquement le peuple et le bénir.[241]
Il en va de même pour le Christ, offert une fois, mort réellement pour porter les péchés de beaucoup. Il devait aller dans le Lieu très saint pour faire accepter le sacrifice. Qu'il vive dans cet état spirituel parfait prouve que son sacrifice a été agréé. Au temps voulu, il sortira avec une bénédiction pour tous ceux dont il a payé la rançon par sa propre vie.[242]
La raison de l'argument de l'apôtre est claire. Les Juifs se moquaient d'un Sauveur qui meurt sans les sauver, car ils attendaient un Messie régnant avec puissance et splendeur sur la terre. Paul leur montre que le Christ devait d'abord souffrir pour racheter avant de sauver et de bénir, ce que les types de la Loi avaient déjà montré. De même que leurs prêtres devaient d'abord mourir, puis entrer dans le Lieu très saint, avant que la bénédiction vienne, de même en est-il du Christ, dont ces hommes n'étaient que les types ou les ombres. La revue renvoie à ce sujet à la brochure Tabernacle (p. 61) et à La Tour de Garde d'octobre 1880.[243]
Le serviteur impitoyable
La parabole de Matthieu 18:23-35 est invoquée par certains contre la nécessité de la mort de Jésus comme rançon ou substitut pour la peine adamique. Selon eux, Dieu pardonne gratuitement tout le péché adamique et n'exige donc ni que les hommes le paient, ni que Jésus le paie à leur place. La revue juge cette lecture fausse : elle vient d'une théorie que ses partisans cherchent à appuyer par des textes en apparence favorables.[244]
La parabole ne concerne pas les rapports de Dieu avec le monde des pécheurs, mais avec ses enfants liés par alliance, appelés ici « esclaves ». Ceux-ci ont déjà été justifiés de la culpabilité adamique par la rançon du Christ et se sont consacrés à Dieu pour toujours. Ils savent qu'à cause de la faiblesse de la chair et des tentations, ils n'ont pas rendu à Dieu tout ce que leur alliance demandait. Quand ils demandent miséricorde au Père, comme membres du corps du Christ et au nom de leur chef, il les pardonne et dit : « Va en paix ».[245]
En retour, ils doivent montrer la même indulgence envers leurs semblables. Sinon, ils n'en recevront pas du Père pour l'observation de leur alliance : ils seront tenus à la lettre et livrés dans la vie présente à assez de troubles et de détresse pour les rendre compatissants envers les faibles et ceux qui errent. La prière du Seigneur enseigne la même leçon : « Pardonne-nous nos offenses comme nous pardonnons à ceux qui nous ont offensés ». C'est l'Église, déjà libérée de la culpabilité adamique, qui dit « Notre Père ».[246]
Apocalypse, chapitre 4
Pour comprendre une scène décrite par plusieurs témoins, il faut connaître le moment et le point de vue de chacun. Dans l'Apocalypse, Jean représente toujours, selon la revue, les disciples bien-aimés, les fidèles de l'Église vivants à l'époque où se produisent les événements décrits. Elle y voit une allusion à Jean 21:22, où Jésus dit : « Si je veux qu'il demeure jusqu'à ce que je vienne, que t'importe ? ». Observer le point de vue de Jean pour chaque vision permet de connaître la classe qu'il représente.[247]
Le premier verset parle de choses venues « après » les événements du chapitre précédent. La dernière période est celle où le Seigneur se tient à la porte et frappe, étant présent, et où il va vomir de sa bouche l'Église actuelle, orgueilleuse et mondaine. Ce processus a commencé, si bien que la classe symbolisée par Jean doit maintenant être « enlevée » au sens symbolique et voir les choses d'un point de vue purement spirituel.[248]
Dans la première vision, Jean aperçoit des choses cachées mais reste à Patmos, nom qui signifie « mortel ». L'Église du temps de Jean ne pouvait voir les événements à venir que d'un point de vue mortel. Désormais, Jean, ou plutôt ceux qu'il représente, sont « enlevés » en esprit et voient les choses spirituelles d'une position élevée jamais atteinte auparavant. À partir de là, Jean voit les événements en une suite d'images vivantes, alors qu'au début il n'avait vu que le Seigneur et les chandeliers et reçu des messages en paroles.[249]
La porte ouverte « dans le ciel » conduit au troisième ciel, comme celui où Paul fut ravi (2 Corinthiens 12:2). Ces « cieux » se succèdent, selon la revue, dans le temps et non en hauteur. Les premiers cieux et la première terre précèdent le déluge. Les seconds sont le présent monde mauvais et ses puissances, sous Satan. Le troisième, les nouveaux cieux et la nouvelle terre où habite la justice, sera sous la domination du Christ et de ses saints. Les cieux désignent le gouvernement, la terre les sujets. Quand les puissances du troisième ciel prennent possession, celles du second sont « ébranlées » jusqu'à leur destruction (Matthieu 24:29, Hébreux 12:26). Après sa venue, le Seigneur envoie ses anges avec une grande trompette pour rassembler ses élus (Matthieu 24:31, 1 Thessaloniciens 4:16-17).[250]
La voix « comme d'une trompette » dit : « Monte ici ». Elle retentit pendant la septième trompette, sous laquelle on se trouve, quand est annoncé que « les royaumes du monde sont devenus ceux de notre Seigneur et de son Christ » (Apocalypse 11:15). La parole prophétique montre que le Christ est venu et qu'il règne. Les croyants, convaincus de cela, ont sacrifié leurs affaires et renoncé aux plaisirs pour connaître et répandre la vérité. Chaque vérité reçue et chérie a été un degré de plus vers le haut, le Seigneur les conduisant dans de « verts pâturages ».[251]
Jean voit d'abord un roi glorieux sur son trône : le Père, l'« Ancien des jours ». Il a l'aspect du jaspe et de la sardoine. Le jaspe, que la revue identifie au diamant, symbolise la gloire de Dieu, lumière de la Nouvelle Jérusalem (Apocalypse 21:11-23). La sardoine, de couleur rouge, symbolise l'amour, qui sous-tend toutes les actions de Dieu. L'arc-en-ciel couleur d'émeraude autour du trône est le signe d'une alliance (Genèse 9:12-17). Le vert évoque la fraîcheur et la vigueur : les plans de Dieu sont comme la nature au printemps, pleins de vie et en développement continu.[252]
Les vingt-quatre anciens
Les vingt-quatre trônes portent vingt-quatre anciens. Étant symboliques, ils ne peuvent être des saints individuels. Ils ne représentent pas non plus l'Église des premiers-nés, qui apparaît sous un autre symbole, et il est peu probable qu'ils représentent des anges. La revue y voit les vingt-quatre prophètes qui, selon son décompte, ont prophétisé sur les choses du royaume de Dieu : leurs témoignages sont personnifiés, élevés et placés sur des trônes. Les deux témoins d'Apocalypse 11:3-12 sont, d'après elle, l'Ancien et le Nouveau Testament ainsi personnifiés, ce qu'elle promet de montrer le moment venu.[253]
Ces vingt-quatre témoins de Dieu, aujourd'hui plus ou moins méprisés et rejetés, seront reconnus véridiques et élevés aux yeux de tous (Luc 10:15). Pour l'instant, seuls les croyants de la revue peuvent les voir ainsi. Leurs vêtements blancs signifient la pureté, leurs couronnes d'or l'autorité divine. L'Église ignore en grande partie leur témoignage faute de le comprendre. Dans le règne à venir, l'Église et le monde devront s'incliner devant leur autorité, car ils auront alors perdu les privilèges promis dans le Nouveau Testament.[254]
Les éclairs, tonnerres et voix qui sortent du trône désignent les grondements de la tempête qui se lève sur l'Église et sur le monde. D'autres voient l'orage approcher, mais sans reconnaître d'où il vient. Les sept lampes de feu devant le trône sont les sept esprits de Dieu, les sept canaux (nombre parfait) par lesquels il va manifester sa puissance. Elles sont l'Église des premiers-nés (Apocalypse 1:4, Apocalypse 1:12, Apocalypse 1:20, Apocalypse 2:1, Apocalypse 3:1, Apocalypse 5:6). Appelés « lumière du monde », ils doivent « resplendir comme le soleil dans le royaume de leur Père » (Matthieu 13:43), et servir d'instruments pour frapper les nations, verser les plaies et répandre la lumière (Psaumes 149).[255]
La « mer de verre » symbolise les masses populaires sans frein et sans religion, bientôt mêlée de feu (Apocalypse 15:2). Pour ceux qui marchent dans la lumière, elle est transparente : ils voient les forces qui la meuvent, ce qu'elle va faire et pourquoi. Le feu est « déjà allumé » et couve dans les cœurs, prêt à éclater en un tourbillon de flammes quand le temps sera venu.[256]
Les chérubins
Les quatre êtres vivants, traduits par « bêtes », sont les chérubins. Ils apparaissent en Genèse 3:24 avec des épées flamboyantes, gardiens du chemin de l'arbre de vie, puis aux deux bouts du propitiatoire de l'arche (Exode 25:18), puis en grand format dans le Lieu très saint du temple (1 Rois 6:23). Ésaïe (Ésaïe 6:2-6) et Ézéchiel (Ézéchiel 1:5-16, Ézéchiel 10:1-21) les voient aussi. Ils sont toujours liés à la présence ou au trône de Dieu, qu'ils portent comme un char, et Jéhovah est dit habiter entre eux ou au-dessus d'eux (Exode 25:22, Nombres 7:89, 1 Samuel 4:4, Psaumes 18:10, Ésaïe 37:16). Ceux qui n'y voient pas des symboles en font une classe supérieure d'anges, sorte de garde du corps du Très-Haut. La revue rejette cette idée : Dieu n'en a pas besoin, car il demeure parmi des adorateurs qui l'admirent.[257]
Les chérubins personnifient, selon la revue, les attributs de Dieu. Quatre seraient fondamentaux : la puissance, la sagesse, la justice et l'amour. Ils contiennent tous les autres : l'indépendance, l'omniscience, la sainteté et la bienveillance en dépendent ou leur ressemblent dans leur perfection absolue. Le trône repose sur eux.[258]
La fermeture du chemin d'Éden par les chérubins fut un acte de puissance et de justice, mais aussi de sagesse et d'amour. « Le sol est maudit à cause de toi » exprime l'amour et la sagesse : l'oisiveté détruit, l'activité développe. La revue cite les Grecs, peuple bien formé dans un pays rude, et Rome, ruinée par l'oisiveté malgré les trésors du monde à ses pieds.[259]
Dans le tabernacle, qui représente les choses telles qu'elles sont pendant l'âge de l'Évangile, deux petits chérubins font partie du propitiatoire. Le tableau est vu du point de vue de l'Église et non de celui de Dieu. Le propitiatoire représente en quelque sorte le Christ. Beaucoup de ceux qui ne voient pas l'amour et la justice de Dieu hors du Christ les croient confondus en lui. Avant la venue de Jésus, même l'amour est caché : seule paraît la justice « sévère ». Avant le sacrifice expiatoire, le propitiatoire est le lieu de la justice, mais l'homme est reconnu coupable et il n'y a pas d'espoir tant que satisfaction n'est pas donnée. La puissance et la sagesse, les deux chérubins, se tiennent aux deux bouts, ailes levées comme prêtes à voler au secours, mais leurs pieds sont retenus par la justice. Ils attendent le sang de l'expiation qui les libérera pour leur œuvre. Ils couvrent aussi le propitiatoire de leur ombre, gardiens de la justice et terreur du malfaiteur si le sang n'est pas présenté.[260]
Dans le temple, qui représente l'Église dans l'âge du Millénium, deux nouveaux chérubins très grands (probablement de près de vingt et un pieds de haut) se tiennent de chaque côté de l'arche, leurs ailes extérieures touchant les murs et leurs ailes intérieures se touchant (2 Chroniques 3:10). Ils représenteraient les deux autres attributs, jusque-là obscurs et désormais glorifiés par la lumière de la nouvelle dispensation (il y avait un chandelier dans le tabernacle, dix dans le temple). La tâche principale du Millénium sera de montrer que l'amour et la justice ne sont ni boiteux ni impuissants : ils tiennent sur leurs propres pieds, indépendants mais en parfaite harmonie, « d'une même mesure et d'une même taille » (1 Rois 6:25).[261]
Ésaïe et Ézéchiel représentent, comme Jean, les saints vivants. Pour eux « les cieux s'ouvrent » (Ézéchiel 1:1, Apocalypse 4:1), ils voient Jéhovah sur son trône (Ésaïe 6:1) et entendent les chérubins crier sans repos « Saint, saint, saint ». Tous les attributs de Dieu sont en parfaite harmonie et chantent sans cesse sa louange, révélant que « toute la terre est pleine de sa gloire » à ceux dont les yeux sont ouverts. Les croyants sont envoyés comme nouveau porte-parole du Seigneur avec un message offensant pour une « maison rebelle », même pour ceux qui se croient « l'Israël de Dieu ». C'est un message de « lamentations, de deuil et de malheur » (Ézéchiel 2:10). Le livre qu'on leur donne à manger est doux comme le miel, mais, digéré, il conduit au renoncement, à la crucifixion, à la mort (Ézéchiel 3, Apocalypse 10). Quand le charbon ardent touche leurs lèvres, ils répondent : « Me voici, envoie-moi ». Le message : « Va, et dis à ce peuple : écoutez bien, mais ne comprenez pas ; voyez bien, mais n'apercevez pas ». À la question « Jusques à quand ? », la réponse est : jusqu'à ce que les villes soient dévastées et sans habitants, les maisons sans personne et le pays entièrement désolé (Ésaïe 6:5-13). À la voix des chérubins, les poteaux du temple s'ébranlent et la maison se remplit de fumée (Ésaïe 6:4, Ézéchiel 10:4, Apocalypse 15:8). La revue renvoie à ce sujet à son article « Les sept dernières plaies » de juin 1883.[262]
En Apocalypse 4:9-11, Jean entend les chérubins rendre « gloire, honneur et actions de grâces » à celui qui siège sur le trône, et les vingt-quatre anciens se prosternent aussitôt : « Tu es digne, notre Seigneur et notre Dieu, de recevoir la gloire, l'honneur et la puissance, car tu as créé toutes choses, et c'est par ta volonté qu'elles existaient et qu'elles ont été créées ». Quand la puissance, la sagesse, la justice et l'amour de Dieu proclament ensemble sa gloire, ses vingt-quatre témoins le louent comme jamais, et les croyants comprennent qu'il a créé toutes choses, bonnes et mauvaises, qu'elles existent par sa permission et serviront finalement son plaisir. L'article est signé W. I. M.[263]
Apocalypse, chapitre 5
Du haut de son point de vue élevé, Jean regarde en arrière et en avant, et on lui montre le déroulement du plan depuis son début. Les événements du chapitre ramènent donc au commencement de la dispensation chrétienne. Quand Ézéchiel et Jean reçoivent le rouleau, il est ouvert (Apocalypse 10:2, Ézéchiel 2:10). À l'époque et du point de vue de cette vision, il ne l'est pas encore. Le livre désigne le plan et le dessein de Dieu écrits dans la loi et les prophètes. Il est parfaitement scellé de sept sceaux jusqu'à ce que le Christ commence à l'ouvrir.[264]
Après sa résurrection, interrogé par ses disciples sur le plan, Jésus répond qu'il ne leur appartient pas de connaître les temps ou les moments que le Père a fixés de son autorité, mais qu'ils recevront de la puissance, celle de comprendre, quand le Saint-Esprit sera venu sur eux (Actes 1:7-8). La vie, l'immortalité et la filiation n'ont été vues que depuis lors (2 Timothée 1:10, Jean 1:12). Un ange puissant crie : « Qui est digne d'ouvrir le livre et d'en rompre les sceaux ? ». La revue pense que cet ange symbolise probablement la Loi, qui depuis Moïse proclamait indignes tous ceux qui cherchaient à vaincre par elle.[265]
Les fidèles pleurent à cause de l'obscurité et du manque de connaissance du plan. Un ancien leur dit : « Ne pleure pas ; voici, le lion de la tribu de Juda, la racine de David, a vaincu pour ouvrir le livre et ses sept sceaux ». Cet ancien est le patriarche Jacob, auteur de la prophétie prononcée sur son lit de mort en bénissant ses fils (Genèse 49:8-12).[266]
Jean voit alors au milieu du trône un Agneau debout, comme immolé : celui que Jean-Baptiste présentait aux Juifs comme « l'Agneau de Dieu qui ôte le péché du monde ». Il reçoit le rouleau de la main droite de celui qui siège sur le trône. Il ne le reçoit qu'après avoir subi la dernière épreuve, enduré « jusqu'à la fin », être ressuscité victorieux avec un corps spirituel et avoir été enlevé dans la gloire : le rouleau est celui que « les anges désirent regarder ». Dix jours après l'ascension, le Saint-Esprit est donné et commence aussitôt à dévoiler la vérité à l'Église.[267]
Jean voit alors les quatre êtres vivants et les vingt-quatre anciens se prosterner ensemble devant l'Agneau, chacun avec une harpe, et chanter un cantique nouveau : « Tu es digne de prendre le livre et d'en ouvrir les sceaux, car tu as été immolé, et tu as racheté pour Dieu par ton sang des hommes de toute tribu, langue, peuple et nation ; tu as fait d'eux un royaume et des prêtres, et ils régneront sur la terre ». Le fait que tous reconnaissent et attestent Jésus est un cantique nouveau et glorieux. La revue y voit une bonne nouvelle pour les appelés d'entre les Gentils, dont beaucoup cherchent péniblement à prouver qu'ils sont Israélites selon la chair.[268]
Jean, devant la vision de la restitution de toutes choses sous la domination de celui qui « sera prêtre sur son trône » (Zacharie 6:13), semble se retourner pour regarder le cours du temps jusqu'à l'accomplissement final du plan du salut. Il entend alors des myriades de messagers présents devant le trône proclamer d'une voix forte la dignité de l'Agneau immolé à recevoir la puissance, les richesses, la sagesse, la force, l'honneur, la gloire et la louange. Cette action de grâces se propage sur le monde, et toute la création, au ciel, sur la terre, sous la terre et sur la mer, reprend le chant à la gloire de celui qui siège sur le trône et de l'Agneau. Les quatre êtres vivants disent « Amen », et les anciens se prosternent pour adorer.[269]
Le but du retour de notre Seigneur
Ce premier discours, tiré d'une série de six prononcés par le rédacteur à Allegheny City en 1878 et publiés à l'époque dans la presse locale, est reproduit à la demande de lecteurs. L'édition des Outlines of Sermons (« Plans de sermons ») est épuisée.[270]
Le discours part d'une question : pourquoi le Seigneur revient-il ? Le fait du retour est admis de tous les chrétiens et constitue l'un des thèmes centraux de l'enseignement des apôtres. Jésus l'a employé pour consoler ses disciples : « Je reviendrai et je vous prendrai avec moi ». Les désaccords portent sur la manière et le but. Six opinions sont passées en revue : quatre font du retour une « venue » de nom seulement, sans présence personnelle, et deux admettent une présence personnelle mais divergent sur son but.[271]
La première opinion identifie la venue du Christ à la mort. Elle est jugée la moins biblique : aucun texte ne la soutient et des centaines la contredisent. L'Église est invitée à aimer l'apparition du Christ, alors que la mort est appelée un ennemi : « Le dernier ennemi qui sera détruit, c'est la mort » (1 Corinthiens 15:26). Il suffit de remplacer « mort » par « second avènement » dans ce passage pour en voir l'absurdité.[272]
La deuxième opinion y voit la puissance manifestée à la Pentecôte. Or Jésus a présenté cette venue comme celle d'un autre, le consolateur, l'Esprit de vérité. L'Esprit représente certes le Christ pendant son absence, selon les promesses de Matthieu 18:20 et de Matthieu 28:20, mais le Christ lui-même devait rester absent personnellement jusqu'à la fin de l'âge.[273]
La troisième opinion place la venue lors de la destruction de Jérusalem, parce que Jésus en parle dans la même conversation. Elle ignore que les disciples posent trois questions distinctes (Matthieu 24:3) auxquelles Jésus répond séparément. Les guerres entre nations (Matthieu 24:7) ne se sont pas accomplies avant la chute de Jérusalem, puisque Rome maintenait alors les nations dans la paix de la servitude. La bonne nouvelle prêchée dans toute la terre habitée ne s'est réalisée que ces dernières années ; l'Amérique et l'Australie étaient probablement inconnues de l'Église primitive. La génération contemporaine de la destruction de Jérusalem n'a pas vu tous les signes. Jean, qui écrit environ vingt-six ans après cet événement, ignore lui aussi que le Christ est déjà venu : au « Je viens bientôt » il répond « Oui, viens, Seigneur Jésus » (Apocalypse 22:20).[274]
La quatrième opinion voit la venue dans la conversion continuelle des pécheurs. Elle contredit la parole de Jésus selon laquelle toutes les tribus de la terre se lamenteront en le voyant venir : les pécheurs ne se lamentent pas quand l'un d'eux se convertit. Ces quatre opinions ont pour défaut commun d'ignorer la venue réellement personnelle du Christ.[275]
Les deux opinions restantes admettent une venue personnelle : celle des prémillénaristes (avant le Millénium) et celle des postmillénaristes (après le Millénium). La plupart des chrétiens dits orthodoxes sont postmillénaristes. Ils croient que le Christ vient progressivement par la croissance de l'Église et le progrès de la science et de la civilisation, puis personnellement pour couronner son Église triomphante, qui aura soumis toute autorité opposée. D'autres, qui n'admettent qu'une venue personnelle, suivent à peu près le même ordre : le monde sera converti par les missions de l'Église, ce qui inaugurera l'âge millénaire, à la fin duquel le Seigneur viendra clore les affaires terrestres, récompenser les croyants et condamner les pécheurs. Ces thèses s'appuient sur des textes bibliques qui, pris isolément, semblent les favoriser.[276]
Le rédacteur défend la position prémillénariste : le Christ vient avant la conversion du monde, l'Église est actuellement mise à l'épreuve, et la récompense promise aux vainqueurs est de partager le règne du Christ. Il cite à l'appui Apocalypse 3:21, Apocalypse 20:4, Matthieu 19:28 et 2 Timothée 2:12.[277]
Deux textes sont invoqués par les « frères postmillénaristes ». Le premier : l'Évangile doit d'abord être prêché dans le monde entier, puis viendra la fin. Les postmillénaristes y lisent la conversion du monde avant la fin de l'âge de l'Évangile. Pour le rédacteur, témoigner au monde ne signifie pas le convertir : le but de ce témoignage est surtout de « prendre du milieu des nations un peuple pour son nom », c'est-à-dire l'Église, qui est unie au Christ à sa venue et reçoit son nom (Apocalypse 3:12). Le second texte : « Assieds-toi à ma droite, jusqu'à ce que je fasse de tes ennemis ton marchepied ». On y voit d'ordinaire un trône matériel sur lequel le Christ siégerait au ciel. Or le trône de Dieu désigne son autorité suprême, puisque « le ciel est mon trône et la terre mon marchepied ». Si le Christ siégeait sur un trône matériel jusqu'à la soumission de ses ennemis, il ne pourrait revenir qu'une fois le règne millénaire pleinement établi. S'il s'agit au contraire d'une élévation au pouvoir, elle n'empêche pas sa venue ni la soumission de toutes choses.[278]
La « droite » désigne la première place, la position d'honneur. Jésus dit à Pilate : « Désormais vous verrez le Fils de l'homme assis à la droite de la puissance et venant sur les nuées du ciel » (Marc 14:62). Il sera à la droite en venant et y restera pour toujours.[279]
Ces deux dernières opinions exigent un examen approfondi, car des arguments solides existent des deux côtés, bien qu'elles ne puissent être vraies ensemble. Le rédacteur propose donc de considérer le plan de Dieu pour sauver le monde, afin d'y situer le premier et le second avènement. Dieu a un plan : celui qui blâme l'homme bâtissant une tour sans avoir calculé la dépense ne peuplerait pas un univers sans plan mûri. « Connues de Dieu sont toutes ses voies depuis le commencement », et « tous ses desseins s'accompliront ». Ce plan est révélé dans la Parole de Dieu, qu'il faut sonder en comparant l'Écriture avec l'Écriture. Beaucoup demandent « que dit mon Église ? » au lieu de « que disent les Écritures ? », et l'on étudie trop de théologie et pas assez la Bible.[280]
Les Écritures divisent l'histoire humaine en trois grandes périodes successives : « le monde d'alors », qui s'achève avec le déluge ; « le présent monde mauvais », qui commence au déluge et finit au second avènement du Christ ; « le monde à venir », qui commence à ce retour et n'a pas de fin. Cette division n'est pas une invention : elle est biblique, et la reconnaître permet de « bien distribuer la parole de vérité ». Pierre mentionne les trois (2 Pierre 3:6-7, 2 Pierre 3:12), Paul parle du présent monde mauvais et du monde à venir, et Jésus appelle le diable « prince de ce monde » (Jean 14:30).[281]
Le Christ possède tout pouvoir au ciel et sur la terre, mais il ne s'en est pas servi jusqu'ici, laissant le mal régner et le diable être prince de ce monde. Le moment est promis où il prendra sa grande puissance et régnera, et où l'Église aura « pouvoir sur les nations » au lieu d'être, comme aujourd'hui, soumise aux autorités supérieures. Ce moment est celui où l'Église, « son corps », sera complète, et il coïncide avec la « septième trompette » (Apocalypse 11:15), quand le mystère de Dieu s'achève et que les royaumes du monde deviennent ceux du Seigneur et de son oint. Ce transfert d'autorité de Satan au Christ ne résulte pas de la conversion des nations : au verset 18, « les nations se sont irritées, et ta colère est venue ». Des nations converties ne seraient pas hostiles et ne subiraient pas la colère de Dieu. D'autres textes annoncent un grand temps de détresse sur les nations, par lequel Dieu fait cesser les guerres (Psaumes 46:8-10). Ce châtiment vise leur bien : « quand tes jugements s'exercent sur la terre, les habitants du monde apprennent la justice » (Ésaïe 26:9). La conversion du monde viendra dans la nouvelle dispensation, Satan étant lié, et non maintenant : David dit que lorsque le royaume sera au Seigneur, toutes les extrémités de la terre se souviendront et se tourneront vers lui (Psaumes 22:27-28).[282]
« Le présent monde mauvais » comprend trois âges. L'âge patriarcal va du déluge à la mort de Jacob. L'âge juif va de la mort de Jacob à la mort du Christ, quand il abandonne Israël : « Votre maison vous sera laissée déserte » (Matthieu 23:38). L'âge de l'Évangile va du baptême et de l'onction du Christ jusqu'à l'achèvement de « l'Église des premiers-nés » et à sa venue, au son de la septième trompette, avec la résurrection et la récompense des saints et des prophètes (Apocalypse 11:18). Le nombre d'âges du « monde à venir » est inconnu, mais il y en a plus d'un, puisque Paul parle des « siècles à venir » (Éphésiens 2:7). Seul le premier est traité dans l'Écriture : l'âge millénaire, où les saints vivront et régneront avec le Christ mille ans (Apocalypse 20:4).[283]
Selon la Parole, Dieu ne cherche pas à convertir le monde, ni à présent ni dans les âges passés : il prend un peuple, l'Église, pour son nom. Les calvinistes, parmi lesquels les baptistes et les presbytériens, croient la même chose en disant que Dieu élit son Église hors du monde. Si « tous ses desseins s'accompliront » et si sa parole prospère dans ce pour quoi elle est envoyée, Dieu n'a pas voulu la conversion du monde pendant six mille ans, sinon elle serait accomplie. L'élection et la grâce gratuite divisent les Églises depuis des siècles. Le rédacteur estime que l'Écriture enseigne les deux, mais qu'il faut observer l'ordre, « première loi du ciel », pour distribuer correctement la Parole.[284]
Avant le déluge, l'Écriture ne mentionne aucune loi donnée aux hommes et très peu de lumière. Une promesse brille : « la semence de la femme écrasera la tête du serpent », qu'une révélation ultérieure devait rendre compréhensible. Quelques patriarches fidèles avaient plus de lumière que la masse. À l'âge patriarcal, la lumière augmente : la semence doit aussi « bénir toutes les familles de la terre ». L'Église de Dieu n'est encore représentée que par un seul homme à la fois : Noé, Abraham, Isaac. Ces patriarches sont élus : Dieu appelle Abraham, dont les parents étaient idolâtres, et choisit un seul de ses fils : « en Isaac sera nommée pour toi une descendance ». Des deux fils d'Isaac, un seul est choisi : « J'ai aimé Jacob et j'ai haï Ésaü » (Romains 9:11-13), c'est-à-dire aimé moins. Dieu choisit avant leur naissance, « afin que le dessein de Dieu selon l'élection subsiste ». Le rédacteur précise qu'il ne dit pas que Dieu a élu l'un pour le ciel et l'autre pour l'enfer, et renvoie à une occasion future le sort d'Ésaü et des non-élus.[285]
À la mort de Jacob, une nouvelle étape du plan s'ouvre avec la formation d'Israël typique ou charnel. Ce n'est plus un seul homme qui représente Dieu dans le monde, mais une nation, les fils de Jacob et leur postérité. Cette nation élue reçoit toutes les bénédictions spéciales, tandis que l'Égypte, la Chaldée et d'autres nations plus grandes sont laissées sans lumière ni connaissance. Les Juifs ont un avantage « à tous égards », surtout parce que les oracles de Dieu leur ont été confiés (Romains 3:2), et Dieu leur dit : « Vous seuls, je vous ai connus parmi toutes les familles de la terre » (Amos 3:2). Ce peuple seul est reconnu jusqu'à la venue du Christ, puis jusqu'à son abandon pour manque de foi. Jésus, pendant son ministère, ne prêche qu'à eux et défend à ses disciples d'aller vers d'autres : « N'allez pas vers les nations, et n'entrez pas dans une ville des Samaritains », car « je n'ai été envoyé qu'aux brebis perdues de la maison d'Israël ». Tout son temps leur est consacré jusqu'à sa mort, qui est son premier et plus grand don, offert à tous, car Jésus « a goûté la mort pour tout homme » (Hébreux 2:9).[286]
À l'âge de l'Évangile subsiste aussi une sorte d'élection : certaines régions du monde sont plus favorisées que d'autres par l'Évangile, pourtant libre pour tous ceux qui l'entendent. Quand cette compagnie appelée à être « fils de Dieu », « héritiers de Dieu et cohéritiers de Jésus-Christ » (le « haut appel ») sera complète, le plan de Dieu pour le salut du monde ne fera que commencer. La Semence qui écrase la tête du serpent et bénit toutes les familles de la terre n'est pas Jésus seul, la tête, mais aussi l'Église, son corps : « si vous êtes à Christ, vous êtes donc la semence d'Abraham, héritiers selon la promesse » (Galates 3:29). La même compagnie doit écraser Satan (Romains 16:20).[287]
L'âge de l'Évangile prépare la vierge chaste, l'Église, pour l'époux qui vient. À son arrivée, ceux qui sont prêts lui sont unis : le second Adam et la seconde Ève deviennent un, et l'œuvre d'élévation de l'humanité commence. Le fleuve d'eau vivante coulera de la Nouvelle Jérusalem, symbole de l'Église glorifiée (Apocalypse 22:1-3), et la conversion du monde sera alors due. L'Église, « vierge fiancée », sera « l'épouse, la femme de l'Agneau » et partagera avec son Seigneur le gouvernement, l'enseignement et le relèvement de l'humanité hors de la malédiction. L'Esprit et l'épouse diront : « Viens ! », et quiconque le veut prendra gratuitement de l'eau de la vie (Apocalypse 22:17). Ce qui est maintenant un « puits d'eau en vous » deviendra un fleuve abondant. Le but du retour du Seigneur est ainsi d'élever et de glorifier son épouse, l'Église élue, et de « bénir par elle toutes les familles de la terre ».[288]
Christianisme contre « Églisianisme »
Cet article est signé A. A. Phelps. Selon lui, Satan a renoncé à écraser l'Église par une hostilité ouverte et cherche maintenant à la détruire en la vidant de sa vitalité et de tout élément surnaturel. Il se transforme en ange de lumière et se fait passer pour l'ami de l'Église. Il y infuse son venin et sa philosophie plausible jusqu'à ce que la perception morale s'obscurcisse, que la conscience se fausse et que la politique dirige presque toute la machine ecclésiastique. Une religion populaire, qui ne coûte rien et ne vaut rien, est facilement acceptée, tandis que l'ancienne religion de la croix est écartée. Il y a ainsi assez de religion et d'« Églisianisme » (en anglais « Churchianity »), mais une grande famine de vrai christianisme. Beaucoup de gens répondent avec assurance, quand on les interroge sur leur état spirituel, qu'ils sont membres de telle Église. Ils tiennent l'Église pour une arche de salut où toute inquiétude cesse une fois entré.[289]
L'auteur distingue l'Église réelle de l'Église nominale. La première réunit tous les vrais chrétiens et ses limites sont invisibles, car nul ne peut dire où tracer la ligne. La seconde est composée de ceux qui portent le nom de chrétien et pratiquent les ordonnances de la maison de Dieu. On l'appelle Église visible, parce que ses limites sont connues, et ce terme peut désigner une seule société locale d'une confession ou l'ensemble des sociétés de toutes les confessions. L'article l'emploie pour l'Église extérieure ou visible.[290]
Un premier point affirme que le Christ et l'Église ne sont pas identiques. Il peut y avoir dix mille Églises, mais il n'y a qu'un Christ, et toutes ces Églises ne peuvent remplacer l'unique Sauveur suffisant. Un homme peut être sauvé sans l'Église, mais non sans le Christ. On peut être dans l'Église sans être sauvé, mais non dans le Christ sans salut. Des pécheurs deviennent membres de l'Église, alors que seuls les saints sont membres du Christ. Quelqu'un peut vivre des années dans l'Église avec son vieux cœur charnel et égoïste, mais « si quelqu'un est en Christ, il est une nouvelle créature ». Les exigences de l'Église sont souvent fausses et ruineuses, celles du Christ toujours raisonnables et justes. L'Église peut devenir un cloaque, divisée, empêtrée dans le mysticisme et l'erreur, et changer de nom et de nature, alors que le Christ est la pureté parfaite, n'est pas divisé, incarne la lumière et la vérité, et est « le même hier, aujourd'hui et pour toujours ». L'Église peut servir de béquille pour marcher, mais elle est un bien piètre Christ en qui placer sa confiance pour le salut et la vie éternelle.[291]
Le deuxième point affirme que le culte chrétien et le culte de l'Église ne sont pas identiques. De vastes multitudes s'accrochent à une institution ecclésiastique comme un noyé à une bouée. Elles s'inclinent servilement devant les ordres des prêtres et des autorités, croyant que cette servilité aveugle sera tenue pour un service agréable au Christ. La simplicité de l'Évangile se perd dans les formes imposantes et les brillants accessoires de l'Église moderne : édifices magnifiques, musique splendide, prières adressées à la congrégation, sermons plaisants qui laissent les pécheurs égarés dormir. La rivalité entre Églises est jugée réussie si le succès consiste en temples fastueux, hauts clochers, cloches sonores, orgues tonitruants, toilettes ostentatoires, chant théâtral, prière sans objet, prédication fleurie, écoute distraite et pratiques contraires à la Bible.[292]
Une grande partie du culte se fait par procuration : des religieux paresseux abandonnent à d'autres leurs droits sacrés, tiennent pour acquis que le prédicateur est sur la bonne voie et avalent tout ce qu'on leur sert de la chaire sans chercher par eux-mêmes les trésors cachés de la vérité. Les idées religieuses passent ainsi de génération en génération, jusqu'à ce que la tradition influence les convictions plus fortement que la Bible. Il y a une foi à la mode comme une mode vestimentaire. Adopter un cercle figé de doctrines donne droit au titre d'« orthodoxe », mais celui qui s'écarte du chemin battu est dénoncé comme hérétique égaré. Peu ont le courage moral de mettre en cause les décisions de l'Église, encore moins de rejeter ce qu'elle a étiqueté « orthodoxe ». Le verdict de quelques grandes confessions est devenu une tyrannie menaçante, et la multitude n'ose penser à remonter le courant. Elle se prosterne donc devant cette idole pieuse en apparence, l'Église. Toute idolâtrie étant une abomination pour Dieu, on n'a pas plus le droit d'adorer une Église que le veau d'or. On dérobe au Seigneur son honneur et l'on se prive du plus grand bonheur du christianisme en regardant trop l'Église et trop peu Jésus. La perception, les prières, la foi et l'adoration doivent dépasser les limites de l'Église visible et s'élever jusqu'au trône éternel : « Adore Dieu ! ».[293]
Le troisième point affirme que la communion chrétienne et la communion de l'Église ne sont pas identiques. Les disciples du Christ sont appelés à « s'aimer d'un cœur pur, avec ardeur », ce qui est l'une des marques bibliques du disciple : « nous savons que nous sommes passés de la mort à la vie, parce que nous aimons les frères ». Tous les chrétiens forment une seule famille, liée par l'amour autour de la croix commune. Mais l'amour est une plante délicate qui demande des soins ; de là les nombreuses exhortations de l'Écriture à s'entre-considérer, à être pleins d'affection fraternelle, à estimer les autres supérieurs à soi-même, à porter les fardeaux les uns des autres, à pardonner, à laisser durer l'amour fraternel et à s'efforcer de conserver l'unité de l'Esprit par le lien de la paix. Ces recommandations signalent le danger des sentiments éloignés et des affections empoisonnées, et l'importance d'un effort particulier pour promouvoir l'unité et l'amour chrétiens.[294]
Colonne des questions
Un lecteur approuve les remarques du numéro précédent sur les leçons dominicales interconfessionnelles et demande s'il serait possible de publier une feuille de leçons destinée aux enfants, qui présenterait correctement l'enseignement biblique. La réponse juge les écoles du dimanche et toutes les écoles bonnes et utiles dans la mesure où elles enseignent quelque chose de valable. Les enfants doivent recevoir une instruction morale, les premiers principes de l'Évangile et tout ce qu'ils peuvent comprendre du caractère de Dieu et de l'accord entre ses deux révélations, le livre de la nature et le livre de la révélation. Ils seront ainsi préparés à une vie utile et honnête, loyale envers leur Créateur et Rédempteur.[295]
Ceux qui se préparent au « haut appel » ne peuvent toutefois pas se détourner de l'œuvre propre à cet âge : préparer « l'épouse, la femme de l'Agneau ». L'épouse doit se rendre prête, et au moment où l'on met les dernières touches à sa parure avant les noces, le service de chaque membre est jugé nécessaire. Bientôt, la position élevée de pouvoir céleste aux côtés du Seigneur permettra d'aider tous les hommes ; l'œuvre à laquelle les saints se préparent est la restauration et la bénédiction de toutes les familles de la terre. Aux saints qui savent enseigner et qui voient clairement la vérité, la réponse conseille de « jeter le filet de l'autre côté du bateau », de devenir pêcheurs d'hommes et de femmes plutôt que d'enfants, et de ne pêcher qu'une seule catégorie : les consacrés en Jésus-Christ. Ils doivent faire pour eux ce que firent Aquilas et Priscille pour Apollos, en leur montrant « plus exactement la voie de Dieu » (Actes 18:26). C'est la onzième heure, et l'on ne peut plus attendre de fruit de jeunes plants pour cette vendange. En revanche, on peut aider les vieux sarments chargés de fruits en arrachant les feuilles sèches pour laisser entrer le soleil de la grâce et de la vérité, qui mûrira les fruits.[296]
Une deuxième question vient d'un parent : peut-on remettre tout souci à Jésus sans s'inquiéter de l'avenir d'enfants adultes qui, membres de l'Église nominale et exempts de péchés graves, aiment beaucoup le monde et n'ont aucun goût pour les choses spirituelles ? La réponse affirme qu'une juste compréhension du caractère et des plans du Seigneur ne conduit pas à négliger les occasions de toucher « celui qui a des oreilles pour entendre », mais exclut toute inquiétude. Ces fils et filles, comme des milliers d'autres, ne sont probablement pas de « nouvelles créatures » en Christ. Ils ne seraient donc pas héritiers des réalités spirituelles et célestes, et Dieu ne leur révèle pas ce qu'ils ne peuvent obtenir. Selon 1 Corinthiens 2:9-10, ces choses sont préparées pour ceux qui aiment Dieu, c'est-à-dire les « nouvelles créatures » consacrées, à qui l'Esprit les révèle.[297]
Étant « de la terre, terrestres », ces enfants seront bénis en leur temps par la restauration à la perfection terrestre, parce qu'ils sont rachetés par le sang précieux. À la résurrection, ils retrouveront pleinement l'image du premier homme, « très bon ». Ceux qui ont changé de nature par la consécration ne seront plus des hommes mais des « nouvelles créatures », des êtres spirituels, qui porteront l'image du chef de la maison céleste. La réponse cite à ce propos le parallèle entre l'Adam terrestre et Jésus, le céleste.[298]
La réponse attribue la difficulté à une erreur de l'Église sur la mission actuelle de l'Évangile, qui est de témoigner au monde et de former un petit troupeau. L'Église a cru devoir convertir le monde dès maintenant et a presque négligé le travail en profondeur auprès du « petit troupeau ». Cette conversion étant lente, elle a abaissé son niveau d'exigence pour ne pas paraître stagner. Beaucoup ont ainsi été déclarés chrétiens et invités à adhérer à l'Église sans jamais avoir été convertis ni rien savoir de la consécration totale. Ces personnes ne sont pas de nouvelles créatures et ne peuvent donc pas adhérer aux règles de sacrifice de soi fixées pour le petit troupeau. Elles formeraient probablement les trois quarts des membres de l'Église nominale, ce qui explique que la spiritualité y soit si peu estimée. Le parent est invité à se réjouir, à donner à ses enfants une base morale par ses paroles et sa conduite, et à penser aux bénédictions qui viendront sur eux et sur l'humanité quand le royaume sera au Seigneur.[299]
Un troisième lecteur demande ce qu'il faut penser des phénomènes physiques actuels, comme les cyclones et les taches solaires, alors que les changements politiques et religieux sont déjà compris comme l'accomplissement des prophéties sur l'ébranlement des cieux et les tremblements de terre. La réponse affirme que de grandes révolutions physiques, aussi bien que politiques et religieuses, sont en cours. Leur nature précise n'est pas clairement perçue, mais elles sont censées apporter une bénédiction à la terre, même si le changement s'accompagne de détresse. Pour faire de la terre un paradis semblable à l'Éden, de grands changements de climat paraissent nécessaires. Le déluge en a produit de semblables, qui ont raccourci la durée de la vie humaine, de 500 à 1 000 ans auparavant (Genèse 6:3 ; Genèse 9:29 ; Genèse 11:32). Avant le déluge, la terre était arrosée par une brume et non par la pluie (Genèse 2:5-6).[300]
Ces changements ayant eu lieu à la fin du premier monde, la réponse juge normal d'en attendre d'autres à la fin du « présent monde mauvais », au seuil du « monde à venir » où la justice habite. Ils ne seront pas soudains : les changements physiques et les changements supérieurs sont censés évoluer parallèlement. Les quarante ans de 1874 à 1914 étant désignés par la prophétie comme le temps du changement d'administration de la terre, il paraît raisonnable d'y situer aussi les changements physiques. Tous ne seront pas achevés en 1914, mais les nouveaux arrangements seront alors solidement établis, et ils s'amélioreront jusqu'à la perfection absolue, atteinte en même temps que celle de l'humanité par la restitution. Les convulsions, les tempêtes et les vagues furieuses annoncent ainsi la meilleure condition à venir, comme les bouleversements sociaux annoncent un temps plus heureux pour la création qui gémit et sera délivrée « dans la liberté des fils de Dieu » (Romains 8:21).[301]
Les cyclones sont des désordres de l'air, c'est-à-dire des « cieux », qui exercent une influence néfaste sur la terre. Ils illustrent l'origine d'une grande part des troubles du monde, qui viendront de désordres dans les cieux symboliques, c'est-à-dire l'Église nominale. La réponse renvoie à Jérémie 25:29-36, où la détresse principale atteint les nations (les gouvernements), les bergers et les chefs du troupeau.[302]
Une dernière question demande pourquoi le serpent d'airain a servi de type du Christ. La réponse y voit d'abord un moyen d'enseigner et de développer la foi. Elle précise ensuite que le serpent représente le péché et le mal, et l'airain (le cuivre) la nature humaine. Ce type convient à Jésus, parce que, comme homme, il a été « fait péché » pour nous, c'est-à-dire compté et traité comme la personnification de tout le mal et de tout le péché de la race, en tant que représentant ou substitut, lui qui n'avait pas connu le péché.[303]
Voir aussi
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Illustrations du numéro
Références
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