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La Tour de Garde de Décembre 1883

De Tj-encyclopédie
La Tour de Garde de Décembre 1883
Revue La Tour de Garde
Date 1883
Auteur(s) Charles Taze Russell, R. Wakefield, William I. Mann, John C. Sunderlin, R. Hill, E. H. Day
Année 1883
Langue Anglais
Pays États-Unis
Éditeur Zion's Watch Tower

Les critiques adressées aux Églises établies doivent-elles faire douter de leur succès, de leurs œuvres de charité et de leurs missions ? Une lettre de lecteur soulève la question, et le numéro y répond. Il s'en prend aux enseignements des Églises, et non aux croyants qui en font partie. Le même parti pris court dans les pages suivantes. L'« Église nominale » y est décrite comme une Église grisée par l'esprit du monde, qui va vers sa chute. Seul un « reste » fidèle doit en sortir.

À côté de ces attaques, le numéro défend la Bible. Il soutient que l'Église catholique n'a pas pu falsifier le Nouveau Testament, puisque le texte contredit ses dogmes. Il fixe aussi la naissance de Jésus en l'an 1 avant notre ère, vers le début d'octobre, contre la date habituelle de 4 avant notre ère et contre la fête du 25 décembre. Un prédicateur anglais, parlant devant des médecins, défend la création de l'homme contre l'évolution.

Le reste du numéro s'adresse aux fidèles. Il les met en garde contre les soucis de la vie, qui les détournent de l'étude de la Bible au moment où la présence du Christ est attendue. Il précise qui peut commettre le péché sans pardon. Il présente le jour du jugement comme une période de mille ans pendant laquelle le monde sera jugé, après que l'Église aura été jugée dans l'âge présent. Un texte repris d'une autre revue rapporte les violences contre les Juifs en Russie et en Hongrie. Il y voit la main de Dieu, qui prépare leur retour sur leur terre.

Analyse

Croyances

La Bible seule, contre les traditions des Églises

Une idée circulait chez des protestants : l'Église catholique aurait falsifié le Nouveau Testament. R. Wakefield la rejette. Il admet que certains passages sont faux, mais il les attribue à des notes passées de la marge dans le texte au fil des copies.[1] Le passage des trois témoins « dans le ciel » (1 Jean 5:7) change ainsi d'origine. En avril 1881, la revue y voyait un ajout fait par la papauté au Xe siècle.[2] En juillet 1882, elle s'appuyait sur son absence des manuscrits antérieurs au Ve siècle.[3] Wakefield retient la négligence des copistes plutôt qu'un projet de Rome. Le passage manquait bien dans les manuscrits grecs. Érasme ne l'imprima pas dans ses deux premières éditions du Nouveau Testament grec. Il l'ajouta en 1522 d'après un manuscrit unique, qu'il soupçonnait d'avoir été fabriqué pour lui répondre.[4] Il manque aussi dans les anciennes versions syriaque, arménienne, éthiopienne et arabe.[5]

Le raisonnement de Wakefield retourne les manuscrits contre Rome. Si des faussaires avaient travaillé pour l'Église, ils auraient fait disparaître les « frères » de Jésus et la phrase « mon Père est plus grand que moi ».[6] L'argument des frères et sœurs du Seigneur est ancien. Avant 383, Helvidius s'en servait déjà contre la virginité perpétuelle de Marie. Jérôme lui répondit qu'il s'agissait de cousins de Jésus.[7] Épiphane de Salamine en faisait des enfants nés d'un premier mariage de Joseph.[8] Wakefield prend le parti d'Helvidius sans le nommer. Le même raisonnement sert contre la Trinité : les versets qui placent le Fils au-dessous du Père prouvent, selon lui, que personne n'a retouché le texte.[9] Ce refus de la Trinité a une filiation. Blandre montre que l'unitarisme est entré chez les Étudiants de la Bible par la suite Priestley, Grew et Storrs.[10] George Storrs plaçait déjà le Fils au-dessous du Père, sans être trinitaire.[11]

Le refus des traditions s'accompagne d'une confiance totale dans le texte biblique. « Allez à la source » oppose l'eau du puits à celle des commentaires et des sermons.[12] L'auteur de « Quand Jésus est-il né ? » tient la Bible pour la seule chronologie sûre. Il interdit de se servir des dates de l'histoire profane pour attaquer les Écritures.[13] Schulz et de Vienne décrivent cette lecture : la Bible est inspirée, elle ne se trompe pas, et on l'explique en comparant un passage à un autre.[14] Penton note que Russell reprochait au clergé de se laisser gagner par la critique biblique.[15]

La vie de Jésus datée par la Bible, et le refus des explications naturelles

Les dates proposées sont les suivantes : naissance en 1 av. J.-C., baptême en 29, mort à la Pâque de 33.[16] L'article est signé W. I. M., c'est-à-dire William I. Mann, l'un des premiers collaborateurs de la revue.[17] Sa méthode reprend celle de Nelson Barbour. Barbour refusait déjà la naissance vers 5 av. J.-C. retenue par les historiens. Il partait de la mort d'Auguste en l'an 14 et de la quinzième année de Tibère, soit l'an 29, et donnait à Jésus trente ans au début de la prédication de Jean, selon Luc.[18] Ces dates ne sont pas neutres : elles fixent le point de départ des calculs qui menaient Barbour à 1874.[19] D'autres adventistes comptaient autrement. Selon Crompton, ils plaçaient le début du ministère de Jésus en 27 et sa mort en 31.[20] Le « milieu de la semaine » de Daniel 9:27 sert ici à dater la mort du Christ et à placer son baptême le jour même de son anniversaire.[21] En juillet-août 1881, la même soixante-dixième semaine servait de modèle aux sept années de faveur de 1874 à 1881.[22]

L'argument de l'éclipse de Josèphe était déjà débattu par les savants. La plupart retiennent l'éclipse du 12-13 mars 4 av. J.-C., environ un mois avant la Pâque. D'autres préfèrent celle du 9-10 janvier 1 av. J.-C. : une éclipse partielle aurait peu frappé les esprits, et un mois ne suffit pas pour les événements que Josèphe place avant la Pâque.[23] W. I. M. avance le même argument de l'éclipse partielle contre les éclipses totales.[24]

L'étoile des mages reçoit le même traitement que la date. L'« astronome célèbre » qui l'a rapprochée de la conjonction de 1603 est Kepler. Il avait calculé qu'une conjonction semblable de Jupiter et de Saturne s'était produite en 7 av. J.-C.[25] On objecte à cette explication qu'une conjonction dure quelques jours, alors que l'étoile guide les mages pendant des semaines.[26] L'objection de W. I. M. va dans le même sens : une planète ne peut pas conduire les mages de Jérusalem à Bethléem ni s'arrêter au-dessus de l'enfant. Il en conclut que l'étoile est un miracle.[27] Wakefield raisonne de la même façon pour la conception de Jésus. Celui qui a fait les lois de la nature peut agir autrement qu'elles, comme pour Sara, Anne ou Élisabeth.[28]

La note de la rédaction sur le 25 décembre s'appuie sur les bergers aux champs de Luc 2:8.[29] Adam Clarke tirait déjà la même conclusion. Selon lui, les Juifs sortaient leurs troupeaux vers la Pâque et les rentraient aux premières pluies d'octobre ou de novembre : il fallait donc abandonner la naissance en décembre.[30] En décembre 1881, la revue rattachait Noël à une fête païenne célébrée « en mémoire d'une grande déesse ».[31] La note de décembre 1883 est plus prudente : elle dit seulement que « certains pensent » que la date remplace une fête païenne.[32]

La rançon contre le tourment éternel

Le salaire du péché est la mort, et non une souffrance sans fin. De là, la rédaction tire un choix obligé : si la peine était la douleur éternelle, Jésus n'aurait pas pu la payer à la place des hommes.[33] Les deux doctrines ainsi liées viennent de George Storrs. Storrs avait cessé de croire à l'âme immortelle en lisant en 1837 un écrit de Henry Grew.[34] Les articles de Storrs ont aussi orienté l'étude de la rançon par Russell et son groupe d'Allegheny.[35] Pour ce groupe, la rançon était un prix équivalent payé pour tous. Elle fondait l'espoir que tous sortiraient de la tombe.[36]

La pierre sur laquelle trébuchent les deux maisons d'Israël change de nature. En janvier 1881, la chrétienté trébuchait parce qu'elle ne reconnaissait pas la présence invisible du Christ.[37] En décembre 1883, la pierre est le Christ comme Rédempteur, c'est-à-dire la rançon.[38] Ce déplacement suit la querelle avec John Paton et A. D. Jones, qui contestaient la rançon dans leurs journaux depuis 1882.[39] En avril 1883, le refus de la rançon était déjà le rocher sur lequel l'Église nominale se brisait.[40] En décembre, l'Église nominale n'en est pas encore là. Elle s'y dirige, et elle choisira de garder l'enfer plutôt que la rançon.[41]

Le salut reste pourtant fondé sur la foi seule. Wakefield cite la justification par la foi contre le mérite des œuvres enseigné par Rome.[42] Russell reconnaissait avoir reçu cette doctrine de Luther.[43] Les œuvres gardent une place, mais seulement dans la récompense. Les hommes du monde qui ont aidé les pauvres seront récompensés à la résurrection, sans que ces actes les justifient.[44]

Un jugement en deux temps : l'Église maintenant, le monde pendant les mille ans

« Le jour du jugement » est le troisième discours d'une série. Blandre indique que Russell avait prononcé ces six discours en 1877-1878 à Allegheny, devant son groupe et devant des pasteurs invités. La revue les publie de mars 1883 à mars 1884.[45] Schulz et de Vienne pensent que Russell a pu les retoucher avant de les republier.[46] Le jugement du monde pendant le règne de mille ans figurait déjà chez Barbour en 1877, dans Three Worlds.[47] Avant eux, Shimeall, que Russell lisait, faisait durer mille ans le « jour du jugement ».[48]

L'origine ancienne du discours explique une phrase de sa conclusion. La place sur le trône du Christ y « reste ouverte à tous », qui peuvent encore rendre sûrs leur appel et leur élection.[49] En avril 1882, la revue enseignait au contraire qu'aucune invitation au haut appel ne devait plus être lancée depuis le 2 octobre 1881.[50]

Le jugement du monde n'a pas commencé. La plus grande partie des hommes n'a pas encore reçu assez de lumière pour être mise à l'épreuve.[51] Les adversaires de cette idée l'appelaient une « seconde épreuve ». En 1878, A. P. Adams fut dénoncé à ses supérieurs méthodistes pour avoir prêché que la masse des hommes était morte sans avoir passé son épreuve.[52] Le péché qui mène à la seconde mort découle de cette idée. Il suppose une pleine connaissance donnée par l'Esprit. Il est défini comme « une apostasie ouverte et délibérée, le rejet volontaire du seul fondement de l'espérance ».[53] Aucun homme du monde n'a donc pu le commettre.[54] Crompton résume ainsi la pensée de Russell : seuls les membres du petit troupeau ont assez de lumière pour encourir la seconde mort.[55] En janvier 1883, Hébreux 10:29 visait un ancien collaborateur précis, A. D. Jones.[56] En décembre, la règle est énoncée sans nom.[57]

Le même découpage explique la souffrance des fidèles. Satan est le prince de ce monde pendant l'âge présent : les méchants prospèrent et ceux qui veulent vivre pieusement sont persécutés.[58] Les tremblements de terre et les épidémies ne sont donc pas des jugements de Dieu. Jésus l'a dit à propos de la tour de Siloé (Luc 13:1-5), et Dieu « réserve les injustes pour le jour du jugement ».[59]

L'Église nominale rejetée comme l'Église juive

Les pharisiens servent de type à l'« orthodoxie » : une Église prospère, qui donne la dîme et envoie des missionnaires, mais qui cherche sa propre gloire.[60] Ce parallèle entre l'âge juif et l'âge de l'Évangile vient de Barbour. Il s'appuyait sur Ésaïe 40:2 pour donner aux deux âges la même durée.[61] Chryssides note que, dès le début, les Étudiants de la Bible ont appliqué le nom de Babylone à toute la chrétienté, et non au seul catholicisme.[62] La rédaction promet de combattre les erreurs des Églises « jusqu'à ce que le dernier des enfants de Dieu soit libéré de ses enchantements et de sa servitude ».[63]

Le succès des Églises ne prouve rien. « Si le nombre prouve quelque chose dans cet âge où règne le prince des ténèbres, c'est généralement sa faveur ».[64] Le sociologue Ernst Troeltsch oppose l'Église, qui s'accommode du monde, à la secte, où l'on entre par un choix personnel et qui se tient à l'écart de la société.[65] La rédaction prend parti pour le petit groupe : deux ou trois personnes réunies au nom du Christ forment une Église autant qu'une cathédrale pleine.[66] Ceux que ces propos blessent sont soupçonnés d'être proches des Églises dénoncées.[67]

Les missions et les réveils religieux sont jugés de la même façon. Les païens feraient mieux de ne rien entendre avant l'âge à venir que d'apprendre une image fausse de Dieu.[68] Selon Crompton, la plupart des protestants de la fin du XIXe siècle croyaient encore que le monde s'améliorerait peu à peu jusqu'au Millénium.[69] Le rejet de cette attente a aussi une raison pratique. Sunderlin juge que les réveils doivent sans cesse être recommencés, parce que les convertis retombent.[70] Samuel T. Tackabury, ancien pasteur méthodiste, écrivait en février 1883 que les réveils n'existaient plus que de nom et dépendaient de quelques prédicateurs de métier.[71]

La chute de Babylone et le retour des Juifs

Les chapitres 28 et 29 d'Ésaïe sont lus comme une description de l'Église nominale.[72] Les commentateurs protestants de l'époque les lisaient autrement. Pour Albert Barnes, Ésaïe 29 concerne Jérusalem, appelée Ariel parce que c'est la ville de l'autel.[73] Pour Barnes et Adam Clarke, le lit trop court d'Ésaïe 28:20 est un proverbe : tous les moyens de défense seront insuffisants.[74] Ici, le lit désigne les credos des Églises, trop courts pour les chrétiens adultes.[75] À la place d'un clergé « enivré », Dieu choisit des serviteurs méprisés pour dire la vérité.[76]

Les persécutions des Juifs entrent dans ce cadre. En juin 1882, la revue voyait déjà dans les violences russes un signe du retour de la faveur de Dieu envers les Juifs.[77] En décembre 1883, l'auteur ajoute la Hongrie et soupçonne le parti antisémite allemand de financer les émeutes.[78] En Hongrie, l'affaire de Tiszaeszlár venait de se terminer par l'acquittement des Juifs accusés de meurtre rituel. Des violences suivirent, et Győző Istóczy fonda un parti antisémite le 6 octobre 1883.[79] L'auteur rejette aussi l'accusation d'usure portée contre les Juifs.[80] Zoe Knox juge ces vues bienveillantes très rares chez un pasteur chrétien de l'époque.[81] En octobre 1879, la convention de 1878 qui donnait Chypre aux Britanniques était présentée comme une voie ouverte au retour des Juifs.[82] En 1883, plusieurs centaines de réfugiés juifs venus de Russie s'installent effectivement à Orides, près de Paphos.[83] Le retour des Juifs reste lu comme l'œuvre de la Providence, qui les chasse des pays de leur dispersion.[84]

Grandir et veiller

La vérité se donne « précepte sur précepte ». Les croyants doivent passer du lait des premiers principes à la nourriture solide.[85] Ceux qui restent des enfants seront troublés au jour du Seigneur, quand tomberont les doctrines qu'ils croyaient indispensables.[86] Russell disait déjà en mars 1881, à un lecteur pressé, qu'on ne reçoit pas toute la vérité « d'une seule bouchée ».[87] J. C. Sunderlin tire de Luc 21:34-36 une règle pour la vie quotidienne. L'étude de la Parole passe avant les affaires et même avant les bonnes œuvres, parce que l'ennemi occupe les chrétiens pour les empêcher de guetter la « présence » du Fils de l'homme.[88]


Organisation et histoire

Une ligne critique défendue contre un lecteur

La rubrique d'ouverture répond à la lettre d'un lecteur. Ce lecteur cite le succès, l'influence, les œuvres de charité et les missions des Églises établies comme preuves que Dieu les approuve. Il demande à la rédaction de cesser ses attaques contre les enfants de Dieu qui en font partie.[89] La rédaction répond qu'elle vise les erreurs et les institutions, pas les personnes. Elle promet de continuer jusqu'à ce que le dernier enfant de Dieu soit sorti de l'« enchantement » de la « prostituée ».[90] Cette critique avait déjà valu à la revue un blâme public. En octobre 1882, un rapport présenté au congrès annuel de la YMCA jugeait la Zion's Watch Tower « douteuse » à cause de son opposition à l'organisation des Églises. Schulz et de Vienne précisent que Russell n'attaquait pas les assemblées locales, mais les grandes dénominations, qu'il identifiait à « Babylone ».[91] Chryssides souligne que le protestantisme courant réservait le nom de Babylone à l'Église catholique. Les Étudiants de la Bible l'appliquent dès l'origine à toute la chrétienté, que Russell appelle « l'Église nominale ».[92]

La rédaction se mesure aux prédicateurs et aux ouvrages les plus lus de son temps. Le discours sur le jugement attaque un sermon récent de T. De Witt Talmage, au Tabernacle de Brooklyn, qui décrit le jugement dernier comme une scène de vingt-quatre heures.[93] Talmage prêchait chaque dimanche devant environ 6 000 personnes, et jusqu'à 600 journaux publiaient ses sermons.[94] Le lecteur de la revue connaissait donc déjà le texte réfuté. Pour dater la naissance de Jésus, la rédaction discute la Vie du Christ du chanoine Farrar, l'encyclopédie biblique de Fausset, le Dictionnaire biblique de Smith, la Chamber's Cyclopædia et lAppleton's Cyclopædia.[95] Elle reprend la conclusion de Farrar quand elle lui convient. Elle cite lAppleton's pour écarter Josèphe comme trop négligent.[96] Les ouvrages de référence des pasteurs servent ainsi à défendre les conclusions de la revue.

Le refus de voir dans le nombre une preuve de la faveur de Dieu va plus loin. Deux ou trois personnes réunies dans une petite pièce valent une cathédrale. Dans l'âge où règne le « prince des ténèbres », la foule marque plutôt la faveur de ce prince.[97] Les œuvres des Églises tombent sous le même jugement. Hôpitaux, écoles et églises restent la propriété des sectes qui les financent.[98] La rédaction déclare pourtant « honorer l'esprit de sacrifice partout où nous le trouvons », chez les protestants comme chez les catholiques, les musulmans ou les incroyants.[99] L'argument du nombre change ici de sens. En mars 1882, Russell avait cité le New York Herald : selon ce journal, les Églises de l'État de New York ne gagnaient presque aucun nouveau membre.[100] En juin 1883, la rédaction voyait encore dans le faible recrutement des dénominations un signe qui lui donnait raison.[101] En décembre 1883, ce sont au contraire les grands effectifs des Églises qui sont retournés contre elles.

Réveils religieux et sociétés bibliques

L'article de J. C. Sunderlin juge les réveils religieux superficiels. Les démons chassés reviennent, les convertis doivent être convertis de nouveau. Ce travail est fait « en dehors du plan » du Seigneur et devra être refait.[102] Depuis 1873, les campagnes de Dwight L. Moody avaient fait de lui le premier prédicateur de réveil des deux côtés de l'Atlantique.[103] La critique vient d'anciens pasteurs méthodistes, c'est-à-dire de la confession la plus attachée aux réveils. Sunderlin avait été ordonné pasteur méthodiste en 1870, avant de quitter ce ministère.[104] En février 1883, Samuel T. Tackabury, autre ancien pasteur méthodiste, expliquait dans la revue pourquoi il quittait son Église. Il demandait où étaient passés « les merveilleux réveils d'autrefois » et répondait qu'ils n'existaient plus que de nom, ou par le travail de quelques prédicateurs de réveil professionnels.[105]

La diffusion massive de la Bible reçoit un jugement plus nuancé. La rédaction salue la publication de Bibles par millions et la distribution de bénéfices en exemplaires bon marché aux pauvres. Elle regrette que ce zèle porte sur l'impression plus que sur la foi et l'enseignement.[106] Le même milieu louait jusque-là ces sociétés sans réserve. En 1880, le livre de John H. Paton, diffusé par la revue, disait que les sociétés bibliques, de tracts et de missions avaient accompli « une œuvre merveilleuse ».[107] En mars 1883 encore, la revue reproduisait les statistiques de quatre-vingts sociétés bibliques, qui annonçaient plus de 165 millions de Bibles et de portions de la Bible.[108] En décembre 1883, ces chiffres ne suffisent plus : un livre imprimé ne vaut rien sans quelqu'un pour l'enseigner.

Une Église de deux ou trois personnes

L'image de la petite pièce opposée à la cathédrale décrit une Église qui n'a besoin ni de bâtiment, ni de nombre.[109] Schulz et de Vienne notent qu'on sait très peu de choses sur la vie interne des premiers groupes. Ces groupes se rattachaient seulement en suivant le modèle de l'assemblée de Pittsburgh, où Russell et les autres rédacteurs étaient anciens.[110] Tony Wills explique que, pour Russell, on devenait membre de l'Église sans inscrire son nom sur un registre ni fréquenter un culte. Il suffisait d'être reconnu par Dieu.[111]

Sans clergé, chaque lecteur doit étudier lui-même. « Allez à la source » reproche aux foules de se contenter d'un évangile de seconde main, fait de sermons et de commentaires. Les ministres de l'Évangile ne doivent pas être des éponges qui rendent les idées des autres, mais puiser eux-mêmes dans la Bible.[112] Ce reproche touche une partie du lectorat. En septembre 1883, Russell indiquait que la revue partait chaque mois chez environ 800 pasteurs de diverses confessions.[113] Sunderlin fixe l'ordre des priorités : l'étude de la Bible passe avant les affaires, et les bonnes œuvres ne doivent pas la remplacer. En cas de doute, le lecteur pèse tous ses soucis contre le seul « Cherchez premièrement le royaume ».[114] Ernst Troeltsch distingue l'Église, où l'on naît et qui s'accommode du monde, de la secte, où l'on entre par un choix conscient et qui proteste contre le monde.[115] L'étude personnelle de la Bible est ici le moyen de ce choix : le lecteur doit vérifier lui-même ce qui le sépare des Églises.

Diffuser l'enseignement, puis s'arrêter devant le refus

Chaque lecteur doit mettre son influence au service de la vérité, par la parole et par l'exemple. Celui qui ne sait pas l'expliquer peut lire la vérité aux autres ou la leur donner à lire. Le peu d'argent qu'il consacre au Seigneur est accepté.[116] R. Hill demande aussi le témoignage d'une vie sans tache, puisque le chrétien est une « lettre » lue de tous.[117] Mme E. H. Day demande de vouloir activement que tous parviennent à la connaissance de la vérité.[118] En avril 1882, Russell écrivait déjà à un pasteur méthodiste que « tous nos gens sont prédicateurs », femmes comprises, chacun selon ses moyens.[119] Ce service a un ordre de priorité. Il faut faire du bien d'abord aux saints, car ils seront bientôt glorifiés et n'en auront plus besoin. Le bien fait au monde peut attendre l'âge suivant.[120] Wills relève que Russell plaçait le travail sur soi-même au-dessus du service des frères et des missions, intérieures ou étrangères.[121]

L'effort a une limite. Après un temps raisonnable d'efforts patients, il faut cesser de « perdre un temps précieux » avec ceux qui rejettent volontairement les premiers principes et les laisser entre les mains de Dieu.[122] Le discours sur le jugement donne la définition : l'apostasie n'est ni la tiédeur, ni une chute sous une forte tentation, mais le rejet ouvert et volontaire de la rançon.[123] Cette définition vise des personnes précises. Penton rappelle que Russell avait cessé de publier les articles de Paton dès 1881, et qu'A. D. Jones avait nié à son tour la rançon dans son journal Zion's Day Star.[124] En février 1883, la revue avait posé six questions sur la rançon à The World's Hope, le journal de Paton.[125] En mai, elle exigeait de Paton un repentir clair.[126] En juin, elle signalait un troisième journal hostile à la rançon, The Millenarian.[127] Le conseil de décembre ne prévoit aucune procédure d'exclusion. Il demande seulement d'arrêter la discussion.[128] Selon Schulz et de Vienne, Russell pensait qu'on était à peine chrétien sans une juste compréhension de la rançon.[129] Wills précise qu'il comptait dans l'Église tous les consacrés, sauf ceux qui avaient commis le « péché qui mène à la mort ».[130] La frontière du groupe passe donc par une seule doctrine. L'assemblée de George Stetson, que Russell avait fréquentée, déclarait en 1863 que croire ou rejeter ses doctrines ne conditionnait pas l'appartenance : seul comptait le caractère chrétien.[131]

Un cours suivi et des auteurs sous contrôle

Le lecteur doit suivre la revue d'un numéro à l'autre. L'argument sur le nombre renvoie au diagramme publié en octobre.[132] « Le jour du jugement » se présente comme le troisième discours d'une étude sur le retour du Christ.[133] Blandre identifie ces discours : Russell les avait prononcés en 1877 à Allegheny, devant son groupe et devant le clergé local invité, qui n'en crut rien. Il juge probable que leur texte ait été mis à jour avant publication.[134] Un enseignement donné six ans plus tôt devant quelques personnes devient ainsi un cours imprimé pour tous les lecteurs.

Plusieurs auteurs signent le numéro. R. Wakefield écrit de Newark, dans le New Jersey.[135] W. I. M. signe l'étude sur la naissance de Jésus.[136] William I. Mann, d'Allegheny, figurait parmi les collaborateurs réguliers dès le premier numéro.[137] En mars 1880, Mann s'était servi de 1 Jean 5:7 contre la Trinité, en citant Tischendorf et Alford pour montrer que ce verset était faux.[138] Wakefield se sert du même verset dans un autre but : un passage reconnu faux ne prouve pas que les copistes ont voulu corrompre le texte.[139] Sunderlin signe depuis Fort Edward, dans l'État de New York.[140] R. Hill, Mme E. H. Day et un auteur signé « Christian » complètent la liste.[141] Cette dernière signature désigne peut-être l'hebdomadaire londonien The Christian, dont la revue reproduisait déjà des extraits en 1882.[142]

La rédaction garde la main sur ces textes. Une note entre crochets suit l'étude de W. I. M. Elle accepte son calendrier, mais déplace la naissance de Jésus d'environ trois mois.[143] Depuis début 1882, tout article, même celui du rédacteur, devait recevoir l'accord d'au moins deux des personnes les mieux informées des Écritures avant d'être imprimé.[144] Raymond Franz rappelle que la revue restait la publication personnelle de Russell, seul à décider de son contenu.[145] Les signatures de Newark ou de Fort Edward montrent un réseau de lecteurs dispersés. Les notes entre crochets montrent qu'une seule direction tranche.

Les persécutions antijuives de 1881-1883

L'article sur les Juifs persécutés est signé Watch Tower : la rédaction parle en son propre nom.[146] Il rapporte des faits précis. Les émeutes de 1881-1882 en Russie ont détruit plus de vingt-deux millions de livres de biens. L'abolition des baux a ruiné 20 000 agriculteurs juifs. Seize des quatre-vingt-six districts ouverts aux Juifs ont connu violences et expulsions.[147] En Hongrie, des bandes de 100 à 1 000 paysans pillent les villages.[148] Ces violences suivent l'affaire de Tiszaeszlár. Le 1er avril 1882, une jeune fille, Eszter Solymosi, y disparut, et les Juifs du village furent accusés de meurtre rituel. Le procès de Nyíregyháza acquitta les quinze accusés pendant l'été 1883. L'agitation antisémite et les violences s'étendirent alors à de nombreuses régions de Hongrie.[149] Le 6 octobre 1883, Győző Istóczy fondait un Parti antisémite national hongrois.[150]

L'article soupçonne le « parti antisémite allemand » de financer les bandes hongroises, sans nommer personne.[151] En Allemagne, le prédicateur de la cour Adolf Stoecker faisait entrer l'antisémitisme dans la vie politique depuis 1878. Il avait été élu au Reichstag en 1881.[152] La rédaction défend les Juifs contre l'accusation d'usure et de fraude, en invoquant une longue fréquentation de ce peuple.[153] Zoe Knox juge cette sympathie envers les Juifs unique chez un ministre chrétien de l'époque.[154] La rédaction voit pourtant dans ces souffrances la main de Dieu, qui chasse les Juifs des pays où ils sont dispersés pour les ramener chez eux.[155] Crompton note que Russell lisait la persécution des Juifs comme une marque paradoxale de la faveur de Dieu qui leur revient.[156]

Le secours aux réfugiés est présenté comme un devoir chrétien. La rédaction se réjouit de l'installation de familles juives à Chypre, sur une terre obtenue à la demande de lord Shaftesbury.[157] La nouvelle a quelques mois. À Londres, le Syrian Colonisation Fund, dont Shaftesbury était l'un des fondateurs, avait envoyé en août 1882 des réfugiés juifs russes près de Lattaquié, en Syrie. La colonie échoua. En août 1883, le fonds proposa aux colons de partir pour Chypre, et 25 familles sur 42 acceptèrent.[158] Plusieurs centaines de Russes s'installèrent cette année-là à Orides, près de Paphos.[159] La revue suivait Shaftesbury depuis longtemps : en août 1882, elle avait reproduit son discours sur le retour en Palestine des Juifs persécutés en Russie.[160]


Contenu

Vue depuis la Tour

Les flèches de la Tour ne visent ni les enfants du Seigneur, faibles ou forts, ni les personnes : elles visent les erreurs et les « systèmes ». Le combat est dirigé contre les « principautés et les pouvoirs » placés en position d'influence, dont Satan est le chef (Éphésiens 6:12).[161] Cette mise au point répond à la lettre d'un lecteur. Celui-ci invoque le succès, l'influence, les œuvres de charité et les missions des Églises établies comme preuves de la faveur de Dieu, et déconseille toute critique contre les enfants de Dieu qui s'y trouvent.[162] La réponse est que rien n'a été dit contre ces enfants de Dieu, mais contre les erreurs qui les divisent en sectes. La revue promet de continuer jusqu'à ce que le dernier d'entre eux soit libéré de l'« enchantement » et de la servitude de la « prostituée » et retrouve la liberté donnée par le Christ.[163]

Les Églises dites « orthodoxes » sont présentées comme les « filles de la prostituée ». Vues de l'extérieur, elles paraissent belles et prospères ; à l'intérieur, elles manquent du véritable esprit du Christ.[164] Le raisonnement repose sur un parallèle : l'Église juive au premier avènement est le pendant de l'Église de l'Évangile au second avènement. Les scribes et les pharisiens, qui « siègent sur la chaire de Moïse » (Matthieu 23:2), représentent l'« orthodoxie ». L'Église juive était alors à l'apogée de sa prospérité : Temple plus grand que celui de Salomon, dîme sur les moindres produits de la récolte (Matthieu 23:23), aumônes faites devant les hommes, longues prières publiques, missionnaires dans le monde civilisé. Jésus le confirme en disant qu'ils parcourent « la mer et la terre pour faire un prosélyte » (Matthieu 23:15).[165] Si le Seigneur s'était joint aux pharisiens, sa vie aurait été différente : cette voie menait aux honneurs des hommes, non au Calvaire. Leur hypocrisie consistait à prétendre agir pour la gloire de Dieu alors qu'ils cherchaient leur propre honneur.[166]

Le même reproche vise les sectes actuelles : leurs dons, leurs travaux et leurs sacrifices servent leur secte plutôt que l'Église de Dieu. Chacune se sert, se sert elle-même, se glorifie et se fait progresser, ce qui est qualifié d'hypocrisie de la pire espèce.[167] L'esprit de sacrifice est honoré partout, chez les protestants, les catholiques, les musulmans ou les incrédules. Mais les hôpitaux, écoles et églises restent la propriété exclusive des sectes, et la revue se demande si l'on peut parler de charité pour un don que l'on se fait à soi-même.[168] La publication de Bibles par millions, avec distribution des bénéfices en exemplaires bon marché aux plus pauvres, est saluée, tout en regrettant que ce zèle s'applique davantage à imprimer qu'à croire et à enseigner.[169]

La revue se dit proche de l'esprit missionnaire, mais non de l'action missionnaire de l'Église nominale. Elle admire le sacrifice des premiers missionnaires, partis sans garantie de confort ni de salaire, et se réjouirait de coopérer avec des missionnaires qui annonceraient la « bonne nouvelle d'une grande joie pour tout le peuple ». Pour elle, les païens feraient mieux de ne rien entendre dans cet âge et d'attendre l'âge à venir pour connaître Dieu, plutôt que d'être troublés et prévenus contre lui par de fausses présentations de son caractère et de ses plans.[170]

Le nombre ne prouve rien non plus : deux ou trois personnes réunies au nom du Christ dans une petite pièce forment autant une Église qu'une cathédrale de plusieurs milliers de fidèles. Si le nombre prouvait la bénédiction de Dieu, Jésus aurait eu peu de succès comme prédicateur. Dans cet âge où règne le « prince des ténèbres », la foule marque plutôt sa faveur, car l'erreur et ses partisans dominent, comme le montre le diagramme d'octobre.[171] Ceux qui se sentent blessés par ces propos sont soupçonnés d'être proches des Églises dénoncées et de partager leurs péchés. Les sept mille d'Israël qui n'avaient pas fléchi le genou devant Baal, au temps d'Élie, ne s'offensaient pas des paroles du prophète. Désigner les obstacles à la croissance spirituelle, c'est-à-dire les enseignements, théories et influences de l'Église nominale, est présenté comme un devoir du corps du Christ, comme Jésus l'a rempli en dénonçant une Église qui n'entrait pas dans le royaume et empêchait d'y entrer (Matthieu 23:13).[172] La revue demande d'être préservée de toute amertume pour « dire la vérité dans l'amour » (Éphésiens 4:15).[173]

Le texte a-t-il été falsifié ?

Cet article, signé R. Wakefield, de Newark (New Jersey), examine l'authenticité des Écritures du Nouveau Testament. Selon une thèse courante, l'Église catholique, la « mère des prostituées », aurait eu longtemps seule les manuscrits originaux et les aurait corrompus par des interpolations pour donner une apparence divine à ses doctrines. L'auteur reconnaît que certains passages du Nouveau Testament sont douteux et que d'autres, reconnus faux, ont été rejetés, mais il note qu'on ne prouve pas qu'ils aient été introduits dans le but de corrompre le texte. Il retient l'explication la plus plausible à ses yeux : ces passages seraient d'abord apparus comme notes marginales, puis auraient fini par entrer dans le texte au fil des copies, par négligence, ignorance ou malhonnêteté.[174]

Son argument est que les manuscrits contredisent plusieurs dogmes catholiques, ce qu'aucun falsificateur n'aurait toléré. L'Église enseigne que Marie est toujours vierge et que Jésus est son fils unique, alors que le texte parle de son « fils premier-né », de « sa mère et ses frères », et de ses sœurs (Matthieu 1:25 ; Luc 2:7 ; Marc 3:31 ; Marc 6:3).[175]

Il en va de même pour la Trinité. Cette doctrine ne se trouve pas dans le Nouveau Testament, et le passage de 1 Jean 5:7, seul texte qui en ait l'apparence, est déclaré faux. Les prétendus falsificateurs auraient en outre laissé Jésus dire que « le Fils ne peut rien faire de lui-même » (Jean 5:19) et « mon Père est plus grand que moi » (Jean 14:28). Ils auraient laissé un apôtre l'appeler « premier-né de toute la création » (Colossiens 1:15), et le Révélateur « le commencement [ou le chef] de la création de Dieu ».[176] Le purgatoire n'est pas non plus appuyé par 1 Pierre 3:18-19, lu avec bon sens.[177]

Le tourment éternel et l'immortalité de l'âme suivent le même raisonnement. Les manuscrits disent que « la mort est le salaire du péché » et que le châtiment final est une « destruction éternelle » (Matthieu 10:28 ; Romains 6:23 ; 2 Thessaloniciens 1:9). L'immortalité de l'âme n'y est nommée ni en hébreu, ni en grec, ni en anglais ; l'immortalité y est un prix glorieux que seuls les élus de Dieu obtiennent par Jésus (Romains 2:7 ; 1 Jean 5:11-12 ; Jean 10:27-28).[178] Contre la prière aux saints, les manuscrits affirment que Jésus est « le chemin » (Jean 14:6) et le seul médiateur (1 Timothée 2:5). Contre le mérite des œuvres, ils enseignent la justification par la foi (Romains 3:27-28 ; Romains 4:1-8 ; Éphésiens 2:9).[179]

L'auteur conclut que, puisque les falsificateurs supposés n'ont pas corrigé les passages contraires à leurs doctrines, les passages reconnus faux s'expliquent autrement que par un projet délibéré de corruption. Il ajoute que l'enseignement des Écritures contredit les dogmes de Rome comme ceux des sectes protestantes, et qu'il s'accorde avec lui-même du début à la fin.[180] Il prend pour exemple la conception miraculeuse de Jésus, que certains jugent difficile à croire. Il la rapproche de Sara (Genèse 18:9-14), d'Anne (1 Samuel 1:5-27), de la Sunamite (2 Rois 4:14-17) et d'Élisabeth (Luc 1:18-24), où la puissance divine intervient aussi de façon miraculeuse. Celui qui a établi les lois de la nature peut agir autrement qu'elles dans un cas donné.[181]

Converti par un télégramme

Un jeune télégraphiste d'une ville de province, inquiet pour son salut, passe une nuit blanche à penser à son besoin d'un Sauveur. Au travail, il répète la prière du publicain : « Dieu, sois apaisé envers moi, pécheur. » Le signal l'appelle alors à son appareil, et il transcrit un message d'« Herbert », à Windermere, adressé à « J. B. », à Warworth : « Voici l'Agneau de Dieu, qui ôte le péché du monde », suivi d'un verset sur la rédemption par son sang. Le message était destiné à une servante en détresse qui avait écrit à son frère Herbert, mais le jeune homme y voit une réponse directe du ciel à sa prière et trouve la paix dans la foi en l'Agneau de Dieu.[182]

Quand Jésus est-il né ?

La chronologie ancienne est jugée très incertaine. Beaucoup d'événements anciens n'ont pas de date fiable, et les auteurs en donnent des dates très différentes. Six causes sont énumérées : la chronologie était peu utilisée aux époques anciennes ; les auteurs, parfois un même auteur, partaient d'ères différentes ; plusieurs façons de compter le temps coexistaient ; faute d'imprimerie et de documents originaux, on écrivait d'après la tradition et la conjecture ; le premier récit manque souvent et l'on n'a que des témoignages de seconde ou troisième main, contradictoires ; enfin les documents originaux, comme les hiéroglyphes égyptiens ou les briques babyloniennes, ne sont connus que par des traductions maigres et conjecturales.[183] La Bible est tenue pour la seule source fiable en matière de chronologie, mais seulement pour ceux qui y croient. Entre cent et deux cents systèmes chronologiques ont été établis, souvent par des érudits, d'où l'avertissement de ne pas se montrer dogmatique sur les dates reposant sur l'histoire profane, et encore moins de s'en servir pour attaquer les Écritures.[184]

La date de la naissance du Christ est discutée. Au VIe siècle, il fut proposé de compter le temps à partir de cet événement, à moins de 500 ans des apôtres, ce qui devait donner une date assez exacte.[185] Un doute est né au début du XVIIe siècle (le texte écrit « septième siècle »). En décembre 1603, une conjonction de Saturne et de Jupiter a eu lieu, et environ un an plus tard une étoile nouvelle et brillante est apparue pendant plus d'un an avant de disparaître. Un astronome célèbre en a déduit qu'un tel phénomène avant la naissance de Jésus aurait pu attirer des mages croyant à l'astrologie. La revue juge cette hypothèse bâtie sur une série de « si » et sans explication sur la manière dont une telle étoile aurait pu guider les mages de Jérusalem à Bethléem et s'arrêter au-dessus de l'enfant. Une des conjonctions ayant eu lieu en 4 av. J.-C., on en a conclu hâtivement qu'une étoile nouvelle était peut-être apparue à ce moment.[186]

Le chanoine Farrar, dans sa Vie du Christ (Life of Christ), est cité : l'apparition d'étoiles nouvelles n'est pas rare, et la coïncidence avec la conjonction n'est qu'une « curieuse coïncidence ». Elle montre seulement que la conjonction a pu préparer les mages à attendre un grand événement.[187] La revue accepte cette conclusion, mais tient l'étoile pour purement surnaturelle, préparée pour l'occasion et indépendante de la conjonction. Elle aurait pu apparaître la même année ou une douzaine d'années plus tard, et l'astronomie ne permet pas de la dater. Selon elle, aucun savant n'admet que la conjonction ait fait plus que ce que Farrar suggère, sauf peut-être ceux qui nient le surnaturel. L'idée que les seuls mouvements des planètes aient guidé les mages demande, à son avis, plus de foi que le miracle d'une étoile.[188]

Avec la date de 4 av. J.-C., on a ajusté les événements historiques et cherché d'autres arguments, dont une éclipse de lune mentionnée par Josèphe peu avant la mort d'Hérode le Grand, « monstre » qui fit tuer les enfants de Bethléem. Josèphe raconte qu'Hérode avait placé un grand aigle d'or sur la porte du temple ; Matthias et Judas persuadèrent des jeunes gens de l'arracher, et certains furent arrêtés et exécutés. Hérode déposa alors le grand prêtre Matthias, fit brûler vif l'autre Matthias, auteur de la sédition, avec ses compagnons, et « cette nuit-là il y eut une éclipse de lune ».[189] Comme il se produit une à quatre éclipses de lune par an, ce récit ne prouve rien pour la chronologie, faute d'indication de saison, d'heure ou d'ampleur. Josèphe mentionne aussi un jeûne, sans dire lequel ni combien de temps avant.[190] Il n'y eut qu'une éclipse en 4 av. J.-C., partielle (la moitié de la lune), contre trois en 1 av. J.-C., toutes totales et donc plus visibles. Si l'argument de l'éclipse a du poids, il favorise donc 1 av. J.-C. D'autres partisans de la date haute pensent à l'éclipse de l'automne 5 av. J.-C., ou à celles de 3 et 2 av. J.-C.[191]

Les âges qu'indique Josèphe pour Hérode ne sont pas jugés dignes de confiance. Certains suggèrent une mort en 4 av. J.-C., d'autres ne s'y accordent pas. Josèphe dit qu'Hérode est mort à 70 ans et qu'il avait 25 ans lorsqu'il devint gouverneur de Galilée en 47 av. J.-C. (Antiquités 14.9:2), ce qui place sa naissance en 72 av. J.-C. et sa mort en 2 av. J.-C.[192] Fausset, dans sa Bible Cyclopædia, lui donne environ 20 ans à cette date, et la Chamber's Cyclopædia ainsi que le Dictionnaire biblique de Smith 15 ans, ce que la revue juge trop jeune. Ces chiffres placeraient sa mort en l'an 2 de notre ère pour le premier, en l'an 6 pour les deux autres. La revue cite aussi l'Appleton's Cyclopædia, article « Chronologie » : « Josèphe donne aussi des dates, mais il est beaucoup trop négligent pour qu'on en tienne compte ».[193]

La date jugée la plus sûre passe par un détour, en s'appuyant sur un personnage plus important qu'Hérode, simple usurpateur du royaume de Judée, province secondaire de Rome. La mort d'Auguste, empereur de Rome, est établie en l'an 14 de notre ère, et son successeur est Tibère. Luc (chapitre 3) place le début de la prédication de Jean-Baptiste en la quinzième année du règne de Tibère. Jean aurait baptisé environ six mois avant que Jésus le rejoigne au Jourdain, et Jésus avait alors environ 30 ans.[194]

Luc situe le début du ministère de Jean-Baptiste en la quinzième année de Tibère. Selon la loi et la coutume juives, un homme commençait son service à trente ans (Nombres 4:3). Quinze ans ajoutés à l'an 14 donnent l'an 29, au printemps duquel Jean aurait commencé son ministère, dont le début est rapporté en Marc 1:5. Jésus est baptisé à l'automne de la même année et a réuni quelques disciples avant la Pâque suivante (Jean 1:1-51 ; Jean 2:1-25). Il prêche ensuite trois ans, soit trois ans et demi depuis son baptême, et meurt à la Pâque de l'an 33, « au milieu de la semaine » (Daniel 9:27), à environ trente-trois ans et six mois.[195] Les dates marginales des Bibles courantes donnent bien l'an 33 pour la crucifixion, mais placent le baptême deux ans trop tôt et la naissance quatre ans trop tôt. La théorie de l'an 4 av. J.-C. aurait obligé les éditeurs à supposer une prédication de six ou sept ans, hypothèse sans appui et aujourd'hui abandonnée. Les dates des évangiles ne s'accordent pas entre le début et la fin, et cette théorie est donnée comme la cause de la confusion. La naissance est donc placée en 1 av. J.-C., le baptême en l'an 29 et la crucifixion en l'an 33. Le texte est signé W. I. M.[196]

Une note de la rédaction, entre crochets, juge ce calendrier à peu près exact, avec une différence d'environ trois mois entre l'usage courant et la vraie date de la naissance. Le jour de Noël, tenu pour l'anniversaire de Jésus (le 1er janvier marquant sa circoncision huit jours plus tard), tombe en plein hiver et s'accorde mal avec les bergers qui gardent leurs troupeaux (Luc 2:8). Certains pensent que le 25 décembre fut choisi pour remplacer une fête païenne par une fête chrétienne, à l'époque où le christianisme, devenu populaire auprès des empereurs, attirait des milliers de païens.[197]

La rédaction calcule ainsi la date de naissance. Jésus ne pouvait commencer son ministère avant trente ans, et son désir de s'occuper des affaires de son Père l'aurait poussé à commencer dès cet âge ; il aurait donc été baptisé le jour de son anniversaire. La « soixante-dixième semaine » de la prophétie, au milieu de laquelle il devait être retranché, commence à ce baptême et dure sept ans (Daniel 9:27). Sa mort, le 15 du mois juif d'Ab, tombe six mois après son anniversaire, qui se situe vers le 2 octobre, au début de l'année juive, soit environ trois mois plus tôt que le début habituel de l'an 1.[198]

Tableaux prophétiques de notre époque

Les prophètes de l'Ancien Testament offrent des images saisissantes. Les chapitres 28 et 29 d'Ésaïe visent l'Église nominale, décrite sous plusieurs noms (Ariel, Jérusalem, Babylone, Éphraïm, Sion), chacun représentant un trait particulier.[199]

Les ivrognes d'Éphraïm

Le nom d'Éphraïm désigna les dix tribus qui se révoltèrent contre le royaume du Seigneur et instituèrent un autre culte. Le prophète l'emploie (Ésaïe 28:1-8) parce que l'Église nominale de l'Évangile devait, comme Éphraïm, croître en nombre et en influence, puis devenir orgueilleuse et corrompue. Sa gloire, sa beauté et sa fécondité apparentes sont en réalité sa honte, et son orgueil doit connaître une chute.[200] Couronnée d'orgueil et enivrée par l'esprit du monde et ses plaisirs, elle ne se tient pas sur la montagne, en communion avec Dieu, mais se complaît dans la fertilité de la vallée. Le texte cite Jérémie 49:4 et Ésaïe 28:1-4 : la couronne d'orgueil sera foulée aux pieds, et la glorieuse beauté de la vallée fertile sera une fleur fanée, un fruit hâtif qu'on avale dès qu'on le voit.[201]

La gloire de l'Église nominale réside dans le nombre, la richesse et la prospérité mondaine. Elle a voulu paraître grandir et porter du fruit aux yeux du monde plutôt que produire un fruit agréable à Dieu, dont les plans mûrissent lentement, non par des efforts soudains. Impatiente, elle a rejeté ces plans pour adopter les siens. Elle a lancé des œuvres morales et philanthropiques à grande échelle et pris une place éminente parmi les hommes, mais l'esprit du monde a englouti ces œuvres et son fruit, en nombre comme en orgueil.[202] Le verset 7 sert à montrer que le clergé lui-même est enivré : prêtres et prophètes se trompent dans leurs visions et trébuchent dans leurs jugements, incapables de discerner la vérité et butant sur les accomplissements évidents de la Parole. La condition est la même dans toutes les confessions : « toutes les tables sont couvertes de vomissements » (Ésaïe 28:8). Les tables, qui devraient porter le pain de la vérité, sont couvertes de traditions mêlées et d'erreurs abominables.[203]

Le Seigneur a longtemps laissé les intendants infidèles suivre leurs plans, mais il a « un homme puissant et fort », semblable à une tempête de grêle et à un déluge, qui jette à terre la couronne d'orgueil (Ésaïe 28:2-3). Des forces puissantes y travaillent déjà et l'Église nominale est en train d'être abattue. Le « petit troupeau » fidèle est exempté de cette humiliation : il reçoit l'appel « Sortez du milieu d'elle, mon peuple » (Apocalypse 18:4). Pour le « reste » de son peuple, le Seigneur sera, ce jour-là (le jour même de la chute de Babylone), une couronne de gloire et un diadème de beauté (Ésaïe 28:5). Il sera aussi un esprit de jugement pour ceux qui jugent, en donnant discernement à ceux qui distinguent le vrai du faux et soumettent tout à l'épreuve de sa Parole, et une force pour ceux qui combattent l'erreur.[204]

« Qui enseignera-t-il ? »

Si prêtres, prophètes et peuple sont tous enivrés, Isaïe demande : « À qui enseignera-t-il la connaissance ? » Il répond : à ceux qui sont sevrés du lait (Ésaïe 28:9). L'image de l'enfant est appliquée aux saints récemment consacrés, que Paul appelle des enfants en Christ (1 Corinthiens 3:1) et que Pierre invite à désirer le lait pur de la parole (1 Pierre 2:2). Tant que les enfants de Dieu n'ont pas dépassé le stade de l'enfance et assimilé les premiers principes, ils ne peuvent recevoir les enseignements plus profonds.[205] Peu de gens aujourd'hui tirent des premiers principes de quoi grandir, et les paroles de l'Épître aux Hébreux s'appliquent à beaucoup : ils devraient être enseignants et ont encore besoin qu'on leur apprenne les premiers éléments des oracles de Dieu ; la nourriture solide est pour les adultes (Hébreux 5:12-14). Faute de grandir, beaucoup sont si faibles qu'au « jour du Seigneur » ils seront en grande détresse, incapables de comprendre ses actions.[206]

« Précepte sur précepte, ligne sur ligne, un peu ici, un peu là » (Ésaïe 28:10) : Dieu traite ses enfants comme un parent avisé, qui donne d'abord une nourriture légère et peu à peu. La vérité sur chaque sujet est répartie en petits morceaux que l'on rassemble pour en saisir l'ensemble, et les mêmes vérités sont répétées sous des angles différents.[207] Les versets 11 à 13 (traduction de Young) disent que Dieu parlera à ce peuple par des lèvres bégayantes, c'est-à-dire méprisées, et dans une autre langue, mais que le peuple n'a pas voulu entendre et a trébuché en arrière. Malgré la clarté de la Parole, l'Église nominale a mis ses propres théories à la place, les soutenant par un maniement imprudent et souvent trompeur de la Bible, et a refusé d'entendre. Elle est prise au piège de l'adversaire et doit tomber et être brisée.[208]

La chute du grand ensemble religieux doit pourtant délivrer les saints qu'il aveuglait. Le Seigneur suscitera d'autres serviteurs, qui annonceront fidèlement sa vérité sans flatter les oreilles de ceux qui veulent des paroles douces (2 Timothée 4:3 ; Jérémie 6:14) et qui dénonceront l'hypocrisie. Il ne choisira pas les instruments les plus appréciés des hommes : les instruments méprisés seront puissants pour exposer l'erreur et proclamer la vérité.[209]

La pierre contre laquelle butent les deux maisons d'Israël est le Christ comme Rédempteur du monde. La maison juive typique y a trébuché, et la maison de l'Évangile (nominale) s'apprête à faire de même. Nombre de personnes influentes de l'Église nominale déclarent déjà que le Christ n'est pas notre rançon ni notre substitut. Pourtant, selon la Bible, « le salaire du péché, c'est la mort » (non pas une mort éternelle dans la souffrance, mais une privation définitive de vie) et Dieu a envoyé son Fils comme propitiation pour nos péchés et pour ceux du monde entier (1 Jean 2:2 ; 1 Jean 4:10). En payant la peine, le Christ nous délivre de la mort et nous donne droit à la vie, à une résurrection. Cette rançon est l'unique fondement du repos promis, et quiconque l'accepte peut s'y reposer (Matthieu 11:28).[210]

Comme les Juifs autrefois, les hommes rejettent la voie de Dieu au profit de la leur. Les textes les plus clairs sont déformés, et l'Église soutient le mensonge de Satan : « Vous ne mourrez point ». Deux strophes de cantiques, qui présentent la mort comme une libération et le châtiment des méchants comme une souffrance éternelle sans fin, illustrent cette croyance. Si le salaire du péché est la douleur éternelle, disent-ils, Jésus n'a pu être leur substitut ni prendre leur peine. La croix perd alors sa force et sa valeur, dès que l'on mêle la vérité aux fausses traditions. Pour les Juifs, la rançon était une pierre d'achoppement ; pour les sages du monde actuel, une folie ; pour ceux qui croient, elle est précieuse. Quand on croit ainsi, on ne peut voir que la mort de Jésus en tant qu'homme a réglé la dette contractée par le péché d'Adam, et l'erreur sur ce point aveugle sur toutes les doctrines bâties dessus. Faute de comprendre ce premier principe de l'Évangile, ces personnes ne peuvent être enseignées sur le reste et sont faibles devant les pièges de l'adversaire. « Qui pourra subsister ? » (Malachie 3:2).[211]

La faute de ceux qui trébuchent n'est pas imputée à Dieu. La Bible atteste partout la réalité de la mort, la nécessité et la valeur de la rançon : on peut suivre les traces du sang de la Genèse à l'Apocalypse, et « sans effusion de sang, il n'y a pas de pardon » (Hébreux 9:22). L'Église nominale n'a pas encore atteint ce comble d'incrédulité, mais elle s'y dirige. Lorsque l'esprit d'examen qui se répand la forcera à réfléchir, elle verra le dilemme entre la rançon et le tourment éternel, et, tenant fermement à ce dernier, préférera nier la première.[212]

Aux enseignants infidèles, Ésaïe s'adresse ainsi : « Vous avez dit : Nous avons fait alliance avec la mort et avec le séjour des morts (le shéol, le tombeau), quand le fléau débordant passera, il ne nous atteindra pas, car nous avons fait du mensonge notre refuge » (Ésaïe 28:14-15). La revue y voit l'avis du Seigneur sur la théorie selon laquelle « la mort est l'ange que Dieu a envoyé », qu'il appelle une alliance avec la mort, et sur ses fausses théories, un refuge de mensonge.[213] Dieu pose en Sion une pierre éprouvée, une précieuse pierre angulaire, un fondement sûr, et « celui qui croira ne se hâtera pas » (Ésaïe 28:16). Aucun autre fondement ne peut être posé que Jésus-Christ, mort pour nos péchés, le juste pour les injustes. Ceux qui bâtissent sur leurs œuvres, ou sur l'idée que le Dieu immuable changera sa décision et rendra la vie à celui qu'il a jugé indigne de vivre, bâtissent sur le sable. Dieu ne pose qu'un fondement : le Christ, qui par la grâce de Dieu a goûté la mort pour tout homme.[214]

Certains, dans leur « hâte », passent à côté de la rançon et de son fruit légitime, la résurrection (la restitution), car ce processus leur paraît trop lent. Ils transforment la mort, que Dieu appelle « le dernier ennemi », en chemin rapide vers la gloire. Celui qui croit au témoignage de Dieu « ne se hâte pas » : il attend avec confiance le moment où la valeur de la rançon libérera de la mort tous ceux pour qui le Christ est mort, chaque homme. Il trouve alors ce que le Seigneur a promis : le repos et le rafraîchissement.[215]

Dieu dit aussi : « Je prendrai le droit pour cordeau et la justice pour niveau ; la grêle balaiera le refuge de mensonge et les eaux submergeront la cachette » (Ésaïe 28:17). Pendant des siècles, Dieu a laissé Satan, « le dieu de ce monde », aveugler les hommes et obscurcir la vérité, appeler le bien mal et le mal bien, et déformer son caractère et ses plans. Le temps vient où malheur est annoncé à ceux qui pervertissent la voie et la parole du Seigneur. Il tracera au cordeau et au niveau le droit et le tort, et plus une erreur est enracinée, plus le choc sera fort. Cela vaut pour tous les sujets, surtout la religion, et le choc se fait déjà sentir, plus encore dans l'Église que dans le monde. L'eau symbolise la vérité, la grêle des vérités dures et fortes, ou dites avec force, comme des jugements. À l'heure de Dieu, toute erreur et toute tromperie seront balayées, car Dieu veut que tous les hommes parviennent à la connaissance de la vérité afin d'en profiter.[216]

Paul montre que le bois, le foin et le chaume de ceux qui bâtissent sur le rocher qu'est Jésus la rançon seront brûlés (1 Corinthiens 3:12). Jésus illustre le renversement de tout ce qui rejette l'unique fondement par la comparaison de la maison (Luc 6:48) : la différence entre bâtir sur le rocher et bâtir sur le sable à côté du rocher est grande quand viennent les inondations.[217]

Le texte commente ensuite les versets 18 et 19, où l'alliance avec la mort sera annulée, le fléau débordant passera au « jour du Seigneur » et ne sera qu'une vexation « jusqu'à ce qu'il leur fasse comprendre la doctrine ». L'Église étant composée en grande partie de « bébés » non instruits, ceux-ci seront découragés et troublés pendant ce temps de jugement, d'épreuve et de tri, devant la chute de ce qu'ils croyaient indispensable à la cause de Dieu. Ils ne voient pas que la séparation du blé et de l'ivraie, du blé mûr et du blé non mûr, est due. Ils ne voient pas non plus que ceux qui bâtissent sur le sable doivent être distingués de ceux qui bâtissent sur le fondement de Dieu. Leur foi de bois, de foin et de chaume est consumée, et leur « refuge de mensonge » balayé. Cette destruction de théories vénérées les affligera jusqu'à ce qu'ils comprennent la vraie doctrine ; libérés, ils se réjouiront de voir chaque erreur remplacée par la vérité.[218]

« Le lit est trop court pour s'y étendre » (Ésaïe 28:20) : le lit, lieu de repos, symbolise une foi, un credo. Dieu offre dans sa Parole le lieu de repos qui convient, mais on s'est fabriqué des lits à sa mesure, les credos des sectes. Ils sont si courts que seuls les enfants peuvent s'y étendre ; ceux qui ont grandi, les « hommes » (1 Corinthiens 14:20), s'y sentent à l'étroit et en sortent. « La couverture est trop étroite pour s'en envelopper » : les assurances de l'Église nominale sont si vagues que ceux qui reposent dans ces lits ont du mal à se couvrir. Leur connaissance de Dieu est trop maigre pour qu'ils sachent ce qu'est la « pleine assurance de la foi » (Hébreux 10:22). Plusieurs strophes de cantiques familiers expriment cet état de doute et de frisson : on y demande si l'on aime le Seigneur, si l'on sera parmi les rachetés ou si son nom sera omis à l'appel.[219]

Dieu déclare : « Leur crainte envers moi est un commandement enseigné par des hommes » (Ésaïe 29:13). Dans sa « hâte » de convertir le monde, l'Église nominale a exagéré et détourné paraboles et symboles pour menacer le monde et l'effrayer afin qu'il vienne se reposer dans ses lits. Cette hâte illégitime a nui à son propre repos, car elle s'est tellement persuadée de l'injustice de Dieu qu'elle peine à se croire elle-même en sécurité, redoutant qu'une parole ou un acte irréfléchi la voue au tourment éternel. Des strophes de cantiques montrent des saints devenus assez avancés pour voir la brièveté du lit et l'étroitesse de la couverture : un instant les mène au ciel ou les enferme en enfer, et il faut veiller et trembler. La revue éprouve de la pitié pour ces personnes et les presse de sortir à l'air libre pour se reposer avec elle sur les seuls témoignages de Dieu.[220]

Ceux qui se reposent dans la Parole de Dieu sont décrits dans le Psaumes 149 : alors que les autres sont dans l'angoisse, eux « chantent à haute voix sur leurs lits ». Les hautes louanges de Jéhovah sont dans leur bouche (le cantique nouveau) et sa parole dans leur main (l'épée de l'esprit).[221] Le Seigneur se lèvera comme à la montagne de Peratsim et s'irritera comme dans la vallée de Gabaon pour accomplir son œuvre étrange (Ésaïe 28:21). À Peratsim, les idolâtres qui attaquaient David, roi récemment oint, rencontrèrent la puissance de Jéhovah, qu'il représentait (2 Samuel 5:20-21). À Gabaon, le Seigneur frappa de grêlons venus du ciel ceux qui voulaient gêner Josué et Israël dans la prise de possession de la terre promise (Josué 10:10-11). Ceux qui s'opposent à l'établissement de son oint dans le véritable Canaan s'attireront de même la destruction : « Maintenant, ne vous moquez pas, de peur que vos liens ne se resserrent » (Ésaïe 28:22).[222]

Le Seigneur exécutera alors, selon la revue, la « consommation » décidée sur toute la terre (Ésaïe 28:22). Certains prennent à la légère l'annonce du renversement de l'ordre présent : devant les remparts de Babylone et l'armement des nations, ils se croient en sécurité et ont besoin de l'avertissement « Ne vous moquez pas ». S'opposer ne fait que rendre la chute plus dure. Ceux qui rejettent la vérité et s'en moquent sont plus étroitement liés par le « cordon » de l'influence et des préjugés de Babylone. La destruction des anciens systèmes d'erreur, civils et religieux, est « l'acte étrange » que le Seigneur accomplira bientôt. Cet acte paraît étrange à tous ceux que la Parole n'a pas instruits et qui tiennent en haute estime ces faux systèmes voués à la ruine.[223]

Allez à la source

L'eau reste de l'eau où qu'on la trouve, mais celle qu'on tire d'une source n'a rien de commun avec celle d'une mare stagnante : la première rafraîchit et donne la vie, la seconde écœure et empoisonne. La Parole de Dieu est une source d'eau vive, mais elle devient fade, frelatée et souillée en passant par les canaux de l'humanité déchue. Beaucoup de sermons contiennent beaucoup de pensées d'hommes et peu de pensées de Dieu. Des foules se contentent d'un évangile de seconde main : elles ne sondent pas les Écritures et dépendent des commentaires, des sermons, des interprétations et des citations fausses, ce qui les mène à de graves erreurs.[224]

Pour avoir de l'eau vive, il faut apprendre le chemin de la source, la Parole de Dieu elle-même. Le texte raconte que le doge de Venise possédait deux puits : l'eau de l'un arrivait de loin par barges et peu de gens voulaient goûter cette boisson fade ; l'autre était un puits naturel, frais et délicieux, où chacun voulait puiser. Les ministres de l'Évangile ne doivent pas se contenter d'être des éponges qui rendent les idées des autres. Ils doivent puiser eux-mêmes au puits du salut.[225]

Plein de soi-même

Parmi les gens vides, peu sont plus à plaindre que ceux qui sont pleins d'eux-mêmes. Ils cherchent, en rencontrant des inconnus, à dire où ils ont été, ce qu'ils ont fait et tout ce qu'ils savent. Le texte rappelle que John Bunyan avait imaginé un homme nommé Ignorance, venu du « pays de la Vanité », et que ce pays a fourni une forte émigration d'égoïstes. Celui qui se croit le centre de l'univers s'attire la pitié des gens sensés et le mépris des autres, et ne deviendra jamais grand-chose, ici-bas comme dans l'au-delà. Celui qui n'a que lui-même comme sujet de conversation ferait mieux de se taire parfois, pour laisser les autres rassembler leurs pensées et écouter ceux qui ont quelque chose à dire.[226]

Un traité très lu

Il existe un traité que tous les hommes lisent : le chrétien lui-même, « lettre connue et lue de tous les hommes ». Celui qui est lavé dans le sang de Jésus et scellé du Saint-Esprit doit témoigner de la vérité par sa parole et par sa vie, et refléter l'image de Jésus de sorte que ceux qui refusent sa parole soient conduits à glorifier le Père en voyant sa vie.[227]

Le texte compare le chrétien au soleil : il éclaire et réchauffe sans qu'on y prenne garde, mais qu'une tache apparaisse sur le soleil et tous les regards se tournent vers elle, et des lettres partent aux journaux. De même, un chrétien qui trébuche ou se montre incohérent attire les moqueries du monde et voit son influence entravée. Chacun peut travailler à la gloire du Sauveur par la parole et surtout par une vie sans tache.[228]

Le cœur alourdi

Le texte de départ est Luc 21:34-36 : « Prenez garde à vous-mêmes, de peur que vos cœurs ne s'alourdissent dans les excès de table, l'ivresse et les soucis de la vie, et que ce jour ne vienne sur vous à l'improviste. » Ces paroles s'adressent à ceux qui vivront le temps d'épreuve précédant la venue du Christ. L'auteur y voit une preuve de la vérité des prophéties : au moment même où les croyants devraient lever la tête parce que leur « délivrance approche », beaucoup d'entre eux, pourtant éclairés, sont si occupés par une multitude d'autres choses qu'ils n'ont pas le temps de se préparer au royaume qui vient.[229]

Le danger principal de l'heure est de se laisser tromper. Dans Marc 13, Jésus dit quatre fois « Prenez garde » : de peur que quelqu'un vous séduise (v. 5), à vous-mêmes, en étant circonspects dans vos actes et vos paroles (v. 9), à ce qu'il a annoncé (v. 23), et enfin en veillant et en priant (v. 33).[230] Le cœur peut s'alourdir de trois choses : l'excès de table, l'ivresse et les soucis de la vie. À ceux qui croiraient échapper aux deux premières, l'auteur renvoie à Ésaïe 29:9-14. Les soucis, eux, touchent beaucoup de lecteurs sans qu'ils s'en aperçoivent. Jésus parle du cœur : on peut avoir beaucoup d'affaires à régler sans que le cœur en soit chargé, si l'on agit en tout pour le Seigneur. On se trompe en se croyant en communion avec lui quand on ne prend pas le temps de s'entretenir avec lui, de se nourrir de sa Parole et de recevoir son esprit.[231]

L'adversaire n'incite pas à trahir la confiance du Seigneur. Il pousse à être « diligent dans les affaires », en citant le passage en insistant sur sa première partie, et rappelle qu'il faut pourvoir aux besoins de sa famille (1 Timothée 5:8), avoir une maison aussi belle que celle du voisin. Sous couvert du devoir, il accable les croyants de tâches si nombreuses qu'ils n'ont plus le temps d'étudier la Parole, ce qui les empêche de grandir dans la grâce et la connaissance. Il faut chercher d'abord le royaume de Dieu (Matthieu 6:33). Les bonnes œuvres ne sont pas exclues, mais elles ne doivent pas exclure l'étude et la prière.[232]

L'auteur croit que l'ennemi est particulièrement actif pour occuper tous les chrétiens au point qu'ils n'aient pas le temps de s'occuper de la vérité ni de guetter le signe de la « présence » du Fils de l'homme (Matthieu 24:3, version du Diaglott). Ceux qu'on ne peut pousser au monde sont tenus occupés au bien-être des autres : chasser des démons, soulager les affligés, accomplir « de nombreuses œuvres puissantes ». Ils négligent ainsi de se préparer à l'union avec le Christ et au service dans la grande période de semailles et de moisson de l'âge à venir. Le travail fait dans la vigne du Seigneur en dehors de son plan sera superficiel et à refaire. Ainsi les réveils religieux doivent sans cesse être recommencés : les démons chassés ne restent pas dehors, les âmes converties doivent être reconverties. L'auteur ne met pas en doute la sincérité de ces ouvriers, qui diront au juge : « N'avons-nous pas prophétisé en ton nom ? » Il juge que leurs œuvres seront alors aussi peu appréciées qu'elles le deviennent aujourd'hui, accomplies avec un zèle sans connaissance.[233] L'amour de la vérité conduirait à rejeter toute imposture religieuse et à faire passer les soucis des affaires après l'étude de la Parole. En cas de doute sur le temps à consacrer à cette nourriture, l'auteur propose de mettre sur un plateau de la balance tous les soucis et exigences du monde, et sur l'autre : « Cherchez premièrement le royaume de Dieu et sa justice. » Il termine par la question : « Comment échapperons-nous si nous négligeons un si grand salut ? » (Hébreux 2:3).[234]

La foi et les œuvres

Le texte étudié est Hébreux 6:9-10. Paul est déçu de trouver chez ses destinataires moins de croissance qu'il n'en attendait. Ils en sont encore aux « premiers principes » de la doctrine du Christ, sans y être solidement enracinés. Après le temps passé à l'école du Christ, ils devraient être enseignants ; or ils ont besoin qu'on leur réapprenne les éléments, comme des enfants qui ne supportent que le lait. La nourriture solide, c'est-à-dire la vérité avancée, est pour les plus mûrs.[235]

Paul les exhorte à laisser les premiers principes pour tendre à la perfection, au lieu de reposer sans cesse le fondement par la repentance, la foi au plan de Dieu pour leur rédemption et le renouvellement de leur consécration. Leur foi doit désormais reposer sur la rançon, le fondement posé par Dieu et qui reste ferme (2 Timothée 2:19), et ils doivent bâtir sur lui un caractère chrétien équilibré. Il décrit ensuite la situation sans espoir de ceux qui « tombent » après avoir été éclairés sur ces principes : ils ont goûté le don céleste (la justification par le sang du Christ), reçu l'esprit d'adoption comme fils spirituels, connu la bonne parole de Dieu et les puissances du monde à venir, c'est-à-dire le plan de Dieu pour l'âge futur.[236]

Ceux qui rejettent la vérité dès son fondement ne peuvent être ramenés à la repentance, car ils crucifient de nouveau pour eux-mêmes le Fils de Dieu et le livrent à l'ignominie, eux qui avaient été publiquement désignés comme fils de Dieu et représentants du Christ. Dans Hébreux 10:29, Paul dit de même qu'ils tiennent pour profane le sang de l'alliance et outragent l'Esprit de grâce. L'auteur observe que tout péché endurcit, surtout celui qu'on commet volontairement en pleine connaissance. L'orgueil et l'ambition durcissent le cœur et obscurcissent la raison, sans laisser entrer la vérité. Après un temps raisonnable d'efforts patients pour les arracher au piège de l'adversaire, il faut les laisser entre les mains d'un Dieu juste, sans l'abri du sang du Christ (Exode 12:13 ; Exode 12:22-23).[237]

Pour l'auteur, le châtiment n'est pas un tourment éternel mais la privation éternelle de la vie. Celui qui a violé la loi de Moïse mourait, mais la rançon délivrait de cette mort ; le « châtiment plus sévère » de Hébreux 10:26-29 est la seconde mort, sans résurrection, puisqu'il ne reste plus de sacrifice pour les péchés.[238] Beaucoup se trompent, selon lui, sur ce « péché qui mène à la mort ». On croit que les incrédules déclarés, qui blasphèment et ridiculisent la Parole, en sont le plus proche. Or la description de Paul ne s'applique pas à eux, ni aux chrétiens qui reculent : très peu ont goûté la bonne parole de Dieu (ils ont surtout reçu une parole déformée) et très peu connaissent le plan de Dieu pour l'âge à venir. Les faibles et ceux qui errent, vaincus en partie par le monde, la chair et le diable, et dont beaucoup pèchent contre leur volonté, ne sont pas dans ce cas. Dieu les aime encore, les corrigera dans la fournaise de l'épreuve et il y a bon espoir de les relever.[239]

Paul rassure l'Église : « Nous attendons de vous de meilleures choses, bien que nous parlions ainsi. » Ces mots servent à la garder d'un danger et à lui montrer l'inutilité de discuter sans cesse avec ceux qui rejettent les premiers principes. Il ne s'agit pas de renoncer à donner le lait aux enfants ni d'aider un frère faible qui chancelle, ce qui doit rester un effort constant, mais de cesser de perdre un temps précieux auprès de ceux qui rejettent volontairement la vérité. L'auteur demande à chacun de s'assurer que les premiers principes sont justes et solidement établis dans la Parole, puis d'avancer : celui qui, après avoir posé les fondations d'une maison, les déterre sans cesse pour ranger autrement les pierres, ne l'achèvera jamais.[240]

Dans les versets suivants, Paul montre que l'espérance du haut appel dépend des œuvres, bâties sur l'œuvre achevée du Christ. « Dieu n'est pas injuste pour oublier votre travail et l'amour que vous avez montré pour son nom. » Nos œuvres semblent petites, mais elles sont acceptées grâce à la justice imputée du Christ, qui comble tout ce qui manque. Le croyant met son influence du côté de la vérité par la parole et l'exemple, sacrifie sa réputation, emploie ses talents au mieux, lit la vérité aux autres ou la leur donne à lire s'il ne sait pas la raconter lui-même, et la fait voir dans sa conduite quotidienne. Même s'il ne dispose que de très peu d'argent, tout ce qui est consacré au Seigneur est agréable à ses yeux « dans le bien-aimé ».[241]

Paul mentionne en particulier le service rendu aux saints. Beaucoup de chrétiens, selon l'auteur, dépensent leurs efforts surtout pour le monde, oubliant « Faisons du bien à tous, surtout à ceux de la famille de la foi » (Galates 6:10). Bientôt viendra l'occasion de faire du bien au monde, mais celle d'en faire aux saints, le corps et l'épouse du Christ, ne durera pas : ils seront bientôt glorifiés et n'auront plus besoin de ce service. Le récit de la femme qui versa un parfum précieux sur la tête de Jésus (Matthieu 26:7-13) illustre la parole « vous avez toujours les pauvres avec vous, mais moi vous ne m'avez pas toujours ». Ce que l'on fait pour les membres du corps du Christ est compté comme fait pour la Tête. Inversement, Dieu n'est pas injuste au point de créditer d'un tel service celui qui n'a rien fait.[242]

L'auteur invite à persévérer dans ce service pour obtenir la pleine assurance de l'espérance (Hébreux 6:11). Puisque l'alliance consiste à se sacrifier et se dépenser entièrement, cette assurance ne vient que par la diligence dans le sacrifice et le service. Il conclut en demandant de s'assurer d'une foi juste, enracinée dans la Parole infaillible, puis de quitter les premiers principes bien établis pour aller vers la perfection, en travaillant à son salut comme « nouvelles créatures », en échangeant l'humain justifié contre la nature divine promise.[243]

Secours aux Juifs persécutés

Des persécutions violentes contre les Juifs ont éclaté de nouveau dans des pays chrétiens. Les journaux rapportent chaque jour de nouveaux méfaits : un village juif incendié, le quartier juif d'une grande ville détruit par une foule furieuse, un vieillard très pauvre assassiné par vingt paysans armés de haches, de gourdins et de faux, tandis que les femmes de sa famille sont chassées dans les champs. La Hongrie et le sud de la Russie sont décrits comme saisis d'une véritable folie, où des paysans ignorants volent, tuent et détruisent villages, villes et districts entiers.[244]

Selon les autorités russes, les émeutes antijuives de 1881-1882 auraient détruit plus de vingt-deux millions de livres de biens, et la même violence reprend en Russie et en Hongrie. L'État russe y participe en fermant aux Juifs un secteur d'activité après l'autre : l'abolition de leurs baux ruine d'un trait de plume 20 000 agriculteurs juifs, et un décret ordonnant de renvoyer tous les employés chrétiens pousse des milliers de fabricants à la faillite. Le motif officiel est que l'emploi de chrétiens par des Juifs s'oppose à l'esprit national russe et détourne les ouvriers de la pratique religieuse, puisqu'ils s'absentent de l'église les jours de fête.[245]

Durant l'année précédente, émeutes, pillages, massacres et expulsions ont touché seize des quatre-vingt-six districts de Russie où les Juifs ont le droit de résider. Une ville a vu 6 000 personnes chassées en quelques jours, une autre grande ville 20 000. Les douze derniers mois ont aussi apporté des édits qui multiplient par dix les incapacités légales des Juifs. En Hongrie, des bandes de 100 à 1 000 paysans parcourent le pays, souvent conduites par un homme déguisé en paysan et masqué, que son langage et son maintien trahissent comme issu des classes aisées. L'auteur juge probable que l'argent et les émissaires viennent du parti antisémite allemand, qui prêche depuis longtemps une croisade contre les Juifs.[246]

À ceux qui répondent que les Juifs ont provoqué cela par leur usure, leur cupidité et leurs fraudes, l'auteur oppose une longue fréquentation de ce peuple, qui le convainc que l'accusation est injuste. Ni la haine de race, ni le fanatisme religieux, ni l'ignorance des masses ne suffisent selon lui à expliquer les faits : l'Allemagne protestante éclairée compte elle aussi des milliers de personnes qui haïssent les Juifs d'une haine aveugle. Les causes sont plus profondes que celles que donnent les journaux. La main de la Providence divine se reconnaît dans ces secousses qui chassent les Juifs des pays de leur dispersion et, par leurs souffrances mêmes, les préparent à retourner dans leur pays.[247]

Secourir ceux qui sont près de périr est présenté comme un devoir chrétien, et l'aide aux Juifs persécutés comme un moyen d'adoucir leur cœur envers le christianisme. L'auteur se réjouit que quelques familles de réfugiés aient trouvé refuge à Chypre. Sous protection britannique, des Juifs y travaillent déjà la terre accordée à la demande de lord Shaftesbury, creusent leurs puits et préparent leurs semailles. Le texte est signé Watch Tower.[248]

Vouloir et vouloir

Accepter que la volonté de Dieu s'accomplisse et vouloir activement qu'elle s'accomplisse sont deux choses différentes. Tous les chrétiens prient « Que ta volonté soit faite » et se soumettent à cette volonté, mais il y a un progrès à passer de cette soumission passive à la volonté de la faire, de toute la force de l'âme et de la vie, et de veiller à ce que les autres la fassent aussi. Puisque Dieu veut que tous viennent à la connaissance de la vérité, le chrétien doit lui aussi vouloir cet aboutissement et y travailler par tous les moyens. Le texte est signé Mme E. H. Day.[249]

Le jour du jugement

Ce troisième discours poursuit l'étude du retour du Christ et de son but. David (Psaumes 96:13) et Paul (Actes 17:30-31 ; 2 Timothée 4:1) s'accordent pour dire que le Christ vient juger la terre, à son apparition et dans son royaume.[250]

L'opinion courante imagine le Christ sur un grand trône blanc, convoquant pécheurs et saints au milieu de tremblements de terre, de tombeaux ouverts et de montagnes qui s'écroulent. Le pécheur tremblant y serait tiré de son tourment éternel pour entendre ses fautes, puis renvoyé à sa perte, tandis que les saints viendraient du ciel assister à sa détresse. Chacun ayant déjà reçu sa sentence à sa mort, ce jugement général n'en serait qu'une répétition sans objet, censée durer un jour de vingt-quatre heures. Une note renvoie à un récent discours de M. Talmage, au Tabernacle de Brooklyn, qui décrit cette scène. Ces vues sont jugées contraires à l'enseignement général de la Bible.[251]

Le mot « jour » désigne souvent dans la Bible une longue période déterminée, comme « le jour » où Dieu fit la terre et les cieux (Genèse 2:4) ou le jour de tentation de quarante ans au désert (Hébreux 3:8). Vu le nombre d'événements annoncés pour le jour du Seigneur, il ne peut être de vingt-quatre heures. Selon 2 Pierre 3:8, un jour pour le Seigneur est comme mille ans ; cela s'accorde avec Apocalypse 20:4, où le règne du Christ dure mille ans, au terme desquels il remet le royaume au Père (1 Corinthiens 15:24-25).[252]

Le mot « jugement » signifie plus qu'une sentence ou son exécution : il comprend un procès et une décision juste fondée sur lui. Moïse jugeait le peuple (Exode 18:13), Samuel jugea Israël quarante ans (1 Samuel 7:6) et Paul en appela au tribunal de César pour y être jugé (Actes 25:10). De même, vivants et morts verront leur cause examinée devant le Christ, le grand Juge (Romains 14:10).[253]

Un juge juste est souhaitable pour tous, puisque sa mission est de délivrer de l'oppression. L'humanité entière est opprimée par le péché et par Satan, et le Christ vient rendre la liberté aux captifs de Satan et le détruire (Ésaïe 61:1 ; Hébreux 2:14 ; Ésaïe 42:4). Le monde et l'Église nominale, trompés par des théories non bibliques, redoutent le jour de la présence du Christ, alors que le psalmiste invite les cieux, la terre et la mer à se réjouir parce que le Seigneur vient juger la terre. Toute la création soupire après ce jour (Romains 8:22), sans connaître encore le Juge qui l'a rachetée de son sang et qui va réclamer son bien.[254]

Ce jour est celui où le monde est mis à l'épreuve pour la vie éternelle ; la masse des hommes n'y est donc pas encore soumise. Le règne de mille ans du Christ est le grand jour du jugement du monde, tandis que le jugement de l'Église se déroule maintenant et s'achèvera pendant l'âge de l'Évangile, avant celui du monde. Il a commencé il y a dix-huit cents ans, selon 1 Pierre 4:17 : le jugement commence par la maison de Dieu, c'est-à-dire l'Église (Hébreux 3:6). Il a commencé par sa Tête, Jésus, éprouvé en toutes choses comme nous. Paul, Pierre et tous les membres de l'Église ont été éprouvés de même, et certains n'ont pas fini leur course.[255]

Cela explique pourquoi les enfants du Seigneur souffrent alors que les méchants prospèrent : durant cet âge, Satan est autorisé à être le prince du monde, et les impies s'enrichissent (Psaumes 73:12), tandis que tous ceux qui veulent vivre pieusement seront persécutés (2 Timothée 3:12). L'épreuve de la foi doit aboutir à « louange, honneur et gloire à l'apparition de Jésus-Christ » (1 Pierre 1:7). Les croyants sont jugés maintenant pour ne pas l'être avec le monde dans l'âge suivant (1 Corinthiens 11:32). Les vainqueurs seront rois et prêtres pendant l'âge à venir, unis au Christ, leur chef, et revêtus comme lui d'une nature divine et immortelle (2 Pierre 1:4 ; Philippiens 3:21). Ils ne doivent donc pas s'étonner de l'épreuve du feu (1 Pierre 4:12), car le Seigneur châtie tout fils qu'il reçoit (Hébreux 12:6).[256]

Contrairement à la théorie de l'Église nominale, chaque membre de l'Église ne reçoit pas sa récompense à sa mort. Sinon Paul l'aurait reçue alors ; or il dit qu'une couronne lui est « réservée », que le Seigneur, juste Juge, lui donnera « en ce jour-là », celui de son apparition (2 Timothée 4:6-8). Les épreuves présentes ne sont pas comparables à la gloire qui sera révélée (Romains 8:18).[257]

Le jour du jugement du monde

Si l'âge de l'Évangile est le jour du jugement de l'Église, le jugement du monde n'a pas lieu maintenant : Jésus dit être venu non pour juger le monde mais pour le sauver. À son premier avènement, il a racheté le monde de la mort ; à son second, il vient le juger, c'est-à-dire libérer de la prison de la mort ceux qu'il a achetés et leur donner leur épreuve pour la vie éternelle (Psaumes 98:9). Les saints y participent, car ils jugeront le monde (1 Corinthiens 6:2) et règnent avec le Christ pendant les mille ans (Apocalypse 20:4).[258]

Les tremblements de terre, famines et épidémies ne sont pas considérés comme des jugements de Dieu sur le monde. Jésus a corrigé cette idée auprès des Juifs qui lui parlaient des Galiléens tués par Pilate et des dix-huit personnes écrasées par la tour de Siloé : ils n'étaient pas plus pécheurs que les autres (Luc 13:1-5). Dieu punit très rarement le monde dans le temps présent. Tant que Satan est prince de ce monde, le méchant s'étale comme un laurier vert et les oppresseurs prospèrent, mais le Seigneur sait « réserver les injustes pour le jour du jugement » (Psaumes 37:35 ; Psaumes 73:7 ; 2 Pierre 2:9). Il ne faut donc rien juger avant le temps (1 Corinthiens 4:5).[259]

Y aura-t-il pardon des péchés dans cet âge du jugement ? Jésus dit que tout péché et tout blasphème seront pardonnés aux hommes, sauf le blasphème contre l'Esprit saint, qui ne le sera ni dans ce monde (grec aion, âge) ni dans le monde (l'âge) à venir (Matthieu 12:32). Comme il est exigé davantage de celui qui a reçu davantage (Luc 12:48), il est exigé peu de celui qui a peu reçu. Le monde ne possède pas encore la pleine connaissance de la vérité et une faible partie seulement a reçu de la lumière : il n'est pas à l'épreuve, et ses péchés d'ignorance et de faiblesse héritée sont pardonnés en vertu de la rançon. Dans l'âge suivant, la connaissance et la force croissant peu à peu, les imperfections seront encore pardonnées en vertu de la rédemption, jusqu'à la perfection.[260]

Le monde sera jugé selon la lumière qu'il aura eue et qu'il aura utilisée, négligée ou détournée. La condamnation, c'est que la lumière est venue dans le monde et que les hommes ont préféré les ténèbres ; ceux qui ont péché avec beaucoup de lumière recevront beaucoup de coups, ceux qui en avaient peu, peu de coups. C'est conforme à la parole de Jésus selon laquelle le sort de Sodome et Gomorrhe au jour du jugement sera plus supportable que celui des villes qui rejettent ses disciples (Matthieu 10:15), et celui de Tyr et de Sidon plus supportable que celui de Capernaüm (Matthieu 11:22-24). Les hommes de Ninive condamneront les Juifs, qui n'ont pas écouté un plus grand que Jonas, et la reine de Séba leur fera honte, eux qui n'ont pas prêté attention à un plus grand que Salomon : plus de lumière entraîne plus de coups.[261]

Toute bonne action sera aussi récompensée, car chacun recevra « selon ce qu'il aura fait, soit en bien soit en mal » (2 Corinthiens 5:10). Des hommes du monde qui croient peu à la Parole et ne se disent pas enfants de Dieu, mais qui ont le cœur plein de pitié pour les faibles et les pauvres et donnent volontiers un verre d'eau à un disciple, auront leur récompense, comme les mauvaises actions auront leur châtiment. Jésus l'illustre en conseillant d'inviter les pauvres et les infirmes, qui ne peuvent rendre : « tu en seras payé à la résurrection des justes » (Luc 14:14). Ces œuvres ne justifient personne ; justifiés par la foi en la rançon, devenue alors évidente, ces hommes seront récompensés pour le progrès accompli selon la lumière qu'ils avaient.[262]

Dans l'âge suivant, la foi en la rédemption par le sang du Christ sera exigée de tous, mais la récompense dépendra des œuvres selon la capacité de chacun. Les conditions favorables de cet âge permettront de faire la volonté de Dieu plus parfaitement qu'aujourd'hui, et des œuvres plus parfaites seront donc exigées et récompensées. Pour l'heure, la foi en la rançon et l'effort pour faire cette volonté sont comptés comme justice.[263]

Jésus déclare qu'un seul péché ne sera pas pardonné : celui contre l'Esprit saint, qui éclaire l'Église maintenant et le monde dans l'âge à venir, qu'il se manifeste dans les actes de Jésus ou de ses disciples. Selon Luc 12:47, le serviteur qui connaissait la volonté de son maître et ne l'a pas faite recevra beaucoup de coups. Ce châtiment n'est pas la destruction et vise, comme tout châtiment, à corriger. Mais si ce péché contre l'éclairage de l'Esprit se prolonge jusqu'au rejet volontaire de la rédemption par le sacrifice du Christ, alors que l'Esprit a rendu cette vérité claire, il mène à la mort, la seconde mort, car « il ne reste plus de sacrifice pour le péché ». Ce péché exige une pleine illumination par l'Esprit, que ni le monde ni beaucoup de chrétiens n'ont encore reçue. Beaucoup d'hommes du monde ont donc commis des péchés qui ne sont pas pardonnés et valent des coups, mais aucun n'a commis le péché qui mène à la mort.[264]

Le même principe s'applique à l'Église dans son jour de jugement. Suivre fidèlement la lumière de l'Esprit conduit à la perfection comme nouvelles créatures, et à la résurrection les croyants seront semblables à leur Seigneur. Si la faiblesse héritée les empêche de faire parfaitement la volonté de Dieu, ils sont pardonnés en vertu de la rédemption. S'ils deviennent en partie volontairement rebelles, sans se soumettre pleinement à la volonté du Seigneur selon leur alliance, ils sont châtiés de peu ou de beaucoup de coups, selon ce qu'il faut pour les ramener. Mais l'Église éclairée par l'Esprit saint, qui a goûté la bonne parole de Dieu et les puissances du monde à venir, et qui rejetterait volontairement la vérité jusqu'à ignorer la rançon, en tenant pour profane le sang de l'alliance (Hébreux 10:29), serait soumise à la seconde mort : sans effusion de sang, pas de pardon, et il ne reste aucun sacrifice pour qui rejette celui qui a été fourni. Ce péché n'est ni un simple relâchement, ni une rechute soudaine sous une forte tentation, mais une apostasie ouverte et délibérée, le rejet volontaire de l'unique fondement de l'espérance.[265]

Le jour du jugement de l'Église est presque terminé, et l'épreuve de la foi et de la patience apportera bientôt sa récompense aux fidèles. Le jour du jugement du monde commencera aussitôt après la récompense et l'élévation des saints. Chacun peut encore, tout en faisant partie de l'Église, ne jamais « s'asseoir avec lui sur son trône », mais cette haute position reste ouverte à tous, qui peuvent rendre sûrs leur appel et leur élection. Ce qui gêne le plus dans cette course est signalé par le Maître : que le cœur ne soit pas appesanti par les soucis de cette vie. Il faut déposer tout fardeau et le péché qui enveloppe si aisément, et courir avec persévérance. Le discours se termine par quatre vers invitant à ne jamais croire la victoire acquise avant d'avoir gagné sa couronne, puis par Apocalypse 20:6 : heureux et saint celui qui a part à la première résurrection, sur qui la seconde mort n'a point de pouvoir, qui sera prêtre de Dieu et du Christ et régnera mille ans avec lui.[266]

Prédication aux médecins

Le révérend Dr Gatty a prêché à Sheffield, en Angleterre, devant les membres de l'Association médicale britannique, lors de sa réunion annuelle, sur le texte « Ce ne sont pas les bien-portants qui ont besoin de médecin, mais les malades ». Un extrait est reproduit.[267]

Gatty reproche à certains « petits philosophes » de son temps de ne tenir la Bible pour digne de confiance que lorsqu'elle ne contredit pas leurs déductions. Pour eux, l'idée d'un homme sorti parfait de la main de son Créateur est moins crédible que celle d'une lente évolution, dont on ne montre aucune trace satisfaisante et que toute l'expérience contredit. Selon lui, la science ne donne pas d'histoire plus fiable de la génération de l'homme que le Psaumes 139.[268]

D'après les documents du passé, l'homme était déjà, intellectuellement et physiquement, l'égal de ses descendants actuels. Moïse fut un législateur au moins aussi grand que le premier Napoléon, l'histoire de Joseph et de sa famille, écrite il y a plus de trois mille ans, surpasse en simplicité et en émotion toute autre œuvre, et David connaît le cœur humain aussi profondément que Shakespeare. Le sermon sur la montagne et les paraboles du Christ restent uniques par leur sublimité. Gatty demande si l'on attend la découverte d'un fossile prouvant que les raisins ont poussé sur des épines et les figues sur des chardons, c'est-à-dire que l'homme s'est dégagé par un effort interne, étalé sur des âges, de la forme d'une brute inférieure.[269]

Il voit dans l'ivrognerie un vice dégradant propre à l'homme, une honte nationale qu'aucun animal inférieur n'a pu léguer. Elle confirme à ses yeux ce que dit la révélation : Dieu a fait les hommes droits, mais ils ont cherché beaucoup d'inventions, par lesquelles la plus noble œuvre du Créateur a été abîmée et avilie.[270]

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Références

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  239. ↑ La Tour de Garde de Décembre 1883, p. 567
  240. ↑ La Tour de Garde de Décembre 1883, p. 567
  241. ↑ La Tour de Garde de Décembre 1883, p. 567
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  243. ↑ La Tour de Garde de Décembre 1883, p. 567
  244. ↑ La Tour de Garde de Décembre 1883, p. 567
  245. ↑ La Tour de Garde de Décembre 1883, p. 567
  246. ↑ La Tour de Garde de Décembre 1883, p. 567
  247. ↑ La Tour de Garde de Décembre 1883, p. 567
  248. ↑ La Tour de Garde de Décembre 1883, p. 567
  249. ↑ La Tour de Garde de Décembre 1883, p. 567
  250. ↑ La Tour de Garde de Décembre 1883, p. 567
  251. ↑ La Tour de Garde de Décembre 1883, p. 567
  252. ↑ La Tour de Garde de Décembre 1883, p. 567
  253. ↑ La Tour de Garde de Décembre 1883, pp. 567-568
  254. ↑ La Tour de Garde de Décembre 1883, p. 568
  255. ↑ La Tour de Garde de Décembre 1883, p. 568
  256. ↑ La Tour de Garde de Décembre 1883, p. 568
  257. ↑ La Tour de Garde de Décembre 1883, pp. 568-569
  258. ↑ La Tour de Garde de Décembre 1883, p. 569
  259. ↑ La Tour de Garde de Décembre 1883, p. 569
  260. ↑ La Tour de Garde de Décembre 1883, p. 569
  261. ↑ La Tour de Garde de Décembre 1883, pp. 569-570
  262. ↑ La Tour de Garde de Décembre 1883, p. 570
  263. ↑ La Tour de Garde de Décembre 1883, p. 570
  264. ↑ La Tour de Garde de Décembre 1883, pp. 570-571
  265. ↑ La Tour de Garde de Décembre 1883, p. 571
  266. ↑ La Tour de Garde de Décembre 1883, p. 571
  267. ↑ La Tour de Garde de Décembre 1883, p. 571
  268. ↑ La Tour de Garde de Décembre 1883, p. 571
  269. ↑ La Tour de Garde de Décembre 1883, pp. 571-572
  270. ↑ La Tour de Garde de Décembre 1883, p. 572

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